lundi 10 avril 2017

Interview de Maitre Axel Metzker, avocat de la famille Selam



Dans la nuit du 19 au 20 novembre 2003, à Paris, Sébastien Selam, DJ Juif de 23 ans, était assassiné par un voisin musulman, Adel Amastaibou. Le Dr Bricout, expert psychiatre, le déclarait irresponsable de son acte criminel. Débutait le combat de Juliette et de Stéphane Selam, respectivement mère et frère du défunt, afin d’établir toutes les circonstances de ce crime et la condamnation du ou d(es) coupable(s). Le 5 janvier 2010, la Cour d’appel de Paris a jugé Adel Amastaibou pénalement irresponsable lors de cet assassinat. Représentée de fin 2006 à 2013 par Maître Axel Metzker, avocat au barreau de Paris, la famille Selam a déposé plusieurs plaintes et de multiples procédures, à la fois civiles et administratives. Une stratégie qui s'est avérée pertinente. L'assassinat de Sarah Halimile 4 avril 2017, vers 4 h du matin, présente des éléments similaires avec celui de Sébastien Selam.
 

VC : D’origine marocaine, Adel Amastaibou était âgé d’environ 20 ans en 2003 et était suivi par l’hôpital psychiatrique parisien Maison-Blanche depuis quelques années pour schizophrénie paranoïde. Que sait-on d’autre sur lui ?


Me AM : Adel Amastaibou fréquentait aussi les milieux islamiques du XIXe arrondissement de Paris, notamment la mosquée de la rue de Tanger.

Il portait un tee-shirt à l’effigie de Ben Laden peu de temps avant le crime.

VC : Adel Amastaibou a un casier judiciaire chargé…

Me AM : En décembre 2009, lors de l’émission Revu et corrigé présentée par Paul Amar sur France 5, j’ai évoqué le passé antijuif et judiciaire d’Adel Amastaibou.

Adel Amastaibou est un délinquant multirécidiviste et antisémite.

Il a été condamné en 1999 pour fabrication de cocktails Molotov, en 2001 pour agression contre une femme enceinte, en décembre 2002 pour injure antisémite envers un rabbin, et en 2005 pour détention illégale de stupéfiants le 7 novembre 2003. Le 7 novembre 2003, il avait été interpellé aussi pour mise en danger d’autrui lors d’une course-poursuite avec la police.

La justice ne l’a jamais reconnu irresponsable pour ces faits.

Malheureusement, la police l’a relâché le soir du 7 novembre 2003.

Il s’agit donc d’un dossier criminel, et non d’un dossier médical.

VC : Vous défendez la thèse d’un assassinat antisémite, commis par un meurtrier en partie responsable ou simulateur…
Me AM : L’affaire Selam est un assassinat antisémite étouffé par une chape de plomb.

D’une part, pour échapper à la prison, certains délinquants se font passer pour suicidaires ou dépressifs. C’est une pratique courante qui induit une hospitalisation en milieu psychiatrique.

Rendu public à l’audience, le procès-verbal D 12 décrivait Adel Amastaibou, au début de sa garde à vue, à 1 h 25 du matin, dans les minutes qui ont suivi son arrestation, « calme », « posé », « cohérent », « sensé », « volontaire », et « le sourire aux lèvres » quand il déclarait : « Je suis content, s’il est mort cet enculé, de bâtard… ce putain de Juif, sale Juif ». A aucun moment, l’auteur de ce PV ne l’a qualifié de fou.

D’autre part, Adel Amastaibou insultait les Juifs de son immeuble.

En outre, en 2002, il avait dit à un rabbin : « T’as vu ton gros nez de Juif. Vous êtes tous des fils de pute… C’est toi qui as tué le Palestinien ce matin ? Tu vois le berger allemand ? Il va te mordre les fesses. Ça te rappelle quelque chose ? »

VC : Que pensez-vous de l’arrêt, devenu définitif, de la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris du 5 janvier 2010 ?


Me AM : Cet arrêt est critiquable tant sur le fond que sur la forme.

Nos experts psychiatres avaient pourtant relevé de sérieuses anomalies dans les quatre rapports d’experts judiciaires.

Par ailleurs, nos 45 témoins n’ont pas été entendus.

VC : Vous critiquez les quatre rapports d’experts psychiatres, dont un collectif, réalisés à la demande de la justice. Pourquoi ?


Me AM : L’expertise psychiatrique est à revoir. On ne peut confier à un seul expert psychiatre la destinée d’un assassin, et le soin de rédiger « une petite biographie » parfois truffée d’erreurs factuelles, de quelques pages, et ce, sans expertise contradictoire !

Menés par l’illustre Dr Serge Bornstein, nos contre-experts psychiatres ont relevé de sérieuses anomalies dans ces quatre rapports d’experts.

Le 24 octobre 2011, lors d’une réunion au ministère de la Justice avec Mme Bénédicte Bertrand, conseillère auprès du ministre Michel Mercier, et en présence de M. Christian Stawoski, coprésident de l’association Delphine-Cendrine, j’ai évoqué le problème de l’expertise psychiatrique et j’ai proposé des solutions.

VC : Vous butez sur le secret médical : vous n’avez pas accès au dossier médical d’Adel Amastaibou à l’hôpital psychiatrique Maison-Blanche…


Me AM : La procédure devant la Cour administrative d’appel de Paris permettra la percée du dossier médical.

VC : Vous déplorez l’absence de reconstitution des faits dans l’assassinat de Sébastien Selam, et vous suggérez la présence de complices de l’assassin…


Me AM : L’irresponsabilité pénale ne supprime pas l’infraction pénale. Ainsi, les complices de l’irresponsable restent punissables.

La « bande à Adel Amastaibou » est au cœur de l’enquête.

Les Selam se sont constitués parties civiles contre le frère et la mère de l’assassin devant le Doyen des Juges d’instruction de Paris. L’instruction menée par le juge Jourdan est en cours.

Nous espérons que l’utilisation de l’ADN permettra rapidement de démasquer d’éventuelles complicités.

VC : Vous multipliez les procédures judiciaires. Dans quel but ?

Me AM : Dans le but de parvenir à la vérité.

Le Président de la République Nicolas Sarkozy a déclaré : « On ne transige pas avec l’antisémitisme ».

Or, de facto, la justice a transigé puisqu’on feint d’ignorer le mobile antisémite du crime malgré les aveux explicites de l’assassin.

Les Selam demandent que la vérité soit faite et que justice soit rendue.

Ainsi, nous poursuivons également devant la justice administrative l’Etat et l’hôpital psychiatrique public Maison-Blanche.

Enfin, une autre procédure vise Eric Zemmour, auteur du livre Petit frère, et son éditeur Denoël pour atteinte à la vie privée des Selam et recel de secret de l’instruction.

Notre but ultime : le procès en Cour d’assises et le prononcé d’une peine de prison exemplaire.

L’absence de ce procès signifierait surtout l’impunité pour l’assassin d’un Juif en France : Adel Amastaibou, « qui se prétend guéri », risque d’être libre prochainement.

VC : Comment Adel Amastaibou pourrait-il comparaitre en Cour d’assises alors qu’il a été déclaré pénalement irresponsable en 2010 pour l’assassinat de Sébastien Selam ?


Me AM : Il comparaitra en témoin libre, à moins que nous parvenions à démontrer à temps les fautes de l’expertise du Dr Zagury.

VC : Que révèle l’affaire Selam ?


Me AM : Une chape de plomb a été posée de facto sur cet assassinat antijuif.

Le « pouvoir des experts » est à revoir au nom de nos libertés publiques.

VC : Pensez-vous qu’il y ait des similitudes entre l’affaire Selam et l’affaire Halimi appelée aussi affaire du gang des Barbares ?


Me AM : Certainement. L’affaire Selam présente des similitudes avec l’affaire Halimi.

D’une part, les parcours criminels de Youssouf Fofana et d’Adel Amastaibou sont comparables.

D’autre part, dans les deux cas, la victime a été assassinée parce qu’elles étaient nées Juives.

Un office de prières à la mémoire de Sébastien Selam a eu lieu le mardi 22 novembre 2011 à 17 h 45, en la synagogue Bet Eliahou, 11 rue du Terrage, 75010 Paris.

Une marche blanche a eu lieu le 18 novembre 2012, à 16 h, près de la station de métro Colonel Fabien (75010 Paris), en hommage à Sébastien Sellam, dit Lam C.
Lors du 28e diner du CRIF le 20 mars 2013,  Richard Prasquier, alors président de cette fédération, avait évoqué Sébastien Selam dans la liste des victimes de tueries antisémites, le Président François Hollande l'avait occulté.

Le 23 avril 2013 au matin a été commise l'agression antisémite : un rabbin et son fils ont été gravement agressés à l'arme blanche alors qu'ils se dirigeaient vers la synagogue de la rue Saulnier (75009 Paris). D'origine iranienne, l'agresseur a crié "Allah Akbar" lors de cette agression. Il a été interpellé par des témoins, et aurait fui depuis plusieurs jours l'hôpital psychiatrique de Bron (Rhône).
Un office de prières est prévu le dimanche 17 novembre 2013 à 17 h, à la synagogue  au 120 boulevard de Belleville, 75020 Paris.
Lors du 29e diner du CRIF du 4 mars 2014, Roger Cukierman, président de cette fédération d'organisations Juives françaises, a omis de citer Sébastien Selam.

Le nom de Sébastien Selam est absent des annonces radiophoniques de Roger Cukierman et Gil Taieb, respectivement président et vice-président du CRIF (Conseil représentatif des institutions Juives de France), sur la fréquence Juive francilienne et des affiches appelant au rassemblement du 19 mars 2014 sur le thème "La haine des Juifs, ça suffit !", "contre l'antisémitisme et pour la fraternité républicaine" organisé, à Paris et en province (Toulouse, Bordeaux), par le CRIF qui y a convié des politiciens et des intellectuels. A Paris, lors de l'allumage des bougies, et après que des voix dans le public aient crié "Sébastien Selam", une bougie à la mémoire du jeune DJ a été allumée.

Le 27 mai 2014, Paule-Henriette Lévy a évoqué sur RCJ, radio du FSJU dont elle est rédactrice en chef, les Français Juifs assassinés en France depuis l'Intifada II sans citer Sébastien Selam, et vers 19 h 20, sur Radio Shalom, Pierre Gandus, interviewant le rabbin Haïm Korsia, a oublié lui aussi ce jeune DJ tué en 2003. Le 2 juin 2014, sur BFM, Joël Mergui, président des Consistoire de France et de Paris Ile-de-France, a omis de citer Sébastien Selam en évoquant les assassinats antisémites depuis l'Intifada II.

Le 25 septembre 2014, la Cour administrative d'appel de Paris a condamné l’établissement public de santé (EPS) Maison-Blanche (Paris XXe) pour n'avoir pas assuré le suivi médical adéquat d'Adel Amastaibou après l'arrêt en septembre 2002 de son hospitalisation d'office. Cet EPS devra verser 30 000 euros à la mère et 15 000 au frère du défunt DJ Juif français Sébastien Selam. Si Europe 1Le Monde et Le Parisien ont évoqué cet arrêt, RCJ et Judaïques FM l'ont occulté ce 28 septembre 2014.

Le nom de Farid Benyettou, mentor des frères Kouachi, islamistes ayant commis les attentats terroristes contre la rédaction de Charlie hebdo le 7 janvier 2015, personnage incontournable de la filière "des Buttes-Chaumont" et de la mosquée Adda'wa rue de Tanger, condamné pour terrorisme en 2008, est apparu dans le dossier de l'affaire Selam.

Le 5 mars 2015, Europe 1 a publié un article, signé de Salomé Legrand avec Chloé Pilorget-Rezzouk, et portant atteinte à l'honneur de Me Axel Metzker en citant l'Ordre des avocats de Paris. Curieusement, les Ordres des avocats de Paris et de Seine-Saint-Denis n'ont pas sanctionné des avocats qui ont rédigé un projet d'assignation émaillé de fautes graves, et pour lequel il a réclamé 837,20 € TTC à un justiciable français Juif dans le cadre d'une aide juridictionnelle (AJ) totale, fait perdre le bénéfice de cette AJ en refusant de lui rendre le dossier, harcelé judiciairement des copropriétaires français Juifs en communiquant des tableaux "certifiés conformes", mais sciemment erronés  afin de leur réclamer indûment des milliers d'euros, etc. etc. etc. Me Axel Metzker a porté plainte contre Europe 1 pour recel de secret professionnel.

Quelques années avant cet assassinat, Adel Amastaibou avait séjourné chez un oncle et une tante maternelle à Bruxelles (Belgique). Lors d'audiences judiciaires, il a été indiqué qu'il avait été hospitalisé à Schaerbeek, une des 19 communes de la Région de Bruxelles-Capitale, limitrophe de Molenbeek. Le 14 novembre 2015, Ali Oulkadi, Français vivant en Belgique, a conduit à Schaerbeek Salah Abdeslam, recherché par la police pour son implication dans les attentats terroristes islamistes revendiqués par ISIS (Etat islamique) à Paris et à Saint-Denis le 13 novembre 2015

Le nom de Farid Benyettou, mentor des frères Kouachi, islamistes ayant commis les attentats terroristes contre la rédaction de Charlie hebdo le 7 janvier 2015, personnage incontournable de la filière "des Buttes-Chaumont" et de la mosquée Adda'wa rue de Tanger, condamné pour terrorisme en 2008, était apparu dans le dossier de l'affaire Selam.

Lors du 31e dîner du CRIF du 7 mars 2016, Roger Cukierman n'a pas mentionné Sébastien Selam dans sa liste des victimes juives depuis l'Intifada II : "Depuis quinze ans, nous sommes les victimes de 500 à 1.000 actes antisémites chaque année, soit la moitié de tous les actes xénophobes commis en France alors que nous représentons moins de 1% de la population. Et certains de ces actes étaient des meurtres : Ilan Halimi, dix ans déjà, et à l’époque pas un appel, même anonyme, à la police d’aucun des trente membres du gang, Autres victimes,  le fils et les petits enfants Sandler et Monsonego de Toulouse, souvenez- vous, à bout portant. Et Yohav, Yohan, Philippe, et François-Michel à l’Hyper Cacher ! Ne pas oublier, combattre l’indifférence, la banalisation, c’est aussi notre devoir !" Quant au Premier ministre socialiste Manuel Valls, il a aussi omis d'intégrer le nom de Sébastien Selam dans son évocation de ces victimes.

Le 20 novembre 2016, a eu lieu à 14 h, un rassemblement à la mémoire de Sébastien Selam. Ce rassemblement a réuni une vingtaine de personnes. Puis, à 20 h, des artistes, dont des DJ, lui ont rendu hommage au Pavillon rouge. Environ 150 personnes, dont six Juifs, ont assisté à la soirée. 

Lors du dîner du CRIF du 23 février 2013, le Président de la République François Hollande et le président du CRIF Francis Kalifat ont évoqué les assassinats de Français juifs en débutant en 2006, donc en éludant celui de Sébastien Selam.

L'assassinat de Sarah Halimi, dans la nuit du lundi 3 au mardi  4 avril 2017, vers 4 h du matin, présente des éléments similaires avec celui de Sébastien Selam.


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Cet article a été publié les 15 novembre 2011, 18 novembre 2012, 23 avril et 16 novembre 2013, 19 mars et 27 mai 2014, 29 novembre 2015, 13 mars et 20 novembre 2016. Il a été modifié le 9 avril 2017.

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