Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mardi 30 juin 2020

La mezouza


Apposée au montant de la porte d'une pièce d'habitation, une mézouza ou mezouza (mezouzot, au pluriel), identifie la maison comme juive. Cet étui "contient un rouleau de parchemin sur lequel les mots hébraïques" de la prière Chéma Israël "sont écrits à la main par un scribe". A Gagny, le 22 juin 2020, la vitre de la fenêtre de la maison, à la porte ornée d'une mezouza, appartenant à une dame âgée juive française, a été cassée par un parpaing volontairement projeté. Critiqué pour avoir posé pour une photographie avec Dieudonné lors de l'anniversaire de l'ancien président du Front National Jean-Marie Le Pen, Pierre-Jean Chalençon, expert de l'émission Affaire conclue, a expliqué avoir commis "une grosse connerie", a nié être antisémite et affirmé avoir une mezouza chez lui, a évoqué ses amis juifs, son homosexualité...
Malgré les débats sur la signification d'un "art Juif" - créateur Juif ? Thématique Juive ? Lettres de l'alphabet hébraïque ? -, l'intérêt suscité par l'art Judaïca - œuvres "célébrant le calendrier juif, son rituel, sa tradition" - ne faiblit pas.


La diversité du Judaïca
Dès l'Antiquité, les objets liés aux services des deux Temples de Jérusalem et aux cérémonies religieuses ont été élaborés et produits avec une extrême attention.

Au fil des siècles, des artistes et des artisans - orfèvres, enlumineurs, bijoutiers, tisserands, brodeurs -, Juifs et non-Juifs, ont concouru à des œuvres "Judaïca" associant utilité et spiritualité, tradition et innovations techniques, souci esthétique et qualité, respect des principes Juifs et influences locales, et destinées aux synagogues et foyers des fidèles : bougeoirs, calendrier du Omer - calendrier permettant le décompte des 50 jours séparant la fête de Pessah de celle de Chavouot (des Semaines) -, coffret pour l'étrog (cédrat en hébreu) lors de la fête de Souccot (fête des cabanes), couvre halot (pains), décoration de Méguila (rouleau de la reine Esther lié à Pourim) et crécelle, hanoukia (chandelier à huit branches) et toupie à quatre faces, mezouza, Netilat Yadayim (ablution), plat de Séder, récipient pour le miel - le premier soir de Roch HaChana, les Juifs trempent une pomme dans du miel, symbole de la douceur espérée en cette nouvelle année -, set pour Havdalah - la prière de Havdalah (séparation) marque la fin du shabbat et de fête juive -, verre de Kiddouch (sanctification), cérémonie ouvrant le repas de fêtes...

Fait récent, cet art Judaïca connait un nouvel essor, plus particulièrement aux Etats-Unis et en Israël, sous l'impulsion d'artistes épris d'une modernité qu'ils déclinent en matériaux, langages et styles. Citons les lampes d'artistes pour Hanouca (fête des lumières) présentées par le musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) lors de l'exposition Cent lumières pour Casale Monferrato.

Premier concours Judaïca 21
Fidèle à sa mission - "mettre en valeur et favoriser l'épanouissement de la vie et de la diversité de la culture Juive" -, l'Association européenne pour la culture juive (AECJ) encourage résidents européens majeurs, artistes ou artisans, professionnels ou amateurs, Juifs ou non Juifs, à renouveler l'art Judaïca.


Créée par l'Alliance israélite universelle (AIU) à Paris et par l'Institute for Jewish Policy Research à Londres, bénéficiant du soutien du Programme Culture 2000 de la Commission Européenne, l'AECJ inscrit sa triple démarche - spirituelle juive, artistique et patrimoniale -, qui relie la tradition à l'innovation, sous un slogan audacieux : "Réinventer le passé".

Spiritualité juive, car l'AECJ s'attache aux "objets liés à la célébration des fêtes ou des événements du cycle de la vie : Hanoukiya, plat de Séder (rituel de la fête de Pessah, Pâque juive), ketouba (contrat juif de mariage), etc."

Artistique, car les auteurs candidats disposent d'une large gamme de disciplines pour s'exprimer : peinture, sculpture, gravure, dessin, photographie, video, création sur ordinateur, design, graphisme, joaillerie, etc. Seule limite : la dimension doit être raisonnable pour permettre l'exposition de ces œuvres originales.


Patrimoniale, car les œuvres primées constitueront un ensemble d'objets de valeur destinés à une large diffusion notamment via Internet, un catalogue et des expositions.

L'AECJ a organisé un concours en 2011 afin de promouvoir un art Judaïca, ou hébraica, contemporain. Une initiative visant à récompenser par quatre prix joliment dotés, en ce début de XXIe siècle, la créativité d'artistes, professionnels ou amateurs, et d'artisans, Juifs ou non-Juifs, dans la conception et la fabrication d'objets rituels liés au judaïsme. Sujet d'inspiration de cette première édition : la mezouza dont la vision rappelle à chaque Juif "l'obligation de se conformer aux commandements de la Torah".

Bénéficiant du soutien de la KC Shasha Foundation et de la Fondation Moses Mendelssohn (Paris) et du partenariat du magazine trimestriel Jewish Renaissance, ce concours de l'AECJ est doté de quatre Prix, dont l'un récompense un Jeune talent, d'une valeur de 1 000 € à 5 000 €.

Chaque année, l'AECJ retiendra une thématique spécifique. Pour cette première édition, le sujet d'inspiration est la mezouza, un boîtier renfermant un parchemin sur lequel sont inscrits deux extraits du Pentateuque et apposé sur le montant de portes d'un foyer Juif. Le candidat peut créer un boîtier ou "une œuvre librement inspirée par ce sujet sous un autre support : peinture, sculpture, vidéo..." Grande latitude est donc laissée à l'auteur qui décide aussi seul du choix de la matière, de la décoration de cet étui, etc.

Une initiative bénéfique à l'art Judaïca, à ses amateurs et à ses créateurs qui doivent envoyer via Internet leurs inscription et dossier avant le 31 juillet 2011.

Informés au plus tard le 15 septembre 2011, les candidats sélectionnés devront remettre leurs réalisations avant le 30 novembre 2011.

Les prix seront proclamés en janvier 2012.

ADDENDUM


Tamar Schwartz, psychosociologue et enseignante du Tanakh, donnera deux conférences de 20 h 30 à 22 h sur la mezouza - une mézouza apposée au montant de la porte identifie la maison comme juive. Quelle sont ses significations ? Pourquoi se met-elle aux portes ? - le 19 mars  au siège de Association Séphora Berrebi (Paris) et le 20 mars 2017 au Beit Halimoud de Bordeaux.


Le Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme "dénonce et condamne l’agression violente dont a été victime une habitante Juive de la ville de Gagny le 22 juin 2020. Alors que cette dame de 84 ans regardait paisiblement dans son salon la télévision, un projectile, plus exactement un parpaing a été lancé à travers la vitre qui s’est brisée et qui a atterri dans le salon."


"La personne visée a eu très peur mais bien heureusement n’a pas été touchée. Elle a été fortement choquée et reste traumatisée. Selon nous cette dame a été la cible de ses agresseurs antisémites qui ont dû l’identifier grâce à une « Mezouza » posée sur la porte d’entrée de la villa."


"La victime a déposé plainte, le BNVCA va la soutenir."


"Nous demandons à la Police de tout mettre en œuvre pour identifier et arrêter ces criminels. D’après un témoignage que nous avons recueilli il pourrait s’agir d’individus de type européen probablement affiliés au mouvement gauchiste et anti Israélien B D S."


"De toute évidence les activistes de cette mouvance ont pu être encouragés à commettre leur acte par la Cour européenne des Droits de l’Homme qui a jugé que l’appel au Boycott n’était pas un délit mais l’exercice de la liberté d’expression."


"Le BNVCA qui recense les actes hostiles aux juifs constate que depuis près de 5 ans les citoyens de confession juive sont agressés au plus près de leur domicile voire dans leur domicile même. Le malaise provoqué par cette situation persiste et n’est pas prêt de se ralentir ni même s’atténuer. Le BNVCA maintient sa vigilance et son soutien total aux victimes."



Le 23 juin 2020, sur les réseaux sociaux a circulé une photographie de Pierre-Jean Chalençon, expert de l'émission Affaire conclue sur France 2, avec Dieudonné lors de l'anniversaire de l'ancien président du Front National Jean-Marie Le Pen

Critiqué, Pierre-Jean Chalençon a expliqué le 24 juin 2020, lors de l'émission de Jean-Marc Morandini sur CNews, avoir commis "une grosse connerie", a nié être antisémite, a affirmé avoir une mezouza chez lui, a évoqué ses amis juifs et son homosexualité :
"Je fais des photos tous les jours avec des fans et des personnalités. Il m'a demandé de faire une photo et j'ai accepté sans réfléchir car nous étions dans une ambiance festive. Je reconnais que c'était une faute mais tous ceux qui me connaissent savent que je ne peux pas être soupçonné de partager les idées de DieudonnéDevant l'ampleur prise par cette polémique, j'ai décidé en accord avec la production de "Affaire conclue" de me retirer des enregistrements dès aujourd'hui. J'aime trop cette émission et ceux qui la font pour prendre le risque de les voir toucher par cette polémique. J'ai fait une erreur, je l'ai dit, et je présente mes excuses à ceux que cette photo a pu offenser ou blesser. J'aurai l'occasion de m'expliquer plus amplement, y compris sur mes projets dans les prochains jours'.

Le 54 juin 2020, le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA), "alerté par le site BTA (Balance Ton Antisémite), a reçu un grand nombre de protestations émanant d’internautes, choqués de voir sur une même photo M. Pierre-Jean Chalençon, aux côtés de Dieudonné et de Stéphane Blet tous deux antisémites avérés, que nous avons poursuivis plusieurs fois en justice et fait condamnés par les tribunaux."

"Pierre-Jean Chalençon intervient chaque jour dans l’émission télévisée de France 2 “Affaire conclue”.

"Cette photographie qui circule sur les réseaux sociaux aurait été prise lors d’une fête organisée à l’occasion des 90 ans Jean-Marie Le Pen."

"La sympathie que vouaient les téléspectateurs à Mr Chalençon, ce collectionneur d’objets principalement liés à Napoléon Bonaparte s’est nettement altérée. Elle s’est abîmée à la suite de la diffusion de cette image qui représente M. Chalençon trinquant avec des extrémistes de droite."

Le BNVCA "attend que Mr Chalençon s’explique publiquement sur les faits que lui reprochent nos correspondants et les internautes, qui nous ont requis".

Le BNVCA "a décidé de saisir la Direction de France 2 sur laquelle intervient Mr Chalençon dans l’émission quotidienne « Affaire conclue ». Il demande "également au CSA d’émettre ses avis et ses observations dans la Chaîne, ainsi qu’à la production de “Affaire conclue”. Il adresse "également un courrier à Warner Bros qui est producteur de cette émission."


Informations sur le concours Judaica 21 :
19, rue de la Tour d’Auvergne. 75009 PARIS
Tel/Fax : +33 (0)1 48 78 58 92
Renseignement : paris@aecj.eu en indiquant « Judaïca 21 »
Sur Facebook : http://www.facebook.com/pages/JUDAICA-21/216070405078462

Visuels de haut en bas : © DR
Coffret pour étrog

Oshrit Raffeld, raffeld@zahav.net.il
Décoration de Méguila d'Esther

Couvre halot

Bougeoirs

Mezouzot
Ce texte est un rédactionnel. Il a été publié le 16 juin 2011, puis le 19 mars 2017.

« Le rabbin de Salonique » de Michèle Kahn


Érudit polyglotte germanophone né en 1894 à Rzeszów (alors austro-hongroise et polonaise en 1918), Zvi (Hirsch Simcha) Koretz, « rabbin adjoint de la synagogue de Charlottenburg, la plus chic de Berlin », devient en 1933, peu après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, grand rabbin de Salonique (Grèce), ville ottomane jusqu’en novembre 1912, puis devenue grecque. Son action lors de l'occupation nazie en fait un personnage controversé. Arte diffuse sur son site Internet "L’héritage juif de Salonique" (Thessalonikis jüdisches Erbe) par Cordula Echterhoff. Le 30 juin 2020 à 19 h, Yad Vashem propose la conférence en ligne "La Shoah en Grèce : les déportations tardives à partir des îles grecques  (Corfou, Crète, Rhodes et Kos)", avec Léa Micha, directrice du bureau des pays des Balkans du Département européen de l’Ecole internationale pour l’enseignement de la Shoah de Yad Vashem. Le 2 juillet 2020 à 18 h, Valiske Assoc organise l’événement en ligne "Sur les traces des Juifs de Grèce", par Anastasio Karababas, enseignant à l’Alliance Israélite Universelle (AIU), guide-conférencier au Mémorial de la Shoah de Paris et auteur de “La Shoah - L’obsession de l’antisémitisme depuis le XIXe siècle” (Bréal, 2017). 
Cette « Jérusalem des Balkans » a été en partie détruite par l’incendie de 1917 - le 18 août 1917 un incendie a ravagé Thessalonique (autre appellation de Salonique), a laissé sans domicile 70 000 personnes, dont 53 000 Juifs - suivi d’un exil de nombreux Juifs en particulier vers la Palestine mandataire et les Etats-Unis. Elle n’a pas enrayé son déclin. Diverse, sa communauté juive de plus de 50 000 membres, parlant le judéo-espagnol (judesmo), demeure divisée.

Zvi Koretz renforce ses relations avec les autorités politiques grecques, et gagne l’estime, mais non l’amour de ses coreligionnaires saloniciens. Son contrat de grand rabbin est renouvelé en 1938.

En avril 1941, l’Allemagne nazie occupe la Grèce. Sous l’autorité d’Adolf Eichmann, Hauptsturmführer Alois Brunner et Dieter Wisliceny organisent dès février 1943 la déportation des Juifs saloniciens. Ils s’appuient sur un Judenrat dirigé par Zvi Koretz, chef spirituel et président de la communauté, devenu un maillon dans l’engrenage qui a mené en quelques mois au départ de la quasi-totalité des Juifs saloniciens, par wagons, vers Auschwitz. "

Le 2 août 1943, Zvi Koretz est déporté avec son épouse Gita et leurs deux enfants, Léo et Lili, vers Bergen-Belsen, puis en avril 1945 à Theresienstadt. Le 3 juin 1945, il meurt à Tröbitz et est enterré dans le cimetière Juif de cette ville allemande.

Le 2 juillet 1946, s’ouvre en Grèce le procès des « collaborateurs qui avaient trahi leurs frères de Salonique », dont Zvi Koretz, Jacques Albala et Vital Hasson.

Ce roman historique de Michèle Kahn comprend deux éléments fictifs gênants : la rencontre à Vienne en 1941 d’Aloïs Brunner et Zvi Koretz, et le dialogue entre celui-ci et l’auteur.

Il décrit le même processus observable dans d’autres villes occupées par les Nazis : ghettoïsation dans des conditions déplorables, rackets systématiques et spoliations généralisées des Juifs, Judenrat avec une spécificité salonicienne – le président en est le grand rabbin, chef spirituel -, établissement de listes de Juifs, port de l’étoile jaune, travaux forcés pour les jeunes Juifs, départs des convois vers un ailleurs inconnu, aveuglement d’élites Juives, rares Justes, etc.

Avec empathie, Michèle Kahn portraiture Zvi Koretz, intelligent, mais vaniteux et naïf.

Un grand rabbin que certains considèrent comme « irrémédiablement terni » par sa stratégie d’obéissance aux ordres des Nazis et son long aveuglement, et silence, quant à leur dessein.

ADDENDUM :
Le 26 décembre 2012, 668 pierres tombales en marbre de Juifs de Salonique, détruites par les Nazis, ont été découvertes à Thessalonique (Grèce). 
Heinz Kounio, alors jeune Juif déporté dans le premier train de déportés juifs quittant le 15 mars 1943 Salonique, dans le nord de la Grèce, pour le camp d'Auschwitz-Birkenau, est l'un des derniers survivants Juifs grecs de la Shoah. Agé de 85 ans, M. Kounio a témoigné en mars 2013 devant des dirigeants communautaires de divers pays, à Thessalonique (autre appellation de Salonique), "inquiets de l'émergence de partis néonazis en Grèce et dans le reste d'une Europe affaiblie et divisée par la crise économique et financière à Thessalonique (Grèce)". Des 46 091 Juifs déportés de Salonique vers les camps nazis d'extermination, 1 950 ont survécu en 1945.
Le 1er décembre 2013, à 15 h le Mémorial de la Shoah étudie la destruction des Juifs de Salonique. La ville de Salonique, dénommée actuellement Thessalonique, "abritait la plus importante communauté juive de Grèce jusqu’en mars 1943. En quelques mois, la quasi-totalité (85 %) des Juifs de cette ville est assassinée dans les camps nazis".

Le 20 décembre 2013, Yiannis Boutaris, maire de Thessalonique, a annoncé la future construction d'un musée de la Shoah  dans cette deuxième ville de Grèce. Il a déclaré : « Ainsi, Thessalonique va remplir son devoir d'Histoire ». Ce monument sera dédié à la mémoire des plus de 46 000 Juifs qui en ont été déportés vers le camp nazi d'Auschwitz (Pologne) pendant la Deuxième Guerre mondiale. D'une superficie d'un hectare, ce musée sera édifié d'ici à 2020 à l'emplacement de l'ancienne gare d'où les trains sont partis pour ce camp nazi dès 15 mars 1943 : d'environ 50 000 personnes à l'époque, la population Juive de cette "ville multiculturelle, sorte de pont entre l'Orient et les Balkans, est tombée à un millier environ aujourd'hui".


"L’héritage juif de Salonique"

Arte diffuse sur son site Internet "L’héritage juif de Salonique" (Thessalonikis jüdisches Erbe) par Cordula Echterhoff. "Thessalonique, deuxième ville grecque en nombre d’habitants, a une histoire mouvementée. Les troupes allemandes qui occupèrent la ville d’avril 1941 à l’automne 1944 ont décimé la communauté israélite installée sur place depuis des siècles."

"la Shoah en Grèce : les déportations tardives à partir des îles grecques"

Le 30 juin 2020 à 19 h, Yad Vashem propose la conférence en ligne "La Shoah en Grèce : les déportations tardives à partir des îles grecques  (Corfou, Crète, Rhodes et Kos)", avec Léa Micha, directrice du bureau des pays des Balkans du Département européen de l’Ecole internationale pour l’enseignement de la Shoah de Yad Vashem. Rencontre animée par Eliad Moreh Rosenberg, conservatrice du Musée d’art de la Shoah et directrice du département artistique de la division des musées de Yad Vashem, et Arièle Nahmias, directrice du bureau francophone du département européen de l’Ecole internationale pour l’enseignement de la Shoah de Yad Vashem. "Yad Vashem, institut de premier plan sur la scène internationale de la mémoire, vous propose de réfléchir ensemble autour de différents sujets. il lui parait opportun de resserrer les liens avec nos amis de par le monde, de nous unir pour lutter contre l’obscurantisme et l’ignorance trop souvent sources de maux et de menaces et ainsi, façonner à la génération de demain un avenir prometteur, ancré dans une compréhension humaniste du passé. Tous les mardis, Yad Vashem vous propose une rencontre hebdomadaire, à distance, via la plateforme numérique Zoom. Chaque semaine, une conférence en français sera organisée sur des thèmes liés à la Shoah. Avec pour intervenants des experts francophones de Yad Vashem, mais aussi des rescapés de la Shoah ou des intervenants extérieurs.

"Sur les traces des Juifs de Grèce"
Le 2 juillet 2020 à 18 h, Valiske Assoc organise l’événement en ligne "Sur les traces des Juifs de Grèce", par Anastasio Karababas, enseignant à l’Alliance Israélite Universelle (AIU), guide-conférencier au Mémorial de la Shoah de Paris et auteur de “La Shoah - L’obsession de l’antisémitisme depuis le XIXe siècle” (Bréal, 2017). 
Sur Zoom : 
ID de réunion : 948 5403 0609
Mot de passe : 354007
Anastasio Karababas a rédigé cette présentation concise "Les Juifs de Grèce : une histoire méconnue". "En 2019, il publie une étude intitulée Sur les traces des Juifs de Grèce, disponible sur https://www.mededition.fr/ et sur http://www.crif.org/fr/etudesducrif/crif-etude-du-crif-ndeg51-sur-les-traces-des-juifs-de-grece. De nombreuses conférences sont réalisées à travers la France afin de faire connaître cette riche histoire.
Qui sont ces Juifs ?
• La Grèce est un pays qui fascine. Les livres nous parlent des découvertes et réflexions des grands savants de l’Antiquité. Mais qui connaît vraiment l’histoire des Juifs de Grèce et leur apport à la culture hellène ?
La plus vieille communauté juive d’Europe est présente sur le territoire depuis la période d’Alexandre le Grand. A travers les siècles, elle va tenter de s’intégrer et de s’adapter aux nombreux envahisseurs : Romains, Byzantins, Vénitiens, Ottomans, Français, Anglais, Italiens ou Allemands. Les Romaniotes, nom donné aux premiers Juifs de Grèce, les Ashkénazes d’Europe de l’Est qui fuient les massacres perpétrés par les croisés entre le XIème et le XIIIème siècle, ainsi que les Séfarades de la péninsule ibérique chassés par Isabelle la Catholique, vont former un judaïsme grec pluriel et dynamique. La diversité religieuse, culturelle, intellectuelle va permettre à certaines villes comme Thessalonique, appelée par les Turcs Selanik, de connaître la prospérité. Malgré un antijudaïsme (l’Eglise orthodoxe véhicule l’idée que les Juifs ont trahi et assassiné Jésus) et un antisémitisme latents depuis le Moyen-Age, artistes, penseurs, rabbins et hommes d’affaires participent pleinement à la vie du pays.
A la veille de la Seconde Guerre mondiale, environ 75.000 Juifs vivent en Grèce sur un pays de plus de 7 millions d’habitants. 54.000 sont à Thessalonique, surnommée la « Jérusalem des Balkans ». La Shoah vient effacer plusieurs siècles d’histoire. Synagogues, cimetières et écoles disparaissent. Entre 1941 et 1944, les Juifs subissent spoliations, humiliations et déportations vers les camps de la mort. 60.000 à 67.000 personnes (les chiffres font encore l’objet de débats parmi les historiens) seront exterminés, soit près de 90% de la communauté juive. Proportionnellement à la population, c’est le chiffre le plus élevé d’Europe après la Pologne et la Lituanie. Environ 10.000 rescapés des camps ou cachés dans tout le pays tentent de reprendre une vie normale. Mais c’est presque impossible. Le pays, traumatisé par l’occupation, se déchire dans une guerre civile qui dure jusqu’en 1949. Puis, l’antisémitisme n’a toujours pas disparu. Nombreux sont ceux qui vont partir vers l’Europe de l’Ouest, les Etats-Unis et surtout le futur Etat d’Israël. Aujourd’hui, sur 11 millions de Grecs il n’existe plus que 5. 000 Juifs.
75 ans après la guerre, le pays, secoué par dix ans de crise économique sans précédent, commence à faire face à son passé. Le réveil mémoriel émerge progressivement.
Des témoins
Des 60.000 à 67.000 Juifs déportés de Grèce, environ 2.000 sont revenus des camps de la mort. Quelques décennies après la Shoah, certains vont entreprendre une lourde tâche : mettre par écrit leur vécu. Parmi eux Shlomo Venezia, déporté de Thessalonique, qui publie en 2007 Sonderkommando – Dans l’enfer des chambres à gaz (Albin Michel).

Un an après, le livre est également traduit en grec. Un autre rescapé salonicien est le judéo-espagnol Jacques Stroumsa, connu sous le nom de « violoniste d’Auschwitz ». Il publie en 1997 en grec Διάλεξα τη ζωή…Από τη Θεσσαλονίκη στο Άουσβιτς (« Dialexa tin zoi…Apo tin Thessaloniki sto Aousvits » ; Traduction : J’ai choisi la vie…De Thessalonique à Auschwitz). En 1998, le livre paraît en langue française avec une préface de Beate Klarsfeld. Le titre est désormais Tu choisiras la vie : violoniste à Auschwitz (Cerf). C’est le père Patrick Desbois qui lui a conseillé ce nouveau titre, inspiré de la Bible, afin de mettre en avant une sorte de mission divine. Ce prêtre est l’un des acteurs les plus importants du dialogue entre l’Eglise catholique et le Judaïsme. Il est président de Yahad In-Unum, association qui parcourt l’Europe de l’Est afin de mettre en lumière les crimes des Einsatzgruppen (« groupes d’intervention » chargés de fusiller les Juifs dans les forêts).

Jacques Stroumsa décrit sa déportation à Birkenau le 29 avril 1943: « Ma famille et moi-même avons fait partie du convoi numéro 16, composé de 2500 personnes au départ [Le train arrivera 10 jours après]. Sur ce total, 568 hommes et 247 femmes ont reçu un numéro de tatouage, soit 215 personnes au total. Les autres, soit 1685 personnes, ont disparu dès l’arrivée (chambre à gaz et crématorium)».
Sa femme Nora, enceinte de huit mois, ainsi que le reste de sa famille ne sont pas sélectionnés pour le travail. Il ne les reverra plus jamais sauf sa petite sœur Bella. A Auschwitz, il porte dans sa peau le numéro 121.097. Le soir de son arrivée dans le camp, le Blockältester (responsable du Block, c’est-à-dire du baraquement) réunit les internés dont il a la charge : « Quand nous fûmes réunis autour de lui, il nous demanda : Y a-t-il parmi vous des « Häftlinge » (prisonniers) qui savent bien jouer de la musique ? Cette question, formulée brutalement, nous surprit un peu : après tout ce qu’on avait déjà enduré depuis notre arrivée, il fallait encore savoir jouer d’un instrument musical ! Personne ne dit rien ; mais mes nombreux camarades qui me connaissaient de Salonique se tournèrent instinctivement vers moi pour me désigner. « Puédé séré és buéno para todos » (C’est peut-être bien pour nous tous »). Devant cette pression amicale, je fis un pas en avant en disant, en allemand : « Je joue du violon, mais ce n’est pas ma profession »… Effectivement, quelques minutes plus tard, le « Stubedienst » (l’assistant du chef de bloc) me mit dans les mains un violon et un archet. Je demande naïvement : « Que voulez-vous entendre ? Mozart, Beethoven, Haydn ? Concerto, sonates ? – Ce que tu veux » me dit-il… j’ai commencé à jouer, pendant une vingtaine de minutes…Nous étions tous brisés d’émotion. Chacun de nous se rappelait sa vie d’homme libre à Salonique…C’est ainsi que, durant tout un mois, j’ai exercé les fonctions de violon solo à l’orchestre de Birkenau».
Engagé donc comme premier violon à Auschwitz, il raconte en quoi consiste son « travail » : « Après l’appel matinal, qui souvent durait une, deux heures ou plus, et pendant lequel le froid ou la pluie fine qui tombait nous faisait claquer des dents, chaque « Kommando » s’organisait pour être prêt à partir pour le travail. Nous, les musiciens de l’orchestre, devions courir à notre baraque, prendre nos instruments et aller vite sur l’estrade située devant la sortie principale du camp. Dès que le coup de sifflet retentissait, l’orchestre, sous la baguette du chef, se mettait à jouer, pendant que le défilé des prisonniers-esclaves commençait ».
Il restera dans le plus grand camp d’extermination pendant presque deux ans. Le 18 janvier 1945, il subit les marches de la mort. Jacques est libéré au camp de concentration de Mauthausen le 8 mai 1945. Après la guerre, il passe quelques années de sa vie en France, se remarie puis s’installe en Israël en 1967. Il décède en 2010. Le compositeur et interprète Leonard Cohen s’est inspiré de son histoire pour écrire en 1984 la chanson « Dance me to the end of love ».


"L’héritage juif de Salonique" de Cordula Echterhoff.

Auteur : Cordula Echterhoff
Chargé(e) de programme :
Barbara Brückner, WDR
Allemagne, 2019, 14 min
Disponible du 05/12/2019 au 06/06/2023

Michèle Kahn, Le rabbin de Salonique. Editions du Rocher. 560 pages. 19,90 €. ISBN : 978-2-268-07032-2

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié dans le n° 633 de février 2011 de L'Arche et sur ce blog le 26 février 2011, puis le :
- 26 décembre 2012 alors que 668 pierres tombales en marbre de Juifs de Salonique, détruites par les Nazis, ont été découvertes à Thessalonique (Grèce), les 18 mars et 19 août 2013, et le 1er décembre 2013 ;
- 1er décembre 2013. 

lundi 29 juin 2020

Richard Brooks (1912-1992)


Richard Brooks (1912-1992) était un réalisateur, scénariste, producteur et romancier juif américain. Dans ses romans et films, il a défendu les principes de la démocratie. Arte diffusera le 29 juin 2020 « De sang-froid » (Kaltblütig ; In Cold Blood) de Richard Brooks, d’après une œuvre de Truman Capote, avec Robert Blake, Scott Wilson, John Forsythe.

Richard Brooks est né Ruben Sax dans une famille d’immigrés russes juifs à Philadelphie.

Après ses études universitaires de journalisme, il débute comme reporter sportif pour la presse, puis collabore à New York à la radio WNEW.

Il s’oriente ensuite vers la mise en scène théâtrale à Broadway. En 1940, il fonde la Mill Pond Theater Company avec David Loew à Roslyn, New York.

A Los Angeles, il est éditorialiste pour la NBC. Il épouse l’actrice Jeanne Kelly en 1941.

En 1942, Richard Brooks rédige les dialogues additionnels pour « Sin Town » et « Men of Texas ». L’année suivante, il écrit son premier scénario pour White Savage.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, il sert dans les Marines. Il apprend les éléments essentiels de la réalisation, de l’écriture et du montage documentaires. Il risque la cour martiale pour son roman sur la discrimination raciale, « The Brick Foxhole » (1945). Le romancier Sinclair Lewis intervient avec succès en sa faveur.

Richard Brooks divorce en 1944.

Après avoir publié des romans - The Brick Foxhole (L'Aventure du caporal Mitchell, 1945) sur l’antisémitisme, adapté en 1947 pour le grand écran par Edward Dmytryk (Feux Croisés, Crossfire) avec Robert Young, Robert Mitchum, Robert Ryan et Gloria Grahame, The Boiling Point (1948) « dénonciation des exactions du Ku Klux Klan », The Producer (1951) -, Richard Brooks est repéré par le producteur Mark Hellinger qui le recrute comme scénariste.

Il assure l’écriture de scénarios, notamment pour Les Tueurs (The Killers, 1946) de Robert Siodmak avec Burt Lancaster et Ava Gardner, Les Démons de la liberté (Brute Force) de Jules Dassin (1947)  avec Burt Lancaster, Hume Cronyn, Charles Bickford, Yvonne De Carlo et Ann Blyth et Key Largo de John Huston (1948) avec Humphrey Bogart, Lauren Bacall, Edward G. Robinson et Claire Trevor. John Huston l’autorise à assister au tournage de ce film devenu mythique.

En 1946, Richard Brooks épouse Harriette Levin qui demandera le divorce en 1957.

En 1950, il réalise « Cas de conscience » (Crisis) avec Cary Grant et José Ferrer. Suivent Bas les masques (Deadline-USA, 1952) sur le monde de la presse et des gangsters, Graine de violence (Blackboard Jungle, 1955) avec Glenn Ford, Sidney Poitier et Paul Mazursky – la chanson "Rock Around the Clock" de Bill Haley and the Comets ouvre et clôt le film -, La Dernière Chasse (The Last Hunt, 1956), La Chatte sur un toit brûlant (Cat on a Hot Tin Roof, 1958) avec Elizabeth Taylor et Paul Newman, Elmer Gantry le charlatan (Elmer Gantry, 1960) d’après le roman de Sinclair Lewis avec Burt Lancaster et Jean Simmons, Les Professionnels (The Professionals, 1966) avec Burt Lancaster, Lee Marvin, Robert Ryan et Claudia Cardinale, À la recherche de Mr. Goodbar (Looking for Mr Goodbar, 1977)…

Soutenu par Les Cahiers du cinéma comme « auteur rebelle », Richard Brooks « est un intellectuel libéral  dont l'œuvre dénonce l'oppression sous toutes ses formes. De 1940 à 1960, il porte un regard inquisiteur et lucide sur ses contemporains, défend les causes les plus généreuses et soulève des problèmes en se refusant à apporter des réponses. Son expérience de journaliste et sa grande inspiration en font un polémiste attaché aux valeurs de la démocratie. En 1949, les studios de la Metro-Goldwyn-Mayer l'engagent. Il passe à la réalisation en 1950 avec Crisis (Cas de conscience), une parabole sur la dictature en Amérique latine. Dans Deadline USA (Bas les masques, 1952), il défend la liberté d'expression à travers la chronique d'un journal en crise. Fondé sur son expérience de soldat, Take the high ground (Sergent la Terreur, 1953) dénonce les abus de pouvoir au sein du corps militaire. 


"Avec The blackboard jungle (Graines de violence, 1955), Richard Brooks livre une vision réaliste de la délinquance et des affrontements raciaux dans un quartier pauvre de New York. A partir de 1957, il devient le spécialiste des adaptations d'oeuvres littéraires réputées difficiles : Les frères Karamazov (1957) de Fedor Dostoïevski ; The cat on a hot tin roof (Une chatte sur un toit brûlant, 1958) de Tennessee Williams ; Elmer Gantry (1960) de Sinclair Lewis, diatribe contre les sectes récompensée par trois Oscars ; Lord Jim (1964) de Joseph Conrad avec Peter O'Toole, Eli Wallach, Jack Hawkins, Paul Lukas et James Mason, où il exploite l'un de ses thèmes favoris, celui de la deuxième chance. En 1966, il propose une méditation sur l'intervention des Etats-Unis à travers un western, The professionnals (Les professionnels) ».

En 1960, il épouse l’actrice Jean Simmons. Leur union s’achève par un divorce en 1977.

Richard Brooks a été distingué par l’Oscar du Meilleur scénario adapté pour Elmer Gantry (1960).

Une étoile est attribuée à Richard Brooks sur la promenade de la gloire à Hollywood.

Sur son caveau au cimetière de Culver City (Californie) a été apposée une plaque sur laquelle est inscrit : « First comes the word… » (« D’abord, vient le mot… ») Une citation choisie par sa belle-fille, Tracy Granger.

« De sang-froid »
Arte diffusera le 29 juin 2020 « De sang-froid » (Kaltblütig) de Richard Brooks avec Robert Blake, Scott Wilson et John Forsythe. La musique est signée par Quincy Jones.

« L’adaptation fidèle » de « In Cold Blood: A True Account of a Multiple Murder and Its Consequences » (1967), "roman documentaire" de Truman Capote sur l’assassinat d’une famille de fermiers par deux paumés, arrêtés, jugés et pendus en 1965. Un manifeste contre la peine de mort ancré dans la noirceur du réel. »

« Le 15 novembre 1959 à Holcomb, bourgade du Kansas, deux jeunes ex-détenus, Perry Smith et Dick Hickock, assassinèrent dans leur maison un couple de fermiers, les Clutter, et leurs deux enfants adolescents ».

« Un meurtre sauvage, gratuit en apparence, puisque le butin se monta à quelques dizaines de dollars ».

« Arrêtés un an plus tard, en repassant la frontière après quelques mois d’errance au Mexique, ils furent condamnés à mort ».

« Avant leur pendaison, en 1965, l’écrivain Truman Capote consacra une longue enquête à l’affaire, s’installant à Holcomb pour y rencontrer les policiers et les anciens voisins des Clutter, suivant le procès, et surtout s’entretenant régulièrement avec les prisonniers qu’il accompagna vers la mort ».

"De sang-froid" fut publié l’année suivante et ce "non-fiction novel" ("roman documentaire"), selon le terme de son auteur, passionna le pays ».

« Le parallèle établi par Truman Capote entre le meurtre et le châtiment prenait pourtant à rebrousse-poil l’immense majorité des Américains ».

« Richard Brooks dut batailler contre les studios afin de conserver intacts le trouble, le réalisme et la noirceur du récit de Truman Capote ».

« Les deux comédiens qu’il choisit, quasi inconnus, composent avec justesse ces figures privées de repères et de grâce, enfants perdus devenus meurtriers ».

« Le cinéaste parvint aussi à imposer le noir et blanc – superbes images glacées des grandes plaines du Kansas sous le vent de novembre ».

« Pour plus de fidélité encore, il tourna la scène du crime là où il avait eu lieu, dans la ferme des Clutter ».

« Ce détail dérangeant alimenta la polémique lors de la sortie du film, les conservateurs lui reprochant sa violence désespérée – même si le meurtre se déroule hors champ – et sa prétendue amoralité ».

Richard Brooks « utilise un style froid, à la limite du reportage dramatisé, pour montrer du doigt le malaise profond de la société américaine et dénoncer la peine de mort ».

"De sang-froid", plaidoyer implacable contre la peine de mort, n’offre ni rédemption ni consolation ».

« Seul le jazz aérien de Quincy Jones (le film lança sa carrière hollywoodienne) apporte un soupçon de douceur ».

« En 1966, Truman Capote publie De sang-froid : récit véridique d’un meurtre multiple et de ses conséquences, un roman non-fictionnel. Capote, frappé par la violence de ce fait divers, décide de quitter New York et part enquêter sur les lieux du crime. Il recueille les témoignages des habitants de Holcomb et de la police locale, mais aussi des deux meurtriers dans leurs cellules. Il assistera aussi à leur exécution par pendaison le 14 avril 1965. Le livre est dès sa publication considéré comme un chef-d’œuvre de la littérature américaine. Le réalisateur et scénariste Richard Brooks décide de l’adapter au cinéma l’année suivante, avec la complicité de son auteur. Le film est fidèle au livre dans la mesure où ce dernier adoptait déjà un style très cinématographique, attaché à la notion de réalisme dans la description des faits et les portraits psychologiques des différents protagonistes de ce drame, et plus particulièrement les deux assassins, marginaux atteints de plusieurs tares physiques et mentales. Brooks procède par retours en arrière et décide d’éluder dans un premier temps la scène du meurtre, qui n’est dévoilée que tard dans le récit, une fois les deux coupables arrêtés et interrogés. En choisissant de tourner sur les lieux-même des faits et de l’enquête, en optant pour une forme éclatée qui présente plusieurs points de vue, ou la technique du montage parallèle, le cinéaste prolonge l’écriture réaliste et chorale de Capote, sa recherche d’une explication rationnelle à un crime atroce perpétré de sang-froid. Par son intensité dramatique, le film échappe aux écueils du film à thèse, même s’il prend clairement parti contre la peine de mort en établissant un parallélisme entre la pendaison des deux coupables et l’exécution de leur crime, et en soulignant la déficience du caractère exemplaire de la peine capitale. En cela, il diffère du roman. La mise en scène de Richard Brooks a rarement été aussi inspirée. De sang froid doit beaucoup à ses interprètes, les débutants Robert Blake et Scott Wilson. Le film permet également d’admirer l’une des plus belles photographies (noir et blanc) du grand chef-op Conrad Hall, ici au sommet de son art », a analysé Olivier Père.

Richard Brooks a remporté le David di Donatello dans la catégorie du Meilleur réalisateur étranger.

Le film a été retenu par la Library of Congress pour être préservé dans le National Film Registry américain car il est « culturellement, historiquement ou esthétiquement significatif ».


« De sang-froid » de Richard Brooks
Etats-Unis, 1967, 135 minutes
Scénario : Richard Brooks
Production : Columbia Pictures Corporation, Pax Enterprises
Producteur/-trice : Richard Brooks
Image : Conrad L. Hall
Montage : Peter Zinner
Musique : Quincy Jones
Son : Dick Tyler Sr.
Avec Robert Blake, Scott Wilson, John Forsythe, Paul Stewart, Gerald S. O'Loughlin, Jeff Corey, John Gallaudet, James Flavin, Clarence Duntz, Charles McGraw
Sur Arte le 29 juin 2020 à 22 h 30
Visuels : © DR

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