Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

jeudi 31 janvier 2019

« Le fusillé du mur des cons » par Clément Weill-Raynal


En avril 2013, le site Atlantico publiait une vidéo sur le « mur des cons », constitué de photographies de politiciens, de journalistes et du père d’une victime violée et assassinée, épinglées sur le mur de bureaux du Syndicat de la magistrature. Cette vidéo avait été filmée par Clément Weill-Raynal, chroniqueur judiciaire sur France 3. Dans « Le fusillé du mur des cons » (2013), ce journaliste relate la chronologie du scandale lié au « mur des cons ». Il analyse l’idéologie partiale d’un syndicat inséré dans le fonctionnement du ministère de la Justice. Poursuivie pour injures publiques au titre d’« éditrice » de ce panneau, Françoise Martres, alors présidente de ce Syndicat, a été condamnée en 2019 uniquement à l'égard d'une partie civile.

Les blessures de Jamal al-Dura étudiées par le Tribunal correctionnel de Paris
La Cour d’appel de Paris a évoqué les blessures de Jamal al-Dura
« Le fusillé du mur des cons » par Clément Weill-Raynal

Au printemps 2013, le site Internet Atlantico, pure player, publiait une vidéo filmée dans les locaux du Syndicat de la Magistrature, à Paris. Un film court attestant de la présence du « mur des cons » où étaient épinglés les portraits photographiques de personnalités – politiciens, essentiellement de droite, éditorialistes, intellectuels, etc. – qualifiées avec dédain par cet épithète.

C’est par hasard, en remplaçant au dernier moment un collègue, que Clément Weill-Raynal, chroniqueur judiciaire sur France 3 et romancier, a découvert le 5 avril 20136, inopinément, et filmé avec son téléphone portable ce « mur des cons ». Sans percevoir sur le moment l’importance gravissime de ce mur.

Il en a parlé à des amis et connaissances pour solliciter leur avis.

"Emotion et tollé"
Quand Atlantico a rendu publique cette vidéo, l’indignation a été unanime, sauf au Syndicat de la magistrature qui s’est empressé de faire disparaître ce « mur des cons » - l’huissier de justice mandaté par Me Gilles-William Goldnadel n’a pu que constater cette disparition hâtive - et s’est efforcé de minorer la gravité de cet affichage de personnes n’ayant pas l’heur de pas partager les opinions de ce Syndicat, alors le deuxième syndicat français en termes de résultats aux élections professionnelles. Des magistrats ont allégué une "blague de potache" !

Or, nombre de citoyens demeurent attachés aux principes de neutralité du service public judiciaire et d'égalité des justiciables devant la loi. 

Le livre de Clément Weill-Raynal omet bizarrement d'évoquer le "gouvernement des juges".

La rédaction en chef de France 3 a refusé au début d’évoquer ce film. Puis, devant l’ampleur du scandale, a été amenée à couvrir l’affaire. 

Curieusement, le Syndicat national des journalistes (SNJ) et la CGT, syndicat proche du Parti communiste, n’ont pas soutenu Clément Weill-Raynal, qui a été visé par une procédure disciplinaire.

Lors des élections syndicales suivant le dévoilement de ce mur, le pourcentage de voix recueilli par ce Syndicat, le deuxième parmi les magistrats, a diminué, mais demeure important.

Le "credo" d'Oswald Baudot
Dans son livre écrit peu après le scandale, Clément Weill-Raynal rappelle l'idéologie politique imprégnant le Syndicat de la magistrature et résumée en 1974 par le "credo" d'Oswald Baudot, alors substitut du Procureur de la République à Marseille et membre de ce Syndicat. 

Extrait de cette "harangue" : « Soyez partiaux, écrivait-il. Pour maintenir la balance entre le fort et le faible, le riche et le pauvre, qui ne pèsent pas d'un même poids, il faut que vous la fassiez un peu pencher d'un côté. (…) Ayez un préjugé favorable pour la femme contre le mari, pour l'enfant contre le père, pour le débiteur contre le créancier, pour l'ouvrier contre le patron, pour l'écrasé contre la compagnie d'assurances de l'écraseur, pour le malade contre la sécurité sociale, pour le voleur contre la police, pour le plaideur contre la justice. »

"Oswald Baudot a comparu devant le Conseil supérieur de la magistrature en 1975 ; une réprimande a été suggérée, mais le ministre de la Justice", alors Jean Lecanuet, "ne prononça aucune sanction contre le substitut marseillais, très soutenu par le corps de la magistrature, toutes obédiences syndicales confondues - cette unanimité appartient elle aussi à une autre époque".

Françoise Martres
Après cinq années d’instruction, c’est donc en décembre 2018 que Françoise Martres, alors présidente de ce Syndicat, a comparu devant le Tribunal correctionnel au titre d’« éditrice » de ce panneau pour injures publiques devant le Tribunal.

Le Procureur a requis la relaxe de la prévenue.

Le 31 janvier 2019, le tribunal correctionnel a condamné Françoise Martres pour injure publique dans l'affaire du "Mur des cons" uniquement au préjudice du père d'une victime, le général Philippe Schmitt, dont la fille avait été assassinée par un récidiviste dans un RER. Il a considéré que la prévenue avait "commis une injure publique, et que les faits n'étaient pas prescrits, contrairement à l'appréciation du parquet et de sa défense". Il l'a condamnée à 500 euros d'amende avec sursis, ainsi qu'à verser au général Philippe Schmitt 5 000 euros de dommages et intérêts et 10 000 euros au titre des frais de justice".

Mais le Tribunal correctionnel a relaxé, pour des raisons de forme, Françoise Martres concernant les hommes politiques qui la poursuivaient. "Robert Ménard et le Rassemblement national ont été déboutés car leurs plaintes étaient incomplètes". "Neuf élus ou ex-élus de droite comme Patrick Balkany et Eric Woerth ont pour leur part été déboutés car leurs plaintes visaient des faits d'injure publique "envers un membre de l'Assemblée nationale" quand le tribunal n'a pu déterminer si l'injure était dirigée contre eux en raison de leurs fonctions ou si elle visait leurs personnes privées. Les tardives constitutions de partie civile de Nadine Morano, Dieudonné, Philippe de Villiers et Nicolas Dupont-Aignan ont été déclarées irrecevables". 

L'attentat contre la synagogue rue Copernic
Le 3 octobre 1980, un attentat terroriste antisémite du FPLP-OS (Front populaire de libération de la Palestine-Opérations spéciales) a visé la synagogue parisienne rue Copernic (75016), faisant quatre morts et 46 blessés. Livre, documentairecolloque et articles de presse ont étudié cet attentat. Le 13 décembre 2017, on apprenait que le parquet a requis le renvoi aux assises de Hassan Diab, principal suspect de l’attentat de la rue Copernic. Le 12 janvier 2018, on apprenait que Hassan Diab avait bénéficié d'un non-lieu. Libéré, le prévenu est retourné au Canada en étant accompagné jusqu'à l'avion par un représentant de l'ambassade du Canada en France. Le 26 octobre 2018, la Cour d'appel de Paris devait statuer sur ce non-lieu. Elle a préféré ordonner une nouvelle expertise graphologique.

« Trente-sept ans après le drame, deux juges parisiens, dont un membre du Syndicat de la Magistrature, ont prononcé un non-lieu et remis en liberté le 12 janvier, Hassan Diab, principal suspect dans l'enquête sur l'attentat de la rue Copernic. En dépit du fait que le parquet a fait appel de cette consternante décision, Diab a pu quitter la France par le premier avion et regagner le Canada multiculturel et antiraciste de M. Trudeau où il était reçu comme une vedette. Libanais naturalisé canadien, professeur de sociologie à l'université d'Ottawa, il avait fait l'objet d'une extradition en 2014 et se trouvait depuis incarcéré en France en raison des très lourdes charges pesant à son encontre dans le dossier. Pour motiver leur non-lieu les deux juges indiquent dans l'ordonnance que les charges « se heurtent à trop d'éléments à décharge » et affirment qu'un certain nombre de témoignages « permettent d'estimer que Diab se trouvait vraisemblablement au Liban » le jour de l'attentat », a écrit Me Gilles-William Goldnadel (Actualité juive hebdo, 01/02/2018 ).

Et de poursuivre : « Le 10 novembre 2017, lors d’une audience devant la chambre de l'instruction, l'avocat général a publiquement déclaré être  « effaré» de l'attitude des juges d'instruction et de leur propension à coller aux thèses de la défense. Quelle que soit désormais la position de la chambre de l'instruction saisie par le parquet, il est grandement à craindre que Diab, qui avait déjà multiplié les procédures avant que d'être contraint de se rendre à Paris, ne revoit la capitale française. Un gâchis judiciaire. Un déni pour les victimes. Mais il y a pire : l'indifférence de la communauté française. Et pire encore, l'apathie de la communauté juive organisée qui aurait dû organiser une manifestation à l'endroit même que je foulais il y a 37 ans. Si je ne suis pas pour moi, alors qui le sera ? »

Agnès Herzog
Depuis le déclenchement en 2000 de l'Intifada II par Yasser Arafat, chairman de l'Autorité palestinienne, le nombre d'actes antisémites a augmenté considérablement en France.

Dans son numéro de novembre 2009, L'Observatoire du monde juif, dirigé par le professeur Shmuel Trigano, a publié l'étude "Les Territories perdus de la justice", par Me Gilles-William Goldnadel et par Me Aude Weill-Raynal. Les auteurs y étudiaient plusieurs cas ayant occasionné des poursuites pour antisémitisme, et analysaient la "nouvelle jurisprudence en train de se construire depuis la recrudescence des actes antisémites... Les juges, dont on sait qu'ils se sont affranchi depuis longtemps de la tutelle du pouvoir politique, ont suivi le tropisme sociologique de cette époque troublée".

Ces deux avocats concluaient : "La progression de l'antisémitisme relooké ne pourra être freinée qu'en appelant un antisémite par son nom et en le sanctionnant sans lui trouver d'excuses. Tout simplement, en appliquant la loi".

Le 23 août 2004, France 3 a diffusé un reportage sur une énième agression contre un établissement juif. Vice président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), Joseph Zrihen déplorait : "Il n'y a pas toujours les peines nécessaires, qui sont des peines d'exemplarité quand il s'agit d'actes antisémites. Nous demandons que la justice ne fasse que son travail".

Le reportage indiquait en voix off : "Les syndicats de magistrats rejettent aujourd'hui ces accusations de laxisme". Et d'interviewer Agnès Herzog, alors vice-présidente du Syndicat de la magistrature, qui  déclarait : « La justice doit être égale pour tous et appliquée de la même manière pour tous. Dire que les magistrats n’appliquent pas la loi, c’est inexact ».

En 2012, M. B., copropriétaires français juif, ont été assignés devant un Tribunal d'Instance par un syndicat représenté par Foncia Paris pour un "arriéré de charges".

Ils ont prouvé qu’un cinquième de la somme réclamée, soit environ 1 000 €, voire plus, étaient injustifiés. Agnès Herzog, magistrate au sein du Tribunal d'Instance, n’en a pas tenu compte. Pourquoi ? 

M. B. ont aussi prouvé que la gestion financière du Syndicat et de Foncia Paris était émaillée d’erreurs depuis des années : en 2011-2012, un autre syndicat avait déploré notamment les « incohérences » de charges réclamées par Foncia Rives de Seine sans « réelles pièces comptables », ses régularisations « erronées » et son trop-versé aux URSSAF (9.514 €). Le 6 avril 2012, Foncia Rives de Seine avait reconnu un « oubli » comptable concernant une régularisation d’environ 20 000 €, etc. Agnès Herzog n'en a pas tenu compte.

L’enrichissement de ce Syndicat ? Agnès Herzog s'est désintéressée de ce millier d'euros, et a alloué au Syndicat, 3 000 € pour indemniser ses frais judiciaires de 1 741,38 € (honoraires payés à Me Goldberg). Soit quasiment le double. Généreuse Agnès Herzog. Alors que généralement les juges allouent au mieux 1 500€, voire 2 000 € quand ils accueillent les demandes de justiciables devant le Tribunal. Pourquoi ?

En 2015 et en 2017, le Tribunal puis la Cour d'appel de Paris n'ont pas non plus tenu compte des preuves versées aux débats par M. B. qui contestaient la prétendue "dette" réclamée - le solde de leur compte de copropriétaires était positif. Pourquoi ?


Clément Weill-Raynal, « Le fusillé du mur des cons ». Plon, 2013. 150 pages. ISBN 9782259222334



A lire sur ce blog :

Maryan (1927-1977)




Maryan (1927-1977), né Pinchas Burstein, est un peintre figuratif expressionniste Juif d'origine polonaise et rescapé de la Shoah. En 1947, il fait son aliyah et étudie à la New Bezalel School of Art à Jérusalem. En 1950, il s'installe à Paris - il y est influencé par la Nouvelle Figuration - et en 1968 à New York. Là, en 1969, il acquiert la nationalité américaine sous le nom de Maryan S. Maryan. En 1975, il réalise un film « Ecce Homo ». A Paris, la galerie Christophe Gaillard présente, dans son Main Space, l'exposition "Maryan. Germaine Richier". La (re)découverte d'un artiste fidèle à la figuration, fragile et attachant. 

« Je n’oblige personne à aimer ma peinture mais qu’on me colle pas des étiquettes, par exemple : peinture dénonciatrice, agressivité sans bornes, ou alors, on dit aussi : "Ça m’étonne pas avec son passé concentrationnaire" […] En ce qui concerne ma peinture, je déclare officiellement que moi j’aurais plutôt appelé ma peinture, peinture-vérité ». Maryan, in catalogue de la galerie Ariel, Paris, 1977

Peinture-vérité
Mayan S. Maryan est né en 1927 à Novy-Sacz (Pologne) sous le nom de Pinchas Burstein.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Maryan survit dans différents ghettos, camps de travail et camps de concentration en Pologne. Sa famille est décimée lors de la Shoah.

En 1945, à la libération des camps par les Russes, Maryan est blessé par balle à la jambe et amputé. Il se trouve dans les camps de réfugiés en Allemagne, pays où il pense s’installer.

En 1947, persuadé par un dirigeant de l’Agence Juive, il fait son aliyah et est admis, grâce à une bourse, à la New Bezalel School of Art à Jérusalem (1948-1949), où il s’inscrit aux cours d’arts appliqués.

En 1949, a lieu sa première exposition personnelle à la YMCA, à Jérusalem.

Vers 1950-1962, Maryan s’installe à Paris. Il complète sa formation pendant trois ans à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-arts, dont deux ans dans la section « Lithographie ». Il réalise des lithographies, dont les illustrations pour « Le Procès » de Franz Kafka. Il assiste aux cours de Fernand Léger, voyage en Europe et aux Etats-Unis avec son épouse, Annette Minna rencontrée en 1950 à Paris.

Marqué par ses cinq années d’internement, il développe un style figuratif, expressionniste, coloré. Peint des monstres, personnages à l’expression grotesque ou clownesque, tirant la langue ou aux poses vulgaires, des hommes de pouvoir – soldats, juges – et des marginaux, des animaux quasi-humanisés ou des hommes animalisés. Imprègne ses premières œuvres de thèmes Juifs. Il participe au lancement du mouvement artistique de la Nouvelle figuration.

En 1952, la Galerie Breteau présente la première exposition parisienne de Maryan.

En 1956 débute la collaboration de l’artiste avec la Galerie de France (Paris).

Maryan est distingué en 1959 par le Prix des Critiques d’Art à la Biennale de Paris.

Il s’installe en 1962 à New York et se rend souvent en Europe où il expose.

En 1963, il commence sa collaboration avec la Allan Frumkin Gallery new-yorkaise qui organise plusieurs expositions à New York et à Chicago.

Sa première exposition à la Galerie Claude Bernard date de 1966.

Maryan obtient la citoyenneté américaine sous le nom de Maryan S. Maryan en 1969.

En 1975, il réalise un film « Ecce Homo »

Il est nommé Chevalier de l’Ordre des arts et lettres par le Ministère de la Culture français en 1976.

Maryan meurt à New York en 1977, à l’âge de 50 ans. Il est enterré au Cimetière de Montparnasse à Paris.

En 2012, la galerie Claude Bernard a présenté des œuvres de Maryan

Le MAHJ rendit hommage à Maryan du 6 novembre 2013 au 9 février 2014. En 2013-2014, le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) a présenté non une rétrospective, mais la première exposition importante en Europe dédiée à l’œuvre de Maryan et dénommée l'exposition La Ménagerie humaine. A l'exception d'un "tableau clé de 1952", cette exposition "reprend les temps forts de l’œuvre peint et dessiné de 1960 à 1977. Elle comprend, outre les carnets de 1971 – donnés par la veuve de l’artiste au Musée national d’art moderne en 2012 –, vingt peintures et une trentaine de dessins regroupés par séries. Des extraits du film Ecce homo, tourné au Chelsea Hotel en 1975, sont montrés dans le parcours". Pour la première fois, est montré un ensemble de dessins créés en 1971 par Maryan, Ecce homo, qui "constitue le cœur et la trame de l’exposition. Avec un humour désespéré et ravageur, l’artiste y revient sur son enfance, sur sa traversée de la guerre, qu’il accompagne de commentaires lapidaires dans un anglais mâtiné de français, de yiddish et de polonais". Autour de son exposition, le MAHJ a proposé des conférences, lectures, visites guidées, podcasts, etc.

La Galerie Polad-Hardouin de Paris a présenté l'exposition  Jacques Grinberg, Michel Macréau, Maryan, Marcel Pouget : retour sur quelques artistes de la Nouvelle Figuration invitant à redécouvrir quatre peintres emblématiques de la Nouvelle Figuration : Jacques Grinberg, Michel Macréau, Maryan, Marcel Pouget. "Après le refus brutal du nouveau maire de Carcassonne cet été d’accueillir la donation qui était en cours de la collection Cérès Franco, sa fille, Dominique Polad-Hardouin, a choisi de mettre l’accent sur quatre artistes importants de la Nouvelle Figuration. La collection Cérès Franco est constituée de 1 500 œuvres (peintures, sculptures, dessins), d'une valeur de plus de 4 millions d'euros. Pendant près de 50 ans, Cérès Franco a rassemblé des œuvres de l’art populaire, de l’art naïf brésilien, d’artistes autodidactes (outsider artists) ou encore d’artistes se réclamant du courant de la Nouvelle Figuration". La "galeriste Cérès Franco, qui joua un rôle fédérateur au sein de ce mouvement, et plus particulièrement pour ces artistes. C’est donc naturellement que sa fille, Dominique Polad-Hardouin, s’est imprégnée de cette esthétique, et a exposé ceux qui, quelques générations plus tard, ont inscrit leurs pas dans ce chemin. En 2008, l’exposition collective « Nouvelle Figuration : acte III » organisée à la galerie entendait ajouter un troisième volet à celles de la galerie Mathias Fels (1961 et 1962) et mettre en lumière ce courant qui a perduré, malgré son manque de cohésion et de visibilité, et a infusé la jeune peinture contemporaine".

"Peintures, dessins, gouaches, sérigraphies, les supports utilisés sont aussi multiples que leurs univers graphiques. Pourtant, une vibration commune émane de ces œuvres : l’omniprésence de l’humain, et cette volonté forcenée de traduire ce qu’il a de plus ardent, de plus rayonnant, mais aussi ses méandres les plus sombres et les plus tragiques. Ces artistes ne reculent ni devant le grotesque ni devant la caricature pour exprimer ce monde qui les hante".

Maryan occupait l’espace 2 de la galerie, "avec une peinture de la fin des années cinquante, des pastels et un ensemble de sérigraphies en noir et blanc. On y retrouvait ces figures d’un carnaval mordant, affublées de masques et d’insignes de pouvoir, exorcisant la souffrance, l’humiliation et la mort. Exécutées pendant la période new-yorkaise de l’artiste, elles ont été montrées pour la première fois à la galerie".

La Nouvelle Figuration : chaînon manquant de la peinture contemporaine
L'expression "Nouvelle Figuration" apparaît pour la première fois en 1950 sous la plume de Jean-Michel Atlan, célèbre artiste COBRA, dont l'oeuvre "ni figurative ni abstraite, eut une influence décisive sur le jeune Maryan, arrivé récemment de Jérusalem. L’amitié solide qu’ils nouèrent métamorphosa le style de sa peinture, évoluant vers une abstraction narrative et géométrisante. Elle bascula ensuite dans les années 1960 vers la représentation obsessionnelle et symbolique de personnages solitaires incarnant un pouvoir aveugle et absurde".
Dans l'art à Paris alors dominé "d'un côté par l'abstraction, et de l'autre par les peintres figuratifs de la Nouvelle École de Paris, des artistes issus des mouvements expressionnistes et Cobra qui ne se reconnaissaient pas dans la figuration traditionnelle de leur époque, jugée trop académique, ont exploré une voie alternative".
Recourant à "la dynamique et la force lyrique de l’abstraction, ils dépassent ce clivage de la représentation pour exprimer un univers intérieur allusif, profus et inquiet. La figure humaine, les désirs et les angoisses, sont au coeur de leurs préoccupations".
En "1961 et 1962, deux expositions manifestes, « Une Nouvelle Figuration I&II », vont rassembler chez le marchand Mathias Fels à Paris, ces peintres en quête d'une autre représentation. Les critiques Jean-Louis Ferrier et Michel Ragon, donnent successivement corps, dans les textes d'introduction des catalogues, à une définition en creux de la Nouvelle Figuration. Venant d'horizons fort différents, ces artistes étaient moins réunis par un style ou une facture semblable, que par une insatisfaction commune face à la peinture de leur époque. Ainsi, Maryan et Marcel Pouget exposèrent aux côtés de Pierre Alechinsky, Enrico Baj, John Christoforou, Asger Jorn, Francis Bacon, Bengt Lindström, Jean Messagier, Paul Rebeyrolle et Peter Saul".
De ce "mouvement d'ampleur internationale fit de Paris son centre névralgique, où gravitaient artistes, critiques d'art et collectionneurs". Jacques Grinberg, "le plus jeune des quatre peintres exposés, fut une force vive de la Nouvelle Figuration, multipliant les expositions, et participant à des salons aux côtés de ses confrères".
En 1962, "la jeune critique d’art et commissaire d’exposition brésilienne", Cérès Franco, rencontra Michel Macréau et découvrit la Nouvelle Figuration. Cérès Franco eut "un rôle fédérateur entre les artistes de ce mouvement, qu’elle fit connaître hors de France, grâce à des expositions organisées au Brésil et en Espagne, et pour certains d’entre eux (Macréau, Pouget, Grinberg) dans sa galerie L'OEil de Boeuf, inaugurée en 1972".
"Parallèlement, un mouvement fédéré autour de la figure du critique d’art Pierre Restany vit le jour dès 1960 dans l’atelier d’Yves Klein. Plus uni, construit et répondant à des idéaux à la fois esthétiques et politiques communs, puisant son inspiration dans la réalité de son temps, le groupe des Nouveaux Réalistes (Arman, Raymond Hains, Martial Raysse, Daniel Spoerri, Jean Tinguely, Villéglé), eurent raison de la Nouvelle Figuration en tant que mouvement, et ouvrirent la voie à la Figuration Narrative (Erro, Rancillac, Klasen, Monory…). La Nouvelle Figuration ne parvint pas à se faire une place en France, ignorée des critiques d'art et des institutions pendant près de cinquante ans.
Manquant de cohésion, ce groupe se désagrégea au milieu des années 1960. Maryan, lassé des mondanités parisiennes s’était installé définitivement à New York dès 1962".
Si "la manière de Macréau, mêlant énergiquement peinture, écriture et graphisme, fut peu comprise de son temps, elle annonçait avec vingt ans d’avance l’esthétique de Jean-Michel Basquiat, A.R. Penck, et Robert Combas qui trouvèrent un écho autrement plus favorable au début des années 1980. Les affinités entre ces artistes méritent d’être creusées".
Quant "aux visions rythmiques et hallucinées du «psychopeintre» Marcel Pouget, sa manière de cerner de blanc les silhouettes de ses personnages, de recourir aux teintes électriques et acides, elles ont très certainement inspiré les Nouveaux Fauves allemands, en particulier certaines peintures de Jörg Immendorff. Ce dernier aurait d’ailleurs vu chez Cérès Franco, la toile La Salle de récréation de l’hôpital psychiatrique (1978), alors qu'elle l'exposait dans sa galerie. Jacques Grinberg, qui absorba tout au long de sa carrière des influences diverses (kabbale, tao), mais toujours fidèle à cette figuration énergique, symbolique et géométrique, porta la Nouvelle Figuration jusqu'au seuil du XXIe siècle".
"De l’autre côté de l’Atlantique, en observant les peintures et les dessins de Maryan, et plus précisément la série de la Ménagerie humaine, on ne peut que songer aux personnages cagoulés peuplant les toiles de Philip Guston. Celui qui décida en 1967 d’abandonner l’expressionnisme abstrait, partage avec le peintre d’origine polonaise ce même goût pour le grotesque, la dérision et un certain humanisme. Goût également partagé avec George Condo, où la composition, la récurrence des insignes de pouvoir tout comme les accoutrements de clowns que l’on retrouve dans ses récents portraits imaginaires, rappellent encore une fois la force colorée et brutale des oeuvres de Maryan".


La Halle Saint-Pierre a présenté L’ESPRIT SINGULIER. Collection de l’Abbaye d’Auberive, exposition collective, avec des œuvres notamment de Maryan. L’Esprit singulier proposait "le fonds de l’Abbaye d’Auberive. Son fondateur, Jean-Claude Volot, collectionneur conduit par son désir, son intuition et ses émotions, a réuni en trois décennies plus de 2500 œuvres constituant l’une des plus grandes collections d’art moderne et contemporain où dialoguent art singulier, expressionnisme figuratif et art populaire". 

L’exposition, montrait "environ 600 œuvres de 70 artistes, parmi lesquels des grands noms de la photographie (Joel-Peter Witkin…), de l’art brut (Josée Francisco Abello Vives, Philippe Dereux, Anselme Bois-Vives), de l’art singulier (Louis Pons, Fred Deux, Michel Macréau), de la figuration libre (Robert Combas, Hervé di Rosa…), de l’art contemporain (Ernest Pignon-Ernest, Myriam Mihindou, Gao Xingjian…) ou encore surréaliste (Hans Bellmer). Les filiations, les jeux de miroir, les fils invisibles façonnent cet ensemble en nous rappelant que le fondement de l’art réside dans sa puissance à ébranler la norme".


La Michel Soskine Inc. gallery a organisé une exposition d'œuvres de Maryan. "From November 8 to December 9, Michel Soskine Inc. gallery in Madrid presents a masterpieces selection of Maryan (Nowy Sącz 1927, New York 1977) on the 40th anniversary of the death of the artist, barely fifty years old. This selection of 10 works condense the fundamental elements to understand the transcendence of an artist with artistic and existential passion".
"The psychological aspects that involves the work of Maryan is contained in works like the personages from the Napoleon Series 1974, where the humorous aspect is preceded by the black mood that owns its images: Internment in a concentration camp during the nazism when he was 12 years old, he was orphaned and miraculously he survived two fatal episodes. His prowess to overcome adversity is reflected in his artistic career through his life, a proof of his truth".
"In his paintings, the figures called 'Personnages' show the 'angst' and the lonely sorrow. Often, the faces that he presents shows a grimaces, crying in a prolonged facial expressions of the human tragedy".
Maryan "is faithful to his story with references to Kafka's literature 'The Metamorphosis' or traditional tales like 'The Legend of the Golem' both with internal mutation concept: irreversible and relentless. After to a previous period in Paris, the practice of a freer painting, without aesthetic or conceptual ties, will open its way in New York (1962-1977). It is precisely in this city where it is achieved or he achieves success and recognition in Europe and the United States".
"From this time belongs Personnage 1962. The grotesque and theatrical aspect of the character enclose a relation victim-executioner, whose role is not clearly defined. This ambiguity reveals a manifest guilty feeling in burlesque and extravagant forms, where ass ears grow from a head with a body of deformed proportions. The military suit, unequivocally, represents a convulsive time of the XX century, and is in a mysterious place that denotes his narrative capacity".

"From the same year, Personnage, 1962, has a more authoritarian and sinister seem, the projection of his shadow accentuates the staging. Caricature and enigmatic characters, surrounded by a carnival atmosphere, composing a special wording of Maryan's visuals influenced by his own life, and a personality contrary to what was expected, extraordinarily vital".
"In his last stage in New York, Maryan was able to develop his career and to be free himself from the avant-garde and post-vanguard styles still actives by the Europe. His work, without receding in the use of figuration, is reaffirmed in his particular vision of images and characters that hung in galleries such as Allan Frumkin Gallery or André Emmerich Gallery, as well as institutions such as the Whitney Museum or Solomon Guggenheim in New York. There were also exhibitions in Europe such as La Galerie de France and Claude Bernard of Paris. His first exhibition in Madrid was organized by the gallery Juana Mordó in 1964 and later in 1970 and 1976 at the Galería Sen. Between these dates he would make a stay in the capital where he worked with the collective Grupo Quinze".
"Maryan would obtain American nationality in the late sixties and will be renamed Maryan S. Maryan, taking the 'S' from his second birth name, Simsons. In the last years of the artist's life, suffering from different physical and mental difficulties, in 1975 he made a 90 'film of artistic character but with a strong autobiographical load. The black and white film and a dictated autobiography, later appeared in La Cinémathèque française, and was named in 1976 Knight of the French Order of Arts and Letters. Recently, the Center Pompidou of Paris in 2012 acquired ten characters from the series 'Les Napoleon' and eight notebooks of drawings 'Ecce Homo'. He was found dead in his room at the famous Chelsea Hotel in New York on June 14, 1977. He is buried in the cemetery of Montparnasse, Paris".


Le Centre communautaire juif de Cracovie organisa, le 18 janvier 2018, à 18 h,  une soirée de présentation de livre intitulée “Maryan’s room”,  “Maryan. Return”, en présence de représentants de l'artiste. "Maryan (Pinchas Burstein) was born in Nowy Sącz in 1927. After the war, he moved to Israel where he started his career as an artist. Later in life, he moved to New York. His works are often autobiographical, touching upon such complex subjects as fear and pain. It is a tragedy that his works, respected in the Western world, are virtually unknown in Poland. In Polish. Free admission".

"Maryan. Germaine Richier"
La galerie Christophe Gaillard présente l'exposition "Maryan. Germaine Richier".


« Il n'est pas à la beauté d'autre origine que la blessure, singulière, différente pour chacun, cachée ou visible, que tout homme garde en soi, qu'il préserve et où il se retire quand il veut quitter le monde pour une solitude temporaire mais profonde. Il y a donc loin de cet art à ce qu'on nomme le misérabilisme. L'art de Giacometti me semble vouloir découvrir cette blessure secrète de tout être et même de toute chose, afin qu'elle les illumine. » Jean Genet, « L'atelier d'Alberto Giacometti », 1958.

 "Les mots de Jean Genet dans l’atelier d’Alberto Giacometti nous ouvrent les yeux sur ce qui unit les œuvres de Maryan et de Germaine Richier : elles découvrent une « blessure secrète », une même violence, un même cri sourd."

"Au sortir de la Seconde Guerre mondiale ce fut un déferlement abstrait (lyrique, géométrique, minimal…) mais très vite, prenant le contre-pied de la sentence de Ludwig Wittgenstein : « Sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence » une autre voie s’est affirmée – quoique restée plus secrète. Loin de cet art informel qui tente d’ensevelir, d’enterrer l’homme au tréfonds de sa matière (cf. Jean Fautrier), des tentatives solitaires surgissent et s’organisent pour dévoiler la barbarie (Dmitrienko, Music, Jorn, Dubuffet ou bien Guston au États-Unis). Ce qu’on ne peut pas dire, il ne faut surtout pas le taire. Il faut l’écrire ou le dessiner."

"C’est ainsi qu’à l’invitation de son psychanalyste américain, Maryan, juif polonais déporté, retrouvé mort-vivant parmi les cadavres, rescapé des marches de la mort le corps criblé de balles, remplit à partir de 1971 neuf carnets de quatre cent soixante-dix-huit dessins légendés qu’il intitule Ecce homo. Il ne s’agit plus de dire ou de décrire l’horreur, mais de re-connaître les corps, nos corps".

"Corps mis à nu, souillés, battus et humiliés. Têtes sans visage, privées de regard des Personnages de Maryan qui vomissent leurs entrailles pour crier l’horreur et l’expérience traumatique des camps. Figures réduites à leurs organes dont les bouches béantes produisent l’effroi des Crucifixions de Francis Bacon. La crudité – pourtant si raffinée – des gouaches colorées tranche avec le cerne noir et naïf des membres grossièrement dessinés. Elle suscite un dégoût mêlé de fascination, plein de l’énergie vitale qui s’en dégage."

"Corps sans visage de L’Orage et de son pendant féminin l’Ouragane sculptés par Germaine Richier qui, juste au sortir de la guerre, manifestent une force primitive, brute et inquiétante. Humains dont la matière est « longuement suppliciée (…) où, depuis la première glaise, jusqu’au métal enfin, Germaine Richier ne cesse de limer, de poindre, de tenailler, d’amputer et puis de greffer. Travail de furieux. » (André Pieyre de Mandiargues, Germaine Richier, dans le Belvédère, Paris, Grasset, 1958, p. 25.)
"Mises en rapport, ces œuvres dialoguent par la vive tension qui les anime et qui s’appuie sur un contraste troublant : la barbarie, la blessure sont données avec une certaine gaillardise. L’expression de la bestialité et de la violence passe par une iconographie ludique, naïve et populaire. Les sculptures tourmentées de Germaine Richier revêtent un caractère allégorique et fantastique et empruntent, notamment le Diabolo, à l’univers du cirque. Les gouaches criardes de Maryan tournent en ridicule les figures du pouvoir et du jugement et mettent en scène des têtes couronnées aux allures de bouffons et de mascarades".

"Mais si l’on dépasse la lecture expressionniste, il y a bien un silence. Celui de l’homme seul et abandonné".
 

Du 26 janvier au 23 février 2019
A la galerie Christophe Gaillard
Main Space
5 rue Chapon. 75003 Paris
Tél. : 01 42 78 49 16
Du mardi au vendredi de 10 h 30 à 12 h 30, de 14 h à 19 h. Samedi de 12 h à 19 h et sur rendez-vous

Du 8 novembre au 9 décembre 2017
A la Michel Soskine Inc. gallery
C/ General Castaños 9. 28004 Madrid
Tel. : +34 91 431 06 03
Jeudi et vendredi de 10 h 30 à 19 h 30. Samedi de 10 h 30 à 14 h 30

Du 30 mars au 26 août 2016
A la Halle Saint-Pierre
2, rue Ronsard – 75018 Paris
Tél. : 33 (0) 1 42 58 72 89
Du lundi au vendredi de 11 h à 18 h, samedi de 11 h à 19 h et dimanche de 12 h à 18 h


Du 20 novembre 2014 au 17 janvier 2015
86, rue Quincampoix. 75003 Paris
Tél. : 33 (0)1 42 71 05 29 
Du mardi au samedi de 11 h à 19 h. Fermeture annuelle du 20 décembre 2014 au 6 janvier 2015
Vernissage le jeudi 20 novembre à partir de 18 heures

Du 6 novembre 2013 au 9 février 2014

Au Musée d'art et d'histoire du Judaïsme
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Tél. : (33) 1 53 01 86 60
Lundi, mardi, jeudi, vendredi de 11 h à 18 h. Mercredi de 11 h à 21 h. Dimanche de 10 h à 18 h.
Le musée est fermé les samedis et le mercredi 1er janvier 2014.

Jusqu’au 3 novembre 2012
7-9, rue des Beaux Arts. 75006 Paris
Tél. : 01 43 26 97 07
Du mardi au samedi de 9 h 30 à 12 h 30 et de 14 h 30 à 18 h 30

Visuels :
Affiche
Maryan
Personnage (détail), 1962
Huile sur toile
Collection particulière, courtesy Michel Soskine Inc., Madrid-New York. © DR

Sans titre
1966
Pastel, 48 x 48 cm

Sans titre (PH1378)

1973
sérigraphie sur papier
70 x 50 cm

Illustration pour le procès de Franz Kafka
1952
Gravure
57 x 47 cm

Maryan
Sans titre (PH 1377)
1969
Acrylique sur papier
64 x 52 cm

Affiche Esprit singulier
MARYAN,
Sans-titre, série-Napoléon,1973-1974, crayon gras sur carton,101.76×76


Sans Titre, 1974, AST, 90 x 75 cm
© Atelier Démoulin


Articles sur ce blog concernant :
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Publié les 30 octobre 2012, 4 février et 20 novembre 2014, 16 janvier 2015, 28 mars et 20 août 2016, 7 décembre 2017, 17 janvier 2018. Cet article a été modifié le 26 janvier 2019.

Ossip Zadkine (1890-1967), sculpteur

  
Ossip Zadkine (1890-1967) est un sculpteur français d'origine juive et né à Vitebsk, alors dans l'empire russe. Un représentant de l'Ecole de Paris. A l’occasion du 150e anniversaire de la naissance de Vincent Van Gogh, le Musée Zadkine a rassemblé en 2003 des documents souvent inédits – projets, études, photographies, lettres – sur l’hommage rendu par ce sculpteur au peintre et à son frère.  Dans le cadre de l'exposition "Ossip Zadkine : l'instinct de la matière" au musée Zakine, aura lieu le 31 janvier 2019, de 14 h 30 à 16 h, la visite "Ossip Zadkine : l’instinct de la matière", avec le guide Maxime Paz, conférencier du musée Zadkine.


Yossel Aronovich Tsadkin est né en 1890 à Vitebsk (alors dans l'Empire russe, actuellement en Biélorussie).

Son père cultivé, Ephime, né Juif, s’était converti au christianisme orthodoxe lors de son mariage avec Sophie Lester.

Van Gogh
A l’occasion du 150e anniversaire de la naissance de Vincent Van Gogh, le Musée Zadkine a rassemblé en 2003 des documents souvent inédits – projets, études, photographies, lettres – sur l’hommage rendu par ce sculpteur au peintre et à son frère.

De 1956 à 1964, Ossip Zadkine consacre une dizaine de sculptures aux frères Vincent et Théo Van Gogh, répondant aux commandes d’Auvers-sur-Oise, de Zundert et Saint-Rémy de Provence.

Ce qui retient son attention, c’est d’abord la figure tourmentée du peintre hollandais (« Van Gogh marchant à travers champs ».

Mais très vite, au fil de la lecture (1960) de la correspondance de Vincent à son frère Théo et de monographies de l’artiste, sa vision est renouvelée.

Zadkine est fasciné par la « symbiose » entre les deux hommes : Vincent peint, grâce au soutien financier, à la compréhension artistique et à l’amour de son frère Théo.

« Ce lien était une sorte d’identité de pensée qui jaillissait chez l’un et se transmettait immédiatement chez l’autre… Un merveilleux cas humain de double jaillissement », écrit Zadkine.

Et ce sont les deux êtres intrinsèquement liés que Zadkine sculpte dans des œuvres « évidées ».

Musée-atelier
Le musée Zadkine (Paris) a été ré-ouvert après travaux le 10 octobre 2012.


Le 4 juin 2015 à 14 h, le cercle Medem propos, dans le cadre d'un cycle sur les artistes Juifs de l'Ecole de Parisune visite du musée Zadkine : "Ossip Zadkine l’appelait sa « folie d’Assas » et était heureux de pouvoir y travailler à même la terre, au milieu des arbres. Cet atelier-musée est resté fidèle à sa destination originelle : lieu de vie et de création, c’est l’un des rares ateliers de sculpteurs qui ont pu être sauvegardés à Paris, témoignant du Montparnasse des artistes".


Des(t/s)in(s) de guerre
Le musée Zadkine présenta l'exposition Des(t/s)in(s) de guerre. "Images de corps brisés, de vies fauchées, l'espace qui bascule et se déconstruit, les dessins et gravures réalisés par Zadkine durant la Première Guerre mondiale, sont ceux de l'implacable. Ces quelque soixante compositions que scande la sérialité elliptique des corps couchés n'avaient jamais été réunies jusqu'à présent".

"Elles le seront en octobre 2016, dans les ateliers dans lesquels Zadkine, engagé volontaire dès 1915, gazé en 1916, réformé définitivement en 1917, s'installa en 1928".

"Aux côtés de ces dessins de guerre : l'oeuvre de Chris Marker Owls at noon, Prelude : The Hollow Men, inspirée du poème Les Hommes creux écrit par T.S. Eliot en 1925. Fragments du poème de l'écrivain américain, photographies hallucinées de soldats blessés, images de femmes belles à pleurer se succèdent en séquences sérielles sur huit écrans, selon une écriture bouleversant les conventions narratives. Chambre d'écho, le temps d'une exposition, des éclats de guerre sur papier laissés par celui qui fut de ceux - Apollinaire, la tête bandée, Cendrars, le bras arraché - qui en revinrent. Dont le destin fut d'en revenir".

L'instinct de la matière
« C’est l’instinct qui prime d’abord ; c’est le plus important ; tout le reste vient plus tard ; alors on s’arme d’une logique qui pénètre chaque geste. » Ossip Zadkine, Entretien avec Jacques Charles, 16 septembre 1966.

 Le musée Zadkine "rend un hommage inédit à l’artiste en soulignant sa place aussi originale que singulière au sein des modernismes du XXe siècle. L’exposition "Ossip Zadkine, l’instinct de la matière" met en lumière,à l’occasion du 130e anniversaire de l’artiste, son lien organique à la matière."

Après Être Pierre en 2017, poursuivant l’exploration des matérialités créatrices, le musée fait pénétrer le visiteur dans l’intimité du dialogue de Zadkine avec les différents matériaux qui sont à ses yeux des « puissances formelles ». Pour l’artiste russe (Vitebsk 1888 – Paris 1967), la matière est toujours « première ». Il sait, il sent qu’elle est porteuse d’une vocation formelle. L’exposition retrouve ce lien intime à la matière primordiale, aux formes en gestation : les veines et les nodosités du bois, la densité et les particules de la roche, la fluidité de l’encre ou de la gouache…"

« Inductives», les" matières sont riches d’une dynamique, d’une poussée que le geste du tailleur ou la main du dessinateur doit capter en retour. « Du dialogue avec la matière naît le geste de l’homme », confiait Zadkine à Pierre Cabane (Arts, 1960). L’authenticité de la création plastique passe par ce rapport instinctif avec la matière que Zadkine n’aura de cesse d’éprouver."

Le musée "bénéficie à cette occasion de prêts exceptionnels comme Le Fauve du Musée de Grenoble, une très belle série d’oeuvres graphiques prêtées par le musée d’Art moderne de la Ville de Paris ou L’Odalisque, pièce majeure du musée Réattu en Arles. Le visiteur découvre l’oeuvre de Zadkine dans un parcours enrichi, avec une scénographie dictée par la résonance même du propos. L’introduction d’oeuvres sur papier permet notamment de retrouver le mode de présentation adopté par l’artiste de son vivant et de dépasser l’image d’une oeuvre identifiée à la seule sculpture. Cette approche souligne la richesse plastique et la force intérieure d’une création attachée à préserver la nécessité vitale du lien de l’homme à la nature."

Le 31 janvier 2019, de 14 h 30 à 16 h, aura lieu la visite "Ossip Zadkine : l’instinct de la matière", avec le guide Maxime Paz, conférencier du musée Zadkine. "À l’occasion du 130e anniversaire de la naissance d’Ossip Zadkine (1888-1967), et grâce à des prêts exceptionnels, le musée Zadkine rend hommage au sculpteur russe en mettant en lumière son lien particulier à la matière. Cette visite permet d’appréhender le dialogue intime et instinctif instauré par l’artiste avec les différents matériaux, qui deviennent pour lui des « puissances formelles ».


Du 28 septembre 2018 au 10 février 2019
Au musée Zadkine
Visuels :
Affiche
Ossip ZADKINE
Le Fauve ou Le Tigre, 1920-1921
Bois doré
Acquis à l’artiste en 1921
Musée de Grenoble, Grenoble
© Jean-Luc Lacroix/Musée de Grenoble/Ville de Grenoble

Ossip ZADKINE
Odalisque ou Bayadère, 1932
70 × 180 × 50 cm
Bois de hêtre rouge polychromé
Mis en dépôt par Zadkine en 1953 et donné au musée en 1956
Musée Réattu, Arles

Ossip ZADKINE
Le Repos après la moisson, 1941
Gouache sur trace au graphite sur papier satiné
Legs Valentine Prax-Zadkine, 1981
Musée Zadkine, Paris
© Musée Zadkine/Roger-Viollet

Du 2 octobre 2016 au 5 février 2017
100 bis, rue d’Assas, 75006 Paris
Tél. : 01 55 42 77 20
Du mardi au dimanche de 10h à 18h

Visuel :
Ossip Zadkine, Album : eaux-fortes de la guerre 1914-1918 © Musée Zadkine / Roger-Viollet/ADAGP - Chris Marker, Owls at Noon/Prelude : The Hollow Men, 2005, film, 19’ © Chris Marker /Galerie de France


Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié dans Actualité juive, et sur ce blog dans une version plus longue le 6 décembre 2012. Il a été republié les 11 avril et 12 mai 2014, 19 avril 2015 car la chaîne Histoire a rediffusé les :
-  12 avril et 13 mai, les 21 et 28 août 2014, 20 et 26 avril 2015 dans la série Les heures chaudes de Montparnasse, réalisée par Jean-Marie Drot et produite par France 2, l'épisode Ils s'en venaient de l'Oural et du Mississipi. " Au début du XXème siècle, c'est à Paris que se faisaient et se défaisaient les révolutions qui bouleversaient le monde de l'art. Ce document s'attache à suivre les pas d'un artiste étranger, à peine débarqué au carrefour Vavin, dans ce Montparnasse mythique, à la recherche d'un atelier et de son inspiration. Avec les témoignages d'Ossip Zadkine, Gino Severini, Foujita, Léopold Survage, Ilya Ehrenbourg, Papazoff, André Salmon ou encore Léopold Lévy".
- 21 et 28 août 2014 le numéro de la série Palettes consacré à Van Gogh  et réalisé par Alain Jaubert (Arte, 30 minutes) : " En octobre 1888, Vincent Van Gogh, qui est installé depuis huit mois en Arles, peint sa chambre. Un an après, alors qu'il se trouve interné à l'hospice Saint-Paul-de-Mausole, près de Saint-Rémy, il éprouve le besoin de faire deux copies de ce tableau qu'il aime particulièrement. Cette image, fameuse parce que tellement reproduite sous tant de formes graphiques différentes, a beaucoup compté pour le peintre. Elle est volontairement simple, et pourtant elle apparaît comme fort étrange. Vincent voulait y voir le symbole du repos, mais les objets semblent fuir et l'espace se déformer. De nombreuses gloses ont été écrites à propos de "La Chambre à Arles" et de quelques autres tableaux "bizarres" de Van Gogh : certains auteurs s'en sont servis pour arguer de la folie du peintre. La chambre proprement dite a été détruite pendant les bombardements de 1945. Mais si le peintre avait raison ? Si c'était l'espace lui-même qui était fou ? Une enquête serrée a permis de retrouver tous les éléments du dossier et de... "
- 10 juin 2015 et 30 septembre 2016, 3 février 2017.