mercredi 15 juin 2016

« 1936. Les Jeux de Berlin », de Serge Viallet et Julien Gaurichon


Arte rediffusera le 17 juin 2016 « 1936. Les Jeux de Berlin », documentaire  par Serge Viallet, numéro de la série documentaire Mystères d'archives. Ces XIe Olympiades de l'ère moderne controversées se déroulent dans l’Allemagne nazie dirigée par le chancelier Adolf Hitler. Ils servent la propagande nazie. Le  Centre d’étude et musée Edmond Michelet à Brive-la- Gaillarde présentera, du 15 juin au 30 septembre 2016 l'exposition Sport, sportifs et Jeux Olympiques dans l’Europe en guerre (1936-1948) : "En glorifiant le corps des athlètes, les régimes totalitaires et autoritaires font des disciplines sportives des lieux d’embrigadement des populations, un terrain de propagande idéologique et un instrument au service d’une diplomatie agressive. Dans le même temps, le sport affirme un nouveau visage et devient un espace d’émancipation et de résistance au nazisme".

« Les sirènes de l’Hakoah » de Yaron Zilberman

Le  premier reportage filmé des Jeux olympiques (J.O.) remonte à 1908 : devant les caméras de Pathé, des sportives vêtues de longues jupes et arborant d'élégants chapeaux, tirent à l'arc, mais les gradins sont vides. L'épreuve de lancer du disque par des athlètes masculins n'attirent pas plus les spectateurs. Le marathon débute, avec l'autorisation du prince de Galles, dans le parc du château de Windsor ; dans le stade, arrive épuisé le champion italien. C'est cette distance qui devient celle officielle de l'épreuve. Grâce à ces reportages filmés, les J.O. sont connus par la large audience des salles de cinéma.

En 2012, le Mémorial de la Shoah a présenté l’exposition intéressante Le sport européen à l’épreuve du nazisme. Des J.O. de Berlin aux J.O. de Londres (1936-1948)  assortie d’un catalogue passionnant. Photographies, affiches, cartes d’adhésions à des fédérations sportives, etc. ont illustré les relations complexes entre sports, corps et régimes autoritaires ou totalitaires au XXe siècle et rappelé des trajectoires humaines parfois tragiques. Des régimes totalitaires, fasciste et nazi, qui ont mené des politiques sportives ambitieuses et discriminantes, notamment à l’égard des Juifs, pour façonner leur « homme nouveau ».

Sur Arte, ce nouveau numéro de Mystères d'archives évoque par des images d’archives analysées avec pertinence les XIe J.O. de l'ère moderne à Berlin, en 1936. « Comment, dans un régime totalitaire et raciste, les athlètes noirs américains sont-ils accueillis ? » Comment un régime dictatorial, qui contrôle ses médias, se comporte-t-il à l’égard des journalistes venus couvrir cet évènement sportif majeur ? Quels moyens les dirigeants nazis ont-ils mis en place pour médiatiser cet événement ? » Quid des athlètes Juifs ?

15 juillet 1936, port de Manhattan (New York). Des centaines d’athlètes américains embarquent pour une traversée jusqu’en Europe. A quelques semaines des J.O., les reporters filment les haltérophiles, la nageuse Eleanor G. Holm (1913-2004), le sprinter Jesse Owens (1913-1980), alors « le coureur le plus rapide du monde », et d’autres sportifs, détendus et souriants, répondant à des interviews, posant pour les cameramen. Un éventuel boycott américain aurait certainement été suivi par d'autres pays.

« Jamais il n’y a eu autant de pays participants, malgré les nombreux mouvements de protestation et d’appels au boycott, notamment aux Etats-Unis » pour protester contre les discriminations visant les Juifs. Le nombre d’athlètes dépasse celui des précédents Jeux olympiques.

Samedi 1er août 1936,  stade berlinois de 100 000 personnes. Le chancelier Adolf Hitler, qui ne prise pas le sport, proclame ouverts les XIe Jeux olympiques modernes. C’est « le plus grand événement sportif de la planète ». La ville de Berlin a été choisie trois ans avant l’avènement du nazisme en Allemagne. Le pouvoir hitlérien a doté Berlin du plus grand site olympique jamais construit. A côté du stade, la piscine, derrière le stade le terrain pour les épreuves de hockey ; devant le stade se trouve l'esplanade pour le polo et la gymnastique, des courts de tennis, etc. Ce complexe sportif occupe plus de 130 ha.  Environ 5 000 athlètes résident dans le village olympique à 10 km du stade.


Pour la première fois, un athlète entre dans le stade en brandissant la flamme olympique transportée jusqu'en Allemagne afin de souligner le lien entre la Grèce antique et le IIIe Reich. La scène a été répétée, préparée avec soin par la réalisatrice Leni Riefenstahl (1902-2003) qui a cherché le bon angle, installé des chariots de travellings, etc. Comme pour "un film à grand spectacle". Les athlètes grecs défilent en faisant le salut olympique, bras tendu. Canotier sur le cœur, les athlètes américains en blazer bleu sont suivis par l'équipe sportive allemande affirmant le salut nazi - quasiment tous les sportifs juifs allemands ont été disqualifiés.

A la tribune d'honneur : Hitler, entouré du comte Henri de Baillet-Latour, président du Comité international olympique, du ministre de la Propagande Goebbels, et d'autres dignitaires du régime nazi.  Le chancelier Hitler est filmé de près. Au-dessous de la caméra le filmant, est assise la réalisatrice et actrice Leni Riefenstahl  chargée d'une superproduction financée par le ministre de la Propagande du IIIe Reich qui l'autorise à placer ses équipes partout, au détriment des cameramen étrangers.

Dimanche 2 août 1936. Les athlètes allemands triomphent au javelot en remportant les médailles d'or et d'argent et font le salut nazi au public. Ces deux champions saluent en se tournant vers la tribune de Hitler, et non vers drapeaux. Les champions allemands - lancer de poids, javelot, etc. - sont reçues par Hitler dans la loge d'honneur. Le ministre de l'Air Göring félicite la championne allemande médaillée d'or. A l'épreuve de saut en hauteur : avec 2,03 m, Cornelius Johnson  (1913-1946), champion américain noir, devient champion olympique. Trois champions américains triomphent sur le podium. Aucun n'est reçu par Hitler qui a déjà quitté le stade.

Hypermédiatisation
Lundi 3 août : demi-finale 100 m. Le favori est Jesse Owens qui ralentit après avoir dépassé la ligne d'arrivée afin d'éviter une fosse abritant un cameraman.  Trois cameras filment la course.

Cinq caméras sont disposées pour filmer les athlètes de dos, depuis les gradins, de manière rapprochée, face aux athlètes, au ralenti quand les athlètes franchissent la ligne d'arrivée. Le stade a été aménagé comme un studio cinématographique : au moins six fosses, trois tours mobiles, des rails pour les travellings offrant des images stables, un système spécifique de prise de vue - caméra tirée avec un cordon pour suivre des sportifs rapides, une Mongolfière dont les vues se révèlent trop décevantes pour être diffusées. A la piscine, les "plongeurs acrobatiques filmés au ralenti pour magnifier les corps en mouvements".  La réalisatrice Leni Riefenstahl mêle les images filmées avant, pendant et après les épreuves sportives. Comme pour un film de fiction, elle dirige les athlètes. Tels des comédiens sur un plateau de tournage, certains athlètes jouent pour elle : l'un, futur acteur incarnant Tarzan  à Hollywood, prend la pose. "D'autres athlètes reviennent devant sa caméra pour des prises de vues au plus près et des angles de prises de vues inattendus".
En 1934, dans son film Le Triomphe de la volonté (Triumph des Willens, 1934), Leni Riefenstahl avait déjà filmé le congrès du parti nazi à Nuremberg. Une commande d'Hitler. Cette ancienne actrice a pu dès 1934 exprimer alors ses "ambitions esthétiques", son écriture cinématographique au plus près de Hitler acclamé dans les rues. Cette caméra au plus près du sujet filmé est alors "osée, efficace", et donne "l'impression du reportage, alors que tout a été minutieusement préparé". Les hommes sont alors recrutés en Allemagne pour les grands travaux du IIIe Reich : Silésie, Koenigsberg... Tels des acteurs, ils ne fixent pas la caméra quand ils citent leur ville ou région d'origine. Le but de ce film destiné au public allemand : glorifier le parti nazi et son führer. En 1936 : les moyens alloués sont bien plus importants pour ces J.O. Objectifs : "toucher le public international pour montrer une Allemagne pacifique, vanter la supériorité de la race aaryenne".

Nouveauté en 1936 : la diffusion en quasi-directe (2 minutes de différé) par la télévision d'épreuves sportives dans une vingtaine de salles publiques à Berlin et ses environs. Des images de moindre qualité que celle de la célèbre réalisatrice officielle des Jeux. Ainsi, est retransmis le match de handball oposant l'Allemagne et la Suisse sur du gazon. 160 000 personnes vivent cette expérience télévisuelle.

En 1936, Leni Riefenstahl bénéficie de moyens plus grands. But : convaincre un public international que le régime est pacifique, de la supériorité aryenne. Depuis le début de la compétition, les cameramen étrangers sont interdits de faire des images. C'est donc Leni Riefenstahl qui crée les images de ces Jeux à destination du monde entier.

Problème : l'athlète noir américain Jesse Owens pulvérise les records et reçoit quatre médailles d'or : finale du 100 m, saut en longueur, 200 mètres et relai 4 fois 100 m. Un "camouflet pour les théories raciales d'Hitler". Un camouflet pour les théories raciales nazies.

Dimanche 16 août au soir. Avec 89 médailles, l'Allemagne devance pour la première fois les Etats-Unis. Une "victoire sportive, politique et médiatique qui dépasse" les espoirs hitlériens. Les prochains JO annoncés sont prévus à Tokyo, en 1940.

Or, l'Histoire bouleverse cet agenda sportif : guerre sino-japonaise, invasion de la Pologne par l'Allemagne nazie... Et une nouvelle guerre mondiale.

Histoire a diffusé Jesse Owens, documentaire par Laurens Grant les 31 juillet 2013 et 5 août 2013, 1er et 3 avril 2014 . "En remportant, à seulement vingt-deux ans, quatre médailles d'or aux Jeux olympiques de 1936 à Berlin, Jesse Owens est devenu un athlète de renommée internationale. Sous les yeux d'Adolf Hitler, ce sportif afro-américain infligeait ainsi un cinglant démenti à la théorie nazie selon laquelle la race aryenne serait supérieure. Ses victoire aux épreuves du 100 mètres, du saut en longueur, du 200 mètres et du relai 4x100 mètres font de lui un héros national un peu particulier puisque privé de droits civiques en tant qu'Afro-Américain. Lorsque la campagne antiségrégationniste gagnera du terrain une génération plus tard, Jesse Owens et l'exploit qu'il avait accompli sont loin d'être oubliés"

France 5 a diffusé les 15 et 22 mars 2015 J.O. de Berlin 36, la grande illusion, documentaire de Frank Cassenti. "En août 1936, les Jeux olympiques, orchestrés par Joseph Goebbels, le ministre de la propagande du IIIe Reich, se sont déroulés à Berlin, vaste opération de séduction destinée à présenter l'Allemagne comme une nation respectant les principes d'égalité et de fraternité de l'olympisme. Ce documentaire met à jour les stratégies politiques du troisième Reich qui ont bénéficié de la complicité du Comité olympique international pour déjouer les appels au boycott de plusieurs pays. Une fois les jeux terminés, la politique nazie s'intensifia. Comment le monde civilisé a-t-il-pu à ce point fermer les yeux sur cette « grande illusion » ? Gretel Bergmann, l'athlète Juive allemande au cœur d'un marchandage entre les autorités allemandes et le gouvernement américain, et Noël Vandernotte, qui fut médaillé de bronze en quatre-barré d'aviron, témoignent."

L'Université du Texas à Austin a présenté l'exposition The Nazi Olympics: Berlin 1936.

« 1936. Les Jeux de Berlin  » de Serge Viallet et Julien Gaurichon
France - ARTE France, INA, YLE Teema -, 2012, 26 mn
Diffusions sur Arte les :
- 2 mars 2013 à 17 h 40, 4 mars 2013 à 10 h 15 et 5 mars 2013 à 15 h 20
- 6 juillet à 18 h 10, 9 juillet à 17 h 45 et 16 juillet 2013 à 6 h ;
- 28 mai à 16 h 55 et 17 juin 2016 à 12 h 50.

Visuels : © Library of Congress

 Histoire a diffusé le 31 octobre 2013 Leni Riefenstahl, le pouvoir des images de Ray Muller.


A lire sur ce blog :

Publié les 1er mars, 5 et 29 juillet, 24 septembre et 30 octobre 2013, 1er avril 2014 et :
- 14 mai 2014, Histoire a diffusé les 15 et 18 mai 2014 Leni Riefenstahl, le pouvoir des images, série en deux parties de Ray Muller (Movieman Productions GMBH, 1h40). "Le nom de Riefenstahl sent le soufre. Des bruits, des demi-vérités brouillent son image. L'idée d'exhiber à nouveau sous les feux de la rampe, en s'appuyant sur une abondante documentation, la "déesse du cinéma du IIIe Reich", est considérée par beaucoup comme sacrilège. Pourtant, en cette période actuelle de retour à un radicalisme de droite, un débat totalement libre sur l'idéologie nazie est plus important que jamais. Et notamment un débat sur cette femme qui a contribué, consciemment ou non, à la mystification du national-socialisme. Le film engage à un tel débat, mais il fait plus que cela : il révèle la vie aventureuse de Léni Riefenstahl, les multiples facettes de son oeuvre, le monde qui fut le sien" ;
- 15 mars 2015 et 29 janvier 2016.

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