Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

mardi 16 juillet 2019

La rafle du Vélodrome d’hiver. Les Archives de la police


La Mairie du IIIe arrondissement de Paris a présenté l’exposition éponyme accompagné d'un livret. Des documents uniques et inédits de la Préfecture de Police (PP) de Paris révèlent le processus policier ayant abouti à la « rafle du Vél d’Hiv » (16 et 17 juillet 1942) sous l’égide du régime de Vichy et la dure vie lors de l’Occupation allemande nazie en France. Plus de 8 000 Juifs ont été « parqués » dans ce haut lieu sportif populaire et au camp de transit et d’internement de Drancy, avant d’être déportés vers le camp nazi d’Auschwitz. Des cérémonies commémoratives auront lieu dans les principales villes françaises, notamment le 21 juillet 2019 à 10 h au Square du Martyr Juif du Vélodrome d’Hiver (Paris) en présence de Florence Parly, Ministre des Armées.

Entre compassion pour les Juifs raflés et condamnation de l’antisémitisme contemporain

« Quelque chose se prépare, quelque chose qui sera une tragédie. La tragédie, peut-être » (Hélène Berr, Journal, mercredi 15 juillet 1942, 23 heures).


Organisée par l’association Histoire et Mémoire du 3e arrondissement et la Mairie du IIIe – un arrondissement avec une population Juive numériquement importante et exerçant souvent des métiers modestes (artisans, confection) sous l’Occupation -, en partenariat avec la Préfecture de Police, cette exposition présente pour la première fois « des pièces uniques afférentes à cet arrondissement durant cette période sombre : registres analytiques de mains-courantes, relevés du recensement de la population juive effectué en octobre 1940, listes d'émargement établies lors de la remise de l’étoile jaune, en juin 1942, comptabilité des biens appartenant » aux Juifs menés au camp de Drancy », liste des Juifs arrêtés, circulaire n°173-42 du 13 juillet 1942 (neuf pages) surmontée du mot « Secret » et sur la préparation minutieuse de la Rafle du Vel d’hiv, notes des Renseignements généraux (RG) sur l’opinion publique…

Des archives d’autant plus précieuses qu’hormis celles du IIIe arrondissement, les autres ont été passées au pilon à la Libération, essentiellement en 1947.

En "octobre 1940, en application d'une ordonnance des autorités occupantes, 150 000 personnes étaient recensées comme juives à Paris et en banlieue, dont 10 200 dans le IIIe arrondissement" (Laurent Joly, chargé de recherche au CNRS).

Un "crime bureaucratique" (Serge Klarsfeld)
Surmontée du mot « Secret », cette circulaire n° 173-42 du 13 juillet 1942 est adressée aux commissaires, gendarmes et gardiens de la paix, soit des milliers de fonctionnaires.

Leur mission : procéder à l’arrestation d’« un certain nombre de Juifs étrangers » décidée par les « Autorités Occupantes ».

Les décideurs : le général Karl Oberg, Obergruppenführer, chef supérieur de la SS et de la police (Höherer SS und Polizeiführer) pour la France depuis mai 1942 et chargé de la lutte contre la résistance et de la question juive, René Bousquet, secrétaire général de la police, et Pierre Laval, chef du gouvernement, qui demande que les enfants juifs de la zone occupée soient aussi déportés.

Une rafle qui a été précédée par le recensement des Juifs (27 septembre 1940), par les statuts des Juifs d’octobre 1940 et du 2 juin 1941 excluant les Juifs de nombreuses professions, autorisant l’internement de Juifs étrangers par les préfets, par d’autres rafles dès le 14 mai 1941 à Paris, le départ du premier train déportant de Compiègne (Oise), le 27 mars 1942, 1 112 Juifs de France vers le camp nazi d’Auschwitz en Pologne, etc.

Environ 76 000 Juifs sont déportés de France, tous âges confondus.

Du 16 au 22 juillet 1942, des milliers de policiers arrêtent à leur domicile, à Paris et dans sa banlieue, des Juifs « Allemands, Autrichiens, Polonais, Tchécoslovaques, Russes (réfugiés ou soviétiques, c'est-à-dire blancs ou rouges), apatrides », « pourvu qu’ils soient âgés de 16 à 60 ans (les femmes de 16 à 55 ans), les enfants de moins de 16 ans seront emmenés en même temps que les parents ».

La "cible de cette volonté criminelle ? Des milliers de familles déjà recensées, marquées par un tampon et le port de l'étoile, exclues de l'espace public, spoliées, sans défense et sans moyens de défense !" (Serge Klarsfeld) Les organisateurs de cette rafle prévoyaient d'arrêter 22 000 adultes Juifs. Environ 9 000 adultes Juifs et 4 000 enfants Juifs - la Gestapo ne les réclamaient pas encore - sont arrêtés lors de cette rafle. Sont exclus de ces arrestations : les femmes enceintes proches de la date d’accouchement, les femmes allaitant leur bébé, celles ayant « un enfant de moins de deux ans, c'est-à-dire né après le 1er juillet 1940, les femmes de prisonniers de guerre, les veuves ou veufs ayant été mariés à un non juif, les juifs ou juives mariés à des non juifs (...), les juifs et juives porteurs de la carte de légitimation de l'Union générale des Israélites de France (...), les juifs ou juives dont l'époux légitime est d'une nationalité non citée plus haut, et les parents dont l'un au moins des enfants n'est pas juif ».

Les policiers doivent constituer des « équipes d'arrestation. Chaque israélite (homme et femme) à arrêter fait l'objet d'une fiche (...) Les équipes chargées des arrestations devront procéder avec le plus de rapidité possible, sans paroles inutiles et sans commentaires. En outre, au moment de l'arrestation, le bien-fondé ou le mal-fondé de celle-ci n'a pas à être discuté ».

Les Juifs raflés sont amenés par bus vers un ou plusieurs « centres primaires de rassemblement » dans chaque arrondissement ou circonscription. Au camp de Drancy, « les individus ou familles n’ayant pas d’enfant de moins de 16 ans », soit 1 989 hommes et 3 003 femmes qui sont déportés vers Auschwitz. Les autres – soit 8 160 Juifs : Selon Serge Klarfeld, président de l'Association des fils et filles de déportés juifs de France, 1 129 hommes, 2 916 femmes et 4 115 enfants - s’entassent au Vélodrome d’Hiver, près de la Seine (XVe arrondissement) dans des conditions affreuses, pendant quatre jours.

Le 16 juillet 1942, l'état-major de la Préfecture de Police (PP) indique : débutée à 4 heures du matin, « l'opération contre les juifs » est « ralentie par beaucoup de cas spéciaux : beaucoup d'hommes ont quitté leur domicile hier ; des femmes restent avec un tout jeune enfant ou avec plusieurs ; d'autres refusent d'ouvrir, il faut faire appel à un serrurier. (...) L’opération est lente ».

Le 17 juillet 1942 à 22 h 15, une note policière indique : « Mme Gautier, infirmière de service au Vélodrome d'Hiver, téléphone sur le conseil du secrétariat du préfet de la Seine pour demander à la Préfecture de Police de mettre à sa disposition des couvertures, bassines et cuvettes dont les internés ont le plus grand besoin ». Les conditions d’hygiène y sont lamentables.

Le 21 juillet 1942, la police dresse le bilan des « opérations de ramassage des juifs » : « Hommes 3 118, femmes 5 919, enfants 4 115, soit au total 13 152 arrestations ».

Le 22 juillet 1942 au matin, un télégramme signé « Lambeau » signale : « 8 h 40 - Opérations terminées définitivement au Vel d'Hiv à 8 h 30 - Vel d'Hiv évacué en totalité ».

« Les Allemands espéraient arrêter 27 427 juifs à Paris et en petite couronne, mais finalement il n'y en a eu que 13 152. Ça fait déjà beaucoup ! », explique le commissaire de l'exposition, Olivier Accarie Pierson. Moins de cent de ces Juifs raflés survivront à Auschwitz, où seront tués tous les enfants Juifs raflés. Parmi les victimes : la famille du commissaire adjoint de l'exposition, Charles Trémil, âgé de 77 ans, sauf un frère qui parvient à fuir, perdant ses papiers retrouvés dans les archives de la PP.

Les Juifs parqués au Vél d’Hiv sont amenés aux camps de Beaune-la-Rolande et Pithiviers (Loiret). Environ 3 000 enfants en bas âge sont douloureusement séparés de leurs parents qui sont déportés les premiers. Les enfants sont déportés entre le 17 et 31 août à Auschwitz.

« Les notes des Renseignements généraux (RG) de l'époque montrent que la rafle a été très mal perçue par la population", souligne Charles Trémil. « C'était la première fois que tout le monde était arrêté, femmes, enfants et vieillards inclus. Du coup de nombreux policiers avaient fait fuiter l'information la veille de la rafle. Les Allemands étaient furieux », selon Olivier Accarie Pierson.

Charles Trémil a vécu dans la clandestinité de 7 à 10 ans, dissimulant sa vraie identité sous de faux noms. « Le souvenir le plus marquant de cette époque, c'est la peur ». Les notes des RG sont les plus précises, selon M. Trémil : « Ils écrivent que les gens ont faim et froid, qu'ils veulent le retour des prisonniers de guerre, qu'ils souhaitent la victoire des Anglais. Je pensais que les RG allaient caresser le pouvoir dans le sens du poil, mais pas du tout !", s'étonne-t-il.

Ces archives révèlent la vie dure, marquée par les pénuries, notamment alimentaires, sous l’Occupation : « On voit que les gens volent des couvertures, de la nourriture, des tickets de rationnement, du charbon », détaille M. Trémil. « La France était exsangue, pillée par les Allemands (...) À Paris, les gens crevaient de faim. C'était l'obsession permanente : trouver à manger », déclare le commissaire Françoise Gicquel, responsable du département patrimonial à la PP.

« La hiérarchie collaborait, mais la base tiquait », résume le commissaire Gicquel.

Des rafles inspirées par l’antisémitisme, dans le cadre de la collaboration avec le IIIe Reich.

Film Le 25 avril 2016, France 3 diffusa La Rafle, de Rose Bosch, avec Jean Reno, Mélanie Laurent, Gad Elmaleh, Hugo Leverdez, Raphaëlle Agogué, Sylvie Testud, Anne Brochet et Catherine Allégret : "En 1942, Joseph, 11 ans, vit dans le quartier de la Butte Montmartre, à Paris. Juif, il doit porter l'étoile jaune pour aller à l'école. Avec ses parents et ses camarades, il apprend à survivre dans la capitale occupée par les Allemands. Un matin de juillet, comme 13 000 autres juifs, il est arrêté avec sa famille par la police française. Ils sont rassemblés au Vélodrome d'Hiver, où ils restent deux jours, sans nourriture et sans point d'eau. Joseph et le frère d'un camarade font alors la connaissance d'Annette, une infirmière, qui tente de les aider. Puis, ils sont déportés dans un camp de transit, à Beaune-la-Rolande..."


Conférence Le 24 mai 2016 de 16 h à 17 h30, l'Hôtel de Ville de Paris proposa la conférence 75e anniversaire de la rafle du Billet vert. La préfecture de Police de Paris et la rafle du 14 mai 1941, avec Laurent Joly et Catherine Thion : "Laurent Joly, historien, directeur de recherche au Cnrs, examine l’arrière-plan administratif et politique de la rafle parisienne du 14 mai 1941: le choix du mode opératoire, l’exploitation des fichiers du "service juif" de la préfecture de Police et la mise en œuvre concrète de l’opération.  Les hommes arrêtés le 14 mai 1941, dans les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande, du premier jour aux déportations par Catherine Thion, historienne, chargée de recherches au Cercil, s’intéresse aux premiers jours de l’internement de ces hommes et à leur vie au camp pendant plus d’un an, jusqu’à leur déportation". 


"Dans le cadre de la "Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux Justes de France", une cérémonie s'est tenue le dimanche 17 juillet 2016 au monument commémoratif de la rafle du Vél’ d’Hiv’, quai de Grenelle à Paris. D’autres commémorations seront également organisées partout en France. Les 16 et 17 juillet 1942, 13 152 Juifs sont arrêtés par la police française. 1129 hommes, 2916 femmes et 4115 enfants sont enfermés dans l’enceinte sportive du Vélodrome d’Hiver. Les couples sans enfants et les célibataires (1989 hommes et 3003 femmes) sont internés au camp de DrancyDu 19 au 22 juillet, les familles du Vél’ d’Hiv’ sont transportées dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande. Adultes et adolescents sont déportés en premier. Brutalement séparés de leurs parents, environ 3000 enfants en bas-âge sont laissés sur place dans une affreuse détresse. Ils sont transférés à Drancy puis déportés entre le 17 et 31 août 1942. Aucun d’entre eux n’est revenu".


Le 16 juillet 2017 a eu lieu la cérémonie du 70e anniversaire de cette rafle.


Une cérémonie commémorant la rafle du Vél d'Hhiv et d'hommage aux Justes parmi les Nations aura lieu le 16 juillet 2018 à 16 h au Mémorial de Drancy. 




La rafle du Vélodrome d’hiver. Les Archives de la police. Un regard policier sur Paris. HM3 et Préfecture de police de Paris, 2012. 48 pages.

Jusqu’au 30 septembre 2012
2, rue Eugène Spuller. 75003 Paris
Tél. : 01 53 01 75 03
Du lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 h. Le samedi de 9 h à 12 h 30
   
Articles sur ce blog concernant :

 Cet article a été publié le 28 septembre 2012, et le :
- 21 juillet 2013 à l'approche de la cérémonie en hommage aux victimes Juives des rafles et aux Justes parmi les Nations ;
- 8 mai 2014. France 3 a diffusé à 20 h 45 La Rafle de Rose Bosch ;
- 16 juillet 2014 et 16 juillet 2015, 25 avril et 17 juillet 2016, 16 juillet 2017, 16 juillet 2018.

Golem ! Avatars d’une légende d’argile


Le musée d’art et d’histoire du Judaïsme  a présenté l’exposition Golem ! Avatars d’une légende d’argile. Une exploration du « riche devenir de la figure du Golem, être d’argile animé à l’aide de lettres sacrées, dans les arts visuels, à travers un parcours mêlant peinture, dessin, photographie, théâtre, cinéma, littérature, bande dessinée et jeu vidéo ». Dès le 17 juillet 2019, Netflix diffusera "The Golem" réalisé par Doron et Yoav Paz  (2018, 95 min), avec Hani Furstenberg, Ishai Golan, Kirill Cernyakov. 

« Etre d’argile animé à l’aide de lettres sacrées, le Golem est l’un des mythes juifs les plus célèbres et l’une des figures majeures de la littérature fantastique. Celui que l’on a coutume de représenter sous les traits d’un géant aux pouvoirs surhumains n’a cessé de fasciner et d’endosser de multiples significations au fil du temps ».

« Au Moyen Age puis à la Renaissance, c’est une entité connue des seuls mystiques, qui débattent des opérations magiques permettant de lui donner vie. Au XIXe siècle, le Golem devient une figure populaire : une créature destinée à soulager la communauté juive de travaux pénibles et à la protéger des persécutions. Mais nombre de récits insistent sur l’épisode où le Golem se retourne contre Rabbi Yehoudah Loew, son créateur, et c’est à ce moment que naissent les premières images du Golem. Hugo Steiner-Prag lui donne en 1915 une physionomie mongoloïde et inquiétante dans les illustrations du célèbre roman de Gustav Meyrink, et Paul Wegener lui confère dans son film de 1920 des traits qui marqueront durablement l’imagier du XXe siècle. Il fascine les artistes qui voient dans la création du Golem une métaphore de leur position de créateurs face à une matière inerte à laquelle « donner vie ». D’emblée, ils soulignent son ambivalence : être miraculeux et monstrueux à la fois, il oscille entre humanité et inhumanité, entre protection et menace. »

La « plasticité du mythe du Golem est à l’origine de la plupart des créatures artificielles, imaginaires ou réelles, et sa féconde descendance ne cesse de croître, notamment dans le domaine de la robotique et de l’informatique. Précurseur des super-héros et des avatars numériques, le Golem est aussi une figure qui permet de penser un monde où l’homme pourrait perdre le contrôle sur ses inventions ».

L’exposition « Golem ! Avatars d’une légende d’argile » explore, « avec 136 œuvres provenant de 28 institutions et prêteurs privés, le riche devenir de la figure du Golem dans les arts visuels, à travers un parcours mêlant peinture, dessin, photographie, théâtre, cinéma, littérature, bande dessinée et jeu vidéo ».

« De la présentation d’un remarquable Sefer Yetsirah (Livre de la création) imprimé à Mantoue en 1512 à la projection d’extraits de Terminator 2, en passant par des œuvres de Boris Aronson, Christian Boltanski, Gérard Garouste, Antony Gormley, Philip Guston, Amos Gitai, R.B. Kitaj ou Anselm Kiefer, l’exposition montre comment cette légende juive médiévale opère encore aujourd’hui dans un imaginaire mondialisé ».

Elle « est accompagnée d'un important programme comprenant des films - Le Golem de Julien Duvivier (1936, 100 min), Le Golem, comment il vint au monde, de Paul Wegener et Carl Boese (Allemagne, 1920, 84 min) - , une conférence, une performance, des activités pédagogiques et un livret-jeu ». Le commissariat général de l’exposition est assuré par Paul Salmona, mahJ, le commissariat par Ada Ackerman, Thallm-CNRS et la coordination par Dorota Sniezek

Cette « exposition est reconnue d’intérêt national par le ministère de la Culture et de la Communication/Direction générale des patrimoines/Service des musées de France. Elle bénéficie à ce titre d’un soutien financier exceptionnel de l’Etat ». Elle « a reçu le soutien de la direction régionale des Affaires culturelles d’Ile de France ministère de la Culture et de la Communication, de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, de la fondation Pro mahJ, du Centre tchèque de Paris et de l’unité mixte de recherche théorie et histoire des arts et des littératures de la modernité (CNRSThallm) ». Le MahJ remercie l'Office National Tchèque de Tourisme – CzechTourism. Son partenaire est France Culture.

Curieusement, le dossier de presse de l'exposition désigne Eretz Israël par "Palestine".

Qui est le Golem ?
La « première mention du terme « golem » apparaît dans la Bible, au Psaume 139, dans la bouche d’Adam qui s’adresse à Dieu, se désignant comme une « masse informe ». Fait de glaise et animé par le souffle divin, Adam est donc le tout premier golem. Le Talmud rapporte plusieurs cas d’êtres artificiels (hommes et veaux) créés par des sages ». 

« En découlent d’intenses débats, au Moyen Age puis à la Renaissance, au sein de cercles de kabbalistes juifs et chrétiens. On discute des opérations permettant d’engendrer un golem et de leurs implications philosophiques, morales, théologiques et pratiques. Le golem doit-il être considéré comme un homme à part entière ? Quelle est sa place dans la société ? » 

« Pour le kabbaliste qui souhaiterait animer un golem, le manuel de référence est le Sefer Yetsirah (Livre de la création), qui détaille la création du monde par Dieu à l’aide de combinaisons alphabétiques et insiste sur le pouvoir de la lettre hébraïque. L’aspiration à fabriquer un golem est alors perçue comme un désir d’entrer en relation privilégiée avec Dieu. Seul le sage peut espérer y parvenir ».

Un héros protecteur
« Parmi les différents visages que les artistes ont donnés à la figure ambivalente du Golem, on trouve celui du protecteur, à l’apparence sympathique et rassurante, notamment dans les œuvres à destination des enfants. Souvent, les artistes traduisent la capacité du Golem à défendre la communauté juive contre ses ennemis en insistant sur son aspect colossal et sur ses facultés surhumaines ».

« C’est cette veine qu’explorent les comics américains, pour la plupart créés par des auteurs et des dessinateurs d’origine juive, familiers du mythe ». Le « Golem reprend ainsi du service, de manière récurrente, pour défendre les juifs contre les nazis. S’il apparaît comme un nouveau justicier, il est aussi souvent dépeint comme un défenseur impuissant, n’ayant pu mener a bien sa mission. Le Golem devient alors le symbole d’un « monde disparu », d’une communauté juive meurtrie et brisée ».

Un monstre incontrôlable
Le « caractère inhumain du Golem – créature rudimentaire et hybride, décrite comme muette et privée d’âme – conduit les artistes à en privilégier la composante monstrueuse. Ils choisissent dès lors de le dépeindre comme une entité inquiétante et terrifiante, qui échappe au contrôle de celui qui l’a façonnée ». 

Le « Golem provoque la peur, se présentant selon les cas sous les traits d’un colosse menaçant, d’un spectre ou d’un démon ». 

« Constituant ainsi l’un des premiers monstres du cinéma, il en inspirera bien d’autres. Il permet d’incarner l’« autre », celui qui inquiète par sa différence et son anormalité ».

« En tant que double de l’homme, il représente sa part obscure, pulsionnelle et inconsciente, et, à ce titre, effrayante ». 

Il « peut enfin symboliser la prétention outrancière de l’humanité à égaler Dieu, prétention qui l’amène à transgresser l’ordre naturel. Le mythe du Golem fusionne alors avec d’autres récits, tel celui du Dr Frankenstein, imaginé par Mary Shelley (1818), et de son épouvantable créature ».

Variations théâtrales
« Parmi les différentes œuvres théâtrales sur la créature d’argile, Le Golem. Poème dramatique en huit scènes est l’une de celles qui ayant engendre les images les plus variées et les plus inventives. Due à l’écrivain yiddish H. Leivick (1888-1962) et publiée en 1921, cette pièce critique la révolution russe et sa violence. Exceptionnellement dotée de la parole, le Golem supplie son créateur de ne pas lui donner la vie ».

« Pour la publication de ce texte, l’artiste américain Max Weber conçoit des illustrations qui frappent par la diversité des styles et des influences artistiques ».

« L’œuvre de H. Leivick inspire de multiples mises en scène, dont celle du théâtre Habima à Moscou en 1925, qui rencontre un succès considérable. Les esquisses de costumes et de personnages réalisées à cette occasion par Ignati Nivinski (1881-1933) constituent une interprétation très libre et imaginative du texte ».

« On retrouve une même créativité dans les décors imagines par Boris Aronson (1898-1980) pour le projet de mise en scène de Maurice Schwartz en 1931, a New York, qui ne verra pas le jour ».

Un mythe plastique
« Depuis le XIXe siècle, le mythe du Golem n’a cessé d’être représenté, probablement parce que ce récit, centré sur l’animation d’une matière inerte, affirme le pouvoir créateur de l’homme ».

« En traitant d’un être qui vit de sa vie propre et qui échappe au plan initial, il instaure un parallèle fécond avec l’activité artistique ».

« Le cinéma, domaine dans lequel la question de l’animation est centrale, a ainsi constitué un medium privilégié pour mettre en scène le Golem ».

Le « mythe comporte par ailleurs un ensemble d’enjeux plastiques : il se présente comme un récit d’opérations matérielles (modelage, pétrissage, expérimentation) ; le Golem, être rudimentaire qui finit par être détruit, est en permanence menacé par l’informe ».

Les « artistes ont parfois choisi de se représenter en golems, faisant d’eux-mêmes leur propre matériau. Ils revendiquent ainsi la possibilité, à travers un rituel, de réinterpréter leur naissance, mais aussi de se transformer, tout en interrogeant le statut de leur création : double, extension d’eux-mêmes ?

 « Enfin, ces autoportraits en golems jouent sur une équivalence entre chair et terre qui fait écho aux origines de l’homme dans la Genèse ».

Les descendants du Golem
« Nombre d’inventions contemporaines peuvent être pensées à l’aide du Golem, comme le suggérait en 1964 Norbert Wiener, père de la cybernétique, dans God and Golem, inc. Sur quelques points de collision entre cybernétique et religion ».

« L’année suivante, Gershom Scholem (1897-1982), spécialiste de la kabbale, donne officiellement le nom de « Golem I » à l’un des premiers ordinateurs israéliens ».

« De même que la créature d’argile est animée par la combinatoire des lettres, l’ordinateur et l’intelligence artificielle obéissent aux codes du langage informatique ».

« Parmi les descendants du Golem, les robots, doubles de l’homme, occupent une place particulière et partagent son ambivalence. Conçus pour améliorer le quotidien des êtres humains, ils suscitent attachement et empathie mais aussi méfiance et inquiétude, notamment en raison de leur impact sur la société et de leur possible émancipation, objet de bien des fantasmes ».

Le « robot féminin, qui connait une grande fortune, fait écho a la légende relative au poète andalou Salomon Ibn Gabirol (XIe siècle), lequel, souffrant d’une maladie de peau handicapante, se serait façonné une compagne artificielle pour tenir sa maison ».

L’homme-démiurge
Le « mythe du Golem trouve de fortes résonances aujourd’hui dans les évolutions scientifiques, médicales, technologiques, industrielles et économiques tels le clonage, le corps « augmenté », l’hybridation génétique, les nanotechnologies, l’énergie nucléaire ou les transactions informatiques ».

« L’homme étend son pouvoir de transformation à l’ensemble de la Création, qu’il entend améliorer, s’octroyant la place de Dieu ».

« Certains artistes s’emparent de cette dimension démiurgique en modifiant leur corps pour en accroitre les possibilités, ou en faisant du vivant un matériau artistique ».

« L’homme devenant pour lui-même un golem à perfectionner, on passe ainsi du golem originel, être d’argile incomplet et rudimentaire, à un golem transhumai ou post humain, aux capacités démultipliées et enrichies ».

« Toutefois, de même que le golem, initialement conçu pour soulager l’humanité, peut se retourner contre celle-ci, de même les nouvelles technologies peuvent échapper à l’homme et l’asservir alors qu’il croyait qu’elles le libéreraient ».

Der Golem
Le 13 octobre 2017 à 18 h 45, au Cinéma Impérial, le Festival du nouveau cinéma de Montréal (Canada) présenta Der Golem, ciné concert par Socalled et invités. "Les prémices du cinéma fantastique sur fond de musique déjantée. Josh "Socalled" Dolgin, artiste étonnant et touche-à-tout, et ses invités mettent en musique le célèbre film d’horreur muet Der Golem, réalisé par Henrik Galeen et Paul Wegener, sur un scénario de Paul Wegener, avec Paul Wegener, Henrik Galeen, Lyda Salmonova. Créé en 1915, ce chef d’œuvre du cinéma expressionniste allemand nous conte l’histoire de la création d’un monstre d’argile qui sèmera la terreur dans le ghetto juif plutôt que de sauver son peuple. Il est présenté dans sa version allemande. Créé pour Halloween, en 2016, à Toronto, le ciné-concert est joué pour la première fois à Montréal".

Le 31 mai 2018 de 20 h 30 à 22 h, l'Association Culturelle Juive de Nancy proposa la conférence "Le Golem", avec Ada Ackermann, Chargée de recherches Cnrs, et Petr Horak, membre émérite de l'académie des Sciences et professeur des universités. "Etre d’argile animé à l’aide de lettres sacrées, le Golem est l’un des mythes juifs les plus célèbres et l’une des figures majeures de la littérature fantastique. Celui que l’on a coutume de représenter sous les traits d’un géant aux pouvoirs surhumains n’a cessé de fasciner et d’endosser de multiples significations au fil du temps. Au Moyen Âge puis à la Renaissance, c’est une entité connue des seuls mystiques, qui débattent des opérations magiques permettant de lui donner vie. "

Dès le 17 juillet 2019, Netflix diffusera "The Golem" réalisé par Doron et Yoav Paz  (2018, 95 min), avec Hani Furstenberg, Ishai Golan, Kirill Cernyakov. "Lors de l'apparition de la peste, une femme veut sauver son village des envahisseurs étrangers, mais l'entité qu'elle invoque pour les protéger est un mal bien plus grand. Alors que le mal gagne la campagne, une femme qui ne peut avoir d’enfants en façonne un en argile, puis le lâche à la poursuite de ses ennemis."


Le Golem de A à Z

« Alef
Première lettre de l’alphabet hébreu. Le alef (א) est la lettre à laquelle les kabbalistes attribuent le pouvoir d’animer un golem et, à l’inverse, de lui ôter la vie lorsqu’on l’efface.

Cybernétique
Science regroupant l’ensemble des théories relatives au contrôle, à la régulation et à la communication dans l’être vivant et la machine. D’elle découleront, entre autres, l’informatique, la théorie de l’information, l’intelligence artificielle, la robotique.

Eliyah Ba’al Shem de Chelm (1550-1583)
Kabbaliste polonais crédité par des sources chrétiennes du XVIIe siècle pour avoir créé un golem a partir du Sefer Yetsirah* (Livre de la création) afin d’en faire son serviteur.
C’est avec cette légende du Golem de Chelm qu’apparait la composante menaçante et dangereuse du Golem qui, ne cessant de croitre au point de devenir incontrôlable, doit être réduit à néant.

Emet (de l’hébreu, « vérité »), met (de l’hébreu, « mort »)
Dans l’une des versions les plus populaires de la légende du Golem, le mot « emet » אמת) ) doit être gravé ou tracé sur son front pour lui donner vie. En effaçant la première lettre, alef* ( א), du mot « emet », le mot « met » ( מת ) apparaît, retirant la vie au golem et le faisant retourner à l’état inerte. L’utilisation magique des mots repose sur la croyance que les lettres hébraïques sont dotées d’une puissance créatrice.

Salomon ibn Gabirol (1021-entre 1054 et 1058)
Poète et philosophe connu pour sa poésie sacrée, il est considéré comme l’un des auteurs religieux juifs andalous les plus éminents et les plus féconds. Des récits du XVIIe siècle lui prêtent la fabrication d’un automate féminin, qu’il aurait animé pour en faire sa compagne.

Halakhah
Ensemble des lois régissant la vie religieuse juive, dont le mariage, les prescriptions alimentaires, l’observance des fêtes, etc.

Kabbale (de l’hébreu qabbalah, littéralement « réception »)
Nom donne à la tradition ésotérique juive depuis le Moyen Age. Elle traite principalement des dix sefirot*, de la création de l’univers par Dieu, de la place de l’homme dans la création et du rôle cardinal de la Halakhah* dans la rédemption divine.

Gustav Meyrink (1868-1932)
Romancier autrichien né à Vienne et mort à Starnberg en Allemagne, il passe une grande partie de sa jeunesse à Prague, qu’il dépeindra souvent dans ses œuvres.
Travaillant dans la banque, il fréquente les artistes et les intellectuels praguois, et se passionne pour l’occultisme et différentes traditions mystiques qui nourriront sa production littéraire. La popularité qu’il acquiert avec son premier roman, Le Golem (1915), ne se démentira jamais par la suite. L’ensemble de son œuvre relève du genre fantastique d’inspiration ésotérique. Das grune Gesicht (Le Visage vert, 1916) et Walpurgisnacht (La Nuit de Walpurgis, 1917) comptent parmi ses autres récits célèbres.

Mishna (de l’hébreu, littéralement « enseignement »)
Première compilation exhaustive de la Loi orale rédigée vers 200 en Palestine » - Eretz Israël -, « qui servit ensuite de base à l’élaboration du Talmud*. Se présentant comme un recueil de débats et de discussions halakhiques, elle constitue le document religieux le plus important après la Bible.

Gershom Scholem (1897-1982)
Grand spécialiste moderne de la kabbale*, ne a Berlin. Son ouvrage Zur Kabbalah und ihrer Symbolik (La Kabbale et sa symbolique, 1960) comprend un chapitre intitule « L’idée du Golem dans ses rapports telluriques et magiques », fruit de recherches entreprises à partir des années 1930, s’appuyant sur la découverte et l’examen détaillé de nombreux manuscrits et textes décisifs pour la question qui le passionna sa vie durant. Cette étude sur le Golem, premier travail scientifique digne de ce nom sur le sujet, s’applique à restituer l’aspiration à créer un être artificiel dans le contexte du mysticisme juif et permet de comprendre le passage du domaine magique à celui de la légende. Il s’agit donc d’une étape déterminante dans l’historiographie sur le Golem.
Scholem se montra par ailleurs sensible aux liens pouvant associer le récit du Golem aux technologies qui lui étaient contemporaines, telle l’informatique naissante.

Talmud (de l’hébreu, littéralement « étude, enseignement »)
L’un des textes fondamentaux du judaïsme, il traite de la Loi juive. Ce commentaire de la Mishna* a été produit par les maitres des académies de Palestine » – Eretz Israël – « et de Babylonie. Il existe deux Talmud. Le Talmud dit « de Jérusalem » (Talmud yeroushalmi) a été hâtivement compilé à Tibériade vers la fin du IVe siècle. Le Talmud de Babylone (Talmud babli) fut constitué progressivement, sa mise en forme définitive ayant été engagée par Rav Ashi (352-427), chef de l’académie de Soura, et achevée par l’un de ses successeurs, Rabina I (mort en 499). L’autorité du Talmud de Babylone prévaut dans l’ensemble du monde juif.

Sefer Yetsirah (Livre de la création)
Court traité de cosmogonie et de cosmologie hébraïque, dont il existe deux versions et dont la datation demeure incertaine (entre le IIIe et le VIe siècle). Il présente les éléments fondamentaux et les opérations à l’aide desquels Dieu a créé le monde et qui assurent le fonctionnement de ce dernier. La création du monde y est comparée à l’ouvrage d’un potier et d’un sculpteur. De nombreux commentateurs médiévaux s’en servaient pour élaborer des consignes permettant de fabriquer un golem.

Sefirot (de l’hébreu s-f-r, « nombre »)
Les dix émanations, ou puissances, à travers lesquelles se manifeste la Divinité ; elles sont au cœur de la pensée kabbalistique. Dans le Sefer Yetsirah*, les sefirot sont les dix « nombres » primordiaux qui, avec les vingt-deux lettres de l’alphabet hébraïque, constituent les trente-deux voies mystérieuses à l’aide desquelles Dieu créa le monde.

Torah
Nommée en français « Pentateuque », la Torah se compose de cinq livres : la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome.

Paul Wegener (1874-1948)
Personnalité marquante et décisive du cinéma expressionniste allemand. Apres des débuts au théâtre, Wegener réalise Der Student von Prag (L’Etudiant de Prague, 1913), film fantastique qui lui fait découvrir la ville de Prague et ses légendes, dont celle du Golem qu’il décide d’adapter au cinéma, avec l’aide d’Henrik Galeen. C’est ainsi qu’entre 1915 et 1920 il tourne une trilogie, dont les deux premiers films ont en grande partie disparu, et dont le troisième deviendra un classique du cinéma : Der Golem. Wie er in die Welt kam (Le Golem. Comment il vint au monde), réalisé avec Carl Boese. La photographie est signée Karl Freund, le chef opérateur de Fritz Lang. Auteur du scénario, Wegener y interprète également le colosse. Der Golem tient notamment sa force du recours à des trouvailles visuelles et à des techniques cinématographiques encore peu usitées, permettant de filmer les mouvements de la foule de manière spectaculaire. Wegener tire ensuite un roman de son film, illustré de photogrammes de ce dernier et publié en 1921. Sa participation a la vie culturelle sous le régime nazi, fera comparer le cinéaste lui-même à un golem.

Norbert Wiener (1894-1964)
Mathématicien américain brillant, passionne de philosophie, il est surtout connu pour avoir fonde la cybernétique*. Son travail scientifique s’accompagne toujours d’une réflexion éthique, nourrie par ses engagements – il refuse de participer à l’élaboration de l’arme nucléaire. Wiener mobilise la figure du Golem pour réfléchir à la place de la science dans le monde de l’après-guerre, aussi bien dans God & Golem, Inc. Sur quelques points de collision entre cybernétique et religion (1964), que dans son premier ouvrage, La cybernétique : Information et régulation dans le vivant et la machine (1948).

Yehoudah Loew ben Bezalel, dit le Maharal de Prague (vers 1525-1609)
Halakhiste et kabbaliste que la légende rendit célèbre en lui attribuant, des siècles après sa mort, la création d’un golem, bien que lui-même n’ait jamais écrit sur la question. Il fut grand rabbin de Moravie, de Poznań et de Prague. Auteur prolifique, ses ouvrages, eurent un profond retentissement sur la pensée et la mystique juives. Personnage à l’aura considérable, sa biographie oscille entre histoire et légende.

Zohar (Sefer ha-zohar, Livre de la splendeur)
Le plus important livre de la kabbale*, rédigé en Espagne au XIIIe siècle ».


Du 8 mars 2017 au 16 juillet 2017
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Tél. : 01 53 01 86 65
Mardi, jeudi, vendredi de 11 h à 18 h. Mercredi de 11 h à 21 h. Samedi et dimanche de 10 h à 19 h

Visuels 
Affiche
Paul Wegener, Le Golem, comment il vint au monde, 1920.
Deutsche Kinemathek, Berlin © succession Paul Wegener

Miloslav Dvořák,
Le Golem et Rabbi Loew près de Prague, 1951
Huile sur toile,
244 x 202 cm
Prague, Židovské Muzeum © Jaroslav Horejc – heirs, 2017

Steve Niles (texte), Dave Wachter (dessin)
Breath of Bones. A Tale of the Golem
Milwaukie (Oregon), Dark Horse Comics, 2013
Paris, musée d’art et d’histoire du Judaïsme © Dark Horse Comics

Dennis Hopper,
Wallace Berman, 1964
Tirage argentique
Paris, collection Catherine et Jean Madar
Courtesy galerie Frank Elbaz

Christian Boltanski, Le Golem, 1988
Technique mixte,
19 × 11,5 × 27 cm
New York, The Jewish Museum © Adagp, Paris, 2017

Anselm Kiefer
Rabi Löw : Der Golem
1988-2012
Plastique, bois, plomb, verre, résine synthétique, acier et charbon de bois,
95 × 95 × 58 cm

Anselm Kiefer, courtesy
galerie Thaddaeus Ropac,
Paris-Salzbourg

Sefer Yetsirah (Livre de la création)
Mantoue, 1562
Livre imprimé, 21 × 16 cm
Paris, bibliothèque de l’Alliance israélite universelle

Ignati Nivinski,
Esquisse pour les costumes de la pièce Le Golem de H. Leivick, 1925
Crayon, aquarelle, tempera sur papier,
23 × 15 cm
Moscou, Archives nationales russes de littérature et d’art

Walter Schulze-Mittendor]
Copie, réalisée par Moulages du Louvre en 1994, de Maria, le robot du film Metropolis (1926) de Fritz Lang
Résine peinte,
190 × 74 × 59 cm
Paris, Cinémathèque française

Joachim Seinfeld
Golem, 1999
Série de cinq photographies, panneaux sur verre, 39,5 × 40 cm
Prague, Židovské
Muzeum © Adagp, Paris, 2017

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Les citations non sourcées sont du mahJ. Cet article a été publié le 14 juillet 2017, puis les 9 octobre 2017 et 31 mai 2018.

lundi 15 juillet 2019

« Paul Grüninger, le juste » par Alain Gsponer


Arte diffusera le 17 juillet 2019 « Paul Grüninger, le juste » (Akte Grüninger) par Alain Gsponer. Commandant de la police du canton de Saint-Gall (Suisse), Paul Grüninger (1891-1972) sauve des réfugiés juifs fuyant le nazisme en leur fournissant de faux papiers avant et durant la Deuxième Guerre mondiale. Révoqué, condamné en 1940, il n'est réhabilité que dans les années 1990. « Le destin exemplaire d'un Schindler helvète, dont le nom s'affiche désormais au Mémorial des Justes de Yad Vashem. Une fiction poignante. »

« Genève n’a pas le sens de l’accueil »
Edmond Fleg (1874-1963), chantre Juif et sioniste du judaïsme 
« Blaise Cendrars - Comme un roman » par Jean-Michel Meurice 
« Un Juif pour exemple » par Jacob Berger 
« La Croix-Rouge sous le IIIe Reich, histoire d’un échec » de Christine Rütten 

« En 1938, Paul Grüninger (1891-1972) est commandant de la police du canton de Saint-Gall. Cela fait déjà longtemps qu’il voit arriver dans sa région frontalière des juifs allemands et autrichiens qui fuient le nazisme ».

« L'un des itinéraires de fuite passe au sud du lac de Constance et traverse la frontière entre la Suisse et l'Autriche dans la région de Sankt Margrethen où Paul Grüninger est responsable de la police suisse des frontières ». 

Quand « en août 1942 les autorités helvètes ferment les frontières et interdisent l’entrée en Suisse aux réfugiés, il décide de contrevenir aux ordres. Des mois durant, il fournit aux exilés de faux papiers, notamment des attestations prétendant qu’ils se trouvaient en Suisse avant la date fatidique de la fermeture de la frontière. Il facilite aussi leur séjour dans un camp de transit, avant qu’ils puissent repartir pour des destinations plus sûres. En 1939, Paul Grüninger est révoqué sans préavis et sans aucun dédommagement financier. En 1940, il est condamné par le tribunal de Saint-Gall » pour manquement aux devoirs de sa charge, abus de pouvoir et faux en écritures. « Puni de bannissement, il vivra chichement d'emplois précaires jusqu’à la fin de sa vie, » notamment comme instituteur intérimaire.

Réhabilité vingt ans après sa mort
Issu d’un milieu modeste, instituteur, footballeur – son équipe, le SC Brühl Saint-Gall, gagne en 1915 le titre de champion de Suisse -, lieutenant en 1919, puis commandant en 1925 de la police cantonale, marié et père de famille, Paul Grüninger a fourni des faux papiers, obtenu des visas d’entrée à des réfugiés juifs autrichiens afin qu’ils puissent entrer en Suisse, et même « des citations à comparaître à des détenus à Dachau en Allemagne ». Combien ? Le nombre varie de quelques centaines à 3 000.

En 1954, Paul Grüninger déclare à propos du verdict du tribunal ainsi :
« Je n'ai pas honte du verdict de la cour. Au contraire, je suis fier d'avoir sauvé la vie de centaines de personnes opprimées. L'aide que j'ai apportée aux Juifs était enracinée dans ma vision chrétienne du monde… Il s'agissait au fond de sauver des êtres humains menacés de mort. Comment aurais-je pu, en de telles circonstances, prendre sérieusement en considération des calculs bureaucratiques ? J'ai effectivement abusé de mon autorité en connaissance de cause et falsifié des documents et des certificats de mes propres mains à de nombreuses reprises mais je l’ai fait uniquement pour permettre à des personnes persécutées d’entrer dans le pays. La question de mon propre bien-être, mesuré à l’aune du destin de ces milliers de personnes, était tellement insignifiante et négligeable que je n'y ai même pas pensé.»
« L’une des scènes les plus fortes de ce téléfilm a lieu à huis clos, dans la salle de réunion du Conseil fédéral, à Berne. Autour de la table, les quelques partisans de l’accueil des réfugiés se heurtent à l’hostilité de ceux qui veulent interdire le territoire suisse à ces juifs. « Des réfugiés politiques ? Cette expression me donne des boutons ! », dit l’un. « Ils sont pires que des rats ! », déclare le représentant du canton de Thurgovie. « C’est avec l’enjuivement que les problèmes ont commencé en Allemagne ! », assène le président Rothmund... Selon les estimations, 30 000 personnes ont été refoulées à la frontière suisse jusqu’en 1945 ».

Ce père de deux filles « aura néanmoins la satisfaction d’apprendre un an avant sa mort, qu’il était désormais un Juste parmi les nations et que son nom allait figurer au Mémorial de Yad Vashem », à Jérusalem (Israël).

En décembre 1970, après les protestations dans les médias, le gouvernement suisse envoie à Grüninger  une lettre d’excuse.

Le 20 avril 1971, Yad Vashem a reconnu Paul Grüninger comme Juste parmi les nations.

« Près de vingt ans plus tard, en 1993, des citoyens suisses ont enfin obtenu du canton de Saint-Gall qu’il prononce sa réhabilitation politique ».

Est publié « « Grüningers Fall » (Délits d'Humanité - l'Affaire Grüninger) de Keller Stefan.

« L’année suivante, le Conseil fédéral lui rend son honneur par le biais d’une déclaration solennelle ».

En 1994, « le gouvernement suisse fait de même. En 1995, les autorités helvétiques ont présenté pour la première fois leurs excuses à la communauté juive pour la politique d'asile restrictive qu'elles mirent en place sous le nazisme ».

« En 1995, le même tribunal qui avait condamné Grüninger accepte une procédure en révision qui conduit à son acquittement et à sa réhabilitation juridique ». 

« En 1998 enfin, le Grand Conseil du canton de Saint-Gall décide de verser à ses descendants des compensations matérielles. Les bénéficiaires ont donné la totalité de ces sommes à la Fondation qui porte son nom. »
      

« Paul Grüninger, le juste » par Alain Gsponer 
Suisse, France, Allemagne, 2014
Scénario : Bernd Lange
Production : Makido Film, C-Films, ARTE, SRF/SRG SSR, Mecom München
Producteur/-trice : Anne Walser, Golli Marboe
Image : Matthias Fleischer
Montage : Michael Schaerer, Bernhard Lehner
Musique : Richard Dorfmeister, Michael Pogo Kreiner
Avec Stefan Kurt (Paul Grüninger), Max Simonischek (Robert Frei), Anatole Taubman (Sidney Dreifuss), Robert Hunger-Bühler (Heinrich Rothmund)
Costumes : Zizi Bohrer-Lehner, Uschi Heinzl
Décors de film : Marion Schramm
Chargé(e) de programme : Eric Morfaux, Sven Wälti, Maya Fahrni
Son : Johannes Paiha
Sur Arte le 17 juillet 2019 à 13 h 35, 22 juillet 2019 à 15 h 05