mardi 26 septembre 2017

« La folie de Nietzsche » par Hedwig Schmutte


Arte diffusera le 27 septembre 2017 à 22 h 25 « La folie de Nietzsche » (Wahnsinn! Nietzsche!) par Hedwig Schmutte. « Derrière la croyance qui fit de Nietzsche (1844-1900) un des inspirateurs du nazisme et du concept de race supérieure se cachait sa sœur Elisabeth (1846-1935). Entre supercherie et amour fraternel, enquête sur une ambition démesurée ».


« Je ne suis pas un homme. Je suis de la dynamite ». En janvier 1889, Friedrich Wilhelm Nietzsche est victime d'une crise de démence en plein Turin. Un effondrement mental, dont la cause n'a jamais été clairement établie – cancer cérébral ou syphilis persistante ». 

« Recueilli par sa sœur Elisabeth à Weimar et dorénavant coupé du monde, il plonge peu à peu dans un état végétatif de plus de dix ans, dont seule la mort le libérera en août 1900 ». 

« À cette décennie de silence correspond paradoxalement l'audience mondiale que connaissent dorénavant ses œuvres. Une renommée telle que, plus de trente ans plus tard, Hitler cite « La volonté de puissance » comme un des fondements de la pensée nazie. Problème : l'ouvrage aurait été achevé pendant la période de folie de Nietzsche. Comment est-ce possible ? »  Il ne pouvait plus écrire en raison de sa syphilis, de ses AVC. Sa "déchéance était radicale". Un "triomphe posthume" et "une sorte de caution morale du IIIe Reich". 

« Plongée au cœur d'une falsification démoniaque ». 

« La folie de Nietzsche » « emprunte à un genre plutôt inhabituel lorsque l'on évoque la philosophie : l'enquête, ici quasi policière. S'il évoque les travaux du philosophe et les derniers épisodes de sa biographie, ce documentaire, dans lequel s'insèrent des séquences de fiction, s'intéresse au rôle joué par Elisabeth, la sœur aimante, protectrice et… follement manipulatrice ».

« Car c'est elle qui a recomposé, dénaturé, réécrit les notes laissées par Friedrich avant sa maladie » et archivées par le philosophe. Elle contrôle toutes les publications qui paraîtront de son frère. 

« À l'origine de l'une des plus grosses méprises philosophiques du XXe siècle – Nietzsche comme défenseur d'une race supérieure –, elle parviendra à atteindre son rêve de puissance et de richesse. Une démonstration implacable ».

Stratégie macchiavélique
Röcken est le berceau familial des Nietzsche. La famille destine le jeune Friedrich à devenir pasteur; et à Elisabeth à aider son frère ainsi qu'à épouser un pasteur. Or, la jeune femme veut s'échapper de ce carcan. Jeune universitaire, il a besoin de réconfort.

Il fait la rencontre décisive de Richard Wagner. Celui-ci veut contribuer par sa musique à restaurer la puissance, l'âme du Reich et faire de Nietzsche son porte-drapeau. Mais des divergences éloignent les deux auteurs. Nietzsche se réfugie en Suisse. Il conçoit sa philosophie de la Nature : "Dieu est mort". En quoi croire ? "Crois en toi. Suis ta propre voie. Deviens qui tu es". Nietzsche invente un style formulant ses idées en associant aphorismes et métaphores. Le philosophe "peine à vivre de ses publication". Il met un terme à sa vie d'enseignant et à sa vie avec sa sœur. Leur correspondance se raréfie. Trentenaire, Elisabeth Nietzsche penche vers Wagner et Bayreuth. Elle savoure "la confiance du maître", adhère à ses idées politiques. Wagner est antisémite.

Friedrich Nietzsche rencontre Elisabeth Förster-Nietzsche avant son départ pour le Paraguay dans un but colonial. Il sillonne l'Europe. Sa sœur lui manque. Mais il conteste l'idée de "race allemande". Il absorbe de l'opium, des médicaments pour surmonter ses crises de migraines, psychiques. A 40 ans, il est gravement malade. De 1875 à 1885, il rédige d'importantes œuvres littéraires.

En 1889, veuve, Elisabeth Förster-Nietzsche commence à déformer la réalité. Son frère arrive à Turin.

En 1891, il quitte l'hôpital psychiatrique, et Elisabeth Förster-Nietzsche peaufine son image de sœur dévouée. Elle réunit les archives de Nietzsche. En 1895, elle s'installe à Weimar, construit une maison, un écrin fastueux pour abriter ces archives. Un lieu de pèlerinage pour les admirateurs du philosophe. Désemparé, ce dernier devient un être d'un triste spectacle. Elisabeth Förster-Nietzsche gère la maison d'édition publiant les œuvres de son frère, écrit des "histoires naïves" sur son frère en inventant des récits mensongers, des lettres qu'auraient écrites son frère.

Au décès de Friedrich Nietzsche, Elisabeth Förster-Nietzsche se sent libre de publier le "chef d'oeuvre" du philosophe. Elle compose une oeuvre à partir de notes de son frère, élabore de nouvelles conceptions correspondant à ses idées à elle. Nietzsche avait exprimé sa gratitude à l'égard des Juifs et de leur contribution à l'Allemagne. Elisabeth Förster-Nietzsche fournit un fondement intellectuel, désormais antisémite, à la propagande du IIIe Reich. Elle reçoit la visite de Hitler. Elle obtient la notoriété à laquelle elle aspirait, et se trouve, octogénaire, au cœur du pouvoir. Hitler assiste à ses funérailles en 1935. Plusieurs décennies après sa mort, ses supercheries sont révélées.


« La folie de Nietzsche » par Hedwig Schmutte
Story House Productions, 2016, 52 min
Sur Arte le 27 septembre 2017 à 22 h 25

Visuels:
Plongée au cœur d'une falsification démoniaque. Ce documentaire est une enquête, qui montre Elisabeth, la sœur de Nietzschecomme une manipulatrice. C'est elle qui a recomposé, dénaturé, réécrit les notes laissées par Friedrich avant sa maladie. Elle est à l'origine de l'une des plus grosses méprises philosophiques du XXe siècle – Nietzsche comme défenseur d'une race supérieure –, elle parviendra à atteindre son rêve de puissance et de richesse.
Elisabeth Förster-Nietzsche a falsifié des écrits personnels de son frère pendant sa maladie. Ils sont irrécupérables
© Story House Productions

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Les citations sont d'Arte.

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