Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

lundi 30 juin 2014

« L’Europe et le spectre du califat » de Bat Ye’or


Le 29 juin 2014, l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) ou en anglais Islamic State of Iraq and al-Sham (ISIS) - al-Sham désignait la province de Syrie dans les précédents califats - a annoncé le rétablissement du  califat aboli en 1924, et sera désormais dénommé « Etat islamique » (EI). Ce  califat sunnite sera dirigé par le chef de cet Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, qui devient donc le nouveau calife, "successeur du prophète dans l’exercice du pouvoir politique". Il s'étend "d'Alep, au nord de la Syrie, à Dyiala, dans l'est de l'Irak". Il est le plus riche mouvement djihadiste : sa fortune d'environ 2,3 milliards de dollars lui permet notamment de rémunérer 60 000 terroristes pendant un an et provient d'aides financières de l'Arabie saoudite, des butins de guerre - pétrole -, des pillages en particulier des banques dans les régions contrôlées, de l'"impôt révolutionnaire", des rançons versées notamment par des Etats occidentaux pour récupérer leurs ressortissants, de la jizya, impôt infligé aux chrétiens à Mosul (deuxième ville d'Iraq), etc.
Le 5 juillet 2014, Abou Bakr Al-Baghdadi est apparu pour la première fois dans une vidéo non identifiée et postée sur des sites djihadistes, réclamant, lors d'un prêche dans une mosquée importante de Mossoul, ville située au nord de l'Iraq, l’allégeance de tous les musulmans. "Portant une longue barbe, une abaya et un turban noirs, Bagdhadi affirme aux fidèles être « le wali (leader) désigné pour [les] diriger ». « Obéissez-moi tant que vous obéissez à Dieu en vous », a-t-il martelé".

Sous domination islamique, les indigènes non-musulmans - juifs, chrétiens, hindous, bouddistes, zoroastriens, etc. - vaincus à la suite du jihad se trouvent confrontés à cette douloureuse alternative : soit la conversion à l’islam, soit la reprise du jihad, soit la dhimmitude, un statut cruel et inégalitaire réservé aux non-musulmans (cf. lexique infra).
Universaliste, l’islam vise à appliquer la sharîa et à établir le califat, la gouvernance islamique mondiale à la fois politique, religieuse et législative.

Tel est le dessein de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), une organisation transnationale faîtière qui regroupe 56 pays et entité musulmans ou à majorité musulmane et 1,3 milliard de musulmans.

Un but avoué par les islamistes et dont ont pris conscience des responsables de l'administration Bush comme Dick Cheney, alors vice-président, et Donald Rumsfeld, alors Secrétaire à la Défense.

Dès les années 1970, l’OCI bénéficie d’une conjoncture favorable (cf. chronologie infra).

Forte d’avoir su unifier un continent européen en paix, l’Union européenne a cependant réduit la souveraineté de ses Etats membres et imposé les décisions de sa bureaucratie.

Après le double choc pétrolier et l’afflux des pétrodollars, en croyant assurer sa sécurité menacée par le terrorisme islamiste, marquée par l'alliance entre les dirigeants nazis et leurs homologues du monde arabe ou/et musulman ainsi que de l'adhésion enthousiaste de foules arabes pour le Führer et l'idéologie antisémite du IIIe Reich, elle s’est rapprochée du monde arabe, dont elle partage nombre d’idées, pour former Eurabia.

Ce faisant, elle sacrifie l’Etat d’Israël et les chrétiens d’Orient persécutés sur l’autel de ses intérêts et de ses faiblesses. Occulte son histoire. Néglige son identité. Impose une terminologie « politiquement correcte » qui imprègne aussi des médias...

Dialogue euro-méditerranéen, multilatéralisme, multiculturalisme, Alliance des civilisations (UNAOC), dialogue des cultures… Tels sont les instruments promus par une Europe négligeant son passé ou par une ONU (Organisation des Nations unies) influencée par une majorité automatique incluant les Etats et entité membres de l’OCI.

Les buts ? Affaiblir les Etats-Unis, superpuissance leader du monde occidental ; imposer des concessions unilatérales et sans réciprocité à un Occident culpabilisé par son passé colonial ; instiller la sharîa (finance islamique, interdiction du blasphème), etc.

Ainsi, à l’insu des populations européennes, et à des siècles de distance, des mécanismes institutionnels et des réseaux œuvrent au rétablissement du califat universel aboli par Atatürk en 1924. Un califat dont le siège serait à Jérusalem, ville définie comme la capitale de la « Palestine ». Ce qui révèle la volonté de détruire l'Etat Juif.

Par cet essai documenté, au style clair, synthèse augmentée et mise à jour de ses précédents travaux, déjà publié en italien (2009) et prochainement édité aux Etats-Unis, Bat Ye’or, essayiste qui a forgé le terme dhimmitude, offre des clés pour comprendre le monde contemporain et ses enjeux.

Un livre passionnant dont les analyses ont été involontairement validées par le refus de François Descoueyte, directeur du CAPE (Centre d’accueil de la presse étrangère) d'une conférence de presse de Bat Ye'or et le silence de média sur les faits analysés.


AddendumAhmet Davutoglu, ministre turc des Affaires étrangères, a déclaré les 3 et 4 mars 2013 : "Le Yémen et Skopje ont fait partie du même pays voici 110 ans... Les peuples qui ont historiquement vécu ensemble dans cette région ont été séparés au siècle dernier... Le siècle dernier a été seulement pour nous une parenthèse [que] nous allons fermer. Nous le ferons sans guerre, sans appeler quiconque ennemi, sans être irrespectueux des frontières. Nous allons de nouveau relier Sarajevo à Damas, Benghazi à Erzurum à Batumi. C'est le cœur de notre puissance... Quand nous disons ceci, c'est appelé le "nouvel Ottomanisme".

Bat Ye'or, L'Europe et le spectre du califat. Editions Les Provinciales, 2010. 215 pages.  ISBN : 978-2-912833-22-8

QUELQUES REPERES CHRONOLOGIQUES

587 avant l'ère commune. Le roi Nabuchodonosor II détruit le Premier Temple qui avait été construit à Jérusalem par le roi juif Salomon, au Xe siècle, pour abriter l’Arche d’Alliance.

70. Reconstruit (19 av. JC-63) par Hérode 1er, roi de Judée, le Deuxième Temple est détruit par les Romains.

380. L’édit des empereurs Théodose et Gratien (édit de Thessalonique) impose le christianisme comme seule religion officielle et obligatoire de l’empire romain

628.  Le traité signé à Hudaybiya par Mahomet et la tribu de Quraysh, qui contrôle la Mecque, établit une trêve de dix ans.

630. Alléguant une infraction des Hudaybiya, Mahomet brise ce traité et s'empare de La Mecque.

632. A la mort de Mahomet, Abou Bakr est nommé calife.

661. Califat des Omeyyades, dont la capitale est Damas, jusqu’en 750.

717. Le Pacte d'Omar fixe la dhimmitude, statut des non-musulmans (juifs, chrétiens) sous domination islamique.

732. Bataille de Poitiers au cours de laquelle Charles Martel, maire du Palais du royaume franc, victorieux, met un terme à l’expansion musulmane en France.

750. Califat des Abbassides, dont la capitale est Bagdad, jusqu’en 1258.

1095. La première des neuf Croisades permet l’accès des pèlerins à Jérusalem.
Création des Etats latins d’Orient qui disparaissent en 1291.

1261. Califat des Fatimides, dont la capitale est Le Caire.

1453, 29 mai. Constantinople est prise par les troupes ottomanes menées par le sultan Mehmet II. C'est la fin de l'empire byzantin.

1492. Les rois catholiques espagnols achèvent la Reconquista de l’Espagne sous domination maure depuis 718.
         
1492-1492. al-Maghîlî, docteur tlemcénien, fixe le système de la dhimma "dont l'autorité est encore invoquée par le ulémas marocains au XIXe siècle".

1517. Califat ottoman qui s’étend sur une partie de l’Asie, de l’Afrique et une partie de  l’Europe de l’Est, et sera aboli en 1924 par Atatürk, président turc.

1529. Soliman II le Magnifique échoue à s’emparer de Vienne.

1571. Bataille victorieuse à Lépante de la flotte de la Sainte-Ligue contre celle ottomane.

1683. Vienne résiste victorieusement aux Turcs qui lèvent leur siège de la ville.

1801-1805. Première des deux guerres barbaresques gagnées par les Etats-Unis contre les Etats barbaresques en Méditerranée afin de n’avoir plus à payer de tribut pour la sécurité de leurs navires. La seconde guerre barbaresque se déroule en 1815. En mars 1794, le Congrès américain a adopté l'Act to provide a Naval Armament pour se doter de l'US Navy.

1924. Mustafa Kemal Atatürk, président turc, abolit le califat ottoman institué en 1517.

1933. Mohammad Amin al-Husseini, grand mufti de Jérusalem, exprime son soutien au nazisme triomphant en Allemagne. Il devient un collaborateur efficace et rémunéré des nazis.

1945. 8 mai. La capitulation de l'Allemagne nazie marque la fin en Europe de la Seconde Guerre mondiale pendant laquelle six millions de juifs ont été exterminés (Shoah ou Holocaust). Des nazis fuient vers l’Amérique latine et vers des pays arabes dont l'Egypte et la Syrie.

1948. 14 mai. Restauration de l’Etat d’Israël.
Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée par les Nations unies dont le principal rédacteur est René Cassin.

1973. Guerre du Kippour : alors que l’Etat d’Israël est attaqué par des armées arabes, l’Europe ferme son espace aérien aux avions américains le ravitaillant.
Premier choc pétrolier : en quelques mois, le prix du baril de pétrole triple. Boycott arabe (OPEC ou OPEP, Organisation des pays exportateurs de pétrole) contre les pays amis de l’Etat juif.

1975. Publication de l’opuscule Eurabia.

1979. Deuxième choc pétrolier qui se traduit par une hausse considérable du prix du pétrole.

1989. Auteur des Versets sataniques (1988), Salman Rushdie est visé par la fatwa de l’ayatollah iranien Khomeiny l’accusant de « propos blasphématoires » envers l’islam.

1990. Déclaration du Caire des droits de l’homme en islam fondée sur la sharîa.

2001. 11 septembre. Attentats terroristes islamistes perpétrés par al-Qaïda aux Etats-Unis.

2004. Un islamiste tue le réalisateur néerlandais Théo van Gogh, co-auteur avec Ayaan Hirsi Ali, du film Soumission, dénonçant la condition des femmes sous l’islam.

2005. Le journal danois Jyllands-Posten publie 12 dessins sur Mahomet. Ce qui suscite l'ire de musulmans et des menaces de mort pour les auteurs de ces oeuvres, notamment Kurt Westergaard.

2006. Le Figaro publie Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? du philosophe Robert Redeker, qui est alors menacé de mort.

2008. Le politicien néerlandais Geert Wilders réalise Fitna, film critique sur l’islam. Menacé de mort, il vit sous protection policière.
Le Conseil onusien des droits de l’homme adopte une résolution sur La lutte contre la diffamation des religions.

2009. 29 novembre. Vote majoritaire en Suisse contre la construction de nouveaux minarets. Réactions négatives de la communauté internationale.

2010. 21 octobre. Le Conseil exécutif de l'UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture) adopte cinq résolutions dont l’une islamise et palestinise deux sites juifs - le Tombeau des Patriarches à Hébron et la Tombe de Rachel à Bethléem - et demande à Israël de les retirer de sa liste des sites du patrimoine national.

2013. 25 juin. Inauguration de la Mission de l'OCI auprès de l'Union européenne. De nombreux dirigeants ont participé à la cérémonie officielle à Bruxelles (Belgique).

2014. 29 juin. L'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) ou en anglais Islamic State of Iraq and al-Sham (ISIS) - al-Sham désignait la province de Syrie dans les précédents califats - a annoncé le rétablissement du  califat et sera désormais dénommé « Etat islamique ». S'étirant "d'Alep, au nord de la Syrie, à Dyiala, dans l'est de l'Irak", ce  califat sunnite sera dirigé par le chef de cet Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, qui devient donc "le successeur du prophète dans l’exercice du pouvoir politique".

LEXIQUE

Blasphème : en islam, il détermine la condamnation des « infidèles » et des musulmans qui, accusés de ce délit, peuvent être condamnés à mort et même assassinés.

Califat : territoire gouverné par le calife conformément à la sharîa.

Coran : parole incréée d’Allah, révélée à Mahomet par l’ange Gabriel.

Da’wa : appel de l’islam ; prédication, propagation universelle de l’islam.

Dar al-islam : territoire sous gouvernance musulmane. Il se différencie du dar al-harb (domaine de la guerre), territoire visé par le jihad afin de le soumettre à l’islam et y appliquer la sharîa.

Dhimmi : non musulman soumis par les armées du jihad, il cède au calife sa terre et sa souveraineté en échange d’une protection contre le jihad. Cette protection lui assure une sécurité relative et conditionnée à des prescriptions et des discriminations avilissantes.

Eurabia : titre d’une revue et nom donné à un nouveau continent unissant l’Europe et le monde arabe par les tenants de cette idéologie.

Fiqh : jurisprudence islamique.

Frères musulmans : mouvement islamiste fondé par Hassan al Banna, en 1928, en Egypte.

Hadith : relation des actes et propos du prophète Mahomet. Un des deux fondements de l’islam avec la Coran.

Jihad : guerre obligatoire non abrogeable contre les infidèles.

Jizya : taxe coranique obligatoire pour les non musulmans dhimmis et qui doit être perçue avec humiliation (Cor. 9, 29).

Sharîa : gouvernance fondée sur le Coran et la Sunna.

Sunna : compilations des hadiths et traditions se rapportant à Mahomet. Source avec le Coran de la juridiction islamique.

Théologie de la libération palestinienne : elle vise à extraire le christianisme de sa matrice juive.

Wakf : bien appartenant à Allah ou de mainmorte et géré au bénéfice de la communauté islamique ou d’œuvres charitables.


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Cet article a été publié le 14 décembre 2010, puis le 23 mars 2013,
- le 22 mai 2013 à l'approche de la diffusion sur France 3, à 21 h 55, de La Confrérie de Michaël Prazan ;
- le 28 juin 2013 et le 26 juillet 2013 alors que Rached Ghannouchi, chef du mouvement islamiste Ennahdah,  a annoncé l'avènement du califat et d'une "constitution islamique", et alors que  "Le long de la route du Califat des Omeyyades" est un projet qui "conçoit des itinéraires culturels à travers sept pays. Ce programme financé par l'UE de coopération transfrontalière méditerranéenne (CTMED) vient de lancer un nouveau projet visant à promouvoir l'héritage culturel des Omeyyades". Cette "première dynastie islamique a laissé dans les différents pays méditerranéens un patrimoine culturel et architectural extraordinaire, qui, malheureusement, a souvent été sous-estimé d'un point de vue touristique". Le "projet UMAYYAD (Amélioration de la cohésion territoriale méditerranéenne à travers la mise en place d’un itinéraire touristico-culturel) concevra et lancera un circuit touristique couvrant, à travers" sept pays - Egypte, Espagne, Italie, Jordanie, Liban, Portugal, Tunisie -, "l'extension initiale de l’empire allant de l'Atlantique au Proche Orient". La réunion de lancement a eu lieu à Grenade (Espagne), du 25 au 27 juin 2013, et "a rassemblé tous les partenaires du projet" ;
- 25 janvier 2014. Bat Ye'or est l'une des oratrices du colloque L'Union européenne et les nouvelles formes de la "question juive", organisé par l'Université populaire du judaïsme, le 26 janvier 2014 à Paris.

samedi 28 juin 2014

Orna Ben-Ami : « La douceur du fer »


La Galerie Claude Samuel a présenté en 2006 une trentaine de sculptures en fer soudé de Orna Ben-Ami. Cette artiste israélienne sculpte des objets de la vie quotidienne, suggérant des êtres humains et leurs traits de caractères dans une réflexion sur les paradoxes. Légèreté, souplesse, expressivité, ludisme, ironie et mystère se conjuguent dans ces objets si familiers et métalliques. Une œuvre qui laisse la place à l’imaginaire du spectateur…


Dans son atelier à Rishpon, Orna Ben-Ami découpe les plaques métalliques, les plie, les perfore, les assemble, les soude, les polit, les patine. Mieux, elle anime d’expressivité ce matériau rigide, dur, parfois froid, à l’aspect souvent granuleux. 

Ironiquement, elle a nommé une œuvre « I can’t paint » (Je ne sais pas peindre). Elle ne dessine pas. Puisant dans son imagination ou dans ses observations, elle crée directement en travaillant le fer : elle lutte contre le fer, ou coopère avec lui. 

Quel parcours mène à la sculpture en fer soudé ? Pour Orna Ben-Ami, c’est un peu le hasard.

Dans sa famille nomade, seule une de ses grands-mères créait des sculptures figuratives – des êtres humains - en terre cuite. De sa prime jeunesse, Orna Ben-Ami se souvient avoir écrit des poèmes et composé la musique les accompagnant. Elle sentait que l’art lui permettrait d’exprimer ses sentiments.

Cependant, elle s’oriente vers des études en histoire et science politique à l’université hébraïque de Jérusalem. Elle débute comme journaliste sur une radio israélienne. Un métier où elle a du aiguiser son sens de l’observation.

Voici près de vingt ans, elle suit à Jérusalem des cours de design en bijouterie et se forme au département artistique de l’université de Tel-Aviv, puis de sculpture à la Corcoran School of Art de Washington (Etats-Unis). En créant ces bijoux fantaisie, elle découvre son « attrait pour les métaux. C’est un grand défi de créer des sculptures douces, féminines, à partir du fer. Mettre des émotions dans ce matériau incroyablement dur est un défi qui me séduit », reconnaît Orna Ben-Ami.

Les artistes qu’elle admire ? « Le sculpteur espagnol Julio Gonzales qui, le premier, a créé des œuvres en fer soudé. Son contact du fer était empreint d’une grande sensibilité. Il savait comment sculpter des œuvres petites et délicates à partir d’un métal lourd », m'a indiqué Orna Ben-Ami.

La force de l’évocation suggérée
Elle expose ses œuvres aux Etats-Unis, en Italie, en France et en Israël. Pour Jérusalem, elle a conçu « le mur immense de sculptures de la gare centrale des bus. J’ai choisi de montrer la diversité des gens dans cette ville unique en sculptant 11 énormes chapeaux de personnes différentes, notamment par leur religion. Par un objet usuel, je montre une personne et j’apprends sur sa personnalité, plus qu’en créant son visage », précisait Orna Ben-Ami. 

Nul buste, nul corps n’est représenté dans son œuvre. Mais une profusion d’objets anodins qui renvoient à nos souvenirs intimes. « Je raconte une histoire et j’exprime des sentiments en sculptant des objets simples. Une valise avec des racines peut évoquer toute l’histoire de ma famille, de mon peuple et d’autrui, sans besoin d’explication. La simplicité peut tout exprimer, bien mieux que de nombreux détails. La relation est plus aisée avec des objets de la vie quotidienne. Ceux-ci nous rappellent des situations et des gens qui nous manquent. Certains trouveront un sens de l’humour dans mes sculptures, d’autres beaucoup de douleur », m'a expliqué Orna Ben-Ami.

Ces objets faits par et pour l’homme symbolisent un monde, notre vie. Autant de témoignages de notre société ou de vestiges d’une société représentée dans un loisir ou dans un instant de la sphère privée. 

Cette exposition s’apparente à une promenade allusive dans notre enfance et évocatrice de souvenirs personnels ou familiaux, mais partagés par un grand nombre. La « Poupée de chiffon » porte une robe à l’ourlet festonné et ajouré. Assise, comme fatiguée, presque démantibulée, sans main, elle révèle l’attachement de la petite fille à ce jouet qu’elle s’est appropriée, puis son abandon par l’enfant qui a grandi. 

Soulignant une allure, une pose, une ondulation, Orna Ben-Ami table sur la force de la suggestion et l’imaginaire du visiteur. Elle lui laisse la liberté d’investir ses œuvres de son vécu. 

Par la subtilité de la suggestion, la finesse du regard, la puissance de l’évocation, elle offre une réflexion sur le temps qui passe. Carnet et feuilles sont empilés et empalés par une pique pointe vers le haut (« Souvenirs »). Comme si l’intégrité était impossible, le temps les altérant, l’homme les déchirant.

Une incongruité dérange l’ordre apparent. Un élément bizarre vient dénaturer ou connoter différemment l’objet initial, et à s’interroger. Ainsi, la « Broderie » inachevée aux larges points réguliers, mais lâches, surprend par ce fil sans aiguille sur la toile tendue par le tambour à broder. On cherche du regard l’aiguille, le dé, les échevettes colorées, la paire de ciseaux. On subodore la méticulosité et l’attention de la brodeuse. 

Orna Ben-Ami nous invite à une méditation sur les contraires : absence/présence (« L’album photos »), enfermement/libération (« Liberté de l’individu »), découvert/caché (« L’Orange » partiellement pelée qui orne le Jardin de la résidence du président d’Israël).
Cette valise fermée du fond duquel sortent de multiples racines symbolise le voyage et l’enracinement, deux besoins ou deux contraintes contradictoires. Ce bagage est-il posé avant un départ ou après l’arrivée ? C’est peut-être aussi la vie qui continue dans sa complexité.

Du sac à dos d’un élève (« Seize heures quinze »), Orna Ben-Ami donne l’’impression qu’il vient d’être suspendu et que le temps passe. « Ce sac suspendu seul comme si quelqu’un avait oublié de venir le chercher au jardin d’enfant conte l’histoire de la solitude et mon enfance. Je suis ravie qu’on se souvienne de sa propre histoire en regardant cet objet simple », m'a confié l’artiste.

Un joli catalogue accompagne cette exposition intrigante.

Orna Ben-Ami, « Sculptures en fer ». Galerie Claude Samuel, 2006. 38 pages

Visuels :
« Deux tables, deux verres », « Poupée de chiffon » et « Broderie »
© Orna Ben-Ami

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Cet article a été publié par Guysen.

jeudi 26 juin 2014

« Un devoir de mémoire » de Michel Gurfinkiel


Juriste polonais Juif, Raphael Lemkin est né le 24 juin 1940. Il a forgé en 1943 le vocable "génocide" et a été l'artisan de l'adoption par l'Assemblée générale de l'ONU de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (CPRCG), le 9 décembre 1948.
L’annonce par le Président de la République Nicolas Sarkozy lors du dîner du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) le 13 février 2008 de charger chaque enfant de CM2 de la mémoire d’un des 11 000 enfants juifs déportés de France a profondément troublé Michel Gurfinkiel, historien, journaliste et président de l'Institut Jean-Jacques Rousseau.

L'enfance de... Boris Cyrulnik
Le destin d’Anne Frank : Une histoire d’aujourd’hui
« Destins d’enfants juifs et de leurs sauveurs » de Kirsten Esch
« Une enfance volée : l’affaire Finaly » de Fabrice Génestal
Au cœur du génocide. Les enfants dans la Shoah 1933-1945
C’étaient des enfants. Déportation et sauvetage des enfants juifs à Paris
« Les larmes de la rue des Rosiers » d'Alain Vincenot
« Carnets de mémoire Enfances cachées 39-45 », par Michèle Rotman

Michel Gurfinkiel écrivit alors un article émouvant exprimant ses réserves - l’un de ces enfants est son frère Charles, assassiné à Auschwitz en 1942, à l’âge de neuf ans - et son loyalisme républicain. Encouragé par des lecteurs, il approfondit sa réflexion sur la Shoah dans ce livre, à la fois autobiographie émouvante et essai étayé d’arguments convaincants.

Il y brosse avec amour et pudeur le récit des histoires familiales, paternelle et maternelle, marquées par la Shoah. Emergent la figure admirée du père Szyja (Josué), tailleur et modèle de rigueur dans la vie professionnelle et personnelle du fils, et le souvenir de Charles, dont l’une des trois photos, longtemps présente sur l’atelier du père, est posée sur le bureau du journaliste-écrivain.

Celui-ci détaille aussi les actions menées par des Juifs, lors de la tentative d’annihilation les visant, pour informer sur la Shoah des dirigeants Alliés, et « la loi du silence » qui s’instaura « pour des motivations entremêlées : raison d’Etat, impératifs stratégiques, antisémitisme ».

Il décrit aussi l’occultation puis l’émergence de la Shoah dans les consciences collective et politique et les histoires nationales, ainsi que la lente progression du devoir de mémoire. Il analyse enfin les « fluctuations sémantiques » - génocide (vocable forgé par Raphael Lemkin), Shoah, Holocauste, démocide - et les évolutions jurisprudentielles, tout en soulignant la singularité de la Shoah.

Tout au plus, pourra-t-on regretter un bref jugement négatif à l’égard du président Truman, car celui-ci a révélé sa stature face aux défis de l’Histoire, et une allusion trop elliptique à l’affaire du timbre sur les Justes parmi les nations en 2007.

En annexes, le discours du Président Nicolas Sarkozy et l’article Silence et conscience du professeur Israël Goldberg.

Michel Gurfinkiel, Un devoir de mémoire. Ed. Alphée Jean-Paul Bertrand. 187 pages. 18,90 €. ISBN : 978-2753803534


Conférence de Michel Gurfinkiel et Danielle Guerrier intitulée Juifs et Chrétiens. Connaissance de l’autre, similitude et contenu spirituel des fêtes
Le 20 novembre 2012, à 20 h 30
Organisée par l’Amitié judéo-chrétienne de France (AJCF)-Groupe de Boulogne.
Au Carré Bellefeuille
Salle 406, 60 rue de la Belle feuille, 92100 Boulogne-Billancourt.
Buffet convivial dès 19 h 30
P.A. F. : 5 €

Cet article a été publié en une version plus concise par L’Arche dans son numéro de décembre 2008-janvier 2009, et sur ce blog le 25 octobre 2009 et 20 novembre 2012, et 28 avril 2013 en cette Journée nationale du souvenir des victimes de la déportation..

mercredi 25 juin 2014

« Du Panthéon à Buenos Aires » de René Goscinny


A l'occasion des trente ans de la disparition de René Goscinny (1926-1977), IMAV éditions ont publié Du Panthéon à Buenos Aires, chroniques illustrées. Un recueil de 16 chroniques de l’humoriste génial, publiées entre 1964 et 1976 dans divers magazines, et illustrées par des dessinateurs amis, d’hier et d’aujourd’hui. Préfacé par sa fille, Anne Goscinny, ce livre réunit des nouvelles savoureuses croquant avec finesse nos travers. La Mairie du IVe arrondissement de Paris présente l'exposition Les vacances du petit Nicolas consacrée au travail de Jean-Jacques Sempé et Goscinny sur ce personnage enfantin.


On ouvre ce livre avec la joie et l’émotion de retrouver une figure familière, un ami d’enfance qui n’aurait pas changé, mieux se serait bonifié, et que l’on retrouve à l’âge adulte. Et la certitude de passer un bon moment. Et on n’est pas déçu.

Voici donc 16 textes parus entre 1964 et 1976 dans « le magazine culte de la bande dessinée », Pilote, dans Le Figaro littéraire ou Paris Match, et lus publiquement lors de l’hommage rendu à René Goscinny par la ville de Cannes (29 juin-1er juillet 2007).

Pour illustrer ces nouvelles, les éditions IMAV ont fait appel à des dessinateurs d’horizons variés : de Cabu à Zep, via la génération Pilote - Gotlib, Druillet, Lauzier, Mézières, Giraud, Juillard - les amis de toujours, comme Tibet, et ceux d'aujourd'hui comme Margerin, Barral, Mourier, Cestac, Tebo, Bertrand, Achdé ou Boucq ».

Avec talent et humilité, ces dessinateurs demeurent fidèles au texte, sans généralement rajouter du sens, tout en gardant leur originalité.

Vis Comica (Le pouvoir de faire rire)

Le titre de ce recueil aux accents autobiographiques reprend celui de la première nouvelle.

René Goscinny naît en 1926 dans le Ve arrondissement de Paris, près du Panthéon, dans une famille d’immigrés juifs ukraino-polonais qui s’installe en Argentine en 1928.

Après une scolarité brillante, âgé de 19 ans, René Goscinny va à New-York où il se lie d’amitié avec Harvey Kurtzman, premier rédacteur du magazine de bandes dessinées Mad.

Au début des années 1950, Goscinny retourne en France.

De son imagination féconde, de son immense culture, de sa vive curiosité, de ses collaborations avec des dessinateurs doués – Uderzo, Morris, Sempé, Tabary, Gotlib -, naissent la revue légendaire Pilote, des personnages et des albums qui font le délice de générations d’enfants - le public le plus difficile -, d’adolescents et d’adultes : Astérix, Lucky Luke, le petit Nicolas, Iznogoud, les Dingodossiers... Et fusent aussi des expressions entrées dans le langage courant, comme autant de clins d’œil d’aficionados : « être calife à la place du calife », etc.

Cet humoriste génial décède à 51 ans d’un malaise cardiaque, le 5 novembre 1977, à Paris. Par un cruel et absurde concours de circonstances.

« Avec 500 millions de livres et d’albums vendus, traduits dans plus de 130 langues et dialectes, René Goscinny est l’un des auteurs les plus lus dans le monde ».

« Des pépites d’humour »

Ces récits sont malheureusement et heureusement non datés : si leur année de publication ne figure pas, force est de constater que ces chroniques pourraient être écrites de nos jours, sans rien biffer, tant elles ne sont pas anachroniques.

Tout inspire Goscinny doué pour tous les genres, dont la science fiction comique (Suivez le guide) : les success stories des self made men, les best-sellers historicisants dont il démonte les stéréotypes, la prétention des auteurs abscons et de leurs louangeurs, la French way of life urbaine, la vacuité de longs déjeuners d’affaires, l’hypocrisie des gourmands abonnés aux régimes amaigrissants…

Ce fin observateur et psychologue s’inspire surtout des travers humains (Tous des méchants), de nos défauts, pour nous tendre un miroir de nos âmes. Il dépeint nos comportements avec une ironie qui ne l’épargne pas. Il croque les situations de la vie quotidienne et souligne une caractéristique comme un caricaturiste exagère un trait de visage.

Il loue le professionnalisme (Je suis prêt), pousse une situation jusqu’à l’absurde (Les feux de la rampe), et laisse deviner le gastronome derrière l’écrivain, et la souffrance des auteurs comiques populaires et à succès ignorés ou méprisés par l’intelligentsia (Je suis un compris).

La politique ? Elle n’intéresse Goscinny qu’au prisme d’un caractère, d’un type à portraiturer dont il décrit la vie de faux-semblants, souligne l’écart entre son apparence conservatrice et ses convictions révolutionnaires, entre sa réussite professionnelle et l’échec de sa vie affective, et finalement l’extrême solitude d’un homme psychologiquement malade (Le PDG dans le fruit). Perce alors la gravité de Goscinny.

L’une des nouvelles, Rumeurs, fait songer aux dessins Gossip du peintre et illustrateur américain Norman Rockwell.

« Quand on n’aime pas le rire, il n’y a pas de guérison possible »

En lisant ces 16 chroniques brèves, on entend la voix de Goscinny nous conter ces historiettes et on sourit bien souvent.

Agrémenté d’une courte biographie et d’une bibliographie, ce recueil se lit vite, et se savoure. On reconnaît autrui et soi dans cette galerie de personnages, de choses vues et entendues.

Goscinny, c’est l’esprit parisien fait de finesse et de légèreté, un regard empreint d’humanité, une douce et tendre ironie, une psychologie subtile, la justesse du trait, le refus de la vulgarité, un humour dénué de méchanceté, l’élégance de la simplicité, une sensibilité pudique, un soin de concision, l’art de l’accroche et de la chute. Le goût du calembour affleure rarement (Je suis un compris).

Comment caractériser brièvement le nouvelliste ? Un style simple, une inspiration puisée dans la nature humaine, une expression limpide, une complicité avec le lecteur. Bref, les secrets de l’éternité littéraire.

Pour ceux qui lisent l’hébreu, signalons la parution en Israël du tome 1 des Histoires inédites du petit Nicolas, dont le co-auteur est un autre humoriste, Jean-Jacques Sempé.


René Goscinny, Du Panthéon à Buenos Aires, chroniques illustrées. Préface d’Anne Goscinny. IMAV Editions. Paris, 2007. 110 pages. ISBN : 2 915732 11 6

Site officiel consacré à l’œuvre de René Goscinny :

Cet article a été publié sur Guysen, et sur ce blog le 25 mars 2010.

Lisa Seror « Sud-Nord » / Peintures


Dans le cadre du Festival de culture Juive de Cracovie (27 juin-6 juillet 2014) en Pologne, le Palac Sztuki-Palais des Arts invite Lisa Seror à exposer ses toiles « Les Chaises vides », "travaux porteurs du questionnement"  « Où est notre place ? ».  Les toiles de Lisa Seror sont marquées par l’exode familial de la Tunisie natale et la nostalgie d’une convivialité idéalisée et révolue. Vernissage le 26 Juin 2014 à 17 h.

« Le monde choisit notre destin, puis nous reproche notre destinée… »

Celui de la peintre Lisa Seror est marqué par l’exode, le départ de sa Tunisie natale, de La Goulette, port et agréable cité balnéaire près de Tunis, et dont une large part de la population était Juive. L’été, les Tunisois y passaient leur villégiature, déjeunaient sur les plages de sable fin… Lien ferroviaire : le Tunis-Goulette-Marsa (TGM). Ya Hasra ! (Il fut un temps, jadis, en arabe)

C’est la nostalgie qui guide les pinceaux de la blonde Lisa Seror, primée par la Médaille de la Ville de Paris, et imprègne ses soirées musicales mensuelles à son domicile parisien.

De ses premières œuvres, on remarque des scènes fleurant bon l’orientalisme par la représentation théâtralisée de silhouettes aux costumes bariolés dans un patio vers lequel convergent les regards de spectateurs à leurs balustrades.

Les paysages sont rares, mais imprégnés d’une atmosphère quasi-onirique, émergeant ou se fondant dans le ciel azur ou la mer étale.

L’artiste a évolué vers u

n style accordant une place essentielle, quasi-exclusive aux chaises. Des sièges en déséquilibre, bancals, sur des fonds sombres ou ternes. Signes et témoins d’une absence douloureuse, d’un vide perdurant, d’un départ soudain. Vestiges d’un monde disparu.

Ces tableaux, Lisa Seror les griffe comme pour s’agripper dans un passé figé, conférer l’éternité artistique au temps révolu, écrire par la peinture des bribes d’une histoire révolue, parfois idéalisée.

Elle surprend par des rehauts surgissant de couches fines comme des souvenirs tourmentés affleurent soudainement la conscience, et parfois émaillés de lettres hébraïques surgissant d’un fond sombre, semblant brise un voile grège pour avancer, poursuivre leur chemin en faisant entendre leurs mots sur une histoire occultée (Prière).

En 2012, la Galerie Daniel Besseiche a présenté l’exposition « En quête de place… » de la peintre Lisa Seror.

Dans le cadre du Festival des cultures Juives, le Cercle Bernard Lazare a présenté en juin 2013 l’exposition-installation "Oeuvres picturales Tunis-Paris" de la peintre Lisa Seror.

Dans le cadre du Festival de la culture juive de Cracovie (27 juin-6 juillet 2014), le Palac Sztuki- Palais des Arts invite Lisa Seror à exposer ses toiles « Les Chaises vides », "travaux porteurs du questionnement"  « Où est notre place ? ».  


Du 27 juin au 27 juillet 2014
Au Palac Sztuki
Plac Szczepanski 4.  Krakow 31-011. Poland
Tel.: (0-12) 422-66-16, 423-12-55
Vernissage le 26 Juin 2014 à 17 h 

Du 9 au 24 juin 2013
Au Cercle Bernard Lazare
10, rue Saint-Claude. 75003 Paris
Tél. : 01 42 71 68 19
Vernissage le 9 juin 2013 à 16 h 30 avec un intermède musical.

Jusqu’au 24 novembre 2012
33, rue Guénégaud. 75006 Paris
Tél. : +33 (0) 1 40 46 08 08
Du mardi au samedi de 11 h à 19 h

 Visuels :
El Ghriba
Chevauchée ou le pourquoi pas
Egalité des chances (97 x 195)
Technique mixte acrylique-pigments-papiers-de-soie marouflés

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié le 21 novembre 2012, puis le 6 juin 2013. Il a été actualisé le 24 juin 2014.

jeudi 19 juin 2014

Internet s’est imposé dans les campagnes électorales désignant le grand rabbin de France


Internet s'est imposé dans les élections consistoriales désignant le grand rabbin de France depuis 2008, année d'élection de Gilles Bernheim à cette fonction. Médias communautaires, mais surtout blogueurs et réseaux sociaux s'imposent comme vecteurs privilégiés de candidats à cette fonction spirituelle suprême française. Haïm Korsia a été élu grand rabbin de France le 22 juin 2014.


Quelles différences entre les campagnes 2008 et 2014 ? La réduction des budgets, l'inflation du nombre de candidats, les effets de deux scandales et le changement de générations.

Les points communs ? Les rabbins candidats se situent dans le courant orthodoxe consistorial. Nombre d'entre eux ont des enfants vivant en Israël.

Certes, le programme et la personnalité d'un candidat seuls importent. Mais dans une ère de communication et à une époque de stigmatisation du judaïsme, il s'avère impératif qu'un grand rabbin de France sache communiquer et s'entourer de communicants compétents.

Mais surtout, nul ne s'interroge sur la pertinence de la fonction de grand rabbin de France à l'aube du XXIe siècle. L'empereur Napoléon Ier a institué les Consistoires israélites en 1808. Or, depuis cette date, le judaïsme français institutionnalisé a évolué profondément. Il s'est doté d'associations ou de fédérations entamant le monopole de la représentation des Français juifs, tels le Conseil représentatif des institutions Juives de France (CRIF) dont les Consistoires ne sont pas membres, le FSJU (Fonds Social Juif Unifié), le BNVCA (Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme), etc. Il est irrigué par des mouvements juifs divers : l'Union libérale israélite de France (ULIF) fondée en 1907 et "plutôt "Reform" (UK) ou "Conservative" (USA)", le Mouvement Juif libéral de France (MJLF) créé en 1977, le judaïsme Massorti ("conservateur ou conservative"), le mouvement 'Habad-Loubavitch. Dès lors, combien de Français Juifs représente le Grand rabbin de France ? La moitié de ses coreligionnaires ? Plus ?  Moins ?

Deux candidats en 2008
Blogs de campagne, groupes de soutiens sur le réseau social Facebook, vidéos sur MySpace ou Dailymotion, sites Internet reflétant un débat à l’instar d’une disputatio médiévale et assorti de commentaires de lecteurs… Les diverses opportunités du web ont été particulièrement prisées par les équipes des deux candidats - les grands rabbins Gilles Bernheim et Joseph-Haïm Sitruk - à l’élection du grand rabbin de France (GRF) le 22 juin 2008.

A contrario, les candidats à la présidence du Consistoire central de France ont alors privilégié des médias traditionnels.

Pourquoi ? Plusieurs facteurs explicatifs peuvent être avancés : la plus grande visibilité/proximité de la fonction rabbinique auprès des membres de la communauté, l’alignement sur le recours à Internet lors des campagnes en vue des élections présidentielles et législatives en 2007, l’atout de présenter une image peaufinée du candidat, et les avantages du réseau : modernité, interactivité, rapidité, réactivité, utilisation aisée et ubiquité.

Peut-être aussi la volonté de proches du grand rabbin Gilles Bernheim de contourner un appareil présumé acquis au grand rabbin de France Joseph-Haïm Sitruk pour sensibiliser la base afin qu’elle influe sur les quelques 300 électeurs.

Autre originalité : pour suivre les élections aux deux instances suprêmes du Consistoire central de France, Jack-Yves Bohbot assurait dans son blog un suivi curieux, honnête et de l’intérieur : ce blogueur est en effet vice-président de ce Consistoire. Une initiative critiquée par certains, étonnés par une pratique qui relatait de manière inédite des épisodes et rebondissements de ces campagnes… Quant au blog http://electionsrabbiniques.blogspot.com, il se voulait un observateur neutre et anonyme.

Le grand rabbin Gilles Bernheim articulait sa communication autour de sa figure d’auteur prolifique (http://www.unrabbindanslacite.fr), du site de son groupe de soutien http://www.avenirdujudaisme.fr créé en janvier 2008 et qui éditait une newsletter hebdomadaire, et de son blog de campagne http://www.gillesbernheim2008.fr, densifié par des textes, des vidéos, son programme, un chat, la diffusion en direct d’une soirée d’études parisienne… Le film 24 heures dans la vie du grand rabbin Bernheim (environ 25 minutes) inclus dans l’un des deux DVD envoyés aux électeurs, a été mis sur Internet.

Le grand rabbin de France Joseph-Haïm Sitruk bénéficiait du site http://www.lesamisdugrandrabbin.com, un espace sans connotation électorale et qui proposait les vidéos des cours, conférences, discours et interviews du grand rabbin de France, sans mentionner ses livres ou sa candidature à l’élection du GRF. Ce site était dépourvu de texte et ne listait pas les réalisations du GRF. Un acte volontaire visant à dénoter une absence de vanité et à laisser les Internautes établir ce bilan. Internet était utilisé sur un registre affectif : les personnes attachées au grand rabbin de France Joseph-Haïm Sitruk étaient invitées à y exprimer ce qu’elles ressentaient. Un direct de Jérusalem par satellite au Kotel a eu lieu lors d’une « fête de l’unité » au Zénith.

Selon le blog Electionsrabbiniques2008, les trois groupes de soutien à ce candidat (2 495 membres) devançaient le 6 juin ceux de son rival (895 membres).

Interrogés par L’Arche, des proches des deux candidats indiquaient que cette campagne a suscité un fort engouement qui, pour l’un d’eux, aurait rayonné au-delà de la communauté Juive française.

Espérons qu’une réflexion suivra cette campagne émaillée de graves accusations, parfois véhiculées via sites ou courriels, concernant ces deux candidats et ayant concerné aussi les relations entre juifs et chrétiens.

Peut-être songera-t-on alors à créer une instance de régulation, indépendante et temporaire, pour assurer un meilleur déroulement des campagnes dans le respect de la neutralité de l’institution consistoriale et dans une plus grande transparence ou modération financières afin de ne pas décourager certaines candidatures ou prêter le flanc à des attaques.

Le 12 juin 2008, Raphy Marciano, directeur du Centre communautaire de Paris et de la campagne du grand rabbin Gilles Bernheim, a annoncé que celui-ci publiera ses comptes de campagne.

Six candidats en 2014
Dès le 24 février 2014, Philippe Meyer publiait sur son site Internet une lettre adressée à Joël Mergui, président des Consistoires de Paris Ile-de-France et de France, et signée d'administrateurs du Consistoire ainsi que de rabbins et grands rabbins (Haïm Korsia, Laurent Berros, André Elkiess, Moché Lewin, Mendel Samama, Alain Sénior, etc.), afin que ce président fixe rapidement la date de l'élection du Grand rabbin de France.

Le 3 mai 2014, dix candidats, souvent quarantenaires ou cinquantenaires, étaient candidats à la fonction de grand rabbin de France dont  l'élection aura lieu le 22 juin 2014 : Raphaël Banon, grand rabbin de Toulouse, chef d'entreprise de la société Bara et ayant défendu son droit à porter la kippa devant la Cour d'appel de Paris malgré les menaces choquantes du juge Marcel Foulon, Laurent Berros, rabbin depuis dix ans de Sarcelles (Val d’Oise) - une des deux communautés avec Créteil les plus importantes de la région Ile-de-France - et proche de l’ancien grand rabbin de France, Joseph Sitruk, Elie Elkiess, un des responsables de la cacherout au Consistoire israélite de Paris, Bruno Fiszon, grand rabbin de Metz et de Moselle et vétérinaire spécialiste de l’abattage rituel (che'hita) qu'il défend dans les instances européennes contestant cette pratique, Olivier Kaufmann, rabbin de la synagogue de la place des Vosges à Paris, directeur du Séminaire israélite de Paris depuis janvier 2013 et co-grand rabbin de France par intérim au côté du grand rabbin de Paris, Michel Gugenheim, depuis la démission de Gilles Bernheim en 2013, Haïm Korsia, aumônier des armées depuis 2007, ancien rabbin de Reims auquel a été consacré un documentaire, collaborateur des deux précédents grands rabbins de France, et défenseur du droit pour les étudiants Juifs de ne pas passer leurs examens lors de Chabbat et de fêtes juives, Yoni Krief, rabbin de Nantes et aumônier régional des prisons, Meïr Malka, qui a été actif dans les conversions au consistoire de Paris, Alain Senior, grand rabbin de Créteil depuis environ vingt ans, et ancien secrétaire particulier de Joseph Sitruk, et David Shoushana, rabbin de Nice, de Martinique et maintenant de Charenton-le-Pont (Val de Marne).

Après le retrait du rabbin Bruno Fiszon, puis d'autres candidats, restent six candidats : Laurent Berros, Olivier Kaufmann, Haïm Korsia, Meïr Malka, Alain Senior et David Shoushana. Tous six rabbins franciliens. Comme si les rabbins de province étaient exclus de facto de toute candidature.

Parmi ces six rabbins, certains sont médiatisés, tel Haim Korsia qui a participé dès 2006, et pendant plusieurs années, sur Direct 8,  avec le père Alain de La Morandais et  l'anthropologue Malek Chebel, à l’émission télévisée Les enfants d’Abraham et auquel le réalisateur avait consacré un documentaire en 1999. Le visage d'Olivier Kaufmann est familier des téléspectateurs car ce rabbin officie lors de cérémonies télévisées telles celle du souvenir diffusée sur France 2 le dernier dimanche avant Rosh HaChana (Nouvel an juif) et celle à la mémoire des victimes des rafles et d'hommage aux Justes de France. Il est vraisemblablement le rabbin ayant le carnet d'adresses dans le Tout-Paris, politique, médiatique, artistique, militaire, religieux le plus densément rempli.

Quant à Raphaël Banon et Alain Senior, ils s'étaient déjà présentés à l'élection au grand rabbinat de Paris en 2012 et avaient été interviewés par des médias et blogs communautaires, dont celui créé par l'association Avenir du judaïsme  médiatisée lors de la polémique récente sur le guet.

Certains sont issus de lignées familiales rabbiniques : tels les rabbins Olivier Kaufmann, petit-fils du grand-rabbin Henri Schilli (1907-1975), ancien directeur du Séminaire israélite de France et grand rabbin de France par intérim avec le grand rabbin Jacob Kaplan (1952-1955), et Alain Chlomo Senior (quatre générations de rabbins).

Mais beaucoup de rabbins candidats exercent en province ou en banlieue et sont donc inconnus ou méconnus de la majorité des Français Juifs lambda. Aussi, ils se sont rendus dans les communautés Juives de la province française, et ont répondu aux interviews de médias communautaires - journaux, radios - et de blogueurs.

Sur la fréquence francilienne, RCJ, Radio J, Radio Shalom et Judaïques FM ont consacré un temps important à interviewer des candidats. Sur Radio Shalom, Olivier Gandus a obtenu l'acquiescement du rabbin Olivier Kaufmann sur l'autorisation donnée à un imam de parler à la bimah (estrade de lecture dans la synagogue). Mais aucun des deux ne s'est intéressé au discours qui serait tenu par cet imam. A l'instar du candidat à la Présidence de la République François Hollande, c'est par une anaphore que le rabbin Olivier Kaufmann a présenté son programme sur RCJ. Les candidatures de ces rabbins de province intéressent la presse locale : ainsi, Maville Nantes interroge le rabbin Yoni Krief.

Actualité juive hebdo a couvert cette élection par un dossier sur le mode d'élection, la nature et la pertinence de la fonction de grand rabbin de France, par quatre questions/quatre réponses de huit candidats, car le rabbin Raphaël Banon n'a pas souhaité s'exprimer, par la republication d'un éditorial de son fondateur Serge Benattar relatif à la précédente élection du grand rabbin de France et un article sur certaines vidéos des candidats. Des articles disponibles sur le site Internet du journal.

De même, Hamodia informe sur les qualités attendues du grand rabbin, ainsi que sur les parcours et les professions de foi des candidats.

Manque de temps ou ignorance concernant la création de blogs et de comptes sur les réseaux sociaux et l'importance de la communication digitale, peu de candidats ont utilisé Internet, même s'ils sont présents sur LinkedIn ou Video.

Comptes sur FacebookLaurent Berros. Pour un souffle nouveau (1 580 J'aime) - et Twitter (79 abonnés), site Internet éponyme avec revue de presse et vidéos, chaîne YouTube avec une dizaine de vidéos... La campagne numérique du rabbin Laurent Chalom Berros s'avère exhaustive, et suppose une équipe particulièrement dynamiqueC'est également sur YouTube que Laurent Chalom Berros a publié le 6 mai 2014 son message officiel de campagne - 2 959 vues - dans lequel il revient sur son parcours - rabbin à Montpellier, puis à Sarcelles - "petite Jérusalem avec ses 27 synagogues, ses huit écoles, ses 26 commerces cacher, son Kolel" et "modèle de réussite et d'unité" - dans le département du Val d'Oise qui "à lui seul compte 30 000 Juifs". Le Parisien consacre un article à ce "rabbin de proximité" tant la communauté Juive de Sarcelles est importante. Ce candidat arrive en tête d'un sondage d'Actualité juive.

C'est le chroniqueur judiciaire Clément Weill-Raynal sur France 3 et pour Actualité juive qui a alerté son ami le grand rabbin Olivier Kaufmann sur les erreurs concernant les diplômes obtenus figurant sur la page de ce rabbin sur Wikipedia. Des erreurs rectifiées, et objets de rumeurs d'autant plus graves après le scandale de l'agrégation de philosophie attribuée à tort au grand rabbin Gilles Bernheim. Youtube héberge cinq vidéos postées tardivement, dans les derniers jours de la campagne, dont trois interviews du candidat : l'une sur RCJ par Shlomo Malka (195 vues), l'autre par la journaliste médicale du Figaro Martine Perez (276 vues) et la troisième sur Radio Shalom. Posté le 19 juin 2014, le clip de campagne du rabbin Olivier Kaufmann a été vu 1 657 fois. Une communication digitale tardive.

C'est cependant par une vidéo réalisée à la fin d'une conférence à Nancy le 30 avril 2014 et  publiée le 1er mai 2014 sur Youtube que le rabbin Haïm Korsia a annoncé sa candidature (1 071 vues). Le  2 mai 2014, ce membre du Conseil d'administration de l'OSE (Oeuvre de Secours aux enfants) a reçu sur Facebook le soutien de Roger Fajnzylberg, précédent directeur général de l'OSE, délégué général de la Fondation OSE MES (Mémoire Enfance Solidarité) et signataire en 1996 d'un appel contre « la judaïsation de Jérusalem-Est » qu'il n'a pas renié publiquement. Le rabbin Haim Korsia n'a pas été interrogé sur ce soutien problématique dont il ne s'est pas distancé.
Ce candidat a aussi créé sa page Facebook intitulée Haïm Korsia Grand Rabbin de France (1 204 J'aime). Il alimente Youtube en interview, notamment celle "Je suis prêt" dans laquelle il est interviewé par Olivier Lerner, présenté comme "journaliste", alors qu'il s'agit d'un "ancien journaliste sur France 2 (1984-2001)" et actuel directeur d'Olivier Lerner Conseils, "formation et coaching pour les interventions orales des dirigeants" dont les  clients sont l'ENA, Sciences Po, des écoles de journalisme, etc.
Le rabbin Haïm Korsia a publié sur son compte Twitter des informations sur sa campagne et ses positionsEn 2004, il avait déclaré vouloir inviter l'humoriste controversé Dieudonné au camp d'Auschwitz, car ce dernier est « l'un des rares à pouvoir parler à ces jeunes désocialisés qui insultent des Juifs. Bien malgré lui, il est devenu l'icône de ceux qui veulent s'opposer aux Juifs. Je suis certain qu'il peut avoir un impact positif sur ces jeunes qui peuvent avoir un rejet du judaïsme ». Devant la réprobation générale, notamment celle du grand rabbin de France Joseph Sitruk dont il était le conseiller, le rabbin Haïm Korsia avait abandonné son projet. Par sa proximité avec le grand rabbin Sitruk, c'est un habitué des campagnes consistoriales. Il est curieux que le Séminaire israélite n'ait pas prévu des cours idoine afin de remédier aux problèmes d'élocution de rabbins qui souffrent, comme le rabbin Haïm Korsia d'une articulation insuffisante. Ce qui rend l'écoute de ses discours souvent ardue.

Très peu de médias l'ont interrogé sur les accusations de plagiat visant deux de ses livres : "Être juif et français. Jacob Kaplan le rabbin de la République (2006) et La Kabbale pour débutants (2007). "Dans le premier cas, les emprunts à un ouvrage de 1990 sur les institutions juives sous Vichy, L'étoile et la francisque, de Maurice Moch et Alain Michel, vont de quelques lignes à une page entière", relève le site Fait-Religieux (4 juillet 2014). Sur un ton un brin agacé, le rabbin Haim Korsia a indiqué avoir utilisé un logiciel concluant au très faible pourcentage des similitudes. Mais sans indiquer le pourcentage, sans communiquer tous les résultats de cet examen.

Le 2 juin 2014, le rabbin Meyer Malka a publié sa vision du grand rabbin de France en étant filmé assis, devant une bibliothèque (732 vues). Une des onze vidéos diffusées sur sa chaîne Youtube et sur son site Internet. Celui-ci présente son CV, son programme, etc. Il a annoncé le retrait de sa candidature le 21 juin 2014 au soir, après chabbat.

En plus de son compte Facebook, le rabbin Alain Senior dispose d'une page Facebook dédiée à sa candidature et appelée Bâtir ensemble l'avenir de notre communauté. Election du grand rabbin de France 22 juin 2014. A noter le drapeau tricolore à gauche de son affiche de campagne. Le 13 mai 2014, il a publié sur Youtube la vidéo expliquant sa candidature (1 570 vues). Il "a expérimenté ses projets dans la communauté de Créteil" et évoque ses contacts aux plus hauts niveaux politiques. Son site Internet comprend son programme, des vidéos, une revue de presse, etc. Dans le bureau de cette "belle synagogue" de Créteil, il est interviewé par Michel Zerbib, rédacteur en chef de Radio J.

C'est aussi Youtube que le rabbin David Shoushana, ancien étudiant en aéronautique au Technion, a choisi pour y publier son clip de campagne le 1er juin 2014 dans lequel témoignent des fidèles (2  268 vues). Son compte Facebook (756 vues). Après avoir officié en Martinique, à Toulouse, Grenoble et Nice, David Shoushana est le rabbin de  Charenton-le-Pont, une "communauté dynamique, jeune". Son slogan : "Insufflons une nouvelle énergie pour le judaïsme".

Finalement, ce sont des blogs ou médias électroniques - JSSNews a interviewé le rabbin David Shoushana - qui ont publiés les articles les plus intéressants sur Internet. Le professeur de Sciences politiques et droit Raphaël Drai est l'auteur d'une tribune publiée par Actualité juive et sur son blog. A noter que Bernard Musicant a publié sur son blog du Jérusalem Post sa série remarquable d'interviews de six candidats.

Si certains candidats ont émis des propositions intéressantes - adoption de mesures préconisées par la Conférence des rabbins européens sur le guet (divorce religieux), présence permanente d'un représentant du Consistoire israélite de France dans les instances européennes pour prévenir les actions hostiles au judaïsme, etc., d'autres se sont contentés de promesses vagues, notamment en évoquant le combat contre l'antisémitisme et le dialogue judéo-musulman sans en préciser la teneur. Pourtant celle-ci est liée étroitement à celui-là.

En outre, la crise affectant la fonction rabbinique en France est largement occultée et non entièrement résolue par l'application des mesures préconisées par des candidats (reconnaissance à l'international des rabbins formés en France, délocalisation à Strasbourg du Séminaire israélite formant les rabbins).

Par ailleurs, l'aspect financier de cette fonction est largement occulté. Un communiqué de Sammy Ghozlan, membre du Conseil d'administration du Consistoire central de France, avait révélé le 28 février 2014, et sur Facebook, que le "montant mensuel total du salaire et des services" du Grand rabbin de France "s'élèvent à plus de 25 000 euros", et "à 34 000 euros par mois, si on rajoute son staff". Un communiqué guère repris par les médias communautaires... 

Enfin, Akadem s'est interrogé A quoi sert un grand rabbin de France ? et l'association Avenir du judaïsme, qui s'était indignée de modifications apportées sur la liste des électeurs, a publié le 19 juin 2014 sur son site Internet et via sa newsletter l'article Quel Grand Rabbin... pour la France ? sur cette élection cruciale, et le 20 juin 2014, a réagi aux explications de la Commission électorale du Consistoire centrale justifiant ces modifications par une actualisation liée aux résultats des élections consistoriales de l'automne 2013. Des arguments qui n'ont pas convaincu  l'historien Claude Nataf qui, interviewé sur Judaïques FM le 23 juin 2014, a déclaré que Joël Mergui lui avait dit avoir choisi de retenir parmi les grands électeurs les seuls présidents de communautés. Or, Claude Nataf a relevé parmi ces électeurs les noms de membres, et non de présidents, de communautés, souvent proches de Joël Mergui.

Trois cent quinze électeurs représentant les communautés Juives françaises, consistoriales et associées, ont voté le 22 juin 2014.

Au second tour de scrutin, Haïm Korsia, aumônier des Armées âgé de 51 ans, a été élu grand rabbin de France par 131 voix contre 97 pour le rabbin Olivier Kaufmann, âgé de 47 ans. Son mandat dure sept ans.

On peut s'étonner que le ministre de l'Intérieur chargé des Cultes, alors Manuel Valls, dont la parole avait été déterminante pour convaincre in extremis Gilles Bernheim de se mettre en congé de la fonction de Grand rabbin de France, soit resté silencieux malgré les rumeurs de plagiats visant Haïm Korsia.

[2] https://twitter.com/lbrdsv
[3] https://www.youtube.com/channel/UCzMSpOAqopy_Z3LxQ-644lg/videos
[4] https://www.youtube.com/watch?v=mLPDnj7EjWU
[5] https://twitter.com/OlivierKaufmann
[6] https://www.youtube.com/watch?v=CLL_BikQcJE
[7] https://www.youtube.com/watch?v=cKLxtC0e9HY
[8] https://www.youtube.com/watch?v=zbcfI4NgNUs
[9] https://www.facebook.com/pages/Haim-Korsia-Grand-Rabbin-de-France/525538530889561
[10] https://twitter.com/HaimKorsia
[11] https://www.youtube.com/watch?v=JJGl3l6ThfQ
[12] https://www.youtube.com/watch?v=Ba8dpglKAoo
[13] http://rabbinmalka.free.fr/MeyerMALKA/appel-du-18-juin-2014.html
[14] https://www.facebook.com/profile.php?id=100008305621192&fref=ts
[15] https://www.facebook.com/events/1503511629879818/
[16] https://twitter.com/RabbinSenior
[17] https://www.youtube.com/watch?v=qTWYQCPXcAY
[18] http://rabbinsenior.over-blog.com/
[19] https://www.facebook.com/ravshoushanacgrf?fref=ts
[20] https://www.youtube.com/watch?v=vFtqb0CAZvY

Sources du tableau synoptique des soutiens des deux candidats au 6 juin 2008 : http://www.jackyvesbohbot.fr/mon_weblog/2008/05/le-net-sinvite.html et http://electionsrabbiniques.blogspot.com)
  

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Cet article a été commandé en 2008, mais non publié, par L'Arche.
Il a été republié le 5 juin 2013 à l'approche de mon interview par Radio Chalom Nitsan le 6 juin 2013 vers 13 h 30-13 h 40. J'y ai évoqué notamment le scandale lié aux plagiats du Grand Rabbin Gilles Bernheim, le diner du CRIF en 2013 et j'ai rendu un bref hommage à Elie Szapiro (1939-2013).
Il a été actualisé le 17 septembre 2015.