Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mardi 31 décembre 2019

Kurt Tucholsky (1890-1935)


Kurt Tucholsky (1890-1935) était un juriste, journaliste – critique musical, littéraire et cinématographique - réputé et prolifique (3 000 articles publiés par cent journaux), écrivain, auteur de poèmes, polémiste, satiriste allemand et engagé - antimilitariste, pacifiste, socialiste, défenseur de la démocratie contre le nazisme – et franc-maçon. Ses prises de position lui ont valu des procès. Arte diffusera le 3 janvier 2020 « Dans la fièvre des années 20. Le Berlin de Tucholsky » (Die wilden ZwanzigerBerlin und Tucholsky) par Christoph Weinert. 


Kurt Tucholsky est né en 1890 à Berlin, dans une famille juive bourgeoise et prospère.

Il est scolarisé au lycée français de Berlin.

La mort en 1905 de son père si admiré, laisse Kurt Tucholsky face à une mère autoritaire.

Kurt Tucholsky poursuit sa scolarité, puis entame des études de droit à Berlin et à Genève. 

A Prague, avec son ami Kurt Szafranski, il rencontre Max Brod, puis Franz Kafka qu’il sera le premier à faire connaitre durant sa future carrière de critique littéraire influent.

Parallèlement à l’écriture d’articles moqueurs dans le journal satirique Ulk et social-démocrate Vorwärts, Kurt Tucholsky passe en août 1913 son doctorat de droit à l’université d’Iéna. Un an plus tard, il soutient sa thèse sur le droit hypothécaire avec une mention honorable et reçoit en 1915 son certificat de doctorat.

En 1912, est publié Rheinsberg ein Bilderbuch für Verliebte, un livre illustré par Szafranski. L’histoire d’amour inspire par Else Weil, qu’il épouse en mai 1920, plait au public par son style frais, léger. Tucholsky et Szafranski ouvrent un bar à livres sur le Kurfürstendamm à Berlin afin de susciter la vente de leur livre.

En 1913, débute sa collaboration, qui deviendra régulière, avec l'hebdomadaire de critique théâtrale Die Schaubühne devenue Die Weltbühne dirigée par le journaliste et critique Siegfried Jacobsohn, mentor et ami de Tucholsky. 

Durant la Première Guerre mondiale, en avril 1915, Kurt Tucholsky est envoyé sur le front est. Dès novembre 1916, il écrit dans le journal de sa compagnie Der Flieger. Dans les bureaux de l’école d’artillerie et d’aviation, il rencontre Mary Gerold, qu’il épousera.

En 1918, il est promu adjudant et est muté comme commissaire de police militaire en Roumanie où, à l’été 1918, il se convertit au protestantisme luthérien.

L’automne 1918 marque son retour en Allemagne où il dirige jusqu’en avril 1920 la rédaction d’Ulk, hebdomadaire satirique lié au journal de gauche libéral Berliner Tageblatt, édité par Rudolf Mosse. Ignaz Wrobel, Paulus Bünzly, Peter Panter… Sous ces pseudonymes et bien d’autres encore, Kurt Tucholsky y signe ses articles. Il écrit aussi des chansons pour Claire Waldoff et Trude Hesterberg et des textes pour le cabaret. En octobre 1919, est publié Fromme Gesänge, recueil de poésies.

Sa contribution à Pieron, publication assurant la propagande hostile à la Pologne dans le cadre du référendum sur la frontière entre l’Allemagne et la Pologne en Haute-Silésie, lui sera reprochée. Tucholsky invoquera ses problèmes financiers et exprimera ses regrets.

Il écrit des articles antimilitaristes Militaria, fustige la laxisme des juges envers les assassins monarchistes ou nationalistes de politiciens : Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, Walther Rathenau, Matthias Erzberger et Philipp Scheidemann ou Maximilian Harden. Ce qui induit selon lui un déni de justice.

Après l’assassinat du ministre des affaires étrangères Walther Rathenau en 1922, il lance un appel exhortant à un sursaut républicain après « quatre années de meurtres ».

En 1923, à la suite d’une dépression ou pour subvenir à ses besoins en période d’inflation, il est engagé par la banque berlinoise Bett, Simon & Co comme secrétaire privé de Hugo Simon, directeur de la banque. Un an plus tard, il s’installe à Paris comme correspondant de la Weltbühne et du journal Vossische Zeitung.

Divorcé en 1924, il épouse Mary Gerold. Le couple se sépare en 1928. La même année, il est admis à la loge maçonnique Zur Morgenröte de Berlin. En 1929, il se fixe en Suède.

Dans ses écrits, il aspire à une seconde révolution susceptible de générer une démocratie en lieu et place de la République de Weimar qu’il juge réactionnaire.

Pessimiste, il analyse le régime nazi comme durable. Il sent le besoin de rompre avec l’Allemagne et sa langue. Déchu de la nationalité allemande en 1933, il demande la nationalité suédoise.

Il s’intéresse au sort des Juifs allemands persécutés par les nazis et écrit à Arnold Zweig, émigré en Palestine mandataire : « Il faut tout revoir depuis le début ».

Il décède le 21 décembre 1935 à Göteborg d’une surdose de somnifère. Suicide ou erreur de posologie ?

A l’été 1936, les cendres de Tucholsky sont placées sous un chêne dans le cimetière suédois de Mariefred.

Le château de Rheinsberg abrite le musée de la littérature dédié à Kurt Tucholsky.

« Le Berlin de Tucholsky »
« Entre archives foisonnantes et reconstitutions, ce premier épisode d’une série sur les Années folles plonge dans un Berlin en effervescence, à travers le regard d’une de ses plus flamboyantes figures : Kurt Tucholsky, journaliste et auteur de chansons libertines. »

« À peine relevée de la Première Guerre mondiale, l’Europe se grise de la paix retrouvée au rythme effréné des Années folles ». 

« Son cœur bat à Berlin, capitale débordant de vitalité de la timide République de Weimar, qui succède à l’Empire allemand déchu. Un carrefour des avant-gardes où fleurissent cabarets et music-halls, temples de nouvelles icônes scandaleuses, mais où, dès janvier 1919, sont assassinés Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht ». 

« Tout à la fois journaliste au magazine culturel Weltbühne et auteur de chansons libertines, Kurt Tucholsky, fils d’une famille juive aisée, navigue en virtuose entre ces mondes, dandy poète la nuit, socialiste et antimilitariste le jour. »

 « Entre extraits de ses œuvres, archives – Berlin s’aime et se filme – et scènes reconstituées, c’est à travers le regard et la plume acérée de Tucholsky que ce docu-fiction jubilatoire revisite une époque d’intense bouillonnement culturel ». 

« Expressionnisme, dadaïsme, nouvelle objectivité : la capitale allemande joue la métropole star des arts du XXe siècle, quand le Nosferatu de Murnau s’échappe des studios Babelsberg et qu’Erwin Piscator, Max Reinhardt et Bertolt Brecht réinventent le théâtre ». 

« Fil rouge de ce voyage, Kurt Tucholsky compte aussi parmi les premiers à détecter, derrière le voile de l’insouciance, les signes des ténèbres à venir. Car si Joséphine Baker et sa Revue nègre échauffent les esprits, la crise de 1929 met un terme brutal à l'effervescence, précipitant l’Allemagne dans le chaos et ouvrant la voie aux nazis ».


Allemagne, 2014
Sur Arte le 3 janvier 2019 à 23 h 45. Disponible du 03/01/2020 au 16/02/2020
Visuels : 
Kurt Tucholsky (Bruno Cathomas) et Mary Gerold (Sarina Radomski) - Reconstitution
Kurt Tucholsky (Bruno Cathomas) feuillette le livre de George Grosz " Dieu avec nous" - Reconstitution
Kurt Tucholsky (Bruno Cathomas) songe à un manuscrit devant sa machine à écrire - Reconstitution
© C-Films Deutschland/Gerrit Gronau/Sandra Müller

Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent  d'Arte.

lundi 30 décembre 2019

A Modern Love Remarkable. Photographs from the Israel Museum


Le musée d'Israël Museum présente l'exposition « A Modern Love Remarkable. Photographs from the Israel Museum » (Un amour moderne : des photographies remarquables du musée d'Israël). Une sélection de près de 70 photographies choisies parmi les 75 000 oeuvres de la collection de son département Photographique créé en 1977. Les œuvres de photographes, européens et américains, couvrant la première moitié du XXe siècle, soit le modernisme et son influence, et abordant divers genres – paysages, portraits, nus – ou styles : pictorialisme, documentaire, conceptuel...


Berenice Abbot, Eugène Atget, Ilse Bing, Erwin Blumenfeld, Margaret Bourke-White, Bill Brandt, Gyula Halász Brassaï, Robert Capa, Marcel Duchamp, Walker Evans, Florence Henri, André Kertész, Germaine Krull, Dorothea Lange, Helmar Lerski, Dora Maar, Man Ray, Erich Salomon, August Sander, Edward Steichen, Fred Stein, Alfred Stieglitz, Paul Strand, Josef Sudek, Gerda Taro, Roman Vishniac, Weegee… Ces photographes et d’autres, européens ou américains, hommes et femmes, artistes, enseignants ou/et historiens, sont représentés dans l'exposition « A Modern Love Remarkable. Photographs from the Israel Museum » par une ou deux de leurs photographies en noir et blanc, couvrant les années 1900 à 1945 et illustrant diverses facettes du modernisme promu par Alfred Stieglitz, et sa revue pionnière Camera Work.

Un mouvement par lequel la photographie s'émancipe du pictorialisme, ou photo-secession, en revendiquant sa spécificité. C'est la "Straight Photography", ou photographie pure, qui affirme son exigence d'une image artistique exempte de "trucage" ou d'une quelconque action sur le négatif. L'image est composée par le regard du photographe et par la lumière. L'esthétique ouvre des perspectives immenses aux avants-gardes artistiques habiles à expérimenter des essais d'angles de lumières sculptant, avec les ombres, objets et visages.

L'exposition s'intéresse aussi à l'influence du modernisme au travers de différents mouvements artistiques : le surréalisme, la Nouvelle Objectivité... Le commissariat de l’exposition est assuré par Noam Gal, auteur du beau catalogue accompagnant l'exposition.

Certaines photographies proviennent de la collection privée de Noel et Harriette Levine, d’autres résultent de dons plus récents, par exemple de Gary B. Sokol, ou de legs. Toutes ont été sélectionnées parmi les 75 000 oeuvres de la collection du département Photographie, créé en 1977, du musée d'Israël. Une collection de haut niveau constituée aussi grâce aux conseils du photographe Arnold Newman.

Ces oeuvres photographiques témoignent de mondes disparus - les colporteurs et vendeurs juifs de vêtements du quartier Kazimierz à Cracovie de Roman Vishniac en 1938 -, d'une star à l'apogée de sa gloire - Gloria Swanson par Edward Steichen usant de la dentelle comme d'un tatouage sur la peau de l'actrice -, de la solitude exprimée par Jaromir Funke parant une paire de lunettes d'un jeu d'ombres et de lumières, de l'élève Ernest d'une école républicaine laïque parisienne en 1929, le Champ de Mars vu en un angle audacieux de la Tour Eiffel par le Leica d'Ilse Bing en 1931, le sens des lignes géométriques de Albert Renger-Patzsch (Arbres en hiver, 1927 ou d'Erich Salomon (Briand behind Window (French Statesmen visit Berlinfor the first time since WW1) en 1931, la lumière zénithale éclairant Penn Station vue par Berenice Abbott (1936), le lanceur sioniste de javelot musclé en Palestine mandataire magnifié en contre-plongée par Liselotte Grschebina... 

In English
« Although photography was already recognized as an independent art form towards the end of the 19th century (some 50 years after its invention), the desire to collect photographs as art objects is relatively new. In most cases, it emerged alongside the creation of museum photography departments and the gradual development of academic scholarship on the subject, beginning around the late 1970s. The passion of photography’s collectors in the late 20th century mirrors the passion of its avant-garde modernist practitioners from the beginning of the same century: a profound desire to approach the world with new visual explanations. The unusual points of view adopted by those modernist cameras would – for example – serve ideological agendas, blur the distinction between abstraction and realism, or simply challenge the truth of photographs. »

« From the broad scope of the Israel Museum’s photography holdings, this chronological display of photographs created between 1900 and 1945 presents the various facets of modernism through a flow of powerful images, together with a few focal points devoted to a single artist or phenomenon. Brief introductory notes appear at six stops along the gallery, and use of the exhibition’s audio-guide is recommended, since it offers in-depth analysis for many of the photographs. And as you take a close look at these images, perhaps ask yourself: what can a century-old photograph tell me about my own time? »

« A Modern Love presents gifts at the core of the Museum’s holdings, notably the private collection of the late Noel and Harriette Levine, which includes some of the most renowned works by American and European camera artists. Other works have arrived very recently, among them rare photographs by female avant-garde artists active in interwar Europe, gifted by Gary B. Sokol as a key addition to our collection. Such gems are now offered in a wider context of masterworks from the same period previously donated to the Museum and only rarely put on display. »


Noam Gal,  A Modern Love Remarkable. Photographs from the Israel Museum. 168 pages. 

Du 16 juillet 2019 au 5 janvier 2020
Au musée d'Israël Museum
Derech Ruppin 11. Jerusalem
Tel: 02-6708811
Dimanche, lundi, mercredi et jeudi de 10 h à 17 h. Mardi de 16 h à 21 h. Vendredi et fête de 10 h à 14 h. Samedi de 10 h 30 à 16 h
Visuels :
Catalogue
Edward Steichen, American, born Luxembourg, 1879–1973
Gloria Swanson, New York, 1924
Toned gelatin silver print
Gift of Noel and Harriette Levine, New York, to American Friends of the Israel Museum
B18.1340
Credit line

© 2019 The Estate of Edward Steichen / Artists Rights Society (ARS), New York

Alfred Stieglitz, American, 1864–1946
The Steerage, 1907; printed in or before 1913
Photogravure
Gift of Arnold and Augusta Newman, New York, to American Friends of the Israel Museum
B78.0693

Germaine Krull, born Germany, active Germany, France, Brazil, Thailand, and India, 1897–1985
Untitled (Smokestack), mid-1920s
Gelatin silver print 
Promised gift of Gary B. Sokol, San Francisco, to American Friends of the Israel Museum
L-B19.0031
Credit line
Estate Germaine Krull, Museum Folkwang, Essen

Consuelo Kanaga, American, 1894–1978
Frances with Flower, 1931–32
Gelatin silver print
Gift of Dr. Paul D. Blanc, San Francisco, to American Friends of the Israel Museum, in recognition of Noam Gal
B15.0312
Credit line:
Estate of Consuelo Kanaga

Jaromir Funke, Czech, 1896–1945
Solitude and Glasses, 1924 
Gelatin silver print
Gift of Noel and Harriette Levine, New York, to American Friends of the Israel Museum
B18.1288

Imogen Cunningham, American, 1883–1976
Magnolia Blossom, Tower of Jewels, 1925 (printed later)
Gelatin silver print
Richard Maser Purchase Fund
B79.1643
Credit line
© 2019 Imogen Cunningham Trust

Heinrich Kühn, Austrian, born Germany, 1866–1944
Three Children in a Landscape, ca. 1902
Gum bichromate print
Gift of Noel and Harriette Levine, New York,
to American Friends of the Israel Museum
B18.1287

Eugène Atget, French, 1856–1927
Hôtel d’Argouges, 16 rue Séguier (also known as Hôtel Séguier), 1900
Albumen silver print
Gift of Pamela and George Rohr, New York,
to American Friends of the Israel Museum
B11.0331

Les citations proviennent du site du musée et du catalogue.

samedi 28 décembre 2019

George Gershwin (1898-1937)


Compositeur juif américain, George Gershwin (1898-1937) a écrit ces chansons et spectacles musicaux marquants du XXe siècle. Arte diffusera le 31 décembre 2019 "Concert de la Saint-Sylvestre 2019Kirill Petrenko et l'Orchestre philharmonique de Berlin" (Silvesterkonzert der Berliner Philharmoniker 2019) réalisé par Torben Jacobsen. 

« L’Enlèvement au sérail », de Mozart et Stephanie
Karel Ančerl (1908-1973), chef d’orchestre tchèque
Daniel Barenboim  
« Requiem pour la vie », de Doug Schulz
« Le Maestro. Pour que vive la musique des camps » de Alexandre Valenti 

"True music must repeat the thought and aspirations of the people and the time. My people are Americans and my time is today" (« La musique doit refléter les idées et les aspirations des gens et de leur temps. Pour moi, les gens, ce sont les Américains et le temps, c’est aujourd’hui »), a déclaré George Gershwin.

George Gershwin est né Jacob Gershowitz en 1898, à Brooklyn, New York (États-Unis), dans une famille juive nombreuse – quatre enfants -, ouvrière, d’origine russe. Il américanisera son nom en Gershwin.

Enfant prodige, il se passionne pour la musique, et étudie le piano avec des professeurs qui remarquent son génie : Charles Hambitzer, Edward Kilenyi.

Il se familiarise avec la musique Klezmer – influence notable dans « S Wonderful », « Funny Face » -, les musiques afro-américaines, dont le jazz, et développe un goût pour la musique moderne française ainsi qu’un intérêt pour la gamme pentatonique.


En 1914, il débute comme interprète, pianiste, et vendeur de chansons chez Jerome H. Remick and Co., entreprise qui fabrique des partitions musicales.

En 1916, la Harry von Tilzer Company publie sa première chanson (When you want 'em, you can't get 'em, when you've got 'em, you don't want 'em), et en 1917 il édite sa première pièce pour piano, Rialto Ripples.

George Gershwin quitte Remick’s et accompagne les spectacles de vaudeville de Fox’s City Theater. Là, il crée ses œuvres, et fait la connaissance de Jerome Kern et Victor Herbert.

1919 marque un premier tournant dans la carrière de George Gershwin. Il est employé par l’éditeur T. B. Harms Co comme compositeur. Son premier succès : I Was So Young, You Were So Beautiful (1919).


La même année, Gershwin compose tous les morceaux du musical La, La, Lucille. Pour Demi-Tasse, il compose en dix minutes, avec le parolier Irving Caesar, vingtenaire comme lui, la chanson Swanee. Al Jolson l’entend lors d’une soirée, et l’intègre dans Sinbad, spectacle à succès au Winter Garden Theatre, et l’enregistre pour Columbia Records en janvier 1920. Gershwin disait : « Swanee a pénétré les quatre coins de la Terre ». La chanson est n°1 en 1920 pendant 18 semaines dans les Charts américains. George Gershwin en vend un million de copies, et environ deux millions de disques. C’est le premier standard et la chanson best-seller de sa carrière. Ce qui lui donne la liberté de se concentrer sur son œuvre : composer pour les salles de spectacles et les films, donner des concerts pour populariser ses œuvres. Le titre « Swanee » a aussi été immortalisé par Judy Garland dans A Star Is Born (Une Etoile est née).


Avec son frère parolier Israel Gershwin (1896-1983), dit Ira Gershwin, George Gershwin compose des chansons popularisées par Fred Astaire ou le producteur de spectacles Florenz Ziegfeld - Rhapsody in Blue (1924), Concerto pour piano en fa (1925), Un Américain à Paris (1928) -, crée le jazz symphonique et conçoit des comédies musicales qui rencontrent un succès commercial et critique.

George Gershwin fait la connaissance de célèbres compositeurs européens : Maurice Ravel à New York en 1928, Alban Berg à Vienne, Arnold Schönberg… Malgré sa réussite professionnelle et ses concerts, il continue d’étudier auprès de professeurs et de compositeurs. Et peint des aquarelles.

A Hollywood, George Gershwin s’installe pour composer des chansons populaires rendues célèbres notamment par Ella FitzgeraldLouis Armstrong ou Herbie Hancock, ainsi que des partitions pour des films.

Ami des stars, il se lie avec les actrices Paulette Goddard, Simone Simon…

Signe de son succès et de sa popularité : en 1934, il anime l’émission radiophonique bi-hebdomadaire Music by Gershwin.

Le Summertime de Gershwin à Charleston

Dans le cadre d’Invitation au voyage (Stadt Land Kunst) par Fabrice Michelin sur Arte, « Linda Lorin nous emmène à la découverte de trois lieux qui appartiennent à notre patrimoine artistique, culturel et naturel. Dans ce numéro : « Le Summertime de Gershwin à Charleston »  (Gershwin und Charleston), en Caroline du Sud - Hérode le Grand, bâtisseur de Judée - L’incontournable : à Versailles, le Petit Trianon ».

« Jusqu'à la fin du XIXe siècle, Charleston, en Caroline du Sud, était du fait de l'esclavage l'une des villes les plus riches des États-Unis. George Gershwin (1898-1937), qui la découvre en 1933, y compose Porgy and Bess, le premier opéra noir et son emblématique chanson, « Summertime ». Une révolution dans l’Amérique pratiquant la ségrégation raciale. Le livret est signé Ira Gershwin et DuBose Heyward. L’œuvre est adaptée de la pièce de théâtre Porgy de Dorothy et DuBose Heyward, créée à Broadway en 1927 et adaptée du roman Porgy de DuBose Heyward (1925).

Ces trois œuvres évoquent la vie d’Afro-Américains dans un quartier imaginé, Catfish Row, à Charleston (Caroline du Sud) au début des années 1930 : Porgy, mendiant handicapé, s’efforce de protéger Bess, mariée à un voyou, Crown, et que Sportin’ Life veut rendre dépendante de la cocaïne et prostituer. En 1935, a lieu la première de l’opéra de près de quatre heures, mêlant en trois actes jazz, musique populaire et style européen, Porgy and Bess à Boston et New York. Un classique de la culture outre-atlantique.


Summertime (1934) est la chanson la plus célèbre de l’opéra. Cette berceuse chantée par Clara à son enfant, puis par Bess, a été enregistrée pour la première fois en 1935 par Abbie Mitchell accompagnée au piano par George Gershwin qui dirige l’orchestre.

George Gershwin décède d’une tumeur au cerveau le 11 juillet 1937 (à 38 ans) à Los Angeles, Californie.

Son frère Ira Gershwin (1896-1983), parolier, en sera profondément affecté et et s'est consacré notamment à faire perdurer le patrimoine artistique de son cadet.

En 1959, Otto Preminger réalise une adaptation cinématographique de l’opéra, avec Sidney Poitier, Dorothy Dandridge et Sammy Davis Jr.

"Gershwin, le classique américain
Arte rediffusa le 2 janvier 2020 "Gershwin, le classique américain" (Gershwin, der amerikanische Klassiker), documentaire de Jean-Frédéric Thibault. Compositeur juif américain, George Gershwin (1898-1937). Au travers de quatre de ses plus grandes oeuvres, "Rhapsody in Blue", "Concerto in F", "Un Américain à Paris" et "Porgy and Bess", portrait de George Gershwin, un autodidacte timide mais sûr de son génie, disparu en 1937 à l'âge de 38 ans."

Depuis 80 ans, Rapsodyin Blue, le Concerto pour piano et l’Ouverture Cubaine ne quittent le répertoire des plus grands orchestres du monde. Depuis 80 ans, Porgy and Bess fait partie de la programmation des salles d’opéra dans le monde et Summertime reste l’un des airs les plus célèbres jamais composés. Depuis 2015, la comédie musicale tirée de An American in Paris est jouée par quatre troupes en alternance, sur les plus grandes scènes de music-hall mondiales. Plus que jamais, George Gershwin est à l’honneur dans le monde musical. Devenu « classique », il est aussi l’un des créateurs des plus célèbres comédies musicales américaines. Symbole absolu de la réussite « made in US », il su créer pour le continent américain une musique sur mesure, empreinte d’influences multiples, dans laquelle chaque américain peut retrouver une partie de ses propres racines et chaque européen son histoire personnelle. Notre histoire de George Gershwin est l’histoire de « l’invention » d’une certaine culture américaine, séduisante, désinhibée, résolument moderne et toujours innovante."

"En juillet 1925, le Time Magazine consacre sa couverture à celui qu’il présente comme le plus grand compositeur national : George Gershwin. De par ses origines modestes et la popularité de sa musique, irriguée par le swing et le jazz, cet autodidacte de 26 ans, fils d'immigrants juifs ayant fui la Russie des pogroms, incarne une nouvelle et séduisante version du rêve américain".

 "Avec son frère aîné et parolier Ira, ils sont les auteurs de dizaines de chansons fredonnées d'un bout à l'autre du pays, et peaufinées parfois avec le jeune danseur Fred Astaire. Mais c'est sa Rhapsody in Blue, subtile combinaison de jazz et de classique, écrite en cinq semaines en 1924, qui a consacré ce jeune homme timide et bravache à la fois, aussi sûr de son génie qu'assoiffé de reconnaissance. Avec cette œuvre orchestrale novatrice, il a été le premier compositeur de Broadway à tenter une incursion dans l’univers fermé de la grande musique…"

"À l'aide d'émouvantes archives, commentées par des spécialistes, Jean-Frédéric Thibault retrace chronologiquement la vie brève de George Gershwin, qui sera emporté prématurément par une tumeur au cerveau, en 1937. Ce portrait swingant s'articule autour de quatre de ses compositions les plus importantes : Rhapsody in Blue, donc, mais aussi Concerto in F, Un Américain à Paris et Porgy and Bess. Chacune a bousculé les codes de son temps et suscité la polémique, mais aussi récolté un succès public immédiat. Ce fut le cas de Porgy and Bess, qui a déstabilisé le cénacle de l'opéra avec son casting exclusivement noir – une déclaration de guerre délibérée de George Gershwin à la ségrégation – et sa tonalité jazzy. Une musique follement inventive, aussi paradoxale, inclassable et séduisante que son auteur."

"Concert de la Saint-Sylvestre 2019Kirill Petrenko et l'Orchestre philharmonique de Berlin"
Arte diffusera le 31 décembre 2019 "Concert de la Saint-Sylvestre 2019Kirill Petrenko et l'Orchestre philharmonique de Berlin" (Silvesterkonzert der Berliner Philharmoniker 2019) réalisé par Torben Jacobsen. "Kirill Petrenko dirige l’Orchestre philharmonique de Berlin et la soprano Diana Damrau pour un moment musical tour à tour pétillant et endiablé. Au menu : des extraits d'"Un Américain à Paris" de Gershwin, les danses symphoniques de "West Side Story", de Leonard Bernstein, ainsi que des pièces de Kurt Weill, Stephen Sondheim et Harold Arlen. "Guten Rutsch!"

"L’Orchestre philharmonique de Berlin fête la "glissade" dans le Nouvel An, comme on dit en Allemagne, au rythme de la comédie musicale et de Broadway. C'est la première fois que le chef Kirill Petrenko, qui a succédé à Simon Rattle à la tête d'une des formations les plus prestigieuses au monde, dirige ce traditionnel concert de la Saint-Sylvestre. C’est aussi la première collaboration entre l’orchestre et la grande soprano allemande Diana Damrau. Ensemble, ils interprètent des extraits d'Un Américain à Paris, de Gershwin, les danses symphoniques de West Side Story, de Leonard Bernstein, ainsi que des pièces de Kurt Weill, Stephen Sondheim et Harold Arlen."

"Gershwin par Jean-Yves Thibaudet et Philippe Jordan"
Arte diffusera le 24 mai 2020 "Gershwin par Jean-Yves Thibaudet et Philippe Jordan(Gershwin mit Jean-Yves Thibaudet und Philippe Jordand'Agnes Méth. "Sous la baguette de Philippe Jordan, son directeur musical, l'orchestre symphonique de Vienne consacre un concert à deux légendes de la musique américaine du XXe siècle : Leonard Bernstein et George Gershwin. Le pianiste Jean-Yves Thibaudet, artiste en résidence au sein de l’orchestre, se joint à l'ensemble pour le "Concerto pour piano en fa majeur" de Gershwin."


"Depuis plus de quatre décennies, l’Orchestre symphonique de Vienne célèbre chaque année l’arrivée des beaux jours avec son traditionnel concert de Pâques. Depuis le Konzerthaus de Vienne et sous la baguette du chef d'orchestre Philippe Jordan, la formation nous transporte de Paris à New York, avec un programme consacré à deux légendes de la musique américaine du XXe siècle : Leonard Bernstein et George Gershwin. Le pianiste français Jean-Yves Thibaudet est mis à l’honneur, avec notamment son interprétation du Concerto pour piano en fa majeur de George Gershwin."


"Gershwin par Jean-Yves Thibaudet et Philippe Jordan" d'Agnes Méth
France, Autriche, 2017, 43 min
Avec Jean-Yves Thibaudet (piano)
Composition : Leonard Bernstein, George Gershwin
Direction musicale : Philippe Jordan
Orchestre : Wiener Symphoniker
Sur Arte le 24 mai 2020 à 18 h 55
Disponible du 24/05/2020 au 22/06/2020
Visuels :
Pour son traditionnel concert de Pâques, l' orchestre symphonique de Vienne, sous la baguette de Philippe Jordan, met Bernstein et Gershwin à l' honneur.

© Stefan Oláh

© Jean-François Leclercq

"Concert de la Saint-Sylvestre 2019Kirill Petrenko et l'Orchestre philharmonique de Berlin" réalisé par Torben Jacobsen
Allemagne, 2019, 95 min
Avec Diana Damrau
Composition : Leonard Bernstein, George Gershwin, Richard Rodgers, Kurt Weill, Harold Arlen, Stephen Sondheim
Direction musicale : Kirill Petrenko
Orchestre : Berliner Philharmoniker
Présentation : Dorothee Haffner
Sur Arte le 31 décembre 2019 à 18 h 05. Disponible du 31/12/2019 au 29/01/2020

"Gershwin, le classique américain" de Jean-Frédéric Thibault
France, Illégitime Défense, 2018, 53 min
Sur Arte les 21 octobre 2018 à 23 h 05, 17 novembre 2018 à 5 h 40, 2 janvier 2020 à 00 h 15. Disponible du 25/12/2019 au 17/01/2020

Visuels :
Le pianiste et compositeur américain George Gershwin, [1898-1937]
George Gershwin et son frère Ira Gershwin, aux Etats-Unis.
George Gershwin (au milieu), Fred Astaire (au 1er plan) et Ira Gershwin(au dernier plan) à Hollywood en 1937.
George Gershwin et son frère Ira, en compagnie de Guy Bolton (au dernier plan).
© DPA / Photononstop

Le pianiste et compositeur américain George Gershwin, à gauche [1898-1937]
© Mary Evans Picture Library / P

France, 2018, 39 min
Sur Arte les 31 mai 2018 à 16 h 30, 17 novembre 2018 à 5 h 40, 3 janvier 2019 à 17 h 25

Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 30 mai 2018, puis le 16 octobre 2018.