Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

samedi 7 décembre 2019

« Amen. » par Constantin Costa-Gavras


Arte diffusera le 9 décembre 2019 « Amen. » (Der Stellvertreter) par Constantin Costa-Gavras. « Pendant la guerre, un officier de la Waffen SS tente d'alerter le pape Pie XII du génocide dont les Juifs sont victimes... Un pamphlet poignant signé Costa-Gavras, avec Ulrich Tukur, Mathieu Kassovitz et Ulrich Mühe, éblouissants ».
  

« Kurt Gerstein est un officier de la Waffen SS, spécialisé dans la chimie et ses applications sanitaires. En Pologne, il découvre avec horreur que le gaz avec lequel il approvisionne les camps, le Zyklon B, sert en réalité à exterminer les Juifs en masse. Il décide d'alerter le Vatican pour que le pape condamne ouvertement ces crimes. Il trouve à Berlin une oreille attentive en la personne d'un jésuite, dont le père est haut placé dans la hiérarchie laïque de l'Église. Ils se rendent tous deux à Rome... »

Prix Lumières 2003 du Meilleur film, « César du meilleur scénario original ou adaptation en 2003, important succès public et critique à sa sortie, Amen est un véritable choc, dans la lignée des grands films politiques de Costa-Gavras (Z, L'aveu, Porté disparu) ». 

La pièce de théâtre Le vicaire (Der Stellvertreter) du dramaturge Rolf Hochhuth (1963), a été créée au théâtre de l'Athénée (Paris) dans une adaptation de Jorge Semprun.  Adapté de cette oeuvre, « le film dénonce la passivité de l'Église catholique et du pape Pie XII face au génocide des Juifs ».

« Pour autant, Costa-Gavras ne charge pas uniquement le Vatican et critique également l'attitude des puissances alliées, informées elles aussi des crimes nazis ». 

« Si les autorités religieuses l'ont accusé de fausser la réalité historique et de faire l'amalgame entre catholicisme et nazisme (en raison de l'affiche controversée du film, ornée d'un symbole mêlant croix chrétienne et croix gammée), Amen, notamment grâce à ses deux interprètes principaux, est une œuvre poignante et juste sur la lâcheté ». 

« Mathieu Kassovitz se montre parfait en jésuite naïf et idéaliste, tout comme Ulrich Tukur en officier SS ambigu. Face à eux, Ulrich Mühe, l'inoubliable agent de la Stasi dans La vie des autres, incarne avec subtilité un médecin directeur de camp inspiré du tristement célèbre docteur Mengele ».

L’action de Kurt Gerstein a été analysée par divers historiens, en particulier Léon Poliakov, Raul Hilberg et Saül Friedlander. 

Kurt Gerstein est réapparu dans l’actualité lors de la restitution en 2008 d’un tableau de Matisse peint en 1898, Paysage, le mur rose (de l’hôpital d’Ajaccio), qui avait été volé à un Juif allemand, Harry Fuld, et qui avait été retrouvé en 1948 dans une cache de Kurt Gerstein.

A quand une oeuvre cinématographique sur le rôle de dirigeants musulmans, dont le grand mufti de Jérusalem Amin al-Husseini, dans la Shoah ?


« Amen. » par Constantin Costa-Gavras
France, Allemagne, Roumanie, 2002
Scénario : Constantin Costa-Gavras, Jean-Claude Grumberg
Production : Katharina Renn Productions, TF1 Films Production, KC Medien, K.G. Productions, Canal+
Producteur/-trice : Michèle Ray-Gavras
Image : Patrick Blossier
Montage : Yannick Kergoat
Musique : Armand Amar
Auteur : Rolf Hochhuth
Costumes : Edith Vesperini
Avec Ulrich Tukur (Kurt Gerstein), Mathieu Kassovitz (Riccardo Fontana), Ulrich Mühe (Docteur), Marcel Iures, Friedrich von Thun, Sebastian Koch, Hanns Zischler, Michel Duchaussoy, Ion Caramitru
Sur Arte le 9 décembre 2019 à 01 h 55

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Les citations sur le film sont d'Arte.

Les Juifs de Tunisie pendant la Seconde Guerre mondiale


L'histoire des Juifs de Tunisie durant la Deuxième Guerre mondiale est méconnue, voire ignorée. Pourtant, ils étaient visés par la Shoah, et ont subi l'occupation allemande nazie : rafle à Tunis par les SS le 9 décembre 1942, déportation, etc. Lpogrom commis par des Arabes à Gabès (Tunisie) est survenu le 20 mai 1941 ; sept Juifs ont été assassinés sur la place de la synagogue. Le 8 décembre 2019, à 10 h 45, au Mémorial de la Shoah, Paris, la "Société d’histoire des Juifs de Tunisie et d’Afrique du Nord organise, en partenariat avec le Mémorial de la Shoah, une cérémonie en hommage aux victimes de la rafle des Juifs de Tunis par les SS, le 9 décembre 1942. 


Jewishrefugees.blogspot published WW2: 40 Tunisian Jews never returned 
« Les Juifs d'Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale » de Claude Santiago et Antoine Casubolo 
« Les Juifs d'Afrique du nord face à l'Allemagne nazie » par Dan Michman et Haim Saadoun
« Tunisie, une mémoire juive », par Fatma Cherif et Saïd Kasmi
« La cuisine juive tunisienne » par Andrée Zana Murat

Le sort des Juifs de Tunisie pendant la Deuxième Guerre mondiale est peu connu.

Il présente une double singularité.


A la différence du Maroc et de l’Algérie, la Tunisie, alors protectorat français, a été occupée par les Nazis (novembre 1942-avril 1943).

De plus, des Juifs ont aussi été déportés de ce pays « vers les camps de concentration en... avion », a précisé Serge Klarsfeld, président des Fils et filles de déportés Juifs de France (FFDJF).


Le Centre de Documentation Juive Contemporaine (CDJC) avait accueilli en 2002 l’exposition "Les Juifs de Tunisie pendant la Seconde Guerre mondiale" conçue par la Société d’Histoire des Juifs de Tunisie (SHJT). Avec la cérémonie commémorative à la Mairie du IVe arrondissement et le colloque à l’Université Paris Panthéon-Sorbonne, cet événement avait commémoré le 60e anniversaire de la rafle des Juifs de Tunis le 9 décembre 1942. 

Cette exposition actualisée, intéressante et didactique "Les juifs de Tunisie pendant la Seconde Guerre mondiale (octobre 1940-mai 1943). Régime de Vichy et six mois d'occupation nazie", est présentée à la Mairie du IVe arrondissement de Paris. "Du 7 au 17 mai 2019, découvrez une exposition à la mairie du 4e qui rend hommage à la mémoire des victimes de Tunisie tuées parce que juives, sous le régime de Vichy et six mois d'occupation nazie, d'octobre 1940 à mai 1943. En partenariat avec le Mémorial de la Shoah et le soutien de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, la SHJT a présenté pour la première fois en 2002, cette exposition fondée sur des documents d'archives publiques et privées, relatant la situation des Juifs de Tunisie sous le Régime de Vichy et la période d'occupation allemande. L'ouverture de nouvelles archives publiques, appuyée sur quelques fonds de journaux privés ont permis d'actualiser cette exposition. Elle apparaît à la fois informative et historique. Hommage à la mémoire des victimes de Tunisie tuées parce que juives. Respect et Volonté de ne pas oublier et de transmettre."

On ne peut que regretter que cette exposition claire, didactique, intéressante, soit "islamiquement et arabiquement correcte" : elle présente la dhimmitude, statut cruel et humiliant infligé aux non-musulmans (juifs, chrétiens, etc.) comme la tolérance du judaïsme !? Elle omet l'enthousiasme de nombreux Tunisiens musulmans à l'égard du nazisme, des victoires militaires du IIIe Reich, etc. Quid de la lenteur de la France à indemniser les Juifs tunisiens spoliés ? C'est d'autant plus surprenant que nombre de livres et documents ont évoqué ces thématiques. 



Les commissaires de l'exposition sont Claude Nataf et Claire Rubinstein-Cohen, respectivement président et vice-présidente de la SHJT. 

Entre engagements et persécutions 
À la veille de la Deuxième Guerre mondiale, 90 000 Juifs vivaient en Tunisie. Parmi eux, "une minorité italienne, importante par son poids économique et ses rapports avec l’Europe. Frappés dès 1938 par le statut des Juifs en Italie, les Juifs italiens sont en Tunisie considérés comme ennemis par le gouvernement français lors de l’entrée en guerre de l’Italie".

« En novembre 1940, l’amiral Esteva, résident général de France en Tunisie, édicte un statut applicable aux 69 500 Juifs. Discriminatoire, il diffère un peu de celui de Vichy », a indiqué Claude Nataf, président de la SHJT.

Mais la situation des Juifs empire vite. Éviction de la Fonction publique et d’activités libérales, numerus clausus, aryanisation des affaires, rackets par les Nazis, prises de notables en otages, camps d’internements, constitution d’un fichier Juif sous l’impulsion du colonel Hayaux du Tilly, action du colonel Rauff, chef de la SS, etc.


La liste est longue des souffrances des Juifs de Tunisie dont l’espoir de s’engager dans l’Armée française a été déçu par le gouvernement de la IIIe république et par le Comité de Libération nationale, comme l’a révélé l’historien Philippe Landau.

Lpogrom commis par des Arabes à Gabès (Tunisie) est survenu le 20 mai 1941 ; sept Juifs ont été assassinés par des musulmans sur la place de la synagogue. Un gendarme a aussi été tué. Le site Harissa présente des témoignages bouleversants de ce pogrom.


Le 9 novembre 1942, les Nazis envahissent la Tunisie. Ils "organisent des rafles dont la plus importante se déroule à Tunis.  Au total, près de 5 000 Juifs sont envoyés dans des camps de travaux forcés. À partir d'avril 1943, commenceront les premières déportations vers les camps en Europe".

Après "l’invasion germano-italienne de 1942", les Juifs italiens "subissent la persécution antisémite des occupants. La victoire alliée de mai 1943 ne met pas fin à leur situation"


Dans cette histoire douloureuse, il convient de relever l’action de Justes, tels ces Tunisiens musulmans qui ont hébergé à Mahdia la famille de l'ancien ambassadeur d’Israël, S.E. Nissim Zvili, qui, âgé d'un an, a porté l’étoile jaune.

Et comme le souligna Avraham Benabou, alors conseiller à l’ambassade d’Israël, il importe de mettre un visage derrière des chiffres, de décrire la vie des Juifs persécutés parce que Juifs, et non pour une quelconque revendication politique.

C’est ce que fait cette exposition claire qui se fonde sur des archives françaises, tunisiennes et allemandes, publiques et privées, et souvent inédites.


Ainsi sont présentées des figures de cette communauté, dont Moïse Borgel, son président.

C’est en hommage à ces Juifs persécutés que le rabbin Amos Haddad a récité les prières le 8 décembre 2002, lors d’une cérémonie particulièrement émouvante en présence de M. Zvili, Ridha Zguidane, conseiller à l’ambassade de Tunisie, d’élus et de représentants d’associations juives.


Ignorance du sort des Juifs en Afrique du nord pendant la Deuxième Guerre mondiale ? Absence de prise de conscience que leur sort était lié à celui de leurs coreligionnaires en Europe continentale ? Indifférence pour le sort des Juifs sépharades ? Jusqu'au milieu des années 2000, la cérémonie en hommage aux Juifs raflés se déroulait non pas au Mémorial de la Shoah, qui pourtant accueillait une cérémonie en hommage aux combattants juifs du ghetto de Varsovie, mais par exemple à la Mairie du IVe arrondissement de Paris.

A quand une exposition au Mémorial de la Shoah sur la situation des Juifs dans l'Empire français, dans les empires coloniaux de puissances européennes - France, Italie, Pays-Bas, etc. -, en Afrique et en Asie, et sur le grand mufti de Jérusalem al-Husseini ?


Addendum
Claire Rubinstein-Cohen a publié "Portrait de la communauté juive de Sousse (Tunisie). De l’Orientalité à l’Occidentalisation. Un siècle d’histoire (1857-1957)"(Edilivre, 2011). "La communauté juive de Sousse constituée de 1500 personnes en 1857 était soumise au statut de la Dhimma, tolérance accordée par les Musulmans aux Gens du Livre, (Ahl el kittab), Juifs et Chrétiens. Le 10 septembre 1857, Mohamed Pacha Bey promulgua une constitution réformiste, le Pacte fondamental, qui introduisit l'égalité entre tous les groupes confessionnels. Le Protectorat français fut établi sur la Régence de Tunis, par le Traité du Bardo, le 12 mai 1881, et fut assorti de la Convention de la Marsa le 8 juin 1883. Il prit fin avec l'indépendance de la Tunisie, le 20 mars 1956. La République tunisienne fut proclamée le 25 juillet 1957. De 1857 à 1957, la communauté juive a présenté un fort enracinement en terre d'Islam, et a vécu ensuite dans le contexte colonial. Comment, cette communauté, liée à une culture séculaire, a-t-elle pu basculer d'un univers arabophone, immergé dans l'orientalité, vers une nouvelle culture tournée vers l'occident, en un siècle, de 1857 à 1957 ? L'étude de la communauté juive de Sousse de 1857 à 1957 montrera le passage de la tradition orientale à l'acculturation et à l'occidentalisation, à travers trois divisions majeures : La première partie (1857-1881) présente un portrait de la communauté juive de Sousse, composée de Juifs autochtones, les Swâsä et de Juifs ibéro-italiens les Grânä, de son orientalité ainsi que de son début d'ouverture face aux incitations venues d'Europe, depuis le Pacte fondamental de 1857, jusqu'à l'établissement du Protectorat français (1881). La deuxième partie (1881-1939) est consacrée à l'analyse des vecteurs sociaux, économiques, culturels et politiques, qui ont entraîné des mutations structurelles, poussant les Juifs de Sousse à délaisser une identité orientale encore très présente, pour une marche vers l'occidentalisation, au cours de la période 1881-1939, liée aux évènements internationaux, qui accentuent les clivages entre tradition orientale et modernité. Dans le même temps, le sionisme, nationalisme juif laïc d'Europe centrale, réclamait avec Théodore Herzl, (1860-1904), le retour du peuple juif en Palestine. Ce courant eut une influence constante sur les Juifs de Sousse. La troisième partie (1939-1957) précise le poids des mesures infligées à la communauté juive, pendant la Seconde Guerre mondiale, en raison de l'instauration du Statut des Juifs en Tunisie, de l'occupation de Sousse par les troupes italo-allemandes, et des conséquences de la politique raciale nazie appliquée en Tunisie de novembre 1942 à avril 1943. Après la Seconde Guerre mondiale, l'ébranlement des valeurs traditionnelles en Europe et dans le monde secoue la population de Sousse. Le mouvement d'occidentalisation continue cependant dans la communauté juive de Sousse qui se compose, en 1953, de 4415 personnes. Les Juifs du Sahel forment un groupe de 6000 personnes. Les départs pour Israël entraînent une première rupture de cette communauté. L'autonomie interne en 1954, l'indépendance en 1956 et la proclamation de la République tunisienne en 1957 transforment la situation des Juifs de Sousse et éveillent des inquiétudes, provoquant une fragilisation identitaire. Projetés dans l'histoire de la décolonisation, et dans le conflit israélo-palestinien en 1956, les Juifs de Sousse devront, comme l'ensemble des juifs de Tunisie, faire face à trois options en 1957 : Israël, la France, ou la nouvelle République tunisienne dirigée par Habib Bourguiba."

La Société d'histoire des Juifs de Tunisie (SHJT) et l'Alliance israélite universelle (AIU) ont projeté Histoire des Juifs d'Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondialedocumentaire d'Antoine Casubolo Ferro (2014)le 16 février 2014, à 16 h, à la Médiathèque Alliance Baron Edmond de Rothschild - 6 bis rue Michel-Ange, 75016 Paris -. Un débat suivra la projection.

La Société d'histoire des Juifs de Tunisie (SHJT) a commémoré le 7 décembre 2014, à 10 h 45, au Mémorial de la Shoah.



Le 17 juin 2015, à 11 h, la Mairie du IVe arrondissement de Paris a accueilli, dans le cadre du Festival des Cultures Juives, la conférence de Jean-Pierre Allali, historien, ancien rédacteur en chef de Tribune Juive, auteur de Les Juifs de Tunisie sous la botte allemande. Chronique d’un drame méconnupréfacé par Élie Wiesel (Éditions Glyphe, 2014)Juifs de Tunisie : liberté retrouvée, liberté enlevée, liberté sous contrôleLa "conférence était suivie d’une visite guidée de l’exposition de photos Les Juifs de Tunisie, de la dhimmitude à la liberté, dans cette Mairie.

A l'initiative de la SHJT, lcérémonie commémorative de la rafle des Juifs de Tunis, a eu lieu le dimanche 4 décembre 2016 à 10 h 45, au Mémorial de la Shoah, 17 rue Geoffroy l’Asnier – Paris IVe, en présence de différentes personnalités civiles, militaires et religieuses. La lecture des noms des Juifs déportés de Tunisie et des victimes de la barbarie nazie décédés dans les camps de travail en Tunisie sera suivie de la récitation des prières d’usage. Heure limite d’arrivée : 10 h 40".

Le 10 décembre 2017, à 10 h 45, au Mémorial de la Shoah à Paris, la  Société d'histoire des Juifs de Tunisie organise, en partenariat avec le Mémorial de la Shoah, une cérémonie en hommage aux victimes de la rafle des Juifs de Tunis par les SS le 9 décembre 1942. 

"À la veille de la Seconde Guerre mondiale, 90 000 Juifs vivaient en Tunisie. Entre novembre 1942 et mai 1943, le pays fut occupé par les forces de l’Axe. Les Juifs connurent alors "l’angoisse, les rançons, les pillages, les souffrances du travail forcé et des dizaines de morts" (Serge Klarsfled). L’action anti-juive était dirigée par le colonel SS Walter Rauff. Ce dernier avait été responsable de la mort de centaines de milliers de Juifs, assassinés dans des camions à gaz (ancêtres des chambres à gaz) des pays Baltes à la Yougoslavie. En Tunisie, l’objectif était également de mettre en œuvre la "Solution finale". Quelques personnes furent ainsi déportées vers l’Europe. L’avancée des Alliés et leur domination militaire ont heureusement contrarié les plans nazis".


15 décembre 2017, à la Bibliothèque nationale de Tunis, "alors que la police était présente dans l’établissement public relevant du ministère de la Culture", une exposition sur la Shoah a été vandalisée. "Habib Kazdaghli, historien et universitaire tunisien, qui est chargé de la coordination de cette exposition, a été jeté dehors de la salle par un groupe d’antisémites fanatiques de la cause palestinienne. Cette exposition est le fruit de deux ans et demi de travail, et d’un investissement 35 000 euros de fonds européens et de l’UNESCO. L’idée était de faire venir des jeunes pour qu’ils voient ce qu’est le traumatisme de la Shoah. Les visiteurs sont invités à découvrir les moyens de propagande qui ont amené à un crime unique dans l’histoire en raison de sa particularité et de la façon dont il a été mené".


Le 20 décembre à 20 h, la loge George Gershwin du B'nai B'rith a organisé une soirée exceptionnelle autour du thème "Les Juifs de Tunisie sous le joug hitlérien", avec les témoignages de Jean-Pierre Allali, Frédéric Gasquet et Jacques Zérah. Dédicace des livres consacrés à cette époque accompagnée d'un buffet tunisien.

Le 9 décembre 2018, à 10 h 45, au Mémorial de la Shoah, a eu lieu la cérémonie co-organisée par la Société d’histoire des Juifs de Tunisie (SHJT) en souvenir de la rafle antijuive de Tunis. 


Le 8 décembre 2019, à 10 h 45, au Mémorial de la Shoah, Paris, la "Société d’histoire des Juifs de Tunisie et d’Afrique du Nord organise, en partenariat avec le Mémorial de la Shoah, une cérémonie en hommage aux victimes de la rafle des Juifs de Tunis par les SS, le 9 décembre 1942. Sous l’autorité du Colonel S.S. Walter Rauff, l’inventeur des camions à gaz (chambres à gaz mobiles utilisées sur le front de l’Est), les nazis ont en effet persécuté la population juive de Tunisie de novembre 1942 à la libération de Tunis par les Forces alliées, le 8 mai 1943. Serge Klarsfeld prendra la parole lors de la commémoration du 77e anniversaire de la rafle des Juifs de Tunis et de l’instauration de camps de travail sur le territoire tunisien. La cérémonie se tiendra sous la présidence du Grand rabbin de France, Haïm Korsia et il sera donné lecture des noms des Juifs de Tunisie morts au champ d’Honneur, des déportés non revenus des camps d’Europe et de ceux assassinés dans les camps de travail institués sur le sol tunisien par les nazis."


Cérémonie le 8 décembre 2019 à 10 h 45 
Au Mémorial de la Shoah
17, rue Geoffroy-l’Asnier. 75004 Paris 

Du 7 au 17 mai 2019
A la Mairie du IVe arrondissement 
2, place Baudoyer, 75004 Paris
Tél. : 01 44 54 75 04
Entrée libre du lundi au vendredi de 11 h à 17 h

Articles sur ce blog concernant :
  Cet article a été publié dans cette version plus concise par Actualité juive. Il a été republié dans ce blog le 6 décembre 2012 et le :
- 8 décembre 2013 à l'approche du 70e anniversaire de la rafle des Juifs de Tunis, le 9 décembre 1942 dont le souvenir sera rappelé lors de la cérémonie du 9 décembre 2013, à 10 h 45, dans la crypte du Mémorial de la Shoah, et lors de rencontre et projection l'après-midi ;
- 15 février et 6 décembre 2014, 17 juin et 6 décembre 2015, 3 décembre 2016, 8 décembre 2017, 22 mai et 8 décembre 2018, 12 mai et 6 décembre 2019.
Des liens renvoient vers des articles nuançant le rôle de dirigeants communautaires tunisiens. 

vendredi 6 décembre 2019

« L’écrivain Ernst Jünger - Dans les tréfonds de l‘Histoire » par Falko Korth


Arte diffusera le 8 décembre 2019 à 5 h 05 « L’écrivain Ernst Jünger. Dans les tréfonds de l‘Histoire » (In den Gräben der Geschichte. Der Schriftsteller Ernst Jünger) par Falko Korth. « Portrait de l'auteur nationaliste Ernst Jünger (1895- 1998), brillant styliste de la littérature allemande pour les uns, précurseur du nazisme pour les autres. Qui était l’auteur d'"Orages d'acier" et "Sur les falaises de marbre", ses deux œuvres les plus fameuses ? »


Diariste, essayiste et romancier francophone, lauréat de nombreuses distinctions littéraires - Prix Goethe pour l'ensemble de son oeuvre (1982), Prix mondial Cino Del Duca -, ayant participé à deux guerres mondiales, Ernst Jünger (1895-1998) « est l’un des auteurs allemands du XXe siècle les plus controversés. Ce brillant écrivain a-t-il contribué à ouvrir la voie du nazisme ? »

Né dans une famille bourgeoise allemande à Heidelberg, Ernst Jünger s'engage à l'âge de dix-sept ans dans la Légion étrangère française. Sur ces années, il écrira Jeux africains (1936).

Quand éclate la Première Guerre mondiale, Ernst Jünger sert dans l'armée allemande impériale. Blessé à plusieurs reprises, il est décoré de la croix « Pour le Mérite » en 1918, peu avant la signature de l'armistice. En 1920, il publie à compte d'auteur ses souvenirs, mêlant horreur et fascination, de ce conflit dans "Orages d'acier". Un succès critique et commercial.

Après 1918, Ernst Jünger est employé par le ministère de la Reichswehr à Hanovre pour des textes destinés à des manuels militaires. En 1923, il met un terme à ce travail et débute des études de sciences naturelles et d'entomologie à Leipzig, et parallèlement de philosophie. Ses lectures l'orientent vers Nietzsche et Spengler.

Après avoir voyagé en Italie en 1925, il entre dans la vie active en travaillant comme écrivain et journaliste politique pour des publications nationalistes, des ligues d'anciens combattants. Il s'intéresse aux cercles nationaux révolutionnaires où s'élabore le mouvement de pensée "la Révolution conservatrice" sous la république de Weimar. Il se lie avec Otto Strasser, Erich Mühsam et Ernst Niekisch, idéologue du National-bolchévisme.

« Au moment de la République de Weimar, il exprime son mépris pour la démocratie dans une série d’articles aux accents nationalistes, et ses textes connaissent aujourd’hui un regain d’intérêt en Allemagne dans les milieux d’extrême droite ».

En 1930, est publié le livre "La Mobilisation totale", essai historique et politique d'Ernst Jünger, et, en 1932, "Le Travailleur", « couronnement des réflexions politiques de l'auteur » selon Louis Dupeux. Ernst Jünger y loue le néo-nationalisme, notamment l'État, la technique, et le vitalisme. Walter Benjamin, considère Jünger comme « le fidèle exécutant fasciste de la guerre des classes ».

Ere nazie
Ernst Jünger se tient à distance d'événements risquant de montrer une approbation du régime nazi.

"Quant à la question juive, il ne lui trouve aucun intérêt sur le plan politique. Il la règle d’ailleurs en une formule que Julien Hervier juge d’une détestable ambiguïté : « ou bien être Juif en Allemagne, ou bien ne pas être ». Ce qu’il explicita en associant « le Juif de civilisation » (entendez le Juif  soucieux de s’intégrer et de s’assimiler aux Allemands) au libéralisme honni", constate Pierre Assouline en 2014. Quand il a connaissance que son club de vétérans de la Première Guerre mondiale, d'anciens du régiment, a exclu ses membres juifs, il en démissionne.

"Pourquoi ne s'engage-t-il pas aux côtés des officiers instigateurs du complot du 20 juillet 1944 contre Hitler, alors qu'il est en plein accord avec eux ? Parce qu'il réprouve les actes terroristes. C'est au nom du même principe, que, militant nationaliste, il refuse, en 1922, de se joindre au corps franc qui assassine le ministre des Affaires étrangères, Walther Rathenau. Question de tenue. Jamais la fin ne justifie les moyens. Il le dira noir sur blanc aux nazis qui multiplient les appels du pied : "Ce n'est pas [...] une caractéristique majeure du nationaliste que d'avoir déjà dévoré trois juifs au petit déjeuner."

En 1939, est édité "Sur les falaises de marbre", un roman allégorique dénonçant la barbarie nazie, le totalitarisme.

Quand Hitler déclenche la Deuxième Guerre mondiale en envahissant la Pologne, Ernst Jünger sert dans la Wehrmacht,  l'armée allemande, comme capitaine durant la campagne de France. A Paris, il vit dans un palace où il écrit son "Journal de guerre" et "La Paix, appel à la jeunesse d'Europe et à la jeunesse du monde" dans une tonalité chrétienne.

Démobilisé, il revient en Allemagne à l'été 1944. Peu après, son fils aîné âgé de dix-huit ans est tué en Italie par des partisans.

Biographe d'Ernst Jünger, "Julien Hervier définit bien sa position que l’on peut juger ambiguë, lâche, tout ce que l’on veut : « Son comportement sous le nazisme a été d’une dignité parfaite, et il a clairement rejeté toute compromission avec le régime […] Il a toujours refusé de revendiquer une quelconque appartenance à un mouvement de résistance […].» C’est justement ce que nous pouvons lui reprocher au regard des conjurés du 20 juillet 1944, dont certains furent très proches de lui, même s’il approuva leur tentative d’attentat contre Hitler… Mais le destin le rattrapa, si l’on ose dire, à travers son fils Ernstel. Quand celui-ci – âgé de dix-sept ans - fut arrêté pour dénonciation sans doute calomnieuse, de propos visant ouvertement la pendaison du Führer, son père usa de tout son pouvoir, encore plus ou moins intact, pour le faire libérer. Lorsqu’il se fit tuer au combat, Jünger pensa qu’il fut de facto assassiné. Dans un texte écrit à la mémoire de son fils, il dit : « Cher petit. Depuis l’enfance, il s’appliquait à suivre son père. Et voici que, du premier coup, il fait mieux que lui, le dépasse infiniment », analyse Michaël de Saint-Cheron en 2014.

 Et Michaël de Saint-Cheron d'observer : "Avant de poser un point final, il faut encore saluer le travail formidable de Julien Hervier et dire combien nous partageons sa dénonciation de l’aveuglement, de la cécité totale dans laquelle Jünger a pu tomber – ou dans laquelle il était naturellement en tant qu’Allemand ayant combattu dans les deux Guerres mondiales au nom d’une vision supérieure de l’Allemagne – lorsque dans La cabane dans la vigne – Journal 1945-1948, il ose comparer la situation des millions de victimes du nazisme, de la Gestapo, exterminées par millions dans les camps, dans les conditions ignominieuses, inhumaines que l’on connaît, avec celle des Allemands anonymes de l’automne et de l’hiver 1945-46. Si seulement il parlait des victimes d’Allemagne de l’est déportées au Goulag ! Mais comment comparer ? Outre le fait qu’il utilisa Isaïe pour étayer sa thèse insensée, il osa écrire à la date du 13 novembre 1945, que les victimes assassinées dans les « sinistres cachots où s’éteignaient leurs vies n’en étaient pas moins, de l’autre côté du globe, objets de pitié et d’amour. Ils avaient leurs défenseurs. Les anonymes sans nombre qui subissent aujourd’hui le même destin sont privés d’intercesseurs. Leurs râles d’agonie se perdent dans une affreuse solitude. » Jünger, mort à 104 ans, emporta dans la tombe sa vision démentielle de l’histoire et de la défaite allemandes qu’il pouvait nourrir, quand bien même il avait été antinazi. Un siècle après le début de la Première Guerre mondiale, soixante-dix ans après le débarquement de Normandie et la libération de Paris - Paris où il arriva au jeune officier de la Wehrmacht de saluer l’étoile juive quand il la vit pour la première fois portée par trois jeunes filles et qu’il saluera à nouveau  - la figure souvent contestable de Jünger, n’en demeure pas moins celle d’un écrivain allemand, qui laissa plus souvent encore sa noble empreinte dans notre mémoire de ce passé si présent."

Célébré dès les années 1950
Après la victoire des Alliés, Ernst Jünger refuse de participer à la dénazification. Pendant quatre ans, il lui est interdit de publier ses oeuvres.

En 1950, il s'installe à Wilflingen, en Souabe, voyage, se passionne pour les coléoptères, se soucie de l'environnement naturel, et évolue idéologiquement vers l'adhésion à l'individualisme contre un Etat tout puissant.

« Mais Ernst Jünger est aussi considéré comme l’un des plus grands stylistes de la littérature allemande et un témoin incomparable de son époque. Qui était l’auteur d'Orages d'acier et Sur les falaises de marbre, ses deux œuvres les plus fameuses ? Que nous apprend sa vie sur l’histoire allemande et européenne du XXe siècle ? »

« Le réalisateur Falko Korth brosse un portrait sobre et précis de Ernst Jünger, donnant la parole aux chercheurs et artistes qui se sont intéressés à l’écrivain : ses biographes Helmuth Kiesel et Heimo Schwilk, l’historien Volker Weiss, la critique littéraire Iris Radisch, mais également le peintre Neo Rauch ».

« Tout en lui reconnaissant des positions politiques peu défendables, ce dernier évoque les trésors qu’il a trouvés dans son œuvre et raconte comment ceux-ci ont inspiré son travail d’artiste. »



"Gallimard publie Sur les falaises de marbre d'Ernst Jünger en mars 1942, dans une traduction de Henri Thomas. Ce roman fut interprété comme un violent réquisitoire contre l'hitlérisme – mais, mystérieusement, Ernst Jünger bénéficia de l'indulgence du dictateur.

Fin février 1939, sous l’injonction d’un rêve, Ernst Jünger commence à Überlingen, près de la frontière suisse, un récit allégorique, La Reine des serpents. Mais ce n’est qu’au printemps, et mieux installé près de Hanovre, à Kirchhorst, dans un immense presbytère, qu’il s’attelle véritablement à son livre. « Il s’agit de montrer que dans la décadence, où se concentre tant de matière obscure, le rationalisme est le principe le plus décisif », écrit-il dans son journal, en date du 5 avril. Puis, le 16 de ce mois, il donne à son « Capriccio » un nouveau titre, Sur les falaises de marbre : « Peut-être exprime-t-il encore mieux l’accord de beauté, de grandeur et de péril que je pressens ».

Héros glorieux de la guerre de 1914, et auteur d’un volume, Orages d’acier, qu’aussi bien Gide que Hitler ont considéré comme « le plus beau livre de guerre » qu’ils aient jamais lu, Jünger n’est pas dupe des intentions du Führer. À partir de la « nuit de cristal », il a pris ses distances avec la politique nazie. Ce pogrom contre les Juifs d’Allemagne l’a si profondément répugné qu’il est à l’origine, entre autres choses, de sa conception de Sur les falaises de marbre. « Exilé de l’intérieur », Jünger cherche à y décrire cette situation d’une façon mythique, mais avec beaucoup de précision. Jusqu’à la fin mai 1939, chaque matin, devant les grands buissons de cytise qui brillent merveilleusement au jardin, il travaille donc « assez bien » aux Falaises. Et si les choses vont ensuite un peu moins vite, c’est qu’il prend « la peine de fouiller chaque phrase du texte jusqu’à la perfection ». Le 28 juillet, tard dans l’après-midi, il met la dernière main à son œuvre : « Il me semble avoir à peu près réalisé ce livre comme je l’imaginais – quelques passages mis à part où l’esprit s’est trop tendu, de sorte que la langue a été comprimée et est devenue cristalline ; elle y ressemble à un fleuve qui charrie des glaçons. Elle devrait déboucher sur une prose sans vibrations et sans rotation, d’une grande fixité. » Le 12 août, l’écrivain achève de mettre le tout au net ; il enferme dans son cartonnier le manuscrit original, après l’avoir daté.

Aussitôt qu’il l’a lu, son frère s’inquiète : « Ton livre, ou bien ils l’interdiront dans les quinze premiers jours, ou bien jamais. » Mais Jünger est mobilisé le 26 août, et nommé capitaine. S’il n’a pas spécifiquement pensé au Führer en inventant le personnage du « Grand Forestier », il ne peut s’empêcher d’y songer en corrigeant les épreuves du livre, le 10 septembre. Son immédiat succès, d’ailleurs, ne l’enchante pas ; le roman apparaît trop clairement « comme un merle blanc tout à fait à part » dans la littérature sous le Troisième Reich. Le chef de la censure nazie en demande l’interdiction ; toutefois, par admiration des premières œuvres de Jünger, Hitler souhaite qu’on le laisse tranquille.

À partir de juin 1941, dans Paris occupée, Jünger travaille donc à l’état-major et vit à l’hôtel Raphaël, avenue Kléber. Le 6 août, Gallimard rachète à son éditeur allemand les droits de quatre de ses livres. En octobre, Henri Thomas écrit dans La NRF de Drieu une note enthousiaste sur Les Falaises de marbre, dont il entreprend la traduction, de même que celles du Cœur aventureux (1942) et des Jeux Africains (1944).

Jünger fréquente beaucoup le milieu littéraire, voit Paulhan aussi bien que Montherlant, Morand, Cocteau, Jouhandeau, Léautaud, et même Céline qu’il n’apprécie guère. Le 22 février 1942, Madeleine Boudot, la secrétaire de Gallimard, lui remet les placards des Falaises de marbre et le livre enfin paraît. Jünger est impressionné par le travail rusé de son traducteur. Le 11 mars, il s’en entretient avec Gaston Gallimard, qui lui « donne une impression d’énergie éclairée, aussi intelligente que pratique – celle même qui doit caractériser le bon éditeur. Il doit y avoir aussi en lui quelque chose du jardinier ». Jünger est l’écrivain allemand le plus lu en France à cette époque. Entre avril et mai 1943, il intervient auprès du général Von Stülpnagel pour que le neveu de Gaston – sur qui on souhaite d’évidence faire indirectement pression – ne soit pas requis par le Service du Travail Obligatoire, le STO. Gaston lui en sera toujours reconnaissant. Drôle d’époque. Si Les Falaises de marbre est perçu par certains résistants comme un livre de chevet, le 13 juillet, Jünger apprend que sa lecture réconforte les soldats allemands sur le Front de l’Est. Mais les choses se gâtent. Ayant été mêlé à l’attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler, Jünger se retrouve soudain au centre d’un cyclone, auquel il échappe presque miraculeusement.

À la libération, il a de même la surprise, le 30 juin 1945, d’entendre commenter les Falaises de marbre par l’émetteur de Londres ; mais il est un peu agacé qu’on veuille n’y lire qu’un récit à thèse là où il a voulu renouer dans des circonstances tragiques avec les puissances fraternelles d’un monde sans âge. Le hasard veut aussi que, une fois l’Allemagne envahie par les Alliés, un officier du nom de Stuart Hood ait fait partie de ses « occupants », au presbytère de Kirchhorst ; découvrant avec passion Sur les falaises de marbre, celui-ci le traduit de retour en Écosse.

Par la suite, le roman a beaucoup été interprété par les critiques français : Béguin, Caillois, Blanchot, Nadeau, au point que Jünger a reconnu avoir été mieux lu en France que partout ailleurs. Par rapport à la Ferme des animaux (1945) de George Orwell, dont on a l’a rapproché parfois, le chef-d’œuvre de Jünger n’est pas une fable à clés, ni même une stricte allégorie des forces en action dans un régime totalitaire ; son vrai pouvoir réside dans sa langue, qui tire le livre entier vers le poème en prose. Plus encore que le Roi des Aulnes, Le Rivage des Syrtes est sans doute le roman français qui a fait entendre le timbre de voix le plus proche des Falaises de marbre, essayant d’atteindre le fond d’une réalité politique par le biais du mythe, à travers plusieurs couches de rêve."


Allemagne, 2019, 53 min
Sur Arte le 8 décembre 2019 à 5 h 05. Disponible du 27/11/2019 au 26/12/2019
Visuel : © Gisela Deventer

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