Citations

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« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 31 décembre 2020

« Les gardiens du tombeau de Jésus »

La 
basilique du Sacré-Cœur de Montmartre présente, sur ses grilles, « Les gardiens du tombeau de Jésus », exposition de Thomas Coex, photojournaliste de l’AFP (Agence France Presse), sur le « quotidien des Franciscains de Jérusalem » (Israël).

Dieu(x), Modes d’emploi 
Poussin et Dieu
« La Bible » par John Huston
Chagall et la Bible 
Interview de Laurence Sigal, directrice du MAHJ, sur l'exposition « Chagall et la Bible »
« Les religions » par Sylvie Deraime 
« En plusieurs foi(s). Christianisme » par Cécile Déroudille
Lieux saints partagés. Coexistences en Europe et en Méditerranée  
« -33 - Crucifixion de Jésus » par Denis van Waerebeke 
« Églises. La quête de la lumière » par Bruno Victor-Pujebet 
Cathédrales et leurs vitraux en France 
Chagall, Soulages, Benzaken… Le vitrail contemporain
Enluminures du Moyen Âge et de la Renaissance. La peinture mise en page
Rembrandt et la figure du Christ
Le Vatican 
Approfondir le dialogue judéo-catholique en France 
Le métis de Dieu » par Ilan Duran Cohen
Jésus et l’islam » de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur 
« Luther, la Réforme et le Pape », par Thomas Furch 

« Pour la première fois, la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre accueille une exposition photo sur ses grilles, avec « Les gardiens du tombeau de Jésus », une exposition de l’AFP sur le quotidien des Franciscains de Jérusalem.

« Les frères franciscains ont accepté d’ouvrir leurs portes pour la première fois à un photojournaliste. Thomas Coex, photographe pour l’AFP alors en poste à Jérusalem, les a accompagnés durant leurs temps de prière, de travail social et de détente ». 

« L’exposition rassemble 29 tirages et nous invite à découvrir des scènes inédites du quotidien de ces religieux catholiques, fidèles gardiens depuis 800 ans du tombeau de Jésus ».

« Au cœur des processions dans les recoins du Saint-Sépulcre, dans le réfectoire du couvent, pendant les matchs de basket-ball avec les élèves de leurs écoles ou à l’infirmerie où sont soignés les frères les plus âgés, ces images révèlent un monde où le quotidien et le sacré vivent harmonieusement ensemble ». Des instants de piété aux moments de détente.

A Paris, « l’exposition se déroule avec le soutien de Canon. Présent sur l’ensemble de la chaîne de l’image, de la capture d’image – photographie ou vidéo – à l’impression, Canon accompagne cet événement exceptionnel en étant présent à la fois lors de la prise de vue de cette histoire unique et lors de sa restitution dans un cadre d’exception ».

En raison du coronavirus, du deuxième confinement, les touristes n'affluent plus massivement à Paris. Donc, cette exposition, prolongée jusqu'au 4 janvier 2021, a eu un succès moindre qu'espéré.

Lors du vernissage presse étaient remis aux journalistes le numéro 667 du magazine Terre Sainte et le Rapport d'activité 2019 de l'AFP intitulé "D'abord les faits". 

Thomas Coex
« Reporter photographe français basé à Paris, Thomas Coex collabore avec l’AFP tout d’abord comme pigiste dès 1987 à Lille ». 

« Il est engagé par l’AFP en 1996 au siège, à Paris ». 

« De 2001 à 2003, il rejoint le bureau de Jérusalem comme Responsable photo, en charge d’Israël et des Territoires palestiniens ».  Ah ! Cette terminologie biaisée de l'AFP ! Il s'agit de "territoires disputés" ou de "territoires contestés".

« Il revient ensuite à Paris comme reporter et comme rédacteur en chef France jusqu’en 2014. Une parenthèse entre 2008 à 2009 où il sera photographe au bureau de Caracas ».

« De 2014 à 2019, il retrouve le bureau de Jérusalem comme chef du service photo ». 

« Il reçoit en 2001 le 3e Prix du World Press Photo dans la catégorie News story pour des images prises à Gaza lors de la seconde intifada et le 2e Prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre pour le même sujet. » Sur le site Internet du concours, l'une des photographies est ainsi légendée : "Des jeunes Palestiniens se réfugient derrière des tôles ondulées lors des affrontements avec des troupes israéliennes. L'affrontement a eu lieu dans la zone qui sépare la ville palestinienne de Khan Yunes de l'implantation juive de Gush Katif. Le conflit entre les manifestants palestiniens et les forces israéliennes a fait jusqu'à présent plus de 140 morts et 4 000 blessés. Tous ces morts, sauf huit, étaient des Palestiniens." 

Le 28 septembre 2020, sur son compte Facebook, Thomas Coex a republié certaines de ces images stéréotypées : un David "palestinien" non armé contre un Goliath israélien inhumanisé par son véhicule militaire blindé. Un peu comme dans le film Duel. Il les a introduites ainsi : "Israeli soldiers shoot at stone-throwing Palestinian teenagers in Khan Yunes in the Gaza Strip during clashes 24 October 2000" ("Des soldats israéliens tirent sur des adolescents palestiniens  qui lancent des pierres dans la bande de Gaza durant les affrontements le 24 octobre 2000".

Les comptes Twitter et Facebook de Thomas Coex ? Ils révèlent ses partis pris. Ainsi, le 2 septembre 2020, alors que s'ouvre à Paris le procès des attentats terroristes islamistes de janvier 2015, Thomas Coex assène "JE SUIS CHARLIE ET ENCORE PLUS DANS LE CONTEXTE MONDIAL". Il n'est donc pas aussi "HYPERCASHER" !? A L'approche de la signature des "accords d'Abraham" historiques qui bouleversent le Moyen-Orient en instaurant des alliances pacifiques fondées sur des intérêts communs, Thomas Coex poste l'éditorial du Monde "Un accord et un abandon". Eh non, le "conflit israélo-palestinien" n'obsède pas tous les Arabes. 

Ce photographe invite à un crowdfunding pour permettre l'achèvement de "Condamnées à Gaza", documentaire vidéo par Beatriz Lecumberri et Ana Alba "sur les femmes palestiniennes soufrant de cancer et enfermées à Gaza sans réel traitement." Et la faute à qui ? "En raison du blocus imposé par Israël à la bande de Gaza depuis 2007, elles ne peuvent recevoir aucun traitement adéquat à l'endroit où elles vivent. elles n'obtiennent pas non plus l'autorisation de sortie israélienne leur permettant de se rendre dans un centre médical palestinien en Cisjordanie ou à Jérusalem-Est pour effectuer les tests nécessaires ou se soumettre à une séance de radiothérapie, un traitement opposé par Israël dans la bande de Gaza". Quid du blocus égyptien ? Quid des malades gazaouis autorisés, quelle que soit leur pathologie, à être soignée gracieusement dans les meilleurs hôpitaux israéliens ? Quid du mouvement terroriste islamiste Hamas qui contrôle la bande de Gaza ? Une vision misérabiliste conjuguée à un blood libel.

Le reste est à l'avenant.

"Terre Sainte"
Créée en 1921, "Terre Sainte" est la revue bimestrielle, en français, de la Custodie franciscaine de Terre Sainte. 

Le sommaire du numéro 667 (mai-juin 2020) du magazine Terre Sainte ? L'éditorial "Jérusalem, maison de prière pour tous les peuples" signé par Marie-A. Beaulieu, rédactrice en chef, une rencontre avec "Shadia Qubti : « L’Église de Palestine doit faire d’avantage  pour les femmes » par Claire Riobé, "L’élection du peuple juif entre particularisme et universalisme" par Gabriel Abensour, "Entre Israël et Palestine, le combat des Bédouins par Claire Riobé, "La lutte des Bédouines pour l’avenir" par Aline Jaccottet, "Le Covid-19 en Terre Sainte : Quand Jérusalem se fait prière". Quézaco la "Palestine" ?

Shadia Qubti ? Une "chrétienne palestinienne, de nationalité palestinienne" qui "travaille pour l'Eglise de Palestine". Quant aux articles sur les Bédouins, ils sont à charge contre Israël accusé de les discriminer, de les exproprier...

Aucun article sur les persécutions de chrétiens dans les territoires contrôlés par le Fatah ou le Hamas, les aspects positifs de la gouvernance israélienne, etc. etc. etc.

Rapport 2019 de l'AFP
L'AFP relate ses problèmes induits par la désaffection du public pour les médias, les économies réalisées en réunissant ses équipes dans son siège place de la Bourse, effectue une remise en question pour n'avoir pas prévu le "Oui" des Britanniques au Brexit, se félicite de son "Fact-checking, seul réseau d'investigation numérique global", la formation des journalistes pour couvrir les "soulèvements populaires", "des émeutes et violences urbaines" - une formation "fondamentale", notamment pour les "gilets jaunes" -, les expositions sur les "migrants"...

Curieusement, l'AFP ne s'interroge pas sur sa terminologie partiale : "territoires occupés", "territoires palestiniens", etc.

Parmi les Prix glanés par des photographes et journalistes reporters d'images de l'AFP : l'Istanbul Photo Award, concours sponsorisé par Turkish Airlines (THY) et l'Agence Turque de Coopération et de Coordination (TIKA). Doté de 8 000 dollars, le 1er Prix dans la catégorie "News Story" y a été remis à Ahmad Gharabli pour l’image intitulée "Le Conflit Israël-États-Unis-Palestine" prise par le photojournaliste de l'AFP le 16 décembre 2017 à Jérusalem, Ahmad Gharabli, a été élue photo de l'année par le jury du concours "Istanbul Photo Awards", organisé par l'Agence Anadolu. D'accord, de nouveau c'est un civil face à un policier ou soldat, le titre est pompeux et inadéquat, le téléphone portable est brandi par la dame comme une arme. Mais cela change des photos-clichés des jets d'engins incendiaires. Et surtout cette mise en abyme correspond tellement à une hypermédiatisation du conflit qui occulte souvent la nature du conflit, et qu'une photographie seule ne vaut pas toujours mille mots.

Les autres posts et clichés d'Ahmad Gharabli véhiculent les clichés "palestiniens".


Du 10 septembre au 13 décembre 2020, prolongée au 4 janvier 2021
35, rue du Chevalier de la Barre. 75018 Paris

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Les citations proviennent du communiqué de presse.

Le mythe « al-Andalus »


Le "mythe al-Andalus" allègue la coexistence pacifique interreligieuse - juifs, chrétiens, musulmans - sous domination islamique dont l'Andalousie, conquise par des envahisseurs musulmans, serait l'exemple idéal, admirable. De nombreux manuels scolaires et documentaires, dont « Al-Andalus, une civilisation légendaire » (Die goldene Zeit in Andalusien) de Michael Schwarz, véhiculent ce mythe, qui perdure, occulte la dhimmitude, et demeure source de problèmes graves à ce jour. Le 30 décembre 1066 (3 Tevet 4827), des musulmans assaillent le palais royal de Grenade, alors en al-Andalus (sud de l'Espagne sous domination islamique), et y crucifient Joseph ibn Nagrela, le vizir du roi Berbère et chef des Juifs de la ville. Ils massacrent la plupart des Juifs de Grenade, soit « 1 500 familles juives, représentant environ 4 000 personnes qui disparaissent en un jour » selon la Jewish Encyclopedia. 

L'Histoire est écrite par les vainqueurs. Et parfois instillée par les vaincus. 

Al-Andalus
, Al-Ándalus (en espagnol), al-Ândalus (en portugais) désigne les territoires de la péninsule Ibérique et du sud de la Franc ayant été au Moyen-âge - de 711 (premier djihad victorieux) et 1492 (chute de Grenade et fin de la Reconquista par les rois catholiques espagnols) sous domination islamique. L'Andalousie contemporaine n'en est qu'une infime partie.

Et c'est cet al-Andalus à son apogée, couvrant la péninsule hispanique et une partie méridionale de la France, qu'a revendiqué l'Etat islamique (ISIS ou ISIL) dans sa carte des conquêtes qu'il visait en 2014.

Le "mythe al-Andalus" véhicule l'idée de la coexistence pacifique interconfessionnelle - juifs, chrétiens, musulmans - sous la domination islamique, dont l'Andalousie conquise par des envahisseurs musulmans, Arabes ou Berbères, et dénommée al-Andalus serait l'exemple parfait, et jamais égalé. 

Il est instrumentalisé pour vanter la tolérance musulmane au Moyen-âge et alléguer, à tort et sans le prouver, que la condition juive aurait été meilleure en "dar al-islam" (domaine régi par l'islam, Nda) que dans l'Occident médiéval chrétien, et que les Arabes auraient préservé et approfondi le savoir antique grec, traduit en arabe, et l'auraient transmis à cet Occident obscurantiste ; ce qui aurait favorisé l'éclosion de la Renaissance et induirait une dette de l'Occident envers le monde islamique.

Malgré tous les ouvrages d'historiens réputés, généralement étrangers, démythifiant al-Andalus, nombre de manuels scolaires français d’histoire "politiquement corrects" présentent ce mythe al-Andalus comme fait avéré.

Ce mythe est véhiculé contre l'Etat d'Israël : occultant les pogroms notamment sous l'Empire ottoman, certains allèguent, à tort, que la refondation de l'Etat juif aurait brisé une coexistence interconfessionnelle millénaire harmonieuse.

Il perdure dans l'enseignement, dans les discours politiques et communautaires, et est partie intégrante du "politiquement correct".

Des faits historiques, dont le pogrom à Grenade en 1066, sont ainsi occultés. Le 30 décembre 1066 (3 Tevet 4827), des musulmans assaillent le palais royal de Grenade, alors en 
al-Andalus (sud de l'Espagne sous domination islamique), et y crucifient Joseph ibn Nagrela, le vizir du roi Berbère et chef des Juifs de la ville. Ils massacrent la plupart des Juifs de Grenade, soit « 1 500 familles juives, représentant environ 4 000 personnes qui disparaissent en un jour » selon la Jewish Encyclopedia. "Ce nombre est supérieur au nombre des Juifs qui ont été tués, pendant la première Croisade, dans l'ensemble des villes et villages de Rhénanie. C'est pourtant cette dernière tragédie que l'on ne cesse de nous rappeler, en oubliant que trente ans auparavant, dans la seule ville de Grenade. il n'y eut pas moins de victimes" (David Littman). Les éditions Provinciales ont republié Le Dhimmi, de Bat Ye'or.

« Aristote au Mont Saint-Michel »
Dans « Aristote au Mont Saint-Michel. Les racines grecques de l'Europe chrétienne » (2008), Sylvain Gouguenheim, professeur d'histoire médiévale à l'Ecole normale supérieure de Lyon, a démontré que "l'hellénisation de l'Europe chrétienne fut avant tout le fruit de la volonté des Européens eux-mêmes... Le Mont-Saint-Michel, notamment, constitue le centre d'un actif travail de traduction des textes d'Aristote en particulier, dès le XIIe siècle. On découvre dans le même temps que, de l'autre côté de la Méditerranée, l'hellénisation du monde islamique, plus limitée que ce que l'on croit, fut surtout le fait des Arabes chrétiens. Même le domaine de la philosophie islamique (Avicenne, Averroès) resta en partie étranger à l'esprit grec".

"Même devenus ténus et rares, les liens avec Byzance ne furent jamais rompus : des manuscrits grecs circulaient, avec des hommes en mesure de les lire. Durant les prétendus "âges sombres", ces connaisseurs du grec n'ont jamais fait défaut, répartis dans quelques foyers qu'on a tort d'ignorer, notamment en Sicile et à Rome. On ne souligne pas que de 685 à 752 règne une succession de papes... d'origine grecque et syriaque ! On ignore, ou on oublie qu'en 758-763, Pépin le Bref se fait envoyer par le pape Paul Ier des textes grecs, notamment la Rhétorique d'Aristote", a rappelé Roger-Pol Droit (Le Monde, 3 avril 2008).

Et Roger-Pol Droit de souligner : "Cet intérêt médiéval pour les sources grecques trouvait sa source dans la culture chrétienne elle-même. Les Evangiles furent rédigés en grec, comme les épîtres de Paul. Nombre de Pères de l'Eglise, formés à la philosophie, citent Platon et bien d'autres auteurs païens, dont ils ont sauvé des pans entiers. L'Europe est donc demeurée constamment consciente de sa filiation à l'égard de la Grèce antique, et se montra continûment désireuse d'en retrouver les textes. Ce qui explique, des Carolingiens jusqu'au XIIIe siècle, la succession des "renaissances" liées à des découvertes partielles.

Et Roger-Pol Droit de poursuivre : La culture grecque antique fut-elle pleinement accueillie par l'islam ? Sylvain Gouguenheim souligne les fortes limites que la réalité historique impose à cette conviction devenue courante. Car ce ne furent pas les musulmans qui firent l'essentiel du travail de traduction des textes grecs en arabe. On l'oublie superbement : même ces grands admirateurs des Grecs que furent Al-Fârâbî, Avicenne et Averroès ne lisaient pas un mot des textes originaux, mais seulement les traductions en arabe faites par les Araméens... chrétiens !

Et Roger-Pol Droit d'observer : Parmi ces chrétiens dits syriaques, qui maîtrisaient le grec et l'arabe, Hunayn ibn Ishaq (809-873), surnommé "prince des traducteurs", forgea l'essentiel du vocabulaire médical et scientifique arabe en transposant plus de deux cents ouvrages - notamment Galien, Hippocrate, Platon. Arabophone, il n'était en rien musulman, comme d'ailleurs pratiquement tous les premiers traducteurs du grec en arabe. Parce que nous confondons trop souvent "Arabe" et "musulman", une vision déformée de l'histoire nous fait gommer le rôle décisif des Arabes chrétiens dans le passage des oeuvres de l'Antiquité grecque d'abord en syriaque, puis dans la langue du Coran.

Et Roger-Pol Droit de relever : "Une fois effectué ce transfert - difficile, car grec et arabe sont des langues aux génies très dissemblables -, on aurait tort de croire que l'accueil fait aux Grecs fut unanime, enthousiaste, capable de bouleverser culture et société islamiques. Sylvain Gouguenheim montre combien la réception de la pensée grecque fut au contraire sélective, limitée, sans impact majeur, en fin de compte, sur les réalités de l'islam, qui sont demeurées indissociablement religieuses, juridiques et politiques. Même en disposant des oeuvres philosophiques des Grecs, même en forgeant le terme de "falsafa" pour désigner une forme d'esprit philosophique apparenté, l'islam ne s'est pas véritablement hellénisé. La raison n'y fut jamais explicitement placée au-dessus de la révélation, ni la politique dissociée de la révélation, ni l'investigation scientifique radicalement indépendante.

Et Roger-Pol Droit de remarquer : "Il conviendrait même, si l'on suit ce livre, de réviser plus encore nos jugements. Au lieu de croire le savoir philosophique européen tout entier dépendant des intermédiaires arabes, on devrait se rappeler le rôle capital des traducteurs du Mont-Saint-Michel. Ils ont fait passer presque tout Aristote directement du grec au latin, plusieurs décennies avant qu'à Tolède on ne traduise les mêmes oeuvres en partant de leur version arabe. Au lieu de rêver que le monde islamique du Moyen Age, ouvert et généreux, vint offrir à l'Europe languissante et sombre les moyens de son expansion, il faudrait encore se souvenir que l'Occident n'a pas reçu ces savoirs en cadeau. Il est allé les chercher, parce qu'ils complétaient les textes qu'il détenait déjà. Et lui seul en a fait l'usage scientifique et politique que l'on connaît."

Et Roger-Pol Droit de conclure : "Somme toute, contrairement à ce qu'on répète crescendo depuis les années 1960, la culture européenne, dans son histoire et son développement, ne devrait pas grand-chose à l'islam. En tout cas rien d'essentiel. Précis, argumenté, ce livre qui remet l'histoire à l'heure est aussi fort courageux."

« Al-Andalus, une civilisation légendaire » (Die goldene Zeit in Andalusien) est un documentaire partial de Michael Schwarz. 

"Le récit d’un mythe étudié par de nombreux historiens, celui de la coexistence pacifique interreligieuse sous domination islamique. Ce mythe, qui occulte la dhimmitude, est source de problèmes graves à ce jour.

« Pendant huit siècles, juifs, chrétiens et musulmans ont partagé une civilisation commune en Espagne médiévale. Al-Andalus, territoire ibérique ainsi désigné pendant sa domination musulmane du début du VIIIe à la fin du XVe siècle, est souvent considéré comme un paradis perdu, un lieu paisible du vivre ensemble entre les croyants des trois religions monothéistes ».

« Si une cohabitation fut possible, elle n’empêcha toutefois pas nombre de persécutions, de décapitations et de conversions forcées ».

« Cette société multiconfessionnelle reste toutefois unique dans l’histoire européenne et a donné naissance à une culture flamboyante dont les objets d’art, les œuvres littéraires, les monuments et les pièces musicales forcent aujourd’hui encore l’admiration ».

« Historiens et spécialistes de l’art islamique analysent ce riche héritage culturel et le mettent en perspective avec les étapes majeures de ces huit siècles d’histoire, en s’attachant à évoquer les plus grandes figures de cette foisonnante période ».

"Voyage en Al-Andalus, territoire ibérique sous domination musulmane du VIIIe au XVe siècle et point de rencontre des trois religions monothéistes".

Curieusement, le film reprend l'idée selon laquelle le monde islamique aurait assuré la transmission du savoir antique grec et romain au christianisme médiéval qui l'aurait oublié. Une allégation réfutée par l'historien médiéviste Sylvain Gouguenheim dans son livre "Aristote au Mont-Saint-Michel" (2008) en démontrant le rôle de Constantinople dans cette transmission.

Ce film reprend, sans la critiquer, la version islamique de l'Histoire. Ainsi, il allègue sans le prouver que la condition juive en Europe médiévale chrétienne aurait été pire que celle sous domination islamique. En outre, elle impute à Joseph ibn Nagrela, fils de Samuel ibn Nagrela, vizir auprès du roi berbère Badis al-Muzaffar de Grenade, un orgueil ou une arrogance qui aurait suscité l'ire de la foule musulmane le tuant et massacrant quasiment tous les Juifs de Grenade en 1066. Or, divers historiens soulignent le rôle d'écrits anti-juifs d'Abou Ishaq ayant accru la haine des musulmans. Ainsi, Bernard Lewis a énoncé :
« Un ancien poème antisémite d'Abu Ishaq, écrit à Grenade en 1066 est particulièrement instructif à cet égard. Ce poème, qui se dit déterminant dans le déclenchement des émeutes anti-juives de cette année, contient ces lignes spécifiques :
- Ne considérez pas le fait de les tuer comme une violation de la foi. Le fait de les laisser en vie serait une violation de la foi.
- Ils ont violé le pacte que nous avions avec eux, aussi comment pouvez vous être tenus coupables contre les violateurs ?
- Comment peuvent-ils avoir un pacte, quand nous sommes insignifiants et eux prétentieux ?
- Maintenant nous sommes humbles, à côté d'eux, comme si nous avions tort et eux avaient raison ! »
Un documentaire qui édulcore la dhimmitude, "statut de soumission des indigènes non-musulmans – juifs, chrétiens, sabéens, zoroastriens, hindous, etc. - régis dans leur pays par la loi islamique. Corrélé au djihad, il est inhérent au fiqh (jurisprudence) et à la charîa (loi islamique). Les éléments constitutifs de la dhimmitude sont d’ordre territorial, religieux, politique et social. Le pays conquis s’intègre au dar al-islam (16) sur lequel s’applique la charîa. Celle-ci détermine en fonction des modalités de la conquête les droits et les devoirs des peuples conquis qui gardent leur religion à condition de payer une capitation mentionnée dans le Coran et donc obligatoire. Le Coran précise que cet impôt dénommé la jizya doit être perçue avec humiliation (Coran, 9, 29). Les éléments caractéristiques de ces infidèles conquis (dhimmis) sont leur infériorité dans tous les domaines par rapport aux musulmans, un statut d’humiliation et d’insécurité obligatoires et leur exploitation économique. Les dhimmis ne pouvaient construire de nouveaux lieux de culte et la restauration de ces lieux obéissait à des règles très sévères. Ils subissaient un apartheid social qui les obligeait à vivre dans des quartiers séparés [mellah au Maroc, Ndr], à se différencier des musulmans par des vêtements de couleur et de forme particulières, par leur coiffure, leurs selles en bois, leurs étriers et leurs ânes, seule monture autorisée. Ils étaient astreints à des corvées humiliantes, même les jours de fête, et à des rançons ruineuses extorquées souvent par des supplices. L’incapacité de les payer les condamnait à l’esclavage", a résumé l'essayiste Bat Ye'or.

Le mythe de la « coexistence pacifique inter-religieuse »
Le professeur Bernard Lewis fait remonter ce mythe, forgé par les « juifs pro-islamiques », au XIXe siècle :
« L’âge d’or de l’égalité des droits était un mythe, et si l’on y croyait, c’était la conséquence plutôt que la cause de la sympathie juive pour l’islam. Le mythe fut inventé par des juifs d’Europe au XIXe siècle comme un reproche adressé aux chrétiens – et repris par les musulmans de notre temps comme un reproche adressé aux juifs » (Islam, Gallimard, 2005).

Quant à Bat Ye’or, elle démontre « la fonctionnalité stratégique du mythe d’un islam tolérant et pluraliste inventé par la Grande-Bretagne au XIXe siècle… Né précisément en Bosnie-Herzégovine, ce mythe créé par la diplomatie britannique visait à protéger l’intégrité de l’Empire ottoman contre les ambitions de l’Autriche et de la Russie, qui – instrumentalisant les révoltes des chrétiens slaves catholiques et orthodoxes ou grecs – se taillaient des zones d’influence dans les provinces ottomanes d’Europe. Pour calmer une opinion publique anglaise indignée par les massacres des insurgés chrétiens perpétrés par les Ottomans, le Foreign Office justifia son soutien à La [Sublime] Porte en alléguant la tolérance et la justice inhérentes à l’islam du gouvernement turc. Ce régime, décrétait-il, était le mieux adapté aux chrétiens des Balkans, présentés comme des masses sous-humaines ignares. Les Turcophiles européens partageaient ces opinions et vantaient l’Empire turc, modèle d’un gouvernement multi-ethnique et multireligieux, garantissant la paix et le bonheur et une justice égale pour tous ses citoyens sous la loi éclairée islamique – argument constamment martelé par le président bosniaque islamiste moderne Izetbegovic ». Or, « les rapports consulaires de l’époque indiquaient une oppression cruelle des chrétiens dhimmi par l’application des lois de la dhimmitude ».

L’essayiste Bat Ye’or explique ce mythe, qui « adopte la version islamique de l’histoire », par des facteurs géopolitiques, tel « l’équilibre politique » européen au XIXe siècle. Ce mythe justifiait « la défense de l’intégrité territoriale de l’Empire Ottoman, c’est-à-dire la sujétion des peuples qu’il contrôlait. Dans l’entre-deux guerres, la tolérance ottomane se métamorphosa en « coexistence pacifique sous les premiers califes », thème qui constitua la pierre angulaire du nationalisme arabe et une arme idéologique contre les revendications autonomistes d’autres peuples » (Face au danger intégriste, juifs et chrétiens sous l’islam. Ed. Berg International, 2005).

Ce mythe agit en narratif anesthésiant : il masque les enjeux du jihad contre l’Occident ou en Eurabia. Il dissimule cette réalité guerrière et son institution corollaire la dhimmitude, ce statut cruel, inférieur et déshumanisant réservé aux non-musulmans - juifs, chrétiens, etc. - sous la domination islamique. De plus, ce mythe « disculpe l’islam classique, à l’origine du totalitarisme islamiste ». Et, il impose la vision « islamiquement correcte » d’un islam « pacifique » (Pierre-André Taguieff, La nouvelle judéophobie, Fayard Mille et Une nuits, 2002) symbolisé par la civilisation brillante al-Andalus, exemple de « coexistence pacifique entre judaïsme, christianisme et islam » en Espagne médiévale sous la férule musulmane.

Ce mythe comprend aussi celui de la « dette » de l’Occident vis-à-vis des « sciences Arabes/musulmanes » . Il dévalorise ainsi la civilisation chrétienne qui, d’une part, a mis un terme à cette « tolérance » par sa victoire sur les Maures et sa reconquête de la péninsule ibérique (Reconquista), et d’autre part, a échoué à créer l’équivalent d’al-Andalous.

Ce mythe distille et renforce « le sentiment de culpabilité et d’infériorité des Occidentaux vis-à-vis de la civilisation islamique » (Alexandre del Valle, Le totalitarisme islamiste à l'assaut des démocraties. Ed. des Syrtes, 2002).

 Il affuble l’Occident des pires épithètes – obscurantiste (Inquisition), conquérant (croisades, empires), raciste -, et produit un discours anti-israélien. La recréation de l’Etat d’Israël contredit le mythe des « dhimmis juifs heureux ». Louer l’attitude mythique admirable de « tolérance » et irréprochable des musulmans à l’égard des non-musulmans stigmatise a contrario Israël : la recréation de l’Etat d’Israël aurait mis fin à une ère de « coexistence pacifique interreligieuse ». La politique israélienne est déformée au travers d’un prisme mythique biaisé : elle est jugée, et condamnée, à l’aune d’un mythe déguisé en histoire et on requiert d’Israël qu’il se conduise conformément au mythe, ce qui de facto restaurerait le « bon vieux temps » de la dhimmitude, et donc la destruction de l’Etat juif. Ce mythe s’est métamorphosé pour réapparaître sous l’idée de la « Palestine laïque et multiculturelle » remplaçant l’Etat d’Israël. Il contribue à accréditer l’idée dangereuse de la « destruction positive de l’Etat d’Israël » et soutient ceux alléguant : « Nous reconnaissons l’aspiration nationale légitime des juifs et des Palestiniens à un Etat souverain. Nous sommes pour un Etat juif et un Etat palestinien vivant côte à côte, dans la sécurité et la paix. Nous avons reconnu l'Etat juif.  Et qu'a fait cet Etat juif ? Il maltraite les pauvres Palestiniens. Il n’arrive pas ou il refuse de faire la paix alors qu’on connaît les termes d’un accord de paix. Cet Etat d’Israël est perçu comme le pays représentant la plus grande menace pour la paix dans le monde comme le montre un sondage commandé en 2003 par la Commission de l'Union européenne et réalisé auprès de 7 515 Européens... Pour ramener la paix mondiale si précieuse et dans l’intérêt des deux parties concernées, ne serait-il pas préférable de créer un seul Etat où juifs et Palestiniens vivraient ensemble et en bonne entente comme jadis dans la tolérante al-Andalous ? », c'est-à-dire sous domination islamique, avec un statut cruel et inférieur de dhimmi. Une variante « politiquement correcte » de l'« Etat binational ».

Bat Ye’or précise que ce mythe :
« Conforte la doctrine islamique. Il atteste la perfection de la chari’a, seule législation gouvernant, dans le passé, le dar al-islam [Nda : Le dar al-islam est un pays gouverné par la loi islamique], et sa supériorité sur toutes les autres juridictions… La moindre critique du statut des dhimmis est rejetée comme suspecte parce qu’elle entame le dogme de la perfection de la loi et du gouvernement islamiques. Ainsi, la louange de la tolérance et de la justice de l’islam, accompagnée de gratitude, s’intègrent-elles dans les obligations exigées du dhimmi ».
Ce mythe pervers a été relayé par les réseaux juifs et chrétiens de la dhimmitude afin d’influer sur les opinions publiques et donc les politiques gouvernementales, en particulier dans le dialogue Euro-Arabe.

"The Myth of the Andalusian Paradise"
En 2016, Intercollegiate Studies Institute a publié "The Myth of the Andalusian Paradise: Muslims, Christians, and Jews under Islamic Rule in Medieval Spain" de Dario Fernandez-Morera. 
"Scholars, journalists, and even politicians uphold Muslim-ruled medieval Spain—“al-Andalus”—as a multicultural paradise, a place where Muslims, Christians, and Jews lived in harmony. There is only one problem with this widely accepted account: it is a myth. In this groundbreaking book, Northwestern University scholar Darío Fernández-Morera tells the full story of Islamic Spain. The Myth of the Andalusian Paradise shines light on hidden history by drawing on an abundance of primary sources that scholars have ignored, as well as archaeological evidence only recently unearthed.

This supposed beacon of peaceful coexistence began, of course, with the Islamic Caliphate’s conquest of Spain. Far from a land of religious tolerance, Islamic Spain was marked by religious and therefore cultural repression in all areas of life and the marginalization of Christians and other groups—all this in the service of social control by autocratic rulers and a class of religious authorities. The Myth of the Andalusian Paradise provides a desperately needed reassessment of medieval Spain. As professors, politicians, and pundits continue to celebrate Islamic Spain for its “multiculturalism” and “diversity,” Fernández-Morera sets the historical record straight—showing that a politically useful myth is a myth nonetheless."

Ce livre a été publié en français par les éditions Jean-Cyrille Godefroy sous le titre "Chrétiens, juifs et musulmans dans al-Andalus. Mythes et réalités de l'Espagne islamique" par Dario Fernández-Morera, professeur au département d’espagnol et de portugais de l’Université Nortwestern (Illinois), docteur de l’Université Harvard, ancien membre du Conseil national des États-Unis pour le développement des humanités, auteur de nombreux livres sur l’Espagne médiévale, le Siècle d’or, la rencontre de l’Europe et des Amérindiens et l’œuvre des grandes figures de la littérature classique espagnole. "Universitaires, journalistes et hommes politiques, tous nous présentent « Al-Andalus », l’Espagne sous domination musulmane, comme un paradis multiculturel où musulmans, chrétiens et juifs vivaient en harmonie. Ce conte de fées est un mythe. Dans Chrétiens, juifs et musulmans dans al-Andalus, un ouvrage décapant, l’historien Darío Fernández-Morera révèle la réalité de l’« Espagne arabo-musulmane », à partir de sources volontairement ignorées et de récentes découvertes archéologiques."

"Ce prétendu paradis de la coexistence heureuse a commencé avec la conquête de l’Espagne par le califat islamique. Les armées de l’islam, composées de Berbères incultes, détruisirent un Royaume Visigoth qui avait conservé l’héritage de la culture classique après la chute de l’Empire romain d’occident, et dont le niveau de civilisation était largement supérieur. Loin d’être un espace de tolérance, l’« Espagne musulmane » fut le lieu d’une régression culturelle dans tous les domaines de la vie. Chrétiens et juifs y furent marginalisés et opprimés par des autocrates religieux. Considérés comme subalternes dans une société hiérarchisée, ils furent réduits au rang de dhimmis, et eurent le choix que les gangsters donnent à leurs victimes : payer pour être protégés, ou disparaître. Tandis que politiciens et idéologues continuent de célébrer l’« Espagne musulmane » pour son « multiculturalisme » et sa « diversité », Darío Fernández-Morera montre que cette construction politiquement utile est une falsification de l’histoire."


Le livre est préfacé par Rémi Brague, de l'Institut :

"Nous avons tous besoin d’un paradis. Si l’on ne croit plus à celui qui nous est proposé au Ciel, on le cherchera sur terre. Au XXe siècle, ce fut longtemps l’URSS. Après le Rapport Khrouchtchev, l’amour franchit l’Amour et le paradis terrestre fut transplanté en Chine. On se souvient des articles signés K. S. Karol dans le Nouvel Observateur, en particulier « L’empire éco-céleste » qui vantait le respect maoïste pour l’environnement. Ou ceux de religieux dominicains qui voyaient dans la Chine un vaste monastère—sans voire que les trois vœux y étaient obligatoires… D’autres paradis plus petits comme Cuba, l’Albanie, etc. s’y ajoutaient comme les lunes de ce vaste soleil rouge. Le Cambodge de Pol Pot a encore d’illustres défenseurs. Ces paradis se situant sur notre terre et à notre époque, ils étaient susceptibles de recevoir une confirmation empirique. L’Intourist soviétique et ses équivalents s’en chargeaient. Simon Leys a décrit de façon impayable la naïveté des « intellectuels » occidentaux véhiculés de ferme modèle Potemkine en école Potemkine par les services chinois[1]. Mais l’ennui de ces paradis regagnés est qu’ils pouvaient aussi être infirmés par l’expérience, ce qui ne manqua pas de se produire.

D’où l’avantage d’une autre tactique : projeter ce paradis recherché dans le passé, ce qui le met à l’abri de démentis trop faciles. On vit fleurir ainsi, dans tous les styles, et selon les sensibilités, des époques bénies : L’Empire romain d’avant Constantin comme tolérant, l’Empire aztèque comme proto-socialiste, le XIIIe siècle européen comme apogée de la chrétienté. Pensons aussi à Alexandrie, qui fut aussi le lieu du premier pogrom en l’an 38 de notre ère.

L’Espagne, terre de légendes

L’Espagne est une terre propice aux légendes. Deux exemples, un négatif, et un positif :

(a) La leyenda negrasur les massacres d’Indiens en Amérique, ou sur la fourberie et la cruauté des Espagnols, est lancée par les plumitifs des rivaux commerciaux de l’Espagne, France, Angleterre et Hollande, comme prétexte pour piller les galions qui ramenaient du Nouveau Monde les métaux précieux. Francis Drake et sa piraterie d’État, avec ses équivalents malouins, se trouvaient ainsi légitimés : le vol n’était au fond que de la « récupération ».

(b) Au XIXe siècle, la nostalgie de l’Europe qui se rationalisait pour s’industrialiser a franchi le golfe du Lion, passant de l’Italie à l’Espagne. Mais elle a changé de signe : ce qui intéresse désormais n’est plus la supériorité d’une culture ancienne et raffinée (celle du Grand Tour des nobles anglais), mais au contraire la primitivité de pacotille, les mœurs farouches, mais présumées « authentiques ». Le monument impérissable en est la Carmen de notre Mérimée, pendant espagnol de la Colomba corse du même. On peut ajouter encore trois autres « c » : caramba ! (le sang chaud), corrida (la cruauté, l’amour du sang), castañetas (tout ce qui est « typique », et avec elles les mantilles, les éventails, le flamenco, etc.)

Pourquoi donc ne pas ajouter à ces châteaux en Espagne l’image rose d’une coexistence harmonieuse entre les « trois religions monothéistes » ? Cela aurait eu lieu au Moyen Âge, tant que le sud de la Péninsule était sous domination islamique. Ce bonheur aurait été interrompu par l’irruption des méchants chrétiens du Nord. Ceux-ci auraient apporté, à l’exclusion de tout autre élément culturel, l’intolérance, l’Inquisition, etc.

Pourquoi la légende d’al-Andalus ?

(a) Actuellement, les associations internationales comme la Ligue arabe ou la Conférence des États Islamiques aident à la propagation de tout ce qui fait apparaître le passé islamique comme brillant et l’islam comme RATP (« Religion d’Amour, de Tolérance et de Paix »). En particulier, l’évocation d’Al-Andalus doit démontrer la possibilité d’une renaissance dans le futur de ce qui est censé avoir eu lieu dans le passé. Toute sorte d’idiots utiles, aussi ignorants que bien intentionnés, emboîtent le pas.

(b) En Espagne même, l’autoflagellation est une spécialité reconnue depuis longtemps et pratiquée avec succès dans toutes les régions. Plus particulièrement, l’Andalousie est une région (une autonomia) de l’Espagne actuelle. Al-Andalus, en revanche, désigne la totalité de ce qui, dans la Péninsule ibérique, était sous domination islamique. L’Andalousie actuelle en est une partie, mais le domaine en question comportait aussi le plus gros du Portugal, la Castille, et remontait à peu près jusqu’à la vallée de l’Ebre. Or donc, la junte autonome d’Andalousie se cherche une identité historique qui la distinguerait de ses voisines. Faute de mieux, elle la cherche en se rattachant à un passé idéalisé.

(c) Les Juifs européens, émancipés au XIXesiècle, mais encore sous le coup de diverses restrictions, ont cherché à faire honte aux Chrétiens et à leur donner l’exemple en opposant une « tolérance » islamique à l’Europe catholique, réduite à l’éternel « les croisades et l’inquisition ». Or, les plus grands esprits de l’orientalisme européen étaient justement des Juifs[2].

Il est de fait que les Séfarades expulsés d’Espagne en 1492 furent accueillis dans l’Empire ottoman, où ils produisirent de beaux fruits à Corfou (Albert Cohen), à Salonique, en Bulgarie (Elias Canetti), etc. On mentionne moins souvent un fait symétrique, l’exil des Juifs chassés par les Almohades en 1140 et qui ont trouvé refuge dans la Catalogne et la Provence chrétiennes. Là aussi, la culture en bénéficia, par exemple grâce aux traductions vers l’hébreu d’œuvres arabes de spiritualité, puis de philosophie juives, enfin de textes de philosophes musulmans comme Averroès par les trois générations de la famille Ibn Tibbon.

Dégrisement

Les esprits revenus de leur ivresse apprécieront des ouvrages qui les aideront à appuyer leur intuition : cela est trop beau pour être vrai. Récemment, un éditeur courageux a eu la bonne idée de publier en français le gros livre de Serafin Fanjul[3]. Et voici maintenant celui de Dario Fernandez-Morera, que j’ai donc l’honneur et la joie de préfacer ici.

Les deux auteurs que je viens de nommer, de manière amusante, jouent à compétences renversées : Fanjul, professeur émérite d’arabe à la Complutense (Madrid), se demande surtout quelle est la part d’al-Andalus dans l’identité espagnole d’aujourd’hui. Il intervient dans le débat devenu classique outre-Pyrénées entre deux érudits, tous deux républicains en exil sous Franco, Americo Castro et Rafael Sanchez Albornoz, sur la nature de l’identité espagnole. Le livre français de Fanjul constitue le condensé de deux livres en castillan parus en 2000 et 2004. Certains chapitres, trop centrés sur l’Espagne, par ex. de dialectologie, n’ont pas été repris dans la traduction française. Mais il reste de succulentes perles dans son bêtisier, comme Mérimée qui prend pour « un élégant bâtiment moresque » la Lonja de la sedade Valence. La ville avait été reprise par les Chrétiens en 1238, et le bâtiment construit entre 1482 et 1498 en gothique flamboyant[4].

Quant à Fernandez-Morera, américain, non-arabisant, mais professeur d’espagnol à Northwestern University (Evanston, Illinois), spécialiste de la littérature du Siglo de oro, il s’était déjà fait connaître par des monographies sur des écrivains de cette époque, Garcilaso de la Vega et Cervantes. Il s’interroge ici sur la réalité des récits sur la coexistence harmonieuse (convivencia) des trois communautés musulmane, juive et chrétienne. Il met en évidence ce qui, justement, devrait être évident, et qui est masqué par toute une propagande. Il a la cruauté de mettre en exergue de chacun de ses chapitres une sélection des bêtises qui ont été écrites sur le sujet qu’il y traite.

Soulignons quelques points :

(a) L’Espagne musulmane fut le résultat d’une conquête militaire, nécessairement brutale puisqu’involontaire. Plus cruelle qu’ailleurs ? Pas nécessairement. Mais pas moins non plus (ch. 1). L’avancée des troupes arabes au Sud de la Méditerranée ne fut pas sans rencontrer des résistances. Les Berbères gardent mémoire de la Kahina, souveraine de l’actuelle Tunisie, qui résista aux Arabes jusqu’à ce que ceux-ci s’en débarrassent en l’empoisonnant.

(b) L’Espagne d’avant la conquête arabo-berbère n’était pas vide, ni d’hommes ni de culture. Elle a fourni plusieurs poètes latins, le philosophe Sénèque, l’empereur Trajan. La dynastie des Wisigoths était fortement soumise à l’influence de Constantinople. L’Espagne sur laquelle elle régnait était pénétrée de culture classique. Elle a entre autres produit Isidore de Séville, dont l’encyclopédie a synthétisé le savoir antique et l’a transmis au Moyen Age (ch. 2).

On peut signaler une tendance de l’islam, non universelle, mais pas exceptionnelle non plus, à nier tout ce qui l’a précédé, à le rejeter dans l’« ignorance ». La récente destruction physique des monuments assyriens par l’État islamique est la conséquence d’une attitude intellectuelle plus profonde. L’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie n’est probablement pas à mettre au débit des Arabes, mais la raison donnée dans le récit habituel correspond bien à la tournure d’esprit d’Omar.

En tout cas, dans l’Espagne qui fut soumise à l’islam, il ne subsiste aucune église d’avant la conquête. La Mosquée de Cordoue fut construite en partie avec les pierres d’une ancienne église dédiée à saint Vincent.

(c) La civilisation de l’Espagne sous domination islamique fut certes brillante. Elle le fut en poésie, en philosophie avec Ibn Bajja, Ibn Tufayl et Averroès. En architecture, elle a laissé des monuments remarquables comme la Giralda de Séville, la Mosquée de Cordoue, l’Alhambra de Grenade. Mais qui bénéficia de ces splendeurs ? Comme pour l’histoire des autres régions islamisées, faute de documents, nous ne savons à peu près rien de la paysannerie, laquelle constituait l’énorme majorité de la population[5]. Nos sources ne parlent guère que des citadins, voire des juristes. Al-Andalus était agréable pour ses élites, mais elle n’était pas un paradis de la convivencia.

(d) La culture juive de l’époque a certes été elle aussi brillante. Mais le plus grand, Maïmonide (m. 1204), a dû quitter la péninsule à dix ans et a produit son œuvre en Égypte. Le poète et apologète Jehuda Halevi, auteur du Kuzari, dont « le cœur était en Orient », a voulu mourir en Terre sainte. Ibn Naghrela fut bien un temps vizir d’un roitelet à l’époque des reyes de taifas, mais il finit, avec d’autres de ses coreligionnaires, tué dans un pogrom. Les persécutions n’ont pas manqué non plus, dans la Péninsule comme dans le reste du Maghreb où elles ne cessèrent, horresco referens, qu’avec la présence française[6]…

(e) L’excision des filles était une pratique répandue, ainsi que la lapidation des adultères. Ce qui peut paraître un détail est très révélateur : il y a une abondante poésie amoureuse, mais elle suppose comme son arrière-plan social l’esclavage sexuel : l’aimée chantée par le poète est toujours une concubine, jamais une femme libre (ch. 5).

(f) Il est vrai que la pression sociale s’est accrue au fil du temps en même temps que la pression extérieure des royaumes chrétiens du Nord, et comme conséquence de celle-ci : il fallait « serrer les rangs ». Mais les premières périodes, de la conquête à l’ère omeyyade (756), puis pendant celle-ci, n’ont en rien été des paradis. Destructions d’églises, crucifixions, abondèrent. On notera la scène où Abd-el-Rahman (bien mal nommé) fait brûler le visage d’une esclave qui se refusait à lui (ch. 4). Les campagnes du vizir al-Mansur (Almanzor) ont laissé des souvenirs cuisants.

En résumé, l’Espagne sous domination islamique ne se distingue pas radicalement des autres régions de l’Empire islamique. Elle ne constitue nullement une oasis de « tolérance » et de « coexistence » entre les religions. Sur certains points, elle est même plus sévère qu’ailleurs.

Méthodologie

Pour finir, on peut proposer ici quelques règles, dont la centrale serait de voir les faits dans leur contexte historique, et éviter les évaluations morales. Ceci vaut d’une manière générale. Exemples :

(a) L’accueil d’un conquérant avec des fleurs, etc. Lorsque la Wehrmacht est entrée en Ukraine en 1941, bien des habitants de ce pays qui avait été dévasté par la famine artificielle (Holodomor) voulue par Staline moins de dix ans auparavant, crurent à une libération. Ils devaient vite déchanter. D’une manière générale, on se range souvent « du côté du manche », du côté du vainqueur, dont on ne sait pas encore trop qui il est vraiment. Le conquérant ne le savait d’ailleurs pas nécessairement encore très bien lui-même.

(b) La « tolérance » islamique n’est pas une vertu, car la vertu est toujours le fait de personnes, non de civilisations ou de systèmes politiques. Ce qu’on appelle « tolérance » (dhimma) était la solution d’un problème très concret, qui est l’écrasante disproportion entre la mince couche de conquérants formant la caste dominante et la masse énorme des conquis dont le travail nourrit les nouveaux maîtres comme il nourrissait les maîtres précédents. Elle s’accompagne de mesures humiliantes destinées à exercer sur les soumis une pression. Le système juridique mis en place fonctionne ensuite comme une nasse : il est permis d’entrer dans l’islam, il est interdit d’en sortir.

(c) Une civilisation peut être sur certains points ou sur presque tous plus avancée qu’une autre et avoir fait des découvertes d’une grande importance. Mais la question de la diffusion de ces innovations est autre. Cela vaut d’ailleurs déjà à l’intérieur du monde islamisé. C’est ainsi qu’un chercheur m’a fait remarquer que des savants islamiques pouvaient très bien inventer un algorithme pour résoudre un problème précis, un partage d’héritage, p.ex., et ne pas chercher ensuite à le réutiliser, encore moins à le généraliser.

Dans le cas d’espèce, les acquis d’al-Andalus ont été brillants. Mais cela ne suffit pas pour que l’on puisse parler d’un transfert. Un exemple : les mathématiques arabes étaient au Moyen Âge bien supérieures à celles des Européens. Elles se fondaient sur ce qui était resté des mathématiques (dont l’astronomie) grecques, mais les mathématiciens de langue arabe ne se sont pas contentés de répéter. Ils ont prolongé et dépassé, voire critiqué leurs sources comme en témoignent des titres hardis, celui de Razi, Doutes sur Galien ou celui d’Alhacen, Doutes sur Ptolémée. Mais pouvons-nous être certains de ce qu’ils ont été reçus en Europe ? Gerbert d’Aurillac (pape Sylvestre II) se serait inspiré de connaissances mathématiques d’origine arabe, trouvées dans des couvents catalans, et Léonard de Pise (Fibonacci) dit avoir étudié à Bougie. Faut-il le croire ?

Il est en revanche certain, et même évident, que la médecine arabe, celle de Razi (Rhazès), Avicenne, et d’autres, ont dominé la médecine européenne, dans certaines régions, jusque tard dans le XVIIe siècle[7]. Le cas le plus brillant, bien attesté, est celui de l’optique d’Ibn al-Haytham, Alhazen pour les Latins (m. 1039). Traduit en latin par le polonais Witelo, appelé en latin Vitellion (m. 1275), son traité a été lu par Roger Bacon, et jusqu’à Kepler.

Des analogies, aussi poussées soient-elles, entre deux phénomènes, ne prouvent rien tant que l’on n’a pas donné une explication plausible de la façon dont un phénomène a pu en influencer un autre, où, quand, par quels canaux de transmission, etc. Cela vaut pour l’amour courtois des Provençaux et l’amour odhrite des Arabes ; ou encore pour l’astronomie de l’École de Maragha et celle de Copernic. Adhuc sub judice lis est.

Par ailleurs, des avancées spectaculaires dans une culture ont pu passer inaperçues dans une autre. Ainsi, Al-Biruni (m. 1070), génie universel en chronologie, géodésie, botanique et pharmacopée, et auteur d’une extraordinaire description de l’Inde, remarquable par sa parfaite objectivité, n’est pas entré en Occident avant le XIXesiècle.

(d) On sera prudent avec les notions d’« apports d’une civilisation », de « dette », etc. Ces expressions suggèrent en effet qu’une civilisation pourrait donner quoi que ce soit à une autre. Or, les biens culturels ne sont pas des choses qui voyagent comme des marchandises. C’est bien plutôt la civilisation d’arrivée qui prend ce qui lui convient dans la ou les civilisation(s) de départ. Ces denrées culturelles ne sont reçues qu’au prix d’un travail d’appropriation qui se déroule dans la civilisation d’arrivée, et qui commence par la traduction des textes qui sont le support de ces biens.

(e) On se demandera aussi quel genre de choses la civilisation réceptrice prend de l’émettrice. On observera qu’il s’agit avant tout d’éléments au sens propre : quant au langage, souvent des objets techniques qui entrent dans la culture matérielle en même temps que leur nom entre dans le vocabulaire, parfois des thèmes littéraires, très rarement des règles syntaxiques[8]. Quant à la vision du monde et son couronnement en une religion, à peu près rien. On évitera de confondre religion et civilisation matérielle et de parler, par exemple, des « techniques d’irrigation des musulmans » ; on distinguera également religion et création philosophique. Ainsi, ce qui est passé d’Averroès en Europe est ce qui n’a à peu près aucun rapport avec la religion, à savoir ses commentaires d’Aristote et sa défense de la philosophie contre al-Ghazali.

[1]           S. Leys, Ombres chinoises, Paris, 10/18, 1975.
[2]           Voir p.ex. Ned Curthoys, « Diasporic Visions: Al-Andalus in the German Jewish Imaginary », Arena Journal, 33/34, 2009, p. 110-138.
[3]            S. Fanjul, Al-Andalus, l’invention d’un mythe, Paris, L’Artilleur, 2017, 715p.
[4]           P. Mérimée,  Lettres adressées d’Espagne au directeur de la revue de Paris, I, Madrid, 25 octobre 1830, p. 441.
[5]           Voir R. S. Humphreys, Islamic History. A Framework for Inquiry, Revised edition, Princeton, Princeton University Press, 1991, ch. 12 : The Voiceless Classes of Islamic Society : The Peasantry and Rural Life, p. 284-308.
[6]           Voir les sources réunies en un épais dossier et traduites par David G. Littman et 
Paul B. Fenton, L’exil au Maghreb. La condition juive sous l’islam, 1148-1912, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2010, 792p.
[7]           Voir D. N. Hasse, Success and Suppression.Arabic Sciences and Philosophy in the Renaissance, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2016.
[8]           Une exception fascinante : le piùitalien devenu pioen grec moderne et y remplaçant les formes du gec ancien pour le comparatif en -eroVet, quand s’y adjoint l’article, les superlatifs en -atoV, -istoV."

"Al Andalus, l'invention d'un mythe"
En 2017, L'Artilleur a publié "Al Andalus, l'invention d'un mythe. La réalité historique de l'Espagne des trois cultures" de Serafin Fanjul, membre depuis 2011 de l'Académie royale d'histoire. "Dans l’Europe actuelle confrontée à une immigration musulmane continue, on aime bien se référer au modèle de cohabitation pacifique des trois cultures d’Al-Andalus. L’histoire de l’Hispanie musulmane ou d’Al-Andalus est ainsi un enjeu archétypique. Au Moyen Âge, la Péninsule ibérique aurait connu une remarquable et inhabituelle cohabitation pacifique entre juifs, chrétiens et musulmans. Une admirable symbiose culturelle qui aurait duré vaille que vaille du VIIIe siècle jusqu’à l’expulsion des juifs en 1492, voire, jusqu’à l’expulsion des morisques en 1609."

Professeur de littérature arabe à l'Université autonome de Madrid, "Serafín Fanjul, affirme qu’il s’agissait, dans la réalité des FAITS, d’« un régime très semblable à l’apartheid sud-africain » et d’une époque globalement « terrifiante ». Soulignant que les motifs et les facteurs de luttes et d’affrontements entre l’Espagne musulmane et l’Espagne chrétienne ont été prédominants pendant toute la période concernée, il montre qu’Al-Andalus a été tout sauf un modèle de tolérance. Il ne s’agit pas pour lui de nier qu’il y a eu des éléments de communication culturelle (surtout d’origine hellénistique) jusqu’au XIIe siècle. Mais il s’agit de montrer qu’il n’y a jamais eu un merveilleux système mixte sur lequel aurait reposé la cohabitation pacifique ; qu’il n’y a jamais eu un mode de vie partagé par tous, une même perception du monde valable pour tous."

"Les chrétiens dans al-Andalus"
En 2016, a été publié "Al-Andalus y la Cruz : La invasión musulmana de Hispania" de Rafael Sanchez Saus, professeur d'histoire médiévale à l'université de Cadiz. Il a été doyen de la faculté de philosophie et de lettres de l'UCA (1999-2004) et recteur de l'université San Pablo CEU de Madrid (2009-2011). Membre de l'Académie royale hispano-américaine des sciences, des arts et des lettres, dont il a été le directeur, il est aussi directeur de la Cátedra Alfonso X el Sabio. Il est l'auteur d'une douzaine d'ouvrages, considéré comme l'un des meilleurs spécialistes de la frontière entre maures et chrétiens dans l'Espagne médiévale. "Así surgió Al-Andalus, con la conquista árabe de España entre los años 711 y 719, y con el posterior establecimiento de un sistema como medio para perpetuar el dominio establecido por una pequeña minoría de guerreros musulmanes orientales y norteafricanos sobre los autóctonos cristianos. Este dominio se articuló a través de un régimen que consagraba el sometimiento político, religioso, y la inferioridad jurídica y moral de los cristianos. Aunque las ventajas ofrecidas a los conversos al islam indujeron a muchos cristianos a la apostasía, y otros muchos prefirieron el exilio, todavía hacia 950 Al-Andalus era un país mayoritariamente cristiano. Dos siglos más tarde, la cristiandad se había desintegrado por la inmersión en la cultura árabe y oriental, y por la abierta persecución desatada contra ella por almorávides y almohades. Este libro se ha escrito para dar a conocer la realidad de la vida de los cristianos en Al-Andalus, que poco o nada tiene que ver con las ensoñaciones y falsificaciones interesadas que nutren un mito construido a costa de la verdad histórica, y a la sombra de la crisis de los valores que hicieron posible el surgimiento de España como proyecto alternativo a lo que Al-Andalus supuso".

En 2019, les éditions du Rocher ont publié "Les chrétiens dans al-Andalus. De la soumission à l'anéantissement" de Rafael Sánchez Saus, dans une traduction de Nicolas Klein et avec une préface d'Arnaud Imatz. "L'invasion arabo-musulmane de l'Espagne wisigothique, initiée en 711 pour culminer en 719 avec la conquête de la Gaule narbonnaise, a été l'événement aux conséquences les plus considérables de l'histoire d'Espagne. On oublie souvent que, pendant des siècles, la majeure partie de la population fidèle à la religion chrétienne et la minorité juive ont été soumises à un régime de très forte discrimination. Celui-ci reposait sur la ségrégation sociale, l'absence de liberté religieuse, l'exploitation économique et fiscale, l'immersion culturelle et, en cas de protestation ou de révolte, sur la plus sévère répression. La dureté de ce régime s'est accentuée au fil du temps et a fini par provoquer, dès le XIIe siècle, la complète disparition des communautés chrétiennes et juives d'al-Andalus". Ces chrétiens d'al-Andalus sont appelés des Mozarabes.

Réédité en 2020, "ce livre offre une vision complète de la situation de ces chrétiens espagnols, appelés mozarabes, unique peuple européen médiéval à avoir vécu pendant tant de générations sous la rigueur de la dhimma. Attachés au mythe des Trois Cultures, de nombreux auteurs ont préféré jusqu'ici ne retenir que les aspects prétendument aimables de cette situation, comme la liberté de culte limitée et la relative autonomie interne des communautés chrétiennes, afin de tenter de délégitimer le processus de Reconquête, véritable matrice de la nation espagnole. Il permet, à l'inverse, de mieux faire connaître la réalité de la vie des chrétiens d'al-Andalus, loin des rêves et falsifications intéressées qui alimentent le mythe de la convivialité pacifique entre cultures et religions construit en marge de la vérité de l'histoire." 

Prise de Narbonne
Parmi les commémorations en 2019, figurait la prise de Narbonne par les musulmans en 719. 

Dans Les Chrétientés d’Orient (p.328), Bat Ye’or a publié le témoignage d’Ibn al-Athîr sur le djihad par l’armée envoyée par Hichâm,  prince d’Espagne. 

Cette page a disparu du site Internet et aucun événement ne s'est déroulé en 2019 pour rappeler la prise de Narbonne par les musulmans. 


« Al-Andalus, une civilisation légendaire » par Michael Schwarz
Etats-Unis, 2018, 95 min
Sur Arte les 30 novembre 2019 à 20 h 50, 8 décembre 2019 à 15 h 10 et 17 décembre 2019 à 9 h 25
Visuels :
© Kikim Media
© Oronoz

Articles sur ce blog concernant :
Les citations sur le documentaire sont d'Arte. Cet article a été publié le 30 novembre 2019.