mardi 13 décembre 2016

« Mermoz » par Catherine Herszberg et Anne Proenza



Le Cherche midi éditeur a publié Mermoz, de Catherine Herszberg et Anne Proenza (sous la direction de Philippe-Michel Thibault) avec une préface de Jean-Cyril Spinetta. A l’occasion des 80 ans de sa disparition, la Ville de Neuilly-sur-Seine "rend hommage au pionnier de l’aviation que fut Jean Mermoz, par ailleurs résident de Neuilly et conseiller municipal au moment de sa mort, le 7 décembre 1936".

« Images inconnues de l’aviation » de Daniel Costelle
« Le ciel en héritage » de Patrick Guérin et Gérard Maoui
« L’aventure aérienne » par Jame’s Prunier
« Hélène Boucher, la fiancée de l’air » de Bernard Marck
« Mermoz » par Catherine Herszberg et Anne Proenza


Une carrure athlétique, une abondante chevelure de poète rejetée en arrière… Tel apparaît Jean Mermoz surnommé par Saint-Exupéry « Le Grand » et par les Français « L'Archange », le « Guynemer de la Paix ».

Cette synthèse biographique claire présente une iconographie riche : photographies d’un Jean Mermoz  (1901-1936) aux multiples visages, affiches, cartes, lettres, etc.

Une chronologie intègre les principales étapes de la vie de « l’archange » dans l’actualité aéronautique, politique et culturelle.

Après son échec au baccalauréat (1919), Jean Mermoz arrête ses études, et s’engage pour quatre ans dans l’armée de l’air en 1920. En 1921, il obtient son brevet de pilote militaire. Avec son ami de la base d’Istres, Emile Coursault, Mermoz se porte volontaire pour le Levant. Il est affecté à la 54e escadrille de Saïda (Liban). Survit à un accident à bord de son Breguet XIV. En 1923, il sert dans le 21e régiment d’aviation de bombardement de Nancy, est décoré de la Croix de guerre des Théâtres d’opérations extérieures (TOE) pour son courage et se lie d’amitié, au 1er régiment d’aviation de chasse de Thionville, avec Henri Guillaumet.

Démobilisé, Mermoz est recruté en 1924 par la Compagnie générale d’entreprise aéronautiques (ex-Lignes Latécoère)  à Toulouse Montaudran, d’abord comme mécanicien, par Didier Daurat.

Il assure la ligne Barcelone-Alicante-Malaga, et est distingué en 1925 par l’Aéroclub de France pour son record de kilométrage : 800 heures de vol.

En 1926, Mermoz assure le transport du courrier sur la ligne Casablanca-Dakar, dangereuse en raison des vieux Breguet de la guerre, tombant souvent en panne, et des conflits avec les Maures. Otage des Maures, il est libéré contre le versement d’une rançon de mille pesetas. Affaibli, malade, il rentre en France et reprend en octobre ses vols.

En 1927, Mermoz se lie d’amitié avec Antoine de Saint-Exupéry, chef d’aéroplace. La compagnie générale Aéropostale, créée en avril par Marcel Bouilloux-Lafont, projette un raid de Toulouse à Saint-Louis du Sénégal. En octobre, Mermoz et Négrin réussissent à parcourir cette longue distance sans escale en 23 heures, à bord du Laté 26. Mermoz assure son premier courrier diurne Buenos Aires-Rio de Janeiro en décembre 1927, puis son premier vol nocturne de Rio de Janeiro à Buenos Aires le 16 avril 1928. En juin 1928, il rencontre une Française vivant en Argentine, Gilberte Chazotte, qu’il épousera en 1930.

Avec Guillaumet, Mermoz ouvre la Ligne des Andes le 15 juillet 1929.

1930. Année de records. Mermoz bat le record du monde de distance en hydravion sur circuit fermé (4308 km en 30 h 25) prouvant par là-même que l’hydravion Laté 28, un seul aéroplane, pouvait traverser l’Atlantique Sud et rejoint Natal à partir de Saint-Louis du Sénégal à bord du Laté 28-3 et en 21 heures et dix minutes. Année aussi de sa rencontre avec le journaliste-écrivain Joseph Kessel auquel le liera une profonde amitié.

En mars 1931, l’Aéropostale est mise en liquidation judiciaire. Ses actifs sont rachetés en 1933 par Air France (ex-SCELA, société née de la fusion d’Air Orient, d’Air Union, de la CIDNA et de la SGTA-Farman) qui nomme Mermoz chef pilote. Peu avant ce rachat, Mermoz parvient à atteindre Natal en décollant de Saint-Louis du Sénégal à bord du Couzinet « Arc-en-ciel » en moins de 15 heures. Ses exploits lui valent d’être distingué par le titre de commandant de la Légion d’honneur en 1934.

L’année suivante, Mermoz se sépare de son épouse. Il est nommé premier inspecteur général d’Air France.

Le 7 décembre 1936, Jean Mermoz et son équipage - Alexandre Pichodou, copilote, Henri Ézan, navigateur, Edgar Cruvelhier, radio, et Jean Lavidalie, mécanicien - quittent Dakar à bord du Latécoère 300 « La Croix du Sud ». Ils disparaissent en mer. « Coupons moteur arrière droit…». Il est 10 h 47 ce 7 décembre 1936 quand "la base de Dakar reçoit l'ultime message du radio-télégraphiste Edgar Cruveilher venant brutalement rompre les «TVB» de routine" disant « Tout Va Bien ». 

Le 30 décembre 1935, les funérailles nationales sont célébrées aux Invalides en présence d’une foule importante.

En 1937, Flammarion édite Mes vols de Jean Mermoz dont des lettres (1921-1936), personnelles et professionnelles, seront réunies et publiées sous le titre Défricheur du ciel par Archipel.

Dans sa biographie, Joseph Kessel écrit :
« Archange glorieux, neurasthénique profond, mystique résigné, païen éblouissant, amoureux de la vie, incliné vers la mort, enfant et sage, tout cela était vrai chez Mermoz, mais tout, cela était faux si l'on isolait chacun de ces éléments. Car ils étaient fondus dans une extraordinaire unité ».
Sans nourrir ou détruire le mythe, sans éluder l’adhésion de l’aviateur à la Ligue des Croix-de-feu, Catherine Herszberg et Anne Proenza pointent les atouts (courage, physique et appétit de la vie exceptionnels) et les préoccupations financières (souvenirs d’une enfance austère) du pilote émérite et évoquent les failles de l’homme (accès de colère).

Décrivant l’état de l’industrie aéronautique française, peignant des figures légendaires, elles montrent comment Mermoz a trouvé dans l’Aéropostale la quintessence d’un engagement, d’une passion et d’une seconde famille, tout en maintenant des liens très étroits avec sa mère adorée et ses grands-parents maternels qui l’ont en partie élevé à Mainbressy (Ardennes).

Ce beau livre a accompagné une exposition itinérante « Jean Mermoz : un centenaire » conçue par Air France, en partenariat avec l’Association des professionnels navigants d’aviation (APNA), la Mairie de Neuilly-sur-Seine et avec la participation du Musée de l’Air et de l’Espace et du Musée de La Poste. Après être présentée dans les lycées Mermoz en France et à cette mairie, cette exposition a suivi les étapes de la ligne France-Amérique du Sud de l’Aéropostale. Elle célébrait « l’un des grands artisans du passage de l’ère des pionniers de l’aéronautique à celle du transport aérien régulier ».

A l’occasion des 80 ans de sa disparition, la Ville de Neuilly-sur-Seine "rend hommage au pionnier de l’aviation que fut Jean Mermoz, par ailleurs résident de Neuilly et conseiller municipal au moment de sa mort, le 7 décembre 1936".

Jean-Christophe Fromantin, Député-maire de Neuilly-sur-Seine, "a souhaité rendre un hommage particulier à cet aviateur de légende qui mit son audace au service de l’Aéropostale et effectua des vols mythiques entre l’Europe et l’Amérique du Sud".

Du 10 au 16 décembre 2016 une exposition "est organisée dans les Salons d’honneur de l’Hôtel de Ville consacrée à « Jean Mermoz, aviateur de légende ». "Héros épique, demi-dieu moderne, chevauchant les airs aux commandes d'une machine de fer et de feu au mépris du danger, Mermoz a été l’un des pionniers des lignes Latécoère et Aéropostale qui ont marqué à jamais l’histoire aéronautique et révolutionné les échanges dans le monde. De jour comme de nuit, l’objectif était de faire passer le courrier à tout prix, partout et par tous les temps".



Il "reste aujourd'hui encore une figures majeures : une quête mystique, presque religieuse. Une foi séculière, qui l'a poussé, lui et bien d'autres parmi lesquels Antoine de Saint-Exupéry et Henri Guillaumet, à repousser sans cesse les limites de l'impossible. Qui était Jean Mermoz, l’homme derrière la légende vivante ? Quel rapport entretenait l’aviateur avec ses engins volants devenus mythiques ?"

Une cérémonie s'est déroulée "le 10 décembre à 11 heures devant la statue qui lui est dédiée dans le square du même nom, derrière l’Hôtel de Ville, et a été suivie du vernissage de l’exposition, en présence d’un grand nombre de personnalités civiles et militaires liées à l’aéronautique".
         
« Je suis heureux de rendre hommage à un héros contemporain dont le souvenir est toujours présent à Neuilly et dont les valeurs de courage, d’audace et d’engagement méritent plus que jamais d’être rappelées » déclare Jean-Christophe Fromantin.


Catherine Herszberg et Anne Proenza (sous la direction de Philippe-Michel Thibault), Mermoz. Préface de Jean-Cyril Spinetta. Le Cherche midi éditeur, 2001. 141 pages. ISBN : 978-2-86274-910-5

Affiche : © DR

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Cet article a été publié en une version concise dans Aviasport et sur ce blog le 29 mai 2011.

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