Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 29 août 2018

Ori Gersht et Zadok Ben-David


Le musée de la Chasse et de la Nature présente, dans le cadre de la Saison France-Israël 2018, l’exposition collective d’œuvres des deux artistes israéliens Ori Gersht, créateur d'une vidéo numérique emblématique de la violence, et Zadok Ben-David, auteur d'une installation composée de fleurs métalliques colorées et implantées dans du sable. Des réflexions artistiques inspirées d'oeuvres du XVIIIe siècle européen et rendant sensible la fragilité de la vie.
A Paris, le musée de la Chasse et de la Nature participe à la Saison France-Israël 2018, en présentant les oeuvres de deux artistes israéliens.

« Avec des œuvres abordant les relations multi-facettes entre la nature et la culture et approfondissant les questions de lieu, de mémoire et d’identité, l’ensemble du programme favorisera la réflexion et le débat sur les questions esthétiques et politiques », a écrit Hadas Maor, commissaire et artiste israélienne.

Ori Gersht
Ori Gersht est né à Tel Aviv, en Israël, en 1967. En 1995, il a obtenu un MA en Photographie au Royal College of Art de Londres et en 1992 un BA en Photographie, Film et Vidée de l’université de Westminster de Londres. Il vit et travaille à Londres (Grande-Bretagne). Il enseigne la photographie au Kent Institute of Art & Design. Il expose dans des musées et galeries aux Etats-Unis, en Europe, en Nouvelle-Zélande, en Israël…

La vidéo « Grenade commence par une nature morte sereine d’un chou, d’une citrouille, d’une courge et d’une grenade, disposés dans un cadre de fenêtre d’une manière traditionnelle et picturale. Soudain, une balle à grande vitesse oblitère la grenade suspendue, l’éclatant comme une bouche pulvérisant des graines. L’œuvre établit ainsi un dialogue entre la paix et la violence, l’immobilité et le mouvement, la peinture et le film. » Le calme, l'harmonie sont rompus brutalement. Le ralenti en souligne la violence.

Falling bird de l’artiste Ori Gersht « s’inspire de la nature morte du peintre du XVIIIe siècle Jean Siméon Chardin, intitulée Un canard col-vert attaché à la muraille et une bigarade (collection du musée). Le film révèle un canard suspendu, fendant soudainement une surface noire miroitante, qui s’effondre dans son propre reflet. L’impact de l’oiseau qui pénètre la surface liquide ainsi que le déclenchement d’une formidable réaction en chaîne, évoque l’idée d’un désastre écologique. Ori Gersht explore les relations entre la photographie et la technologie ».

Zadock Ben-David
Zadock Ben-David est né à Bayhan, au Yémen en 1949 et a fait son aliyah la même année. Il est diplômé de St. Martin’s School of Art à Londres et y a enseigné de 1977 à 1982. Il a exposé ses œuvres en Europe, aux Etats-Unis, en Israël et en Asie, notamment au Japon. En 2008, il a reçu la commande d’une sculpture pour les Jeux Olympiques de Beijing. Il a participé à de prestigieuses biennales et a été distingué notamment par le premier prix à celle de Vila Nova de Cerveira au Portugal (2007) et celui en sculpture du musée de Tel Aviv (2005).

Blackfield de Zadock Ben-David « est une installation composée de centaines de fleurs de métal découpées et plantées dans une fine couche de sable. Provenant d’encyclopédies victoriennes du XIXe siècle, ces plantes composent une sorte d’immense toile de Jouy ou de Liberty en trois dimensions. Le travail de l’artiste joue avec la perception et la perspective, tandis qu’avers et revers de l’œuvre questionnent la vie et la mort ».


Du 5 juin au 2 septembre 2018
62, rue des Archives 75003 Paris
Du mardi à dimanche de 11 h à 18 h. Mercredi de 11 h à 21 h 30, sauf au mois d’août. Fermé le lundi et les jours fériés.

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Les citations proviennent du musée.

Theo Tobiasse (1927-2012)


Theo Tobiasse (1927-2012) était un peintre juif né à Jaffa, en Eretz Israël. Graphiste pour la publicité, il survit en France à la Shoah. Établi après guerre à Saint-Paul de Vence, en Provence, il y produit une oeuvre tramée sur des thèmes privilégiés : l’exil, la Bible, des femmes aux courbes sensuelles, corps aériens, la Shoah, le désir, l’amour fou, l’enfance, les baladins, les jeux de la représentation, la Lituanie de son enfance  et le bonheur familial. Le château de Vascoeuil propose une exposition de Théo Tobiasse.


Né en 1927 à Jaffa, en Palestine sous mandat britannique (Eretz Israël) dans une famille originaire de Lituanie.

Quittant cette Terre promise, la famille Tobiasse retourne en Lituanie. Le jeune Theo Tobiasse y reste jusqu’à ses cinq ans, puis sa famille s’installe en France en 1931.

Sous l’Occupation, la famille Tobiasse subit les persécutions antisémites, se cache, mais une partie des membres est décimée par la Shoah.

A la Libération (1944), Theo Tobiasse recherche la lumière, le soleil, le ciel vaste.

Il emménage à Nice, puis à Saint-Paul de Vence où il vit et travaille.

Ce village provençal, c’est son lieu d’élection. Là, découvrant le paysage lunaire du plateau de Saint-Barnabé, au col de Vence, Theo Tobiasse peint sa première toile.

Le « Rijksmuseum d’Amsterdam lui procure une seconde révélation : la Fiancée Juive de Rembrandt lui fait découvrir le mystère de la matière et de la couleur. Il comprend alors tout des glacis, des jus et des clairs-obscurs ».

Theo Tobiasse travaille comme graphiste dans la publicité.

Il est distingué en 1961 par le Prix de la jeune peinture méditerranéenne en 1961.


Au fil d’une carrière qui le mène en Amérique du Nord, en Europe, au Japon, cet artiste sculpte, crée des vitraux, des poteries, des gravures. Parmi ses œuvres monumentales : le Palais des Congrès de Nice, la Chapelle Saint-Sauveur-Le Cannet et le Centre communautaire israélite de Strasbourg.

De New York à Jérusalem, via Saint-Paul de Vence et Venise, Theo Tobiasse tient un « journal intime artistique » composé de cinq Carnets qui couvrent huit ans, de 1993 à 2001.

Des inédits - écrits, gouaches, pastels et dessins, natures mortes (« Festin bleu ») et portraits (« Reine de théâtre aux désirs errants ») - y traduisent les impressions et préoccupations de l’artiste qui a signé et daté chaque page.

On y retrouve ses thèmes d’inspiration : l’exil, la Bible, des femmes aux courbes sensuelles, corps aériens, la Shoah (« Le ciel le plus noir à la lumière des brasiers »), le désir, l’amour fou, l’enfance, les baladins disproportionnés souriants, les jeux de la représentation (« Les Ménines » inspirées de Velasquez), la Lituanie de son enfance – « la datcha dans la verdoyante campagne de Kaletova, les lumières des bateaux à roue pavoisés sur le Niémen, les traîneaux dans les rues enneigées de Kovno, mais aussi les théières rondes et les samovars ventrus, symboles de la chaleur familiale » - et les scènes de bonheur familial en couleurs sépia.


Privilégiant les rouges et bleus, Theo Tobiasse y exprime la détresse et l’espoir - « Il faut courir pour écarter les parois des ténèbres, attendre que le jour se lève pour imaginer une autre vie » -, ainsi que l’humour par la présence d’animaux improbables entre les barreaux d’une échelle (« L’amour au temps du Sinaï»).

Il décède le 3 novembre 2012

Hommages
Au printemps 2013, la Chapelle Saint-Elme au cœur de la Citadelle de Villefranche-sur-Mer a présenté l'exposition Intime/Ultime de Theo Tobiasse (1927-2012). "Une plongée en plein cœur de l’univers créatif de l’artiste qui a permis aux amateurs et aux collectionneurs de découvrir dessins, tableaux, poteries, bronzes, carnets, sculptures".

En 2013, la galerie  Ada Loumani à Valbonne a présenté l’exposition Tobiasse, Moments d’Atelier éponyme qui révèlait "les moments inédits de création et d’inspiration" de Theo Tobiasse (1927-2012). Sa fille, Catherine Faust-Tobiasse "nous invite à découvrir une facette plus personnelle de son œuvre en entrouvrant la porte de son atelier… Au cœur même de son expression pure et libre, céramiques, dessins, sculptures, écrits se dévoilent au fil de l’univers intime de l’artiste récemment disparu".

La ville de Mougins et le Musée d'Art classique de Mougins ( MACM) ont présenté l'exposition Mougins monumental (4 avril-30 juin 2015)avec notamment une sculpture de Theo Tobiasse (1927-2012). Une "exposition à ciel ouvert : sur terre, dans les jardins, dans les airs, à travers les ruelles ! Cette agréable balade vous invitait à voyager dans le temps pour mieux comprendre les évolutions du monde artistique. Des années 60 avec les Nouveaux Réalistes, à la relève contemporaine, Mougins Monumental est un parcours initiatique original".

La galerie Perahia présenta "Tobiasse intime" (12-27 Juin 2015). "Bien plus qu'une exposition, une incursion dans l'atelier de l'artiste, au cœur de son domaine réservé !  Près de cent cinquante œuvres - huiles sur toiles, gouaches, pastels dessins, gravures, céramiques, sculptures - inédites sortiront du silence de l'atelier de Théo Tobiasse, à Saint-Paul de Vence. Pour la première fois, à Paris, C'est à la galerie Perahia que Catherine Faust-Tobiasse, fille de l'artiste, confie le privilège de présenter ces travaux de Tobiasse dont la planète des arts, elle-même, ignorait en partie l'existence ! L'événement devrait diffuser bien de nouvelles lumières sur l'ensemble d'une oeuvre mondialement reconnue. La Lituanie, l'errance, Paris, Saint-Paul de Vence, les vibrations de New-York, l'envoûtement pour Venise, la sensualité des femmes, des amantes de passage, certes, mais aussi de l'incontournable, de la femme-mère, mère de l'Humanité ! De tendres confidences sur l'essence d'une oeuvre. A mille lieux de toute indiscrétion mais comme autant de tendres confidences sur l'essence même du travail de son père, Catherine ouvre de nouvelles voies d'entrée dans l'épopée onirique de Théo.

"Tobiasse, qui vouait un amour éternel à Jérusalem, cette terre qu'on lui avait promise mais qu'il dut quitter pour l'Europe centrale, avec sa famille, aux toutes premières lueurs de ses jours ! Depuis les ténèbres de l'exil jusqu'à l'ancrage éblouissant dans les lumières de la Méditerranée, le flux de ses multiples vies, nourri des sédiments de la mémoire, a ciselé un art aux infinies facettes. Théo Tobiasse, le peintre-sculpteur, le passionné de dessin, l'émouvant créateur de correspondances poétiques entre les visuels et les mots, entre les formes et les couleurs. Tobiasse le luxuriant, dont la toile côtoie les étoiles, le céramiste-conteur, l'artiste  qui ne cesse de nous faire voyager dans l'imaginaire chatoyant de son parcours en lignes courbes. Tobiasse, foisonnant de sensibilité, dont tant d'émotions ou de drames, tant de passions, aussi, ont abreuvé la palette et la glaise, la plume, le crayon, le ciseau !"

Vallauris, Le Cannet et Saint-Paul de Vence rendaient hommage à Tobiasse par des expositions (24 juin-30 octobre 2017) sous l'enseigne Tobiasse, trois terres d'inspirationExpositions à facettes, voyage artistique et initiatique… Une découverte hors cadre proposée par trois villes d’art du Sud de la France : Vallauris, Saint-Paul de Vence et Le Cannet.

Le Musée Magnelli, musée de la céramique de Vallauris proposait Les Lumières de l'espoir. Il "invite le visiteur à pénétrer dans l'univers de l'artiste en suivant son chemin de vie entre rires et larmes, soleil et ténèbres, intimité familiale et déchirement de l'exil. On y retrouve ses thèmes favoris : la femme - mère, épouse, amante -, la mythologie, le cirque, les musiciens, les saltimbanques. Ces principaux thèmes sont déclinés par autant de techniques différentes, employées seules ou en association. Tobiasse exprime ses sentiments en deux ou trois dimensions, du plus léger collage à la sculpture monumentale de bronze ou de béton, de la délicatesse d’un glacis jeté sur une feuille, à la vigoureuse pleine pâte d’une toile saturée de couleurs, jusqu’à sa palette, devenue montagne, sorte de paysage fantastique dont seul l’artiste connaît les secrets. Au total, ce sont plus de 150 oeuvres toutes techniques confondues qui illustrent l’immense créativité et la singularité d’un artiste qui a traversé le siècle en conservant au plus profond de lui-même : Les lumières de l’espoir aux heures les plus sombres de l’histoire du XX° siècle".

"La Maison des quartiers exposait des céramiques d'édition, réalisées dans l’atelier de Gérard Crociani, d'après des originaux de Tobiasse. Le public pourra également découvrir dans les salles d’exposition la technique d’édition céramique. Des projections de films où apparaît l’artiste seront projetées en continu : L’âge d’or de la céramique Azuréenne 1950 - 1970 (2009) de Roland Kelberg produit par Vidéo Film Biot et Les éditions céramiques de Tobiasse, film HD couleur 20 min 30s de Maxime Martins. Vallauris 2017.Au port de Golfe-Juan une présentation de l’exposition dans un espace proche de la capitainerie et sur la promenade offre aux estivants un aperçu de l’événement". 


"Au Cannet, dans la Chapelle Tobiasse (rue Saint Sauveur) décorée par Théo Tobiasse en 1989, l’exposition La Vie est une Fête présentait les maquettes, les dessins et les calques préparatoires qui ont servi à la réalisation du décor de la chapelle. On ignore la date de construction de la chapelle Saint-Sauveurcet ancien beffroi qui marque l’entrée du quartier des Ardissons. Son clocher sonnait pour signaler les appels aux armes ou l’approche d’un danger".

"Sauvée d’une ruine probable, cette chapelle a été restaurée en 1989. Respecter son histoire tout en lui rendant sa vocation spirituelle, telle fut la préoccupation de Tobiasse, artiste contemporain de renommée mondiale qui a ouvert ce lieu à l’œcuménisme et choisit pour thème : « La vie est une fête ».  Cette fresque monumentale, vive et poétique narre une histoire universelle où le chœur de l’édifice rayonne à partir d’une colombe, symbole de la paix. Sur le parvis extérieur, « L’oiseau de lumière », sculpture de l’artiste, invite le visiteur à découvrir cet univers".

"Saint-Paul de Vence a proposé Portraits de Mon Village, une déambulation dans les rues et les places à la découverte d’oeuvres monumentales, en bronze ou en acier découpé, ainsi que des photographies en noir et blanc de l’artiste, faites par André Villers dans les années 80 à Saint-Paul, et présentées sur le lieu même où elles ont été prises. L’Espace Verdet dévoile des Fragments de vie à travers des films, des vidéos, une librairie éphémère, permettant de consulter des ouvrages consacrés à Tobiasse". "«Sculpter la peinture, peindre la sculpture, colorer la lumière de manière à exprimer la métamorphose perpétuelle des formes », visait Tobiasse. 


Théo Tobiasse "aurait eu 90 ans en 2017. Né en Israël de parents lituaniens, la famille s’exile à Paris alors que Théo n’a que 5 ans. Attiré par la lumière, il s’installe sur la Côte d’Azur en 1950 et acquiert une maison en 1975 à Saint-Paul de Vence, qu’il affectionne particulièrement et qu’il ne quittera plus".

"Dans sa maison-atelier face aux remparts, Il avait trouvé là un bonheur de lumière et de ciel immense mais également le regard des peintres et des artistes qui y avaient traversé les siècles et ensoleillé cette terre de bergers".

"L’exposition à découvrir aux détours des ruelles de Saint-Paul de Vence, présente des sculptures monumentales, en bronze et en acier découpé, ainsi qu’un parcours de photographies en noir et blanc prises par son ami le photographe André Villers dans les années 80 et présentées sur le lieu même où l’artiste a été photographié".

L’Espace Verdet "dévoilait des «fragments de vie» à travers des films, des vidéos, une librairie éphémère permettant de consulter des monographies, catalogues et carnets de voyages… Une invitation à s’imprégner de l’univers créatif de l’artiste".

« C’est très certainement la guerre et les deux années sombres qu’il a passé tapi dans un appartement qui marqueront à tout jamais son travail. Il sort de sa cachette avec une unique envie : exploser, crier et profiter de la vie. Il refuse de vivre dans le regret ou le souvenir et prend ses pinceaux et ses crayons avec pour objectif de faire enfin ce qu’il aime : peindre ».

En cet été 2018, deux expositions offrent la possibilité de revoir des oeuvres de Tobiasse. "A l’occasion de la sortie de sa cuvée millésimée TOBIASSE, le vignoble du Clos des Roses propose l'exposition In Vino Vertias de Tobiasse organisée en collaboration avec l’événement Art & Vin. Vernissage, jeudi 5 juillet 2018 dès 18 h en présence de la fille de l’artiste, Catherine Faust-Tobiasse. Du 5 juillet au 31 août 2018, le Clos des Roses invite les visiteurs à venir admirer, certaines des nombreuses oeuvres de Théo Tobiasse, originaire de Saint-Paul-de-Vence. Des oeuvres qui viendront s’ajouter à la collection du domaine, déjà muni du Triptyque « Poème à Trois voix au Pied de la Montagne » exposé au restaurant La Bastide du Clos des Roses depuis 2008".

"Pour la deuxième année consécutive, le Clos des Roses collabore avec l’événement Art & Vin organisé sous l’initiative des Vignerons Indépendants du Var®, et qui chaque année depuis 1998, accordent vignerons et artistes le temps d’un été.  Pour l’occasion, le Clos des Roses célèbre sa 10e vinification (2007-2016), en rendant hommage au très célèbre artiste Théo Tobiasse, et à le plaisir d’annoncer le lancement d’une nouvelle cuvée limitée en son honneur."

"La peinture In Vino Veritas, qui sera représentée sur les étiquettes de la nouvelle cuvée a vu le jour en 2004 lors d’un déjeuner à Paris dans le célèbre restaurant Le Café Voltaire face au Louvre sur les bords de la Seine. Au cours du repas, dégustant un bon vin devants son petit-fils Arthur, alors âgé de 12 ans, Théo Tobiasse se mit à dessiner sur la nappe en papier ce dessin accompagné de la citation latine «In Vino Veritas» dans un moment d’humour et de fantaisie. On y retrouve toute l’inspiration de la «mythologie Tobiasse», de l’exultation des sens : le verre, la bouteille, la lumière du candélabre, l’oiseau couronné, la grappe de raisin, la pomme symbole d’abondance, les fleurs miraculeuses que l’on rencontre dans toute son oeuvre, et aussi, bien sûr, la femme tentatrice et sensuelle. Pour l’occasion, un rouge Côtes de Provence 2016 a été spécialement élaboré et pensé pour donner vie à cette peinture. Avec un assemblage de Grenache (50%) et de Syrah (50%), ses notes épicées et ses arômes de tabac promettent complexité et robustesse, des traits de caractère qui qualifiaient également l’artiste. D’un beau potentiel de garde, il est à apprécier jeune ou à laisser en cave quelques années, à l’image de l’oeuvre, qui perdure dans le temps. Cette édition limitée sera présentée en 3 200 unités et 500 coffrets personnalisés, comprenant une reproduction numérotée de l’oeuvre originale." 

Le château de Vascoeuil propose une exposition de Théo Tobiasse. "Né à Jaffa en Israël, il arrive en 1931 à Paris où il échappe à la Shoah, puis à Nice et établira son atelier principal à St Paul de Vence en 1975. L’œuvre de cet artiste protéiforme, véritable hymne à la vie, est imprégnée des images de la Bible, des souvenirs de l’exil, de la femme mère ou amante, des réminiscences de l’enfance en Lituanie, de la culture juive et de ses multiples voyages et des villes qui lui sont chères et dans lesquelles il séjourne ou travaille (Jérusalem, Paris, New York, Venise) Peintures, gravures, sculptures, pastels, dessins, poteries sont les outils qui redonnent vie dans un tourbillon de couleurs à ses émotions englouties et l’exposition donnera à voir les différentes facettes de cet immense talent du XX° siècle dont les œuvres figurent dans de nombreux Musées et collections publiques. Importante exposition avec plus d’une centaine d’oeuvres diverses au Château (sur trois étages) au Colombier et à la Galerie."


Theo Tobiasse, Les carnets de Saint-Paul de Vence. Biro Editeur, 2007. Coffret 25x17 cm de 5 volumes facsimilé, relié toile, 40 pages couleurs chacun, édition de tête : 140 ex. avec une gravure originale signée et numérotée par l'artiste, en vente chez Biro éditeur au prix de 580 €, édition courante en vente chez Biro éditeur au prix de 200 €. ISBN : 978-2351190227


Du 5 juillet au 31 août 2018. Vernissage le 5 juillet 2018 dès 18 h
Au Clos des Roses 
1609 route de Malpasset - Fréjus
Tél. : 04 94 52 80 51

Du 8 juillet au 21 octobre 2018
Au château de Vascoeuil
8 Rue Jules Michelet - Vascœuil
Tél.: 0 235-236-235

Du 24 juin au 30 octobre 2017
Vallauris
Tobiasse, Les Lumières de l'Espoir
Au Musée Magnelli, musée de la céramique
Place de la Libération
T. 04 93 64 16 05
Juillet – août : 10h - 12h45 | 14h15 – 18h, tous les jours
septembre – juin : 10h – 12h15 | 14h00 – 17h00
tous les jours sauf le mardi

Les Éditions Céramiques de Tobiasse
Maison des Quartiers

Le Cannet
La Vie Est Une Fête
Chapelle Tobiasse
Rue Saint Sauveur
Office de Tourisme :
T. 04 93 45 34 27
Tous les jours sauf le lundi de 10h à 13h et de 15h à 19h
Entrée libre

Saint-Paul de Vence
Portraits de Mon Village
Parcours dans le village
Espace Verdet
Place de l’Hospice, rempart ouest
Office de Tourisme : T. 04 93 32 86 95
Du mardi au samedi de 10 h à 13 h et de 14h30 à 18h30. Entrée libre

Du 12 au 27 juin 2015
A la Galerie Perahia
24 rue Dauphine. 75006 Paris
Tel : 01 43 26 56 21
Du mardi au samedi de 10 h à 13 h et de 14 h à 18 h 30. Vernissage le 11 juin 2015 à 18 h.

Du 12 juillet au 30 septembre 2013
A la Galerie Ada Loumani
Place de l’Eglise, 06500 Valbonne
Tél. : 04 93 12 97 04
Tous les jours de 10 h à 13 h et de 15 h 30 à 20 h

Du 8 avril au 2 juin 2013
A la Chapelle Saint-Elme au coeur de la Citadelle de Villefranche-sur-mer
Du lundi au vendredi de 9 h 30 à 16 h., et le week-end pour groupes sur réservation. Entrée libre
Vernissage le 11 avril 2013 à 18 h

Visuels :
Théo Tobiasse
Portrait sous le tilleul

Théo Tobiasse, Une fleur sur un bateau.

Théo Tobiasse, Papillons de velours noir venus de l’épaisseur des siècles. 2 mai 1992

Theo Tobiasse
La colombe de Noé
Sculpture en métal polychrome- découpé- Strates 

Théo Tobiasse
C'est tout un peuple arraché à sa terre
1986
technique mixte, pastel, lavis, acrylique sur papier

70 X 50

Théo Tobiasse
L’œil dans l'oiseau
Plat en terre cuite
1993
diamètre 46 cm

Chapelle Saint-Sauveur

1989

André-Villers
Théo Tobiasse
Vue Saint-Paul panoramique, Remparts ouest

Théo Tobiasse
Dame à la bougie
1998
huile sur papier
102 x 70 cm

Théo Tobiasse
Huit lumières pour des temps magiques
1988
Pastel sur panneau bois stratifié
151 x 160 cm

Théo Tobiasse
Danseuse folle
1985
Bronze gravé
hauteur 25 cm

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié en une version concise par L'Arche en 2007, et sur ce blog le 6 novembre 2012, puis les 11 avril, 19 mai, 27 juillet et 24 septembre 2013, 2 avril et 9 juin 2015, 28 octobre 2017, 6 juillet et 28 août 2018.

mardi 28 août 2018

Harold Feinstein (1931-2015), photographe


Harold Feinstein (1931-2015) était un photographe juif américain. Représentant la New York School of Photography, cet artiste humaniste et professeur, méconnu en France, a saisi la vitalité, l’exubérance ainsi que la diversité ethnique et culturelle de la Big Apple d’après guerre. En 2018, la galerie Thierry Bigaignon présente l’exposition "Harold Feinstein • Gracieusement vôtre".


« La clé de mon travail, c’est que je ne suis jamais arrivé au bout : il y aura toujours un premier baiser, une première femme… », a confié  Harold Feinstein (1931-2015).

Harold Feinstein est un photographe juif américain. Représentant la New York School of Photography, cet artiste humaniste et professeur, méconnu en France, a saisi la vitalité, l’exubérance ainsi que la diversité ethnique et culturelle de la Big Apple d’après guerre.

« Prodige de la photographie »
Harold Feinstein (1931-2015) nait dans une famille de Juifs immigrés : son père Louis, grossiste en viande, venait d’Odessa, et sa mère Sophie d’Autriche.

Harold Feinstein  débute sa carrière en 1946, à l’âge de 15 ans, avec le Rolleiflex d’un voisin.

L’année suivante, il interrompt sa scolarité pour se consacrer entièrement à son activité de photographe.

En quatre ans, il acquiert une notoriété telle qu’Edward Steichen (1879-1973), conservateur et directeur du département de la photographie du Museum of Modern Art (MoMA), lui achète  des photographies pour la collection permanente du MoMA.

Harold Feinstein  adhère à la Photo League  à l’âge de 17 ans, et y côtoie notamment Sid Grossman.

Il devient une figure importante de l’avant-garde de la street photography (Photographie de rue) new-yorkaise. Helen Gee expose ses œuvres à la Limelight Gallery.

Harold Feinstein collabore au label discographique Blue Note Records.

En 1952, mobilisé dans l’infanterie, il saisit aussi la vie quotidienne des soldats pendant la Guerre de Corée, entre entrainement, combats et cérémonies officielles, ainsi que celle de villageois.

Harold Feinstein est l’un des habitants originels du Jazz Loft où il fait la connaissance de W. Eugene Smith, et collabore à la maquette du Pittsburg Project de Smith.

En 1954, le Whitney Museum of American Art lui consacre une exposition, et en 1957 le Museum of Modern Arte présente ses œuvres. Dans The New York Times, Jacob Deschin qualifie le travail de Feinstein de « nouveau pictorialisme ».

Vingtenaire, Harold Feinstein enseigne à New York, à la Annenberg School of Communications de l’Université de Pennsylvanie, à l’université de Massachusetts, au Maryland Institute of Art...

Il est célèbre pour son activité pendant 60 ans à Coney Island.

Il s’exerce aussi dans divers genres : nus, portraits, natures mortes.

Au milieu des années 1980, il explore la couleur en photographiant, en 35 mm, des fleurs et des coquillages sur un fond de ciel. Ses clichés sont publiés par LIFE. Feinstein utilise des lentilles kaléidoscopiques, produisant un portfolio d’images abstraites de l’architecture de la Big Apple, notamment des immeubles conçus par les architectes Louis Kahn et Frank Lloyd Wright.

En 1998, Feinstein recourt en pionnier à la scanographie, en usant d’un scanner comme d’une caméra. En 2000, le Computerworld Smithsonian Award couronne son travail photographique numérique.

Les photographies de Feinstein figurent au sein des collections permanentes de célèbres musées : Museum of Modern Art, International Center of Photography (ICP), George Eastman House, Museum of Photographic Arts, Center for Creative Photography, Musée d’Art Moderne, the Jewish Museum, and the Museum of the City of New York.

Ses portfolios et articles ont été publiés par de célèbres magazines LIFE, Aperture, Black and White, Camera Arts, The New York Times Magazine, American Photo, Oprah Magazine, Evergreen Review, Photography Annual, Modern Photography et Popular Photography.

En 2011, âgé de 80 ans, Harold Feinstein reçoit The Living Legend Award remis par le Griffin Museum of Photography.

Il décède en 2015.

Galerie Thierry Bigaignon 
En 2017, la galerie Thierry Bigaignon a présenté l’exposition La Rétrospective Harold Feinstein, 1ère partie : Les années 40 et 50 : L'Optimisme Contagieux (Retrospective Part 1: The Early Years - Contagious Optimism!).

Un hommage, dans le cadre du Mois de la photo Grand Palais, à Harold Feinstein (1931-2015). Une sélection de photographies humanistes, inédites, en noir et blanc. Une invitation à la découverte d'un photographe américain méconnu, mais majeur du XXe siècle.

En 2018, cette galerie propose l'exposition "Harold Feinstein • Gracieusement vôtre". "Après une première exposition en 2017 qui mettait à l’honneur l'optimisme contagieux du photographe américain alors qu’il dépeignait la jeunesse et l'insouciance de l'après-guerre, la Galerie Thierry Bigaignon présente la deuxième partie de la rétrospective consacrée à Harold Feinstein, avec une série de photographies prises entre 1964 et 1988."

"La renaissance de ce prodige de la photographie, le plus jeune membre de la Photo League et dont la précocité fût très tôt confirmée par son entrée dans la collection permanente du Museum of Modern Art de New York (MOMA) alors qu’il était âgé d’à peine 19 ans, franchit une deuxième étape. Après avoir couvert les années 40 et 50 lors de la première partie de cette rétrospective, la Galerie Thierry Bigaignon a cette fois sélectionné 21 photographies couvrant la période des années 60 à 80, illustrant une fois de plus le formidable talent de cet artiste américain décédé en 2015."

"Bien que sa muse ait toujours été Coney Island, où il est né en 1931, l’objectif d’Harold Feinstein s’est tourné dès les années 60 vers les rues, les commerces et les restaurants de Manhattan, faisant de ses œuvres l'un des témoignages les plus prégnants de cette Amérique en pleine effervescence. Mais plus encore, ce qui frappe dans cette nouvelle sélection du galeriste parisien c’est l’omniprésence des corps et la remarquable captation du mouvement, comme si Feinstein voyait dans la rue un ballet de grâce et de beauté."

"Ses photographies immortalisent en noir et blanc des moments particuliers de la vie des New-Yorkais, s’immisçant dans leur quotidien pour mieux mettre en lumière l’humanité de ces personnages. Harold Feinstein décrivait lui-même ces images comme « un petit échantillon de [son] voyage photographique témoignant de la beauté et du mystère de cette vie humaine ».

"Explorant sous tous les angles le Times Square scintillant ou les rues tourbillonnantes de Harlem, il photographie cafés enfumés, rames de métro et vitrines de magasins et révèle toute la poésie et la grâce d'une ville en pleine évolution, à travers des images à la fois engageantes et magnétiques. Pour François Cheval, qui prépare avec Audrey Hoareau une rétrospective de l’oeuvre, « Harold Feinstein fait comme si le réel devait se conformer à l’idée qu’il se fait du monde. Mettre en valeur, avec méthode, la beauté latente du quotidien, la tâche ne l’a pas effrayé, et pourtant, quelle ambition, doter la photographie d’une morale ! »

A l’occasion de cette exposition-événement, la galerie a mis en vente le 22 mai 2018 sur le site COLLECTORS CONFIDENTIAL une photographie rare de Harold Feinstein : "Lovers Recline". une photo vintage de 1965.

"The photograph is particularly rare, not only because it has almost never been shown, but also because it stands out form the rest of Harold Feinstein's lifetime body of work. We present it as a special bonus print to complement the gallery's current exhibition "Graciously Yours". It was taken in 1965 in Philadelphia, Pennsylvania. The subjects are a couple who were friends of Harold Feinstein’s as he was teaching at the Philadelphia Museum School at the time."

"This is a rare and real vintage print, made by Harold Feinstein in 1965 when the shot was taken. It is 11”x14”, with an image size of 8.625” x 13” with a black border (not included in the image measurement). As far as we know, only three prints were made then and none have been made afterwards."
"Lovers Recline (1965)
Vintage silver gelatin print made by the artist (1965)
Paper size: 11 x 14 in - Image size: 8.625 x 13 in
Signed and dated at recto
Unframed print
Availability : now
Free worldwide shipping
© Harold Feinstein, Lovers Recline, 1965"

"Harold Feinstein (1931-2015) began his career in photography in 1946 at the age of 15 and within four short years, Edward Steichen, an early supporter, had purchased his work for the permanent collection of the Museum of Modern Art (MoMA). He joined the Photo League at 17 and became a prominent figure in the vanguard of the early New York City street photography scene. He was one of the original inhabitants of the legendary « Jazz Loft » which he later turned over to his long-time collaborator and colleague W. Eugene Smith. Feinstein had his first exhibition at the Whitney Museum of American Art in 1954 and his first exhibition at the Museum of Modern Art in 1957. While his Coney Island work has been much celebrated, Feinstein’s breadth and exposure are far greater. He has a large collection of classic street photography, nudes, portraits and still life. His first black and white monograph, « Harold Feinstein, A Retrospective », was published in 2012 by Nazraeli Press and won a Photo District News 2013 award in the Best Photo Books category. Feinstein’s photographs have been exhibited in and are represented in the permanent collections of major museums around the globe including the Museum of Modern Art, International Center of Photography, George Eastman House, Museum of Photographic Arts, Center for Creative Photography, Musée d’Art Moderne, the Jewish Museum, and the Museum of the City of New York. His portfolios, photo essays, and articles have been published in major periodicals including, LIFE, Aperture, Black and White, Camera Arts, The New York Times Magazine, American Photo, Oprah Magazine, Evergreen Review, Photography Annual, Modern Photography and Popular Photography. In 2011 at the age of 80, he was given « The Living Legend Award » by the Griffin Museum of Photography."


CITATIONS

« Coney Island était mon île au trésor. Le temps était beau, plein de vacarme et de cris. J'aimais les montagnes russes, les spectacles... Il y avait pléthore d'images, et les jeunes qui traînaient là en bande réclamaient qu'on les prenne en photo. Je travaillais souvent si vite qu'il me fallait attendre l'impression pour découvrir certains détails de l'image  ».

« Si je devais nommer les cinq personnes les plus importantes dans ma carrière de photographie, Edward Steichen devrait être sur cette liste. J’avais juste seize ans en 1947 lorsque Steichen, qui avait 68 ans, est devenu le Directeur de la Photographie au Museum of Modern Art. Trois ans plus tard, en 1950, je pénétrais dans le musée sans prévenir et demandait à le rencontrer. J’avais auparavant reçu des encouragements de Dorothy Norman de me lancer dans ma carrière photographique. Norman, une femme riche qui était à la fois artiste et mécène, de même que l’amante de Stieglitz jusqu’à sa mort, m’a gracieusement dit : « Tu es jeune mais tu iras loin car tu peux ressentir de l’émerveillement mêlé d’admiration. C’est le mot de passe pour la sagesse ». Ma visite au musée en tant que jeune homme de 19 ans a été en partie incitée par ses encouragements.
L’homme à la réception a appelé Steichen et j’ai été invité à son bureau pour le rencontrer. Ce jour-là, il a acheté deux de mes photographies, ce qui était assez grisant pour un photographe de rue de 19 ans (et ça l’est toujours même à 84 ans). C’étaient les premières que j’ai jamais vendues.
J’ai appris plus tard que Steichen lui-même avait reçu des encouragements de la même manière. Lorsqu’il avait 21 ans, Steichen, qui n’avait jamais encore rencontré Alfred Stieglitz – alors considéré comme le baromètre dans le monde de la photographie – s’est arrêté à New York pour le rencontrer alors qu’il se rendait à Paris pour étudier la peinture. Stieglitz a été impressionné et a acheté trois des photographies de Steichen pour la somme de cinq dollars chacune. Steichen était sur un petit nuage, déclarant qu’il n’en avait jamais vendu une pour plus de 50¢ ! Peu après son arrivée à Paris, il a abandonné la peinture et s’est dédié à la photographie. Je devine que cet incident doit avoir influencé Steichen pour qu’il adopte la tradition d’encourager les jeunes photographes prometteurs en achetant leurs œuvres pour la collection du MOMA. J’ai eu la chance d’être l’un des bénéficiaires…
Plusieurs années plus tard, Steichen m’a demandé de contribuer par mes photographies à l’exposition Family of Man. J’ai décliné sa proposition. C’est probablement la décision la plus folle de ma carrière.
Je n’étais pas le seul photographe à décliner son offre, et je suis sûr de n’être pas le seul à le regretter. L’exposition est généralement considérée comme Evènement le plus important dans l’histoire de la photographie. Et le catalogue, qui a été vendu à plus de quatre millions d’exemplaires, est probablement le livre de photographies le plus lu jamais publié. Il n’est pas surprenant que Steichen ait considéré cette exposition comme sa réalisation la plus grande.
Mon regret n’est pas seulement à propos de la perte de visibilité pour mon travail. Mais, mon purisme à l’époque était vraiment en contradiction avec l’approfondissement des graines de rébellion et de populisme en moi ».

Du 24 mai au 31 août 2018. Vernissage le 24 mai 2018 de 18 h à 21 h
Du 2 février au 30 avril 2017
Hôtel de Retz
Bâtiment A
9, rue Charlot, 75003 Paris
Tel. : +33 (0)1 83 56 05 82
Du mardi au samedi de 12 h à 19 h

Visuels 
Couverture du catalogue
© Harold Feinstein, Coney Island Teenagers, 1949. Courtesy Galerie Thierry Bigaignon

© Harold Feinstein, 125th Street from Elevated Train, 1950. Courtesy Galerie Thierry Bigaignon.

© Harold Feinstein. Bidding Farewell, 1952. Courtesy Galerie Thierry Bigaignon.

© Harold Feinstein, Boy with Chalk Numbers, 1955. Courtesy Galerie Thierry Bigaignon.

© Harold Feinstein. Coke Sign on the Boardwalk,1949. Courtesy Galerie Thierry Bigaignon.

© Harold Feinstein, Two Men and a Boy Contemplate, 1950. Courtesy Galerie Thierry Bigaignon.

Affiche : Harold Feinstein, Black Hands and Back, 1974. Courtesy Galerie Thierry Bigaignon
Harold Feinstein, Man Smoking in Diner, 1974. Courtesy Galerie Thierry Bigaignon
Harold Feinstein, Take Your Own Photos, 1978. Courtesy Galerie Thierry Bigaignon
Harold Feinstein, Window Washer, 1974. Courtesy Galerie Thierry Bigaignon
Harold Feinstein, Dancers Arms, 1970. Courtesy Galerie Thierry Bigaignon
© Harold Feinstein, Lovers Recline, 1965

A lire sur ce blog :
Cet article a été publié le 2 avril 2017. Les citations proviennent notamment des communiqués de presse.

jeudi 23 août 2018

Helmar Lerski (1871-1956). Pionnier de la lumière


Le musée d’art et d’histoire du Judaïsme (mahJ) présente l’exposition « Helmar Lerski (1871-1956). Pionnier de la lumière  ». Né à Strasbourg de parents polonais, Helmar Lerski émigre en 1893 aux Etats-Unis où il devient acteur, puis photographe. En 1915, il va à Berlin où il s’affirme en talentueux chef opérateur et spécialiste des effets spéciaux de cinéma. Revenu à la photographie en 1927, il se rend en 1932 en Eretz Israël (Terre d'Israël), alors Palestine mandataire, et documente en photographies ainsi qu'en films la vie quotidienne, laborieuse, des Juifs pionniers. Des portraits photographiés comme des paysages aux contrastes Noir et blanc accentués. En 1978, Helmar Lerski se fixe à Zurich (Suisse).


For heaven’s sake, dear Mr. Meidner, you aren’t going to throw down your brush and palette and
become a photographer, are you? …Don’t take offense at the machine. Here too, it’s the spirit that
creates value… Photography is something great. It doesn’t do any good to step back and cry. Join
in, but hurry! Photography marches on!” - Helmar Lerski to the painter Ludwig Meidner, 1930

Pour ses vingt ans et le 70e anniversaire de la refondation de l’Etat d’Israël, le mahJ propose la première rétrospective  en France dédiée au photographe et cinéaste juif Helmar Lerski (1871-1956).

« Né en 1871 à Strasbourg (France) de parents juifs polonais, Israël Schmuklerski, dit « Helmar Lerski », émigre à 22 ans aux Etats-Unis, où il mène une carrière de comédien avant de se lancer dans la photographie. Il s’installe à Berlin en 1915, travaillant comme chef opérateur et spécialiste des effets spéciaux de cinéma, notamment pour Métropolis de Fritz Lang. Il revient en 1927 à la photographie, avec des portraits de célébrités et de gens ordinaires (Têtes de tous les jours), dans lesquels il exploite en virtuose sa maîtrise de la lumière. En 1929, il participe à Stuttgart à la grande exposition « Film und Foto », manifeste de la Nouvelle Vision (Neues Sehen). En 1932, il s’installe en Palestine, où il réalise des films – dont Awodah [Labeur], 1933 – et une œuvre photographique fortement marquée par l’esthétique expressionniste (Métamorphoses par la lumière). Sa série Arabes et juifs témoigne d’un intérêt puissant porté à la diversité humaine de la Palestine, véritable manifeste de tolérance et de respect de l’autre. Quelques mois avant la création de l’Etat d’Israël, Lerski s’installe à Zurich où il finit ses jours en 1956 ».

En 200 œuvres du Folkwang Museum d’Essen et du mahJ, cette exposition « dévoile une partie importante du fonds exceptionnel de 435 épreuves anciennes - tirages anciens et plaques de verre - acquises par le musée en 2015 grâce à une souscription publique ». Cet ensemble constitue l'un des plus importants fonds sur l'artiste. Cet achat a été réalisé grâce à la contribution de 330 donateurs et aux concours du Fonds du Patrimoine, du Fonds régional d'acquisition des musées d'Île-de-France, du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), de la Fondation Pro mahJ, de la fondation Fams (sous l'égide de la fondation du Judaïsme français) et de la Fondation Rothschild-Institut Alain de Rothschild.

On « y découvre un travail photographique d’une grande cohérence artistique, où la lumière occupe une place centrale. Principalement auteur de portraits, Lerski use de chambres exigeant des négatifs de grande taille (jusqu’à 24 x 30 cm), de miroirs et d’accessoires sophistiqués, pour explorer les reliefs des visages comme autant de paysages, modelant brillances et contrastes afin de faire surgir l’âme de ses sujets ».

L’exposition « éclaire également le parcours de Lerski, emblématique de celui de nombre d’intellectuels et d’artistes allemands et autrichiens qui émigrèrent en Palestine dans les années 1930. Ils y introduisirent des courants intellectuels et artistiques d’avant-garde, dont la psychanalyse et le Bauhaus sont parmi les exemples les plus remarquables. L’exposition fait aussi découvrir l’œuvre cinématographique de l’un des précurseurs du futur cinéma israélien, qui constitua la première école de cinéma en Palestine à l’instigation de Golda Meir, sous l’égide de la Histadrout (syndicat des travailleurs juifs). »

Les films sur le travail harassant des Juifs sionistes en Eretz Israël sont très émouvants. Ces images de pionniers juifs travaillant une terre aride sont remarquables.

L’exposition a pour commissaire général Paul Salmona, directeur du mahJ, et commissaire Nicolas Feuillie, responsable des collections photographiques du mahJ. Elle a pour partenaires le Folkwang Museum à Essen, Libération, Télérama et Connaissance des Arts, et bénéficie du soutien de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, de la fondation Fams, sous l'égide de la Fondation du Judaïsme français, et de la Délégation interministérielle a la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les haines anti-LGBT  (DILCRAH).

Pour un musée juif, évoquer la « création » de l’Etat d’Israël au lieu de sa recréation, la « Palestine », au lieu de la Palestine mandataire, c’est pour le moins gênant.

Le mahJ se présente aussi "comme un acteur essentiel de la préservation du vivre-ensemble ». Quel « vivre ensemble » ? Est-ce la mission d’un musée d’art et d’histoire du Judaïsme ?

La rétrospective « est accompagnée d’une série de manifestations : rencontre, table ronde, colloque, lecture musicale, projections, ciné-concert, parcours inter-musées, activités pour le jeune public... »

Le colloque avait pour titre « Le sionisme. Réflexions sur l’histoire d’une idée en action » (13-15 juin 2018) : « Le sionisme est devenu un objet d’études scientifiques. Cependant, en dehors du cercle des spécialistes, il reste peu et mal connu. Pour les profanes, il est surtout un champ d’affrontements idéologiques. Un débat que ce colloque entend dépassionner. » Placé sous la direction d’Elie Barnavi, historien, conseiller scientifique auprès du musée de l’Europe à Bruxelles, il réunissait Michel Abitbol, Université hébraïque de Jérusalem, Alexandre Adler, université Paris-Dauphine, Dov Alfon, Haaretz, Georges Bensoussan, Mémorial de la Shoah, Pierre Birnbaum, université Panthéon-Sorbonne, Denis Charbit, Université ouverte d’Israël, Alexandre Defay, École normale supérieure de Paris, Alain Greilsammer, université Bar-Ilan, Ran Halevi, CNRS-Centre de recherches politiques Raymond-Aron, Joël Kotek, conseiller au Parlement francophone bruxellois, Maurice Kriegel, EHESS, Francoise Saquer-Sabin, université Lille III, Dominique Schnapper, EHESS, Frédérique Schillo, Centre d’histoire de Sciences-Po, Antoine Sfeir, Les Cahiers de l’Orient, A. B. Yehoshua, écrivain, et Nicolas Weill, Le Monde. Pourquoi cette surreprésenation de la Gôche ou de JCall ?

Était prévue la lecture musicale de « Des voleurs dans la nuit (La Tour d’Ezra) » d’Arthur Koestler ; Traduit de l’anglais par Hélène Claireau (Les Belles Lettres, 2016). Un livre lu par Noam Morgensztern, de la Comédie française, accompagné au piano par Jeremy Hababou. « Des voleurs dans la nuit relate la construction du kibboutz la Tour d’Ezra à la fin des années 1930. Arthur Koestler (1905-1983) s’inspire de son expérience en Palestine en 1926, pour ce roman publie en 1946, qui suit de quelques années le célèbre Zéro et l’Infini, ou il dénonçait la terreur stalinienne. »

A eu lieu la conférence « Portraits d’intellectuels juifs allemands en Palestine, 1929-1939 », par Dominique Bourel, CNRS, auteur notamment de Martin Buber. Sentinelle de l’Humanité (Albin Michel, 2015). « Nombre d’intellectuels et d’artistes, dont Helmar Lerski, participèrent à la cinquième alya, entre 1929 et 1933. Psychanalystes, architectes, chercheurs en sciences humaines, médecins, juristes et ingénieurs venus d’Allemagne et d’Europe centrale apportèrent avec eux les idées progressistes et l’avant-garde artistique, imprimant une marque décisive sur le futur Etat. Deux générations âpres, leurs traces sont encore présentes en Israël. »

Le mahj a aussi prévu la projection de films dans le cadre de « Helmar Lerski, une approche photographique du 7e art ». « De l’Allemagne des années 1920 à la Palestine mandataire, Lerski participe à l’avant-garde expressionniste allemande et aux premiers pas du futur cinéma israélien. Il travaille avec Fritz Lang, Paul Leni ou Robert Reinert, avant de réaliser ses propres films en Palestine de 1932 à 1948. Paul Dessau, compositeur de nombreuses musiques de scène pour Bertolt Brecht, est l’auteur de la musique de deux de ses films. » Étaient projetés « Sur les nerfs » (Nerven) de Robert Reinert (Allemagne, 1919, 110 min, muet, noir et blanc, VOSTF) - « Une peinture de la société allemande en révolution dans l’immédiat après-guerre, en proie à une épidémie causée par les horreurs du conflit » - et « Le Cabinet des figures de cire » (Das Wachsfi gurenkabinett) de Paul Leni et Leo Birinsky (Allemagne, 1924, 90 min, muet, noir et blanc, VOSTF) : « Le directeur d’un cabinet de mannequins de cire engage un écrivain pour raconter la vie de ses personnages. Trois récits naîtront, ceux d’Haroun al-Rachid, d’Ivan le Terrible et de Jack l’Éventreur. » Deux séances présentées par Bernard Eisenschitz.

Les courts métrages de Helmar Lerski réalisés en Palestine mandataire, « et pour la plupart commandés par la Fédération générale des travailleurs de la Terre d’Israël (Histadrout), ont été projetés accompagnés au piano par Jeremy Hababou : « La Terre » (Adamah) de Helmar Lerski (Palestine, 1947, 46 min, noir et blanc, VOSTF) - séance présentée par Ariel Schweitzer, historien du cinéma et critique aux Cahiers du cinéma.  Dans le cadre d’un ciné-concert, a été montré « Labeur » (Awodah) de Helmar Lerski (Palestine, fiction documentaire, 1935, 50 min, muet, noir et blanc, produit par Paul Boroschek, avec l’aimable autorisation de la famille Brosh). « Création musicale et interprétation au piano par Yonathan Avishai Épopée historique, œuvre marquante du cinéma sioniste, le film décrit le quotidien d’un pionnier de la diaspora parti rejoindre une collectivité ouvrière dans la Palestine mandataire. » Des séances présentées par Ariel Schweitzer.

A noter : des visites guidées en parcours croisé des photographes August Sander, auquel le Mémorial de la Shoah rend hommage (8 mars-30 novembre 2018) et Helmar Lerski : deux photographes face à la société allemande de l’entre-deux-guerres.

Et une Masterclasse de photographie sur les Secrets de l’œuvre de Helmar Lerski par Eric Genevrier et Arno Gisinger, photographes.

Pour les enfants et les adolescents : des stages d’initiation à la pratique du portrait photographique en studio et en plein air, en s’inspirant des techniques novatrices de Helmar Lerski.

Portraits américains. Etats-Unis, 1910-1915
« Israël Schmuklerski nait à Strasbourg en 1871 ; ses parents sont originaires de Zgierz, près de Łódź en Pologne. Dès 1875, la famille s’installe en Suisse, près de Zurich. Le jeune Israël entre à l’âge de seize ans comme apprenti dans une banque. Deux ans plus tard, il entreprend un voyage en Afrique, qui le mène d’Algérie en Abyssinie ».

« En 1893, Israël Schmuklerski rejoint sa sœur Janette installée à Chicago. Il vit d’expédients et prend des cours de théâtre. Engagé en 1896 dans une troupe à New York, il adopte le nom de scène de Helmar Lerski. L’année suivante, il suit sa sœur à Milwaukee, où il travaille durant six ans au sein d'une scène allemande, le Pabst Theater. En 1905, il épouse l’actrice et photographe Emilie Bertha Rossbach à Zurich, avant de réintégrer le Pabst Theater de Milwaukee.

« En 1909, à la mort du directeur du théâtre, il interrompt sa carrière d’acteur et s’initie à la photographie avec sa femme. D’emblée, Lerski se plait à ne respecter aucune des règles esthétiques alors en usage. Il se consacre au portrait, photographiant ses collègues acteurs ou travaillant sur commande, et s’engage aussi dans des recherches personnelles, comme une série de photographies de Robert Mann, un ingénieur qu’il fait poser, vêtu de costumes historiques et prenant des poses expressives, sous des éclairages variés ».

Son « ascension est fulgurante. En 1910, il ouvre un studio avec sa femme. L'année suivante, il présente son travail à la convention des photographes de Saint-Paul (Missouri), dont la figure centrale est Rudolf Duhrkoop (1848-1918), célèbre portraitiste allemand, pionnier de la photographie progressiste. Deux ans plus tard, lors de la convention de 1913 à Kansas City, c’est Lerski qui occupe le devant de la scène. Des revues spécialisées (Photo-Era, Wilson’s Photographic Magazine ou American Annual of Photography) font connaitre son œuvre ».

Helmar Lerski « découvre le pouvoir démiurgique de l'éclairage, les « possibilités illimitées des effets de lumière ». Dans sa Tête de Jean-Baptiste, Lerski transforme « un visage resplendissant et plein de vie en un visage marque par la mort ». Lors de la saison 1914-1915, il enseigne à l’université du Texas à Austin ».

Cinéma muet. Berlin, 1916-1929
En 1915, Helmar Lerski retourne dans une Europe en proie à la Grande guerre.

Il « expose à la galerie Graphik-Verlag de Berlin et noue des contacts dans le milieu du cinéma. Il travaille durant un an avec William Wauer, qui vient de lancer sa maison de production W.-W. Film Co. Wauer l’emploie pour son sens de la lumière. On ne pourra juger du résultat, le fruit de cette collaboration, sept films en tout, étant perdu ».

« Dans un second temps, Lerski intègre la Deutsche Bioscop Film comme directeur de la photographie, et travaille avec le réalisateur Robert Reinert sur vingt-deux films, dont la trilogie Ahasver (1917). De ce récit fantastique évoquant la figure du Juif errant, qui répand sans le vouloir le malheur autour de lui, il ne reste que quelques photos promotionnelles que fut chargé de prendre Lerski. Très tourmentés également, les films Nerven et Opium, toujours de Reinert, sont produits au lendemain de la » Première Guerre mondiale.

« Dans ces drames, Lerski peut exprimer tout son talent de mise en lumière. Il travaille ensuite en indépendant pour différents studios, et participe à son plus grand film, Die Wachsfigurenskabinett [Le cabinet des figures de cire] de Paul Leni (1924). La dernière séquence du film, tout en lumière et transparence, avec un jeu de surimpressions, est remarquable ».

Lerski « adopte ensuite le procédé Schüfftan – du nom de son inventeur, Eugen Schüfftan – qui permet, grâce à un jeu de miroirs, d’assembler sur la pellicule une scène jouée par des acteurs devant un décor de maquettes ».

Il contribue « ainsi à la réalisation du chef-d’œuvre de Fritz Lang Metropolis, en intégrant ces trucages, sans pour autant être crédité au générique ».

Personnalités berlinoises et Têtes de tous les jours. Berlin, 1927-1931
« A la fin des années 1920, alors que ses engagements pour le cinéma se raréfient, Lerski revient à la photographie, en réalisant des portraits d’artistes et d’intellectuels : Leni Riefenstahl, avec laquelle il travaille sur le film La montagne sacrée d’Arnold Fanck, ou Eleonora von Mendelssohn. Mais il jugera bientôt que ces personnalités, trop soucieuses de maîtriser leur image, l’empêchent de s’exprimer pleinement ».

Lerski « se consacre alors au portrait d’anonymes, à travers Kopfe des Alltags (littéralement, Les têtes de la vie quotidienne). L’ensemble de ces portraits, qui sera publié en 1931, constitue une « série », une forme alors nouvelle en photographie, ou le sujet n’est pas représenté par une image, mais plusieurs ; ainsi, un même individu peut figurer sur plusieurs portraits, avec des poses et des éclairages différents. Ces gens modestes, recrutés dans la rue ou envoyés par le bureau de placement, Lerski les fait poser longuement, les épuise afin de faire tomber leur masque, et remodèle leur visage avec des éclairages étudiés. Cadrés en plan serré, les clichés ou l’on ne distingue le plus souvent aucun élément de costume ou de décor, dessinent les traits en ombres et lumière de personnages que la légende seule ramène à une situation sociale ou un métier : femme de ménage, ouvrier métallurgiste, couturière, mendiant… Les visages partiellement coupés recomposent et dynamisent les images, en mettant en valeur une joue, un nez, quelques rides ou un regardé.

Lerski "n’est pas loin de l’esthétique de la Nouvelle vision (Neues Sehen) promue par Lazlo Moholy-Nagy, où l’appareil photo mobile tire parti d’angles de vision inusités, offre des raccourcis saisissants et une recomposition du réel ».

Il « n’est pas loin non plus de l’esthétique de la Nouvelle objectivité (Neue Sachlichkeit), ou monde naturel et univers industriel se trouvent magnifiés par des gros plans saisissants et une composition parfaite ».

« Ancré dans l’avant-garde de son temps, Lerski participe à trois expositions qui feront date : « Fotografie der Gegenwart » (Essen, 1929), « Film und Foto » (Stuttgart, 1929) et « Das Lichtbild » (Munich, 1931) ».

Arabes et juifs. Palestine, 1931-1935
A l’aube « des années 1930, Lerski propose à Charles Peignot, éditeur parisien de la revue Arts et Métiers graphiques, de publier un ouvrage qui doit s’intituler Judische Kopfe [Visages juifs].

La « société allemande est alors parcourue par le mouvement volkisch, qui prône, sur des fondements racistes et antisémites, l’idée d’une supériorité de la race germanique. Des photographes comme Erich Retzlaff (Deutschen Menschen – Le peuple allemand, 1931) ou Erna Lendvai-Dircksen (Das deutsche Volksgesicht – Le visage du peuple allemand, 1932) dessinent ainsi le portrait d’une germanite mythique ».

« Visant à montrer une physionomie juive « originelle » et authentique, la publication imaginée par Lerski peut être perçue comme une réponse à ce courant ».

Le « projet démarre à Berlin, avec quelques portraits pris dans une maison de retraite, et évolue lorsque Lerski, inquiet de la montée de l’antisémitisme en Allemagne, s’installe en Palestine en 1932. Les pionniers, nouveaux paysans des kibboutzim, offrent de nouveaux visages, et aux visages juifs viennent s’ajouter ceux des Bédouins et des Arabes. Lerski donne à la série le titre d’Arabes et juifs et y travaille jusque vers 1935, alors que le projet d’édition avorte, pour des raisons apparemment financières ».

La « démarche de Lerski n’est pas de nature anthropologique, mais essentiellement artistique. Comme l’étaient les « Têtes de tous les jours », les visages de ces résidents palestiniens sont souvent extraits de tout contexte, tandis que l’attention se porte sur le relief du visage. Si les modèles sont d’origines diverses (Maroc, Pologne, Irak…), on décèle une forte présence des juifs orientaux, tout particulièrement des juifs yéménites. Lerski s’inscrit ainsi dans la continuité des artistes de la génération précédente, les fondateurs de l’école Bezalel, tels Ephraïm Moses Lilien (1874-1925) ou Zeev Raban (1890-1970), pour qui les juifs yéménites semblaient incarner l’essence d’une judéité orientale originelle, celle du nouvel établissement sioniste. »

Métamorphoses par la lumière. Tel Aviv, 1936
« En 1936, en quelques mois, Lerski réalise la série qu’il considérera comme l’œuvre de sa vie. Métamorphoses par la lumière représente effectivement une forme radicale en germe dans les travaux antérieurs ».

La série est constituée de « 137 portraits d’un même homme, pris sous des lumières différentes, des angles différents, et suggérant des expressions très variées ».

« Pour ce projet, Lerski embauche un jeune architecte suisse, choisi pour son absence totale de talent d’acteur. Travaillant en plein soleil sur le toit de son atelier à Tel-Aviv, modelant la lumière à l’aide de miroirs et de réflecteurs sur un visage accablé par la chaleur, il suggère des transformations radicales, et fait ressortir des figures les plus diverses ».

« J’écrivais "avec la lumière" et du modèle sortirent toutes les formes de ma fantaisie, tour à tour Napoléon, un mendiant, un moine du Moyen Age, un croisé, un technicien moderne, un fanatique religieux, la statue gothique, le masque mortuaire ».

« Si la série exprime tout le pouvoir de transformation de la photographie, par le biais de la lumière, elle contredit l’idée exprimée par Lerski lui-même, selon laquelle le portrait photographique rendrait visible la nature profonde du sujet. En réalité, c’est d’abord le pouvoir démiurgique du photographe et sa créativité, qui s’expriment dans cette série ».

La lumière, comme l’ombre, façonne, sculpte le visage. En souligne les rides, la transpiration.

L’œuvre sioniste. Palestine, 1939-1948
Pionniers (haloutsim), 1939-1948
En 1933, Lerski « renoue avec le cinéma, désormais en tant que réalisateur ».

« Produit par le Keren Hayessod (Fonds national de construction en terre d’Israël), son premier film, Awodah [Labeur], évoque le travail des pionniers juifs en Palestine, en particulier la quête de l’eau, avec le creusement d’un puits. Comme dans les photographies, le film privilégie les cadrages serrés, sur les visages ou les machines ».

« Présenté dans différents festivals en Europe, et à Venise en même temps que Le triomphe de la volonté de Leni Riefenstahl, le film convainc la critique cinématographique, mais reste trop « artistique » pour les commanditaires ».

Lerski « tourne également un court-métrage, Mangina Ivrit [Mélodie hébraïque], où l’on suit une excursion du violoniste Andreas Weissgerber dans la vallée de Josaphat à Jérusalem ».

En 1939, le « comité exécutif de la Histadrout, puissant syndicat des travailleurs juifs dirigé par Golda Meir et Aaron Remez, sollicite Lerski pour créer une division « film » au sein de l’organisation ».

Lerski « pilote des sessions de formation au 16 mm, qui aboutissent à de modestes documentaires de propagande ».

« L’atelier ferme en 1941, en raison des difficultés dues à la guerre. Quatre courts métrages sont réalisés : Yaldei Hashemesh [Enfants du soleil], Amal [Peine], Kupat Holim (l’organisation médicale de la Histadrout) et Labour Palestine ».

« C’est à cette époque que Lerski photographie, probablement sur commande, de jeunes pionniers dans différents kibboutzim et kvutzot (petites structures rurales collectives) de Palestine. Il réalise dans ces collectivités des portraits de travailleurs en pleine action, qu’ils s’occupent d’horticulture, de soudure ou de terrassement. La lumière est toujours travaillée, tandis qu’avec l’usage de contre-plongée, la composition de ces portraits plein d’humanité évoque parfois les constructivistes russes ».

Soldats juifs, 1941-1943
« En 1943, le Keren Hayessod (Fonds national de construction en terre d'Israël) organise au musée d’art de Tel-Aviv une exposition intitulée « Combattre et travailler ». Zoltan Kluger (1933-1958), l’un des plus importants photographes de la Palestine mandataire y présente des vues aériennes, Lerski des portraits de soldates et soldats juifs dans l’armée britannique. Prés de 30 000 juifs de Palestine constituant la Brigade juive se sont engagés aux côtés des Anglais dès 1940, se battant lors de la campagne des Balkans et les campagnes du Moyen-Orient. Lerski fait le portrait d’une centaine d’hommes ou de femmes, de différents grades ».

Portraits et paysages de Palestine, 1939-1948
« Durant son séjour en Palestine, Lerski côtoie la communauté des écrivains et artistes allemands. Parmi eux, Else Lasker-Schuler, Max Brod, Arnold Zweig ou Wolfgang Hildescheimer. Ils se retrouvent dans des soirées littéraires, et s’expriment dans Orient, une revue en langue allemande fondée par Wolfgang Yourgrau (1942-1943) ».

Lerski « réalise des portraits de relations et d'amis, comme l’architecte Jaakov Ornstein et son épouse la danseuse Margalit ».

« Plusieurs photographes fuyant l’Europe s’installent en Palestine et deviendront des figures de la profession, tels Rudi Weissenstein ou Alfons Himmelreich ».

« Avec Walter Zadek, Lerski fonde et préside en 1939 The Palestinian Professional Photographers Association. C’est à cette époque sans doute qu’il donne des cours sur le toit de son immeuble à Tel-Aviv, qui lui sert d’atelier. »

« En 1946, Lerski tourne Adamah [La Terre], sa dernière contribution cinématographique en Palestine, produite par Hadassah, l'organisation sioniste féminine américaine. Le film évoque la difficile réadaptation à la vie au sein d’une colonie de jeunes orphelins d’un garçon sortant d’un camp de concentration. Le film est transféré à Hollywood et sort sous le titre Tomorrow is a Wonderful Day, dans un montage entièrement remanié, ce qui provoque la colère de Lerski. »

On peut regretter qu'aucune photographie de paysage ne soit libre de droit pour la presse.

Dernières séries. Palestine, 1935-1947
Mains humaines, 1935-1944
Initiée en 1929, la « série consacrée aux mains avait fait impression lors de l’exposition « Film und Foto ». Lerski s’y consacre plus systématiquement dans les années 1930 et 1940, en travaillant sur l’image de mains exerçant les activités les plus diverses. A la manière des visages, ces « portraits » de mains expriment un métier, une activité, et révèlent l’âme de leur possesseur. »

Paysages du visage, 1941
Alors que durant la Deuxième Guerre mondiale, le « matériel photographique se fait plus rare, Lerski réalise des agrandissements de visages, issus des séries Arabes et juifs et Métamorphoses par la lumière. Montrant un œil, une tempe, les plis de la peau, ces images concentrent en quelques visions abstraites l’ambition de Lerski, avec un titre qui pourrait s’appliquer à la plupart de ses images, celui de « paysage du visage ».

Le théâtre de marionnettes de Paul Lowy, 1945-1947
« Vers 1945, Lerski travaille avec Paul Lowy, un marionnettiste d’origine tchèque, immigré en Palestine en 1939. Fondateur du Palestine Puppet Théâtre, il fut aussi architecte de décors de théâtre ».
« Lerski photographie ses marionnettes, comme s’il s’agissait de personnes, mais filme surtout une pièce biblique, L’histoire de Balaam et de son ânesse (Nombres, 22-24) réalisant un court-métrage d’une dizaine de minutes. Produit en 1946 par le Keren Hayessod, le film est inséré, en 1950, dans un long métrage de Joseph Krumgold, Mi Klalah L’Brahah [Au-dela du mal].

Helmar Lerski « quitte la Palestine en mars 1948, un mois avant » la recréation de l’Etat d’Israël.

« Dans les années 1950, il connait une certaine reconnaissance et plusieurs expositions lui sont consacrées. »

Il meurt à Zurich en 1956.

Helmar Lerski par lui-même

Extraits de « Lerski uber sich selbst » (Lerski à propos de lui-même)
In Anneliese Lerski, Der Mensch — Mein Bruder [L'Homme — Mon frère], Dresde, VEB
Verlag der Kunst, 1958

Initiation à la photographie
« En 1911, lorsque j’ai fait mes premiers essais photographiques, j’étais encore membre du Deutsches Theater de Chicago-Milwaukee [...]. Ma première épouse, issue d’une vieille famille de photographes, était engagée avec moi dans le même théâtre ; puis, en 1911, elle a ouvert à Milwaukee un studio de photographie. Je n’avais moi-même aucun lien avec la photo et n’aurais jamais eu l’idée de travailler dans ce domaine si mes collègues du théâtre ne m’avaient incité, un jour, pour s’amuser, à les prendre moi aussi en photo. Bien que je n’eusse jamais manié un appareil photo et que je n’eusse pas la moindre formation professionnelle, j’ai finalement accédé au désir des collègues et accompli ma nouvelle mission avec un certain succès, sans doute grâce à l’assistance discrète de ma femme. C’était une excellente photographe, qui a jugé bon de m’initier à la technique de l’époque. Elle m’a expliqué toutes les règles en détail, notamment le placement de l’objet à photographier par rapport à la lumière du nord. »

Découverte du pouvoir de la lumière
≪ [...] notre atelier [...] avait [...] deux fenêtres, une à l’est et une à l’ouest, qui étaient toutes deux hermétiquement fermées. J’ai carrément ouvert ces deux sources de lumière [...]. Et, en poursuivant ce jeu, en laissant couler sur l’objet toutes les sources de lumière de l’atelier, en opposition aux principes de la photographie, j’ai éprouvé la plus intense sensation de ma vie. Le cas de figure idéale de l’effet que peut avoir la lumière – provenant de différentes sources – sur un visage humain a du se produire à ce moment-là : ce qui est apparu, ce qui m’a frappé comme l’éclair, ce n’était pas l’éclairage, mais la translucidité, de sorte que j’avais l’impression de regarder le verre dépoli comme si je voyais à l’intérieur de la personne. Les différentes lumières baignaient sa tête, la rendaient plastique, lui donnaient une forme particulière, une singularité et des caractéristiques inhabituelles. Je découvrais la plasticité de la lumière, son pouvoir de création et de métamorphose. Il me semblait qu’avec ces lumières, que j’apprenais désormais à diriger, je pouvais pénétrer par la surface dans la peau de l’être humain, que je pouvais rendre l’invisible visible, éclairer les profondeurs et dévoiler les secrets. Des ces premiers essais, je suis devenu obsessionnel : j’ai essayé des lors, avec une immense passion, de reproduire cette constellation lumineuse. Les résistances extérieures n’avaient aucune prise sur mon obsession. »

Portraits
« A cet égard, j’ai renoncé par principe à obtenir des portraits beaux, plaisants et immédiatement ressemblants, préférant façonner chaque visage tel que je le voyais intérieurement. On comprend aisément, dès lors, que cela aboutissait souvent à une restructuration, en quelque sorte à une libre création. J’ai ainsi réussi une fois, par exemple, à transformer la tête d’un ami scientifique, au début sceptique vis-à-vis de mes aspirations, en la tête morte de saint Jean-Baptiste, c’est-à-dire un visage resplendissant et plein de vie en un visage marqué par la mort, auquel je conférais par mon seul éclairage toutes les caractéristiques de la vie qui l’avait quitté.
[...]
Le dernier reste de romantisme qui était encore visible çà et là dans mes photographies américaines a disparu, seule l’extrême véracité m’importait encore, la pénétration de l’essentiel. Les rides et les plis d’un visage mur, l’écriture inscrite par la vie, ne me dérangeaient pas, non, ils m’enthousiasmaient. Je ne voulais rien dissimuler, je voulais au contraire montrer ces gens comme ils étaient. Bien évidemment, pareille tendance ne m’a pas valu un accueil très favorable – à quelques exceptions prés – de la part des célébrités dont j’ai commencé par faire le portrait à Berlin. Et moi, je me suis aussi lassé d’avoir affaire à des gens qui essayaient de m’obliger à les voir tels qu’eux-mêmes voulaient se voir. Je me suis donc tourné vers les gens simples, les gens de la rue, de tous les jours. Je les plaçais dans la « juste lumière » et ces « humiliés et offensés » devenaient entre mes mains des personnes pleines de force et de dignité, de courage et d’intelligence. Le jeune révolutionnaire qui peinait à nourrir sa famille en travaillant à l’usine devenait dans mon portrait un grand acteur de la Révolution française, le balayeur humble et courbé avait droit au profil d’un noble de la Renaissance. Une maison d’édition berlinoise a rassemblé ces photos dans un livre intitulé Kopfe des Alltags (« Têtes de tous les jours), 1931. ≫

Métamorphoses par la lumière
« Le désir de trouver pour mon travail, ou je dédaignais la lumière artificielle, un autre soleil que le soleil d’Europe centrale, m’a amené à changer de pays, et j’ai choisi la Palestine pour ses possibilités lumineuses. J’ai donc travaillé à partir de 1931 dans le soleil palestinien, c’est là qu’ont vu le jour mes grandes séries de portraits d’Arabes, de photos de vieux Juifs, de portraits de jeunes soldats et ouvriers juifs, et c’est là aussi que j’ai réalisé mon œuvre « Métamorphoses par la lumière », qui se préparait en moi depuis des années et par laquelle je croyais avoir fourni la preuve que l’objectif n’a pas besoin d’être objectif, que le photographe peut créer librement, caractériser librement à l’aide de la lumière, selon sa vision intérieure. Le modèle de cette œuvre, qui est mon ouvrage principal – constitué de 175 clichés de la même personne –, était un jeune homme simple, même pas photogénique, qui n’était pas capable d’interpréter la moindre expression, qui ne faisait rien d’autre que rester trois mois à ma disposition, tous les jours, avec patience et bonté. Je l’ai placé dans un véritable feu croisé de lumières en captant le soleil à l’aide de miroirs et d’obturateurs, et j’ai créé avec lui, grâce à mes seules lumières, les différents types de mon imagination. »

Repères biographiques

« 1871 Naissance d’Israël Schmuklerski à Strasbourg, de parents originaires de Zgierz, prés de Łodź en Pologne.
1875 La famille Schmuklerski s'installe à Aussersihl, prés de Zurich.
Vers 1886 Israël entre comme apprenti dans une banque.
1888 Alors âgé de 17 ans, il voyage en Afrique du Nord (Alger, Tripoli, Abyssinie).
1893 A 22 ans, il rejoint sa sœur Janette à Chicago ; il vit de petits boulots et prend des cours de théâtre.
1896 Engagé par un théâtre de New York, le Hans Conried’s Living Place, il adopte le pseudonyme de Helmar Lerski.
1897 Il suit sa sœur à Milwaukee, où il est engagé dans un théâtre allemand traditionnel, le Pabst Theater, jusqu'en avril 1903.
1905 Il épouse l’actrice et photographe Emilie Bertha Rossbach ; le couple séjourne a Zurich et à Berlin ; en septembre, Lerski est de retour au Pabst Theater, pour les trois ans à venir.
1909 Apres la mort de Leon Wachsner, propriétaire du Pabst Theather, Lerski arrête le théâtre ; il se lance dans la photographie, métier exercé par sa femme.
1910 Le couple ouvre un studio photo à Milwaukee.
1911 A la convention de la Photographers’ Association of America à St-Paul (Minnesota), il rencontre Rudolf Duhrkoop (1848-1918), célèbre photographe allemand ; entre 1911 et 1914, de nombreux articles illustrent ou parlent de son travail.
1912 Expose à la convention de la Photographers’ Association of America a Philadelphie, son travail connait de nouveau un grand succès.
1913 Il participe au 9e salon de l’American Federation of Photographic Societies et à la 33e convention de la Photographers’ Association of America à Kansas City.
1914 Il enseigne la photographie à l’université du Texas, ) Austin, jusqu' en mai 1915.
1915 Il se rend à Berlin, où son travail est exposé une semaine au Graphik-Verlag en novembre ; il présente en 1916 une rétrospective à la société des photographes de Berlin.
1916 Engagé par William Wauer au sein de la W.-W. Film Gesellschaft de Berlin, il est chargé de « gérer tous les aspects liés à la technique photo de l’opération ».
1917 Lerski devient directeur technique à la Deutsch Bioscop GmbH ; il fait des photos promotionnelles de l’acteur Carl de Vogt ; dans le même temps, il est directeur photo pour Robert Reinert.
1918-1921 En 1918, Robert Reinert fonde Monumental-Filmwerke ; Lerski réalise avec lui 22 films, dont Opium (1919) et Nerven (1919) qui sont des succès populaires.
1921-1926 Cinéaste indépendant pour differentes sociétés de production.
1921 Mort de son épouse Emilie Bertha Rossbach.
1922 Il se marie avec Anneliese Margarete Wolfkamp (1886-1963).
1924 Il travaille sur Le Cabinet des figures de cire [Das Wachsfigurenkabinett] de Paul Leni, première contribution importante au cinéma de Lerski.
1927-1928 Il est responsable de la photographie dans la compagnie Deutsche Spiegel Technik GmbH où il met en œuvre le procédé Schüfftan, qui permet grâce à des miroirs d’intégrer des décors miniatures dans les prises de vue ; il travaille notamment sur Metropolis de Fritz Lang.
1929-1931 Ses portraits sont publiés dans de nombreuses revues allemandes ; en 1929, il participe à l'exposition « Film und Foto » (Fifo), qui consacre la Nouvelle Vision en photographie, avec des images de la série des Kopfe des Alltags [Têtes de tous les jours] ; cette série est exposée intégralement à la Kunstbibliothek en 1930.
1931 Kopfe des Alltags est publié par Hermann Reckendorf ; Lerski entame le projet de publication de la série Visages juifs avec l'éditeur Peignot ; les premiers « visages juifs » sont réalisés à Berlin dans une maison de retraite.
1932 Après un séjour à Zurich en 1932, il s'installe en Palestine.
1933 Des Visages juifs sont exposés à la galerie Divan à Jérusalem ; Lerski réalise le film Avodah (Labeur), d'inspiration sioniste ; publication Les juifs. Témoignages de notre temps.
1933-1935 Il réalise Mélodie hébraïque, pour l'Association culturelle juive de Berlin.
1935 Première projection du film Avodah à Tel-Aviv ; le film reçoit un accueil très favorable en Europe ; entre fin octobre 1935 et février 1936, Lerski réalise les 137 portraits des Métamorphoses par la lumière.
1937-1939 Long séjour en France et en Angleterre ; il rencontre Hans Feld et Berthold Viertel à Londres, Philippe Halsman à Paris, qui réalise son portrait ; à Paris, il présente sa série des Métamorphoses à Siegfried Kracauer (sociologue et critique proche d’Adorno et de Benjamin) ; expose à Londres en 1938, avec 12 diapositives de la série des Métamorphoses.
1939-1941 De retour en Palestine, il crée un département cinéma au sein de la Histadrout ; jusqu'en 1941, il y organise des sessions de formation 16 mm, qui produisent de modestes documentaires de propagande ; réalisation de 4 cours métrages : Yaldei Hashemesh [Enfants du soleil], 1939-1940, Amal [Peine], 1940, Kupat Holim, 1940-1941 et Labour Palestine, 1941 ; Lerski est président de The Palestinian Professional Photographers Association, qu’il a fondée en 1939 avec Walter Zadek.
1941 Exposition rétrospective au musée Bezalel, « 30 Years of Photographic Work », à l’occasion du 70e anniversaire de l'artiste; la série des Paysages du visage est exposée au musée Bezalel à Jérusalem en 1942.
1940-1946 Lerski reçoit la communauté germanophone chez lui le samedi, dont un groupe antifasciste composé d’Arnold Zweig, Rudolf Hirsch, Louis Furnberg, Ernst Loewy.
1942 Sous contrat avec le Keren Hayesod (Fonds national de construction en terre d'Israël), Lerski photographie soldats et travailleurs pour l’exposition « Combattre et travailler », présentée en 1943 au musée d’art de Tel-Aviv.
1945 Exposition de la série Mains humaines au musée d’art de Tel Aviv.
1945-1947 Travaille avec le marionnettiste Paul Lowy, puis réalise un court métrage, L'histoire de Balaam avec des marionnettes, le film est constitué presque intégralement de plans rapprochés.
1947 Réalise son dernier film Adamah [Terre], produit par Hadassah, organisation sioniste féminine américaine ; le film est transféré à Hollywood sous le titre de Tomorrow is a Wonderful Day, dans un montage entièrement remanié ; en le découvrant lors de la première au festival de Locarno, Lerski est furieux.
1948 Lerski retourne vivre en Suisse, au moment de la création de l'Etat d'Israël ; il ne fait plus de photo, mais élabore encore des projets de films ; des expositions de son œuvre sont présentées en Europe ; Arnold Zweig, soutenu par Bertholt Brecht, demande l’admission de Lerski à l’Académie des arts de la RDA ; la demande est rejetée.
1948-1955 Plusieurs d'expositions collectives en Suisse au Luxembourg et en Allemagne.
1956 Décède à Zurich.
1958 Publication par sa femme Anneliese de Der Mensch — Mein Bruder.
1982 Première grande exposition rétrospective organisée par le musée Folkwang d’Essen.
2003 « Métamorphoses par la lumière », Strasbourg, Musée d'art moderne et contemporain »
2004 La Howard Greenberg Gallery présente l'exposition Helmar Lerski - Metamorphosis.

Le mahJ célèbre son vingtième anniversaire en 2018

« Pour l’occasion, Le musée présente tout au long de l’année un riche programme scientifique et culturel ».
« En 1998, le mahJ ouvrait ses portes dans le cadre prestigieux de l’hôtel de Saint-Aignan, au cœur du Marais a Paris, et dotait la France d’un musée unique au monde par sa vocation : retracer l’histoire des communautés juives de France, d’Europe et de Méditerranée à travers la diversité de leurs formes d’expression artistique, de leur patrimoine et de leurs traditions, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours.
Vingt ans âpres sa création, le mahJ conserve une collection de 12 000 œuvres et s’impose, à travers sa programmation culturelle, comme l’un des musées les plus vivants de Paris, ainsi que comme un acteur essentiel de la préservation du vivre-ensemble ». Quel « vivre ensemble » ? Est-ce la mission d’un musée d’art et d’histoire du Judaïsme ?
« En proposant au plus large public de découvrir l’ancrage très ancien des juifs dans la nation, et l’universalité de leurs productions artistiques et culturelles, le mahJ illustre 2000 ans de culture en partage », explique Paul Salmona, directeur du mahJ.
En 20 ans, le mahJ a présenté une centaine d’expositions, ainsi que des installations d’art contemporain. Le musée s’inscrit dans les manifestations telles que le mois de la Photo, la Nuit blanche, la Nuit des musées et les Journées nationales de l’Archéologie.
Un auditorium de 200 places propose de nombreux rendez-vous pour mieux appréhender les dimensions multiples des cultures du judaïsme à travers la musique, la littérature, le théâtre ou le cinéma. De nombreuses activités pédagogiques sont organisées : visites guidées et conférences, ateliers pour enfants, familles et groupes scolaires… 20 000 ouvrages et plus de 3 000 documents audiovisuels sont consultables en libre accès à la médiathèque. Outre les éditions du musée, la librairie offre un large éventail d’ouvrages d’art, d’histoire et de littérature, ainsi qu’un choix destiné aux plus jeunes (prés de 5 000 titres en tout), et une sélection d’objets et d’images.
Le mahJ est géré par une association à but non lucratif. Il est subventionné à parité par le ministère de la Culture et de la Communication et par la ville de Paris. C'est un « musée de France ». A travers sa fondation, Pro-mahJ, il a la capacité de recevoir des dons et legs en exonération des droits de mutation.
Dominique Schnapper est la présidente du mahJ, et Paul Salmona son directeur ».


Du 11 avril au 26 août 2018
Hotel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Tél. : 01 53 01 86 65
Mardi, jeudi, vendredi de 11 h à 18 h. Mercredi de 11 h à 21 h. Samedi et dimanche de 10 h à 19 h

Visuels :
Affiche
Pionnier, Guivat-Haïm
vers 1940
© mahJ © Succession Helmar Lerski, Museum Folkwang

Autoportrait avant 1911
© Succession Helmar Lerski, Museum Folkwang

Enfant
Palestine, 1931-1935
© mahJ © Succession Helmar Lerski, Museum Folkwang

Arabe à Jérusalem
Palestine, 1931-1935
© mahJ © Succession Helmar Lerski, Museum Folkwang

Actrice
vers 1911
© Succession Helmar Lerski, Museum Folkwang

Bédouin
Palestine, 1931-1935
© mahJ © Succession Helmar Lerski, Museum Folkwang

Juive yéménite
Palestine
© Succession Helmar Lerski, Museum Folkwang

Soldat juif
Palestine, 1941-1943
© mahJ © Succession Helmar Lerski, Museum Folkwang

Mains
Palestine, vers 1935-1945
© mahJ © Succession Helmar Lerski, Museum Folkwang

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Les citations proviennent du dossier de presse du mahJ.