Citations

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« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mardi 3 mars 2020

Indigo, un périple bleu


La Bibliothèque Forney, bibliothèque des arts graphiques et des métiers d’art de la Ville de Paris, présenta l’exposition éponyme. Trois cents pièces, vêtements et accessoires originaires de presque tous les continuent illustrent l’histoire de la teinture des textiles avec des « feuilles des plantes indigofères présentes dans les régions chaudes et tropicales du globe ». Un oubli notable et surprenant : le rôle des Juifs dans les activités liées à l’indigo, et l’importance de ce bleu dans le judaïsme. Le tekhelet (תכלת) est un colorant bleu foncé, nuance indigo, évoqué dans la Bible Hébraïque : construction du Tabernacle (Exode 25:4), prescription de franges bordant des vêtements dénommées tsitsit, ou ציצת (Nombres 15:38). 

Dans « l’histoire de la teinture des textiles, l’indigo occupe une place prépondérante. La couleur indigo, obtenue à partir des feuilles des plantes indigofères présentes dans les régions chaudes et tropicales du globe, a fait l’objet de bien des recherches. Transformer la feuille verte en un pigment bleu relève autant de la magie que de la chimie, d’où l’engouement que suscite cette teinture universelle ».

Plus qu’une « simple exposition, c’est une immersion dans le bleu, un voyage autour du monde dans des pays où le quotidien se teint en indigo, du Japon en Amérique, en traversant la Chine, l’Asie centrale, le Moyen Orient et l’Afrique ». 

L’exposition souligne la similarité, dans le monde, des « techniques utilisées pour décorer, tisser, broder, imprimer, laquer les textiles ».

« Trois cents pièces, vêtements et accessoires d’origines géographiques très diverses, interpellent le regard du visiteur par de flagrantes similitudes ».

Quelques exemples. « La jupe des Miao chinoises est aussi finement plissée que celle que portaient les Hongroises il y a cinquante ans et la toile de coton indigo rendue brillante grâce à un calandrage. Les lés assemblés par une broderie polychrome sont une caractéristique des jupes portées par les indiennes du Guatemala. Une technique de montage similaire se retrouve sur les tabliers slovaques ». 

L’exposition vise à « réunir des univers que souvent l’on oppose, le folklorique et l’ethnique, l’Occident et les Pays du Sud, et considérer avec la même curiosité une blouse berrichonne ou un pagne dogon ».

Rôle des Juifs
Curieusement, la commissaire de l’exposition et styliste créatrice de sa marque « À La Bonne Renommée » dotée d’une boutique dans le Marais, Catherine Legrand, qui au fil de ses voyages, acquiert et photographie « tissus, costumes, parures et photos », a omis le rôle des Juifs dans la teinture de l’indigo et l’importance du bleu indigo dans le judaïsme.

Lors de recherches archéologiques en Israël, ont été trouvées, en particulier à Tel Beth-Mirsim et à Gezer, des objets  utilisés à l’époque biblique pour teindre « des tissus et laines, souvent en bleu et pourpre, avec des teintures végétales ou animes mêlées à des minéraux et sels par un procédé chimique inconnu à ce jour ».

« Cette activité s’est développée lors des périodes mishnaïques et talmudiques, tant dans la préparation des teintures que dans la coloration des objets et vêtements. Des sources décrivent l’atelier du teinturier (MK 13 b) et ses outils, ainsi que les gants protégeant ses mains (Kelim 16 :6). Avant de mettre les ingrédients dans le creuset, le teinturier faisait un petit échantillon appelé le « goût » (Men. 42 b) ; les ingrédients étaient moulus avec un moulin manuel spécial. Certains lieux étaient connus comme des centres de teinture : Haïfa dénommée Purpurin (Pourpre), Luz où le tekhelet (תכלת) était fabriqué (Sot. 46b)".

Le tekhelet (תכלת) est un colorant bleu foncé, nuance indigo, évoqué dans la Bible Hébraïque : construction du Tabernacle (Exode 25:4), prescription de franges bordant des vêtements dénommées tsitsit, ou ציצת (Nombres 15:38). 

« Et vous donnerez parmi les Tsitsit de la frange, un Petil Te’helet ». (Nombres 15;38) "Pour tout vêtement à quatre coins que l’on porte, il existe un commandement de la Torah nous enjoignant à y déposer les fils appelés Tsitsit. Cependant, pour accomplir cette mitsva de façon complète, il nous est demandé de nouer parmi les fils blancs, un fil qui diffère de par sa couleur : le Petil Te’helet ou « Cordon d’azur ». Le Talmud dans le traité de Mena’hot (43b) apporte une précision quant à la nuance précise de cette couleur : « Rabbi Méïr avait l’habitude de dire : En quoi le Te’helet diffère t-il des autres couleurs (pour qu’il ait été choisi pour teindre l’un des fils des Tsitsit) ? C’est parce que le Te’helet ressemble à la mer, que la mer ressemble au ciel, et le ciel au Trône céleste ». Selon certains commentateurs, le rôle du cordon teint en Te’helet est de nous rappeler à tout instant la royauté de « celui qui siège sur le trône » : céleste, cette couleur dont on teint l’un de nos tsitsit se veut tremplin d’un dévoilement de la gloire de D.ieu. Pour Na’hmanide dans son commentaire sur la Torah, le rôle de ce fil teint en bleu est de nous rappeler les 613 commandements car, selon ses termes : « Chaque couleur vue de loin paraît bleuâtre, et de là vient la parenté du mot Te’helet avec le nom Takhlit (mot qui exprime le Finalité) ». C’est donc un tremplin vers la Finalité, celui pour un juif d’accomplir la volonté de D.ieu, que ce fil teint dans cette nuance si particulière. Le port du Petil Te’helet bien qu’étant une mitsva, n’entrave cependant pas le port d’un Talith dont la seule couleur des fils serait le Blanc". (HaGuesher, 9 mai 2018)

Selon le Talmud, le tekhelet était extrait d’une espèce spécifique de mollusque, le chilazon ou « ‘hilazone » (Chabbat 26a), vivant seulement entre Haïfa et Tyr. "Si elle n’était extraite de cette créature, aucune teinture d’origine minérale, végétale ou animale n’était acceptée. Cette teinture Bleue nous a malheureusement souvent fait défaut au cours de l’Histoire, son élaboration nécessitant des conditions très particulières. C’est à nouveau dans le traité de Mena’hot (44a) que nous trouvons des précisions, cette fois-ci sur la nature et les caractéristiques de cet animal marin. Voici les quelques lignes, parmi les seules de toute la littérature talmudique à nous apporter des informations claires à ce propos : « Nos sages ont enseigné : ce ‘hilazone est doté d’un corps qui ressemble à la mer, et sa physionomie est semblable à celle d’un poisson. Il remonte à la surface de l’eau une fois tous les soixante-dix ans et c’est avec son sang que l’on teint en Te’helet. C’est la raison pour laquelle son coût est élevé ». Il existe des divergences quant à la nature précise de cette créature. Nos sages indiquent qu’il s’agit d’un invertébré, dont la coquille augmente de taille avec lui. Fortes de ces informations, de nombreuses sources identifient le ‘hilazone comme étant un certain type d’escargot marin appartenant à la famille des Purpura dont il faudrait, une fois pêché, briser la coquille pour en récupérer une substance visqueuse qui servira de base à la concoction de la teinture aux couleurs du ciel. L’avis de Maïmonide (Michné Torah, Hilkhot Tsitsit, 2;2) diffère néanmoins de celui de nombre de ses pairs, et selon lui, cet invertébré n’est autre qu’un poisson dont la couleur ressemble à celle de la mer et dont le sang est noir, se rapprochant de par son teint à celui de l’encre. C’est en faisant cuire ce liquide et en y ajoutant divers composants que l’on obtiendrait alors la teinture désirée. Quant à savoir si cette créature ne remonte qu’une fois tous les soixante-dix ans, nombreux sont ceux qui s’accordent qu’il ne s’agit là que d’une métaphore pour insister sur la rareté du ‘hilazone."

"Parmi les bénédictions faites par Yaacov à ses fils avant de quitter ce monde, l’une d’entre elles attire tout particulièrement notre attention. C’est celle faite à Zevoulon, dans laquelle son père lui consacre les « Tsefounei Tmounei ’Hol », littéralement : « Les Trésors cachés dans le sable ». Le Talmud nous enseigne que le terme « Trésors » s’applique ici au ’Hilazone dont la valeur marchande très élevée, grâce au Te’helet qui en était extrait, devait apporter une large subsistance à la tribu de Zevouloun. Rachi, dans son commentaire sur le Talmud, précise qu’il est de la nature du ‘Hilazone d’émerger sur les montagnes qui bordent la mer, et Zevouloun, qui selon la tradition se serait plaint à D.ieu de n’avoir pour lot sur la terre d’Israël que des terrains escarpés et de nombreux cours d’eau, se serait vu répondre : « Tous auront besoin de toi car tu leur fourniras l’extrait du Hilazone ».

"L’avis de Maïmonide est que le ‘Hilazone se pêche dans « La Mer de Sel », terme employé pour désigner la Mer de façon générale, excluant ainsi l’idée que le ‘Hilazone pourrait se trouver dans des étendues d’eau douce. Selon cette interprétation, bien qu’une place de choix était accordée à Zevouloun dans le commerce du Tekhelet, le ‘Hilazone n’était pas l’exclusivité de son territoire. Toutefois, une délimitation plus précise nous est donnée dans le traité Chabbat (26a) quant aux zones maritimes dans lesquelles le ‘Hilazone était pêché. C’est du sud de Haïfa jusqu’au nord de Tyr (ville qui fait partie de l’actuel Liban) que naviguaient les bateaux qui faisaient la chasse au ‘Hilazone. Cette dernière, en plus d’avoir été pendant longtemps le centre de l’industrie de la teinture, était aussi l’une des villes dans lesquelles, sous l’empire romain, de la monnaie d’argent de très haute qualité était fabriquée pour le compte de l’empire. L’un des symboles que l’on pouvait alors apercevoir sur les pièces frappées à Tyr était un coquillage de forme concave, qui servait à produire des colorants qui faisaient la renommée et la prospérité de cette ville." Le rabbin Yitzhak HaLevi Herzog (1888-1959), premier grand-rabbin d’Israël en 1948, grand-père du président du parti Travailliste israélien Isaac Herzog, a affirmé dans sa thèse avoir retrouvé ce colorant.

"Il existe un débat entre les décisionnaires quant à la nuance précise de ce bleu. Selon Maïmonide, cette couleur s’apparente à celle d’un ciel dégagé en plein jour, similaire à un indigo pâle. Selon Rachi dans son commentaire sur la Torah, le Te’helet se rapproche du vert. La plupart des décisionnaires s’accordent pour situer cette nuance quelque part dans l’indigo, pâle pour certains, plus foncé selon d’autres. Le Talmud précise que le Te’helet issu du ‘Hilazone était d’assez bonne qualité pour ne pas s’altérer avec le temps. Il existait à l’époque du Talmud d’autres moyens d’obtenir de l’indigo dont les nuances se rapprochaient beaucoup de celle du Te’helet. C’est à partir de certaines plantes, nommées Kla Ilan par le Talmud et Isatis par Maïmonide, que l’on pouvait élaborer des colorants qui donnaient des couleurs similaires à celle obtenue grâce au sang du ‘HilazoneCes deux plantes donnaient toutes deux de l’indigo : l’Indigofera Tinctoria, plante qui fleurit dans des régions au climat tempéré comme dans le Nord de l’Europe, et l’Isatis Tinctoria, ou guède, plante connue pour produire un colorant bleu, et qui fleurit quant à elle dans des régions au climat chaud, comme dans certaines zones en Inde et en Chine. Fabriquer ces teintures coûtait bien moins cher que de fabriquer du Te’helet et les Juifs étaient mis en garde de ne s’en procurer que chez un Moum’hé, un homme dont la connaissance des lois et l’intégrité sont à toute épreuve. La Torah est extrêmement sévère avec celui qui porterait un fil bleu teint grâce au colorant extrait d’une plante, comparant la fourberie de cet acte à celle d’un acte de débauche commis en secret, et que D.ieu se promet de lui même démasquer."

"Sous la domination romaine, le pourpre et l’indigo étaient des couleurs jalousement gardées. Ces teintures étaient réservées à l’usage des Hauts responsables de l’Empire. Il coûtait alors extrêmement cher de s’en procurer, le Talmud allant jusqu’à dire que celui qui portait le Te’helet à Jérusalem était considéré comme un « excentrique » (Mena’hot 40a) du fait de la rareté de ce colorant."

"Dans la période antique, on trouve le signe de plusieurs décrets qui interdisent tout usage du Te’helet. C’est le général Nevuzardan, dont le nom est tristement célèbre pour avoir mis à sac Jérusalem en 586 avant l’ère moderne et détruit le premier Temple, qui le premier, rendit exclusif le port du Te’helet aux proches de la maison royale."

"Près d’un millénaire après, à l’époque des sages du Talmud – au début du Ve siècle - l’empereur romain d’Orient Théodose II (401-450) va jusqu’à condamner à mort tout celui qui ferait commerce de certaines teintures dont le pourpre et l’azur, les réservant ainsi au seul usage de sa famille et de ses proches conseillers."

"On ne trouve cependant pas dans le Talmud de signe clair de sa disparition. C’est dans le Midrach que la phrase « Hatékhelet nignaz » – le Te’helet à été caché – apparaît pour la première fois. Depuis la destruction du second Temple, en effet, la quasi-totalité des juifs était dans l’incapacité de se procurer du Te’helet. C’est de concours avec l’entrée du peuple juif dans une longue phase d’exil, que, perdant nombre de ses repères spirituels et menacé, il perdit la capacité de reconnaître avec exactitude la créature qui lui permettrait d’accomplir la mitsva de Tsitsit de façon entière."

"L’un des grands érudits et maîtres Hassidiques du milieu du 19e siècle se nommait Reb Guershon ‘Hanokh Leyner (1839-1890), aussi connu sous le nom du Admour de Rad’zin. Né d’un père lui même grand érudit et leader Hassidique, il se fait remarquer dès son plus jeune âge pour ses capacités intellectuelles remarquables et son assiduité sans faille dans l’étude de la Torah. A peine âgé de trente ans, il publie un recueil sur les lois de pureté rituelle, nommé Sidré Taharot qui jusqu’a nos jours, est considéré comme l’un des ouvrages les plus importants en la matière. C’est vers la fin de sa vie, à l’âge de quarante huit ans, qu’il se lance dans une quête acharnée, dans le but de retrouver le ‘Hilazone perdu. Fort de sa connaissance encyclopédique dans tous les domaines de la littérature juive, il écrit un livre qu’il nomme « Tsefounei Tmounei H’ol », certain de pouvoir, à la lumière de ses analyses dans toutes les sources Talmudiques et midrachiques abordant le sujet, reconnaître l’animal avec exactitude. Mais la théorie ne lui suffit pas : il entreprend alors un voyage à travers de nombreux ports pour découvrir le ‘Hilazone. C’est finalement au musée Océanique de Naples que ce dernier croit apercevoir la créature qu’il recherche. Il s’agit de la seiche commune (Sepia Officinalis), créature pourvue d’un moyen de défense naturel, qui consiste à émettre une encre de couleur bleue sombre quand elle est effarouchée ou attaquée. Rabbi Guershon Hanokh fait une expérimentation avec cette encre, et en y ajoutant certains composants, il obtient une teinture de couleur bleue sombre d’assez bonne qualité pour teindre de la laine. Cette découverte met le Admour dans un état de joie sans bornes : le temps est venu de rendre au peuple juif le joyau azuré qui manquait depuis si longtemps à sa couronne. Il écrit alors un second livre qu’il nomme Petil Te’helet, dans lequel il narre le récit de sa découverte. Mais à quoi bon avoir fait cette découverte si les juifs du monde entier ne peuvent pas en profiter ? Il entreprend alors, dès 1889, une fabrication de Te’helet à grande échelle, et un an après, des milliers de juifs le portent déjà aux quatre coins de leur vêtement. Cette tentative de réinsertion du Te’helet dans le paysage juif pratiquant ne passe toutefois pas inaperçue des grands érudits de l’époque. Nombreux sont alors ceux qui opposent au Te’helet du Admour une violente critique. Mais l’intrépidité de Rabbi Guershon Hanokh lui fait écrire un troisième livre, Ein Hatekhelet, dans lequel il repousse, s’appuyant sur de nombreux textes, les condamnations à l’égard de son ‘Hilazone. Le mouvement, malgré les oppositions, ne fait que s’étendre, et c’est la mort brutale de son initiateur, à cinquante et un ans, qui en stoppe l’essor."

"Parmi les différentes propositions faites quant à l’identité exacte du ‘Hilazone, de nombreux chercheurs s’accordent aujourd’hui à dire que le Te’helet provenait du Murex Trunculus, sorte de coquillage dont une substance est extraite de glandes situées dans la partie supérieure de la cavité de ses ouïes. Ce coquillage, bien que connu pour donner un colorant de qualité, donne un colorant violet, et c’est l’une des raisons pour laquelle le premier Grand Rabbin d’Israël, le Rav Its’hak Halévy Herzog le repoussa en 1913 dans son ouvrage sur le Te’helet, poétiquement nommé « Le Bleu d’Israël », avec lequel il soutint sa thèse de Doctorat."

"C’est des dizaines d’années après, au début des années 80, que le Professeur Otto Alsner de l’institut Shenkar de Ramat-Gan, fit une découverte qui allait rendre au Murex Trunculus tout son intérêt. En plaçant la substance violine extraite du Murex au soleil, le Professeur remarqua qu’elle virait au bleu, et le ton du bleu nouvellement obtenu correspondait en tous points à celui espéré : un bleu clair, se rapprochant de celui d’un ciel dégagé en plein jour, colorant d’assez bonne qualité pour ne pas s’altérer avec le temps. Depuis, de nombreuses fouilles archéologiques en Israël ont mis au jour des vêtements et tentures, de couleur bleue, et avec elles de nombreux coquillages du type Murex Trunculus."

"Aujourd’hui, forte de ces découvertes, une véritable industrie du Tekhelet voit le jour en Israël, mais la plupart des grands décisionnaires, dont le Rav Elyachiv Zatsal, ne portaient pas des fils de cette couleur aux coins de leur vêtement."

"Le problème majeur concernant cette créature étant, comme le fit remarquer le Rav Yossef Dov Halévy Soloveichik zatsal, qu’elle n’a jamais cessé d’exister ; pourtant, aucun des sages des époques précédentes ne s’y est véritablement intéressé. Le Rav Elyachiv, dans une lettre ayant pour objet le Murex Trunculus, s’interroge : « Je ne sais, dit-il, si l’argument du Rav Soloveichik prend en compte une possible découverte scientifique », pour ajouter ensuite : « Nous ne sommes pas assez clairs sur certaines parties du processus d’élaboration de la Teinture, car il diffère que l’on suive l’avis de Rachi ou du Rambam… » Le Rav adresse toutefois à la fin de sa lettre une prière à D.ieu, pour qu’il nous envoie celui qui répondra à toutes nos interrogations."

Yoël Guberman est responsable de l'Institut Petil Tekhelet, dont l'usine située à Kfar Adoumim (Israël )produit le colorant bleu issu du coquillage Murex Trunculus. Il a déclaré : "On estime aujourd'hui à presque cent mille le nombre de Juifs à travers le monde qui portent sur leurs Tsitsit le colorant bleu issu du Murex Trunculus. De tous les ports de la Méditerranée en mesure de nous en fournir. Certains de nos fournisseurs sont également aux abords de la mer Adriatique, dans laquelle ce type de coquillage se trouve en abondance. L'un des grands érudits du monde sépharade actuel et sommité en Halakha, le rav Méir Mazouz, Roch Yéchivat Kissé Ra'hamim à Bné Brak, est l'un de ceux qui soutiennent notre démarche. Il a souvent abordé ce sujet dans ses cours hebdomadaires et conseille de porter le Tekhelet issu du Murex Trunculus. Nous avons aussi l'appui d'autres rabbanim. Nous vendons des fils bleus dans le monde entier. Nous organisons régulièrement des visites de notre usine" (HaGuesher, 9 mai 2018).


En décembre 2013, un tissu vieux de près de 2 000 ans a été trouvé près de la mer Morte. C'est ma troisième pièce découverte contenant des restes de tekhelet. "finding was revealed on Monday at a special conference held in Jerusalem to mark the 100th anniversary of the publication of the doctorate of Rabbi Yitzchak Halevi Herzog, the former chief rabbi of Israel, on the subject of tekhelet. In attendance were many of the former chief rabbi’s grandchildren, including the keynote speaker, Isaac Herzog, the new chairman of the Labor Party.

"Announcing the discovery, Dr. Na'ama Sukenik, a curator at the Israel Antiquities Authority, said the tiny piece of fabric had been discovered in the 1950s in a cave at Wadi Murba’at, where Jewish fighters hid during the Bar Kokhba revolt in the second century. As part of her doctoral dissertation at Bar Ilan University, Sukenik recently tested the color found in the fabric and was able to determine that it was derived from the Murex trunchular, a mollusk widely believed to be the marine animal known as the khilazon in the Talmud -- the source of the rare blue dye."

"To this day, scientists and scholars have not reached a consensus on whether tekhelet was a light sky-blue color, as most modern day experts on the subject now believe, or a darker, more purple-hued blue. The shade discovered on the piece of fabric tested by Sukenik was sky blue. The tassels on the fragment were spun in a way that was common in Israel in ancient times, she said, demonstrating that the dye was locally produced."

“I think this is a fascinating finding,” said Baruch Sterman, a physicist and world expert on snail dying, who is also the author of “The Rarest Blue,” a recently published book on the subject.  “Here we have evidence that in Israel, in the second century, they had the technology to dye blue using murex, and there was an entire industry in Israel that had all this advanced technology.” Sterman is also the cofounder of the Ptil Tekhelet Association, an Israeli-based non-profit that produces its own line of tzitzit dyed with the biblical blue color, which its members extract from snails and process by hand."

"The reason so few remnants of the dye exist from ancient times, said Sterman, is that the fragments were very fragile. “This was an industry that was lost 1,300 years ago, so if we’re going to find any remnants, they have to be at least 1,300-1,500 years old. The chances of finding them are miniscule," he added, "because the climate is so dry by the Dead Sea and because of the chemicals in the air there, you can find things older there than in other places." There is no evidence, he said, that other two pieces of fabric containing the blue dye derived from the murex were produced in ancient Israel. One fragment, containing a light blue color, was discovered in the Pazyrik region of Russia, and the other, containing a darker blue, was discovered during the Masada excavations. The fragment discovered in Masada, he said, may not necessarily have been produced locally."


En 2018, à Jérusalem (Israël), le musée des Terres bibliques avait présenté l'exposition "Out of the Blue | From the Depth of the Sea to the National Flag". "An Exhibition which follows the thread of the mysterious blue color, tekhelet, from the Mediterranean shores over 3,500 years ago to the national colors of the State of Israel. What is the secret of Tekhelet and Argaman, two precious colors which have held great significance for generations and up to present day?"

"Out of the Blue showcases unique archeological and historical items of profound cultural significance. The exhibition will display for the first time two-thousand-year-old tekhelet and argaman dyed fragments of textiles found in the caves of the Judean Desert and Masada. Also on display: a unique crown embedded with the rare lapis lazuli gemstone, the only known jar in the world that was painted entirely in purple, featuring royal inscriptions of Darius I, king of Persia, in four languages, and fascinating archaeological evidence for the purple dye industry from Tel Shikmona and Tel Dor. Finally, visitors to the exhibition will see rare prayer shawls and historic flags as Israel celebrates its 70th anniversary year."

Après la révolte de Bar Kokhba (132-135 de l’ère commune), la teinture s’est développée à Lydda et à Beth-Shean, deux centres importants de tissages.

Au Moyen-âge, "l’habileté des Juifs dans ces techniques artisanales étant connues depuis longtemps, dans le bassin méditerranéen, la préparation des couleurs et la teinture des vêtements était principalement assurée par des Juifs. Une activité souvent méprisée et donc vue comme un élément de l’humiliation infligée au peuple Juif. Le commerce Juif des colorants s’est développé. Des marchands Juifs ont importé le réséda, plante tinctoriale, de l’Inde orientale, via l’Egypte et la Tunisie, vers l’Italie et l’Espagne, et exporté le safran de Tunisie vers l’Europe méridionale. Le commerce en indigo entre l’Egypte et l’Europe était connu sous le nom de alnili (nil signifiant indigo). Le prix de l’indigo était élevé en raison de la forte demande, tant en Occident prisant le bleu qu’en Syrie". Un "marchand Juif de Kairouan a écrit à son ami en Egypte que seul l’indigo de la meilleure qualité de Sicile pouvait être vendu".

Benjamin de Tudèle "a découvert des Juifs impliqués dans la teinture en Eretz Israël : Jérusalem, Jezreel, Lydda, Bethlehem, Bet Nubi. Au XVIe siècle, l’essor de Safed, « ville bleue des cabbalistes », dans le tissage de la laine est lié à celui de la teinture de vêtements".

Autres centres de cette activité tinctoriale : Séville, Saragosse – pendant et après l’occupation musulmane -, Montpellier.

Les Juifs ont aussi développé les usines de teinturerie, en particulier en Grèce et en Italie (Brindisi, Benevento, Salerno, Agrigento, Trani, Cosenza). Dans ces lieux, la teinturerie était parfois le centre du quartier Juif, avec la synagogue .

Au XIIIe siècle, les Juifs originaire de Djerba (Tunisie) se sont installés à Palerme (Sicile) dominée par les Normands. Ils ne se mêlent pas avec les Juifs autochtones, et obtiennent du roi Frédéric II l’autorisation de cultiver l’indigotier et le henné, deux plantes colorantes.

Dans l’empire ottoman, les communautés juives ont aussi excellé dans la teinture : Salonique, Constantinople. Mais sans pouvoir rivaliser avec Venise et Ancône.

Les Juifs de Brest-Litovsk (Biélorussie) sont aussi réputés dans cette activité, comme ceux de Pologne et Lituanie.

En Amérique, les plantations d’indigo ont été introduites en Géorgie au XVIIe siècle, et Moses Lindo, Juif sépharade né à Londres, a investi des sommes importantes dans la culture de l’indigo en Caroline du sud en 1756. Ce propriétaire de champs d’indigotiers a fait construire une fabrique d’indigo. Il a fait de « Charleston un centre du commerce et d’exportation d’indigo  ».


Au XIXe siècle, Levi-Strauss (1829-1902) teinte ses pantalons, les jeans, en couleur indigo .

Signe de la persistance de cette activité par les Juifs du Proche-Orient : ils sont surnommés Zebag (teinturier). A Damas, au milieu du XIXe siècle, 70 des 5 000 Juifs étaient teinturiers.

"Denim: Fashion's Frontier"
The Museum at FIT (Fashion Institute of Technology) présenta l'exposition Denim: Fashion's Frontier.

"Les secrets de l'Indigo"
Arte diffusera les 2 et 4 mars 2020 "Les secrets de l'indigo" (Die Hüterinnen der Farbe) de Janina Möbius. "Depuis l’Antiquité, l’indigo compte parmi les colorants les plus appréciés pour les textiles. Mais, concurrencé par son équivalent synthétique, l’indigo naturel, qui nécessite une main-d’œuvre nombreuse et donc coûteuse, décline peu à peu."

"Dans le village de Santiago Niltepec, dans le sud du Mexique, Octaviano Pérez Antonio continue d’extraire la teinture de l’arbuste homonyme selon un processus manuel complexe. Si l’indigo est essentiel aux artisans du village de Hueyápan, qui l’utilisent pour teindre les fils de leurs costumes traditionnels, les échoppes locales sont désormais inondées de textiles bon marché. Attachée à la préservation de ce patrimoine, Cecilia Lino Bello continue de le défendre dans sa boutique d’artisanat."


"Les secrets de l'indigo" de Janina Möbius
Allemagne, 2019, 43 min
Sur Arte les lundi 2 mars à 15:45 et 4 mars à 12 h 05
Disponible du 28/02/2020 au 28/05/2020

Jusqu’au 2 mai 2015
Hôtel de Sens
1, rue du Figuier. 75004 Paris
Tél. : 01 42 78 14 60
Du mardi au samedi de 13h à 19h

Visuels :
Teinturière un « brin d’indigo » dans la main – Guizhou,  CHINE 
© Catherine Legrand

Tissus teints à l’indigo de diverses provenances : Japon, Chine, France, Mali, Nigeria, Guatemala 
© Catherine Legrand

Manteau de femme Tekke – TURKMENISTAN 
© Catherine Legrand

Jupe portefeuille en coton indigo plissé, de la minorité Miao – Guizhou, CHINE 
© Catherine Legrand

Les mains d’un teinturier-imprimeur autrichien tenant deux blocs de pigment indigo indien
© Catherine Legrand

Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent du dossier de presse et de sites Internent vers lesquels renvoient des liens hyptertexte. Cet article a été publié sur ce blog le 1er mai 2015.

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