mardi 18 décembre 2012

Ci-contre. 110 photos de Moï Wer


Dans le cadre du Mois de la photo 2012, la Fondation Henri Cartier-Bresson présente l’expositionéponyme consacrée au photographe lituanien Moses Vorobeichic dit Moï Wer puis Moshé Raviv (1904-1995). Un « artiste brillant à la croisée de la Nouvelle Vision et des recherches cinématographiques les plus avancées de l'époque ».
  

Pour la première fois en France, les 110 tirages originaux du livre Ci-contre. tirages originaux de Moï Wer, extrêmement rares dans les collections des musées ou galeries.

Cet « ensemble important de tirages d'époque permet de découvrir le génie artistique de ce photographe à l'itinéraire insolite ».

 De Pologne à Eretz Israël
Moses Vorobeichic nait le 5 décembre 1904 à Lebedevo, près de Vilna (Vilnius en russe ; la ville est située alors dans l'Empire russe)

Dès 1924, il étudie la peinture au département des Beaux-arts de l'université Stefan-Batory de Wilno (Vilnius en polonais. La ville devient polonaise à la fin de la Première Guerre mondiale. Elle redeviendra la capitale de la Lituanie en 1940).

En 1927, Moses Vorobeichic est admis dans la classe préparatoire de Joseph Albers au Bauhaus (Dessau). Les thèmes : la construction et les matériaux, leur apparence et leur représentation. I

Moses Vorobeichic suit également les cours de Paul Klee, Wassily Kandinsky et Hinnerk Scheper jusqu'à la fin de l'été 1928.

Ils s’intéresse à El Lissitzky, aux films de Sergej Eisenstein et aux photomontages de John Heartfield, et se dirige vers la photographie plutôt que la peinture.

Il admire aussi le travail de László Mohaoly-Nagy, professeur au Bauhaus et auteur de Malerei, Fotografie, Film (Peinture, Photographie, Film).

À l'automne 1928, Moses Vorobeichic s’installe à Paris, en pleine effervescence artistique. Il écrit à son père en lui disant qu'il en apprendra plus en un jour à Paris qu'en un an à Dessau. Au Louvre, il copie les peintures des grands maîtres. Il suit les cours de l'Ecole technique de photographie et de cinématographie rue de Vaugirard ainsi que ceux de Fernand Léger à l'Académie Moderne.

Photographe indépendant, Vorobeichic « retourne à Vilnius en mars 1929 pour réaliser un reportage sur le quartier Juif de sa ville d'origine ».

« Exposées lors du Congrès sioniste de l'été 1929 à Zurich, les photographies attirent l'attention d'Emil Schaeffers, alors directeur de la collection « Das Schaubuch » aux Editions Orell-Füssli, qui propose de les publier ».

Ce livre, Ein Ghetto im Osten, Wilna (Un ghetto à l'Est, Vilnius) parait en 1931, et sera réédité par Hentrich – Frölich & Kaufmann en 1984. Il raconte en photos le mode de vie de la communauté juive. « J'ai tout simplement laissé aller mon Leica, c'est comme ça que j'ai conçu le livre sur Vilnius. La mise en page et les montages sont bien évidemment inspirés du cinéma ». Publié en plusieurs langues (hébreu/allemand et hébreu/anglais), cet ouvrage est destiné au grand public. Vorobeichic « montre la misère du ghetto, mélange les vues des rues étroites avec les portraits. Cette vision du quartier juif est contrastée par la mise en page, traitée avec une pensée moderne et novatrice héritée des cours d'Albers au Bauhaus. Vorobeichic superpose, colle et agrandit les images ».

Une fois la maquette du livre sur Vilnius achevée, Vorobeichic se consacre au deuxième projet photographique majeur de sa carrière : Paris. « Sa vision avant-gardiste reste la même, mais le rendu est différent car le sujet a changé. Les rues figées de Vilnius ont fait place au rythme effréné de la capitale française. Les mouvements, les foules, les automobiles s'agitent au fil des pages, et Vorobeichic, devenu Moï Ver nous renvoie à la vision qu'il a de la métropole : encombrée, fourmillante, vivante ».

Publié en 1931 à 1000 exemplaires numérotés par les éditions Jeanne Walter (1), le livre connaît le succès ; il est salué par la critique, notamment par Florent Fels qui, dans un numéro de L'Art Vivant de 1931 qualifie le livre de « simple mais précieux document de l'art d'aujourd'hui ».

Moï Ver devient un photographe très prisé. A Berlin, il remet à Moholy-Nagy un exemplaire de l'album préfacé par Fernand Léger.

Paris attire alors des artistes étrangers, dont beaucoup se fixent dans le quartier de Montparnasse. La Ville Lumière « fascine et les publications se multiplient. En 1929, Germaine Krull publie 100 x Paris, un panorama complet de la ville. En 1932, Brassaï met en avant la vie nocturne avec son Paris de nuit. En 1934, parait Paris vu par André Kertesz.

Moï Ver travaille comme photographe de presse à l'agence Globe-Photo, spécialisée dans le reportage international. Il collabore aussi à Vu, Paris Soir, Arts et Métiers graphiques (n°22 et 23) et Bifur (n°8).

En 1931, Ci-Contre est le troisième grand projet de Moï Ver qui, de nouveau, modifie son nom pour Moï Wer. Après trois mois de travail, il adresse « la maquette définitive du projet, composée de 110 tirages en vis-à-vis, à Franz Roh. Professeur d'histoire de l'art à Munich, directeur de la collection Fotothek, Roh est également l'auteur du livre Foto-auge qui accompagnait l'exposition Film und Foto présentée à Stuttgart en 1929 ». Roh cherche un éditeur pour le projet qui ne sera pas publié en raison des bouleversements politiques. Franz Roh garde la maquette.

En 1933, Moï Wer perd le contact avec Roh. Vers 1940-1945, pensant la maquette perdue, il « tente de reconstituer la série de mémoire. Alors que la première maquette se concentre sur la nature et l'architecture, ces 30 doubles-pages mettent l'accent sur les personnages ». Moï Wer note que « la première version porte encore l'empreinte du Bauhaus et d'Albers. L'aspect nature morte domine. La deuxième, quant à elle, est pleine de vie ».

En 1932, Moï Wer est envoyé à Tel Aviv, alors en Palestine mandataire, pour couvrir la Maccabiah, l'Olympiade juive. Les photographies sur cet évènement sportif sont montrées dans l’exposition Palestine d'hier et d'aujourd'hui à la Galerie d'art contemporain (Paris).

Moï Wer s'installe en Palestine mandataire en 1934. Il devient Moshe Raviv. Il travaille comme graphiste publicitaire et photographe indépendant.

En 1937, il retourne en Europe centrale réaliser un reportage sur les fermes collectives juives. Il photographie les communautés juives, leurs activités (agricoles et manuelles), leurs habitations et leurs loisirs. En 1950, un portfolio intitulé Polen (Pologne) d'une douzaine de portraits extraits de ce reportage est publié à Tel Aviv.

En 1948, lors de la recréation de l'Etat d'Israël, Moshe Raviv « effectue son service militaire et met sa photographie au service du mouvement sioniste en réalisant des affiches. Son travail est également utilisé pour illustrer des livres destinés à la jeunesse ».

Dans ces livres, la « vision avant-gardiste des années 1930 a laissé place à un académisme marqué ».

Au début des années 1950, Moshe Raviv abandonne la photographie pour la peinture, notamment religieuse et cofonde une colonie d'artistes à Safed, au nord d'Israël.

Au fil des ans, il perd en notoriété.

En 1968, Ann et Jürgen Wilde, collectionneurs allemands, achètent la maquette originale de Ci-Contre. Ils recherchent son auteur. Après plusieurs années d'enquête, ils adressent une première lettre à Moshe Raviv en 1972.

Lors « de leurs échanges, le photographe exprime son plaisir de savoir la maquette de Ci-Contre conservée ».

Dans les années 1980, le travail de Moshe Raviv est montré dans des expositions sur le Bauhaus.

Moshe Raviv meurt en 1995 à Safed.

En 2004, après en avoir acquis les droits, qu'Ann et Jürgen Wilde publient l'ouvrage Ci-Contre en fac-similé.

(1) Jeanne Walter "fut l'épouse de l'architecte Jean Walter. Grâce au financement de son mari, elle crée la revue mensuelle Plans en 1930 et en assure la direction jusqu'au dernier numéro en 1933. Cette revue reflétait la culture des années 1930".

Jusqu’au 23 décembre 2012
2, impasse Lebouis. 75014 Paris
Tél. : +33 1 56 80 27 00
Du mardi au dimanche de 13 h à 18 h 30, le samedi de 11 h à 18 h4 5, nocturne le mercredi jusqu’à 20 h 30.

Visuels :
Légendes : Moï Wer (Moshe Raviv-Vorobeichic)
© Archives Ann et Jürgen Wilde, Zülpich/Cologne, 2012
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mercredi 5 décembre 2012

Deux Prix 2009 porteurs d’avenir de la Fondation France-Israël


A lire ou/et écouter : les discours de Nicole Guedj, présidente de la Fondation France-Israël, et de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères lors du diner de cette Fondation dans une salle, composée essentiellement de convives Français Juifs, de l'ambassadeur d'Israël Yossi Gal et de hauts diplomates, du Quai d'Orsay, le 29 novembre 2012.
La nuit où la France vote pour le statut d'Etat observateur non membre à la Palestine à l'ONU, Nicole Guedj évoque "65 ans d'amitiés entre la France et Israël" (!?), "le soutien et l'amitié" du président François Hollande pour Israël (il ne l'a jamais visité, Nda), mais omet le vote annoncé de la France pour  une Palestine ayant statut d'Etat observateur non-membre de l'ONU.
Laurent Fabius tente de justifier ce vote scandaleux.
Les convives applaudissent souvent...
 
Le 11 juin 2009, l’Ecole normale supérieure (Paris) a accueilli la cérémonie de remise du 2e Prix de l’excellence de la recherche scientifique de la Fondation France-Israël.

« Ce prix est remis chaque année, à un jeune chercheur israélien et un jeune chercheur français ayant excellé dans leurs domaines de compétences respectives ».

Le « prix a pour but de mettre en valeur et de rapprocher des scientifiques ayant œuvré dans les mêmes sphères de recherche et ayant été reconnus pour la qualité de leurs travaux respectifs. Il a également pour vocation de promouvoir au développement des échanges scientifiques entre les deux pays ».

Partenaires du Prix : ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, CNRS (Centre national de la recherche scientifique), INRA (Institut national de la recherche agronomique), CEA (Commissariat à l'énergie atomique) et ADEME (Agence de l'Environnement et de la maitrise de l'énergie). 

Coopération scientifique comme vecteur d’amitié et de paix
Monique Canto-Sperber, sa directrice, a affirmé que « les obstacles rencontrés par l’Etat d’Israël dans ses ambitions n’arriveront pas à éloigner la communauté scientifique israélienne » de son homologue française.

Placée sous le haut patronage de Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, représentée par François Decoster, son conseiller diplomatique, et sous la présidence d'honneur de Claude Cohen-Tannoudji, Prix Nobel de Physique 1997, cette cérémonie a eu lieu en présence de nombreuses personnalités dont Daniel Shek, ambassadeur d'Israël en France, et Nicole Guedj, présidente de la Fondation.

Le thème du Prix 2009 ? Les énergies renouvelables. Un sujet qui répond aux aspirations croissantes des individus, des entreprises et des pouvoirs publics.

Les récipiendaires : le Dr Michael Bendikov (Institut Weizmann), pour ses recherches sur les « polyselenophènes, nouvelles piles organiques solaires », et le professeur Yves Delannoy (Institut national Polytechnique de Grenoble), pour ses travaux sur la « purification du silicium pour la conversion photovoltaïque de l'énergie solaire en électricité ». Des recherches aux enjeux économiques considérables…

Quant à François Decoster, conseiller diplomatique de Mme Pécresse, il a souligné combien « les 11 grands programmes de recherche en réseaux financés depuis 2004 dans le cadre de la coopération scientifique franco-israélienne, avaient permis à plus de 80 équipes conjointes, de mener leur travail et des effets de levier, notamment auprès des programmes européens de recherche ».

Edith Cresson, présidente de la commission scientifique de la Fondation et ancienne Premier ministre, a rappelé son rôle déterminant afin que « les chercheurs israéliens fassent bénéficier les chercheurs européens de leurs réflexions et inversement. Je trouvais surprenant que les Israéliens ne travaillent qu’avec les Américains ».

Et nombre d’orateurs, dont Claude Cohen-Tannoudji, ont souligné le rôle de cette coopération scientifique comme vecteur d’amitié et de paix.

 
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Cet article a été publié en une version plus concise par L'Arche en 2009.
 

vendredi 16 novembre 2012

Le FSJU assiste des Juifs originaires du Maroc et de Tunisie pour leur indemnisation par la Claims Conference (3/5)


Le 27 octobre 2011, répondant à mes questions le FSJU (Fonds social juif unifié) m’a envoyé une lettre concernant mon premier article, L’étrange procédure d’« indemnisation » des Juifs marocains et tunisiens par la Claims Conference. Passerelles, un des services de cette organisation Juive française, assiste gratuitement les requérants Juifs originaires du Maroc et de Tunisie en vue de leur indemnisation dans le cadre du Hardship Fund (fonds Hardship) de la Claims Conference on Jewish Material Claims against Germany, ou Claims Conference. Mais le site Internet du FSJU ne l'indique toujours pas, plus d'un an après la publication de cet article le 28 octobre 2011. Ce qui est préjudiciable aux bénéficiaires potentiels.


Sollicité le 12 octobre 2011 pour une réaction à mon premier article, le FSJU répond en éclaircissant certains points essentiels. Des questions perdurent.

Le rôle du FSJU
Par une lettre brève du 24 octobre 2011, Jacques Bénichou, directeur du FSJU, apporte ces informations capitales sur « la procédure de la Claims Conference on Jewish Material Claims against Germany et du Hardship Fund, donnant droit, sous conditions, à une indemnisation pour les Juifs ayant vécu au Maroc et en Tunisie au cours de la Seconde Guerre mondiale  ».

Les services du FSJU ont alerté leur direction « dès le mois de septembre » sur « les démarches parallèles, entreprises en France, par des cabinets d’avocats étrangers pour la constitution de dossiers d’indemnisation auprès des personnes concernées. Nous avons réagi immédiatement auprès de notre réseau associatif et des institutions communautaires en diffusant le communiqué ci-joint, et en rappelant à la fois la procédure déjà en vigueur et les services gratuits d’accompagnement proposés dans le cadre de nos actions sur le sujet. La pratique de ces cabinets d’avocats qui se présentent comme des intermédiaires est fort regrettable. Elle génère de la confusion auprès des requérants et un prélèvement injustifié de près de 20% de l’indemnisation auprès d’une population vulnérable »

Le FSJU assure de sa « mobilisation sur ces points » et de son « action pour informer les personnes concernées des possibles dérives constatées. Nous faisons d’ailleurs paraître cette semaine dans Actu J, une interview de notre responsable nationale « Passerelles » en charge de ce sujet ».

Le FSJU conclut en ne comprenant pas « la nature du lien que vous semblez insinuer, entre le président du Fonds Social Juif Unifié, Pierre Besnainou, le vice-président, Gil Taieb, et cette triste affaire ».

Une lettre du « 26 septembre 2011 » avec en-tête du FSJU indique : 

« La « Claims Conference on Jewish Material Claims against Germany » a récemment négocié une extension de la procédure du Hardship Fund, donnant droit à une indemnisation unique de 2.556 € aux Juifs ayant vécu au Maroc au cours de la Seconde Guerre mondiale. Bien qu’à ce jour les critères précis ne soient pas totalement définis, la Claims Conference indique que cette procédure concerne les personnes n’étant pas de nationalité française au cours de la guerre et ayant subi des mesures telles que : restrictions de déplacement, interdiction d’accès à certains lieux publics et de sorties au moment du couvre-feu, obligation de se faire recenser, exclusion de l’école ».
Le FSJU « a été alerté sur le fait que plusieurs cabinets d’avocats intervenaient en France et à l’étranger incitant les personnes concernées à faire appel à leur expertise pour constituer les dossiers, moyennant contribution de 500 € en cas d’obtention de l’indemnisation. Le FSJU appelle à la plus grande vigilance [1]. L’instruction de ce type de dossier est aisée, et recourir à une assistance légale ne garantit en rien l’obtention de l’indemnisation. En revanche, imposer des honoraires à des requérants de la communauté juive pour faire valoir leurs droits, en tant que victimes de persécutions ayant frappé les juifs, soulève une question éthique évidente ».

Enfin, le FSJU « rappelle que plusieurs services professionnels de la communauté juive assistent les requérants dans les diverses procédures d’indemnisation, depuis des années, et ce gracieusement et sans aucune contrepartie [1]. Pour toute demande de dossier et/ou d’information, il suffit d’appeler le N° Vert : 0800 39 45 00 ou d’écrire à Passerelles, 39 rue Broca, 75005 Paris ». Un numéro gratuit.

Sur toute la page 41 de son n°1182, Actualité juive [2] présente la longue interview d’Andrée Katz, responsable de Passerelles, « service d’écoute et d’orientation pour les victimes de la Shoah et leurs enfants », ainsi qu’un encadré présentant « l’association Passerelles ».

Mme Katz précise que le FSJU parisien et ses délégations régionales – « Lyon, Marseille, Nice, Toulouse et Strasbourg » - assurent le même travail d’envoi des « formulaires et les explications » ainsi que l'instruction  des dossiers avant leur examen par la Claims Conference.

Qui est éligible ? D’une part, cette procédure exclut ceux ayant alors la citoyenneté d’un pays européen, notamment celle française. D’autre part, les critères ont été progressivement élargis : « Si en Tunisie seules quelques villes étaient prises en compte, et uniquement la population âgée de plus de six ans, depuis peu, sont également considérés les enfants en bas âge et plus généralement les Juifs qui vivaient sur l’ensemble du territoire, sauf Béja et sa région. Pour le Maroc, sont pris en compte tous les Juifs qui y vivaient entre 1940 et fin 1942, y compris les enfants conçus avant la fin de 1942 mais nés après le débarquement allié ». La Claims Conference fonde sa décision sur « les restrictions de liberté, d’exclusion des lieux publics, d’obligation de recensement », précise Mme Katz.

L’indemnité est versée par un virement bancaire ou postal. Le FSJU agit gratuitement.

La communication du FSJU et de Passerelles ? Diffusion « depuis plusieurs semaines [d’]une information aux consistoires locaux, aux présidents de communautés, via les radios juives de Marseille, Lyon, Toulouse, Nice, et des journaux tels qu’« Aviv Hebdo » à Toulouse ».

Une communication et une action perfectibles
Selon Actualité juive, Mme Katz « communique » sur cette procédure. Car il s'agit bien de communication.

Et celle du FSJU sur ce Harshipfund s’avère incomplète, longtemps inadaptée, tardive et inconnue même de responsables communautaires.

Les Juifs originaires du Maroc et de Tunisie vivant en Israël bénéficient-ils des mêmes services auprès de la délégation du FSJU dans ce pays ? A l'instar de leur confrère canadien Me Henri Simon, des avocats israéliens proposent leurs services à des requérants manquant d'informations sur cette procédure.

Seul le site Internet de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah (FMS) informe sur ces « nouvelles indemnisations pour les restrictions subies durant la guerre », soit « 26 millions de dollars pour indemniser 7 000 victimes juives ayant subi durant la guerre les persécutions des nazis ou de leurs collaborateurs », en citant le Maroc, la Roumanie et la Bulgarie. La FMS oriente vers Passerelles du FSJU, le Service pour les survivants de la Shoah de la Fondation Casip-Cojasor et le Mémorial de la Shoah !

Quant au site Internet de la CIVS (Commission d’indemnisation des victimes de spoliations intervenues du fait des législations antisémites en vigueur pendant l’Occupation), il mentionne le 5 octobre 2011, comme « bureau de liaison de la Claims Conference »… la Fondation Casip-Cojasor. Selon la CIVS, ce Fonds Hardship concerne les seuls Juifs « victimes de spoliations au Maroc ». Comprenne qui pourra.

On peut regretter que le FSJU n’informe pas sur cette procédure sur son site Internet, dans sa newsletter Kesharim, dans ses médias - dont RCJ (radio de la communauté juive) - ou dans d’autres médias.

D'autant que le FSJU se soucie de sa communication : il communique sur sa « nouvelle identité visuelle », il est présent sur Facebook, il recourt à Twitter, etc.

Pourquoi le FSJU n’a-t-il pas recouru à une communication similaire dans Actualité juive, hebdomadaire « essentiel pour chaque acteur de la vie juive en France » (FSJU) plus tôt, dès septembre 2011, mois où il a reçu les premiers échos sur les actions de plusieurs avocats, voire dès avril 2011, à partir duquel « les Juifs ayant vécu au Maroc peuvent prétendre » au Hardship Fund, ou encore 1980, année de création de ce fonds ? D’autant que Mme Katz observe : « En général, la Claims Conference diffuse par voie de communiqués, et le bouche-à-oreille fait le reste. Nous constatons que les premiers à réagir sont, comme souvent, les mieux informés et les plus insérés dans le tissu communautaire ».

Et pourquoi cette absence de toute information sur son site Internet qui permet à l'information de perdurer. Conséquence : les Internautes souhaitant avoir des informations sur cette indemnisation parviennent sur mon blog, dont l'une des missions consiste ainsi à pallier les carences informatives du FSJU. Les statistiques de mon blog révèlent un vif intérêt pour la série d'articles sur cette indemnisation par la Claims Conference.

De plus, une semaine après avoir contacté le service parisien Passerelles par téléphone, une Juive parisienne, qui avait donné les coordonnées postales de ses parents d'origine tunisienne, n'a pas reçu son dossier par La Poste. Le 3 novembre 2011, elle téléphone à Passerelles qui lui dit être « en rupture de stock depuis une semaine », que des dossiers seront reçus d'Allemagne « le 4 ou le 7 novembre au plus tard » et envoyés alors aux requérants. Vers le 10 novembre, seul un des deux dossiers avait été reçu par ce couple.

Il était normal de citer Pierre Besnainou et Gil Taieb dans le premier article présentant cette procédure : ils sont respectivement président et vice-président du FSJU. Donc, concernés au premier chef. Dans l’ignorance du rôle de Passerelles dans cette procédure d’indemnisation, j’ai nommé les plus hauts responsables, qui de plus ne cachent pas leurs origines tunisiennes. Le n°1177 d'Actualité juive a publié un article de Gil Taieb en page 11, une page en vis-à-vis de celle de l’annonce publicitaire sur cette procédure (page 10) ; Gil Taieb affirme n'avoir pas remarqué cette annonce. En outre, il est membre du Conseil du Consistoire de Paris Ile-de-France - cette publicité invitait à se rendre à la synagogue consistoriale Berith Chalom (Paris) -  et candidat pour représenter les Français de l’étranger dans une circonscription électorale inclut l’Etat d’Israël où de nombreux Juifs de Tunisie et du Maroc, éligibles à cette indemnisation, ont fait leur aliyah. Autant de raisons pertinentes à le désigner.

Les noms d’autres responsables communautaires visés par cette indemnisation apparaissent aussi dans ce premier article et aucun ne m'a adressé la moindre remarque : Eric de Rothschild et Gabriel Vadnai, respectivement président et directeur de la Fondation CASIP-COJASOR qui « a centralisé des dossiers d’indemnisation de Juifs originaires de Tunisie indemnisés par la Claims Conference et dispose d’un service chargé de « l’aide et l’accompagnement pour les indemnisations – Article 2, Hardship Fund, pension des ghettos, CIVS » ; Joël Mergui et David Messas, respectivement président du Consistoire de Paris Ile-de-France et grand rabbin de Paris  et aux origines marocaines affirmées, ainsi que Salomon Attia, président de la synagogue consistoriale Berith Chalom (Paris).

Puisque le FSJU assure un traitement gratuit des dossiers et a informé les présidents de communautés, pourquoi cette synagogue accueille-t-elle des individus semblant agir pour le compte d’avocats à rémunérer par les requérants ?

Cette procédure révèle enfin que l’histoire des Juifs du Maroc et de Tunisie pendant la Deuxième Guerre mondiale est ignorée, mal connue, minorée ou non respectée comme en témoigne en particulier l'élargissement progressif des critères d'éligibilité du Hardship Fund de la Claims Conference. Elle met en relief la difficulté des négociations avec l'Allemagne, les réticences de ce pays à assumer tout son passé nazi, à reconnaitre et à indemniser tous les préjudices qu'elle a infligés, avec ses collaborateurs, aux Juifs, et le caractère dérisoire des montants alloués aux Juifs survivants au regard de leurs préjudices.

Indemniser ces Juifs du Maroc et de Tunisie seulement vers 2012, quand tant d’entre eux sont décédés au fil des décennies, parait désolant et choquant. Ainsi, des universitaires israéliens spécialisés des Juifs du Maroc - Yigal Bin-Nun de l'université de Paris VII, Michael Lasker de l'université Bar-Ilan et Yaron Tsur de l'université de Tel-Aviv - ont critiqué cet accord entre l'Allemagne et la Claims Conference : ils lui reprochent principalement ses critères restrictifs et ne reflétant pas toute la réalité historique. Ce qui risque selon eux de priver nombre de Juifs marocains de la reconnaissance et de l'indemnisation de leurs préjudices.

Il conviendrait que les institutions en charge d’indemniser les Juifs victimes de persécutions pendant la Deuxième Guerre mondiale, des survivants de la Shoah, respectent davantage ces requérants âgés.

Un exemple récent concerne la CIVS, « organisme administratif indépendant ». Présidée par Gérard Gélineau-Larrivet, puis par Michel Jeannoutot, la CIVS émet des recommandations transmises soit aux « services du Premier ministre pour décision et mise en paiement des indemnités matérielles » aux victimes reconnues, soit au FSJU qui gère les dossiers de spoliations bancaires. Le FSJU administre aussi les deux comptes d’où partent les indemnités bancaires destinées à ces victimes.

En octobre 2011, une dame téléphone à la CIVS pour avoir des informations sur l’état d’avancement du dossier d’un de ses proches, octogénaire né en Tunisie et qui a envoyé sa requête voici plus d’un an et demi. La CIVS lui indique que ce dossier est en attente d’une date pour une délibération devant sa Commission (Collège délibérant) : vous comprenez, elle ne fait pas venir le rapporteur pour « un ou deux dossiers », mais pour au moins « 8 à 10 dossiers ». Cette dame insiste sur le grand âge du demandeur. La CIVS répète son explication sur un ton indifférent, alors que les victimes âgées de plus de 75 ans figurent parmi ses critères de « priorité absolue » pour l’examen des demandes. Nulle surprise que « plus de la moitié des dossiers [de spoliations matérielles] sont traités en moins de deux ans », donc que moins de la moitié sont traités en plus de deux ans. J'ai interrogé Jean-Pierre Leridant, directeur de la CIVS, le service de presse du Premier ministre François Fillon et la Claims Conference. Le 15 novembre 2011, la CIVS a présenté des excuses pour cet « incident regrettable » et assuré qu'il traitait avec considération tous les dossiers.

Il serait souhaitable que ces organisations œuvrent sans esprit bureaucratique, et en étant davantage animées par le respect de tous les Juifs victimes de persécutions pendant la Deuxième Guerre mondiale.
Dans son n°1183 du 3 novembre 2011, Actualité juive publie en courrier des lecteurs le texte Précisions sur l'indemnisation des victimes de la Shoah signé Gabriel Vadnai. Celui-ci écrit :
«  Le service des survivants de la Shoah de la Fondation CASIP-COJASOR est le plus important organisme de la région parisienne d'accueil et d'accompagnement des rescapés de la Shoah, et en particulier de ceux qui veulent faire valoir leurs droits à des indemnistés ou réparations allemandes. Agréé et conventionné par la Claims Conference, habilité à accompagner l'établissement des dossiers, à valider les certificats de vie, à attribuer des aides financières pour le maintien à domicile (ICHEIC), ce service reçoit actuellement une trentaine de demandes quotidiennes d'indemnisations. Au cours de cette année 2011, près de 1 700 dossiers Hardship Fund, Article 2 et certificats de vie ont été instruits. Ses services sont gratuits ».

On peine à comprendre pourquoi la Claims Conference n'a pas confié cette procédure à une telle Fondation.

Le 9 novembre 2011, la newsletter du Centre communautaire de Paris informait que la réunion d'information sur l'indemnisation des Juifs du Maroc prévue le dimanche 13 novembre 2011 en présence de Me David Yadid du Barreau de Tel Aviv et de l'association Passerelles était reportée à une date ultérieure. On saisit mal le rôle Centre communautaire et de cet avocat israélien - l'association Passerelles ne suffirait-elle pas pour  informer les requérants ? ; d'autant que le FSJU a stigmatisé la pratique d'avocat  jugée « regrettable ». Il est paradoxal que cette réunion d'information oublie les Juifs de Tunisie...  
[1] En caractères gras dans la lettre.
[2] J’ai collaboré à Actualité juive de 2001 à 2004.

Visuels : © DR
Capture d'écran du documentaire « Le Maghreb sous la croix gammée » de Bill Cran et Karin Davison. © WDR / © Adiel Shmit.

Articles sur ce blog concernant :
- Shoah (Holocaust)

Cet article a été publié le 28 octobre 2011 et modifié le 16 novmebre 2012.

mercredi 14 novembre 2012

« Le joueur de ping-pong » de Józef Hen


Cet article est publié alors que sort sur les écrans polonais Poklosie, film de Wladyslaw Pasikowski. Celui-ci s'est inspiré du pogrom à Jedwabne.

Né en 1923, Józef Hen est un écrivain, scénariste et cinéaste polonais.
 
 Pendant la Seconde Guerre mondiale, il se réfugie en URSS ; il lutte dans l’Armée rouge, puis dans l’Armée populaire de Pologne.
 
Il écrit en 1947 son livre de souvenirs Kiev, Tashkent, Berlin – the History of a Tramp. Essayiste, biographe, il est l’auteur de romans historiques.

Dans ce roman, il s’inspire d’un fait tragique, thème du livre Les Voisins (2002) de l’historien Jan Tomasz Gross : le 10 juillet 1941, les habitants de Jedwabne et de villages polonais environnants ont brûlé leurs voisins Juifs dans une étable. On estime à 1 600 le nombre de victimes Juives.

Józef Hen reprend cette histoire en changeant le nom du bourg en Cheremiec, et en suivant Mike Murphy, juge américain d’origine polonaise, revenu dans son village natal pour la commémoration de ce pogrom auquel il a assisté enfant : le joueur de ping-pong, l’enfant Juif assassiné sous ses yeux, c’est son ami Zyga Ehrlich...

L’auteur évoque une présence juive en filigrane ou en creux, dans les esprits, la haine antijuive de criminels sans remord.
 
Il livre une réflexion sur le Mal.
 

Józef Hen, Lejoueur de ping-pong. Traduit du polonais par Agnès Wisniewski. Editions des Syrtes, 2010. 200 pages. 19 euros. ISBN : 978-2-84545-153-7
 
Articles sur ce blog concernant :

 Cet article a été commandé, mais n'a pas été publié par L'Arche.

 

dimanche 21 octobre 2012

Paris vu par...


La Galerie Saphir présente l'exposition collective Paris vu par... avec des oeuvres notamment de Yael Braverman, Samy Briss, Miguel Fabruccini, Vera Gutkina, Pierre Pentchev, Masha Schmidt, Karel Steiner et VladimirKara.

 « La Galerie Saphir manifeste un grand intérêt pour l’Ecole de Paris sans pour autant se limiter à ce courant. Avec l’exposition Paris vu, elle rassemble huit artistes d’origine étrangère qui rendent hommage à la ville qui les a accueillis. L’Ecole de Paris, débutée dans la capitale dès le tournant du XXe siècle, prend plus particulièrement son essor avec l’avènement du cubisme. Elle se constitue autour d’artistes venus du monde entier, très souvent Juifs, d’Europe centrale et orientale surtout - pour se fondre dans l’esprit révolutionnaire et de liberté des mouvements d’avant-garde. Ainsi comme l’Espagnol Pablo Picasso, le Japonais Foujita ou les Judéo-russes Marc Chagall, Haïm Soutine ou Jacques Lipchitz –pour ne citer qu’eux, tous deviennent parisiens. Bien que beaucoup vivent dans la misère, leur aura est telle de par le monde qu’ils sont de plus en plus nombreux à se joindre à ce courant », écrit Elie Szapiro.

Et d’ajouter : « Dans Paris vu par…, les artistes perpétuent l’esprit de l’Ecole de Paris. Comme leurs prédécesseurs, chacun, formé dans différentes académies et différents pays, est nourri de multiples influences qu’il mêle à ses propres expériences dans le bouillon de culture parisien. Ces travaux figuratifs s’écartent du réalisme – à l’exception des photographies de Karel Steiner – au profit de l’Expressionnisme. Comme il y a cent ans, ce style, le plus proche des émotions, est privilégié par les artistes Juifs originaires d’Europe de l’Est ou ceux qu’ils ont formés. De sorte que, loin de la carte postale, chacun à sa manière projette ses impressions de la ville, au risque de la rendre méconnaissable. Simplement suggestifs dans leurs formes mais remarquables dans la vivacité de leurs couleurs, les monuments et rues de Paris de Masha Schmidt pourraient évoquer ceux d’autres lieux, condensant ainsi les réminiscences des pays où elle a vécu. Les façades d’immeubles en noir et blanc de Miguel Fabruccini ou celles, au contraire très colorées, de Vera Gutkina semblent se désincarner et confinent à l’abstraction dans la mise à distance et la globalité de leur approche. Au-delà du climat de Paris, la juxtaposition ou l’amoncellement de maisons en bleu « français » parfois teinté de gris de Samy Briss, qui rappellent très fortement les compositions de la période marocaine de Paul Klee, s’attachent à la notion d’habitat de la grande ville. Avec leurs vues de ponts, de très loin ou très près, de jour comme de nuit, les paysages de Vladimir Kara passent de la couleur au gris, de l’aspect végétal au minéral, pour recouvrir la notion d’entre-deux, d’incertitude, chère à l’artiste.Dans les gravures quasi monochromes de Yaël Braverman, les personnages irréels et issus du passé s’opposent aux sites bien tracés auxquels ils se surajoutent comme dans les collages dadaïstes, pour hanter la capitale historique. Dans la variété de cet ensemble, les artistes se centrent sur l’architecture bien que celle-ci, de leur fait, soit souvent brouillée ou vague. Cette empreinte humaine est cependant souvent démentie par le manque ou l’isolation de personnages à peine esquissés. Les couleurs aussi sont absentes ou au contraire saturées, improbables. Il en ressort de communes notions d’irréalité, de langueur – voire de déréliction – qui touchent à l’aspect onirique de la mémoire. Au début du XXIe siècle, la ville-lumière semble ainsi ramenée à l’état de fantasme par les artistes qui s’y sont implantés ». Des « œuvres à la fois symboliques et cependant empreintes encore de cet expressionisme qui fut une des marques de l'Ecole de Paris, avec des jeux très subtils d'accords presque monochromes ».


Jusqu'en novembre 2012
69, rue du Temple, 75003 Paris
Tél. : 01 42 72 61 19
Du dimanche inclus au jeudi de 13 h à 19 h, le vendredi sur rendez-vous

Visuels :

Steiner Karel
Paris 9e
sténopé, 50 x 50 cm, tirage sur métal brossé, n°1 sur 15, 2011
Gutkina Vera
Mouvements de Paris
acrylique sur toile - 20 x 20 cm
Braverman Yael
Eternels passagers
technique mixte - 70 x 30 cm


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