Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

dimanche 25 octobre 2015

« Une enfance volée : l’affaire Finaly » de Fabrice Génestal


France 2 diffusa Une enfance volée : l'affaire Finaly, téléfilm de Fabrice Genestal (2008) avec Charlotte de Turckheim et Pierre Cassignard. L’histoire de Robert et Gérald Finaly, deux enfants juifs cachés pendant l’Occupation par un réseau catholique dont est membre Mlle Antoinette Brun. A la libération, et pendant des années, Mme Brun refusa de rendre à la famille Finaly ces enfants Juifs devenus orphelins par la Shoah (Holocaust), et qu’elle fit baptiser. Une histoire médiatisée qui suscita une vive polémique notamment en France et se dénoua en 1953 par la remise de ces deux frères à leur famille vivant en Israël. Toute l'Histoire diffusera le 26 octobre 2015 L'extravagante histoire des enfants Finaly : "Le 28 juin 1953, deux enfants de 11 et 12 ans rentrent en France après avoir traversé la frontière espagnole. Ils se nomment Robert et Gérald Finaly. Leur retour met fin à une affaire qui a déchiré l'opinion publique et a menacé les relations entre l'Eglise et la communauté juive. Une affaire qui a tenu en haleine la France des années 50".

L'enfance de... Boris Cyrulnik
Le destin d’Anne Frank : Une histoire d’aujourd’hui
« Destins d’enfants juifs et de leurs sauveurs » de Kirsten Esch
« Une enfance volée : l’affaire Finaly » de Fabrice Génestal
Au cœur du génocide. Les enfants dans la Shoah 1933-1945
C’étaient des enfants. Déportation et sauvetage des enfants juifs à Paris
« Les larmes de la rue des Rosiers » d'Alain Vincenot
« Carnets de mémoire Enfances cachées 39-45 », par Michèle Rotman


« L’enfer est pavé de bon sentiments », résumait l’actrice Charlotte de Turckeim lors du déjeuner de presse organisé le 3 novembre 2008 au siège de France 2. Méconnaissable, elle campe une Mlle Brun manipulatrice qui, sanglée dans ses convictions, refusa continument de respecter le droit et la famille des enfants orphelins.

Et ainsi, elle provoqua l'affaire Finaly (1945-1953) divisa « la France entre cléricaux et anticléricaux, sionistes et antisionistes, tenants du respect des lois républicaines contre partisans du droit canon ».

Catherine Poujol, qui a eu accès à des documents inédits, a coécrit deux livres qui présentent des éclairages intéressants et originaux sur cette affaire : un ouvrage dense, l’autre une bande dessinée (BD) au graphisme en noir et blanc et au réalisme saisissant.

1938, 30 août : mariage du Dr Fritz Finaly, chef de clinique à Vienne, et d’Anni Schwarz à Vienne (Autriche). Un oncle de ses oncles est le fondateur de la banque de Paris et des Pays-Bas.

1939, avril : le couple, ayant fui l’Autriche après l’Anschluss, s’installe à Paris.

1941, 14 avril : naissance de Robert Finaly, déclaré comme Français et qui sera circoncis.

1942, 3 juillet : naissance de Gérald Finaly, Autrichien comme ses parents, et qui sera circoncis.

1944, 10 février : craignant d’être arrêtés par la Gestapo, les parents Finaly confient leurs deux fils, et leurs affaires (bijoux, reçu de la Creditanstalt à Zurich, Leica) à la pouponnière Saint-Vincent à Grenoble.

14 février : Fritz et Annie Finaly sont arrêtés, déportés le 7 mars de Drancy à Auschwitz dans le convoi n° 69. Leurs enfants sont cachés quelques jours au couvent Notre-Dame-de-Sion (1), puis recueillis par Mlle Antoinette Brun, résistante et directrice de la crèche municipale de Grenoble, au château de Vif où ils où ils restent jusqu’en 1952.

1945, 2 février : Mme Fischl, leur tante de Nouvelle-Zélande, tentent d’obtenir leur retour dans leur famille. Elle se heurte au refus de Mlle Bru.

12 novembre : Mlle Brun se fait nommer tutrice provisoire lors du 1er conseil de famille.

1948 : En Israël, Edwige Rosner, une tante de Robert et Gérald Finaly, reprend l’action initiée par Mme Fischl. Elle sollicite l’aide de Moïse Keller, chef d’entreprise grenoblois.

28 mars : Mlle Brun fait baptiser les deux enfants alors que nul danger ne les menace. Ce qui contrevient notamment à la volonté des parents et des préceptes de l’Eglise.

1949, janvier : la famille des enfants Finaly demande à Moïse Keller de la représenter en justice afin de les récupérer.

1952, 11 juin : une ordonnance du tribunal ordonne à Mlle Brun de rendre les enfants à leur famille. Mlle Brun interjette appel, et perd son procès. Elle se pourvoit en cassation le 15 juillet.

décembre : Moïse Keller sollicite l’aide de Wladimir Rabinovitch, dit « Rabi », juge et journaliste.

1952-1953 : Mlle Brun sollicite l’aide de la mère supérieure de Notre-Dame-de-Sion, Mère Antonine, qui contacte le cardinal Gerlier à l’archevêché de Lyon. Pendant ce temps, Les enfants sont cachés dans plusieurs lieux en France et enlevés en février pour être emmenés dans le Pays basque espagnol. La campagne de presse et les actions des organisations juives s’intensifient.

1953, janvier : Me Garçon, avocat de Moïse Keller, stigmatise le fanatisme religieux de Mlle Brun.

8 janvier : Mgr Gerlier (2) évoque l’affaire lors de son entrevue avec le pape Pie XII. Celui-ci déclare : « On n’aurait pas du baptiser ainsi ces enfants ! C’est contre les prescriptions du Code. Il peut se faire que, dans le cas présent, l’affaire se présente de façon spéciale qui permettrait une autre attitude ».

5 février : Mère Antonine est arrêtée, accusée de complicité d’enlèvement sur les deux enfants Finaly.

Le grand rabbin de France Jacob Kaplan rencontre à Lyon Mgr Gerlier.
6 mars : Induit par l’accord secret entre le grand rabbin Kaplan et Mgr Gerlier, l’accord entre la famille des enfants Finaly et le père Chaillet, un jésuite représentant Mgr Gerlier et qui dirigeait sous l’Occupation un réseau L’amitié chrétienne protégé alors par le cardinal, est signé. Il contient quatre points, notamment la restitution des enfants Finaly à leur famille en Israël et le retrait des plaintes contre tous les religieux. Le père Chaillet dirigeait après guerre le COSOR qui accueillait 35 000 orphelins dont la moitié était juifs.

Fin mars : ne parvenant pas à localiser les enfants Finaly, Mgr Gerlier demande à Germaine Ribière, résistante de l’Amitié chrétienne , de les retrouver au Pays basque, et au père Chaillet d’enquêter à Madrid.

Le Vatican décide de résoudre directement cette affaire en la confiant au cardinal Montini, sous-secrétaire d’Etat au Vatican (2e personnage du Vatican après le Pape) et futur pape Paul VI.

Juin, 5 : le grand rabbin Kaplan dénonce l’accord du 6 mars.

le général Francisco Franco, chef de l’Etat espagnol, propose à la France de rendre les enfants Finaly, dont il ignore la cache, contre l’extradition de quatre républicains basques en exil à Tarbes. Georges Bidault, ancien résistant et ministre français des Affaires étrangères, ne cède pas au coup de bluff du caudillo.

11 juin : à Lyon, Germaine Ribière informe Mgr Gerlier que les enfants Finaly sont détenus par des basques, en particulier par des prêtres.

20 juin : l’abbé Emile Laxague écrit à Germaine Ribière que « le retour des enfants Finaly est la seule solution actuellement justifiable ».

23 juin : la Cour de cassation a rejeté le pourvoir de Mlle Brun et confirmé que les enfants Finaly doivent être confiés à leur tante et tutrice Edwige Rosner.

25 juin : Robert et Gérald Finaly sont conduits au consulat de France à San Sebastian. De là, Germaine Ribière les ramènera en France, dans la propriété d’André Weil, dans l’Oise, où ils rencontrent leur tante paternelle. André Weil était trésorier du COSOR.

Mlle Brun écrit à Vincent Auriol.

18 juillet : Mme Rosner retire sa plainte.

25 juillet : les enfants Finaly accompagnés de leur tante prennent l’avion pour Israël.

Août : au kibboutz de Neve Ilan, ils apprennent l’hébreu et le judaïsme.

1955, 7 juin : non-lieu général dans l’affaire Finaly.

Robert Finaly est chirurgien pour enfants à l’hôpital de Beer-Sheva. Gérald Finaly est devenu officier de l’armée israélienne.

Des passions non apaisées
Servi par une interprétation remarquable et une reconstitution scrupuleuse, le film télévisuel est inspiré des travaux de l’historienne Catherine Poujol qui a eu accès à des documents inédits.

Dans le téléfilm de Fabrice Génestal, par souci de simplification narrative, des personnages ont disparu, tel Guy Brun, enfant juif recueilli et adopté par Mlle Brun, des faits ont été passés sous silence ou minorés. Un souci partagé par les auteurs de la bande dessinée sur l’affaire Finaly. Une BD au graphisme en noir et blanc et au réalisme saisissant.

Cette œuvre met en relief le mystère et l’ambigüité de Mlle Brun.

Certes, Mlle Brun a pris des risques sous l’Occupation pour sauver des enfants juifs.
Engoncée dans sa vision du catholicisme, persuadée d’agir pour le bien des enfants Finaly – baptême, éloignement de leur famille et d’Israël dépeint négativement par elle -, elle s’obstine dans sa voie, au mépris de préceptes de sa religion et du droit, des mobilisations d’organisations juives et de personnalités dans le monde.

Rouée, non exempte de préjugé antisémite et peut-être dotée d’une certaine perversité, Mlle Brun instrumentalise des dignitaires catholiques, attire l’église catholique dans son combat. Elle apitoie même un juge qui déroge au principe de neutralité indissociable de sa fonction !

Consciente du pouvoir des médias, elle mobilise l’opinion publique en posant en mère attentive de deux garçons qu’elle rencontre à quelques reprises annuelles.

Elle se révèle indifférente aux souffrances qu’elle inflige, par son comportement obtus, aux enfants Finaly, à Moïse Keller et à leur famille.

Le 19 octobre 2008, lors des projections de films au Mémorial de la Shoah (Paris), Guy Brun et les enfants de Moïse Keller ont exprimé leurs souffrances. Guy Brun a évoqué, selon des témoins, une Mlle Brun non désintéressée.

Quant à la famille de Moïse Keller, elle a subi les contrecoups de cette affaire : le courroux et la haine connotant les passions, l’absence du père qui a assumé longtemps et seul ce combat contre des institutions publiques et privées, laïques et catholiques, et l’entreprise familiale qui a périclité. Moïse Keller et sa famille ont fait leur aliyah, puis sont retournés en France.

Si l’affaire a cristallisé autant de passions, c’est qu’elle conjuguait des facteurs sensibles et majeurs : la priorité particulière accordée par les juifs aux enfants et à la transmission de l’identité juive ; les difficultés de certaines familles juives à récupérer leurs enfants cachés chez des chrétiens ; la prégnance de préjugés antisémites dans la France de l’après-guerre. Et la motivation du sauvetage des enfants juifs par des catholiques ; la sincérité et les aléas du dialogue entre juifs et catholiques ; la reconnaissance nécessaire par les catholiques de l’altérité juive, source d’interrogations essentielles. Last not least, l’état d’une communauté juive blessée dans son attachement à la France, persécutée sous le régime de Vichy et décimée, notamment ses plus jeunes membres, par la Shoah ; le sort des enfants cachés (3) et le destin des enfants juifs, que nul n’est venu rechercher – enfants orphelins, parentèles assassinées dans les camps nazis - et qui ont grandi dans l’ignorance de leur origine juive.


(1) Madeleine Comte :
Sauvetages et baptêmes, Les religieuses de Notre-Dame de Sion face à la persécution des Juifs en France (1940-1944). Préface d'Etienne Fouilloux. L’Harmattan, 2001. 224 pages. ISBN : 2-7475-1190-1
Texte de la conférence pour l'Amitié judéo-chrétienne de Lyon, 25 septembre 2008, à Lyon : http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/34/78/64/Documents-textes/affaire-Finaly-Chronologie.pdf

(2) Le titre de Juste parmi les Justes sera décerné à Mgr Gerlier et Germaine Ribière le 15 juillet 1980.

(3) Paroles d’étoiles, mémoires d'enfants cachés, 1939-1945. D’après les ouvrages originaux de Jean-Pierre Guéno, scénario et adaptation de Serge Le Tendre, un album conçu et coordonné par Jean Wacquet. Soleil Productions, 2008. 96 pages. ISBN : 9782302003569.
Michèle Rotman, Carnets de mémoire. Ramsay, 2005. ISBN : 9782841147328

Catherine Poujol, avec la participation de Chantal Thoinet, Les enfants cachés, l’affaire Finaly (1945-1953). Berg International Editeurs, 2006. 319 pages. ISBN : 978-2911289866
Fabien Lacaf, Catherine Poujol, Les enfants cachés, l’affaire Finaly. Berg International éditeurs, coll. IceBerg, 2007. 48 pages. ISBN : 978-2911289934.

Une enfance volée : l’affaire Finaly
Réalisé par Fabrice Génestal
Scénario, adaptation et dialogues de Philippe Bernard, en collaboration avec l’historienne Catherine Poujol
Produit par Elizabeth Arnac pour Lizland Films.
Sur France 2 :
- le vendredi 9 décembre 2011
- le mardi 25 novembre 2008

Documentaire L’affaire Finaly de David Korn-Brzoza

La WIZO (Organisation féminine internationale sioniste) francophone de Jérusalem a organisé un repas suivi de la conférence du Dr Robert Finaly sur L’affaire Finaly, 60 ans après. Cette conférence de Robert Finaly à la WIZO (Women`s International Zionist`s Organization) francophone de Jérusalem (Israël) a lieu le lundi 7 février 2011 à 12 h 30 : 1 rue Mapou


Articles sur ce blog concernant :Affaire al-Dura/Israël
Chrétiens
Culture
France
Il ou elle a dit...
Judaïsme/Juifs
Shoah (Holocaust)

Cet article a été publié par Guysen en 2008, sur ce blog le 6 février 2011 et le /
- 14 mai 2012 à l'approche de la diffusion ce 14 mai 2012, à 23 h 05, sur France 3, du documentaire L'affaire Finaly réalisé par David Korn-Brzoza .
- 30 MAI 2013 alors que les PUF publient L'Eglise de France et les enfants Juifs, de Catherine Pujol.
Il a été modifié le 2 décembre 2011.

mardi 13 octobre 2015

Rembrandt et son cercle


L’Institut néerlandais a présenté à Paris un « florilège des dessins réalisés par Rembrandt (1606-1669) et son entourage, provenant de la Collection Frits Lugt ». Environ 100 œuvres dont une vingtaine de dessins de Rembrandt, parfois d’inspiration biblique, et d’excellentes feuilles de ses élèves et contemporains : Govert Flinck (1615-1660), Ferdinand Bol (1616-1680), Nicolaes Maes (1632-1693), Lambert Doomer (1624-1700)Une exposition didactique au catalogue luxueux. Le 29 mars 2015, les Pays-Bas ont annoncé qu'ils allaient acquérir « avec la France et pour 160 millions d'euros », les deux portraits datés de 1634, représentant Marten Soolmans et son épouse Oopjen Coppit, à la veille de leur mariage, et détenus notamment par Eric de Rothschild


Au printemps 2011, la FrickCollection à New York a présenté ces œuvres ainsi que des autoportraits gravés de Rembrandt et un dessin intitulé La circoncision (fin XVIIe-début XVIIIe siècles) dont l’auteur demeure anonyme, composition simplifiée de La circoncision au temple de Rembrandt (vers 1630).

Depuis l’été 2011, l’Institut néerlandais à Paris montre près de cent œuvres dans des cadres du XVIIe siècle conservés par la Fondation Custodia (bonne garde en latin) et récemment restaurés. Cette Fondation gère la Collection d’art ancien Frits Lugt et l’enrichit par des achats, soutient la recherche scientifique, la publication de livres, des expositions à l’Institut néerlandais à Paris créé en 1956 par Frits Lugt (1884-1970).

Ancien conservateur en chef du Rijksprentenkabinet (Cabinet national des estampes) d’Amsterdam et expert réputé de l’art du dessin du XVIIe siècle, notamment de Rembrandt, Peter Schatborn a étudié la collection des dessins de Rembrandt et de son cercle réunie par Frits Lugt. Au fil de ces études publiées dans les catalogues raisonnés de la Collection Frits Lugt d’art ancien, des attributions d’œuvres ont changé. Une salle est consacrée au fruit de ces recherches ardues sur une question épineuse.

L’exposition didactique se déroule en trois pièces thématiques : des œuvres pré-Rembrandt et de Rembrandt par thèmes – dont un rare autoportrait -, celles de proches de ce maitre hollandais - élèves, peintres influencés -, les œuvres attribuées à tort à Rembrandt ou réattribuées à lui. Légèrement inclinées, les œuvres au trait pur, précis et délicat bénéficient de légendes claires, détaillées. Genres : des scènes tirées de la Bible (Elie endormi sous un arbre de Ferdinand Bol, Moïse foulant aux pieds la couronne de Pharaon de Gerbrand van den Eeckhout, Rébecca et Eliézer au puits attribué à Carel Fabritius), la vie quotidienne (Femme brodant) et des paysages (Ferme avec une cabane et un pigeonnier d’Anthonie van Borssom, Paysage italien avec des pêcheurs de Pieter de With).
Dans le hall : des explications claires sur les travaux de restauration des cadres – à cassettaou à profil inversé, datant des XVIe au XIXe siècles. Bois de support : peuplier, léger et tendre, noyer, mi-dur, chêne, dur, et conifère (pin, sapin, épicéa). Bois de placage : ébène, dur, lourd, précieux et coûteux, et substituts au grain variable, tel le poirier au grain fin. Selon les périodes, les artisans ont incrusté dans ces bois l’ivoire, l’os, la nacre, l’écaille de tortues ou la pierre – marbre, pierres semi-précieuses -, peint sur ces bois des motifs imitant des matières premières onéreuses (lapis lazuli) ou appliqué des feuilles d’or en recourant à l’eau ou à un corps gras.



Rembrandt, « figure anticlassique » et « entrepreneur » de l’art
Rembrandt s’installe à Amsterdam en 1631. Il y vit définitivement en 1633, chez le marchand d’art Hendrick Uylenburgh. En 1634, il épouse la nièce de ce dernier, Saskia.


Il reçoit et réalise des commandes de portraits. Puis, il ouvre son atelier où il accueille ses apprentis et ses élèves extérieurs.

Pour ses dessins, il use de sujets et de techniques variés : « esquisses de personnages à la pierre noire ou à la sanguine, des compositions bibliques et mythologiques, des scènes de genre, des paysages, des portraits et des autoportraits généralement exécutés à la plume et au lavis ». Les buts de ses dessins ? « Préparer des œuvres peintes ou gravées », « étudier et fixer une attitude, une émotion » et servir de modèles pour ses élèves qui se forment auprès du maitre, complètent leur apprentissage : Govert Flinck, Ferdinand Bol, Gerbrand van den Eeckhout, Carel Fabritius, Samuel van Hoogstraten, Nicolaes Maes, Philips Koninck, Lambert Doomer, Willem Drost…


Ainsi se mesure la « richesse et l’étendue » des influences de Rembrandt devenu « au XIXe siècle, une figure anticlassique, un modèle héroïque pour un grand nombre d’artistes travaillant en dehors des écoles académiques ».

Cet artiste célèbre dirigeant un grand atelier collectionne également des œuvres d’art. Il est aussi un « entrepreneur » de l’art.

Les « changements de mode et de principes académiques intervenus à la fin du XVIIe et du XVIIIe ont bien sûr remis en cause certains de ses choix, tels que les figures bien peu idéalisées, la palette sombre ou encore la touche vigoureuse et irrégulière de ses peintures tardives ».


Lugt et Rembrandt : la « passion d’une vie »
Lugt est célèbre dans le monde entier pour ses publications sur les marques de collection.

Très jeune, il a été un fervent amateur d’art et un visiteur régulier des musées d’Amsterdam, où il est né. Agé de 14 ans en 1898, il assista à la grande rétrospective sur Rembrandt au Stedelijk Museum. Cet « événement marqua un renouveau dans la perception de l’artiste par le public et les collectionneurs. Sa cote croit alors remarquablement et de nombreux aristocrates européens et de riches américains recherchent et achètent ses œuvres ».

C’est à cette époque que Lugt achète sa première gravure de Rembrandt tout en rédigeant une biographie de cet artiste publiée par la Fondation Custodia (1997), joliment illustrée par ses propres croquis d’après des eaux-fortes et de dessins de l’artiste.

Au fil des années, cet employé de la maison de vente aux enchères Frederik Muller à Amsterdam devient un des plus importants collectionneurs de dessins et de gravures de maîtres anciens, possédant des milliers de feuilles d’écoles européennes et d’époques variées : dessins des élèves et disciples de Rembrandt, des feuilles abouties aux esquisses de Rembrandt, « certaines faites en rapports avec les peintures, beaucoup réalisées comme des exercices ou par plaisir personnel, et d’autres probablement pour servir de modèles à ses élèves ».

Pour Lugt, « ces travaux démontraient l’extraordinaire capacité du maître à créer des formes et de la lumière avec le trait, mais aussi l’expression spontanée et intime de sa perception de ses contemporains ».

La Femme rassurant un enfant effrayé par un chien « date de la première décennie où Rembrandt exerçait comme maître indépendant à Amsterdam. Cette œuvre démontre l’éblouissante rapidité avec laquelle il dessine. Un seul mouvement trace le sourcil et la joue, tandis qu’une simple ligne d’encre représente la bouche.

Seule la modulation de la pression et de l’épaisseur du trait créent l’illusion de profondeur et de mouvement, exprimant ainsi la peur de l’enfant. Certains y ont vu un rapport avec l’enfant que lui-même et Saskia ont perdu. Seul le quatrième, Titus, né en 1641 atteindra l’âge adulte ».


L’Intérieur avec Saskia au lit (années 1640) représente son épouse et sa servante « en habit d’intérieur. Sur le trait gras et épais avec lequel il dépeint la scène, Rembrandt applique une inhabituelle quantité de lavis brun et gris, non pas pour définir l’espace mais pour colorer la composition, comme une peinture. Il parvient dans ce dessin poignant à transformer une simple chambre bourgeoise en une chapelle ». Lugt, qui a acquis ce dessin en 1919, y discerne la tendresse pour sa femme.

Sur les environs d’Amsterdam sillonnés par Rembrandt : le Moulin à vent sur le bastion « Het Blauwhoofd ».

Les « élèves de Rembrandt et son entourage dans la collection Frits Lugt »
Dans l’enseignement prodigué par Rembrandt, le dessin joue un rôle majeur pour aiguiser l’acuité du regard et l’adresse manuelle. Certaines feuilles remontent à l’époque où les élèves de Rembrandt travaillaient hors de son atelier : l’influence apparaît nettement dans ces œuvres, dans la sélection des sujets, leurs style et technique.


Un des premiers élèves connus de Rembrandt, Govert Flinck étudie près de lui dès 1635, peu après que le maître se fut établi dans son atelier. Rembrandt peint alors ses plus importantes peintures d’histoire, dont la Danaë (1636). Maître indépendant en 1636, Flinck jouit d’une carrière de portraitiste et de peintre d’histoire. Dans les années 1640, il se distingue en peignant avec un groupe d’artistes des modèles vivants nus ; ce qui suscite alors une controverse. Sur papier bleu, le modèle de Femme nue se reposant (vers 1640) a « un bras derrière la tête, prenant la pose de certaines statues antiques. Flinck ne dessine pas le contour de la figure avec une ligne continue, mais lève fréquemment sa craie dans une série de courbes se chevauchant, accentuant ainsi la silhouette langoureuse de la femme. L’idéalisation du modèle était une question centrale dans les milieux artistiques de l’époque et Rembrandt se prononça clairement contre. La femme allongée de Flinck révèle un intérêt similaire pour les figures réalistes ».

Gerbrand van der Eeckhout s’installa à son compte en 1641. Son Jeune fumeur appartient à une série d’études au pinceau et lavis représentant un homme dans différentes situations. Le contrôle extraordinaire de Van der Eeckhout sur ce médium liquide et sa dextérité dans la manipulation du pinceau n’est pas sans rappeler le travail de Rembrandt », dont il a été l’élève, « à l’encre et à la plume, travaillant par traits saccadés et rapides.


Il s’avère parfois ardu de réévaluer des attributions afin de déterminer l’auteur de feuilles : Rembrandt ou l’un de ses élèves. Au terme de ses recherches sur le fonds Custodia, Peter Schatborn a conclu à de nouvelles attributions. Ainsi, Rébecca et Éliézer au puits, longtemps anonyme, a été attribué à Carel Fabritius, un des élèves les plus talentueux de Rembrandt et décédé très jeune. Cet artiste prometteur, n’a laissé peu « à la postérité que peu d’œuvres, mais toutes d’une grande qualité ». Quand Lugt achète L’Ange apparaissant à Agar, cette œuvre était attribuée à Rembrandt ; elle l’est désormais à Ferdinand Bol. A comparer avec Le prophète Elie et l’ange au désert.

La famille Rothschild avait l'intention de vendre deux tableaux de Rembrandt de 1634 - Le Portrait de Marten Soolmans et le Portrait de Oopjen Coppit, son épouse - d'une valeur estimée à 150 millions d'euros. Au printemps 2015, le Louvre n'avait pas l'intention de les acquérir. Président du Mémorial de la Shoah, Eric de Rothschild, un des propriétaires de ces huiles sur toiles, a déclaré en mars 2015 : « Il y a eu ces derniers jours un certain nombre de commentaires médiatiques concernant le sort de tableaux de Rembrandt qui appartiennent à notre famille. Il est exact que nous avons sollicité un certificat de bien culturel auprès de la Direction des Musées de France et ce, dans le but de connaître le statut de ces 2 tableaux dans le cadre de nos successions. Nous avons reçu ce certificat de bien culturel et il nous permet aujourd'hui de prendre le temps de la réflexion pour décider de l'avenir de ces œuvres ». La polémique demeure...

Le 29 mars 2015, les Pays-Bas ont annoncé qu'ils allaient acquérir « avec la France et pour 160 millions d'euros », les deux portraits datés de 1634, représentant Marten Soolmans et son épouse Oopjen Coppit, à la veille de leur mariage. Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication, et Jet Bussemaker, ministre de la Culture des Pays-Bas "ont œuvré ensemble pendant plusieurs mois pour obtenir cet accord, selon les termes duquel les tableaux seront toujours présentés conjointement, en alternance au Louvre et au Rijksmuseum. Les propriétaires ont fait connaître leur accord pour cette vente conjointe. Les deux ministres les en remercient chaleureusement.Fleur Pellerin et Jet Bussemaker se félicitent de cette solution inédite, qui répond à l’objectif politique et culturel commun qu’elles s’étaient fixé : maintenir les deux toiles sur le sol européen et les présenter au plus grand nombre, dans deux des plus beaux et grands musées du monde. L’acquisition conjointe de ces deux chefs d’œuvre inestimables renforcera le partenariat entre le Rijksmuseum et le Louvre, et témoigne de la volonté partagée des deux pays d’approfondir encore leur très riche coopération culturelle", a déclaré le ministère français de la Culture le 30 septembre 2016.


Rembrandt and his Circle. Drawings in the Frits Lugt Collection. Bussum et Paris, 2011 [75 Euro ]. Catalogue raisonné par Peter Schatborn, en anglais, 2 vol. reliés (dans une cassette) ; vol. I, texte, 446 pp., 165 notices ; vol. II, planches, 237 p., 165 reproductions couleurs, 68 illustrations de filigranes, 85 ill. comparatives (n/b). ISBN : 9789068685220



Rembrandt et son cercle. Dessins de la Collection Frits Lugt. Cahier de 12 pages ; historique de la collection et liste des œuvres présentées dans l’exposition ; illustrations en couleurs.


Dessins anciens dans des cadres d’époque. Cahier de 12 pages sur les cadres anciens dans lesquels sont exposées les œuvres et sur leur restauration entreprise pour l’occasion ; illustrations en couleurs.


Jusqu’au 2 octobre 2011
121, rue de Lille. 75007 Paris
Tél. : +33 (0)1 53 59 12 40
Tous les jours, sauf le lundi, de 13 h à 19 h


Visuels de haut en bas :
Affiche
Rembrandt Harmensz. van Rijn
Femme rassurant un enfant effrayé par un chien
plume et encre brune
103 x 102 mm

Ferdinand Bol
L’Ange apparaissant à Agar
plume et encre brune, lavis gris, quelques corrections à la gouache blanche
293 x 185 mm

Rembrandt Harmensz. van Rijn
Le Moulin à vent sur le bastion « Het Blauwhoofd » à Amsterdam
plume et encre brune, lavis brun et gris-brun
116 x 198 mm

Philips Koninck
Vue panoramique
Plume et encre brune, aquarelle et lavis brun rehaussé à la gouache
75 x 196 mm

Rembrandt Harmensz. van Rijn
Intérieur avec Saskia au lit
plume et encre brune, lavis gris et brun, quelques rehauts à la gouache blanche et quelques traits à la sanguine et à la pierre noire
142 x 177 mm

Govert Flinck
Nu féminin couché
pierre noire, rehaussé à la craie blanche et crème, sur papier bleu
249 x 412 mm

Carel Fabritius
Rébecca et Éliézer au puits
plume et encre brune, lavis brun et gris-brun, avec rehauts de gouache blanche et quelques traits à la pierre noire
249 x 412 mm

Articles sur ce site concernant : 

Cet article a été publié le :
- 10 septembre 2011 ;
- 31 août 2012 à l'approche de la diffusion de documentaires La vie privée des chefs d'oeuvre, La ronde de nuit ; Rembrandt - sur Rembrandt par la chaine Histoire, dès le 1er septembre 2012, et alors que le ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas a décidé de ne plus subventionner l'Institut néerlandais (IN) à Paris à compter de 2015. Une pétition a été lancée pour contester cette fermeture ;
- 2 et 30 août 2013, à l'approche de la diffusion de La ronde de nuit de Rembrandt. Secrets d'un tableau, documentaire de Peter Greenaway (2007), par Arte, le 2 septembre 2013 à 2 h 50 ;
- 12 juin 2014. Histoire a diffusé les 14 et 20 juin 2014 le numéro de Palettes réalisé par Alain Jaubert et consacré à Rembrandt. "L'autoportrait est rendu possible par la diffusion du miroir de verre entre le XIIème et le XXème siècle. Pour faire son autoportrait, le peintre doit en effet copier son reflet dans le miroir : l'image obtenue est retournée et le droitier devient gaucher. Le peintre doit donc tricher pour replacer ses instruments dans la bonne main. Masaccio, Botticelli, Dürer précèdent Rembrandt qui fait éclater le genre. Dès ses premiers tableaux, Rembrandt se met en scène. Par la suite, au moins une centaine de fois, il prendra son visage comme unique sujet de gravures, de dessins ou de peinture. Une pareille obstination, unique dans le domaine de l'histoire de l'art, a été très diversement interprétée. Certains des autoportraits de Rembrandt pourraient passer pour l'expression d'un homme extravagant. Mais les objets qui y figurent peuvent être souvent décryptés de toute autre façon. A travers toiles et panneaux, on peut certes suivre toute l'histoire du visage de Rembrandt, mais aussi lire la symbolique d'une Europe" ;
- 25 mars 2015.

lundi 12 octobre 2015

Abraham Pincas, peintre


Né en Bulgarie, Abraham Pincas a fait son aliyah et a été élève, puis professeur à l’Ecole des Beaux-arts de Paris. Les œuvres de ce peintre, auteur de nombreux livres pédagogiques, se caractérisent par des tons intenses, des collages sophistiqués, ainsi que des personnes et un bestiaire intégrés dans des motifs décoratifs. Par ses innovations techniques, le visible devient invisible et inversement.


Abraham Pincas est né en Bulgarie en 1945.

Originaire de Tolède, sa famille Juive sépharade compte le peintre de l’Ecole de Paris, Jules Pascin (1885-1930), un des artistes de l'Ecole de Paris. 

En 1949, Abraham Pincas immigre en Israël et, dès l’âge de cinq ans, sent une vocation de peintre. 

Il obtient son diplôme supérieur d’Arts plastiques et d’Arts graphiques aux Beaux-arts de Paris et, depuis 1972, il y enseigne, ainsi que dans des Instituts japonais, chinois, américains, etc. 

Auteur de livres pédagogiques, ce chevalier des Arts et Lettres illustre de nombreux livres sur la Kabbale, Abraham Aboulafia, Maïmonide, et expose aux Etats-Unis, en Chine, Taïwan, Israël, France et Bulgarie.

En 2002, la Galerie Claude Kelman de l’Espace Rachi a présenté l’exposition Traces de lumières, réunissant 42 techniques mixtes d’Abraham Pincas. Ces œuvres se caractérisaient par des tons intenses, des collages sophistiqués, ainsi que des personnes et un bestiaire intégrés dans des motifs décoratifs. Par ses innovations techniques, le visible devient invisible et inversement.

Cet artiste, qui aime la spiritualité, applique sa devise : « Tout homme doit avoir trois activités : chercher/étudier, enseigner et créer ». Ses innovations sont multiples. Selon l’angle de vision et l’éclairage, les couleurs et formes se cachent ou se révèlent (« Ânes et oiseaux », « Ombres de lumière »). Ainsi, le tableau se métamorphose : « la lumière devient ombre et l’ombre devient lumière ». 

Abraham Pincas mêle aussi liants et pigments particuliers, feuilles métalliques, parchemins, papiers faits main ou japonais marouflés sur des toiles parfois sablées. 

Ses couleurs ? Fortes, profondes, chaudes : des bordeaux côtoient des jaunes-oranges, des verts bronze ou des bleu roi. Ces associations produisent aussi un effet de relief.

Très riches et détaillées, parfois apparemment abstraites, certaines œuvres font penser aux enluminures des manuscrits médiévaux. 

Les motifs emplissent les surfaces - triangles et spirales déclinés - dans un souci de symétrie ludique. 
Le bestiaire ? Des serpents enveloppants et non menaçants, des cygnes, des biches et bien d’autres. 

Le symbolisme est patent : celui des chiffres qui remplacent les lettres (« Ombres, oiseaux de Paradis ») et des animaux, tels « La tortue et le poisson » (longue vie/multiplicité). 

Hommes et femmes se ressemblent car Abraham Pincas peint la part de l’autre dans chaque être humain (« Baiser-nechika »). L’unité et l’harmonie dominent : rien ne rompt le face-à-face du couple...

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Cet article a été publié par Actualité juive.

mercredi 7 octobre 2015

Saul Steinberg (1914-1999)


La Galerie Claude Bernard présente l'exposition collective Sculptures avec notamment des oeuvres de Saul Steinberg (1914-1999). Né dans une famille Juive en Roumanie, Saul Steinberg est un célèbre caricaturiste, graphiste, scénographe, dessinateur de mode, de publicité et presse et illustrateur américain, notamment pendant 60 ans pour The New Yorker. Un auteur au trait « élégant, incisif et inventif » et au style « entre humour, caricature et fable politique ».


« Dessiner est un dur plaisir », déclarait le photographe Henri-Cartier-Bresson.

Son ami Saul Steinberg renchérissait : « Il est difficile de reproduire la nature dans toute sa réalité substantielle, d'en saisir la vérité intrinsèque ; cela exige beaucoup d'efforts, un engagement auquel on se soustrait par paresse – il est tellement plus commode, moins fatiguant, d'inventer » (Ombres et reflets).

« Balkan Bazaar » (Charles Simic)
Saul Steinberg  naît dans une famille Juive d’origine russe de la petite bourgeoisie à Râmnicu Sărat, Buzău, (Roumanie) en 1914 : son père imprimeur fabriquait des boites cartonnées.

Il étudie pendant un an les lettres et la philosophie à l’université de Bucarest. 

Architecte formé à Milan (1933-1940) – son diplôme précise « Saul Steinberg, de race juive » -, il débute par des caricatures particulièrement incisives publiées dans un journal italien antifasciste, Bertoldo. 

Ses premiers dessins sont publiés en 1940 dans Life et Harper’s Bazaar, et au Brésil. 

Persécuté par les lois antisémites fascistes, Saul Steinberg  est interné six mois en 1941 dans un camp en Italie, et parvient à fuir ce pays.

Avant son arrivée aux Etats-Unis, alors qu'il attendait son visa à Saint-Domingue, il initie une collaboration de plus de 50 ans avec le réputé New Yorker  dont il illustre 90 couvertures et dont 1 200 dessins sont publiées en pages intérieures.


Pendant la Seconde Guerre mondiale, il crée en 1942 des dessins contre les forces de l’Axe pour le journal PM, et arrive à New York en juin 1942

Naturalisé américain en février 1943, il sert comme officier des services de renseignements de la Marine et du Bureau des affaires stratégiques (OSS). Affecté dans un centre d’entrainement en Chine en juillet 1943, il est affecté à Alger auprès des services de propagande (Morale Operations) du OSS.

La première exposition individuelle de Saul Steinberg a lieu à la Wekefield Gallery, à New York, en 1943.

En 1944, Saul Steinberg  sert à Naples, puis à Rome où il dessine des supports de propagande.

A l’automne 1944, il revient à Washington et épouse Hedda Sterne, artiste originaire de Roumanie.

Génie du dessin
En 1946, le Museum of Modern Art présente l’exposition Fourteen Americans, avec des œuvres de Steinberg, Arshile Gorky, Isamu Noguchi, et Robert Motherwell.

En 1947-1948, Saul Steinberg  conçoit "des œuvres murales pour le restaurant d’un hôtel moderne, le Terrace Place Hotel à Cincinnati (aujourd’hui conservée au Cincinnati Art Museum) et pour les bars de quatre bateaux de la compagnie maritime American Export Lines". Est publié son deuxième livre The Art of Living.

L’année suivante, son œuvre murale de la ville de Détroit est présentée à l’exposition phare de design intérieur « An Exhibition for Modern Living » au Detroit Institute of Arts.

Il s’impose comme dessinateur satirique, propagandiste, illustrateur, graphiste, muraliste, dessinateur de mode et de publicité, scénographe et créateur de livres d'images. L’un de ses dessins les plus célèbres est View of the World from 9th Avenue pour The New Yorker (29 mars 1976), carte représentant la géographie mentale des habitants de Manhattan.

Il dessine dans la section de l’Histoire de l’architecture du Children's Labyrinth  (Labyrinthe des enfants), œuvre murale pour la Xe Triennale de Milan en 1958 et un collage panoramique de 80 mètres de long The Americans  du pavillon américain pour la Foire mondiale de Bruxelles (1958).

En 1960, Saul Steinberg « se sépare de Hedda Sterne, avec laquelle il reste proche jusqu’à la fin de sa vie ». Il débute « sa relation avec Sigrid Spaeth, étudiante allemande en photographie et design. Il recentra désormais son travail autour de ses dessins et couvertures pour le New Yorker et de ses expositions pour les galeries américaines et européennes », et est influencé par sa lecture des comix underground en 1968.

Pour la galerie Maeght, il crée en 1966 Le Masque. Ce qui l’inspirera pour créer sa série Les Masques en papier marron découpé et décoré de visages. Une métaphore sur les personnages joués par tout un chacun dans la société. Des masques stylisés portés par des personnes, et photographiés  par Inge Morath.

Saul Steinberg se définissait comme « un écrivain qui dessine… Plus qu'un peintre peignant, je me sens chef d'orchestre », auteur de dessins comparables à des « leurres fascinants ».

Des rétrospectives de l’œuvre de Saul Steinberg ont été montrées aux Etats-Unis et en Europe, notamment au Whitney Museum of American Art (1978) et à l’IVAM (Institute for Modern Art in Valencia) en Espagne (2002).

En 2006, est inaugurée aux Etats-Unis la rétrospective itinérante Steinberg: Illuminations. En France, la Fondation Henri Cartier-Bresson la présente en 2008 en offrant aux visiteurs un aperçu global par une centaine de dessins, collages et assemblages réalisés des années 1930 aux années 1990.

En 2008, Quelques mois après la rétrospective Illuminations  à la Fondation Henri Cartier-Bresson, la galerie Claude Bernard  a présenté une vingtaine de collages, dessins et sculptures – techniques mixtes sur bois - de cet artiste américain populaire. Dans The American Corrida (1981), Saul Steinberg dessine ironiquement un Oncle Sam, aux allures du président Lincoln, qui tient dans une arène un fanion Stars and Stripes devant un immense paon faisant la roue. Une autre œuvre montre avec fantaisie des étiquettes surnageant entre les vagues d’un papier à musique. On retrouve ce goût des formes géométriques dans Easel (1988) composé d’une série de morceaux de bois semblant former un étrange oiseau. Préfacé par Philippe Dagen, un joli catalogue accompagnait l’exposition.

La Halle Saint Pierre a présenté l'exposition Les Cahiers dessinés (21 janvier-14 août 2015) réunissant plus de 500 œuvres de 67 artistes internationaux dont Anne GoroubenMarcel KatuchevskiRoland Topor et Saul Steinberg.

Originaire lui aussi de Roumanie, le dramaturge Ionesco disait de Saul Steinberg : « Je crois qu'aucun autre artiste n'a su comme lui ou n'a réussi comme lui à faire de la caricature un langage et une critique métaphysiques ».

A l'automne 2015, la Galerie Claude Bernard présente l'exposition collective Sculptures avec notamment des œuvres de Saul Steinberg (1914-1999). En 1957, Claude Bernard ouvrait sa galerie en présentant des sculptures qu'il affectionnait tant. En 2015, la galerie propose une exposition de sculptures en bois, en marbre, en pierre, d'artistes tels Picasso, Max Ernst...

Du 1er au 31 octobre 2015
A la galerie Claude Bernard
7-9, rue des Beaux Arts 75006 Paris
Tél. : 01 43 26 97 07
Du mardi au samedi de 9 h 30 à 12 h 30 et de 14 h 30 à 18 h 30 et exceptionnellement le 12 octobre de 14 h 30 à 18 h 30.


Du 21 janvier au 14 août 2015
la Halle Saint Pierre
2, rue Ronsard. 75018 Paris
Du lundi au vendredi de 11 h à 18 h. Le samedi de 11 h à 19 h, le dimanche de 12 h à 18 h.
Tél. : 33 (0) 1 42 58 72 89

Visuel :
SAUL STEINBERG - Révolution culturelle – Art news
1970 - Crayon - 58 x 74 cm
Coll. Isabelle Maeght, Paris © ADAGP, Paris 2015
Photo Galerie Maeght, Paris

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Cet article a été publié en une version concise dans L'Arche. Il a été publié sur ce blog les 23 janvier et 9 août 2015.