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lundi 25 mars 2019

« La France sans les juifs. Emancipation, extermination, expulsion » par Danny Trom


Chercheur au CNRS, Danny Trom étudie dans « La France sans les juifs. Emancipation, extermination, expulsion » les raisons de l’émigration juive d’Europe, notamment de France, dans le cadre de la construction européenne délitant des Etats-nations souverains et vitupérant la politique de l’Etat d’Israël, et dans l’indifférence, voire le soulagement général. Le 25 mars 2019, de 19 h 30 à 21 h 30, l’Institut Elie Wiesel organisera la conférence de Danny Trom intitulée « Existe-t-il une tradition politique juive ? » Signature en fin de soirée. Le 11 avril 2019 à 18 h, à la Librairie Les Cahiers de Colette, Danny Trom présentera son livre et le dédicacera.

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Demain les Juifs de France
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« La France sans les juifs. Emancipation, extermination, expulsion » par Danny Trom
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Chercheur au CNRS, Danny Trom « développe une approche de l’expérience des collectifs politiques modernes, à la croisée de la sociologie et de la théorie politique ».

A un siècle de distance, c’est lors de la dernière décennie de la fin du XXe siècle que le « problème juif » a resurgi en Europe, notamment en France. Et ce, non pas malgré la Shoah, mais parce qu’il « y a des juifs en France, parce qu’il y en a encore ».

C’est sur ce constat tragique que s’ouvre le livre « La France sans les juifs. Emancipation, extermination, expulsion » de Danny Trom. Un titre sans verbe. Mais avec un triptyque de substantifs qui claquent comme autant d'injonctions intemporelles ou d'impératifs secs. Manque la spoliation. Un oubli d'autant plus grave que le "gouvernement des juges" en signe les actes.

L’auteur y désigne les juifs avec un "j" minuscule. Un choix typographique ayant un sens : Danny Tromp désigne les individus juifs ayant conclu une « alliance verticale » avec le pouvoir politique, royal puis républicain, et non le peuple Juif.

« Les juifs ne furent jamais un acteur politique en Europe… Leur mode d’existence les en exemptait... L’alliance royale selon laquelle le pouvoir politique leur accordait protection, leur suffisait ». Avec la Révolution française, et la République, une nouvelle transaction est imposée aux juifs qui l’acceptent : « leur dépolitisation ou neutralisation en tant que peuple en échange de la citoyenneté conférée à chaque individu juif ».

C’est sur ce terreau d’un Etat-nation souverain que les citoyens Israélites, puis juifs français se sont enracinés. Mais ce terreau a subi des secousses profondes - détestation par des élites de l'Etat-nation, haine de soi associée à une repentance d'une France sélective dans ses mea culpa, récusation des racines judéo-chrétiennes de l'Europe, etc. - qui ont influé sur la condition juive. Et on assiste à un effondrement de la condition juive et à l'effacement des Juifs en France, et dans l'ensemble de l'Europe.

Les « juifs importent en Europe en tant qu’ils ont disparu et parce que leur destruction a été une condition de l’édification de l’Europe. Après l’épisode nazi et la collaboration d’Etat en France, la défiance à l’égard de l’Etat moderne… prit résolument le dessus. La construction européenne vint signer le début de la fin de l’Etat-nation souverain et aucune instance crédible ne vient s’y substituer pour fonder une nouvelle alliance. Il n’est dans la nature ni dans le pouvoir d’une technostructure [européenne] d’accorder ce genre de protection ».

Dans ce cadre, l’attachement des juifs européens, en particulier français, à l’Etat d’Israël comme Etat-nation, semble un « anachronisme décevant pour les porteurs d’une Europe illimitée » géographiquement, une « pratique unilatérale déclarée révolue... Que le scandale cesse et l’esprit de l’Europe parviendra à sa complétude, pensent-ils ». Alors pourquoi ce soutien de l'Union européenne (UE) à la création d'un "Etat palestinien" ? Parce que cet Etat terroriste détruirait l'Etat-nation Juif ?

« Aujourd’hui une guerre d’un autre genre est déclarée contre les juifs en France, donc contre le reste des juifs en Europe ». Mais l'auteur n'indique pas tous ceux qui ont déclaré cette guerre aux Juifs.

Évoquant les migrations internes en France - déménagements loin de cités ou quartiers hostiles - et l’émigration des juifs de l’hexagone - alors que le dicton affirmait « Heureux comme Dieu en France », Danny Trom souligne la particularité juive : « Les juifs sont un opérateur de l’entremêlement de la France et de la République ».

Et alerte sur « l’éclosion d’un antisémitisme désormais actif, attribuable à une génération d’enfants immigrés ou d’origine immigrée - mais pas exclusivement… Les juifs ne sont pas poussés à la sortie par quelques islamistes fanatiques mais par le terreau sur lequel ils prospèrent…. Il s’est développé en France, dans des territoires géographiques mais également dans des territoires de la pensée, une culture du ressentiment à l’égard des juifs qui n’a rien à voir avec l’islam… Pour le cerner de manière imagée, il est constitué de toutes les déclinaisons possibles du slogan « deux poids, deux mesures »… Mais quel est ce bien que les juifs ont confisqué ?... On ne pourra pas restaurer la quiétude des juifs parce que la parole et l’agitation plébéienne s’est installée depuis longtemps ».

Et l’auteur s’interroge : s’achemine-t-on vers « l’ère de l’émancipation de la France des juifs ? Une émigration de masse ». Ce départ suscite une indifférence, « un soulagement maladroitement dissimulé ».

Danny Trom considère que 1948 - refondation de l'Etat d'Israël - et 1967 - guerre des Six-Jours - constituent deux césures différentes pour les juifs européens. Il le démontre en analysant les réactions de Raymond Aron, juif athée affirmant en 1967 « Ce petit Etat qui n’est pas le mien, s’il venait à disparaître, m’ôterait jusqu’à l’envie de vivre », et d'Hannah Arendt, tous deux inquiets et bouleversés par le risque de destruction de cet Etat-nation. Il se focalise sur ce que représente pour les juifs français l'Etat juif et l'influence de cet Etat-nation sur la condition juive.

Ce sociologue et politologue démonte la « fable de la construction européenne » visant à « bâtir un Empire prospère, mais pacifique… L’Europe s’édifie sur le consentement et la paix, dit la fable. En réalité, elle s’édifie d’abord sur la défaite et sur le crime », la Shoah. Mais Danny Trom n’évoque pas ce que doit l’Union européenne aux « cercles intellectuels et politiques issus de la Révolution nationale » (Antonin Cohen), à ces "pères fondateurs" admirateurs de régimes autoritaires ou attentistes (Robert Schuman et Jean Monnet) ainsi que de juristes sous le IIIe Reich d’Hitler (Walter Hallstein, premier président de la Commission de la Communauté économique européenne) ou Eurabia décrit par l’essayiste Bat Ye’or.

Répliques
"L’hémorragie ne se voit pas beaucoup parce que les Juifs partent en quelque sorte un par un. Mais, depuis 2000, cela fait une partie importante de la communauté. La question n’est pas quantitative. Les juifs ont perdu leur quiétude en France. On ne trouvera pas une seule personne qui se dit juive qui n’ait pas songé qu’elle serait amenée à se poser cette question. C’et une question d’actualité. Elle est devenue notre actualité. La France sans les juifs, c’est rentré dans l’imagination de tous », a déclaré Danny Trom, chargé de recherches au CNRS et auteur de La France sans les Juifs - l'auteur a enlevé le point d'interrogation dans son titre -, dans Répliques, émission animée par Alain Finkielkraut sur France Culture le 2 mars 2019.

Et d'ajouter : « On n’est pas dans la situation des années 1930. L’antisémitisme vient de la société et pas de l’Etat qui n’a pas voulu voir que les dominés peuvent être acteurs de violences antisémites et la parole de l’Etat, du pouvoir, qui devait être une parole d’autorité, n’était pas entendue. Dans la société, les corps intermédiaires n’ont pas joué leur rôle. La régulation sociale ne s’est pas faite ; l’ascension sociale n’a pas eu lieu. L’Etat tente de reprendre la main, mais il n’est pas entendu. Pire, quand il dit les choses avec force, il semble [accréditer l’idée] que les juifs dominent la République. Le rituel de réassurance des juifs n’a pas d’impact dans la société car on est dans une situation de défiance énorme à l’égard de l’Etat, des élites. L’Etat est débordé. On est dans une démocratie libérale ; il y a des limites ».

On peut regretter que Danny Trom n'ait pas tiré toutes les conséquences de ses analyses : la construction européenne résulte de décisions politiques nationales, l'affaire al-Dura, icône médiatique de l'Intifada II déclenchée par Arafat en 2000, a été diffusée par le fleuron du service public audiovisuel français qui n'a jamais présenté de rectificatif ou d'excuse, les appels aux boycotts d'Israël ne font jamais l'objet de poursuites du parquet parisien placé sous l'autorité du ministère de la Justice, un "gouvernement des juges", composés d'agents publics rémunérés par l'Etat, ruine et spolie des Français juifs, donc nul besoin de lois antisémites n'est nécessaire, etc. Etc. Etc.


Danny Trom, « La France sans les juifs ». PUF, collection Emancipations, 2019. 160 pages. ISBN : 978-2-13-081540

Le 25 mars 2019, de 19 h 30 à 21 h 30
A l’Institut Elie Wiesel
119 rue La Fayette, 75010 Paris

Le 11 avril 2019 à 18 h
A la Librairie Les Cahiers de Colette
23/25, rue Rambuteau. 75004 Paris
Danny Trom viendra présenter son livre La France sans les juifs.

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Les citations proviennent du livre.

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