Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mardi 31 décembre 2019

Kurt Tucholsky (1890-1935)


Kurt Tucholsky (1890-1935) était un juriste, journaliste – critique musical, littéraire et cinématographique - réputé et prolifique (3 000 articles publiés par cent journaux), écrivain, auteur de poèmes, polémiste, satiriste allemand et engagé - antimilitariste, pacifiste, socialiste, défenseur de la démocratie contre le nazisme – et franc-maçon. Ses prises de position lui ont valu des procès. Arte diffusera le 3 janvier 2020 « Dans la fièvre des années 20. Le Berlin de Tucholsky » (Die wilden ZwanzigerBerlin und Tucholsky) par Christoph Weinert. 


Kurt Tucholsky est né en 1890 à Berlin, dans une famille juive bourgeoise et prospère.

Il est scolarisé au lycée français de Berlin.

La mort en 1905 de son père si admiré, laisse Kurt Tucholsky face à une mère autoritaire.

Kurt Tucholsky poursuit sa scolarité, puis entame des études de droit à Berlin et à Genève. 

A Prague, avec son ami Kurt Szafranski, il rencontre Max Brod, puis Franz Kafka qu’il sera le premier à faire connaitre durant sa future carrière de critique littéraire influent.

Parallèlement à l’écriture d’articles moqueurs dans le journal satirique Ulk et social-démocrate Vorwärts, Kurt Tucholsky passe en août 1913 son doctorat de droit à l’université d’Iéna. Un an plus tard, il soutient sa thèse sur le droit hypothécaire avec une mention honorable et reçoit en 1915 son certificat de doctorat.

En 1912, est publié Rheinsberg ein Bilderbuch für Verliebte, un livre illustré par Szafranski. L’histoire d’amour inspire par Else Weil, qu’il épouse en mai 1920, plait au public par son style frais, léger. Tucholsky et Szafranski ouvrent un bar à livres sur le Kurfürstendamm à Berlin afin de susciter la vente de leur livre.

En 1913, débute sa collaboration, qui deviendra régulière, avec l'hebdomadaire de critique théâtrale Die Schaubühne devenue Die Weltbühne dirigée par le journaliste et critique Siegfried Jacobsohn, mentor et ami de Tucholsky. 

Durant la Première Guerre mondiale, en avril 1915, Kurt Tucholsky est envoyé sur le front est. Dès novembre 1916, il écrit dans le journal de sa compagnie Der Flieger. Dans les bureaux de l’école d’artillerie et d’aviation, il rencontre Mary Gerold, qu’il épousera.

En 1918, il est promu adjudant et est muté comme commissaire de police militaire en Roumanie où, à l’été 1918, il se convertit au protestantisme luthérien.

L’automne 1918 marque son retour en Allemagne où il dirige jusqu’en avril 1920 la rédaction d’Ulk, hebdomadaire satirique lié au journal de gauche libéral Berliner Tageblatt, édité par Rudolf Mosse. Ignaz Wrobel, Paulus Bünzly, Peter Panter… Sous ces pseudonymes et bien d’autres encore, Kurt Tucholsky y signe ses articles. Il écrit aussi des chansons pour Claire Waldoff et Trude Hesterberg et des textes pour le cabaret. En octobre 1919, est publié Fromme Gesänge, recueil de poésies.

Sa contribution à Pieron, publication assurant la propagande hostile à la Pologne dans le cadre du référendum sur la frontière entre l’Allemagne et la Pologne en Haute-Silésie, lui sera reprochée. Tucholsky invoquera ses problèmes financiers et exprimera ses regrets.

Il écrit des articles antimilitaristes Militaria, fustige la laxisme des juges envers les assassins monarchistes ou nationalistes de politiciens : Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, Walther Rathenau, Matthias Erzberger et Philipp Scheidemann ou Maximilian Harden. Ce qui induit selon lui un déni de justice.

Après l’assassinat du ministre des affaires étrangères Walther Rathenau en 1922, il lance un appel exhortant à un sursaut républicain après « quatre années de meurtres ».

En 1923, à la suite d’une dépression ou pour subvenir à ses besoins en période d’inflation, il est engagé par la banque berlinoise Bett, Simon & Co comme secrétaire privé de Hugo Simon, directeur de la banque. Un an plus tard, il s’installe à Paris comme correspondant de la Weltbühne et du journal Vossische Zeitung.

Divorcé en 1924, il épouse Mary Gerold. Le couple se sépare en 1928. La même année, il est admis à la loge maçonnique Zur Morgenröte de Berlin. En 1929, il se fixe en Suède.

Dans ses écrits, il aspire à une seconde révolution susceptible de générer une démocratie en lieu et place de la République de Weimar qu’il juge réactionnaire.

Pessimiste, il analyse le régime nazi comme durable. Il sent le besoin de rompre avec l’Allemagne et sa langue. Déchu de la nationalité allemande en 1933, il demande la nationalité suédoise.

Il s’intéresse au sort des Juifs allemands persécutés par les nazis et écrit à Arnold Zweig, émigré en Palestine mandataire : « Il faut tout revoir depuis le début ».

Il décède le 21 décembre 1935 à Göteborg d’une surdose de somnifère. Suicide ou erreur de posologie ?

A l’été 1936, les cendres de Tucholsky sont placées sous un chêne dans le cimetière suédois de Mariefred.

Le château de Rheinsberg abrite le musée de la littérature dédié à Kurt Tucholsky.

« Le Berlin de Tucholsky »
« Entre archives foisonnantes et reconstitutions, ce premier épisode d’une série sur les Années folles plonge dans un Berlin en effervescence, à travers le regard d’une de ses plus flamboyantes figures : Kurt Tucholsky, journaliste et auteur de chansons libertines. »

« À peine relevée de la Première Guerre mondiale, l’Europe se grise de la paix retrouvée au rythme effréné des Années folles ». 

« Son cœur bat à Berlin, capitale débordant de vitalité de la timide République de Weimar, qui succède à l’Empire allemand déchu. Un carrefour des avant-gardes où fleurissent cabarets et music-halls, temples de nouvelles icônes scandaleuses, mais où, dès janvier 1919, sont assassinés Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht ». 

« Tout à la fois journaliste au magazine culturel Weltbühne et auteur de chansons libertines, Kurt Tucholsky, fils d’une famille juive aisée, navigue en virtuose entre ces mondes, dandy poète la nuit, socialiste et antimilitariste le jour. »

 « Entre extraits de ses œuvres, archives – Berlin s’aime et se filme – et scènes reconstituées, c’est à travers le regard et la plume acérée de Tucholsky que ce docu-fiction jubilatoire revisite une époque d’intense bouillonnement culturel ». 

« Expressionnisme, dadaïsme, nouvelle objectivité : la capitale allemande joue la métropole star des arts du XXe siècle, quand le Nosferatu de Murnau s’échappe des studios Babelsberg et qu’Erwin Piscator, Max Reinhardt et Bertolt Brecht réinventent le théâtre ». 

« Fil rouge de ce voyage, Kurt Tucholsky compte aussi parmi les premiers à détecter, derrière le voile de l’insouciance, les signes des ténèbres à venir. Car si Joséphine Baker et sa Revue nègre échauffent les esprits, la crise de 1929 met un terme brutal à l'effervescence, précipitant l’Allemagne dans le chaos et ouvrant la voie aux nazis ».


Allemagne, 2014
Sur Arte le 3 janvier 2019 à 23 h 45. Disponible du 03/01/2020 au 16/02/2020
Visuels : 
Kurt Tucholsky (Bruno Cathomas) et Mary Gerold (Sarina Radomski) - Reconstitution
Kurt Tucholsky (Bruno Cathomas) feuillette le livre de George Grosz " Dieu avec nous" - Reconstitution
Kurt Tucholsky (Bruno Cathomas) songe à un manuscrit devant sa machine à écrire - Reconstitution
© C-Films Deutschland/Gerrit Gronau/Sandra Müller

Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent  d'Arte.

Interview de Bat Ye’or sur la dhimmitude


Bat Ye’or est une essayiste spécialiste des minorités religieuses dans le monde islamique. Elle a forgé le terme dhimmitude pour désigner le statut cruel des minorités non-musulmanes (Dhimmis) dans les pays islamiques ou en « terre d’islam ». Elle a aussi analysé Eurabia, alliance euro-arabe visant à unir l’Europe aux pays arabes dans un ensemble méditerranéen. Interview réalisée en janvier 2008. Le 30 décembre 1066 (3 Tevet 4827), des musulmans assaillent le palais royal de Grenade, alors en al-Andalus (sud de l'Espagne sous domination islamique), et y crucifient Joseph ibn Nagrela, le vizir du roi Berbère et chef des Juifs de la ville. Ils massacrent la plupart des Juifs de Grenade, soit « 1 500 familles juives, représentant environ 4 000 personnes qui disparaissent en un jour » selon la Jewish Encyclopedia. "Ce nombre est supérieur au nombre des Juifs qui ont été tués, pendant la première Croisade, dans l'ensemble des villes et villages de Rhénanie. C'est pourtant cette dernière tragédie que l'on ne cesse de nous rappeler, en oubliant que trente ans auparavant, dans la seule ville de Grenade. il n'y eut pas moins de victimes" (David Littman). Les éditions Provinciales republient Le Dhimmi, de Bat Ye'or. Un essai pionnier dont la lecture s'avère indispensable pour comprendre la situation des Juifs sous domination islamique, et en France actuellement. 

Some excerpts of my interview have been translated in English by Jewishrefugees.blogspot.com
Des extraits de mon interview ont été traduits en anglais par le blog Jewishrefugees
Interview de Bat Ye'or sur la dhimmitude
Interview de Bat Ye’or sur Eurabia (1/2)
Interview de Bat Ye’or sur Eurabia (2/2)
Interview de Bat Ye'or sur Geert Wilders et l'OCI
Interview of Bat Ye'or about the OIC, Eurabia, Geert Wilders' Fight, President Obama's diplomacy
Interview de Bat Ye'or sur Eurabia, l'OCI et l'Alliance des civilisations
Interview de Bat Ye'or sur son livre « L’Europe et le spectre du califat »
« L’Europe et le spectre du califat » de Bat Ye’or
Le directeur du CAPE a interdit une conférence de presse de Bat Ye'or
Interview de Bat Ye'or sur le califat et l'Etat islamique/ISIS
Interview de Bat Ye’or sur les « migrants », l’Union européenne et Eurabia


Quel a été votre parcours ? Votre nom d’écrivain, Bat Ye’or, signifie « fille du Nil » en hébreu…

Je suis née dans une famille juive religieuse et aisée du Caire. Mon père était italien et ma mère française. Mon père gérait la fortune dont il avait hérité. Après la proclamation des lois raciales italiennes, mon père qui avait demandé à être égyptien perdit sa nationalité italienne.

Je dois à ma mère ma passion de la lecture car notre appartement était empli des livres qu’elle achetait. J’ai très tôt découvert ma vocation d’écrivain qui m’entraînait hors de mon milieu bourgeois sur des voies iconoclastes.

Mes parents étaient assez ouverts pour tolérer mon refus des pratiques religieuses et de certains préjugés ordinaires dans mon milieu.

Cependant, je me sentais très proche du combat des Juifs palestiniens. On en parlait entre nous avec de grandes précautions de crainte des dénonciations et arrestations. En effet, durant la Seconde Guerre mondiale, les partis fascistes, pronazis et les Frères Musulmans (2) faisaient régner un climat de peur et d’insécurité. On savait que les masses arabes étaient favorables aux forces de l’Axe (3).

Comment a évolué la situation des juifs en Egypte après 1945 ?

Dès 1945 le combat des nationalistes égyptiens et des Frères Musulmans contre le sionisme et l’Angleterre (4) provoqua des manifestations de foules dans les rues. Ces foules hurlaient des slogans anti-juifs, saccageaient les magasins, attaquaient les quartiers juifs où vivait une population indigente, pillaient, violaient et incendiaient les écoles et les biens communautaires.

La situation empira avec la guerre d’Indépendance d’Israël ou 1ère guerre israélo-arabe en 1948. Une vague de violences se déclencha, accompagnée de meurtres, d’expulsions, d’arrestations et de mises sous séquestre, dont celles de biens de mon père.

Les troubles sociaux endémiques, l’impopularité du roi Farouk et la défaite humiliante des cinq armées arabes face à l’Etat d’Israël provoquèrent la révolte des Officiers Libres en juillet 1952 et l’abolition de la monarchie en 1953.

En 1954, Gamal Abd al-Nasser s’empara du pouvoir et accueillit en Egypte de nombreux criminels nazis qui participèrent au gouvernement.

En 1955, mon passeport égyptien ne fut pas renouvelé. Malgré cela, je me sentais encore plus égyptienne que juive.

Les violences, les expulsions, les emprisonnements, les meurtres et la confiscation des biens s’amplifièrent avec la guerre de Suez en 1956.

Mais ces excès étaient aussi liés à la situation politique, et surtout au fanatisme haineux fomenté par les Frères Musulmans et le grand mufti de Jérusalem Amin al-Husseini (6).

La population en général, les classes populaires ou celles éduquées, demeurait amicale, souvent hostile à ces débordements. Des juifs furent sauvés par des musulmans au cours de manifestations où ils auraient pu être tués.

Comment votre famille a-t-elle vécu cette période dramatique ?

Ma mère en tant qu’ex-française fut mise en résidence surveillée et ne put sortir de l’appartement durant un certain temps. Il en fut de même de mon beau-frère anglais qui fut ensuite expulsé.

Des règlements humiliants furent proclamés interdisant aux Juifs certaines professions, la fréquentation des lieux publics, des clubs et des cinémas. Il n’était plus possible de rester. En quelque mois une communauté vieille de 3 000 ans disparaissait (7). J’avais le sentiment de vivre et d’observer un événement extraordinaire. Beaucoup de juifs partaient en cachette, sans dire adieu de crainte d’être retenus. De 1948 à 1957, environ 60 000 Juifs sur 75 000 à 80 000 quittèrent l’Egypte (8).

Notre départ avait été retardé par une chute qu’avait faite ma mère.

Puis, en 1957, ce fut notre tour de partir en cachette avec un laissez-passer d’apatrides ; les deux valises autorisées pour chacun furent à plusieurs reprises vidées sur le sol par des policiers égyptiens tandis que l’on nous abreuvait d’insultes. Nous fumes fouillés minutieusement, le plâtre qui enveloppait la jambe de ma mère fut cassé et on me confisqua les 50 livres égyptiennes permises. L’avion de la compagnie hollandaise fut longtemps retenu ; les bras croisés, son équipage attendait, révolté par ce spectacle contre deux personnes pouvant à peine marcher - mon père était infirme - et une jeune fille.

Nous avions difficilement obtenu un visa pour l’Angleterre où ma mère voulait rejoindre ma sœur et sa famille. Quant à moi, j’avais l’intention de partir en Israël, mais avec deux parents invalides, il me fallut remettre ce projet à plus tard. Toute ma famille, qui comptait quatre générations, s’éparpilla à travers le monde.

Ce phénomène toucha toute la communauté ; les cellules familiales implosèrent, un style de vie et de société disparaissait (9).

Comment s’est passée votre arrivée en Angleterre ?

A Londres, un Comité pour les réfugiés juifs nous permit de nous débrouiller. J’obtins une bourse pour étudier à l’Institut d’Archéologie de l’université de Londres. C’est là que je rencontrais David G. Littman (10) en 1959, étudiant l’archéologie de la terre d’Israël. Nous nous mariâmes quelque mois plus tard.

Je découvrais que je venais d’un monde différent de celui de mes camarades étudiants : celui de l’autocensure et de la menace. Leur insouciance et leur liberté me faisaient prendre conscience de ce comportement particulier inhérent à la dhimmitude que je décrivis plus tard.

Deux ans après, je retrouvais ces mêmes attitudes chez les juifs et les chrétiens au cours de mes voyages avec mon mari en Tunisie, au Maroc, au Liban. Parce que je venais de leur monde, celui de la vulnérabilité et de la peur, je pouvais lire leurs sentiments, mais parce que j’avais moi-même changé, je pouvais aussi désormais, les reconnaître.

C’est aussi à Londres, dans les épreuves de la pauvreté et de l’exil que je compris et décidais que j’appartenais définitivement au peuple juif.

Comment vous êtes-vous intéressée à la dhimmitude (11), un concept que vous avez forgé ?

Je ne me suis pas intéressée à la dhimmitude, je l’ai découverte au cours de mes recherches sur les chrétiens des pays musulmans (12), dans mes discussions avec eux, mes observations et mes analyses.

C’est un outil conceptuel que j’ai forgé quand je travaillais sur la traduction anglaise d’une édition augmentée de mon livre Le Dhimmi. A la demande de mes amis chrétiens, j’y avais introduit un grand nombre de documents historiques les concernant et ce concept me permettait d’embrasser un vaste éventail de domaines corrélés. Je n’osais pas l’utiliser dans mes écrits, compte tenu de la malveillance de certains à l’égard de mes livres et articles qui, non seulement affirmaient ouvertement mon sionisme, mais introduisaient aussi une analyse critique de la tolérance islamique.

Etant l’une des fondatrices de WOJAC (World Organization of Jews from Arab Countries) en 1974-75, je militais pour les réfugiés juifs du monde arabe, presque un million, et combattais un certain racisme à leur égard.

Cette attitude m’attirait beaucoup d’ennemis, juifs et non-juifs. On raillait mes analyses sur le dhimmi et sur le sionisme. Ces positions exprimaient beaucoup de préjugés inconscients et une attitude paternaliste envers les juifs orientaux.

Le refus d’accepter la judéophobie de l’islam s’explique dans le contexte des efforts de paix de l’Etat d’Israël avec son environnement et la souffrance très présente à cette époque –quelques années après l’extermination dans les camps – de l’ampleur de la Shoah, certainement le plus grand crime commis contre le peuple juif et l’humanité. L’antisémitisme chrétien avait été bien documenté et étudié. Il n’en allait pas de même pour la condition du dhimmi, qui du reste avait été aboli par la colonisation. Les terribles épreuves de la Shoah, les récits des survivants qui commençaient à être publiés, les études historiques sur ce sujet focalisaient l’intérêt du monde juif.

Mon mari était beaucoup plus sensible que moi à ces attaques et me soutenait toujours.

Je discutais souvent de la dhimmitude avec mes amis chrétiens libanais proches de Béchir Gemayel (14). Nous cherchions un mot pour définir cette situation particulière et le mot dhimmitude me semblait le meilleur, mais j’hésitais à l’utiliser.

C’est seulement quand Béchir Gemayel le mentionna dans son dernier discours précédant son assassinat (15), que j’eus le courage de l’utiliser à mon tour dans le sens d’une condition existentielle déterminée par la théologie, la juridiction et l’histoire des pays islamisés.

Je pensais que désormais les chrétiens l’accepteraient. Mais je me trompais, seule une très petite minorité l’adopta et ce mot aggrava l’ostracisme qui me frappait.


Quelle est la définition de la dhimmitude ?

La dhimmitude est corrélée au jihad. C’est le statut de soumission des indigènes non-musulmans – juifs, chrétiens, sabéens, zoroastriens, hindous, etc. - régis dans leur pays par la loi islamique. Il est inhérent au fiqh (jurisprudence) et à la charîa (loi islamique).

Quels en sont les éléments caractéristiques ?

Les éléments sont d’ordre territorial, religieux, politique et social.

Le pays conquis s’intègre au dar al-islam (16) sur lequel s’applique la charîa. Celle-ci détermine en fonction des modalités de la conquête les droits et les devoirs des peuples conquis qui gardent leur religion à condition de payer une capitation mentionnée dans le Coran et donc obligatoire. Le Coran précise que cet impôt dénommé la jizya doit être perçue avec humiliation (Coran, 9, 29).

Les éléments caractéristiques de ces infidèles conquis (dhimmis) sont leur infériorité dans tous les domaines par rapport aux musulmans, un statut d’humiliation et d’insécurité obligatoires et leur exploitation économique.

Les dhimmis ne pouvaient construire de nouveaux lieux de culte et la restauration de ces lieux obéissait à des règles très sévères.

Ils subissaient un apartheid social qui les obligeait à vivre dans des quartiers séparés [mellah au Maroc, Ndr], à se différencier des musulmans par des vêtements de couleur et de forme particulières, par leur coiffure, leurs selles en bois, leurs étriers et leurs ânes, seule monture autorisée.

Ils étaient astreints à des corvées humiliantes, même les jours de fête, et à des rançons ruineuses extorquées souvent par des supplices. L’incapacité de les payer les condamnait à l’esclavage. Dans les provinces balkaniques de l’Empire ottoman durant quelques siècles, des enfants chrétiens furent pris en esclavage et islamisés. Au Yémen, les enfants juifs orphelins de père étaient enlevés à leur famille et islamisés. Ce système toutefois doit être replacé dans le contexte des mentalités du Moyen Age et de sociétés tribales et guerrières.

Certains évoquent la Cordoue médiévale ou al-Andalous (Andalousie médiévale sous domination arabe) comme des modèles de coexistence entre juifs, chrétiens et musulmans. Qu’en pensez-vous ? Est-ce une vision idéalisée ou l’occultation, voire l’ignorance de la dhimmitude ?

C’est une fable. L’Andalousie souffrit de guerres continuelles entre les différentes tribus arabes, les guerres entre les cités-royaumes (taifas), les soulèvements des chrétiens indigènes, et enfin de conflits permanents avec les royaumes chrétiens du Nord. Les esclaves chrétiens des deux sexes emplissaient les harems et les troupes du calife. L’Andalousie appliquait le rite malékite, l’un des plus sévères de la jurisprudence islamique.

Comme partout, il y eut des périodes de tolérance dont profitaient les dhimmis, mais elles demeuraient circonstancielles, liées à des conjonctures politiques temporaires dont la disparition provoquait le retour à une répression accrue.

La dhimmitude a-t-elle évolué au fil des siècles ?

En 1860, le statut du dhimmi fut officiellement aboli dans l’Empire ottoman (17) sous la pression des puissances européennes, mais en fait il se maintint sous des formes atténuées compte tenu des résistances populaires et religieuses.

Hors de l’Empire ottoman, en Iran, en Afghanistan, dans l’Asie musulmane et au Maghreb, il se perpétua sous des formes beaucoup plus sévères jusqu’à la colonisation. En Iran, la dynastie Pahlavi tenta de l’abolir et d’instituer l’égalité religieuse. C’est aussi l’une des raisons de l’impopularité du Shah dans les milieux religieux. Une fois au pouvoir, ceux-ci rétablirent la charîa et la juridiction coranique.

Quels sont les effets psychologiques de la dhimmitude sur les juifs ?

Les juifs des pays musulmans n’ont pas développé une conscience de droits politiques et humains inaliénables parce que ce concept est étranger au dar al-islam et que ce combat ne fut jamais mené par les musulmans, contrairement à la situation en Europe où juifs et chrétiens s’associèrent dans la lutte pour l’égalité et les droits démocratiques.

La notion de droits s’oppose à celle d’une tolérance concédée au vaincu du jihad moyennant l’acceptation de mesures discriminatoires, situation qui caractérise la condition du dhimmi. Cette tolérance, du reste, est provisoire et peut-être abolie si l’autorité musulmane juge que le dhimmi contrevient aux règlements de son statut. Dans ce cas, divers châtiments sont envisagés. En outre, la notion de laïcité est inexistante dans l’islam et semble même blasphématoire.

Au Yémen et au Maghreb, régions les moins touchées par la modernisation et l’évolution des idées en Europe et où le statut des juifs était parmi les plus sévères, les juifs nourrissaient un sentiment de gratitude envers l’autorité musulmane qui protégeait leur vie. Seule cette protection, mais non le droit, permettait leur existence. Résignés par leur extrême vulnérabilité à subir un despotisme déshumanisant, les juifs inspiraient par leur endurance aux persécutions, l’admiration de nombreux voyageurs étrangers. Seul leur espoir dans la rédemption d’Israël, c’est-à-dire leur libération de l’exil, leur permettait de supporter les humiliations et les souffrances de la dhimmitude.

Comment l’arrivée des colonisateurs français, britannique ou italien a-t-elle été perçue par les dhimmis ?

Il est difficile de généraliser car les colonisateurs n’avaient pas adopté les mêmes systèmes politiques. Mais tous abolirent les lois de la dhimmitude qui s’appliquaient aux juifs et aux chrétiens.

Cependant cette émancipation ne concernait pas seulement la suppression de la dhimmitude, elle impliquait aussi une émancipation de la tutelle exercée par l’autorité religieuse et les notables de chaque communauté sur leurs coreligionnaires. Elle introduisit la modernisation des institutions communautaires et un enseignement scolaire européen (18).

Ces transformations provoquèrent des conflits, mais en général les dhimmis étaient avides de s’instruire, d’accéder aux connaissances modernes et de s’échapper de l’ignorance et de la dégradation que leur imposait le monde sclérosé de la dhimmitude.

Y a-t-il eu des oppositions à cette libération des juifs de la dhimmitude ?

Oui, bien sûr. Il y eut en Algérie le mouvement des colons antisémites qui s’opposaient à l’octroi de la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie (19) car elle les libérait de la dhimmitude (20).

En Irak (21), le colonisateur anglais favorisait les musulmans par rapport aux juifs et aux chrétiens. Après l’indépendance de l’Irak en 1932, et bien qu’y ayant gardé des bases militaires, les Britanniques laissèrent massacrer un millier de chrétiens Assyriens en 1933-34. Londres adopta la même politique à l’égard des Juifs palestiniens.

Comment, dans les années 1950, l’indépendance imminente des colonies a-t-elle été perçue par les anciens dhimmis ?

La colonisation avait supprimé les souvenirs de l’état d’avilissement antérieur, d’autant plus que les juifs, mais surtout les chrétiens, voulaient s’intégrer au mouvement de modernisation et de laïcisation de leur pays amorcé avec la colonisation. Cet oubli explique la nostalgie juive des « temps heureux » dans les pays arabes où n’est évoquée que la période de la colonisation, mais non les discriminations de la dhimmitude.

L’amnésie est encore plus forte chez les chrétiens car elle se fonde sur un tabou politique qui attribue à la restauration de l’Etat d’Israël les persécutions des chrétiens dans les pays islamiques. Ce tabou commence à s’écorner depuis que j’ai démontré qu’elles émanent de la structure juridique et théologique de la dhimmitude établie depuis le VIIe siècle et maintenue quasi-inchangée dans certaines régions, ou atténuée au XIXe siècle dans l’empire ottoman, jusqu’à sa suppression par la colonisation.

Comme les indépendances s’accompagnèrent de guerres nationalistes de type jihadiste, elles réveillèrent les antagonismes religieux traditionnels contre les juifs et les chrétiens.

Les guerres arabes contre Israël provoquèrent des pogroms dans tous les pays arabes. L’indépendance de ceux-ci était liée à une réislamisation qui restaurait la haine religieuse.

Les juifs, donc, anticipaient des temps très difficiles et se préparaient à émigrer. La majorité d’ailleurs était profondément sioniste et voulait ardemment retourner dans la patrie juive historique enfin libérée. Mais l’Etat Israël, peuplé notamment de rescapés de la Shoah et qui venait de repousser les armées de cinq pays arabes, souffrait d’une grave crise économique. Cette situation de pénurie ne lui permettait pas de recevoir dans de bonnes conditions l’afflux de centaines de milliers de réfugiés totalement démunis. Il le fit dans des conditions très pénibles.

Comment vos études sur la dhimmitude ont-elles été reçues ?

Mes écrits, dès le début, suscitèrent une vive opposition. Mais j’ai toujours bénéficié des conseils de quelques amis universitaires. Au-delà de ce petit groupe très restreint auquel je dois beaucoup et de l’aide indéfectible de mon mari, mes écrits m’attirèrent beaucoup d’hostilité.

On me reprochait de nier le sort heureux des dhimmis et de lier les juifs et les chrétiens dans un statut commun. Ceci était un sacrilège contre la tendance politique pro-palestinienne des années 1970 en Europe qui visait à rapprocher les chrétiens et les musulmans dans un front uni contre Israël.

La guerre au Liban renforçait cette politique sur laquelle se fondait toute une stratégie euro-arabe antisioniste (Eurabia [22] ). Mon livre ne pouvait tomber à un pire moment.

On m’accusa d’arrière-pensées sionistes démoniaques pour avoir révélé en toute innocence une vérité vieille de 13 siècles, que l’on cachait obstinément au public afin d’attribuer à Israël, les persécutions infligées aux chrétiens par les musulmans. Cette dernière allégation était une façon de démontrer l’origine satanique d’Israël. Décrire un statut d’avilissement commun aux juifs et aux chrétiens inscrit dans la charîa et imposé durant treize siècles, constituait pour les antisionistes et leurs alliés un blasphème impardonnable.

Les thèses de l’universitaire américain Edward Said (23) triomphaient alors. Elles glorifiaient la supériorité et la tolérance de la civilisation islamique et infligeaient un sentiment de culpabilité aux Européens qui s’en délectaient.

Toute la politique euro-arabe d’union et de fusion méditerranéennes se bâtissait sur ces fondations ainsi que sur la diabolisation d’Israël. Mais, à l’époque, je l’ignorais et je ne comprenais ni la nature ni l’origine de l’ostracisme et de la haine qui me frappaient.

Et quel a été l’accueil de vos analyses dans le monde musulman ?

A ma connaissance, les quelques réactions dans le monde musulman furent toutes négatives, mais certains musulmans européens ont réagi très positivement.

Comment avez-vous réagi à ces réactions d’hostilité ?

Les réactions négatives ne me gênaient pas beaucoup car j’ai toujours été une iconoclaste solitaire, cherchant ma voie. Je ne me préoccupais pas particulièrement de mes détracteurs dont les arguments me semblaient très puérils.

Cette recherche débouchait sur un combat politique que je n’avais pas prévu. J’ignorais que je déchirais un tissu de mensonges opaques créés pour soutenir une idéologie politique, celle de la fusion du christianisme et de l’islam fondée sur la théologie de la libération palestinienne (24) et la destruction d’Israël.

C’était toute la structure idéologique, politique, culturelle d’Eurabia, mais je l’ignorais alors.

Vos écrits suscitent aussi l’estime de bien des penseurs…

Des réactions très positives s’élevèrent d’autres milieux.

A la publication du Dhimmi en 1980, je fus très fortement soutenue par le professeur Jacques Ellul (25) que je ne connaissais pas.

A Londres, mes écrits intéressèrent Robert Wistrich (26) qui n’était pas encore l’universitaire mondialement connu qu’il devînt. Il eut le courage de publier deux études dans le Wiener Bulletin malgré ses supérieurs. Je bénéficiais de l’aide amicale du professeur Paul Fenton et du soutien indéfectible de mon mari qui avait une formation d’historien et menait ses propres recherches sur les juifs du Maroc.

Je reçus aussi des éloges d’universitaires spécialistes de ce domaine, mais ces universitaires appartenaient à une génération de chercheurs qui précédait la politisation des études sur l’islam.

Des organisations chrétiennes évangéliques diffusèrent mes livres en grand nombre. Elles me soutinrent ainsi que des chrétiens dhimmis qui me procurèrent des documents et avec lesquels je pus discuter de ces problèmes. Ces chrétiens dhimmis m’encourageaient à poursuivre et m’étaient très reconnaissants de révéler leur histoire. Ils reprochaient à leur hiérarchie religieuse de la dissimuler.

Ce statut de dhimmitude est-il appliqué dans des pays musulmans en ce début du XXIe siècle ?

Malheureusement oui, avec plus ou moins de sévérité selon le degré de réintroduction de la charîa dans les lois du pays.

Les talibans l’appliquèrent à l’égard des Hindous, les coptes en Egypte continuent d’en souffrir ainsi que les chrétiens en Irak, en Iran, au Soudan, au Nigeria. Même la Turquie maintient certaines restrictions sur les lieux de culte.

La dhimmitude ne pourra pas changer tant que l’idéologie du jihad se maintiendra.


Site Internet de Bat Ye’or :

Photos : © DR
De haut en bas : le grand mufti de Jérusalem Amin al-Husseini s’entretient avec Adolf Hitler, et le grand  mufti de Jérusalem Amin al-Husseini s’entretient avec Nasser.


(1) Anne Matard-Bonucci, L'Italie fasciste et la persécution des Juifs. Perrin, 2007. 599 pages. ISBN : 9782262025403

(2) Organisation islamiste fondée par l’instituteur Hassan el-Banna en 1928. Dès 1935, elle entretient des contacts avec Amin al-Husseini, mufti de Jérusalem, et participe à la révolte arabe palestinienne de 1936. En 1945, une branche du mouvement est créée à Jérusalem par Saïd Ramadan. Yasser Arafat est membre des Frères musulmans en Egypte dans les années 1950. Formé en 1987, le Hamas (Mouvement de la résistance islamique) est une « aile des Frères musulmans en Palestine » (article 2 de sa charte, 1988).

(3) Il s’agit de l’alliance entre l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste, et le Japon impérial.

(4) L’Angleterre occupa l’Egypte en 1882 tout en maintenant l’autorité nominale du Khédive, monarque soumis au sultan ottoman. En 1914 l’Egypte devint un protectorat britannique. En 1922, la Société des nations (SDN) confie au Royaume-Uni un mandat sur la Palestine pour y construire un Foyer national juif.

(5) En 1956, Nasser bloque le golfe d’Akaba, interdit aux navires israéliens de passer via le canal de Suez qu’il nationalise en juillet. Il met sous séquestre les biens de la compagnie du canal de Suez. La France, le Royaume-Uni et l’Etat d’Israël - harcelé par des fedayin à partir de l’Egypte - signent l’accord de Sèvres pour renverser Nasser et reprendre le contrôle du canal. Débutée en octobre, l’intervention militaire de ces trois pays s’annonce victorieuse quand, après la menace de l’URSS et sous la pression des Etats-Unis, elle prend fin en novembre. La FUNU I (Force onusienne d’urgence) est chargée de surveiller le retrait des forces occidentales et de s’interposer entre l’Egypte et l’Etat d’Israël.

(6) Albert Londres, Le Juif errant est arrivé. Ed; du Serpent à plumes, 2000. 295 pages. ISBN-13 : 978-2842612023
Matthias Küntzel, Jihad et haine des juifs, le lien troublant entre islamisme et nazisme à la racine du terrorisme international. Préface de Pierre-André Taguieff. L’œuvre éditions, 2009. 180 pages. ISBN : 978-2-35631-040-8
Martin Cüppers et Klaus-Michael Mallmann, Croissant fertile et croix gammée, le IIIe Reich, les Arabes et la Palestine. Traduit de l’allemand par Barbara Fontaine Ed. Verdier, 2009 . 352 pages. ISBN : 978-2-86432-591-8

(7) Les Juifs en Égypte. Éditions de l'Avenir, Genève, 1971. Traduit en hébreu par Aharon Amir, dans une édition revue et augmentée, sous le titre (romanisé) Yehudi Mitzraiyim, avec une préface de H.Z. Hirschberg. Maariv (Tel-Aviv, 1974). Publié avec le concours du ministère israélien de l'Éducation, de l'Organisation sépharade mondiale et du Congrès juif mondial (CJM).

(8) « Le facteur dhimmi dans l’exode des Juifs des pays arabes » (pp. 33-60), dans Shmuel Trigano (sous la direction), L’exclusion des Juifs des pays arabes : Aux sources du conflit israélo-arabe, In Press, 2003. 399 pages. ISBN 2-84835-011-3.
Jean-Pierre Allali, Les Réfugiés échangés. Séfarades-palestiniens. Ed. Jupéa, 2007. 168 pages.
Fortunée Dwek, Nonno un juif d’Egypte. L’Harmattan, 2006. 258 pages. ISBN : 2296009131.
Moïse Rahmani, L'exode oublié. Juifs des pays arabes. Edition Raphael, 2007. 438 pages. ISBN : 2877810704.
Nathan Weinstock, Une si longue présence, Comment le monde arabe a perdu ses Juifs, 1947-1967. Plon, 2008. ISBN : 2259204937.

(9) Association des juifs originaires d’Egypte (http://www.ajoe.org) et Association historique des juifs d’Egypte (http://www.hsje.org/homepage.htm).

(10) David G. Littman est un historien et militant des droits de l’homme. Il représente l’Association pour une éducation mondiale (AWE) et l’Union mondiale pour le judaïsme libéral (WUPJ, http://wupj.org) auprès de l’ONU à Genève (Suisse). http://www.dhimmitude.org/littman-biography.html

(11) Bat Ye'or :
Le Dhimmi : profil de l'opprimé en Orient et en Afrique du Nord depuis la conquête arabe. Préface de Jacques Ellul. Éditions Anthropos, Paris, 1980. 335 p. (ISBN 2-7157-0352-X).
Juifs et chrétiens sous l'islam : les dhimmis face au défi intégriste. Berg international, collection « Pensée politique et sciences sociales », Paris, 1994. 420 p. (ISBN 2-900269-91-1) et collection « Pensée politique et sciences sociales », réédition, sous le nouveau titre Face au Danger Intégriste, juifs et chrétiens sous l’islam, Paris, 2004. 420 p. (ISBN 2-911289-70-6)

(12) Les chrétientés d'Orient entre jihâd et dhimmitude : VIIe-XXe siècle. Préface de Jacques Ellul. Éditions du Cerf, collection « L'histoire à vif », Paris, 1991. 529 p. ISBN 2-204-04347-8.


(14) Béchir Gémayel est né dans une famille maronite en 1947, au Liban. En 1976, il crée la milice des forces libanaises au moment des viols et massacres des chrétiens vivant au Sud du Liban. Proche d’Israël, il est élu président du Liban en 1982, et quelques semaines plus tard, il est assassiné avec plusieurs membres de sa famille le 14 septembre 1982.

(15) Les chrétientés d’Orient entre jihâd et dhimmitude VIIe-XXe siècle à http://biblisem.net/historia/yeorchre.htm

(16) Le dar al-islam (maison de la soumission) se distingue du dar al-harb, composé de territoires à conquérir pour les soumettre à l’islam.

(17) Le 24 janvier 2006, à Londres, la Chambre des Communes a évoqué le « génocide oublié » des Assyriens. En 1915, les deux tiers des Assyriens vivant dans l'Empire ottoman ont été tués. Stephen Pound, membre du Parlement, a demandé la double reconnaissance par les gouvernements turc et britannique du génocide des Assyriens et des Arméniens en 1915. Il « a exhorté le gouvernement britannique à demander à l'Union européenne de faire de la reconnaissance de ce génocide la condition préalable à l'adhésion de la Turquie à l'UE. La Turquie nie ce génocide, appelé seyfo par les Assyriens, au cours duquel des personnes sont mortes de faim, de soif, sans aide médicale, violées, tuées à l'arme blanche, d'autres ont été prises comme esclaves, leurs identité et religion changées ». Source : Guysen International News, 1er février 2006.

(18) A noter le rôle de l’Alliance israélite universelle (AIU) à http://www.aiu.org/

Pour la situation des Juifs à cette époque, voir David G. Littman : « Quelques aspects de la condition de dhimmi : Juifs d'Afrique du Nord avant la colonisation », in Yod (Revue des études hébraïques et juives modernes et contemporaines, Publications orientalistes de France), octobre 1976, 3 ::22-52 (Genève, Avenir, 10 mai, 1997) ; « Les Juifs en Perse avant les Pahlevi », Les Temps Modernes, 395, juin 1979 (pp. 1910-35).


(20) Yves-Maxime Danan, Quelques observations sur « Les trois exils » de Benjamin Stora, 11 janvier 2007 à http://www.guysen.com/articles.php?sid=5435

(21) Le 2 avril 1941, Rashid Ali al-Gailani arrive au pouvoir à la suite d’un coup d’Etat militaire soutenu par l’Allemagne nazie et le mufti de Jérusalem Amin al-Husseini. Les 1er et 2 juin 1941, à Bagdad, 200 juifs furent assassinés et 2 000 blessés. Environ 900 maisons et des centaines de magasins juifs ont été détruites. Ce pogrom est appelé le farhoud.

(22) Bat Ye'or, Eurabia : L'axe Euro-Arabe. Ed. Jean-Cyrille Godefroy, 2006. 347 pages. ISBN : 2865531899.

(23) Professeur américain de littérature à l’université Columbia de New-York, Edward Saïd (1935-2003) est l’auteur de L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident (Seuil, 1980). Il est à l’origine avec le chef d’orchestre Daniel Barenboïm de l’orchestre Divan occidento-oriental.
Michel Gurfinkiel, L'ascension et la chute d'Edward Saïd, RCJ, 10 octobre 1999 à http://www.upjf.org/detail.do?noArticle=5548&noCat=145&id_key=145&critere=ascension&rub=7

(24) Naissance d’une théologie chrétienne de la libération de la Palestine (p.14-p.18) et Les déchirures des chrétiens d’Orient (p.24-p.26), in L’Observatoire du monde juif, n° 6/7, juin 2003 à http://obs.monde.juif.free.fr/pdf/omj06-07.pdf

(25) Jacques Ellul (1912-1994) était un historien, théologien et sociologue français : http://www.ellul.org/ et http://www.jacques-ellul.org/

Cet article a été publié le 10 janvier 2010  puis le 13 juin 2013 à l'approche de la séance Un aller sans retour : l'exil des Juifs d'Egypte au Cercle Bernard Lazare, avec Paula Jacques et Tobie Nathan, le 13 juin 2013 à 20 h 30,  dans le cadre du Festival des Cultures Juives à Paris, les 13 et 31 juillet 2013, et - 9 mars 2015. Le 8 mars 2015, l'UPJF (Union des patrons Juifs de France) a remis le Prix du courage politique à Bat Ye'or ;
- 30 décembre 2015. Dans la nuit de Noël, à Lens et à Béziers (France), des musulmans ont protégé des églises lors de l'office de Noël. Le 26 décembre 2015, Robert Ménard, maire (proche du Front national) de Béziers, a déclaré : ""Ainsi donc la messe de Noël s'est tenue sous la prétendue 'protection' d'un groupe de musulmans dirigé par deux activistes connus pour leur engagement fondamentaliste et anti-israélien" ;
- 30 décembre 2015, 31 décembre 2016, 30 décembre 2017, 31 décembre 2018.

lundi 30 décembre 2019

A Modern Love Remarkable. Photographs from the Israel Museum


Le musée d'Israël Museum présente l'exposition « A Modern Love Remarkable. Photographs from the Israel Museum » (Un amour moderne : des photographies remarquables du musée d'Israël). Une sélection de près de 70 photographies choisies parmi les 75 000 oeuvres de la collection de son département Photographique créé en 1977. Les œuvres de photographes, européens et américains, couvrant la première moitié du XXe siècle, soit le modernisme et son influence, et abordant divers genres – paysages, portraits, nus – ou styles : pictorialisme, documentaire, conceptuel...


Berenice Abbot, Eugène Atget, Ilse Bing, Erwin Blumenfeld, Margaret Bourke-White, Bill Brandt, Gyula Halász Brassaï, Robert Capa, Marcel Duchamp, Walker Evans, Florence Henri, André Kertész, Germaine Krull, Dorothea Lange, Helmar Lerski, Dora Maar, Man Ray, Erich Salomon, August Sander, Edward Steichen, Fred Stein, Alfred Stieglitz, Paul Strand, Josef Sudek, Gerda Taro, Roman Vishniac, Weegee… Ces photographes et d’autres, européens ou américains, hommes et femmes, artistes, enseignants ou/et historiens, sont représentés dans l'exposition « A Modern Love Remarkable. Photographs from the Israel Museum » par une ou deux de leurs photographies en noir et blanc, couvrant les années 1900 à 1945 et illustrant diverses facettes du modernisme promu par Alfred Stieglitz, et sa revue pionnière Camera Work.

Un mouvement par lequel la photographie s'émancipe du pictorialisme, ou photo-secession, en revendiquant sa spécificité. C'est la "Straight Photography", ou photographie pure, qui affirme son exigence d'une image artistique exempte de "trucage" ou d'une quelconque action sur le négatif. L'image est composée par le regard du photographe et par la lumière. L'esthétique ouvre des perspectives immenses aux avants-gardes artistiques habiles à expérimenter des essais d'angles de lumières sculptant, avec les ombres, objets et visages.

L'exposition s'intéresse aussi à l'influence du modernisme au travers de différents mouvements artistiques : le surréalisme, la Nouvelle Objectivité... Le commissariat de l’exposition est assuré par Noam Gal, auteur du beau catalogue accompagnant l'exposition.

Certaines photographies proviennent de la collection privée de Noel et Harriette Levine, d’autres résultent de dons plus récents, par exemple de Gary B. Sokol, ou de legs. Toutes ont été sélectionnées parmi les 75 000 oeuvres de la collection du département Photographie, créé en 1977, du musée d'Israël. Une collection de haut niveau constituée aussi grâce aux conseils du photographe Arnold Newman.

Ces oeuvres photographiques témoignent de mondes disparus - les colporteurs et vendeurs juifs de vêtements du quartier Kazimierz à Cracovie de Roman Vishniac en 1938 -, d'une star à l'apogée de sa gloire - Gloria Swanson par Edward Steichen usant de la dentelle comme d'un tatouage sur la peau de l'actrice -, de la solitude exprimée par Jaromir Funke parant une paire de lunettes d'un jeu d'ombres et de lumières, de l'élève Ernest d'une école républicaine laïque parisienne en 1929, le Champ de Mars vu en un angle audacieux de la Tour Eiffel par le Leica d'Ilse Bing en 1931, le sens des lignes géométriques de Albert Renger-Patzsch (Arbres en hiver, 1927 ou d'Erich Salomon (Briand behind Window (French Statesmen visit Berlinfor the first time since WW1) en 1931, la lumière zénithale éclairant Penn Station vue par Berenice Abbott (1936), le lanceur sioniste de javelot musclé en Palestine mandataire magnifié en contre-plongée par Liselotte Grschebina... 

In English
« Although photography was already recognized as an independent art form towards the end of the 19th century (some 50 years after its invention), the desire to collect photographs as art objects is relatively new. In most cases, it emerged alongside the creation of museum photography departments and the gradual development of academic scholarship on the subject, beginning around the late 1970s. The passion of photography’s collectors in the late 20th century mirrors the passion of its avant-garde modernist practitioners from the beginning of the same century: a profound desire to approach the world with new visual explanations. The unusual points of view adopted by those modernist cameras would – for example – serve ideological agendas, blur the distinction between abstraction and realism, or simply challenge the truth of photographs. »

« From the broad scope of the Israel Museum’s photography holdings, this chronological display of photographs created between 1900 and 1945 presents the various facets of modernism through a flow of powerful images, together with a few focal points devoted to a single artist or phenomenon. Brief introductory notes appear at six stops along the gallery, and use of the exhibition’s audio-guide is recommended, since it offers in-depth analysis for many of the photographs. And as you take a close look at these images, perhaps ask yourself: what can a century-old photograph tell me about my own time? »

« A Modern Love presents gifts at the core of the Museum’s holdings, notably the private collection of the late Noel and Harriette Levine, which includes some of the most renowned works by American and European camera artists. Other works have arrived very recently, among them rare photographs by female avant-garde artists active in interwar Europe, gifted by Gary B. Sokol as a key addition to our collection. Such gems are now offered in a wider context of masterworks from the same period previously donated to the Museum and only rarely put on display. »


Noam Gal,  A Modern Love Remarkable. Photographs from the Israel Museum. 168 pages. 

Du 16 juillet 2019 au 5 janvier 2020
Au musée d'Israël Museum
Derech Ruppin 11. Jerusalem
Tel: 02-6708811
Dimanche, lundi, mercredi et jeudi de 10 h à 17 h. Mardi de 16 h à 21 h. Vendredi et fête de 10 h à 14 h. Samedi de 10 h 30 à 16 h
Visuels :
Catalogue
Edward Steichen, American, born Luxembourg, 1879–1973
Gloria Swanson, New York, 1924
Toned gelatin silver print
Gift of Noel and Harriette Levine, New York, to American Friends of the Israel Museum
B18.1340
Credit line

© 2019 The Estate of Edward Steichen / Artists Rights Society (ARS), New York

Alfred Stieglitz, American, 1864–1946
The Steerage, 1907; printed in or before 1913
Photogravure
Gift of Arnold and Augusta Newman, New York, to American Friends of the Israel Museum
B78.0693

Germaine Krull, born Germany, active Germany, France, Brazil, Thailand, and India, 1897–1985
Untitled (Smokestack), mid-1920s
Gelatin silver print 
Promised gift of Gary B. Sokol, San Francisco, to American Friends of the Israel Museum
L-B19.0031
Credit line
Estate Germaine Krull, Museum Folkwang, Essen

Consuelo Kanaga, American, 1894–1978
Frances with Flower, 1931–32
Gelatin silver print
Gift of Dr. Paul D. Blanc, San Francisco, to American Friends of the Israel Museum, in recognition of Noam Gal
B15.0312
Credit line:
Estate of Consuelo Kanaga

Jaromir Funke, Czech, 1896–1945
Solitude and Glasses, 1924 
Gelatin silver print
Gift of Noel and Harriette Levine, New York, to American Friends of the Israel Museum
B18.1288

Imogen Cunningham, American, 1883–1976
Magnolia Blossom, Tower of Jewels, 1925 (printed later)
Gelatin silver print
Richard Maser Purchase Fund
B79.1643
Credit line
© 2019 Imogen Cunningham Trust

Heinrich Kühn, Austrian, born Germany, 1866–1944
Three Children in a Landscape, ca. 1902
Gum bichromate print
Gift of Noel and Harriette Levine, New York,
to American Friends of the Israel Museum
B18.1287

Eugène Atget, French, 1856–1927
Hôtel d’Argouges, 16 rue Séguier (also known as Hôtel Séguier), 1900
Albumen silver print
Gift of Pamela and George Rohr, New York,
to American Friends of the Israel Museum
B11.0331

Les citations proviennent du site du musée et du catalogue.