Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 31 janvier 2019

Ossip Zadkine (1890-1967), sculpteur

  
Ossip Zadkine (1890-1967) est un sculpteur français d'origine juive et né à Vitebsk, alors dans l'empire russe. Un représentant de l'Ecole de Paris. A l’occasion du 150e anniversaire de la naissance de Vincent Van Gogh, le Musée Zadkine a rassemblé en 2003 des documents souvent inédits – projets, études, photographies, lettres – sur l’hommage rendu par ce sculpteur au peintre et à son frère.  Dans le cadre de l'exposition "Ossip Zadkine : l'instinct de la matière" au musée Zakine, aura lieu le 31 janvier 2019, de 14 h 30 à 16 h, la visite "Ossip Zadkine : l’instinct de la matière", avec le guide Maxime Paz, conférencier du musée Zadkine.


Yossel Aronovich Tsadkin est né en 1890 à Vitebsk (alors dans l'Empire russe, actuellement en Biélorussie).

Son père cultivé, Ephime, né Juif, s’était converti au christianisme orthodoxe lors de son mariage avec Sophie Lester.

Van Gogh
A l’occasion du 150e anniversaire de la naissance de Vincent Van Gogh, le Musée Zadkine a rassemblé en 2003 des documents souvent inédits – projets, études, photographies, lettres – sur l’hommage rendu par ce sculpteur au peintre et à son frère.

De 1956 à 1964, Ossip Zadkine consacre une dizaine de sculptures aux frères Vincent et Théo Van Gogh, répondant aux commandes d’Auvers-sur-Oise, de Zundert et Saint-Rémy de Provence.

Ce qui retient son attention, c’est d’abord la figure tourmentée du peintre hollandais (« Van Gogh marchant à travers champs ».

Mais très vite, au fil de la lecture (1960) de la correspondance de Vincent à son frère Théo et de monographies de l’artiste, sa vision est renouvelée.

Zadkine est fasciné par la « symbiose » entre les deux hommes : Vincent peint, grâce au soutien financier, à la compréhension artistique et à l’amour de son frère Théo.

« Ce lien était une sorte d’identité de pensée qui jaillissait chez l’un et se transmettait immédiatement chez l’autre… Un merveilleux cas humain de double jaillissement », écrit Zadkine.

Et ce sont les deux êtres intrinsèquement liés que Zadkine sculpte dans des œuvres « évidées ».

Musée-atelier
Le musée Zadkine (Paris) a été ré-ouvert après travaux le 10 octobre 2012.


Le 4 juin 2015 à 14 h, le cercle Medem propos, dans le cadre d'un cycle sur les artistes Juifs de l'Ecole de Parisune visite du musée Zadkine : "Ossip Zadkine l’appelait sa « folie d’Assas » et était heureux de pouvoir y travailler à même la terre, au milieu des arbres. Cet atelier-musée est resté fidèle à sa destination originelle : lieu de vie et de création, c’est l’un des rares ateliers de sculpteurs qui ont pu être sauvegardés à Paris, témoignant du Montparnasse des artistes".


Des(t/s)in(s) de guerre
Le musée Zadkine présenta l'exposition Des(t/s)in(s) de guerre. "Images de corps brisés, de vies fauchées, l'espace qui bascule et se déconstruit, les dessins et gravures réalisés par Zadkine durant la Première Guerre mondiale, sont ceux de l'implacable. Ces quelque soixante compositions que scande la sérialité elliptique des corps couchés n'avaient jamais été réunies jusqu'à présent".

"Elles le seront en octobre 2016, dans les ateliers dans lesquels Zadkine, engagé volontaire dès 1915, gazé en 1916, réformé définitivement en 1917, s'installa en 1928".

"Aux côtés de ces dessins de guerre : l'oeuvre de Chris Marker Owls at noon, Prelude : The Hollow Men, inspirée du poème Les Hommes creux écrit par T.S. Eliot en 1925. Fragments du poème de l'écrivain américain, photographies hallucinées de soldats blessés, images de femmes belles à pleurer se succèdent en séquences sérielles sur huit écrans, selon une écriture bouleversant les conventions narratives. Chambre d'écho, le temps d'une exposition, des éclats de guerre sur papier laissés par celui qui fut de ceux - Apollinaire, la tête bandée, Cendrars, le bras arraché - qui en revinrent. Dont le destin fut d'en revenir".

L'instinct de la matière
« C’est l’instinct qui prime d’abord ; c’est le plus important ; tout le reste vient plus tard ; alors on s’arme d’une logique qui pénètre chaque geste. » Ossip Zadkine, Entretien avec Jacques Charles, 16 septembre 1966.

 Le musée Zadkine "rend un hommage inédit à l’artiste en soulignant sa place aussi originale que singulière au sein des modernismes du XXe siècle. L’exposition "Ossip Zadkine, l’instinct de la matière" met en lumière,à l’occasion du 130e anniversaire de l’artiste, son lien organique à la matière."

Après Être Pierre en 2017, poursuivant l’exploration des matérialités créatrices, le musée fait pénétrer le visiteur dans l’intimité du dialogue de Zadkine avec les différents matériaux qui sont à ses yeux des « puissances formelles ». Pour l’artiste russe (Vitebsk 1888 – Paris 1967), la matière est toujours « première ». Il sait, il sent qu’elle est porteuse d’une vocation formelle. L’exposition retrouve ce lien intime à la matière primordiale, aux formes en gestation : les veines et les nodosités du bois, la densité et les particules de la roche, la fluidité de l’encre ou de la gouache…"

« Inductives», les" matières sont riches d’une dynamique, d’une poussée que le geste du tailleur ou la main du dessinateur doit capter en retour. « Du dialogue avec la matière naît le geste de l’homme », confiait Zadkine à Pierre Cabane (Arts, 1960). L’authenticité de la création plastique passe par ce rapport instinctif avec la matière que Zadkine n’aura de cesse d’éprouver."

Le musée "bénéficie à cette occasion de prêts exceptionnels comme Le Fauve du Musée de Grenoble, une très belle série d’oeuvres graphiques prêtées par le musée d’Art moderne de la Ville de Paris ou L’Odalisque, pièce majeure du musée Réattu en Arles. Le visiteur découvre l’oeuvre de Zadkine dans un parcours enrichi, avec une scénographie dictée par la résonance même du propos. L’introduction d’oeuvres sur papier permet notamment de retrouver le mode de présentation adopté par l’artiste de son vivant et de dépasser l’image d’une oeuvre identifiée à la seule sculpture. Cette approche souligne la richesse plastique et la force intérieure d’une création attachée à préserver la nécessité vitale du lien de l’homme à la nature."

Le 31 janvier 2019, de 14 h 30 à 16 h, aura lieu la visite "Ossip Zadkine : l’instinct de la matière", avec le guide Maxime Paz, conférencier du musée Zadkine. "À l’occasion du 130e anniversaire de la naissance d’Ossip Zadkine (1888-1967), et grâce à des prêts exceptionnels, le musée Zadkine rend hommage au sculpteur russe en mettant en lumière son lien particulier à la matière. Cette visite permet d’appréhender le dialogue intime et instinctif instauré par l’artiste avec les différents matériaux, qui deviennent pour lui des « puissances formelles ».


Du 28 septembre 2018 au 10 février 2019
Au musée Zadkine
Visuels :
Affiche
Ossip ZADKINE
Le Fauve ou Le Tigre, 1920-1921
Bois doré
Acquis à l’artiste en 1921
Musée de Grenoble, Grenoble
© Jean-Luc Lacroix/Musée de Grenoble/Ville de Grenoble

Ossip ZADKINE
Odalisque ou Bayadère, 1932
70 × 180 × 50 cm
Bois de hêtre rouge polychromé
Mis en dépôt par Zadkine en 1953 et donné au musée en 1956
Musée Réattu, Arles

Ossip ZADKINE
Le Repos après la moisson, 1941
Gouache sur trace au graphite sur papier satiné
Legs Valentine Prax-Zadkine, 1981
Musée Zadkine, Paris
© Musée Zadkine/Roger-Viollet

Du 2 octobre 2016 au 5 février 2017
100 bis, rue d’Assas, 75006 Paris
Tél. : 01 55 42 77 20
Du mardi au dimanche de 10h à 18h

Visuel :
Ossip Zadkine, Album : eaux-fortes de la guerre 1914-1918 © Musée Zadkine / Roger-Viollet/ADAGP - Chris Marker, Owls at Noon/Prelude : The Hollow Men, 2005, film, 19’ © Chris Marker /Galerie de France


Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié dans Actualité juive, et sur ce blog dans une version plus longue le 6 décembre 2012. Il a été republié les 11 avril et 12 mai 2014, 19 avril 2015 car la chaîne Histoire a rediffusé les :
-  12 avril et 13 mai, les 21 et 28 août 2014, 20 et 26 avril 2015 dans la série Les heures chaudes de Montparnasse, réalisée par Jean-Marie Drot et produite par France 2, l'épisode Ils s'en venaient de l'Oural et du Mississipi. " Au début du XXème siècle, c'est à Paris que se faisaient et se défaisaient les révolutions qui bouleversaient le monde de l'art. Ce document s'attache à suivre les pas d'un artiste étranger, à peine débarqué au carrefour Vavin, dans ce Montparnasse mythique, à la recherche d'un atelier et de son inspiration. Avec les témoignages d'Ossip Zadkine, Gino Severini, Foujita, Léopold Survage, Ilya Ehrenbourg, Papazoff, André Salmon ou encore Léopold Lévy".
- 21 et 28 août 2014 le numéro de la série Palettes consacré à Van Gogh  et réalisé par Alain Jaubert (Arte, 30 minutes) : " En octobre 1888, Vincent Van Gogh, qui est installé depuis huit mois en Arles, peint sa chambre. Un an après, alors qu'il se trouve interné à l'hospice Saint-Paul-de-Mausole, près de Saint-Rémy, il éprouve le besoin de faire deux copies de ce tableau qu'il aime particulièrement. Cette image, fameuse parce que tellement reproduite sous tant de formes graphiques différentes, a beaucoup compté pour le peintre. Elle est volontairement simple, et pourtant elle apparaît comme fort étrange. Vincent voulait y voir le symbole du repos, mais les objets semblent fuir et l'espace se déformer. De nombreuses gloses ont été écrites à propos de "La Chambre à Arles" et de quelques autres tableaux "bizarres" de Van Gogh : certains auteurs s'en sont servis pour arguer de la folie du peintre. La chambre proprement dite a été détruite pendant les bombardements de 1945. Mais si le peintre avait raison ? Si c'était l'espace lui-même qui était fou ? Une enquête serrée a permis de retrouver tous les éléments du dossier et de... "
- 10 juin 2015 et 30 septembre 2016, 3 février 2017.

mardi 29 janvier 2019

« Extrémisme de gauche - Entre protestation et terreur » par Rainer Fromm


Arte diffusera le 29 janvier 2019 « Extrémisme de gauche - Entre protestation et terreur » (Gewalt von links. Eine Bewegung zwischen Protest und Terror) par Rainer Fromm. « Radiographie des mouvements d’extrême gauche européens qui choisissent la violence comme mode d’action. Rencontre avec des observateurs (politologues, policiers, psychologues) et des défenseurs de cette violence qui s'affirme comme légitime, mais aussi des militants de gauche qui la considèrent avec défiance ».
« Ils luttent contre le capitalisme, le fascisme, le racisme, la mondialisation, le sexisme, la gentrification ou la répression policière : les combats des mouvements de l’extrême gauche s’inscrivent dans le sens de l’humanisme, et leurs militants se veulent porteurs de progrès et de justice sociale ». C'est oublier que certains visent la destruction de la démocratie.

« Mais pour certains, la fin justifie les moyens : depuis les années 1990, la violence revendiquée s’amplifie au sein de certains de leurs cercles, des "antifa" aux anarchistes d’Europe ». 

« Si cette dérive, entre protestation et terreur, se manifeste sous de multiples formes, elle ne suscite pourtant encore que peu d’attention publique ou universitaire – à la différence de modes d’action similaires provenant de l’extrême droite, documentés et analysés ». 

« Sabotages, attentats contre des partis ou des banques, attaques de policiers, émeutes et casse lors de manifestations – par exemple de la part des black blocs présents au sommet du G20 à Hambourg… : comment ces groupes légitiment-ils leurs actes ? » Le 5 janvier 2019, "en marge de l'acte VIII des Gilets jaunes, aux cris de "Black Blocs", des individus ont forcé la porte de la cour du secrétariat d'Etat de Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, dans le VIIe arrondissement de Paris. Quelques véhicules ont été endommagés dans la cour et Benjamin Griveaux a dû être temporairement évacué".

« En Allemagne, en France, en Russie et au Pays basque espagnol, ce documentaire part à la rencontre d’observateurs – politologues, policiers, psychologues – et de défenseurs de cette violence qui s'affirme comme légitime, mais aussi de militants de gauche qui la considèrent avec défiance ». 

« Une plongée saisissante dans un nouveau militantisme européen encore méconnu ».

Une extrême-gauche qui, comme le pouvoir politique à son plus haut niveau, traque un « fascisme » ou une "peste noire" inexistants.

« En raison notamment de l'absence de tout procès en règle du totalitarisme communiste de Staline à Mao, d'équivalent de Nuremberg pour le nazisme, il existe à l'égard de l'extrême gauche une extrême indulgence », a analysé Me Gilles-William Golnadel dans sa tribune « Qui enquêtera sur la violence de l'extrême-gauche ? » (Le Figaro, 28 janvier 2019). déplore la bienveillance de nombreux médias à l'égard de la violence des groupuscules d'extrême-gauche, alors que celle de l'extrême-droite fait désormais l'objet d'une commission d'enquête parlementaire.

Et d'indiquer : « Mais si l'on veut mesurer encore davantage l'hémiplégie intellectuelle et morale de traitement entre extrêmes, la création d'une commission d'enquête parlementaire uniquement consacrée aux violences de l'extrême droite en apporte une énième fois la consternante démonstration. Initiée par la France Insoumise [mouvement d'extrême-gauche, Nda], cette commission investiguera certainement utilement sur ces groupuscules de l'ultra-droite aussi violents que, pardon pour le pléonasme, conspirationnistes et antisémites. »

Et de poursuivre : « Mais il relève du déni, de la cécité, à moins qu'il ne s'agisse que du cynisme, de laisser dans l'ombre une extrême gauche toute aussi violente mais infiniment plus nombreuse. Dans l'ombre, les Blacks Blocs, en dépit notamment de la manifestation du 1er mai 2018, quand 1 200 cagoulés, tous de noirs vêtus et armés de cocktails Molotov ou de pavés, descendirent dans la rue pour s'en prendre aux policiers. Dans l'ombre les zadistes, qui, avant de voir leur violence récompensée, avaient laissé pour mort un malheureux vigile à Notre-Dame des Landes. Dans l'ombre les Antifas, ces soi-disant «antifascistes» tels que repris sans ironie trop souvent par une presse en bonne disposition, qui ont expédié le maire de Béziers Robert Ménard à l'hôpital pour avoir eu le front, sans doute trop national, de vouloir participer à un débat public près de Bordeaux sans que cela n'émeuve aucun député ou journaliste prétendument démocrate ou opposé à la violence politique, et qui font régner la terreur dans les facultés aujourd'hui minées par le racialisme anti-blanc et l'indigénisme le plus indigent. En passant, on remarquera sans trop s'étonner de l'habituelle et perverse contradiction, que cette France Insoumise qui condamne les violences policières et d'extrême droite à Paris, absout les violences policières et d'extrême gauche à Caracas. »

Et de conclure : « A l'intérieur de ce déni de la réalité violente, habite la pure folie. On apprend en effet que cette commission censée vouloir étudier la violence politique a accepté en son sein la désignation du député anciennement de la République En Marche M'jid El Guerrab dont la principale contribution aura été d'avoir agressé en août 2018 son collègue socialiste Boris Faure à coups de casque de motards à la suite d'une réflexion. Le malheureux parlementaire avait vu son crâne fracassé et un pronostic vital engagé pendant qu'il était dirigé pour quatre jours au service de réanimation…»

Un gauchisme, notamment avec une variante anarchiste, qui parfois imite la violence des terroristes palestiniens, et bénéficie d'une indulgence de médias, de politiques et de magistrats. Et qui affirme souvent sa haine de l'Etat juif.

« En France notamment et en Grande Bretagne, l'extrême gauche pose désormais aux Juifs un problème aussi important sinon plus que l'extrême droite car elle est versée dans l'islamo-gauchisme (que l'on pense aux travaillistes de Jeremy Corbin)... Les « progressistes » sont pro-Palestine et pro-islam: l'islamo-gauchisme est le principal foyer aujourd'hui de l'antisémitisme... Le phénomène central [après l'élection d'Emmanuel Macron à la Présidence de la République en 2017], c'est la nouveauté du paysage d'après la victoire de Macron, marqué par l'effondrement du duo Républicains-Socialistes et surtout la convergence extrême droite-extrême gauche, cette dernière marquée également par l'islamo-gauchisme et donc foyer de l'antisionisme qui est en général au cœur du «nouvel antisémitisme».  », a observé le professeur Shmuel Trigano (Le Figaro, 12 novembre 2018).


Allemagne, 2018
Sur Arte le 29 janvier 2019 à 23 h 28

A lire sur ce blog :
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Les citations sur le film sont d'Arte

« Alger, la Mecque des révolutionnaires (1962-1974) » par Ben Salama


Arte rediffusera le 30 janvier 2019 « Alger, la Mecque des révolutionnaires (1962-1974) » (Algier - Mekka der Revolutionäre (1962-1974)), documentaire par Ben Salama. De Che Guevara aux Black Panthers, via l'OLP (Organisation de libération de la Palestine) d'Arafat, l'Algérie a accueilli et soutenu, avec une rare persistance, des dirigeants et organisations souvent extrémistes. La diplomatie aberrante et choquante d'un régime autoritaire ayant échoué à assurer un développement économique et social satisfaisant pour sa population.


Vers un « vote halal » en France, en Belgique, en Grande-Bretagne et en Israël ? 
« Humoristes et musulmans » de Frank Eggers  
« Nouvelle génération, la bande dessinée arabe aujourd’hui »
« La croix gammée et le turban, la tentation nazie du grand mufti » de Heinrich Billstein 
« Pour Allah jusqu’à la mort. Enquête sur les convertis à l’islam radical » par Paul Landau
L'Etat islamique 
Interview de Bat Ye’or sur le califat et l’Etat islamique/ISIS 
« Les armes des djihadistes » par Daniel Harrich 
« L'argent de la terreur »
« Alger, la Mecque des révolutionnaires (1962-1974) » par Ben Salama 
« Si Mustapha Müller, le maître déserteur » par Lorenz Findeisen
« Pictures for Peace. La douleur après l’attentat - Hocine Zaourar » par Rémy Burkel 
« Cheikh Zayed, une légende arabe » par Frédéric Mitterrand
« Emirats, les mirages de la puissance », par Frédéric Compain
L’Arabie saoudite 
Hajj, le pèlerinage à La Mecque
L’Irak, une ex-mosaïque ethnico-religieuse
« Oman, au pays des contes » par Nadja Frenz
Le keffieh, c'est tendance !

« Les musulmans vont en pèlerinage à la Mecque, les chrétiens au Vatican et les mouvements de libération nationale à Alger », a résumé Amilcar Cabral (1924-1973), fondateur du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, PAIGC (Partido Africano da Independência da Guiné e Cabo Verde).


« De 1962, année de son indépendance, et jusqu'en 1974, l’Algérie aide activement les mouvements anticoloniaux et les révolutionnaires du monde entier, « Alger la rouge » offrait asile et assistance aux opposants et exilés de nombreux pays ». 

« Avec son sens de la formule, Amilcar Cabral, le fondateur du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) qualifiera le pays de « Mecque des révolutionnaires ». 

« Dirigée par le tandem Ahmed Ben Bella (à la présidence) et Houari Boumediene (au stratégique ministère de la Défense), l’Algérie jouit alors du prestige d’une indépendance acquise par les armes ».


Un pays dont les dirigeants, notamment Ben Bella, sont reçus à la Maison Blanche sous la présidence de John F. Kennedy. Celui-ci tente en vain de dissuader Ben Bella de se rendre à Cuba, dans un avion cubain. A La Havane, l'accueil est chaleureux. Ben Bella apparaît en héros ayant défié le blocus américain.

« Suivant l'inspiration de Fidel Castro et du Che, qui réserveront à Cuba un accueil triomphal à Ahmed Ben Bella, le pays s’impose comme le leader des aspirations des peuples du Tiers-monde » luttant contre la colonisation, des problèmes raciaux.

Le régime autoritaire « apporte un soutien total aux opposants qui viennent à lui, aussi bien moral que diplomatique et financier ».

Il reçoit le Raïs égyptien Nasser avec enthousiasme. "Ben Bella et Nasser prônent un socialisme compatible avec l'islam"

"Au début des années 1960, l'Afrique est en pleine ébullition". Des chefs de mouvements de libérations, des "damnés de la terre" viennent voir le "modèle algérien" à Alger la Blanche devenue Alger la Rouge dépourvue de sa population européenne, juive et chrétienne.

Jacques Vergès joue un rôle important en Algérie.

A l'automne 1963, un conflit surgit entre l'Algérie et le Maroc à propos d'un territoire litigieux. L'Armée marocaine s'avère plus puissante. L'Egypte envoie des hélicoptères à l'Algérie. Sous l'égide de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), l'Algérie et le Maroc signe un accord.

Le Che et Ben Bella veulent agir au Congo Kinshasa.

L'Algérie confère au Fatah une ambassade. Une reconnaissance transférée ensuite à l'OLP. Les fedayin sont entraînés en Algérie. Le documentaire ment : en 1967, Israël n'a pas annexé les territoires conquis lors de la guerre des Six-jours : la Judée, la Samarie, la bande de Gaza. En 1974, l'Algérie accueille Arafat à l'Assemblée générale de l'ONU (Organisation des Nations unies).En 1988, c'est à Alger qu'Arafat proclame l'Etat de Palestine qui n'a aucun territoire...

Chassée d'Afrique du sud, Miriam Makeba chante en Algérie.

Du Che aux Black Panthers
« Grâce à un habile montage d'archives, ce film revisite la décennie prodigieuse, et méconnue, au cours de laquelle la plupart des opposants à la colonisation et au racisme, du Che aux Black Panthers – en passant par les indépendantistes bretons !" et les révolutionnaires brésiliens –, "feront escale dans une capitale algérienne effervescente, rebaptisée « Alger la rouge ». Et ce, alors que le monde est divisé, pendant la Guerre froide ou la Détente, en deux blocs - l'Occident dirigé par les Etats-Unis et pays communistes sous la férule de l'Union soviétique -, tandis qu'émergeaient le Tiers-monde et des pays non alignés cherchant une hypothétique troisième voie politique, économique.

« Même après le coup d'État de Boumediene en 1965, le pays poursuivra sur cette lancée ». Une diplomatie algérienne prisant les mouvements recourant à la violence et un nouvel ordre mondial. Un foyer de déstabilisation qui conduit à s'opposer aux Etats-Unis. En 1974, les deux pays renoueront sous la présidence de Richard Nixon : l'Algérie vendra son pétrole et son gaz aux Etats-Unis.

« Si cette politique finira par évoluer au mitan des années 1970, elle restera un sujet de fierté pour le peuple algérien ». 

Dès 1963, l'ANC (Congrès national africain) bénéficie d'un bureau à Alger. « Après sa libération, en 1990, près de trente ans après s'être entraîné avec les fellagas, Nelson Mandela leur rendra un vibrant hommage et déclarera : « L'Algérie est mon pays. » Avant son emprisonnement, Mandela avait déclaré : « Peut-être que vous ne savez rien… Je suis parti en Algérie où je me suis entraîné. L'Algérie est mon deuxième pays ». Un militant luttant contre l'apartheid en Afrique du Sud, et non indigné par l'exode des juifs et des chrétiens.

Un « pan méconnu de la politique internationale algérienne, revisité en archives ».

De manière paradoxale, Alger a accueilli ces mouvements révolutionnaires, tout en refusant de reconnaître les droits fondamentaux aux Amazighs ou Berbères en Algérie.

L'Algérie, qui a encouragé ces mouvements recourant à la violence, au terrorisme, a été victime d'une guerre civile tragique.


Electron Libre et Version Originale Productions, 2014, 56 min
Sur Arte les 16 mai 2017 à 22 h 25 et 28 juin 2017 à 18 h, 30 janvier 2019 à 1 h 50

Visuels
L'ancien premier président de la République d'Algérie (1963-1965) Ahmed Ben Bella
Pendant la présidence de République d'Algérie, Ahmed Ben Bella a pour objectif de construire un socialisme typiquement algérien (liens avec Cuba et la France à la fois). Ici avec Ernesto Che Guevara
L'ancien premier président de la République d'Algérie (1963-1965) Ahmed Ben Bella
© Electron Libre

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Les citations viennent d'Arte. Cet article a été publié le 15 mai 2017.

lundi 28 janvier 2019

« Le nom des 86 » de Emmanuel Heyd et Raphael Toledano


« Le nom des 86 » est un documentaire de Emmanuel Heyd et Raphael Toledano. En 1943, « 86 Juifs sélectionnés au camp d'Auschwitz sont déportés à l'été 1943 au camp de Natzweiler-Struthof où une chambre à gaz a été spécialement aménagée pour les tuer. August Hirt, directeur de l'Institut d'anatomie de Strasbourg, souhaite constituer une collection de squelettes Juifs, pour garder trace de cette « race ». Une enquête pour retrouver les identités de ces victimes des Nazis lors de la Shoah. Le 28 janvier 2019, le Film Club de la Cour et l’Amicale du Conseil de l'Europe organisent la projection de ce film.




 A l'été 1943, 86 Juifs du camp d'Auschwitz (Pologne) sont déportés au camp de Natzweiler-Struthof, en Alsace, aujourd'hui en France, où une chambre à gaz a été aménagée pour les assassiner.


Directeur de l'Institut d'anatomie de Strasbourg, August Hirt veut créer une collection de squelettes Juifs, pour conserver une trace de cette « race » qui «incarne une sous-humanité repoussante, mais caractéristique» selon » ses mots.

« Comment ce sinistre projet a-t-il vu le jour? Que sont devenus les 86 Juifs gazés pour cette collection anatomique ? »

Sur « les lieux du crime, experts, témoins et acteurs de la mémoire font le récit d'un des plus tragiques épisodes de la Seconde Guerre mondiale, emblématique de la Shoah et des dérives de la science sous le nazisme, tout en questionnant la difficile mémoire du crime et ses implications éthiques. Mais cette histoire, c'est aussi et surtout la quête, le combat inlassable du journaliste et historien allemand Hans-Joachim Lang « pour redonner une identité à ces hommes et femmes réduits à une liste de matricules ».

La quête des noms
Le 1er décembre 1944, une semaine après la libération de Strasbourg en Alsace, le commandant Raphel recherche des documents dans l’Hôpital civil.

Dans les sous-sols de l’Institut d’anatomie, il « découvre les restes de cadavres entassés et dépecés ». Ainsi débute l’Affaire Hirt.

Lors de l’enquête suivant cette macabre découvert, des collaborateurs du professeur August Hirt, directeur de l’Institut d’anatomie de l’Université nazie de Strasbourg (Reichsuniversität Strassburg), et des archives révèlent que Hirt « avait fait gazer, à l’été 1943, 86 Juifs au camp de Natzweiler-Struthof dans le but de constituer une collection anatomique raciale ».

Célèbre anatomiste et fervent nazi, August Hirt dirigeait l’Institut d’anatomie de l’Université nazie de Strasbourg depuis novembre 1941. Il était devenu rapidement membre de l’Ahnenerbe, société scientifique nazie dirigée par Heinrich Himmler et Wolfram Sievers.

En février 1942, Hirt proposa à ses supérieurs de l’Ahnenerbe la constitution d’une collection de crânes de «commissaires judéo-bolchéviques qui incarnent une sous-humanité répugnante mais caractéristique ».

Son « projet fut particulièrement bien reçu et encouragé. Hirt s’associa à l’anthropologue Bruno Beger dans cette mission ».

A Auschwitz, au printemps 1943, Beger y sélectionna sur des critères physiques des Juifs pour constituer cette collection anatomique Juive.

Après avoir été choisis et mis en quarantaine, 29 Juives et 57 Juifs « furent envoyés par train au camp de Natzweiler où une chambre à gaz rudimentaire avait été aménagée dans le but de les tuer ».

Après le gazage, les cadavres des 86 Juifs furent amenées discrètement à l’Institut d’anatomie de Strasbourg. Là, faute d’instruments idoines pour « les transformer en squelettes », ils furent abandonnés.

A l’approche des Alliés de Strasbourg en septembre 1944, Hirt, effrayé, donna l’ordre à ses assistants de « découper les corps et de faire disparaître toute trace criminelle, ce qui fut partiellement fait ».

Secrètement, un de ses assistants, Henri Henrypierre, a écrit tous les 86 matricules.

Hirt a pris la fuite.
A la Libération, Henrypierre confie « cette liste aux autorités judiciaires ».

Après la découverte des cadavres par les Français, une autopsie des cadavres fut pratiquée et des documents furent analysés.


Les méfaits de Hirt ont été commentés lors du Procès des médecins à Nuremberg. Mais, ils ont curieusement été peu évoqués au Procès des médecins du Struthof, en décembre 1952 à Metz.

Ses actes barbares sont tombés dans l’oubli, jusqu’en 1970-1971, date du procès à Francfort de Bruno Beger, l’anthropologue ayant, à Auschwitz, sélectionné ces 86 Juifs. Beger a été condamné à trois ans de prison. L’instruction judiciaire avait permis de découvrir que Hirt s’était suicidé en 1945.

En France, ce procès n’attira qu’un faible intérêt.

En 1978, les déclarations du négationniste Robert Faurisson ramènent au premier plan « la réalité de la chambre à gaz du Struthof ».

Serge Klarsfeld demanda à Jean-Claude Pressac, pharmacien devenu historien des chambres à gaz et crématoires dans les camps nazis, une « étude du gazage de 87 Juifs au camp du Struthof » publiée en 1985 (The Struthof Album). Il « y détailla le processus de gazage et publia des documents accablants tirés du Procès Beger ». Il révélé aussi « l’identité d’une des victimes de Hirt : Menachem Taffel, Juif berlinois, déporté en mars 1943 avec sa femme Klara et leur fille de 14 ans, Esther (toutes deux gazées à Auschwitz) ».

Des publications ont apporté leur contribution à l’écriture de cette page tragique.

Dans les années 1990, deux psychiatres ont créé le Cercle Menachem Taffel à la mémoire des victimes.

En septembre 2003, un historien et journaliste allemand Hans-Joachim Lang révéla, lors d’un colloque à Strasbourg, le nom des 86 Juifs déportés d’Auschwitz pour être gazés par Hirt. 

Publié en août 2004, son livre Die Namen der Nummern, Wie es gelang, die 86 Opfer eines NS-Verbrechens zu identifiziere a reçu le Prix de la Fondation Auschwitz. L'auteur y écrit : "Ce livre parle de la façon dont les numéros du camp de concentration se sont de nouveau transformés en noms. Un monde invisible durant de nombreuses décennies surgit de l'obscurité. Trait pour trait, les personnes sortent de l'anonymat, des hommes et des femmes vous mènent aux endroits où ils ont vécu et qui, nulle part en Europe, n'étaient à l'abri des nazis, que ce fût à Larvik en Norvège, à Théssalonique en Grèce, à Sittard aux Pays-Bas ou à Szereszow en Pologne… Ces gens assassinés continuent à vivre dans le souvenir de ceux qui les ont connus".


Le 27 janvier 2014, a eu lieu la cérémonie au cimetière juif de Cronenbourg en mémoire des 86 Juifs gazés au KL-Natzweiler.

Après un long combat du Cercle Menachem Taffel, le 11 décembre 2005, en présence de familles de victimes, une plaque a été dévoilée devant l’Institut d’anatomie », et un Mémorial sur lequel sont inscrits les noms des victimes Juives a été inauguré au cimetière israélite de Strasbourg-Cronenbourg.

Documentaristes
C’est ce pan méconnu de l’histoire de la Shoah en France que relate ce documentaire « Le nom des 86 » de Emmanuel Heyd et Raphael Toledano diffusé par Alsace 20.

Consultant audiovisuel spécialisé dans les nouvelles technologies télévisuelles et producteur, Emmanuel Heyd a travaillé comme journaliste pour ARTE et ZDF. En 1996, il initie ses recherches sur le passé de l’Institut d’anatomie de la Faculté de médecine de Strasbourg.

Médecin à Strasbourg, Raphael Toledano se spécialise depuis 2003 dans « l’étude historique des expériences médicales nazies menées pendant la Seconde guerre mondiale en Alsace. En 2004, « le professeur Christian Bonah, qui dirigeait le département d’histoire de la Faculté de médecine de Strasbourg », lui « proposa d’en faire son sujet de thèse. Bénéficiant de dérogations d’accès exceptionnelles du fait de mon statut de doctorant », il a eu accès à de nombreuses archives en France et à l’étranger, dont certaines totalement inédites. A l’occasion de la soutenance de sa thèse en décembre 2010, il s’est rendu compte de l’importance de ce thème dans l’histoire de la Faculté de médecine de Strasbourg. En décembre 2010, il « a soutenu à Strasbourg sa thèse de doctorat en médecine sur les expérimentations menées au Camp de Natzweiler-Struthof par le virologiste Eugen Haagen » : il y révélait « pour la première fois le nom des 189 Roms victimes de ces expériences ». Il a été distingué par de nombreux prix, notamment le Prix International de la Fondation Auschwitz 2010-2011. Membre du Conseil scientifique du Centre européen du résistant-déporté (Musée du Struthof) depuis 2012, il se consacre à l’étude de « l’élaboration d’un projet d’exposition au Struthof et prépare un ouvrage consacré aux expériences nazies menées au Struthof ».

Pour relater cette histoire, tragique chapitre de la Shoah, les documentaristes ont recueilli les interviews d’experts : historiens (Robert Steegmann, Serge Klarsfeld), spécialistes de la médecine sous le nazisme (Paul J. Weindling, Yves Ternon), anthropologue (Edouard Conte), anatomiste (Jean-Marie Le Minor), historien de la médecine (Christian Bonah), spécialiste des politiques mémorielles (Serge Barcellini), psychiatre (Georges Y. Federmann).

Ils ont joint des documents « inédits - à l’instar du projet original de Hirt ou de la liste des 86 matricules recueillis en cachette par Henri Henrypierre, l’assistant de Hirt ».

S’ajoute la « voix, rare et précieuse, des témoins : « Pierre Karli, un ancien élève de Hirt, la Doyenne du Block 10 qui s’est occupée des femmes sélectionnées par Beger, le fermier du Struthof, Ernest Idoux qui, de sa fenêtre, a assisté au gazage des premières femmes et l’assistant d’anatomie Henri Henrypierre sans qui les 86 noms n’auraient jamais été retrouvés », indique Raphael Toledano.

Le film révèle le sort de la 30e femme sélectionnée par Bruno Beger et son identité, grâce à un témoignage inédit.

Il souligne la quête pendant des dizaines d’années, de Hans-Joachim Lang , journaliste et historien allemand, pour redonner leur nom à toutes les victimes. « Inlassablement, il chercha la liste d’Henrypierre, puis tenta de retrouver le nom qui se cachait derrière chaque numéro, à en retracer l’histoire, à en contacter les proches survivants ».

Le nom des 86 est « le récit de ces deux destins que tout oppose : celui d’un médecin nazi qui réduit des êtres humains (au motif qu’ils sont Juifs) à l’état de squelettes dont il ne reste finalement que des numéros matricules, et celui d’un journaliste allemand qui parcourt le chemin inverse, redonnant une identité perdue à de simples numéros ».

Tournage
« J’ai été sensibilisé aux agissements d’August Hirt en 1997 par mon père, médecin installé à Strasbourg. Je rencontrai alors Jacques Heran, un professeur de médecine qui enseignait l’histoire des expérimentations nazies aux étudiants de première année. Il me remit des copies de certaines archives de la Faculté de médecine de Strasbourg relatives à August Hirt, des lettres de Hirt et des photos de femmes retrouvées dans les papiers de Hirt, et me donna sa version des faits », a déclaré Raphael Toledano.

Et d’ajouter : « Étudiant en médecine quelques mois plus tard, je fréquentais désormais l’Institut d’anatomie de Strasbourg où une rumeur persistante prétendait que les bocaux étudiés contenaient les restes des malheureuses victimes de l’anatomiste nazi. Je fus frappé par l’attitude de certaines autorités universitaires médicales et par le refus de certains professeurs d’apposer une plaque devant les lieux du crime ou de continuer à enseigner cette histoire aux jeunes étudiants en médecine après la mort de Jacques Heran. De là, naquit un désir, comme une évidence, celui de rechercher par tous moyens à poursuivre les travaux de celui qui avait été mon maître et surtout celui de transmettre le récit de ces crimes commis par des médecins à mes futurs confrères. Emmanuel Heyd et moi nous sommes rencontrés à l’occasion du colloque de 2003 au cours duquel un journaliste allemand, Hans-Joachim Lang, exposa pour la première fois l’identité des 86 victimes juives de Hirt ».

Après avoir longtemps refusé l’autorisation pour leur tournage, la Faculté de médecine de Strasbourg et de l’Institut d’anatomie acceptent finalement de mettre un terme à leurs opacité, silence. « Néanmoins, le sujet reste sensible. La peur de l’amalgame et d’une incompréhension de cette histoire reste tenace. Il faut sans cesse souligner que l’on parle de la Reichsuniversität Strassburg, et non pas de l’Université française de Strasbourg, alors réfugiée à Clermont-Ferrand », précise Emmanuel Heyd.

« Nous avons tous été marqués par les trois jours passés à Auschwitz en compagnie d’Hans-Joachim Lang qui a accepté d’y revenir pour nous raconter le fil de ses recherches. Je garde intact le souvenir de cet homme extrêmement humble, au milieu du sinistre Block 10 [du Stammlager d’Auschwitz, où les femmes ont été sélectionnées pour le projet de Hirt], racontant comment il a contacté les premières familles de victimes après avoir retrouvé leurs noms. Il se pose la question du sens de sa démarche, de l’éthique : ne risque-t-il pas d’engendrer du malheur à venir fouiller le passé ? Ne va-t-il pas rouvrir de vieilles blessures ? Et il a cette réponse magnifique d’une famille : « Vous ne rouvrez pas nos plaies, elles ne se sont jamais refermées » », se souvient Raphael Toledano.

Le 19 mai 2015,  à 19 h, l'université de Strasbourg (Unistra) a accueilli la projection-débat, en présence des réalisateurs, Emmanuel Heyd, et Raphaël Toledano, et du Pr Christian Bonah (Département d’histoire de la vie et de la santé), de ce documentaire : "En 1943 à Auschwitz, 86 Juifs sont sélectionnés et déportés au camp de Natzweiler-Struthof en Alsace où une chambre à gaz a été aménagée pour les tuer. August Hirt, directeur de l’Institut d’anatomie de Strasbourg, souhaite constituer une collection de squelettes juifs pour garder trace de cette "race qui incarne une sous-humanité repoussante". Ce film retrace cette histoire et relate l’inlassable quête pour retrouver le nom des 86 victimes".

Polémique
En janvier 2015, dans son livre Hippocrate aux enfers sur les médecins des camps nazis de concentration et d'extermination, Michel Cymes, médecin et chroniqueur médical, a évoqué des restes, notamment des "coupes anatomiques des 86 victimes" Juives encore gardés par l’Institut de médecine légale de Strasbourg. Il se fondait sur les déclarations du psychiatre Georges Federmann, président du cercle Menachem Taffel, qui milite pour la mémoire des quatre-vingt-six victimes juives déportées à Auschwitz, gazées au camp alsacien du Natzwiller-Struthof, et dont les corps furent transférés à l'Institut d'anatomie. Le docteur Federmann "aurait évoqué un creux axillaire, une main et la coupe transversale d'une tête conservés dans des bocaux. Mais le médecin, qui n'est pas cité directement dans le livre, estime avoir été « trahi » par l'auteur dans la retranscription de ses propos".

Une polémique a surgi.

Le 28 janvier 2015, l'université de Strasbourg "a réfuté ces accusations" : "Les corps ont quitté l'institut en septembre 1945". Après la découverte d'une partie de ces restes en décembre 1944, ceux-ci ont été « enterrés au cimetière juif de Cronenbourg, à l'endroit où fut apposée il y a quelques années la stèle qui porte le nom des quatre-vingt-six victimes. Depuis septembre 1945, il n'y a donc plus aucune de ces parties de corps à l'institut d'anatomie et à l'université de Strasbourg ». Affirmer qu'auraient subsisté des restes de victimes juives à l'université ou à l'Institut est « faux et archi-faux.  C'est faux depuis 1945 ! », a asséné Alain Beretz, président de l'université de Strasbourg. Et de qualifier « rumeurs » des faits « avancés sans preuve ». A la Libération, "après la découverte des restes de ces victimes, deux médecins légistes strasbourgeois, le professeur Fourcade et le docteur Simonin, ont fait une expertise médico-légale de ces pièces avant qu'elles soient enterrées".

Le 31 janvier 2015, Michel Cymes a fermement nié avoir allégué que cet Institut détenait encore des restes de ces victimes Juives : "Je me contente de reprendre le témoignage d'un médecin qui affirme avoir vu des bocaux renfermant des restes humains pouvant dater de la période nazie. Je relate ma visite de l'Institut grâce à l'accueil chaleureux de son patron, le professeur Kahn. Et je laisse la parole à ce même Pr Kahn qui m'affirme qu'il n'y a plus rien à l'Institut. Sans jamais mettre en doute, ni le témoignage du médecin, ni les propos du Pr Kahn.Car je suis intimement persuadé que si il y a eu, aujourd'hui, il n'y a plus rien à l'Institut d'Anatomie. Mon livre se veut une modeste participation à un devoir de mémoire qui me tient à coeur. Ce n'est pas le livre d'un universitaire, pas celui d'un historien, mais celui d'un médecin qui se demande comment, ceux qui exerçaient le même métier, ont pu basculer dans l'horreur".

Découverte de restes de victimes Juives
Le 18 juillet 2015, la ville de Strasbourg a révélé que, le 9 juillet 2015, Raphaël Toledano avait découvert à l’Institut de médecine légale de Strasbourg des restes de victimes de l’anatomiste nazi August Hirt, conservés dans un bocal et des éprouvettes", et dont diverses autorités universitaires niaient l’existence. Grâce à l'aide du  professeur Jean-Sébastien Raul, directeur de l’Institut de médecine légale de Strasbourg, il a pu identifier plusieurs pièces.

Un bocal contenait « des fragments de peau d’une victime de chambre à gaz ». Deux éprouvettes renfermaient « le contenu de l’intestin et de l’estomac d’une victime et un galet matricule utilisé lors de l’incinération des corps » au camp de concentration alsacien de Natzwiller-Struthof. Ces restes appartiennent à plusieurs des 86 victimes d’un projet de « collection de squelettes juifs » conçu par August Hirt. Les "préparations retrouvées" avaient été « constituées en vue de documenter les crimes commis au Struthof à la demande d’August Hirt ». « Les étiquettes identifient chaque pièce avec précision et font notamment état du matricule 107969, qui correspond au numéro qui fut tatoué au camp d’Auschwitz sur l’avant-bras de Menachem Taffel, une des 86 victimes (…), comme cela est confirmé par les archives du camp d’Auschwitz »,

Cette découverte a été fortuite. "En découvrant une lettre très précise d'un ancien professeur de médecine légale, l'historien Raphaël Toledano a voulu vérifier par lui-même : c'est ainsi qu'il est tombé "presque par hasard" sur des bocaux contenant des prélèvements réalisés sur les victimes juives dans les camps."Cela a été un choc de découvrir ces restes : comme tout le monde, je pensais qu'ils étaient enterrés depuis des années", a-t-il expliqué sur Europe 1 le 20 juillet 2015. Et d'expliquer : "L'accès à ce musée est difficile : il est fermé à clef. Ce n'est pas un endroit fréquenté assidûment". Il a soulevé "la question de la vérification des pièces" car si l'Institut d'anatomie avait été vérifié, "on n'avait pas pensé à vérifier ailleurs". Raphaël Toledano a exhorté à lancer des investigations, en estimant possibles d'"autres découvertes.

La municipalité strasbourgeoise songe à confier ces restes à la communauté Juive de Strasbourg, afin que celle-ci leur assure une inhumation conforme à la halakha (loi juive), au cimetière israélite de Cronenbourg à l'ouest de ville alsacienne.

La "majorité des restes, en grande partie découpés, avait été retrouvée par les Alliés peu après la libération de Strasbourg en 1944, et fut rapidement inhumée dans un cimetière juif".

Le 6 septembre 2015, dans le cadre de la cérémonie en hommage aux martyrs de la Déportation, ayant lieu le dernier dimanche avant Rosh HaChana (Nouvel An Juif), ont été inhumés au cimetière juif de Cronenbourg les trois récipients contenant les restes de ces trois victimes Juives découverts en juillet 2015. "Des lambeaux de peau lacérés par une « bastonnade brutale », les restes du dernier repas de Menachem Taffel avant la chambre à gaz – des épluchures de pomme de terre…"

Environ 300 personnes ont assisté à la cérémonie dirigée par René Gutman, grand rabbin de Strasbourg. Parmi elles : Raphaël Toledano, médecin et historien, le journaliste allemand Hans-Joachim Lang, "qui avait rendu leur identité aux 86 victimes en 2003, après 8 années de recherches", Michel Cymes, médecin, Alain Beretzn président de l’Université de Strasbourg.

« C'est un devoir religieux d'inhumer tout corps ou reste humain. Ne pas le faire est, dans la religion juive, une offense à Dieu. C'est aussi la manière la plus juste de répondre à la tentative des nazis de faire disparaître toute trace de la solution finale, mise à l'œuvre par Hirth. Au moment de l'avancée de l'armée française et des alliés, ils voulaient faire exploser le laboratoire et brûler les corps dans le four crématoire », a déclaré le grand rabbin de Strasbourg.

Une "stèle portant ces 86 noms a été posée au cimetière juif de Cronenbourg en 2005, 62 ans après la mort de ces 86 personnes, tuées par le médecin nazi August Hirt, qui voulait en faire une « collection de squelettes juifs ». C’est à côté de cette stèle que le cercueil contenant les fragments a été enterré ce dimanche matin. Les bocaux enterrés ce dimanche matin contiennent des prélèvements effectués par les médecins chargés en 1945 de l’expertise médico-légale sur les 86 victimes d’August Hirt, et de prouver son crime".

Le 26 janvier 2016, le cinéma Le Royal à Rothau présenta ce documentaire : "86 Juifs sélectionnés au camp d'Auschwitz sont déportés à l'été 1943 au camp de Natzweiler-Struthof où une chambre à gaz a été spécialement aménagée pour les tuer. August Hirt, directeur de l'Institut d'anatomie de Strasbourg, souhaite constituer une collection de squelettes juifs. Comment ce sinistre projet a-t-il vu le jour ? Que sont devenus les 86 Juifs gazés pour cette collection anatomique ? Sur les lieux du crime, experts, témoins et acteurs de la mémoire font le récit d'un des plus tragiques épisodes de la Seconde Guerre mondiale, emblématique de la Shoah et des dérives de la science sous le nazisme, tout en questionnant la difficile mémoire du crime et ses implications éthiques. Mais cette histoire, c'est aussi le combat d'un journaliste allemand pour redonner une identité à ces hommes et femmes réduits à une liste de matricules. L'inlassable quête pour retrouver le nom des 86".


Le 26 février 2016, France 3 diffusa Au nom de la race et de la science Strasbourg 1941-1944, documentaire de Sonia Rolley, Axel Ramonet et Tancrède Ramonet : "En novembre 1944, les troupes alliées découvrent en franchissant les portes du sous-sol de l'Institut d'anatomie de l'Université de Strasbourg 86 corps mutilés. Ces corps sont ceux de déportés juifs, gazés au camp de Natzweiler-Struthof, en Alsace. Cette découverte lève le voile sur l'un des projets les plus méconnus du régime nazi : sous la direction d'Himmler en personne, une poignée de scientifiques reconnus, des aventuriers et des soldats fanatisés ont conjugué leurs efforts pour créer une collection de squelettes, dans le but de prouver l'existence des races et de conserver une trace du «spécimen» juif après son extermination. A l'aide d'images d'archives et de documents inédits, retour sur une terrible expérimentation".

Le 10 mai 2016 à 20 h, le Cinéma Aventure à Bruxelles (Belgique) a projeté Le nom des 86, de Emmanuel Heyd et Raphaël Toledano : "En 1943 à Auschwitz, 86 Juifs sont sélectionnés et déportés au camp de Natzweiler-Struthof en Alsace où une chambre à gaz a été aménagée pour les tuer. August Hirt, directeur de l’Institut d’anatomie de Strasbourg, souhaite constituer une collection de squelettes juifs pour garder trace de cette "race qui incarne une sous-humanité repoussante".

Le 29 mars 2017, à 18 h, à l’auditorium de la Bibliothèque Municipale de Mériadeck, le Centre culturel Yavné Bordeaux proposa la projection-rencontre autour du documentaire « Le nom des 86 » de Emmanuel Heyd et Raphael Toledano. Cette projection-rencontre est réalisée grâce au soutien de l’AFMD 33 (représentation territoriale pour Fondation de la Mémoire de la Déportation) et aux partenariats avec la Bibliothèque de Bordeaux & le Goethe Institut.

La rencontre réunit "Frédérique Neau-Dufour, historienne et directrice du Centre Européen du Résistant Déporté (à Struthof, site de l’ancien camps de concentration de Natzweiler), en présence de Carole Lemée – anthropologue, enseignant-chercheur – et de Roland Boisseau – président de l’AFMD 33. les échanges seront animés par Stéphane Brunel (maître de conférences en productique, Président de la Ligue de L’Enseignement de la Gironde).

« 86 Juifs sélectionnés au camp d’Auschwitz sont déportés à l’été 1943 au camp de Natzweiler-Struthof où une chambre à gaz a été spécialement aménagée pour les tuer. August Hirt, directeur de l’Institut d’anatomie de Strasbourg, souhaite constituer une collection de squelettes juifs, pour garder trace de cette « race » qui « incarne une sous-humanité repoussante, mais caractéristique ». Comment ce sinistre projet a-t-il vu le jour? Que sont devenus les 86 Juifs gazés pour cette collection anatomique ? Sur les lieux du crime, experts, témoins et acteurs de la mémoire font le récit d’un des plus tragiques épisodes de la Seconde Guerre mondiale, emblématique de la Shoah et des dérives de la science sous le nazisme, tout en questionnant la difficile mémoire du crime et ses implications éthiques. »


Les 29 octobre, 3 et 9 novembre 2017Histoire diffusera ce documentaire. "En 1943, 86 juifs sont sélectionnés à Auschwitz afin d'être déportés au camp de Struthof. Sur place, une chambre à gaz est spécialement aménagée pour les tuer. August Hirt, directeur de l'Institut d'anatomie de Strasbourg, souhaite constituer une collection de squelettes juifs pour garder une trace de "cette race qui incarne une sous-humanité repoussante, mais caractéristique". Dans ce documentaire, témoins et experts reviennent sur l'un des plus tragiques épisodes de la Seconde Guerre mondiale, emblématique de la Shoah et des dérives de la science sous le nazisme. C'est aussi l'inlassable quête d'un historien allemand pour redonner un nom à ces êtres réduits à une liste de matricules".

Un site Internet est dédié à ces 86 personnes Juives.


« Le nom des 86 » de Emmanuel Heyd et Raphael Toledano
Dora films SAS, Alsace 20, Télébocal, Cinaps TV, avec la participation du Centre national du cinéma et de l'image animée, avec le soutien de la Communauté urbaine de Strasbourg, la Région Alsace en partenariat avec le CNC, le Conseil Général du Bas-Rhin, la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et la Fondation Matanel, 2014, 63 min
Réalisateurs : Emmanuel Heyd et Raphael Toledano
Image : Aline Battaglia
Son : Richard Harmelle
Montage : Stephanie Schories
Mixage : Nicolas Cadiou
Producteur : Daniel Coche
Sur Alsace 20 le 8 mai 2015 à 20 h 30
Sur Histoire les 29 octobre, 3 et 9 novembre 2017 
A la salle de projection au Palais, le Film Club de la Cour et l’Amicale du Conseil de l'Europe organisent une projection du film le 28 janvier 2019 à 12 h 30.

Visuels : ©  Dora films SAS et Archives départementales du Bas-Rhin,
Rampe de départ des convois d'Auschwitz-Birkenau
Camp de Natzweiler
Chambre à gaz du Struthof
Stèle du cimetière de Cronenbourg
Hans-Joachim Lang
Emmanuel Heyd, Armand Felder, Raphael Toledano
Cote 150 AL13

Articles sur ce blog concernant :
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Les citations proviennent du site du documentaire.
Cet article a été publié en mai, puis les 20 juillet 2015, 25 janvier, 25 février et 9 mai 2016, 29 mars et 25 octobre 2017.