Citations

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« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

jeudi 30 novembre 2017

Un colloque prospectif en 2001 sur l’exode des Juifs des pays arabes


En 2014,  Knesset a choisi le 30 novembre comme Journée commémorant "l'exode oublié" ou plutôt « l'exil et l'expulsion des Juifs des États arabes et de l'Iran »Organisé par les Congrès Juifs mondial (CJM) et européen (CJE), le symposium international L’exode oublié, l’exclusion des Juifs des pays arabes et le contentieux israélo-arabe, s’est tenu à Paris le 16 décembre 2001. Au programme : établissement des faits, récits de mémoires douloureuses refoulées, témoignages bouleversants de vies brisées, définitions distinctes affinées et analyses lucides. Sur un ton incisif, parfois drôle, souvent grave, les intervenants se sont vite accordés sur l’urgence d’actions visant à faire connaître cet exode oublié d’environ un million de Juifs des pays arabes, d’Iran, de Turquie et de la partie de Jérusalem occupée par la (Trans)Jordanie en 1948, ainsi que les droits de ces Juifs exclus, rompre l’isolement d’Israël et rétablir son image. Ce symposium s’est clos sur la présentation d’enjeux éthiques, juridiques et politiques.

« La fin du judaïsme en terres d’islam » sous la direction de Shmuel Trigano
Un colloque prospectif en 2001 sur l’exode des Juifs des pays arabes

En 1945, environ 900 000 Juifs vivaient dans les pays arabes, auxquels il convient d’ajouter ceux d’Iran et de Turquie. En quelques décennies, des années 1940 aux années 1970, la quasi-totalité des Juifs ont dû quitter massivement ces pays, « sous l’effet de la violence organisée par les gouvernements ou de l’absence de choix, abandonnant tous leurs biens et leur patrimoine », malgré des siècles d’une présence souvent antérieure à la conquête arabe, parfois (pluri)millénaire. En 2011, quelques milliers de Juifs demeurent dans cette vaste aire. La quasi-totalité de ces Juifs a suivi les chemins de l’exil : 600 000 Juifs sont allés en Israël, 300 000 en France, en Amérique du Nord, etc.

Un "exode oublié" ?
« Qui connaît leur sort ? », a interrogé Serge Cwajgenbaum, secrétaire général du CJE.


Ce « colloque a pour vocation de faire le point sur un drame unanimement et idéologiquement refoulé, inconnu de nos contemporains, de rendre justice au monde sépharade, de faire œuvre de mémoire et de dignité pour cette population qui a vu son destin brisé et sa continuité ébranlée. Sa voix ne doit plus être ignorée dans le concert international », ont expliqué les organisateurs du symposium.


Et d’ajouter : « Le processus d’Oslo et sa crise ont ravivé les mémoires du contentieux originel qui sépare les deux parties du conflit proche-oriental. On évoque ainsi couramment le « droit au retour » des Palestiniens mais un élément déterminant du tableau historique ainsi dressé manque de façon stridente : le contentieux des Juifs du monde arabe - la majeure partie de la communauté Juive française et de la société israélienne - avec les Etats arabes ».

Lors des négociations à Camp David en 2000, la revendication du « droit au retour » en Israël des réfugiés palestiniens, de leurs enfants et petits-enfants s’insère dans un discours délégitimant et mortifère pour Israël - « existence congénitalement immorale et injuste » -, aboutit à terme à une « domination démographique, à la fin de l’Etat Juif ainsi qu’au risque de rétrogradation au statut de dhimmi ».

Refusant une « morale victimaire indigne et qui innocenterait les pays arabes », le professeur Shmuel Trigano, sociologue, a espéré l’émergence de mémoires occultées par les idéologies tiers-mondistes des années 1970, et par les Juifs aussi qui ont bénéficié d’une « libération politique par le pouvoir colonial ».

Dhimmitude

Le professeur de civilisation juive Haïm Zafrani a dépeint « l’espace culturel, lieu privilégié de rencontres judéo-musulmanes, la création littéraire, d’expression hébraïque ou dialectale, comme source d’histoire dans l’Occident musulman (Espagne et Maghreb » où les influences réciproques sont prégnantes, multiples et fécondes.

Tableau vrai pour une élite et à certaines époques ? Oui, semble-t-il quand Roger Pinto, président de SIONA, a dénoncé le « mythe des Juifs heureux en terre d’islam » et la volonté de « pays, tel l’Irak, d’exclure leurs pays d’enquêtes onusiennes sur l’exode des Juifs et leurs expropriations ».

Impression renforcée quand l’écrivain Bat Ye’or a détaillé « la dhimmitude, une législation imposée pendant plus d’un millénaire, d’Iran au Yémen, aux Infidèles, Juifs et chrétiens, et déterminée par une théologie et une juridiction. L’origine est à rechercher dans le jihâd, guerre théologique, combat dans la voie d’Allah pour conquérir de nouveaux territoires et y imposer la loi d’Allah telle qu’elle a été révélée au messager Mahomet dans le Coran et la Sunna. 

Les dhimmis habitent dans le pays de la Guerre et ont accepté de se soumettre aux règles du jihâd en cédant des territoires. La protection de leurs droits est fixée par un traité de soumission, la dhimma, et exige le paiement d’un tribut collectif, puis de la capitation. Les lois antijuives byzantines étoffent les lois de dhimmitude. En cas d’infraction de leurs droits, la protection est annulée et le djihad réactivé. La vie des dhimmis est rythmée par les pillages, humiliations, exterminations, rançons collectives sous la menace de conversions forcées, l’exploitation fiscale, y compris par les tribus rebelles au pouvoir central, la réduction en esclavage, un rituel d’avilissement, etc. L’annulation générale de ce système a induit une haine aux XIXe et XXe siècles qui empoisonne le XXIe siècle. L’indépendance d’Israël a détruit le système de la dhimmitude qui représente une synthèse de la politique de haine et déshumanisation et qui se fonde sur une interprétation du Coran qu’on peut modifier. Ce système perdure dans les pays appliquant la shari'a. Il est important de connaître l’origine de ces lois et leurs fonctions pour discuter avec des amis musulmans et lutter contre les préjugés pour nouer une relation d’estime et de respect mutuels. Du dialogue avec des musulmans naîtront d’autres commentaires des textes ».

« Les XIXe et XXe siècles ont marqué la prospérité des communautés Juives dans les pays arabes. Expliquer l’exode des Juifs des pays arabes se heurte à des difficultés, dont le manque de recherches historiques sérieuses, le besoin de présenter une explication valable pour tous les pays musulmans, la position délicate d’historien-arbitre. Les violences subies par les Juifs n’expliquent pas toutes leurs migrations. Le conflit du Proche-Orient a servi de catalyseur à celles-ci ».


Autres facteurs explicatifs de l’exode selon le professeur Haïm Sadoun : «la situation interne dans chaque pays, la prise de conscience des Juifs de l’impossibilité de vivre dans les Etats arabes indépendants et leur attachement à Eretz Israël ».

Les mémoires douloureuses refoulées des réfugiés Juifs
« Après la mort du chanteur Raymond Leiris, la communauté juive a du quitter Constantine en quelques semaines », s’est souvenu Raphaël Drai, professeur de science politique.

Ex-conseiller au Ministère de la Justice d’Israël et spécialiste du droit des pays arabes, Yaakov Meron a esquissé une typologie expulsion/dépossession. Sur la base de récits concordants, recueillis dès 1948, des agressions antijuives impunies (Egypte, Algérie, etc.), il apparaît que « des agents du pouvoir ont été impliqués dans certaines atrocités, ce qui engage la responsabilité des Etats » et justifie des actions judiciaires des victimes et de leurs ayants-droit. L’exclusion forcée des Juifs visait à confisquer « leur argent (Yémen) et à empêcher qu’Israël ne se renforce avec cet afflux financier (Arabie Saoudite) ».

Elie Barnavi, ambassadeur d’Israël en France, a réfuté « toute équivalence entre les deux mouvements migratoires. Sont des réfugiés ceux qu’on ne veut pas accueillir, tels les Palestiniens maintenus dans leur état. Les Juifs n’ont pas été des réfugiés sur la terre de leurs ancêtres. Ils avaient le droit de partir dans la dignité et leurs préjudices matériels, financiers, etc. doivent être indemnisés ».

François Zimeray a énuméré les aspects philosophiques, historiques, affectifs et juridiques du droit au retour. Qui va indemniser les Juifs exclus des pays arabes ? Peut-être la juridiction belge grâce à sa « compétence universelle ». Ou des tribunaux nationaux, pour carence de l’Etat des ressortissants Juifs concernés, dont la France, à défendre leurs droits.


« De mai 1948 à mars 1950, Israël a accueilli 400 000 immigrants. Une intensité unique dans le monde. Ben Gourion a alors choisi la politique de la porte ouverte, une aliyah illimitée, doublée de la loi du retour. Les immigrants vivaient dans des maabarot (camps de transit) aux effets néfastes sur leurs vie familiale, santé, situation professionnelle (déclassement, chômage) et sur la vie politique (corruption). Puis ils ont eu des logements permanents, se sont intégrés et devenus des citoyens israéliens. Grâce aux efforts et à la solidarité, l’écart s’est réduit au cours de la deuxième génération et des mentalités ont changé », a déclaré Yehuda Dominitz, ancien directeur du Département d’immigration et de l’absorption de l’Agence juive.


Selon Claude Tapia, professeur de psychologie sociale, « l’attachement culturel des Juifs des pays arabes a prévalu sur leur attachement à la Terre. Les traumatismes nés de spoliations et de transplantations douloureuses ont été accrus par le silence sur ce déni de justice. En France, l’insertion a été en partie facilitée par les institutions juives et le partage de normes avec la société d’accueil. Au Québec, l’intégration est passé par les institutions anglo-saxonnes ».

Pour les écrivains Minou Azoulai, Albert Bensoussan et Naïm Kattan, cet exode d’Egypte, d’Algérie et d’Irak a été la matrice de leurs œuvres artistiques.

Des réfugiés palestiniens instrumentalisés contre Israël
« Les leaders arabes ont instrumentalisé les réfugiés palestiniens maintenus cruellement et cyniquement dans des camps, parfois des bastions militaires avec la complicité de l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) », a estimé Avi Becker, secrétaire général du CJM.

Raphaël Israéli, professeur d’histoire du Moyen-Orient, spécialiste du terrorisme et de l’intégrisme islamique à l’Institut de recherche Harry Truman (Jérusalem), a rappelé les transferts de population pour créer des pays homogènes après les deux guerres mondiales et éviter des problèmes plus graves. « Honteux de ne pas s’en sortir, malgré ou à cause de l’aide internationale, les palestiniens tentent de tuer le contre-exemple : l’Etat Israël, un pays qui a su intégrer des immigrants et développer son économie », a résumé Raphaël Israéli.

« Si la revendication au droit au retour des réfugiés palestiniens était acceptée, ce serait une injustice flagrante pour les Juifs exclus des pays arabes et la fin d’Israël », a déclaré Roger Cukierman, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), qui a poursuivi sur l’asymétrie des parcours : « Alors que les Juifs ont su s’intégrer dans leurs pays d’accueil, les Arabes ont maintenu volontairement les réfugiés dans des camps ».

Constatant le succès d’audience - 800 personnes – de ce symposium, Shmuel Trigano a noté le double refoulement normal et idéologique de cet exode par les Juifs qui l’ont vécu. « Avec l’Intifada II, on peut voir ce dont le monde est capable à l’égard des Juifs. Le refus palestinien à Camp David des propositions israéliennes est une machine infernale pour briser la dignité morale du peuple Juif. Cette stratégie a voulu exclure le peuple Juif des droits de l’homme, et transformer un conflit politique en conflit tribal, un Kosovo bis, en appelant à l’internationalisation du conflit au détriment d’Israël. Ce droit au retour des réfugiés palestiniens en Israël est un facteur de délégitimation d’Israël, une équation d’un simplisme ravageur. Il faut restaurer la légitimité morale d’Israël. De son vacillement, l’antisémitisme risque de se réveiller ». Il a insisté sur une facette occultée : « L’hospitalité arabo-musulmane est un argument de délégitimation d’Israël. Il faut ressusciter pour rendre justice : un monde a été englouti en une génération. Cette culture est-elle morte pour toujours ?». Refusant le « statut victimaire », le sociologue a exhorté le monde arabe à accepter que le « dhimmi est un sujet libre de son histoire et de l’Histoire ».

Eurodéputé français socialiste, François Zimeray s’est réjoui du vote récent d’un « amendement subordonnant l’aide européenne, notamment en matière éducative, à l’Autorité palestinienne au respect des droits de l’homme. La cause palestinienne est instrumentalisée pour présenter les victimes d’hier en bourreaux d’aujourd’hui et alléger la culpabilité occidentale liée à la Shoah ».

Par une parabole drôle, le Dr Avi Becker, Secrétaire Général du Congrès Juif mondial, a montré le problème d’Israël d’image, d’informations et de campagne vers les médias : même en cas de légitime défense patente, Israël ne peut se défendre sans être accusé d’agresser sans provocation. « Malgré les propositions généreuses de Ehud Barak à Camp David, les négociations ont achoppé sur la question des réfugiés palestiniens. Israël dispose d’arguments forts contre le droit au retour réclamé par les Palestiniens. En novembre 2001, à Jérusalem, des résolutions ont été adoptées pour une action internationale ». Et ce dans un contexte hostile de désinformations.

« Pourquoi les gouvernements israéliens ont-ils oublié la question des réfugiés Juifs, même d’un point de vue tactique ? » a interrogé Roni Milo, ministre israélien de la Coopération régionale, citant les accords d’Oslo II et soulignant que les termes « réfugiés » et « droit au retour » sont souvent accolés au vocable « palestinien ». Et d’ajouter : « Le problème des réfugiés palestiniens est utilisé contre Israël par les pays arabes qui ont refusé de le résoudre. La plupart des réfugiés palestiniens ont quitté Israël à la demande des leaders arabes, dans l’espoir à leur retour, après la destruction d’Israël, de prendre les biens Juifs. Cependant, certains Juifs ont forcé les Palestiniens à partir ». La question de l’exode oublié concerne non seulement Israël, mais aussi d’autres pays, dont la France.

Avec ironie, Roni Milo s’est interrogé sur la signification du droit au retour des réfugiés : « Serait-ce celui des Juifs vers les pays arabes ? » La paix étant une nécessité, la solution doit être avantageuse pour les deux parties. Que faire ? Convaincre le monde de la pertinence des arguments israéliens, rappeler les guerres déclenchées contre Israël, contrer les images orientées et manichéennes - tanks israéliens contre enfants palestiniens – de médias, etc.


Parmi les actions prônées par Stanley Urman, directeur exécutif du Centre pour la paix au Moyen-Orient (Etats-Unis) : favoriser les études historiques, sensibiliser l’opinion publique, les médias, des politiciens, des instances nationales, européennes et internationales, les « décideurs », etc. afin de contrer les stratégies arabes et faire valoir les droits des Juifs, notamment à compensations internationales.

Une « équation stratégique menaçante »
Pierre Lellouche a rassuré le maire de Tel-Aviv : « Il est peu probable que les Juifs exclus des pays arabes s’y précipitent ». « La frontière est une condition de paix. Le droit au retour est à géométrie variable. Selon que le pays concerné est fort ou faible, et guidée par des interprétations évolutives de « l’intérêt de la paix », la communauté internationale est pour contre le droit au retour. Si on convainc les gens que l’Etat Juif est né dans une terre qui ne lui appartient pas et que les Palestiniens peuvent y retourner, c’est la fin d’Israël ».

Son inquiétude est triple, relative à Israël, au défi pour la démocratie et à l’antisémitisme en France. C’est en tant que « Juif, Français et républicain » qu’il est inquiet. « Israël risque d’affronter un cocktail redoutable - stratégies arabe d’isolement international de « l’apartheid bis » et de contournement, guérilla interne »I. Un cocktail résultant en une impasse et né paradoxalement des accords d’Oslo : « Mettre les problèmes les plus difficiles - Jérusalem et le droit au retour des réfugiés palestiniens - est une bonne idée si les étapes intermédiaires se passent bien et constituent un socle de confiance. Le terrorisme de masse - attentats suicide, attentats du 11 septembre 2001 - manifeste un refus de la paix. C’est un défi à la démocratie et à l’Armée. Il s’analyse non comme un mode de négociation politique (Corse), mais comme un refus de la paix. Une démocratie ne peut faire face à cela, et l’Armée est conçue pour une guerre interétatique. Cette équation stratégique nouvelle menace la sécurité d’Israël.

Puis ce « brillant réfugié » a dénoncé trois idées fausses : « Le terreau des terroristes a été fabriqué par les échecs systémiques des leaders arabes depuis les indépendances, l’absence d’opposition démocrate et les faillites économiques. La seule alternative pour les musulmans a été la religion. Certains allèguent qu’il faut dissocier islam/islamisme et terrorisme et que le règlement du problème israélo-palestinien aurait permis d’éviter Ben Laden. Or, ses attentats ont commencé après les accords d’Oslo. ».

M. Lellouche a souhaité des « réflexions chez les intellectuels musulmans sur l’islam » et stigmatisé la résurgence d’un antisémitisme émanant du « politiquement correct » de gauche et d’arabo-maghrébins, et actualisant des stéréotypes traditionnels. Il a relevé « le parallélisme antisémitisme/antiaméricanisme/antisionisme et les dangers des dérives sémantiques. Dans une société multiconfessionnelle, héritière de la Révolution de 1789, ce regain d’antisémitisme, s’il n’est pas traité, risque de rendre la vie intolérable. Un devoir de veille s’impose ».

« En vue de l’élargissement de l’Union Européenne serait précieux le savoir-faire israélien : intégration d’immigrants pour en faire des citoyens, démocratie exemplaire, etc. Et pourquoi ne pas envisager de proposer à Israël d’adhérer à l’UE et d’œuvrer à son entrée dans la francophonie ? » Les liens entre l’idée européenne et le sionisme sont multiples : « En vue de l’élargissement de l’Union Européenne, serait précieux l’ingénierie et le savoir-faire israéliens : éducation de haut niveau, intégration de populations migrantes pour en faire des citoyens, maîtrise des nouvelles technologies, démocratie exemplaire, etc. Et pourquoi ne pas envisager de proposer à Israël d’adhérer à l’UE, puisque ces deux entités partagent les mêmes valeurs, et d’œuvrer à son intégration dans la francophonie ? », a déclaré François Zimeray.

Un combat d’idées
Abasourdi par le discours du président du CRIF du dîner annuel de cette organisation, M. Lellouche a stigmatisé la résurgence d’un antisémitisme qui vient du « politiquement correct » de gauche et des arabo-maghrébins et emprunte les mêmes images : Juifs bourreaux et exploiteurs, complot cosmopolite et mondial, etc. Il a souligné le parallélisme antisémitisme/antiaméricanisme/antisionisme et les dangers des dérives sémantiques. Dans une société multiconfessionnelle, ce regain d’antisémitisme s’il n’est pas traité, risque de rendre la vie intolérable. Un devoir de veille s’impose.


D'origine tunisienne, l’écrivain Albert Memmi a rappelé l’ancienneté du « problème arabe », perçu comme social - « si on supprime la pauvreté, on le résoudra » - sans relever son autre dimension, nationale : « Les Arabes acceptent l’aspiration nationale, sauf en Israël ». C’est cet aspect double qui n’est pas perçu par la gauche française, qui « a du retard dans l’analyse ». La solution ne peut être que politique, voire passer par un marchandage : « Tant qu’une majorité d’Arabes refusent cette solution, les Juifs seront les seuls à réclamer la paix ».

Serge Cwajgenbaum, Secrétaire Général du CJE, a conclu sur la campagne future de sensibilisation d’institutions européennes et internationales à ces thèmes après avoir présenté en Israël le résultat des travaux et réflexions menées à Paris sur l’histoire d’un exode celé...

ADDENDUM : En septembre 2012, l'Etat d'Israël a accueilli à Jérusalem une conférence sur cet exil et vient de lancer la campagne mondiale d'informations intitulée I am a refugee (Je suis un réfugié) sur cet exode. Une Déclaration sur la justice pour les réfugiés Juifs des pays arabes a été rendue publique à l'issue de cette conférence.
Le 14 juillet 2013, à l'initiative du parlementaire Shimon Ohayon (Likud Beiténou), le Comité ministériel pour la Législation a choisi le 17 février comme Journée nationale de commémoration des Juifs réfugiés ayant fui leurs pays nataux : Etats arabes, Turquie, Iran et partie de Jérusalem. Ce membre de la Knesset a aussi envoyé une lettre à Nabil el-Araby, secrétaire général de la Ligue arabe, pour l'informer que son organisation devrait "accepter la responsabilité historique pour l'humiliation, les souffrances et les pertes subies par des victimes Juives innocentes quand le monde arabe a déclaré la guerre à l'Etat d'Israël. En droit et en équité, la Ligue arabe doit assumer la pleine responsabilité pour assurer et réparer les droits des Juifs réfugiés, résultat direct des actions complices. C'est un élément important de toute future paix et réconciliation entre Juifs et Arabes au Moyen-Orient". Les organisations Jews from Arab Countries (JJAC) et le Congrès Juif mondial (WJC) ont soutenu la rédaction de ce texte et inciteront les communautés juives dans le monde à observer ce jour de commémoration. Le 17 février 1948, la Ligue Arabe a décidé que ses Etats-membres sanctionnent leurs populations Juives.
Le 14 juillet 2013, à l'initiative du parlementaire Shimon Ohayon (Likud Beiténou), le Comité ministériel pour la Législation au sein de la Kensset a choisi le 17 février - date du plan arabe - comme Journée nationale de commémoration des Juifs réfugiés ayant fui leurs pays natals : Etats arabes, Turquie, Iran et partie de Jérusalem. 
Le 21 novembre 2013, le CJM, la Conférence des Présidents des principales organisations Juives américaines, Justice for Jews from Arab Countries et la mission de l'Etat d'Israël auprès des Nations unies ont organisé à l'ONU, un colloque sur cet exode et, le 14 novembre 2013, un rapport du parlement canadien a exhorté à reconnaitre cet exode ;
La JJAC (Organisation internationale Justice pour les Juifs des pays arabes)  a séjourné en France les 11 et 12 juin 2014. Irwin Cotler, ancien ministre de la Justice et procureur général du Canada, se joindra à la JJAC. Le CRIF "accompagnera l’action de la JJAC pour aborder le sujet de l’exode des Juifs des pays arabes" auprès des responsables politiques français. Une action trop rare du CRIF oublieux de ce fait tragique dans ses conventions et son dialogue avec des personnalités et organisations musulmanes.

"Après 1948, les Juifs du Moyen-Orient, en provenance  notamment d’Egypte, d'Irak, de Syrie et du Liban ont été expulsés de ces pays et déclarés réfugiés par le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations-Unies". La délégation du CRIF et du JJAC visitera "les archives historiques de l'Alliance Israélite Universelle (AIU), dont le réseau d'écoles a été le témoin de cette histoire dramatique et de l’accueil que la France, patrie des droits de l'homme, a pu réserver à une partie des communautés juives exilées". La délégation  rencontrera Sparacino-Thiellay, ambassadrice pour les droits de l'homme, Claude Goasguen, vice-président du groupe d’Amitié France Israël à l'Assemblée nationale "accompagné de plusieurs députés afin de rappeler les droits de tous les réfugiés du Moyen-Orient dans la perspective d'une solution durable aux conflits de la région". Elle s'entretiendra avec Irina Bokova directrice générale de l'UNESCO, " afin de demander la protection des sites historiques Juifs dans les pays arabes. La destruction de la synagogue de Jobar à Damas (Syrie) en mai 2014" témoigne de l'urgence d'une campagne de préservation des sites religieux qui portent la mémoire de la pluralité des fois dans un Orient en pleine recomposition".

Le 24 juin 2014, la Knesset a approuvé la proposition de loi instituant la journée du 30 novembre en Jour marquant l'exil des Juifs des terres arabes et d'Iran (Day Marking the Exit and Deportation of Jews from Arab Lands and Iran), et présentée par les parlementaires Shimon Ohayon (Likud Beiténou) et Nissim Zeev (Shas).

Plusieurs ministres se mobiliseront : celui des personnes âgées dirigera la cérémonie ouvrant la commémoration, celui de l'Education encouragera des activités éducatives liées à ce Jour et celui des Affaires étrangères organisera des événements, dont certains se dérouleront dans les ambassades israéliennes, afin d'augmenter la prise de conscience internationale des Juifs réfugiés ayant quitté les terres arabes et l'Iran et leur droit à indemnisation. La Knesset tiendra une réunion spéciale pour marquer ce Jour.

Cette loi précise : ”Durant ce long exode, les Juifs vivant en terres arabes ont subi de nombreux pogroms. Le monde arabe a répondu gravement au renforcement du mouvement national Juif et au sionisme à la veille" du rétablissement de l'Etat d'Israël. "Cette opposition s'est exprimée par des attaques cruelles à l'égard des Juifs et une augmentation des troubles contre eux. Des ordres et lois officiels émis par les régimes des terres arabes ont empêché les Juifs de bénéficier des droits de l'homme ou de ceux des citoyens ainsi que d'avoir un travail, leurs biens leur ont été confisqués, leur nationalité leur a été retirée. De nombreuses fois, les Juifs sont été victimes de meurtres, d'arrestations arbitraires infondées, d'emprisonnements, de torture et de déportation. De 1947 à 1972, environ 856 000 Juifs des terres arabes ont été déracinés, dépossédés de tout et sont devenus des réfugiés".

On ne peut s'empêcher de dresser un parallèle entre des actes infamants préjudiciables édictés contre ces réfugiés Juifs et ceux visant le Dr Lionel Krief ou Eva Tanger depuis plusieurs années dans la France républicaine du début du XXIe siècle.

Le choix du 30 novembre pour marquer les "droits des réfugiés Juifs des terres arabes s'explique ainsi : "Après la partition (de la Palestine mandataire] décidée par le Conseil de sécurité de l'ONU le 29 novembre", les Etats arabes ont attaqué activement les communautés Juives dans leur pays dans le but d'empêcher" la refondation d'un Etat Juif sur la terre d'Israël.

Il est difficile d''estimer la valeur des biens dont ces réfugiés juifs ont été spoliés lors de cet exode forcé : de quelle date à quelle date ? Quels pays inclut-on ? Additionne-t-on la valeur des biens détenus à titre individuel à ceux de la communauté juive locale - hôpitaux, écoles, synagogues, etc. - ? La World Organization of Jews from Arab Countries (WOJAC) a estimé la valeur de ces biens à environ $100 milliards (valeur de 2006) et d'autres ont avancé $300 milliards (valeur de 2007).


Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié en une version courte par Actualité juive hebdo, et sur ce blog le 14 septembre 2012 et le :
- 4 octobre 2013 alors qu'à l'université de Yale (Etats-Unis) se tenait le colloque Exodus or Exile?: The Departure of Jews from Muslim Countries 1948-1978 ;
- 21 novembre 2013. Le CJM, la Conférence des Présidents des principales organisations Juives américaines, Justice for Jews from Arab Countries et la mission de l'Etat d'Israël auprès des Nations unies organisent ce jour, à l'ONU, un colloque sur cet exode et, le 14 novembre 2013, un rapport du parlement canadien a exhorté à reconnaitre cet exode ;
- 7 mars, 11 juin et 30 novembre 2014, 5 février 2015 à la mémoire de Sir Martin Gilbert (1936-2015), historien célèbre pour ses atlas historiques, ses livres sur l'histoire du peuple Juif, notamment In Ishmael’s House: A History of Jews in Muslim Lands (2010), et biographe officiel de Winston Churchill ;
- 30 novembre 2015 et 30 novembre 2016.

mercredi 29 novembre 2017

« L’Einstein du sexe » par Rosa von Praunheim


Arte diffusera le 29 novembre 2017 « L’Einstein du sexe » (Der Einstein des Sex - Leben und Werk des Dr. Magnus Hirschfeld) par Rosa von Praunheim. « La vie fascinante de Magnus Hirschfeld (1868-1935), sexologue révolutionnaire et précurseur du mouvement gay  »  qui a combattu contre la persécution des homosexuels allemands soumis au paragraphe 175. Un « vibrant hommage » sans esprit critique.


« Fils d’un médecin juif, Magnus Hirschfeld (1868-1935) entreprend des études médicales en 1888 ».  Pourquoi Arte n'a-t-elle pas ajouté qu'il était allemand ?

Il « est choqué que la science considère l’homosexualité comme une maladie ».

Son « diplôme en poche, il ouvre un cabinet ».

« Une expérience traumatisante – le suicide d’un patient gay – le pousse à agir : il fonde en 1897 un comité scientifique pour la dépénalisation de l’homosexualité ».

Lors de la Première Guerre mondiale, Magnus Hirschfeld interrompt ses travaux de recherche et se dévoue comme médecin dans un hôpital de campagne.

La « pétition en faveur de la révision du Code pénal est signée par de nombreuses personnalités, mais le projet de loi présenté au Parlement est rejeté ».

La « République de Weimar va néanmoins permettre à Hirschfeld de travailler en toute liberté ».

« En 1919, il fonde à Berlin le premier institut de sexologie ».

« Les congrès internationaux, les initiatives politiques et les publications en faveur de la cause homosexuelle se multiplient. Mais Hirschfeld est victime d’une agression par de jeunes nazis en 1920… »

Magnus Hirschfeld quitte l'Allemagne pour donner des conférences aux États-Unis en 1931 et, suivant les conseils de ses amis, il demeure en exil, à Zurich et à Ascona en Suisse, puis à Paris et enfin à Nice.

Après l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler, les nazis saccagent l'Institut de sexologie le 6 mai 1933. Les livres dont ils s'emparent sont brûlés dans des autodafés nazis.

À Paris, s'efforce vainement de recréer un nouveau institut de sexologie. En 1934, il s'installe à Nice, sur la Promenade des Anglais. En 1935, il y meurt d'une crise cardiaque le jour de son 67e anniversaire.

« Célèbre figure de la cause LGBT, le cinéaste allemand Rosa von Praunheim rend ici un remarquable hommage à celui qui fut le précurseur du mouvement gay ».

Un hommage sans esprit critique.


« L’Einstein du sexe » par Rosa von Praunheim
Allemagne, 1999
Image : Elfi Mikesch
Montage : Michael E. Shephard
Musique : Karl-Ernst Sasse
Production : Hessischer Rundfunk, ARTE, Argus Film Produktie, Rosa von Praunheim Filmproduktion
Producteur/-trice : Rosa von Praunheim
Scénario : Chris Kraus, Valentin Passoni
Avec Kai Schuhmann, Friedel von Wangenheim, Ben Becker, Wolfgang Völz, Otto Sander, Gerd Lukas Storzer, Olaf Drauschke, Tima die Göttliche, Pays :
Sur Arte le 29 novembre 2017 à 23 h 40

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mardi 28 novembre 2017

« Qui va m’aimer désormais ? » par Barak Heymann et Tomer Heymann


 Arte diffusera le 29 novembre 2017 « Qui va m’aimer désormais ? » (Wer wird mich jetzt noch lieben?) par Barak Heymann et Tomer Heymann. « Rejeté par sa famille très religieuse à cause de son homosexualité, Saar tente de rentrer en Israël après des années à vivre pleinement son identité. Une relecture moderne de la parabole du fils prodigue ».

« Ushpizin » de Gidi Dar
« Mon fils » par Eran Riklis
« Pour mon père » de Dror Zahavi


Tomer Heymann est un réalisateur israélien né en 1970. Il a acquis la célébrité comme documentariste souvent primé : Bridge over the Wadi (2005-2006), Paper Dolls (2006), The Way Home (2009), Mr Gaga (2015), etc.

Avec son frère Barak il a fondé sa société de production, Heymann Brothers Films, et réalisé « Qui va m’aimer désormais ?  », sélectionné à la 66e Berlinale 2016 et distingué par le Prix du Public Panorama du meilleur documentaire.

« Il y a dix-sept ans, Saar a révélé à ses proches qu’il était homosexuel et, qu’il ne croyait plus en Dieu. Rejeté par sa famille, des juifs orthodoxes très pratiquants, et chassé du kibboutz religieux où il vivait, il s’est alors installé au Royaume-Uni, où il a construit une nouvelle vie autour de sa « deuxième famille », la célèbre chorale gay de Londres ».

« Déclaré séropositif suite aux excès d’une douloureuse rupture, le fils prodigue, désormais âgé de 40 ans, cherche à retourner chez lui ». 

« Entre peurs et préjugés, comment sera-t-il accueilli par les siens ? »

Pourquoi Arte diffusera-t-elle ce film à un horaire nocturne ?


« Qui va m’aimer désormais ? » par Barak Heymann et Tomer Heymann
Israël, 2013, 59 min
Sur Arte le 29 novembre 2017 à 0 h 30

« Jusqu’au dernier. La destruction des Juifs d’Europe », par Blanche Finger et William Karel

« Jusqu’au dernier. La destruction des Juifs d’Europe » est une série documentaire en huit volets réalisée par William Karel et Blanche Finger. Des documents, photos, films et témoignages souvent inédits, des images des lieux de mémoire tournées aujourd’hui pour une série aux objectifs ambitieux non atteints, et dont les deux numéros vus sont « arabiquement et islamiquement corrects ». Dans le cadre de la 18e édition du Mois du Film documentaire, le Cercil - Musée Mémorial des enfants du Vel d'Hiv proposera l'épisode 5 de ce film (Zadig production, France, 2014, 54 minutes, VF). "En 1942, la déportation s'intensifie. Les ghettos de Lódz et de Lublin sont liquidés. Les Juifs que les SS jugent incapables de voyager sont tués sur place, les autres embarqués vers les gares et entassés dans des wagons à bestiaux comme de vulgaires animaux. Tous les biens laissés derrière eux sont récupérés par les nazis. L’argent est versé sur le compte d’une banque qui sert à financer les opérations de déportation et d’assassinat et à payer les chemins de fer allemands. En juillet 1942, la police française arrête des milliers de Juifs dont la plupart sont conduits au Vel d’Hiv, avant d’être envoyés dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande puis déportés vers Auschwitz".


« Avec une unique question: comment, et non pourquoi, la « Shoah » a-t-elle pu être pensée, mise en place et exécutée, en Allemagne, mais aussi dans tous les pays occupés par le Reich et collaborationnistes ? Et un parti pris : recadrer le questionnement relatif à la Shoah dans une période où l’on voit simultanément les historiens approfondir leurs investigations et le discours public banaliser l’extermination des Juifs. En raison de sa nature et de son ampleur, le génocide perpétré par le régime nazi contre les Juifs de 1933 à 1945 a profondément marqué l’histoire contemporaine. Notre film va raconter comment la « Solution finale » est née de la volonté qu'eurent des hommes de détruire jusqu'aux cadavres, à la langue et à la mémoire d'autres hommes. Ce génocide - unique dans l’histoire par son caractère systématique - fut l’œuvre de toute une société moderne et industrielle, mobilisant l’ensemble des secteurs du régime et notamment les élites conservatrices, dont l’appui fut capital pour l’installation de la dictature nazie et l’accomplissement de ses forfaits », écrit ZED, un des deux producteurs de la série documentaire.

Rémy Pfimlin, alors président-général du groupe des chaines publiques France Télévisions, surenchérit :
« À l’heure où, ici même, l’on voit reparaître sans vergogne les bras levés, les croix gammées, où l’on crie de nouveau la haine dans les rues, où certains « révisent » l’Histoire, à l’heure où certains voudraient nous faire prendre le racisme et l’antisémitisme pour des opinions comme les autres, démonter de façon rigoureuse les mécanismes qui mènent de l’exclusion des populations juives à leur assassinat méthodique dans les charniers du front de l’Est, puis dans les chambres à gaz des camps d’extermination, est une entreprise à laquelle s’est attelée depuis toujours la télévision publique et que France 2 reprend avec une ambition inégalée. La portée de ces films est essentielle, l’histoire de la Shoah concerne la communauté entière, toutes les femmes et tous les hommes quels qu’ils soient, d’où qu’ils viennent. Son récit – minutieux, scientifique, irrécusable – ici porté par les plus grands historiens actuels devait être fait pour le grand public. Plus de dix autres chaînes dans le monde nous ont rejoints dans cette entreprise tant ce moment est d’importance ».
On comprend mal pourquoi France 2 a diffusé les deux premiers numéros de cette série-événement le 26 janvier 2015 à partir de 23 h 10, heure très tardive. Les deux numéros suivants ont été programmés en prime time sur France 2 et sur diverses chaînes européennes (ZDF, RTBF, TSR) pour le 70e anniversaire de la libération des camps d’extermination nazis. 

« La série s’intéresse également à ce qui a suivi l’ouverture des camps et à ce qu’a produit la destruction des Juifs d’Europe, depuis soixante-dix ans, à travers le monde », indique le dossier de presse  de cette série documentaire. Quid de l’inaction de l’Union européenne (UE) face à la résurgence sur son sol d’un antisémitisme assassin, unissant les extrêmes gauches et droites et la « rue musulmane » (Richard Landes) ? Quid de la « guerre politique » menée par l’Union européenne afin d’éradiquer l’Etat Juif si clairement analysée par l'essayiste Bat Ye’or ? Et qui se conjugue avec la « politique arabe » de la France.

Avant-première à l’UNESCO
Le 21 janvier 2015, la prestigieuse salle I du siège parisien de l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’Education, la Science et la Culture) a accueilli la soirée de projection en avant-première de deux des huit volets de la série documentaire « Jusqu’au dernier. La destruction des Juifs d’Europe » de William Karel et Blanche Finger.

L’assistance ? Composée de juifs et de chrétiens.

Dans leurs discours, Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO, et Rémy Pfimlin ont évoqué la résurgence d’un antisémitisme meurtrier en évoquant les attentats contre l’épicerie cacher le 9 janvier 2015 et à l’école Ozar HaTorah à Toulouse le 19 mars 2012. Mais aucun des deux n’a désigné ce terrorisme comme islamiste.

Plus gênant : Rémy Pfimlin a occulté les vecteurs de cet antisémitisme, notamment le groupe médiatique qu’il présidait alors. Car c’est le JT de France 2 qui a diffusé le 30 septembre 2000 le blood libel iconique de l’Intifada II : le reportage controversé sur les "al-Dura" commenté par Charles Enderlin, alors correspondant de France 2 à Jérusalem, sur des images signées par le cameraman gazaoui Talal Abu Rahma.

Rarement, un documentaire sur la Shoah a été projeté dans un tel silence attentif et ému, perceptible aussi dans la minute séparant la fin du premier épisode du début du dernier volet.

« Les Juifs n’aimaient pas la Russie : ils l’ont fuie. Les Juifs n’aimaient pas la Pologne qui les persécutaient : ils l’ont quittée. Mais les Juifs allemands aimaient l’Allemagne », déclarait un historien.

A voir ces images inédites de la vie familiale de Juifs allemands heureux avant l’avènement du nazisme ou de l’exil de Juifs autrichiens, à entendre la voix off décrire le départ contraint des Juifs germanophones de leur terre natale, on ne pouvait pas ne pas dresser un parallèle avec la situation actuelle de Français Juifs envisageant leur futur exode. Et on avait le cœur serré.

A constater la rapidité vorace et la cruauté humiliante avec lesquelles les Nazis ont institué la spoliation des Juifs d’Allemagne, puis d’Autriche, on se disait que ce processus est déjà en place avec l’affaire du Dr Lionel Krief.

Les réalisateurs soulignaient les assassinats de masse contre les Juifs antérieurs à la conférence de Wannsee (20 janvier 1942).

Histoire tronquée
« Jusqu’au dernier. La destruction des Juifs d’Europe ». Les deux parties du titre de cette série documentaire se contredisent profondément. Pour les Nazis et leurs alliés et collaborateurs, notamment le grand mufti de Jérusalem al-Husseini, « Jusqu’au dernier » signifie « Jusqu’au dernier Juif, où qu’il réside : Europe, Afrique, Asie, etc. Le documentaire « La destruction des Juifs d’Europe » exclut donc une partie de ce projet génocidaire planétaire.

« La seconde moitié du XXe siècle a été d’une violence absolue avec les génocides au Rwanda, au Cambodge, etc. Les jeunes générations se demandent alors : « Qu’est-ce qui fait la spécificité de la Shoah ? Pourquoi est-ce plus grave ? Est-ce une question de nombre ? » La différence, c’est que la destruction des Juifs d’Europe implique une organisation systématique à l’échelle de tout un continent. Cette destruction ne s’adressait même pas à une profession ou à des gens engagés politiquement, mais concernait les Juifs ou « le Juif » », explique Blanche Finger, coréalisatrice avec William Karel de « Jusqu’au dernier. La destruction des Juifs d’Europe ». La différence, c’est que les génocidaires au Rwanda ne voulaient pas tuer les Tutshis vivant en France ou en Belgique, les Khmers rouges n’auraient pas déclaré une guerre à la France pour tuer les Cambodgiens qui y résidaient… Le but génocidaire des Nazis et de ses alliés musulmans était de tuer le peuple Juif, tous les Juifs où qu’ils soient : Europe, Afrique, Moyen-Orient…

Pendant quatre années, ces deux réalisateurs et leurs producteurs, Pawel Rozenberg et Céline Nusse, ont poursuivi un projet ambitieux dans l’espace : l’extermination des Juifs non pas européens ou en Europe, mais des Juifs d’Europe. Une distinction majeure qui induit l’écriture d’une Histoire différente, car englobant d’autres continents.

En effet, des pays européens étaient des puissances coloniales ou/et détenaient des mandats de la SDN (Société des Nations).

Ce documentaire devait donc englober non seulement l’Europe continentale, mais aussi les possessions de ces Etats européens plus ou moins éloignés de la métropole : par exemples, l’Afrique du Nord – départements français d’Algérie, protectorats de la France au Maroc et en Tunisie, le Congo belge, la Libye et l’Erythrée dominés par l’Italie fasciste, la Palestine sous mandat britannique, les Indes orientales néerlandaises (Nederlands-Indië en néerlandais, Hindia Belanda en indonésien) en Asie du Sud-Est et plus généralement la sphère de co-prospérité japonaise ou sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale, etc.

En juillet 2013, âgée de 78 ans, Anne-Ruth Wertheim, néerlandaise Juive née à Batavia (actuelle Jakarta), a témoigné sur son enfance en Indonésie, alors dénommée Indes orientales néerlandaises. Lors de la Seconde Guerre mondiale, pendant l’occupation de cet archipel par le Japon (mars 1942-août 1945), l’internement de Juifs avait débuté en 1943 : le Japon avait interné des Juifs de pays autres que ceux des Alliés - Etats-Unis, Grande-Bretagne, etc. -, par exemple du Moyen-Orient, dont l’Egypte. Le père Juif d’Anne-Ruth Wertheim avait été interné dans un camp pour Juifs néerlandais et autres civils. En janvier 1944, son épouse non-Juive et leurs enfants avaient été internés dans un camp spécifique à Jakarta. En septembre 1944, un officier japonais a intimé aux internés du camp: “Si une seule goutte de sang Juif coule dans vos veines, dîtes-le moi”. Les Juifs y avaient été battus, sous-alimentés… Ce qui a interrompu les règles et la croissance des enfants.

Cette histoire a été évoquée par le musée Juif historique d’Amsterdam dans l’exposition Selamat Shabbat. The Unknown History of Jews in the Dutch East Indies  (L’histoire inconnue des Juifs des Indes orientales néerlandaises).

Quid des Juifs en Afrique du Nord et au Moyen-Orient  ? Quid des Juifs en Afrique subsaharienne, dans les républiques d’Asie centrale ?

Sur la Turquie, l’historienne Corry Guttstadt a rédigé l'ouvrage incontournable Turkey, the Jews, and the Holocaust  (Cambridge University Press, 2013).

Las ! Le titre est contredit par le traitement tel qu’il apparaît dans ces deux volets visionnés qui relatent l’Histoire classiquement relatée, donc partielle.

Ainsi, ils n’envisagent la Palestine mandataire que comme terre de refuge des Juifs allemands. Et ils s’achèvent en alléguant que le 8 mai 1945 marque la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce qui est vrai pour l’Europe avec la capitulation du IIIe Reich. Mais c’est la capitulation du Japon, annoncée par l’empereur nippon Hirohito le 15 août 1945 et signée le 2 septembre 1945, qui a mis un terme définitif à la guerre lancée par les forces de l’Axe.

Cette vision restrictive des documentaristes empêche d’évoquer le Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient (TMIEO), désigné aussi Tribunal de Tokyo, Tribunal militaire de Tokyo ou Procès de Tokyo, et institué le 19 janvier 1946 pour juger les grands criminels de guerre japonais de la Seconde Guerre mondiale. Elle prévient tout parallèle intéressant entre le tribunal de Nuremberg et le TMIEO.

Et elle ne permet pas de comprendre pourquoi le grand mufti de Jérusalem Mohammed al-Husseini  était poursuivi par la Grande-Bretagne pour fait de collaboration et par la Yougoslavie comme criminel de guerre. Ni pourquoi la France, qui l’avait interpellé en Allemagne, avait facilité sa fuite au Caire (Egypte). Ni le révisionnisme  de l’Autorité palestinienne, notamment celui de Mahmoud Abbas (Abou Mazen)

On n’est donc que plus surpris, voire déçu pour ces raisons d’avoir visionné deux volets « arabiquement et islamiquement corrects ». D’autant que ces documentaristes se sont entourés d’une cinquantaine historiens européens, américains et israéliens réputés, dont des survivants de la Shoah.

Retracer l’Histoire dans toutes ses dimensions est-il possible sur le service public audiovisuel ? Ce ne l’est pas dans les manuels scolaires français. Ni dans les discours des dirigeants politiques. Ni par les dirigeants communautaires, avec la notable exception du 15 janvier 2015, dans l’émission C’est dans l’air sur France 5, quand le grand rabbin de France Haim Korsia a évoqué brièvement, mais maladroitement et hors-sujet, la légion Waffen-SS Handschar (Handžar, en bosnien) dans laquelle les soldats musulmans s’étaient enrôlés à l’appel notamment du grand mufti de Jérusalem Mohammed al-Husseini.

Une question déjà posée lors de la diffusion du documentaire « Les faussaires de l'histoire » de Michaël Prazan.

Ce sont des pans entiers de l’Histoire des Juifs sous la Seconde Guerre mondiale qui restent à écrire, par des historiens maîtrisant de nombreuses langues, dont notamment le Japonais, l’arabe, le persan, le russe et le turc, afin de consulter les archives de cette époque tragique au cours de laquelle six millions de Juifs ont été assassinés.

Dans le cadre de la 18e édition du Mois du Film documentaire, le Cercil - Musée Mémorial des enfants du Vel d'Hiv proposera le 28 novembre 2017 à 18 h, l'épisode 5 de ce film (Zadig production, France, 2014, 54 minutes, VF). "En 1942, la déportation s'intensifie. Les ghettos de Lódz et de Lublin sont liquidés. Les Juifs que les SS jugent incapables de voyager sont tués sur place, les autres embarqués vers les gares et entassés dans des wagons à bestiaux comme de vulgaires animaux. Tous les biens laissés derrière eux sont récupérés par les nazis. L’argent est versé sur le compte d’une banque qui sert à financer les opérations de déportation et d’assassinat et à payer les chemins de fer allemands. En juillet 1942, la police française arrête des milliers de Juifs dont la plupart sont conduits au Vel d’Hiv, avant d’être envoyés dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande puis déportés vers Auschwitz".
       
       
Série documentaire en huit volets réalisée par William Karel et Blanche Finger
Zadig Productions et Looks Film, avec la participation de France Télévisions / Toute l’histoire / TV5Monde / UKTV / ZDFinfo, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, ZED , 2014, 8 x 52 minutes 
Unité documentaires France 2 : Fabrice Puchault et Barbara Hurel
Textes lus par Yvan Attal et Lambert Wilson
À partir du vendredi 9 janvier 2015 sur la RTBF
À partir du dimanche 18 janvier sur la RTS
À partir du lundi 26 janvier sur TV5 Canada
Diffusion sur France 2 :
Lundi 26 janvier 2015 à partir de 22 h 20 - Épisodes 1 et 2
Mardi 27 janvier à partir de 20 h 50 - Épisodes 3, 4, 5 et 6
Épisodes 7 et 8 le 3 février 2015
Sur Toute l'Histoire à partir de la soirée du 8 septembre 2015
Au Cercil - Musée Mémorial des enfants du Vel d'Hiv le 28 novembre 2017

45 rue du Bourdon Blanc
Tél. : 02 38 42 03 91

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Les citations sont extraites du dossier de presse. Cet article a été publié le 26 janvier 2015, puis le 8 septembre 2015.