mercredi 3 mai 2017

Margherita Sarfatti (1880-1961)


Née dans une famille juive vénitienne, Margherita Sarfatti (1880-1961), brillante écrivain, journaliste et férue d’art (Novecento), a été la maîtresse, mécène et conseillère politique de Benito Mussolini (1883-1945) et une théoricienne du fascisme. Au pouvoir, le Duce l’écarte de la vie politique vers le milieu des années 1930. Victime des lois antijuives, Margherita Sarfatti s’exile en Amérique latine en 1939. En 1947, elle retourne en Italie, mais sans renouer avec la politique. France 3 diffusera les 5 et 15 mai 2017 Margherita S. , de Pierre-Henry Salfati. 


Margherita Grassini est née à Venise  (Italie) en 1880, dans une famille juive fortunée. Amedeo Grassini, son père, est un avocat, conseiller fiscal du gouvernement de Venise, et homme d’affaires ; il est aussi un ami de Giuseppe Melchiorre Sarto, futur pape Pie X. Son grand-père s’est illustré lors du Risorgimento (Renaissance), processus d’unification de la péninsule italienne, au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, à l’initiative des rois de la Maison de Savoie.

Agée de 18 ans, cette socialiste épouse Cesare Sarfatti, avocat.

Le couple Sarfatti se fixe à Milan en 1902. Il fréquente les chefs du Parti socialiste italien, dont Filippo Turati. Il a trois enfants, Roberto, Amedeo et Fiammetta.

Cesare Sarfatti conseille et assure la défense, dans les prétoires, du parti. Il dirige aussi un groupe sioniste milanais.

Quant à Margherita Sarfatti , elle écrit pour la revue La difesa delle lavoratrici, et dès 1909 pour Avanti !, journal du parti socialiste. 

Dans le salon de cette critique d’art engagée et influente, évoluent l’avant-garde artistique – Futurisme, Novecento italien - et littéraire, des politiciens et des diplomates.

Fascisme
Au cours d’une réunion du Parti socialiste en 1912, s’exprime avec enthousiasme, le jeune Benito Mussolini (1883-1945) qui entame une brillante carrière dans le parti, en particulier grâce aux époux Sarfatti. Mussolini dirige Avanti !, entretient de nombreuses relations amoureuses, dont l’une avec Ida Dalser.

En 1914, alors que le Parti socialiste promeut la neutralité, Mussolini milite pour l’engagement de l’Italie dans la guerre. Exclu du Parti, il crée sa revue, Il Popolo d’Italia. Margherita Sarfatti lui apporte conseils et soutien financier. Adolescent enthousiaste, Roberto Sarfatti rejoint, sous l’influence de Mussolini, les Alpini, et est tué en combat à l’âge de 17 ans.

Signé en 1918, l’armistice marque une double rupture. D’une part, au lien intellectuello-politique entre Margherita Sarfatti et Benito Mussolini s’ajoute une relation amoureuse. D’autre part, tous deux soutiennent désormais le fascisme, vilipendent la démocratie, justifient la violence, notamment celle des squadri, membres de forces paramilitaires, contre « les Rouges ». 

Carnet d’adresses, argent, finesse stratégique, talent journalistique pour Gerarchia, revue théorique du fascisme… Margherita Sarfatti les utilise au profit de l’ascension politique de Mussolini jusqu’à la marche sur Rome, marche paramilitaire dirigée par les faisceaux italiens en 1922 et l’avènement d’un régime fasciste en Italie.

Habile ambassadrice du fascisme, Margherita Sarfatti obtient le soutien d’artistes italiens qu’elle regroupe dans le Novecento italiano, dont les œuvres sont montrées lors d’expositions itinérantes en Europe et Amérique latine. Embrigadés aussi, des scientifiques, tel Marconi, des auteurs, comme Pirandello…

En 1924, décède Cesare Sarfatti.

Écrite par Margherita Sarfatti, la biographie de Mussolini inscrit dans l’histoire de la Rome antique impériale. Elle est publiée en 1925 à Londres sous le titre de The Life of Benito Mussolini, et en 1926 en Italie (Dux). Un best-seller vendu à des millions d’exemplaires, traduit en 18 langues. Magnat américain de la presse, William Randolph Hearts signe des contrats rémunérant très généreusement Mussolini pour des articles rédigés par Margherita Sarfatti et signés par le Duce. Et ce, jusqu’en 1934.

En 1932, Margherita Sarfatti  ne fait plus partie du cercle privé intime de Mussolini, mais celui-ci continue à écouter ses conseils. Margherita Sarfatti lui déconseille l’invasion de l’Ethiopie, tout rapprochement avec Adolf Hitler. 

Elle rencontre en 1934 le Président américain démocrate Franklin D. Roosevelt. 

Làs ! De retour en Italie, elle apprend la visite du Führer en Italie.

Exil
Bridée dans son activité artistique, victime des lois antisémites fascistes, Margherita Sarfatti fuit en septembre 1939 l’Italie pour l’Uruguay, où l’avait précédé son fils Amedeo. Epouse du comte Livio Gaetani d’Aragona, sa fille Fiammetta est contrainte de vivre cachée sous l’Occupation nazie. La sœur et le beau-frère de Margherita Sarfatti sont déportés au camp d’Auschwitz  où ils ont été assassinés.

A Buenos Aires (Argentine), Margherita Sarfatti  fréquente des anti-fascistes, réfugiés juifs, puis dès 1944 des anciens hiérarques fascistes ayant quitté l’Italie vaincue. Elle écrit des livres d’art, puis des articles sur le défunt Duce dans la revue Critica.

En 1947, elle revient en Italie.

Parmi ses relations : D’Annunzio, Pound, Shaw, Einstein, Péguy, Cocteau, Colette, Berenson, Diego Rivera, et Joséphine Baker.

Margherita Sarfatti publie en 1955 une autobiographie, Acqua passata, dans laquelle elle élude la politique, le fascisme, etc.

Philip Cannistraro et Brian Sullivan dépeignent Margherita Sarfatti comme séductrice, brillante, cultivée, belle, élégante, intelligente, sensible, curieuse, dynamique, mais cupide, calculatrice, avide de pouvoir, arrogante, persévérante et égocentrique.

Le réalisateur Pierre-Henry Salfati a réalisé un portrait de Margherita Sarfatti, « qui fut la compagne de Mussolini pendant 22 ans, exerçant sur lui une forte influence et façonnant le personnage du Duce. Des documents d'archives, des textes autobiographiques et des lettres d'amour permettent de retracer la vie de cette femme brillante et cultivée, qui écrivait les articles et les discours de Mussolini, rédigeant également sa biographie et inventant le mythe du Duce. Margherita Sarfatti a également été une personnalité influente dans le domaine artistique dans son pays : elle a notamment créé le mouvement Novecento, insufflant son esthétique au fascisme ».

Margherita S. , de Pierre-Henry Salfati
Sur France 3 les 5 mai 2017 à 0 h 45 et 15 mai 2017 à 3 h 05


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