Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 25 février 2021

« Les vertus du nationalisme » de Yoram Hazony

Les éditions Jean-Cyrille Godefroy ont publié « Les vertus du nationalisme » de Yoram Hazony. Un essai stimulant qui, puisant dans philosophie politique de la Bible hébraïque, réhabilite l’Etat-nation, et ses attributs dont la souveraineté-indépendance, et éclaire les problématiques liées notamment à la diplomatie proche-orientale de l’Union européenne
.

Raymond Aron (1905-1983) 
« ENS : L'école de l’engagement à Paris » par Antoine de Gaudemar et Mathilde Damoisel
Archives de la vie littéraire sous l'Occupation 

C’est une réhabilitation de la nation et de son dérivé, le nationalisme, qu’entreprend Yoram Hazony, philosophe, dans cet essai clair, éclairé par l’expérience politique du peuple Juif relatée dans la Bible, et traduit de « The Virtue of Nationalism » (2018). Un succès critique et commercial aux Etats-Unis où il a suscité un débat.

Né en 1964 en Israël, ancien conseiller de Benjamin Netanyahou, président de l’Institut Herzl  à Jérusalem et de la Fondation Edmund Burke à Washington, Yoram Hazony est un philosophe conservateur qui avait fondé le Shalem Center, et dirigé la revue Azure, pour diffuser une pensée conservatrice susceptible de contrer le post-sionisme et de former des penseurs.

Il a contribué à La Cité biblique. Une lecture politique de la Bible (Pardès, 2006, n°40-41) sous la direction de Shmuel Trigano. Sa contribution : La Bible hébraïque est-elle porteuse d'un enseignement politique ? Il y conclut sur l'ordre politique souhaitable dans la Bible :
"Si l’on souhaite une amélioration politique, il n’est pas d’autre choix que d’instaurer un État qui mènera une course vers « le bien et la droiture. » Pour cela, il faut avoir des dirigeants qui comprennent que la vertu provient de la limitation de l’État : de la limitation des frontières de l’État ; de la limitation de la taille des forces armées et de ce qu’on est disposé à faire au nom des alliances étrangères ; de la limitation des revenus de l’État ; et de la limitation du degré de supériorité que ressent le roi par rapport à son peuple. C’est dans cette matrice de contraintes que le peuple, comme son roi, doivent trouver l’amour de la justice et de Dieu qui caractérisaient les bergers qu’étaient leurs ancêtres.
La Bible hébraïque soutient donc que l’intégrité d’un seul État limité est préférable, à la fois à l’anarchie et à l’État impérial. Cet État national limité, dans lequel le roi sera choisi au sein du peuple et sera l’un d’eux par l’esprit, est en fait l’idéal biblique. Il s’agit cependant d’un idéal situé à mi-chemin entre deux maux rivaux et perpétuellement menacé de pencher vers l’un ou vers l’autre. Selon l’auteur (ou les auteurs) qui assembla le texte biblique à l’ombre de la destruction de l’État juif, il est évident que la mission politique de l’homme consiste à guider l’État entre cette double menace, assurant ainsi le soutien tant de l’homme que de Dieu, et donc la longévité politique du royaume".
Yoram Hazony demeure attaché à la Nation, seule réalité assurant les libertés, publiques et individuelles, et assurant un avenir de paix.

« Il rappelle comment, depuis le XVIe siècle, les protestants anglais, hollandais et américains se sont appuyés sur l’Ancien Testament pour promouvoir l’indépendance nationale". 

Ainsi, dans les Provinces-Unies (Pays-Bas actuels) récemment indépendantes du XVIIe siècle, Peter van der Kun ou Petrus Cunaeus (1586-1638), philologue et jurisconsulte, a considéré dans son livre De Republica Hebraeorum (De la république hébreue, 1617) l’Etat hébreu antique, et non Athènes ou Rome, comme un « archétype de la république idéale », un modèle pour la république des Sept Provinces-Unies des Pays-Bas.

Yoram Hazony "montre comment leur vision a apporté la liberté à nombre de peuples, de la Pologne à l’Inde en passant par Israël. C’est cette tradition que nous devons retrouver, plaide-t-il, si nous voulons limiter les conflits et permettre l’épanouissement de la diversité et de l’innovation ».

Or, Kant dans son Traité de la Paix perpétuelle (1795) a pourfendu l'Etat-nation : "il défend la thèse que la fondation d'un Etat impérial ou international est la seule option dictée par la Raison". Une idée qui s'impose après la Deuxième Guerre mondiale. A tort, "beaucoup s'entêtèrent à voir le nazisme comme l'aboutissement hideux de l'Etat national". Or, le national-socialisme s'avère un empire belliqueux ayant détruit les Etats d'une Europe qu'il a ravagée.

Et ce paradigme kantien guide la construction européenne détruisant les souverainetés nationales pour édifier ce qui ressemble à un empire à la diplomatie aussi indulgent envers les Palestiniens qu'accusatoire à l'égard de l'Etat-nation Israël.

Dommage, des définitions essentielles sont reléguées dans des notes en fin du livre. Et quelques coquilles le parsèment.


Yoram Hazony, « Les vertus du nationalisme ». Traduit de l’américain par Julien Fummaro. Préface de Gilles-William Goldnadel. Editions Jean-Cyrille Godefroy, collection « le Cercle Aristote », 2020. 256 pages. ISBN : 9782865533084

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Les citations sur le documentaire sont extraites du livre.

Gerda Taro (1910–1937)


Gerda Taro (1910–1937) était une photojournaliste juive allemande talentueuse ayant fui le nazisme en s'installant à Paris. Compagne de Robert Capa dont elle a contribué à la naissance de sa légende comme photographe américain, elle est rendue célèbre par ses reportages sur la guerre d'Espagne. Après des décennies de marginalisation, voire d'oubli, divers livres, expositions ou documentaires ont réhabilité Gerda Taro en la plaçant parmi les meilleures photographes de guerre. Arte rediffusera le 27 février 2021, dans le cadre de "L'amour à l'œuvre" (Liebe am Werk), "Gerda Taro et Robert Capa" (Gerda Taro & Robert Capa) par Delphine Deloget.

Gerda Taro (Stuttgart, 1910 – Brunete, Espagne, 1937) est « l’une des premières femmes photojournalistes reconnues ». « Née Gerta Pohorylle à Stuttgart, elle est élevée à Leipzig dans une famille juive de classe moyenne » originaire de Galicie.

A l'arrivée au pouvoir d'Hitler en 1933, cette « militante socialiste » a fui l'Allemagne nazie. Avec son amie Ruth Cerf, elle s'installe à Paris où elle survit en exerçant divers métiers. Elle est membre du groupe Leipziger Kreis aux côtés de Trudel Frank-Fromm, Ruth Cerf et Willi Chardack. Le lieu de rendez-vous de ce groupe auquel se joignent des membres du S.A.P en exil, dont Willy Brandt ? Le café Capoulade sur le boulevard Saint-Michel. Gerda Taro collabore comme assistante à l'agence Alliance-Photo fondée par Maria Eisner, Pierre Verger et Pierre Boucher.

Gerda Taro se lie à un jeune photographe hongrois,  « André » Friedmann, dont elle a contribué à écrire la légende de "photographe américain". Elle se lance dans la photographie. Alors que Capa utilise son Leica, elle recourt à son Roflex Korelle donnant des photos carrées.

Le 4 février 1936, Gerda Taro a obtenu sa carte de presse de l'A.B.C.-Press-Service, agence de photos néerlandaise.

Au printemps 1936, les deux jeunes photographes "se réinventent pour devenir Robert Capa et Gerda Taro ». En août 1936, ils se rendent en Espagne comme photographes indépendants afin de « documenter la cause républicaine pour la presse française.

« Pionnière du photojournalisme », Gerda Taro s’intéresse quasi-uniquement à la « photographie dramatique des lignes de front de la guerre d’Espagne. Son style se rapproche de celui de Capa, mais diffère par son intérêt pour les compositions formelles et le degré d’intensité avec lequel elle photographie des sujets morbides. Taro travaille aux côtés de Capa, avec lequel elle collabore de près. Lors d’un reportage sur la bataille de Brunete, conflit décisif de la guerre d’Espagne, elle est mortellement blessée par un char allemand. Taro fut la première femme photographe tuée lors d’un reportage de guerre ».

Le 1er août 1937, lors de son enterrement au cimetière du Père-Lachaise, son éloge funèbre est dit par Pablo Neruda et Louis Aragon. Sa tombe située près du mur des Fédérés, est conçue par le sculpteur Alberto Giacometti à l'invitation du poète et romancier communiste Louis Aragon : cet artiste "l'orne d'une simple vasque et d'un oiseau mythologique, le faucon Horus, symbole de lumière et de résurrection".

En 1938, en hommage à Gerda Taro, Robert Capa a publié "Death in the Making", réunissant leurs photographies communes.

Après la mort de Robert Capa en 1954, l'agence Magnum a attribué à Capa des photographies prises par Gerda Taro.

Ce n'est que récemment que l'oeuvre de Gerda Taro est sortie de l'oubli.

En 2013, le musée d'art et d'histoire du Judaïsme (mahJ) avait présenté l'exposition La valise mexicaine. Capa, Taro, Chim.

Le 1er août 2018, Google a rendu hommage à Gerda Taro par un Doodle. Le Google Doodle est une transformation temporaire du logo de la firme électronique au moteur de recherche rendant hommage à une personnalité.

"La fille au Leica"
En 2018, Actes Sud a publié "La fille au Leica" d'Helena Janeczek. "Si Robert Capa est universellement connu, Gerda Taro, sa compagne – qui connut une fin tragique à vingt-six ans, lors d’un reportage sur la guerre d’Espagne –, l’est beaucoup moins. Celle qui s’appelait en réalité Gerta Pohorylle avait fréquenté, à Leipzig, les milieux de gauche ; arrêtée en 1933 pour ses activités antinazies, elle s’exile à Paris où elle retrouve d’autres jeunes gens “étrangers” qui, comme elle, doivent lutter pour se faire une place, dans un climat d’antisémitisme de plus en plus oppressant. C’est aussi à Paris qu’elle rencontre André Friedmann pour lequel elle inventera le nom de Robert Capa, devenant elle-même Gerda Taro : une photographe à part entière, révélée, ces dernières années, par la découverte de la fameuse “valise mexicaine”.

"Helena Janeczek a choisi d’aborder son personnage à travers le prisme de trois témoins qui ont partagé la vie et les passions de Gerda : Willy Chardack, étudiant en médecine, l’amie de cœur Ruth Cerf, journaliste, et Georg Kuritzkes, militant convaincu, qui s’engagera dans les Brigades internationales. Grâce à une construction romanesque subtile, Helena Janeczek fait revivre une figure étonnamment émancipée pour son époque, une femme élégante et lumineuse, plus proche de nous que jamais."

Le 14 mars 2019 à 18 h 30, le Centre Edmond Fleg Marseille et l'Institut culturel italien organisèrent la rencontre autour de "La fille au Leica", avec Helena Janeckzek, auteur du livre éponyme, et Marguerite Pozzoli, traductrice. "Si Robert Capa est universellement connu, Gerda Taro, sa compagne qui connut une fin tragique à vingt-six ans, lors d’un reportage sur la guerre d’Espagne, l’est beaucoup moins. Helena Janeczek fait revivre une figure étonnamment émancipée pour son époque, une femme élégante et lumineuse, plus proche de nous que jamais."

"L'amour à l'oeuvre"
Arte rediffusera le 27 février 2021, dans le cadre de "L'amour à l'œuvre" (Liebe am Werk), "Gerda Taro et Robert Capa" (Gerda Taro & Robert Capa) par Delphine Deloget. "Inventeur du photojournalisme, Robert Capa a couvert les plus grands conflits du XXe siècle. Douée et engagée, l’intrépide Gerda Taro l’a accompagné sur le front de la guerre d’Espagne, Leica en bandoulière. Contribuant à forger la légende du photographe, elle est longtemps restée dans l’ombre. Robert Capa et Gerda Taro, c’est la rencontre de deux témoins révoltés du monde, unis par la passion de la photo, l’histoire d’un amour fou qui ne résistera pas à la guerre…"

"Robert Capa c’est l’inventeur du photo journalisme. Capable de tous les risques pour la bonne photo, il a couvert les plus grands conflits du XXème siècle, cinq guerres sur le front au péril de sa vie. Gerda Taro est une jeune photographe douée, ingénieuse et ambitieuse. Elle est l’une des premières femmes photojournalistes. Elle est aussi la femme restée dans l’ombre, celle qui participa à la légende et à la création du nom de Robert Capa. Capa et Taro, c’est la rencontre entre deux âmes engagées et révoltées unies par la photo. C’est aussi l’histoire d’un amour fou qui ne résistera pas à la guerre…"

"Son nom incarne à lui seul le photojournalisme : Robert Capa. Né Endre Friedmann à Budapest en 1913, le jeune intrépide, charme en bandoulière, s’exile à Paris en 1934, et se rêve reporter. Un an plus tard, Endre rencontre Gerda, juive d’origine polonaise, qui a connu les geôles berlinoises en 1933 pour diffusion de tracts antinazis".


"C’est le coup de foudre et le début d’un engagement commun pour témoigner du monde. Ensemble, ils couvrent la guerre d’Espagne, lui en plans serrés à fleur d’émotion, elle capturant l’instant sur le vif avec son Leica, au cœur de l’action. Capa forge sa légende avec l’emblématique Mort d’un soldat républicain, éclipsant le talent de la fervente pequeña rubia ("petite blonde"), qui accompagne les républicains jusqu’au bout. Cette prise de risques lui est fatale, un jour d’été à Brunete, près de Madrid. Gerda avait 27 ans."



"Gerda Taro et Robert Capa" par Delphine Deloget

France, ARTE France, Bonne Compagnie, 2018, 27 min
Sur Arte les 14 avril 2019 à 19 h 15, 18 avril 2019 à 3 h 10,  27 février 2021 à 05 h 30
Disponible du 14/02/2021 au 20/06/2021
Visuels :
Gerda Taro et Robert Capa
© Fred Stein Archives/ Getty Images
Les adieux d'un soldat partant sur le front, guerre d'Espagne, photographie de Robert Capa, 1936
Gerda Taro sur le front de Cordoba pendant la guerre d'Espagne, photographie de Robert Capa
Portrait de Gerda Taro
© International Center of Photography

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Cet article a été publié le 13 mars 2019.

mercredi 24 février 2021

« Honour » de Richard Laxton

Arte diffusera le 26 février 2021 « Honour » (Die Ehre Der Familie) de Richard Laxton. « Après la disparition d’une jeune femme d’origine kurde, l’inspecteur en chef Caroline Goode mène l’enquête. Cette haletante fiction retrace un tragique fait divers qui a secoué la Grande-Bretagne en 2006 » : le "crime d'honneur" dont a été victime 
Banaz Mahmod.

« Les crimes d'honneur ne sont pas réservés aux provinces reculées du Pakistan, de la Turquie ou de l'Inde. En Europe occidentale aussi, des jeunes femmes sont torturées et tuées par des membres de leur famille à cause de leurs fréquentations, de leur façon de s'habiller ou de leur refus de se soumettre à un mariage forcé. En clair, parce que leur attitude laisse planer un doute sur leur virginité. C'est le constat de la fondation suisse Surgir, spécialisée dans la lutte contre les violences faites aux femmes » (Le Monde, 15 novembre 2011).

Et le quotidien de poursuivre : « Très prudent dans sa volonté de ne "stigmatiser" aucune communauté, le rapport publié par Surgir établit  un lien direct entre ces assassinats et l'immigration, tout en soulignant que, "majoritairement pratiqué au sein des communautés musulmanes, le crime d'honneur l'est aussi par les communautés sikhs, hindoues et chrétiennes… Aux Pays-Bas, la police estime que treize meurtres ont été commis en 2009 au nom de l'honneur ; au Royaume-Uni, une douzaine de cas sont recensés chaque année ; en Allemagne, soixante-douze jeunes filles ont été tuées en dix ans ; en France, depuis 1993, une dizaine de cas ont été évoqués dans les médias, en grande majorité dans les communautés indiennes, pakistanaises, sri-lankaises, kurdes et turques… » 

« Le Parlement européen et le Conseil de l'Europe ont avancé pour la première fois en 2003 des recommandations d'ordre général. Mais seuls les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont adopté un dispositif complet, alliant prévention auprès des associations d'immigrés, protection des témoins, formation des policiers et création d'unités spéciales. Dans les textes britanniques, le mot "honneur" est, à la demande explicite du gouvernement, précédé de la mention "so called" ("prétendu")… La fondation Surgir appelle les autres Etats européens à prendre des mesures – le code pénal italien prévoit notamment une réduction de la peine pour les crimes commis sur fond de "traditions culturelles" – tout en soulignant qu'un durcissement des législations entraîne systématiquement une hausse des suicides maquillés et pousse les familles à désigner un meurtrier mineur qui sera moins sévèrement jugé » (Le Monde, 15 novembre 2011).

Professeur émérite de psychologie et d'études sur les femmes, Phyllis Chesler a souligné les différences entre crimes passionnels ou violences domestiques et « crimes d’honneur » (honor killings). Si ceux-ci sont des « conspirations familiales » louées par la société – l’assassin est considéré comme un héros ayant « lavé l’honneur sali de la famille » - et non sanctionnées par la justice, les crimes passionnels suscitent la réprobation générale et sont punis par des peines d’emprisonnement. Elle a distingué aussi les « crimes d’honneur » islamiques des crimes familiaux hindous ou sikhs, localisés dans le nord de l’Inde « vraisemblablement le produit d’un clash entre valeurs traditionnelles et modernes, intensifiées par une croissance économique élevée et une mobilité sociale croissante ». Elle a souligné que l’Inde a agi contre ces crimes dits « d’honneur » et que « les millions d’Hindous ou de Sikhs ne les amènent pas avec eux dans les pays occidentaux où ils immigrent ».

« Honour » (Die Ehre Der Familie) de Richard Laxton évoque un « crime d’honneur » dont a été victime Banaz Mahmod (1985-2006), Irakienne kurde arrivée à l'âge de dix ans en Grande-Bretagne et vivant à Mitcham, au sud de Londres (Angleterre), et tuée - un assassinat décidé en conseil de famille - parce qu'elle avait mis fin à un mariage forcé conclu lorsqu'elle était adolescente - elle avait été battue et violée par son mari originaire, comme sa famille, de Qaladiza - et avait débuté une relation avec un homme qu'elle avait choisi, Rahmat Sulemani. Elle avait eu connaissance du complot, visant son ami et elle, en écoutant une conversation téléphonique entre sa mère et son frère. Elle a été violée, puis tuée. Son père, son oncle et ses trois cousins - deux avaient fui en Kurdistan irakien, puis en avaient été extradés en 2009 - ont été condamnés à des peines d'emprisonnement pour meurtre. 

"Son père, Mahmod Babakir Mahmod, a été reconnu coupable de son meurtre et emprisonné pendant 20 ans tandis que son oncle, Mahmod Babakir Mahmod, a également été reconnu coupable de l’avoir tuée et condamné à 23 ans. Mohamad Marid Hama, l’un des hommes qui ont tué Banaz après l’avoir soumise à des heures de torture et de viol, a également été reconnu coupable de son meurtre et condamné à 17 ans de prison. Lors d’un deuxième procès pour meurtre, Mohammed Saleh Ali et Omar Hussain ont également été reconnus coupables du meurtre de Banaz et emprisonnés respectivement 20 et 21 ans".

« Depuis trois semaines, Rahmat Suleimani est sans nouvelles de sa petite amie, Banaz Mahmod, 20 ans, récemment divorcée ». 

« Rongé par l’angoisse, le jeune homme demande l’ouverture d’une enquête pour disparition inquiétante ». 

« Chargée de l’affaire, l’inspectrice en chef Caroline Goode commence par interroger les parents de la disparue, des Kurdes originaires d’Irak ». 

« Tandis que la mère demeure mutique, son père assure que leur fille n’a pas disparu et qu’elle mène sa vie comme elle l’entend ». 

« Après avoir retrouvé Bahkal, la sœur aînée de Banaz qui a, elle aussi, fui sa famille, les enquêteurs orientent leurs soupçons vers Mohamed Hama, un lointain cousin ». 

« Recherché comme témoin clé dans l’affaire, il se présente au commissariat en clamant son innocence, mais est interpellé à l'issue de son interrogatoire et placé en détention provisoire ». 

« L'équipe de Caroline obtient alors l’autorisation d’enregistrer ses appels téléphoniques en prison et découvre, grâce au concours d’un traducteur, qu'il se vante auprès de ses interlocuteurs d’avoir participé à l’assassinat de la jeune femme… »

« S’appuyant sur l’enquête opiniâtre conduite et racontée dans un livre (Honour) par la véritable Caroline Goode (décorée de la Queen’s Police Medal, plus haute distinction pour service rendu dans la police au Royaume-Uni), ce haletant polar s’empare d’un tragique fait divers qui a secoué la Grande-Bretagne en 2006 ». 

« Écrit par Gwyneth Hughes (La foire aux vanités), le scénario pointe tout à la fois les carences de l’institution policière qui, à cinq reprises, n’a pas pris au sérieux les menaces visant la jeune Banaz, et les règles d’un code d’honneur patriarcal appliqué par des membres de la communauté kurde ». 

« Débutant comme une course contre la montre pour retrouver vivante la jeune disparue, l’intrigue se mue au fil des interrogatoires et des indices réunis en une quête obstinée pour confondre ses bourreaux et les traduire en justice. »

Si le film a été loué par la critique, certains médias, dont The Daily Telegraph, ont reproché au film de se concentrer plus sur Caroline Goode et son enquête policière que sur Banaz Mahmod.


« Honour » de Richard Laxton
Royaume-Uni, 2020, 89 min
Production : Hera Pictures, en association avec Buddy Club Production et Britbox/BBC & ITV
Scénario : Gwyneth Hughes, d'après le livre éponyme de Caroline Goode
Production : Hera Pictures
Productrice : Alliea Nazar
Producteurs exécutifs : Peter Kosminsky, Liza Marshall, Gwyneth Hughes, Keeley Hawes
Image : Laurens De Geyter
Montage : David Blackmore
Musique : Matthew Herbert
Costumes : Lauren Miller
Décors de film : Christina Moore
Chargé(e) de programme : Virginie Padilla
Son : Grant Bridgeman
Avec Keeley Hawes (Caroline Goode), Buket Komur (Banaz Mahmod), Michael Jibson (Stuart Reeves), Mark Stanley (Andy Craig), Moe Bar-El (Rahmat Suleimani), Rhianne Barreto (Bekhal Mahmod), Ahd (Diana)
Sur Arte le 26 février 2021 à 20 h 55
Disponible du 19/02/2021 au 27/03/2021
Visuels : © Itv Global Entertainment Limited

« Elser, un héros ordinaire », par Oliver Hirschbiegel


Arte diffuse sur son site Internet « Elser, un héros ordinaire » (Elser - Er hätte die Welt verändert ; 13 minutes), par Oliver Hirschbiegel. « En novembre 1939, un jeune menuisier allemand tente d'assassiner Adolf Hitler... Dix ans après « La chute », Oliver Hirschbiegel brosse le portrait d'une Allemagne gangrenée par le nazisme à travers le geste héroïque d'un anonyme ».
   
« Le procès du siècle. Les chroniqueurs célèbres de Nuremberg » de Peter Hartl
« Les studios Babelsberg ou le Hollywood allemand » de Alexander Lück et Daniel Finkernage
Tournages Paris-Berlin-Hollywood 1910-1939

« Le 8 novembre 1939, comme chaque année depuis qu'il est chancelier, le Führer s'apprête à prononcer un discours dans la brasserie de Münich où il lança, en 1923, son putsch manqué. Résolu à mettre un coup d'arrêt au nazisme en tuant Hitler, un jeune ouvrier aux sympathies communistes, Georg Elser, cache une bombe à retardement de sa fabrication dans le conduit de cheminée de l'établissement. Mais alors qu'il s'apprête à passer la frontière suisse, il est interpellé par deux douaniers… »

Georg Elser (1903-1945) a été un artisan menuisier et horloger excellent, et est demeuré dans l’Histoire comme un résistant au nazisme, un Allemand attaché à la liberté et proche des idées communistes. Sa motivation réside aussi dans sa volonté d’arrêter la guerre en tuant les dirigeants nazis - Hitler, Goebbels, Frank, Ribbentrop, Bouhler - réunis dans cette brasserie. La bombe tue huit personnes et en blesse 63 autres. 

Présenté par la propagande nazie comme un espion au service des Britanniques, Georg Elser n’est pas jugé. Il est détenu à Berlin jusqu’en 1941, puis à la prison du camp d’internement d’Oranienburg avec des politiciens français Edouard Herriot et Paul Reynaud. En 1944, il est transféré à Dachau où il isolé, étroitement surveillé. Le 9 avril 1945, il est exécuté « sur ordre supérieur » réclamant que son exécution soit maquillée en « accident mortel » lors d’un bombardement.

Ce n’est que dans les années 1990 que Königsbronn, ville natale de Georg Elser, appose une plaque à la mémoire de celui qui « voulait empêcher que plus de sang encore ne soit versé ». Le 11 avril 2010, une statue est inaugurée 

« Cet attentat contre Hitler aurait pu changer le cours de l'histoire ». 

« Exécuté à Dachau en 1944 et tombé après-guerre dans l'oubli, son auteur, Georg Elser (superbe Christian Friedel), retrouve le chemin de la mémoire collective dans un film à la mécanique implacable ». 

« Dix ans après La chute, où il retraçait les dernières heures d'Hitler dans son bunker, Oliver Hirschbiegel se penche de nouveau sur les heures sombres du nazisme. Au-delà des minutieux préparatifs de l'attentat et des terribles interrogatoires, le cinéaste plonge en flashback dans les ressorts qui ont déterminé Elser à passer à l'action ».

« De la difficulté croissante à trouver un emploi à l'embrigadement des plus jeunes, des opposants transformés en esclaves par le travail forcé aux rues pavoisées de croix gammées, il montre l'insidieuse montée en puissance de l'idéologie nazie et sa gangrène sur le quotidien de la petite ville de Koenigsbronn, où vivait Elser ». 

« Cri de liberté d'un anonyme contre l'oppression totalitaire, ce film met en pleine lumière l'inexorable dévoiement d'une société tout entière ».

Le titre anglais (13 minutes) évoque le fait que la bombe d’Elser a éclaté dans un lieu que Hitler venait de quitter treize minutes auparavant.

Construit en flash-back, ce biopic a été présenté hors compétition à la 65e Berlinale. Avec Labyrinth of Lies (Labyrinthe du silence) de Giulio Ricciarelli, il a été l’un des films sélectionnés par l’Allemagne dans la catégorie Meilleur film en langue étrangère à la 88e cérémonie des Oscar.


« Elser, un héros ordinaire », par Oliver Hirschbiegel
Allemagne, 2014, 114 min
Montage : Alexander Dittner
Musique : David Holmes
Production : Lucky Bird Pictures, ARTE, SWR, BR, WDR, Delphi Medien, Philipp Filmproduction, ARD Degeto
Producteurs : Oliver Schündler, Boris Ausserer, Fred Breinersdorfer
Scénario : Fred Breinersdorfer, Léonie-Claire Breinersdorfer
Acteurs : Christian Friedel, Katharina Schüttler, Burghart Klaußner, David Zimmerschied, Felix Eitner, Johann von Bülow, Rüdiger Klink, Cornelia Köndgen, Martin Maria Abram, Thomas Gräßle, Simon Licht, Lissy Pernthaler, Udo Schenk, Michael Kranz, Gerti Drassl
Sur Arte le 26 février 2018 à 20 h 50
Disponible du 18/02/2021 au 24/02/2021

Visuels :
David Zimmerschied, à gauche et Christian Friedel, à droite
Burkhart Klaußner, Johann von Bülow, et Christian Friedel. (de gauche à droite).
Christian Friedel et Katharina Schüttler.
Christian Friedel (entouré de ses amis)
Christian Friedel
Burghart Klaußner, Christian Friedel et Johann von Bülow (de gauche à droite)
© SWR/Lucky Bird Pictures/Bernd Schuller

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Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 23 février 2018.