vendredi 27 décembre 2013

Art du jeu, jeu dans l’art. De Babylone à l’Occident médiéval


Les Emirats Arabes Unis, qui accueillent les championnats du monde pour les jeunes joueurs d'échecs, refusent de mentionner "Israël" pour indiquer le pays des joueurs israéliens, et islamisent la pièce représentant le roi en substituant à la croix le croissant et l'étoile à cinq branches.

Le musée du Moyen-âge  a présenté l’exposition  éponyme. Pour la première fois à Paris, sont évoqués certains jeux de parcours et de hasard prestigieux, leur invention de la plus haute Antiquité jusqu’à l’aube de l’époque moderne, leurs catégories et leurs symboliques. Dans le frigidarium des thermes de Lutèce, 250 pièces révèlent la diversité et les permanences de la pratique des joueurs, et leurs enjeux.

1ère partie : Le renouveau des magasins de jouets (1/2)
2e partie : Le renouveau des magasins de jouets. Mises à jour (2/2)
Jeux et jouets juifs
Des jouets et des hommes, exposition au Grand Palais


Organisée par le Musée de Cluny et par la Réunion des Musées Nationaux  (RMN)-Grand Palais, réalisée avec la participation du musée du Louvre et le concours exceptionnel de la Bibliothèque nationale de France (BNF), cette énième exposition parisienne sur les jeux a pour commissaires Isabelle Bardiès-Fronty, Conservateur en chef au musée de Cluny, Paris et Anne-Elizabeth Dunn-Vaturi, Hagop Kevorkian Research Associate, Department of Ancient Near Eastern Art, Metropolitan Museum of Art, New York.

But original de l'exposition : « pour la première fois à Paris, évoquer les jeux de parcours et de hasard, jeux basés sur des règles, depuis leur invention à la plus haute Antiquité jusqu’à l’entrée dans les temps modernes ».

Les « jeux de hasard et de stratégies sont une composante essentielle de la vie quotidienne des hommes dans l’Antiquité et au Moyen Âge ». Ils sont associés à des « thématiques universelles telles que la puissance, l’amour, l’art divinatoire et la notion de destin ».

Jeu du serpent, du palmier, senet, trictrac, échecs, tarots et dés, osselets, représentations de joueurs sur des pièces archéologiques et des manuscrits… Issus de grandes collections internationales, ces œuvres montrent l’évolution des techniques de jeux. Un jeu, « support artistique et source d’inspiration iconographique ».

Alea jacta est ! « Développé par les Grecs et les Romains qui privilégient les jeux d’adresse et de hasard, le lancer de dé dépasse la simple dimension ludique et devient le support de pratiques divinatoires. Discrédité et interdit à plusieurs reprises par l’Église, le dé rencontre toutefois un vif succès au XIIe siècle dans l’Occident médiéval ». Fondé sur des « règles de calculs simples, ce jeu séduit toutes les couches de la société ».

La « pratique des jeux de parcours est l’une des plus anciennes de l’humanité. Très appréciés au Proche-Orient, ces jeux comportent de nombreuses variantes ». Exemples de  ces témoins de grandes civilisations révolues : le jeu égyptien dit « Jeu du Serpent » ou « Mehen », dont il seule une quinzaine d’exemplaires demeurent. D’autres objets surprennent par leur esthétique et leur puissance créative, tel le « jeu de 58 trous » ou « jeu du palmier » aux fiches terminées par des têtes de chacal et de chien.

De nombreux jeux issus de l’Antiquité évoluent au Moyen Âge : le jeu de la marelle ou du trictrac, variation du jeu romain « des Douze caractères » et ancêtre du Backgammon.

Venus d’Inde, les échecs « sont accueillis et adaptés. Les règles sont formalisées et le pion devient un élément de représentation symbolique de la société. Les éléphants des échecs orientaux se transforment en évêques, puis en fous. Les pièces d’échecs en ivoire de morse de l’Île de Lewis sont de véritables sculptures miniatures. De somptueuses pièces issues des collections royales, telles que l’échiquier dit « de Saint Louis » viennent éclairer la dimension intellectuelle et matérielle de ce jeu ».

Rois, Dames, Cavaliers et Valets, les couleurs et les suites numérales… La carte à jouer apparaît en Occident à la fin du Moyen Âge.

Dans la cour d’honneur du musée, le visiteur de l’exposition peut jouer à la partie d’échecs initiée sur un échiquier géant.

Le dossier de presse appelle plusieurs remarques. Nulle mention de jouets Juifs où le hasard s’avère déterminant, telle la toupie de Hanoucca. De plus, la carte De la Babylone antique à l’Occident médiéval : l’espace du jeu est surprenante par ses anachronismes : sur une durée si longue, la « France », la « Suisse », « l’Allemagne » n’existaient pas. La “Syrie” est mentionnée, mais pas le royaume ou l'Etat d’Israël !? Le  "Levant" est un vocable à l'acception variable.
Jusqu’au 4 mars 2013
Musée de Cluny-Musée du Moyen-âge 

6, place Paul Painlevé. 75005 Paris
Tél. : 01 53 73 78 00
Tous les jours sauf le mardi, de 9 h 15 à 17 h 45.


A lire sur ce blog :
Affaire al-Dura/Israël
Aviation/Mode/Sports
Chrétiens
Culture
France
Il ou elle a dit...
Judaïsme/Juifs
Monde arabe/Islam
Shoah (Holocaust)
Articles in English

Les citations proviennent du dossier de presse. Cet article a été publié le 3 mars 2013.
 

jeudi 12 décembre 2013

Mon interview par Radio Chalom Nitsan le 12 décembre 2013


Je serai interviewée par Radio Chalom Nitsan  (RCN), radio Juive de la Côte d'Azur le jeudi 12 décembre 2013, de 13 h 20 à 13 h 40. L'interview pourra être entendue pendant une semaine sur le site de ce média.



J’évoquerai la recommandation relative au traitement des conflits internationaux, des guerres civiles et des actes terroristes  adoptée  par le Conseil supérieur de l’audiovisuel le 20 novembre 2013 (CSA).

Sur le traitement des situations de guerre ou de conflits par les services de communication audiovisuelle, le CSA avait adopté depuis une décennie, lors de la guerre de la coalition contre l'Iraq de Saddam Hussein (2003) et de l'Intifada II, deux recommandations redondantes : celle n° 2003-2 du 18 mars 2003 relative au conflit au Moyen-Orient et celle n° 2004-8 du 7 décembre 2004 à l’ensemble des services de télévision et de radio relative aux conflits internationaux et à leurs éventuelles répercussions en France.

Le CSA les a abrogées pour adopter cette recommandation du 20 novembre 2013 invitant les éditeurs de programmes audiovisuels à respecter notamment l'honnêteté de l'information, et en cas de violation de ce principe élémentaire journalistique, de rectifier l'allégation erronée diffusée.

« Compte tenu de l’évolution du contexte international, le Conseil a procédé à une large concertation avec les principaux groupes audiovisuels et des journalistes afin d’adopter la présente recommandation relative au traitement des conflits internationaux, des guerres civiles et des actes terroristes par les services de communication audiovisuelle ».

Le Conseil « est pleinement conscient des difficultés particulières rencontrées par les journalistes dans l’exercice de leur mission fondamentale d’information du public et des dangers encourus lors du recueil des images et de la relation des faits. Si la liberté d'informer, principe constitutionnel consacré par l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 et repris par l’article 10 de la Convention Européenne de sauvegarde des Droits de l’Homme (CEDH), doit être préservée, le Conseil entend rappeler qu’en vertu des mêmes articles et des mêmes textes ainsi que des dispositions de la loi n°86-1067 du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication, de sa convention ou de son cahier des charges, dans le cadre de l'exercice de sa responsabilité éditoriale, le diffuseur doit également respecter la dignité de la personne humaine et l'honnêteté de l'information ».

Le CSA recommande aux éditeurs, pour chacune des émissions qui traitent des conflits internationaux, des guerres civiles et des actes terroristes de veiller au respect de ces principes, notamment :
« 1. Dignité de la personne humaine
•  En s’abstenant de présenter de manière manifestement complaisante la violence ou la souffrance humaine lorsque sont diffusées des images de personnes tuées ou blessées et des réactions de leurs proches ;
•  En préservant la dignité des personnes prises en otage, notamment lorsque leur image ou tout autre élément permettant de les identifier est utilisé par les ravisseurs ;
•  En respectant scrupuleusement les stipulations des conventions de Genève et de leurs protocoles additionnels relatives à la protection des prisonniers de guerre et des personnes civiles en temps de guerre.
2. Ordre public et honnêteté de l’information
•  En traitant avec la pondération et la rigueur indispensables les conflits internationaux susceptibles d'alimenter des tensions et des antagonismes au sein de la population ou d'entraîner, envers certaines communautés ou certains pays, des attitudes de rejet ou de xénophobie ;
•  En vérifiant l’exactitude des informations diffusées ou, en cas d’incertitude, en les assortissant de réserves, en les présentant au conditionnel et en citant la provenance et la date, sous réserve de la protection des sources notamment garantie par la loi n°2010-1 du 4 janvier 2010 relative à la protection du secret des sources des journalistes ;
•  En procédant en cas de diffusion d’informations inexactes, à leur rectification dans les meilleurs délais et dans des conditions d’exposition comparables ;
•  En accompagnant la diffusion d’images d’archives d’une mention à l’antenne pour signaler cette origine.
3. Protection des personnes
•  En veillant à ce que la diffusion de sons et/ou d’images difficilement soutenables soit systématiquement précédée d’un avertissement explicite au public destiné à protéger les personnes les plus vulnérables de leur éventuel impact ».

J'ai rappelé le rôle de Serge Farnel, journaliste et écrivain, dans ces recommandations du CSA, et son combat judiciaire avec Me Stéphane Haddad auprès de la juridiction administrative.

Serge Farnel s’est réjoui de cette nouvelle recommandation : « Le CSA a gardé « quasiment mot pour mot le contenu des saisines que je leur avais adressées pour ce qui concerne l'affaire A-Dura : « En vérifiant l’exactitude des informations diffusées ou, en cas d’incertitude, en les assortissant de réserves, en les présentant au conditionnel ».

Le 30 septembre 2000, France 2 avait diffusé le reportage de Charles Enderlin, son correspondant en Israël, et de son cameraman palestinien Talal Abu Rahma, alléguant que Mohamed al-Dura avait été tué et son père Jamal blessé par des balles israéliennes.

Yves Kamami, alors président du B’nai B’rith, et le réalisateur Pierre Rehov avaient porté plainte contre France 2. Leur plainte avait été classée.

Quelques années après, Serge Farnel avait saisi le CSA. Sa démarche a consisté à contraindre France 2 à présenter les preuves de ses allégations. Serge Farnel s’est alors placé non sur le terrain de la mise en scène, mais de « l’accusation sans preuve », et avait pointé la responsabilité de la chaine télévisée publique. Son but : contraindre France 2 à rectifier publiquement les faits allégués par ce reportage controversé devenu l’emblème médiatique de l’Intifada II.

Et Serge Farnel d’ajouter le 10 décembre 2013 : « Les membres du CSA sont, juste après moi, les premiers à avoir fait le lien entre le meurtre de Daniel Pearl et l’affaire A-Dura. Après avoir découvert l’image de Daniel Pearl sur fond de celle des A-Dura, et ce alors que personne n’avait encore fait ce rapprochement, j’avais en effet envoyé ces saisines - en recommandé bien sûr – avec une capture d’écran de la vidéo de propagande des islamistes qui l’ont décapité, leur demandant de participer, en rectifiant l’information, à protéger les journalistes Juifs ».

Avec Me Stéphane Haddad, Serge Farnel avait porté la question devant la juridiction administrative en se plaçant comme « usager du service public français » audiovisuel. Mais il a été débouté par le Conseil d’Etat.

Sur Radio J, Arlette Chabot, alors directrice de l’information de France 2, avait reconnu que « France Télévisions n’avait jamais disposé des preuves - la fameuse « certitude » selon les termes aujourd'hui employés par le CSA - qui lui aurait permis d'émettre ces accusations sans l'usage du mode conditionnel et de la présenter cette fois au mode conditionnel (terme utilisé aussi bien dans mes saisines que dans les recommandations du CSA), et sans contrevenir à la déontologie telle qu'elle est exprimée dans la charte de Munich, charte que [France Télévisions] a signée », m’a confié Serge Farnel le 10 décembre 2013.

Pourquoi le CSA adopte-t-il cette troisième recommandation maintenant ?

Le n°1261 (4 juillet 2013) d'Actualité Juive a publié un article sur la rencontre peu avant l'assemblée générale du CRIF du 30 juin 2013, de Roger Cukierman, élu le 26 mai 2013 avec la presse juive. Auteur de cet article, Pierre Assouline ne mentionne pas cette affaire. Pourquoi ? Roger Cukierman aurait-il éludé ce sujet ? Ou aucun représentant de la presse juive n'aurait questionné le président du CRIF sur cette affaire ? Or, Roger Cukierman avait en 2008 exprimé, notamment dans son autobiographie Ni fiers ni dominateurs et lors d'une interview qu'il m'avait accordée pour L'Arche, le regret de pas s'être "assez battu dans l'affaire al-Dura" lors de ses mandats et avait déclaré : "Il est essentiel que la vérité soit établie".

Le 7 juillet 2013, lors de Dis-moi qui tu cites, je te dirai qui tu es, émission sur RCJ, radio de la communauté juive soutenue par le FSJU, de l'Alliance israélite universelle (AIU), Ilana Cicurel a interviewé Olivier Schrameck, président du CSA, sur l'objectif de cet organisme public et les enjeux affrontés, sans l'interroger sur l'affaire al-Dura. Alors que Philippe Karsenty venait d'être condamné  par la Cour d'appel de Paris le 26 juin 2013, n'était-ce pourtant pas le moment pour Ilana Cicurel de questionner le président du CSA sur ces images aux conséquences tragiques ?

Le 22 septembre 2013, j'ai interrogé le CSA afin de connaitre "l'avis du président Olivier Schrameck, ainsi que de Nicolas About et Mémona Hintermann-Afféjee, respectivement président et vice-présidente du Groupe de travail Déontologie de l'information et des programmes audiovisuels, sur le reportage de Charles Enderlin et Talal Abu Rahma, diffusé par France 2 le 30 septembre 2000, et alléguant la mort de Mohamed al-Dura et les blessures de Jamal al-Dura, et savoir "si ces trois membres du CSA envisagent des actions afin de faire émerger la réalité sur les faits allégués, et notamment par la réunion du « groupe de travail d'experts indépendants » constitué en 2008 avec l'accord de France 2".

Qu’un blog supplée les carences de journalistes de médias communautaires  est symptomatique de l’état de ces médias.

Cette énième recommandation sera-t-elle utile et respectée ? On peut en douter au vu des reportages biaisés, erronés, etc. diffusés par France 2 depuis l’adoption de la première recommandation.

Pour savoir comment travaillent les correspondants de guerre, je recommande la lecture du livre Des hommes comme les autres, correspondants au Moyen-Orient  de Joris Luyendijk, ancien correspondant de médias néerlandais.

J'ai analysé aussi brièvement « Juifs & musulmans - Si loin, si proches » (Juden & Muslims. So nah. Und doch so fern !), « série documentaire » réalisée par Karim Miské diffusée  par Arte en quatre volets, en octobre et novembre 2013.

Une série « islamiquement correcte », biaisée, fondée sur un postulat faux et éculé : la « coexistence harmonieuse entre juifs et musulmans sous domination islamique millénaire pendant plus de mille ans a été rompue notamment par le sionisme politique, la refondation de l’Etat d’Israël en raison de la Shoah ».

Une série en quatre parties effarantes d’ignorances et de fautes historiques, de prétention peureuse et de partialité négative à l’égard du judaïsme, du sionisme, des Juifs et de l’Etat d’Israël, financées notamment par l'argent public, et à la diffusion quasi-internationale.

A lire : les analyses pertinentes par l'essayiste Bat Ye'or et le professeur Shmuel Trigano.

Pour savoir comment travaillent les correspondants de guerre, je recommande la lecture du livre Des hommes comme les autres, correspondants au Moyen-Orient  de Joris Luyendijk, ancien correspondant de médias néerlandais.


A lire sur ce blog :

lundi 9 décembre 2013

« Enfants de l'Holocauste - Le refuge de Blankenese » de Raymond Ley

 
Le 10 décembre 2010, à 9 h, la chaîne publique franco-allemande Arte rediffusera Enfants de l’Holocauste – Le refuge de Blankenese (Die Kinder von Blankenese), docufiction de Raymond Ley (2010). L’histoire d’enfants Juifs, survivants des camps après la Seconde Guerre mondiale, et accueillis dans une demeure transformée en orphelinat près de Hambourg, afin qu’ils « réapprennent à vivre normalement », avant leur départ souvent en Palestine mandataire (Eretz Israël).
 
Ce docufiction est composé de flashbacks, d’alternances d’archives en noir et blanc sur la Shoah, d’images de fiction aux tons proches de sépia et de témoignages des principaux protagonistes : les jeunes adultes juifs ayant encadré ces enfants et adolescents Juifs, et ceux-ci – Yossef Erez, Esther Grinberg, Tamar et Simcka Landau, et beaucoup d'autres - interviewés alors qu’ils sont sexagénaires ou septuagénaires. La voix off est alternativement celle d’un enfant juif, ou celle d’un adulte.

En 1945, pour éviter l’ambiance nocive aux enfants Juifs survivants du camp de Bergen-Belsen, une équipe de jeunes adultes juives décide de leur offrir un « cocon chaleureux » afin qu’ils se réadaptent à la vie normale. Qui sont-ils ? Ben Yehuda, un soldat de la Brigade juive de l’Armée britannique, un jeune soldat américain d’origine allemande qui prête la villa familiale à ce projet, Betty Adler, enseignante américaine, Re’uma Schwartz, institutrice de 22 ans venue de la Palestine mandataire. Le lieu : la villa d’une famille Juive spoliée par les nazis, avec vue sur l'Elbe.
 

Avec patience, fermeté et affection, ces jeunes adultes Juifs vont encadrer, élever, éduquer et enseigner à ces dizaines d’enfants et d’adolescents juifs traumatisés, sans nouvelle de leurs parents. Dans une région allemande où l’antisémitisme est encore vivace.

Ces enseignants vont insuffler à ces survivants haïssant l’Allemagne, « pays maudit », l’amour d’Eretz Israël, la volonté de s’y installer et d’y construire leur pays. Malgré les réticences des autorités britanniques.

Si de rares enfants retrouvent un parent et émigrent aux Etats-Unis ou en Angleterre, la plupart des orphelins font leur aliyah. Avant leur départ, tous défilent, entonnant des chants en hébreu et brandissant le drapeau israélien…

Las, dans un kibboutz, des sabras accueillent durement ces survivants de la Shoah, leur reprochant de s’être laissés conduire comme du bétail vers les camps de la mort…

Ce film est centré sur cette période de transition entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et le départ vers la Palestine mandataire de la quasi-totalité des enfants et adolescents. L'un deux, A. Mayer se souvient : « Nous étions comme sourds et aveugles. Il a fallu un temps long avant que notre âme soit guérie et que nous puissions de nouveau nous réjouir devant la nature ou autre chose ».

On aurait aimé savoir par quel effet de résilience ces survivants si jeunes ont pu s’insérer dans leur nouvelle vie dans un nouveau pays, ce qu’ils ont transmis à leurs enfants, etc.

 
Allemagne, 2010, 89 minutes
Sur Arte, le :
- mardi 7 décembre 2010 à 10 h 45
- mardi 10 décembre 2013 à 9 h

Visuels : © NDR-Marion von der Mehden

dimanche 1 décembre 2013

« Le rabbin de Salonique » de Michèle Kahn


Erudit polyglotte germanophone né en 1894 à Rzeszów (alors austro-hongroise et polonaise en 1918), Zvi (Hirsch Simcha) Koretz, « rabbin adjoint de la synagogue de Charlottenburg, la plus chic de Berlin », devient en 1933, peu après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, grand rabbin de Salonique (Grèce), ville ottomane jusqu’en novembre 1912, puis devenue grecque. Son action lors de l'occupation nazie en fait un personnage controversé.
Cette « Jérusalem des Balkans » a été en partie détruite par l’incendie de 1917 - le 18 août 1917 un incendie a ravagé Thessalonique (autre appellation de Salonique), a laissé sans domicile 70 000 personnes, dont 53 000 Juifs - suivi d’un exil de nombreux Juifs en particulier vers la Palestine mandataire et les Etats-Unis. Elle n’a pas enrayé son déclin. Diverse, sa communauté juive de plus de 50 000 membres, parlant le judéo-espagnol (judesmo), demeure divisée.

Zvi Koretz renforce ses relations avec les autorités politiques grecques, et gagne l’estime, mais non l’amour de ses coreligionnaires saloniciens. Son contrat de grand rabbin est renouvelé en 1938.

En avril 1941, l’Allemagne nazie occupe la Grèce. Sous l’autorité d’Adolf Eichmann, Hauptsturmführer Alois Brunner et Dieter Wisliceny organisent dès février 1943 la déportation des Juifs saloniciens. Ils s’appuient sur un Judenrat dirigé par Zvi Koretz, chef spirituel et président de la communauté, devenu un maillon dans l’engrenage qui a mené en quelques mois au départ de la quasi-totalité des Juifs saloniciens, par wagons, vers Auschwitz. "

Le 2 août 1943, Zvi Koretz est déporté avec son épouse Gita et leurs deux enfants, Léo et Lili, vers Bergen-Belsen, puis en avril 1945 à Theresienstadt. Le 3 juin 1945, il meurt à Tröbitz et est enterré dans le cimetière Juif de cette ville allemande.

Le 2 juillet 1946, s’ouvre en Grèce le procès des « collaborateurs qui avaient trahi leurs frères de Salonique », dont Zvi Koretz, Jacques Albala et Vital Hasson.

Ce roman historique de Michèle Kahn comprend deux éléments fictifs gênants : la rencontre à Vienne en 1941 d’Aloïs Brunner et Zvi Koretz, et le dialogue entre celui-ci et l’auteur.

Il décrit le même processus observable dans d’autres villes occupées par les Nazis : ghettoïsation dans des conditions déplorables, rackets systématiques et spoliations généralisées des Juifs, Judenrat avec une spécificité salonicienne – le président en est le grand rabbin, chef spirituel -, établissement de listes de Juifs, port de l’étoile jaune, travaux forcés pour les jeunes Juifs, départs des convois vers un ailleurs inconnu, aveuglement d’élites Juives, rares Justes, etc.

Avec empathie, Michèle Kahn portraiture Zvi Koretz, intelligent, mais vaniteux et naïf.

Un grand rabbin que certains considèrent comme « irrémédiablement terni » par sa stratégie d’obéissance aux ordres des Nazis et son long aveuglement, et silence, quant à leur dessein.

ADDENDUM :
Le 26 décembre 2012, 668 pierres tombales en marbre de Juifs de Salonique, détruites par les Nazis, ont été découvertes à Thessalonique (Grèce). 
Heinz Kounio, alors jeune Juif déporté dans le premier train de déportés juifs quittant le 15 mars 1943 Salonique, dans le nord de la Grèce, pour le camp d'Auschwitz-Birkenau, est l'un des derniers survivants Juifs grecs de la Shoah. Agé de 85 ans, M. Kounio a témoigné en mars 2013 devant des dirigeants communautaires de divers pays, à Thessalonique (autre appellation de Salonique), "inquiets de l'émergence de partis néonazis en Grèce et dans le reste d'une Europe affaiblie et divisée par la crise économique et financière à Thessalonique (Grèce)". Des 46 091 Juifs déportés de Salonique vers les camps nazis d'extermination, 1 950 ont survécu en 1945.
Le 1er décembre 2013, à 15 h le Mémorial de la Shoah étudie la destruction des Juifs de Salonique. La ville de Salonique, dénommée actuellement Thessalonique, "abritait la plus importante communauté juive de Grèce jusqu’en mars 1943. En quelques mois, la quasi-totalité (85 %) des Juifs de cette ville est assassinée dans les camps nazis".

Michèle Kahn, Le rabbin de Salonique. Editions du Rocher. 560 pages. 19,90 €. ISBN : 978-2-268-07032-2

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié dans le n° 633 de février 2011 de L'Arche et sur ce blog le 26 février 2011, puis le :
- 26 décembre 2012 alors que 668 pierres tombales en marbre de Juifs de Salonique, détruites par les Nazis, ont été découvertes à Thessalonique (Grèce), les 18 mars et 19 août 2013, et le 1er décembre 2013 ;
- 1er décembre 2013. Le 20 décembre 2013, Yiannis Boutaris, maire de Thessalonique, a annoncé la future construction d'un musée de la Shoah  dans cette deuxième ville de Grèce. Il a déclaré : « Ainsi, Thessalonique va remplir son devoir d'Histoire ». Ce monument sera dédié à la mémoire des plus de 46 000 Juifs qui en ont été déportés vers le camp nazi d'Auschwitz (Pologne) pendant la Deuxième Guerre mondiale. D'une superficie d'un hectare, ce musée sera édifié d'ici à 2020 à l'emplacement de l'ancienne gare d'où les trains sont partis pour ce camp nazi dès 15 mars 1943 : d'environ 50 000 personnes à l'époque, la population Juive de cette "ville multiculturelle, sorte de pont entre l'Orient et les Balkans, est tombée à un millier environ aujourd'hui"..