Citations

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« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

dimanche 12 juillet 2020

George Clooney


George Clooney est un acteur, scénariste, producteur (Section Eight, Smokehouse) et réalisateur américain né en 1961. Célèbre grâce à son rôle de médecin dans la série télévisée « Urgences », il a tourné sous la direction notamment de Steven Soderbergh et des frères Coen, avant de réaliser des films dès 2002. Démocrate, il s'est engagé notamment contre la guerre en Irak. Arte diffusera le 13 juillet 2020 « Good Night, and Good Luck » réalisé par George Clooney.

« West Side Story » par Robert Wise 
Fred Zinnemann (1907-1997)

George Clooney est né en 1961 dans une famille aux origines irlandaise, allemande et anglaise. Son père était journaliste et présentateur de télévision, puis en 2004 s’était présenté aux élections au Congrès. Sa tante est Rosemary Clooney, chanteuse et actrice, ayant épousé l’acteur José Ferrer.


George Clooney étudie le journalisme, puis débute une carrière d’acteur.

En 1994, il incarne le docteur Doug Ross dans les cinq premières saisons la série télévisée "ER" (Urgences). Un rôle qui lui assure une célébrité mondiale. 


Dans sa filmographie comme acteur, citons notamment : "Hors d'atteinte" de Steven Soderbergh, "Batman et Robin" de Joel Schumacher, "O'Brother", comédie de Joel et Ethan Coen, pour laquelle il reçoit le Golden Globe du meilleur acteur dans un film musical ou de comédie, "La Ligne rouge", de Terrence Malick, "Syriana" de Stephen Gaghan.



George  Clooney a réalisé "Confessions d'un homme dangereux" (Confessions of a Dangerous Mind, 2002), "Good Night and Good Luck" (2005), "Jeux de dupes" (Leatherheads, 2008), "Les Marches du pouvoir" (The Ides of March, 2011), "Monuments Men" (The Monuments Men, 2014), "Bienvenue à Suburbicon" (Suburbicon, 2017), "Catch 22" (deux épisodes de la mini-série, 2019) et "The Midnight Sky" (2020).

Divorcé de l'actrice Talia Balsam en 1993, époux de l’avocate libano-britannique Amal Alamuddin depuis 2014, George Clooney est père de jumeaux. 

La journaliste Debbie Schlussel a décrit une famille Alamuddin anti-israélienne et évoqué un manuel de droit écrit par Amal Almuddin et qui serait anti-israélien. A l'été 2014, Amal Alameddine, probablement pour ne pas nuire à son fiancé, avait décliné la proposition de l'Organisation des Nations unies (ONU) d'une commission d'enquête sur d'éventuels crimes de guerre commis lors de l'intervention armée israélienne « Protective Edge » (Bordure protectrice, 8 juillet-26 août 2014) contre le mouvement terroriste Hamas dans la bande de Gaza. Elle avait écrit  son horreur suscitée par les "victimes civiles dans la bande de Gaza occupée", sans aucune empathie pour celles en Israël ciblées par le Hamas : “I am horrified by the situation in the occupied Gaza Strip, particularly the civilian casualties that have been caused, and strongly believe that there should be an independent investigation and accountability for crimes that have been committed".

Membre du think tank Council on Foreign Relations (CFR), George Clooney s'est opposé à la guerre en Irak en 2003, a soutenu Barack Hussein Obama et a agi dès 2006 pour que prenne fin le génocide au Darfour. En septembre 2006, il avait été reçu avec Elie Wiesel par le Conseil de sécurité des Nations unies à cette fin. 

Philanthrope, George Clooney a donné avec son épouse un million de dollars en 2020 pour la recherche concernant le coronavirus. Il avait collecté des fonds en 2001 en faveur des victimes des attentats du 11 septembre, puis ceux du tsunami en 2004 et et ceux du cyclone Katrina en 2005. Il a aussi engrangé des revenus importants de spots publicitaires.


En 2018, George Clooney a été le narrateur du documentaire "Never Stop Dreaming: The Life and Legacy of Shimon Peres" réalisé par Richard Trank et produit par le Centre Simon Wiesenthal.


« Good Night, and Good Luck » 
Arte diffusera le 13 juillet 2020 « Good Night, and Good Luck » (« Bonne nuit et bonne chance », Ndt) réalisé par George Clooney avec George Clooney (Fred Friendly), Robert Downey Jr. (Joe Wershba), Jeff Daniels (Sig Mickelson), David Strathairn (Edward R. Murrow), Patricia Clarkson (Shirley Wershba), Frank Langella (William Paley), Ray Wise (Don Hollenbeck). La musique comprend des standards de jazz, dont "How High the Moon" et "One for My Baby".

« Devant et derrière la caméra, George Clooney retrace la lutte acharnée d’un grand journaliste américain contre le maccarthysme. Un manifeste politique au charme capiteux ». Mais au simplisme lassant.

Durant la Guerre froide opposant le camp communiste mené par l'Union soviétique au camp occidental dirigé par les Etats-Unis, « dans les années 1950, aux États-Unis, le sénateur Joseph McCarthy lance une féroce chasse aux sorcières contre les communistes, ou supposés tels, vivant sur le sol américain ».

« Dans le monde des médias, peu se risquent à s’opposer à lui ».

« Le présentateur de CBS Edward R. Murrow, son producteur Fred Friendly et leur équipe de journalistes osent pourtant garder leur indépendance, dénonçant l’idéologie et les pratiques de l’homme politique, qui contaminent petit à petit toutes les couches de la société, et notamment les institutions ».

« Se réclamant de la liberté d’expression et d’une éthique journalistique exigeante, Murrow se révèle chaque semaine plus offensif et n’hésite pas à défier la direction de CBS ».

"Bonne nuit et bonne chance", l’expression fétiche par laquelle Edward R. Murrow prenait congé des téléspectateurs, s’adressait aussi à l’Amérique tout entière ».

« Le pays en avait besoin : la paranoïa généralisée instillée par le maccarthysme menaçait la liberté de chacun, dans un climat de suspicion pas si éloigné, finalement, de celui qui régnait dans le bloc de l’Est ».

« Dans ce contexte sulfureux, la rédaction de CBS fut un modèle de journalisme indépendant et courageux, dévoué à son magnétique "frontman" (interprété par le très classieux David Strathairn) ».

« Pour son deuxième film comme réalisateur (après "Confessions d’un homme dangereux"), George Clooney élabore un huis clos au raffinement assumé : noir et blanc distingué, ambiance jazzy, mouvements de caméras veloutés ».

« Au cœur de la cellule de réflexion éditoriale, dans les coulisses de la chaîne, les tensions montent, les doutes cheminent, les pressions et le chantage parviennent à s’insinuer, mais avec style et élégance ».


« Edward R. Murrow défendait aussi une télévision intelligente, qui ne se réduise pas à une "machine à divertir", ni à "des câbles et une lumière dans une boîte". Un manifeste essentiel, doublement politique ».


« Good Night, and Good Luck » inclut des archives en noir et blanc montrant le sénateur Joseph McCarthy, ainsi que brièvement Robert Kennedy, membre de l'équipe du Comité sénatorial présidé par ce politicien. 

Ce qui a contribué au choix du tournage avec une pellicule en couleurs et, durant la postproduction, une "rectification chromatique" a été effectuée.

Le film a été généralement bien accueilli par la critique. Cependant, certains lui ont reproché sa vision manichéenne, d'avoir éludé  tous ceux - journalistes, élus démocrates et républicains - s'étant opposés victorieusement à McCarthy, et surtout d'avoir occulté les archives déclassifiées ayant révélé que l'Union soviétique disposait d'agents ou de sympathisants communisants, voire communistes, occupant des fonctions susceptibles d'influer sur l'administration américaine. Tous faits pouvant contredire la thèse simpliste du film.

En 2006, « Good Night, and Good Luck » a été nommé dans six catégories, dont celles du Meilleur Film, Meilleur réalisateur et Meilleur acteur, aux Oscar et aux BAFTA, ainsi que dans quatre rubriques aux Golden Globes.

A la Mostra de Venise, il a été distingué par la Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine pour David Strathairn et par le Prix Osella pour le meilleur scénario pour George Clooney et Grant Heslov. Il a aussi reçu le Prix de l'European Film Academy.


Curieusement, George Clooney ne s'est jamais indigné contre le "Deep State" (Etat profond, Ndt), cette bureaucratie politisée, généralement gauchiste qui représente un grave danger pour la démocratie américaine en entravant l'action des Présidents élus. Une menace prouvée par l'article d'Opinions "I Am Part of the Resistance Inside the Trump Administration" (Je fais partie de la résistance dans l'administration Trump), sous-titré "I work for the president but like-minded colleagues and I have vowed to thwart parts of his agenda and his worst inclinations", à l'auteur anonyme, et publié par The New York Times (5 septembre 2018). 


"Spartacus"
"Spartacus" est "un grand péplum hollywoodien pas comme les autres" réalisé par Stanley Kubrick (1960). "Tourné durant les derniers soubresauts du maccarthysme, ce film, mis en scène par Stanley Kubrick avec la complicité de Kirk Douglas, dénonce le fascisme à travers une révolte d'esclaves. Un des premiers péplums "adulte", porté par la magie du Cinémascope et une distribution impeccable : Kirk Douglas, Laurence Olivier, Charles Laughton, Jean Simmons et Tony Curtis."

En 2012, Open Road Media a publié I Am Spartacus! Making a Film, Breaking the Blacklist, de Kirk Douglas, alors âgé de 95 ans. Un livre électronique préfacé par George Clooney et illustré de photographies inédites du tournage. Et, dans sa version audio, ce livre est lu par… Michael Douglas, fils de Kirk Douglas, acteur et producteur de films ayant marqué l'histoire du cinéma.

« En 1959, Kirk Douglas met en chantier, en tant que producteur, un projet considérable : l'adaptation de Spartacus, best-seller d'Howard Fast. Stanley Kubrick sera le réalisateur, Douglas jouera le célèbre esclave rebelle, Laurence Olivier, Tony Curtis, Jean Simmons, Peter Ustinov, Charles Laughton tiendront des rôles secondaires. Pour l'adaptation, Douglas engage le grand scénariste Dalton Trumbo. Or celui-ci, inscrit sur la liste noire de Joseph McCarthy, vient de passer un an en prison. Il doit donc travailler sous pseudonyme.

 Dans ce livre publié aux Etats-Unis en 2012, l'acteur « décrit la mise en place d'un projet de grande envergure ; les relations orageuses avec Kubrick, avec qui il venait de tourner - et de produire - Les Sentiers de la gloire ; les caprices des acteurs, notamment la rivalité entre Ustinov et Laughton ; les difficultés pour parvenir à un montage définitif. Livre à la fois au passé et au présent, mémoires et prise de parole d'un acteur soucieux depuis toujours de la chose politique, I am Spartacus ! raconte l'épopée du film qui permit à Hollywood de tourner enfin la page de la liste noire  ».

« Quand je repense à Spartacus aujourd'hui - avec plus de cinquante ans de recul - je suis sidéré que toute cette histoire ait réellement eu lieu. Tout était contre nous : la politique de l'ère McCarthy, la concurrence avec un autre film - tout », observait Kirk Douglas.



« Good Night, and Good Luck » de George Clooney 
Etats-Unis, France, Royaume-Uni, 2005, 93 minutes
Scénario : George Clooney, Grant Heslov
Production : Warner Independent Pictures, Section Eight
Producteur : Grant Heslov
Image : Robert Elswit
Montage : Stephen Mirrione
Musique : Jim Papoulis
Avec George Clooney (Fred Friendly), Robert Downey Jr. (Joe Wershba), Jeff Daniels (Sig Mickelson), David Strathairn (Edward R. Murrow), Patricia Clarkson (Shirley Wershba), Frank Langella (William Paley), Ray Wise (Don Hollenbeck)
Sur Arte le 13 juillet à 20 h 55
Visuels : © 2015 Studiocanal

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Les citations sont d'Arte.

Matisse, Cézanne, Picasso... L’aventure des Stein


Après le Grand Palais, le Metropolitan Museum of Art a rendu hommage à une famille Juive américaine fortunée, les Stein par l'exposition The Steins Collect: Matisse, Picasso, and the Parisian avant-garde. Amateurs d’art éclairés, Léo, Gertrude, Michael et son épouse Sarah Stein s’installent à Paris entre 1902 et 1904. Là, ces collectionneurs au regard averti découvrent, soutiennent ou/et font apprécier Manet, Degas, Cézanne, Matisse, Picasso, Braque... Bref, les avant-gardes artistiques de la première moitié du XXe siècle. Une exposition itinérante, dense, passionnante et didactique qui a suscité une polémique aux Etats-Unis en raison de l'occultation par cette exposition des relations entre Gertrude Stein et Bernard Faÿ, collaborationniste, et de l'hommage rendu par le président Barack Obama, lors du Mois du patrimoine Juif, à cette collectionneuse Juive admiratrice d'Adolf Hitler. Les 12, 19 et 26 juillet 2020 de 14 h à 16 h 30 et 2 août 2020 de 14 h à 17 h, Cultures-J propose "Picasso, Modigliani, Steinlen : L'École de Paris à Montmartre". 

La collection Jonas Netter. Modigliani, Soutine et l'Aventure de Montparnasse
Discovering the Impressionists: Paul Durand-Ruel and the New Painting
Picasso, Léger, Masson : Daniel-Henry Kahnweiler et ses peintres
Matisse, Cézanne, Picasso... L’aventure des Stein
« La famille Stein : la fabrique de l'art moderne » d’Elizabeth Lennard


« Leurs pieds nus sont chaussés de sandales delphiques, Ils lèvent vers le ciel des fronts scientifiques ».  Apollinaire [à propos des Stein], octobre 1907


Après le Museum of Modern Art de San Francisco (21 mai-6 septembre 2011), le Grand Palais puis le Metropolitan Museum of Art de New York (28 février-3 juin 2012) présentent cette exposition The Steins Collect… Matisse, Picasso, and the Parisian Avant-Garde réunissant 248 œuvres : peintures, sculptures, dessin, lithographies, imprimés et photographies.


Soit un ensemble exceptionnel d’oeuvres des collections des Stein : Renoir, Cézanne, Picasso, Matisse, Manguin, Bonnard, Vallotton, Laurencin, Gris, Masson, Picabia….


Une famille singulière

Féru d’art de la Renaissance italienne, ami et disciple de l’historien d’art Bernard Berenson, Leo Stein (1872-1947) s’installe à Paris en décembre 1902 où il se lance comme peintre, puis développe « une théorie esthétique de l’art moderne mise en oeuvre à travers une collection ».


Interrompant ses études de médecine psychiatrique et de psychologie auprès notamment de William James, Gertrude Stein, sa sœur cadette, le rejoint en 1903 pour se consacrer à l’écriture. Passionnée de peinture, elle rencontre des cercles artistiques et découvre les premiers tableaux de Picasso, Braque, Gris et Matisse. Elle tisse des liens très étroits avec les artistes et plus particulièrement avec des photographes dont Man Ray, Cecil Beaton et Van Vechten.


Le frère aîné, Michael Stein (1865-1938) s’y établit en 1904 avec sa femme Sarah (1870-1953) et leur fils Allan. Il projette d’ouvrir un magasin d’antiquités. « Garant de la sécurité financière de la famille, il consolide leurs revenus à partir de l’entreprise familiale de tramways et d’immeubles de rapport à San Francisco ». Après des études en musique et en histoire de l’art, Sarah Stein partage la curiosité et l’intérêt enthousiaste de Leo et de Gertrude Stein pour l’art.


« Cultivés, sensibles, issus d’une famille Juive cosmopolite, peu soucieux des normes sociales, plus proches de la bohème artistique que de la grande bourgeoisie américaine, les Stein vont se révéler être des collectionneurs audacieux et atypiques, développant un mécénat qui se double d’une complicité artistique et intellectuelle : Leo fréquente l’académie Julian, incite Matisse à partager leur séjour en Italie ; Gertrude noue une véritable amitié avec Picasso, construisant son oeuvre littéraire en regard de la peinture ; Sarah soutient Matisse sans réserve, dialogue avec lui sur son travail, lui prête objets japonais et tissus. Aussi, outre l’exceptionnelle collection qu’ils rassemblent essentiellement avant 1914, leur rôle dépasse largement celui de simples collectionneurs » pour atteindre celui d’analystes artistiques.


Leurs « regards impliqués, renseignés et ingénus d’Américains dégagés des conventions établies, ont incontestablement soutenu et stimulé les artistes dans leurs recherches les plus radicales ».


A l’aube du XXe siècle, ces quatre Juifs Américains s’installent sur la rive gauche de Paris : Gertrude Stein (1874-1946), écrivain d’avant-garde, et son frère Leo Stein, rue de Fleurus, Michael le frère aîné avec son épouse Sarah, rue Madame.


Premiers acheteurs de Matisse et de Picasso, ils tiennent salon et accueillent chez eux, pendant les années 1910 et 1920, toute l’avant-garde artistique. Picasso, Matisse, Braque, Apollinaire, Man Ray, Gris… mais aussi les écrivains américains, Hemingway, Fitzgerald… se croisent chez les Stein qui constituent une des plus étonnantes collections d’art moderne décorant leurs appartements.


C’est l'histoire de cette famille surprenante que retrace cette exposition qui souligne l'importance de son ascendant sur les artistes de l'époque. Les Stein ont contribué à « imposer une nouvelle norme en matière de gout dans l'art moderne, à travers le regard de Leo sur les sources de la modernité, ou dans ses échanges avec des intellectuels de l'époque. L'amitié de Gertrude avec Picasso, ses projets échafaudés pour soutenir dans les années 1920-1930 la production "post-cubiste" de Gris, Masson, Braque… »


Le parcours de l’exposition s’articule autour de huit sections pour éclairer chaque membre de la famille Stein : Leo, Sarah et Michael et enfin, Gertrude.


« The Big Four» : Manet, Renoir, Degas, Cézanne, piliers de l’art moderne

Esthète sensible et lettré, Leo Stein forme son regard aussi à travers un tour du monde en 1895 et ses lectures d’ouvrages de philosophie et d’histoire de l’art, comme le guide de peinture italienne de Morelli ou l’histoire de l’art moderne de Julius Meier-Graefe. « L’enseignement de son professeur à Harvard, William James, autour de la notion de « perception tactile » et d’une approche psychologique de la perception, ancre la conception formaliste de l’art » de Leo Stein.


De 1900 à 1902, Leo Stein s’installe à Florence où il fréquente les cercles érudits anglophones, notamment Roger Fry et surtout Bernard Berenson. Il découvre-là, pour la première fois, dans les collections d’Egisto Fabbri et de Charles A. Loeser, les œuvres de Cézanne, catalyseur de son éveil personnel à l’esthétique, le libérateur de la forme pure.

Jeune américain fasciné par l’art européen et ayant précisé son regard par ses dialogues avec des théoriciens et historiens d’art, Léo Stein s’installe à Paris en 1902 pour mieux apprendre la peinture et aiguise son regard aussi en voyant les expositions du Paris du début du XXe siècle.

Il loue une maison-atelier, rue de Fleurus et achète au marchand Vollard ses premiers tableaux de Cézanne ainsi que des lithographies de Renoir, Degas.

Son éducation du regard le mène à construire sa collection selon une esthétique spécifique : Manet, Degas, Renoir et Cézanne constituent l’élément fondateur de l’art moderne.

Fasciné par la Vénus de Giorgione de Dresde qui s’avère la référence sous-jacente de tableaux modernes de nus allongés de sa collection, Leo Stein réunit de nombreuses reproductions photographiques d’oeuvres d’art.

« Adossé à cette connaissance de la peinture italienne, il aiguise son approche de l’art moderne reposant sur les piliers de l’impressionnisme. Il publiera tardivement ses idées fondatrices de l’approche américaine du postimpressionnisme, dans des articles pour la revue The New Republic et dans un ouvrage, The ABC of Aesthetics qui paraît en 1927. Matisse, Cézanne, Picasso… »

La tradition classique à l’épreuve de la modernité
Leo Stein découvre l’impressionnisme à travers le Legs Caillebotte au Musée du Luxembourg et les rétrospectives du nouveau Salon d’Automne. Rejoint par sa sœur Gertrude puis par son frère aîné Michael et son épouse Sarah, il les emmène dans les Salons, les galeries et les musées.

Il « découvre l’oeuvre de Picasso à une exposition collective aux galeries Sérurier en mars 1905 et achète chez le marchand Sagot des peintures de la période rose. Présenté au peintre peu après, avec sa sœur, il est fasciné par la virtuosité de son dessin et lui achète, dès lors, directement et régulièrement dessins et toiles – depuis la période bleue jusqu’à la période précubiste ».

Il réunit « un ensemble étonnant autour du thème classique du nu allongé – parmi lesquels le chef d’oeuvre de Matisse le Nu bleu, souvenir de Biskra – autant de réminiscences pour Leo du schéma prégnant de la Vénus d’Urbin revisité par l’Olympia de Manet ».

Léo Stein a induit les premiers achats de peintures de son frère et de sa sœur. Des acquisitions « qui ressortent d’un goût pour une modernité classique dans la lignée de Manet et de la grande peinture italienne : Manguin, Vallotton, Maurice Denis, les Picasso de la période bleue et rose ».

La révélation « fauve », salon d’Automne 1905
Léo Stein achète La Femme au chapeau, huile de Matisse qui a causé un scandale au Salon d’Automne de 1905 où elle était placée dans la salle des Fauves. Un achat « emblématique de l’audace de la collection Stein, placée sous le signe de l’avant-garde ».

Il « réitère ce geste audacieux en faisant ensuite entrer rue de Fleurus, sa grande composition programmatique Le Bonheur de vivre exposée au Salon des Indépendants de 1906 et le Nu bleu (Souvenir de Biskra), toile décriée du Salon des Indépendants de 1907, réunissant ainsi quelques uns des tableaux les plus radicaux de l’époque ».

Pourtant Leo Stein se tourne progressivement vers Renoir et « échange, dès 1908, ses œuvres de Matisse et de Picasso contre des tableaux du vieux maître des Collettes, contribuant ainsi à la valorisation de sa production tardive ».

Quand il s’installe en Italie en 1914, Leo Stein amène avec lui essentiellement deux toiles de Cézanne et seize Renoir qu’il revendra en 1921 au collectionneur américain Albert Barnes.

Les « Samedis des Stein »
Michael et Sarah Stein habitent avec leur fils Allan au 58 de la rue Madame en 1904 ; Gertrude et Leo Stein vivent au 27 rue de Fleurus.

Michael et Sarah Stein, ces premiers « matissiens » aménagent leur appartement avec des meubles néo-Renaissance, des tapis persans et leur collection d’objets et d’estampes japonais et chinois importée de San Francisco.

Ces deux lieux de la rive gauche deviennent des musées d’art contemporain et des « salons prisés du Tout-Paris artistique : étrangers de passage, intellectuels et artistes parisiens s’y pressent afin de voir surtout les œuvres des deux champions de la collection – Matisse et Picasso ».

Braque, Apollinaire, Picabia, Duchamp, Man Ray, Gris, Laurencin, Masson, mais aussi les écrivains américains, Hemingway, Sherwood Anderson, Fitzgerald… s’y croisent et y découvrent La Joie de vivre et le Nu bleu de Biskra de Matisse, Le Garçon au cheval et Les Trois Femmes de Picasso, Le Portrait de Madame Cézanne de Cézanne et les tableaux de Renoir ou de Gauguin.

Les « amis et connaissances des artistes et des Stein se pressent pour les voir, les samedis soirs – à partir de 18 heures, chez Michael et Sarah, de 21 heures, chez Leo et Gertrude. Salons très informels, les cercles d’expatriés, la bohème artistique – les amis peintres de Leo de l’académie Julian, la bande du Bateau-lavoir, les élèves de Matisse - et les étrangers de passage, s’y réunissent toujours plus nombreux, afin de voir la plus belle collection de tableaux de Cézanne de Paris, les dernières oeuvres de Picasso et surtout de Matisse, commentés par l’avisé Leo ou par l’inspirée Sarah ».

Lieux « de confrontations et d’échanges, ces soirées ont contribué à l’émulation entre Picasso et Matisse dont le Nu bleu (souvenir de Biskra) trouvera écho dans le travail des Demoiselles d’Avignon. Nonobstant la reconstruction fictionnelle faite plus tard par Gertrude Stein, les soirées de la rue de Fleurus étaient, au tout début, de 1905 à 1909, animées surtout par les discours et les facéties de Leo ». Henri-Pierre Roché se souvient de « soirées singulières dont une avec Braque et Marie Laurencin où Leo dansa « la jeune fille et la mort » à la Isadora Duncan ». Alfred Stieglitz raconte sa première visite, ébloui : « Leo se mit à parler. J’ai rapidement compris que je n’avais jamais entendu plus bel anglais, ni quoi que ce soit de plus clair. Il discourait sans fin sur l’art. »

Quand « Leo Stein s’efface progressivement, marquant ses distances vis-à-vis du cubisme naissant, délaissant Matisse pour Renoir, sa sœur acquiert une place nouvelle, celle de l’écrivain - son premier livre Three Lives est publié en 1909 -, et de la protectrice indéfectible et complice de Picasso ». Dans les années 1920 et 1930, La rue de Fleurus devient un salon littéraire dont la figure centrale est Gertrude Stein.

Pour les visiteurs, la Rue Madame offre « la plus complète et vivante des collections d’oeuvres de Matisse, jusqu’à ce que Sarah et Michael n’en perdent une grande partie à Berlin en 1914 ».

En juillet 1914, les Stein prêtent 19 de leurs plus beaux tableaux pour une exposition dans la galerie de Fritz Gurlitt, à Berlin. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale en août 1914 bloque leurs œuvres en Allemagne. Des toiles qui ne seront jamais récupérées.

Après de nombreuses vicissitudes, les Stein sont contraints de les vendre en 1920-21, dispersant ainsi une collection exceptionnelle.

L’Académie Matisse (1908-1910)
Sarah et Michael Stein se lient à Matisse : les Matisse et les Stein, parents et enfants, se rendent souvent visites. Le peintre sollicite régulièrement l’avis de Sarah sur ses œuvres en cours, et lui donne son avis sur les œuvres peintes par Sarah.

En janvier 1908, Sarah Stein persuade ce peintre d’ouvrir une académie où, avec des artistes étrangers - les Allemands, Hans Purrmann, Oskar et Greta Moll, les Américains, Patrick-Henri Bruce, Max Weber et les Stein -, elle suit ses cours.

Au nombre d’une dizaine, les élèves de l’Académie Matisse est accueillie au Couvent des Oiseaux, rue de Sèvres, près de l’atelier de Matisse puis, au printemps 1908, au Couvent du Sacré-Coeur. Dès septembre, les rangs s’étoffent par de nouvelles recrues. Une centaine d’élèves semble avoir été inscrite à cette Académie.

Les notes prises par Sarah témoignent sur cet enseignement « qui reprend les principes académiques classiques d’une pédagogie progressive et rigoureuse depuis les dessins d’après l’antique, puis d’après le modèle jusqu’aux peintures d’académies. Insistant sur l’appréhension des différentes parties d’un motif comme un tout, selon une vision synthétique et expressive, Matisse montre comme exemples à ses élèves ses collections de sculptures africaines, son tableau de Baigneuses de Cézanne et les initie aux théories sur la couleur, soulignant une équivalence musicale ».

Sarah Stein encourage Matisse à expliciter son art aussi par des écrits. Souhaitant que ses recherches plastiques soient comprises et prises au sérieux, Matisse trouve « l’occasion d’énoncer principes et interrogations qui trouveront leur expression dans son premier texte publié le 25 décembre 1908, dans La Grande Revue, « Notes d’un peintre ».

Elle « présente à Matisse l’érudit anglais, spécialiste d’art byzantin, Matthew Prichard, dont la réflexion sur le décoratif influence profondément sa peinture ».


Matisse. Une collection sensible et complète
« Réceptive aux analyses formalistes et psychologiques de l’art de son beau-frère Leo, Sarah Stein développe une sensibilité particulière à la peinture et plus particulièrement à celle de Matisse, qui s’accompagne d’un penchant mystique et prosélyte ».

Premiers grands défenseurs de son art, le couple Stein réunit avant la Première Guerre mondiale une collection exceptionnelle d’œuvres de Matisse. Vers 1907, leur collection s’organise autour du seul Matisse, avec des oeuvres majeures achetées directement à l’artiste, comme Le Luxe I, Le Madras rouge ou, en janvier 1912, Intérieur aux aubergines.

Après 1909, le rythme des acquisitions se ralentit car les cimaises de l’appartement sont saturées, Sarah adhère à la Christian Science Church et la cote de Matisse augmente.

Le Corbusier : une villa pour les Stein (1928-1935)
Sarah et Michael Stein ont dû quitter en 1917 leur appartement de la rue Madame, logeant « successivement dans des appartements parisiens peu spacieux ».

En 1926, ils décident de faire édifier une villa pour cohabiter avec leur amie Mme de Monzie, adepte avec Sarah de la Christian Science Church.

Ils s’adressent à Le Corbusier, choix moderniste, digne de collectionneurs de l’avant-garde, comme aime à le souligner le fondateur de l’Esprit Nouveau : « […] Puis la villa de Monzie, mise définitivement sur pied, ces jours-ci et qui sera un chef d’oeuvre de pureté, d’élégance et de science… Nos clients (Mr. et Mme Stein (Américains) et Mme de Monzie) sont ce que nous avons eu de mieux, ayant un programme bien établi, des exigences multiples, mais ceci étant satisfait, ayant un respect total de l’artiste, mieux, étant gens qui savent de quoi est faite la sensibilité d’un artiste et combien on peut en tirer beaucoup si l’on agit bien. Ce sont eux qui ont acheté les premiers Matisse, et ils ont l’air de considérer que leur prise de contact avec Corbu est aussi un moment particulier de leur vie. […] » (Lettre de Le Corbusier à sa mère, du 5 mars 1927).

Construite par Le Corbusier entre 1927 et 1928, la villa Stein reflète par ses façades blanches et aux lignes géométriques le purisme de Le Corbusier.

Les Stein s’installent en 1928 dans cette villa à Garches.

Devant la montée des périls fascistes, les Stein rentrent définitivement aux Etats-Unis en 1935, amenant le reste de leur collection, dont un chef d’oeuvre acheté en août 1925, Le Thé dans le jardin et La Femme au chapeau racheté à Gertrude en 1915.

Sarah Stein correspondra avec Matisse jusqu’à la fin de sa vie.

Gertrude Stein et Picasso
Gertrude Stein, dont Picasso souhaite faire le portrait en 1906, se lie d’amitié avec le peintre.

Elle débute l’écriture de son ouvrage monumental The Making of Americans, profondément marquée par la peinture de Cézanne, notamment le Portrait de Femme acheté chez Vollard, et les échanges avec Picasso.

« Préoccupés tous deux par la question du réalisme et de l’objet, chacun élabore une écriture relativement hermétique – l’une, littéraire, fondée sur la répétition, et l’autre, picturale, sur la décomposition des volumes ».

Gertrude et son frère accompagnent Picasso pendant l’aventure de la genèse des Demoiselles d’Avignon, acquérant un carnet d’études exceptionnel et le grand tableau, Nu à la serviette (1907).

Lorsque le frère et la soeur se séparent en 1913, Gertrude continue d’acheter des toiles cubistes de Picasso.

L’amitié de Gertrude Stein et de Picasso est scellée par le portrait qui fixe en 1906 et à jamais les traits de l’écrivain. Fasciné par Cézanne, « le peintre s’inspire du Portrait de la Femme à l’éventail accroché rue de Fleurus ; Gertrude place la naissance de son écriture sous l’égide de ce tableau ». A ceux qui critiquent l’insuffisance ressemblance entre le portrait et Gertrude Stein, Picasso répond : « Elle finira par lui ressembler. »

Au fur et à mesure où grandit son amitié avec Picasso, Gertrude Stein « joue un rôle grandissant dans les achats de tableaux ». Son frère et elle achètent vers 1907-08 quatorze études pour les Demoiselles d’Avignon et le Nu à la draperie, « témoignant d’un réel engagement au côté du peintre au moment où il aborde la phase difficile et alors peu comprise de sa peinture pré-cubiste ». Apparaissent alors sur les murs de la rue de Fleurus des oeuvres significatives : le Nu à la serviette et les Trois femmes.

« Construisant son écriture sur la planéité d’un présent continu, une syntaxe dépliée, déconstruite, qui joue de l’oralité de la répétition, Gertrude Stein entreprend en 1910, sa grande fresque, The Making of Americans. Elle rédige des portraits, notamment ceux de Matisse et de Picasso, diptyque publié dans la revue de Stieglitz, Camera Work, en 1912, qui seront perçus comme des textes cubistes, à l’instar des oeuvres de Picasso qu’elle collectionne ».

« L’arrivée d’Alice Toklas, sa compagne, rue de Fleurus, entraîne le partage de la collection, fin 1913. Leo emporte les oeuvres de Renoir et de Matisse, Gertrude garde les Picasso, un seul Matisse, la Femme au chapeau (qu’elle vendra peu après, en 1915, à son frère Michael), et les Cézanne ».

Années 1920 –1930 : le Post-Cubisme et les Néo-Romantiques
Après la Première Guerre mondiale, les artistes que les Stein ont soutenus sont devenus très célèbres, et leurs cotes, inaccessibles.

Proche du marchant d’art Daniel-Henry Kahnweiler (1884-1979), Gertrude Stein soutient cependant dans les années 1920 la production « post-cubiste » de Gris, Braque, Masson… Alors que Léo vit en Italie et que Michael et Sarah sont revenus à San Francisco, Gertrude réside à Paris et dans sa maison dans l’Ain, à Bilignin.

Elle défend un groupe de jeunes peintres, les Néo-humanistes, Francis Rose, Bérard, la production tardive de Picabia, les « Transparents » et les peintures hyperréalistes.

Dans les années 1930, Gertrude Stein « découvre les Transparents de Picabia. Intriguée par les rapports qu’entretient sa peinture avec la photographie, elle renouvelle sa réflexion sur l’art accédant, grâce au peintre, aux prémices de l’abstraction gestuelle ».

Elle « s’entiche vers 1925 de jeunes peintres qualifiés de « néo-romantiques » - Pavel Tchelitchew, Eugène Berman et son frère Léonide, Christian Bérard, Kristians Tonny – qui travaillent pour les Ballets russes ou les Ballets suédois ».

« Les fleurs de l’amitié », collaborations artistiques
Auréolée de son statut de protectrice des arts, amie de Picasso du temps des années héroïques, Gertrude Stein s’entoure depuis la guerre de jeunes Américains venus se former dans la capitale artistique française.

Elle baptise de « Génération perdue » les jeunes écrivains se pressent dans son appartement : Ernest Hemingway, Scott Fitzgerald, Sherwood Anderson.

Alors que les prix des oeuvres de Picasso sont hors de sa portée, Gertrude Stein s’intéresse à Juan Gris et André Masson, deux artistes défendus par le galeriste Kahnweiler. Celui-ci, qui lit avec intérêt ses textes, devient avec Juan Gris un de ses proches amis et contribue à des collaborations artistiques recherchée par l’écrivain. Il publie deux livres d’elle illustrés par Juan Gris et par Lascaux.

Elle « se rapproche des cénacles animés par Cocteau, entourés de poètes, René Crevel, Georges Hugnet, de musiciens, Allan Tanner, Virgil Thomson ». Celui-ci, le « Satie américain », écrit un opéra dont le livret-texte est signé par Gertrude Stein, Four Saints in Three Acts monté à New York en 1934 avec des chanteurs noirs de Harlem et les décors et costumes de Florine Stettheimer.

Gertrude Stein, portraits et Hommages
Engagée auprès de la Croix rouge américaine avec sa compagne Alice Toklas (1877-1967) pendant la Première Guerre mondiale, Gertrude Stein « est devenue une figure populaire, célébrité qui ne fait que croître avec la publication en 1933 de L’Autobiographie d’Alice Toklas. Ses portraits (Vallotton, Cecil Beaton, Man Ray, Jo Davidson, Jacques Lipchitz, Dora Maar, Marcoussis, Picabia, Rose, Tchelitchew, Nadelman…) sont nombreux et contribuent à la construction d’un mythe ».

De célèbres photographes, dont Cecil Beaton, réalisent des portraits de Gertrude Stein et de sa compagne Alice Toklas à des dates clefs de leur vie. Ces clichés révèlent « la complicité, les échanges intellectuels et les relations de confiance voir ludiques qui se passaient entre ces deux femmes et les photographes ». Ces photos « explorent les fameux appartements de la rue de Fleurus puis de la rue Madame décrits par des écrivains et peintres. Elles montrent l’acuité de son regard, sa forte personnalité.

En 1933, L’autobiographie d’Alice B. Toklas, récit de Gertrude Stein sur sa vie de collectionneuse et d’écrivain, rencontre un grand succès. « Enjolivant à son avantage l’histoire de la collection Stein, centrant le récit sur son amitié avec Picasso, l’auteur s’attire des inimitiés, notamment celles de Matisse, de Braque et bien-sûr de Leo, son frère. Pourtant, le mythe Gertrude Stein s’établit durablement ».

Gertrude Stein effectue en 1934 une tournée de conférences aux Etats-Unis – elle est reçue à la Maison Blanche - et préface préface des catalogues d’expositions.

Elle use de ses amitiés avec Marie Cuttoli, propriétaire de la galerie de Beaune, avec la présidente de l’Arts Club de Chicago, Mme Goodspeed, elle incite à des expositions d’artistes qu’elle soutient : Picabia, Francis Rose, Tal Coat ou Balthus.

« Invitée à siéger au comité d’action de l’exposition des Maîtres de l’Art Indépendant de 1937, pour laquelle elle prête ses Picasso et ses Gris, elle défend avec malice son ami Picabia : « Alors naturellement j’ai essayé de placer Picabia mais là il n’y a pas eu d’exception son oeuvre a été accueillie par un non unanime, pourquoi pas ai-je demandé, parce qu’il ne sait pas peindre ont-ils dit, mais tout le monde disait que Cézanne non plus ne savait pas peindre, ah ont-ils dit c’est différent. D’ailleurs il est trop cérébral ont-ils dit, ah oui dis-je la peinture abstraite c’est bien, oh oui ont-ils dit, mais être cérébral sans être abstrait c’est mal dis-je, oh oui ont-ils dit. » (Gertrude Stein, Autobiographie de tout le monde, 1937) ».

Gertrude Stein décède en 1946 « non sans avoir assisté à l’émergence d’une nouvelle abstraction informelle, avec les toutes premières œuvres d’Atlan ».

Des relations troubles sous l'Occupation 
Gertrude Stein manifeste de l'enthousiasme quand le maréchal Pétain signe l'armistice avec le IIIe Reich. De 1941 à 1943, à l'initiative de l'administrateur général de la Bibliothèque nationale de France (BN) Bernard Faÿ qu'elle connait depuis 1926, Gertrude Stein a traduit en américain 32 discours du maréchal Pétain, chef de l'Etat français qui a mené la collaboration avec la puissance occupante allemande nazie sous l'Occupation. Des discours où Pétain évoquait sa politique discriminatoire, antisémite, anticommuniste, hostile aux francs-maçons, etc. Des discours destinés au public américain. Proche de Pétain, Bernard Faÿ (1893-1978), est nommé administrateur général de la BNF après la destitution antisémite à ce poste de Jules Cain, agrégé d'histoire qui sera déporté à Buchenwald. A la BN, Bernard Faÿ met en oeuvre avec ardeur et zèle la politique de Vichy. Il a exercé un ascendant intellectuel sur Gertrude Stein qui a bénéficié, de la part de son protecteur, d'une protection élargie à sa compagne Alice Toklas et à sa collection d'oeuvres d'art. A la libération, bien que soutenu par Gertrude Stein, Faÿ est condamné aux travaux forcés à perpétuité, mais parvient à se réfugier en Suisse en se dissimulant sous l'habit d'un prêtre et est gracié en 1959. Gertrude Stein n'a jamais été inquiétée pour ses écrits sous l'Occupation.

Des faits révélés par la professeur Barbara Will dans son livre Unlikely Collaboration. Gertrude Stein, Bernard Faÿ and the Vichy Dilemna (2011).

C'est aux Etats-Unis que des carences informatives sur les actions de Gertrude Stein à l'égard d'Adolf Hitler et du régime de Vichy ont été relevées dans l'exposition au Metropolitan. Ce qui a amené ce musée fameux à ajouter, plusieurs mois après l'ouverture au public de cette exposition et après de nombreuses protestations, un court texte pour éclairer les visiteurs sur cette facette sombre de Gertrude Stein.

La polémique avait éclaté le 1er mai 2012 aux Etats-Unis. Lors de son discours inaugurant le Mois du patrimoine Juif, le président Barack Obama a loué des Juifs américains pour leur contribution à la société américaine, leur persévérance et leur foi en un avenir meilleur, de "Aaron Copland à Albert Einstein, Gertrude Stein au juge Louis Brandeis". Devant le tollé suscité par la mention de Gertrude Stein, la Maison Blanche a reconnu avoir commis une erreur et a publié sur son site Internet le discours expurgé de... ces quatre noms.

Dans la revue Algemeiner, l'éminent juriste Alan Dershowitz s'était indigné d'occultations et de minorations par ce musée de cette "vérité affreuse" sur Gertrude Stein : son admiration dès les années 1930 pour Hitler  qu'elle souhaitait voir distingué par le Prix Nobel de la Paix, etc. Il a reproché au célèbre musée de déformer la réalité historique.

Ce musée lui a répondu que l'exposition portait sur l'action artistique de Gertrude Stein. Mais a rapidement décidé de présenter ces faits dans son exposition et de mettre en vente dans sa librairie le livre de Barbara Will.

Curieusement, une telle polémique n'avait pas surgi en France...

Dès le 16 décembre 2015, Arte diffusa Les aventuriers de l'art modernesérie de Amélie Harrault et Pauline Gaillard.

Le 7 décembre 2017, la Bibliothèque de l'Hôtel de Ville de Paris a accueilli la conférence de Vincent  La Génération perdue - Des Américains à Paris 1917-1939.

"Picasso, Modigliani, Steinlen : L'École de Paris à Montmartre"
Les 12, 19 et 26 juillet 2020 de 14 h à 16 h 30 et 2 août 2020 de 14 h à 17 h, Cultures-J propose "Picasso, Modigliani, Steinlen : L'École de Paris à Montmartre". "De la fin du 19ème siècle aux premières décennies du 20ème, partez pour un voyage à la découverte de l’École de Paris, mouvement artistique d’une incroyable effervescence, qui a donné à l’art moderne ses plus grands représentants. Ateliers incontournables, cabarets mythiques, maisons d’artistes, grands noms de la peinture mais aussi galeristes ou collectionneurs, cette promenade très complète et enrichie d’anecdotes vous invite à la découverte d’un berceau artistique unique au monde. Suzanne Valadon et son fils Maurice Utrillo, Amédéo Modigliani, Alexandre Steinlen, mais aussi Gertrude et Léo Stein, Berthe Weill, Max Jacob, Tristan Tzara, sans oublier bien sûr Auguste Renoir et Henri de Toulouse-Lautrec, indissociables de Montmartre… Plus de deux décennies d’histoire de l’art moderne n’attendent que vous." 


Du 1er février au 3 juin 2012
Au Metropolitan Museum of Art de New York
1000 Fifth Avenue. New York, New York 10028-0198
Phone: 212-535-7710
Du mardi au jeudi de 9 h 30 à 17 h 30. Vendredi et samedi de 9 h 30 à 21 h. Dimanche de 9 h 30 à 17 h 30

Jusqu'au 22 janvier 2012
Au Grand Palais, Galeries nationales
3 avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris
Entrée : Square Jean Perrin
Tél : +33 (0)1 44 13 17 17 (serveur vocal)
Lundi, vendredi, samedi et dimanche de 9 h à 22 h, mardi de 9 h à 14 h, mercredi de 10 h à 22 h, jeudi de 10 h à 20 h


Visuels de haut en bas :
Affiche
Pablo Picasso
Nu à la serviette, 1907
Huile sur toile, 118x89 cm
Collection particulière
© Succession Picasso 2011
Leo Stein
Autoportrait, 1906
Huile sur toile, 79.5 x 44,5 cm
Collection Particulière
Photo © Rmn-Grand Palais / Droits réservés

Paul Cézanne
Les baigneurs, vers 1892
Huile sur toile, 22 x 33 cm
Lyon, Musée des Beaux Arts, dépôt du musée d’Orsay
© service presse Rmn-Grand Palais (Musée d’Orsay) / René-Gabriel Ojéda


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Cet article a été publié pour la première fois le 14 janvier 2012, puis les 13 février 2013 à l'occasion de l'exposition Les Fleurs américaines au Plateau, à Paris, 14 décembre 2015 et 5 décembre 2017. Il a été modifié le 10 juillet 2020.