Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 29 novembre 2017

« L’Einstein du sexe » par Rosa von Praunheim


Arte diffusera le 29 novembre 2017 « L’Einstein du sexe » (Der Einstein des Sex - Leben und Werk des Dr. Magnus Hirschfeld) par Rosa von Praunheim. « La vie fascinante de Magnus Hirschfeld (1868-1935), sexologue révolutionnaire et précurseur du mouvement gay  »  qui a combattu contre la persécution des homosexuels allemands soumis au paragraphe 175. Un « vibrant hommage » sans esprit critique.
« Fils d’un médecin juif, Magnus Hirschfeld (1868-1935) entreprend des études médicales en 1888 ».  Pourquoi Arte n'a-t-elle pas ajouté qu'il était allemand ?

Il « est choqué que la science considère l’homosexualité comme une maladie ».

Son « diplôme en poche, il ouvre un cabinet ».

« Une expérience traumatisante – le suicide d’un patient gay – le pousse à agir : il fonde en 1897 un comité scientifique pour la dépénalisation de l’homosexualité ».

Lors de la Première Guerre mondiale, Magnus Hirschfeld interrompt ses travaux de recherche et se dévoue comme médecin dans un hôpital de campagne.

La « pétition en faveur de la révision du Code pénal est signée par de nombreuses personnalités, mais le projet de loi présenté au Parlement est rejeté ».

La « République de Weimar va néanmoins permettre à Hirschfeld de travailler en toute liberté ».

« En 1919, il fonde à Berlin le premier institut de sexologie ».

« Les congrès internationaux, les initiatives politiques et les publications en faveur de la cause homosexuelle se multiplient. Mais Hirschfeld est victime d’une agression par de jeunes nazis en 1920… »

Magnus Hirschfeld quitte l'Allemagne pour donner des conférences aux États-Unis en 1931 et, suivant les conseils de ses amis, il demeure en exil, à Zurich et à Ascona en Suisse, puis à Paris et enfin à Nice.

Après l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler, les nazis saccagent l'Institut de sexologie le 6 mai 1933. Les livres dont ils s'emparent sont brûlés dans des autodafés nazis.

À Paris, Magnus Hirschfeld s'efforce vainement de recréer un nouveau institut de sexologie. En 1934, il s'installe à Nice, sur la Promenade des Anglais. En 1935, il y meurt d'une crise cardiaque le jour de son 67e anniversaire.

« Célèbre figure de la cause LGBT, le cinéaste allemand Rosa von Praunheim rend ici un remarquable hommage à celui qui fut le précurseur du mouvement gay ».

Un hommage sans esprit critique.


« L’Einstein du sexe » par Rosa von Praunheim
Allemagne, 1999
Image : Elfi Mikesch
Montage : Michael E. Shephard
Musique : Karl-Ernst Sasse
Production : Hessischer Rundfunk, ARTE, Argus Film Produktie, Rosa von Praunheim Filmproduktion
Producteur/-trice : Rosa von Praunheim
Scénario : Chris Kraus, Valentin Passoni
Avec Kai Schuhmann, Friedel von Wangenheim, Ben Becker, Wolfgang Völz, Otto Sander, Gerd Lukas Storzer, Olaf Drauschke, Tima die Göttliche, Pays :
Sur Arte le 29 novembre 2017 à 23 h 40

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mardi 28 novembre 2017

« Qui va m’aimer désormais ? » par Barak Heymann et Tomer Heymann


 Arte diffusera le 29 novembre 2017 « Qui va m’aimer désormais ? » (Wer wird mich jetzt noch lieben?) par Barak Heymann et Tomer Heymann. « Rejeté par sa famille très religieuse à cause de son homosexualité, Saar tente de rentrer en Israël après des années à vivre pleinement son identité. Une relecture moderne de la parabole du fils prodigue ».

« Ushpizin » de Gidi Dar
« Mon fils » par Eran Riklis
« Pour mon père » de Dror Zahavi


Tomer Heymann est un réalisateur israélien né en 1970. Il a acquis la célébrité comme documentariste souvent primé : Bridge over the Wadi (2005-2006), Paper Dolls (2006), The Way Home (2009), Mr Gaga (2015), etc.

Avec son frère Barak il a fondé sa société de production, Heymann Brothers Films, et réalisé « Qui va m’aimer désormais ?  », sélectionné à la 66e Berlinale 2016 et distingué par le Prix du Public Panorama du meilleur documentaire.

« Il y a dix-sept ans, Saar a révélé à ses proches qu’il était homosexuel et, qu’il ne croyait plus en Dieu. Rejeté par sa famille, des juifs orthodoxes très pratiquants, et chassé du kibboutz religieux où il vivait, il s’est alors installé au Royaume-Uni, où il a construit une nouvelle vie autour de sa « deuxième famille », la célèbre chorale gay de Londres ».

« Déclaré séropositif suite aux excès d’une douloureuse rupture, le fils prodigue, désormais âgé de 40 ans, cherche à retourner chez lui ». 

« Entre peurs et préjugés, comment sera-t-il accueilli par les siens ? »

Pourquoi Arte diffusera-t-elle ce film à un horaire nocturne ?


« Qui va m’aimer désormais ? » par Barak Heymann et Tomer Heymann
Israël, 2013, 59 min
Sur Arte le 29 novembre 2017 à 0 h 30

lundi 27 novembre 2017

« Nobody’s Business » par Alan Berliner


Arte diffusera le 28 novembre 2017 à 2 h 50 « Ça ne regarde personne » (Nobody’s Business), documentaire par Alan Berliner. « Virtuose de l'introspection filmée, le réalisateur Alan Berliner se confronte aux réticences de son père, Oscar, à évoquer le passé. Drôle et beau ». Un film sur les effets de la Deuxième Guerre mondiale sur les vétérans américains juifs et ceux du divorce sur les enfants d’une famille juive heureuse. Des traumas enfouis.


Né en 1956, Alan Berliner est un réalisateur américain né à Brooklyn et élevé dans le Queens.

Diplômé en cinéma, il réalise des documentaires souvent primés : First Cousin Once Removed (2013), Wide Awake, The Sweetest Sound (2001), Nobody’s Business (1996), Intimate Stranger (1991), et The Family Album (1986),

Le Museum of Modern Art de New York a présenté une rétrospective de son œuvre.

A la New School for Social Research in New York City, il enseigne un cours intitulé « Experiments in Time, Light and Motion ».

Distingué notamment par un Emmy Award de la National Academy of Television Arts and Sciences en 1998, Nobody’s Business mêle émotion et humour dans ce dialogue entre père et fils.

Alan Berliner « explore son histoire familiale en interrogeant son père, qui se prête au jeu tout en contestant le bien-fondé de l'intérêt de son fils pour un passé qu'il juge insignifiant. Un face-à-face difficile et intense, rythmé par des photos et des films de famille, qui finit par charrier une dimension universelle ».

« Ça va être long ? », interroge d'emblée le héros récalcitrant. « Une heure environ », rétorque sans se démonter le réalisateur ».

« Après un rapide décompte des secondes, le film d’Alan Berliner s’ouvre sur une photo en noir et blanc d’Oscar dans sa jeunesse. Le contraste entre l’image de cet homme séduisant se donnant en spectacle et la voix de ce vieillard qui refuse de se livrer est étonnant ».

« Personnage dur, froid et solitaire, Oscar s’est marié sans amour ».

« Aujourd’hui divorcé, il vit seul après avoir subi deux opérations du cerveau ».

« Plus proche de ses compagnons d’armée que de sa famille, il se moque de ses racines : « Tu fais un film avec du vent », prévient-il ».

« Mais Alan Berliner le harcèle et parvient à le pousser dans ses derniers retranchements ».

« Nobody’s Business » ne « cherche pas seulement à percer le mystère d'une vie humaine, il exprime l'amour et l’admiration d’un fils avec une résonance universelle ».

Oscar Berliner est décédé en 2001. Alan Berliner a ainsi rendu hommage à son père lors des funérailles :
« Mon père a eu une tumeur au cerveau au milieu des années 1960. Il a subi une opération chirurgicale pour enlever sa tumeur. Ce qui l’a rendu sourd d’une oreille, et a réduit sa sociabilité. Je me suis rendu compte qu’il avait cessé de sortir, de lire des livres, des journaux. Je l’ai amené voir un ophtalmologue. Mon père était terrifié par les médecins. J’ai alors appris qu’il était aveugle d’un œil. Apparemment, un glaucome avait détruit le nerf optique de son œil droit et attaquait l’œil gauche. J’étais furieux contre mon père. Pourquoi n’avait-il pas dit à Lynn ou à moi qu’il avait des problèmes de vision ? Il y a environ onze ans, il a eu une opération chirurgicale qui lui a fait perdre l’équilibre… Même dans les derniers jours de sa vie, il ne s’est jamais plaint de la douleur… Il a été mon champion  et il va me manquer. Merci à tous d’être venus ».
Pourquoi Arte diffuse-t-elle ce documentaire classique à cet horaire ?

Etats-Unis, 1997
Sur Arte le 28 novembre 2017 à 2 h 50

Visuel
Virtuose de l'introspection filmée, le réalisateur Alan Berliner se confronte aux réticences de son père, Oscar, à évoquer le passé. Drôle et beau.
© D.R.

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dimanche 26 novembre 2017

« The Exchange » par Eran Kolirin


Arte diffusera le 27 novembre à 2 h 20 « The Exchange » par Eran Kolirin. « Après « La visite de la fanfare », le cinéaste israélien Eran Kolirin signe un inquiétant conte philosophique qui évoque la perte d’identité, la marginalité et la transgression ». Un fait imprévu surgit, une rencontre inopinée survient. Ce qui conduit des individus à remettre en question leurs vues sur la vie, sur autrui...

Né en 1973 à Holon (Israël), Eran Kolirin  débute sa carrière de réalisateur en 2004 par le téléfilm The Long Journey.

Il acquiert la notoriété mondiale avec The Band's Visit (La Visite de la fanfare) en 2007. Un film distingué par des Prix en Israël et dans plusieurs festivals internationaux, notamment le Coup de cœur 2007 du Jury d’Un Certain Regard au Festival de Cannes .

The Exchange est son deuxième long métrage cinématographique. Il a été présenté en compétition à la 68e Mostra de Venise en septembre 2011.

Interprété par Rotem Keinan, marié à Tami incarnée par Sharon Tal, Oded est un jeune architecte à la recherche d’un travail. « Chargé de cours à l’université de Tel-Aviv », il « revient un jour chez lui beaucoup plus tôt que d'habitude. Dans le silence que seul trouble le ronron du réfrigérateur, ce lieu familier lui semble soudain inconnu ».

« C'est le point de départ d'une expérience méthodique de déconstruction qui, entre autres choses, le pousse à démissionner et à remettre son couple en cause. Mais il se lie d'amitié avec son voisin Yoav, qui semble lui aussi en proie au doute existentiel ».

« Ce conte philosophique qui évoque la perte d’identité, la marginalité et la transgression, vibre d'une inquiétude que « La visite de la fanfare », le précédent film d'Eran Korilin, dissipait dans le rire ».

« C’est d’ailleurs en parcourant le monde pour promouvoir cette comédie fêtée de toutes parts que l'idée de « The exchange » lui est venue. L'anonymat des hôtels internationaux et le changement constant d'environnement l'ont conduit à réfléchir à l'influence du quotidien sur la nature humaine ».

Pourquoi Arte diffuse-t-elle ce film israélien en pleine nuit ?

Après The Exchange, Eran Kolirin a réalisé en 2016 Beyond the Mountains and Hills (Me'Ever Laharim Vehagvaot).

« The Exchange  » par Eran Kolirin
Israël, Allemagne, 2011
Image : Shai Goldman
Montage : Arik Lahav-Leibovich
Production : July August Productions, Pandora Film, ZDF, ARTE
Producteur/-trice : Eilon Ratzkovsky, Karl Baumgartner
Scénario : Eran Kolirin
Acteurs : Rotem Keinan, Sharon Tal, Dov Navon, Shirili Deshe
Sur Arte le 27 novembre 2017 à 2 h 20

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vendredi 24 novembre 2017

Le 9e Concours de plaidoiries pour les droits de l’homme de Palestine a récompensé le terrorisme


Le 22 octobre 2017, à l’Université Al Qods de Jerusalem, la 9e édition du Concours International de plaidoiries pour les droits de l’homme de Palestine, a remis son 1er Prix à Me Mohammed Elayan, père et avocat de terroristes palestiniens. Choquant. 


Le Concours de plaidoiries pour les droits de l’homme de Palestine est organisé par l’Association « Institut International pour les droits de l’homme et de la Paix », créée à l’initiative du Alain Tourret, avocat et député, et fondée par la Région Normandie, la Ville de Caen, l’Ordre des Avocats (Barreau de Caen), le Mémorial de Caen, et l’Université de Caen-Normandie. Un Concours soutenu par le Consulat de France à Jérusalem.

Le 22 octobre 2017, à l’Université Al Qods de Jerusalem, le jury de la 9e édition du Concours International de plaidoiries pour les droits de l’homme de Palestine, a remis son 1er Prix à Me Mohammed Elayan, père d’un terroriste palestinien ayant commis un attentat en 2015 à Jérusalem. Cet avocat avait plaidé en faveur de Nadia Abu Jamal, épouse de Ghassan Abu Amal, un des terroristes ayant commis un attentat mortel à la synagogue de Har Nof. Cette épouse était au courant du projet terroriste de son mari. Le jury était présidé par Alain Tourret, député La République en marche (LREM) du Calvados.

Le 26 octobre 2017, Aliza Bin Noun, ambassadrice d’Israël en France, a twitté : « Choquée par le Concours de plaidoiries honorant le père d’un terroriste palestinien avec le soutien de @FranceJerusalem et le Barreau de Caen ».

Le 2 novembre 2017, Jean-Pierre Le Brun, Président de France-Israël Normandie, a écrit Alain Tourret, Bertrand Bouyx, Christophe Blanchet, députés du Calvados et Corinne Féret, sénatrice du Calvados : 
 « Vous venez d’assister, ainsi que M. le Consul de France à Jérusalem, à la 9eme édition du « Concours International de plaidoiries pour les droits de l’homme de Palestine ».
Ce monsieur est le père de Bahaa Elayan, terroriste, qui a assassiné  3 civils israéliens à Jérusalem le 13 octobre 2015. Il est également le défenseur de l’épouse d’Yssan Abou Djamal, terroriste, qui a assassiné 5 fidèles en pleine prière à la Synagogue Har Nof de Jérusalem, le 18 novembre 2014.
Les victimes civiles de ces soi-disants « martyrs » se comptent par centaines en Israël, en première ligne depuis des années dans la lutte contre le terrorisme et le djihadisme.
Faut-il rappeler que des centaines de victimes civiles ont déjà été assassinées  dans tous les pays occidentaux (Londres, Berlin, Madrid, Barcelone, New York, Boston….) et que notre pays a été particulièrement visé (Toulouse, Charlie Hebdo, Hyper Cacher, Bataclan, Nice ….) et risque malheureusement de l’être encore. 
Il est donc particulièrement incompréhensible  que vous ayez apporté une quelconque caution morale indirecte à ce type d’individus, insultant par ce geste la mémoire de toutes les victimes.
Il vous appartient maintenant d’annuler ce prix honteux  qui ne fait pas honneur à la France ».

A lire sur ce blog :

jeudi 23 novembre 2017

« T4, un médecin sous le nazisme » par Catherine Bernstein


France 3 diffusera les 24 et 26 novembre 2017 « T4, un médecin sous le nazisme » par Catherine Bernstein. « À travers l’histoire de la compromission » du Dr Julius Hallervorden, « médecin pendant le nazisme, ce film raconte pour la première fois toutes les étapes de l’extermination des handicapés entre 1939 et 1945 dans l’Allemagne nazie ».

De 1939 à 1945, « au moins 200 000 handicapés physiques et mentaux sont assassinés dans le cadre de « l’Opération T4 ». Neurologue, le Dr Julius Hallervorden (1882-1965) « participe à cet assassinat de masse ordonné par Hitler » et récupère « les cerveaux de 690 victimes et accélérer ainsi ses propres recherches sur les pathologies mentales ».

« Après la guerre, il poursuit une brillante carrière, sans être jamais inquiété ».

Récipiendaire de l’Ordre du Mérite de la République fédérale d’Allemagne (RFA), il décède « couvert d’honneurs ».

Ce documentaire « retrace son histoire et à travers lui, celle du programme « T4 », consistant à éliminer les handicapés physiques et mentaux et les personnes considérées comme inutiles et « asociales » par le régime nazi’.

Ce film a été distingué par le prix du public du Meilleur documentaire du Festival des créations télévisuelles de Luchon -2016.

« T4, un médecin sous le nazisme » par Catherine Bernstein
France, Zadig Production / Les films de l’Aqueduc, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, 2014, 52 min
Sur France 3 les 24 novembre 2017 à 0h45 et 26 novembre 2017 à 03h10

Visuel :
 © Zadig Productions / Les Films de l'Aqueduc
Les citations sont extraites du communiqué de presse.

Une cérémonie des vœux pour le nouvel an juif 5771 à Paris

Le 6 septembre 2010, s’est déroulée à la grande synagogue des Victoires (Paris) la cérémonie des vœux pour le nouvel an juif 5771 en présence de Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur et des cultes, des dirigeants d’organisations juives, dont le Consistoire, organisateur de l'évènement, de préfets et d'élus du Conseil de Paris. Des discours ont dépeint une image contrastée de la communauté juive française, dynamique malgré l’antisémitisme, et évoqué l’islam. "Pour la première fois en deux cents ans d’histoire de l’institution juive créée par Napoléon en 1808, une manifestation sera organisée devant le Consistoire, 17 rue St Georges à 18 h 30 ce 22 novembre 2017 sur le mot d’ordre suivant : "ELECTIONS BIDON – DEMISSION". La candidature d’Evelyne Gougenheim vient aujourd’hui d’être faussement déclarée invalidée, une irrégularité de plus, de trop. Les conditions de cette campagne électorale ont désormais dépassé le cadre acceptable des campagnes consistoriales". Ce rassemblement sera suivi "par une réunion - débat de la candidate Evelyne Gougenheim dans la synagogue de Fleg, 8 bis rue de l’Eperon Paris VI, lieu emblématique de la vie étudiante juive à Paris, legs de la famille Rothschild et qui aurait, sans la résistance de la Communauté, été vendue par l’équipe en place au Consistoire. La tenue de la réunion est déjà menacée par le Consistoire." Au lieu d'ostraciser cette candidate dans de nombreux médias communautaires, il serait souhaitable que le Consistoire réponde à ses graves accusations graves. Leur portée révèle l'image ternie de cette institution napoléonienne. 

Depuis quelques années, c’est une tradition. Dans la salle Jérusalem de la grande synagogue des Victoires, les présidents des Consistoires et les grands rabbins de France et de Paris reçoivent avec cordialité le ministre de l’Intérieur et des Cultes.

C’est une étrange cérémonie au cours de laquelle, peu avant que ne commencent les fêtes de Tichri (Roch HaChana, Kippour, Soukot), des juifs souhaitent une chana tova (Nda : bonne année) à un non-juif, qui, poliment formule le même souhait à leur égard.

En ce 6 septembre 2010, Joël Mergui, président du Consistoire Central de France et de celui de Paris Ile-de-France, Gilles Bernheim, grand rabbin de France, et David Messas, grand rabbin de Paris, accueillent donc Brice Hortefeux, ministre français de l’Intérieur et chargé des cultes, et Pierre Lellouche, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, du préfet de police et du préfet de région, en présence d’une nombreuse assistance formée d’élus parisiens (Lynda Asmani, Jean-François Lamour, Françoise de Panafieu), et pour la première fois, de l’ambassadeur d’Israël en France, Daniel Shek qui achève sa mission.
Des problèmes et des espoirs
Joël Mergui alterne les bons et les mauvais points.

Certes, il loue « l’étroite concertation » entre les Consistoires et les ministères de l’Intérieur et de l’Enseignement supérieur et se réjouit que l’abattage rituel ait été provisoirement préservé par le Parlement européen. Souligne le dynamisme de la communauté juive française aimant Israël. Espère en la construction d’un Centre européen du judaïsme à Paris.

Mais il stigmatise la « banalisation de l’antisémitisme ». Déplore la difficulté à faire comprendre à certaines collectivités locales la nécessité de respecter les « carrés juifs » (Nda : espaces dans les cimetières où sont enterrés, selon la loi juive ou halakha, les morts juifs dans des carrés qui leur sont spécialement réservés). Est préoccupé par les difficultés pour des élèves pratiquants de concilier leur judaïsme avec leur scolarité, dans des classes préparatoires à de grandes écoles ou à l’université, caractérisée par des cours ou examens pendant le chabbat. S’inquiète de l’état des cimetières juifs en Algérie, d’autant qu’un voyage de juifs français souhaitant s’y recueillir a du être annulé faute d’accord des autorités algériennes.

Jovial, David Messas a surtout souhaité, pour le bien de la « vie en commun », qu’un consensus politique s’établisse sur la question de la sécurité et que le ministre soit compris.

Quant à Gilles Bernheim, il a souligné combien droits et devoirs des citoyens sont intrinsèquement liés, et exhorté tout homme, à l’avant-veille de « Rosh HaChana [Nda : commencement de l’année] qui commémore la création du premier homme » à « se remettre en question et à faire preuve d’exigence à l’égard de soi. Etre juif, c’est être un peu plus responsable à l’égard des autres ».

Curieusement, le grand rabbin de France a allégué que « le judaïsme et de l’islam, au niveau de leurs pratiques religieuses, sont extrêmement proches, peut-être plus proches dans leurs pratiques, que le judaïsme et le christianisme dans la pratique : manger casher, se tourner vers, pour les prières… » Et d’affirmer « notre fraternité avec cette religion, l’islam, indispensable pour le vivre ensemble des Français en France et pour préserver ce que ces deux religions, l’islam et le judaïsme, ont de meilleur ».

On reste pantois devant ces amalgames ou ignorances du grand rabbin de France prononcés notamment devant des rabbins et grands rabbins ! Le judaïsme plus proche de l’islam que du christianisme dans sa pratique !? Et le dire à un chrétien ! Et devant des présidents de communautés juives et des rabbins franciliens ! En une circonstance officielle si importante, le côté improvisé d'une partie du discours du grand rabbin de France sidère.

Le judaïsme prescrit à ses fidèles de manger cacher, l’islam de manger halal. Guidé aussi par la volonté exprimée dans divers textes saints Juifs de respecter l'animal et donc d'en réduire la souffrance, l’abattage rituel juif (shehita) se distingue par ses actes de celui musulman. Tourné vers La Mecque (Arabie saoudite), le musulman tue l’animal au nom d’AllahAllah Ouakbar ! », Allah est le plus grand !). Debout ou assis, les juifs prient l’Eternel en se tournant vers Jérusalem (Israël) ; prosternés en signe de soumission à Allah, les musulmans prient en se tournant vers La Mecque.

L’islam n’est pas qu’une religion. Et, en particulier lors des millénaires précédant la naissance de l'islam, le judaïsme a su «  préserver » ce qu'il y a de meilleur en lui.

La « fraternité » ne peut pas et ne doit pas être à sens unique. Pour maintenir le vivre ensemble, ne serait-il pas indispensable que l’islam supprime notamment ses versets, sourates ou hadiths prônant la haine des juifs, des mécréants, etc. ?

Mises dans la perspective de la tribune du grand rabbin Gilles Bernheim sur la votation en Suisse Minarets : l'Europe doit changer son regard sur l'islam (Le Figaro, 2 décembre 2009), ces remarques révèlent que le grand rabbin de France persiste dans une voie critiquable dans laquelle il engage spirituellement la communauté juive française. Celle de l’incompréhension, de l’ignorance ou de la méconnaissance de la spécificité de l’islam. Celle d'un dialogue judéo-musulman fondé sur des idées peu pertinentes. Celle aussi du risque d’un syncrétisme religieux dans lequel le judaïsme a beaucoup à perdre.

Ces opinions du grand rabbin Gilles Bernheim surprennent d’autant plus à l’heure où Abdennour Bidar, professeur de philosophie en classes préparatoires à Sophia-Antipolis, dénonce La lapidation, "preuve extrême de la logique de violence de l'islam" (Le Monde, 30 août 2010).

Une « communauté impliquée, vivante et dynamique »
Après avoir indiqué le nombre d’agressions antisémites lors du premier trimestre 2010 – « 47 actions et 190 menaces recensées » -, Brice Hortefeux rappelle la fermeté du gouvernement dans la lutte contre l'antisémitisme et, qu’en cinq ans, en vertu de conventions entre son ministère et le Fonds social juif unifié (FSJU), ont été sécurisés 487 bâtiments de la communauté juive, dont « 145 écoles et crèches, 98 associations et centres communautaires et 234 synagogues ».

Autres actions du ministre très applaudies : celles visant à soutenir la future « valorisation du Séminaire israélite de France » et à attirer « l’attention de la garde des sceaux afin que soient engagées des poursuites judiciaires dans plusieurs cas d’appel au boycott de produits cashers ou israéliens ».

Des motifs de se réjouir ? La reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens, la création de la Fondation du patrimoine juif de France au sein de la Fondation du judaïsme et « à l’automne 2009, la publication d’un nouveau règlement européen relatif à l'abattage rituel qui assurait une stabilité pour la shehita ». Sur ce dernier sujet, la vigilance demeure « alors qu’un vote au Parlement européen pourrait remettre ce travail en question en imposant un étiquetage discriminant pour l’abattage rituel ». Eurodéputés et ministère sont déterminés à empêcher que ce projet n’aboutisse. Ce succès récent au Parlement européen résulte aussi du « partenariat avec les représentants du culte musulman », ce qui représente « un signe fort du dialogue des religions rendu possible par notre modèle de laïcité ».

Cadeau de Joël Mergui au ministre Brice Hortefeux pour le nouvel an juif : du miel.

Une douceur dont le ministre a besoin en cette période houleuse : contestations à propos des retours des Roms en situation illégale dans leurs pays d’origine - des actes qui ont induit une instrumentalisation politique de la Shoah par des comparaisons infondées et choquantes entre les Roms actuels et les juifs sous l'Occupation -, prochain débat sur le niqab, etc.

Que retenir de cette cérémonie en dehors des remarques hors sujet et fausses du grand rabbin Gilles Bernheim ? Tout d'abord, les dirigeants communautaires gagneraient à mieux préparer leurs discours et à les écrire. Ceci élèverait le niveau de leurs discours, souvent médiocres. Ensuite, il conviendrait de s'adresser à des représentants de l'Etat sans donner des leçons de morale et en maintenant une certaine distance respectueuse. Enfin, il importe de parler essentiellement du judaïsme et des juifs, et d'éviter les digressions, dérapages ou rapprochements infondés ou qui ne valorisent pas le judaïsme.


Photos de haut en bas :
De gauche à droite, David Messas, Gilles Bernheim, Brice Hortefeux parlant, Joël Mergui, Pierre Lellouche

La façade de la grande synagogue de la rue des Victoires à Paris (75009)

Autres photos des orateurs lors de la cérémonie

 A lire sur ce blog :
Cet article a été publié le 7 septembre 2010.

lundi 20 novembre 2017

« Les pharaons de l’Egypte moderne : Sadate » par Jihan el Tahri


Le deuxième des trois volets de la série documentaire partiale Les Pharaons de l’Egypte moderne (Pharao Im Heutigen Ägypten), réalisée par Jihan el Tahri est consacré à Anouar  el-Sadate (1918-1981). Le 19 novembre 1977 au soir, après chabbat, le président égyptien Anouar el-Sadate arrivait en avion en Israël. Le prélude à la signature d'un accord de paix entre l'Egypte et l'Etat Juif.

« Alger, la Mecque des révolutionnaires (1962-1974) » par Ben Salama
« La croix gammée et le turban, la tentation nazie du grand mufti » de Heinrich Billstein

« Cinq ans après la révolution de la place Tahrir et le renversement du président Hosni Moubarak », près de trois ans et demi après l’élection à la présidence de l’Egypte de islamiste Mohamed Morsi (Parti Liberté et Justice), près de deux ans et demi après le coup d’Etat militaire contre Morsi, près de deux ans après l’élection du maréchal Abdel Fattah al-Sissi, ARTE diffusera  le 19 janvier 2016 « Les Pharaons de l'Égypte moderne », série documentaire en trois épisodes de Jihan El-Tahri . 

Inspirée par « ce « printemps » révolutionnaire de courte durée, qu’elle n’a pu vivre sur place », la réalisatrice franco-égyptienne Jihan El Tahri a souhaité « comprendre pourquoi, soixante ans après la chute du roi Farouk, la République n’avait pas tenu ses promesses ».

Pour « ce documentaire, fruit de cinq ans de travail, elle a multiplié les rencontres avec une trentaine de témoins de première main et de tous bords (membres de l’appareil d’État, islamistes, opposants, syndicalistes…), qui apportent un éclairage libre et foisonnant sur les événements qu’ils ont vécus ». 

La série documentaire « met en lumière les lignes de force méconnues qui ont forgé le présent de l’Égypte, de l’enterrement de la démocratie à la naissance du djihadisme. De riches archives, dont de nombreux extraits de films de fiction – « une soupape » d’expression politique dans un pays muselé, selon la réalisatrice – ponctuent ce récit passionnant ». Manquent cruellement des historiens.

« De 1952 à 2011, de la chute du roi Farouk à celle du président Moubarak, cette fresque passionnante retrace soixante ans d’histoire politique égyptienne. Elle montre combien le face-à-face entre militaires et islamistes a contribué à l’écrire ». 

Pro-nazi
Le deuxième  épisode de la série documentaire « Les Pharaons de l'Égypte moderne » est consacré à Anouar el-Sadate (1918-1981) qui dirigea le pays de 1970 à 1981, le "soutien à l’islam radical et les alliances controversées de Sadate".

Sadate est né en 1918 dans une famille nombreuse musulmane d’un village du delta du Nil.

Diplômé de l'académie militaire royale du Caire en 1938, il milite contre la Grande-Bretagne au sein d’un réseau d’espionnage favorable à l’Afrika Korps. Il est séduit par le discours nazi et la promesse du IIIe Reich de libérer l’Egypte de l’emprise britannique.

Les autorités britanniques l’arrêtent en 1942 et l’emprisonnent.

En novembre 1942, les forces de l'Axe commandées par le Generalfeldmarschall Erwin Rommel ont été vaincues par les Alliés lors de la seconde bataille d’Al Alamein. Ce qui a empêché une deuxième avancée des forces de l'Axe en Egypte.

Après la guerre israélo-arabe de 1948, Sadate, alors lieutenant-colonel, contribue à la création du Mouvement des officiers libres, association clandestine visant à libérer l'Égypte du contrôle britannique.

En 1952, il participe au coup d'État qui détrône le roi Farouk Ier.

Il entame une carrière politique qui l’amène à siéger au gouvernement, puis dès 1960 à la présidence de l’Assemblée du Peuple, puis en 1969 à la vice-présidence de la République Arabe unie.

Vice-président devenu raïs à la mort de Nasser, Anouar al-Sadate  « change radicalement de cap, louant le capitalisme et prônant un retour à l'islam ». Il se débarrasse des proches de Nasser. Il prend conscience de l'échec économique de la politique menée par Nasser et de l'alliance de son prédécesseur avec l'Union soviétique. Pour renverser cette alliance avec l'URSS et pour se rapprocher des Etats-Unis, il comprend qu'il doit établir la paix avec l'Etat Juif.

Il « s'allie avec les islamistes pour asseoir son pouvoir, notamment en écrasant la gauche ». 

Car, « en secret, il prépare la grande décision de sa présidence, prise sans consulter personne » : le 6 octobre 1973, jour de Kippour, en concertation avec la Syrie, il attaque par surprise le Sinaï, conquis en 1967 par Israël. Ce « qui lave partiellement l'affront de 1967 » lors de la Guerre des Six-Jours gagnée par l’Etat Juif qui avait conquis la péninsule du Sinaï.

Avec le triplement des prix du pétrole consécutif à la guerre du Kippour, l'Egypte se rapproche de l'Arabie saoudite qui accueille des travailleurs égyptiens. Ceux-ci reviennent au pays convaincu par le wahhabisme.

Paix avec Israël
En novembre 1977, Sadate s’affirme sur la scène internationale : il est le premier dirigeant arabe musulman à se rendre en visite officielle en Israël. Il s’y entretient avec le Premier ministre Menahem Begin, et prononce un discours devant la Knesset à Jérusalem. Ainsi s’ouvrent publiquement des négociations de paix avec Israël » qui se concluent par une paix froide avec l’Etat d’Israël qui rend le Sinaï. 

Signés en 1978, les accords de Camp David « placent l'Égypte sous protection américaine. Ce qui vaut le Prix Nobel de la Paix  à Menahem Begin et Mohamed Anouar al-Sadate.

Après l’Etat d’Israël, l’Egypte est le deuxième pays bénéficiaire de l’aide américaine, essentiellement militaire, soit plus d’un milliard de dollars par an.

La « jeunesse égyptienne et les régimes arabes crient à la trahison ». 

Quant à la Ligue arabe, fondée en 1948 au Caire, elle déplace son siège à Tunis (Tunisie). Ce n’est que dix ans plus tard que l’Egypte est réadmise en son sein. Le 10 septembre 1990, 12 des 21 membres de la Ligue arabe décident du retour du siège au Caire.

Le 16 janvier 1979, le président Sadate accueille le chah d'Iran et sa famille lorsqu'ils quittent l'Iran. Ces derniers décident de rejoindre le Maroc, deuxième étape de leur exil. Le 24 mars 1980, le chah d'Iran retourne en Egypte où il décède le 27 juillet 1980.

Sadate, « qui a encouragé en sous-main l’islam radical, va le payer de sa vie : il est assassiné en 1981 par un militaire affilié à un groupe armé islamique ».
                
Le 19 janvier à 23 h 52 (1 min), Arte diffusa un entretien avec Christophe Ayad, chef du service International du Monde, réalisé par Mohamed Hassani. Expert du monde arabe et de l'Afrique, Christophe Ayad « a été correspondant en Egypte de 1993 à 2000 pour Libération. Il est lauréat du prix Albert Londres 2004. Il est l'auteur de deux documentaires ("Darfour, autopsie d'une tragédie" et "Le crépuscule des Assad") ainsi que d'un livre ("Géopolitique de l'Egypte").

Quid des persécutions subies par les Coptes, chrétiens égyptiens ? Quid du statut de la femme ?

Les 7 mars et 21 mars 2016, France 3 diffusa Ils ont tué Sadate, documentaire de Simon Thisse et Nicolas Druet (1 h 01 min) : "Le 6 octobre 1981, le président égyptien Anouar el-Sadate est assassiné lors d'un défilé militaire. En 1978, il avait été récompensé par le prix Nobel de la Paix après avoir signé les accords de Camp David, qui scellaient la réconciliation entre l'Egypte et Israël. Devenu très connu dans le monde entier, c'est avec stupéfaction que sa mort a été accueillie un peu partout sur la planète. A l'aide d'images d'archives et de nombreux témoignages, dont celui de l'épouse du président égyptien, Jihane el-Sadate, retour sur ce moment d'histoire dont les échos se font encore entendre à l'époque actuelle".


REPÈRES CHRONOLOGIQUES

1973 – « L’offensive surprise de l’armée égyptienne dans le Sinaï réussit partiellement, et la « guerre d’octobre » (Guerre du Kippour en Israël), conférant à Sadate une grande popularité.
1975 - Premier chef d’État égyptien en visite officielle aux États-Unis, il annonce sa politique  d’ouverture économique, l’Infitah.
1977 - Les « émeutes du pain » sont sévèrement réprimées.
1978 - Les négociations avec Israël, sous médiation américaine, aboutissent aux accords de paix de Camp-David.
1981 - Sadate est assassiné par un islamiste lors d’un défilé militaire. Son vice-président Hosni Moubarak accède au pouvoir ».


« Les Pharaons de l’Égypte moderne » de Jihan El Tahri 
ARTE France, Big Sister France, 2012, 57 min
Sur Arte les 19 janvier à 21 h 55, 24 janvier à 13 h 35, 28 janvier à 16 h 20 et 2 février 2016 à 16 h 20, 9 et 20 septembre 2016

Visuels : © Bibalex

Articles sur ce blog concernant :
Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié les 19 janvier, 7 mars et 19 septembre 2016.

« Osiris, mécène juif et nationaliste français », par Dominique Jarrassé


Daniel Iffla (1825-1907), qui changea à 35 ans, en 1861, son patronyme en Osiris, nom d’un dieu égyptien, est un financier, patriote, collectionneur, mécène et philanthrope français juif. Le 6 novembre 2017, la mairie du IXe arrondissement de Paris a décidé de dénommer une place parisienne Place Daniel Iffla-Osiris.

« Une élite parisienne. Les familles de la grande bourgeoisie juive (1870-1939) » par Cyril Grange 
De la demeure au musée. Photographies de l'hôtel particulier du comte Moïse de Camondo en 1936 
A la recherche d'Albert Kahn. Inventaire avant travaux 
La collection Jonas Netter. Modigliani, Soutine et l'Aventure de Montparnasse

« Offrir à l'Etat le château de Malmaison restauré, ériger une statue de Jeanne d’Arc à Nancy ou de Guillaume Tell à Lausanne, acheter un cru de Sauternes, collectionner les reliques napoléoniennes, ouvrir pour les déshérités du port de Bordeaux un « bateau-soupe », véritable ancêtre des « restos du Cœur », rêver de restaurer le Temple de Jérusalem, et à défaut, financer une huitaine de synagogues de Paris à Tunis, ou encore léguer une trentaine de millions à l’Institut Pasteur », six fontaines publiques Wallace à Bordeaux… C'est une partie des œuvres Daniel Iffla (1825-1907), dont Osiris est le pseudonyme.

Professeur d’histoire de l’art, Dominique Jarrassé a écrit la biographie passionnante du méconnu Daniel Iffla (1825-1907), qui changea à 35 ans, en 1861, son patronyme en Osiris, nom d’un dieu égyptien.

Analysant notamment les testaments d’Osiris, véritables œuvres littéraires, l’auteur « propose une plongée dans les valeurs et les mythes du XIXe siècle. Il montre de quelle manière le mécénat artistique, le collectionnisme et la philanthropie soutiennent l’idéal de fidélité à la nation et au judaïsme d’un brillant financier, d’un homme romantique et énigmatique, qui avait pour devise « Dieu, Patrie, Liberté » et dont le Panthéon réunit Moïse, Rachi, Jeanne d’Arc, Napoléon, Pasteur, l’abbé Grégoire.

Mécène de la Belle Epoque
Issu d’une famille séfarade et pauvre du vieux quartier juif de Bordeaux – sa mère s’appelle Léa Cardozo d’Hourbino -, Osiris a construit son personnage, réussit une ascension sociale particulièrement brillante.

Après sa scolarité dans l’école israélite bordelaise, puis au lycée Turgot à Paris, il débute sa vie professionnelle comme grouillot chez l’agent de change Moreau. Rapidement, il se familiarise avec les techniques de la Bourse, et entre dans le cénacle des financiers juifs sépharades, dont les frères Emile et Isaac Pereire, Félix Solar, les Camondo.

Il est recruté par la banque Mires, liée à un Juif bordelais Moïse Millaud, et accède au poste de fondé de pouvoir. Il investit dans l’industrie et pratique aussi le prêt d’argent sans intérêt et au montant faible, mais décisif, pour les petits commerçants.


Opposant au Consistoire israélite, Osiris  a bâti des synagogues notamment à Paris – rue Buffault, un temple pour lequel dès 1875, des fidèles originaires de Bayonne et de Bordeaux et de rite portugais, de l'Empire Ottoman et du Comtat Venaissin avaient réuni une somme , mais trop modeste pour l’achat du terrain et la construction de la synagogue -, à Arcachon, à Bordeaux, à Bruyères dans les Vosges, à Tours (1908), à Vincennes (1907), à Tunis et à Lausanne.

Il promeut aussi l’école de viticulture et d’œnologie de la Tour Blanche, dans le Bordelais.

Ce républicain convaincu a aussi conçu son mythe « Monsieur Osiris ».

Il « honore des valeurs à travers des héros ». Ainsi, ce petit-fils d’un soldat héroïque des guerres de l’Empire achète  en 1896 le château de Malmaison, ancien « palais impérial » avec son parc réduit à 6 ha  promis à une probable destruction, le restaure, puis l'offre à l'Etat en 1904 afin que celui-ci en fasse un musée dédié à l’ère napoléonienne. En 1906, un musée y est inauguré. Constituée de 200 peintures, sculptures, meubles et objets d'art, la collection personnelle d’œuvres d’art d’Osiris est offerte à l’Etat, avec une somme destinée à l’édification d’un pavillon pour l’abriter. Ouvert en 1924, ce pavillon Osiris entièrement rénové en 2010 est situé à l’entrée du domaine de la Malmaison, et y reconstitués son salon et son bureau.

En 2012-2013, le Musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau a présenté pour la première fois les 47 dessins et aquarelles, datant souvent des XVIIe et XVIIIe siècles, de cette collection dans l’exposition Un semblant de bonheur. Dessins de la donation Osiris (2012-2013). Des œuvres signées de « maitres hollandais et flamands comme Hendrick de Clerck, Aelbert Cuyp ou Frans van Mieris, des artistes italiens comme Francesco Guardi et Giambattista Tiepolo, ou Giulio Romano, mais aussi des français tel Jacques Callot, et surtout une magnifique série de quatre dessins de François Boucher ». Les sujets ? L’histoire sainte, la mythologie, les paysages, les ornements...

« Parmi les œuvres contemporaines d’Osiris, dominent trois artistes que le collectionneur appréciait particulièrement : Alexandre Bida, dont la technique raffinée met en valeur des personnages orientaux dans leur vie quotidienne, Antoine-Louis Barye, qui bâtit sa réputation sur la maitrise des sujets animaliers, et Eugène Lami, brillant illustrateur des poèmes d'Alfred de Musset auquel Osiris était particulièrement attaché. Une aquarelle d'Eugene Delacroix appartient également au courant orientaliste, tandis que le grand dessin d'Alphonse François reprend la figure emblématique de la reine Marie-Antoinette ». Une autre œuvre de Feyen-Perrin « se rattache au courant réaliste, tout en célébrant la grâce de ses modèles. Le dessin d'Alexandre Bida intitulé « Le mur de Salomon » est une des œuvres les plus significatives de la collection. Place dans la chambre qu’Osiris occupait dans son hôtel particulier de la rue La Bruyère a Paris, ce grand dessin avait été expose au salon de 1857 et Osiris était très fier de cette acquisition. Aujourd'hui encore, cette œuvre a une forte identité religieuse qui lui vaut une grande notoriété ».

Nul doute que ces œuvres graphiques évoquaient pour lui « un semblant de bonheur » comme l’écrit Alfred de Musset dans son poème « La Nuit de mai ».

Vouant un culte à Léonie née Carlier, son épouse bien-aimée morte en couches en 1855, ce républicain convaincu était motivé par le « bien de l’humanité » : il privilégia « la recherche médicale avec l’Institut Pasteur  » dont il fit son légataire universel. Un symbole de sa recherche du « bien de l’humanité ».

Osiris repose au cimetière Montmartre à Paris. Sur sa tombe en marbre blanc : la reproduction de la statue monumentale de Moïse par Michel-Ange.

On peut regretter une ambiguïté terminologique sur le mot nationaliste utilisé comme synonyme de ce qui semble plutôt un fervent patriotisme.

Le 8 mars 2016, l'Institut Pasteur, qui abrite une partie de ses archives, lui a rendu hommage en dévoilant une stèle et un buste de cet homme méconnu qui avait fait de cet Institut son légataire universel : « Ayant toujours eu l’ardent désir de favoriser les découvertes scientifiques qui peuvent contribuer au soulagement de l’humanité, j’institue pour mon légataire universel l’Institut Pasteur établi à Paris (…). En faisant cette disposition, mon but est de permettre à l’Institut Pasteur la recherche de la prévention et de la guérison des maladies infectieuses en général et de la tuberculose, du cancer et de la syphilis. Il est bien entendu que je ne fais cette observation qu’à titre d’indication et que je n’entends nullement limiter le cercle des recherches auxquelles se livre l’Institut Pasteur, désirant avant tout que le revenu des biens et valeurs que je lui laisse serve en général aux maux de l’humanité ». 

Le 7 juin 2016 à 18 h 30, l'Institut Maïmonide proposera la conférence de Patrice Sanguy, maître de conférences hors-classe (e.r.) à l’Université Paris-Dauphine, intitulée "Daniel Osiris Iffla (1825-1907), un philanthrope et patriote juif bordelais au siècle de l’émancipation et du progrès". " Né dans une famille bordelaise d'origine marocaine, monté à Paris où il commença comme saute-ruisseau chez un agent de change, Daniel Iffla qui prit plus tard le nom d'Osiris, se découvrit très jeune un don prodigieux pour la finance. Ayant accumulé une des plus grosses fortunes de son temps, il la consacra à des œuvres de trois ordres. Inventeur du micro-crédit, précurseur des restos du cœur, soutien des féministes, soucieux de formation professionnelle, il fit à l'Institut Pasteur le legs le plus important que cette institution ait jamais reçu. Attaché à ses origines juives, quoique souvent en délicatesse avec les autorités religieuses, il finança la construction de plusieurs synagogues, dont la Grande synagogue de Tunis et celle de la rue Buffaut à Paris qu'il consacra à la conservation du rite portugais. Enfin, petit-fils d'un engagé volontaire de l'an II, il voulut préserver le souvenir des grandes figures de l'histoire de France, donnant une statue de Jeanne d'Arc à la ville de Nancy, rachetant le domaine de Malmaison et l'offrant à l'Etat ainsi que le champ de bataille de Waterloo. Au-delà d'un parcours purement biographique, le conférencier s'attachera à identifier ce qui dans l'histoire familiale de Daniel Osiris Iffla et les idées de son temps, peut aider à comprendre une action apparemment désordonnée qui fit considérer comme un original, voire un excentrique, un homme qui fut le George Soros de son temps et qui est aujourd'hui injustement tombé dans l'oubli".

Le 7 juin 2016 à 18 h 30, l'Institut Maïmonide proposa la conférence de Patrice Sanguy, maître de conférences hors-classe (e.r.) à l’Université Paris-Dauphine, intitulée "Daniel Osiris Iffla (1825-1907), un philanthrope et patriote juif bordelais au siècle de l’émancipation et du progrès".

Le 2 mars 2017, de 14 h à 16 h, le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ), proposa Le 9e arrondissement, un nouveau foyer de vie juive au XIXe siècle. Une promenade par Danielle Malka, guide-conférencière nationale. "Rendez-vous en haut de l’escalier mécanique de la sortie n° 8 du métro Richelieu-Drouot". Ce "quartier en formation au XIXe siècle attire les milieux d’affaires et de nombreux représentants de la vie artistique et intellectuelle. On y rencontrera, entre autres personnages : James de Rothschild ; Osiris, l’étonnant et sulfureux mécène ; les frères Natanson et leur Revue blanche. On n’oubliera pas l’Alliance israélite universelle et sa bibliothèque... Le 9e arrondissement devient naturellement l’endroit où élever la première synagogue monument le et établir le Consistoire".

Le 6 novembre 2017, le conseil municipal de la mairie du IXe arrondissement de Paris a décidé unanimement de dénommer Place Daniel Iffla-Osiris une place parisienne située près du métro Richelieu-Drouot.

   Dominique Jarrassé, Osiris, mécène juif et nationaliste français. Editions Esthétiques du divers, coll. Patrimoines, 2009. 300 pages. 25 euros. ISBN : 978-2-95-330410-7

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Cet article a été commandé, mais non publié par L'Arche. Il a été publié sur ce blog le 23 décembre 2013, puis les 6 mars et 7 juin 2016, 2 mars 2017.