dimanche 23 mars 2014

Art Spiegelman's Co-Mix: A Retrospective


Le Jewish Museum de New York présente l’exposition éponyme. Par des fac-similés et originaux, l’évocation de la carrière d’Art Spiegelman, auteur newyorkais talentueux de bandes dessinées (BD) ayant débuté dans la bande dessinée underground (Raw), puis collaboré notamment au New Yorker dont il a assuré des couvertures sobres ou polémiques. Illustrateur de livres, auteur d’histoires courtes et d’instantanés, cet auteur a été distingué par le Prix Pulitzer en 1992 pour sa série Maus, roman graphique illustrant la vie de ses parents Juifs polonais, Vladek et Anja, déportés par les Nazis et survivants de la Shoah.



En 2012, à l'occasion de la sortie de MetaMaus, la Bibliothèque du Centre Pompidou a présenté l’exposition Co-Mix. Une rétrospective de bandes dessinées, graphisme et débris divers d’Art Spiegelman. Une exposition reprise au Jewish Museum de New York.

« Mon père m’avait appris à faire les valises, à empaqueter pour mettre le maximum de choses dans une valise au cas où on doive partir vite. Dans mes BD, je fais de même, en laissant un espace pour la respiration du lecteur… Après avoir fini un chapitre de Maus, j’ai réalisé des couvertures de livres et magazines », a déclaré Art Spiegelman lors du vernissage de cette exposition, le 20 mars 2012.

« Créateur exigeant et perfectionniste, Art Spiegelman révèle, à travers ses images, tout autant que dans le découpage de ses planches, un sens de la composition qui ne cède rien au hasard », écrit Benoît Mouchart, directeur artistique du Festival de la Bande dessinée d'Angoulême.

Et d’ajouter : « En compagnie de son épouse Françoise Mouly, une jeune artiste française qui venait de s'établir à New York, il a posé en 1980 une véritable bombe esthétique en fondant RAW. Le sommaire de RAW réunissait en effet des auteurs américains, japonais et européens, contemporains ou passés, qui partageaient tous une très haute ambition dans le domaine du graphisme comme dans celui de la narration. Par la modernité et l'audace de ses choix artistiques, RAW a permis de changer le regard posé sur une forme d'expression trop peu souvent considérée comme un art à part entière.  La variété thématique des projets d'Art Spiegelman lui permet de tirer le meilleur parti des potentialités formelles et signifiantes de ce medium qu'il désigne parfois, comme ses contemporains de l'underground américain, sous le nom de comix, mais qu'il aime aussi appeler co-mix, évoquant ainsi le mélange des images et des mots. Les travaux de Spiegelman révèlent non seulement une insoumission révoltée et une urgence d'expression personnelle propres aux plus grands créateurs, mais aussi et surtout une foi inexpugnable dans les potentialités infinies de la bande dessinée… Spiegelman, qui a refusé toutes les offres d'adaptation de Maus au cinéma pour préserver l'intégrité de cette œuvre, se trouve et se raconte depuis toujours en BD ; il rêve parfois même en bandes dessinées ».


De l’underground à la célébrité
Auteur de bande dessinée, illustrateur, éditeur et critique né en 1948, Art Spiegelman a su mêler la culture savante et la culture populaire » en s’extrayant de la culture under ground, laboratoire d’idées mais à faible diffusion (Raw) pour accéder à des magazines célèbres et officiels, et atteindre la célébrité avec Maus.

En partenariat avec le Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, la Bibliothèque publique d'information du Centre Pompidou présente cette exposition en hommage à l'œuvre d’Art Spiegelman. Une version adaptée à une superficie moindre que celle de l’exposition originelle à Angoulême quelques mois auparavant.

Une scénographie fluide, permettant au visiteur de circuler, dans un espace sombre et sans indication de début ou de fin d’exposition, comme dans les méandres d’un cerveau humain.

L’exposition s’articule autour de plusieurs axes : L’underground, Breakdowns, portrait de l'artiste en jeune, Maus, La revue Raw, A l’ombre des tours mortes, et Travaux d’illustration - des pièces plus ou moins connues sur le travail d'illustrateur d'Art Spiegelman (couvertures du New Yorker, dessins pour La Nuit d'enfer de Joseph Moncure, et l'édition allemande des ouvrages de Boris Vian).


Art Spiegelman est né en 1948 à Stockholm (Suède) où ses parents, déportés à Auschwitz en 1944 et survivants de la Shoah, s'installent après avoir quitté la Pologne. La famille émigre aux Etats-Unis trois ans plus tard.

Pour diverses marques, il conçoit des jeux de cartes, des autocollants, etc.

Art Spiegelman débute dans l'underground de San Francisco. Dans les années 1970, il publie la revue Arcade. Y collaborent notamment Robert Crumb et Gilbert Shelton. Art Spiegelman édite « ses premiers travaux, récits de vie souvent très brefs baignant » dans l’avant-garde de l'époque.

Breakdowns, portrait de l'artiste en jeune retient certaines histoires courtes, publiées pour la première fois en 1977 et réunies dans le recueil éponyme (Casterman, 2008). On y découvre son « regard pessimiste sur son environnement » et sa quête de la mémoire, la sienne et celle de ses parents. Ces premières œuvre augurent d’une « démarche autobiographique singulière », et du « travail mémoriel et introspectif du futur Maus ».

Au cœur de l’exposition : Maus, oeuvre majeure d'Art Spiegelman. Un roman graphique d’environ 300 pages, réalisé entre 1978 et 1991, traduit dans 18 langues et publié en France par Flammarion dès 1987. L'intégralité des planches des deux volumes est montrée en fac-similés, au côté de 200 documents originaux, dont des croquis, storyboards et recherches qui composent la matrice des pages finales et des archives familiales : enregistrement sonore du témoignage du père d’Art Spiegelman qu’il avait recueilli avant d’entreprendre cette œuvre dans laquelle il retrace le destin de ses parents rescapés d'Auschwitz.


Les Juifs sont dessinés en souris et les nazis en chats. Selon l'essayiste Benoît Peeters, il offre « par rapport à un film sur la Shoah, un accès au réel beaucoup moins indécent ».

Maus est présenté dans son intégralité avec des documents préparatoires, des travaux parus à la fin des années 1960, des illustrations pour le New Yorker, des livres pour la jeunesse…

Avec Françoise Mouly, son épouse et  actuelle directrice artistique du New Yorker, Art Spiegelman crée la revue Raw qui publie Maus. Sur une courte période (1980-1991), en douze numéros, RAW marque « l'histoire de la bande dessinée contemporaine par son exigence, son avant-gardisme et son habileté à mélanger bande dessinée, illustration et graphisme, réunissant des auteurs venus de tous pays qui, selon les mots de Spiegelman, "s'intéressaient au vocabulaire de la BD" : Charles Burns, Tardi, Joost Swarte, Baru, Lorenzo Mattoti, Loustal, Chris Ware, Gary Panter, Mark Beyer, Jerry Moriarty… » Ces numéros montrés sur des écrans, ainsi que les livres édités par RAW Books.

Projet post-11 Septembre, À l'ombre des tours mortes réunit des planches de grand format parues à l'origine dans l'hebdomadaire allemand Die Zeit, puis éditées par Casterman (2004). Selon le Centre Pompidou, « bousculant les habitudes de lecture par une mise en page étonnante, Spiegelman y dit son amour pour New York et dénonce le terrorisme intellectuel des années Bush ». Quel « terrorisme intellectuel » ? Pourquoi cette omission du terrorisme islamiste dans les documents sur cette exposition édités par le Centre Pompidou ?

Le 20 mars 2012, interrogé sur la tuerie à Toulouse – l’identité de l’assassin était alors ignorée -, Art Spiegelman a d’abord nié le caractère antisémite de la tuerie à l’école Ozar HaTorah à Toulouse la veille. La journaliste l’ayant questionné sur cette tragédie a opiné de la tête en signe d’approbation. J’ai alors souligné que des enfants et un professeur Juifs d’une école Juive étaient visés, donc cette tuerie était antisémite. Art Spiegelmn a alors rappelé que l’assassin avait aussi tué des non Juifs. J’ai alors indiqué que tuer des Noirs ou des Arabes pour ce qu’ils sont constitue un acte raciste, que cet assassin n’avait pas tué une dame blanche âgée près d’une de ses cibles, et que viser des enfants ou adulte Juifs dans une école Juive constituait un acte antiJuif. Art Spiegelman a alors admis le caractère antisémite de la tuerie contre cette école et a ajouté : « C’est abominable ».


Citations extraites d’une interview par BenoÎt Mouchart


Sur Maus. « Je suis fier de ce travail, mais parfois aussi exaspéré par son succès... J'espère que MetaMaus répondra à toutes les questions que Maus a soulevées et me permettra de tourner la page. Lorsque quelqu'un me demandera « Pourquoi des souris ? », je répondrai « Allez voir pages 110 à 119 ! » Ce travail me hante encore. Je ne l'avais pas réalisé jusqu'à ce que je regarde les photos, les documents, croquis et notes nécessaires pour réaliser MetaMaus. Ceux qui pensent que travailler sur Maus a été cathartique se trompent. J'ai dû développer une carapace pour y œuvrer sans me blesser. L'armure a disparu quand le travail s'est achevé […]. Faire face à nouveau à ce passé et cette tragédie familiale m'a montré que les blessures sont toujours vives ».

« Ce qui nourrit toutes mes bandes dessinées, qu'elles soient d'inspiration personnelle, politique ou autre, c'est l'aspect formel du travail : les mots et les images sur une page comme un diagramme, un circuit de pensées ».

« Les manifestations autour de la bande dessinée sont nombreuses, en Europe comme aux États-Unis. Bientôt il faudra se méfier des BD qui vont devenir trop institutionnelles. Une part de l'énergie de ce médium vient de ses racines populaires, et j'espère contribuer à la préservation de cette tradition. Après tout, j'ai fait Les Crados, des BD pour Playboy et ce roman graphique qui a remporté le Pulitzer…


Du 8 novembre 2012 au 23 mars 2014
Au Jewish Museum
1109 5th Ave at 92nd St. New York NY 10128
Tel. : 212-423-3200
Du vendredi au mardi de 11 h à 17 h 45. Jeudi de 11 h à 20 h


Jusqu’au 21 mai 2012
Niveau 2
Place Georges Pompidou
19, rue Beaubourg, 75004 Paris
Tél. : 33 (0)1 44 78 12 33
Lundi, mercredi, jeudi et vendredi de 12 h à 22 h. Samedi, dimanche et jours fériés de 11 h à 22 h.


Visuels de haut en bas
Affiche
Self-portrait with Maus mask. © Art Spiegelman, 1989

Art Spiegelman © Nadja Spiegelman

Art Spiegelman avec à sa droite son épouse Françoise Mouly et sa gauche Rina Zavagli-Mattotti, commissaire de l’exposition et fondatrice de la Galerie Martel, Paris. © Véronique Chemla

Crash!
Crayon, encre et crayons de couleur.
Lead Pipe Sunday n°2, 1997
© Art Spiegelman

Page non publiée de carnet à dessin, 1975
© Art Spiegelman

The Plastic Arts, gouache.
Couverture pour The New Yorker, 19 avril 1999
© Art Spiegelman

Art Spiegelman
Breakdowns

Dessin préparatoire pour Maus
© Art Spiegelman

Crossroads, lithographie, 1996 © Art Spiegelman

Raw n°7, The Torn-Again Graphix Mag
Encre de Chine, gouache et photo-collage.
© Art Spiegelman. Photo : Béatrice Hatala

Illustration pour la case centrale de A l’ombre des Tours mortes n°6.
Encre sur papier.
© Art Spiegelman. Photo : Béatrice Hatala

Autoportrait, 1999. © Art Spiegelman

Couverture pour Print Magazine, 1981. © Art Spiegelman

Je ne voudrais pas crever, 1985.
Dessin original pour la couverture.
© Art Spiegelman. Photo : Béatrice Hatala

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Cet article a été publié le 18 mai 2012. Il a été modifié le 29 octobre 2013.

jeudi 13 mars 2014

Le CRIF demande une commission d’enquête indépendante composée d’experts afin d’établir la vérité dans l’affaire al-Dura

Le 12 mars 2014, lors de la rencontre organisée par le CRIF avec Charles Villeneuve, le public a interrogé ce journaliste sur l'affaire al-Dura. Preuve que la direction du CRIF, en refusant de lutter pour faire établir la vérité dans cette controverse impliquant France Télévisions, se distancie de ses coreligionnaires. 
Le 30 septembre 2000, France 2 diffusait un reportage commenté par Charles Enderlin qui attribuait la « mort de Mohamed al-Dura » à des « tirs venus de la position israélienne » au carrefour de Netzarim (bande de Gaza). Le 21 mai 2008, l’arrêt de la Cour d’appel de Paris a souligné les invraisemblances et incohérences de ces images devenues emblématiques de l’Intifada II. Pour établir les faits survenus ce 30 septembre 2000 à ce carrefour, le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) a réitéré lors d’une conférence de presse le 2 juillet 2008 sa demande de constitution d’une commission indépendante d’experts. Une demande adressée au Président de la République Nicolas Sarkozy et accueillie froidement par France 2.


S’il n’y avait que deux leçons qu’un journaliste doit toujours garder en mémoire, c’est de respecter les faits, donc de relater la réalité, et de répondre dans son article aux six questions fondamentales : Qui ? Quoi ? Quand ? Où ? Comment ? Pourquoi ? (1) 

Force est de constater, plus de sept ans après la diffusion au JT de 20 h de France 2 du reportage controversé de son correspondant à Jérusalem, Charles Enderlin, sur des images du cameraman palestinien Talal Abu Rahma, que les réponses à ces questions sont loin d’être connues.

Une affaire de dimension internationale
A voir la nombreuse assistance à la conférence de presse organisée par le CRIF à Paris ce 2 juillet 2008, on peut en déduire que l’affaire al-Dura suscite un intérêt inversement proportionnel au silence quasi-général des médias français sur les questionnements et doutes légitimes concernant ces images.

Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2, y avait mandaté son chroniqueur judiciaire, Dominique Verdeilhan, accompagné d’un cameraman. Parmi les médias représentés, citons l’AFP, RFI, Le Figaro, Marianne, et des médias danois, américains et israéliens.

Rappelons brièvement les faits. Ce 30 septembre 2000 avant 13 h du matin, un enfant palestinien a été amené à la morgue de Gaza.

Le 30 septembre 2000, Charles Enderlin commentait ainsi en voix off les images de Talal Abu Rahma : vers 15 heures, « Jamal et son fils Mohamed (12 ans) sont la cible des tirs venus de la position israélienne. Son père tente de le protéger... Une nouvelle rafale. Mohamed est mort et son père gravement blessé ».

Ces images ont suscité une ample vague d’actes antisémites : lors d’une manifestation à Paris en octobre 2000, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, on a crié : ’’Mort aux Juifs’’ lors d’un défilé dans lequel était brandie la photo des al-Dura et était porté le cercueil d’un enfant ; la vidéo de l’égorgement du journaliste juif américain Daniel Pearl montre les al-Dura.

L’image du « petit Mohamed » devient l’icône de l’Intifada II.

Ce reportage suscite des doutes, et des enquêtes dès 2000 de Nahum Shahaf, physicien israélien, de Stéphane Juffa, rédacteur en chef de l’agence de presse Mena (Metula News Agency). Au sein de la Ména, Gérard Huber, psychanalyste, et Luc Rosenzweig, journaliste, poursuivent leurs investigations. Nahum Shahaf et la Ména contestent l'authenticité des faits allégués dans ce reportage, et concluent, au terme de leurs démonstrations, à la mise en scène.

Dans son documentaire Trois balles et un enfant mort. Qui a tué Mohamed al-Dura ? diffusé en 2002 par ARD, Esther Schapira, documentariste allemande, soutient que l'enfant serait mort vraisemblablement par des balles palestiniennes. 

C'est Richard Landes, historien américain, qui parvient à interviewer Charles Enderlin, et forge le néologisme Pallywood pour désigner l'industrie audiovisuelle palestinienne de propagande

La polémique sur ce reportage controversé est alimentée par le long refus de France 2 de rendre publics les rushes du reportage, et les versions successives de Talal Abu Rahma qui, le 3 octobre 2000, affirme sous serment, au Centre palestinien des droits de l’homme : « L’enfant a été tué intentionnellement et de sang-froid par l’armée israélienne », puis se rétracte le 30 septembre 2002, soit deux ans plus tard, dans un fax adressé à France 2 Jérusalem : « Je n’ai jamais dit à l’Organisation palestinienne des droits de l’homme à Gaza que les soldats israéliens avaient tué intentionnellement et en connaissance de cause Mohamed al-Dura et blessé son père ».

Dans deux textes électroniques de novembre 2004, Philippe Karsenty, directeur de l’agence de notation des médias Media-Ratings, qualifie en particulier d’« imposture médiatique », de « faux reportage », « pure fiction » et « supercherie » ce reportage controversé et exhorte aux licenciements de Charles Enderlin et d’Arlette Chabot, alors directrice de l’information de France 2.

Ceux-ci portent plainte contre lui pour diffamation.
Talal Abu Rahma a filmé en octobre 2004 des cicatrices de Jamal al-Dura, à son domicile gazaoui. France 2 a diffusé ce film lors d’une conférence de presse peu après.
Plusieurs procédures judiciaires ont été lancées en France et en Israël dans l’affaire al-Dura.

Condamné le 19 octobre 2006 par le Tribunal de Grande instance de Paris, Philippe Karsenty interjette appel.

Après avoir demandé par un arrêt du 3 octobre 2007 les rushes du reportage à France 2 et les avoir visionnés, la Cour d’appel de Paris relaxe Philippe Karsenty, le 21 mai 2008, dans un arrêt tançant sévèrement les intimés.
Devant une cinquantaine de journalistes attentifs, Gil Mihaely, journaliste à Causeur.fr a listé les incohérences entre ces images et leur commentaire. A rappelé les thèses contradictoires de Charles Enderlin convaincu que Tsahal a tué Mohamed al-Dura, de France 2 - selon Arlette Chabot, « on ne saura jamais l’origine des tirs » - et de Talal Abu Rahma, affirmant le 3 octobre 2000, sous serment, que « l’enfant a été tué intentionnellement et de sang-froid par l’armée israélienne », avant de se rétracter le 30 septembre 2002. A manifesté sa surprise devant l’ignorance de la durée des tirs allégués contre les al-Dura : en 2000, Talal Abu Rahma affirmait sous serment avoir filmé 27 minutes, puis en 2001 il réduisait cette durée à six minutes. En 2001, Charles Enderlin parlait d’« environ 30 minutes ». Cet incident dure moins d’une minute dans les rushes de France 2 visionnés en 2007 devant la Cour d’appel de Paris.

Gil Mihaely s’est aussi étonné des déclarations de Talal Abu Rahma évoquant des « centaines » de balles israéliennes contre les al-Dura, alors que sept ou huit impacts sont visibles dans le mur derrière eux. Il a constaté l’absence de sang sur les vêtements des al-Dura et le lieu. Il a précisé que les cicatrices de Jamal al-Dura remontaient à 1992, année où il avait été blessé à l’arme blanche (couteaux, haches) en raison d’une prétendue collaboration avec Israël et que Jamal al-Dura avait bénéficié en 1994, à l’hôpital Tel-Hashomer de Tel-Aviv, d’opérations de chirurgie réparatrice par le Dr Yehuda David. Enfin, il a noté l’inexistence de la scène de l’agonie de Mohamed al-Dura supprimée selon Charles Enderlin car elle aurait été « insupportable ». Et la liste des invraisemblances et incohérences est longue.

L’expert balistique Jean-Claude Schlinger a été formel : si le genou de l’enfant avait été atteint par balles, il aurait explosé. Ce que ne montrent pas les images de France 2.

En fait, Gil Mihaely a démontré les carences en information subsistant à ce jour. A sa question : « Voyons-nous ce qu’on nous dit ? » La réponse est à l’évidence « Non ».

Au JT de 20 h de France 2, le 2 juillet 2008, le journaliste David Pujadas commentait des images de cette conférence de presse, sans donner la parole ne serait-ce qu’à l’un des trois orateurs. Il pouvait donc, sans risque d’être contredit, conclure qu’il « n’y avait pas de preuve » pour asseoir la demande de Richard Prasquier. Quel dommage que David Pujadas n’ait pas assisté à la conférence de presse ou aux audiences devant la Cour d’appel de Paris, ou n’ait pas donné la parole à Dominique Verdeilhan.

Une commission d’enquête pour connaître la vérité
Conscient du « rôle des images qu’on peut trafiquer », dans le « façonnage » des opinions publiques, Richard Prasquier a évoqué brièvement Pallywood, cette industrie palestinienne de la propagande audiovisuelle. En témoigne la préparation d’une saynète de guerre filmée par un cameraman de Reuters en octobre 2000 : des jeunes Palestiniens s’activent autour du mur troué d’un hangar vide : certains répètent une saynète de guerre, d’autres les observent placidement. Avant que ne débute le tournage, on demande à la foule de s’éloigner. Ce qu’elle fait, assistant au tournage d’une scène en buvant une boisson fraiche ou en téléphonant sur un portable : la caméra se concentre sur un jeune Palestinien qui tire au travers de ce trou dans ce hangar vide, sur un fond sonore de tirs nourris. Sur ces images diffusées par France 2, le commentaire de Charles Enderlin est alors très dramatique.

Richard Prasquier a souligné que la Cour de cassation se prononcera sur ’’la diffamation, [une qualification juridique], et non sur la vérité des faits survenus au carrefour de Netzarim le 30 septembre 2000’’.

Dès le 15 janvier 2008, le CRIF, dont le président avait vu les rushes lors de l’audience devant la Cour d’appel de Paris à l’automne 2007, exprimait le souhait que soit constituée une commission d’enquête indépendante composée d’experts en analyse d’images, balistique, traumatologie et médecine légale afin d’établir ces faits.

Le 16 juin 2008, le CRIF écrivait en ce sens au Président de la République Nicolas Sarkozy.

Richard Prasquier a insisté ce 2 juillet 2008 sur l’absence de parti pris du CRIF à l’égard de Philippe Karsenty, France 2 et Charles Enderlin, et sur sa volonté d’établir les faits de manière contradictoire, donc en associant France 2 à la constitution de cette commission d’enquête. Il bénéficie du soutien du Bureau du CRIF dont de nombreux responsables assistaient à la conférence de presse.

Le soutien du ministère israélien des Affaires étrangères à la recherche de la vérité ne s’est pas fait attendre. Moins de 24 heures après la conférence de presse du CRIF, le ministère israélien publiait le 3 juillet 2008 un communiqué de presse, maladroit dans le choix du terme « tragédie ».

Il y exprimait son soutien à « tous les efforts qui peuvent être déployés dans le but de dévoiler la vérité dans la tragique affaire ’’Mohamed al-Dourah’’. Israël rappelle que les autorités de Tsahal avaient enquêté sur les circonstances de cette tragédie. Le rapport, publié déjà en novembre 2000, avait établi l’incertitude quant à l’origine des tirs. En tant qu’Etat démocratique qui respecte la liberté d’expression et la liberté de la presse quotidiennement et en toute circonstance, Israël appuie toute procédure à même de contribuer à établir la vérité que ce soit au regard de l’événement lui-même ou que ce soit au regard de la manière avec laquelle la presse l’a couvert ».

Les réticences de France 2
L’arrêt de la Cour d’appel de Paris marque une parenthèse ouvrante : « Il est permis de douter » comme l’a relevé Luc Rosenzweig, journaliste retraité du Monde.

France 2 et Charles Enderlin espèrent que la Cour de cassation, qu’ils ont saisie, cassera l’arrêt de la Cour d’appel et fermera promptement et définitivement cette parenthèse : si la Cour de cassation fait droit à leur demande, nul ne pourra plus analyser ou commenter ces images sous peine d’être sanctionné pour diffamation.

En attendant, ils semblent jouer la montre.

Si Charles Enderlin est plutôt favorable à une commission d’enquête, Patrick de Carolis, président de France Télévisions, reste silencieux.

Quant à Arlette Chabot, elle a rejeté le 3 juillet 2008 la demande du CRIF dont le président est « entouré de gens qui sont nos accusateurs ». Elle a allégué : « Je ne peux pas m’associer à des gens avec qui on est en procès ». Or, France 2 et Charles Enderlin sont en procès contre le seul Philippe Karsenty, absent de la conférence de presse.

Arlette Chabot a poursuivi : « Une enquête sur l’origine des tirs n’a pas de sens : elle a déjà eu lieu ». Et de citer le communiqué de presse israélien du 3 juillet 2008. Habilement, elle profite du vocable inapproprié « tragédie » utilisé dans ce communiqué qui selon elle confirme la véracité du commentaire de Charles Enderlin le 30 septembre 2000. Tout en éludant la deuxième partie du communiqué incisive à l’égard de France 2.

Et d’aligner sa proposition : « Jamal accepte de se soumettre à une expertise médicale et accepte l'exhumation du corps de son fils et que l’on procède à des tests ADN en paternité » (2). On peine à saisir la raison pour laquelle Arlette Chabot, directrice de l’information d’une chaîne de télévision, refuse toute analyse par des experts des images télévisuelles incriminées, privilégiant l’exhumation du corps d’un enfant palestinien que nul ne demande.

Elle se pose en partisane de la transparence : « J’aimerais que toutes nos images soient montrées ». Ce qui est le cas. Mais il ne tenait qu’à elle de rendre publiques les dix secondes des rushes de France 2 où, après avoir été déclaré mort par Charles Enderlin, l’enfant palestinien appelé Mohamed al-Dura soulève son coude pour regarder la caméra, et maintient ses jambes au-dessus du sol. Un exploit rare que même un médecin légiste aura du mal à expliquer.

Arlette Chabot « attend qu’on montre cet enfant ». Que l’enfant filmé soit vivant, « là n’est pas la question. On n’a pas à le prouver », a asséné Richard Prasquier. Et d’ajouter : « La commission statuera sur la vérité du reportage. L’enfant est-il mort à la fin du reportage ? »

« La télévision, c'est un métier, qui est fait par des professionnels (…) Il est bon qu'on laisse travailler les professionnels », déclarait Patrick de Carolis, ce 2 juillet 2008.

De manière surprenante, Charles Enderlin a affirmé à la Cour d’appel de Paris que Talal Abu Rahma détenait toujours sa carte de presse délivrée par le Government Press Office (GPO), bureau israélien de presse gouvernemental. Début mars 2008, Patrick de Carolis et Arlette Chabot ont été informés par deux médias, The Wall Street Journal et Guysen, du non-renouvellement depuis fin 2001 de l’accréditation de Talal Abu Rahma par le GPO, conscient « de son implication dans la mise en scène d’évènements à Gaza ».

On peine à deviner la raison pour laquelle France 2 garde ce professionnel et diffuse ses images, et ce, sans en prévenir les téléspectateurs…

D’autant qu’Arlette Chabot a affirmé le 3 juillet 2008 : « S’il y a eu faute, elle sera sanctionnée ».

Mais en 2003, une rumeur infondée avait diffamé le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), Dominique Baudis. A celui-ci qui lui demandait de reconnaître publiquement son erreur, Florence Bouquillat, journaliste de France 2, répliquait : « On ne fait jamais ça à la télévision, voyons ! »

Rappelons qu’en août 2006, Reuters se séparait d’Adnan Hajj, car ce « fauxtographe » avait manipulé ses photos de la guerre d’Israël contre le Hezbollah au Liban, dans un sens hostile à l’Etat juif. Cette agence retirait de sa base de données 920 photos de ce collaborateur depuis dix ans.

Les actions du Président Nicolas Sarkozy
Le 1er juillet 2008, le général Bruno Cuche, chef d'état-major des armées, a démissionné à la suite de la fusillade mortelle survenue, le 29 juin 2008, lors d’une démonstration publique de libération d’otages par un régiment de parachutistes d’infanterie dans une caserne à Carcassonne. Le 2 juillet 2008, le Président de la République Nicolas Sarkozy, en conseil des ministres, dénonçait des « dysfonctionnements graves et majeurs. Il n'est pas anormal que la responsabilité ne porte pas uniquement sur ce malheureux soldat qui a tiré dans la foule » .

Curieusement, alors que la Chine a mis fin aux fonctions de responsables gouvernementaux de la province du Zhenping liés à un scandale de fausses photos d’un prétendu tigre dangereux, la France se montre réticente à sanctionner des auteurs de « dysfonctionnements graves et majeurs » du secteur audiovisuel et à créer une enquête sur des images de saynètes de guerre et de mort alléguée d’un enfant.

Selon Le Figaro, « de source proche de Nicolas Sarkozy, [la démarche du CRIF] a peu de chances d'aboutir, ne serait-ce que parce que la Cour de cassation est encore saisie d'une procédure judiciaire ».

Interférer dans le cours d’une procédure judiciaire ? Mais à en croire Le Figaro et Libération, le Président de la République Nicolas Sarkozy l’a déjà fait.

Prenons le cas de l’affaire de l’Arche de Zoé. Trois journalistes français - Marc Garmirian de l’agence Capa, Jean-Daniel Guillou de Syncro X et Marie-Agnès Peleran de France 3 - et quatre hôtesses de l’air espagnoles, ainsi que des membres de l’association Arche de Zoé, ont été arrêtés au Tchad le 25 octobre 2007 avant que l’Arche de Zoé ne transfère, illégalement, 103 enfants tchadiens en France. Le 29 octobre 2007, le Président Nicolas Sarkozy a « condamné cette opération, qu’il a qualifié d’illégale et d’inacceptable ». Et il s’est rendu le 4 novembre 2007 à N’Djamena pour ramener en France ces trois journalistes. Selon Le Figaro,
« la libération des hôtesses et des journalistes avait été conclue avant la visite surprise du président français qui a dû intervenir personnellement dans la crise… Pour un substitut du procureur tchadien qui a été remplacé pour avoir refusé de signer les ordonnances [de leur libération], le délai a paru trop court et l’intervention française intempestive ».
Autre exemple : l’affaire du juge français Bernard Borrel assassiné à Djibouti en 1995. Le 19 juin 2008, le Président de la République Nicolas Sarkozy a reçu à l’Elysée Elisabeth Borrel, veuve du juge, et son avocat Me Olivier Morice. Libération relate :
« En une demi-heure, Sarkozy fait prendre un tournant à 180 degrés à ce dossier politico-judiciaire, où la veuve et ses enfants, parties civiles, ont été ignorés, voire maltraités au point que - événement judiciaire rarissime - deux juges d'instruction ont été dessaisis par la chancellerie. Selon maître Morice, des «engagements» ont été pris par l'Elysée. Sarkozy devrait demander à la présidente de la Cour internationale de justice qu'Elisabeth Borrel soit entendue comme témoin… «Nicolas Sarkozy a fait preuve de beaucoup d'humanité, poursuit Elisabeth Borrel. Il s'est dit convaincu [qu’]on avait besoin de savoir ce qui s'était passé et pourquoi… Je suis soulagée de retrouver un Etat tel que je pouvais l'imaginer » .
Arrêtons là la liste.

Et si le Président de la République Nicolas Sarkozy et si France 2 persistaient dans leur silence ? « Le CRIF ira jusqu’au bout », a prévenu fermement Richard Prasquier.

Une insuffisante appétence pour la vérité ?
L’arrêt de la Cour d’appel de Paris a provoqué des ondes sismiques qui ont bouleversé une partie de l’intelligentsia française et révélé la fragilité de la démocratie française.

Cet arrêt a sidéré les partisans du correspondant de France 2 à Jérusalem, raidis dans un appel Pour Charles Enderlin publié par Le Nouvel Obs le 4 juin 2008, et dénué de tout argument factuel en faveur de la position du correspondant de France 2.

L’un de ces signataires est Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontière (RSF) !

Par quel réflexe ou quelle motivation sont-ils mus ? L’amitié ? Le corporatisme ? La frousse de commettre une erreur/faute similaire ? L’incompréhension qu’on s’étonne devant une pratique – « la vérité du contexte » (3) - peu conforme à la déontologie journalistique et condamnée par la Cour d’appel de Paris ? Notons que certains journalistes signataires se sont fait remarquer par de fausses allégations (4).

Serait-ce plutôt une vision peu humaine : Charles Enderlin ne peut pas commettre d’erreur ou de faute. Pourquoi ? Parce que… Et parce que c’est « un journaliste connu pour le sérieux et la rigueur de son travail »… Or, tout journaliste sérieux et rigoureux peut commettre une erreur/faute, après un an, cinq ans, dix ans, 20 ans, 30 ans d’expérience professionnelle. Et moi la première. Pour s’en prémunir, il convient de respecter les règles basiques du journalisme. Errare humanum est, perseverare diabolicum (L’erreur est humaine, persévérer (dans l'erreur) est diabolique)…

Dans un article brillant pulbié par The Weekly Standard, la journaliste Anne-Elisabeth Moutet a résumé le problème nodal : il n’est pas dans les us et coutumes des journalistes français de reconnaître leurs erreurs ou fautes. Encore moins de s’excuser.

France 2 loue les « citoyens journalistes », ces Chinois qui filment les répressions exercées par les autorités chinoises (5).

Pourtant transparaît dans cet appel d’intellectuels et journalistes un certain dédain soupçonneux à l’égard d’un simple citoyen qu’ils n’ont pas adoubé – il n’est pas un des leurs - et qui ose interpeler The reporter, un aristocrate au sein d’une profession en voie de paupérisation, et ébranler la statue marmoréenne du Spécialiste/Acteur qui participe au règlement du conflit. C’est intolérable pour des bienpensants ne manifestant aucune sensibilité à l’encontre de la souffrance de la famille de Daniel Pearl. Rappelons que Bernard Lazare, éminent et précoce dreyfusard, n’était pas un militaire.

Le politologue Jean-Yves Camus indique avec franchise à Anne-Elisabeth Moutet :
« Est-ce que je pense que Charles Enderlin a manqué une bonne occasion de reconnaître d’emblée son erreur et de s’épargner ce tourment ? Naturellement. [Si j’ai signé cet appel] c’était pour soutenir Charles. Savez-vous que sa femme est Danielle Kriegel ? C’est la fille d’Annie Kriegel [Nda : grande universitaire juive anti-communiste, aujourd’hui décédée], la sœur de Blandine [Nda : philosophe et ancienne assistante de Chirac à l’Elysée], la belle-sœur d’Alexandre Adler qui écrit sur la géostratégie et la politique dans la plupart des journaux français de qualité, hôte pérenne d’entretiens de haute qualité culturelle] ».
Bref, ce paravent de célébrités, dont une historienne décédée instrumentalisée, occulte la réalité du problème.

A cette journaliste, Me Théo Klein, autre signataire et ancien président du CRIF, avance : Charles Enderlin est « un journaliste remarquable. Je le respecte et je suis sûr que c’est plus important que de savoir si une balle venait de droite ou de gauche. Après tout, beaucoup d’enfants palestiniens ont été tués au cours de l’Intifada ». Alors imputer aux Israéliens un de plus, quelle importance ?!

Il est préoccupant, pour la démocratie, que ces signataires célèbres ne manifestent pas un plus grand intérêt pour la vérité et sa recherche raisonnée.

Cet arrêt de la Cour d’appel de Paris a aussi fissuré le bloc de ces soutiens.

Un homme de gauche, l’historien et ancien ambassadeur d’Israël en France, Elie Barnavi, a demandé la constitution d’une commission d’enquête. Bientôt rejoint par le journaliste Jean Daniel, pourtant signataire. Et combien d’autres ?

Une démocratie française fragile
Que l’organisme porte-parole politique de la communauté juive française sollicite la constitution d’une commission d’enquête au Président de la République révèle un mauvais état de la démocratie française sous la Ve république.

Cela prouve que les instances habilitées à contrôler le fleuron du service public de l’audiovisuel français – direction de l’information de France 2, direction de France Télévisions, Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), ministère de la Communication, justice française et européenne - ont failli. Durablement.

On aurait pu s’attendre à ce que la demande du CRIF émane ou soit soutenue par ces instances, administratives ou politiques. Mais, alors que le CSA s’est indigné au printemps 2008 de la fausse annonce par Europe 1 de la mort de Pascal Sevran, présentateur d’émissions de variétés sur France 2 , il est demeuré silencieux depuis 2000, et notamment depuis l’arrêt de la Cour d’appel de Paris, sur la controverse née de l’allégation par France 2 de la mort d’un enfant palestinien. Les 30 juin et 2 juillet 2008, j'avais interrogé le CSA sur sa réaction aux récents rebondissements de l’affaire al-Dura. En vain.

La demande du CRIF souligne aussi l’absence d’un organisme chargé de veiller au respect par les médias de la déontologie de la presse.

La presse française agonise notamment en raison de pratiques qui ruinent sa crédibilité. Quel est l’avenir d’une profession qui ne peut/veut faire le ménage parmi elle, exige des hommes d’affaires et politiciens une moralité sans faille, se montre impitoyable à l’égard de leurs erreurs ou fautes supposées et veut s’affranchir des analyses et critiques sur son action ? La Cour d’appel de Paris a sévèrement rappelé au 4e pouvoir à ses devoirs.

« Eux et nous », cette expression opposait les nomenklaturistes des régimes communistes à vérité officielle et photos retouchées aux citoyens aspirant aux libertés des démocraties .

L’exemple doit venir d’en haut, et principalement des élites, des dirigeants et des représentants de la Nation. D’une démocratie ou d’une institution, on attend que ses responsables soient sinon des modèles, du moins des êtres mus par les principes et valeurs fondateurs de la société.

Les premières réactions des internautes à l’appel Pour Charles Enderlin révèlent leur rejet des partis pris des signataires dont ils se distancient fermement, une profonde connaissance de l’affaire malgré l’opacité des MSM (Main Stream Medias, principaux médias), un soutien unanime à Philipe Karsenty, et la volonté que soit établie la vérité.

L’affaire al-Dura a mis en lumière le rôle essentiel d’Internet que tant d’instances veulent contrôler étroitement. C’est de cet espace de libertés que se sont exprimés les doutes dans l’affaire al-Dura, puis sur la propagande du Hamas et du Hezbollah à l’été 2006 . Ce sont des amateurs qui ont décelé des invraisemblances et contradictions dans les images fabriquées par Pallywood et ses émules, et passées inaperçues ou sous silence par ces MSM. Ces sont ces esprits libres qui ont relayé leurs découvertes par respect de la vérité.

Le narratif du conflit au Proche-Orient, qui alimente l’attachement ou la réprobation à l’égard d’Israël et de la Cause palestinienne dans le cadre d’une intense propagande jihadiste et manichéenne. Là, réside l’enjeu majeur. Les Palestiniens sont-ils réellement ces underdogs (sous-chiens) opprimés ou tués par de vilains et impitoyables Israéliens ?

Le 27 février 2008, écoutant médusée Philippe Karsenty analyser les rushes de France 2 devant la Cour d’appel de Paris et en lister les incohérences et invraisemblances, Arlette Chabot s’exclamait :
« On envoie les images dans le monde entier. Cela tendrait à prouver que depuis des années, les agences de presse internationales, reprises par les télévisions du monde entier [ne filment et diffusent que des Palestiniens qui simulent des mises en scènes !]… C’est une mise en cause de toute la presse internationale ».
De quoi donner le vertige.

Ces belles âmes, qui depuis tant d’années ont stigmatisé le seul Etat d’Israël en se fondant sur les images de Pallywood, se sont donc trompées gravement. Combien d’autres ont-elles trompé ? Et avec quels effets ?

En outre, le décompte macabre des victimes de ce conflit actualisé par des médias, notamment « selon des sources palestiniennes », n’occulte-t-il pas le réel et douloureux tribut humain infligé à l’Etat juif par le terrorisme islamiste ?

Ces questions sont essentielles. Le 25 mai 2008, Tzipi Livni, ministre israélienne des Affaires étrangères, déplorait que les politiciens forgent leur avis sur ce conflit sur les récits et les images qu’en offrent les médias, et non sur la réalité.

Un exemple fourni par Stéphane Juffa est particulièrement éclairant :
« Lorsque le Premier ministre israélien Ehud Barak se rendit en visite à Paris, cette même année [Ndlr : en 2000], le président français Jacques Chirac lui en fit la remarque cinglante. ‘Ce n’est pas de la politique que de tuer les enfants !’ (6).

(1) La fameuse abréviation “QQOQCCP” est appelée aussi « l’hexamètre mnémotechnique » - Quis, Quid, Ubi, Quibus auxiliis, Cur, Quomodo, Quando – du rhéteur latin Quintilien.

(2) Interview sur RCJ d’Arlette Chabot, « 3e directrice de l’information de France 2 à gérer cette affaire », par Shlomo Malka, le 3 juillet 2008. http://www.radiorcj.info/mp3Player/?audio=chabot3juil

(3) Charles Enderlin a déclaré « que « l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie », alors qu’un reportage [se définit] comme le témoignage de ce que le journaliste a vu et entendu ». Le correspondant de France 2 à Jérusalem a ainsi « reconnu que le film qui a fait le tour du monde en entraînant des violences sans précédent dans toute la région ne correspondait peut-être pas au commentaire qu’il avait donné, ce qui est également l’avis donné par Daniel Dayan, directeur de recherches au CNRS et spécialiste des médias ».


(4) Sara Daniel, journaliste au Nouvel Observateur, avait allégué « le viol systématique des jeunes filles palestiniennes par les soldats de Tsahal, dans le but de les faire exécuter par leurs familles ». Sylvain Cypel avait "révélé la découverte du plus grand réseau d’espions opérant aux Etats-Unis, des agents du Mossad ».
Stéphane Juffa, Diffamation ou censure de l’information ?, 14 janvier 2008.
Gilles-William Goldnadel, Charles et les bétitionnaires, 10 juin 2008, http://blognadel.over-blog.com/
Claude Angeli, rédacteur en chef de l’hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné, a écrit : « Autre preuve que rien n’est simple dans cette région. Lors de sa visite en Israël, Sarko avait cru possible de tenir, le 22 juin, sur les rives de la mer Noire, une conférence France-Israël-Jordanie-Palestine. Un coup pour rien : le roi de Jordanie et Mahmoud Abbas ont refusé d’accorder ce plaisir au président français. « Et de faire comme si, affirme, sur place, un diplomate français, les Israéliens ne continuaient pas d’installer de nouvelles colonies à Jérusalem-Est et en Cisjordanie » (Le Canard enchaîné, n° 4 575, 2 juillet 2008).
Or, s’il est un fait simple, c’est que la mer Noire ne borde pas les côtes israéliennes : les rives de la mer Noire sont partagées entre la Bulgarie, la Géorgie, la Roumanie, la Russie, la Turquie et l’Ukraine (http://www.universalis.fr/encyclopedie/N130251/NOIRE_MER.htm). Le souverain hachémite et le président de l’Autorité palestinienne n’ont donc pas « refusé d’accorder ce plaisir » au Président de la République française. « Pan sur le bec ! »
Claude Angeli, qui est aussi féru de géographie du Proche-Orient que sa source diplomatique française « sur place », a-t-il confondu la mer Noire avec la mer Rouge ou la mer Morte ? Mystère. Mais cela vaut vraisemblablement une « noix d’honneur », ou tout au moins un Erratum dans le prochain numéro du Canard enchaîné.
Lors d’une interview sur al-Jazeera en 2008, l’universitaire israélien Mordekhai Kedar, professeur à l’université de Bar-Ilan, justifie les constructions à Jérusalem et la judéité de la capitale éternelle d’Israël.
How Did Jerusalem Come to be so Holy to Moslems?, 1er novembre 2000, et dans une traduction française de Menahem Macina - Comment Jérusalem est-elle devenue aussi sacrée pour les Musulmans ? - à http://www.upjf.org/detail.do?noArticle=2245&noCat=109&id_key=109#
Daniel Pipes, Jerusalem Means More to Jews Than to Muslims, Los Angeles Times, 21 juillet 2000, et en français A qui appartient Jérusalem ?
(5) Reportage de Pascal Golomer, JT de France 2, 29 juin 2008, 20 h. http://jt.france2.fr/20h

(6) Eric Aeschimann et Christophe Boltanski, Chirac d’Arabie : les mirages d’une politique française. Grasset, 2006. 430 pages. ISBN : 2246691214


ADDENDUM
Le n°1261 (4 juillet 2013) d'Actualité Juive a publié un article sur la rencontre peu avant l'assemblée générale du CRIF du 30 juin 2013, de Roger Cukierman, élu le 26 mai 2013 avec la presse juive. Auteur de cet article, Pierre Assouline ne mentionne pas cette affaire. Pourquoi ? Roger Cukierman aurait-il éludé ce sujet ? Ou aucun représentant de la presse française Juive n'aurait questionné le président du CRIF sur cette affaire ? Or, Roger Cukierman avait en 2008 exprimé, notamment dans son autobiographie Ni fiers ni dominateurs et lors d'une interview qu'il m'avait accordée pour L'Arche, le regret de pas s'être "assez battu dans l'affaire al-Dura" lors de ses mandats et avait déclaré : "Il est essentiel que la vérité soit établie".
Le 22 septembre 2013, j'avais interrogé le CSA pour connaitre son avis sur le reportage controversé "a-Dura".
Le 20 novembre 2013, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a adopté une recommandation relative au traitement des conflits internationaux, des guerres civiles et des actes terroristes. Il a ainsi abrogé ses recommandations de 2003 et 2004. Le Conseil "recommande aux éditeurs, pour chacune des émissions qui traitent de ces faits de veiller au respect des principes suivants... [concernant l'] Ordre public et honnêteté de l’information...
- En traitant avec la pondération et la rigueur indispensables les conflits internationaux susceptibles d'alimenter des tensions et des antagonismes au sein de la population ou d'entraîner, envers certaines communautés ou certains pays, des attitudes de rejet ou de xénophobie ;
- En vérifiant l’exactitude des informations diffusées ou, en cas d’incertitude, en les assortissant de réserves, en les présentant au conditionnel et en  citant la provenance et la date, sous réserve de la protection des sources notamment garantie par la loi n°2010-1 du 4 janvier 2010 relative à la protection du secret des sources des journalistes ;
- En procédant en cas de diffusion d’informations inexactes, à leur rectification dans les meilleurs délais et dans des conditions d’exposition comparables ;
- En accompagnant la diffusion d’images d’archives d’une mention à l’antenne pour signaler cette origine".

Cet article a été publié par Guysen, puis sur ce blog les 5 janvier 2011 et 5 décembre 2013. Il a été modifié le 13 mars 2014.

lundi 10 mars 2014

Un Matisse rendu en 2008 à la MDA UK est retourné à Francfort


 Le 11 mars 2014, Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, restituera trois tableaux - Paysage montagneux du peintre flamand Joos de Momper (1564-1635), Portrait de femme  du XVIIIe siècle,  déposé au département des peintures du Louvre, dont l'auteur serait Louis Tocqué et les propriétaires étaient Rosa et Jakob Oppenheimer, marchands d'art berlinois Juifs, et une Vierge à l'Enfant, conservée dans ledit département, copie d'après Lippo Memmi ou un artiste de son cercle - aux ayants-droit de leurs propriétaires spoliés lors de la Seconde Guerre mondiale.
En illustration de mes articles sur Rose Valland et le pillage des oeuvres d'art appartenant à des Juifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale ainsi que sur les amateurs d’art Juifs américains éclairés, Léo, Gertrude, Michael et son épouse Sarah Stein, et alors que le Centre Pompidou présente l’exposition Matisse, Paires et séries, je republie cet article sur la restitution en 2008, à son ayant-droit, dn tableau Paysage, le mur rose [de l’hôpital d’Ajaccio] (1898) de Matisse, ayant appartenu à un Allemand Juif spolié, Harry Fuld Senior. Une oeuvre acquise en 2010 par le musée Juif de Francfort (Jüdisches Museum Frankfurt).

 
Le 27 novembre 2008, Christine Albanel, alors ministre de la Culture, a restitué à Paris un tableau de Matisse, Paysage, le mur rose [de l’hôpital d’Ajaccio] (1898), à la Maguen David Adom du Royaume-Uni (MDA-UK), héritière de son propriétaire et représentée par Stuart Glyn.

Ce « geste s'inscrit dans le cadre de la politique française de recherche de provenance et de restitution des œuvres d'art pillées durant la guerre ».

Montrée par la galerie Druet en 1906, cette œuvre de jeunesse de Matisse figurait à la vente de la collection la « Peau de l’Ours » à Paris en 1914. Elle avait été vendue en 1914 à un marchand d’art allemand qui l’amena dans son pays, marquée du tampon des douanes françaises à son revers.

Un collectionneur Juif francfortois
Fondateur en 1899 de la première compagnie de téléphone allemande, Harry Fuld Senior était un collectionneur francfortois, et il acheta ce tableau de Matisse.

Son fils, Harry Fuld Junior, hérita de sa collection en 1932. En 1937, il fuit les persécutions antisémites de l’Allemagne nazie pour l’Angleterre, laissant dans son pays natal en particulier plusieurs boîtes emplies de tableaux. En 1941, il est spolié de ses biens, vendus en 1942. Il reconstitua l’inventaire après-guerre et conserva des photographies de la collection familiale, sans les négatifs.

Ce Matisse est retrouvé en 1948, sans document explicatif, dans une cache à Talheim (Allemagne) parmi des biens de Kurt Gerstein (1905-1945), officier controversé de la SS qui s’était suicidé en juillet 1945. Chargé de livrer le gaz Zyklon B dans les camps d’extermination, Kurt Gerstein avait alerté le Pape Pie XII et les Alliés sur la Solution finale. Selon un ami de Gerstein, cette œuvre picturale aurait été achetée « chez un camarade d’école à Berlin », peut-être le marchand de tableaux berlinois, Hans Lange, chargé de la vente en 1942.

Ce tableau est transféré au Central Collecting Point de Baden-Baden.

Au vu de son tampon, la France le récupéra en 1949 et l’inscrivit comme MNR (Musées nationaux récupération), i.e. une œuvre d’art issue de spoliation ou vente forcée de biens, souvent juifs, pendant la Seconde Guerre mondiale, et gardée dans l’attente de son identification par son propriétaire.

« Restituer, c’est se souvenir et réparer » (Christine Albanel)
Attribué aux Musées nationaux, en l’occurrence le musée national d’Art moderne en 1951, ce Matisse est prêté en 1952 au musée de Nantes pour huit mois.

Gisella Martin hérita d’Harry Fuld Junior, mort en 1962. Décédée en 1994, elle avait comme légataire la branche britannique de la MDA.

Depuis 1997, ce Matisse figurait sur la base de données en ligne des « MNR ». Il était conservé au Centre Pompidou depuis 2000.

Il est inclus dans la présentation inaugurale des collections du Musée d’art et d’histoire du judaïsme (MAHJ) en 1998-1999.

En 2008, il est montré lors de l’exposition A qui appartenaient ces tableaux ? Spoliations, restitutions et recherche de provenance : le sort des œuvres d'art revenues d’Allemagne après la guerre organisée à l’initiative du ministère de la Culture et de la Communication et du ministère des Affaires étrangères en 2008 au musée d’Israël (Jérusalem), puis au Musée d’art et d’histoire du judaïsme (Paris).

Se fondant sur la base de données en ligne dite MNR, l’historienne d’art allemande Marina Blumberg parvint à retrouver son propriétaire, décédé, et son héritière décédée. La succession en revint à la branche britannique de la MDA. Elle s’adressa alors au ministère des Affaires étrangères, responsable des œuvres « orphelines » et au Centre Pompidou.

La MDA UK a exposé ce Matisse à Berlin, puis à Francfort. Elle espérait le vendre – entre 100 000 dollars et 150 000 dollars - à un « bienfaiteur » qui le confierait à un musée israélien.

« Il y avait 27 caisses d’œuvres d’art entreposées par Harry Fuld Jr qui ont été « confisquées » par les Nazis. En théorie, le contenu de ces 27 caisses ont été léguées par Mme Martin à la MDA du Royaume-Uni. L’identification et la récupération du contenu de ces caisses est hautement problématique et sensible. Plusieurs œuvres ont été clairement identifiées et localisées. Les investigations se poursuivent », m’écrivait Stuart Glyn, représentant de la MDA-RU, le 30 novembre 2008. Parmi ces œuvres : des statues de Bouddha datant du XIIe siècle, des œuvres des maîtres italiens du XVIe siècle, du mobilier d'époque...

« Dès l'après-guerre, avec le retour en France de 60 000 œuvres spoliées, un immense travail de recherche de l'administration français s'est ouvert pour les rendre à leurs propriétaires. Il a permis, en l'espace de 5 ans, d'en restituer 45 000. Sur les 15 000 restantes, 2 000 œuvres d'exception ont été confiées provisoirement à la garde des musées sur un inventaire particulier sous le signe MNR, Monuments Nationaux Récupération », a déclaré Christine Albanel, alors ministre de la Culture, en restituant ce tableau de Matisse à son ayant-droit, la MDA-UK, le 27 novembre 2008, au siège du ministère.

Stuart Glyn espérait vendre ce Matisse – entre 100 000 dollars et 150 000 dollars - à un « bienfaiteur » qui le confierait à un musée israélien. Il l’a exposé à Berlin, puis à Francfort.

Grâce à des donateurs et à des fondations, le musée Juif de Francfort (Jüdisches Museum Frankfurt) a acheté en 2010 ce Matisse pour 200 0000 euros.


Addendum :
En février 2013, le ministère français de la Culture a annoncé son intention de rendre à deux familles Juives sept tableaux dont elles avaient été spoliées par les Nazis. Ces tableaux étaient conservées dans des musées.
En avril 2013, 44 carnets ont été découverts dans la maison de vente aux enchères munichoise Weinmüller. Une liste d'oeuvres confisquées, aryanisées ou ventes sous la contrainte dans les années 1930 et pendant la Seconde Guerre mondiale. 
 
 
Visuel :
Matisse
© Jüdisches Museum Frankfurt, Axel Schneider.
Articles sur ce blog concernant :

Cet article avait été commandé par L'Arche. Il a été publié sur ce blog les 15 mars 2012, 17 février  et 1er mai 2013.