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mercredi 16 décembre 2020

« Le grand abandon. Les élites françaises et l'islamisme » par Yves Mamou

L
es éditions du Toucan ont publié « Le grand abandon. Les élites françaises et l'islamisme » par Yves Mamou. L’analyse détaillée, argumentée de la « stratégie d’alliances » entre élites ayant fait sécession d’avec le peuple et des groupes islamiques afin de bouleverser la France sans l’accord du peuple dans une « démocrature ». Un constat valable aussi dans d’autres pays évoqués par l’essayiste.

Raymond Aron (1905-1983) 
« ENS : L'école de l’engagement à Paris » par Antoine de Gaudemar et Mathilde Damoisel
Archives de la vie littéraire sous l'Occupation 

Ancien journaliste (The Gatestone Institute, Le Monde, Libération, Le Canard enchainé, La Tribune), Yves Mamou collabore à Causeur et à Goldnadel TV.

En quelques décennies à la charnière des XXe et XXIe siècle, la France a profondément changé. 

Dans son essai publié en 2018, Yves Mamou s’interroge sur ces « transformations radicales », « démographiques, politiques et culturelles », identitaires, qui se sont traduites en termes de chute du niveau scolaire, d’insécurité quotidienne, dans une « société multiculturelle » induite par une immigration de peuplement islamique dont les thuriféraires, de droite et de gauche, ont vanté « une diversité, richesse pour la France » dans le cadre d’un « vivre ensemble » devenu illusoire.

Les raisons de ces mutations, l’auteur les décèle dans la volonté d’élites françaises, politiques, administratives et judiciaires, éloignées « du reste de la population » dans des régimes démocratiques délités par l’abstentionnisme et où des électeurs dédaignés votent pour des candidats dits « populistes », et mués en « démocrature ».

Yves Mamou rejoint la réflexion de sociologues, dont Christopher Lasch et Raffaele Simone, géographes, dont Christophe Guilluy, politologues, dont Jérôme Fourquet, journalistes dont Brice Couturier, mais s’en distingue par son analyse des « stratégies d’alliances » de ces « élites mondialisées » dans la politique, la justice, l’éducation – voix discordantes menacées ou interdites sur les campus -, les « agences normatives », les Eglises, les médias, l’intelligentsia et les people avec des groupes islamiques. Un phénomène observable dans d’autres pays.

Pourquoi la France a-t-elle choisi l’immigration ? Pour compenser un taux de natalité décroissant ? Par souci humanitaire ? Ou plutôt pour satisfaire les « demandes du patronat », notamment la « baisse du coût du travail pour les emplois non délocalisables » en mettant en concurrence la main d’œuvre française avec celle immigrée et rapidement naturalisée ? 

Cette rivalité sur le marché du travail se double d’une concurrence électorale incitant nombre de candidats et d’élus à céder sur des principes républicains, notamment l’assimilation auparavant exigées des étrangers, pour obtenir et garder le « vote hallal ».

Ravages du « padamalgame » - « L’islamisme n’a rien à voir avec l’islam » - pour ne pas stigmatiser des musulmans ainsi déresponsabilisés, antiracisme dévoyé obsédé par les races, « déni de la violence islamiste », culpabilisation des « Français au carré » accusés d’être racistes, xénophobes ou islamophobes, et de pratiquer un « apartheid » honteux envers des « migrants » victimisés, Histoire occultée, inventée – « La France a toujours été une terre d’immigration » -, déformée par « l’islamiquement correct » et ses dérivés (woke), extension de la « cancel culture », promotion de l'intersectionnalité, registre lexical idéologisé – « jeunes », « cités sensibles » - nécessitant d’être décrypté comme dans tout régime totalitaire, libertés muselées par le « politiquement correct » et rognées par les « gouvernements des juges » gardiens, secondés par la bienpensance vigilante, dont des associations financées essentiellement par des subventions publiques (GISTI obtenant du Conseil d’Etat la reconnaissance pour les immigrés du « droit à mener une vie familiale normale », donc le regroupement familial), parfois mutantes - LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) se délestant du BNVCA (Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme), MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) -, des autorités administratives indépendantes et les « idiots utiles », de la « police de la pensée »… Ainsi, ces élites ont sanctuarisé l’islam, et fragmenté la nation en communautés, en favorisant l’émergence d’une société aspirant à la sécession. Par une guerre civile ? Ou un djihad ?

Le livre, qui étudie brièvement le rôle du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) et du Mémorial de la Shoah dans le chapitre "L'Eglise catholique, apôtre de l'islamisation" (!?), s’achève sur l'avenir : une société française pratiquant le "vivre ensemble", "mais sans les Juifs !" 

Quid
d’« Eurabia », alliance euro-arabe visant à fondre l’Europe dans un ensemble méditerranéen, qui explique cette immigration de peuplement et cette acculturation imposée à rebours aux « Français au carré » ? Ce "continent en transition porteur de futurs conflits très graves de quelques côtés que l’on regarde. Eurabia est née de la soumission de la Communauté économique européenne (CEE), devenue l'Union européenne (UE), au terrorisme palestinien et au boycott pétrolier... Le Dialogue euro-arabe (DEA) visait à développer l’immigration des pays arabes jusqu’alors fort réduite, à renforcer la coopération politique, économique, culturelle, universitaire, syndicale et médiatique entre l’Europe et les pays arabes sur la base des conditions de la Ligue arabe concernant la diffusion de la culture et de la langue arabes en Europe, le soutien à Arafat et à l’OLP et la création de la Palestine. Le but de cette politique était de créer un vaste ensemble méditerranéen euro-arabe où le multiculturalisme et la fusion des populations et des langues, grâce à l’immigration, imposeraient la destruction des frontières, des identités nationales et religieuses, gages de la paix en Méditerranée. Un continent doté d’une telle puissance pourrait rivaliser avec l’Amérique sur la scène mondiale", a expliqué l'essayiste Bat Ye'or.

La laïcité, non définie par la loi de 1905, est-elle vraiment « la définition tricolore du vivre-ensemble », ou plutôt une modalité de relation entre d'une part la République ou l’Etat, et, d'autre part, les cultes par leur séparation, sauf exceptions limitativement énumérées ? Initié sous le Consulat, le Concordat, modifié pour les protestants en 1802 et pour les juifs en 1808, avait institué un « vivre ensemble », mais en se montrant exigeant envers le christianisme et le judaïsme. Ce que ni la République ni l'Etat ne font envers l'islam. "Le statut auquel les musulmans aspirent à accéder aujourd’hui n’est, au regard de ce modèle, pas possible sans passer par la case « réforme », que consacra jadis un moment solennel comme le Grand Sanhédrin ou le Concordat avec la papauté... L’islam n’a pas été enjoint de le faire. C’est pour cela qu’il n’y a aucun critère séparant islam « normal » et « islam radicalisé ». Il faut que les musulmans définissent avec l’État l’islam « normal » et définissent les matières où s’arrêtent les injonctions radicales de leur religion et de leur livre saint", a expliqué Shmuel Trigano, Professeur émérite des Universités, Shmuel Trigano est philosophe et sociologue, spécialiste de la tradition hébraïque et du judaïsme contemporain (« Pour lutter contre la radicalisation islamiste, il faut un État-nation souverain », Le Figaro, 15 octobre 2019).

Une erreur dans ce livre foisonnant d'exemples et d'arguments : Stéphane Hessel n'était pas juif.

L’un des avantages du livre réside dans ses précieuses notes de bas de pages. Une aubaine pour ceux qui souhaitent approfondir un sujet en lisant les sources des faits ou citations.


Yves Mamou, « Le grand abandon. Les élites françaises et l'islamisme ». Editions du Toucan, 2018. 576 pages. ISBN : 9782810008353

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