mercredi 1 février 2017

« Hannah Arendt - Du Devoir de la désobéissance civile », documentaire de Ada Ushpiz


Arte rediffusera le 1er février 2017 Hannah Arendt, par Margarethe von Trotta, puis Hannah Arendt - Du Devoir de la désobéissance civile (Hannah Arendt Und Die Pflicht Zum Ungehorsam, Vita Activa: The Spirit of Hannah Arendt), documentaire de Ada Ushpiz véhiculant la propagande anti-israélienne ("colonisation"). Un portrait de l’essayiste et professeur de théorie politique (« political theorist ») Hannah Arendt (1906-1975), juive allemande sioniste, élève de Karl Jaspers et de Martin Heidegger, qui dirige sa thèse de doctorat et avec qui elle noue une relation amoureuse. Arendt fuit le IIIe Reich pour la France, puis les Etats-Unis où elle enseigne et s’affirme en philosophe analysant les totalitarismes. Couvrant brièvement le procès Eichmann à Jérusalem (Israël) en 1961, elle publie un livre polémique où elle évoque la « banalité du mal ». 


« Mon métier, c'est la théorie politique, je veux comprendre », disait Hannah Arendt. 

Son ami le philosophe Karl Jaspers lui avait un jour écrit  : « Arrivera le moment que tu ne connaîtras pas : celui où les Juifs t’érigeront en Israël, comme à Spinoza, un monument, et te revendiqueront fièrement comme une des leurs ».

Totalitarismes
Hannah Arendt est née en 1906 dans une famille juive bourgeoise à Hanovre, dans l’empire allemand.

Cette brillante étudiante juive rencontre Hans Jonas en 1924.

Elle débute une relation intellectuelle et sentimentale passionnée avec Martin Heidegger.

Hannah Arendt  obtient son doctorat en philosophie de Heidelberg.

En 1929, elle épouse Günther Stern, un philosophe qui adoptera plus tard le patronyme Anders.

Elle travaille à une biographie de Rahel Varnhagen (1771-1833), une femme de lettres juive allemande qui tenait des salons réputés à l’époque romantique.

Elle « assiste à la montée du nazisme et s'engage » dans la dénonciation de l’antisémitisme, avant de choisir l'exil en 1933 ». 

Une expérience fondatrice qui imprégnera sa pensée et l'amènera à analyser l'essence des totalitarismes, avec une profonde acuité et un anticonformisme revigorant. 

« Réfléchir, cela signifie penser toujours de manière critique », rappelait l'auteure des Origines du totalitarisme.

A Paris, Hannah Arendt devient la secrétaire particulière de la baronne Germaine de Rothschild et contribue à l’accueil des réfugiés en France. Elle milite aussi dans le mouvement sioniste.

En 1937, elle divorce, puis épouse en 1940 Heinrich Blücher (1899-1970), ancien membre de la Ligue spartakiste et du Parti communiste.

Internée brièvement au camp de Gurs, elle retrouve la liberté et fuit avec son époux, et grâce à Varian Fry, pour le Portugal, puis se fixe aux Etats-Unis.

Après la Deuxième Guerre mondiale, elle travaille en Allemagne dans une association d’aide aux survivants de la Shoah. Elle témoigne en faveur de Heidegger lors de son procès en dénazification.

Dès 1951, naturalisée américaine, elle enseigne les sciences politiques dans des universités prestigieuses : Berkeley, Princeton, Columbia, Chicago et dès 1967 à la New School for Social Research de New York.

Ses premiers livres sont alors publiés : Les Origines du totalitarisme (1951), Condition de l'homme moderne (1958), et le recueil de textes intitulé La Crise de la culture (1961). 

Elle soutient Le Vicaire, pièce de théâtre de Rolf Hochhuth, sur le rôle du pape Pie XII lors de la Shoah.

Procès Eichmann
Le procès  d’Adolph Eichmann (1906-1962) se déroule à Jérusalem (Israël) en 1961. Ce responsable allemand nazi était poursuivi notamment pour crimes envers le peuple Juif, en particulier en Hongrie, et crimes contre l’humanité. Un événement majeur dans l’histoire de l’Etat Juif et dans l’histoire mondiale.

Hannah Arendt n’a pas assisté à tout le procès d’Eichmann. Pour The New Yorker, consciente qu’il s’agissait d’un des derniers procès de dirigeants nazis, elle a suivi quelques audiences du long procès. 

Ses cinq articles ont été publiés dans les numéros de février et mars 1963 de ce prestigieux magazine.

Son « portrait philosophique » d’Eichmann dans Eichmann à Jérusalem (1963), livre qui a suscité une polémique, marque la postérité. Hannah Arendt le présente comme un « bouffon », incarnant la « banalité du mal ».

« Souvent mal compris, mêlant observations empiriques et réflexion théorique, l’ouvrage a focalisé l’attention sur le fait que le plus grand crime de masse de l’histoire aurait revêtu à Jérusalem le visage d’un homme ordinaire, celui de la « banalité ».

Arendt insiste aussi sur la nouveauté du système politique criminel dans lequel Eichmann s’est formé.

Or, Eichmann « a été bien plus qu’un simple fonctionnaire zélé. Il a mené une carrière rapide et exercé des responsabilités importantes au sein du dispositif génocidaire. Il a été un homme de terrain et non un simple bureaucrate ». Son engagement dans le nazisme a été total.

Ensuite, Eichmann est « l’un des nazis de haut rang qui s’est le plus exprimé après-guerre, laissant des milliers de pages de mémoires, d’entretiens, de notes avant le procès, et presque autant durant sa captivité ».

Enfin – et « c’est un exemple atypique parmi les nazis déférés devant un tribunal –, Eichmann a activement, presque frénétiquement participé à son propre procès, répondant volontiers aux questions de la cour, discutant les documents présentés à charge, prenant des notes lors des dépositions de témoins – documents pour la première fois montrés au public dans l’exposition ».

Arendt stigmatise, à tort selon Claude Lanzmann, le comportement des dirigeants communautaires lors de la Deuxième Guerre mondiale.

Liberté
« Ardente avocate de la pluralité, de la dignité et de la liberté, Hannah Arendt a inspiré nombre de mouvements de désobéissance civile, attitude qu'elle estimait être un devoir, face à la violence d'État ». 

« C'est au cœur de son influence capitale que plonge ce documentaire, qui revisite les récentes révolutions et résistances contemporaines, à la lumière de sa pensée et de son héritage ». 

« À travers les récentes révolutions et résistances contemporaines, de la Palestine à l'Égypte en passant par l'Ukraine et Hong Kong, la réalisatrice Ada Ushpiz est allée à la rencontre de ceux, jeunes pour la plupart, qui font au quotidien acte de résistance, relisant son œuvre pour y puiser une force lucide ». Qui résiste à qui, et comment en « Palestine » ?

Un « éclairage passionnant sur l'influence et l'héritage de la philosophe Hannah Arendt dans la pensée politique ». Non, la récupération de cette intellectuelle pour véhiculer un message haineux, la propagande délégitimant l'Etat Juif.

Présenté à de nombreux festivals de films, notamment à Munich, ce documentaire germano-canado-israélien a été primé au Festival international du film documentaire de Santa Barbara en 2016. On se demande pourquoi.

Les 19 et 20 juin 2016, Arte diffusa Hannah Arendt, chercher l'avenir dans le retour aux Anciens, réalisé par Philippe Truffault (26 min) : "Entre les tenants d'une école à l'ancienne, où le maître règne par la discipline, et les promoteurs d'un modèle collaboratif plaçant l'élève "au centre" de l'enseignement, la querelle est de plus en plus profonde. Raphaël Enthoven s'entretient de l'avenir de l'éducation avec l'enseignante en philosophie Anne Dalsuet".

Arendt heideggerienne
A l'automne 2016, Fayard a publié Arendt et Heidegger. Extermination nazie et destruction de la pensée, d'Emmanuel Faye : "N’y a-t-il pas une contradiction dans l’œuvre d’Arendt ? On y trouve une description critique du totalitarisme national-socialiste, mais aussi l’apologie de Heidegger érigé, malgré son éloge de la « vérité interne et grandeur » du mouvement nazi, en roi secret de la pensée. L’étude des Origines du totalitarisme montre qu’Arendt développe une vision heideggérienne de la modernité. Dans Condition de l’homme moderne, la conception déshumanisée de l’humanité au travail et le discrédit jeté sur nos sociétés égalitaires procèdent également de Heidegger. En outre, des lettres inédites montrent qu’Arendt a décidé de marcher sur les pas de Heidegger avant leurs retrouvailles de l’année 1950. Il s’agit d’une adhésion intellectuelle, irréductible à la seule passion amoureuse, et qui mérite d’être prise au sérieux. Certes, Arendt ne partage pas l’antisémitisme exterminateur de Heidegger confirmé par ses Cahiers noirs. Que devient cependant la pensée, lorsqu’elle se voit instrumentalisée dans l’opposition – nouveau mythe moderne – entre Heidegger, le « penseur » retiré sur les hauteurs neigeuses de sa hutte de Todtnauberg, et Eichmann, l’exécutant sans pensée, le « clown » muré dans sa cage de verre ?"

Hannah Arendt, par Margarethe von Trotta
Dans Hannah Arendt, Margarethe von Trotta "restitue avec rigueur l'engagement intellectuel d'Hannah Arendt, campée par une Barbara Sukowa magistrale. Un film qui a remporté à sa sortie un grand succès inattendu".

"Installée aux États-Unis en 1951 après avoir dû quitter, avant-guerre, l'Allemagne hitlérienne, la philosophe Hannah Arendt tient une place importante au sein de l'université américaine. Autour d'elle et de son mari, Heinrich Blücher, l'ancienne élève de Martin Heidegger réunit un cercle d'amis fidèles et de brillants intellectuels. En 1960, le criminel de guerre nazi Adolf Eichmann est enlevé à Buenos Aires par les services secrets israéliens. Ramené en Israël, il va y être jugé pour ses crimes. Pendant de longs mois, Hannah Arendt couvre son procès à Jérusalem pour le magazine américain The New Yorker. Ses articles, puis son livre Eichmann à Jérusalem – Rapport sur la banalité du mal, autour de celui qui fut l'un des principaux organisateurs de la "solution finale" déclenchent une violente polémique…"

"Se focalisant sur les répercussions du procès d'Eichmann sur l'œuvre et la vie personnelle de Hannah Arendt, Margarethe von Trotta (L'honneur perdu de Katharina Blum) restitue avec une grande lisibilité les enjeux de l'une des plus vives controverses intellectuelles de la seconde moitié du XXe siècle".

"Après l'avoir déjà dirigée dans Les années de plomb et Rosa Luxemburg, c'est à Barbara Sukowa qu'elle confie le rôle-titre. Cette dernière incarne avec ferveur les questionnements d'une intellectuelle guidée avant tout par la passion de comprendre".

Hannah Arendt, par Margarethe von Trotta
France, Allemagne, Luxembourg, 2012, 107 min
Image : Caroline Champetier
Montage : Bettina Böhler
Musique : André Mergenthaler
Production : Heimatfilm, Amour Fou Luxembourg, MACT Productions, Sophie Dulac Productions, Metro Communications, ARD Degeto, BR, WDR
Producteur/-trice : Bettina Brokemper, Johannes Rexin
Scénario : Pam Katz, Margarethe von Trotta
Avec Barbara Sukowa, Axel Milberg, Julia Jentsch, Ulrich Noethen, Michael Degen, Janet McTeer, Klaus Pohl
Sur Arte le 1 février 2017 à 20 h 55
Visuels : © Véronique Kolber, Heimatfilm, 

Intuitive Pictures , 2015, 90 min
Sur Arte les 9 mars 2016 à 23 h 50, 1 février 2017 à 22 h 45
Visuels : © fernsehbüro

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Les citations proviennent d'Arte. L'article a été publié les 9 mars et 19 juin 2016, 1er février 2017.

1 commentaire:

  1. Vu le film sur Hannah Harendt HH = Heil Hitler!!!
    On lui fait dire vers la fin du film que personne n’a compris sa formule : la banalité du mal.
    Qu’il faut comprendre comme ceci : le mal n’est pas radical. Le bien est radical.
    Je pense qu’elle aurait dû dire : faire le mal banalement tout simplement au lieu de fabriquer une formule heideggerienne absurde et proprement inhumaine .
    Sa formule est mal construite. Si on dit : banalité du mal on tout aussi dire :
    banalité du bien. Et bien NON ! Ça ne veut rien dire la banalité du bien et donc
    la banalité du mal ça ne veut rien dire non plus. Car le bien et le mal sont tous deux RADICAUX !!!!

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