mardi 2 février 2016

« Shoah, les oubliés de l’histoire », par Véronique Lagoarde-Ségot


Histoire diffusera les 27 janvier à 20 h 40, 4 février à 23 h 35, 7 février à 0 h 55, 23 février 2016 à 2 h 55 « Shoah, les oubliés de l’histoire » (Die Grauen Der Shoah, Dokumentiert Von Sowjetischen Kameramännern), documentaire par Véronique Lagoarde-Ségot. Des images filmées par les cameramen de l'Union soviétique au fil de l'avancée de l'Armée rouge et des découvertes de la Shoah. "Témoignages de l'indicible horreur de la Shoah, les images de la libération des camps se sont imprimées dans la mémoire collective. Mais qu'en est-il des trois millions de juifs qui périrent sur le sol soviétique ? Le 22 juin 1941, Hitler lance la Wehrmacht à l'assaut de l'URSS, faisant voler en éclats le pacte germano-soviétique signé en août 1939. Dès le début de l'offensive, Staline mobilise le pouvoir de l'image pour dresser la patrie contre l'envahisseur. Il dépêche sur le front des opérateurs de prises de vues tels que Roman Karmen, Otilia Reisman ou Mark Troïanovski. Armés de leurs petites caméras Eyemo, ils filment l'immense désolation des territoires foulés par l'ennemi. Amorcée à la fin de l'année 1941, la reconquête révèle l'ampleur du crime : dans le sillage de l'Armée rouge, les opérateurs découvrent les traces des exécutions de masse perpétrées par les Einsatzgruppen - ou groupes mobiles d'intervention -, avec la collaboration de nationalistes des pays baltes et d'Ukraine, contaminés par la théorie du "complot judéo-bolchevique". Pourtant, ce n'est qu'en recoupant leurs images avec celles des Allemands qu'apparaît la spécificité du génocide juif. Car rapidement, la propagande stalinienne s'emploie à gommer la judéité des victimes, à universaliser le martyre, pour fédérer le peuple dans la lutte contre le IIIe Reich. Narré par l'actrice Anna Mouglalis, ce documentaire présente des extraits des bandes tournées par les Soviétiques pendant toute la durée du conflit. Des images exceptionnelles, restées quasiment inexploitées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui documentent pourtant la Shoah à l'Est. Tout en éclairant les intentions politiques qui les sous-tendent, Véronique Lagoarde-Ségot restitue, à travers ces témoignages bouleversants, un pan longtemps tombé dans l'oubli de l'extermination du peuple juif".

Témoignages bouleversants – images en panoramique des fours crématoires, aux pieds desquels le sol est jonché de tas d’ossements et de cendres humains - « de l’indicible horreur de la Shoah, les images de la libération des camps se sont imprimées dans la mémoire collective. Mais qu’en est-il des trois millions de Juifs qui périrent sur le sol soviétique ? »

Pour le 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale et l’ouverture des camps par les Alliés, le Mémorial de la Shoah a proposé l'exposition Filmer la guerre : les Soviétiques face à la Shoah (1941-1946) exceptionnelle consacrée à l’étude des images de la Shoah filmées par les opérateurs soviétiques, à leur réception et à la manière dont ces films ont forgé la perception de la Shoah et de la Seconde Guerre mondiale. Il dévoile des images, souvent inédites, filmées par les Soviétiques sur l’ensemble du Front Est. Une exposition dense complétée par un mini site Internet.

« Dans les fosses, les cadavres n’ont plus de voix pour dire leur singularité ». Sur un texte lu par l’actrice Anna Mouglalis, ce documentaire « présente des extraits des bandes tournées par les Soviétiques pendant toute la durée du conflit », et plus d’un an avant la découverte du camp de Buchenwald par l’armée américaine. 
« Des images exceptionnelles, restées quasiment inexploitées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui documentent pourtant la Shoah à l’Est » de l’Europe. 

« Tout en éclairant les intentions politiques qui les sous-tendent, Véronique Lagoarde-Ségot restitue, à travers ces témoignages bouleversants, un pan longtemps tombé dans l’oubli de l’extermination du peuple Juif ».

Véronique Lagoarde-Ségot avait co-assuré le montage de Cinq caméras brisés, documentaire « franco-israélo-palestinien » écrit et réalisé par Emad Burnat et Guy Davidi (2011), sélectionné aux Oscars en 2013.

Une judéité occultée
Au début du XXe siècle, une majorité des Juifs d'Europe de l'Est vivent Ukraine, Lituanie et Pologne. Les Juifs de l'empire russe subissent des pogroms, etc.

Après la révolution russe de 1917, les Juifs se voient dotés de droits, les synagogues sont nationalisées, un Conseil des affaires Juives  est constitué.

Le 22 juin 1941, Hitler « lance la Wehrmacht à l’assaut de l’URSS, faisant voler en éclats le pacte germano-soviétique signé en août 1939 » avec le IIIe Reich. L'armée allemande bombarde, pillent, brûlent villages et habitants... La frange occidentale de l'URSS est vite occupée par le IIIe Reich. Pour des habitants d'Ukraine et des pays Baltes, l'arrivée des Allemands est saluée en raison des aspirations nationales, du ressentiment à l'égard du stalinisme.

« Dès le début de l’offensive, Staline mobilise le pouvoir de l’image pour dresser la patrie contre l’envahisseur » nazi. Les Soviétiques maîtrisent l'outil cinématographique.

Le dictateur de l’Union soviétique « dépêche sur le front des opérateurs de prises de vues tels que Roman Karmen, Otilia Reisman ou Mark Troïanovski. Armés de leurs petites caméras Eyemo, ils filment l’immense désolation des territoires foulés par l’ennemi ». Ils sont "l’œil du Kremlin".

"L'image se met au service du drapeau". Blessés russes, désolation des Russes, armée russe désorganisée, incendies... Les opérateurs russes filment non pas des "images positives", mais celles de désastres. Tri et montage des images constituent la deuxième étape, avant leur projection dans les salles de cinéma.

« Amorcée à la fin de l’année 1941, la reconquête révèle l’ampleur du crime : dans le sillage de l’Armée rouge, les opérateurs découvrent les traces des exécutions de masse - de Juifs, d'handicapés mentaux, d'"opposants", etc. - perpétrées par les Einsatzgruppen – ou groupes mobiles d’intervention –, avec la collaboration de nationalistes des pays baltes et d’Ukraine, contaminés par la théorie du « complot judéo-bolchevique ». Les crimes de masse se font au vu et au su de tout le monde. Aux abords des ravins, des fossés, les Einsatzgruppen font déshabiller les civils, les tuent, puis recommencent avec d'autres groupes humains. N’oublions pas que des Einsatzgruppen comptaient dans leurs rangs des musulmans d’URSS incités à rejoindre les Forces de l’Axe par le grand mufti de Jérusalem al-Husseini.

Les combattants russes luttent pour leur patrie et pour Staline, le "petit père du peuple". Les "films servent à alimenter la haine". Avec la reconquête territoriale de zones précédemment occupées par l'armée allemande, l'Armée soviétique découvre l'horreur. Des images prises en un hiver particulièrement rigoureux. Un plan montrant une étoile juive sur une victime est écarté du montage des images prises par les cameramen russes. De gros plans "capturent l'émotion" des villageois. En Ukraine, des milices locales, antisémites, collaborent avec les nazis aux massacres de Juifs. Les caméras allemandes filment les violences subies par les Juifs. Des images de Juifs dans les ghettos ramènent du néant des visages émouvants. "C'est le silence complet", constate Vassili Grossman devant ces territoires Judenrein.

Après la victoire de Stalingrad, l'Armée rouge s'achemine vers de nouvelles victoires. Les images des cinéastes illustrent les figures de héros russes.

Souvent Juifs, des travailleurs forcés sont contraints par les Nazis d'effacer les traces des massacres commis par l'occupant allemand. Les rescapés de ces groupes de travailleurs forcés expliquent à l'Armée rouge les techniques de construction d'un brasier, l'utilisation de machines pour broyer les os des victimes, etc. Exhumations, collectes de preuves et témoignages, évaluations des préjudices... L'heure est aux premiers procès de l'Etat nazi, criminel, poursuivi pour "crimes contre le peuple" en Union soviétique. L'heure est aussi à l'enterrement des cadavres dans des cimetières emplis de croix filmés par les cameramen soviétiques.

« Pourtant, ce n’est qu’en recoupant leurs images avec celles des Allemands qu’apparaît la spécificité du génocide Juif ». 

« Car rapidement, la propagande stalinienne s’emploie à gommer la judéité des victimes, à universaliser le martyre, pour fédérer le peuple dans la lutte contre le IIIe Reich ».

Dans la marche vers Berlin, en 1944, les cameraman filment les parades militaires, les accueils enthousiastes, avancées glorieuses.

En découvrant les camps nazis d'extermination, les cameramen découvrent l'ampleur de la tragédie subie par les Juifs. Des opérateurs mettent en scène l'arrivée de l'Armée rouge dans les camps, alternent les champs/contre-champs, plans larges et rapprochés. Ils filment les peignes, chaussures, cheveux, et talits, châles juifs de prières, mais ceux-ci sont écartés du montage du film. La diversité nationale est soulignée par le commentateur.
  
  
« Shoah, les oubliés de l’histoire », par Véronique Lagoarde-Ségot
Mélisande Films, Sophie Faudel, 2014, 53 min

Visuels 
© Akg-images/RIA Nowosti
© Mélissande Films
Les citations proviennent d'Arte et du documentaire. Cet article a été publié le 10 novembre 2015.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire