Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 28 mai 2020

Henri Matisse (1869-1954)


Henri Matisse (1869-1954) était un peintre, dessinateur, graveur et sculpteur français. Pionnier du fauvisme, cet artiste majeur du XXe siècle est apprécié pour son génie de coloriste et la simplicité, voire l’épure, de son trait. Arte diffusera le 31 mai 2020 « Matisse voyageur - En quête de lumière » (Matisse - Auf der Suche nach dem Licht) de Raphaël Millet. 
  

« La couleur surtout et peut-être plus encore que le dessin est une libération... Un ton seul n’est qu’une couleur, deux tons c’est un accord, c’est la vie... L'exactitude n'est pas la vérité », a déclaré Henri Matisse (1869-1954).

« Matisse voyageur - En quête de lumière  »
Arte diffusera le 31 mai 2020 « Matisse voyageur - En quête de lumière » (Matisse - Auf der Suche nach dem Licht) de Raphaël Millet. 

« Le peintre Henri Matisse a puisé dans la lumière éclatante des pays du Sud la source de sa recherche artistique. De fabuleux voyages qu'il effectua de Belle-Île-en-Mer à Ajaccio, de Tanger à l’Espagne, des atolls polynésiens à Nice et son arrière-pays, où il vivra jusqu’à sa mort en 1954 ».

« En mars 1930, à 60 ans, Matisse embarque au Havre, seul et sans billet de retour, pour une longue traversée qui va le mener, via New York et San Francisco, jusqu’à Tahiti ». 

« Passé par l’École des beaux-arts à Paris, celui qui sera considéré dans sa jeunesse comme le chef de file du fauvisme a grandi sous le ciel bas du Cateau-Cambrésis, dans le Nord, où il a vu le jour en 1869 ». 

« Insatiable de lumière et de couleurs, le peintre n'a eu de cesse d'effectuer tout au long de sa vie de nombreux voyages qui l’ont mené, après sa découverte de Belle-Île-en-Mer, toujours plus au sud, d’Ajaccio à Collioure, de Tanger à l’Espagne – Grenade et Cordoue –, des atolls polynésiens à Nice et son arrière-pays, où il vivra jusqu’à sa mort en 1954 ». 

« Des horizons lointains ensoleillés qui lui ont permis de faire profondément évoluer son travail vers toujours plus de clarté et d’épure ainsi qu’en témoigne l’un de ses ultimes chefs-d’œuvre, les vitraux de la chapelle du Rosaire de Vence ». 

« Une ère nouvelle s’ouvre, écrit Matisse au soir de son existence. J’ai compris que tout le labeur acharné de ma vie était pour la grande famille humaine, à laquelle devait être révélée un peu de la fraîche beauté du monde par mon intermédiaire. »

Des sombres toiles figuratives des années d’apprentissage aux motifs lumineux et colorés des papiers découpés de son grand âge, quel chemin il aura parcouru ! »

Seulement quatre natures mortes de Matisse montrent des livres aux titres lisibles. L’un d’eux est « Histoires juives », un recueil publié par Gallimard dans sa série Les Documents bleus.

Parmi les premiers collectionneurs d’œuvres de Matisse, deux familles juives : les Stein, principalement Gertrude Stein et Michael Stein, ainsi que les sœurs Cone, Dr. Claribel Cone (1864-1929) et Etta Cone (1870-1949), que Matisse appelait « mes deux Ladies de Baltimore ». Etta Cone était devenue proche de l’épouse de Matisse, Amélie, et de sa fille Marguerite.

Matisse a été repéré et promu par des marchands d’art juifs : Bernheim-Jeune, ainsi que Léonce et Paul Rosenberg. En mai 2015, « Femme assise » de Matisse, œuvre retrouvée dans le trésor de Gurlitt, a été rendue à ses propriétaires légitimes, les descendants du galeriste Paul Rosenberg, qui avait été spolié de sa collection.

« Rassemblant une magnifique iconographie (tableaux, photos, archives filmées) et des citations choisies dans les livres et la correspondance du peintre, dites par Olivier Gourmet, Raphaël Millet nous entraîne dans un fabuleux voyage au cœur du processus créatif de l’un des plus grands artistes français du XXe siècle ». 

« À Vence, le crépuscule superbe de Matisse »
Arte diffuse sur son site Internet, dans le cadre d’Invitation au voyage (Stadt Land Kunst), « À Vence, le crépuscule superbe de Matisse » (Matisse und die Rosenkranzkapelle in Vence
  
« Ses lumières chaudes et ses couleurs ont fait de la Côte d’Azur une terre chérie par de nombreux artistes ». 

« C’est dans l’arrière-pays niçois, qu’Henri Matisse trouve refuge à la fin de sa vie ». 

« Charmé par la petite cité médiévale de Vence, le peintre vivra dans la région une renaissance picturale et se lancera dans une œuvre gigantesque qui restera comme son testament artistique : la Chapelle du Rosaire ». 

« Tahiti, la muse polynésienne de Matisse »
Arte diffuse sur son site Internet, dans le cadre d’Invitation au voyage (Stadt Land Kunst), « Tahiti, la muse polynésienne de Matisse » (Tahiti, die polynesische Muse von Henri Matisse). 
  
« Au milieu de l’océan Pacifique, les forêts primaires et les lagons cristallins de la Polynésie française incarnent une certaine idée du rêve et du dépaysement ». 

« En 1930, Henri Matisse y débarque en quête d’un ailleurs artistique ». 

« L’artiste français est saisi par la douceur de Tahiti, et pris dans un tourbillon de couleurs et de formes qu’il exprimera dans une nouvelle facette de sa peinture. »

« Matisse métamorphoses »
A Nice, le Musée Matisse « conserve  la donation à la Ville de Nice de l’artiste et de ses héritiers ». Il propose l’exposition « Matisse métamorphoses ».

« Reconnu pour être l’un des plus grands peintres de la première moitié du XXe siècle, Henri Matisse sculpteur reste encore à découvrir. Riche de quatre-vingt-quatre pièces réalisées entre 1900 et 1950, cette partie de l’œuvre couvre toutes les périodes de son parcours artistique et accompagne ses réalisations picturales, dont elle est indissociable. Même si la peinture demeure son principal mode d’expression, Henri Matisse est de ces artistes complets dont la pratique multiple explore des médiums variés. La sculpture de Matisse constitue une œuvre à part entière à mettre en regard de celle des grands sculpteurs du XXe siècle venus après Auguste Rodin. L’exposition prend pour point de départ la méthode de création de l’artiste et son travail de transformation de la figure selon des déclinaisons sérielles. Elle montre également un important ensemble de sculptures extra-occidentales issu de la collection de l’artiste, source d’inspiration, en dialogue avec l’œuvre de Matisse. »



« 1904
Première exposition de Matisse à la galerie Ambroise Vollard, Paris.

1905
Luxe, calme et volupté, peint durant l'été précédent à Saint-Tropez, est exposé au Salon des Indépendants et acheté par Signac. D'autres toiles sont présentées au Salon d'automne aux côtés d'œuvres de Derain, Vlaminck, Marquet... dans une salle que le critique d'art Louis Vauxcelles, déjà à l'origine du terme « cubisme », surnomme « la cage aux fauves ». Un nouveau mouvement est né dont Matisse est le chez de file.

1906
Matisse séjourne à Biskra en Algérie, et à Collioure, fasciné par le paysage méditerranéen.

1907
Ayant acquis une certaine notoriété, il enseigne dans une école créée par un groupe d'admirateurs.

1908
Alfred Stieglitz organise dans sa galerie new-yorkaise, le 291, la première exposition de ses œuvres aux Etats-Unis.

1909
Le collectionneur russe Chtchoukine lui commande deux panneaux décoratifs, La Danse et La Musique.

1910
Exposition rétrospective à la galerie Bernheim-Jeune, Paris.

1911
Matisse voyage à Séville, à Collioure, à Moscou où il étudie les icônes, puis passe l'hiver 1911-1912 à Tanger : il découvre la lumière aveuglante du Maroc.

1913
Les peintures réalisées au Maroc et des travaux récents sont exposés à Paris, en même temps que 17 œuvres sont accrochées à la grande exposition internationale, l'Armory Show, à New York.

1914
À la déclaration de guerre, non mobilisé en dépit de sa demande, Matisse s'installe à Collioure où il se lie d'amitié avec le plus intellectuel des peintres cubistes, Juan Gris.

1918
La galerie Paul Guillaume organise une exposition qui confronte ses œuvres à celles de Picasso.

1920
Matisse réalise les décors et les costumes pour le ballet de Diaghilev, Le Chant du rossignol, musique de Stravinsky.

1924
Première grande rétrospective à Copenhague.

1927
Matisse obtient le prestigieux Prix Carnegie.

1930
Il entreprend son voyage à Tahiti, en faisant escale à New York et à San Francisco.
Il commence à illustrer les poésies de Mallarmé, et accepte du Docteur Barnes la commande de trois panneaux décoratifs pour sa Fondation de Merion, Pensylvannie.

1937
Les Ballets russes de Diaghilev lui commandent un nouveau décor pour Rouge et Noir.

1938
Matisse s'installe à l'hôtel Régina de Cimiez, où il réalisera la plupart de ses derniers chefs-d'œuvre.

1941
Une lourde opération chirurgicale le contraint à l'immobilité, il travaille couché, avec l'aide d'assistantes.

1944
Sa femme et sa fille sont arrêtées pour faits de résistance. Matisse, resté dans le midi, illustre Les Fleurs du mal de Baudelaire.

1947
Publication de Jazz par l'éditeur Tériade.

1948
Il commence à travailler au programme décoratif de la chapelle du Rosaire pour les Dominicaines de Vence qui sera inaugurée par le père Couturier en 1951.

1950
Matisse est lauréat de la 25e Biennale de Venise.

1952
Ouverture du Musée Matisse au Cateau-Cambrésis, ville natale de l'artiste. »


« Matisse voyageur - En quête de lumière » de Raphaël Millet
France, 2019, 52 min
Sur Arte le 31 mai 2020 à 18 h
Disponible du 24/05/2020 au 29/07/2020
Visuels :
Matisse sur la terrasse d’un gratte-ciel new yorkais, en pleine contemplation de la modernité urbaine.
© Archives Henri Matisse / D.R

Matisse sur ce qu’il appelait “son” cocotier, photographié par Murnau à Tahiti en 1930
© Murnau / D.R.

Matisse le premier soir de son arrivée à Tahiti, le 29 mars 1930
© Clarke Costelle et Cie

Matisse photographié à Tahiti par F.W. Murnau en 1930
Credit
© Murnau / D.R.


France, 2019, 13 min
Disponible sur Arte du 06/09/2019 au 06/09/2021


France, 2019, 13 min
Disponible sur Arte du 11/04/2019 au 11/04/2021

Articles sur ce blog concernant :
Les citations sur les films sont d'Arte et sur l'exposition du musée Matisse.

Fritz Bauer (1903-1968)


Fritz Bauer (1903-1968) était un juge et un procureur juif allemand. En 1935, il avait fui l'Allemagne nazie pour le Danemark, puis la SuèdeDe retour en RFA en 1949, il a initié les procès dits « d'Auschwitz »,  à Francfort-sur-le-Main où ont été jugés des gardiens du camp nazi d’Auschwitz (Pologne). En 1957, il a informé l'Etat d'Israël qu'Adolf Eichmann se trouvait en Argentine, ce qui permettra sa recherche, son arrestation et son procès, en 1961, en Israël. Les 29 mai 2020 à 18 h 13 et 31 mai 2020 à 10 h 50, OCS City diffusera « Fritz Bauer - Un héros allemand » (Der Staat gegen Fritz Bauer) réalisé par Lars Kraume (2014). 
Né de parents juifs à Stuttgart, Fritz Bauer (1903-1968) a été un étudiant brillant. En 1920, ce docteur en droit, juge assesseur a adhéré au Parti social démocrate (SPD). Ce fervent démocrate est devenu au début des années 1930 un des dirigeants du Reichsbanner Schwarz-Rot-Gold.

Après l’échec d’une grève générale contre les Nazis dans la région de Stuttgart, il est interpellé par la Gestapo en mai 1933, détenu au camp de concentration de Heuberg durant huit mois, avant d’être libéré.


Victime des lois anti-juives, Bauer est contraint de quitter son travail.

En 1935, il a fui au Danemark, puis en 1943 en Suède. Là, avec Willy Brandt, Bauer a fondé le journal Sozialistische Tribüne (Tribune socialiste).


En 1949, Bauer a rejoint la République fédérale allemande (RFA), où il a repris une carrière de fonctionnaires dans l’institution judiciaire. En 1956, il est nommé procureur général de la Hesse - un des seize länder - à Francfort. Une fonction exercée jusqu’à son décès en 1968.


« De retour en RFA en 1949, il a organisé les premiers procès d'anciens gardiens du camp d'Auschwitz avant d'être un élément clé du dispositif qui permettra que se tienne, en 1961, le procès d'Adolf Eichmann en Israël ». Bauer a du surmonter de nombreux obstacles. Le chancelier Adenauer avait déclaré qu’il était temps de « tirer un trait et de laisser le passé derrière soi ».  « Se confronter à notre passé signifie nous juger nous-mêmes, juger les aspects dangereux de notre société et enfin, juger tout ce qui a été inhumain » affirmait cet humaniste, ce moraliste lors d’une conférence le 9 juillet 1962.

Fritz Bauer a contribué aussi à ce que les victimes du régime nazi obtiennent des indemnisations, a réhabilité les résistants au nazisme, a renforcé le caractère indépendant de l’institution judiciaire allemande, et a participé à la réforme de la loi et de la juridiction pénales allemandes. Il a déclaré : « Dans le système judiciaire, je vis comme en exil ».


En 1952, lors "de sa première affaire en tant que Procureur Général, il avait fait sensation à travers tout le pays en accusant l’extrémiste de droite Otto Ernst Remer de diffamation. Remer avait affirmé, lors d’un discours électoral, que Von Stauffenberg et les combattants résistants du 20 juillet 1944 étaient des traîtres, parce qu’ils avaient brisé leur serment de loyauté envers Hitler. Bauer, de son côté, avait construit son argumentation sur le fait qu’un tel serment de loyauté était illégitime. Ses arguments étaient résumés ainsi : « Un Etat injuste, qui commet chaque jour des dizaines de milliers d’assassinats, donne à chaque individu le droit d’utiliser l’auto-défense ». Avec cet argument, Bauer a contré l’excuse la plus fréquente que les nazis donnaient en disant « qu’ils n’avaient fait qu’exécuter les ordres donnés, conformément à leur devoir ». Les juges donnent raison à Fritz Bauer et condamnent Remer à trois mois de prison. Ce jugement spectaculaire a officiellement réhabilité l’organisation tant décriée qui avait tenté d’assassiner Hitler. Pour la première fois, une cour de justice allemande affirmait clairement que le régime d’Hitler n’était pas « un Etat constitutionnel mais un Etat injuste ».



En 1957, Fritz Bauer "reçoit une lettre de Lothar Hermann, un juif émigré en Argentine, qui affirme savoir à quel endroit se cache Eichmann, grâce à sa fille qui est tombée amoureuse du fils d’Eichmann. Fritz Bauer a l’intelligence de ne pas communiquer cette information aux autorités allemandes : il avait déjà constaté à plusieurs reprises que les nazis recherchés parvenaient toujours à en être informés juste avant leur arrestation. Au lieu de cela, il informe les services secrets israéliens ainsi que Georg-August Zinn, son ancien camarade du SPD et Président de la Hesse. Afin de brouiller les pistes, Bauer fait paraître une série d’articles expliquant que la traque d’Eichmann se concentrait désormais au Koweit. Ainsi, le Mossad parvient à enlever Eichmann et à le conduire en Israël. Le souhait le plus cher de Fritz Bauer (pouvoir traduire Eichmann devant la cour de justice de Francfort) ne s’est pas réalisé, le gouvernement fédéral allemand n’ayant jamais réclamé l’extradition d’Eichmann. Il faudra attendre dix ans après sa mort pour découvrir le rôle crucial de Fritz Bauer dans la traque et l’arrestation d’Eichmann."

Le "procès Eichmann a été, à tous points de vue, un début. Et Fritz Bauer n’aura de cesse de tenter d’amener devant la justice allemande les anciens criminels nazis. Avec le gigantesque procès d’Auschwitz, dans lequel comparaissent plus de 21 anciens membres de la garnison SS du camp de concentration, Bauer réussit enfin à monter son plus grand dossier. La preuve la plus spectaculaire lui a été fournie par Thomas Gnielka, un éditeur du quotidien « Frankfurter Rundschau ». Il avait mis la main sur un dossier qu’un survivant de l’Holocauste avait trouvé parmi les ruines du poste de police de Breslau (actuellement Wroclaw, en Pologne)."



"Ces documents, signés du chef de camp Rudolf Höss, faisaient apparaître, sous forme de liste, quels prisonniers avaient été tués par quels SS. Grâce à cette liste, Bauer put finalement obtenir des éléments tangibles sur les coupables et poursuivre son enquête. Les efforts de Fritz Bauer ont conduit à la décision de justice de la cour fédérale de Karlsruhe qui a désigné la cour de justice de Francfort comme étant la seule compétente pour toutes les plaintes déposées contre les tortionnaires d’Auschwitz. Ainsi, Fritz Bauer put superviser toutes les enquêtes sur Auschwitz depuis Francfort. Ces enquêtes, étalées sur deux ans, étaient extrêmement complexes : le camp d’Auschwitz était très peu connu, les survivants de l’Holocauste étaient difficiles à retrouver et il fallait les persuader de faire le voyage jusque dans le pays de leurs tortionnaires pour y témoigner."


"Le premier procès d’Auschwitz à Francfort débute en décembre 1963 et sera le plus grand procès criminel de l’Allemagne d’après-guerre. En termes judiciaires, le procès n’est pas très probant : la plupart des accusés ne seront pas reconnus coupables mais uniquement complices de meurtres et ils seront remis en liberté après quelques années en prison."

"Mais à long terme, le but de Fritz Bauer, qui est de faire de ce procès un « procès éducatif » pour les Allemands, sera une réussite. « Ce procès doit montrer au monde entier que la nouvelle Allemagne est déterminée à préserver la dignité de chaque individu ».  Grâce aux témoignages bouleversants des rescapés, pour la première fois, la réalité sur Auschwitz est rendue public. Auschwitz cesse d’être un pan vierge dans la mémoire collective. Le vœu de Fritz Bauer est enfin exaucé : le silence lugubre de l’ère Adenauer est définitivement brisé.


Fritz Bauer est décédé d’un arrêt cardiaque à l’âge de 64 ans. 

Il a créé en 1968, avec le journaliste Gerhard Szczesny l’Union humaniste. Celle-ci a créé le Prix Fritz Bauer.


Fondé en 1995, l’Institut Fritz Bauer a pour mission la défense des droits civils et se concentre sur les effets de la Shoah.


La traque d’anciens Nazis par des procureurs allemands, dont Joachim Kügler, Georg Friedrich Vogel, Gerhard Wiese – qui ont induit notamment le « second procès d’Auschwitz » tenu à Francfort contre 22 membres de la direction du camp (décembre 1963-août 1965) - a inspiré plusieurs films allemands, dont « Le Labyrinthe du silence » (Im Labyrinth des Schweigens) coécrit par le réalisateur Giulio Ricciarelli (2014) avec Elisabeth Bartel, et « Fritz Bauer – et « Un héros allemand  », co-écrit par le réalisateur Lars Kraume et l’essayiste Olivier Guez.

Sur ce lent processus de travail de mémoire, la journaliste Géraldine Schwarz a écrit en 2017 l’essai « Les Amnésiques ».

« Fritz Bauer - Un héros allemand »

« Fritz Bauer - Un héros allemand » (Der Staat gegen Fritz Bauer) est un film réalisé par Lars Kraume (2014). « Mis en scène comme un film d'espionnage à l'ancienne, un état des lieux saisissant de l'Allemagne d'après-guerre » et de ses difficultés à affronter son passé nazi.

« République fédérale allemande (RFA), fin des années 1950. Intègre procureur général de Francfort-sur-le-Main, Fritz Bauer se démène pour que soient jugés les criminels nazis. Dans un pays engagé sur la voie de la reconstruction et où les fonctionnaires du régime hitlérien ont retrouvé leurs anciens postes, son opiniâtreté suscite une sourde hostilité ».

« Lorsqu'il est informé qu'Adolf Eichmann, l'un des principaux responsables de la mise en œuvre de la solution finale, se cacherait à Buenos Aires, Bauer bataille pour obtenir son extradition. Mais tous les moyens sont bons pour l'empêcher d'y parvenir, y compris en piégeant son jeune collègue Karl Angermann pour homosexualité, encore condamnée par la loi. Résolu à ne pas céder aux pressions, Fritz Bauer se tourne vers les services secrets israéliens », le Mossad, « pour s'emparer d'Eichmann... »

« En retraçant le combat de cet homme d'exception, magistralement incarné par Burghart Klaußner – et dont la mort, en 1968, demeure suspecte –, Lars Kraume met en lumière les limites de la dénazification entreprise outre-Rhin après le rétablissement de la démocratie ».

« Portant un soin particulier à la reconstitution historique, il met habilement en scène l'obscure mécanique destinée à saper le travail de la justice contre les criminels nazis et leurs complices ».

« Le film raconte l’histoire vraie de Fritz Bauer qui contribua à la capture d'Adolf Eichmann au terme d'une traque haletante. Le film dresse aussi le tableau de l’Allemagne de l’après-guerre et critique les entraves à la dénazification et l’amnésie collective qui entoure les crimes commis durant le 3e Reich. Il dénonce aussi la répression de la prostitution homosexuelle à l'époque ».


« Aussi pédagogique sur le fond qu'exemplaire sur la forme, un état des lieux saisissant de l'Allemagne d'après-guerre ».

Ce film a été distingué par cinq Lola, équivalents allemands des César, notamment dans les catégories de Meilleur film et Meilleur scénario.


« Le procès d’Auschwitz, la fin du silence » 
À l’occasion du cinquantenaire de la mort de Fritz Bauer (1er juillet 1968), deux films, deux hommages, reviennent sur le parcours du procureur allemand.

Le 17 juin 2018 à 16 h 30, le Mémorial de la Shoah a proposé la projection en avant-première du documentaire « Le procès d’Auschwitz, la fin du silence » de Barbara Necek (France, 52 mn, 13 Productions, France Télévisions, Toute l’Histoire, 2017. Avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah). En présence de la réalisatrice Barbara Necek et de Guillaume Mouralis, chargé de recherche, CNRS.

En 1947, les Alliés ouvrent le procès des camps de la mort nazis à Cracovie, en Pologne. Plus de quinze ans plus tard, le 20 décembre 1963, à Francfort en Allemagne de l'Ouest, débute le «second procès d'Auschwitz», une vingtaine d'anciens SS vont répondre de leurs crimes commis au camp de concentration et d'extermination nazi installé à côté du village polonais Oświęcim, en allemand « Auschwitz ». Ce documentaire raconte ce procès historique à l'aide d'interviews des derniers témoins, d'images d'archives et d'enregistrements sonores des séances, classés depuis octobre 2017 au patrimoine immatériel de l'Unesco.

Face à eux, près de 360 témoins, dont 211 survivants d’Auschwitz. Dans une Allemagne hostile à la vérité, ils vont confronter pour la première fois le pays avec les crimes de son passé et révéler au monde l’horreur d’Auschwitz.

Un document essentiel pour comprendre le contexte de l'époque, les coulisses du procès et ses répercussions. La narration, fluide, met l'accent sur l'impact considérable de ce procès sur l'opinion publique. Les témoignages, difficilement soutenables, disent l'horreur à l'état pur. Indispensable.
  
"Fritz Bauer, un procureur contre le nazisme"
Arte diffusa le 28 mai 2019 à 22 h 30 "Fritz Bauer, un procureur contre le nazisme" (Fritz Bauer - Generalstaatsanwalt. Nazi-Jäger) de Catherine Bernstein. "Dans l'Allemagne de l'Ouest des années 1960, le combat obstiné du procureur Fritz Bauer pour briser le silence sur les crimes du IIIe Reich, faire juger les criminels nazis et rendre justice à leurs innombrables victimes."

"Francfort-sur-le-Main, 20 décembre 1963. Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, une cour fédérale allemande s'apprête à juger d'anciens criminels nazis. Au terme d'une instruction dirigée pendant cinq ans par Fritz Bauer, 22 prévenus sont sur le banc des accusés. En poste au camp d'extermination d'Auschwitz, ils étaient SS, membres de la Gestapo, médecin, dentiste ou encore kapos. Dans un pays désormais divisé et où le miracle économique va de pair avec une politique de l'oubli, le procureur général du Land de la Hesse veut confronter l'Allemagne à son passé. Jusqu'en août 1965, 360 anciens déportés vont relater les atrocités dont ils ont été victimes ou témoins. Avec effroi, les jeunes Allemands découvrent alors l'ampleur des crimes commis par la génération de leurs parents."

"Adhérent du parti social-démocrate et de confession juive, le juge Fritz Bauer a été poussé à l'exil en 1935, après avoir été interné deux ans en camp de concentration et exclu de la fonction publique. À son retour en Allemagne après-guerre, nommé procureur général à Francfort en 1956, il lance plusieurs procédures afin de retrouver d'anciens criminels de guerre nazis en fuite, notamment le docteur Mengele. Empêché de mener à bien ses enquêtes, il se résoudra à livrer aux services secrets israéliens les informations qui permettront l'enlèvement puis le procès à Jérusalem, en 1961, d'Adolf Eichmann, le "logisticien" de la "solution finale". Les éclairages de spécialistes (historiens, juristes, biographes de Fritz Bauer) et de nombreuses archives retracent son combat obstiné pour mettre en lumière l'échec de la dénazification, briser le silence sur les crimes du IIIe Reich et rendre justice à ses innombrables victimes."

"Le labyrinthe du silence"
Le 26 mai 2019 à 22 h 55, RMC Story diffusa "Le labyrinthe du silence", de Giulio Ricciarelli avec Alexander Fehling, André Szymanski, Friederike Becht. "1958. Alors que l'Allemagne veut oublier son passé et que des centaines de fonctionnaires nazis ont été réintégrés dans l'administration, un jeune procureur décide de faire juger, pour la première fois sur le sol allemand, d'anciens SS ayant servi à Auschwitz."

Allemagne, à la fin des années 1950. Jeune procureur ambitieux et fier de sa fonction au parquet de Francfort, Johann Radmann ne s'occupe pour le moment que d'affaires sans grand intérêt. Bientôt, un journaliste attire son attention sur le fait qu'un rescapé des camps de concentration aurait reconnu Alois Schulz, un ancien officier SS en poste à Auschwitz. Ce dernier serait actuellement enseignant au lycée Goethe de la ville. Alors que ses supérieurs et ses collègues choisissent d'ignorer ces allégations, Radmann décide de ne pas négliger l'affaire. Il découvre rapidement plusieurs pièces cruciales qui permettraient l'ouverture d'un procès d'envergure.
 


« Le livre d’Olivier Guez, mon co-scénariste « L’impossible retour - Une histoire des juifs en Allemagne depuis 1945 » étudie la façon dont les juifs ont pu vivre en Allemagne, le pays des meurtriers, après l’Holocauste. Un des chapitres est consacré à Fritz Bauer et aux « procès d’Auschwitz ». J’ai trouvé le livre remarquable et quand Olivier est venu en Allemagne, il y a quatre ans, à l’occasion de la sortie allemande du livre, je l’ai rencontré et lui ai dit que ce serait un sujet passionnant à développer en film. En parlant ensemble, nous revenions constamment à Fritz Bauer, parce que c’est un personnage hors du commun : il ne s’est pas du tout comporté comme la plupart des victimes de l’Holocauste qui ne voulaient plus en parler. Bien qu’il ait eu à faire face à une très forte résistance, il voulait poursuivre les nazis - non pas par esprit de vengeance, mais parce qu’il était guidé par un grand esprit humaniste et qu’il voulait informer ses compatriotes. Il avait une personnalité lumineuse et il est devenu le personnage principal du film.

Après avoir étudié longuement, avec Olivier, la biographie de Fritz Bauer, nous avons décidé de nous concentrer sur la traque d’Adolf Eichmann car c’est une période particulièrement haletante de sa vie et surtout elle montre bien ce que Fritz Bauer cherchait, et en quoi sa personnalité était hors du commun. Nous voulions raconter l’histoire d’une rédemption : celle d’un homme brisé et pessimiste, qui revient en Allemagne après la Seconde Guerre Mondiale et qui sera transformé grâce à son combat contre l’oubli collectif.

Dans l’émission de télévision : « Heute abend KellerKlub » faite pendant la période du procès Eichmann et reproduite dans le film, Fritz Bauer explique, de formidable manière, aux jeunes du « KellerKlub » ce qu’est l’esprit de la démocratie. Vous comprenez qu’il était un véritable humaniste. Il est convaincu que les Allemands nés après la Seconde Guerre mondiale ont la possibilité de construire une nouvelle société. En fait, il a ouvert de nouvelles perspectives à la génération post-Adenauer, parce qu’il a osé lever le voile et briser le silence. C’est en cela qu’il est devenu par la suite une inspiration importante lors des révoltes des étudiants.

C’était un début parfait pour le film, parce Fritz Bauer y explique très simplement ce qui le motive. Il pense que l’avenir de son pays natal dépend fondamentalement de la manière dont les jeunes générations vont gérer leur passé. Il est prêt à donner tout ce qu’il possède pour cela. Il a même risqué sa vie pour cette idée.

Nous avons lu beaucoup de livres et en premier lieu toutes les biographies de Fritz Bauer. Nous avons aussi eu la chance de rencontrer Gerhard Wiese, qui est le dernier survivant de l’équipe des procureurs de Fritz Bauer. C’est un homme très vif, brillant et à l’esprit alerte qui nous a raconté ce que cela représentait, à cette époque, d’être procureur général à Francfort et quel genre d’homme son patron était. Il a été d’une grande aide. De plus, nous avons eu de nombreuses conversations avec les employés de l’institut Fritz Bauer. Ces échanges étaient denses et très instructifs. Peu de temps avant le début du tournage, il y a eu une grande exposition organisée au musée juif de Francfort.


Les rapports de la police danoise sur les contacts que Fritz Bauer avait avec des homosexuels étaient exposés là, au public, pour la première fois. Il a été prouvé que lorsque Fritz Bauer était en exil au Danemark, il a été arrêté en compagnie de prostitués hommes. On peut seulement imaginer comment il a dû gérer sa sexualité quand il a été nommé procureur général du Hesse. Nous avons essayé de traiter ce sujet dans le film de la manière la plus délicate possible. Mais aborder le sujet de l’homosexualité était important pour nous pour deux raisons : d’abord pour le développement dramatique de l’histoire car à cette époque le « paragraphe 175 » du Code Civil était toujours en vigueur. Ce paragraphe rendait illégales les « activités lubriques » entre hommes et donnait aux détracteurs de Fritz Bauer un prétexte pour provoquer sa chute. Et ensuite, pour montrer la tyrannie qui régnait pendant l’ère Adenauer : ce « paragraphe homo », qui avait été renforcé quand les nazis étaient au pouvoir, n’a été aboli en Allemagne qu’en 1994 ! C’est un exemple criant de toutes ces années durant lequelles les idées les plus injustes de l’ère nazi sont restées en place en R.F.A.

Presque tous les personnages du film ont réellement existé, à l’exception de Karl Angermann, qui représente l’idéalisme d’une jeune génération de procureurs généraux qui se battent au côté de Fritz Bauer par conviction. Nous l’avons imaginé à partir de plusieurs personnages ayant existé de manière à créer une figure attachante qui évolue aux côtés de Fritz Bauer, et bien sûr, pour amener le sujet de l’homosexualité dans l’intrigue.

Burghart Klaussner et moi, on ne se connaissait pas. Notre directrice de casting Nessie Nesslauer me l’a recommandé. Il a immédiatement saisi la personnalité de Fritz Bauer et l’a interprété de manière incroyablement juste. On pouvait voir dès le début à quel point il était connecté à son personnage - et aussi quel point il lui ressemblait. Le même âge, le même physique, l’esprit vif, la maturité émotionnelle, la rage innée - et aussi l’humour. Mon plus grand souci était d’éviter de faire un film moralisateur et hypocrite. C’est pour cela qu’il était fondamental que mon personnage principal ait un côté acerbe, avec un humour nonchalant. Burghart Klaussner le joue extrêmement bien. Il a toujours le ton juste quand il fait dire par exemple à son personnage « J’ai un revolver - si je me suicide il n’y aura aucune rumeur ».

Le meilleur souvenir du tournage ? Je pense que c’est la manière dont Burghart Klassner a insufflé tant de vitalité à un personnage qui était un peu en retrait, en lui apportant de nombreuses nuances. Il a accepté avec gratitude ce que le scénario pouvait lui offrir et m’a régulièrement surpris avec de nouveaux détails, comme par exemple son léger rire espiègle en fin de phrase.

Au XXIe siècle, un individu doit avoir le courage de se consacrer toute sa vie à une cause et de poursuivre un but, quelle que soit la forme de résistance qu’il rencontre. Fritz Bauer a dû faire face à de nombreuses oppositions pour avoir été « un Juif habité par la vengeance » et il a été constamment encerclé d’ennemis puissants. Aucune autorité allemande ne souhaitait coopérer avec lui ; ils ont dressé des obstacles les uns après les autres devant lui. Cette phrase célèbre est de lui : « Quand je sors de mon bureau, j’entre en territoire ennemi ». Finalement, son combat a prévalu. Pour moi, c’est un véritable héros ».



« Le procès d’Auschwitz, la fin du silence » de Barbara Necek
France, documentaire, 13 Productions, France Télévisions, Toute l’Histoire, 2017. Avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, 52 mn
Sur Toute l'histoire les 26 mai 2019 à 15 h et 30 mai 2019 à 12 h 30.

"Le labyrinthe du silence", de Giulio Ricciarelli
Allemagne,  2014, 125 minutes
Avec Alexander Fehling, André Szymanski, Friederike Becht, Johannes Krisch, Hansi Jochmann, Johann Von Bülow, Robert Hunger-Bûhler, Lukas Miko, Gert Voss
Sur RMC Story me 26 mai 2019 à 22 h 55 

"Fritz Bauer, un procureur contre le nazisme" de Catherine Bernstein
France, 2016, 57 min
Sur Arte le 28 mai 2019 à 22 h 30
Visuels :
Fritz Bauer procureur à Francfort, 1963
Credit : © D.R
Procès d'Auschwitz à Francfort, 1963
Credit : © D.R.
Portrait de Fritz Bauer
Credit : © Siegfried Träge/ Fritz Bauer

« Fritz Bauer - Un héros allemand » de Lars Kraume
Allemagne, 2014, 95 min.
Image : Jens Harant
Montage : Barbara Gies
Musique : Julian Maas, Christoph M. Kaiser
Producteur/-trice : Thomas Kufus
Réalisation : Lars Kraume
Scénario : Lars Kraume
Acteurs : Burghart Klaußner, Ronald Zehrfeld, Lilith Stangenberg, Laura Tonke, Sebastian Blomberg, Jörg Schüttauf
Auteur : Lars Kraume
Sur Arte le 25 avril 2018 à 20 h 55
Sur OCS City les 29 mai 2020 à 18 h 13 et 31 mai 2020 à 10 h 50

Visuels :
© Zero One Film/Martin V. Menke

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Les citations sont d'Arte et du dossier de presse du film. Cet article a été publié le 25 avril 2018, puis le 26 mai 2019.