mercredi 23 novembre 2016

« L’exil au Maghreb. La condition juive sous l’islam 1148-1912 » de David G. Littman et Paul B. Fenton


Les  éditions PUPS (Presses universitaires de Paris Sorbonne) ont publié L’exil au Maghreb. La condition juive sous l’islam 1148-1912de Paul B. Fenton et David G. Littman. Un florilège incontournable, émouvant et à l'iconographie remarquable, de récits incontestables de voyageurs et d'autochtones sur la condition juive sous joug islamique (dhimmitude, mot forgé par Bat Ye'oren Algérie et au Maroc de la fin du Moyen-âge à l'époque contemporaine. Le 14 novembre 2016, les Archives du Maroc et le Mémorial de la Shoah ont signé à Rabat une convention de coopération "sur tous les sujets relatifs à l'histoire des Juifs et du judaïsme dans les pays d'Afrique du Nord" afin de "faire connaître l’histoire du judaïsme marocain et de mettre à la disposition du public des sources historiques" sur ce thème. La "nouvelle Constitution du Maroc reconnaît la composante hébraïque comme partie de la culture du royaume. Dans le préambule est inscrit que "l'unité du pays (...) s'est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen".

Interview de David G. Littman et de Paul B. Fenton sur « L’exil au Maghreb, la condition juive sous l’islam 1148-1912 »
« L’exil au Maghreb. La condition juive sous l’islam 1148-1912 » de Paul B. Fenton et David G. Littman
Marrocos a Europa. Seis séculos no olhar do outro (Le Maroc & l'Europe. Six siècles dans le regard de l’autre)

C’est un livre novateur, exceptionnel et incontournable.

Par son but : il décrit « la réalité historique de la condition juridique et sociale des Juifs sous l’islam, au Maghreb ».

Par son ampleur historique : il couvre sept siècles, du Moyen-âge à l’établissement du protectorat français au Maroc au début du XXe siècle.


Par ses 300 sources variées et souvent inédites en français : chroniques historiques arabes et hébraïques, textes théologiques musulmans, récits, archives diplomatiques, etc.

Et par sa magnifique iconographie de 75 illustrations, dont des œuvres de Dehodencq, Delacroix, Doré, Wolfgang et Wyld.

Publié par les PUPS (Presses universitaires de Paris Sorbonne), cet ouvrage présente une anthologie chronologique de récits de témoins oculaires européens - voyageurs, médecins, chroniqueurs, captifs, aventuriers, etc. – des trois religions – juifs, chrétiens, musulmans - en Algérie et au Maroc.


« A la différence de l’Egypte et du Liban où il y avait des communautés chrétiennes importantes, les pays du Maghreb constituent un paradigme unique : du fait de la quasi-disparition des chrétiens, ils abritaient dès le XIIe siècle une population composée essentiellement de musulmans et d’une minorité juive. Probablement moins de 50 000 Juifs ont survécu au Maghreb au Moyen-âge, mais à l’aube du XXe siècle ce nombre s’est élevé à plus de 200 000 âmes et en 1948 il a dépassé 400 000 âmes – et plus de 500 000 si l’on y inclut les Juifs de Tunisie », m’a indiqué Paul B. Fenton, un des deux auteurs de ce livre passionnant. Et d’ajouter : « Si les Juifs ont pu se maintenir au Maghreb, c’est grâce à « la raison d’Etat » qui reconnaissait dans leur industrie commerciale et leurs habiletés intellectuelles et artistiques une source d’exploitation utile ».


Extraits : le révérend Lancelot Addison, qui résidait comme aumônier à Tanger (acquis par Charles II d’Angleterre) de 1662 à 1669, décrit la condition des Juifs comme « une autre forme d’esclavage » (doc. A 45). A la même période au Maroc, Germain Mouette écrit : « Il leur [Nda : les Juifs] est très rarement fait justice dans ce pays ». (doc. A 47).

Puis, par une sélection d’archives du Quai d’Orsay, du Foreign Office, de l’Algérie et du Maroc, de l’Alliance israélite universelle (AIU) et de son homologue britannique l’Anglo-Jewish Association (AJA), ce livre décrit les efforts diplomatiques déployés en faveur des Juifs maltraités au Maghreb.

En émerge un tableau effrayant de la condition Juive sous l’islam : celle de la dhimmitude, ce statut discriminatoire, inférieur et cruel imposé aux non-musulmans – Juifs, chrétiens, etc. - à la suite du jihad.


Une condition Juive faite d’humiliations, de précarité, de conversions forcées à l’islam, de rapts, de massacres, de rançons, de pillages, de destructions de synagogues et de textes sacrés…

Leurs souffrances infligées par des musulmans, puissants ou pauvres, Arabes ou Berbères, les Juifs les ont dénommées « galût », mot hébreu qui signifie « exil » ou « captivité ».

Au XIXe siècle, les Juifs français et britanniques, en particulier Sir MosesMontefiore, se sont mobilisés pour secourir leurs coreligionnaires durement éprouvés au Maghreb. Des représentants de France, d’Italie, du Portugal et des Etats-Unis ont également protesté auprès du sultan contre les violences imposées aux Juifs au Maroc.

Survenu après l'instauration du protectorat français au Maroc, le Tritel (ou Tritl, saccage), pogrom antisémite, s'est déroulé dans le mellah (ghetto) à Fès, alors capitale du Maroc, du 17 au 19 avril 1912 (30 nissan 5672), après que les Juifs marocains aient fêté la Mimouna, marquant la fin de la fête de Pessah (Pâque). Bilan : 42 à 45 Juifs tués, plus de 70 Juifs blessés, synagogues profanées, viols, mutilations, pillages, un tiers du mellah détruit, 12 000 Juifs sans abri, etc. Certains Juifs survivants ont été accueillis, au sein du palace du Sultan, dans sa ménagerie, abrités dans la cage contiguë à celle des tigres et lions. Ces jours, au cours desquels des soldats français ont été tués, ont été dénommés par les autorités françaises Journées sanglantes de Fès, et en arabe Intifāḍat Fās.


Avec érudition, les deux auteurs - David G. Littman, licencié en histoire moderne et sciences politiques de Trinity College Dublin et expert de la condition juive au Maghreb et au Moyen-Orient, et Paul B. Fenton, professeur de langue et de littérature hébraïque de l’Université Paris-Sorbonne - démythifient la « tolérance interconfessionnelle égalitaire et harmonieuse sous l’islam incarnée par al-Andalous ».

Ces deux historiens restituent aux Juifs leur histoire dans cet Occident du monde islamique. Une histoire plurimillénaire méconnue, refoulée, occultée en particulier par les souvenirs de la période du protectorat du Maroc et des départements française d’Algérie, voire indicible ou inaudible. Et indissociable de celle des trois pays étudiés qui ne l’intègrent pas dans leurs manuels scolaires.

1. au Maroc et en Algérie ;
2. en Tunisie et en Libye ;
3. en Egypte ;
4. en Syrie ;
5. en « Palestine » ;
6. en lraq ;
7. au Yémen ;
8. en lran ;
9. en Turquie.

Un projet que ces deux auteurs n'ont pu poursuivre en raison du décès de David Littman. D'autres historiens peuvent s'atteler à cette tâche ô combien utile. En effet, à la demande de la New York Public Library, Bat Ye'or et David Littman ont confié à cette prestigieuse bibliothèque tous les manuscrits de leurs livres (de la première ébauche à l'édition originale et rééditée, via les épreuves), leurs articles, leurs correspondances - avec André Chouraqui, Jacques Ellul, Oriana Fallaci, Sir Martin Gilbert, Archduke Otto von Habsburg, Yehoshafat Harkabi, H.Z. Hirschberg, Teddy Kollek, John Laffin, Albert Memmi, Gershom Scholem, Robert Wistrich, etc. - et leurs photocopies d'archives, souvent traduites et dactylographiées, des pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient.


Des preuves de l’intérêt majeur pour la condition Juive sous l’islam ? Le 17 novembre 2010, la conférence de Paul B. Fenton et David G. Littman sur leur livre a attiré un public nombreux à l’Alliance israélite universelle (AIU), à Paris. Curieusement, peu de dirigeants communautaires y ont assisté, et les rares présents sont partis avant la fin de la conférence. Pour contester ce sombre tableau décrit par ces auteurs, l’historienne Sonia Fellous a alors allégué que la législation des souverains musulmans visant les Juifs était appliquée avec retard et partiellement dans ces contrées. Or, ce livre démontre, siècle après siècle, dans divers lieux d'Algérie et du Maroc, la permanence et le caractère identique des discriminations, humiliations, sévices et crimes subis par les Juifs, dans les divers aspects de leur vie, et quasi-codifiés par des chefs musulmans.

J’ai envoyé un exemplaire de ce livre magistral aux principaux dirigeants communautaires français car ces témoignages évoquent un pan dramatique de l’histoire du peuple Juif négligé, minoré ou ignoré par la majeure partie d’entre eux.

Et pourtant, ces récits illustrent le fondement religieux de l’antisémitisme et l’antijudaïsme islamiques, de cette haine méprisante à l’égard des Juifs, des Yahoud (Juifs, en arabe). Expliquent l’exil, le plus souvent contraint, d’environ un million de Juifs vivant, parfois depuis des millénaires, dans les pays arabes, en Turquie et en Iran, dela fin des années 1940 aux années 1970. Constituent un des éléments essentiels, malheureusement celé, du dialogue interreligieux et du dialogue avec les musulmans.


« Nous avons publié des documents montrant que certaines autorités musulmanes pouvaient manifester une compréhension favorable aux Juifs à différentes époques. Sans la protection (« dhimma ») du sultan, le sort des Juifs aurait été encore pire. La publication de ces centaines de témoignages, à forte charge émotive, ne vise pas un dessein polémique. Nous ne souhaitons pas attiser de vieilles rancunes ou freiner les tentatives de dialogue interreligieux. Nous sommes persuadés – comme Bat Ye’or l’a affirmé dans ses écrits – que tout dialogue entre Juifs et musulmans qui ne reconnaîtrait pas la réalité historique de la dhimmitude, est condamné à s’enfermer dans des boniments infructueux et obérant un avenir fondé sur l’acceptation de l’altérité dans l’égalité. Magna est veritas, et praevalebit / La vérité est puissante, et triomphera », a déclaré David G. Littman, en 2010.


Paul B. Fenton et David G. Littman, L’exil au Maghreb. La condition juive sous l’islam 1148-1912. Editions PUPS (Presses universitaires de Paris Sorbonne), Collection Religions dans l’histoire, 2010. 16 x 24. 800 pages. 60 ill. en noir, HT de 8 pages couleurs. ISBN : 978-2-84050-725-3. 32 €

Visuels de haut en bas :
Cartes du Maroc et de l'Algérie, Paul . Fenton et David G. Littman
© DR

Alfred Dehodencq,
L’Exécution de la Juive (Solika Hatchuel, martyrisée en 1834),
huile sur toile, 1861,
Paris, musée d’art et d’histoire du Judaïsme
© RMN/Hervé Lewandowski

Sanya,
« Synagogue d’Alger », (ca 1840),
Paris, musée d’art et d’histoire du Judaïsme


EXTRAITS DU LIVRE 


A 2. CONVERSION FORCÉE AU MAGHREB (VERS 1146)
Abd al-Mu’min de Sous [souverain almohade, rég. 1130-1163] « conquit Tlemcen et massacra tous [les Juifs] de la ville sauf ceux qui apostasièrent ». (p. 69)
(Trad. de la lettre judéo-arabe de Salomon b. Juda al-Sijilmassî écrite vers 1146)

A 10. LE TRAITÉ D’AL-MAGHÎLI CONTRE LES JUIFS (Algérie)
« Combattre et tuer les Juifs et les chrétiens est une des obligations imposées par Allah. Le glaive ne cessera d’être brandi au-dessus de leurs cous qu’à condition qu’ils versent le tribut [jizya] et qu’ils soient humiliés… La jizya [la capitation] est la somme que doit verser chaque dhimmi mâle, adulte, libre, sain d’esprit, cohabitant avec les musulmans, payable au terme de chaque année de la manière qui est prescrite par la sharî‘a… Après qu’on l’ait perçue, le [dhimmi] sera frappé sur la nuque et repoussé avec brusquerie… Le but de la [clause] de cette humiliation, est de leur imposer l’abjection et la dégradation dans leur façon de parler, d’agir et de se comporter en toutes circonstances, afin qu’ils soient de cette façon sous le talon de tout musulman, homme et femme, libre, esclave ou servante ». (p.100-101)
(Trad. d’Al-Maghîlî, Risâla fî l-yahud (« Traité contre les Juifs »), vers 1495)

A 14. CONDITION DES JUIFS D’ALGER VUE PAR UN CAPTIF CHRÉTIEN (1581)
« Ces gens sont tenus par les musulmans en un tel état d’abjection qu’un enfant maure rencontrant un Juif, si considérable qu’il soit, lui fera ôter son bonnet, déchausser ses sandales, et avec celles-ci, lui donnera mille soufflets sur le visage, sans que le Juif ose se défendre ou remuer, n’ayant d’autre ressource que de s’enfuir dès qu’il le peut ». (p. 118)
(Diego de Haëdo, Topographie et Histoire générale d’Alger [1612])

A 18. « ILS SONT OBLIGÉS DE S’HABILLER DE NOIR… UNE COULEUR QUE LES TURCS MÉPRISENT » (ALGER, 1724)
Les Juifs « sont obligés d’être habillés de noir depuis les pieds jusqu’à la tête, pour les distinguer par une couleur que les Turcs méprisent… Ils ne peuvent sortir du royaume qu’ils n’aient donné caution pécuniaire de leur retour ». (p. 124)
(Jacques Philippe Laugier de Tassy, Histoire du Royaume d’Alger – Un diplomate français à Alger en 1724)

A 28. « ILS SONT OPPRIMÉS PAR LES CLASSES SUPÉRIEURES, ET INJURIÉS ET INSULTÉS PAR LA POPULACE » (ALGER, 1816)
« Le noir étant une couleur haïe parmi les Maures, c’est la seule qui soit permise aux Juifs. En passant dans les rues, ils sont exposés à toute sorte d’insulte, même de la part d’enfants. Si le Juif s’avise de lever sa main en sa propre défense, elle est coupée. En revanche, si un Juif est assassiné par un musulman, ce dernier n’a rien à craindre pour sa vie…
Le Juif ne peut changer son lieu de résidence, ni monter un cheval, ni porter une épée, sans une autorisation spéciale. Et pourtant, sous toutes ces conditions vexatoires et humiliantes, on ne connaît presque pas de renégats Juifs. On leur laisse le libre exercice de leur religion, et il semblerait que ce privilège soit considéré comme une compensation pour toutes leurs souffrances ». (p. 150-152)
(Trad. de George Anson Jackson, Algiers, 1817)

A 54. ENLÈVEMENT ET ISLAMISATION D’ENFANTS JUIFS PAR LES MAURES (1760)
« Dans d’autres villes », les Juifs « demeurent habituellement ensemble autant que possible, mais néanmoins parmi les Maures ; cela présente pour eux le désagrément que ceux-ci volent leurs jeunes enfants, et par zèle religieux, les éduquent en secret dans la religion musulmane, jusqu’à ce qu’ils aient atteint un âge où leurs parents ne les reconnaissent plus ou bien les trouvent si fervents musulmans qu’ils ne veulent et n’osent les reconnaître comme leurs enfants ». (p. 195-196)
(Georgius Höst, Nachrichten von Marokos und Fes, im Lande selbst gesammelt, in den Jahren 1760 bis 1768, Kopenhagen, 1781)

A 66. LE SAC DES MELLAHS DE TÉTOUAN ET DE MARRAKECH VU PAR UN MUSULMAN (1790)
« Le samedi, deuxième jour dudit mois de cha‘bân [17 avril 1790], notre maître al-Yazîd – qu’Allah lui confère la victoire – donna l’ordre de piller le mellah de Tétouan. Ils y trouvèrent une quantité considérable de biens – environ 100 quintaux – qui comprenaient des marchandises, du lin, et du lainage. Parmi les articles de bijouterie appartenant aux Juifs, on comptait, entre autres, de l’or, de l’argent et des joyaux. Ils violèrent les femmes juives et outragèrent leurs vierges, n’en épargnant aucune… Puis [Yazîd] leur ordonna de mettre à sac le mellah [de Marrakech]. Ils se mirent à massacrer les Juifs, à les piller, à violer leurs femmes et à déshonorer leurs jeunes filles. Ce fut un événement formidable ». (p. 239)
(Trad. de Muhammad ad-Du‘ayyif ar-Ribâtî, Ta’rîkh ad-dawla as-sa‘adiyya, « Histoire de la dynastie sa‘dide »)

A 128. UNE DESCRIPTION SAISISSANTE DE LA DHIMMITUDE (1903)
« En conséquence de son double caractère de tributaire que lui imprime le droit musulman, et de protégé qui lui valent les principes féodaux usités au Maghreb, le Juif vit dans un quartier qui est complètement séparé de la médina et se trouve accolé aux murs de la kasbah… Au Maroc, la population juive est uniformément très misérable… À l’heure actuelle, la grande masse israélite continue à vivre dans la pauvreté et dans l’ordure ; les mellahs sont surpeuplés et dévastés par de constantes épidémies ; la plupart des Juifs gagnent péniblement leur vie… L’enthousiasme (dans le mellah) est aussi prompt que la panique et les nouvelles les plus extraordinaires y prennent corps avec une excessive rapidité ». (p. 363-366)
(Anonyme, « Au Maroc », Journal des débats, 152, 2 juin, 1903)


Quelques repères historiques de l’Algérie


La présence des Juifs en Afrique du Nord remonte à l’époque des Carthaginois. Fuyant les persécutions dans l’Occident médiéval chrétien, et après la Reconquista, les Juifs affluent en Afrique du Nord. 

1056
Règne des Almoravides jusqu’en 1147, puis des Almohades (1120-1230) qui contraignent les Juifs à la conversion à l’islam, l’expulsion, la fuite ou la mort.


1261
Début du califat des Fatimides, dont la capitale est Le Caire.


XIVe s-XVe s
Expulsés de l’Espagne chrétienne (1391, 1492) puis du Portugal (1497), des Juifs se réfugient dans des villes d’Afrique du Nord.


1517
Califat ottoman qui s’étend sur une partie de l’Asie, de l’Afrique et une partie de l’Europe de l’Est, et sera aboli en 1924 par Atatürk, président turc.


XVIIes
Au sein de la Sublime Porte, les Régences, notamment celle d’Alger, acquièrent une quasi-indépendance.
Arrivée des Granas ou Gorneyim, Juifs originaires de Livourne.


1805
L’assassinat de Naftali Bûjanâh (Busnach), shaykh al-yahud, dénommé aussi muqaddam ou amîn (chef) des Juifs d’Alger, est suivi d’une émeute antijuive.


1815
Isaac Aboulker, grand rabbin d’Alger, est décapité lors d’une émeute antijuive.


1830
David Bacri avait été nommé par Napoléon consul général à Alger. Il est décapité par ordre du dey d'Alger. Début des hostilités entre l’Empire ottoman et la France.
5 juillet. Acte de capitulation. Début de la colonisation française qui libère les Juifs du statut de dhimmis (« protégés » dans un Etat régi par la loi musulmane).


1832
Ouverture d’écoles juives prodiguant un enseignement en français.

1835
6 décembre. Massacre des Juifs de Mascara.

1845
9 novembre. Ordonnance royale de Saint-Cloud créant un Consistoire central à Alger, et deux autres à Oran et Constantine.
Financement par l’Etat d’écoles juives.


1865
14 juillet. Sous le Second Empire, le senatus-consulte permet à tous les indigènes d'Algérie, Juifs comme musulmans, qui le souhaitent de devenir citoyens français.


1870
24 octobre. A l’aube de la IIIe République, le décret Crémieux accorde la nationalité française aux Juifs nés en Algérie, sauf à ceux du Mzab, région du Sahara qui est « pacifiée » en 1882.


1896
Emeutes antijuives à Alger et en 1898.


1897
Emeutes antijuives à Oran.


Quelques repères historiques du Maroc

La communauté juive du Maroc, dont la présence remonte à l’Antiquité, est composée de deux groupes ethnico-culturels : les toshavim, ou « autochtones », et les megorashim, « expulsés (d'Andalousie) », dont certains sont les ancêtres de toshavim.

A Tanger et à Tétouan, les Juifs parlent une langue, la haketia, qui à l'origine était du judéo-espagnol, un idiome « recastillanisé » au XIXe siècle et aujourd’hui très proche de l’espagnol moderne.

1056
Règne des Almoravides jusqu’en 1147, puis de celui des Almohades (1120-1269) qui contraignent les Juifs à la conversion à l’islam, l’expulsion, la fuite ou la mort.




1261
Califat des Fatimides, dont la capitale est Le Caire.




XIV-XVe s.
Expulsés de l’Espagne chrétienne (1391, 1492) puis du Portugal (1497), des Juifs se réfugient dans des villes d’Afrique du Nord.




1465
Tous les Juifs de Fès sont massacrés.



1517
Califat ottoman qui s’étend sur une partie de l’Asie, de l’Afrique et une partie de  l’Europe de l’Est, et sera aboli en 1924 par Atatürk, président turc.




1790
Sac des mellahs (quartiers Juifs) de Tétouan et de Marrakech.




1820
Pogrom dans le mellah de Fès, répété en 1822. Les Juifs décrètent un deuil de trois ans.




1834
Zulayka Hajwal (Solika Hatchuel), belle juive de Tanger enlevée pour être convertie à l’islam, mais restée fidèle à sa foi, est exécutée à Fès pour apostasie. Cette tragédie inspire au peintre français orientaliste Alfred Dehodencq (1822-1882), qui séjourna au Maroc, son tableau L’exécution de la Juive (1861).


1860
Guerre hispano-marocaine. Exil de Juifs de Tétouan et de Tanger en Espagne.


1862
Fin décembre. Première école de l’Alliance israélite universelle (AIU) à Tétouan


1863
« Affaire de Safi » : allégation fausse et diffamatoire contre des Juifs accusés d’avoir tué le consul espagnol.


1864
Dâhir du sultan reçu par Sir Moses Montefiore et qui sera modifié par un 2e dâhir.


1906
La conférence d’Algésiras entérine les positions économiques de France, titulaire de droits particuliers, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et l’Espagne, et soumet le Maroc à un contrôle international. Mécontente, l’Allemagne tente de récupérer une partie du pays, ce qui induira la crise dAgadir (1911).


1907
Massacre des Juifs de Casablanca et de Settat.


1912
30 mars. Le traité de Fès instaure un protectorat français au Maroc.
Avril. Massacre des Juifs de Fès.


Articles sur ce blog concernant :
Affaire al-Dura/Israël
Aviation/Mode/Sports
Chrétiens
Culture
France
Il ou elle a dit...
Judaïsme/Juifs
Monde arabe/Islam
Shoah (Holocaust)
Articles in English

Cet article a été publié le 29 mars 2012, puis le :
- 16 avril 2012 à l'approche du centenaire du Tritel (pogrom antisémite) à Fès (17-19 avril 1912, 30 nissan 5672). Du 16 au 18 avril 2012, un colloque à l'Institut Ben Zvi, à l'université Bar-Ilan, au Centre de recherche français à Jérusalem (CRFJ) en a rappelé le souvenir., et le 27 décembre 2012 alors que le MAHJ présente l'exposition Juifs d'Algérie ;
- 19 octobre 2013 : Llassociation Morial organise le colloque Commémoration du rétablissement du décret Crémieux 20 octobre 1943-20 octobre 2013, au Centre communautaire de Paris, le 20 octobre 2013, de 14 h à 19 h ;
- 9 décembre 2013 à la mémoire des Juifs massacrés à Mascara (Algérie) le 6 décembre 1832 par des tribus arabes et des troupes d'Abdelkader "ayant abandonné leur chef" ;
- 17 avril 2014. Le Tritel, pogrom antisémite, s'est déroulé à Fès (Maroc) du 17 au 19 avril 1912 (30 nissan 5672) ;
- 20 mai 2014. Dans le cadre du Mois marocain de la communauté israélite de Genève (Suisse), la Synagogue He'hal haness à Genève propose le 20 mai 2014 Marocains juifs, des destins contrariésdocumentaire de Younes Laghrari (2014) en présence de Simon Skira, producteur associé et conseiller scientifique. "Le film est construit sur des témoignages de Juifs marocains du Maroc et de la diaspora (Israël, France) et enrichi par les explications d’historiens de ces différents pays qui mettent en perspective le contexte historique de l’époque. Il a été tourné dans trois pays Israël, Maroc et France, pendant près de trois ans" ;
- 17 avril 2015 et 2016.
Il a été modifié le 9 novembre 2016.
Ce livre a été vendu lors de la conférence-débat de Pascal Hilout intitulée Islam, islamisme et antisémitisme et organisé(e) par le Cercle Massignon au Carré parisien - 1, rue du général Beuret, 75015 Paris - le 2 avril 2012, à 19 h 30.

2 commentaires:

  1. Depuis 2010 je n'ai pas l'impression que ce magnifique projet éditorial ai continué. C'est vraiment dommage. L'AIU et d'autres organisations juives devraient le financer. Je ne comprends pas ce désintérêt apparemment "politique", pour ménager les rapports judéo-musulman si j'ai bien compris. Nos dirigeants communautaires s'imaginent-ils vraiment nouer un quelconque dialogue en taisant la vérité historique et en se comportant à nouveau comme des dhimmis ?

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  2. Dans un monde encore si chrétien, si musulman, si croyant, je comprend que le monde juif préfère rester discret. Nous ne sommes pas sorti du Moyen Age. Et les intellectuels courageux n'ont jamais été des grands nombres...

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