Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 1 avril 2020

« L’islam au féminin » de Nadja Frenz


Arte diffusera le 1er avril 2020 « L’islam au féminin » (Der Islam der Frauen) de Nadja Frenz. « Chercheuses, pratiquantes et militantes" - Sineb el-Masrar, Sarah Marsso, Zineb el-Rhazoui -  "s’expriment sur la place de la femme dans la religion musulmane, livrant sans polémique leurs expériences et leurs analyses ».

Vers un « vote halal » en France, en Belgique, en Grande-Bretagne et en Israël ? 
« Humoristes et musulmans » de Frank Eggers  
« Nous, Français musulmans. Du public à l'intime » par Romain Icard 
« Des humanitaires sur le chemin d’Allah » par Claire Billet, Constance de Bonnaventure et Olivier Jobard  
« Oum Kalthoum, la voix du Caire », par Xavier Villetard 
"El Gusto" de Safinez Bousbia
« Al Musiqa. Voix et musiques du monde arabe »
« Nouvelle génération, la bande dessinée arabe aujourd’hui » 
« Riad Sattouf. L’écriture dessinée »
« La croix gammée et le turban, la tentation nazie du grand mufti » de Heinrich Billstein 
« Pour Allah jusqu’à la mort. Enquête sur les convertis à l’islam radical » par Paul Landau
L'Etat islamique 
Interview de Bat Ye’or sur le califat et l’Etat islamique/ISIS 
« Les armes des djihadistes » par Daniel Harrich 
« L'argent de la terreur »
« Alger, la Mecque des révolutionnaires (1962-1974) » par Ben Salama
« Pictures for Peace. La douleur après l’attentat - Hocine Zaourar » par Rémy Burkel 
« Cheikh Zayed, une légende arabe » par Frédéric Mitterrand
« Emirats, les mirages de la puissance », par Frédéric Compain
L’Arabie saoudite 
La Ligue islamique mondiale, de Paris à Auschwitz
L’Irak, une ex-mosaïque ethnico-religieuse 
« Iran-Irak, la guerre par l'image » par Maryam Ebrahimi
« Oman, au pays des contes » par Nadja Frenz
Le keffieh, c'est tendance !

Dans son programme intitulé "Une saison documentaire 2019-2020", Arte avait intitulé ce documentaire "Le féminisme islamique". Un titre qui aurait intrigué, voire laissé incrédules plus d'un. Le film aurait du plutôt avoir pour titre "L'attitude de l'islam envers les femmes selon des musulmanes". 

« Peut-on être musulmane et féministe, alors même que l’islam est aujourd’hui souvent associé à l’oppression de la femme ? Alors que la place de la femme dans les sociétés musulmanes ne cesse de susciter la controverse, le féminisme est-il compatible avec l'islam ? Le voile est-il un signe d’oppression, et le Coran autorise-t-il véritablement les hommes à décider à la place des femmes ? »

« Ce documentaire éclairant plonge dans le débat, en laissant s'exprimer des voix et des opinions très diverses. En se référant aux origines de leur foi et en s’appuyant sur les textes sacrés, des musulmanes questionnent les structures patriarcales et invitent à reconstruire la pensée religieuse, certaines affirmant même que l’avenir de l’islam est féminin. Rencontre éclairante avec quelques-unes de ces militantes ».

Sineb el-Masrar
Née en 1981 à Hanovre (Allemagne), Sineb el-Masrar est née dans une famille modeste marocaine - père mécanicien dans le secteur automobile venu en Allemagne dans les années 1960.

Éducatrice, Sineb El Masrar a créé en juin 2006, "Gazelle: Das multikulturelle Frauenmagazin" (Gazelle, un magazine multiculturel pour femmes) dont elle est la rédactrice en chef. Le magazine est diffusé à environ 10 000 exemplaires et dispose d'un site Internet.

En 2006, Sineb el-Masrar a participé au groupe de travail « Médias et intégration » lors de la conférence d'intégration de Maria Böhmer à la Chancellerie. De mai 2010-2013, elle était une oratrice de la Conférence allemande sur l'islam.

En 2010, est publié son premier livre  "Muslim Girls – Wer wir sind, wie wir leben" (Musulmanes - Qui sommes - nous, comment nous vivons). « Sineb el-Masrar, féministe musulmane, milite pour une interprétation ouverte et critique des textes sacrés. Elle interroge notamment les stéréotypes de genre dans sa religion." Ce livre débute par ces phrases : « Nous voilà. Cette horde de sympathisantes du terrorisme qui, avec leurs maris musulmans, se reproduisent comme des lapins, produisant une fille voilée après l’autre et attendent, sans volonté propre, les ordres de leurs pères, frères et maris pour ensuite traire comme une vache le système social allemand ».

« Si elle en reconnaît la tradition patriarcale, Sineb el-Masrar souligne dans son livre "Emanzipation im Islam" (L'Emancipation dans l'islam, 2016) que le Coran constitua, à l’époque, une avancée pour le statut de la femme ». Ce livre a suscité une controverse : l' association Millî Görüş (« vision de la communauté religieuse »), réputée être islamiste et antisémite, a porté plainte. Au cœur de la polémique : les liens entre l'association turque Internationale Humanitäre Hilfsorganisation (Organisation internationale d'aide humanitaire, IHH) et Millî Görüş, organisation islamique européenne dont le siège se trouve à Cologne (Allemagne) et présidée par Kemal Ergün depuis 2011. Les deux mouvements ont des dirigeants communs. En juillet 2010, l'Allemagne avait interdit l'IHH car cette dernière avait utilisé les dons offerts pour soutenir des projets à Gaza en lien avec le mouvement terroriste islamiste Hamas, inscrit sur la liste des mouvements terroristes de l'Union européenne.

Dans l'hexagone, Millî Görüş a pour nom la Confédération islamique Millî Görüş France (CIMG). Elle administre 70 mosquées, dont celle dénommée Eyyûb Sultan à Strasbourg, a des dizaines de milliers de membres et vise à édifier la plus grande mosquée d'Europe, à Strasbourg. La CIMG France est un membre statuaire du Conseil français du culte musulman (CFCM) et figure au bureau exécutif.

En 2018, est édité "Muslim Men: Wer sie sind, was sie wollen" (Les hommes musulmans : qui ils sont, et ce qu'ils veulent) de Sineb el-Masrar. L'auteure y évoque, en les critiquant, les préjugés envers les hommes musulmans.

Musawah et Sarah Marsso
Musawah ("égalité" en arabe) se présente comme un "mouvement global pour l'égalité et la justice dans la famille musulmane. Musawah a été lancé en février 2009 au Rassemblement global à Kuala Lumpur, Malaisie, et auquel ont participé plus de 250 personnes venant de 47 countries."


Musawah réunit "des activistes d'ONG, des universitaires, des juristes, des décideurs politiques, des associations féminines et masculines dans le monde". Son objectif ? "Construire et partager la connaissance qui soutient l'égalité et la justice dans la famille musulmane en utilisant une approche holistique qui combine les principes et la jurisprudence islamiques , les normes internationales des droits de l'homme et les garanties constitutionnelles d'égalité et de non-discrimination ainsi que les réalités vécues de femmes et d'hommes".

« Membre du mouvement féministe musulman Musawah, Sarah Marsso remet également en cause la lecture patriarcale des textes ».


Portant le foulard islamique, Sarah Marsso participe aux événements de Lallab, magazine électronique et association controversée, pro-palestinienne, fondée en 2015 par Sarah Zouak et Justine Devillaine, "entrepreneures sociales" et documentaristes voulant "faire entendre les voix et de défendre les droits des femmes musulmanes qui sont au coeur d’oppressions sexistes, racistes et islamophobes. Nous apportons un changement de paradigme dans le système politique français de lutte contre les discriminations. Nous façonnons un monde dans lequel les femmes choisissent en toute liberté leurs propres chemins d’émancipation".


Ancienne édile locale socialiste, co-fondatrice avec Fatiha Boutjalhat de Viv(r)e la République, "mouvement citoyen laïque et républicain appelant à lutter contre tous les totalitarismes et pour la promotion de l'indispensable universalité de nos valeurs républicaines", Céline Pina a fustigé Lallab, qui "fait en réalité partie de ces associations que sécrète l'islamisme et qui sont les façades respectables de la diffusion de leur idéologie inégalitaire, obscurantiste et mortifère. Proche des frères musulmans et des indigénistes, cette association qui prône un féminisme islamiste est opposée à la loi de 2004 contre le voile et n'a de cesse de conspuer le féminisme blanc". (Le Figaro, 23 août 2017)

Zineb el-Rhazoui
Diplômée en sociologie des religions de l'EHESS (École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris). athée de culture musulmane, née en 1982 à Casablanca d’un père marocain et d’une mère Française, « la journaliste Zineb el-Rhazoui considère quant à elle que l’islam a figé les sociétés arabes en sacralisant des préceptes très anciens qui, sans la religion, auraient évolué. Connue pour sa position critique envers l’islam, elle se trouve sous protection policière depuis les attentats contre la rédaction de "Charlie hebdo", dont elle faisait partie. »

Elle a affirmé que l'islam devait "se soumettre aux lois de la République, à l'humour".

« Les Français ayant renoncé à la confession musulmane, c’est mon cas, sont une communauté aujourd’hui très vulnérable dont les membres militants vivent sous la menace et en semi-clandestinité. Je bénéficie d’ailleurs d’une protection policière. Est-il possible pour l’État d’accepter que cet « islam de France » condamne toujours les apostats à la peine de mort ?... On nous parle d’islam de France, ce qui m’horripile, car c’est le premier culte à être qualifié comme tel, puisqu’il n’y a ni christianisme, ni judaïsme « de France », a déclaré Zineb el-Rhazoui. (Revue des deux mondes, 25 octobre 2019)


« L’islam au féminin » de Nadja Frenz 
Allemagne, ARTE/RBB, VINCENT TV, 2019, 55 mn
Sur Arte le 1er avril 2020 à 22 h 30
Disponible du 01/04/2020 au 30/04/2020
Visuels : © Bea Müller

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mardi 31 mars 2020

« Tempête de sable » d'Elite Zexer


Arte diffusera le 1er avril 2020 « Tempête de sable » (Sufat Chol) d'Elite Zexer. « Aspirant à l'émancipation, une jeune Bédouine se heurte aux lois de sa communauté. Le premier film, sensible et fort, d'une cinéaste israélienne qui pointe sans manichéisme les ambivalences de chacun. »

Nurith Aviv

Elite Zexer est née à Netanya (Israël), et grandit à Herzliya, puis à Raanana. Diplômée de l’Université de Tel Aviv, elle a aussi un BFA et MFA.

Son premier court métrage « Take Note » (2008) reçoit le Prix du meilleur film de fiction au Festival international du film étudiant de Tel Aviv.

En 2010, Elite Zexer réalise « Fire Department, Bnei-Brak » sur la vie de pompiers dans une ville de la banlieue au nord est de Tel Aviv et peuplée de Juifs haredim (« craignant D. »).

Dans un autre court métrage « Tasnim », Elite Zexer relate l’histoire de Tasnim, une fille de dix ans vivant avec sa mère et sa parentèle dans un village bédouin dans le Négev. La visite surprise de son père l’amène à affronter, pour la première fois, les normes conservatrices de sa tribu et à mûrir. Présenté dans 120 festivals cinématographiques dans le monde, « Tasnim » a été distingué par des Prix.
Premier long métrage d’Elite Zexer en 2016, « Tempête de sable » décrit aussi une famille de Bédouins pour étudier les tensions entre traditions et modernité chez des femmes bédouines.

« En Israël, dans un village bédouin à la lisière du désert du Néguev et de la Jordanie, Jalila est chargée d'organiser les festivités du mariage de son époux Suliman avec une seconde femme beaucoup plus jeune qu'elle. Ravalant son humiliation, elle compte sur Layla, l'aînée de leurs quatre filles, pour lui prêter main-forte. Mais tout juste rentrée de la ville, où elle étudie, Layla aspire à s'affranchir des traditions et à mener une vie indépendante. Surprenant sa fille au téléphone avec Anwar, le camarade de classe dont elle s'est éprise, Jalila lui intime de cesser tout contact avec lui. Comptant sur son père pour lever l'interdit maternel, Layla ignore que ce dernier projette de l'unir à Munir, un membre de leur clan… »

« De la mère et de la fille, laquelle pliera, laquelle parviendra à s'affranchir ? Qui se sacrifiera, qui ouvrira la voie ? » 

« Fidèle aux lois du clan lorsqu'il arrange le mariage de sa fille aînée ou se conforme à la polygamie – illégale en Israël, mais tolérée chez les Bédouins –, Suliman sait aussi se montrer libéral quand il encourage Layla dans ses études ou la laisse conduire la voiture familiale ». 

« Dans ce premier film sensible et fort, nourri par dix ans de compagnonnage avec des femmes de la communauté bédouine, la réalisatrice israélienne Elite Zexer pointe sans manichéisme les ambivalences de chacun, soulignant notamment la manière dont les femmes elles-mêmes peuvent se faire garantes de la soumission à la toute-puissance masculine ».

« Pour Tempête de sable, la réalisatrice s’est inspirée des souvenirs de sa mère qui partait photographier les femmes bédouines du Néguev. « Elle revenait chargée d’histoires incroyables qui m’ont donné envie de l’accompagner. » Un jour, elles rencontrent une jeune femme victime d’un mariage forcé. « Quand elle a dit : “Cela n’arrivera jamais à ma fille”, j’ai su, au plus profond de moi, que j’allais faire un film de cette histoire », se souvient Elite pour Le Monde (26 janvier 2017).

« Tempête de sable, c’est quasiment dix ans de ma vie », explique la réalisatrice de 36 ans, exigeante et déterminée. Déjà quatre ou cinq ans rien que pour écrire le scénario : « Je ne voulais absolument pas qu’on entende ma voix, ni qu’il y ait un quelconque soupçon de jugement, je voulais raconter l’histoire de l’intérieur. »


« Elite passe du temps à recueillir des témoignages, à prendre des notes. « Je voulais que le film soit le plus juste possible et, en même temps, qu’il soit universel, qu’apparaissent les questions majeures : un premier amour, des parents séparés, les relations père-fille, mère-fille. » Le financement trouvé, arrive l’étape cruciale du casting : « Je savais dès le début que je ne pourrais pas faire jouer des femmes de la région dont parle le film. Il est en effet impossible pour elles d’être filmées et de se montrer en images devant un public sans nuire à leur réputation. Nous avons donc décidé de travailler avec des actrices professionnelles arabes, qu’il a fallu coacher afin qu’elles apprennent le dialecte bédouin. » Dix ans de vie, et, in fine, vingt-deux jours de tournage : « Les meilleurs de ma vie », confie-t-elle dans un large sourire. »

« Alors qu’il s’est passé 12 années depuis qu’elle a eu l’idée du film pour la première fois, Zexer a indiqué qu’il était important pour elle que l’œuvre fasse le portrait réaliste des particularités de la société bédouine conservatrice tout en jouant sur des thématiques universelles. Pendant cinq ans, elle a visité des villages et revu son script. Elle passait une semaine dans un village pour retourner à Tel Aviv où elle effaçait le scénario préconçu, le réécrivait puis repartait en repérage. Dans sa recherche d’authenticité, les acteurs – des femmes israéliennes arabes et des hommes bédouins et arabes – ont dû travailler leur accent pour être fidèles au dialecte arabe bédouin. Leur dur travail se reflète dans le succès qu’a remporté le film auprès du public bédouin et les bédouins locaux ont pris d’assaut, pendant trois mois, les deux cinémas où était diffusé « Tempête de sable » à Beer Sheva – obligeant une autre salle à ajouter l’œuvre de Zexer à sa programmation à Omer, la ville voisine. »

« Tempête de sable » devait à l’origine débuter par une projection offerte à des représentantes de mouvements féministes bédouins et juifs au Centre Peres pour la paix, qui promeut la coexistence. Malheureusement, le président Shimon Peres a été admis à l’hôpital quelques jours avant cette première prévue et l’événement a été annulé. »

Ce long métrage a été montré en compétition à la Berlinale 2016. Il est notamment lauréat du Prix First Look Rator au Festival de Locarno (2015), du Grand Prix du jury au Festival du film de Sundance (2016), du Prix du meilleur film et de la meilleure actrice dans un second rôle (Ruba Blal) au Festival international du film de Toronto, Prix du meilleur maquillage aux Ophirs du cinéma, Prix du cinéma européen (Discovery of the Year- Prix FIPRESCI).

Il a représenté l’Etat d’Israël à la cérémonie des Oscars en 2017 dans la rubrique du Meilleur film en langue étrangère.


« Tempête de sable » d'Elite Zexer
Israël, Allemagne, 2016, 1 h 24mn, VOSTF
Production : 2 Team Productions, Rotor Film Babelsberg
Scénario : Elite Zexer
Producteur/-trice : Haim Mecklberg et Estee Yacov-Mecklberg
Image : Shai Peleg
Montage : Ronit Porat
Musique : Ran Bagno
Maquillage : Carmit Bouzaglo
Avec : Lamis Ammar (Layla), Ruba Blal-Asfour (Jalila), Haitham Omari (Suliman), Khadija Alakel (Tasnim), Jalal Masarwa (Anwar), Shaden Kanboura (Alakel)
Grand prix du jury, Sundance 2016
Sur Arte le 1er avril 2020 à 23 h 25
Visuels :
Ruba Blal-Asfour (Jalila) et Shaden Kanboura (la deuxième épouse de Suliman) dans " Tempête de sable" d' Elite Zexer (2016)
Ruba Blal-Asfour est Jalila dans " Tempête de sable" d' Elite Zexer (2016)
Lamis Ammar (Layla, la fille de Jalilia) dans " Tempête de sable" d' Elite Zexer (2016)
Lamis Ammar (Layla) et Jalal Masarwa (Anuar) dans " Tempête de sable" d' Elite Zexer (2016)
Lamis Ammar (Layla, la fille de Jalilia) dans " Tempête de sable" d' Elite Zexer (2016)
© Pyramide Films

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« Moscou, la ville souterraine de Staline » de Peter Moers


Arte diffusera le 1er avril 2020 « Moscou, la ville souterraine de Staline » (Geheimes Russland - Moskaus Unterwelten) de Peter Moers. « Depuis la fin de la guerre froide, on découvre dans le luxueux réseau du métro moscovite, inauguré en 1935, des trésors et des secrets insoupçonnés ». 

« Le procès » par Sergei Loznitsa 

A Moscou, Staline (1878-1953) « avait fait construire des infrastructures ultra-secrètes, camouflées sous des bâtiments d’État en chantier : un bunker personnel, l’un des quartiers généraux de l’état-major soviétique, et même une route souterraine ».

Pour dissimuler l'existence de son bunker à Moscou, Staline avait fait édifier au-dessus de cet immense espace un stade de 120 000 places. Le dictateur communiste aurait passé un mois, en novembre 1941, durant la Deuxième Guerre mondiale, dans ce bunker moscovite de 300 000 m² pouvant accueillir mille personnes et des équipements militaires dont 300 tanks. Dix entrées permettaient d'y accéder.

Dans son bureau joliment meublé, Staline disposait de trois téléphones lui permettant de joindre le KGB, le Quartier général et le gouvernement. De ce bunker, partait un tunnel de 17 km permettait de se rendre au Kremlin. Le nombre et l'emplacement des autres bunkers demeurent un secret défense. Une partie du bunker est ouverte aux touristes.

« En remontant jusqu’à la révolution de 1917, ce documentaire explore l’histoire de Moscou vue d’en dessous, dévoilant le rôle qu’ont joué ces étonnantes constructions au cours de la guerre froide, notamment pendant la crise de Cuba ».

« Des historiens spécialistes de l’ère stalinienne prennent la parole, tout comme la poignée de passionnés qui se glissent à leurs risques et périls dans ces mystérieuses entrailles de Moscou ».

Un autre bunker se trouve à Samara.

« Moscou, la ville souterraine de Staline » de Peter Moers
Allemagne, 2017, 53 min
Sur Arte le 1er avril 2020 à 03 h 05
Disponible du 20/03/2020 au 19/04/2020

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« Un Juif pour exemple » par Jacob Berger


« Un Juif pour exemple » est un film bouleversant réalisé par Jacob Berger, avec Bruno Ganz, André Wilms. La libre adaptation du roman éponyme de Jacques Chessex relatant l’assassinat antisémite d’Arthur Bloch, marchand de bétail bernois sexagénaire, commis par des Nazis le 16 avril 1942 à Payerne, en Suisse. TV5 Monde diffusera le film les 30 mars et 13 avril 2020.

« 1942, l'Europe est à feu et à sang. Mais nous sommes en Suisse, plus précisément à Payerne. C'est loin, la guerre, pense-t-on ici, c'est pour les autres, même si la frontière n'est qu'à quelques kilomètres. Dans ces campagnes reculées, la terre a le goût âcre du sang des cochons et des bestiaux à cornes, qu'on tue depuis des siècles. L'économie va mal. Usines et ateliers mécaniques disparaissent. La Banque de Payerne fait faillite. Des hommes aux mines patibulaires rôdent par routes et chemins. Les cafés sont pleins de râleurs. Parmi eux, Fernand Ischi, vantard, rusé, bien renseigné, a prêté serment, avec une vingtaine de payernois, au Parti nazi.  Il rêve d'attirer l'attention de la Légation d'Allemagne, et même - pourquoi pas ? d'Adolf Hitler lui-même. Dans leur ligne de mire: Arthur Bloch, 60 ans. Bernois, il exerce le métier de marchand de bétail. Il connait bien tous les paysans et les bouchers de la région. Ce jeudi 16 avril, se tiendra la prochaine foire aux bestiaux de Payerne. C'est ce jour-là qu'Ischi et sa bande passeront à l'acte. C'est ce jour-là qu'un Juif sera tué pour l'exemple. Soixante-sept ans plus tard, en 2009, quand l'écrivain suisse Jacques Chessex se souviendra de ces faits, c'est lui qui sera désigné comme l'ennemi à abattre ».

En 1977, dans le cadre de l'émission Temps Présent, la télévision suisse a diffusé Analyse d'un crime, enquête  du journaliste Jacques Pilet et du réalisateur Yvan Dalain, qui avaient retrouvé les principaux protagonistes, dont trois assassins condamnés et libérés, ainsi que des témoins de cet assassinat barbare. Ce « reportage troubla les esprits en Suisse romande à une époque où la question de l'attitude de la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale n'était pas encore posée avec acuité ». « Nous ne comprenions pas. Mon père était un homme bon et paisible. C’était un vrai Bernois, très patriote, fier d’avoir fait son service militaire dans les dragons », se souvenait la fille d'Arthur Bloch. 

Dans « Le Crime nazi de Payerne », Jacques Pilet poursuit l’enquête.

En 2009, Jacques Chessex a relaté cet assassinat commis dans la ville où il est né en 1934. Il l’avait déjà évoqué dans « Le Portrait des Vaudois » (1969), dans « Un crime en 1942 », une des chroniques de « Reste avec nous » : « J'imagine Payerne aux mains d'un garagiste botté (...) La croix gammée flotte sur l'abbatiale (...) Le petit marchand de benzine devient Eichmann, ses acolytes dirigent l'épuration. Au lieu d'aller à Bochuz, certain pasteur mystico-obscurantiste est fait docteur honoris causa de l'université de Nuremberg ». Le commanditaire de ce crime antisémite s’avère être l'ex-pasteur Philippe Lugrin, jugé en 1947.

Antoine Duplan a observé dans Le Temps (3 août 2016) : « A la rigueur journalistique, [Jacques Chessex] substitue le souffle de la poésie. Un Juif pour l’exemple tient de la conjuration incantatoire et dresse un réquisitoire contre l’esprit de clocher. L’écrivain stigmatise  Payerne, « capitale confite dans la vanité et le saindoux», habitée de « gros lards mangeurs de cochons et protestants», vivant «dans l’implicite, le ricanement, l’insinué… Le roman exprime les frémissements du printemps dans la Broye ». 

« Deux faits m’ont frappé quand le livre de Jacques Chessex est paru. Le premier, c’est le réflexe de protection mentale qui s’est aussitôt manifesté dans Payerne et sa région. Il ne fallait pas remuer le passé. Un réflexe classique, aujourd’hui prodigieusement rénové par le ressaisissement caricatural des identités, comme on l’observe avec les communautarismes. Ce besoin qu’éprouvent d’innombrables êtres de s’immobiliser, de façon militante et parfois criminelle, dans la conception qu’ils ont de soi face aux dissolutions souvent fantasmées de l’époque. Et le second de ces faits, lié d’ailleurs au premier, c’est que les criminels de Payerne étaient portés par une culture de cette ville, où l’on tue des cochons depuis des siècles. On peut situer leur déviance dans la norme d’une pratique locale usuelle. Tuer quelqu’un et découper sa dépouille, c’est-à-dire l’équarrir comme on le fait des bêtes, c’est le paroxysme déréglé d’une gestuelle familière. Un débordement de l’ordre commun. C’est en quoi « Un Juif pour exemple » par Jacob Berger est percutant: il donne à méditer cet enchâssement jusqu’à nos jours des crimes constitués par la mise à mort des cochons dans la Broye vaudoise, puis du crime commis contre Bloch et finalement, par exemple, du massacre d’homosexuels en Floride », a analysé Christophe Gallaz, chroniqueur et écrivain suisse.

Le film « Un Juif pour exemple » par Jacob Berger « s’enracine au creux d’un hiver qui semble perpétuel. Trois soldats qui mettent en déroute une poignée de Juifs tentant de passer la frontière résument le climat de 1942. Une vache crevée qu’on enterre, un cochon qu’on éviscère, un chant nazi qui s’échappe du garage nazi traduisent une phrase comme « Dans ces campagnes reculées la détestation du Juif a un goût de terre âcrement remâchée, fouillée, rabâchée avec le sang luisant des porcs… Et ses assassins: le gauleiter Fernand Ischi, garagiste de son état, et son apprenti Georges Ballotte, ainsi que les frères Marmier, et Friz Joss, leur valet de ferme. Cinq bras cassés, cinq minables galvanisés par les discours haineux du pasteur Lugrin et désireux d’offrir à Hitler un Juif mort pour « cadeau d’anniversaire. Effroyable, innommable, l’équarrissage d’Arthur Bloch est montré dans son implacable brutalité mais avec un sens du cadrage et de l’ellipse remarquablement contrôlés, s’achevant sur une touche allégorique », a conclu Antoine Duplan.

Éclairé d’une lumière blanche, blafarde, hormis le dîner chez les Bloch, « Un Juif pour exemple » par Jacob Berger  a été présenté en ouverture au Festival du film de Locarno 2016. Il a été distingué par le Prix du Meilleur acteur (Quartz 2017) en sélection officielle de ce festival.

La scène du meurtre est particulièrement éprouvante. En tuant et en dépeçant un Juif comme un animal de ferme, ces villageois assassins ont tué une part d’humanité en eux, ils ont contribué à annihiler des liens familiaux. Ils se sont avilis. Ils ont bénéficié d'une clémence choquante en étant remis en liberté. Aurélien Patouillard joue un Fernand Ischi, garagiste cupide, sadique, cruel, donneur d’ordre.

André Wilms jue un Jacques Chessex, écrivain persécuté, et victime par ricochet de cet assassinat antisémite qu’un bourg souhaitait oublier.

Sur la tombe d'Arthur Bloch, campé magnifiquement par Bruno Ganz, sa veuve, qui dans le film sent la violence sourde antisémite, a fait inscrire la phrase : « Gott weiß warum » (Dieu Sait pourquoi).


Citations de Jacob Berger

Jacob Berger a étudié le cinéma à la New York University. Il débute comme acteur et réalise son premier film Angels en 1990, puis dirige Gérard et Guillaume Depardieu en 2002 dans Aime ton père. Il est l'auteur de documentaires sur le Moyen-Orient, les Etats-Unis, l’Afghanistan.

« A Payerne on a fait l’inverse, pour des raisons identitaires ou simplement historiques. Il y a eu un crime, puis un procès, on a condamné les coupables et l’on a dit, très clairement : voilà, tout est réglé, la Justice a fait son œuvre, tout peut rentrer dans l’ordre, circulez, il n’y a plus rien à voir! Les politiciens locaux, les journalistes, les juges, tous ont répété la même chose, au terme du jugement: plus vite on oubliera cette histoire, mieux on se portera! Jusqu’à la communauté juive, en particulier les commerçants juifs de la région, qui ses sont cotisés pour offrir des vêtements, un emploi ou de l’argent aux assassins d’Arthur Bloch, à leur sortie de prison ! Tout le monde s’est dit : faisons comme si cette tragédie n’avait jamais eu lieu et revenons vite à l’état d’avant. Certains membres de la famille Bloch, petits-neveux ou cousins, n’avaient pas la moindre idée de ce qu’il était advenu à Arthur Bloch jusqu’à la publication du livre de Chessex! Publication qui donne lieu à une nouvelle offensive du déni : de l’archiviste de la ville de Payerne, affirmant qu’il n’existe aucun intérêt à ressortir cette vieille histoire, au syndic, qui qualifie le crime nazi de « fait divers », le mutisme volontaire était tout-puissant. Je ne suis pas certain que Chessex ait pris la mesure de ce consensus… 
Payerne est une ville qui tue des cochons depuis des siècles et où l’on décide un jour de tuer un Juif comme un cochon. Et de la même manière que le carnaval, en 2009, fera sciemment la confusion entre Jacques Chessex et les nazis en traçant son nom avec le double « s » de la « SS » sur une boille, les assassins font la confusion volontaire entre leur victime et le porc que sa religion lui interdit de manger, et qu’eux-mêmes consomment à longueur d’année.
Sur la devanture du Garage des Promenades, au quasi-centre-ville, on aperçoit d’ailleurs encore une plaque en étain portant l’inscription «Ischy» (le nom du vrai garagiste s’orthographiait ainsi), patronyme de l’assassin-en-chef d’Arthur Bloch. Et quand Jacques Chessex publie son livre et demande qu’on baptise une place ou une rue de la ville en souvenir d’Arthur Bloch, ou simplement qu’on pose une plaque quelque part dans la ville, on lui répond: « Non, non, non, ça va réveiller des choses, on ne veut pas ! » Il en résulte qu’à Payerne le nom de l’assassin est demeuré dans l’espace public, quand celui de sa victime est encore tu, sinon nié… Aucun sentiment de culpabilité collective, ni quant à l’acte ni quant à l’amnésie volontaire.
Chessex commence son livre – son faux roman – en procédant par cercles concentriques. Il commence avec l’état de L’Europe en 1942, puis de la Suisse – la Mobilisation, la défense des frontières, la doctrine du Réduit national… – avant d’évoquer les sympathisants fascistes ou nazis – le Mouvement National Suisse, la Ligue vaudoise, etc. – et le canton de Vaud, puis la Broye, puis enfin Payerne. Il nous parle de la crise économique locale, des juifs de Payerne et enfin des nazis de Payerne, rassemblés autour du garagiste Ischi avant de s’arrêter, assez sommairement, sur le personnage d’Arthur Bloch. En 40 pages, tout le contexte est posé. La première moitié du livre est une succession de situations qui se resserre et nous conduisent irrémédiablement au crime.
Je me suis dit qu’il serait intéressant de procéder d’une manière semblable avec la caméra. C’est-à-dire de mettre en scène non pas des scènes découpées, avec des personnages pris dans une dynamique psychologique ou une dynamique émotionnelle, mais au contraire de montrer des situations complètes, qui se suffisent à elles-mêmes : des tableaux. Donc, peu de plans, mais des plans très composés, très photographiés, qui posent dès le premier coup d’œil une situation donnée. Par exemple un tableau qui montre des réfugiés refoulés par des soldats dans la montagne. Puis un tableau qui montre des paysans qui enterrant leurs vaches mortes, dans un champ. Puis un tableau montrant des ouvriers quittant une usine qu’on s’apprête à fermer. Puis, un tableau qui montre les mêmes paysans venant d’enterrer leurs vaches mais cette fois chez le notaire, pour une vente de terrain. Il y a peut-être une, deux ou trois coupes dans chaque tableau, qui permettent à la camera d’aller chercher un visage ou de présenter un angle opposé, mais rien de plus. Chaque plan est censé se suffire à lui-même.
Adapter « Un juif pour l’exemple », ce n’est pas seulement parler du crime de 1942. C’est aussi parler de Jacques Chessex, qui écrit ce livre en 2009 et qui d’une certaine manière en meurt. Du coup, adapter « Un juif pour l’exemple » ça devient aussi parler d’un écrivain.
ce qui est intéressant, c’est la manière dont l’écrivain replonge dans sa propre enfance et comment la réminiscence s’imbrique avec l’écriture. Chessex avait huit ans en 1942. Non seulement il raconte le drame « objectif » de l’assassinat d’Arthur Bloch, mais il fait ce qu’on appelle un travail de mémoire : fouiller dans ses souvenirs, labourer le passé, mais avec la conscience d’aujourd’hui. Chessex se souvient de son père, de sa mère, de sa ville, des Juifs de Payerne, d’Arthur Bloch et surtout du garagiste nazi, Fernand Ischi, dont la fille Elisabeth était sa camarade de jeu, en se demandant : que savais-je ? Que pressentais-je ? Que soupçonnais-je ? Il est à la fois l’enfant qui traverse ces moments et l’adulte qui regarde l’enfant traverser ces moments.
Tout ça m’a logiquement amené à réfléchir à la manière de représenter le personnage de l’écrivain dans le film : à la fois comme un vieil homme qui écrit et qui se souvient, à la fois comme une espèce de fantôme qui hante son propre passé, à la fois comme un enfant, acteur du souvenir, mais à la fois, aussi, comme un écrivain en devenir, qui pressent la tragédie qui se joue sous ses yeux. Et aussi à la fois comme une figure publique dont les autres parlent, et enfin à la fois comme un homme dont la vie est sur le point de s’interrompre, que la mort va frapper, et qui subit la vague de détestation que son livre soulève. C’est là que je me suis dit que ce serait vraiment dommage de simplement placer 2009 en 2009 et 1942 en 1942. J’ai compris qu’il fallait télescoper les deux époques. 
C’est d’ailleurs ainsi que fonctionne le travail de réminiscence, mais aussi le travail d’écriture : quand on écrit quelque chose ayant trait à sa propre enfance, on est à la fois le petit garçon ou la petite fille qu’on était, et l’adulte qu’on est aujourd’hui. Nos souvenirs – les personnages, les bruits, les odeurs de l’époque – se mélangent avec ce qui existe aujourd’hui et les pensées et la conscience d’aujourd’hui. On est simultanément dans le passé et dans l’instant où l’on écrit. On est dans les deux temps. De facto, on est dans un télescopage. ».
    

« Un Juif pour exemple » par Jacob Berger
Suisse, Vega Film, 2016, 1 h 13
Scénario : Jacob Berger, Aude Py, Michel Fessler
Camera : Luciano Tovoli (ACI, ASC)
Son et mixage : Henri Maikoff
Montage : Sarah Anderson, Jacques Comets
Décors : Yan Arlaud
Costumes : Léonie Zykan
Production : Ruth Waldburger/Vega Film, en coproduction avec RTS – Radio Télévision Suisse, SRG SSR, TELECLUB. Avec la participation de L’Office Fédéral de la Culture (Ofc), Zürcher Filstiftung, Cineforom et La Loterie Romande, La Fondation Heim, Succes Cinema, Succes Zurich
Avec Bruno Ganz (Arthur Bloch), André Wilms (Jacques Chessex), Aurélien Patouillard (Fernand Ischi), Elina Löwensohn (Myria Bloch)
Visuels : Crédit : Vega films
Sortie en France le 14 mars 2018
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Les citations non sourcées proviennent du dossier de presse. Cet article a été publié le 12 mars 2018.