Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

lundi 31 juillet 2017

« Richard Wagner et les Juifs » de Hilan Warshaw


« Richard Wagner et les Juifs » (Wagner’s Jews) est un documentaire de Hilan Warshaw (2013). Les relations complexes entre Richard Wagner (1813-1883), célèbre compositeur et librettiste allemand d’opéras romantiques, concepteur de l’opéra comme Gesamtkunstwerk - « œuvre d’art totale » (Gesamtkunstwerk)associant musique, danse, chant, poésie, théâtre et arts plastiques -, ainsi qu’auteur d’écrits antisémites, et des admirateurs et soutiens contemporains Juifs. L'interdiction de concerts de ses œuvres demeure un relatif tabou en Israël. Lors du festival de Bayreuth 2017, le metteur en scène australien, Barrie Kosky a "attaqué le compositeur allemand avec sa production politique des Maîtres chanteurs de Nuremberg.


Pour quelles raisons Richard Wagner, qui ne cachait pas son antisémitisme , a-t-il bénéficié de mécènes et soutiens, parmi les plus dévoués, Juifs ? Quels liens reliaient ceux-ci à Wagner malgré ses appels à l’élimination des Juifs de la vie allemande ? Pourquoi ces jeunes musiciens, producteur ou amis Juifs de Wagner lui ont-ils gardé leur affection et leur admiration, lui ont-ils apporté l’aide indispensable à sa carrière et à son travail, alors que leurs coreligionnaires se distançaient, et rompaient toute relation avec cet artiste ?

Quelles sont les racines de l’antisémitisme de Wagner ? Jalousie à l’égard du succès des opéras de son contemporain et rival Juif, Giacomo Meyerbeer (1791-1864) ? Doutes sur l'identité de son père et probabilité d'avoir une origine Juive honnie de lui ? 

Pour répondre à ces questions, et à l’occasion du 200e anniversaire de la naissance de Richard Wagner, le réalisateur américain Hilan Warshaw s’intéresse à certains supporters ardents Juifs, tel Hermann Levi, fils d’un rabbin et artiste ayant dirigé la première du Parsifal de Wagner tout en refusant de se convertir au christianisme pour diriger cette oeuvre si chrétienne, Angelo Neumann (1838-1910), qui a produit des œuvres de Wagner en Europe et contribué à son succès public - Wagner reconnaissait que les spectateurs de ses spectacles, ou du moins "ceux des premières rangées", étaient majoritairement Juifs -, Joseph Rubinstein (1847-1884), pianiste proche de la famille de Wagner pendant des années, ayant achevé l’orchestration de certains de ses opéras et s’étant suicidé à la mort de Wagner, Carl Tausig (1841-1871), élève de Franz Liszt, pianiste et compositeur polonais, qui comptait parmi les collaborateurs les plus proches et appréciés de Wagner… Citons aussi le maître de chœur Heinrich Porges.

Hilan Warshaw se rend aussi là où a vécu et travaillé Wagner, en Allemagne, en Suisse et en Italie. Il se penche sur les rapports complexes qu'entretenait Wagner avec les Juifs.

En 1850, Wagner publie sous pseudonyme « K. Freigedank » (« libre pensée ») Das Judenthum in der Musik (La judéité dans la musique) dans Neue Zeitschrift für Musik. Il y écrit que la musique juive est dénuée de toute profondeur et expressivité, caractérisée par la froideur et l’indifférence, l’insignifiance et la bêtise. Ce pamphlet antijuif est republié sous le nom de Wagner en 1869.

Dans Deutsche Kunst und Deutsche Politik (1868), Wagner stigmatise « l’influence nuisible des Juifs sur la moralité de la nation ». Si cet antisémitisme est honni de Minna Player, première épouse de Wagner, il est partagé par Cosima von Bülow qui devient la seconde épouse de Wagner après que celui-ci a divorcé.

Le même Wagner a loué des compositeurs Juifs comme Félix Mendelssohn (1809-1847) (ouverture Les Hébrides) et Jacques-Fromental Lévy dit Halévy (1799-1862), auteur notamment de La Juive.

En 1985, l’exposition Wagner et les Juifs au Musée Richard Wagner à Bayreuth, cité bavaroise où est enterré Wagner et où il a fondé en 1876 le festival d’opéra dédié à l'exécution de ses dix principaux opéras, avait souligné la similitude entre les expressions antisémites de Wagner et celles des Nazis, et relevé que Wagner était revenu sur ses premières déclarations antisémites. Un festival dirigé à partir de 1930 par Winifred Wagner, belle-fille de Wagner et épouse de son fils Siegfried, et amie personnelle d’Hitler, devenu chancelier du IIIe Reich en janvier 1933. Dans la famille Wagner, Gottfried Wagner, musicologue et réalisateur né en 1947, et arrière-petit-fils de Wagner a critiqué les sympathies de sa famille pour le nazisme.
Si Wagner comptait à Vienne des admirateurs fervents, il y était vivement critiqué par l'écrivain Juif Daniel Spitzer.

En 2012, les éditions Berg ont publié Wagner contre les Juifs. « La Juiverie dans la musique » et autres textes, essai de l'historien Pierre-André Taguieff. L'éditeur présente ainsi cette somme :
"Dans l’histoire de l’antisémitisme moderne, le rôle joué par Richard Wagner (1813-1883) est aussi important qu’incomparable. Par son essai polémique publié en 1850, Das Judenthum in der Musik (« La juiverie dans la musique »), où il prend pour cible les Juifs dont il dénonce l’influence selon lui polymorphe et corruptrice, il a largement contribué à la formation de l’antisémitisme moderne en tant que « code culturel ». Ce pamphlet, réédité dans une version augmentée en 1869, fut suivi d’autres textes où Wagner a précisé ou développé ses prises de position antijuives. Wagner voit dans l’émancipation des Juifs la cause principale de l’« enjuivement » (Verjüdung) des sociétés modernes où ils ont pris place, accélérant ainsi la « décadence » des formes artistiques. Sa thèse centrale est que les Juifs ont transformé l’art en marchandise. En dénonçant le monde moderne comme « enjuivé », c’est-à-dire « dégénéré », Wagner rejoint sur un point essentiel les polémistes antimodernes. Dans le triomphe du modernisme, porté autant par la « puissance de l’argent » que par la « puissance de la plume » (celle du journaliste) et les séductions trompeuses de « la mode », il voit une « victoire du monde juif moderne ». L’antisémitisme wagnérien représente ainsi le prototype de l’antisémitisme « révolutionnaire conservateur ». Wagner a esquissé un programme de régénération du monde moderne qui tient en une formule : « désenjuiver » la culture européenne. En comprenant ce « désenjuivement » comme une libération des peuples européens, les wagnériens pangermanistes ont ouvert la voie à l’antisémitisme « rédempteur » qui sera au cœur de la doctrine hitlérienne. Dans cet ouvrage, Pierre-André Taguieff a choisi de privilégier le retour aux textes de Wagner sur et contre les Juifs et « la juiverie », trop négligés, mal lus et sous-estimés comme tous les écrits dits « théoriques » du Maître. Il montre que l’antisémitisme des écrits polémico-théoriques de Wagner est une réalité, alors que celui de ses œuvres poético-musicales n’est qu’une hypothèse, non sans suggérer que cette dernière est rendue vraisemblable par ses écrits antisémites et ses opinions antijuives maintes fois exprimées...
La réinvention des mythes germaniques par Wagner, adepte par ailleurs de la thèse de l'origine aryenne de la civilisation, a nourri l'idéologie allemande dès le Deuxième Reich, lui fournissant des modèles de héros et de créatures démoniaques ou repoussantes. Dans ses écrits doctrinaux et ses déclarations publiques, à partir de 1850, Wagner a beaucoup fait pour diffuser la thèse selon laquelle l'influence juive dans la culture européenne était essentiellement négative, porteuse de corruption et de dégénérescence, et qu'il fallait de toute urgence lutter contre le processus de « judaïsation (Verjüdung) de l'art moderne ». Ce qu'il stigmatise comme « enjuivement » ou « judaïsation » de l'art et plus généralement de la culture au XIXe siècle, il l'analyse à la fois comme un effet pervers de l'émancipation et comme un processus corrélatif de la « décadence » des formes artistiques en Allemagne. La « judaïsation » représente pour Wagner le triomphe du « Juif cultivé », du Juif moderne sorti du ghetto, un Juif ayant cessé de parler yiddisch, parlant et s'habillant comme un citoyen allemand, un Juif quasi-indiscernable perçu et dénoncé par Wagner comme le type même du « parvenu ». La thèse centrale du musicien-prophète est que les Juifs modernes ont transformé l'art en marchandise.  Dans son article intitulé « Modern » - qui joue sur les connotations du mot en allemand : d'une part, « moderne », mais, d'autre part, « pourrir » -, achevé le 12 mars 1878, Wagner dénonce dans le triomphe du modernisme, porté autant par la « puissance de l'argent » que par la « puissance de la plume » (celle du journalisme), une « victoire du monde juif moderne ». En posant que le monde moderne est un monde « judaïsé » ou « enjuivé », c'est-à-dire « dégénéré », Wagner rejoint sur un point essentiel les polémistes catholiques traditionalistes qui, dans le dernier tiers du XIXe siècle, radicalisent dans un sens antijuif la dénonciation des « erreurs modernes » par le Vatican, qui visait avant tout l'athéisme, le matérialisme et la franc-maçonnerie. Wagner a esquissé un programme de régénération du monde moderne, qui tient en une formule : « déjudaïser » la culture européenne. En comprenant cette « déjudaïsation » comme une libération ou une émancipation des peuples européens, Wagner a ouvert la voie à l'antisémitisme « rédempteur » qui sera au coeur de la doctrine hitlérienne".
Archives, interviews de musicologues – John Louis DiGaetani, Robert Gutman -, chefs d’orchestre - Asher Fisch, Leon Botstein, Zubin Mehta -, d’historiens – Dina Porat, responsable à Yad Vashem, Paul Lawrence Rose -, politiciens – Yossi Beilin, artisan de la « guerre d’Oslo  » -, et extraits d’opéras wagnériens composent ce documentaire qui évoque aussi le débat relatif à la représentation d’œuvres de Wagner en Israël.

Relatif tabou en Israël
En raison de l’antisémitisme de Richard Wagner et des sympathies nazies de Winifred Wagner, l’œuvre de cet artiste a été interdite de représentations dans les salles de spectacles israéliennes et notamment dès 1938 par l'orchestre de Palestine, préfiguration de l’orchestre philharmonique d’Israël et formé de Juifs ayant fui les persécutions antisémites notamment en Allemagne et en Autriche.

En 1981, Zubin Mehta, chef d’orchestre de l’orchestre philharmonique d’Israël, a voulu briser ce tabou en dirigeant l’ouverture de Tristan et Isolde (1865). Il a souligné le fait que dans un Etat au régime démocratique comme Israël, toutes les musiques devraient être interprétées. Il a ajouté que ceux blessés par la musique wagnérienne étaient libres de quitter la salle. Deux musiciens avaient sollicité et obtenu l’autorisation de ne pas interpréter Wagner.

En août 1995, la radio israélienne a diffusé en prime time, un samedi soir, l’opéra de Wagner Le Vaisseau fantôme (Der fliegende Holländer, 1843). Un relatif tabou était alors brisé.

On aurait pu croire le débat clos.

En 2000, l’orchestre de Rishon LeZion  dirigé par le survivant de la Shoah Mendi Rodan (1929-2009) a interprété L’idylle de Siegfried de Wagner.

Or, en juillet 2001, lors du festival d’Israël, le chef d’orchestre Daniel Barenboim a dirigé le Berlin Staatskapelle. Après la représentation, il a prévenu le public de son intention de diriger l’ouverture de Tristan et Isolde. Il a demandé au public si celui-ci voulait l’entendre. Un grand nombre de spectateurs ont protesté et ont quitté la salle, quelques uns sont restés. Une représentation révélant que l’hostilité à Wagner en Israël ne s’était pas émoussée au fil des ans. Un débat qui déborde le monde des mélomanes, et qui mêle des arguments fondés et des émotions vives.

Le 17 décembre 2013, lors d’un symposium dans la capitale israélienne visant à marquer le 200e anniversaire de la création de l’orchestre symphonique de Jérusalem placé sous la direction artistique du chef d’orchestre Frédéric Chaslin, Ran Carmi, un propriétaire trentenaire d’un magasin hiérosolomytain de musique, a interrompu  une conférence sur l’interdiction de représentation des œuvres de Wagner en Israël. Il a crié au public « Dachau, Auschwitz, Kapos », exprimé son opposition  au discours antisémite du compositeur et a entonné l’hymne national israélien. Il a été interpellé par des agents de police et a quitté la salle dont environ 10% des sièges étaient occupés. Le concert d’artistes ayant influencé Wagner ou ayant été influencé par lui a été annulé faute d’un nombre suffisant de réservations et en raison des mauvaises conditions climatiques qui ont empêché les répétitions.

Le Musée Juif de Vienne (Jüdisches Museum Wien) a présenté  l'exposition Euphorie und Unbehagen. Das jüdische Wien und Richard Wagner  (Euphoria and Unease. Jewish Vienna and Richard Wagner).

Le 26 juillet 2015, après cinq ans de rénovation - espace muséal doublé - et un "investissement de 20 millions d’euros", en plein festival de Bayreuth, le musée Richard Wagner de Bayreuth a accueilli de nouveau le public. Réunissant photographies en compagnie du dictateur  – fervent amateur de Wagner et du Festival de Bayreuth -, films et tracts antisémites détenus par la famille Wagner, il évoque la vie du compositeur et, pour la première fois, les relations entre la famille Wagner et le national socialisme, les liens des descendants de la famille Wagner - et notamment la belle-fille du compositeur, Winifried Wagner - avec Hitler, souvent invité de la famille, et appelé par les enfants « l’oncle Wolf ». « Lorsque que le musée a ouvert il y a près de 40 ans, il n’était pas complet. Le musée devait non seulement évoquer sa musique, ses opéras mais aussi la réception de son travail dans les décennies qui suivirent et les relations que sa famille a entretenu avec Hitler », a déclaré le directeur du musée Sven Friedrich. Maire de Bayreuth, Brigitte Merk-Erbe surenchérit : « Nous devons avoir conscience de notre histoire et travailler avec ». Édifiée par Richard Wagner entre 1872 et 1875 près du Palais du Festival de Bayreuth, la villa Wahnfried a été entièrement restaurée et propose au public une documentation authentique et précise sur la vie du compositeur. A proximité, un immeuble moderne présente les expositions temporaires et des costumes d’opéra.

En 2015, a été publié Wagner antisémite de Jean-Jacques Nattiez. "La grandeur de l’un des plus remarquables musiciens du monde occidental peut‐elle excuser des positions parmi les plus abjectes qui soient ? Et surtout : peut‐elle justifier qu’on les ignore ? Leurs manifestations ne font malheureusement aucun doute : dans son essai « La judéité dans la musique » (1850) ou d’autres écrits dont on trouvera ici des traductions nouvelles, ainsi qu’un inédit en français. Mais peut‐on dire que les livrets et même la musique de ses opéras sont antisémites ? L’antisémitisme de Wagner est un sujet pour le moins controversé dans la littérature spécialisée dont on trouvera ici un bilan à la fois critique et polémique, mettant en jeu l’enquête biographique, l’histoire générale, l’histoire de l’antisémitisme, l’histoire de la musique,  la musicologie, la sémiologie, la psychanalyse et l’esthétique. Et comment l’expliquer ? Parce qu’il aurait été juif lui-même ? Beaucoup de ses contemporains le croyaient, comme l’atteste la vaste collection de caricatures du compositeur réunie dans cet ouvrage. Au terme d’un examen serré, il est nécessaire de poser des questions dérangeantes : faut‐il interdire l’exécution ou la représentation des opéras de Wagner ? Faut-il fermer Bayreuth ?"

Le 25 janvier 2016, Arte diffusa La Folie Wagner (WagnerWahn), de Rafl Pleger (2013) : "À l'occasion du deux-centième anniversaire du compositeur allemand, entrez de plain-pied dans la légende de Richard Wagner avec cette biographie documentaire captivante qui explore une vie et une oeuvre aussi complexes que flamboyantes. Libertin, égoïste, anarchiste en diable, Wagner mena son existence sous le signe des extrêmes. C’est seulement auprès de sa deuxième femme, Cosima von Bülow, que le compositeur put trouver complice à sa mesure, elle qui sut guider d’une main ferme son destin tumultueux et, après sa mort, construire à sa guise le “mythe Wagner”. Relecture originale du parcours du compositeur, ce documentaire se concentre sur leur extravagant duo, raconté à la manière d’un mélodrame hollywoodien des années 1950. Emmené par la musique de Wagner, ce voyage biographique hors des sentiers battus fait ainsi la part des choses entre mythe et réalité et aborde frontalement la personnalité complexe et controversée du compositeur, notamment ses convictions antisémites. Un regard inédit, éclairé par les analyses de wagnériens de renom".

En mai 2017, Nike Wagner, arrière-petite-fille de Wagner a renoncé à dirigé le festival de Bayreuth. Elle a jugé « ennuyeux à mourir de ne faire que du Wagner ». Une manifestation fondée en 1876 par Wagner en personne. « Même les rêves peuvent un jour prendre fin», a déclaré Mme Wagner, 71 ans, au journal régional Rheinische Post. « Ne faire que du Wagner est ennuyeux à mourir », a ajouté la fille de Wieland Wagner, l'inspirateur du «Nouveau Bayreuth ». En 2008, au terme d'une guerre de succession de plusieurs années, Nike Wagner avait échoué à prendre la direction du prestigieux festival de Bayreuth, dans le sud de l'Allemagne, pour succéder à son oncle Wolfgang Wagner. Ce dernier avait démissionné après 57 ans aux commandes de la manifestation. Les administrateurs avaient rejeté la candidature qu'elle présentait en duo avec le Belge Gérard Mortier, qui dirigeait alors l'Opéra de Paris, lui préférant celle des demi-sœurs Katharina Wagner et Eva Wagner-Pasquier, également arrière-petites-filles de Richard Wagner. Nike Wagner proposait d'élargir le répertoire à des compositeurs contemporains et de jouer hors les murs. Elle s'était également prononcée pour que le festival soit dirigé par une personne extérieure à la famille Wagner. Il n'y a «aucune animosité personnelle» entre elle et sa cousine Katharina, fille de Wolfgang Wagner, «même si la presse à scandale aimerait bien», a encore assuré l'arrière-petite-fille du compositeur. Elle dirige depuis 2014 le festival de Bonn dédié à Ludwig van Beethoven, après avoir été à la tête de celui de Weimar, consacré à Franz Liszt. Depuis la création de Bayreuth en 1876 par Wagner lui-même, ses descendants se déchirent régulièrement en d'interminables querelles intestines pour le contrôle de l'événement, où se presse chaque année l'élite politique et culturelle. La chancelière Angela Merkel et son époux, grand amateur de Wagner sont par exemple de grands habitués du festival".

Lors du festival de Bayreuth 2017, le metteur en scène australien, Barrie Kosky a "attaqué le compositeur allemand avec sa production politique des Maîtres chanteurs de Nuremberg. Présentée dans le cadre du célèbre festival d'opéra le 25 juillet, la comédie se veut une mise en garde contre l'intolérance et la haine. Une réalisation qui égratigne le mythe du compositeur préféré d'Adolf Hitler (1813-1883) a été présentée au public parmi lequel se trouvaient la chancelière allemande ainsi que le couple royal suédois. Tel était l'objectif du metteur en scène australien, Barrie Kosky : attaquer de front Richard Wagner dont l'antisémitisme a été clairement documenté à partir de ses écrits et correspondances au XIXe siècle. Un pari audacieux dans un festival d'opéra conçu à la gloire des œuvres du compositeur allemand et dirigé depuis les origines par ses proches et descendants, dont certains firent cause commune avec le troisième Reich au siècle dernier. Barrie Kosky ne prend pas de gants: sa production des Maîtres chanteurs de Nuremberg, une comédie autour d'un concours de chant dans la ville bavaroise au XVIe siècle, se veut un appel à la vigilance face au danger continu de l'intolérance et de l'antisémitisme. Un des personnages, Beckmesser, greffier de la ville et membre du jury, se voit au deuxième acte harcelé par la foule et recouvert d'une gigantesque tête en carton-pâte de juif orthodoxe, tout droit tirée des caricatures antisémites, avec grand nez crochu et regard rempli de haine". "mise en scène s'inspire de la vie même de Wagner. Elle s'ouvre en forme de clin d'œil caustique dans un décor représentant l'ancienne maison du compositeur à Bayreuth. On y voit Wagner assis aux côtés de son épouse Cosima, antisémite notoire, et du compositeur juif allemand Hermann Levi, avec qui il eut une relation très ambivalente. Grand admirateur de Wagner et sa musique, Hermann Levi dirigea en 1882 la première de Parsifal. Mais il dût aussi à cette époque subir les pressions du compositeur qui voulait le persuader de se convertir au christianisme. Ce que Levi ne fit jamais".
"Barrie Kosky transforme plus tard la villa des Wagner en salle de tribunal où se déroulèrent les procès de Nuremberg contre les dignitaires nazis, dans une mise en scène truffée de références à l'importance prise par la ville de Nuremberg sous le régime d'Hitler".
"Dans un entretien l'an dernier à l'AFP, le metteur en scène australien de l'Opéra-comique de Berlin avait reconnu ses «sentiments ambivalents» à l'égard de Wagner, dont les œuvres ont été utilisées par les Nazis plus tard à des fins de propagande. «Je suis le premier metteur en scène juif qui monte cette œuvre à Bayreuth et, en tant que Juif, je ne peux pas, comme le font beaucoup de gens, prétendre» que cet opéra «n'a rien à voir avec l'antisémitisme, car il a bien sûr à voir avec lui», a-t-il développé dans un entretien diffusé par la chaîne culturelle germanophone 3-Sat, ce 25 juillet".
"Le personnage caricaturé de Beckmesser «ne vient pas sur scène seulement en tant que Juif, mais comme une sorte de créature de Frankenstein représentant tout ce que Wagner haïssait: les Juifs, les Français, les Italiens, les critiques», poursuit Barrie Kosky. Pari réussi pour le metteur en scène: les critiques des médias allemands étaient positives ce mercredi 26 juillet. «Un moment de plaisir politique et polémique», juge le quotidien Tagesspiegel. «Devait-on vraiment une fois encore se pencher sur l'antisémitisme de Wagner?», demande le Spiegel, Barrie Kosky «y est parvenu de manière étonnamment convaincante et amusante». «Barrie Kosky montre les Maîtres chanteurs de Wagner comme une œuvre de propagande antisémite», souligne pour sa part le quotidien Die Welt. Nombre d'Allemands, lassés de se voir ainsi sans cesse rappeler leur sombre passé pourraient en prendre ombrage, ajoute le quotidien, qui cite toutefois de récents propos du chef de la communauté juive allemande Josef Schuster: «Dans certains quartiers des grandes villes je recommande de ne pas montrer qu'on est juif.»

« Richard Wagner et les Juifs  » de Hilan Warshaw
Etats-Unis, 53 minutes
Diffusions les 19 mai 2013 à 16 h 50, 9 novembre 2014 à 17 h 35

Du 25 septembre 2013 au 16 mars 2014
Jewish Museum Vienna (Jüdisches Museum Wien, La Vienne Juive et Richard Wagner)
Palais Eskeles
Dorotheergasse 11
1010 Wien Tél : +43 1 535 04 31
Du dimanche au vendredi de 10 h à 18 h

Visuels :
© Overtone Films LLC

Wagner antisémite de Jean-Jacques Nattiez
Caricature de Wagner par K. Klic, Humoristische Blätter, Vienne, 18 mai 1873.

A lire sur ce blog :
Articles in English      

Cet article a été publié les 19 mai et 18 décembre 2013, 14 mars et
- 5 novembre 2014, 18 mars 2015. France 3 diffusa ce 18 mars 2015 à 23 h 45 Wagner, un génie en exild'Andy Sommer : "Dans ce «road movie» biographique, Antoine Wagner, jeune photographe de 30 ans habitant à New York, part en Suisse sur les traces des son arrière-arrière-grand-père, le célèbre compositeur Richard Wagner. L'histoire de Wagner et de sa musique ont fait l'objet de milliers de documents dans le monde entier, selon des appoches multiples et des angles variés. Le réalisateur Andy Sommer a choisi de retracer le passage du compositeur en Suisse et d'offrir un panorama original de l'homme et de son oeuvre. C'est dans ce pays qu'il écrivit ses grands essais théoriques, s'attela à la composition de sa «Tétralogie», composa «Tristan und Isolde», ainsi que les « Wesendonck Lieder » ;
- 12 août 2015 et 24 janvier 2016.
Il a été modifié le 31 juillet 2017.

dimanche 30 juillet 2017

« Félix & Meira » par Maxime Giroux


Arte diffusera le 2 août 2017 « Félix &Meira » par Maxime Giroux (2014). « À Montréal, la rencontre de deux êtres perdus, une jeune mariée juive orthodoxe et un fils de bonne famille en rupture de ban, dans un film délicat aux splendides images. Meilleur film canadien, Toronto 2014 ».


« Dans le quartier de Mile End, à Montréal, Meira, jeune mariée, mère d'une petite fille encore bébé Elishiva, étouffe au sein de sa communauté juive orthodoxe, aspirant à une autre vie sans savoir laquelle. Félix, un original bohème et solitaire, qui vit à quelques rues de sa maison, revient dire adieu à son père au seuil de la mort, un riche bourgeois auquel il s'est toujours opposé et qu'il n'a pas revu depuis dix ans. Ces deux âmes inquiètes se croisent dans un petit café yiddish et vont timidement cheminer l'une vers l'autre… »

« Quand j’ai commencé le processus, j’avais plein de préjugés. J’étais défavorable à cette communauté, comme beaucoup de Québécois déconfessionnalisés. Le contact n’était pas toujours évident, mais j’ai rencontré des gens avec un sens de l’humour incroyable et un sens de la fête évident. Plus j’avançais dans le processus et plus je voyais leur profondeur, une spiritualité que je n’ai pas, un sens de la communauté – mais en même temps je continuais de trouver aberrant de les voir enfermés, contraints à ne jamais pouvoir vivre autrement. Le film témoigne de tout cela, je pense », a confié le réalisateur Maxime Giroux. Né en 1976, il a réalisé une centaine de clips dont « Parce qu’on vient de loin », sur une chanson de Corneille, récompensé au NRJ Music Award de Cannes. « Félix & Meira » est son troisième long métrage de Maxime Giroux.

« En filmant, j’avais toujours le thème de la vulnérabilité et de la fébrilité en tête et, par-dessus tout, je voulais que la caméra aille chercher l’humanité des personnages », a déclaré Maxime Giroux, qui a vécu près de Juifs hassidiques, dans le quartier de Mile End, à Montréal. Parmi les acteurs de son film, des Juifs ayant quitté le monde hassidique, notamment le new-yorkais Luzer Twersky qui interprète le rôle de Shulem, le mari de Meira.

« Des intérieurs filmés comme des tableaux, des grandes villes, de Montréal à New York, dont les lumières d'hiver changeantes exaltent la beauté, des visages à contre-jour, nimbés d'une émotion secrète… : c'est par les images, beaucoup plus que les mots, que Maxime Giroux peint l'éclosion et la fragilité de cet amour improbable ».

« Même si je suis athée, j’ai découvert chez eux [les hassidim] un sens du sacré qui est intéressant pour l’homme… Toutes les communautés, quelles qu’elles soient, ont leurs qualités et leurs défauts. Chez les juifs hassidiques, il y a énormément de règles et plusieurs personnes ne s’y retrouvent pas. Ceux qui choisissent de s’en aller se retrouvent face à plusieurs difficultés. Ils sont tout à coup sans famille, amis, logis, ou repères sociaux. Leur monde s’effondre. Grâce à des outils comme internet, ils trouvent maintenant des organisations pour les épauler… Je crois que, malgré cette histoire d’un amour improbable, les gens se reconnaissent à travers les personnages. Ils se sentent concernés par ce désir de prendre possession de sa propre vie. Félix et Meira font des choix qui sont les leurs, même s’ils savent que leur vie sera difficile », a remarqué Maxime Giroux.

« Par petites touches délicates et pudiques, constamment inspirées, il explore sans caricature les contours de deux mondes où les langues (yiddish, français, anglais) ne cessent de se mêler : celui de Meira, étroitement codifié par la religion, coupé de l'autre, celui de Félix, avec ses promesses et ses impasses ».

« Aussi touchants l'un que l'autre, les comédiens, Martin Dubreuil et Hadas Yaron », comédienne israélienne Hadas Yaron qui a reçu la coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine lors de la 69e Mostra de Venise (septembre 2012) pour Le Cœur a ses raisons (Fill The Void) de Rama Burshtein – l’action se déroulait au sein de la communauté hassidique de Tel Aviv -, « portent ce film singulier, tissé d'humour, d'espoir et de mélancolie, à l'image de la splendide chanson de Leonard CohenFamous Blue Raincoat ») qui le traverse ».

« Félix & Meira » a été distingué par le Prix du meilleur film canadien au Festival international du film de Toronto 2014, Prix Tobias Szpancer du meilleur film de la section Between Judaism and Israelism du Festival international du film à Haïfa, Prix de la meilleure actrice et celui du meilleur acteur au Festival de Turin et Prix d’interprétation (Meilleur acteur à Luzer Twersky et meilleure actrice à Hadas Yaron) au Festival international du film d’Amiens, prix du public au Festival Arte Mare de Bastia (Corse).


« Mile End est un quartier multiethnique de Montréal, près d’Outremont. L’une des plus grandes communautés ultra-orthodoxes du monde y vit, après Jérusalem, New York et Londres. D’ailleurs, au début du 20ème siècle, on nommait Montréal « La Petite Jérusalem ».
Quand j’avais une vingtaine d’années, j’ai déménagé dans ce quartier. J’étais en pleine préparation du tournage de mon premier long métrage et j’ai été immédiatement fasciné par les habitants, particulièrement par les hassidiques. Mes observations et mes recherches ont encore accru mon intérêt jusqu’à ce que cela devienne une véritable fascination qui m’a finalement mené à réaliser Félix et Meira ».

« Ce film est surtout la rencontre de deux personnes marginalisées, de deux êtres humains fragiles qui sont attirés par le fruit défendu.
Je voulais également évoqué de la vulnérabilité et de la fébrilité et pardessus tout, je voulais que la caméra arrive à refléter l’humanité des personnages ».

« Je fais toujours des films sur des gens que je ne connais pas mais que j’ai envie de connaître; la même démarche a motivé mon précédent long métrage « Jo pour Jonathan ».
Or, entrer à l’intérieur de la communauté juive hassidique n’est pas une mission facile. Même à travers les livres, on n’en a qu’une vision tronquée. L’histoire de Deborah Feldman, une hassidique qui a volontairement quitté sa communauté et s’est racontée dans un livre, fait un peu écho à notre scénario mais nous ne l’avons lu que bien plus tard dans notre processus. Ce livre a en plus été contesté aux États-Unis: certains disent que ce n’est pas une vraie ex Juive hassidique.
Tout ça est toujours très mystérieux, c’est difficile de connaître le vrai du faux. Je me suis donc promené à vélo, je suis entré dans les synagogues, en feignant naïvement de ne pas savoir que je n’y étais pas le bienvenu, et je me suis mis à rencontrer des Juifs hassidiques à New York et Montréal. Quand j’ai commencé le processus, j’avais plein de préjugés. J’étais défavorable à cette communauté, comme beaucoup de Québécois déconfessionnalisés. Le contact n’était pas toujours évident, mais j’ai rencontré des gens avec un sens de l’humour incroyable et un sens de la fête évident. Plus j’avançais dans le processus et plus je voyais leur profondeur, une spiritualité que je n’ai pas, un sens de la communauté – mais en même temps je continuais de trouver aberrant de les voir enfermés, contraints à ne jamais pouvoir vivre autrement. Le film témoigne de tout cela, je pense. »

« Quitter une communauté juive hassidique est une grosse décision, irrévocable et courageuse. On en sort sans éducation, sans d’argent, sans amis, complètement laissé à soi-même. Sans compter qu’une vie vécue dans la religion depuis l’enfance, ça ne s’efface pas du jour au lendemain. Ça prend une force incroyable, ça prend du courage, un peu de folie. C’est un film sur le courage de vivre en accord avec soi ».

« On voit dans ce film le paradoxe de deux communautés qui doivent vivre ensemble et qui, ni d’un côté ni de l’autre, ne font les efforts nécessaires pour se retrouver au milieu.
Je pense que dans une société pluraliste comme la nôtre, il faut faire un pas vers l’Autre.
C’était important pour moi de mettre en scène un Québécois francophone, qui représente une société gâtée qui a laissé de côté du jour au lendemain ses valeurs spirituelles et familiales, pour le faire se confronter au sens de la communauté des hassidiques. On est une société perdue, quand même, et je voulais mettre ça en relief. D’un côté une société avec trop de repères, trop de règles, et de l’autre une société gâtée, libre, qui est paradoxalement complètement désorientée ».
         
« Félix & Meira » par Maxime Giroux
Canada, Metafilms, 2014, 102 minutes
Image : Sara Mishara
Montage : Mathieu Bouchard-Malo
Musique : Olivier Alary
Producteur/-trice : Sylvain Corbeil, Nancy Grant, Maxime Giroux
Scénario : Alexandre Laferrière, Maxime Giroux
Avec Martin Dubreuil, Hadas Yaron, Luzer Twersky, Melissa Weisz, Josh Dolgin, Anne-Elisabeth Bossé, Benoît Girard
Sur Arte le 2 août 2017 à 22 h 30

Visuels 
Luzer Twersky
Hadas Yaron et Luzer Twersky
Hadas Yaron et Martin Dubreuil
Hadas Yaron
Martin Dubreuil
Credit : © UrbanDistribution

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Les citations sur le film sont d'Arte.

vendredi 28 juillet 2017

« Amour et sexe sous l’Occupation » par Daniel Costelle, Isabelle Clarke et Camille Levavasseur


RMC Découverte diffusera le 28 juillet 2017 à 23 h 45 « Amour et sexe sous l’Occupation », documentaire gênant de Daniel Costelle, Isabelle Clarke et Camille Levavasseur. Des Françaises entre ordre moral voulu par Vichy, intransigeances de la Résistance et sexualité libérée de l’autorité parentale, voire débridée, avec l’Occupant nazi. Ce film distille un profond malaise par son traitement biaisé, émaillé d’erreurs historiques et d’omissions, concernant notamment les Juifs.


Patrick Buisson a signé les deux volumes d’Années érotiques 1940-1945 (Albin Michel), encensés par des médias : Vichy ou les infortunes de la vertu (2008) et De la grande prostituée à la revanche des mâles (2009).

La société CC&C a adapté ce livre en une série documentaire télévisée en deux volets - « L’Occupation intime », dont le texte est lu par Alain Delon et Anouchka Delon, et « Amour et sexe sous l’Occupation » - réalisés par Daniel Costelle, Isabelle Clarke et Camille Levavasseur (2010).
   
« Collaboration horizontale »
Amour et sexe sous l'Occupation « interroge le mystère brûlant des relations intimes, hétérosexuelles et homosexuelles, en temps de guerre ; et explore ces années de chaos où la proximité avec la mort a renforcé l'aspiration au bonheur individuel, au plaisir et à la transgression ». Mais en accordant une grande place aux relations impliquant des Allemands nazis.

« Juillet 1940 : les Allemands s'installent en maîtres dans la France vaincue. Les soldats allemands impressionnent avec leur puissance et leur aura de vainqueur. L'opération séduction bat son plein ».

Patrick Buisson souligne « l’image masculine [française] dépréciée ». Métaphore ? « Le vainqueur a les traits du mâle, le vaincu ceux de la femme ».

Les « Occupants aident les Français à remettre le pays en marche ». Ou à l’exploiter au profit de IIIe Reich en spoliant les Juifs ?

« Soucieux d'encadrer les débordements, l'état-major de la Wehrmacht réquisitionne les maisons-closes » et est motivé par des préoccupations sanitaires, d’hygiène, afin d’éviter les maladies vénériennes. Le gouvernement de Vichy « reconnait ces bordels et crée un service public du sexe ».

Les « bordels les plus chics deviennent des officines du marché noir gérées par les profiteurs de guerre ».

Des SS filment leurs ébats avec des prostituées.

Patrick Buisson insiste sur « la surprise par rapport à 1870 et 1914. Les ordres sont stricts : les viols sont punis de peines de forteresses ».

C'est « la cohue dans les cabarets et les boîtes de nuit ». Et la joie chez Maxim’s et à la Tour d’Argent.

Selon Patrick Buisson, « l’instinct de vie » est aiguisé car la « vie est menacée ». Le sexe comme « révélateur des mentalités ».

Les « conquêtes allemandes ne sont pas seulement féminines : dans le Paris de l'Occupation, de Genêt à Cocteau, des homosexuels sont attirés par l'idéal masculin hyper-viril des Nazis, pactisent avec l'occupant ».

« Arletty, Florence Gould, Mireille Balin, Coco Chanel, Corinne Luchaire s'affichent avec des officiers allemands, par défi, véritable amour, intérêt professionnel, ou affinités de classe ». Ginette Leclerc « obtient l’autorisation d’ouvrir un cabaret avec son amant. Un lieu de rendez-vous pour les gestapistes ».

Certes Arletty a vécu une histoire d’amour avec Hans-Jurgen Soehring (1908-1960), magistrat nazi, officier allemand alors assesseur au conseil de guerre de la Luftwaffe à Paris. Mais elle a aussi obtenu la libération de Tristan Bernard, célèbre écrivain français juif septuagénaire interné au camp de Drancy.

Les « femmes de prisonniers de guerre perçoivent des allocations misérables ». Environ 800 000 prisonniers sont mariés. Nombre d’entre eux s’interrogent sur la fidélité de leurs conjointes.

La détresse amène des femmes à la prostitution clandestine.

Des « attentats visent les aspirants ayant des liaisons avec des femmes françaises ».

Et « près de 200 000 naissances seraient le fruit d'amours illicites avec l'ennemi ». De quelle année à quelle année ? En 1943, on recense 589 301 naissances vivantes.

Mais « aimer un Allemand, c'est forcément être une mauvaise Française ».

A « l'été 1944, l'euphorie de la Libération tourne parfois au règlement de comptes : le sort des tondues est la punition de la France qui s'est couchée et qui a couché avec l'ennemi ».

« La France dévoyée a subi le charme vénéneux de l’Occupant… La France de la ceinture serrée demande des comptes à la France de la jouissance… Le Maquis fait acte d’autorité sur les femmes et leur sexualité. Leur corps appartient à la Nation, aux hommes. C’est la victoire posthume de Vichy. Les hommes veulent purifier. Des femme sont tondues et lavées à grande eau, plongées dans le bassin municipal. Deux mille femmes sont tuées pour fait de collaboration », résume Patrick Buisson.

Arrêtée, Arletty déclara : «  Si mon cœur est français, mon cul, lui, est international ! » A ses juges, elle répliqua : « Si vous ne vouliez pas que je couche avec les Allemands, fallait pas les laisser entrer ». En 1946, le comité d'épuration l’a sanctionnée par un blâme. Interdiction lui a été aussi imposée de travailler pendant trois ans.

En « contant ces temps troublés où les autorités traditionnelles étaient remises en cause, Anouchka Delon transporte notamment les femmes françaises, témoins privilégiés de l'Occupation, dans leur passé ».

La « romancière Benoîte Groult, la résistante Gisèle Guillemot ou encore la comédienne Yvette Lebon livrent ici leurs souvenirs ».

Ce documentaire présente une large gamme de choix de femmes françaises sous l’Occupation : de la Résistante refusant toute relation avec l’Occupant allemand nazi à l’opportuniste, via l’inconsciente. On est ému par les images de femmes tondues à la Libération, le viol dont fut victime l’actrice Mireille Balin et les blessures psychologiques du chanteur Gérard Lenorman, né de l’union d’une adolescente française de seize ans et d’un violoniste volage membre des forces d’occupation allemandes. Une histoire évoquée dans sa chanson Warum mein Vater (« Pourquoi mon père »).

Mais ce documentaire gêne par sa ligne directrice – « On s’amuse à Paris », « Les jeunes se libèrent de l’autorité parentale et découvrent une nouvelle vie » tel le futur dramaturge Pierre Barillet, les « adolescents affirment leur autonomie », etc. -, ses libertés avec l’Histoire – prétendu attrait généralisé des Françaises pour l’Occupant nazi -, ses partis pris – discours évinçant généralement les Juifs, paraissant parfois complaisant -, etc.

Comme si les auteurs du documentaire étaient si fascinés par leur sujet qu’ils en perdaient toute nuance, toute perspective historique, tout regard critique.

Tous les homosexuels ne furent pas attirés par les Nazis. Né Roger Worms, le communiste homosexuel Roger Stéphane s’est engagé dans la résistance.

Quid des départements d’outre-mer et protectorats français ? Dans « Screaming Silence », documentaire de Ronnie Sarnat (2015), un Israélien relatait le viol dont il fut victime, à l’âge de 13 ans, en Tunisie, sous l’Occupation nazie, par un soldat allemand, et ses questionnements sur son identité sexuelle durant toute sa vie d’adulte.

Pourquoi avoir évoqué le ferrailleur juif Joseph Joanovici ?

Quid des couples juifs séparés : maris engagés volontaires, ayant tenté, avec succès ou non, de franchir la ligne de démarcation, ayant été déportés, etc. ?

Quid des femmes juives enceintes, raflées et détenues au Vel d’Hiv, et dont certaines, ont provoqué leur avortement avec des aiguilles à tricoter ?

Quid de l’histoire d’amour entre Hélène Berr (1921-1945), cette brillante française juive agrégative française d’anglais, et Jean Morawiecki, engagé en novembre 1942 dans les Forces françaises libres ?

On éprouvait cette même gêne en visionnant « L’Occupation intime » qui stigmatisait Maurice Chevalier, alors que celui-ci avait protégé sa compagne juive, l'artiste Nita Raya, ainsi que la famille de cette chanteuse, danseuse et actrice; et à la Libération le compositeur Norbert Glanzberg témoignera en sa faveur.
         

« Amour et sexe sous l’Occupation », documentaire de Daniel Costelle, Isabelle Clarke et Camille Levavasseur
CC&C, 2010, 72 min
Commentaire dit par Anouchka Delon
Sur Histoire les 26 mars à 20 h 40, 31 mars à 8 h 40, 2 avril à 14 h 45, 8 avril à 14 h 45 et 19 avril 2017 à 18 h 30
Sur RMC Découverte le 28 juillet 2017 à 23 h 45
  
A lire sur ce blog :
Les citations proviennent du documentaire et du communiqué de presse.
Cet article a été publié le 31 mars 2017.

mardi 25 juillet 2017

« Indonésie : la puissance, l'islam et la démocratie » par Frédéric Compain


Arte diffusera le 25 juillet 2017 « Indonésie : la puissance, l'islam et la démocratie » (Religion, Macht und Archipele: Indonesien), série documentaire en deux volets de Frédéric Compain : Le géant invisible (Der Verborgene Riese), et Le géant en marche (Vorwärts, Riese!). « Premier pays musulman au monde » - 87% de ses 204 millions d’habitants en 2010 -, l'archipel indonésien « est l'une des nouvelles puissances émergentes en Asie du Sud-Est. Un documentaire passionnant sur son histoire et sa marche vers l'avenir ».   

« Riche d'immenses ressources naturelles, l'Indonésie a mis fin à quatre siècles de colonisation hollandaise au sortir de la Seconde Guerre mondiale ».

"Environ 17 500 îles, 719 langues". Cela forme l'Indonésie, "troisième démocratie du globe en termes de population" qui deviendra "en 2030 la sixième puissance mondiale". Java rassemble 60% de la population de l'archipel.

« Ponctuée d'épisodes tragiques, sa conquête de l'indépendance et de la démocratie n'ont pas été sans heurts ».

« Premier pays musulman de la planète en nombre d'habitants et plus grande nation insulaire, elle est en passe de devenir, malgré de nombreux écueils, un nouveau géant asiatique ». 

« Plongeant dans son histoire et son passé récent grâce à de nombreuses archives, Frédéric Compain brosse un tableau complet de la société indonésienne et des enjeux auxquels elle doit faire face. Une fresque passionnante, nourrie par les éclairages de témoins et d'analystes de premier plan (hommes politiques, responsables religieux, historiens, économistes, défenseurs des droits de l'homme, journalistes…) »

Le géant invisible
« Constellation de plus de 17 500 îles baignées par le Pacifique et l'océan Indien », l'Indonésie bénéficie d’atouts géostratégiques : routes maritimes vers la Chine, l’Inde et le Moyen-Orient, contrôle du détroit de Malacca. Ces facteurs ont favorisé le commerce des épices, dont le clou de girofle et de la soie. Des dynasties bouddhiste et hindouiste, "avec leurs temples fastueux", dominent aux VIIIe et Xe siècles dans un archipel à l’agriculture florissante, notamment la riziculture.

L'islam arrive en Indonésie au XIe siècle, avec des commerçants. 

Vers le XIIIe siècle, des princes de Sumatra deviennent musulmans afin de commercer en meilleures conditions économiques avec des marchands de Perse, d’Inde et de Chine.

L’Indonésie « suscite dès le XVIe siècle l'appétit des Européens ». Les Néerlandais font venir des commerçants chinois à Batavia. Leurs descendants sont régulièrement victimes de racisme.

« Sa position sur la route de la soie  attire les commerçants portugais, qui y prennent brièvement pied avant d'en être chassés par les Hollandais. La vorace Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC, Vereenigde Oostindische Compagnie) fait main basse sur ses ressources naturelles. » Sa banqueroute induit sa dissolution en 1800.

« En 1822, le prince musulman Diponegoro tente pour la première fois de soulever l'aristocratie javanaise contre les colonisateurs, et son exil fait émerger un sentiment national inédit ».

A l’aube du XXe siècle, les Pays-Bas étendent leur contrôle sur tout le territoire indonésien.

« Les mouvements indépendantistes sont férocement réprimés et, lorsqu'ils occupent l'archipel en 1941, les Japonais sont considérés comme des libérateurs »,  mais qui pratiquent l'esclavage sexuel.  

« En août 1945, la capitulation nippone s'accompagne de la naissance de la République d'Indonésie ».

Le 17 août 1945, Soekarno et Mohammad Hatta proclament l’indépendance de l’Indonésie, et occupent les postes de président et de vice-président.

Après la Revolusi, révolution sociale, est créée le 27 décembre 1949 la République des Etats-Unis d’Indonésie. Un pays en proie à des forces séparatistes.

« Dirigée d'abord par Sukarno, puis, en 1967, par Suharto, le pays va traverser cinq décennies difficiles, marquées par la répression, le népotisme et la corruption ».

Le géant en marche
En 1955, s’ouvre à Bandoung, à l’ouest de l’île de Java (Indonésie), la conférence des pays non alignés qui marque l'entrée dans la scène politique internationale des pays du Tiers monde, et fonde le mouvement des non-alignés et regroupe 29 pays africains et asiatiques.

L'équilibre du Sud-est asiatique est en jeu. Le président indonésien joue l'ambiguité.

Le grand mufti de Jérusalem Haj Mohammad Amin al-Husseini  (1897-1974) s’y active  pour faire adopter une résolution anti-israélienne. Une influence durable en ancrant la cause anti-israélienne parmi ce mouvement soutenu par la gauche et l'extrême-gauche occidentale. En 2012, le mouvement des non-alignés réunit 120 Etats, qui comptent particulièrement dans les organisations onusiennes, notamment lors de la constitution de majorité automatique lors du vote de résolutions stigmatisant, condamnant l'Etat d'Israël à l'Assemblée générale de l'ONU.

L’île de Nouvelle-Guinée est divisée en deux parties : la Nouvelle-Guinée occidentale, qui compte environ 3,5 millions d’habitants et constitue 22 % du territoire indonésien, appartient à l'Indonésie depuis 1962 – la légalité en est controversée -, l'autre partie est l'État souverain de Papouasie-Nouvelle-Guinée. L'Indonésie vise à rendre les Papous minoritaires dans leur territoire en incitant à l'immigration d'habitants d'autres îles indonésiennes vers la Papouasie.

En 1965, après les avoir tolérés, l'Indonésie « traque les communistes, victimes d'une féroce répression ».

« Alors qu'une chape de plomb s'est abattue sur le pays, la fin de la guerre froide pousse des intellectuels musulmans à exiger la démocratisation du régime ».

« La crise financière asiatique de 1997 – qui fait plonger l'économie nationale –, conjuguée aux pressions exercées par « l'ami américain » et aux manifestations populaires soutenues par le sultan de Yogyakarta (son père, un demi-siècle plus tôt, avait déjà apporté son soutien à la guerre d'indépendance), scellent la chute, en 1998, du régime corrompu du général Suharto ». 

« Mais d'autres conflits internes menacent l'union fragile de la jeune république, notamment au Timor, à Aceh ou aux Moluques ». Des euphémismes. En 1596, le Timor oriental est devenu une colonie portugaise. Ce statut dura environ quatre siècles. En décembre 1975, l’Indonésie envahit le Timor oriental, quasi-essentiellement catholique, et l’annexe unilatéralement en 1976. Le nombre de victimes de cette annexion ? De 100 000 à 200 000 Est-Timorais. L’ONU (Organisation des Nations unies) ne reconnait pas cette annexion, et organise en août 1999 un référendum d'autodétermination qui mène à l’indépendance du Timor oriental en 2002. 

« En 2002, un attentat perpétré à Bali fait craindre une montée incontrôlable de l'islamisme radical… »

"L'oligarchie tient toujours le pays, mais des progrès ont été accomplis". Une "démocratie tétanisée par son passé ? " Un pays traumatisé par la répression en 1965 ? La peine de mort est perçue comme un élément de la souveraineté nationale.

Interroger la ministre indonésienne des Affaires étrangères sur l'Etat d'Israël est interdit.

L'Indonésie, un pays à l'islam modéré ? C'est un cliché, exprimé notamment par Barack Hussein Obama, selon un témoin interviewé. Deux cents Indonésiens ont rejoint les rangs de l'Etat islamique (Daech), avec leurs familles.

Les dirigeants veulent faire de cet Etat-archipel une puissance maritime. La lutte contre la pêche illégale est active.

Juifs
L’histoire des Juifs  en Indonésie remonte au XVIIe siècle, avec la VOC. 

Les premiers témoignages sur ces Juifs datent du XIXe siècle, d’un livre écrit par Jacob Halevy Saphir (1822–1886), rabbin envoyé de Jérusalem dans l’archipel où il arriva en 1861.

Ils vivent essentiellement à Semarang et Surabaya. A ces Juifs néerlandais, se sont joints des coreligionnaires de Baghdad, particulièrement pieux, et d’Aden.

En 1921, environ 2 000 Juifs vivent en Indonésie selon Israel Cohen, mandaté par Eretz Israël. Le gouverneur de Surabaya est alors un Juif, plusieurs autres membres de la communauté sont hauts fonctionnaires et d'autres négociants. Erets Israel, journal sioniste, parait à Padang de 1926 à 1939.

Les persécutions antisémites des années 1930 et du début des années 1940 renforcent leurs rangs par l’afflux de Juifs allemands et originaires d’autres pays européens. 

En 1942, la population juive en Indonésie s’élève à environ 3 000 âmes, ayant généralement la nationalité des Pays-Bas ou d’autres pays européens, et des « Juifs baghdadi ».

Âgée de 78 ans, Anne-Ruth Wertheim, néerlandaise Juive a témoigné en juillet 2013 sur son enfance en Indonésie, alors dénommée Indes orientales néerlandaises. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, pendant l’occupation de cet archipel par le Japon (mars 1942-août 1945), Anne-Ruth Wertheim a été internée en 1944 dans un camp spécifique destiné aux Juifs. Ceux-ci y ont été battus, sous-alimentés… L’internement des Juifs a débuté en 1943 : le Japon a interné des Juifs de pays autres que ceux des Alliés – Etats-Unis, Grande-Bretagne, etc. -, par exemple du Moyen-Orient, dont l’Egypte. 

A la fin de la guerre, les Juifs ont été victimes aussi de jeunes favorables à l’indépendance de l’Indonésie.

En 1949, de nombreux Juifs vivant en Indonésie ont préféré, par sécurité, se convertir à l’islam ou au christianisme, ou quitter l’Indonésie pour l’Europe, les Etats-Unis ou l’Australie – peu font leur aliyah. Dans les années 1960, on ne comptait qu’une cinquantaine de Juifs en Indonésie. En 2017, quelques dizaines de Juifs y résident, essentiellement à Jakarta, et à Surabaya.

En 2009, à la suite de manifestations anti-israéliennes hostiles à l’opération israélienne militaire Plomb durci contre le Hamas dans la bande de Gaza, la synagogue centenaire avait été fermée à Surabaya, deuxième plus grande ville d’Indonésie.

En 2014, le musée juif historique d’Amsterdam a présenté une exposition sur les Juifs en Indonésie.

Érigée par le gouvernement local, la plus grande Ménorah au monde surplombe Manado, dans l'île de Sulawesi (ou Célèbes), au nord de l’Indonésie. Une ville où des Indonésiens découvrent leurs racines juives néerlandaises et disposent d’une synagogue édifiée dans les années 2000.

Les Juifs  craignent l’intolérance  islamique en Indonésie.

Ce documentaire les ignore.

Chrétiens
L’association Portes ouvertes retrace l’histoire des chrétiens en Indonésie : « Les Portugais sont arrivés en Indonésie en 1511, en quête du Nouveau Monde et d'épices exotiques. Leur point d'arrivée était l'archipel des Moluques, à l'Est du pays. Les Portugais ont importé le catholicisme, la plus ancienne dénomination chrétienne présente en Indonésie. Sans surprise, le christianisme est très présent dans les provinces orientales alors que les provinces centrales et occidentales sont plus fortement musulmanes. Des missionnaires néerlandais sont arrivés en Indonésie autour du 17ème siècle. Ces missions ont donné naissance à de nombreuses églises ethniques ».
  
Les chrétiens représentent 10% de la population indonésienne selon le dernier recensement gouvernemental (2000). L’association Portes ouvertes estime que le « véritable chiffre serait plutôt autour de 16%, dont environ un tiers de catholiques ». 

Dans son classement des 50 pays où les chrétiens sont le plus persécutés, l’association Portes Ouvertes classe l’Indonésie  en 46e position.

« M. Joko Widodo, le nouveau président a annoncé publiquement que les minorités ont toute leur place dans le pays et qu’il y veillerait. Certains signes sont encourageants : le nouveau ministre de l’Intérieur a annoncé que les adeptes des croyances indigènes sont aujourd’hui libres et ne doivent plus, sur leur carte d’identité, choisir une des 6 religions officiellement reconnues. Cela a suscité l’espoir de plus de liberté pour la minorité chrétienne. Mais ce genre de politique, qui déplaît aux islamistes, risque de les pousser à l’action ».

L'Indonésie « connaît de profondes tensions entre religions, dont les principaux instigateurs sont des mouvements islamistes extrémistes comme Hizb-ut-Tahrir, le Front de Défense Islamique (FPI) et le Front Islamique. Il existe des groupes djihadistes comme Jamaah Anshorut Tauhid (JAT) qui s'en prennent aux minorités. Ces groupes, même s'ils n'ont qu'une faible représentation politique, sont très puissants et parviennent à influencer l'opinion publique en diffusant leur message dans les rues. Lorsque des églises sont fermées, c'est la plupart du temps par décision du gouvernement local ou régional qui cède aux pressions populaires ». 

La « persécution qui touche les chrétiens en Indonésie est générée par l’extrémisme islamique principalement et par un nationalisme religieux assorti d’un problème de corruption organisée. Ce sont les chrétiens d’origine musulmane qui sont les plus touchés. Certaines églises ont beaucoup de mal à se faire enregistrer officiellement auprès des autorités, alors même qu’elles remplissent les critères imposés. C’est surtout le cas dans les régions où l’islam est très présent. En revanche, les musulmans n’ont aucun mal à construire de nouvelles mosquées. Même quand une église est en règle, les autorités locales peuvent facilement lui retirer son autorisation ».

La « corruption organisée est largement répandue à tous les niveaux de l'administration indonésienne, ce qui a évidemment des conséquences pour toute la population, mais les chrétiens sont particulièrement visés en tant que minorité qui refuse de participer à ce système et s'y oppose même souvent ».

   
« Indonésie : la puissance, l'islam et la démocratie », par Frédéric Compain
Artline Films, RTS, France, 2015
Le géant invisible  (Der Verborgene Riese) : le 25 juillet 2017 à 20 h 50 (53 min)
Le géant en marche (Vorwärts, Riese!) : le 25 juillet 2017 à 21 h 45 (59 Min)

Visuels :
Une usine textile en Indonésie
Jakarta, la capitale indonésienne
© Artline Films

Le volcan Semeru, le plus actif d'Indonésie
© DR

Blocus en 1989: en collaboration avec les peuples autochtones contre la déforestation de la jungle de Bornéo
© BMF/Jeff Libmann

Manifestation dans l'Etat malaisien du Sarawak contre la déforestation de la jungle de Bornéo
Abdul Taib Mahmud (debout), ancien Premier ministre de l'Etat malaisien du Sarawak
Bruno Manser a vécu de 1984 à 1990 dans les jungles de Bornéo. Il a eu des entretiens sur le sort des peuples autochtones de la forêt tropicale et les machinations du commerce du bois
Membre du Penan, un groupe ethnique autochtone sur l'île de Bornéo, devant une chute d'eau
© AMP Film

Archéologues et équipe du film dans la grotte de Liang Bua en Indonésieoù a été découvert l'homme de Florès
© Annamaria Talas

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Les citations sont d'Arte et du documentaire.