vendredi 21 juillet 2017

Antisémitismes de France


En France, un consensus règne pour affirmer qu'il y a des antisémites en France, mais que la France n'est pas antisémite. Pourtant, certains faits, telles la tolérance par la France de l’affaire al-Dura et des appels au boycott des produits israéliens peu ou pas sanctionnés et les affaires de Juifs ruinés ou/et spoliés (Dr Lionel Krief, Eva TangerMonica Waitzfelder), minent cette thèse et amènent à s'interroger sur un antisémitisme d'Etat, sur "une France antisémite" (Pierre-André Taguieff) et ses dénis, notamment de l'antisémitisme et l'anti-judaïsme islamiques, de la judéophobie Arabe, ainsi que de sa "politique arabe" partiale et de sa "politique iranienne" dangereuse. Ajoutons son indulgence à l'égard de l'antisémitisme de l'extrême-gauche et d'une partie de la gauche.  Une indulgence inversement proportionnelle à sa vigueur à dénoncer l'antisémitisme de l'extrême-droite. Le 16 juillet 2017, lors de la cérémonie du 70e anniversaire de cette rafle du Vél d'HivFrancis Kalifat, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), a nié un antisémitisme d'Etat dans la France actuelle. 

Originally published in English under the title of No-Antisemitism in France? by American Thinker
Demain les Juifs de France
Antisémitismes de France
Rassemblement crépusculaire à l’appel d’organisations Juives françaises
Spoliations de Français juifs : l’affaire Krief (version longue)
« Il n’y a pas [de problème d’antisémitisme en France]. C’est un mensonge. Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas un problème au niveau national… C’est de la propagande israélienne… Connerie, mensonge. Ce problème n’existe pas ».

C’est en ces termes que Jacques Attali, brillant énarque et Polytechnicien, écrivain prolifique et dramaturge controversé, ancien conseiller du Président socialiste François Mitterrand, et dirigeant de l’ONG PlaNet Finance promouvant le micro-crédit, économiste et patron épinglé pour son « double discours » social, a déclaré à Haaretz, le 16 octobre 2009 en niant l’antisémitisme en France.

Et d'affirmer aussi l'absence d’antisémitisme parmi la communauté musulmane en France.

Né dans une famille juive française d'Alger, Jacques Attali ajoutait :
les « relations [entre les communautés juive et Arabe en France] sont d’importance stratégique : si [ces communautés] ne peuvent pas vivre en harmonie ici [Nda : en France], elles ne pourront vivre en harmonie nulle part ailleurs ».
Une réalité inquiétante
Ce déni de l’antisémitisme suscitait indignation et polémique.

Rappelant le rejet de l’antisémitisme par « les pouvoirs publics et les  partis politiques », Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) déplorait
« un climat, de façon malheureusement croissante, notamment dans certains endroits que ne fréquentent apparemment pas Jacques Attali, où la détestation des juifs s’exprime au quotidien par des insultes et souvent par des agressions physiques » .
Même émoi de l’UEJF (Union des étudiants juifs de France) stigmatisant un « déni de la réalité » et du philosophe Bernard-Henri Lévy.

Par un curieux hasard, le SPCJ (Service de protection de la communauté juive) rendait publiques des statistiques alarmantes. De janvier à juin 2009, 631 actes antisémites, dont 360 en janvier 2009, ont été recensés, contre 474 pour toute l’année 2008.

Jacques Attali maintenait ses propos en marge de la conférence Facing Tomorrow du président Shimon Peres en Israël, et dans des interviews à deux radios juives parisiennes. Il y avançait l’inexistence d’un antisémitisme d’Etat.

Le 23 octobre 2009, interviewé sur Radio J par Michel Zerbib, rédacteur en chef de cette radio juive, Jacques Attali niait toute « vague d’antisémitisme en France à l’heure où nous parlons ». Et d’ajouter :
« Je n’ai pas connaissance de chiffres convaincants en la matière. Si on m’apportait des chiffres, je serai le premier à manifester, à m’y opposer. Pour l’instant, je n’ai pas le sentiment que ce soit exact... Le mot antisémite recouvre, comme chacun sait, aussi les populations arabes, et, de ce point de vue, sans doute y a-t-il un antisémitisme de cette dimension puisque je dis, au risque de choquer certains qui m’écoutent, qu’il est aujourd’hui plus difficile d’être musulman en France que d’être juif ».
Quant à l’assassinat d’Ilan Halimi, c’est selon Jacques Attali « du gangstérisme plus que de l’antisémitisme ».

Jacques Attali assignait « aux juifs de France un rôle majeur dans l’histoire de l’Etat juif » car la France abrite « la plus grande communauté juive face à la plus grande communauté musulmane d’Occident ».

Il réitérait son soutien au journaliste Charles Enderlin dans l’affaire al-Dura - des soldats israéliens étaient accusés à tort d’avoir tué délibérément un enfant Palestinien, Mohamed al-Dura - en accordant le bénéfice du doute à ce correspondant de France 2 à Jérusalem :
« Une accusation qui n’est pas confirmée par un tribunal, c’est de la calomnie… Je ne veux pas condamner quelqu’un qui ne l’est pas par la loi ».
La polémique née des propos de Jacques Attali se poursuivait. Jacques Attali trouvait un soutien dans l’hebdomadaire de gauche Marianne, où Thomas Vallières accusait le CRIF d’être « un des relais de cette propagande » israélienne alimentant l’idée d’antisémitisme en France.

Ironie de l’histoire, le 7 novembre 2009, Jean-Louis Bianco, ancien ministre socialiste, déclarait au Journal du dimanche :
le président François Mitterrand « n’éprouvait pas une certaine peur des Allemands, contrairement à… Jacques Attali, qui est juif. Attali essayait d’ailleurs de tirer Mitterrand vers ses propres préoccupations. Mais sans succès ».
Jacques Attali indigné criait à « l’antisémitisme inconscient ».

Jean-Louis Bianco se défendait en expliquant :
« Dire cela voulait manifester une sympathie, et non exprimer de l'antisémitisme ».
Mais Jacques Attali n’en démordait pas :
« Dire que mes conseils au président étaient déterminés par mon judaïsme est ignoble. Et cette déclaration est, évidemment, antisémite ».
Le 13 décembre 2009, Brice Hortefeux, ministre français de l’Intérieur, déclarait lors du colloque de l’UPJF (Union des patrons et professionnels juifs de France) Les ruses du nouvel antisémitisme, à Paris :
[les manifestations de l'antisémitisme,] « poison pour notre République, ont plus que doublé au cours des neufs premiers mois de 2009 par rapport à la même période de 2008 ».
Sur les neuf premiers mois de 2009, 704 faits antisémites - 123 actions et 581 menaces - ont été recensés : agressions verbales, dégradations de bâtiments et inscriptions. Cela représente plus du double des actes antisémites recensés lors des neuf premiers mois de 2008 : 350 faits antisémites, dont 99 actions et 251 menaces. Sur un an, la hausse des faits antisémites s’élève à +101,14%. Elle est principalement due à l’augmentation des menaces (+131,47%) ; les actes marquent une hausse de 24,24 %. Cette augmentation en 2009 est « en partie clairement liée à la situation internationale qui a suscité une cristallisation », notamment lors de la guerre israélienne Plomb durci contre le Hamas dans la bande de Gaza (1).

Au premier semestre 2009, le ministère français de l’Intérieur a recensé en France 594 faits racistes et xénophobes (non antisémites) : 127 actions - les deux tiers sont des atteintes aux personnes - et 467 menaces et actes d'intimidation.

Le journaliste Ivan Rioufol déplorait que ces statistiques alarmantes sur l’antisémitisme aient eu un faible écho médiatique et soient passées « inaperçues ».

Trois semaines après le lancement de l'opération israélienne défensive Bordure protectrice, Jacques Attali a écrit le 29 juillet 2014 sur le mur de son compte Facebook : "Rien ne justifie les massacres des civils, à Gaza, comme en Irak, en Syrie et ailleurs. Ils ne produisent que de la haine et doivent cesser". Il n'a pas étayé sa grave allégation diffamatoire, ni publié de message pour dénoncer les manifestations haineuses de la "rue arabe" et de ses soutiens.

Des enjeux graves
Situé à la gauche de l’échiquier politique français, Jacques Attali a ranimé une polémique récurrente depuis 2000 en France sur une réalité antisémite qui dérange et a été niée, puis minorée jusque vers 2002, par les autorités politiques françaises, surtout de gauche. Comme le souligne le professeur Shmuel Trigano, il était alors non « politiquement correct » d’admettre que nombre des auteurs d’actes antisémites étaient issus de l’immigration musulmane, un groupe perçu comme « innocent » car victime de racisme.

"Entre la fin de 2000 et 2002 (quand Sarkozy devint ministre de l'intérieur, prenant la suite du socialiste Daniel Vaillant, en mai 2002) se produisirent plus de 500 agressions antisémites, sur lesquelles régna un black out total dans les médias, les pouvoirs publics et les institutions juives. La liste était pourtant très bien tenue. C'est ce black out, inexplicable alors, qui m'avait conduit à créer en 2001 L'Observatoire du monde juif dont la finalité visait à informer l'opinion publique et la classe politique, les médias, de ce qui se passait. C'est aussi ce qui avait conduit le commissaire Sammy Ghozlan à créer à la même époque le Bureau National de Vigilance Contre l'Antisémitisme. Cela gênait le judaïsme officiel que l'on parle d' « antisémitisme »... Nous en eûmes l'explication (à la fois de cette gène et surtout de ce black out) quelques années plus tard, de la bouche de Daniel Vaillant, ministre de l'Intérieur alors, quand nous apprîmes que l'ordre (?) en était venu du gouvernement Jospin afin de « ne pas jeter de l'huile sur le feu ». L'étonnement de constater que toute une société, réputée pluraliste et libre, y compris la communauté juive, acceptèrent alors de se soumettre à cet ordre est toujours entier. On ne croyait avoir vu cela qu'en Union Soviétique", a rappelé Shmuel Trigano, professeur des universités, dans Le Figaro (28 juillet 2016).


Sur Radio J, par un jeu de mot sur « sémites », Jacques Attali, socialiste, niait ce qu’est l’antisémitisme, c'est-à-dire la haine des Juifs, et le minorait. Or, les statistiques de la CNCDH démentent ses allégations : le nombre d’actes antijuifs dépasse depuis des années celui des actes racistes en France.

Jacques Attali a asséné des conclusions résultant de prémisses fausses. Ainsi, il attribuait aux Juifs français un rôle déterminant dans la paix au Proche-Orient car la France abrite « la plus grande communauté juive face à la plus grande communauté musulmane d’Occident » (Radio J, 23 octobre 2009). Or, selon l’enquête menée par le sociologue Erik H. Cohen pour le Fonds Social Juif Unifié (FSJU) et l’Appel Unifié Juif de France (AUJF), le nombre de Juifs français en France s’élevait en 2002 à environ 500 000 et l’historienne Françoise S. Ouzan avance le nombre de 5,2 millions de Juifs américains aux Etats-Unis. En avril 2009, vivaient en Israël plus de 5,5 millions d’habitants juifs.

Enfin, Jacques Attali refusait d’accorder à l’Etat Juif le bénéfice du doute au motif qu’il ne voulait « pas condamner quelqu’un [Nda : Charles Enderlin] qui ne l’est pas par la loi ». Curieusement, il n’attendait aucun jugement pour qualifier la déclaration de Jean-Louis Bianco d’« antisémite ». Rappelons enfin que la Cour d'assises des mineurs de Paris a condamné le 10 juillet 2009, pour crime antisémite Youssouf Fofana, chef du gang des Barbares qui a enlevé le 20 janvier 2006, séquestré, torturé et assassiné le 13 février 2009 un jeune juif Français de 23 ans, Ilan Halimi.

Ces méconnaissance, ignorance, amalgame ou contradiction surprennent.

Nous avons demandé une interview à Jacques Attali, qui a décliné notre proposition.

Malgré ces déclarations, Jacques Attali a un des "grands témoins" de l'Assemblée plénière du 2e Congrès des communautés juives de France organisé, le 2 juin 2013, par les Consistoires israélites de France et de Paris Ile-de-France.

Nouvelles formes d’antisémitisme non combattues
Dans cette polémique récente, Jacques Attali a reçu le soutien de Théo Klein. Tous deux se connaissent depuis longtemps. Ainsi, en mai 1989, l’entourage du Président socialiste François Mitterrand avait sous-estimé l’opposition de la communauté juive française à la venue de Yasser Arafat à Paris. « Très embêté », Jacques Attali, alors conseiller du Président, téléphonait à Me Théo Klein, alors président du CRIF. Pour apaiser l’ire de la communauté Juive française, Me Théo Klein lui suggèrait que le Président de la République écrivît une lettre affirmant qu’« écouter quelqu’un, ce n’est pas forcément l’approuver ». Il recevait peu après une lettre du Président reprenant son idée (Marc Hecker, La défense des intérêts de l’Etat d’Israël en France. Ed. L’harmattan, 2005). On peut s'interroger sur l'éventuel conflit d'intérêt où s'est trouvé Me Théo Klein qui, par sa fonction, était chargé de la défense des intérêts de l'Etat d'Israël et de ceux des Juifs français, et non de suggérer, en l'occurrence officieusement et afin de rassurer les Juifs français sur ses intentions, une lettre au Président Mitterrand. Celui-ci a ensuite maintenu son invitation à un ennemi acharné d'Israël, Yasser Arafat.

Depuis le début de l’Intifada II et la grande vague d’actes antisémites en France, Jacques Attali et Théo Klein affirment qu’« il n’y a pas d’antisémitisme en France ».

Et, de manière non surprenante, Jacques Attali et Théo Klein soutiennent Charles Enderlin dans l’affaire al-Dura, ce reportage controversé diffusé par France 2 le 30 septembre 2000 et signé par Charles Enderlin et son cameraman palestinien Talal Abu Rahma : l'Etat d'Israël était accusé à tort d’avoir tué délibérément un enfant Palestinien, Mohamed al-Dura. Diffusées dans le monde entier, ces images alimentaient de l’antisémitisme. La réalité des faits allégués était mise en doute, d'abord par le physicien Nahum Shahaf, puis par l'agence de presse Metula News Agency. Articles et documentaires contribuaient à une controverse dont peu de médias français faisaient état. Le 22 novembre 2004, Philippe Karsenty, directeur de Media-Ratings, écrivait que ce reportage était une « mise en scène » et une « imposture ». Ce qui lui valait des poursuites judiciaires pour diffamation initiées par Charles Enderlin et France 2. Le 21 mai 2008, la Cour d’appel de Paris, tançant sévèrement Charles Enderlin dont les versions successives sont incohérentes et invraisemblables, a relaxé Philippe Karsenty. Jacques Attali est l’un des signataires du texte Pour Charles Enderlin du 27 mai 2008. En mars 2012, Théo Klein a adressé une lettre à Richard Prasquier, président du CRIF, dans l'affaire al-Dura.

En effet, l’affaire al-Dura est l’un des faits qui fragilisent la thèse « il-n'y-a-pas-d'antisémitisme-en-France  » de Jacques Attali et Théo Klein, et "il-n'-y-a-pas-d'-antisémitisme-d'-Etat".

Un service public audiovisuel national qui diffuse le blood libel [Nda : accusation fausse, diffamatoire, portée contre les Juifs accusés à tort de tuer des enfants non-juifs] de l’Intifada II en 2000 ; la direction de France 2 qui refuse d’enquêter sur l’authenticité des faits allégués par ce reportage malgré son accord du 18 septembre 2008 pour un « groupe de travail d’experts indépendants » ; des autorités de tutelle - ministère de la Culture et de la Communication, Conseil supérieur de l’Audiovisuel (CSA) -, qui refusent d’agir pour faire éclater la vérité ; le Conseil d’Etat qui, le 8 décembre 2004, a débouté Serge Farnel, écrivain et journaliste, défendu par Me Stéphane Haddad, dans leur action visant à faire établir cette vérité. Ces faits interpellent...

Malgré les critiques sur son anti-israélisme, l'émission radiophonique Là-bas si j’y suis, produite et animée par Daniel Mermet, a été diffusée sur France Inter de septembre 1989 à juin 2014. Sans émission similaire contre-balançant sa partialité.

Ajoutons le refus depuis près de quinze ans, par toutes les chaines télévisuelles financées par l'argent public, de diffuser les documentaires de Pierre Rehov sur l'exode oublié, la duplicité de l'Autorité palestinienne par l'endoctrinement d'enfants palestiniens à la haine des Yaoud (Juifs en arabe), l'incitation au terrorisme et son refus d'un Etat Juif, etc.

Le 27 mars 2012, le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel)l a  sélectionné le  six nouvelles chaines en haute définition pour la TNT (Télévision numérique terrestre). Parmi ces six chaines : TVous La Diversité (Société Diversité TV France). Or, cette diversité est déjà largement représentée dans toutes les chaines, dont France Ô, déjà présentes sur la TNT. Selon Le Canard enchaîné citant un membre du CSA, Pascal Houzelot, fondateur de TVous, "a défendu le projet le moins convaincant". 


Dans son livre La TNT, un scandale d'Etat, Didier Maïsto, président et seul actionnaire de Fiducial Medias (Sud Radio, Lyon Capitale), est revenu sur le choix du CSA concernant l'attribution de six chaînes de la TNT en 2012. Interviewé par Le Parisien (28 juin 2015), il a dénoncé "une compétition aux dés pipés, dont on connaissait les lauréats trois mois avant les auditions officielles". Et de préciser : "J'ai compris, dès novembre 2011, que tout était déjà joué. J'ai rencontré Patrick Buisson et Camille Pascal, conseillers de Nicolas Sarkozy, qui m'ont clairement fait comprendre que tout était déjà organisé au plus haut lieu, à l'Elysée. Et non pas dans le CSA fantoche de l'époque dirigé par Michel Boyon". Patrick Buisson, alors conseiller du Président Nicolas Sarkozy, a déclaré alors à Didier Maïsto : « Ne cherchez pas à comprendre, Houzelot a déjà sa chaîne. C’est fait. C’est comme ça. Il a ses entrées partout. Vous feriez mieux d’arrêter de poser des questions et de fouiner. » Et d'ajouter : « Quand Sarkozy dit quelque chose, le président du CSA écoute », 

Ajoutons notamment l’absence générale de poursuites des parquets, placés sous l’autorité de la ministre de la Justice, contre les appels au boycott des produits de l’Etat juif, dans le cadre des campagnes du BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions), et les actions prônant le boycott des produits israéliens dans des hypermarchés, notamment Carrefour. Des délits pourtant pénalement sanctionnés. Ce qu'a reconnu un membre éminent du cabinet de la ministre de la Justice.

Sammy Ghozlan, président du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), de l’Union des conseils des communautés juives (UCCJ) et du Secours français pour Israël, nous précisait le 6 décembre 2009 :
« J’ai déposé une trentaine de plaintes au nom de ces trois associations. Certaines sont en cours d'examen par les parquets de Paris et Bobigny. J’ai reçu des avis de classement des parquets de Nanterre, Créteil, Versailles ».
Confusion entre liberté d'expression et délit, motivations choquantes et peu juridiques pour relaxer les boycotteurs, application aléatoire de la loi sur le boycott, condamnations rares, avec sursis et aux montants dérisoires, refus parfois du Parquet de requérir les sanctions pénales prévues par la loi, fautes de procédure ou de forme du Parquet, dépendant du ministère de la Justice, supposé ne pas les commettre, entachant d'illégalités des procédures qui sont annulées par des juges prononçant les relaxes des prévenus... Par son fonctionnement aléatoire, l'institution judiciaire française contribue à l'antisionisme, vecteur contemporain majeur de l'antisémitisme.

Exemple. En janvier 2013, le Parquet, placé sous l'autorité de la ministre de la Justice, alors Christiane Taubira, a classé sans suite l'enquête préliminaire pour apologie du terrorisme, ouverte après la diffusion des propos de Souad Merah, au motif qu'ils ont été filmés à son insu. Lors de Mohamed Merah : itinéraire d'un terroriste français, sur M6, le 11 novembre 2012, Souad Merah a été filmée disant : " Les juifs, tous ceux qui sont en train de massacrer les musulmans, je les déteste... Moi et (Abdel)Kader, on soutient les salafistes ". Or, le 31 janvier 2012, la Cour de cassation validé les enregistrements audio, réalisés à l'insu de Liliane Bettencourt par son majordome, et la procédure judiciaire issue d'eux

En outre, la Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH), "structure de l'Etat qui assure en toute indépendance, auprès du gouvernement et du parlement un rôle de conseil et de proposition dans le domaine des droits de l’homme, du droit et de l’action humanitaire et du respect des garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l’exercice des libertés publiques", a décerné son Prix des droits de l'Homme de la République française en 2009 au Réseau des Organisations Non Gouvernementales Palestiniennes (PNGO) qui notamment appelle au boycott d'Israël, et en 2012 à Michel Warschawski, "emprisonné dans les années 1990 pour avoir publié un pamphlet pour le compte du groupe terroriste FPLP ".

Nul Etat au monde autre que l’Etat juif n’est la cible d’un tel harcèlement, d’une telle diabolisation, d’une telle délégitimation. Ni l’Iran des mollahs, ni le Soudan génocidaire au Darfour, ni d’autres régimes violant les droits de l’homme ne subissent cet acharnement. C’est d’autant plus troublant qu’Israël est une démocratie.

Facteur aggravant : cet antisémitisme/antisionisme n'est pas dénoncé par certains dirigeants d'associations juives françaises. Ainsi, Pierre Besnainou, qui achevait alors son mandat de président du FSJU, a déclaré sur RCJ le 25 mars 2014 : "Le gouvernement français est absolument exemplaire dans son combat contre l'antisémitisme. Aucun gouvernement en Europe n'est aussi mobilisé que ce gouvernement. Aucun pays n'a une législation aussi claire, aussi ferme dans la lutte contre l'antisémitisme que le gouvernement français... Les gouvernements, actuel et précédent, ont montré un engagement sans faille pour lutter contre l'antisémitisme,. Les médias français sont exemplaires dans la lutte contre l'antisémitisme... Je passe évidemment sur quelques dérapages, on ne peut  pas dire anecdotiques, mais marginaux. La presse, les médias restent formidables dans leurs réactions contre l'antisémitisme. La société civile est absolument remarquable dans son engagement contre l'antisémitisme. Cela n'empêche pas le malaise que peuvent vivre les Juifs en France quand on crie dans une manif il  y a deux mois "Juifs hors de France", quand il y a des drames comme" ceux à Toulouse, et Ilan Halimi. Il a ajouté : "Il  y a un malaiseLa société française connait un certain nombre de problèmes. La société juive en France en connait un petit  peu plus". Il a souligné : "La société française a un malaise avec la minorité majoritairement maghrébine mal intégrée... [Nous devons monter] des projets communs [avec les musulmans] pour que leur intégration puisse s'améliorer... Leur intégration sera notre intégration. Leur échec sera notre échec". Il a conclu : certains "ont assimilé la critique de la politique israélienne à de l'antisémitisme. Non. Il faut arrêter. On est en train de dépasser des frontières préjudiciables à notre soutien à Israël. Nous confondons antisémitisme et antisionisme ". Et quand certains médias évoquent ou certains politiciens critiquent la "construction de logements dans les territoires occupés", Pierre Besnainou estime-t-il que c'est une terminologie exacte, une critique légitime et fondée, de l'antisionisme, de l'antisémitisme, ou les deux ?

C’est bien le refus de reconnaître, de définir et combattre de nouvelles formes d’antisémitisme, en particulier l’antisionisme, qui est en question. Il n'existe aucune définition de l'antisémitisme en droit français qui prévoit l'antisémitisme comme circonstance aggravante pour certains délits ou crimes.

Le professeur Shmuel Trigano définit en 2009 l’antisionisme comme
« l’idéologie qui dénie aux juifs le droit à l’autodétermination et à la souveraineté, sous le prétexte qu’ils ne constituent pas un peuple… [L'antisionisme] conduit nécessairement à prôner l’extermination des juifs parmi les habitants de l’Etat d’Israël dans la mesure où l’on peut supposer que ces juifs n’accepteraient pas de se faire hara kiri volontairement. Sa finalité ultime est la disparition de l’Etat d’Israël ».
Dans son rapport Chantier sur la lutte contre le racisme et l'antisémitisme remis le 19 octobre 2004 à Dominique de Villepin, alors ministre de l'Intérieur, Jean-Christophe Rufin, médecin, écrivain et ancien président de l’association Action contre la faim, alertait sur :
« l’antisionisme radical [qui] n’est pas la simple critique conjoncturelle d’une politique mais bien une remise en cause des fondements même de l’Etat d’Israël », une « forme d’antisémitisme par procuration ».
Jean-Christophe Rufin écrivait :
« Israël, assimilé aux Etats-Unis et à la mondialisation libérale, est présenté comme un Etat colonial et raciste qui opprime sans fondement un peuple innocent du Tiers-monde… Derrière les critiques violentes qui assimilent le sionisme au nazisme, on entend, en écho subliminal, la voix interdite mais bien relayée des terroristes islamistes qui généralisent le combat et affirment « qu’il faut attaquer les Juifs partout où ils se trouvent ».
Après Manuel Valls, alors ministre socialiste du Président François Hollande. le Président de la République Emmanuel Macron a reconnu le 16 juillet 2017 que l'antisionisme était une forme d'antisémitisme. Et il a annoncé sa volonté de le combattre. Comment entend-il le combattre ? Mystère. A-t-il l'intention d'introduire dans le droit national la définition de l'antisémitisme par le Parlement européen ? Quelles mesures envisage-t-il d'adopter afin que les juges sanctionnent l'antisionisme ? Quand il stigmatise "l'occupation" par Israël de la Judée et de la Samarie, ne procède-t-il pas lui aussi à l'antisionisme ? En évoquant l'antisionisme, le Président Emmanuel Macron a-t-il sciemment évité de dénoncer l'antisémitisme islamique, qui a inspiré tant d'assassinats antijuifs depuis 2000 et qu'Arte occulte, notamment en diffusant, contrainte, et tardivement le documentaire « Un peuple élu et mis à part : l’antisémitisme en Europe » par Joachim Schroeder et Sophie Hafner ?

« Gentleman’s Agreement »
La situation en France est complexe.

Certes, il n’y a pas de lois antisémites en France. Et Brice Hortefeux, ministre français de l’Intérieur, annonçait le 13 décembre 2009, la prochaine nomination d’un préfet chargé de coordonner la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Mais confier cette mission à un préfet, vraisemblablement sans moyens financier et humain, c'est réduire l'importance accordée au combat contre l'antisémitisme. Une crtique qui demeure valable à l'égard du Délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme créé en 2012.

En outre, ce refus de lutter contre l’antisionisme comme vecteur/forme d’antisémitisme réduit l’efficacité du combat contre l’antisémitisme.

Et force est de constater que certaines institutions, telle l'institution judiciaire ne fonctionnent pas toujours de manière normale ou satisfaisante quand il s’agit de Juifs ou d'Israël. Ce qui n’est pas conforme à l’Etat de droit.

Cette situation étrange induit des interrogations légitimes sur la raison pour laquelle l’Etat français, si soucieux du vivre ensemble dans une « société multiculturelle », tolère ce blood libel, ces appels au boycott, cet « antisionisme radical ». Et ce, en violation de ses valeurs.

S’agit-il d’un Gentleman’s Agreement (Ndt : accord de gentleman), selon le titre du film oscarisé d’Elia Kazan (Le mur invisible, 1947), interprété par Grégory Peck, John Garfield et Dorothy McGuire, sur l’antisémitisme aux Etats-Unis ?

Conditionnement d’une opinion publique par le retour en Occident d’un blood libel chrétien assimilé en « terre d’islam » ?

Crainte de heurter la « rue arabe » en rétablissant la vérité qui exonère Israël de tout crime d’enfant ?

Souci de ménager la « politique arabe » de la France qui, en diabolisant l’Etat Juif isolé, justifie la nécessité de pressions sur cet Etat ?

Volonté de garder confidentiel ce « secret de Polichinelle », ce « secret public » selon l’expression de l’historien Richard Landes : Pallywood, industrie audiovisuelle palestinienne productrice de haine contre Israël, peuple et Etat ?

Etape vers la disparition d’un « Etat-d'Israël-qui-tue-les-enfants » ou sacrifice d’Israël sur l’autel de la "politique arabe" partiale et de la "politique iranienne" dangereuse de la France,ainsi que d’Eurabia, cet "axe euro-arabe" analysé par l'essayiste Bat Ye'or ?

Un projet génocidaire antisémite que les autorités politiques et les médias français ne peuvent ignorer.

Antisémitisme sous-estimé
En 2014, le nombre d’actes antisémites recensés en France français "a doublé. Il est de 851 contre 423 en 2013. Cela représente une augmentation de 101%". En outre, "51% des actes racistes commis en France en 2014 sont dirigés contre des Juifs. Les Juifs représentent un peu moins de 1% de la population française. Moins de 1% des citoyens du pays est la cible de la moitié des actes racistes commis en France".

Ces statistiques officielles sous-estiment l'antisémitisme, tout comme elles ignorent les actes anti-Blancs, anti-Français, anti-chrétiens.

D'une part, de nombreux actes ne sont pas recensés. Ainsi, l'assassinat antisémite de Sébastien Selam, les affaires Krief et Tanger, les slogans antisémites de la "rue islamique" et de se soutiens, etc. ne sont pas intégrés dans ces statistiques.

D'autre part, ces chiffres occultent la dimension morbide de cet antisémitisme, soit au moins 13 victimes Juives françaises assassinées - un commerçant français Juif parisien, vendeur de vêtements aux Puces, est mort assassiné dans des circonstances non élucidées - :
Sébastien Selam, DJ âgé de 23 ans, tué par Adel Amastaibou dans la nuit du 19 au 20 novembre 2003, à Paris, et oublié de la communauté juive institutionnalisée ;
- Ilan Halimi, âgé de 23 ans, vendeur dans un magasin de téléphonie, assassiné le 13 février 2006 par Youssouf Fofana. Il a été découvert agonisant le long des voies ferrées du RER C à Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne) après avoir été torturé dans une cité HLM de Bagneux (Hauts-de-Seine) ;
- Miriam Monsonego, fille âgée de 8 ans du principal de l’établissement scolaire, le rab Yaacov Monsonego, Jonathan Sandler, 30 ans, professeur de judaïsme, et ses deux fils, Arye, 5 ans, et Gabriel, 4 ans, assassinés le 19 mars 2012 par Mohamed Mérah près et dans l'école Juive OzarHaTorah ;
- Dominique Sabrier, âgée de 66 ans, tuée le 24 mai 2014, assassinée par Mehdi Nemmouche au Musée juif de Bruxelles (Belgique) ;
- Elsa Cayat, psychiatre et psychanalyste âgée de 54 ans, et Georges Wolinski, dessinateur âgé de 80 ans, assassinés à la rédaction de Charlie hebdo, le 7 janvier 2015, par les frères Chérif et Saïd Kouachi revendiquant l'attentat islamiste au nom d'Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA) ;
- Philippe Braham, cadre commercial dans une société d'informatique âgé de 45 ans, cadre commercial, Yohan Cohen, étudiant et employé du magasin âgé de 20 ans, Yoav Hattab, étudiant âgé de 21 ans - son héroïsme est sciemment occulté par la plupart des dirigeants politiques et des médias -, et François-Michel Saada, cadre supérieur retraité âgé de 64 ans, assassinés à l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes à Paris, par  Amedy Coulibaly se revendiquant de l'Etat islamique (ISIS) ;
- Sarah Halimi, médecin et directrice d'école retraitée, sexagénaire juive orthodoxe active dans l'élaboration de projets sociaux, a été rouée de coups dans son domicile au 3e étage et défenestrée par Kobili Traoré, voisin musulman d’origine malienne et âgé de 27 ans, dans la nuit du 3 au 4 avril 2017, dans le quartier parisien de Belleville. La justice refuse à ce jour de retenir la circonstance aggravante d'antisémitisme pour qualifier ce meurtre. Fin juin 2017, des membres de la famille de la victime ont porté plainte pour non assistance à personne en danger. Le 16 juillet 2017, lors de la cérémonie du 70e anniversaire de cette rafle du Vél d'Hiv, le Président de la République Emmanuel Macron, premier magistrat de France, a déclaré : La justice "doit faire désormais toute la clarté sur la mort de Sarah Halimi".

Sans parler des blessés, physiquement et psychologiquement.

Ayons une pensée émue pour Alexandre Sartène qui, voulant produire et exporter un vin cacher à 100%,  a affronté notamment le maire d'Arpaillargues, dans le Gard.

Ainsi, "pour la totalité de l’année 2015, nous constatons une diminution de 5 % des actes antisémites, qui restent cependant à un niveau élevé, avec 806 actes constatés", a déclaré Bernard Cazeneuve (La Croix19 janvier 2016). Or, ces 806 actes comprennent six assassinats de Français Juifs.

Par ailleurs, les questions posées par les instituts de sondages et les sociologues pour mesurer l'antisémitisme et l'évolution de l'opinion publique à l'égard des Juifs sont datées, et ne permettent pas de percevoir l'ampleur et les natures de l'antisémitisme en France.

Dans son rapport sur la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie pour 2014, la Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH) a observé : "La faiblesse des chiffres en valeur absolue invite par ailleurs à s’interroger sur la qualité et la pertinence des outils statistiques, d’autant que les chiffres et la réalité vécue du racisme semblent être inversement proportionnels. Il convient donc de s’interroger sur la fiabilité des données à notre disposition (et ce même si de réels progrès ont été accomplis ces dernières années). Face à cette imperfection des outils statistiques, il est nécessaire que les ministères de l’Intérieur et de la Justice travaillent à l’amélioration du recensement des infractions à caractère raciste, antisémite et xénophobe".

Ainsi, ces questions posés par la Fondapol en dans son rapport L'antisémitisme dans l'opinion publique française. Nouveaux éclairages (2014) : "Les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine de l’économie et de la finance" (25% d'accord), "Les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine des médias" (22%), "Les Juifs sont responsables de la crise économique actuelle" (6%), etc. Au printemps 2015, lors d'une réunion avec Dominique Reynié, professeur de sciences politiques et directeur général de la Fondapol (2014), et la sociologue Nonna Mayer, je leur ai proposé d'intégrer de nouvelles questions tenant compte de nouveaux vecteurs d'antisémitisme : par exemple, "Pensez-vous que les Juifs tuent délibérément les enfants palestiniens ?" J'ai justifié cette question en soulignant l'importance des blood libels, en particulier l'affaire al-Dura, dans les motivations des assassins de Français Juifs. Ces deux chercheurs se sont récriés horrifiés : "Vous n'y pensez pas ! Jamais nous ne demanderons à nos sondeurs de poser ces question".

Pourtant, ce rapport note dans la partie sur "les opinions antisémites dans une société qui ne l'est pas" : les "questions sur le sionisme n’évoquent rien pour une part importante des répondants (entre 42 % et 46 %), mais elles révèlent la vigueur des critiques adressées par une partie de la société à la politique d’Israël et aussi la force de l’une des opinions antisémites les plus accomplies : pour 25 % des répondants, le sionisme est « une organisation internationale qui vise à influencer le monde et la société au profit des Juifs ». Les sondeurs ont invité les Français à indiquer s'ils sont ou non d'accord avec ces affirmations : le sionisme "est une idéologie qui revendique le droit des Juifs d’avoir leur propre État sur les terres de leurs ancêtres" (46% d'accord), "est une idéologie qui sert à Israël à justifier sa politique d’occupation et de colonisation des territoires palestiniens" (37% d'accord), "est une organisation internationale qui vise à influencer le monde et la société au profit des Juifs" (25% d'accord), est une idéologie raciste" (23%). Ces réponses révèlent surtout l'adoption par une part significative de cet échantillon représentatif de la "politique arabe" de la France, des partis pris de médias, et plus généralement l'impact de la propagande anti-israélienne sur l'opinion publique française. Et comme les Arabes désignent les Israéliens par le vocable "Yahoud" (Juifs en arabe) ou "Sionistes", ils ne font pas la différence entre "Israéliens" et "Français juifs".

Révéler ces stéréotypes antisémites liés à la diabolisation et à la délégitimation d'Israël ne peut que souligner leurs origines étatique, médiatique, culturelle, etc.

En outre, la participation du CRIF, notamment de son chercheur Marc Knobel, à la rédaction du rapport annuel de la CNCDH s'avère problématique : angle partial privilégiant l'observation d'Internet, analyse "politiquement correcte", victime juive non comptabilisée, occultation de "l'antisémitisme d'Etat".

En 2015, "l’antisémitisme en France en 2015 est extrêmement élevé, hyper-violent et endogène", a constaté le SPCJ dans son rapport annuel recensant, en étroite coopération avec le ministère de l’Intérieur, les actes antisémites commis sur le territoire français :
‣ "808 actes antisémites commis en France en 2015 ayant donné lieu à un dépôt de plainte. Un nombre extrêmement élevé.
‣ En 2015, 29 personnes (hommes, femmes, enfants, bébés) sont prises en otage dans un supermarché cacher le 9 janvier 2015. 4 personnes y sont exécutées.
‣ Pour la première fois, l’antisémitisme en France atteint un niveau extrêmement élevé indépendamment de tout conflit armé au Proche Orient.
‣ En 2015, une fois de plus, les Juifs, qui représentent moins de 1% de la population totale, sont la cible à eux seuls de 40% des actes racistes commis en France et de 49% des violences racistes aux personnes.
‣ En France, en 2015, en moyenne, 2 actes antisémites sont recensés par la police chaque jour.
‣ En 2015, de très nombreux témoignages de victimes d’actes antisémites évoquent leur réticence à déposer plainte pour des insultes antisémites, des menaces ou des violences légères alors que certains, quelques mois plus tôt, se sont fait exécuter, car Juifs.
‣ Le nombre de Juifs qui quittent ou envisagent de quitter la France pour rejoindre d’autres pays ne fait qu’augmenter. Une grande partie des Juifs en France ne comprend plus sa place dans la Nation, se sent incomprise au-delà même de son insécurité physique".

Dans son rapport 2015, la CNCDH a entériné le terme "islamophobie" - mot considéré comme "piège sémantique" par la DILCRA (Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme et l'Antisémitisme) !? Elle a écrit : "Les chiffres du ministère de l’Intérieur sur les faits délictueux (« actions » et « menaces ») à caractère raciste, antisémite et anti-musulman marquent, une fois agrégés, une hausse conséquente de 22,4 % pour l’année 2015 : l’année 2014 avait enregistré 1.662 faits constatés à caractère raciste, antisémite et anti-musulman ; l’année 2015 en totalise 2.034, sommet jamais atteint depuis que ces statistiques sont relevées. La courbe de tendance de la délinquance apparente à caractère raciste ne cesse ainsi son inquiétante ascension. Dans le détail, on constate que :
- les infractions antisémites enregistrent un léger recul de 5,1 %, pour un total de 808 faits délictueux, contre 851 en 2014 ;
- les faits anti-musulmans ont plus que triplé (+223 %), comptabilisant 429 faits délictueux, contre 133 en 2014 ;
- les autres faits délictueux, c’est-à-dire ni antisémites ni anti-musulmans, recensés dans la catégorie générique d’ « actes racistes », augmentent de 17,5 % avec 797 actes (contre 678 en 2014)".

"Plusieurs indicateurs vont dans le sens d’un reflux de l’antisémitisme en France particulièrement marqué en 2015, comme si la violence des actes à l’encontre des juifs suscitait un réflexe de compassion et de solidarité à leur égard dans l’opinion publique. Néanmoins, la persistance de vieux préjugés antisémites et les violences dont ils sont victimes, en valeur absolue, invitent à la prudence.
Le bilan statistique du ministère de l’Intérieur indique une baisse de 5,1 % des infractions antisémites enregistrées par les services de police et de gendarmerie, avec 808 actes en 2015 contre 851 en 2014. En valeur absolue, le nombre d’actes recensés demeure néanmoins élevé, le seuil des 800 actes n’ayant été dépassé qu’à deux reprises depuis 2005, en 2009 et en 2014.
La population juive, bien qu’elle représente moins de 1 % de la population totale, est la cible de 40 % des actes racistes commis en France (contre 51 % en 2014).
Les indices longitudinaux de tolérance par minorités indiquent que les juifs restent la minorité la mieux acceptée, avec un indice de 82, supérieur de 3 points à celui des noirs, de 13 points à celui des maghrébins et de 20 à celui des musulmans. Ainsi, sur les quatre indicateurs relatifs aux minorités composant la société française, à savoir la reconnaissance de la citoyenneté, le degré d’intégration dans la société, la nécessité de sanctionner les insultes et l’image positive ou négative de la religion, les opinions à l’égard des juifs sont incontestablement meilleures que pour les autres minorités".

Le "sondage 2016 révèle cependant une résistance de vieux préjugés antisémites, liant les juifs à l’argent, au pouvoir, leur reprochant leur communautarisme et leur attachement à Israël. Si ces clichés peuvent parfois être présentés sous une forme « positivée » associée au travail et à l’effort, ils n’en demeurent pas moins des préjugés essentialisant un groupe et pouvant potentiellement susciter envie et ressentiment. Il est à noter que l’antisémitisme ne semble pas si fortement corrélé avec l’image d’Israël et du conflit israélo-palestinien, remettant en cause l’idée d’un nouvel antisémitisme chassant l’ancien".

Juifs "dhimmisés" 
« Nous vivons une vie retranchée. Nous avons le sentiment angoissant d’être devenus des citoyens de deuxième zone. Cet ostracisme isole et traumatise... Cette angoisse, je ne suis pas seul à la ressentir. Chaque année, plusieurs milliers de Français juifs quittent leurs racines, leurs parents, leurs amis, leur travail, leur culture et leur histoire. Quelle tristesse pour eux ! Quelle tristesse pour la France ! M. le Président, dans le pays qui a accordé la pleine citoyenneté aux Juifs dès 1791, quand pourrons-nous, à nouveau, vivre sans crainte notre judéité ? », a déploré Roger Cukierman, président du CRIF, lors du dîner de l’institution le 7 mars 2016.

Sous domination islamique, les Juifs subissaient le statut des dhimmis analysé par l'essayiste Bat Ye'or : "La dhimmitude est corrélée au jihad. C’est le statut de soumission des indigènes non-musulmans – juifs, chrétiens, sabéens, zoroastriens, hindous, etc. - régis dans leur pays par la loi islamique. Il est inhérent au fiqh (jurisprudence) et à la charîa (loi islamique). Les éléments sont d’ordre territorial, religieux, politique et social. Le pays conquis s’intègre au dar al-islam sur lequel s’applique la charîa. Celle-ci détermine en fonction des modalités de la conquête les droits et les devoirs des peuples conquis qui gardent leur religion à condition de payer une capitation mentionnée dans le Coran et donc obligatoire. Le Coran précise que cet impôt dénommé la jizya doit être perçu avec humiliation (Coran, 9, 29). Les éléments caractéristiques de ces infidèles conquis (dhimmis) sont leur infériorité dans tous les domaines par rapport aux musulmans, un statut d’humiliation et d’insécurité obligatoires et leur exploitation économique". En outre, "toute contestation entre un dhimmi et un Musulman était jugée par un tribunal islamique où le témoignage du dhimmi était irrecevable. Le droit de défense leur était retiré dans tout litige avec un Musulman".

Dans cette France largement déchristianisée, ayant accueilli une immigration de peuplement - six millions ? Dix millions ? - souvent originaire d'Afrique du Nord et sub-saharienne, de nombreux Juifs n'osent plus arborer des signes de leur judéité - étoile de David, etc. Ils ont été invités par Haïm Sitruk, alors Grand rabbin de France, à cacher leur kippa sous un chapeau, de crainte d'être agressés.

En janvier 2016, le port de la kippa a suscité une polémique. Après trois agressions antisémites violentes, dont l'une à la machette contre un professeur, Zvi Ammar, président du Consistoire de Marseille, a invité ses coreligionnaires marseillais à ne plus porter la kippa "jusqu'à des jours meilleurs". Une décision qui a indigné les présidents du Consistoire de France et du CRIF, ainsi que Haïm Korsia, grand rabbin de France. Mais une décision qui reflète la dégradation alarmante de la condition juive en France et l'occultation d'un fait alarmant : l'attaque à la machette d'un Yahoud par un musulman.

Et que dire des Consistoires de Marseille, de Paris Île-de-France et de France qui ont supprimé le mot "israélite" de leurs sites Internet, de leurs logos, de leurs noms... C'est le "signe Juif" qui suscite l'intolérance ou est gommé.

Hasard ? C'est aussi le fleuron du service public qui a toléré, sans présenter la moindre excuse, l'agression verbale d'Alain Finkielkraut. Le 21 janvier 2016, lors de l'émission Des paroles et des actes sur France 2 sur "Deux France" , Wiam Berhouma, professeur d'anglais à Noisy-le-Sec et proche des Indigènes de la République, a invectivé, dans "une posture victimaire", Alain Finkielkraut dans une "interminable diatribe" : « pseudo-intellectuel » « théories vaseuses et approximatives » et « pour moi le pire, vous vous êtes octroyé le droit de parler d'islam, des musulmans et des quartiers populaires, alors que vous n'en avez ni la compétence ni la légitimité  », « Pour le bien de la France, je vous dis "Taisez-vous ! » Ni le journaliste, ni l'autre invité Daniel Cohn-Bendit, ni aucun dirigeant de France 2 ne lui ont rappelé les règles élémentaires de la courtoisie et du débat.

Wiam Berhouma a agressé verbalement Alain Finkielkraut comme une musulmane maltraite un dhimmi, un Yahoudi (Juif en arabe) en "terre d'islam". Une scène d'une grande violence symbolique, psychologique, morale, diffusée par le fleuron du service public télévisuel. Sans aucune excuse pour ce traitement choquant et cette désinformation.

Le 24 janvier 2016, lors de l'émission L'esprit de l'escalier sur RCJ, Alain Finkielkraut a déclaré : « Force est donc de constater que l’islam radical n’est pas notre seul ennemi. Il y a des musulmans, qui, aujourd'hui laïcs, se joignent pourtant à son djihad contre la France et contre les Juifs... Quand il s'est agi pour cette femme [Wiam Berhouma], dont on frémit à l'idée qu'elle enseigne dans l'école publique, de dresser la liste des "pseudo-intellectuels islamophobes" aujourd'hui en France, elle n'a pas nommé comme Libération ou comme la presse Pigasse, Houellebecq et Onfray, mais seulement Eric Zemmour, Bernard-Henri Lévy et moi... Quel est le point commun entre Zemmour, BHL et moi ? Nous sommes Juifs. L’antisémitisme à la télévision en première partie de soirée, voilà le monde dans lequel nous sommes condamnés à évoluer".


Et d'ajouter :  « David Pujadas n'a pas fait de remarques sur cette petite liste, il l'a  laissée parler... L'animateur David Pujadas a été très surpris, il a manqué de fermeté. Peut-être a-t-il eu peur en l'interrompant de susciter de la part d'un certain nombre de téléspectateurs des réactions extrêmement violentes. Il a des soucis de ménager la part du public qui pouvait se sentir visée par les critiques que j'adressais tout au long de l'émission. On a une preuve supplémentaire, avec ce pénible épisode, que nous sommes sortis de la période post-hitlérienne de notre Histoire. L’antisémitisme a de nouveau pignon sur rue. Il est le paquet cadeau du multiculturalisme ».

Juifs spoliés
Faits méconnus, qui semblent n'avoir pas été assez analysés : c'est la France de la IIIe République qui a spolié et durablement diffamé le génial producteur cinématographique Bernard Natan (1886-1942), pionnier qui a créé un empire médiatique dans les années 1930. Et c'est la France de la Ve République qui a spolié les Juifs Français depuis le début de l'Intifada II.

Des "Juifs de France", pour reprendre la terminologie officielle et erronée - il s'agit de jure et de facto de Français Juifs -, sont spoliés par l'institution judiciaire française, et ce "au nom du peuple français" : propriétaires de biens immobiliers en Allemagne (Monica Waitzfelder) et en France (Eva Tanger), spécialiste en médecine nucléaire et détenteur d'actions dans des sociétés (Dr Lionel Krief)... Et la liste est loin d'être complète ou close.

Sans ces magistrats, agents publics rémunérés par l'Etat et formés à l'Ecole nationale de la magistrature (ENM) - les sessions de formation sur le racisme prodigués depuis plus de dix ans par la Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH) et celles sur l'antisémitisme par le Mémorial de la Shoah s'avèrent insuffisants ou inadéquats à l'ENM -, aucun ennemi des Juifs ne pourrait légalement les ruiner ou les spolier. L'instrumentalisation de la justice à des fins privées représente un coût élevé pour les contribuables : encombrement de la justice par des procédures, etc. Et un manque-à-gagner pour l'Etat : au lieu de louer leurs biens, ce qui générerait des rentrées fiscales pour l'Etat et du travail pour les entreprises du bâtiment, des Français juifs sont englués par des procès ruineux, chronophages, psychologiquement éreintant.

Laissant souvent la place au "gouvernement des juges", la justice française est devenue aléatoire, source d'insécurité juridique, car des magistrats s'affranchissent du respect du droit. Ainsi, la disparition progressive du droit d'auteur, au fil de jurisprudences destructrices, dans le pays de Beaumarchais, s'avère emblématique de l'avènement du "gouvernement des juges".

Le "gouvernement des juges" n'est contrôlé par aucun contre-pouvoir. Les réformes lancées par les autorités politiques ont visé par exemple la "carte judiciaire", mais non à limiter ce "gouvernement des juges" attentatoire à la démocratie et à des éléments de la devise républicaine : l'égalité et la liberté.

A cet égard, est significatif le scandale du "Mur des cons", panneau constitué de photographies de personnalités, dont le père d'une victime assassinée, découvert dans les locaux du Syndicat national de la magistrature (SNM), au sein d'un bâtiment du ministère de la Justice, par le journaliste Clément Weill-Raynal en 2013. Un scandale suivi d'aucune sanction, hormis celle du journaliste ayant révélé ce "Mur des cons".

Des magistrats "dhimmitisent" les Juifs, leur refusant le droit à un procès équitable : pas de respect des droits de la défense, dénaturation des conclusions et des pièces. En clair, des magistrats déforment les conclusions des justiciables Français Juifs pour "expliquer" leur condamnation sévère. Loin d'être impartial et de juger en droit et en fait, ils deviennent alliés des ennemis des Juifs.

Ainsi, des documents établis par la partie non Juive - Syndicat de copropriétaires, société, etc. - sont pris en compte pour accueillir les demandes de cette partie, même quand ils sont sciemment faussés.

Pour bien faire comprendre à des Juifs impudents, osant réclamer l'application du droit, qu'ils ne sont pas des justiciables français comme les autres, des magistrats bâclent leur arrêt par des phrases sans sens. Les condamnations au titre de l'article 700 du Code de procédure civile - indemnisation des frais judiciaires, en première instance et en appel, de la partie gagnant entièrement ou partiellement le procès - ? Elles se traduisent généralement pour des justiciables non Juifs - locataire, copropriétaire, banque, etc. - par une somme à payer par la partie perdant, en partie ou totalement le procès, allant de 4 000 € à 5 000 €. Or, une Cour d'appel a condamné un copropriétaire Français Juif, percevant le RSA et ayant obtenu l'aide juridictionnelle totale, a verser 6 000 € au Syndicat et à son syndic, et à Eva Tanger, copropriétaire Française Juive, à 20 000 € ! Mais, et c'était bien connu de Youssouf Fofana, "les Juifs ont de l'argent"...

Il est donc profitable, et sans risque, pour des Syndicats de copropriétaires d'assigner un copropriétaire français Juif en justice en lui réclamant de prétendues "charges impayées" : les magistrats n'acceptent qu’exceptionnellement de désigner un expert judiciaire pour vérifier les comptes du Syndicat. Et encore, des experts judiciaires s'avèrent problématiques. Ainsi, certains comptes d'un syndic et expert judiciaire ont été considérés comme "injustifiés" par un Tribunal de Grande instance. Mais curieusement, la Cour d'appel les a ensuite validés sans argumenter.

Un Syndicat de copropriétaires peut s'enrichir aisément par ces procédures judiciaires : par le versement de sommes déjà payées par des copropriétaires Français Juifs, par des dommages et intérêts injustifiés, par l'indemnisation exagérée de ses frais judiciaires, par l'inscription d'une hypothèque sur les lots de ces copropriétaires, par des saisies bancaires, par la vente de leurs lots, par l'éventuel rachat de ces lots à prix bradés et en réalisant une juteuse plus-value, etc. Quant à son syndic, il perçoit en particulier des vacations sur le suivi judiciaire qui accroissent le montant de sa rémunération annuelle et il s'assure de garder ce Syndicat dans son porte-feuille de clients. Ce gestionnaire de biens a la faculté aussi de racheter ces lots en engrangeant un profit conséquent.

Ce faisant ces Syndicats et leurs syndics spoliateurs empêchent des Français Juifs de jouir d'une vie tranquille et bien méritée.

Après les copropriétaires juifs spoliés ou/et ruinés, les locataires juifs ? Oui, vraisemblablement.

Et ce sont d'autres magistrats qui ont longtemps relaxé Dieudonné poursuivi pour incitation à la haine.

Hasard ? Volonté d'éviter l'accusation d'antisémitisme ? Les spoliateurs choisissent souvent des avocats juifs lors des procédures judiciaires contre des Juifs.

Juif errant
Cet accroissement considérable du nombre d'actes antisémites est apparu en 2000 sous la présidence de Jacques Chirac (RPR) et sous le gouvernement socialiste de Lionel Jospin - François Hollande était alors Premier secrétaire du Parti socialiste et Manuel Valls chargé de la communication et de la presse auprès de Jospin.

Le déni, l'inaction, la minoration, voire la justification de cet antisémitisme par ces autorités politiques ont contribué à l'enracinement de cet antisémitisme durable.

Quinze ans plus tard, la condition juive s'est dégradée. Ecoles publiques judenrein, immeubles d'habitation judenrein... Et bientôt des immeubles-ghettos pour Juifs Français ? Avec la spoliation de ces Français juifs, sont apparus des Juifs sans domicile fixe, des Juifs errants. Un phénomène appelé à perdurer. Jusqu'à quand ? Leur expulsion ? Un futur exode similaire à "l'exil oublié" d'environ un million de Juifs de pays Arabes, de Turquie, d'Iran, de la partie de Jérusalem occupée par la (Trans)Jordanie...

« Au 20e siècle, les Juifs orientaux furent donc traités par des Etats arabes qui venaient d’accéder à leur indépendance comme des dhimmis, conformément à la tradition. Et curieusement, les Juifs réagirent exactement de la façon traditionnelle des dhimmis. De même que dans le passé, ils se résignaient à subir massacres, viols et pillages ayant été désarmés devant la violence et la loi par l’interdiction du port d’armes, et du recours devant les tribunaux - ainsi à l’époque moderne acceptèrent-ils silencieusement d’être dépouillés des fruits d’un labeur séculaire de dhimmi. Durant treize siècles, la justice des hommes les avait rejetés dans une condition incarnant l’injustice permanente. Le concept de justice pouvait-il signifier autre chose pour eux que néant ou dérision ? », a écrit Bat Ye’or (Peuples dhimmis : nations mortes-vivantes).

Les Français Juifs du XXIe siècle ne se laisseront pas spolier, et vaincront leurs ennemis.

« C’est en effet le début d’une fin. La fin quasi programmée de la seule grande aventure juive diasporique d’après la Shoah… 47 000 Juifs ont quitté la France pour Israël entre 2000 et 2015.  Entre 2013 et 2015, en trois années seulement, on a compté 20 000 départs, un rythme jamais vu depuis 1948. En 2014 puis en 2015, la France fut le premier pays d’origine de l’aliyah. A ces chiffres, ajoutez ceux des départs vers les Etats-Unis, le Canada, l’Angleterre, l’Australie voire l’Espagne. Nul n’est capable d’en indiquer le volume mais ils existent… Vouloir se rassurer. Minimiser le danger. Refuser de voir. Ce fut là le plus grand échec d’une partie des élites juives depuis l’Affaire Dreyfus jusqu’à la vague antisémite des années 2000 », a déclaré George Bensoussan, le 23 mars 2016, en évoquant une marranisation de l'existence juive en France.

Les Juifs "marranes", cristãos novos (nouveaux chrétiens) ou les crypto-juifs ont fui la péninsule ibérique pour éviter la conversion.

Histoire sans Juif
"On ne s'est pas rendu compte que les agressions contre les Juifs n'étaient pas uniquement physiques mais également symboliques : dans l'ordre de la culture, la philosophie, la morale... Le texte biblique, l'histoire juive, l'être juif, le judaïsme lui-même, en sont devenus les cibles, en vue de les détruire et de les rabaisser. Cela rappelle la fin du XIXe siècle avec sa destitution du judaïsme, de l'archéologie à la doctrine aryaniste en passant par l'histoire juive. On ne peut mieux viser la souveraineté de l'Israël éternel", a déclaré le professeur Shmuel Trigano en 2015.

Présidents de la République, Premiers ministres, parlementaires... Tous rendent hommage dans leurs discours à la contribution exceptionnelle des Juifs à l'histoire de France et expriment leur empathie à l'égard des Juifs assassinés lors de la Shoah.

Les dirigeants communautaires surenchérissent en soulignant la présence Juive en Gaule, depuis près de deux mille ans. Et déplorent la fuite contrainte de tant d'élèves français juifs de l'école laïque : environ deux tiers des enfants juifs sont scolarisés en écoles privées, non confessionnelles ou confessionnelles (juives, chrétiennes).

Le 25 octobre 2010, s’était ouvert le procès en appel de 17 des 25 condamnés dans l’affaire du gang des Barbares devant la Cour d’assises des mineurs de Créteil (banlieue au Sud-Est de Paris). Me Léon-Lef Forster, avocat d’une accusée, a récusé plusieurs jurés, notamment deux hommes dont les noms patronymiques laissaient penser qu’ils étaient Juifs. Hormis trois journalistes français Juifs, nul média n'a relevé ce fait. "Le grave danger pour la justice et la démocratie françaises : des Juifs pouvant juger des assassins de Juifs, ce serait inadmissible. De quel droit pourraient-ils faire celà ? Ce jury devait être Judenrein ! Vide de tout Juif ! Mais soyez rassurés : ces mêmes avocats portant eux aussi des patronymes paraissant juifs se sont donné le droit et sans aucun doute l’obligation éthique de défendre ces assassins", a déclaré Serge Hadjenberg, directeur de Radio J.

Curieusement, de nombreux musées publics omettent de mentionner les Juifs dans des expositions dont la thématique implique pourtant cette mention. Quelques exemples. Pour le centenaire de la mort de Camille Pissarro (1830-1903), peintre phare de l’impressionnisme et du post-impressionnisme,  né dans une famille Juive des Antilles, aucun des grands musées parisiens, notamment pas le musée d'Orsay, n'a présenté aucune exposition sur cet artiste célèbre ; seul le musée Tavet-Delacour (Musée de Pontoise) a rendu hommage en 2003 à Camille Pissarro et à ses contemporains dans l'exposition Camille Pissarro et les peintres de la vallée de l’Oise. Le Jeu de Paume a présenté en 2011 la rétrospective Le photographe André Kertész (1894-1985) sans mentionner la judéité de cet artiste. Art du jeu, jeu dans l’art. De Babylone à l’Occident médiéval au musée de Cluny-musée du Moyen-âge (2013) a occulté les jeux Juifs. Sur les grilles du Sénat, l'exposition Le XXe siècle en quatre-vingts dessins de presse (2013) a omis la Shoah, et montré les Juifs seulement comme Israéliens conquérants, menaçants, menteurs ou hypocrites. Le Maroc médiéval. Un empire de l’Afrique à l’Espagne au Louvre (2014-2015) a évoqué les Juifs uniquement par le mellah de Fès-la-nouvelle, un ghetto ! Indigo, un périple bleu à la Bibliothèque Forney, bibliothèque des arts graphiques et des métiers d’art de la Ville de Paris (2015) a occulté le rôle économique des Juifs (artisans, marchands, etc.) dans l'usage de cette plante tinctoriale. Etc. Etc. Etc.

Ces musées ou institution publics ont gommé les Juifs de la "photographie de famille", du grand récit national, de l'histoire de France et du monde.

D'autres expositions ont politisé des cartes en insérant la "Palestine" - Il était une fois l'Orient-Express à l'Institut du monde Arabe (IMA) en 2014 -, etc.

Sans indignation, ni des organisations et médias communautaires, ni des autorités culturelles, Hormis lors de l'exposition Gaza 2010 de Kai Wiedenhöfer, ou de celle de la photographe Ahlam Shibli au Jeu de Paume (2013).

Quant aux manuels scolaires français, les Juifs n'y apparaissent que dans l'Antiquité avec les Hébreux, dans l'époque contemporaine avec l'affaire Dreyfus, la Shoah et le conflit né du refus du monde musulman ou/et Arabe de l'Etat d'Israël.

Or, la présence des Juifs en France est attestée depuis environ 2 000 ans. Cette apparition par éclipses gomme la contribution majeure des Juifs à l'Histoire, en particulier celle de la France, et à la Nation française.

En outre, prévoyant les réticences ou invectives de certains élèves, de nombreux enseignants rechignent à aborder la Shoah.

Par ailleurs, la présentation de ce conflit au Proche-Orient est biaisée, partiale, et erronée : Jérusalem est présentée uniquement comme "lieu saint musulman", le plan de partage onusien aurait prévu un Etat Juif et un "Etat palestinien", etc.

Juifs "oubliés", Israël diffamé... Des hasards ?

L'antisémitisme d'individus issus de l'immigration est attisé par le multiculturalisme, le relativisme culturel, la "repentance", l'instrumentalisation de l'Histoire perçue de manière anachronique au travers d'une grille morale et droitsdel'hommiste, "politiquement correcte", culpabilisant la civilisation européenne et la France rendue coupable de la colonisation, de l'esclavage, etc.

Une France antisémite
"Non, la France n'est pas antisémiteMais il y a des antisémites en France". C'est le leit-motiv des politiciens, dirigeants communautaires et journalistes français depuis des décennies, particulièrement depuis l'Intifada II. Tous occultent "l’antijudaïsme théologique et l’antisémitisme politique" islamiques (Shmuel Trigano).

D'ailleurs, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, n'avait-il pas seriné : "Toucher à un Juif, c'est toucher à la République".

Et, après, Manuel Valls, Premier ministre socialiste, a renchéri en 2015 : "La France sans les Juifs, ce n'est plus la France".

Une affirmation louée unanimement. D'autant que le leadership communautaire se plait à rappeler la présence en France des Juifs depuis plus de deux mille ans.

C'est oublier que la France sans les Juifs, cela a été aussi la France. L'histoire de cette belle terre de France, c'est aussi l'histoire des expulsions de Juifs - 533 par Childebert 1er, 633 par Dagobert, 1182 par Philippe II, etc. - par des souverains voulant s'enrichir, renflouer leurs caisses royales en s'emparant des biens des Juifs, ou affirmer leur pouvoir centralisé et contesté. Et quand ces monarques, après avoir dilapidé cet argent mal acquis, avaient besoin de nouveau d'argent, ils autorisaient les Juifs à s'établir de nouveau sur leur territoire. Et tout recommençait... Qui oserait dire que la France après avoir expulsé les Juifs, les avoir spoliés ou tués, n'était plus la France ? C'était toujours la France. Mais l'enseignement de l'Histoire est si malmené, si instrumentalisé par des idéologues, celui de l'Histoire des Juifs demeure si négligé, que peu de dirigeants la connaissent.

Alors, la France, pays antisémite ? J'évoquerais des Français antisémites et une France institutionnellement - justice, médias publics, éducation nationale, "politique arabe", etc. - antisémite, sans intervention efficace de dirigeants communautaires. Ainsi, des édiles,  essentiellement de gauche et d'extrême-gauche, participent impunément à des manifestations où l'on crie "Mort aux Juifs" sans arrestation, et encore moins jugement de ceux qui profèrent ces slogans antisémites. Des médias incitent à la haine des Juifs et cachent le caractère islamique des agresseurs dénommés "assaillants" ou "jeunes". Des agents publics tuent socialement et professionnellement, ruinent et spolient des Français Juifs. Et des terroristes musulmans tuent physiquement des Juifs français.

Le 16 juillet 2017, lors de la cérémonie du 70e anniversaire de cette rafle du Vél d'HivFrancis Kalifat, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), a nié un antisémitisme d'Etat dans la France actuelle. C'est exonérer aisément l'Etat de sa responsabilité dans l'antisémitisme, via ses magistrats, ministres, organismes, dirigeants du secteur public, etc.


(1) Dans le cadre du programme quinquennal (2004-2009) de subventions pour la sécurisation des lieux de cultes et des structures culturelles de la communauté juive française, 15 millions d'euros ont été investis dans ce « programme de travaux » qui a permis de sécuriser – essentiellement via des systèmes d’alarme et de vidéosurveillance - « 349 bâtiments, dont 107 écoles et crèches, 81 associations et centres communautaires et 161 synagogues ».

Récipiendaire du Prix 2009 de la lutte contre l’antisémitisme remis par l'UPJF, M. Hortefeux a déclaré avoir :
« la conviction, qu'aujourd'hui, plus que jamais, dans une société souvent tétanisée par les questions d'identité, les juifs doivent faire savoir qui ils sont, quelle est leur foi, leur conviction, leur vision de la vie, leur désir profond de paix ».
Les Juifs sont-ils si méconnus ? Ils n’ont pas de problème d’identité. Et s’ils contribuent de manière bénéfique à leur pays - la France -, au vivre ensemble et aspirent à la paix, ils savent que, parfois, la paix passe par l’étape de la guerre, notamment face à la menace islamiste.

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Cet article a été publié le 30 décembre 2009, puis le 12 mars 2012 et le :
- 24 janvier 2013 ;
- à l'approche du 2e congrès des Consistoires de France et de Paris ;
- 27 juin 2013 ;
- 28 mars et 30 juillet 2014 ;
- 7 mars 2016. Ce 7 mars 2016, a eu lieu le dîner du CRIF, déconnecté des réalités et ne défendant plus tous les Juifs victimes d'antisémitisme. Les 10, 11 et 12 mars 2016, le MAHJ (Musée d'art et d'histoire du Judaïsme) et la BnF (Bibliothèque nationale de France) accueilleront le colloque L'Antisémitisme en France XIXe - XXIe siècle, sous la direction de Dominique Schnapper, École des hautes études en sciences sociales, présidente du MAHJ ; Perrine Simon-Nahum, CNRS, Centre d’études sociologiques et politiques Raymond Aron, Paul Salmona, directeur du MAHJ et Thierry Grillet, directeur de la diffusion culturelle, BnF. Un programme éludant des problèmes graves.
Il a été modifié le 21 juillet 2017.

6 commentaires:

  1. Je suggere à Mr Attali, de se "déguiser" en juif,en choisissant le signe le moins choquant d'un chapeau noir, pour se rendre compte des regards haineux que celà provoque chez les musulmans moyens......mais il n'osera pas.....
    par honte ou par peur ???

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  2. It is a pleasure to discover your blog! I have subscribed and look forward to following it in future. (Alas, I cannot write in acceptable French.)
    Thank you for the link, also!

    Rabbi Ruth Adar

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  3. Merci pour cet excellent article !

    (j'ai "pigé" pour l ' ARCHE ,du temps de Roger Ascot ...)

    Midge Feld

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  4. Merci pour cet article, dont je ne partage pas toutes les conclusions.
    L'antisémitisme est différend du racisme, si les juifs sont davantages agressés physiquement que les arabes, il ne souffrent généralement pas de discrimination à l'emploi ou au logement.
    Les sentiments anti musulmans sont de plus en plus violents, la votation Suisse est un coup de semonse, mais en France, sur les forums on sent un sourde colère monter. Ce n'est d'ailleurs pas rassurant pour les juifs, beaucoup d'anti arabes sont également anti sémites ! !
    http://www.mivy.ovh.org/linfo/01actu/journal/2009_journal.htm#attali

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  5. Je suis en total accord avec cet article, très complet de Véronique Chemla.

    Ceux du "Monde Juif du microcosme parisien", dis aussi "les Juifs de court", sont totalement à l'image des nombreux politiques français, en simple, " à côté de leurs pompes".

    Hypocrite, ou aveugle, mais surtout avec « un égo surdimensionné », vivant dans un monde éloigné des réalités de ce pays, ils ne pensent qu'a donner des leçons tout en étant sur de leurs affirmations.

    « Pas de Juifs, victimes de l'antisémitisme, de l’ostracisme des autres populations, en particulier des maghrébins ( et non des arabes), mais non vous rêvez et moi je sais.....
    C'est eux qui savent, bien sur et les autres Juifs sont des crétins qui vivent dans les fantasmes et la propagande d’Israël pour favoriser l'alyah , le bon vieux complot sioniste »

    Une de mes filles, qui a 17 ans aujourd'hui est encore en école public, point particulier, elle est née en Israël et être la seule enfant Juive de la classe et peut être même de l'école et dans une grande ville du Sud-Est.

    Imaginez le moment ou ses profs faisaient des cours sur la Shoah, le Moyen-Orient, l'histoire, les religions.... concernant les Juifs.

    Craignant que l'on révèle ses secrets d'identités, d’être mise à l'index par une prof peu soucieuse de discrétion ou inconsciente du sujet et ma fille inquiète des conséquences que l'on peut imaginé dans une école française de nos jours avec ses mélanges ethniques.

    Qui aujourd'hui, a par des enfants Juifs ou ceux ayant des noms ou des signes indiquant leur lien avec le judaïsme, Maguen David, Noms, ou autres, même sans être « Juif » (selon la Hala'ha rabbinique) peuvent subir des actions racistes, certainement pas des jeunes maghrébins.

    C'est bien la preuve que les Juifs, jeunes ou adultes ne sont pas des citoyens comme les autres dans ce pays, comme dans beaucoup d'autres.

    Le jour ou un Juif, sans limite, d'age, de profession.... aura la liberté d'affirmer son identité, par des bijoux, des vêtements ou autres, en tous lieux et moment, sans risques, sans conséquences de n'importe quel ordre, alors on pourra dire qu'il n'y a pas antisémitisme.

    CQFD /André BARMO'HA.

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  6. "Leur intégration sera notre intégration".
    Il débloque, Besnainou!
    Depuis quand les Français juifs ont-ils eu des problèmes d'intégration?
    Il n'y a pas de problèmes inter-communautaires.
    Il y a des Musulmans ( d'Afrique du Nord, essentiellement, et sub-sahariens, --- sans compter les nouveaux "migrants" parmi lesquels il y a de tout) qui n'ont nulle intention de s'intégrer en France, mais bien d'y IMPLANTER LA CHARIA POUR TOUS.
    Les dirigeants communautaires feraient bien de s'en aviser, aux postes où ils sont.

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