dimanche 15 octobre 2017

« Stéphane Hessel - L´homme d´un siècle » par Hans Helmut Grotjahn et Antje Starost


Arte diffusera le 15 octobre 2017 « Stéphane Hessel - L´homme d´un siècle » (Empört Euch! Engagiert Euch! - Stéphane Hessel) par Hans Helmut Grotjahn et Antje Starost. « Sept ans après la publication du manifeste phénomène "Indignez-vous !", ce documentaire dresse le portrait de son auteur, humaniste profondément engagé », en fait un imposteur, « disparu en 2013 à l'âge de 95 ans ».


« Plus de quatre ans après la disparition de Stéphane Hessel, homme charismatique et résolument optimiste, animé par une foi inébranlable dans le droit international, ce documentaire se penche sur son parcours et sur l’héritage qu’il a légué à la postérité ».
   
De Berlin à Paris
Stéphane Hessel naît à Berlin en 1917 dans une famille protestante luthérienne polonaise. Son père Franz Hessel, essayiste et traducteur allemand, est le troisième fils d'Heinrich Hessel, Polonais protestant d'origine juive, et commerçant de graines fortuné. Issue d’une famille silésienne bourgeoise antisémite, sa mère Helen Grund inspirera le personnage de Catherine dans « Jules et Jim », du romancier et marchand d’art Henri-Pierre Roché.

En 1925, Stéphane Hessel arrive en France avec sa mère, correspondante de mode du journal Frankfurter Zeitung. Il fait la connaissance de  Marcel Duchamp, Man Ray, Le Corbusier, Philippe Soupault, Jules Pascin, Calder, Picasso, Max Ernst et André Breton.

Bachelier en 1933, normalien comme étranger en 1937, polyglotte, il obtient la même année la naturalisation française.

Il « incarne l’intellectuel européen par excellence, avant que la guerre ne le rattrape ».

Guerre
A l'été 1939, Stéphane Hessel épouse Vitia, jeune juive russe, interprète de conférences et dont le père est Boris Mirkine-Guetzevitch, professeur renommé de droit constitutionnel en France. La judéité de l’épouse suscite l’hostilité de la mère de Stéphane Hessel. Après la Libération, le couple Hessel a trois enfants : Anne, Antoine et Michel.

Stéphane Hessel traverse la guerre sans avoir combattu. Il est interné dans un camp de prisonniers militaires à  Bourbonne-les-Bains, et s’en évade avec le capitaine Segonne qui l’informe de l'appel du général de Gaulle.

Ayant rejoint la France en 1938, Franz Hessel et son fils Ulrich subissent les persécutions nazies. En 1941, Franz Hessel décède, et son fils Stéphane Hessel arrive à Londres, après un périple via Oran et Lisbonne où son épouse embarque pour les Etats-Unis.

A Londres, Stéphane Hessel choisit de travailler au sein du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA), comme agent de liaison avec l'état-major britannique, dans la section R. En 1942, son épouse Vitia le rejoint.

En mars 1944, Stéphane Hessel arrive clandestinement à Saint-Amand-Montrond dans le cadre de la mission Gréco pour disperser les émetteurs de la résistance. Dénoncé, il parle sous la torture, et est déporté à Buchenwald. Là, il survit en empruntant l’identité d’un déporté décédé. Il est transféré à Rottleberode, puis à Dora. Lors de son transfert vers Bergen Belsen, il s’évade, et parvient à atteindre les troupes américaines à Hanovre.

Le 8 mai 1945, il retrouve Paris.

Charte des droits de l'homme
En octobre 1945, il réussit le concours du quai d’Orsay, ouvert aux anciens combattants, résistants et déportés.

Lors d’un séjour aux Etats-Unis auprès de sa belle-famille, il change ses projets professionnels : il se détourne d’un poste en Chine et devient secrétaire dans la troisième commission de l'Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) chargée d’élaborer la Charte des droits de l'homme. Sa mission ? Travailler à la section chargée de réunir la documentation sur les questions sociales et les droits de l'homme.

Cet « homme de gauche participe, à la Libération, à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme ». C’est faux. Le jeune Stéphane Hessel était un jeune sous-sous-fifre. Ce n’est qu’après le décès des auteurs de cette Charte qu’il a allégué l’avoir co-rédigée, ou parfois laissé dire... Une légende qu’Arte entretient et que le site Internet du Quai d'Orsay a accréditée. Mais les archives de l’ONU demeurent et détruisent ce mythe.

Indignez-vous !
Après un passage en 1954 dans le cabinet de Georges Boris sous le gouvernement du Président du Conseil Pierre Mendès France, il poursuit une carrière diplomatique terne.

En 1981, le Président de la République François Mitterrand élève Stéphane Hessel à la dignité d'ambassadeur de France.

Il ne laisse pas un souvenir mémorable comme Délégué interministériel pour la coopération et l'aide au développement.

En 1982, il est désigné par le président de l'Assemblée nationale, alors  Louis Mermaz, comme un des neuf membres de Haute Autorité de la communication audiovisuelle. Il y demeure jusqu’en 1985.

En 1986, sa femme Vitia meurt. Un an plus tard, Stéphane Hessel se remarie avec Christiane Chabry qu’il connait depuis trente ans.

Cet amateur de poésies rédige des rapports : « Immigrations : le devoir d'insertion » (1988), « Les Relations de la France avec les pays en développement » (1990) dans lequel ce membre (1990-1993) du Haut Conseil à l'intégration invite à revoir la politique française « dans le sens d'une plus grande rigueur et du rejet de toute complaisance clientéliste ». Des rapports non appliqués.

En 1993, Stéphane Hessel représente la France à la Conférence mondiale sur les droits de l'homme des Nations unies, qui se tient à Vienne.

« Diplomate puis militant inlassable de la cause des laissés-pour-compte – dont les sans-papiers –, cet amateur de poésie connaît, à 93 ans, en 2010, un succès phénoménal avec son essai « Indignez-vous ! ». Un livre d’une trentaine de pages, vendu à 4 millions d’exemplaires dans le monde entier et traduit dans des dizaines de langues.

Ce « manifeste aborde, entre autres, les questions de l’immigration, du conflit israélo-palestinien et des écarts croissants de richesse. Il devient le manifeste d’une jeune génération qui refuse de considérer la montée des inégalités et le capitalisme comme une fatalité ». Une réaction – l’indignation – à défaut de savoir, de réflexions et d’analyses.

« Quelques mois après sa publication, les partisans du mouvement 15-M (15 mai) descendent dans les rues de villes espagnoles pour dénoncer les partis politiques traditionnels et la corruption ».

« Rebaptisés « Les Indignés » par les médias, ils inspirent alors d’autres initiatives, comme « Occupy Wall Street » aux États-Unis ».

Anti-israélien
Membre en 2009 du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine, soutien du terroriste Salah Hamouri, Stéphane Hessel milite pour le BDS (Boycott Désinvestissement Sanction) de l’Etat d’Israël.

En 2011, il déclare au journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung :
« Aujourd'hui nous pouvons constater ceci : la souplesse de la politique d'occupation allemande permettait, à la fin de la guerre encore, une politique culturelle d'ouverture. Il était permis à Paris de jouer des pièces de Jean-Paul Sartre ou d'écouter Juliette Gréco. Si je peux oser une comparaison audacieuse sur un sujet qui me touche, j'affirme ceci : l'occupation allemande était, si on la compare par exemple avec l'occupation actuelle de la Palestine par les Israéliens, une occupation relativement inoffensive, abstraction faite d'éléments d'exception comme les incarcérations, les internements et les exécutions, ainsi que le vol d’œuvres d'art. Tout cela était terrible. Mais il s'agissait d'une politique d'occupation qui voulait agir positivement et de ce fait nous rendait à nous résistants le travail si difficile ».
En janvier 2011,  Monique Canto-Sperber, alors directrice de l’Ecole Normale Supérieure (ENS), annule une réunion, non pas entre Stéphane Hessel et des étudiants de cette prestigieuse Ecole, mais une conférence politique appelant au boycott d’universitaires israéliens et réunissant Stéphane Hessel, Leïla Shahid, Haneen Zoabi, députée Arabe à la Knesset, Michel Warschawski, Élisabeth Guigou, député, Gisèle Halimi, avocate, et Benoist Hurel, secrétaire général adjoint du Syndicat de la magistrature.
   
Complaisances politico-médiatiques
Interviewé en 2012 par Enquête & Débat, Frédéric Taddeï, animateur de Ce soir (ou jamais !), l’actualité vue par la culture (CSOJ), se souvenait que Stéphane Hessel « a quasiment débuté sa carrière » médiatique dans son émission. Dans l’une d’elles intitulée Gaza, une guerre pour quoi ?, Stéphane Hessel a déclaré devant un Tariq Ramadan ravi :
« Je veux relayer la pensée forte de mes amis israéliens : Mikado, Michel Warschawski, Amira Haas, Gideon Lévy qui disent « Le gouvernement intérimaire israélien actuel ne veut pas la paix »… S’il voulait la paix il négocierait avec le Hamas … disposé à revenir aux frontières de 1967. Mais les Israéliens n’ont pas d’intérêt réel pour la paix. Ils veulent garder les colonies. Ils veulent garder l’occupation. C’est ça qui est contraire au droit international […] qui est bafoué par Israël au point maintenant, après ce qui se passe à Gaza, de pouvoir être traité par des hauts fonctionnaires internationaux comme criminels de guerre… Il faut arrêter ce massacre ».
Quels fonctionnaires internationaux ? Frédéric Taddeï n’a pas eu la curiosité de demander lesquels. A-t-il interrogé sur la charte du Hamas ? Non. S’est-il enquis des raisons de ce vocable incorrect par un ambassadeur de France : frontières au lieu de lignes d’armistices, etc. ? Non. Que de mensonges non rectifiés !

« Nous n'avons pas de raison d'être fiers de la façon dont notre profession vient de célébrer la mémoire de Stéphane Hessel. Sa mort a malheureusement été l'occasion d'un nouvel accès de frénésie moutonnière des médias pour graver dans le marbre de l'Histoire une légende sans fondement trop facilement acceptée », a écrit Claude Moisy, journaliste, ancien PDG de l'AFP, dans Le Monde (5 mars 2013).

Et de poursuivre :
« Quasiment tous les médias ont aveuglément évoqué le rôle de coauteur de la Déclaration des droits de l'homme attaché à son nom. Le seul ennui est que ce rôle n'a pas existé. Il ne s'agit pas ici de ratiociner ou de jouer sur les mots. Peut-être pas auteur, concède-t-on parfois, mais au moins contributeur ou collaborateur des auteurs. Non.
La réalité est que pendant son séjour aux Nations unies, de 1946 à 1948, Stéphane Hessel n'a pris aucune part à la rédaction de la Déclaration qui eut lieu à ce moment-là.
L'affaire pourrait n'avoir qu'un intérêt anecdotique si le rôle de coauteur de la Déclaration attribué à tort à Hessel n'était devenu au fil des ans un des éléments constitutifs de sa célébrité et de la vénération qui a entouré la fin de sa vie.
Au risque d'être taxé de mesquinerie, je crois nécessaire de dénoncer cette légende malgré l'affectueuse sympathie que, comme beaucoup, j'ai éprouvée pour l'homme chaque fois que je l'ai rencontré. Ce qui est en cause ici le dépasse.
Nous avons une fois de plus la démonstration de l'inconséquence avec laquelle les médias imposent à l'opinion publique une vision illusoire de l'Histoire autour de héros populaires rendus plus séduisants encore qu'ils ne le sont en réalité.
Pourtant, tout le monde peut aujourd'hui accéder par Internet à des centaines de documents officiels sur la genèse de la Déclaration universelle des droits de l'homme, sur son comité de rédaction, sur ses débats et les conditions de son adoption. Aucun document de l'époque ne mentionne le nom de Stéphane Hessel.
Et pour cause : il est alors le modeste chef de cabinet de l'un des huit secrétaires généraux adjoints de l'ONU, le Français Henri Laugier, chargé des affaires économiques et sociales, qui ne faisait pas partie du comité chargé de rédiger la Déclaration.
Faute de Laugier, d'innombrables articles de presse évoquent le rôle de Stéphane Hessel « au côté » de René Cassin qui fut réellement, lui, l'un des principaux auteurs de la Déclaration.
D'autres le placent carrément « à la droite » d'Eleanor Roosevelt, l'épouse du président des Etats-Unis, qui présidait le comité de rédaction. Ces deux proximités sont aussi dénuées de fondement l'une que l'autre : Stéphane Hessel n'a jamais siégé aux côtés ni de l'un ni de l'autre aux réunions du comité.
Comment et quand est née la légende de la participation personnelle de Stéphane Hessel à la Déclaration ? Y a-t-il lui-même contribué ? Il est encore difficile de le déterminer avec précision.
Ce qui est sûr, c'est que soixante ans après son adoption, il a prudemment et habilement circonscrit son véritable rôle. Interviewé le 10 décembre 2008 sur un site de l'ONU, il a déclaré : « J'étais en contact permanent avec l'équipe qui a rédigé la Déclaration. J'assistais aux séances et j'écoutais ce qu'on disait, mais je n'ai pas rédigé la Déclaration... J'ai été témoin de cette période exceptionnelle ». Autrement dit, témoin mais pas acteur.
Il l'a confirmé deux ans plus tard, le 3 janvier 2011, dans un entretien avec Politis. « C'est l'occasion pour moi de revenir sur deux idées fausses. La première est que j'aurais fait partie du Comité national de la Résistance. (...) L'autre erreur est de m'accorder le rôle de corédacteur de la Déclaration universelle des droits de l'homme. (...) J'ai assisté à sa rédaction de très près et de bout en bout. Mais de là à prétendre que j'en aurais été le corédacteur ! »
Ces deux textes sont accessibles sur Internet, tout comme un entretien avec Simon Boquet publié en 2012 par la revue Texto dans lequel il récuse une fois de plus ce titre de coauteur de la Déclaration pour parler seulement de "ce travail auquel j'ai été très modestement associé".
Tout le monde a pu les lire, mais pratiquement personne n'en a tenu compte. Trop compliqué de corriger les erreurs, peut-être ?
Pour être tout à fait honnête, il faudrait sans doute évoquer aussi les centaines d'articles évoquant au cours de décennies la Déclaration des droits de l'homme et dans lesquels Stéphane Hessel manie des formules beaucoup plus ambiguës sur son rôle sans contester celui plus flatteur qu'on lui prêtait.
Mais la sympathie me porte à penser qu'il est trop tôt pour un tel inventaire ».
Le Monde a alors consacré « une application Mémoire à Stéphane Hessel, disparu le 27 février 2013. Cette application rassemble les meilleurs articles publiés par Le Monde sur Stéphane Hessel, ainsi que le texte intégral d'Indignez-vous ! »

Le 7 mars 2013, lors de la cérémonie nationale d'hommage en l'honneur de Stéphane Hessel dans la cour des Invalides à Paris, François Hollande, alors Présidant de la République, a évoqué « un homme qui fut une conscience, un grand Français, un juste ».


« Stéphane Hessel - L´homme d´un siècle » par Hans Helmut Grotjahn et Antje Starost
Allemagne, 2017, 53 Min
Sur Arte les 15 octobre à 23 h 25 et 4 novembre 2017 à 6 h 50

Visuels 
Le diplomate de l'ONU Stéphane Hessel (au milieu) avec les cinéastes Antje Starost (à droite) et Hans Helmut Grotjahn (à gauche).
© Gudrun Arndt

Auteur-compositeur Konstantin Wecker
Actrice Hanna Schygulla
© Antje Starost Filmproduktion

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Les citations sur le documentaire sont d'Arte.

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