Citations

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« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
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mercredi 8 août 2018

« Ephraim Kishon - Rire pour survivre » par Dominik Wessely


Arte diffusera les 8 et 24 août 2018 « Ephraim Kishon - Rire pour survivre » » (Lachen, um zu überleben. Ephraim Kishonpar Dominik Wessely. Rescapé hongrois de la Shoah, le journaliste, romancier, nouvelliste, dramaturge et réalisateur israélien populaire Ephraim Kishon (1924-2005) « a passé sa vie à croquer ses contemporains ». Cet humoriste amateur de calembours et du jeu d’échecs s’est distingué par sa créativité narrative, son inventivité linguistique à l’égard de l’hébreu, puis de l’allemand, et sa position favorable aux habitants des « territoires disputés » bibliques, ce qui contraste avec celle de la plupart des auteurs de l’Etat d’Israël. « Le portrait fouillé d'un libre-penseur à l'humour mordant, disparu en 2015 ».
        
Regards sur la littérature israélienne 
« Histoires d’Israël » par William Karel et Blanche Finger 
« Ephraïm Kishon - Rire pour survivre » par Dominik Wessely

« J'éprouve une certaine satisfaction à voir les petits-fils de mes bourreaux faire la queue à mes lectures », jubilera Ephraïm Kishon  lors d'une tournée promotionnelle en Allemagne ». 

« Auteur de best-sellers satiriques, chroniqueur de presse à la plume acérée et réalisateur de comédies à succès (Sallah Shabati, meilleur film étranger aux Golden Globes en 1965), l'humoriste a conquis la célébrité après-guerre non seulement en Israël, sa terre d'adoption, mais également outre-Rhin, où son œuvre a rencontré un immense succès dès les années 1960 ». 

Humour
Ephraïm Kishon  est né Ferenc Hoffmann en 1924, à Budapest (Hongrie) dans une famille juive assimilée comptant des rabbins parmi ses aïeux. Son père était banquier.

En 1940, ce lycéen reçoit un premier prix pour son roman. 

Aspirant à des études de lettres, il est interdit d’université par les lois antisémites, et s'oriente en 1942 vers l'orfèvrerie.

Déporté en 1944 au camp de Jolsva en Slovaquie, il travaille comme secrétaire du commandant qui s’assure un partenaire de bon niveau au jeu d’échecs, et survit aussi grâce à un hasard miraculeux qui lui fait éviter d’être le dixième déporté tué par des Nazis qui abattaient un homme tous les dix déportés. Dans « Le Bouc-émissaire », Ephraïm Kishon a écrit : « Ils ont fait une erreur – ils ont laissé un satiriste en vie ».

En 1945, Ferenc Hoffmann réussit à s'évader d’un train amenant des déportés du camp de Jelšava vers la partie de la Pologne occupée par le IIIe Reich. 

Il survit grâce à de faux papiers au nom de Stanko Andras, ouvrier slovaque. Il « trompe la peur et la solitude en écrivant son premier texte, Mon peigne, un pastiche de Mein Kampf où il substitue les chauves aux juifs ».

Après la capitulation de l’Allemagne nazie en 1945, il est fait prisonnier par l’Armée rouge et déporté. En route vers la Biélorussie, il parvient à s’évader.

Il revient à Budapest et découvre que si ses parents et sa sœur sont des rescapés de la Shoah, de nombreux membres de sa famille ont été tués dans le camp nazi d’Auschwitz (Pologne).

Afin de dissimuler l’origine bourgeoise, germanique et juive de sa famille, Ferenc Hoffmann adopte le nom patronymique de Kishunt. Il étudie l’art et l’écriture.

En 1946, il épouse Eva (Chawa/Ava) Klamer.

En 1948, il complète sa formation en apprenant la sculpture en métal ainsi que l’histoire de l’art. Sans le prévenir, sa tante envoie son roman satirique moquant la bureaucratie à un concours littéraire organisé par un important journal hongrois. 

Ludasz Nati, revue humoristique favorable au pouvoir le repère et l’engage comme journaliste et dessinateur.

Le couple Kishunt se rend à une foire à Prague (Tchécoslovaquie), et profite de ce séjour pour faire son aliyah en 1949. Un employé de l’Agence Juive hébraïse le prénom et le nom de l’auteur en « Ephraïm Kishon ». Kishon est le nom d’un fleuve coulant près de Haïfa.

Les époux Kishon vivent d’abord à Sha’ar Ha’Aliyah, camp de transit près de ce port.

Puis, dans le kibboutz Kfar Hahoresh, Ephraïm Kishon, qui gagne sa vie par divers métiers, apprend rapidement l’hébreu, notamment avec Joseph Bilitzer, 

En 1951 il est recruté par un journal israélien en langue hongroise « Új Kelet », puis par le quotidien Omer. Il ouvre un garage à Pardes Hanna appelé « Daru », et est désigné membre du comité éditorial de « Uj Kelet ».

En 1952, Ephraïm Kishon renforce sa maîtrise de l’hébreu dans l’oulpan « Etzion » à Jérusalem.

Il essuie de nombreux refus de la part de la presse israélienne.

Le tournant survient avec la publication d’un article satirique par Davar, qui publie « Le Canal Blaumich » ou « The Big Dig  », et de son premier roman dans lequel il décrit sous un mode drôle les débuts d’un olé hadach (Juif étant monté récemment en Israël) – un livre réunissant ses chroniques en hongrois et traduit en hébreu par Avigdor Meiri. 

En 1952, les lecteurs du quotidien Ma’ariv découvrent et apprécient la rubrique « Had Gadya » (Un agneau, en araméen). Une chronique confiée à Ephraïm Kishon pendant trente ans. L’humoriste y démontre ses talents narratifs, son art pour croquer des travers humains et jouer avec l’hébreu tout en affectionnant les calembours. Ce qui alimente des sketches au théâtre.

1953. Au théâtre Habima, sa première pièce « Son nom le précède » enthousiasme le public. Ephraïm Kishon pose un regard humoristique, non dénué de critiques, sur le Mapaï (Parti des travailleurs) au pouvoir.

En 1958/1959, il fonde son propre théâtre « Batzal Yarok » (Oignon vert), pour lequel il écrit des pièces. L’expérience prend fin en 1962.

Le couple Kishon, qui a un fils Raphael, vétérinaire né en 1957, divorce.

En 1959, Ephraïm Kishon se remarie avec Sara née Lipovitz, pianiste formée à la Julliard School à New York, avec qui il a deux autres enfants : Amir, né en 1963 et informaticien diplomé de Yale, et Renana, née en 1968 et graphiste.

En 1959, « Look Back Mrs Lot » (Regardez derrière vous, Madame Lot), est son premier succès international et est traduit par Jochanan Goldmann. Le New York Times l’élit « Book of the Month » (Livre du mois). L’auteur est comparé à Shalom Aleichem et Mark Twain.

En 1968, Ephraïm Kishon  écrit « So Sorry We Won! » (Tellement désolé que nous soyons victorieux) sur l’Etat d’Israël vainqueur après la guerre des Six-Jours (juin 1967) dans un environnement particulièrement hostile.

Des Petites filles de Loth à Quelle famille ! Mais c'est la mienne, traduit par Anne-Elisabeth Moutet (1980), « bien d'autres petits bijoux suivront » et sont traduits en 38 langues. En 2015, sur les 42 millions de livres vendus, 35 l’étaient en allemand.

Ephraïm Kishon s’essaie aussi au cinéma comme scénariste et réalisateur de cinq films : Sallah Shabati (1964), Arbinka (1967), Blaumilch Canal ou The Big Dig (1969), Le Policier Azoulay (Ha-Shoter Azulai, 1971), The Fox in the Chicken Coop (1978) -, primés en particulier à Hollywood. Deux de ses films ont figuré sur la liste des films sélectionnés dans la catégorie du Meilleur film en langue étrangère pour les Oscar. Les Golden Globes ont récompensé Sallah Sabat et Le Policier.

Ephraïm Kishon a aussi écrit en allemand, langue dans laquelle il a forgé des jeux de mots.

En 1990, le fabricant de jeux d’échecs électroniques Hegener & Glaser et Fidelity ont produit le Kishon Chesster, un ordinateur d’échecs avec les commentaires humoristiques signés par Kishon émaillant avec pertinence la partie.

« Je suis beaucoup lu en Hongrie et j'y suis retourné. Quel étrange sentiment ! Je reconnaissais les rues, les maisons, je comprenais ce que les gens me disaient, mais je ne me sentais plus chez moi. Exactement comme sur une scène, où les décors demeurent quand les comédiens et les spectateurs sont partis. À mon retour en Israël, cette sensation nostalgique m'a quitté. Curieusement, je n'ai pas à me plaindre de mes traductions dans les pays de l'Est : en Roumanie, en Yougoslavie et même en Tchécoslovaqui », a confié Ephraïm Kishon, alors l’écrivain israélien le plus lu dans le monde, au Monde en 1980.

Il est distingué par le Prix Nordau pour la Littérature (1953), le Prix Sokolov du Journalisme (1958), le Kinor David Prize (1964), le Prix Bialik pour la Littérature (1998), le Prix Israël (2002). Recevant ce prestigieux prix pour l’ensemble de son œuvre, Kishon a persiflé : « J’ai eu le Prix Israël bien que je sois pro-Israélien. C’est presque un pardon étatique. Ce prix est généralement décerné à un de ces libéraux qui aiment les Palestiniens et détestent les habitants des localités » en Judée et en Samarie.

Ephraïm Kishon, qui se sentait insuffisamment apprécié par des médias israéliens en raison de ses positions si décriées par la Gôche, vivait depuis 1981 une partie de l’année dans le canton suisse d’Appenzell.

En 2003, un an après le décès de sa deuxième épouse, il épouse la femme de lettres autrichienne Lisa Witasek.

Il meurt en 2005 d’une crise cardiaque. Ce sioniste est enterré au cimetière Trumpeldor à Tel Aviv.

« Mon père a dit éprouver une grande émotion en sachant que les enfants de ses bourreaux l’admirent », a déclaré Rafi Kishon à la radio de l’armée israélienne.

Alors Premier ministre, Ariel Sharon a déclaré que Ephraïm Kishon « se sentait rejeté par l’establishment culturel israélien. Mais son œuvre artistique monumentale demeure pour nous et les futures générations ».

En 2016, la Cinémathèque de Tel Aviv a accueilli un festival d’hommages  composés de cinq courts métrages sur la société israélienne, inspirés de ses écrits ou adoptant son style. Parmi les auteurs : le romancier Eshkol Nevo, le producteur/acteur/écrivain Naftali Alter…

« Réunissant les témoignages de ses proches, notamment ceux de ses enfants, de ses anciennes épouses et de sa veuve, ce portrait fouillé, nourri d'extraits de films, d'interviews, d'archives et ponctué de séquences animées, redonne vie à un libre-penseur dont la vie fut tumultueuse. Saluée pour son humour mordant, cette grande figure des lettres israéliennes n'aura eu de cesse, jusqu'à sa mort en 2015, de croquer les piètres travers de ses contemporains ».

     
« Ephraim Kishon - Rire pour survivre » par Dominik Wessely
Autriche, Israël, 2017
Sur Arte les 8 août 2018 à 22 h 45 et 24 août 2018

Visuels :
Ephraim Kishon et Lisa Witasek se sont rencontré en 1997 à Vienne. Ils se sont mariés en avril 2003, après la mort de Sara.
Au milieu des années 1960, Kishon était l'un des principaux intellectuels de son pays
Ephraim Kishon et sa deuxième femme Sara, connue dans le monde germanophone comme "la meilleure épouse de toutes". Ils ont eu ensemble un fils Amir et une fille Renana.
Credit : © Fam. Kishon

Le premier long métrage de Kishon "Sallah Shabati" est un gigantesque succès mondial malgré son faible niveau de savoir-faire technique. Le film remporte deux Golden Globes et est nominé pour l'Oscar du meilleur film étranger.
Renana Kishon, fille d'Ephraim Kishon, raconte se expériences et souvenirs d'enfance avec son père.
L'animation montre le jeune Ephraim Kishon, alors encore sous le nom de Ferenc Hoffmann, lors d'un bombardement dans une cave à Budapest, où il ne mangeait que du jus de tomate. L'écriture l'a aidé à traverser cette période terrible.
Credit : © rbb

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Les citations sur le film proviennent d'Arte.

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