Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 31 janvier 2019

« Le fusillé du mur des cons » par Clément Weill-Raynal


En avril 2013, le site Atlantico publiait une vidéo sur le « mur des cons », constitué de photographies de politiciens, de journalistes et du père d’une victime violée et assassinée, épinglées sur le mur de bureaux du Syndicat de la magistrature. Cette vidéo avait été filmée par Clément Weill-Raynal, chroniqueur judiciaire sur France 3. Dans « Le fusillé du mur des cons » (2013), ce journaliste relate la chronologie du scandale lié au « mur des cons ». Il analyse l’idéologie partiale d’un syndicat inséré dans le fonctionnement du ministère de la Justice. Poursuivie pour injures publiques au titre d’« éditrice » de ce panneau, Françoise Martres, alors présidente de ce Syndicat, a été condamnée en 2019 uniquement à l'égard d'une partie civile.

Les blessures de Jamal al-Dura étudiées par le Tribunal correctionnel de Paris
La Cour d’appel de Paris a évoqué les blessures de Jamal al-Dura
« Le fusillé du mur des cons » par Clément Weill-Raynal

Au printemps 2013, le site Internet Atlantico, pure player, publiait une vidéo filmée dans les locaux du Syndicat de la Magistrature, à Paris. Un film court attestant de la présence du « mur des cons » où étaient épinglés les portraits photographiques de personnalités – politiciens, essentiellement de droite, éditorialistes, intellectuels, etc. – qualifiées avec dédain par cet épithète.

C’est par hasard, en remplaçant au dernier moment un collègue, que Clément Weill-Raynal, chroniqueur judiciaire sur France 3 et romancier, a découvert le 5 avril 20136, inopinément, et filmé avec son téléphone portable ce « mur des cons ». Sans percevoir sur le moment l’importance gravissime de ce mur.

Il en a parlé à des amis et connaissances pour solliciter leur avis.

"Emotion et tollé"
Quand Atlantico a rendu publique cette vidéo, l’indignation a été unanime, sauf au Syndicat de la magistrature qui s’est empressé de faire disparaître ce « mur des cons » - l’huissier de justice mandaté par Me Gilles-William Goldnadel n’a pu que constater cette disparition hâtive - et s’est efforcé de minorer la gravité de cet affichage de personnes n’ayant pas l’heur de pas partager les opinions de ce Syndicat, alors le deuxième syndicat français en termes de résultats aux élections professionnelles. Des magistrats ont allégué une "blague de potache" !

Or, nombre de citoyens demeurent attachés aux principes de neutralité du service public judiciaire et d'égalité des justiciables devant la loi. 

Le livre de Clément Weill-Raynal omet bizarrement d'évoquer le "gouvernement des juges".

La rédaction en chef de France 3 a refusé au début d’évoquer ce film. Puis, devant l’ampleur du scandale, a été amenée à couvrir l’affaire. 

Curieusement, le Syndicat national des journalistes (SNJ) et la CGT, syndicat proche du Parti communiste, n’ont pas soutenu Clément Weill-Raynal, qui a été visé par une procédure disciplinaire.

Lors des élections syndicales suivant le dévoilement de ce mur, le pourcentage de voix recueilli par ce Syndicat, le deuxième parmi les magistrats, a diminué, mais demeure important.

Le "credo" d'Oswald Baudot
Dans son livre écrit peu après le scandale, Clément Weill-Raynal rappelle l'idéologie politique imprégnant le Syndicat de la magistrature et résumée en 1974 par le "credo" d'Oswald Baudot, alors substitut du Procureur de la République à Marseille et membre de ce Syndicat. 

Extrait de cette "harangue" : « Soyez partiaux, écrivait-il. Pour maintenir la balance entre le fort et le faible, le riche et le pauvre, qui ne pèsent pas d'un même poids, il faut que vous la fassiez un peu pencher d'un côté. (…) Ayez un préjugé favorable pour la femme contre le mari, pour l'enfant contre le père, pour le débiteur contre le créancier, pour l'ouvrier contre le patron, pour l'écrasé contre la compagnie d'assurances de l'écraseur, pour le malade contre la sécurité sociale, pour le voleur contre la police, pour le plaideur contre la justice. »

"Oswald Baudot a comparu devant le Conseil supérieur de la magistrature en 1975 ; une réprimande a été suggérée, mais le ministre de la Justice", alors Jean Lecanuet, "ne prononça aucune sanction contre le substitut marseillais, très soutenu par le corps de la magistrature, toutes obédiences syndicales confondues - cette unanimité appartient elle aussi à une autre époque".

Françoise Martres
Après cinq années d’instruction, c’est donc en décembre 2018 que Françoise Martres, alors présidente de ce Syndicat, a comparu devant le Tribunal correctionnel au titre d’« éditrice » de ce panneau pour injures publiques devant le Tribunal.

Le Procureur a requis la relaxe de la prévenue.

Le 31 janvier 2019, le tribunal correctionnel a condamné Françoise Martres pour injure publique dans l'affaire du "Mur des cons" uniquement au préjudice du père d'une victime, le général Philippe Schmitt, dont la fille avait été assassinée par un récidiviste dans un RER. Il a considéré que la prévenue avait "commis une injure publique, et que les faits n'étaient pas prescrits, contrairement à l'appréciation du parquet et de sa défense". Il l'a condamnée à 500 euros d'amende avec sursis, ainsi qu'à verser au général Philippe Schmitt 5 000 euros de dommages et intérêts et 10 000 euros au titre des frais de justice".

Mais le Tribunal correctionnel a relaxé, pour des raisons de forme, Françoise Martres concernant les hommes politiques qui la poursuivaient. "Robert Ménard et le Rassemblement national ont été déboutés car leurs plaintes étaient incomplètes". "Neuf élus ou ex-élus de droite comme Patrick Balkany et Eric Woerth ont pour leur part été déboutés car leurs plaintes visaient des faits d'injure publique "envers un membre de l'Assemblée nationale" quand le tribunal n'a pu déterminer si l'injure était dirigée contre eux en raison de leurs fonctions ou si elle visait leurs personnes privées. Les tardives constitutions de partie civile de Nadine Morano, Dieudonné, Philippe de Villiers et Nicolas Dupont-Aignan ont été déclarées irrecevables". 

L'attentat contre la synagogue rue Copernic
Le 3 octobre 1980, un attentat terroriste antisémite du FPLP-OS (Front populaire de libération de la Palestine-Opérations spéciales) a visé la synagogue parisienne rue Copernic (75016), faisant quatre morts et 46 blessés. Livre, documentairecolloque et articles de presse ont étudié cet attentat. Le 13 décembre 2017, on apprenait que le parquet a requis le renvoi aux assises de Hassan Diab, principal suspect de l’attentat de la rue Copernic. Le 12 janvier 2018, on apprenait que Hassan Diab avait bénéficié d'un non-lieu. Libéré, le prévenu est retourné au Canada en étant accompagné jusqu'à l'avion par un représentant de l'ambassade du Canada en France. Le 26 octobre 2018, la Cour d'appel de Paris devait statuer sur ce non-lieu. Elle a préféré ordonner une nouvelle expertise graphologique.

« Trente-sept ans après le drame, deux juges parisiens, dont un membre du Syndicat de la Magistrature, ont prononcé un non-lieu et remis en liberté le 12 janvier, Hassan Diab, principal suspect dans l'enquête sur l'attentat de la rue Copernic. En dépit du fait que le parquet a fait appel de cette consternante décision, Diab a pu quitter la France par le premier avion et regagner le Canada multiculturel et antiraciste de M. Trudeau où il était reçu comme une vedette. Libanais naturalisé canadien, professeur de sociologie à l'université d'Ottawa, il avait fait l'objet d'une extradition en 2014 et se trouvait depuis incarcéré en France en raison des très lourdes charges pesant à son encontre dans le dossier. Pour motiver leur non-lieu les deux juges indiquent dans l'ordonnance que les charges « se heurtent à trop d'éléments à décharge » et affirment qu'un certain nombre de témoignages « permettent d'estimer que Diab se trouvait vraisemblablement au Liban » le jour de l'attentat », a écrit Me Gilles-William Goldnadel (Actualité juive hebdo, 01/02/2018 ).

Et de poursuivre : « Le 10 novembre 2017, lors d’une audience devant la chambre de l'instruction, l'avocat général a publiquement déclaré être  « effaré» de l'attitude des juges d'instruction et de leur propension à coller aux thèses de la défense. Quelle que soit désormais la position de la chambre de l'instruction saisie par le parquet, il est grandement à craindre que Diab, qui avait déjà multiplié les procédures avant que d'être contraint de se rendre à Paris, ne revoit la capitale française. Un gâchis judiciaire. Un déni pour les victimes. Mais il y a pire : l'indifférence de la communauté française. Et pire encore, l'apathie de la communauté juive organisée qui aurait dû organiser une manifestation à l'endroit même que je foulais il y a 37 ans. Si je ne suis pas pour moi, alors qui le sera ? »

Agnès Herzog
Depuis le déclenchement en 2000 de l'Intifada II par Yasser Arafat, chairman de l'Autorité palestinienne, le nombre d'actes antisémites a augmenté considérablement en France.

Dans son numéro de novembre 2009, L'Observatoire du monde juif, dirigé par le professeur Shmuel Trigano, a publié l'étude "Les Territories perdus de la justice", par Me Gilles-William Goldnadel et par Me Aude Weill-Raynal. Les auteurs y étudiaient plusieurs cas ayant occasionné des poursuites pour antisémitisme, et analysaient la "nouvelle jurisprudence en train de se construire depuis la recrudescence des actes antisémites... Les juges, dont on sait qu'ils se sont affranchi depuis longtemps de la tutelle du pouvoir politique, ont suivi le tropisme sociologique de cette époque troublée".

Ces deux avocats concluaient : "La progression de l'antisémitisme relooké ne pourra être freinée qu'en appelant un antisémite par son nom et en le sanctionnant sans lui trouver d'excuses. Tout simplement, en appliquant la loi".

Le 23 août 2004, France 3 a diffusé un reportage sur une énième agression contre un établissement juif. Vice président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), Joseph Zrihen déplorait : "Il n'y a pas toujours les peines nécessaires, qui sont des peines d'exemplarité quand il s'agit d'actes antisémites. Nous demandons que la justice ne fasse que son travail".

Le reportage indiquait en voix off : "Les syndicats de magistrats rejettent aujourd'hui ces accusations de laxisme". Et d'interviewer Agnès Herzog, alors vice-présidente du Syndicat de la magistrature, qui  déclarait : « La justice doit être égale pour tous et appliquée de la même manière pour tous. Dire que les magistrats n’appliquent pas la loi, c’est inexact ».

En 2012, M. B., copropriétaires français juif, ont été assignés devant un Tribunal d'Instance par un syndicat représenté par Foncia Paris pour un "arriéré de charges".

Ils ont prouvé qu’un cinquième de la somme réclamée, soit environ 1 000 €, voire plus, étaient injustifiés. Agnès Herzog, magistrate au sein du Tribunal d'Instance, n’en a pas tenu compte. Pourquoi ? 

M. B. ont aussi prouvé que la gestion financière du Syndicat et de Foncia Paris était émaillée d’erreurs depuis des années : en 2011-2012, un autre syndicat avait déploré notamment les « incohérences » de charges réclamées par Foncia Rives de Seine sans « réelles pièces comptables », ses régularisations « erronées » et son trop-versé aux URSSAF (9.514 €). Le 6 avril 2012, Foncia Rives de Seine avait reconnu un « oubli » comptable concernant une régularisation d’environ 20 000 €, etc. Agnès Herzog n'en a pas tenu compte.

L’enrichissement de ce Syndicat ? Agnès Herzog s'est désintéressée de ce millier d'euros, et a alloué au Syndicat, 3 000 € pour indemniser ses frais judiciaires de 1 741,38 € (honoraires payés à Me Goldberg). Soit quasiment le double. Généreuse Agnès Herzog. Alors que généralement les juges allouent au mieux 1 500€, voire 2 000 € quand ils accueillent les demandes de justiciables devant le Tribunal. Pourquoi ?

En 2015 et en 2017, le Tribunal puis la Cour d'appel de Paris n'ont pas non plus tenu compte des preuves versées aux débats par M. B. qui contestaient la prétendue "dette" réclamée - le solde de leur compte de copropriétaires était positif. Pourquoi ?


Clément Weill-Raynal, « Le fusillé du mur des cons ». Plon, 2013. 150 pages. ISBN 9782259222334



A lire sur ce blog :

Ossip Zadkine (1890-1967), sculpteur

  
Ossip Zadkine (1890-1967) est un sculpteur français d'origine juive et né à Vitebsk, alors dans l'empire russe. Un représentant de l'Ecole de Paris. A l’occasion du 150e anniversaire de la naissance de Vincent Van Gogh, le Musée Zadkine a rassemblé en 2003 des documents souvent inédits – projets, études, photographies, lettres – sur l’hommage rendu par ce sculpteur au peintre et à son frère.  Dans le cadre de l'exposition "Ossip Zadkine : l'instinct de la matière" au musée Zakine, aura lieu le 31 janvier 2019, de 14 h 30 à 16 h, la visite "Ossip Zadkine : l’instinct de la matière", avec le guide Maxime Paz, conférencier du musée Zadkine.


Yossel Aronovich Tsadkin est né en 1890 à Vitebsk (alors dans l'Empire russe, actuellement en Biélorussie).

Son père cultivé, Ephime, né Juif, s’était converti au christianisme orthodoxe lors de son mariage avec Sophie Lester.

Van Gogh
A l’occasion du 150e anniversaire de la naissance de Vincent Van Gogh, le Musée Zadkine a rassemblé en 2003 des documents souvent inédits – projets, études, photographies, lettres – sur l’hommage rendu par ce sculpteur au peintre et à son frère.

De 1956 à 1964, Ossip Zadkine consacre une dizaine de sculptures aux frères Vincent et Théo Van Gogh, répondant aux commandes d’Auvers-sur-Oise, de Zundert et Saint-Rémy de Provence.

Ce qui retient son attention, c’est d’abord la figure tourmentée du peintre hollandais (« Van Gogh marchant à travers champs ».

Mais très vite, au fil de la lecture (1960) de la correspondance de Vincent à son frère Théo et de monographies de l’artiste, sa vision est renouvelée.

Zadkine est fasciné par la « symbiose » entre les deux hommes : Vincent peint, grâce au soutien financier, à la compréhension artistique et à l’amour de son frère Théo.

« Ce lien était une sorte d’identité de pensée qui jaillissait chez l’un et se transmettait immédiatement chez l’autre… Un merveilleux cas humain de double jaillissement », écrit Zadkine.

Et ce sont les deux êtres intrinsèquement liés que Zadkine sculpte dans des œuvres « évidées ».

Musée-atelier
Le musée Zadkine (Paris) a été ré-ouvert après travaux le 10 octobre 2012.


Le 4 juin 2015 à 14 h, le cercle Medem propos, dans le cadre d'un cycle sur les artistes Juifs de l'Ecole de Parisune visite du musée Zadkine : "Ossip Zadkine l’appelait sa « folie d’Assas » et était heureux de pouvoir y travailler à même la terre, au milieu des arbres. Cet atelier-musée est resté fidèle à sa destination originelle : lieu de vie et de création, c’est l’un des rares ateliers de sculpteurs qui ont pu être sauvegardés à Paris, témoignant du Montparnasse des artistes".


Des(t/s)in(s) de guerre
Le musée Zadkine présenta l'exposition Des(t/s)in(s) de guerre. "Images de corps brisés, de vies fauchées, l'espace qui bascule et se déconstruit, les dessins et gravures réalisés par Zadkine durant la Première Guerre mondiale, sont ceux de l'implacable. Ces quelque soixante compositions que scande la sérialité elliptique des corps couchés n'avaient jamais été réunies jusqu'à présent".

"Elles le seront en octobre 2016, dans les ateliers dans lesquels Zadkine, engagé volontaire dès 1915, gazé en 1916, réformé définitivement en 1917, s'installa en 1928".

"Aux côtés de ces dessins de guerre : l'oeuvre de Chris Marker Owls at noon, Prelude : The Hollow Men, inspirée du poème Les Hommes creux écrit par T.S. Eliot en 1925. Fragments du poème de l'écrivain américain, photographies hallucinées de soldats blessés, images de femmes belles à pleurer se succèdent en séquences sérielles sur huit écrans, selon une écriture bouleversant les conventions narratives. Chambre d'écho, le temps d'une exposition, des éclats de guerre sur papier laissés par celui qui fut de ceux - Apollinaire, la tête bandée, Cendrars, le bras arraché - qui en revinrent. Dont le destin fut d'en revenir".

L'instinct de la matière
« C’est l’instinct qui prime d’abord ; c’est le plus important ; tout le reste vient plus tard ; alors on s’arme d’une logique qui pénètre chaque geste. » Ossip Zadkine, Entretien avec Jacques Charles, 16 septembre 1966.

 Le musée Zadkine "rend un hommage inédit à l’artiste en soulignant sa place aussi originale que singulière au sein des modernismes du XXe siècle. L’exposition "Ossip Zadkine, l’instinct de la matière" met en lumière,à l’occasion du 130e anniversaire de l’artiste, son lien organique à la matière."

Après Être Pierre en 2017, poursuivant l’exploration des matérialités créatrices, le musée fait pénétrer le visiteur dans l’intimité du dialogue de Zadkine avec les différents matériaux qui sont à ses yeux des « puissances formelles ». Pour l’artiste russe (Vitebsk 1888 – Paris 1967), la matière est toujours « première ». Il sait, il sent qu’elle est porteuse d’une vocation formelle. L’exposition retrouve ce lien intime à la matière primordiale, aux formes en gestation : les veines et les nodosités du bois, la densité et les particules de la roche, la fluidité de l’encre ou de la gouache…"

« Inductives», les" matières sont riches d’une dynamique, d’une poussée que le geste du tailleur ou la main du dessinateur doit capter en retour. « Du dialogue avec la matière naît le geste de l’homme », confiait Zadkine à Pierre Cabane (Arts, 1960). L’authenticité de la création plastique passe par ce rapport instinctif avec la matière que Zadkine n’aura de cesse d’éprouver."

Le musée "bénéficie à cette occasion de prêts exceptionnels comme Le Fauve du Musée de Grenoble, une très belle série d’oeuvres graphiques prêtées par le musée d’Art moderne de la Ville de Paris ou L’Odalisque, pièce majeure du musée Réattu en Arles. Le visiteur découvre l’oeuvre de Zadkine dans un parcours enrichi, avec une scénographie dictée par la résonance même du propos. L’introduction d’oeuvres sur papier permet notamment de retrouver le mode de présentation adopté par l’artiste de son vivant et de dépasser l’image d’une oeuvre identifiée à la seule sculpture. Cette approche souligne la richesse plastique et la force intérieure d’une création attachée à préserver la nécessité vitale du lien de l’homme à la nature."

Le 31 janvier 2019, de 14 h 30 à 16 h, aura lieu la visite "Ossip Zadkine : l’instinct de la matière", avec le guide Maxime Paz, conférencier du musée Zadkine. "À l’occasion du 130e anniversaire de la naissance d’Ossip Zadkine (1888-1967), et grâce à des prêts exceptionnels, le musée Zadkine rend hommage au sculpteur russe en mettant en lumière son lien particulier à la matière. Cette visite permet d’appréhender le dialogue intime et instinctif instauré par l’artiste avec les différents matériaux, qui deviennent pour lui des « puissances formelles ».


Du 28 septembre 2018 au 10 février 2019
Au musée Zadkine
Visuels :
Affiche
Ossip ZADKINE
Le Fauve ou Le Tigre, 1920-1921
Bois doré
Acquis à l’artiste en 1921
Musée de Grenoble, Grenoble
© Jean-Luc Lacroix/Musée de Grenoble/Ville de Grenoble

Ossip ZADKINE
Odalisque ou Bayadère, 1932
70 × 180 × 50 cm
Bois de hêtre rouge polychromé
Mis en dépôt par Zadkine en 1953 et donné au musée en 1956
Musée Réattu, Arles

Ossip ZADKINE
Le Repos après la moisson, 1941
Gouache sur trace au graphite sur papier satiné
Legs Valentine Prax-Zadkine, 1981
Musée Zadkine, Paris
© Musée Zadkine/Roger-Viollet

Du 2 octobre 2016 au 5 février 2017
100 bis, rue d’Assas, 75006 Paris
Tél. : 01 55 42 77 20
Du mardi au dimanche de 10h à 18h

Visuel :
Ossip Zadkine, Album : eaux-fortes de la guerre 1914-1918 © Musée Zadkine / Roger-Viollet/ADAGP - Chris Marker, Owls at Noon/Prelude : The Hollow Men, 2005, film, 19’ © Chris Marker /Galerie de France


Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié dans Actualité juive, et sur ce blog dans une version plus longue le 6 décembre 2012. Il a été republié les 11 avril et 12 mai 2014, 19 avril 2015 car la chaîne Histoire a rediffusé les :
-  12 avril et 13 mai, les 21 et 28 août 2014, 20 et 26 avril 2015 dans la série Les heures chaudes de Montparnasse, réalisée par Jean-Marie Drot et produite par France 2, l'épisode Ils s'en venaient de l'Oural et du Mississipi. " Au début du XXème siècle, c'est à Paris que se faisaient et se défaisaient les révolutions qui bouleversaient le monde de l'art. Ce document s'attache à suivre les pas d'un artiste étranger, à peine débarqué au carrefour Vavin, dans ce Montparnasse mythique, à la recherche d'un atelier et de son inspiration. Avec les témoignages d'Ossip Zadkine, Gino Severini, Foujita, Léopold Survage, Ilya Ehrenbourg, Papazoff, André Salmon ou encore Léopold Lévy".
- 21 et 28 août 2014 le numéro de la série Palettes consacré à Van Gogh  et réalisé par Alain Jaubert (Arte, 30 minutes) : " En octobre 1888, Vincent Van Gogh, qui est installé depuis huit mois en Arles, peint sa chambre. Un an après, alors qu'il se trouve interné à l'hospice Saint-Paul-de-Mausole, près de Saint-Rémy, il éprouve le besoin de faire deux copies de ce tableau qu'il aime particulièrement. Cette image, fameuse parce que tellement reproduite sous tant de formes graphiques différentes, a beaucoup compté pour le peintre. Elle est volontairement simple, et pourtant elle apparaît comme fort étrange. Vincent voulait y voir le symbole du repos, mais les objets semblent fuir et l'espace se déformer. De nombreuses gloses ont été écrites à propos de "La Chambre à Arles" et de quelques autres tableaux "bizarres" de Van Gogh : certains auteurs s'en sont servis pour arguer de la folie du peintre. La chambre proprement dite a été détruite pendant les bombardements de 1945. Mais si le peintre avait raison ? Si c'était l'espace lui-même qui était fou ? Une enquête serrée a permis de retrouver tous les éléments du dossier et de... "
- 10 juin 2015 et 30 septembre 2016, 3 février 2017.

mercredi 30 janvier 2019

« La révolte jaune. Un mouvement populaire face au pouvoir »


Arte diffusa le 31 janvier 2019, dans le cadre d’« ARTE Regards », « La révolte jaune. Un mouvement populaire face au pouvoir » (Re: Rebellion in Frankreich. Widerstand gegen Macron). Un mouvement politique et social, polyphonique, polymorphe, méfiant à l'égard des "chefs", pouvoirs politiques, instances représentatives - Parlement, syndicats -, médias... Et qui révèle une grave crise de la démocratie française.
« Du lundi au vendredi, un reportage raconte les Européens dans toute leur diversité ».

Arte a consacré plusieurs reportages au mouvement des Gilets jaunes qui a surgi brusquement à l'automne 2017 dans la scène politique, dans les ronds-points et dans les rues des villes.

« Au Président Emmanuel Macron, on lui doit un merci : il a réveillé notre fraternité », explique une femme Gilet Jaune présente aux ronds points.

« Parti d’une manifestation spontanée contre les taxes sur le carburant, le mouvement des "gilets jaunes" a enflé sans prévenir, et ne semble pas vouloir s’essouffler ». Il réclamait une hausse de son pouvoir d'achat, l'indexation des retraites sur le taux de l'inflation. Et souvent la démission du Président de la République Emmanuel Macron considéré comme méprisant à l'égard de ces Gilets jaunes. A ces demandes, des Gilets jaunes ont ajouté le référendum d'initiative citoyenne (RIC) et le "rétablissement" de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) qui a été transformé, sous la présidence Macron, en « impôt sur la fortune immobilière ».

« Depuis plusieurs mois, des centaines de milliers de Français manifestent chaque semaine contre la politique d’Emmanuel Macron ». Et ce, dans de nombreuses cités - Bordeaux, Toulouse, etc. -, malgré un hiver particulièrement rigoureux.

A ces Gilets jaunes, se sont joints des extrémistes de gauche, notamment des Black Blocs, et de droite, ainsi que des casseurs ou vandales issus de "quartiers sensibles". Ils ne s'embarrassent pas toujours du port de ce vêtement caractéristique. Et un certain nombre d'entre eux n'hésitent pas à attaquer les forces de l'ordre et à pratiquer des razzias.

« S’élevant contre un « président des riches » qui impose aux classes populaires des taxes injustes, exigeant une hausse des salaires et des retraites, le mouvement – chose inhabituelle – n’a pas surgi à l’appel d’un parti d’opposition ou d’un syndicat ». Il exprime une méfiance à l’égard des « élites », politiques ou médiatiques, et des organisations ou institutions représentatives : syndicats, Parlement, etc. Et défie le Président de la République en imposant son tempo et ses doléances.

Les violences d'individus ou de groupes, surgissant souvent à la nuit tombée, sont condamnées par les principaux partis politiques. Elles sont endémiques en France depuis des décennies, et surgissent lors ou en marge de manifestations, lors des Journées nationales : 14 juillet, Saint-Sylvestre, etc. Et tolérées par les autorités politiques nationales au grand dam des victimes de ces violences : voitures brûlées, vols de téléphones portables, pillages de magasins, etc. Ces groupes affirment ainsi leur mépris à l'égard de la loi française ou le maintien de l'ordre public.

A ce mouvement, les autorités politiques nationales ont répondu par des "éléments de langage" - "Nous allons faire preuve de pédagogie", "Vous nous imputez une situation créée par les gouvernements successifs, de droite et de gauche, depuis les années 1980" (c'est oublier qu'Emmanuel Macron a été conseiller économique à l'Elysée sous la présidence Hollande et ministre de l'Economie pendant plusieurs années) -, des amalgames - "une foule haineuse" -, une instrumentalisation de l'Histoire - "peste brune" -, des opérations de police au bilan dramatique - utilisation d'instruments (grenades de désencerclement, LBD, lanceurs de balles de défense ou flash-balls, par des forces de l'ordre non formées au maintien de l'ordre lors de manifestations, mutilant des manifestants ou passants -, l'absence de mise en jeu de la responsabilité de dirigeants chargés du maintien de l'ordre - préfet de police, ministre de l'Intérieur, etc. -, une répression judiciaire peu digne d'un Etat de droit, des mesures politiques tardives, partielles et insuffisantes, des débats lassants avec un Président semblant être un candidat face à un public sélectionné - excluant des maires du Rassemblement national - et mener sa campagne en vue des élections européennes, ainsi que d'autres entre citoyens lambda et aux thèmes pré-définis par l'Elysée qui retiendra... ce qu'il voudra.

Pourquoi ces débats ? Le Président Emmanuel Macron est censé connaitre ses concitoyens. En effet, en 2016, bien avant sa campagne électorale, ses soutiens, les "marcheurs" avaient "parcouru la France pour l'aider à établir un "diagnostic" de la société grâce à deux outils : une campagne de porte-à-porte ultrarationalisée et un questionnaire précis sur les attentes, les désirs, les déceptions et les inquiétudes des Français. A la base des travaux de LMP [agence réunissant  Guillaume Liégey, Arthur Muller et Vincent Pons, conseillers en stratégie électorale, Nda], il y a un maillage minutieux du territoire pour optimiser les lieux à fort potentiel électoral et fournir un second souffle à un militantisme ringardisé par les réseaux sociaux. Leurs données viennent des résultats complets des dernières élections, bureau de vote par bureau de vote, publiés sur le site du ministère de l'Intérieur, et des enseignements du dernier recensement fournis par l'Insee. Age, lieu et type d'habitation, situation socioprofessionnelle et familiale, tout est pris en compte pour établir des critères objectifs et faire d'une campagne de porte-à-porte une étude scientifique grandeur nature".

Curieusement, aucun des journalistes, aucun des "experts" invités par les médias n'ont prévu cette révolte généralisée à toute la France.

"Le mouvement des Gilets jaunes n'est pas une résurgence de la révolution française ou de mai 68, cela est au contraire quelque chose de très nouveau : cela correspond à l'impact de la mondialisation sur la classe moyenne au sens large : de l'ouvrier au cadre supérieur. La classe moyenne ce ne sont pas seulement les professions intermédiaires, c'est un ensemble, ce sont les gens qui travaillent et qui ont l'impression de faire partie d'un tout, peu importe qu'il y ait des inégalités de salaires... Ce qui était malsain dans l'analyse qui en a été fait, cela a été le moment ou l'on a dit "en réalité, ils ne sont pas pauvres". On opposait une nouvelle fois les pauvres aux classes populaires alors que la presque totalité des pauvres sont issus des classes populaires. Il y a un lien organique entre eux. Quand on prend ces catégories, ouvriers, employés, paysans etc.…ils peuvent être pauvres, au chômage, et même quand ils ont un emploi, ils savent très bien que la case pauvreté est toute proche sur l'échiquier.  Surtout, ils ont un frère, un cousin, un grand parent, un ami, un voisin qui est pauvre. On oublie toujours de dire que la pauvreté n'est pas un état permanent, il y a un échange constant entre classes populaires et pauvreté. Opposer ces catégories, c'est refuser ce lien organique entre pauvres et travailleurs modestes. C'est donc ne rien comprendre à ce qui se joue actuellement", a analysé le géographe de la France périphérique, Christophe Guilluy (Atlantico, 26 janvier 2019).

Et d'ajouter : "Ce que nous constatons aujourd'hui, c'est une dysfonction entre l'économie et la société. Et cela est la première fois. Avant, l'économie faisait société, c'était les 30 glorieuses avec un modèle économique qui intègre tout le monde et qui bénéficie à l'ensemble de la société... La seule chose qui protège les catégories supérieures est qu'elles vivent aujourd'hui dans des citadelles. C'est ce qui fait aussi que la baisse du soutien des français au mouvement des Gilets jaunes touche ces catégories-là. Mais cela n'empêche pas que le socle électoral d'Emmanuel Macron se restreint comme peau de chagrin, cela est mécanique... Depuis les années 80, on a souvent compensé ces destructions d'emplois sur ces territoires par des emplois publics, mais les gens ont parfaitement compris que ce modèle était à bout de souffle. Les fonctionnaires de catégorie B et C, qui sont présents dans le mouvement, ont compris que cela était fini, qu'ils n'auraient plus d'augmentations de salaires ou que leurs enfants ne pourront plus en profiter. On a bien là une angoisse d'insécurité sociale qui s'est généralisée à l'ensemble de ces catégories qui étaient, hier, totalement intégrées à la classe moyenne, et cela démontre bien comment un mouvement parti des marges est devenu majoritaire. Cela est la limite du modèle économique néolibéral... Nous payons réellement 30 années de mépris de classe, d'ostracisation, d'insultes en direction du peuple".

Et de poursuivre : "Emmanuel Macron n'aurait pas pu être élu sans le niveau de l'État providence français. À la fin il passe, évidemment parce qu'il fait le front des bourgeoises et des catégories supérieures, des scores soviétiques dans les grandes métropoles mais aussi et surtout parce que la majorité de la fonction publique a voté pour lui, tout comme la majorité des retraités a voté pour lui. C’est-à-dire les héritiers des 30 glorieuses et surtout le cœur de la redistribution française. Emmanuel Macron se tire deux balles dans le pied en attaquant la fonction publique et les retraités. Nous assistons à un suicide en direct. C'est ce qui explique qu'il soit très vite passé de 65 à 25%. Finalement, et paradoxalement, le modèle français ne résiste au populisme et perdure dans le sens de la dérégulation néolibérale que grâce à un État providence fort. Mais en l'absence d'un État providence- ce que veulent les libéraux- nous aurons alors le populisme".

Et de conclure : "Ce que nous voyons aujourd'hui, ce sont des journalistes qui vont dans les salons des Gilets jaunes pour vérifier s'ils ont un écran plat, un abonnement Netflix, ou un IPhone. Ils sont prêts à les fouiller, cela est dingue. Lors des manifestations de 1995, les journalistes ne sont pas allés vérifier si les cheminots avaient un écran 16/9e chez eux, ou quand il y a eu les émeutes des banlieues, de vérifier si le mec qui brûle une voiture vit chez lui avec une grande télé ou pas. Cette façon de délégitimer un mouvement est une grande première. C'est la première fois que l'on fait les poches des manifestants pour savoir s'ils ont de l'argent ou pas, et s'il y en a, on considère que cela n'est pas légitime. Ce qu'ils n'ont pas compris, c'est que si on gagne le revenu médian à 1700 euros, la perspective est que, même si cela va aujourd'hui, cela ne va pas aller demain. L'élite n'a toujours pas compris que les gens étaient parfaitement capables de faire un diagnostic de leurs propres vies. Cette condescendance dit un gigantesque mépris de classe. J'ai moi-même été surpris, je ne pensais pas que cela irait si vite. En quelques heures, les Gilets jaunes sont devenus antisémites, homophobes, racistes, beaufs... Et là encore, on voit bien que l'antiracisme et l'antifascisme sont devenus une arme de classe... Les Gilets jaunes ont gagné l'essentiel, ils ont gagné la bataille de la représentation. On ne pourra plus faire comme si cette France n'existait pas, comme si la France périphérique était un concept qui ne pouvait pas être incarné par des gens. Si nous sommes encore démocrates nous sommes obligés de le prendre en compte. Ce qu'il faut espérer, c'est que les élites se rendent compte que les peuples occidentaux sont encore relativement paisibles... nous avons sous les yeux un peuple qui veut faire société et des élites qui ne veulent plus faire société, comme je le disais dans "No Society" (Flammarion). C'est un moment de rupture historique entre un monde d'en haut, intellectuels, politiques, showbiz etc.… qui a peur de son propre peuple. Ils ne veulent plus faire société avec un peuple qu'ils méprisent. C'est la thèse de Christopher Lasch de la "sécession des élites". On le voit aussi avec le discours anti-média des Gilets jaunes qui ne fait que répondre à 30 ans d'invisibilisation de ces catégories. Les classes populaires n'étaient traitées qu'au travers des banlieues et ils payent aujourd'hui ce positionnement... nous ne sommes plus au XXe siècle. C'est tout le mythe du mouvement social qui est ringardisé. Réunir des gens à République et les faire manifester jusqu'à Bastille avant qu'ils ne rentrent chez eux, c'est fini. C'est aussi une réécriture du mouvement social qui est en train de se réaliser".

« Avec Jacline Mouraud, l’une des initiatrices du mouvement, on se demande pourquoi ce mouvement hétéroclite trouve autant de partisans à travers la France » et de soutien important dans l’opinion publique.

Alors que les forces de l'ordre ont évacué certains ronds-points occupés par des Gilets jaunes, les défilés de Gilets jaunes dans les principales villes françaises ont pour effet la fermeture préventive de commerces à proximité ou sur le parcours de ces manifestations. Et ce, afin d'éviter les violences de pilleurs, de Blacks Blocs, etc. et lors d'une période cruciale pour la viabilité des magasins : la fin de l'année - fêtes de Noël et du Jour de l'An - et début d'année : soldes. Leur clientèle potentielle évite de se rendre dans ces magasins par crainte des violences. Des boutiques fragilisées par la concurrence de la vente par correspondance et le commerce sur Internet. Les actions hebdomadaires de Gilets jaunes ont entravé la liberté du commerce et la liberté de circuler des piétons, des automobilistes, etc. Nombre de ces lieux de vente, malgré l'annonce de mesures gouvernementales en leur faveur, n'ont pas recruté d'intérimaires en ces périodes, et envisagent un redressement judiciaire.

Hostile aux Gilets jaunes et aux blocages produits et attentatoires aux libertés, la manifestation des Foulards rouges n'a attiré à Paris le 27 janvier 2019 que quelques milliers de personnes selon des médias, et dix mille selon la police.

Cette révolte durable mine un Président et son gouvernement, misant sur la division des Français, tablant sur le pourrissement du mouvement, affaiblis et impopulaires, ruinent leur crédit en France et à l'international.

"J'ai été élu sur mon programme que j'applique", se justifie le Président Emmanuel Macron. Or, il a été élu par défaut et dans des circonstances particulières (ni le parti socialiste ni Les Républicains ne sont parvenus au second tour) : les partis dits républicains ont appelé à faire barrage à la candidate du Front national, Marine Le Pen. En 2017, au premier tour de l'élection présidentielle, le candidat Emmanuel Macron a obtenu 18,19% des inscrits et 24,1% des suffrage exprimés (22,23% d'abstentions, 2% de votes blancs et nuls). Au second tour, il a recueilli 43,61% des inscrits et 66,10% des suffrages exprimés (25,44% d'abstentions, 8,59% de votes blancs et nuls). Au fil des élections, le "réflexe républicain" permettant une alternance politique entre socialistes et Républicains appliquant quasiment la même politique convainc de moins en moins d'électeurs de se rendre aux bureaux de votes. Il s'avère donc de plus en plus délicat au candidat élu d'appliquer son programme, même si le parti socialiste et Les Républicains ne représentent pas une opposition audible.

Les Gilets Jaunes soulignent l'incapacité des élites politiques et médiatiques à voir la réalité, et à imaginer d'autres politiques économiques tant elles sont sclérosées dans le "politiquement correct", méprisent le libéralisme - né en Europe -, ignorent comment réduire les dépenses de l'Etat et de collectivités locales : projets pharaoniques ou/et inutiles (liaison ferroviaire Lyon-Turin, construction du canal Seine-Nordépinglés par la Cour des comptes, dérapages des coûts de travaux (Grand Paris Express), etc. Ce qui signe la faillite des grandes écoles chargées de former les élites républicaines. Notons que les résultats économiques d'autres pays - Etats-Unis, Israël, etc. - démontrent que d'autres voies sont possibles, efficientes et bénéfiques à tous.

Alain Finkielkraut a ainsi distingué la spécificité de ce mouvement : « On ne voyait pas cette France, car on ne voyait que la diversité. Toutes les réserves de curiosité et de compassion de l'opinion progressiste étaient épuisées par les banlieues et les migrants. On se rend compte que la France ne se résume pas aux grandes villes et aux quartiers difficiles. Au nom de l'ouverture, la diversité nous dissimulait l'existence d'une France majoritairement blanche qui n'est pas raciste pour un sou et qui a des fins de mois difficiles. »

Antisémitisme
Le 22 décembre 2018, dans un wagon de métro, la fille septuagénaire d'un rescapé de la Shoah est intervenue pour exprimer son indignation à trois Gilets jaunes éméchés faisant la quenelle, geste de Dieudonné, tout en scandant "Macron, dé-mi-ssion" et en alléguant : "Les chambres à gaz n'existent pas".

Les forces de l'ordre utilisent en particulier du gaz lacrymogène contre des Gilets jaunes ou autres manifestants. Que disent ces derniers ? "On a été gazé". Ce vocable s'avère choquant car il fait penser au recours au gaz par les Nazis contre les Juifs.

Qu'il y ait des antisémites chez les Gilets jaunes, c'est sûr. Mais il me semble infondé d'extrapoler à partir de quelques exemples. D'autant qu'il suffit d'enfiler un gilet jaune, de se glisser parmi un groupe de Gilets jaunes pour obtenir une visibilité médiatique. Comme en témoigne le numéro de Paris-Match avec la photographie d'Emma Prosdocimi, de l’agence Sipa, illustrant “De la colère à l’affrontement, récit d’une journée explosive” par l'écrivain Hervé Ryssen, condamné pour antisémitisme et négationnisme, parlant avec un agent assurant la sécurité à Paris.

Les vertueux choqués par cette scène demeurent silencieux quand Nathalie Loiseau, énarque, diplomate, ancienne directrice de l'ENA (Ecole nationale d'administration) et ministre chargée des Affaires européennes dans le gouvernement d'Edouard Philippe, a publié le 27 janvier 2019, Journée de la mémoire de l'Holocauste et de la prévention des crimes contre l'humanité, deux Twitts instrumentalisation la Shoah au profit du drapeau de l'Union européenne (UE) et de la défense de la construction européenne. Et ce, à quelques mois des élections européennes.

Hormis Me Gilles-William Goldnadel, des dirigeants communautaires ont condamné les Gilets jaunes en procédant par amalgames ou en extrapolant à partir de faits circonscrits (pancarte sur la passerelle au-dessus d'une route, un Gilet jaune portant un talit, châle de prières).

"On pourrait penser que la manifestation des « gilets jaunes » hier est une formidable façon d’ouvrir la campagne nationale pour la tsedaka du FSJU avec un passage de relais aujourd’hui à travers le Radiothon national de la fréquence juive unifiée...." a écrit le 18 novembre 2018, sur son compte Facebook, Gabriel Farhi, rabbin du mouvement juif libéral français. Il semble oublier ou ignorer que le FSJU paupérise certains de ses pigistes par des rémunérations faibles, refuse de leur remettre les documents sociaux nécessaires pour qu'ils perçoivent les allocations chômage, a été condamné pour contrefaçon, etc.

Et de poursuivre : "Pourtant le parallèle est difficile à dresser. Je suis de ceux qui sont mal à l’aise avec le mouvement des gilets jaunes. Il y a des revendications légitimes sur le coût de la vie qui s’envole, tout cela cristallisé autour de la hausse des prix des carburants. Ce n’est pas vraiment cela le grand soir ou le paroxysme d’une lutte sociale. Ces revendications, aussi légitimes soient-elles, sont égoïstes. Je n’ai pas entendu de revendications pour s’émouvoir du sort des sdf ou des familles monoparentales qui ne parviennent plus à se nourrir. Non il est question des quelques dizaines d’euros que des retraités perdent chaque mois et autant pour ceux qui utilisent quotidiennement leur voiture. Ceux sont là des préoccupations de pays riches". Pourtant, les femmes Gilets jaunes ont témoigné de leurs difficultés à élever, nourrir, seules leurs enfants. Et un grand nombre de manifestants se sont suffisamment retrouvés dans ces "revendications égoïstes" pour manifester dans les principales villes françaises, malgré un hiver rigoureux...

Le  6 janvier 2019, le journaliste Yves Mamou a écrit : "Il y a chez les Français juifs – notamment ashkénazes mais pas seulement – une grande réticence vis à vis des Gilets Jaunes. Dans ce bouleversement de la République qui est en cours, ils voient un bouleversement des boucliers institutionnels, ces boucliers qui protègent les juifs (laïcité, citoyenneté, lutte contre l’antisémitisme…). Certains me disent « Mon cher Yves Mamou,ce que vous n’avez pas compris c’est qu’à terme les hommes en jaune s’attaqueront à nous les juifs, c’est ce que vous ne voulez pas voir ! » A tous ceux-là je dis : « Continuez à défendre Macron qui importe chaque année un demi million de musulmans dont la grande majorité est antisémite sur le mode pratiquant, qui vote toutes les résolutions anti-israéliennes à l’Onu et à l’Unesco, qui finance les Palestiniens et veut sauver la mise des ayatollahs en Iran. A tous ceux-là, je dis : l’antisémitisme est déjà institutionnalisé, c’est maintenant, depuis longtemps et c’est un antisémitisme de l’élite. J’ajouterais que pour l’instant, pour moi, les gilets jaunes sont les enfants de ces braves gens du peuple français qui ont sauvé les juifs, qui les ont hébergés, cachés pendant la guerre. Et si les Gilets Jaunes sont en lutte, ce n’est pas contre les juifs mais contre les descendants de ceux qui ont vendus les juifs aux nazis. Et si l’antisémitisme surgit en jaune demain, il sera toujours temps d’aviser. Est ce que c’est clair ?"

Le 16 février 2019, sur le boulevard du Montparnasse à Paris, l'essayiste et membre de l'Académie française Alain Finkielkraut a été agressé verbalement par un groupe d'individus portant des gilets jaunes, et l'un Benjamin W., habitant de Mulhouse converti à l'islam, avait un keffieh palestinien, alors que d'autres voix leur intimait l'ordre de se taire : « La France, elle est à nous ! Espèce de raciste, espèce de haineux. T’es un haineux et tu vas mourir. Tu vas aller en enfer », "Grosse merde", "Nique ta mère", "Barre toi", "Tais-toi", "Casse-toi" , "Dégage", "La France est à nous", "Enculé", "Espèce de haineux", "Espèce de sioniste", "Israel, sioniste", "Vous nous provoquez".

Le parquet a ouvert une enquête préliminaire pour injures antisémites.

Ces invectives ont été qualifiées d'antisémites par de nombreux médias et politiciens qui ont généralement désigné occulté le port du keffieh palestinien, marqueur politique partial d'une cause génocidaire, et ont extrapolé à partir de quelques faits isolés, et tous non attribuables aux Gilets jaunes, afin de ternir l'image de ce mouvement et de l'isoler.

Ceci survenait après que le Premier ministre Edouard Philippe ait annoncé sur son compte Facebook qu'en 2018 les actes antisémites avaient augmenté de 74% : 541 faits avaient été recensés cette année-là. Peu de médias ont mis en perspective cette hausse avec des pics antérieurs bien supérieurs qui n'avaient pas alors suscité le même émoi ni la même mobilisation. Les débats télévisés ont surtout évoqué l'extrémisme de droite, le nazisme... Mais pas le "palestinisme".

Un rassemblement a été organisé, à l'instigation du Parti socialiste déclinant, place de la République (Paris), le 19 février 2019 avec en particulier la rabbin Delphine Horvilleur. Il a attiré des milliers de personnes.

« Cela fait beaucoup de temps qu'une certaine intelligentsia et des journalistes me traitent de réac, de fasciste, de raciste. Ce que j'ai vécu, c'est un air de déjà-vu. Ces Gilets jaunes, cette plèbe incontrôlable, ne faisaient que traduire en acte l'hostilité d'une intelligentsia. Ils m'ont attaqué de manière très fruste, mais tout cela a été intellectualisé bien avant... C'est devenu une secte avec un autisme de secte qui refuse de s'informer en dehors de la secte. C'est un mouvement qui est en train de devenir totalitaire », a martelé Alain Finkielkraut [lors d'une réunion organisée à Pairs par la LICRA], rappelant avoir subi le même sort lors de Nuit debout.

Le 20 février 2019, lors du 34e diner du CRIF, son président Francis Kalifat a déclaré :
"Notre pays est en crise depuis longtemps.
Il aura suffi de quelques vidéos, d’une pétition sur Facebook et d’un signe de ralliement, le gilet jaune, pour que cette crise révèle ses propriétés inflammables.
Au commencement, il y avait la colère et des revendications légitimes sur le pouvoir d’achat.
Très vite, sont venus s’ajouter un climat insurrectionnel et des scènes de chaos.
Certains ont fait le choix de la violence, des menaces et de la haine.
Ils attaquent des élus, des journalistes, des policiers, des Juifs et tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Samedi dernier, sous les caméras et à visage découvert un homme vocifère sa haine des juifs en traitant Alain Finkielkraut de « sale sioniste »
Je suis consterné par leur besoin d’un bouc émissaire dont l’élimination résoudrait, par miracle, tous les problèmes.
Monsieur le Président de la République, je suis horrifié par leurs simulacres de guillotine et de gibet, mais aussi par la conviction, profondément ancrée en eux, que vous êtes une marionnette et que ce sont les Juifs, encore les Juifs, toujours les Juifs, qui tirent les ficelles.
Plusieurs propos, graffiti ou pancartes semblent tout droit sortis des poubelles de l’Histoire.
Leurs auteurs n’expriment pas une opinion. Ils commettent un délit. Ils doivent être poursuivis et sanctionnés.
Ceci vaut, évidemment, pour les agresseurs d’Alain Finkielkraut, à qui je veux renouveler notre solidarité pleine, entière et sans réserve,
L’antisémitisme se portait très bien en France avant les gilets jaunes. Il se porte encore mieux grâce à certains d’entre eux. Certains gilets jaunes, pas tous, car je refuse les amalgames..."
Dans une tribune intitulée "A quoi sert le CRIF ?" et refusée par deux grands médias, Yves Mamou a écrit le 22 février 2019 : 
"Dans un entretien accordé au Parisien le 18 février, Francis Kalifat, le président du Conseil représentatif des organisations juives de France (CRIF) a appelé Emmanuel Macron à "prendre des mesures drastiques pour faire cesser ces manifestations (de gilets jaunes), qui ne servent plus à revendiquer sur le pouvoir d’achat, mais à exprimer la haine des institutions, de la République et des juifs".
Tous les observateurs du fait social ont remarqué que le mouvement des gilets jaunes est aujourd'hui gravement infiltré par différentes organisations de la droite et de la gauche extrêmes, dont bon nombre sont ouvertement antisémites. Il est aussi évident que le climat social incite à une libre expression de la haine du juif : l'agression dont a été victime l'académicien Alain Finkielkraut par des pro palestiniens d'obédience salafiste revêtus d'un gilet jaune, la profanation du cimetière juif de Quatzenheim en Alsace, le tir à la carabine de jeunes de Sarcelles contre les juifs sortant de la synagogue, la publication de statistiques récentes sur la hausse importante des délits antisémites sont les signes les plus manifestes d'une dégradation de la situation.
Cette même situation autorise-t-elle le président du CRIF à réclamer bille en tête l'interdiction d'un mouvement social qui s'en prend à la personne même du président de la République ? Est-il du rôle du président d'une institution juive d'instrumentaliser l'antisémitisme à des fins politiques ? Est-il du rôle du président du CRIF de participer à l'instrumentalisation de l'antisémitisme par le pouvoir politique ? Surgit du coup la question : de qui le CRIF sert-il les intérêts ? Ceux des Français juifs ? Ou ceux du pouvoir politique ?
En ayant pris l’habitude de parader aux côtés d’officiels musulmans, généralement à la demande du pouvoir politique, en laissant entendre que le danger pour les juifs en France continue de venir de l’extrême droite, en appelant à la répression contre les gilets jaunes pour satisfaire le président de la République, le CRIF brouille les cartes. Sa proximité avec le pouvoir politique satisfait sans doute l’ego des dirigeants du CRIF, mais en agissant par complaisance, le CRIF prive les juifs d’un authentique porte-voix autant qu'il prive le pouvoir politique d’un point de repère.
CRIF ou Mémorial [de la Shoah), les élites juives [contemporaines] ont le comportement des élites modernes. Leur proximité avec le pouvoir les pousse à agir comme le pouvoir, ce qui ne rend service à personne, ni au pouvoir, ni aux juifs.
En agissant ainsi, les dirigeants de la communauté juive obéissent à un réflexe ancien: c'est le Prince qui traditionnellement protège les juifs des humeurs meurtrières de la populace. Ils oublient cependant la grande leçon du XXème siècle: c'est l'Etat (nazi) qui a exterminé six millions de juifs européens, c'est l'Etat soviétique qui a envoyé les juifs russes au Goulag par centaines de milliers. Et rien ne dit que ce tournant où l'Etat devient l'acteur principal de l'antisémitisme soit révolu. Face à un Etat qui, en France, n'a plus de républicain que le nom et qui sert les intérêts des communautés en fonction de leur importance électorale, qui peut certifier aux dirigeants du CRIF ou du Memorial que l'Etat en France protégera - autrement qu'en paroles - les Français juifs quand ils sont menacés au quotidien par l'antisémitisme d'autres communautés ? »
La Salpêtrière
Le 1er mai 2019 ont défilé des syndicalistes, des gilets jaunes, des gauchistes, etc. "Il est 20 h 18, indique l’horloge de BFM-TV. Christophe Castaner", ministre de l'Intérieur, "prend la parole face aux caméras et micros réunis devant l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, dans le 13e arrondissement de Paris. La traditionnelle manifestation syndicale, à laquelle se sont joints « gilets jaunes » et black blocs, finit de se disperser. Flanqué de son secrétaire d’Etat, Laurent Nunez, et du préfet de police de Paris, Didier Lallement, le ministre de l’intérieur dénonce l’intrusion, quelques heures plus tôt, de manifestants dans l’enceinte de l’établissement.« Des gens ont attaqué un hôpital, lance M. Castaner. Des infirmières ont dû préserver le service de réanimation, nos forces de l’ordre sont immédiatement intervenues pour sauver le service de réanimation. » Environ une heure plus tard, le ministre publie un message destiné aux 190 000 abonnés de son compte Twitter : « Ici, à la Pitié-Salpêtrière, on a attaqué un hôpital. On a agressé son personnel soignant. Et on a blessé un policier mobilisé pour le protéger. »

« Sur quels éléments se fonde-t-il pour parler d’« attaque » ou d’« agression » ? Le lendemain matin, en tout cas, sa collègue ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, ne reprend pas ces termes à son compte et parle plutôt d’« exaction », « inqualifiable » et « indigne » à ses yeux. « Il y a peut-être des personnes qui ont voulu se réfugier, d’autres qui ont voulu commettre des vols. Les circonstances seront plus claires quand les personnes auront été interrogées », estime la ministre, au micro d’Europe 1. « Les soignants étaient sous tension, c’est un endroit stratégique pour un hôpital, un service de réanimation. Après, il n’y a pas eu de violences ou d’agressions », relève-t-on dans l’entourage de Mme Buzyn." 

Vendredi 3 mai 2019 matin, Christophe Castaner a admis durant "une conférence de presse : « Je n’aurais pas dû employer le terme “attaque” », mais plutôt celui « d’intrusion violente », évoqué devant lui par des responsables de l’hôpital parisien, dont le personnel était « choqué », et qui est « plus adapté » aux faits. « Accepter de revenir sur ses mots, ça ne me pose aucun problème, a-t-il poursuivi. C’est naturel aussi qu’un homme politique soit un homme qui (…) puisse se dire qu’une situation a évolué. » Pour autant, le ministre de l’intérieur a estimé que « cet incident, au lieu d’être nié dans une polémique absurde, devrait tous nous émouvoir ».

"En début d’après-midi, le directeur de l’AP-HP, Martin Hirsch, a par ailleurs souhaité préciser, dans un courriel envoyé à tous les personnels de l’établissement, que ni lui ni la ministre de la santé n’avaient employé le mot « attaque » pour qualifier les événements : « Nous avons parlé de “tentative d’intrusion”, ce qui est exact. Je n’ai jamais évoqué de “personnel agressé”, dans aucune déclaration. Et, de même, à la question qui m’a été posée sur le fait de savoir s’il y avait eu des dégradations, j’ai toujours répondu que non. Il m’a été également demandé s’il y avait un lien entre l’intrusion et la recherche d’un policier blessé. J’ai répondu que ce n’était pas le cas et qu’il n’y avait rien qui le laissait penser. Que certains rappellent que nous sommes exclusivement au service de la santé et des patients et non pas au service d’un quelconque autre intérêt ne me choque absolument pas. Je le partage. »

"De fait, les différents témoignages et vidéos diffusés tout au long de la journée sur les réseaux sociaux, que ce soit par des manifestants ou des membres du personnel de la Pitié-Salpêtrière, ont battu en brèche le scénario d’une attaque caractérisée. Certes, une grille d’entrée a bien été forcée. Mais les manifestants – 32 personnes ont été placées en garde en vue, mercredi, puis libérées jeudi – semblaient chercher à se replier de manière chaotique pour échapper aux charges de la police."

L'opposition politique a critiqué Christophe Castaner. « Il y a un an : les mensonges de Benalla. Cette année : le mensonge de Castaner sur la pseudo-attaque de la Pitié-Salpêtrière. La vérité, première victime des hommes de main de Macron », a déclaré le 2 mai 2019 Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise (LFI)." « Le ministre de l’intérieur doit cesser de mettre de l’huile sur le feu et doit maintenant s’expliquer sur ses déclarations démenties par les faits », a tweeté Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat. « Le vrai problème n’est pas que M. Castaner emploie un mot ou un autre, mais qu’il n’ait toujours pas compris que le rôle du ministre de l’intérieur n’est pas de commenter et de publier hâtivement des photos sur Twitter, mais de diriger vraiment la Place Beauvau », cingle Guillaume Larrivé, député (LR) de l’Yonne.

"A Beauvau, on assume les déclarations du ministre : « Les faits sont là. L’enceinte de l’hôpital a été forcée, des individus ont tenté de s’introduire dans un service de réanimation. C’est un incident très grave. Il est navrant de constater qu’au lieu de condamner clairement ces faits inadmissibles certains préfèrent jouer sur les mots pour entretenir une polémique indigne. »

"Du côté de la majorité, un front semble se former autour du ministre, malgré la tourmente. « Il y a un émoi légitime, un hôpital, c’est une enceinte sacrée de la République », affirme de son côté Benjamin Griveaux, député (La République en marche) de Paris. « Quand on défonce une grille d’hôpital, c’est une attaque grave, abonde son collègue (LRM) parisien Mounir Mahjoubi. Que des manifestants se soient glissés après pour se protéger, peut-être. » Vendredi après-midi, le premier ministre, Edouard Philippe, a renouvelé sa confiance à Christophe Castaner : « S’agissant des polémiques qui ont agité le monde médiatico-politique pendant les vingt-quatre dernières heures, je crois savoir que le ministre de l’intérieur a corrigé son propos. Il a sans doute eu raison de le faire en choisissant le terme qu’il a utilisé. Et je n’ai pas d’autres commentaires à faire sinon qu’il a évidemment, et comme depuis le début, toute ma confiance. »

"Ce n’est pas la première fois que la stratégie de communication de M. Castaner est critiquée. Très réactif et friand des interventions mises en scène face caméra, principalement destinées aux chaînes d’information en continu, le ministre de l’intérieur a pris l’habitude de réagir à chaud après chaque événement lié aux « gilets jaunes ». La décision de se rendre à la Pitié-Salpêtrière a d’ailleurs été prise en fin d’après-midi, mercredi, immédiatement après les premières recensions de l’incident. Un CRS blessé au visage, auquel Christophe Castaner souhaitait rendre visite, avait par ailleurs été évacué dans le même hôpital."

"En amont de ce 1er-Mai, la Place Beauvau avait opté pour une stratégie de la tension en avertissant très largement sur les risques de débordements, quitte à surévaluer le nombre de militants radicaux finalement présents dans le cortège. A la fin de la journée, la communication devait principalement être axée sur la « réussite » globale des opérations de maintien de l’ordre. Un répit pour les autorités largement mises en cause dans ce domaine depuis le début de la mobilisation des « gilets jaunes ». Las, la sortie intempestive du ministre, démentie par les nombreuses vidéos, a achevé de gâcher une « séquence » politique qui s’annonçait pourtant à son avantage."

"Ce qui s’est passé dans notre pays le 1er mai a livré par un étonnant dévoilement la radiographie d’un système macronien à nu. Se pose maintenant la question des conséquences immédiates, et en particulier celle des suites judiciaires qu’appellent le comportement des gens du pouvoir et ceux qui les soutiennent. Voici une occasion supplémentaire d’interpeller la justice française sur le fait qu’elle pourrait ainsi et enfin manifester sa volonté de faire respecter l’État de droit", a écrit Régis de Castelnau, avocat animateur du blog Vu du Droit, dans sa tribune "La répression des gilets jaunes pourrait se payer cher. Le mensonge d'Etat est pénalement répréhensible", sous-titrée "On ne malmène pas impunément l’Etat de droit. Ne reculant devant aucun moyen pour réprimer le mouvement social, la Macronie pourrait l’apprendre à ses dépens" (Causeur6 mai 2019).

Et d'ajouter :
"Nous avons assisté à la production de mensonges d’État relayés par un dispositif de communication hégémonique et qui se sont cependant fracassés sur la réalité et la vérité produite grâce à Internet et aux réseaux, outils que Emmanuel Macron veut précisément faire taire. Révélation irréfutable de plusieurs choses à commencer par la duplicité liberticide d’un pouvoir qui porte atteinte aux libertés d’expression et de manifestation en prétendant les protéger. Cette fois-ci, toutes les ficelles sont à nu.
Comme est désormais irréfutable l’existence d’intolérables violences policières délibérées, depuis que lors de ses vœux du nouvel an Emmanuel Macron a annoncé son refus d’une solution politique à la crise. Pour s’en remettre exclusivement aux répressions violentes et punitives telles que les ont déployées police et justice contre une partie du peuple français. Mais cette fois-ci, des secteurs entiers de la société se sont cabrés devant l’énormité du mensonge, et précipités sur les réseaux qui dévoilaient non seulement la fake news d’État, mais étalaient au travers de vidéos et témoignages irréfutables, la réalité d’une violence policière aussi dangereuse et irresponsable que délibérément organisée.
Alors bien sûr, tous ceux, gauche politique en tête, qui avaient appelé en mai 2017 à faire barrage, se précipitent à la recherche d’un bouc émissaire. Ce sera la cible facile, du calamiteux et presque toujours grotesque ministre de l’intérieur Christophe Castaner. Il le mérite largement et on ne va pas s’apitoyer sur l’amateur de vodka. En revanche, il conviendra de ne pas oublier un Premier ministre dont on a fini par constater l’absence totale de culture démocratique, et tous ces ministres et parlementaires LREM, accompagnés des supplétifs médiatiques du pouvoir macronien qui se sont précipités pour relayer le mensonge. Nous permettant par la suite d’assister au spectacle de leur recul en désordre fait d’éléments de langage standard, de raisonnements tortueux, de contorsions, et d’analyses sémantiques hilarantes. Jamais d’excuses en revanche, il ne faut pas trop en demander.Alors qu’ont donc fait tous ces braves gens qui devrait connaître des suites judiciaires, si depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron l’État de droit dans notre pays n’était pas à ce point devenu à géométrie variable ? On ne parlera pas des violences policières largement documentées, et qui provoquent le pieux silence de parquets occupés à poursuivre d’ignoble criminels qui ont osé scander « Castaner assassin » dans une manifestation. Ce sera pour une autre fois.
En revanche, il y a au moins trois infractions pénales qui devraient encourir les sanctions prévues par la loi, tant pour l’auteur principal du mensonge que pour ceux qui l’ont délibérément relayé ou utilisé.
La première est celle qu’incrimine l’article L 97 du Code électoral, puisque nous sommes à quelques jours d’un scrutin national : «Ceux qui, à l’aide de fausses nouvelles, bruits calomnieux ou autres manœuvres frauduleuses, auront surpris ou détourné des suffrages, déterminé un ou plusieurs électeurs à s’abstenir de voter, seront punis d’un emprisonnement d’un an et d’une amende de 15 000 euros ». L’intention frauduleuse des menteurs est assez évidente au regard de la campagne menée par Nathalie Loiseau. Aucun programme, simplement un appel au barrage des vilains populistes que sont les gilets jaunes. Mais si on lit bien le Code on constate que l’intention frauduleuse n’est pas nécessaire et qu’il suffit que le mensonge ait eu pour conséquence cette altération de la sincérité du scrutin. La propagande mensongère et sanctionnée. À notre sens, mais nous ne sommes pas le juge, l’infraction est constituée.
Il y a ensuite le droit pénal général qui avec l’article 322-14 qui n’aime pas que l’on crie « au loup ! » de façon injustifiée. « Le fait de communiquer ou de divulguer une fausse information dans le but de faire croire qu’une destruction, une dégradation ou une détérioration dangereuse pour les personnes va être ou a été commise est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. » Laissons de côté tous les relais empressés de la fausse nouvelle qu’il faudra pourtant poursuivre, n’est-ce pas Monsieur le procureur ? Pour nous concentrer sur Christophe Castaner. Que nous dit Libération le 2 mai à 7h32 ? « En déplacement à l’hôpital, où un CRS a été admis pour une blessure à la tête, le ministre de l’Intérieur a évoqué une «attaque» par des dizaines de militants anticapitalistes d’ultragauche «black blocs». «Des infirmières ont dû préserver le service de réanimation. Nos forces de l’ordre sont immédiatement intervenues pour sauver le service de réanimation ». Mensonge total confirmé dans un tweet du même ministre : « Ici, à la Pitié-Salpêtrière, on a attaqué un hôpital. On a agressé son personnel soignant. Et on a blessé un policier mobilisé pour le protéger. Indéfectible soutien à nos forces de l’ordre : elles sont la fierté de la République ». Franchement, si le parquet faisait son travail républicain, on ne voit pas comment le ministre de l’intérieur pourrait échapper à une saisine de la Cour de justice de la république, à une incrimination bonne et due forme et à une condamnation. Pour les supplétifs ce devrait être les tribunaux ordinaires.
Enfin, tournons-nous à nouveau vers le droit pénal spécial c’est-à-dire vers la loi du 29 juillet 1881 qui organise la liberté d’expression notamment par le droit de la presse. Il y a l’article 27 de cette loi qui dit ceci : « La publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler, sera punie d’une amende de 45 000 euros. » La première observation sera de rappeler que le droit positif permettait très bien de lutter contre les fausses nouvelles, et que la loi fake news avait donc bien pour but exclusif de porter atteinte à la liberté d’expression sur les réseaux au profit du pouvoir macronien. Une seconde observation s’impose : Christophe Castaner est bien entendu concerné comme tous ceux qui se sont précipités pour relayer ses mensonges. Et qu’il n’est pas nécessaire que ces mensonges aient troublé la paix publique mais été seulement susceptibles de le faire. Concernant l’excuse de « bonne foi » d’un des hommes les plus informés de France, on se contentera de sourire…
Pour conclure, on se tournera vers les autorités du parquet et notamment celles du tribunal de grande instance de Paris. On sait les conditions dans lesquelles le successeur de François Molins a été, grande première dans l’histoire de la République française, choisi directement par Emmanuel Macron. Et que celui-ci n’a qu’à se féliciter de son choix, face à la mansuétude dont ses amis font l’objet et au zèle déployé dans la répression des gilets jaunes. Il se trouve que la trentaine de gardes à vue consécutive aux incidents de la Pitié-Salpêtrière ont été très rapidement levées face à l’ampleur du mensonge, l’inanité des motifs des arrestations et la violence qui les avait accompagnées.
Sage décision, et il serait peut-être opportun de confirmer ce retour à une certaine rectitude juridique en ouvrant les procédures qu’exige le respect de la loi, contre les policiers gifleurs, lanceurs de pavés, matraqueurs sans raison. Et en poursuivant tout ceux, ministre de l’intérieur en tête, qui se sont permis de prendre de telles libertés avec les lois qui protègent la paix publique et l’expression démocratique en période électorale.
À ceux qui me disent qu’il ne faut pas rêver, je réponds que l’on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise."
"L’imputation de cet antisémitisme à l’ensemble du mouvement des Gilets jaunes l’hiver dernier ressemblait beaucoup à une manipulation de l’opinion, comme si l’on avait cherché à discréditer ce mouvement social. Tout ce que le pays compte de bien-pensants, à gauche comme à droite, s’est alors engouffré dans ce combat douteux. Avec la complicité, hélas, d’une fraction des élites juives qui, par souci d’ordre social, par conformisme politique, voire par une triviale logique de classe, a participé à l’instrumentalisation de l’antisémitisme. Voire, au-delà, de la tragédie juive du XXe siècle", a déclaré l'historien Georges Bensoussan le 18 mai 2019.

Le 12 juillet 2019, "l'homme jugé pour avoir proféré des injures antisémites contre le philosophe Alain Finkielkraut, en marge d'une manifestation parisienne du mouvement des «gilets jaunes» en février, a été condamné à deux mois de prison avec sursis. Il était poursuivi par le seul ministère public, qui avait requis six mois avec sursis, Alain Finkielkraut ne s'étant pas constitué partie civile dans cette affaire, même s'il était venu témoigner à l'audience en mai".

"Le philosophe avait été violemment invectivé par des manifestants en marge de l'acte 14 du mouvement, le 16 février. La scène avait suscité une vague de condamnations au sein de la classe politique. Benjamin W., l'homme le plus reconnaissable sur les vidéos qui ont circulé, s'était notamment écrié : «Espèce de sioniste», «grosse merde», «elle est à nous, la France», ou encore «sale race» ou «t'es un haineux et tu vas mourir».

"Le tribunal a notamment estimé que ces propos « apparaissent viser Alain Finkielkraut comme personne de confession juive», par le recours aux stéréotypes habituels antisémites, décrivant les personnes de confession juive comme n'appartenant pas à la communauté nationale«, selon la décision consultée par l'AFP. «Les injures apparaissent ici avoir été proférées à raison de la religion de la personne visée, le terme ''sioniste'' venant ici purement et simplement dissimuler le caractère antisémite des propos«, a encore considéré le tribunal."

«Mon client conteste tout antisémitisme et on considère qu'il y a un deux poids, deux mesures, quand on voit les propos tenus régulièrement sur tous les plateaux télévisés par Alain Finkielkraut et qui n'ont jamais été repris par le ministère public», a réagi l'avocat de Benjamin W., Me Ouadie Elhamamouchi. Il a annoncé son intention de faire appel. A l'audience, son client, un père de famille, avait expliqué avoir, à la vue du philosophe, été aiguillonné par sa «cause de coeur», «la cause palestinienne». Il avait aussi assuré avoir injurié Alain Finkielkraut en raison de ses positions «sionistes» mais contesté le caractère antisémite de ses propos.»


« La révolte jaune. Un mouvement populaire face au pouvoir »
Allemagne, 2019, 31 min
Sur Arte le 31 janvier 2019 à 13 h

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Les citations sur le reportage sont d'Arte. Cet article a été publié le 30 janvier 2019.