Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 29 novembre 2017

« L’Einstein du sexe » par Rosa von Praunheim


Arte diffusera le 29 novembre 2017 « L’Einstein du sexe » (Der Einstein des Sex - Leben und Werk des Dr. Magnus Hirschfeld) par Rosa von Praunheim. « La vie fascinante de Magnus Hirschfeld (1868-1935), sexologue révolutionnaire et précurseur du mouvement gay  »  qui a combattu contre la persécution des homosexuels allemands soumis au paragraphe 175. Un « vibrant hommage » sans esprit critique.
« Fils d’un médecin juif, Magnus Hirschfeld (1868-1935) entreprend des études médicales en 1888 ».  Pourquoi Arte n'a-t-elle pas ajouté qu'il était allemand ?

Il « est choqué que la science considère l’homosexualité comme une maladie ».

Son « diplôme en poche, il ouvre un cabinet ».

« Une expérience traumatisante – le suicide d’un patient gay – le pousse à agir : il fonde en 1897 un comité scientifique pour la dépénalisation de l’homosexualité ».

Lors de la Première Guerre mondiale, Magnus Hirschfeld interrompt ses travaux de recherche et se dévoue comme médecin dans un hôpital de campagne.

La « pétition en faveur de la révision du Code pénal est signée par de nombreuses personnalités, mais le projet de loi présenté au Parlement est rejeté ».

La « République de Weimar va néanmoins permettre à Hirschfeld de travailler en toute liberté ».

« En 1919, il fonde à Berlin le premier institut de sexologie ».

« Les congrès internationaux, les initiatives politiques et les publications en faveur de la cause homosexuelle se multiplient. Mais Hirschfeld est victime d’une agression par de jeunes nazis en 1920… »

Magnus Hirschfeld quitte l'Allemagne pour donner des conférences aux États-Unis en 1931 et, suivant les conseils de ses amis, il demeure en exil, à Zurich et à Ascona en Suisse, puis à Paris et enfin à Nice.

Après l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler, les nazis saccagent l'Institut de sexologie le 6 mai 1933. Les livres dont ils s'emparent sont brûlés dans des autodafés nazis.

À Paris, Magnus Hirschfeld s'efforce vainement de recréer un nouveau institut de sexologie. En 1934, il s'installe à Nice, sur la Promenade des Anglais. En 1935, il y meurt d'une crise cardiaque le jour de son 67e anniversaire.

« Célèbre figure de la cause LGBT, le cinéaste allemand Rosa von Praunheim rend ici un remarquable hommage à celui qui fut le précurseur du mouvement gay ».

Un hommage sans esprit critique.


« L’Einstein du sexe » par Rosa von Praunheim
Allemagne, 1999
Image : Elfi Mikesch
Montage : Michael E. Shephard
Musique : Karl-Ernst Sasse
Production : Hessischer Rundfunk, ARTE, Argus Film Produktie, Rosa von Praunheim Filmproduktion
Producteur/-trice : Rosa von Praunheim
Scénario : Chris Kraus, Valentin Passoni
Avec Kai Schuhmann, Friedel von Wangenheim, Ben Becker, Wolfgang Völz, Otto Sander, Gerd Lukas Storzer, Olaf Drauschke, Tima die Göttliche, Pays :
Sur Arte le 29 novembre 2017 à 23 h 40

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mardi 28 novembre 2017

« Qui va m’aimer désormais ? » par Barak Heymann et Tomer Heymann


 Arte diffusera le 29 novembre 2017 « Qui va m’aimer désormais ? » (Wer wird mich jetzt noch lieben?) par Barak Heymann et Tomer Heymann. « Rejeté par sa famille très religieuse à cause de son homosexualité, Saar tente de rentrer en Israël après des années à vivre pleinement son identité. Une relecture moderne de la parabole du fils prodigue ».

« Ushpizin » de Gidi Dar
« Mon fils » par Eran Riklis
« Pour mon père » de Dror Zahavi


Tomer Heymann est un réalisateur israélien né en 1970. Il a acquis la célébrité comme documentariste souvent primé : Bridge over the Wadi (2005-2006), Paper Dolls (2006), The Way Home (2009), Mr Gaga (2015), etc.

Avec son frère Barak il a fondé sa société de production, Heymann Brothers Films, et réalisé « Qui va m’aimer désormais ?  », sélectionné à la 66e Berlinale 2016 et distingué par le Prix du Public Panorama du meilleur documentaire.

« Il y a dix-sept ans, Saar a révélé à ses proches qu’il était homosexuel et, qu’il ne croyait plus en Dieu. Rejeté par sa famille, des juifs orthodoxes très pratiquants, et chassé du kibboutz religieux où il vivait, il s’est alors installé au Royaume-Uni, où il a construit une nouvelle vie autour de sa « deuxième famille », la célèbre chorale gay de Londres ».

« Déclaré séropositif suite aux excès d’une douloureuse rupture, le fils prodigue, désormais âgé de 40 ans, cherche à retourner chez lui ». 

« Entre peurs et préjugés, comment sera-t-il accueilli par les siens ? »

Pourquoi Arte diffusera-t-elle ce film à un horaire nocturne ?


« Qui va m’aimer désormais ? » par Barak Heymann et Tomer Heymann
Israël, 2013, 59 min
Sur Arte le 29 novembre 2017 à 0 h 30

« Jusqu’au dernier. La destruction des Juifs d’Europe », par Blanche Finger et William Karel

« Jusqu’au dernier. La destruction des Juifs d’Europe » est une série documentaire en huit volets réalisée par William Karel et Blanche Finger. Des documents, photos, films et témoignages souvent inédits, des images des lieux de mémoire tournées aujourd’hui pour une série aux objectifs ambitieux non atteints, et dont les deux numéros vus sont « arabiquement et islamiquement corrects ». Dans le cadre de la 18e édition du Mois du Film documentaire, le Cercil - Musée Mémorial des enfants du Vel d'Hiv proposera l'épisode 5 de ce film (Zadig production, France, 2014, 54 minutes, VF). "En 1942, la déportation s'intensifie. Les ghettos de Lódz et de Lublin sont liquidés. Les Juifs que les SS jugent incapables de voyager sont tués sur place, les autres embarqués vers les gares et entassés dans des wagons à bestiaux comme de vulgaires animaux. Tous les biens laissés derrière eux sont récupérés par les nazis. L’argent est versé sur le compte d’une banque qui sert à financer les opérations de déportation et d’assassinat et à payer les chemins de fer allemands. En juillet 1942, la police française arrête des milliers de Juifs dont la plupart sont conduits au Vel d’Hiv, avant d’être envoyés dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande puis déportés vers Auschwitz".


« Avec une unique question: comment, et non pourquoi, la « Shoah » a-t-elle pu être pensée, mise en place et exécutée, en Allemagne, mais aussi dans tous les pays occupés par le Reich et collaborationnistes ? Et un parti pris : recadrer le questionnement relatif à la Shoah dans une période où l’on voit simultanément les historiens approfondir leurs investigations et le discours public banaliser l’extermination des Juifs. En raison de sa nature et de son ampleur, le génocide perpétré par le régime nazi contre les Juifs de 1933 à 1945 a profondément marqué l’histoire contemporaine. Notre film va raconter comment la « Solution finale » est née de la volonté qu'eurent des hommes de détruire jusqu'aux cadavres, à la langue et à la mémoire d'autres hommes. Ce génocide - unique dans l’histoire par son caractère systématique - fut l’œuvre de toute une société moderne et industrielle, mobilisant l’ensemble des secteurs du régime et notamment les élites conservatrices, dont l’appui fut capital pour l’installation de la dictature nazie et l’accomplissement de ses forfaits », écrit ZED, un des deux producteurs de la série documentaire.

Rémy Pfimlin, alors président-général du groupe des chaines publiques France Télévisions, surenchérit :
« À l’heure où, ici même, l’on voit reparaître sans vergogne les bras levés, les croix gammées, où l’on crie de nouveau la haine dans les rues, où certains « révisent » l’Histoire, à l’heure où certains voudraient nous faire prendre le racisme et l’antisémitisme pour des opinions comme les autres, démonter de façon rigoureuse les mécanismes qui mènent de l’exclusion des populations juives à leur assassinat méthodique dans les charniers du front de l’Est, puis dans les chambres à gaz des camps d’extermination, est une entreprise à laquelle s’est attelée depuis toujours la télévision publique et que France 2 reprend avec une ambition inégalée. La portée de ces films est essentielle, l’histoire de la Shoah concerne la communauté entière, toutes les femmes et tous les hommes quels qu’ils soient, d’où qu’ils viennent. Son récit – minutieux, scientifique, irrécusable – ici porté par les plus grands historiens actuels devait être fait pour le grand public. Plus de dix autres chaînes dans le monde nous ont rejoints dans cette entreprise tant ce moment est d’importance ».
On comprend mal pourquoi France 2 a diffusé les deux premiers numéros de cette série-événement le 26 janvier 2015 à partir de 23 h 10, heure très tardive. Les deux numéros suivants ont été programmés en prime time sur France 2 et sur diverses chaînes européennes (ZDF, RTBF, TSR) pour le 70e anniversaire de la libération des camps d’extermination nazis. 

« La série s’intéresse également à ce qui a suivi l’ouverture des camps et à ce qu’a produit la destruction des Juifs d’Europe, depuis soixante-dix ans, à travers le monde », indique le dossier de presse  de cette série documentaire. Quid de l’inaction de l’Union européenne (UE) face à la résurgence sur son sol d’un antisémitisme assassin, unissant les extrêmes gauches et droites et la « rue musulmane » (Richard Landes) ? Quid de la « guerre politique » menée par l’Union européenne afin d’éradiquer l’Etat Juif si clairement analysée par l'essayiste Bat Ye’or ? Et qui se conjugue avec la « politique arabe » de la France.

Avant-première à l’UNESCO
Le 21 janvier 2015, la prestigieuse salle I du siège parisien de l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’Education, la Science et la Culture) a accueilli la soirée de projection en avant-première de deux des huit volets de la série documentaire « Jusqu’au dernier. La destruction des Juifs d’Europe » de William Karel et Blanche Finger.

L’assistance ? Composée de juifs et de chrétiens.

Dans leurs discours, Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO, et Rémy Pfimlin ont évoqué la résurgence d’un antisémitisme meurtrier en évoquant les attentats contre l’épicerie cacher le 9 janvier 2015 et à l’école Ozar HaTorah à Toulouse le 19 mars 2012. Mais aucun des deux n’a désigné ce terrorisme comme islamiste.

Plus gênant : Rémy Pfimlin a occulté les vecteurs de cet antisémitisme, notamment le groupe médiatique qu’il présidait alors. Car c’est le JT de France 2 qui a diffusé le 30 septembre 2000 le blood libel iconique de l’Intifada II : le reportage controversé sur les "al-Dura" commenté par Charles Enderlin, alors correspondant de France 2 à Jérusalem, sur des images signées par le cameraman gazaoui Talal Abu Rahma.

Rarement, un documentaire sur la Shoah a été projeté dans un tel silence attentif et ému, perceptible aussi dans la minute séparant la fin du premier épisode du début du dernier volet.

« Les Juifs n’aimaient pas la Russie : ils l’ont fuie. Les Juifs n’aimaient pas la Pologne qui les persécutaient : ils l’ont quittée. Mais les Juifs allemands aimaient l’Allemagne », déclarait un historien.

A voir ces images inédites de la vie familiale de Juifs allemands heureux avant l’avènement du nazisme ou de l’exil de Juifs autrichiens, à entendre la voix off décrire le départ contraint des Juifs germanophones de leur terre natale, on ne pouvait pas ne pas dresser un parallèle avec la situation actuelle de Français Juifs envisageant leur futur exode. Et on avait le cœur serré.

A constater la rapidité vorace et la cruauté humiliante avec lesquelles les Nazis ont institué la spoliation des Juifs d’Allemagne, puis d’Autriche, on se disait que ce processus est déjà en place avec l’affaire du Dr Lionel Krief.

Les réalisateurs soulignaient les assassinats de masse contre les Juifs antérieurs à la conférence de Wannsee (20 janvier 1942).

Histoire tronquée
« Jusqu’au dernier. La destruction des Juifs d’Europe ». Les deux parties du titre de cette série documentaire se contredisent profondément. Pour les Nazis et leurs alliés et collaborateurs, notamment le grand mufti de Jérusalem al-Husseini, « Jusqu’au dernier » signifie « Jusqu’au dernier Juif, où qu’il réside : Europe, Afrique, Asie, etc. Le documentaire « La destruction des Juifs d’Europe » exclut donc une partie de ce projet génocidaire planétaire.

« La seconde moitié du XXe siècle a été d’une violence absolue avec les génocides au Rwanda, au Cambodge, etc. Les jeunes générations se demandent alors : « Qu’est-ce qui fait la spécificité de la Shoah ? Pourquoi est-ce plus grave ? Est-ce une question de nombre ? » La différence, c’est que la destruction des Juifs d’Europe implique une organisation systématique à l’échelle de tout un continent. Cette destruction ne s’adressait même pas à une profession ou à des gens engagés politiquement, mais concernait les Juifs ou « le Juif » », explique Blanche Finger, coréalisatrice avec William Karel de « Jusqu’au dernier. La destruction des Juifs d’Europe ». La différence, c’est que les génocidaires au Rwanda ne voulaient pas tuer les Tutshis vivant en France ou en Belgique, les Khmers rouges n’auraient pas déclaré une guerre à la France pour tuer les Cambodgiens qui y résidaient… Le but génocidaire des Nazis et de ses alliés musulmans était de tuer le peuple Juif, tous les Juifs où qu’ils soient : Europe, Afrique, Moyen-Orient…

Pendant quatre années, ces deux réalisateurs et leurs producteurs, Pawel Rozenberg et Céline Nusse, ont poursuivi un projet ambitieux dans l’espace : l’extermination des Juifs non pas européens ou en Europe, mais des Juifs d’Europe. Une distinction majeure qui induit l’écriture d’une Histoire différente, car englobant d’autres continents.

En effet, des pays européens étaient des puissances coloniales ou/et détenaient des mandats de la SDN (Société des Nations).

Ce documentaire devait donc englober non seulement l’Europe continentale, mais aussi les possessions de ces Etats européens plus ou moins éloignés de la métropole : par exemples, l’Afrique du Nord – départements français d’Algérie, protectorats de la France au Maroc et en Tunisie, le Congo belge, la Libye et l’Erythrée dominés par l’Italie fasciste, la Palestine sous mandat britannique, les Indes orientales néerlandaises (Nederlands-Indië en néerlandais, Hindia Belanda en indonésien) en Asie du Sud-Est et plus généralement la sphère de co-prospérité japonaise ou sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale, etc.

En juillet 2013, âgée de 78 ans, Anne-Ruth Wertheim, néerlandaise Juive née à Batavia (actuelle Jakarta), a témoigné sur son enfance en Indonésie, alors dénommée Indes orientales néerlandaises. Lors de la Seconde Guerre mondiale, pendant l’occupation de cet archipel par le Japon (mars 1942-août 1945), l’internement de Juifs avait débuté en 1943 : le Japon avait interné des Juifs de pays autres que ceux des Alliés - Etats-Unis, Grande-Bretagne, etc. -, par exemple du Moyen-Orient, dont l’Egypte. Le père Juif d’Anne-Ruth Wertheim avait été interné dans un camp pour Juifs néerlandais et autres civils. En janvier 1944, son épouse non-Juive et leurs enfants avaient été internés dans un camp spécifique à Jakarta. En septembre 1944, un officier japonais a intimé aux internés du camp: “Si une seule goutte de sang Juif coule dans vos veines, dîtes-le moi”. Les Juifs y avaient été battus, sous-alimentés… Ce qui a interrompu les règles et la croissance des enfants.

Cette histoire a été évoquée par le musée Juif historique d’Amsterdam dans l’exposition Selamat Shabbat. The Unknown History of Jews in the Dutch East Indies  (L’histoire inconnue des Juifs des Indes orientales néerlandaises).

Quid des Juifs en Afrique du Nord et au Moyen-Orient  ? Quid des Juifs en Afrique subsaharienne, dans les républiques d’Asie centrale ?

Sur la Turquie, l’historienne Corry Guttstadt a rédigé l'ouvrage incontournable Turkey, the Jews, and the Holocaust  (Cambridge University Press, 2013).

Las ! Le titre est contredit par le traitement tel qu’il apparaît dans ces deux volets visionnés qui relatent l’Histoire classiquement relatée, donc partielle.

Ainsi, ils n’envisagent la Palestine mandataire que comme terre de refuge des Juifs allemands. Et ils s’achèvent en alléguant que le 8 mai 1945 marque la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce qui est vrai pour l’Europe avec la capitulation du IIIe Reich. Mais c’est la capitulation du Japon, annoncée par l’empereur nippon Hirohito le 15 août 1945 et signée le 2 septembre 1945, qui a mis un terme définitif à la guerre lancée par les forces de l’Axe.

Cette vision restrictive des documentaristes empêche d’évoquer le Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient (TMIEO), désigné aussi Tribunal de Tokyo, Tribunal militaire de Tokyo ou Procès de Tokyo, et institué le 19 janvier 1946 pour juger les grands criminels de guerre japonais de la Seconde Guerre mondiale. Elle prévient tout parallèle intéressant entre le tribunal de Nuremberg et le TMIEO.

Et elle ne permet pas de comprendre pourquoi le grand mufti de Jérusalem Mohammed al-Husseini  était poursuivi par la Grande-Bretagne pour fait de collaboration et par la Yougoslavie comme criminel de guerre. Ni pourquoi la France, qui l’avait interpellé en Allemagne, avait facilité sa fuite au Caire (Egypte). Ni le révisionnisme  de l’Autorité palestinienne, notamment celui de Mahmoud Abbas (Abou Mazen)

On n’est donc que plus surpris, voire déçu pour ces raisons d’avoir visionné deux volets « arabiquement et islamiquement corrects ». D’autant que ces documentaristes se sont entourés d’une cinquantaine historiens européens, américains et israéliens réputés, dont des survivants de la Shoah.

Retracer l’Histoire dans toutes ses dimensions est-il possible sur le service public audiovisuel ? Ce ne l’est pas dans les manuels scolaires français. Ni dans les discours des dirigeants politiques. Ni par les dirigeants communautaires, avec la notable exception du 15 janvier 2015, dans l’émission C’est dans l’air sur France 5, quand le grand rabbin de France Haim Korsia a évoqué brièvement, mais maladroitement et hors-sujet, la légion Waffen-SS Handschar (Handžar, en bosnien) dans laquelle les soldats musulmans s’étaient enrôlés à l’appel notamment du grand mufti de Jérusalem Mohammed al-Husseini.

Une question déjà posée lors de la diffusion du documentaire « Les faussaires de l'histoire » de Michaël Prazan.

Ce sont des pans entiers de l’Histoire des Juifs sous la Seconde Guerre mondiale qui restent à écrire, par des historiens maîtrisant de nombreuses langues, dont notamment le Japonais, l’arabe, le persan, le russe et le turc, afin de consulter les archives de cette époque tragique au cours de laquelle six millions de Juifs ont été assassinés.

Dans le cadre de la 18e édition du Mois du Film documentaire, le Cercil - Musée Mémorial des enfants du Vel d'Hiv proposera le 28 novembre 2017 à 18 h, l'épisode 5 de ce film (Zadig production, France, 2014, 54 minutes, VF). "En 1942, la déportation s'intensifie. Les ghettos de Lódz et de Lublin sont liquidés. Les Juifs que les SS jugent incapables de voyager sont tués sur place, les autres embarqués vers les gares et entassés dans des wagons à bestiaux comme de vulgaires animaux. Tous les biens laissés derrière eux sont récupérés par les nazis. L’argent est versé sur le compte d’une banque qui sert à financer les opérations de déportation et d’assassinat et à payer les chemins de fer allemands. En juillet 1942, la police française arrête des milliers de Juifs dont la plupart sont conduits au Vel d’Hiv, avant d’être envoyés dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande puis déportés vers Auschwitz".
       
       
Série documentaire en huit volets réalisée par William Karel et Blanche Finger
Zadig Productions et Looks Film, avec la participation de France Télévisions / Toute l’histoire / TV5Monde / UKTV / ZDFinfo, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, ZED , 2014, 8 x 52 minutes 
Unité documentaires France 2 : Fabrice Puchault et Barbara Hurel
Textes lus par Yvan Attal et Lambert Wilson
À partir du vendredi 9 janvier 2015 sur la RTBF
À partir du dimanche 18 janvier sur la RTS
À partir du lundi 26 janvier sur TV5 Canada
Diffusion sur France 2 :
Lundi 26 janvier 2015 à partir de 22 h 20 - Épisodes 1 et 2
Mardi 27 janvier à partir de 20 h 50 - Épisodes 3, 4, 5 et 6
Épisodes 7 et 8 le 3 février 2015
Sur Toute l'Histoire à partir de la soirée du 8 septembre 2015
Au Cercil - Musée Mémorial des enfants du Vel d'Hiv le 28 novembre 2017

45 rue du Bourdon Blanc
Tél. : 02 38 42 03 91

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Les citations sont extraites du dossier de presse. Cet article a été publié le 26 janvier 2015, puis le 8 septembre 2015.

lundi 27 novembre 2017

« Nobody’s Business » par Alan Berliner


Arte diffusera le 28 novembre 2017 à 2 h 50 « Ça ne regarde personne » (Nobody’s Business), documentaire par Alan Berliner. « Virtuose de l'introspection filmée, le réalisateur Alan Berliner se confronte aux réticences de son père, Oscar, à évoquer le passé. Drôle et beau ». Un film sur les effets de la Deuxième Guerre mondiale sur les vétérans américains juifs et ceux du divorce sur les enfants d’une famille juive heureuse. Des traumas enfouis.


Né en 1956, Alan Berliner est un réalisateur américain né à Brooklyn et élevé dans le Queens.

Diplômé en cinéma, il réalise des documentaires souvent primés : First Cousin Once Removed (2013), Wide Awake, The Sweetest Sound (2001), Nobody’s Business (1996), Intimate Stranger (1991), et The Family Album (1986),

Le Museum of Modern Art de New York a présenté une rétrospective de son œuvre.

A la New School for Social Research in New York City, il enseigne un cours intitulé « Experiments in Time, Light and Motion ».

Distingué notamment par un Emmy Award de la National Academy of Television Arts and Sciences en 1998, Nobody’s Business mêle émotion et humour dans ce dialogue entre père et fils.

Alan Berliner « explore son histoire familiale en interrogeant son père, qui se prête au jeu tout en contestant le bien-fondé de l'intérêt de son fils pour un passé qu'il juge insignifiant. Un face-à-face difficile et intense, rythmé par des photos et des films de famille, qui finit par charrier une dimension universelle ».

« Ça va être long ? », interroge d'emblée le héros récalcitrant. « Une heure environ », rétorque sans se démonter le réalisateur ».

« Après un rapide décompte des secondes, le film d’Alan Berliner s’ouvre sur une photo en noir et blanc d’Oscar dans sa jeunesse. Le contraste entre l’image de cet homme séduisant se donnant en spectacle et la voix de ce vieillard qui refuse de se livrer est étonnant ».

« Personnage dur, froid et solitaire, Oscar s’est marié sans amour ».

« Aujourd’hui divorcé, il vit seul après avoir subi deux opérations du cerveau ».

« Plus proche de ses compagnons d’armée que de sa famille, il se moque de ses racines : « Tu fais un film avec du vent », prévient-il ».

« Mais Alan Berliner le harcèle et parvient à le pousser dans ses derniers retranchements ».

« Nobody’s Business » ne « cherche pas seulement à percer le mystère d'une vie humaine, il exprime l'amour et l’admiration d’un fils avec une résonance universelle ».

Oscar Berliner est décédé en 2001. Alan Berliner a ainsi rendu hommage à son père lors des funérailles :
« Mon père a eu une tumeur au cerveau au milieu des années 1960. Il a subi une opération chirurgicale pour enlever sa tumeur. Ce qui l’a rendu sourd d’une oreille, et a réduit sa sociabilité. Je me suis rendu compte qu’il avait cessé de sortir, de lire des livres, des journaux. Je l’ai amené voir un ophtalmologue. Mon père était terrifié par les médecins. J’ai alors appris qu’il était aveugle d’un œil. Apparemment, un glaucome avait détruit le nerf optique de son œil droit et attaquait l’œil gauche. J’étais furieux contre mon père. Pourquoi n’avait-il pas dit à Lynn ou à moi qu’il avait des problèmes de vision ? Il y a environ onze ans, il a eu une opération chirurgicale qui lui a fait perdre l’équilibre… Même dans les derniers jours de sa vie, il ne s’est jamais plaint de la douleur… Il a été mon champion  et il va me manquer. Merci à tous d’être venus ».
Pourquoi Arte diffuse-t-elle ce documentaire classique à cet horaire ?

Etats-Unis, 1997
Sur Arte le 28 novembre 2017 à 2 h 50

Visuel
Virtuose de l'introspection filmée, le réalisateur Alan Berliner se confronte aux réticences de son père, Oscar, à évoquer le passé. Drôle et beau.
© D.R.

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dimanche 26 novembre 2017

« The Exchange » par Eran Kolirin


Arte diffusera le 27 novembre à 2 h 20 « The Exchange » par Eran Kolirin. « Après « La visite de la fanfare », le cinéaste israélien Eran Kolirin signe un inquiétant conte philosophique qui évoque la perte d’identité, la marginalité et la transgression ». Un fait imprévu surgit, une rencontre inopinée survient. Ce qui conduit des individus à remettre en question leurs vues sur la vie, sur autrui...

Né en 1973 à Holon (Israël), Eran Kolirin  débute sa carrière de réalisateur en 2004 par le téléfilm The Long Journey.

Il acquiert la notoriété mondiale avec The Band's Visit (La Visite de la fanfare) en 2007. Un film distingué par des Prix en Israël et dans plusieurs festivals internationaux, notamment le Coup de cœur 2007 du Jury d’Un Certain Regard au Festival de Cannes .

The Exchange est son deuxième long métrage cinématographique. Il a été présenté en compétition à la 68e Mostra de Venise en septembre 2011.

Interprété par Rotem Keinan, marié à Tami incarnée par Sharon Tal, Oded est un jeune architecte à la recherche d’un travail. « Chargé de cours à l’université de Tel-Aviv », il « revient un jour chez lui beaucoup plus tôt que d'habitude. Dans le silence que seul trouble le ronron du réfrigérateur, ce lieu familier lui semble soudain inconnu ».

« C'est le point de départ d'une expérience méthodique de déconstruction qui, entre autres choses, le pousse à démissionner et à remettre son couple en cause. Mais il se lie d'amitié avec son voisin Yoav, qui semble lui aussi en proie au doute existentiel ».

« Ce conte philosophique qui évoque la perte d’identité, la marginalité et la transgression, vibre d'une inquiétude que « La visite de la fanfare », le précédent film d'Eran Korilin, dissipait dans le rire ».

« C’est d’ailleurs en parcourant le monde pour promouvoir cette comédie fêtée de toutes parts que l'idée de « The exchange » lui est venue. L'anonymat des hôtels internationaux et le changement constant d'environnement l'ont conduit à réfléchir à l'influence du quotidien sur la nature humaine ».

Pourquoi Arte diffuse-t-elle ce film israélien en pleine nuit ?

Après The Exchange, Eran Kolirin a réalisé en 2016 Beyond the Mountains and Hills (Me'Ever Laharim Vehagvaot).

« The Exchange  » par Eran Kolirin
Israël, Allemagne, 2011
Image : Shai Goldman
Montage : Arik Lahav-Leibovich
Production : July August Productions, Pandora Film, ZDF, ARTE
Producteur/-trice : Eilon Ratzkovsky, Karl Baumgartner
Scénario : Eran Kolirin
Acteurs : Rotem Keinan, Sharon Tal, Dov Navon, Shirili Deshe
Sur Arte le 27 novembre 2017 à 2 h 20

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vendredi 24 novembre 2017

Le 9e Concours de plaidoiries pour les droits de l’homme de Palestine a récompensé le terrorisme


Le 22 octobre 2017, à l’Université Al Qods de Jerusalem, la 9e édition du Concours International de plaidoiries pour les droits de l’homme de Palestine, a remis son 1er Prix à Me Mohammed Elayan, père et avocat de terroristes palestiniens. Choquant. 


Le Concours de plaidoiries pour les droits de l’homme de Palestine est organisé par l’Association « Institut International pour les droits de l’homme et de la Paix », créée à l’initiative du Alain Tourret, avocat et député, et fondée par la Région Normandie, la Ville de Caen, l’Ordre des Avocats (Barreau de Caen), le Mémorial de Caen, et l’Université de Caen-Normandie. Un Concours soutenu par le Consulat de France à Jérusalem.

Le 22 octobre 2017, à l’Université Al Qods de Jerusalem, le jury de la 9e édition du Concours International de plaidoiries pour les droits de l’homme de Palestine, a remis son 1er Prix à Me Mohammed Elayan, père d’un terroriste palestinien ayant commis un attentat en 2015 à Jérusalem. Cet avocat avait plaidé en faveur de Nadia Abu Jamal, épouse de Ghassan Abu Amal, un des terroristes ayant commis un attentat mortel à la synagogue de Har Nof. Cette épouse était au courant du projet terroriste de son mari. Le jury était présidé par Alain Tourret, député La République en marche (LREM) du Calvados.

Le 26 octobre 2017, Aliza Bin Noun, ambassadrice d’Israël en France, a twitté : « Choquée par le Concours de plaidoiries honorant le père d’un terroriste palestinien avec le soutien de @FranceJerusalem et le Barreau de Caen ».

Le 2 novembre 2017, Jean-Pierre Le Brun, Président de France-Israël Normandie, a écrit Alain Tourret, Bertrand Bouyx, Christophe Blanchet, députés du Calvados et Corinne Féret, sénatrice du Calvados : 
 « Vous venez d’assister, ainsi que M. le Consul de France à Jérusalem, à la 9eme édition du « Concours International de plaidoiries pour les droits de l’homme de Palestine ».
Ce monsieur est le père de Bahaa Elayan, terroriste, qui a assassiné  3 civils israéliens à Jérusalem le 13 octobre 2015. Il est également le défenseur de l’épouse d’Yssan Abou Djamal, terroriste, qui a assassiné 5 fidèles en pleine prière à la Synagogue Har Nof de Jérusalem, le 18 novembre 2014.
Les victimes civiles de ces soi-disants « martyrs » se comptent par centaines en Israël, en première ligne depuis des années dans la lutte contre le terrorisme et le djihadisme.
Faut-il rappeler que des centaines de victimes civiles ont déjà été assassinées  dans tous les pays occidentaux (Londres, Berlin, Madrid, Barcelone, New York, Boston….) et que notre pays a été particulièrement visé (Toulouse, Charlie Hebdo, Hyper Cacher, Bataclan, Nice ….) et risque malheureusement de l’être encore. 
Il est donc particulièrement incompréhensible  que vous ayez apporté une quelconque caution morale indirecte à ce type d’individus, insultant par ce geste la mémoire de toutes les victimes.
Il vous appartient maintenant d’annuler ce prix honteux  qui ne fait pas honneur à la France ».

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jeudi 23 novembre 2017

« T4, un médecin sous le nazisme » par Catherine Bernstein


France 3 diffusera les 24 et 26 novembre 2017 « T4, un médecin sous le nazisme » par Catherine Bernstein. « À travers l’histoire de la compromission » du Dr Julius Hallervorden, « médecin pendant le nazisme, ce film raconte pour la première fois toutes les étapes de l’extermination des handicapés entre 1939 et 1945 dans l’Allemagne nazie ».

De 1939 à 1945, « au moins 200 000 handicapés physiques et mentaux sont assassinés dans le cadre de « l’Opération T4 ». Neurologue, le Dr Julius Hallervorden (1882-1965) « participe à cet assassinat de masse ordonné par Hitler » et récupère « les cerveaux de 690 victimes et accélérer ainsi ses propres recherches sur les pathologies mentales ».

« Après la guerre, il poursuit une brillante carrière, sans être jamais inquiété ».

Récipiendaire de l’Ordre du Mérite de la République fédérale d’Allemagne (RFA), il décède « couvert d’honneurs ».

Ce documentaire « retrace son histoire et à travers lui, celle du programme « T4 », consistant à éliminer les handicapés physiques et mentaux et les personnes considérées comme inutiles et « asociales » par le régime nazi’.

Ce film a été distingué par le prix du public du Meilleur documentaire du Festival des créations télévisuelles de Luchon -2016.

« T4, un médecin sous le nazisme » par Catherine Bernstein
France, Zadig Production / Les films de l’Aqueduc, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, 2014, 52 min
Sur France 3 les 24 novembre 2017 à 0h45 et 26 novembre 2017 à 03h10

Visuel :
 © Zadig Productions / Les Films de l'Aqueduc
Les citations sont extraites du communiqué de presse.

Une cérémonie des vœux pour le nouvel an juif 5771 à Paris

Le 6 septembre 2010, s’est déroulée à la grande synagogue des Victoires (Paris) la cérémonie des vœux pour le nouvel an juif 5771 en présence de Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur et des cultes, des dirigeants d’organisations juives, dont le Consistoire, organisateur de l'évènement, de préfets et d'élus du Conseil de Paris. Des discours ont dépeint une image contrastée de la communauté juive française, dynamique malgré l’antisémitisme, et évoqué l’islam. "Pour la première fois en deux cents ans d’histoire de l’institution juive créée par Napoléon en 1808, une manifestation sera organisée devant le Consistoire, 17 rue St Georges à 18 h 30 ce 22 novembre 2017 sur le mot d’ordre suivant : "ELECTIONS BIDON – DEMISSION". La candidature d’Evelyne Gougenheim vient aujourd’hui d’être faussement déclarée invalidée, une irrégularité de plus, de trop. Les conditions de cette campagne électorale ont désormais dépassé le cadre acceptable des campagnes consistoriales". Ce rassemblement sera suivi "par une réunion - débat de la candidate Evelyne Gougenheim dans la synagogue de Fleg, 8 bis rue de l’Eperon Paris VI, lieu emblématique de la vie étudiante juive à Paris, legs de la famille Rothschild et qui aurait, sans la résistance de la Communauté, été vendue par l’équipe en place au Consistoire. La tenue de la réunion est déjà menacée par le Consistoire." Au lieu d'ostraciser cette candidate dans de nombreux médias communautaires, il serait souhaitable que le Consistoire réponde à ses graves accusations graves. Leur portée révèle l'image ternie de cette institution napoléonienne. 

Depuis quelques années, c’est une tradition. Dans la salle Jérusalem de la grande synagogue des Victoires, les présidents des Consistoires et les grands rabbins de France et de Paris reçoivent avec cordialité le ministre de l’Intérieur et des Cultes.

C’est une étrange cérémonie au cours de laquelle, peu avant que ne commencent les fêtes de Tichri (Roch HaChana, Kippour, Soukot), des juifs souhaitent une chana tova (Nda : bonne année) à un non-juif, qui, poliment formule le même souhait à leur égard.

En ce 6 septembre 2010, Joël Mergui, président du Consistoire Central de France et de celui de Paris Ile-de-France, Gilles Bernheim, grand rabbin de France, et David Messas, grand rabbin de Paris, accueillent donc Brice Hortefeux, ministre français de l’Intérieur et chargé des cultes, et Pierre Lellouche, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, du préfet de police et du préfet de région, en présence d’une nombreuse assistance formée d’élus parisiens (Lynda Asmani, Jean-François Lamour, Françoise de Panafieu), et pour la première fois, de l’ambassadeur d’Israël en France, Daniel Shek qui achève sa mission.
Des problèmes et des espoirs
Joël Mergui alterne les bons et les mauvais points.

Certes, il loue « l’étroite concertation » entre les Consistoires et les ministères de l’Intérieur et de l’Enseignement supérieur et se réjouit que l’abattage rituel ait été provisoirement préservé par le Parlement européen. Souligne le dynamisme de la communauté juive française aimant Israël. Espère en la construction d’un Centre européen du judaïsme à Paris.

Mais il stigmatise la « banalisation de l’antisémitisme ». Déplore la difficulté à faire comprendre à certaines collectivités locales la nécessité de respecter les « carrés juifs » (Nda : espaces dans les cimetières où sont enterrés, selon la loi juive ou halakha, les morts juifs dans des carrés qui leur sont spécialement réservés). Est préoccupé par les difficultés pour des élèves pratiquants de concilier leur judaïsme avec leur scolarité, dans des classes préparatoires à de grandes écoles ou à l’université, caractérisée par des cours ou examens pendant le chabbat. S’inquiète de l’état des cimetières juifs en Algérie, d’autant qu’un voyage de juifs français souhaitant s’y recueillir a du être annulé faute d’accord des autorités algériennes.

Jovial, David Messas a surtout souhaité, pour le bien de la « vie en commun », qu’un consensus politique s’établisse sur la question de la sécurité et que le ministre soit compris.

Quant à Gilles Bernheim, il a souligné combien droits et devoirs des citoyens sont intrinsèquement liés, et exhorté tout homme, à l’avant-veille de « Rosh HaChana [Nda : commencement de l’année] qui commémore la création du premier homme » à « se remettre en question et à faire preuve d’exigence à l’égard de soi. Etre juif, c’est être un peu plus responsable à l’égard des autres ».

Curieusement, le grand rabbin de France a allégué que « le judaïsme et de l’islam, au niveau de leurs pratiques religieuses, sont extrêmement proches, peut-être plus proches dans leurs pratiques, que le judaïsme et le christianisme dans la pratique : manger casher, se tourner vers, pour les prières… » Et d’affirmer « notre fraternité avec cette religion, l’islam, indispensable pour le vivre ensemble des Français en France et pour préserver ce que ces deux religions, l’islam et le judaïsme, ont de meilleur ».

On reste pantois devant ces amalgames ou ignorances du grand rabbin de France prononcés notamment devant des rabbins et grands rabbins ! Le judaïsme plus proche de l’islam que du christianisme dans sa pratique !? Et le dire à un chrétien ! Et devant des présidents de communautés juives et des rabbins franciliens ! En une circonstance officielle si importante, le côté improvisé d'une partie du discours du grand rabbin de France sidère.

Le judaïsme prescrit à ses fidèles de manger cacher, l’islam de manger halal. Guidé aussi par la volonté exprimée dans divers textes saints Juifs de respecter l'animal et donc d'en réduire la souffrance, l’abattage rituel juif (shehita) se distingue par ses actes de celui musulman. Tourné vers La Mecque (Arabie saoudite), le musulman tue l’animal au nom d’AllahAllah Ouakbar ! », Allah est le plus grand !). Debout ou assis, les juifs prient l’Eternel en se tournant vers Jérusalem (Israël) ; prosternés en signe de soumission à Allah, les musulmans prient en se tournant vers La Mecque.

L’islam n’est pas qu’une religion. Et, en particulier lors des millénaires précédant la naissance de l'islam, le judaïsme a su «  préserver » ce qu'il y a de meilleur en lui.

La « fraternité » ne peut pas et ne doit pas être à sens unique. Pour maintenir le vivre ensemble, ne serait-il pas indispensable que l’islam supprime notamment ses versets, sourates ou hadiths prônant la haine des juifs, des mécréants, etc. ?

Mises dans la perspective de la tribune du grand rabbin Gilles Bernheim sur la votation en Suisse Minarets : l'Europe doit changer son regard sur l'islam (Le Figaro, 2 décembre 2009), ces remarques révèlent que le grand rabbin de France persiste dans une voie critiquable dans laquelle il engage spirituellement la communauté juive française. Celle de l’incompréhension, de l’ignorance ou de la méconnaissance de la spécificité de l’islam. Celle d'un dialogue judéo-musulman fondé sur des idées peu pertinentes. Celle aussi du risque d’un syncrétisme religieux dans lequel le judaïsme a beaucoup à perdre.

Ces opinions du grand rabbin Gilles Bernheim surprennent d’autant plus à l’heure où Abdennour Bidar, professeur de philosophie en classes préparatoires à Sophia-Antipolis, dénonce La lapidation, "preuve extrême de la logique de violence de l'islam" (Le Monde, 30 août 2010).

Une « communauté impliquée, vivante et dynamique »
Après avoir indiqué le nombre d’agressions antisémites lors du premier trimestre 2010 – « 47 actions et 190 menaces recensées » -, Brice Hortefeux rappelle la fermeté du gouvernement dans la lutte contre l'antisémitisme et, qu’en cinq ans, en vertu de conventions entre son ministère et le Fonds social juif unifié (FSJU), ont été sécurisés 487 bâtiments de la communauté juive, dont « 145 écoles et crèches, 98 associations et centres communautaires et 234 synagogues ».

Autres actions du ministre très applaudies : celles visant à soutenir la future « valorisation du Séminaire israélite de France » et à attirer « l’attention de la garde des sceaux afin que soient engagées des poursuites judiciaires dans plusieurs cas d’appel au boycott de produits cashers ou israéliens ».

Des motifs de se réjouir ? La reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens, la création de la Fondation du patrimoine juif de France au sein de la Fondation du judaïsme et « à l’automne 2009, la publication d’un nouveau règlement européen relatif à l'abattage rituel qui assurait une stabilité pour la shehita ». Sur ce dernier sujet, la vigilance demeure « alors qu’un vote au Parlement européen pourrait remettre ce travail en question en imposant un étiquetage discriminant pour l’abattage rituel ». Eurodéputés et ministère sont déterminés à empêcher que ce projet n’aboutisse. Ce succès récent au Parlement européen résulte aussi du « partenariat avec les représentants du culte musulman », ce qui représente « un signe fort du dialogue des religions rendu possible par notre modèle de laïcité ».

Cadeau de Joël Mergui au ministre Brice Hortefeux pour le nouvel an juif : du miel.

Une douceur dont le ministre a besoin en cette période houleuse : contestations à propos des retours des Roms en situation illégale dans leurs pays d’origine - des actes qui ont induit une instrumentalisation politique de la Shoah par des comparaisons infondées et choquantes entre les Roms actuels et les juifs sous l'Occupation -, prochain débat sur le niqab, etc.

Que retenir de cette cérémonie en dehors des remarques hors sujet et fausses du grand rabbin Gilles Bernheim ? Tout d'abord, les dirigeants communautaires gagneraient à mieux préparer leurs discours et à les écrire. Ceci élèverait le niveau de leurs discours, souvent médiocres. Ensuite, il conviendrait de s'adresser à des représentants de l'Etat sans donner des leçons de morale et en maintenant une certaine distance respectueuse. Enfin, il importe de parler essentiellement du judaïsme et des juifs, et d'éviter les digressions, dérapages ou rapprochements infondés ou qui ne valorisent pas le judaïsme.


Photos de haut en bas :
De gauche à droite, David Messas, Gilles Bernheim, Brice Hortefeux parlant, Joël Mergui, Pierre Lellouche

La façade de la grande synagogue de la rue des Victoires à Paris (75009)

Autres photos des orateurs lors de la cérémonie

 A lire sur ce blog :
Cet article a été publié le 7 septembre 2010.