vendredi 7 octobre 2016

1940-1945 une « chevalerie exceptionnelle », Romain Gary présente les Compagnons de la Libération

La Mairie du IXe arrondissement de Paris a accueilli l'exposition Résister ! Les Compagnons de la Libération 1940-1945, proposée par le Musée de l'Ordre de la Libération. Dans le cadre du 70e anniversaire de l’appel du général de Gaulle le 18 juin 1940 et du 30e anniversaire de la mort de Romain Gary (1914-1980), la Fondation Charles de Gaulle, le ministère français de la Défense (Secrétariat d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants) et la Chancellerie de l’Ordre de la Libération ont proposé l’exposition itinérante éponyme reprenant la formule du général. Rappelant le contexte de la défaite française, cette exposition didactique reprend les réponses inédites aux 43 questions adressées par l’écrivain Romain Gary à certains de ses frères d’armes, Compagnons de la Libération, pour évoquer les résistances, intérieure et extérieure, au régime de Vichy et à l’occupation nazie, les valeurs et le patriotisme de ces combattants. Le 6 octobre 2016, les Rendez-vous d'Histoire de Blois proposeront la table-ronde "Partir pour résister : la résistance extérieure des Français Libres" : "La résistance extérieure des Français libres impliquait de partir de France pour continuer le combat. Engagés sur tous les fronts, ces exilés volontaires eurent également le souci de maintenir un lien avec la France occupée". Le modérateur en sera Robert BRESSE, Président de la Fondation de la France Libre, Robert BELOT, Professeur des universités, Jean-François MURACCIOLE, Professeur des universités, Guillaume PIKETTY, Professeur d'histoire à Sciences Po Paris, Sébastien ALBERTELLI, Agrégé d'histoire.

Pierre Clostermann (1921-2006)
Romain Gary, des « Racines du ciel » à « La Vie devant soi »
Max Guedj (1913-1945), héros méconnu de la France libre

« Ceux de Normandie-Niémen » d’Yves Donjon


Quatre-vingt cinq témoignages écrits et sonores de Compagnons de la Libération soulignant leur patriotisme, leur peur et leur courage, 250 photos, cinq films dont deux projections sur grand écran, des cartes, une borne interactive, des panneaux historiques bilingues français-anglais visent à sensibiliser un public de tout âge à cette épopée.

En forme d’une Croix de Lorraine lumineuse, le parcours débute et s’achève par des espaces dévolus à Romain Gary.

L’axe majeur précise le contexte historique, la défaite française contre l’armée allemande, l’instauration du régime de Vichy, les premières résistances, à l’intérieur et à l’extérieur de la France, le premier statut des Juifs en 1940, rend hommage à des figures historiques (Jean Moulin, Félix Eboué)…

« Le plus grand moment de ma vie, ce fut la Croix de la Libération » (Romain Gary)

Romain Gary naît Roman Kacew en 1914, dans une famille juive de Vilno (Lituanie).

Son enfance est marquée par la Première Guerre mondiale : exode contraint vers la Russie, père enrôlé dans l’Armée russe et dont la trace est perdue. Dotée d’une grande volonté, sa mère « devient son unique repère », l’entourant « d’un amour débordant et exigeant ».

Tous deux fuient à Varsovie (Pologne), et arrivent en France où ils s’installent à Nice en 1928. Romain découvre la France dont il a tant rêvé.

Soldat en 1939, il est fasciné par les aviateurs, Guynemer, Mermoz, et par le journaliste et écrivain Kessel. Il postule à une préparation militaire supérieure à l’Ecole de l’Air.

En 1940, après la défaite de la France, il rejoint Londres et le général de Gaulle, via Casablanca (Maroc).

Il choisit comme nom de guerre « Romain Gary » (en russe, « Brûle ! »). Un pseudonyme qu’il gardera ce nom toute sa vie. La « France Libre devient sa seule famille lorsqu’il apprend le décès de sa mère, malade, en 1941 ».

Romain Gary est affecté au groupe de bombardement Lorraine. Début 1944, Romain Gary, observateur-navigateur, et son pilote Arnaud Langer sont blessés lors d’une mission de bombardement sur la France et accueillis à leur retour à la base en héros. La Croix de la Libération leur est attribuée le 20 novembre 1944.

Suivant l’injonction maternelle qui prédisait un destin d'ambassadeur, Romain Gary entame en 1945 une carrière diplomatique et publie Education Européenne, premier roman d’une œuvre diverse. Deux de ses œuvres – Les racines du ciel (1956) et La vie devant soi (1975) signé Emile Ajar - seront exceptionnellement récompensées par le Prix Goncourt.

En 1976, l’éditeur Lattès lui commande un livre sur les Compagnons. Enthousiasmé par le projet, Romain Gary élabore un questionnaire : il cherche à découvrir leurs « leviers intérieurs », les éléments qui les poussèrent à résister. Questions : « A quel moment avez-vous pris votre décision de continuer la lutte ? L’appel du général de Gaulle a-t-il été déterminant ou simplement propice ? », « Certains compagnons indiquent qu’ils n’acceptaient pas d’être vaincus. Pouvez-vous indiquer votre point de vue ? », « Si vous écriviez un livre sur les Compagnons de la Libération, que souligneriez-vous plus que tout le reste ? »…

Il demande à Jérôme Camilly, journaliste-reporter, d’enquêter auprès de ses frères d’armes. Il songe à trouver dans ce thème une source d’inspiration. Le projet n’aboutira pas. Ce questionnaire, des témoignages confiés et les écrits de Compagnons constituent le fil du parcours de cette exposition.

Publié quelques mois avant sa mort, Les Cerfs-volants, dernier roman de Romain Gary, porte sur cette période matrice dans sa vie.

Romain Gary se suicide le 2 décembre 1980.

L’Ordre de la Libération
Le 16 novembre 1940, le général de Gaulle crée L’Ordre de la Libération pour « récompenser les personnes ou collectivités militaires et civiles qui se sont signalées de manière exceptionnelle dans l’œuvre de Libération de la France et de son Empire. Il puise dans l’histoire de France et de la chevalerie le modèle qui l’inspire. Plus qu’une simple décoration, c’est une véritable phalange de combattants exceptionnels, réunis en un même combat, qu’il veut susciter ».

Le général de Gaulle « répugne à décerner la Légion d’Honneur, largement attribuée par Vichy et dont le Maréchal Pétain a reçu le collier de Grand Maître le 26 juillet. Il connaît les vertus de l’émulation et souhaite mettre en exergue des figures de courage et d’action au service de la libération de la France et de son Empire ».

Il entend distinguer les résistants, peu nombreux, l’ayant rallié dans des circonstances difficiles, venus d’horizons variés, unis par leur amour de la France, la volonté de la libérer de l’occupant nazi, le rejet du gouvernement de collaboration dirigé par le maréchal Pétain, et résistant dans la France Libre et la Résistance intérieure.

En « instituant leur ordre, le général de Gaulle a redonné tout son sens au mot de ‘compagnon’ et réinventé cette fraternité sur laquelle notre République s'est construite ».

Au total, 1038 personnes, de tous horizons, cinq communes (île de Sein, Vassieux-en-Vercors) et 18 unités combattantes, sont décorées de la Croix de la Libération. Parmi elles, six femmes, dont Berty Albrecht, et 25 nationalités sont représentées (le général Dwight Eisenhower, Winston Churchill, S.M. Mohammed V). Notons que 238 Croix sont attribuées à titre posthume. En 1945, 720 Compagnons étaient vivants. Le romancier et ministre André Malraux (1901-1976), célèbre Compagnon, écrit : « L’Ordre est un cimetière. Nous parlons au nom de nos survivants, qui parlent au nom de leurs morts, qui parlent au nom de tous les morts ». Evoquons la mémoire du Wing Commander de la RAF Max Guedj (1943-1945) et de Pierre Clostermann, as du "Grand  cirque".

Après guerre, l’Ordre donne à la France 36 ministres, 71 députés, 13 sénateurs, 34 maires, 80 officiers généraux ou amiraux et trois maréchaux de France. Citons le juriste et Prix Nobel de la Paix 1968 René Cassin ou François Jacob (jeune médecin militaire et Prix Nobel de Physiologie en 1965).

Le projet de l’insigne – Croix de la Libération, seul grade – est « réalisé par le capitaine des Forces françaises libres Tony Mella et la maquette est exécutée par la succursale londonienne du joaillier Cartier. Les couleurs du ruban ont été choisies de façon symbolique : le noir, exprimant le deuil de la France opprimée par les envahisseurs, le vert, exprimant l'espérance de la Patrie ».

Au « revers de l'écu, est inscrite en exergue la devise « PATRIAM SERVANDO - VICTORIAM TULIT » (« En servant la Patrie, il a remporté la Victoire ») ».

Des Compagnons de la Libération
Interrogés par un des leurs, ces Compagnons répondent avec précision, sincérité et modestie. Leurs témoignages, écrits ou sonores, sont rendus publics pour la première fois.

A la question : « Aviez-vous plutôt le sentiment d’être guidé par votre sens de l’honneur humain en général, de la dignité humaine, ou par des considérations strictement nationales ? », Pierre Dureau répond : « J’étais de famille chrétienne. Le nazisme, c’est la négation du christianisme, au même titre que l’antisémitisme ». Quant à Jacques Baumel, il se souvient : « Méfions-nous des grands mots ! J’ai été guidé par le respect de l’homme, le respect de la dignité humaine, de la liberté. J’exècre ces deux régimes, puisque je ne les mélange pas, le régime nazi et le régime de Vichy. L’un étant cruel, l’autre fourbe »

A la question : « Pouvez-vous donner un aperçu des périls que vous avez courus, de ce que vous pouvez considérer comme « victoire personnelle » dans ces actions ? », José Aboulker répond :
« La seule victoire personnelle, au moment du débarquement allié à Alger, c’était de ne pas avoir abandonné le soir du 7 novembre notre entreprise qui paraissait vouée à l’échec. Sur les 800 camarades qui devaient faire la prise insurrectionnelle d’Alger, la moitié ont manqué. En face de nous, il y avait les chefs vichyssois qui avaient pris l’habitude de la défaite : j’étais sûr que nous l’emporterions ».
L’exposition « fait résonner encore la mémoire de ceux qui ont combattu pour elle et vise à sensibiliser les jeunes générations à l’engagement de ceux qui ont combattu pour une France libre ».

Jusqu’au 4 juillet 2010
Sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris (75004)
Ouverture tous les jours de 10 h à 20 h
Entrée libre

Visuels de haut en bas :
Affiche. (© DR)

1943, en Grande-Bretagne, au groupe de bombardement Lorraine. Romain Gary et son pilote, Arnaud Langer, dont il a enfilé le blouson. (© Musée de l’Ordre de la Libération)

Août 1945, à Nancy. Le Capitaine Romain Gary vient de recevoir la Croix de la Libération. (© DR)

Sur le décret d’attribution de la Croix de la Libération, les deux noms de Romain Gary et d’Arnaud Langer, son pilote, sont réunis comme dans le danger. (© Service Historique de la Défense)

Le général de Gaulle portant la Croix de la Libération, le 14 juillet 1941, à Brazzaville. En retrait, le général de Larminat. (© Musée de l’Ordre de la Libération)

La croix de l’Ordre de la Libération (© Musée de l’Ordre de la Libération)
Cet article a été publié le 24 juin 2010, puis le :
- 8 mai 2013 pour le 68e anniversaire de la victoire du 8 mai 1945, 
- 26 mai 2013 alors que France 3 diffusait Alias Caracalla, au coeur de la résistance, d'Alain Tasma.
Il a été modifié le 14 janvier 2011 ;
- 19 juin 2014.
Les citations sont extraites du dossier de presse et du site de l'Ordre de la Libération

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