samedi 30 avril 2016

Izis, Paris des rêves


La Ville de Paris a présenté une rétrospective éponyme, agrémentée d’un superbe catalogue (Flammarion), sur le photographe humaniste Izraël Biderman, dit Izis (1911-1980). Né dans une famille juive vivant dans la Russie tsariste, ce jeune Litvak (juif lituanien) s’installe en 1930 à Paris où il gère une boutique de photographie. En 1944, rompant avec les codes du studio, ce résistant prend en photo des maquisards. Il est engagé par Paris-Match en 1949. Des livres, 270 photographies sur un Paris populaire, Israël, l'Angleterre, le peintre Marc Chagallle cirque et la fête foraine, des numéros de Paris-Match et des films témoignent de son « réalisme poétique », de son style épuré et de son regard empathique, ironique et tendre. Le 3 mai 2016, Paris-Match vendra quelques uns de ses plus célèbres clichés. Parmi eux : des photographies d'Izis.


Après les expositions Willy Ronis à Paris (2005-2006) et Doisneau, Paris en liberté (2006-2007) qui avaient attiré respectivement 500 000 visiteurs et 300 000 visiteurs, la Mairie de Paris a rendu hommage à Izis, « photographe-poète, artiste, reporter, grand portraitiste et flâneur aux aguets », injustement moins connu que ses pairs de la « photographie humaniste ». Lors même que nombre d’expositions montrent ses œuvres.

C’est donc une rétrospective d’Izis, au titre emprunté à un de ses livres et qui incite à penser à tort que tous les clichés portent sur Paris. On peut regretter qu’aucun des visuels libres de droit ne porte sur Israël, alors que l’un d’eux illustre l’Angleterre, et surtout l'absence de photo montrant Izis.

L’exposition s’ouvre sur l’acte fondateur d’Izis : sa série sur les maquisards (« Les maquisards, naissance d’un artiste, 1944 »). Elle poursuit par huit autres espaces thématiques : « Paris éternel (1945-1977) », « Portraitiste et reporter, Paris Match (1949-1969) », « Charmes de Londres, 1952 », « The Queen’s People, 1953 », « Paradis terrestre, 1953 », « Israël, 1955 », « Le Cirque d’Izis, 1965 » et « Le Monde de Chagall, 1969 ».

De la Lituanie à la France des années 1930
Izraël Biderman est né en 1911 à Marijampolé, dans la Russie tsariste. Une erreur de l’état-civil explique le « z » de son prénom. La famille Biderman est pauvre ; son père a un magasin de porcelaine.

En 1918, à l’indépendance de la Lituanie – un Etat balte qui sera annexé par l’Union soviétique, occupé par l’Allemagne nazie (1941-1945) puis proclamé république socialiste soviétique -, Izraël Biderman devient Israëlis Bidermanas. À l’école hébraïque, il est surnommé « le rêveur » par ses condisciples.

À 16 ans, passionné par la peinture, il quitte Marijampolé pour travailler dans d’autres villes de Lituanie. En 1924, il est recruté comme apprenti photographe.

Fuyant la misère, il se rend en 1930 à Paris. « Pourquoi Paris ? Parce que Paris excitait mon imagination. C’était la Ville lumière. Pour moi, tout se passait à Paris. En 1930, Londres, New York ou Berlin ne m’attiraient pas. On lisait des romans français, on apprenait avec intérêt l’histoire de France. Pour nous, dans notre imagination, c’était le paradis européen, comme pour d’autres, l’Amérique. (…) Nous étions attirés par la France comme pays de l’Esprit. La Liberté, l’Égalité de l’homme et la Culture, c’est ça qui nous faisait rêver » (Artiste et métèque à Paris, Paris, éditions Buchet/Chastel, 1980, Lise Bloch-Morhange & David Alper).

La vie y est dure. Il y survit par de petits boulots, comme tireur-retoucheur. Il est engagé un an au studio Arnal, spécialisé dans les photos d’acteurs.

En 1933-34, il est recruté par le studio Rabkine. Il épouse la fille de ses employeurs qui lui confient la gérance d’un magasin, 141 rue Nationale dans le XIIIe arrondissement. En 1938, naît son fils, Manuel.

D’Izraël Biderman à Izis
En 1941, la famille Bidermanas se réfugie en zone libre, à Ambazac, près de Limoges. Izraël Biderman travaille clandestinement dans le Limousin sous le nom d’Izis, forgé en contractant son prénom Izraëlis. En Lituanie, ses parents et son frère David sont tués lors de la Shoah.

Arrêté en août 1944 par les Allemands, il s’échappe, s’engage dans les FFI (Forces françaises de l’intérieur).

Cantonné au standard de la caserne Beaupuy, il découvre les maquisards sortant de la clandestinité et décide de réaliser leurs portraits, avec un vieil appareil, à la lumière naturelle : « Pour la première fois de ma vie, je me suis posé le problème de la photographie : comment les photographier ? Je ne pouvais pas faire des portraits retouchés, avec faux éclairages et poses artistiques. Alors j’ai inventé une photographie nouvelle pour moi. J’ai épinglé un papier blanc sur un mur de la petite pièce et entre deux coups de téléphone, j’ai entrepris de faire leur portrait ». Izis abandonne « tous les artifices appris pendant ses années dans les studios professionnels et, avec les moyens du bord, tire le portrait « brut » de plus de 70 maquisards en tenue de combat et mal rasés. Une véritable révolution pour l’artisan consciencieux qui découvre les audaces de l’artiste ».

Dès septembre 1944, la ville de Limoges organise l’exposition « Ceux de Grammont vus par le soldat FFI Izis Bidermanas ». Cette série fondatrice permet plusieurs lectures : photo souvenir, photo témoignage, document historique, œuvre artistique. En choisissant la série, et non le portrait de groupe, Izis suit sans le savoir l’Allemand August Sander (1876-1964) et anticipe « l’esthétique épurée » de Richard Avedon (1923-2004). Quatre expositions d’Izis sont organisées pour les Limousins.

Nouveau nom - Izraël Biderman adopte définitivement son pseudonyme Izis -, nouveau statut, divorce, tragédie familiale en Lituanie, succès de ses expositions… C’est un artiste aspirant à une nouvelle vie qui rejoint Paris en 1945.

Du photographe de studio au photographe-reporter rêveur
Izis se remarie en 1946 avec Louise Trailin. En 1948, naît sa fille Lise.

En 1947, il obtient sa naturalisation. Il ouvre un studio 66 rue de Vouillé, dans le XVe arrondissement.

Grâce aux contacts de ses amis poètes limousins, il photographie le Tout-Paris des écrivains et des artistes - Aragon, Eluard, Breton - et les personnalités scientifiques - l’explorateur Paul-Emile Victor sur sa péniche - et autres célébrités : Orson Welles, Gina Lollobrigida.

Sa rencontre avec Brassaï (1899-1984) marque un tournant. Izis arpente le Paris populaire. Il photographie librement, sans les contraintes du studio des ouvriers, vitriers ambulants et marchands de quatre-saisons, des pêcheurs, clochards, des amoureux, des enfants, des dormeurs des rues, Saint-Germain-des-Prés... « La Seine m’attire toujours. J’ai rendez-vous là-bas avec mes personnages », disait-il.

Izis immortalise un Paris, d’où est absente toute référence aux préoccupations politiques (guerre froide).

Ses « images s’inscrivent dans ce courant humaniste du « réalisme poétique », à la fois reflet d’une époque et regard personnel sur le monde qui entend dépasser par la poésie l’âpreté du quotidien ».

On « n’y trouve ni le Paris des bas-fonds de Brassaï, ni l’humour de Doisneau, ni le symbolisme de Boubat, ni la cérébralité d’Henri Cartier-Bresson, ni encore les images intimistes ou engagées de Ronis. D’une lecture simple en apparence, ses photographies révèlent en fait une pointe d’intranquillité qui n’existe pas chez les autres humanistes ».

En 1949, il est sollicité pour le 1er numéro de Paris-Match (25 mars 1949) auquel il collabore comme reporter et portraitiste pendant 20 ans et dont il devient une grande signature. Pour ce journal, il couvre les inondations à la mine de l’Étançon en Haute-Saône (1951), l’affaire Dominici (1952), les inondations aux Pays-Bas (1953), le tremblement de terre d’Orléansville en Algérie (1954), les pèlerinages de Lourdes et de Séville…

« En vérité je n’ai jamais été un reporter et d’ailleurs le journal l’a vite compris… Plus tard, je suis devenu le photographe de l’anti-événement que l’on envoie où il ne se passe rien », commentait Izis. Plutôt que de montrer certains évènements, Izis préfère montrer ce qui lui est connexe, lié et le révèle, le suggère, l’exprime. Ainsi, lors de la venue de la reine d’Angleterre à Paris, Izis est chargé de « faire la foule ». Ce qui lui vaut son surnom : « Izis la foule ».

En 1953 sont publiés Paradis terrestre avec des textes de Colette, et The Queen’s People.

The Queen’s People, 1953. Paris Match charge Izis de couvrir les préparatifs et les « à-côtés » de la cérémonie du couronnement de la reine Élisabeth, à Londres. Izis y révèle son humour, son sens de la dérision, son goût pour la farce et les facéties, son insolence et son ironie. Dans Coronation Food, la souveraine souriante pose « entre une rangée de têtes d’oies pantelantes et un parterre de volailles dans la devanture d’un boucher ».

Izis prise l’évocation d’univers d’artistes du passé : Monet, Sisley, Baudelaire.

Jouhandeau, Camus, Kessel, Simenon, Laurencin, Rouault, Calder, Soulages, Piaf, écrivains ou chanteurs… Tous sont portraiturés par Izis qui les rencontre grâce à son réseau amical et relationnel.

Si Izis refuse toute mise en scène pour son travail personnel, il l’accepte pour le reportage. Ainsi, de retour du domicile de l’écrivain misanthrope Léautaud, il montre à Paris-Match les « portraits en couleur de chacun des chats traités comme des personnalités ». Quant au chorégraphe Roland Petit, il mime son travail avec ses doigts.

Se distinguant des « play-boys flambeurs » de la rédaction du journal, Izis alterne reportages et flâneries dans Paris en quête d’images pour ses livres.

Paradis Terrestre, 1953. Pour Paris-Match, Izis rencontre Colette (1873-1954) en 1950 chez elle, dans son appartement parisien surplombant les jardins du Palais Royal. « Passionné par des chapitres de son dernier livre En pays connu – La maison proche de la forêt, Le Désert de Retz, Amertume, Paradis terrestre » –, il décide de lui rapporter « les images de ces lieux chers à son cœur, dont elle est alors séparée par la maladie et par la distance ».

Au Désert de Retz, fasciné par la beauté des diverses architectures utopistes dégradées au fils des ans, Izis « réalise une série de variations sur les fenêtres en œil-de-bœuf de la colonne détruite explosées par les assauts de la végétation ». Il offre une réflexion sur la ruine, allégorie des tragédies de la Seconde Guerre mondiale.

« De même peut-on trouver dans la série de portraits de fauves en cage des autoportraits du photographe terrassé par sa propre mélancolie ». Photographe animalier, Izis reste « à l’affût des heures sous un drap pour saisir le vol d’une antilope dans le parc zoologique de Clères ».

Dès 1953, il effectue son 1er voyage en Israël auquel il est profondément attaché. Cette exposition montre des photos d’Israël en 1955. Certaines évoquent indirectement la Shoah.

« Quand je suis allé en Israël en 1952, je suis arrivé en pays connu, j’ai eu l’impression que c’était le pays de mon enfance : j’ai reconnu le paysage. Cela vient sûrement de notre éducation biblique », se souvenait Izis.

« À chaque pas, Izis retrouve des corrélations entre passé et présent, entre récit biblique et réalité, entre histoire universelle et histoire personnelle sans parvenir à les démêler. Contrairement à Robert Capa (1913-1954), Izis n’adopte pas uniquement la posture « objective » du reporter photo à Paris Match, mais cherche aussi l’image de son rêve de Terre promise. Tantôt il pointe son objectif sur les réalisations d’un pays en marche, tantôt il s’évade dans ses réminiscences bibliques. Ces tensions donnant à ce travail inspiré un statut singulier entre témoignage sur l’actualité d’un pays et poème biblique de portée universelle ».

De ses reportages naîtra en 1955 son livre Iraël, préfacé par André Malraux.

Le Cirque d’Izis, 1965. Izis est un spectateur régulier des cirques. Il réalise une émouvante série d’images de son ami le clown Grock, ou de ceux faisant de leur handicap un spectacle. Son regard est bienveillant et lucide.

Dans Le Livre de photographies : une histoire, Martin Parr et Gerry Badger saluent avec enthousiasme le livre oublié en 1965  Le Cirque d’Izis : « C’est le meilleur de sa vaste bibliographie : il revisite ce sujet porteur de clichés avec un œil neuf, et l’ouvrage est en soi un objet splendide... Comme le chef-d’œuvre de Cartier-Bresson, la couverture est due à l’un des maîtres de la peinture, issu cette fois de l’école de Paris, Chagall ».

Le Monde de Chagall, 1969. La première rencontre entre Izis et Chagall (1887-1985) remonte à 1949 (reportage pour Paris-Match). Izis « se fera le biographe visuel de son aîné » et ami auquel le lient de nombreux points communs : une famille pauvre d’Europe de l’Est, l’élection de Paris, des univers oniriques et poétiques. « Dans les tableaux colorés de Chagall, les personnages qui flottent au-dessus des villes ressemblent à tous ces dormeurs et rêveurs qu’Izis pêche un peu partout dans l’espace urbain ».

Seul journaliste accepté par Chagall sur le chantier de la décoration du plafond de l’Opéra Garnier, Izis suit assidûment les étapes de la création artistique (1963-1964).

Izis tente de capter l’inspiration de l’artiste. Jouant sur la couleur et sur la perspective, il saisit des « tableaux dans lesquels le peintre se fond avec ses personnages et flotte avec eux dans l’espace fusionnel de la couleur ».

En septembre 1964, Paris Match consacre vingt pages à ce sujet d'où Izis tirera un livre aux textes signés Roy Mc Mullen, Le Monde de Chagall (1969).

« A l’unisson avec ce que je vois » (Izis)
« J’appuie sur le déclic quand je suis à l’unisson avec ce que je vois », expliquait Izis qui sut « rechercher la cohérence entre le sujet, l’émotion et la forme ».

Izis a alterné reportages, livres - dix publiés entre 1951 et 1969 - et expositions. Ses clichés figurent dans des collections privées et publiques.

Après Les Yeux de l’âme (1950), premier livre révélant les « primitifs » d’Izis, celui-ci réalise la mise en page des trois ouvrages consacrés à sa ville d’adoption : Paris des rêves (1950) avec les poèmes autographes de 45 écrivains, réédité seize fois et vendu à 170 000 exemplaires, Grand Bal du printemps (1951) en duo avec Jacques Prévert, puis Paris des poètes construit sur le même principe que Paris des rêves (1977). Avec Prévert, Izis signe Charmes de Londres (1952). «Nous étions faits pour travailler ensemble, car c’était un poète qui s’inspirait d’une certaine réalité... Nous avions une vision proche ». De Londres, Iziz montre la misère, et non la City.

En 1951, ce « colporteur d’images » (Prévert) était, avec Brassaï, Doisneau, Ronis et Cartier-Bresson, de ces « cinq photographes français » (Five French Photographers) exposant au MoMA de New York.

En 1978, Izis est l’invité d’honneur aux 9es Rencontres internationales de la photographie d’Arles.

Il meurt le 16 mai 1980 dans sa maison de la rue Henri-Pape, à Paris.

Manuel Bidermanas, un des commissaires de l’exposition, et fils d’Izis et d’Anna Rabkine. Ce reporter photographe a travaillé pour Jours de France, Le Nouveau Candide, l’Agence Dalmas, Reporters associés et L’Express. En 1972, il devient le chef du service photo du magazine Le Point puis de 1992 à 1994 il est le directeur général de l’agence Sygma. Sur Izis :
« Je dirais qu’Izis était impliqué dans la vie. Politiquement, il était gaulliste, normal pour un résistant. Mon père avait des idéaux. La France d’abord… Lui qui a toujours peint voulait voir le Paris des artistes. Et puis, il y a une citation de Heinrich Heine qui dit « heureux comme Dieu en France ». Il est resté très attaché à ce pays.

Izis était une sorte de non-violent. Alors qu’il était encore en Lituanie, il a été déçu par les communistes, parce qu’ils n’avaient pas interdit la boxe.

Un jour je lui ai proposé qu’on aille ensemble [en Lituanie], il m’a répondu : « Jamais ! » Et il a pleuré devant moi pour la première fois. Il ne pardonnait pas à ce pays dans lequel sa famille avait été assassinée avec l’aide des habitants. Malgré cela, j’ai accepté qu’une exposition soit organisée un jour à Vilnius par l’ambassade de France. Mais dans le catalogue, j’avais écrit : « Cette exposition, mon père ne l’aurait pas voulue ». Aujourd’hui, il est prévu de créer une rue Izis à Marijampolé. Mais je n’accepterai que si elle est baptisée rue « Famille Bidermanas, dont Izis ».

Armelle Canitrot, critique photographique et co-commissaire de l’exposition :

« Izis n’a pas l’espièglerie de Doisneau, pas le côté politique de Ronis ni celui, intellectuel, d’Henri Cartier-Bresson. Izis, lui, est dans le rêve. Il prend des dormeurs, des vagabonds, des pêcheurs à la ligne... Ses doubles en fait. Son Paris est à la fois atemporel et un peu tourmenté… Dans ce qui, à première vue, a l’air paisible se glisse toujours un petit grain de sable, un soupçon d’intranquillité. Ainsi on regarde un homme assoupi pour réaliser ensuite qu’il a les deux jambes amputées et porte des prothèses. Il y a un effet miroir dans le travail d’Izis : il reflète ce côté inquiet de celui qui cherche toujours à s’évader du tragique par le rêve… En se penchant sur l’œuvre d’Izis, on décèle aussi l’homme doux, solitaire, très attachant.

Izis ne s’est jamais enfermé ni dans un genre ni dans une forme. Il bouscule les formes traditionnelles du portrait, s’intéresse au hors champ, s’autorise les recadrages et n’hésite pas à avoir recours à la série, au séquençage quand il juge cela nécessaire pour traduire ses impressions. Il est aussi moderne dans sa façon de considérer le livre comme la forme la plus aboutie de son œuvre et comme le meilleur moyen de la diffuser. Izis fait un travail assez inédit dans sa façon de concevoir ses ouvrages. Par exemple, il exclut de faire se côtoyer deux images sur une double plage, pour éviter les télescopages. Il est l’un des rares photographes à avoir poussé aussi loin la recherche sur l’articulation entre les photographies et les mots ».
Paris-Match
Le 3 mai 2016, Paris-Match vendra quelques uns de ses plus célèbres clichés.

Parmi eux, ces photographies d'Izis : L'affiche présentant le «saut de la mort» de Miss Frankony au Cirque d'hiver. Décembre 1949, A Paris, un homme en uniforme embrasse sa compagne avant de fermer les grilles d'entrée d'une station de métro. 1950,  Paris, 23 h 30. Deux femmes en robe du soir aux bras d'un homme descendent les escaliers de la station de métro Mirabeau. 1950, Alfred Hitchcock lors du tournage d'une scène du film «La main au collet», dans un cimetière. 1954, La foule près du tribunal lors du procès d'Adolf Eichmann, à Jérusalem. Avril 1961, En plein désert, quatre-vingt-dix ans après la bataille, le lieutenant Peyramale lit la glorieuse citation de Camerone. Ce détachement de dix hommes de la 1re compagnie saharienne, en grande tenue, écoute le récit du célèbre combat avant d'observer une minute de silence. 1953.


Jusqu’au 29 mai 2010
A la Salle Saint-Jean de l’Hôtel de Ville
5, rue Lobau.75004 Paris
Entrée libre et gratuite, tous les jours, sauf dimanches et fêtes, de 10 h à 19 h
Parcours pour enfants et adolescents sur le site Internet de l’exposition
Cette exposition sera présentée en Allemagne en partenariat avec l’Institut français de Berlin.

Sous la direction de Manuel Bidermanas et Armelle Canitrot, Izis, Paris des rêves. Éditions Flammarion, 2009. 192 pages. ISBN : 9782081228252. 35 euros


Visuels de haut en bas :
Affiche
Fête, place de la République, 1950.
© Izis Bidermanas

Place Falguière, 1949.
© Izis Bidermanas

Jardin des Tuileries, 1950.
© Izis Bidermanas

Bords de Seine, 1949.
© Izis Bidermanas
Carnaval de Nice, 1956.
© Izis Bidermanas

Homme aux bulles de savon, Petticoat Lane, Middlesex street, Whitechapel, 1950.
© Izis Bidermanas

Lagny, 1959.
© Izis Bidermanas

Sur les quais de la Seine, Petit Pont.
© Izis Bidermanas

Métro Mirabeau, 6 heures du matin, 1949.
© Izis Bidermanas
52 x 78 cm.
Tirage postérieur sur papier baryté.
Encadrement bois noir et passe-partout 5 cm tournant.
Edition 1/1.

mercredi 27 avril 2016

Maurice Cohen, peintre et mathématicien


Mathématicien juif, Maurice Cohen est né dans une famille juive séfarade britannique. Chercheur émérite naturalisé américain, ce physicien pratique la peinture à l’huile, en un style figuratif imprégné de sa théorie du chaos, terme peu approprié car le chaos est en fait ordonné. Portrait et interview réalisée en 2002.

Ne qualifiez pas Maurice Cohen de « génie », cela heurte sa modestie et ses principes moraux.

Ce chercheur - qui trouve - réfute donc aussitôt cet épithète et préfère celui de « gâté ».

Ce scientifique renommé a le don de présenter clairement des systèmes complexes et d’en trouver de multiples applications, pour le grand bien de l’humanité.

Famille sépharade
Maurice Cohen est né en Grande-Bretagne dans une famille juive pratiquante de tradition séfardite.

Son  curriculum vitae impressionne...

Licencié en Sciences (avec distinction) de l’Université de Londres en 1963, docteur en mathématiques appliquées et en physique théorique de l’Université du Pays de Galles, cet astro-physicien est admis exceptionnellement en 1968 au Commissariat à l’Energie Atomique de Saclay (France) où il travaille sur les trous noirs.

Précurseur, il élabore des modèles théoriques de l’Univers : « Il existe des spectres indépendants de la géométrie », explique-t-il.

Puis, il s’installe aux Etats-Unis où il poursuit son activité.

En 1977, il résout un problème, jusque-là considéré impossible, relié à la fonction de Jacobi.

En 1985, il est co-auteur d’un article sur le dépistage des maladies coronaires qui reçoit le premier prix de l’Association médicale américaine d’informatique. Il est honoré du Prix pour la recherche en cardiologie présenté par l’Université de Californie à San Francisco (1987).

En 1994, ce chercheur honoré de prix prestigieux résout le problème « impossible » de Poincaré dans le domaine du chaos avec des quasi-solutions. Il démontre alors que les courbes sont harmoniques et non chaotiques, et que le « chaos » est simplement une définition mathématique et non pas la réalité. Avec les solutions, il perfectionne une méthode pour mesurer le degré du chaos. Il trouve un dénominateur commun à toutes les équations dans la formule de Poincaré. Ce qui lui vaut le prix pour la recherche dans la théorie du chaos appliquée au dépistage des problèmes cardiaques, présenté par l’Université de Californie à San Francisco (1996).

Ce chercheur récompensé de nombreux prix applique la théorie du chaos au dépistage des problèmes cardiaques.

Élevé membre de l’Institut américain d’engineering médicale et biologique à Washington D.C. pour sa recherche de pionnier en cardiologie, érudit de l’Université présenté par la société nationale du club des meilleurs élèves pour leur centenaire, Maurice Cohen est l’auteur de près de 200 articles dans les domaines de l’intelligence artificielle, des réseaux neuronaux, de la théorie du chaos et de l’étude du processus des images dans le cerveau. Il a aussi publié Comparative Approaches to Medical Reasoning (1995, World Scientific) et Natural Networks and Artificial Intelligence for Biomedical Engineering (1999, International Society of Electrical and Electronics Engineers Press).

De nationalité américaine, il est professeur de Mathématiques à l’Université d’Etat de Californie à Fresno, de radiologie à l’Université de Californie à San Francisco, de Science médicale informatique à l’Université de Californie à San Francisco et de bio-engineering à l’Université de Californie, Berkeley et San Francisco.

Il a été vice-président de l’Académie mondiale de biotechnologie.

Dans le cadre d’un programme du National Health Institutes (2000-2004), il a obtenu au début des années 2000 une bourse de quatre ans du National Health Institute (Institut National de la Santé) - l’équivalent aux Etats-Unis de l’Institut Pasteur - pour étudier les applications sur les électroencéphalogrammes de ses découvertes relatives aux électrocardiogrammes. Une recherche qui permettrait de détecter précocement le moment d’apparition de la maladie d’Alzheimer.

Tourbillon ordonné de la vie
Comme le peintre centralien Charles Lapicque, Maurice Cohen est l’un des rares à conjuguer sciences et art avec un tel talent. Ce qui lui a valu en 2001 la médaille d’argent au 32e Grand Concours International de l’Académie Internationale de Lutèce à Paris (France).

Autodidacte en peinture, ce scientifique de haut niveau expose depuis 1996. Les quatre principes de sa théorie du chaos découverte - « variabilité, fractals, courbes continues et agglomérat » - imprègnent ses œuvres. Ce mathématicien illustre par la peinture à l’huile figurative la théorie du chaos, un terme peu approprié car le chaos est en fait ordonné. Les quatre caractéristiques de sa théorie du chaos - « variabilité, fractals, courbes continues et agglomérat » - imprègnent ses œuvres aux hauts reliefs.

Maurice Cohen peint sur une toile disposée sur un plan horizontal, et affectionne les grands formats. Il privilégie des couleurs chaudes harmonieusement apposées.

Cet admirateur de Braque anime d’un fort mouvement ses huiles. Il peint en reliefs et dans « toutes les couleurs ».

Ses styles sont variés : impressionnisme (« Nympheas ») ou apparence de tapisserie de la Renaissance (« La Comédie humaine »).

Les thèmes ? Le judaïsme (« Le Mur des Lamentations »), les motivations et comportements des êtres humains (« Personne n’écoute », « Ceux qui cherchent et ceux qui observent ») et les attentats du 11 septembre 2001.

Il expose des œuvres figuratives, certaines étant liées au Kotel à Jérusalem, d’autres expriment ses pensées sur la transmission du savoir, les parcours humains – ascensions, stagnations - dans une société au rythme trépidant, sans oublier une série sur les Nymphéas, une variation impressionniste très personnelle.

La lumière est à l’origine de son art. Impressionné par la qualité des lampes et verres de Tiffany, Gallé et Daum, Maurice Cohen découvre un art dynamique dans un jeu avec la lumière et décide de le transposer en peinture.

Il ordonne aussi son travail artistique autour de notions scientifiques tirées de ses recherches dans le domaine de l’intelligence artificielle et des réseaux neuronaux, ainsi que des quatre principes de sa théorie du chaos découverte voici dix ans : « variabilité, fractals, courbes continues et agglomérat ». La variabilité est un concept utilisé en cardiologie, et bientôt pour les électroencéphalogrammes pour détecter la maladie de Parkinson. Elle permet d’avoir des niches, par de hauts reliefs, qui vont capter la lumière dont la dispersion ou projection métamorphose alors le tableau, en dramatisant parfois son atmosphère : le tableau se découvre donc perpétuellement. « C’est fractal : la répétition de mouvements donne une impression de force, un effet de multidimension », ajoute l’artiste qui travaille la dimension dans les deux sens : en soignant les reliefs de quelques centimètres et en les renforçant par des reflets dans l’eau, une transparence et des juxtapositions de couleurs. Ce qui donne une impression de profondeur. Le regard accroche par des nénuphars épanouis et poursuit son cheminement en s’enfonçant dans l’étang (Nymphéa). Par l’agglomération de points distincts, l’artiste propose au spectateur de « discerner un objet » sans « le définir en détail ». Emblématique de sa théorie du chaos, Salle d’attente présente une société-jungle caractérisée par l’aléatoire, donc la confusion, et par la rapidité. La vie passe vite, chacun est submergé par ses préoccupations et reporte à demain la réalisation de rêves ou plus simplement d’actions à effectuer. Et Maurice Cohen nous invite à jouir de la vie...

Cet artiste aime commenter ses œuvres selon différents angles de lumière projetée.

Les paysages inspirent ce peintre : tel Manhattan dans des camaïeux saumon ou azuré. On perçoit parfois l’inspiration de Dufy (Encounters, Rencontres) et de Monet (Nymphéa), mais dans un style propre. Le judaïsme imprègne cette oeuvre avec des hommes en taliths priant devant Le Mur des Lamentations (Wailing Wall), sans qu’on puisse déceler de visages.

Le troisième sujet tourne autour de la vie au travers du savoir, transmis ou recherché (Besoin de conseil, Echanges), des comportements individuels (Personne n’écoute) et des aspirations dans une société au rythme trépidant et qui vante « l’opportunité pour chacun d’y arriver ». Comédie humaine ressemble à une tapisserie médiévale par ses couleurs chatoyantes et ses motifs. « Un mathématicien voit immédiatement que les courbes sont topologiquement correctes », relève l’artiste. Des lignes arrondies séparent des typologies et groupes humains : ceux qui grimpent l’échelle sociale vers la stabilité, ceux qui tournent en rond, etc. Cette idée se décline en des tableaux au style très Quattrocento, mais inséré dans un monde moderne.

Les attentats du 11 septembre 2001 ont inspiré des peintures sombres - une étoile de David ensanglantée -, affirmant un attachement à des principes non relatifs et un optimisme réitéré : Eclaircie de clarté (Glimpse of Clarity) et La Lumière de l’acier perce la nuit (The Light of Steel Cuts Through the Night)...

En 2002, La Galerie du Vert Galant (Paris) et le Château de Rully (Bourgogne) ont présenté une trentaine d’huiles sur toiles récentes de Maurice Cohen. Ces œuvres montraient une évolution d’un certain impressionnisme à l’abstraction. Ce scientifique de très haut niveau appliquait la « théorie du chaos » à la peinture en des compositions riches, changeantes avec la lumière et aux hauts reliefs. Il illustrait aussi le judaïsme et le tourbillon de la vie.

En 2003 et 2006, la Mairie du IVe arrondissement de Paris a accueilli, pour la deuxième fois, une exposition du scientifique émérite et peintre Maurice Cohen. Dans une quarantaine d’huiles aux couleurs souvent chaudes, cet artiste amateur offrait sa vision du monde. 

Véronique Chemla : Parlez-nous de votre famille...

Maurice Cohen : J’ai été élevé dans une famille pratiquante dans la tradition séphardite. Mon père était commerçant toujours prêt à aider son prochain, et mon grand-père un banquier qui devait prendre des décisions avec pertinence car il engageait son argent. En étudiant l’intelligence artificielle, j’ai retrouvé dans les formules mathématiques ses réflexions sur sa manière d’opérer des choix importants.

Véronique Chemla : Quels liens avez-vous établis entre le judaïsme et vos recherches ?

Maurice Cohen : Dans le judaïsme, on se pose toujours des questions. Pas seulement sur des points banals, mais on questionne aussi la base-même de la religion. Dans cet esprit, et dans la tradition de Rambam qui était docteur, mathématicien, philosophe, etc., j’ai appris très jeune par mon grand-père que pour vivre dans la tradition du judaïsme, on est toujours sur la voie de la recherche et c’est ce que j’ai fait toute ma vie, dans plusieurs domaines. Dans la Kabbale, Moïse de LeÓn remarque que deux points ne doivent pas seulement être reliés par une ligne droite, surtout dans le domaine de la justice, ce que j’ai démontré mathématiquement en résolvant l’équation de Poincaré et en montrant que les deux points sont reliés par une courbe.

Véronique Chemla : Votre demi-retraite est très remplie entre vos activités de professeur-chercheur - vous avez élaboré des équations plus difficiles encore que le problème de Poincaré - et de peintre...

Maurice Cohen : J’enseigne à des étudiants au niveau du doctorat qui peuvent être des médecins et des pharmaciens. Le plus intéressant est d’enseigner les mathématiques à des non-scientifiques. Certains sont des gens qui ont toujours eu peur de cette discipline et en l’acceptant dans leurs vies, ils sont mieux équipés en ayant un atout supplémentaire. J’ai résolu une trentaine de problèmes mathématiques, mais je n’ai pas le temps de les publier. J’utilise des systèmes, avec des centaines de données. Il y a des analogies entre la peinture et mes travaux. Quand on commence un tableau, il y a une quantité de données. Je rejette celles que je ne considère pas comme très importantes, et avec quelques données, le tableau est achevé. Si l’on n’est pas philosophe, un peu poète, on ne peut pas aller très loin dans l’intelligence artificielle. Le monde est non linéaire et les plus grands problèmes ne peuvent plus être résolus par un système cartésien. L’art nous force presque à penser hors de cette logique cartésienne. C’est après trois semaines de peinture intensive que j’ai résolu le problème de Poincaré qui date du XIXe siècle. Ce qui m’a amené à ma théorie du chaos.

Visuels :
Rassemblement
Le Cercle de la vie
Les oiseaux de nuit
Souvenirs

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Cet article a été publié en une version courte dans Actualité juive et Guysen.

jeudi 21 avril 2016

Lee Miller (1907-1977), photographe


Mannequin vedette, modèle, égérie des surréalistes, compagne et assistante de Man Ray qui l’initia à la photographie, Lee Miller (1907-1977) a symbolisé une femme nouvelle, libérée et active, à la silhouette longiligne et élégante. Correspondante de guerre dans l'US Army, elle est aussi célèbre pour ses photographies des déportés des camps de concentration de Buchenwald et de Dachau. Les Imperial War Museums présentent l'exposition Lee Miller: A Woman’s War.


Elizabeth « Lee » Miller pose enfant pour son père, ingénieur, homme d’affaires et photographe amateur. Des clichés étranges prises par un père sur sa fille.

A l’âge de huit ans, elle est violée.

Elle étudie à l’Ecole des Beaux-arts de Paris (1925), puis à New York (1927).

Lee Miller devient mannequin pour le magazine Vogue dès mars 1927, modèle pour Edward Steichen et Arnold Genthe.

En 1929, elle s’installe à Paris, et se lie avec Man Ray, photographe surréaliste qui lui enseigne la photographie. Elle expérimente la solarisation découverte par Man Ray.

En 1930, elle se lance comme photographe, puis incarne une statue, la bouche et le destin jouant aux cartes dans Le Sang d’un poète de Jean Cocteau.

Elle ouvre à New York, en 1932, avec son frère Erik, son studio de photographie de portraits et de photographies commerciales. Parmi ses clients : sociétés de produits cosmétiques, entreprises de mode, agences de publicité, Vogue, etc.

Lee Miller participe à l’exposition collective sur la photographie européenne moderne à la galerie Julien Levy dans la Big Apple.

Un an plus tard, Julien Levy organise sa première exposition personnelle.

Après un intermède en Egypte où elle vit avec son premier mari l’entrepreneur Eloui Bey et photographie le désert et des sites historiques (Portrait of Space, 1937), Lee Miller renoue avec l’avant-garde parisienne - Man Ray, Dora Maar, Eileen Agar, Max Ernst, Picasso -, et rencontre en 1937 le poète et peintre surréaliste Roland Penrose qui deviendra en mai 1947 son second mari et le père de son fils Antony né en septembre 1947.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle se fixe à Londres et collabore à Brogue. Cette photojournaliste couvre à Londres le Blitz (éclair, en allemand) - bombardements allemands de septembre 1940 à mai 1941 de villes britanniques : Lindres, Coventry, Plymouth, Birmingham, Liverpool, etc. lors de la bataille d'Angleterre.

Avec sa compatriote Margaret Bourke-White (1904-1971), Lee Miller est l’une des rares femmes correspondantes de l’armée américaine dès 1942. Ses reportages sont publiés par ce magazine américain.

De 1944 à 1946, avec David E. Sherman, correspondant de Life, elle couvre les opérations de l’US Army, du débarquement en France jusqu’en Roumanie, la vie quotidienne des soldats et infirmiers américains, la découverte des camps de concentration de Buchenwald et Dachau.

Elle doit certifier l’authenticité de ses photographies de cadavres squelettiques des déportés pour que Vogue les publie en juin 1945 et informe ses lecteurs des atrocités commises par les Nazis.

David E. Sherman la photographie tandis qu’elle prend un bain dans la baignoire d’Hitler dans son appartement berlinois.

Après la guerre, elle souffre du syndrome de stress post-traumatique, et devient alcoolique.

En 1949, elle s’installe avec sa famille à Farley Farm House (Sussex). Là, s’y rendent Picasso, Man Ray, Henry Moore, Jean Dubuffet, Max Ernst… Ils seront photographiés par Lee Miller dans son dernier reportage Working Guests publié par Vogue.

De 1948 à 1973, Lee Miller continue sa collaboration, épisodique, pour Vogue pour des clichés sur la mode et les célébrités, et ses photographies illustrent les livres de son époux, de Pablo Picasso et d’Antoni Tàpies. Et devient une émérite cuisinière.

Elle décède d’un cancer en 1977.

Son fils accomplit un travail important pour répertorier et promouvoir l’œuvre de sa mère, et la réhabiliter comme photographe majeure du XXe siècle.

Dans le cadre du mois de la photo à Paris, et après Londres, le Jeu de Paume  a présenté en 2008-2009 la rétrospective L’art de Lee Miller. Cette exposition a regroupé pour la première fois 140 œuvres, dont certains des plus beaux tirages originaux de l’artiste. Etaient également montrés des exemplaires originaux de Vogue, des dessins et des collages, ainsi qu’un bref extrait du Sang d’un poète de Jean Cocteau. Etait aussi proposé le documentaire de Sylvain Roumette Lee Miller ou la traversée du miroir.

Au printemps 2014, L'Oeil de la photographie a publié une interview intéressante d'Antony Penrose, fils de Lee Miller et directeur des archives photographiques de sa mère.

La chaîne Histoire a diffusé les 23 et 28 mai 2014 Lee Miller ou la traversée des apparences  de Sylvain Roumette.

Les 11 et 12 décembre 2014, Sotheby's proposa à New York la vente aux enchères d'un seul propriétaire privé et intitulée 175 Masterworks To Celebrate 175 Years Of Photography: Property from Joy of Giving Something FoundationCes 175 chefs d’œuvres de photographes sont issues de la collection du philanthrope et financier Howard Stein (1926-2011) qui l'avait donnée à sa fondation. Parmi les artistes choisis depuis les origines de cet art : Lee Miller. Cette photographie Untitled (Iron Work) est estimée entre 150 000 dollars et 250 000 dollars. Elle provenait de la collection de Maurice Verneuil (1869-1942), designer, artiste (céramique, papier peint, affiche, illustration, meubles) de l'Art nouveau et photographe parisien, constituée à la fin des années 1920 et dans les années 1930.

"With its precise composition and surprising luminosity, Untitled (Iron Work) incorporates Miller’s sophisticated sense of design and her ability to locate the Surreal in the real world.  It is a remarkably accomplished image for a photographer to have made so early in her career, from both an aesthetic and a technical point of view.  In Miller’s print, with its deep, charcoal-black ironwork and bright white sunlit wall, an architectural detail is transformed into a lyrical, abstract study of tonal values. Early prints of any of Miller’s photographs are scarce.  The present print is the only example of this image believed to have come to auction.  All of the above-listed literature reproduces the same print, the one owned by the Art Institute of Chicago.  That print was originally in the collection of pioneering gallerist Julien Levy, who gave Miller her first solo exhibition in 1932-33, and also included her work in Modern European Photography, Exhibition of Portrait Photography, and Exhibition of Anti-Graphic Photography" (Sotheby's).

Lee Miller est l'une des photographes mises à l'honneur dans l'exposition Qui a peur des femmes photographes ? 1839 à 1945 présentée en deux parties chronologiques au musée de l'Orangerie et au musée d'Orsay.


L'Imperial War Museum (IWM) de Londres présente l'exposition Lee Miller: A Woman’s War. Une exposition de 150 photographies sur l'expérience de femmes de la Deuxième Guerre mondiale saisies par Lee Miller.

"2015 marks 70 years since the end of the Second World War. When war broke out in 1939, women embarked on a continuous process of change and adaptation. For some, including Miller herself, the war brought a form of emancipation and personal fulfillment, but its many privations caused widespread suffering. Miller’s photography of women in Britain and Europe during this period reflects her unique insight as a woman and as a photographer capable of merging the worlds of art, fashion and photojournalism in a single image".

Lee Miller: A Woman’s War "will trace Miller’s remarkable career as a photographer for Vogue Magazine and for the first time will address her vision of gender. Miller was one of only four female professional photographers to be accredited as US official war correspondents during the Second World War. Recognised today as one of the most important female war photographers of the twentieth century, through her work Miller offers an intriguing insight into the impact of conflict on women’s lives, detailing their diverse experiences and her own world view".

"Comprising four parts, this exhibition will document Miller’s evolving vision of women and their lives as she travelled between countries before, during and in the immediate aftermath of the Second World War".

"Women before the Second World War considers the origins of Miller’s wartime vision of women and her evolution as a photographer in the years preceding the Second World War; drawing on early life experiences, such as childhood trauma, her brief career as a fashion model, her involvement in the Surrealist art movement, the influence of early mentors such as Man Ray, and her two marriages".

Women in Wartime Britain "explains how Miller, in her new role as photographer for British Vogue, documented the gradual but inexorable transformation of women’s lives in wartime Britain between 1939 and 1944. Illustrating how wartime privation and suffering was offset, in some cases, by enhanced opportunities outside the home".

Women in Wartime Europe "examines Miller’s coverage of the impact of war on women in Europe as a US official war correspondent for Vogue magazine, 1944 – 1945, highlighting the diverse and distinctive nature of women’s experience of liberation, defeat and military occupation. Here the exhibition considers the emotional and physical toll of war on women, including Miller herself, reflecting too on the capacity of war in the front line to temporarily dissolve established divisions between the sexes".

Women after the Second World War "focuses on Lee Miller’s coverage of women in Denmark, Austria, Hungary and Romania in the immediate aftermath of war, contemplating the lasting legacy of war, the difficult process of recovery from wartime experiences and the adjustment to post-war changes".

‘Miller’s most important legacy is without doubt her photography of the Second World War.’ Hilary Roberts, Research Curator of Photography, IWM.

"Alongside Miller’s striking photographs, many of which are on public display for the first time, artworks, costume, objects, documents and ephemera will contribute to this fascinating and rarely told story .

"The exhibition is accompanied by a major illustrated book, Lee Miller: A Woman's War by the exhibition's curator Hilary Roberts and features an introduction by Antony Penrose, Lee Miller's son. Miller's photographs, many previously unpublished, are accompanied by extended captions that place the images in the context of women's roles within the landscape of war. Lee Miller: A Woman's War was published by Thames & Hudson on 5 October 2015".

Visuels :
Untitled (Iron Work)
mounted on heavy paper, signed in pencil on the mount, the photographer’s ’12, rue Victor Considérant, Paris XIVe’ studio stamp on the reverse, 1931
8 7/8  by 6 3/4  in. (22.5 by 17.3 cm.)

Catalogue
Anna Leska, Air Transport Auxiliary, Polish pilot flying a spitfire, White Waltham, Berkshire, England 1942 by Lee Miller © Lee Miller Archives, England 2015. All rights reserved

Fire Masks, Downshire Hill, London, England 1941 by Lee Miller © Lee Miller Archives, England 2015. All rights reserved

Lee Miller in Hitler's bathtub, Hitler's apartment, Munich, Germany 1945 By Lee Miller with David E. Scherman © Lee Miller Archives, England 2015. All rights reserved.

Woman accused of collaborating with the Germans, Rennes, France 1944 by Lee Miller © Lee Miller Archives, England 2015. All rights reserved.

Two German women sitting on a park bench surrounded by destroyed buildings, Cologne, Germany 1945 by Lee Miller © Lee Miller Archives, England 2015. All rights reserved.

Du 15 octobre 2015 au 24 avril 2016
Imperial War Museums 
IWM London, Lambeth Road, London, SE1 6HZ.
T: 020 7416 5000 E:
Tous les jours de 10 h à 18 h

Lee Miller ou la traversée des apparences  de Sylvain Roumette (1995)
Terra Luna, 54 mn
Diffusions sur Histoire le 14 mai à 22 h 45, 1er octobre à 22 h 05, 3 octobre à 18 h 10 et 16 octobre 2013, 1er, 3 et 16 octobre 2013, les 23 janvier à 1 h 15, 24 février, 8 et 22 mars 2014.

A lire sur ce blog :
 
  Cet article a été publié en une version concise par L'Arche. Il a été publié sur ce blog en une version plus longue les 10 mai 2013, 20 janvier, 23 février, 20 mars, 21 mai et 8 décembre 2014, 26 novembre 2015.

mercredi 13 avril 2016

Serge Kantorowicz


La galerie Guigon présente une exposition collective avec des œuvres de Serge Kantorowicz, peintre, dessinateur, graveur, illustrateur et sculpteur.  Des dessins à la ligne torturée, des œuvres sur papier figuratives s'aventurant à la limite de l’abstraction, évoquant parfois le Paris de l’Occupation. 


Serge Kantorowicz est né à Paris en 1942 dans une famille Juive d’origine polonaise. 

Ses parents communistes ont été déportés à Auschwitz où ils ont été tués. C’est la grand-mère maternelle de Serge Kantorowicz qui élève l’enfant. 

Celui-ci étudie le dessin et l’estampe au lycée Saint-Étienne des Arts Graphiques, puis complète sa formation en étudiant libre à l’École des Beaux-arts de Bruxelles (Belgique) dès 1962. 

À la fin des années 1960, Serge Kantorowicz entre comme graveur dans les ateliers Maeght, puis dans un atelier où il crée aux côtés de son cousin, le peintre Sam Szafran. 

Il travaille pour Riopelle, Joan Mitchell, Henri Michaux, Miró, Calder, Giacometti et Vasarely.

Dès 1973, marqué par Delacroix, Cézanne et Picasso, Serge Kantorowicz se concentre sur son œuvre, notamment l’estampe qu’il maitrise : gravure sur bois et sur cuivre, lithographie, sérigraphie, etc.

Dessinateur expressionniste, peintre figuratif, les œuvres de Serge Kantorowicz ont été accrochées aux cimaises de galeries et musées : galeries Nina Dausset, Georges Fall et Pascal Gabert (Paris), Parlement Européen (Luxembourg), Galerie Krikhaar (Amsterdam), American Hebrew Congregation (New York), Maison de Balzac (Paris), Musée Victor Hugo (Paris), Non-Maison (Aix-en-Provence), etc. 

Nombre d’entre elles ont enrichi les collections d’établissements publics, dont le Fonds National d’Art Contemporain de la Ville de Paris, le Parlement européen de Strasbourg, le Musée d’Art contemporain de la ville de Luxembourg. 

Serge Kantorowicz a poursuivi un travail initié par ses visions de l’œuvre de Balzac (1997-1999), Kubin et Thaddeus Kantor (2000). 

« La picturalité des personnages de Balzac ne m’intéresse pas, ne me concerne pas. Ce que j’aime dans son monde, c’est son ensemble infini de virtualités. On veut que le peintre ne raconte plus d’histoires. Moi j’écoute la vie intérieure, le destin virtuel de personnages, je les nomme de noms que Balzac leur a donnés, mais ils n’appartiennent qu’à la peinture », a confié Serge Kantorowicz  à Roland Chollet (L'Année balzacienne, 2004/1 (n° 5), Presses Universitaires de France). 

Et d’ajouter : « Avant Balzac, il y eut Hugo. Il y a encore Hugo peut-être. Je ne tiens pas à faire l’histoire de ma vie, et je vous épargnerai les incertitudes du calendrier. Cela remonte loin cependant, au silence qui fut le mien à l’école de la rue de Turenne, avant de savoir lire. Je ne suis sorti de cette solitude, je n’ai vu les autres que le jour où j’ai réussi pour la première fois à lire une syllabe, à déchiffrer le premier mot français. Avant j’arrachais les pages du livre de lecture et les cachais sous mon lit pour les lire plus tard. J’ai découvert avec passion les grands romans de Hugo, Les Misérables, Les Travailleurs de la mer etc. quelques années après. L’essentiel, c’est que j’ai renouvelé par la suite l’expérience fondatrice de mon enfance à laquelle j’ai fait allusion, en dessinant sur des pages arrachées de Victor Hugo, en écrivant pour ainsi dire entre les lignes, en y écrivant ma vie au risque de la perdre – ce qui faillit arriver, si grande fut l’intensité de mon travail. J’ai continué cette forme d’activité sur une édition bilingue de Faust devenue trilingue par mes dessins et sur d’autres supports imprimés ».

En 2002, l’Hôtel d’Albret a présenté l’exposition itinérante « Pages arrachées au journal de Victor Hugo », des illustrations par Serge Kantorowicz de l’œuvre et de la vie du romancier, poète, dramaturge romantique et homme politique français (1802-1885). 

En 67 portraits et paysages, avec pudeur, le peintre a évoqué aussi les correspondances entre Hugo et lui. 

Sur le papier du Népal, il a mêlé pigments, matière, fusain et marouflages, dans des mouvements souvent énergiques. Révélant parfois ses tourments.

Pour sa série sur La Comédie humaine, ses modèles étaient des personnages de fiction. 

Ici, il a illustré des œuvres - Notre-Dame de Paris, les Misérables, Les Travailleurs de la mer, Napoléon le Petit et L’homme qui rit - et la vie de Victor Hugo, Surgissaient aussi des églises gothiques, parmi des campagnes, des mers déchaînées et des paysages de Jersey et Guernesey.

Serge Kantorowicz s’est inspiré du style pictural de Hugo en gardant son originalité. Intéressé par les gouttes et tâches, cet ancien graveur a esquissé et suggéré. Il a collé ou froissé la toile peinte sur une autre toile, lui conférant alors relief et vigueur, et y a ajouté parfois des documents jaunis et des citations. Dans La pieuvre, le marouflage accentuait le caractère tentaculaire : la poulpe se déployait hors de son cadre originel. Parfois, la peinture semblait engloutir toute la surface. Cet artiste sait merveilleusement associer les couleurs.

Il a révélé des similitudes : « Maine 1852, Saint-Ouen 1942 ». « Il y a beaucoup de 15 avril dans la vie de Victor Hugo , et je suis né un 15 avril. A l’époque où j’habitais rue Saint Anastase - la rue de Juliette Drouet -, je me souviens des lectures qu’on nous faisait de ses romans au début des années 50, à l’école de la rue de Turenne, dans le Marais, et qu’il fallait ensuite illustrer ». Et pour l’inciter à se lever, sa grand-mère, qui l’a élevé, lui racontait en yiddish Notre-Dame de Paris. Dans deux malles translucides, il a mis ébauches et documentation.

Les tableaux étaient « épinglés » sur quatre niveaux, dont l’un un peu haut pour bien les voir, et sans notice. Dans le documentaire de George Goldman, Serge Kantorowicz expliquait : « Je sais qu’ils savent. Que les spectateurs se fassent leur journal... »

La galerie Guigon a présenté l’exposition « Macula » de Serge Kantorowicz. Des dessins à la ligne torturée, des œuvres créées à partir de taches (macula, en latin) sur papier figuratives s'aventurant à la limite de l’abstraction, évoquant parfois le Paris de l’Occupation. Une vidéo sur Youtube montre l'artiste, filmé par George Amat, créant ses œuvres, dessinant ses macula sur des feuilles jaunies manuscrites. Il cite les artistes qui "partent de la tache pour s'exprimer... C'est un peu un art de sorcier".

La galerie Guigon présentera une exposition collective avec des œuvres de Serge Kantorowicz.
 
"Peintre d’origine polonaise né en 1942, Serge Kantorowicz fut graveur dans les ateliers Maeght où il travailla notamment pour Miro, Riopelle,  Michaux ou Giacometti.  Il est lui même un maître de l’estampe et un dessinateur virtuose, à travers maints carnets à l’encre de chine, proche par son métier d’un Toulouse-Lautrec ou d’un Bonnard mais aussi des Bruno Schulz et Alfred Kubin par son investigation résolue des abysses inconscients. Nourri de ses lectures , il est l’auteur de grandes expositions thématiques où se manifeste un expressionnisme intériorisé d’une humanité toute rembranesque dans l’art du portrait , autour de la Comédie humaine de Balzac par exemple, des romans cycloniques de Hugo ou du metteur en scène prothéen Tadeusz Kantor . On lui doit également d’étonnantes scènes de genre oniriques, versant Goya, et des paysages urbains désertiques, prétexte à explorer, dans la perpétuité de Cézanne, l’envers futuriste de la perspective au gré des violents contrastes lumineux révélant, cyclopéenne nature morte, l’abandon nocturne, décapité de toute centralité, de constructions labyrinthiques néo-urbaines. Artiste majeur témoin de l’Histoire et de ses gouffres, Serge Kantorowicz a poussé la figuration aux confins abstraits de expressionnisme. Chez lui, le génie du dessin – cette liberté en acte qu’inspire le secret tendrement ironique de l’Eros - sert avec une sorte de démiurge espiègle l’intensité picturale dans ses ombres claires et ses noirs éclats", a écrit Hubert Haddad.


Du 11 février au 16 avril 2016. Vernissage le 11 février 2016 à partir de 18 h 
Jusqu’au 13 décembre 2014
39, rue de Charenton. 75012 Paris
Tél. : (33) 1 53 17 69 53
Du mercredi au samedi de 14 h à 19 h. Et sur rendez-vous

Visuels :
SERGE KANTOROWICZ
PARIS 1942 - 2002
Fusain sur papier
59 x 76 cm

SERGE KANTOROWICZ
PARIS 1942 - 
2014
Encre sur papier
38 x 51 cm

Autoportrait
SERGE KANTOROWICZ
PARIS 1942 - 
2013
Encre sur papier
40 x 30 cm

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Cet article avait été publié en une version concise par Actualité juive, puis sur ce blog le 12 décembre 2014, puis le 8 février 2016.