Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 28 juillet 2016

Louis Stettner, photographe


Né en 1922, le photographe américain Juif Louis Stettner est « probablement le plus francophile des photographes américains » et l’un des plus attentifs à l’être humain. Un artiste qui est aussi dessinateur, peintre et sculpteur, et dont la démarche est marquée par le voyage. Il a photographié, en noir et blanc ainsi qu’en couleurs, New York et Paris sur plus de 60 ans : séries sur la Seine, sur Manhattan Wall. Le Centre Pompidou a présenté l'exposition Louis Stettner. Ici ailleurs.


« New York incite l’esprit à s’élever à travers l’adversité. Paris y parvient à travers l’amour », a déclaré le photographe américain Louis Stettner, né à Brooklyn et amoureux de Paris où il a séjourné longuement, avant de s'y établir, avec sa famille, en 1990.

Louis Stettner « s’est toujours intéressé aux plus humbles. Son œuvre témoigne des grands bouleversements politiques, sociaux et culturels de la seconde moitié du XXe siècle. Elle immortalise ceux qui sont les premiers touchés par la crise ou par la guerre ; l’immigré, l’ouvrier, les exclus qui souffrent dans les rues de Paris et de New York. Dans une époque où l’individualisme et la liberté sont menacés, Stettner met en valeur tout ce qu’il y a d’indivisible et d’individuel en chacun. Preuve de son engagement, Louis Stettner était membre de Photo-League, association très politisée et activiste qui subissait les foudres du Maccarthysme ». 

Une « attention aiguë à l’humain »
Louis Stettner naît en 1922 à Brooklyn, quartier de New-York, dans une famille Juive originaire de l’ex-empire Austro-hongrois.

C’est un enfant curieux qui s’intéresse aux autres cultures, et découvre la photographie à l’âge de 13 ans. Il fréquente assidument le Metropolitan Museum of Art, et notamment ses collections photographiques. Son premier appareil est ancien et en bois. Louis Stettner demeure attaché à ce jour, malgré l’ère du numérique, à la pellicule et à la photographie argentique.

En 1940, Louis Stettner s’engage dans l’Armée américaine comme étudiant ingénieur militaire. Il couvre comme photographe la guerre du Pacifique : Nouvelle-Guinée, Philippines, Japon…

Après 1945, il quitte l’Armée, et poursuit son activité photographique. Il enseigne et adhère à la Photo League, « collectif de photographes engagés, témoignant des réalités sociales et urbaines », dont un fondateur, Sid Grossman, devient un ami.

Influencé par Atget, Stieglitz – un éminent galeriste (An American Place) -, Lewis Hine et Weegee, « encouragé par Paul Strand, Louis Stettner révèle un talent pour la street photography » (photographie de rue), et pratique divers genres : portraits, reportages dans le monde - Chili, Mexique -, natures mortes, paysages, etc.

En 1947, Louis Stettner découvre la France lors de son premier séjour dont la durée était de deux mois. Il y demeure cinq ans. Amoureux de Paris, il photographie ce « port d’attache ».

Il étudie à l’IDHEC, école de formation aux métiers de l’image (photographie, cinéma) et ancêtre de la FEMIS, dont il obtient le diplôme.

Il devient l’ami d’Izis, Willy Ronis, de Boubat, de Cartier-Bresson, de Doisneau et surtout de « son maître » Brassaï « pour lesquels il organise la première grande exposition collective de photographes français aux Etats-Unis. Tous en ont commun une même exigence : capter la vérité intérieure de l’être, le pourquoi de l’existence ».

Louis Stettner visite l’Italie (1947), l’Espagne et la Normandie (1948).

En 1949, la Bibliothèque nationale de France (BNF), expose pour la première fois Louis Stettner au Salon des Indépendants. Louis Stettner travaille pour Time, Fortune…

En 1950, il est primé par Life lors d’une compétition de jeunes photographes.

De retour aux Etats-Unis en 1952, Louis Stettner réalise ses plus célèbres séries de photographies.

Celle sur Penn Station (1958), qui donne à voir l’atmosphère mystérieuse et onirique d’une gare désormais disparue, concentre l’efficacité formelle et la sensibilité du photographe pour ses contemporains ». Cette série fait « écho à la série sur le métro newyorkais (Subway, 1946), à « ses portraits isolés d’usagers des transports, employés fatigués, femmes pensives, couples défaits et absents ».

Louis Stettner enseigne la photographie aux Brooklyn College, Queens College et Cooper Union (1969-1973), puis l’art au W. Post Center de Long Island University (1973-1979).

De 1971 à 1979, il tient la chronique mensuelle de critique photographique Speaking Out, plus tard titrée A Humanist View, pour Camera 35.

Il reçoit le Premier prix du concours mondial de la Pravda en 1975, puis en 1976, donne des conférences au Centre international de photographie (ICP) de New York.

A Paris, Louis Stettner se fixe définitivement. En 1990, il « a pris ses quartiers à Saint-Ouen. Il en arpente le marché aux puces en quête de nouvelles inspirations : natures mortes, photographies trouvées et retravaillées…

Dans les années 2000, il développe en parallèle une grande fresque photographique en couleurs sur New York, Manhattan Pastorale qui évoque en couleurs le chaos énergique » de la ville.

« Comme le disait Brassaï, Louis Stettner est indéniablement un photographe « citadin », qui trouve dans le tissu urbain une inspiration à la fois graphique et humaine, et renouvelée. New York et Paris sont deux pôles de son œuvre, révélant différents aspects de sa personnalité artistique ».

Sur les plus humbles, cet artiste a réalisé des « séries de portraits d’ouvriers ou de femmes dans les années 1970 et de sans-abris en 1986 ».

Dessinateur, peintre abstrait et sculpteur, Louis Stettner a réalisé des œuvres « iconiques » publiées dans de nombreux magazines : Life, Time, Paris-Match, Réalités...

Ses tirages ont été acquis par de grands musées du monde entier.

Sur cet « artiste incontournable de la seconde moitié du 20e siècle », la galerie David Guiraud présente « essentiellement les images prises en France » des années 1940 jusqu’à nos jours. « De Photo-League à la Street Photography et de la Photographie Humaniste aux œuvres récentes tendant vers une abstraction plus marquée, cette exposition est un voyage à travers l’histoire de la photographie, de la France et des Etats-Unis ».

Ce photographe lui a fait don à la BNF de 70 épreuves et 2 portfolios en 1975-1976. L’exposition en la Galerie des donateurs de la BNF en 2012-2013 enrichit ce fonds. Environ 80 images retracent « plus de soixante-dix ans d’un parcours photographique qui a mené ce grand artiste du métro de New York aux trottoirs parisiens via l’Espagne ou le Mexique, avec toujours cette attention si particulière portée à l’humain ».

En 2013, dans le cadre du mois de la photo, deux expositions ont rendu hommage au photographe américain Juif Louis Stettner, « probablement le plus francophile des photographes américains » et l’un des plus attentifs à l’être humain : Louis Stettner, Les chefs d’œuvres à la galerie David GuiraudLouis Stettner, une rétrospective à la BNF. Un artiste qui est aussi dessinateur, peintre et sculpteur, et dont la démarche est marquée par le voyage.

Le Centre Pompidou présente l'exposition Louis Stettner. Ici ailleurs.

"Une rue de Paris à l’aube, un rayon de lumière entre deux gratte-ciels à New York, des reflets sur l’asphalte mouillé. Il y a dans les images de Louis Stettner une qualité atmosphérique que l’on ne voit nulle part ailleurs dans l’histoire de la photographie de la seconde moitié du 20e siècle. Par-delà son attention aux épiphanies lumineuses, le photographe sait aussi capter, avec une incomparable acuité, ce qui fait l’allure d’un être : le rythme de la marche sur les trottoirs des villes, l’abandon d’un corps sur un banc public, le geste précis du travailleur, etc. Il y a dans les images de Louis Stettner une qualité atmosphérique que l'on ne voit nulle part ailleurs", a écrit Clément Chéroux, commissaire de l'exposition, in Code Couleur, n°25, mai-août 2016, pp. 38-39.

Et d'ajouter ; "Né à Brooklyn en 1922, Louis Stettner est l’un des derniers grands photographes américains de cette génération qui soit encore actif aujourd’hui. Il commence la photographie à la fin des années 1930. Photographe pour l’armée américaine dans le Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale, il arrive à Paris en 1946, pour quelques semaines. Il y restera une bonne partie de sa vie. Il capte l’atmosphère de la capitale, mélange de pittoresque et de suranné qui n’a pas encore été ravagé par la modernisation des Trente Glorieuses. De retour à New York en 1952, il enregistre avec virtuosité les ambiances de la ville, les jeux de géométrie ou de lumière".


 Stettner "fait d’incessants allers-retours entre la France et les États-Unis jusqu’en 1990 et son installation définitive à Paris, où il vit toujours. Son œuvre est marquée par cette ambivalence géographique. Très proche de Strand ou de Weegee comme de Boubat et de Brassaï, Stettner est à lui seul un pont entre ces deux continents de la photographie".

"Après l’acquisition en 2013 d’une trentaine d’épreuves, Louis Stettner a souhaité faire don au Centre Pompidou d’un ensemble important d’une centaine de tirages d’époque. Grâce au généreux mécénat de Hervé et Etty Jauffret, ce don s’accompagne d’une nouvelle acquisition de sept tirages d’époque et de l’extraordinaire maquette de Pepe & Tony (1956), un projet de livre jamais réalisé. Cet ensemble d’acquisition/donation permet de faire de la collection du Musée national d’art moderne, le lieu de référence pour l’œuvre photographique de Louis Stettner".

L’exposition vise à "déployer stylistiquement et chronologiquement tout l’œuvre de Louis Stettner. Couvrant près de huit décennies de création, elle dévoile la toute première série du photographe, réalisée dans le Paris de l’après-guerre à l’aide d’une chambre grand-format, à la manière d’Atget, mais aussi le New York en transit des décennies suivantes, sa longue enquête sur les gestes du travail, ou sa toute dernière série réalisée récemment dans le sud de la France, au cœur du massif des Alpilles".

Du 15 juin au 12 septembre 2016
Au Centre Pompidou
Galerie de photographies
75191 Paris cedex 04
Tél. : 00 33 (0)1 44 78 12 33
Du mercredi au lundi de 11 h à 21 h 

Jusqu’au 19 janvier 2013
5, rue du Perche. 75003 Paris
Tél. : +33 (0)1 42 71 78 62
Jusqu’au 27 janvier 2013
A la BNF
Site François-Mitterrand
Quai François-Mauriac. 75706 Paris Cedex 13
Du mardi au samedi de 10 h à 19 h. Dimanche de 13 h à 19 h. Ouverture exceptionnelle jusque 20 h les samedis et dimanches 19, 20, 26 et 27 janvier 2013.

Visuels :
Portrait de Louis Stettner
© Janet Iffland-Stettner 

Louis Stettner
Sailor, Times Square, NYC, 1951 
© Courtesy : Louis Stettner / Galerie David Guiraud
Louis Stettner
Paris, avenue de Châtillon, 1952
© Louis Stettner BnF, Estampes et photographie

Louis Stettner
Girl playing in circles, Penn Station, NYC, 1958
© Courtesy : Louis Stettner / Galerie David Guiraud
Louis Stettner
Manhattan from the Brooklyn Promenade, 1954
© Courtesy : Louis Stettner / Galerie David Guiraud
Louis Stettner
Man sleeping, Manhatan Pastorale, 2011, New York
© Louis Stettner BnF, Estampes et photographie

Louis Stettner
Twin Towers, 1977
© Courtesy : Louis Stettner / Galerie David Guiraud
Louis Stettner 
Ile Saint Louis, Paris, vers 1951
© Louis Stettner BnF, Estampes et photographie

Affiche
Louis Stettner: Tony, série Pepe et Tony, Pêcheurs espagnols, Ibiza, 1956

LOUIS STETTNER
N°15, de la série « Les Alpilles », France, 2014
Collection Centre Pompidou,musée national d’art moderne,
Paris
Don de l’artiste en 2015
© Centre Pompidou/Dist. RMN-GP

© Louis Stettner

LOUIS STETTNER
Brooklyn Promenade, New York, États-Unis
1954
Collection Centre Pompidou, musée national d’art moderne, Paris
Don de Hervé et Etty Jauffret en 2015
© Centre Pompidou/Dist. RMN-GP
© Louis Stettner

LOUIS STETTNER
Lac, État de New York, États-Unis
1952
Collection Centre Pompidou, musée national d’art moderne, Paris
Don de l’artiste en 2015
© Centre Pompidou/Dist. RMN-GP
© Louis Stettner
  
LOUIS STETTNER
Joueurs de cartes
De la série « Penn Station », New York, États-Unis, 1958
Collection Centre Pompidou, musée national d’art moderne, Paris
Don de l’artiste en 2015
© Centre Pompidou/Dist. RMN-GP
© Louis Stettner

LOUIS STETTNER
Manifestation politique, New York, États-Unis
1975-1977
Collection Centre Pompidou, musée national
d’art moderne, Paris. Don de l’artiste en 2015
© Centre Pompidou/Dist. RMN-GP

© Louis Stettner

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Les citations proviennent des dossiers de presse. Cet article a été publié le 10 janvier 2013, puis le 28 juillet 2016.

mercredi 27 juillet 2016

Le Corbusier (1887-1965)


A l’occasion du cinquantenaire du décès de Charles-Édouard Jeanneret-Gris (1887-1965), célèbre sous le pseudonyme de « Le Corbusier », architecte et urbaniste visionnaire, décorateur, peintre, sculpteur et écrivain suisse naturalisé français en 1930, diverses manifestations ont eu lieu. Arte rediffusera le 28 juillet 2016 « Le siècle de Le Corbusier », documentaire de Juliette Cazanave (2015). Exposant 300 œuvres, le Centre Pompidou a présenté la rétrospective Le Corbusier. Mesures de l’homme. Signés François Chaslin (Un Corbusier), Marc Perelman (Le Corbusier. Une froide vision du monde), Xavier de Jarcy (Le Corbusier, un fascisme français), des livres ont révélé ou souligné l’opportunisme, sa proximité avec des mouvements d'extrême-droite ou les écrits antisémites de Le Corbusier sous l’Occupation, son admiration pour Hitler, et l’influence de ses idées sur son œuvre. Un architecte défendu par Paul Chemetov. Le 17 juillet, le Comité du Patrimoine mondial de l'Unesco a inscrit au Patrimoine mondial dix-sept de ses œuvres.  


Les « lunettes cerclées de noir, l'éternel nœud papillon, les expressions à l'emporte-pièce, les élans tour à tour cassants et lyriques, les obsessions et les manies… Charles Édouard Jeanneret, alias Le Corbusier (1887-1965), architecte, urbaniste, peintre et sculpteur, est un univers à lui tout seul. Extraordinaire visionnaire, il a révolutionné l'architecture et l'habitat, et a préfiguré avec plusieurs décennies d'avance la ville de la seconde moitié du XXe siècle ».

Célébré comme un architecte majeur du XXe siècle qu’il a marqué durablement par ses théories et ses créations, Le Corbusier a « su révolutionner l'architecture et l'habitat. Cinquante ans après sa mort, alors qu'il est accusé par certains auteurs d'avoir adhéré au fascisme », la documentariste Juliette Cazanave « lui donne la parole, ne dépeignant cette imposante figure de la modernité qu'à travers ses propres mots et la faisant dialoguer avec son temps, celui des guerres mondiales et des totalitarismes triomphants. Un documentaire ingénieux construit à base d'archive, qui laisse libre cours à la pensée de l'architecte visionnaire ».

Souvent interviewé durant sa carrière, écrivain prolifique, n'ayant cessé d'écrire et de parler pour approfondir et transmettre sa pensée, Le Corbusier se prête mieux que personne à ce jeu de l'autoportrait en archives imaginé par Pierre Assouline pour la collection documentaire « Le siècle de… ».

Celui qui a regardé son siècle avec tant d'anticipation et d'optimisme s'est-il laissé aveugler par une confiance sans bornes en son art ? La conviction profonde qu'il détenait les clés d'un monde meilleur a-t-elle fait de lui un dangereux idéologue ? Ce film ne donne pas de réponse, mais invite à un passionnant voyage en compagnie de cet artiste total ? voire totalitaire ?, au verbe évocateur ? « Puissent nos bétons si rudes révéler que, sous eux, nos sensibilités sont si fines »…

Par 300 documents - peintures, sculptures, dessins et dessins d’architecture, maquettes, objets, films, photographies -, le Centre Pompidou « invite le public à comprendre tout l’œuvre de cette grande figure de la modernité à travers la notion de proportion humaine, le corps humain s’imposant comme un principe universel définissant toutes les dimensions de l’architecture et de la composition spatiale ». Cette exposition-événement vise à « éclairer le public sur la complexité et la richesse de son œuvre, sur sa pensée et son humanisme ». 

On distingue deux périodes dans l’œuvre de Le Corbusier : celle moderniste d’une architecture puriste, et celle de l’après-guerre caractérisée par « un brutalisme du béton ou de formes plus organiques ». La rétrospective au Centre Pompidou présente « la pleine continuité de sa démarche. Elle s’ouvre sur une salle consacrée à la définition de la notion de rythme et d’eurythmie. Elle revient sur l’influence des tracés régulateurs chez Peter Behrens, sur celle de J. L. M Lauweriks et sur le Voyage en Orientde Le Corbusier, débuté en 1911 ».

Le corps
L’exposition analyse cette œuvre « multiforme et titanesque au travers du prisme « de la mesure du corps humain, s’imposant pour Le Corbusier comme un principe universel. Pour Le Corbusier, cette « mesure de l’homme » contribue à définir toutes les dimensions de l’architecture et de la composition spatiale.

Au cœur de son œuvre, Le Corbusier « réfléchit sur une mesure essentielle et universelle, « l’homme de série », pensant et percevant. Formé notamment en Allemagne, Charles-Edouard Jeanneret (futur Le Corbusier) subit l’influence des psycho-physiciens et des théories de l’esthétique scientifique où tout peut être mesuré, y compris les sensations, les réactions cognitives ou la psychologie humaine. Cette notion de mesure nourrit le travail de l’urbaniste, de l’architecte, du créateur de meubles et s’infuse dans l’œuvre du peintre ».

En 1943, Le Corbusier conçoit le « Modulor », « système de mesure à la taille de l’homme moyen : 183 cm ou 226 cm le bras levé. Diffusé grâce à l’ouvrage Le Modulor, Essai sur une mesure harmonique à l’échelle humaine applicable universellement à l’architecture et à la mécanique, publié en 1950, le « Modulor » est présenté comme une évidence philosophique, mathématique et historique, l’invention corbuséenne reprenant des systèmes classiques ».

Cette rétrospective originale « revient sur les sources de la conception du corps chez Le Corbusier, un corps en mouvement qui définit sa notion de l’eurythmie (l’un des cinq fondamentaux de l’architecture, le « bon rythme », la proportion).

Le Corbusier « aborde ce principe au tournant des années 1910 sous l’influence de l’école d’Hellerau, une cité-jardin près de Dresde où son frère, Albert Jeanneret, suit les cours du compositeur et pédagogue Émile Jaques-Dalcroze ». Dans cet espace « d’expérimentation artistique majeur, ce dernier propose une méthode rythmique qui enseigne la musique et la chorégraphie dans une pédagogie du mouvement fondée sur la perception physique, une cognition de l’espace organisée par les interactions entre espace, temps, énergie. Ces notions influenceront profondément Le Corbusier ».


Lors de son stage chez l’architecte Peter Behrens (1910-1911) en Allemagne, où Le Corbusier rencontre Mies van der Rohe et Walter Gropius, il édite une Étude sur le mouvement des arts décoratifs en Allemagne (1912) et « s’inscrit aux prémisses du Werkbund (mouvement de promotion de l’innovation dans les arts appliqués et l’architecture fondé en 1907) et du mouvement des cités-jardins ». 

Aux fondements : le mouvement de la Lebensreform (Réforme de la vie), « une recherche d’harmonie ancrée sur les théories psychophysiques du philosophe allemand Gustav Fechner et du psychologue Wilhelm Wundt. Le Corbusier s’en nourrit pour concevoir une dynamique et une esthétique de l’espace désormais régies par le rythme et le mouvement, avec l’idée d’un corps qui perçoit. L’influence de ces notions sera décisive sur sa peinture et tout son œuvre, à travers la définition de « l’esthétique scientifique ». 

Le Corbusier « puisera toute sa vie aux abondants carnets de dessins et de notes rapportés de ce voyage initiatique. L’architecte théorisera alors sur l’unité perceptuelle et cognitive d’un objet architectural qu’il finira par symboliser par un cube. Ce cube blanc est celui des premiers dessins puristes et de la peinture intitulée La Cheminée (1918). Un chapitre de l’exposition est consacré à la revue et aux premières villas qui s’érigeront en manifestes. Avec le pavillon de l’Esprit nouveau conçu pour l’Exposition internationale des arts décoratifs de 1925, Le Corbusier concrétise l’instauration d’un espace cognitif définissant tout à la fois l’espace pictural, l’espace de « l’habiter », l’harmonie des compositions architecturales et la compréhension du domaine urbain. L’article séminal de Le Corbusier « Des yeux qui ne voient pas » définit le nouvel espace de la modernité, celui d’une société portée par la machine, l’automobile, l’avion, le paquebot, où le mouvement, la mobilité imposent une nouvelle conception de l’espace-temps ». 

Les villas (Villa Stein, Villa Savoye…) s’affirment « comme les manifestes de cette architecture organisée pour un corps libéré, pensée comme un plan libre ouvert à la lumière ». 

Dans les années 1930, consacrant ses journées à la peinture et à l’architecture, Le Corbusier « mène des recherches systématiques sur les corps : corps de femmes se déformant et se recomposant en de nouvelles figures, morphogenèse des corps déployée en un ensemble de toiles et d’esquisses trouvant un accomplissement avec la peinture murale de la maison Badovici à Vézelay (1936) ». 

Les « pièces prototypes des meubles de la série L.C. – conçus par Le Corbusier après sa visite de la Weissenhof Siedlung, à Stuttgart en 1927 – est également exposé ». 

Cette « cité expérimentale est le manifeste architectural du mouvement de l’internationale moderniste. Ses constructions blanches, à toit plat, sont créées par Behrens, Gropius, van der Rohe et Le Corbusier ». 

La « période acoustique de Le Corbusier débute avec les esquisses d’Ozon (1943) figurant une oreille que l’on retrouve dans de nombreux dessins et peintures (Ubu IV) et donne lieu à une série de sculptures réalisées par Joseph Savina. Le concept de l’acoustique est directement lié à la notion d’espace indicible, texte que Le Corbusier publie dans un numéro spécial de L’Architecture d’aujourd’hui. Il reconduit l’idée d’une psychophysique de l’espace où tous les sens, le visuel, le sonore, le tactile résonnent ensemble dans un domaine unifié par l’harmonie des proportions. L’ensemble des peintures et sculptures est complété par la présentation de la peinture murale réalisée par Le Corbusier pour son atelier de la rue de Sèvres. La « cellule d’habitation », à l’échelle du corps, s’impose dans les immeubles et les villas que crée le Corbusier après la visite des cellules de la Chartreuse de Galluzo, près de Florence ». 

Modulor
La conception du Modulor (1944), « silhouette d’un corps humain d’1,83 m, formalise un système de proportions basé sur le nombre d’or et permettant d’organiser une harmonie de toutes constructions spatiales directement définie selon la morphologie humaine. Pourtant le Modulor– qui s’imposera comme un véritable système normatif pour de très nombreux architectes, régulant aussi bien la forme des intérieurs que la proportion des constructions – semble avoir été interprété comme un instrument métrique, une mesure purement abstraite organisant l’architecture selon une rationalité géométrique ».

Le Corbusier systématise l’utilisation du Modulor pour réaliser l’Unité d’habitation de Marseille et « définit le principe d’un habitat collectif fondé sur une compréhension universaliste de l’échelle et des fonctions nécessaires à l’homme. Le Corbusier développe ce principe pour d’autres programmes, multipliant les empreintes du Modulor à l’aide de tampons humides dans nombre de dessins, pour certains montrés dans l’exposition. Le Corbusier s’attache à la concrétisation d’un espace spirituel communautaire, fondé sur la compréhension de l’espace indicible ».

C’est en 1949 que Lucien Hervé naît comme photographe d’architectures, saisissant l’esprit d’une création architecturale, par sa rencontre décisive avec Le Corbusier (1887-1965). Voyant ses photos du chantier de l’Unité d’habitation (Marseille, 1949) de Le Corbusier, celui-ci écrivait à Lucien Hervé : « Vous avez l’âme d’un architecte ». Ce qui rassure et encourage ce jeune photographe autodidacte. Lucien Hervé devient le photographe attitré de Le Corbusier : à Chandigarh et Ahmedabad (Inde), au couvent de la Tourette ou à la chapelle de Ronchamp.

Chandigarh « s’impose comme la démonstration concrète de cette vision universaliste du monde. Au début des années 1950, les autorités indiennes lui confient la conception de la nouvelle capitale du Pendjab. Il prend en charge l’urbanisme complet de la ville, construit les premiers bâtiments officiels et réalise des résidences privées. Comme un symbole, Le Corbusier avait voulu y ériger un monument pacifiste, une main, une partie du corps substituée à la colombe de la paix ». 

L’exposition s’achève sur « la réalisation de Le Corbusier à la fois la plus personnelle et la plus emblématique de sa pensée : Le Cabanon. Pour cette « cellule d’habitation », construite sur un rocher de bord de mer à Roquebrune-Cap-Martin, Le Corbusier conçoit un espace minimum de vie. Le cabanon apparaît comme un paradoxe pour un architecte qui se sera imposé dans la démesure de grands projets urbains – celle d’une intense communication, d’une publicité savamment orchestrée, multipliant sans trêve la diffusion de son image – mais aussi dans l’aspiration au dénuement. Avec le cabanon s’exprime sa volonté de vivre dans un espace minimum et minimal, fondé sur la simple physiologie du corps. Le Corbusier y vivra presque nu, et c’est en contrebas qu’il y disparaîtra lors de l’une de ses baignades quotidiennes en Méditerranée, en 1965 ».

La relation avec le père Couturier le conduit « à s’intéresser à des programmes liés à l’art sacré. La notion d’une communauté spirituelle, fondée sur des constantes physiologiques et sur des valeurs culturelles partagées, définit l’unité de conception de ces projets. Le Pavillon Philips, à la fois événement et transfiguration d’un espace acoustique étendu, s’affirme comme un manifeste concret et accessible à un large public. À la ville rationnelle, à la planification des vastes espaces urbains, Le Corbusier substitue une vision de la cité articulée autour de bâtiments symboliques. Il définit cette ville humaniste dans Sur les 4 Routes, La Maison des hommes, et en publiant dans les revues L’Homme réel et L’Homme et l’architecture ».

Lucien Hervé : Les vacances de Monsieur Le Corbusier 
Dans le cadre du « Mois de la Photo à Paris 2014 » et en partenariat avec l'Association des Amis de Lucien et Rodolf Hervé, la Fondation Le Corbusier, Paris, a présenté l'exposition Lucien Hervé : Les vacances de Monsieur Le Corbusier (21 octobre 2014-30 janvier 2015). "Le Corbusier travaille. Il est en vacances au Cap-Martin où il a construit son Cabanon (3,66 x 3,36 x 2,26) au bord de l’eau. Le Corbusier dessine, écrit, déjeune avec Yvonne, son épouse, plaisante avec Thomas Rebutato, son voisin, propriétaire de la guinguette l’Étoile de mer. La mer à quelques mètres. Elle l’attend pour son bain quotidien, cette Méditerranée qu’il a toujours admirée, aimée et qui l’accompagnera dans son dernier voyage. Hervé travaille. Il réalise quelques clichés de Corbu dans l’intimité. Il fixe ces rares moments où le crayon s’arrête, où l’esprit se repose, où le plaisir de l’eau l’emporte".

Une "trentaine de photographies réalisées par Lucien Hervé au cours des années cinquante sont présentées dans la Maison La Roche, siège de la Fondation Le Corbusier à Paris ; quelques dessins originaux de Le Corbusier représentant le site du Cabanon de Roquebrune-Cap-Martin complètent cette évocation de sa résidence d'été".

Le "révérend père Couturier, directeur de la revue l’Art sacré, fut à l’origine de la rencontre entre Lucien Hervé et Le Corbusier. Après avoir recommandé Lucien Hervé auprès de Matisse, puis auprès de Fernand Léger, il encouragea le photographe à se rendre à Marseille pour y photographier le chantier de l’Unité d’habitation. À la fin du mois de novembre 1949, Lucien Hervé réalisera en une seule journée plus de six cent clichés de l’œuvre monumentale avec son Rolleiflex".

Le Corbusier "à qui il avait fait parvenir son reportage est enthousiasmé par son travail. Il décide alors de l'engager pour photographier ses œuvres, aussi bien architecturales que plastiques. Hervé travaillera pour Le Corbusier de 1950 à 1965 et réalisera plus de 20 000 clichés constituant ainsi une documentation de première main sur l’œuvre architecturale – livrée au commanditaire sous forme de contacts recadrés et collés sur des planches de classeurs – représentant aussi bien des reportages sur des chantiers en cours (Chapelle Notre-Dame du Haut de Ronchamp, Unité d'habitation de Rezé-les-Nantes, Usine Claude et Duval à Saint-Dié, Secrétariat,Assemblée et Palais de Justice de Chandigarh (Penjab, Inde), Palais de Filateurs à Ahmedabad (Gujarat, Inde), etc., y compris des clichés des maquettes des œuvres in situ…) que des réalisations antérieures pour lesquelles Le Corbusier souhaitait mettre à jour l’iconographie (Villa Savoye à Poissy, Cité de Refuge de l'Armée du Salut à Paris)".

Hervé "se verra ensuite confier la couverture photographique de l'œuvre plastique de Le Corbusier : peintures et sculptures, carnets de dessins, gravures, etc. Il réalisera également des portraits dans l’immeuble de la rue Nungesser et Coli : l’artiste au travail dans son atelier, images de Le Corbusier et d’Yvonne dans l’intimité de l’appartement. Un séjour dans le cadre exceptionnel du Cap-Martin sera également l’occasion de produire une série de clichés de vacances qui demeurent l’un des rares témoignages de la vie chaque été au Cabanon. Ces portraits témoignent de la grande proximité entre les deux hommes et de cette relation exceptionnelle entre les deux artistes qui dura plus de quinze ans".

"Chacun viendra puiser chez l'autre les éléments qui viendront enrichir son travail. Ils sont tous les deux habitués à transgresser les contraintes exercées parleurs pratiques respectives. L'architecte doit faire avec le terrain, le programme, le client, l'économie… Le photographe sait s'adapter à la demande,au climat, aux moyens, à la technique. Ils partagent une même approche formelle de la photographie – Le Corbusier l'a pratiquée en plusieurs occasions et il en a nourri ses créations – l'image originale est un matériau transformable, le document devient vite méconnaissable au bénéfice d'un pur objet plastique. L'usage qu'ils lui assignent sera cependant divergent, pour l'architecte, il s'agit de mettre en œuvre un outil de communication efficace tandis que le photographe cherche à approfondir sa pratique plasticienne. Il construit des images dont le cadre et la composition s'inspirent des formes épurées,rigoureuses et lyriques des bâtiments qu'il capte, les réinterprétant ensuite jusqu'à l'abstraction".

Le "travail d’Hervé contribua largement à la diffusion et à la connaissance de l’œuvre de Le Corbusier, celui-ci puisant abondamment dans ces ressources pour illustrer les volumes de son Œuvre complète pour réaliser le livre culte sur Ronchamp ou encore le testament intellectuel de L'Atelier de la recherche patiente. Il les confiera aussi très souvent aux revues et aux magazines qui le sollicitent pour des articles".

Controverse
Signés François Chaslin (Un Corbusier), Marc Perelman (Le Corbusier. Une froide vision du monde), Xavier de Jarcy (Le Corbusier, un fascisme français), des livres ont récemment révélé ou souligné l’opportunisme, sa proximité avec des mouvements d'extrême-droite ou les écrits antisémites de Le Corbusier sous l’Occupation, son admiration pour Hitler, et l’influence de ses idées sur son œuvre.

Le journaliste Xavier de Jarcy "explore les liens étroits et durables entretenus par Le Corbusier avec les fascistes français membres du Faisceau de Georges Valois, mouvement dissous en 1928, avec des fascistes italiens des années 1920 et 1930, avec les activistes émeutiers du 6 février 1934, ensuite avec le pouvoir de Pétain à Vichy. Pendant plus de vingt-cinq ans, sans interruption, parmi les amis les plus proches, les commanditaires les plus fidèles de Le Corbusier figure une brochette d'idéologues bien connus des historiens. Ils sont habités par la haine de la démocratie, affichent un antisémitisme virulent, font l'apologie de l'eugénisme, ne cachent pas leur sympathie pour les régimes autoritaires. Le Corbusier partagera et soutiendra leur cause - sans jamais pour autant s'encarter. Mais il participera activement à leurs revues, avec des textes qui valent d'être relus. En 1913, Le Corbusier juge les Juifs « cauteleux au fond de leur race ». En 1940, il écrit à sa mère : « Leur soif aveugle de l'argent avait pourri le pays. » Il affirme à plusieurs reprises sa sympathie pour Mussolini et pour Hitler. Le plus frappant, toutefois, demeure le lien organique, qu'il souligne constamment, entre ses conceptions urbanistiques et ses convictions politiques. Son objectif majeur : « Créer une race solide et belle, saine », comme il l'écrit en 1937. Son obsession : « L'apurement des grandes villes », l'édification d'une société en ordre, virile, hygiénique, rationnelle. Ses conseils : « Classez les populations urbaines, triez, refoulez ceux qui sont inutiles dans la ville. » Partout se retrouve la même volonté : régularité géométrique, hygiène, pureté, et, si nécessaire, épuration", relève le philosophe Roger-Pol Droit (Les Echos, 23 avril 2015).

Et de s'étonner sur le refus d'André Malraux, ministre des Affaires culturelles sous la présidence de Charles de Gaulle, des communistes et des gaullistes de lier "l'audace du créateur, la modernité de l'architecte", et "l'idéologie qui les anime" : "Se trouve effacé tout ce qui, dans cette oeuvre, relie politique fasciste et urbanisme moderniste. Le culte de l'angle droit, la haine des courbes, du désordre, le refus des sédiments du hasard et de l'histoire, le goût forcené pour la fabrication en série et la standardisation constituent pourtant de l'idéologie mise en forme. La ville doit devenir une machine à produire un homme nouveau, conditionné, contrôlé vingt-quatre heures par jour. Vu sous cet angle, la fameuse « unité d'habitation de grandeur conforme » n'est qu'une cage en béton, destinée à formater l'humain. On est très loin, des libertés et des droits de l'homme. Et très près du rêve mussolinien. Si l'on admet que les formes véhiculent des idées, cette architecture est un fascisme en béton armé. Au lieu d'entonner encore quelques hymnes à sa vision novatrice et à sa modernité d'avant-garde, mieux vaudrait s'informer et finalement se réjouir que pareil projet ait échoué. Ce qu'on doit contempler, ce sont les prisons radieuses auxquelles nous avons échappé".

Un architecte Le Corbusier défendu par Paul Chemetov.

Comité du patrimoine mondial
Le 17 juillet 2016, lors de sa 40e session à Istanbul (Turquie) du 10 au 20 juillet 2016, le Comité du Patrimoine mondial de l'Unesco a inscrit au Patrimoine mondial dix-sept des œuvres, dont six en France, de Le Corbusier. 

Ce comité a qualifié "l’œuvre architecturale de Le Corbusier" de "contribution exceptionnelle au Mouvement Moderne". "Choisis dans l’oeuvre de Le Corbusier, les dix-sept sites qui composent ce bien en série, réparti sur sept pays, témoignent de l’invention d’un nouveau langage architectural en rupture avec le passé. Ils ont été réalisés sur un demi-siècle, tout au long de ce que Le Corbusier a nommé une « recherche patiente ». Le complexe du capitole à Chandigarh (Inde), le musée national des beaux-arts de l’Occident à Tokyo (Japon), la maison du docteur Curutchet à La Plata (Argentine) ou encore l’Unité d’habitation de Marseille (France) reflètent les solutions que le mouvement moderne a cherché à apporter aux enjeux de renouvellement, au cours du 20e siècle, des techniques architecturales afin de répondre aux besoins de la société. Ces chefs d'oeuvre du génie humain attestent également de l’internationalisation de la pratique architecturale à l’échelle de la planète".

"L’ensemble, à vocation transnationale, comprend, dans l’ordre chronologique : les maisons La Roche et Jeanneret (1923) à Paris, une villa au bord du lac Léman (1923) à Corseaux (Suisse), la Cité Frugès (1924) à Pessac (Gironde), la maison Guiette (1926) à Anvers (Belgique), les maisons de la Weissenhof-Siedlung (1927) à Stuttgart (Allemagne), la villa Savoye et la loge du jardinier (1928) à Poissy (Yvelines), l’immeuble Clarté (1930) à Genève, l’immeuble locatif de la porte Molitor (1931) à Boulogne-Billancourt (Haut-de-Seine), l’Unité d’habitation (1945), dite « cité radieuse », à Marseille (Bouches-du-Rhône), la Manufacture (1946) à Saint-Dié-des-Vosges (Lorraine), la maison du docteur Curutchet (1949) à La Plata (Argentine), la chapelle Notre-Dame-du-Haut (1950) à Ronchamp (Haute-Saône), le Cabanon de Le Corbusier (1951) à Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes), le complexe du Capitole (1952) à Chandigarh (Inde), le couvent Sainte-Marie-de-la-Tourette (1953) à Eveux (Rhône), le Musée national des beaux-arts de l’Occident (1955) à Taito-Ku (Japon) et la Maison de la culture (1953) à Firminy (Loire)".


 « Le siècle de Le Corbusier  », de Juliette Cazanave
France, 2015, 53 min
Sur Arte le 13 mai 2015 à 23 h 30, le 28 juillet 2016 à 0 h 35.

Du 29 avril 2015 au 3 août 2015
Galerie 2
De 11 h à 21 h

Visuels :
Documentaire : © FLC / ADAGP

Le Corbusier, Pierre Jeanneret, Pavillon de l’Esprit Nouveau,
Paris, 1925
Photographie
© F.L.C. / ADAGP, Paris, 2015
© ADAGP, Paris 2015

Catalogue
Le Corbusier, Le Modulor, 1950
Encre de Chine et collage de papiers gouachés et découpés,
70 x 54 cm
Collection Centre Pompidou, Musée national d’art moderne
© Centre Pompidou / Dist. RMN-GP/ Ph. Migeat
© FLC, ADAGP, Paris 2015

Le Corbusier, La cheminée, 1918
Huile sur toile, 60 x 73 cm
© FLC, ADAGP, Paris 2015

Le Corbusier, Pierre Jeanneret, Villa Savoye
Photographie
© F.L.C. / ADAGP, Paris, 2015
© ADAGP, Paris 2015
© Paul Koslowski

Le Corbusier présentant sa sculpture Femme,
Photographie
© FLC, ADAGP, Paris 2015

Le Corbusier, Ubu IV, 1940 - 1944
© Centre Pompidou / Dist. RMN-GP / Philippe Migeat
© FLC, ADAGP, Paris 2015

J. Ach
Empreinte du Modulor dans le béton, Unité d’habitation,
Nantes, Rezé
Photographie
© FLC, ADAGP, Paris 2015

Le Corbusier, Unités d’habitation, recherches – façade partielle, 1944
Encre noire, pastel, couleur sur calque moyen, 76.2 x 44.5 cm
© FLC, ADAGP, Paris 2015

Le Corbusier dans le Cabanon
Photographie
© FLC, ADAGP, Paris 2015

Le Corbusier, Chapelle Notre-Dame-du-Haut,
Ronchamp, 1955
Maquette, plâtre, 36 x 61 x 56 cm
© Centre Pompidou / Dist. RMN-GP / J. Faujour
© ADAGP, Paris 2015

Lucien Hervé : Les vacances de Monsieur Le Corbusier
Photo : Lucien Hervé, Le Corbusier devant le cabanon, Cap Martin - Roquebrune 1951
© FLC-ADAGP / Lucien Hervé / J. Paul Getty Trust

Lucien Hervé : Les vacances de Monsieur Le Corbusier
Photo : Lucien Hervé, L'intérieur de Cabanon de Le Corbusier, Cap Martin - Roquebrune 1951
© FLC-ADAGP / Lucien Hervé / J. Paul Getty Trust

Lucien Hervé : Les vacances de Monsieur Le Corbusier
Photo : Lucien Hervé, Le Corbusier devant le cabanon, Cap Martin - Roquebrune 1951
© FLC-ADAGP / Lucien Hervé / J. Paul Getty Trust

Gisèle Freund, Le Corbusier, Paris, 1961
© Centre Pompidou, Guy Carrad
L’image ne peut être modifiée ou recadrée sans autorisation préalable. Contacter l’agence photographique de la RMN, gestion droit d’auteur

Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent d'Arte et du Centre Pompidou. Cet article a été publié le 13 mai, puis le 3 août 2015.

dimanche 24 juillet 2016

« Borat » de Larry Charles


Arte diffusera le 24 juillet 2016 à 20 h 50  « Borat : Leçons culturelles sur l'Amérique au profit de la glorieuse nation du Kazakhstan » (Borat: Cultural learnings of America for Make Benefit Glorious Nation of Kazahkstan), film parodique de Larry Charles (2006). Une « parodie hilarante de documentaire » brodant sur l’enquête d’un journaliste kazakh très loufoque aux États-Unis.


Vivant à Kuçzek, le « journaliste kazakh et moustachu Borat Sagdiyev est envoyé » par le ministère de l’information Kazakh aux États-Unis pour filmer un reportage sur l’American way of life (mode de vie américain) afin d’améliorer la vie de ses concitoyens. « Au fil de ses pérégrinations » - New York, Washington, Caroline du sud, Los Angeles - avec son producteur Azamat Bagatov persuadé que les attentats terroristes du 11 septembre 2001 ont été fomentés par les Juifs et son poulet, il « tente de nouer contact avec la population, tout en satisfaisant ses besoins naturels en pleine rue et en voulant acheter les jeunes filles qui lui plaisent... »

« Subversion par le rire »
C’est le deuxième film avec le personnage créé par Sacha Baron Cohen dans son émission télévisuelle Da Ali G Show. Un regard corrosif sur des stéréotypes.

« Mêlant caméras cachées et canulars, cet ovni, qui a fait connaître son héros, Sacha Baron Cohen, à un large public, a accumulé les entrées, les critiques positives, mais aussi les procès ». 

Il a suscité un incident diplomatique : lors de sa visite aux Etats-Unis, Noursoultan Nazarbayev, président du Kazakhstan, a évoqué le « problème Borat ». Mais il a ensuite admis que le film avait largement contribué à la célébrité du cette contrée d’Eurasie.

« Censuré par l'immense majorité des pays arabes », sauf le Liban, « interdit de distribution dans les cinémas russes, ce faux documentaire burlesque  a été accusé d'à peu près tous les griefs imaginables : racisme, antisémitisme » - Sacha Baron Cohen et Larry Charles sont juifs -, « islamophobie, sexisme, homophobie... »

L’ADL (Anti-Defamation League) a épinglé l’antisémitisme du personnage de Borat en soulignant que tous les spectateurs ne saisiraient pas le deuxième degré… Dès 2004, l’ADL avait été saisie par des plaintes de téléspectateurs outrés par la chanson « Throw the Jew down the well, so my country can be free!  Grab them by the horns, and we have big party! » interprétée par Borat dans l’épisode Peace du Da Ali G Show en août 2004. Sacha Baron Cohen est un Juif observant, dont la mère est née en Israël et la grand-mère vit à Haïfa. Lycéen, il était membre du mouvement Habonim Dror. Il a aussi vécu dans un kibboutz du nord d’Israël. Il a déclaré vouloir démasquer l’antisémitisme et l’apathie à son égard. 

Produite par le comédien britannique Sacha Baron Cohen, cette « parodie  hilarante de documentaire a outré les plus hautes autorités du Kazakhstan ». 

« Mais derrière son ton satirique et sa détonante cruauté, le très politiquement incorrect Borat vise en réalité l'Amérique pour en dénoncer l'obscurantisme et l'arrogance. Ainsi cette séquence en Virginie, dans laquelle un organisateur de rodéo conseille au reporter de se raser la moustache pour « ne pas ressembler à un musulman ». 

La langue parlée par Borat ? L’hébreu émaillé de phrases mêlant des idiomes slaves dont le tchèque, et non le kazakh. Quant à Ken Davitian, qui incarne Azamat Bagatov, il s’exprime en arménien.

« Déluge d'énergie et de cocasseries », laissant une large place à l’improvisation, à l’inattendu, le film américain « s'emploie à pratiquer la subversion à coups d'éclats de rire aussi féroces qu'efficaces ». 

Il a reçu un accueil enthousiaste du public. Sacha Baron Cohen a reçu le Golden Globe 2007 du meilleur acteur dans un film musical ou une comédie.

En mars 2012, lors de la cérémonie de médailles d’un tournoi de tir sportif au Koweït, les organisateurs ont par erreur diffusé l’hymne tiré du film Borat, au lieu de l’hymne national du Kazakhstan. 


« Borat » de Larry Charles
Everyman Pictures, Four by Two, Dune Entertainment, Major Studio Partners, One America, Sacha Baron Cohen, Jay Roach, 2006, 80 min
Auteurs : Todd Phillips, Sacha Baron Cohen, Anthony Hines, Peter Baynham
Image : Anthony Hardwick, Luke Geissbuhler
Montage : James Thomas, Craig Alpert, Peter Teschner
Musique : Erran Baron Cohen
Scénario : Peter Baynham, Anthony Hines, Sacha Baron Cohen, Dan Mazer
Avec Sacha Baron Cohen, Ken Davitian, Pamela Anderson, Luenell Campbell, Bob Barr, David Corcoran
Sur Arte le 24 juillet à 20 h 50 
Visuels : © 2006 Twentieth Century Fox Film Corporation

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Les citations sont extraites du site d'Arte.