mardi 28 avril 2015

La valise mexicaine. Capa, Taro, Chim


 Perdus pendant plus de 40 ans, les négatifs en noir et blanc des photographes Robert Capa, Gerda Taro et David Seymour dit Chim  et Fred Stein  sur la guerre d’Espagne (1936-1939) vue du côté républicain ont été retrouvés en 2007 dans trois mallettes. Des témoignages artistiques, historiques, journalistiques et humains présentés par le musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ), puis le Museo San Ildefonso (Mexico City) dans l'exposition éponyme et des pérégrinations retracées dans le documentaire La Valise mexicaine (The Mexican suitcase, La Maleta mexicana), documentaire de Trisha Ziff (2011). Histoire diffusera Robert Capa, L'homme qui voulait croire en sa légende, documentaire de Patrick Jeudy les 28 et 30 avril, 3, 6, 10, 12, 22 mai 2015. Le  8 juin 2015 à 18, sera projeté au Centre Fleg "Madrid before Hanita", documentaire de Eran Tobiner sur l'engagement Juif dans la guerre d'Espagne. La projection sera présentée par Bernard Bessière, professeur d'université. "Ce documentaire s'ouvre sur une page d'histoire, celle des 300 juifs de Palestine, actuellement Israël, partis pour combattre le fascisme et rejoindre les Brigades internationales durant la guerre civile espagnole de 1936 à 1939. Les personnages principaux du documentaire sont les derniers témoins de ce combat".

Cette « valise mexicaine » - en fait, trois mallettes aménagées spécifiquement pour contenir des négatifs - évoque plusieurs histoires : celle de la Guerre d’Espagne (1936-1939), celle émouvante de jeunes Juifs européens, pionniers du photojournalisme, courageux, intrépides, talentueux et couvrant ce conflit côté républicain pour des magazines populaires de gauche, celle intéressante du fonctionnement de la presse française dans les années 1930, celle de la montée des périls liés au nazisme.

Celle de la professionnalisation croissante de la pratique du photojournalisme : dramaturgie et rythme des reportages narratifs, classement des négatifs, rédaction des légendes, etc.

Et celle des relations amicales et amoureuses (Capa/Taro) entre ces artistes légendaires.

La Valise mexicaine, perdue et retrouvée
Né le 22 octobre 1913 à Budapest dans une famille Juive, Endre Ernő Friedmann milite adolescent dans la mouvance de gauche. Il fuit à Berlin, puis rejoint Vienne et Paris fin 1934.

Là, il rencontre et aime Gerda Taro, étudiante juive allemande. Tous deux créent le personnage de photographe américain Robert Capa, pseudonyme adopté par Endre Ernő Friedmann pour vendre, à prix plus élevé, ses photographies.

Robert Capa couvre les conflits en Europe (guerre d'Espagne) et en Asie (guerre sino-japonaise) pour les magazines français et américains (Life).

En 1939, Robert Capa fuit en toute hâte la France pour les Etats-Unis. Sans prendre dans son studio parisien, 37, rue Froidevaux (XIVe arrondissement), des boîtes contenant des négatifs et des tirages de la Guerre d’Espagne.

Csiki Weisz, un ami photographe hongrois réfugié à Paris, les transporte à Bordeaux : « En 1939, alors que les Allemands approchaient de Paris, j’ai mis tous les négatifs de Bob dans un sac et j’ai rejoint Bordeaux à vélo pour essayer d’embarquer sur un bateau à destination du Mexique. J’ai rencontré un Chilien dans la rue et je lui ai demandé de déposer mes paquets de films à son consulat pour qu’ils y restent en sûreté. Il a accepté ».

Pendant quarante ans, malgré les recherches, nul ne parvient à retrouver la trace de ces images. Diverses rumeurs circulent sur ces négatifs disparus.

En 1979, Cornell Capa, frère cadet du photographe, alors directeur de l’International Center of Photography  (ICP), « publie un encart dans une revue internationale de photographie en vue de recueillir des informations nouvelles sur ce film introuvable ».

« Plusieurs ensembles ou cachettes des photographies perdues de Capa sont découverts, mais pas les négatifs cruciaux. Ceux-ci sont en possession de Benjamin Tarver, un cinéaste mexicain qui les a hérités de sa tante. La défunte les a elle-même reçus d’un parent, le général Francisco Javier Aguilar González, ex-ambassadeur du Mexique à Vichy de 1941 et 1942 ».

En 2007, Tarver transmet les images à Trisha Ziff, conservatrice de Mexico.

Le 19 décembre 2007, Trisha Ziff remet la Valise mexicaine à l’ICP.

En 2008, cette découverte de la « valise mexicaine » suscite une émotion, un enthousiasme et un intérêt importants dans le monde du photoreportage et de la recherche historique.

 « New York, janvier 2008. C’était comme un film – mes yeux parcouraient une image après l’autre tandis que je déroulais les négatifs des célèbres photographies de Capa, Chim et Taro : le camion en feu à Brunete, les soldats qui chargent à La Granjuela, une Basque en train de pêcher et une messe en plein air avant la bataille, les cadavres à Teruel, les exilés républicains dans les camps de concentration français. Même en négatif noir et blanc, les histoires de la guerre civile espagnole reprenaient vie dans ces longs rouleaux de pellicule, exactement comme les photographes les avaient découvertes. C’étaient les négatifs originaux qui étaient restés perdus durant près de soixante-dix ans, perdu dans la panique quand on avait fui Vichy, en France. Mais qu’allaient nous dire ces négatifs et que contenaient-ils au juste ? », se souvient Cynthia Young, commissaire de l’exposition The Mexican Suitcase: Rediscovered Spanish Civil War Negatives by Capa, Chim, and Taro, à l’ICP ( New York, 2010).

Après « plus de soixante-dix années de pérégrinations rocambolesques et de péripéties diverses, elle révélait son extraordinaire contenu : 4500 négatifs d’images de la guerre civile espagnole, prises entre 1936 et 1939 par Gerda Taro – compagne de Capa tragiquement disparue en 1937 pendant la bataille de Brunete –, David Seymour, dit Chim et Robert Capa ».

Ces trois mallettes contenaient aussi « des clichés du photographe et ami Fred Stein, représentant Taro, des images qui sont devenues, depuis la mort de celle-ci, intimement liées aux images de la guerre elle-même ».

Des documents en excellent état de conservation, et pour « une large part totalement inédits, déployant le panorama détaillé d’un conflit qui a changé le cours de l’histoire européenne ».

D’un « exceptionnel intérêt documentaire, ces films et clichés racontent aussi l’histoire de trois célèbres photographes juifs, totalement investis dans la cause républicaine, qui, au prix de risques considérables, ont jeté les bases de la photographie de guerre actuelle et donné ses lettres de noblesse au photoreportage engagé ».

« Portraits, scènes de combat, images rappelant les effets terribles de la guerre sur les civils : si certaines de ces œuvres nous sont déjà familières grâce à des tirages d’époque ou des reproductions, les négatifs de la valise mexicaine, présentés ici sous la forme de planches-contact agrandies, dévoilent pour la première fois l’ordre de la prise de vue, ainsi que certaines images totalement inédites ».

Mais la fameuse photographie du républicain mortellement touché ne figure pas parmi les négatifs de la « valise mexicaine ». Elle est analysée, avec les œuvres d'autres photographes dans Photo Les usages de la presse, d'Alain Nahum (27 min) diffusée par Arte le 8 décembre 2013, à 3 h 55  : "Cartier-Bresson, Brassaï, Capa, Koudelka, Lange, Weegee, Smith, Avedon sont parmi les figures les plus célèbres de la photographie du XXe siècle. L'oeuvre de ces photographes- auteurs s'est construite à partir des années 1930 et jusque dans les années 1950, par et pour la presse illustrée".
Capa, Taro, Chim : un nouveau regard
En 1936, Robert Capa, Gerda Taro et Chim couvrent le conflit civil espagnol. Ces correspondants de guere inventent alors la photographie de guerre moderne. La « Valise mexicaine » permet de découvrir la naissance d’une forme de « journalisme visuel aujourd’hui familier, mais qui à l’époque était entièrement inédit ».

Pour Gerda Taro, Robert Capa et Chim, le « photoreportage signifiait trois choses : d’abord, les images elles-mêmes devaient être absolument dramatiques et raconter une histoire humaine ; ensuite, les photographies – et le photographe – devaient faire partie de cette histoire ou de cette action ; enfin, le photographe devait être engagé, il devait prendre parti dans les enjeux politiques de cette histoire, il devait choisir son camp. Sans ces qualités, les photographies n’avaient ni but ni sens ».

Ces « photographes ont de toute évidence créé d’extraordinaires images isolées, dont certaines figurent parmi les négatifs retrouvés, et qui sont devenues des symboles iconiques de la guerre civile espagnole ».

Leur but ? « A travers une série ou une séquence d’images, ils voulaient construire un récit émotionnel des événements, qui ressemble beaucoup à un scénario de film ou à des actualités filmées. Cette démarche nécessitait des images non seulement des temps forts, mais aussi des moments paisibles, des accalmies, des moments liés à la mort et au silence. Ces séquences de petits événements devinrent alors le fondement des récits photographiques, choisis et mis en page par d’astucieux directeurs artistiques dans les nouveaux hebdomadaires photo populaires en France et dans le monde. Ce nouveau médium ne fut pas l’invention d’un seul photographe, ni même seulement des photographes, mais la réaction à une demande complexe de publics, de magazines et de directeurs artistiques qui tentaient de décrire des histoires contemporaines sur un monde nouveau et différent ».

Les quatre mille cinq cents négatifs de la Valise mexicaine renferment « des dizaines de tels récits photographiques et des centaines de drames humains, immenses ou modestes ».

« Pris pendant toute la guerre d’Espagne, de 1936 à 1939, ces négatifs montrent des soldats républicains espagnols et des civils espagnols dans la vie quotidienne, dans la bataille ou dans des situations domestiques. Ces images sont fortes, car elles présentent des individus touchés par la guerre, par les manœuvres de la politique internationale qu’ils comprennent à peine, et vaquant à leurs activités de tous les jours – ils préparent un repas, ils lisent le journal, ils protègent leur famille. Ces images naturalistes incluent quelques unes des personnalités marquantes de la guerre civile espagnole ainsi que des portraits d’artistes ou d’écrivains tels qu’Ernest Hemingway, Federico García Lorca et André Malraux. Mais surtout, l’une après l’autre, elles proposent des portraits d’Espagnols anonymes, des portraits d’un héroïsme et d’une dignité exceptionnels. […] », écrit Brian Wallis, commissaire en chef des expositions à l’ICP, dans « La Valise mexicaine, perdue et retrouvée », in La Valise mexicaine. Capa, Chim, Taro. Les négatifs retrouvés de la guerre civile espagnole, Arles, Actes Sud, 2011).

« Ces photographes envoyaient leurs photographies aux journaux qui les publiaient. Ils n’écrivaient pas les textes des articles, et découvraient parfois des erreurs dans ces textes », m’a confié Cynthia Young, commissaire de l’exposition.

Ces photographes sont parmi les plus emblématiques de ce conflit. En 1937, Henri Cartier-Bresson réalise Victoire de la vie, documentaire sur les hôpitaux de l’Espagne républicaine attaquée par les troupes de Franco. Il « tisse des liens définitifs avec Capa ». Il réalisera aussi La brigade Abraham Lincoln en Espagne (1937), court métrage récemment retrouvé à New York par le chercheur Juan Salas, et L’Espagne vivra (1938), film commandé par le Secours Populaire Français et des Colonies et dont « le commentaire, à la rhétorique politique et militante, est signé Georges Sadoul ».

Joris Ivens réalise Terre d’Espagne (1937, 52 min) dont le commentaire est lu par Ernest Hemingway. Lors de cette guerre civile, il rencontre Capa en Espagne, puis en Chine lors de l’invasion japonaise.
Une nouvelle scénographie
Après l’ICP à New York (2010), les Rencontres internationales de Photographie à Arles (2011), Barcelone, Bilbao et Madrid, la « légendaire valise mexicaine de Robert Capa » renfermant des négatifs de la guerre d’Espagne est montrée pour la première fois à Paris, au MAHJ, en 2013 - année du centenaire de la naissance de Robert Capa -, dans la nouvelle scénographie de Patrick Bouchain.

A l’entrée, le visiteur découvre sur une table les boites vertes de la valise et des carnets de contacts créés par Capa, Taro et Chim pendant la guerre civile espagnole. Ces carnets révèlent la variété large des sujets couverts par ces trois photographes. « Ils étaient employés notamment dans un but promotionnel à destination des directeurs artistiques. Ils constituèrent également un instrument de travail précieux en contribuant à confirmer l’identification des films de la Valise et à rétablir la séquence originale des films mélangés. Huit de ces carnets sont conservés aux Archives nationales de Paris ; un autre se trouve dans les archives de l’ICP ».

Le visiteur suit le parcours d’« un accrochage mural - documents d’actualité et planches contact installés sur les murs - et des dispositifs posés au sol - des chevalets porteurs de tirages photographique » -, comme les photographes se rendaient d’une région à l’autre. Le parcours est « fléché » par des banderoles suspendues et informatives (titres, textes).

A « mi-chemin du parcours seront évoquées les années parisiennes de Capa à travers quelques objets – machine à écrire, boite de négatifs, etc. - retrouvés au début des années 1980 dans un grenier du 37 rue Froidevaux – adresse à laquelle Capa séjourna pendant cinq ans –, ainsi que des photos de Fred Stein représentant Robert Capa et Gerda Taro à Paris ».

L’exposition est « rythmée par 32 sections offrant un véritable panorama de la guerre civile espagnole :
1. Meeting pour la réforme agraire, près de Badajo (avril-mai 1936)
2. Portraits, Madrid (avril-juin 1936)
3. Siège de l’Alcázar, Tolède (septembre 1936)
4. Bataillon Thälmann, Madrid (sept.-octobre 1936)
5. Défense du patrimoine, Madrid (octobre 1936)
6. Parade, Barcelone (7 novembre 1936)
7. Parade, Bilbao (février 1937)
8. Catholiques basques (janvier-février 1937)
9. Le port de Bilbao (janvier 1937)
10. Pays basque espagnol (janvier-février 1937)
11. Oviedo et Gérone, Asturies (janvier-février 1937)
12. Tranchées, Madrid (février 1937)
13. Ruines, Madrid (février 1937)
14. La vie à Valence et Madrid (mars et juin 1937)
15. Front de Jarama (mars 1937)
16. La nouvelle armée du peuple, Valence (mars 1937)
17. Gerda Taro (1935)
18. Procession funéraire, Valence (12 juin 1937)
19. Morgue, Valence (mai 1937)
20. Le front de Ségovi (mai-juin 1937)
21. Attaque, La Granjuel (juin 1937)
22. Moissons, front de Cordou (juin-juillet 1937)
23. Congrès d’écrivains, Valence (juillet 1937)
24. Bataille de Brunet (juillet 1937)
25. Bataille de Terue (décembre 1937 – janvier 1938)
26. Bataille du Sègre (novembre 1938)
27. Front catalan (décembre 1938 – janvier 1939)
28. Mobilisation, Barcelone (13 janvier 1939)
29. Réfugiés, Barcelone (octobre-novembre 1936)
30. Navire d’assistance, Barcelone (octobre-novembre 1938)
31. Avion allemand abattu, Barcelone (janvier 1939)
32. Camps d’internement, France (mars 1939) »

L’exposition La Valise Mexicaine. Capa, Taro, Chim. Les négatifs retrouvés de la guerre civile espagnole a reçu le « prix de l’exposition » lors de la cérémonie des prix Historia 2013, le 30 septembre au Petit Palais (Paris). Cette exposition a reçu 44 513 visiteurs, ce qui constitue la quatrième meilleure fréquentation d’exposition au MAHJ, après Chagall et la Bible, Rembrandt ou la nouvelle Jérusalem et La Splendeur des Camondo. "L’annonce officielle en 2008 de la redécouverte de cette valise – constituée en réalité de trois petites boîtes –, dont la trace avait été perdue depuis 1939, a provoqué un engouement considérable dans l’univers du photoreportage et de la recherche historique. Après plus de soixante-dix années de pérégrinations rocambolesques, elle révélait son extraordinaire contenu : 4500 négatifs d’images de la guerre civile espagnole, prises entre 1936 et 1939 par Gerda Taro – compagne de Capa tragiquement disparue en 1937 pendant la bataille de Brunete –, David Seymour, dit Chim et Robert Capa. On y trouve également des clichés du photographe et ami Fred Stein, représentant Taro.  Une manne de documents pour une large part totalement inédits, déployant le panorama détaillé d’un conflit qui a changé le cours de l’histoire européenne. D’un exceptionnel intérêt documentaire, ces films et clichés racontent aussi l’histoire de trois célèbres photographes juifs, totalement investis dans la cause républicaine, qui, au prix de risques considérables, ont jeté les bases de la photographie de guerre actuelle et donné ses lettres de noblesse au photoreportage engagé".


BIOGRAPHIES DES PHOTOGRAPHES

Robert Capa (Budapest, 22 octobre 1913 – Thai Binh, Indochine, 1954)
Né Andre Friedmann, Robert Capa est l’un des plus célèbres photojournalistes du XXe siècle. Né dans une famille Juive hongroise de tailleurs, il quitte la Hongrie à l’âgé de 17 ans en raison de ses activités politiques gauchistes. A Berlin, il est élève à la Hochschule für Politik et étudie le journalisme. Maitrisant mal la langue allemande, pauvre, il survit comme photographe. En 1933, il se fixe à Paris. Là, il se lie avec Chim, Stein et Taro. Il devient célèbre grâce à ses photographies de la guerre d’Espagne, « caractérisées par une proximité viscérale avec l’action, rarement vue auparavant ». Au « fil des pellicules retrouvées dans la valise mexicaine, on peut observer Capa se déplacer avec ses sujets, courir après l’action, essayer de comprendre et de ressentir les événements de la même manière que ses sujets. En 1947 Robert Capa fonde l’agence Magnum Photos avec Henri Cartier-Bresson, Georges Rodger et Chim (David Seymour) ». Cette agence est une coopérative de photographes fondée à Paris et à New York. Capa « devint après la Seconde Guerre mondiale, un authentique patron de presse, recrutant une fantastique génération de reporters ; orientant et animant grâce à ses réseaux transatlantiques une production photographique d’une qualité rare et d’une totale indépendance, sur tous les continents et dans tous les domaines : de la mode au cinéma, en passant par la photo documentaire et la correspondance de guerre ».

Il a inspiré des romanciers - Romain Gary (Les racines du ciel) à Patrick Modiano (Chien de printemps) via Susana Fortes -, des réalisateurs : héros de Fenêtre sur Cour d’Hitchcok joué par James Stewart ou de Un envoyé très spécial, interprété par Clark Gable.

Gerda Taro (Stuttgart, 1910 – Brunete, Espagne, 1937)
Elle est « l’une des premières femmes photojournalistes reconnues ». « Née Gerta Pohorylle, élevée à Leipzig dans une famille juive de classe moyenne », elle s’exile à Paris en 1933, où elle rencontre « André » Friedmann et se lance dans la photographie. Au printemps 1936, ils se réinventent pour devenir Robert Capa et Gerda Taro ». En août 1936, ils se rendent en Espagne comme photographes indépendants afin de « documenter la cause républicaine pour la presse française.


Pionnière du photojournalisme », Gerda Taro s’intéresse quasi-uniquement à la « photographie dramatique des lignes de front de la guerre d’Espagne. Son style se rapproche de celui de Capa, mais diffère par son intérêt pour les compositions formelles et le degré d’intensité avec lequel elle photographie des sujets morbides. Taro travaille aux côtés de Capa, avec lequel elle collabore de près. Lors d’un reportage sur la bataille de Brunete, conflit décisif de la guerre d’Espagne, elle est mortellement blessée par un char. Taro fut la première femme photographe tuée lors d’un reportage de guerre ».

Chim  (Varsovie, 1911 – Suez, 1956)
Dawid Szymin est né dans une famille d’intellectuels et d’éditeurs de livres en hébreu et en yiddish. En 1933, « après avoir étudié les arts graphiques à Leipzig, il s’oriente vers la photographie pour gagner sa vie en poursuivant ses études à la Sorbonne. Bientôt reconnu pour ses photographies fortes des événements politiques liés au Front populaire, il collabore régulièrement avec le magazine communiste français Regards ».
Comme Capa, Chim couvre toute la guerre d’Espagne. Mais à la différence de Capa et Taro, qui visaient à réaliser des prises de vue sur la ligne de front, Chim s’intéresse « aux individus en dehors du conflit, qu’il s’agisse de portraits officiels de personnages importants, d’images de soldats sur le front intérieur ou de paysans au travail dans des petites villes. À l’écoute de la politique complexe de la guerre, ses images sont chargées de sens et de nuances ». Il cofonde l’agence Magnum Photos en 1947.

Fred Stein  (3 juillet 1909 – New York, 27 septembre 1967).
Il nait à Dresde dans une famille juive allemande, et étudie le droit. « Interdit d’exercice parce que juif, il fuit l’Allemagne pour Paris en 1933, sous le prétexte d’une lune de miel avec sa femme. Là, Fred Stein travaille comme photographe, s’intéressant aux scènes de rue et réalisant des portraits d’intellectuels et d’amis tels Hannah Arendt, Willy Brandt, Arthur Koestler ou André Malraux (il poursuivit toujours son activité de portraitiste) ». Il présente Taro, locataire d’une chambre dans son appartement, à Capa. Stein réalise des portraits d’elle à plusieurs reprises en 1935 et 1936. Il fuit la France via Marseille et se fixe à New York.

FOCUS SUR…

L’engagement des brigadistes et des intellectuels juifs dans la guerre d’Espagne
« Pendant la guerre d'Espagne (1936-1939), 35 000 volontaires ont pris les armes aux côté de la République espagnole. Parmi eux, plus de 7 000 étaient juifs comme l'ont montré David Diamant et Arno Lustiger dans leurs ouvrages sur l'engagement juif dans ce conflit : une proportion énorme, majoritairement communiste mais aussi socialiste ou sioniste de gauche. Ils venaient de toute l'Europe mais aussi des États-Unis et de Palestine » mandataire, et fuyaient parfois les régimes autoritaires de leurs pays pour soutenir la République espagnole.

« Le fascisme, l'hitlérisme et l'antisémitisme sévissent en Europe. Pour ces militants, qui souvent ont déjà du fuir leurs pays, le choix de rejoindre les Brigades internationales est clair. La bataille contre le fascisme passe par Madrid, il faut y être. Ce choix témoigne d'une forme d'engagement les armes à la main et d'un désintéressement inconnu aujourd'hui. Ils étaient présents dans tous les contingents nationaux, dans leur propre unité, la Botwin, dans les services sanitaires dirigés par Edward Barsky, certains étaient parmi les plus grands chefs militaires comme les généraux Lukacs (Mate Zalka) ou Kleber (Manfred Stern), les commandants Boris Guimpel ou Milton Wolf. On trouvait aussi des combattants juifs dans les milices anarchistes (Carl Enstein) ou dans celles du POUM. Sans combattre sur place, beaucoup d'autres, artistes et intellectuels se sont engagés pour cette cause au premier rang desquels Albert Enstein ou Marc Chagall qui écrivit en 1937 dans une lettre aux combattants juifs d'Espagne : « Vos noms brilleront dans notre histoire. » Ils étaient aussi journalistes comme Egon Erwin Kisch, photographes comme Robert Capa, David Seymour, Chim ou Gerda Taro, écrivains comme Alfred Kantorowicz ou Arthur Koestler. Cette répétition générale de la Seconde Guerre mondiale où de nombreux combattants juifs d'Espagne continueront leur combat dans la résistance sera marqué aussi par la répression stalinienne en Espagne d'abord mais aussi ensuite dans les pays de l'Europe de l'Est ou de nombreux combattants juifs d'Espagne subiront d'absurdes procès marqués par l'antisémitisme » (Michel Lefebvre, coauteur de l’ouvrage Les Brigades internationales : Images retrouvées, Seuil, 2003.

Capa et les camps d’internement du Sud de la France
« Fin janvier 1939, un flot ininterrompu de loyalistes et de membres des Brigades internationales se déverse en France par peur de l’emprisonnement ou de l’exécution par l’armée franquiste. Au total, ce sont 500 000 Espagnols qui quitteront leur pays, dont une grande part s’installera finalement au Mexique. Le gouvernement français place les exilés dans des camps d’internement » administratif.
En photographiant ces camps (d’Argelès à Bram en passant par Barcarès), Capa clôt le 19 mars 1939 ses reportages sur la guerre d’Espagne ». Ses photographies ont été récemment trouvées.
« À Argelès, Capa s’intéresse à ceux qui, dans des tentes de fortune, essaient de faire du feu pour cuire leur maigre pitance. Au Barcarès, auquel il consacre la majeure partie de sa pellicule, il photographie tour à tour les réfugiés travaillant à élever une nouvelle ville sur le sable, les tirailleurs sénégalais, montés sur des chevaux, dépêchés par l’armée française pour diriger les camps d’une main de fer, et les prisonniers épuisés. À Bram, où sont regroupés un grand nombre d’artistes et d’intellectuels, il est accueilli par un concert d’anciens membres de l’orchestre symphonique de Barcelone. À Montolieu, il pénètre pour la première fois dans un des baraquements du camp : un vieil homme recouvert d’une couverture est couché sur une paillasse. Pour cette série, Capa recourt à une technique originale, prenant de nombreuses vues consécutives d’une même scène, ce qui donne une impression de film arrêté. Sur une de ces scènes, on voit des centaines de prisonniers descendre d’un convoi de camions devant les baraquements de Barcarès et marcher lentement vers la mer, encadrés par la police française. Ces images témoignent du triste dénouement d’une lutte héroïque ».
Arte a diffusé Photo, Les usages de la presse d'Alain Nahum (27 min)  : "Cartier-Bresson, Brassaï, Capa, Koudelka, Lange, Weegee, Smith, Avedon sont parmi les figures les plus célèbres de la photographie du XXe siècle. L'œuvre de ces photographes- auteurs s'est construite à partir des années 1930 et jusque dans les années 1950, par et pour la presse illustrée".
La chaine Histoire diffusera Robert Capa, L'homme qui voulait croire en sa légende, par Patrick Jeudy. "Symbole d'une génération de journalistes et de photographes, il incarne l'esprit d'aventure. Capa a traversé tous les grands événements du siècle : histoires de guerres, migration des peuples, phénomènes de mode, vie artistique, évolutions sociologiques. Une vie romanesque, un photographe mythique et une mort tragique en Indochine (le 25 mai 1954). Et pourtant, aucun film ne raconte l'homme qui s'appelait Endre Friedman, né en 1913 en Hongrie, et qui - avec le concours de sa compagne Gerda Taro (photographe comme lui) - s'est re-inventé Robert Capa, «American photographer in Paris» ! Quel est l'événement qui fait date dans la vie de Capa ? Celui que mentionnent amateurs et critiques : l'image du républicain espagnol qui tombe mortellement blessé sous les yeux de Robert Capa. Le film part de cette photo pour revisiter sa vie toute entière. La question de l'authenticité de la photo du républicain espagnol au cours de cette guerre civile sera le n?ud de toute l'histoire. Capa construit sa légende à travers..."

 L'International Center of Photography (ICT) a présenté Capa in Color. L'exposition Paris Magnum (12 avril 2014-25 avril 2015) a montré des tirages de Robert Capa.


Photo, Les usages de la presse d'Alain Nahum (27 min)


Sur Arte le 8 décembre 2013 à 3 h 55
La Valise mexicaine (The Mexican suitcase, La Maleta mexicana) de Trisha Ziff (2011)
Diffusé par Histoire les 1er, 3 et 17 octobre 2013, 5 et 8 mai 2014

Robert Capa, L'homme qui voulait croire en sa légende, documentaire de Patrick Jeudy
Produit par Point du jour, France 5, ARTV, AVRO et SBS AUSTRALIA. 55 minutes

  Diffusions : 05/05/2014 à 21 h 35, 08/05/2014 à 17 h 5023/05/2014 à 1 h 20 et 28/05/2014 à 1 h 20, sur Histoire les 23 et 28 ami 2014

Jusqu'au 2 mars 2014
El pasado revelado. La maleta mexicana. El redescubrimiento de los negativos de la Guerra Civil Española de Capa, Chim y Taro
Au Museo San Ildefonso (Mexico City) 
Justo Sierra 16, Centro Histórico de la Ciudad de México. 06020 México, D.F.
Tel. (+52-55) 5702 2991
Mardi de 10 h à 20 h. Du mercredi au dimanche de 10 h à 18 h

Jusqu'au 30 juin 2013
Au MAHJ

Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple, 75003 Paris
Tél. : 01 53 01 86 53
Du lundi au vendredi de 11 h à 18 h, le dimanche de 10 h à 18 h. Nocturne le mercredi jusqu'à 21 h
Visuels :
Fred Stein, Gerda Taro et Robert Capa sur la terrasse du café Le Dôme à Montparnasse - Paris, début 1936
© Estate of Fred Stein - International Center of Photography

Boîte rouge de la valise
© International Center of Photography

Robert Capa
© 2001 by Cornell Capa/Magnum Photos

Chim (David Seymour), Femme avec un bébé écoutant un discours politique près de Badajoz, mai 1936 © Estate of David Seymour / Magnum Photos

Robert Capa, Le général Enrique Líster et André Malraux (à droite), front catalan, fin décembre 1938 – début janvier 1939. © International Center of Photography / Magnum Photos – Coll. International Center of Photography

Couverture de Regards, 6 août 1936
© International Center of Photography

Robert Capa, Le général Enrique Líster et Ernest Hemingway (à droite)
Móra d’Èbre, front d’Aragon, 5 novembre 1938. © International Center of Photography / Magnum Photos – Coll. International Center of Photography

Gerda Taro, Spectateurs de la procession funéraire du Général Lukacs
Valence, 16 juin 1937 © International Center of Photography

Chim, Jeune garçon portant un calot du syndicat des ouvriers du cuivre durant un discours politique. Madrid, octobre 1936 © ©Estate of David Seymour / Magnum Photos - International Center of Photography

Robert Capa, Exilés républicains emmenés vers un camp d’internement Le Barcarès, 1939 © International Center of Photography / Magnum Photos

A lire sur ce blog :

Cet article a été publié les 30 juin, 23 octobre et 7 décembre 2013, 30 janvier, 2 mars, 1er et 22 mai 2014,
- 28 avril 2015. Le 28 avril 2015, Histoire a diffusé trois documentaire, dont La valise mexicaine, sur les photographes de guerre.
Il a été modifié le 30 janvier 2014. Les citations proviennent du dossier de presse.

1 commentaire:

  1. Cet article est fabuleux et pour moi une source immense de savoir historique sur la guerre civile en espagne et l'engagement des juifs !!! Merci !!

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