mardi 29 novembre 2016

Ronit Elkabetz (1964-2016)


Arte diffusera Guet, le procès de Viviane Amsalem (Get - Der Prozess der Viviane Amsalem), par Ronit Elkabetz et Shlomi Elkabetz, puis Il était une fois... « Le procès de Viviane Amsalem » (Es war einmal... « Get - Der Prozess der Viviane Amsalem »), par Yossi Aviram. En Israël, le courageux combat d'une femme en instance de divorce religieux (guet) contre le pouvoir patriarcal et religieux... Il s'agit aussi de l’ultime rôle de la vibrante Ronit Elkabetz, comédienne autodidacte israélienne, au jeu dramatique intense et sobre, disparue en avril 2016.

« Je suis en permanence à la recherche de mes racines. Je suis née de parents immigrés du Maroc. Mes fondements et ma culture sont pluriels, mais mon histoire, c'est Israël », avait déclaré Ronit Elkabetz.

Et d’ajouter : « Je n'ai jamais été attirée par les rôles de belle femme. Je suis attirée par la difficulté, la saleté, ce qui gratte, ce qui saigne… J'ai toujours voulu tenter des rôles extrêmes », a confié  Ronit Elkabetz.

Née dans une famille juive marocaine d’Essaouira, Ronit Elkabetz se destine au stylisme de mode.

Sans formation de comédienne, elle est choisie pour incarner le personnage principal dans Le Prédestiné, de Daniel Wachsmann (1990).

Le début d’une carrière israélienne - Eddie King de Giddi Dar (1992), Milim d'Amos Gitai (1996), Ben Gurion de Gil Levenberg (1997) - couronnée de succès et marquée par sa collaboration comme co-scénariste en 1994 à La Cicatrice de Haim Bouzaglo.

« En 1997, j'ai senti qu'un chapitre de ma vie se terminait. Il fallait que je quitte mon pays pour avancer. C'est comme si des inconnus me poussaient dans le dos », expliquait Ronit Elkabetz.

Elle s’installe en France où elle est recrutée par Ariane Mnouchkine comme… stagiaire/ femme de ménage dans la compagnie Le Théâtre du Soleil. Elle se fait remarquer dans un spectacle sur la chorégraphe Martha Graham – « C'est le rôle le plus difficile que j'aie incarné dans ma vie » - au Festival Off d’Avignon, ainsi que dans Ulysse ou le retour d'Ithaque de Botho Strauss d'après Homère, pièce mise en scène Jean-Louis Martinelli, et alterne tournages en Israël - Origine contrôlée d'Ahmed Bouchaala et Zakia Tahri (2001) - et en France.

Pour Mariage tardif (Hatouna Mehuheret) de Dover Kosashvili, elle est distinguée par le prix de la meilleure actrice au Festival international du film de Thessalonique 2001. Mon Trésor (Or), de Keren Yedaya est primé par la Caméra d’or à Cannes en 2004. La visite de la fanfare (Bikur Hatizmoret) d'Eran Kolirinrencontre un succès public en 2007.

En 2004, Ronit Elkabetz coréalise, avec son frère cadet Shlomi Elkabetz, Prendre femme (Ve'Lakhta Lehe Isha) avec Simon Abkarian et Gilbert Melki. Une version cinématographique de l’histoire de leurs parents. La première œuvre d’une trilogie qui se poursuit par Les Sept jours, sur une famille juive lors de la semaine postérieure à la mort de leur proche. Interprété par Simon Abkarian, Yaël Abecassis et Hanna Laslo, le film est sélectionné pour ouvrir la Semaine de la critique à Cannes en 2008.

En France, Ronit Elkabetz s’insère dans les univers d’André Téchiné pour La Fille du RER (2009), inspiré d’un fait divers, de Fanny Ardent, pour Cendres et sang (2010), et de Pascal Elbé pour Tête de turc (2010).

Guett (divorce religieux)
Après Prendre femme (Ve'Lakhta Lehe Isha, 2004) et Les sept jours (Shiv`ah, 2008), Le procès de Viviane Amsalem (2014) « clôt avec force la trilogie réalisée par Ronit Elkabetz et son frère Shlomi Elkabetz autour de la condition de la femme en Israël », en particulier parmi les Israéliens pieux.

« Viviane, quadragénaire israélienne, veut divorcer d'Elisha, avec qui elle est mariée depuis plus de trois décennies. Elle a quitté le domicile conjugal mais n'est pas libre pour autant. Elisha refuse obstinément le divorce, et en Israël, seul le consentement des deux époux peut permettre à la séparation d'être prononcée. Très déterminée, Viviane doit se battre aussi contre les juges rabbiniques, seuls habilités à marier les Israéliens – et à les séparer. De reports d'audience en défections de son époux, les années passent et Viviane Amsalem ne parvient pas à se faire entendre. Elle est même obligée de réintégrer le foyer conjugal… »

Souvent vêtue de noir, Viviane Amsalem « devient l'archétype de l'épouse contrainte par les règles sociales et religieuses édictées par les hommes. Son désir de liberté mais aussi sa sensualité latente se heurtent inlassablement aux codes d'un pays patriarcal où les lois casher régulent jusqu'à l'intimité des femmes ». Tendue, Ronit Elkabetz alterne la retenue vibrante stupéfaire et l'explosion de colère.

La procédure s'étire sur cinq années. Les juges - tous trois des hommes, des rabbins imbus de leurs pouvoirs et partiaux - ne parviennent pas à comprendre pourquoi, après 20 ans de vie commune, Viviane Amsalem, coiffeuse diplômée, veut divorcer. Ils interrogent : "Est-il un bon mari ?" Devant eux, se succèdent les témoins de l'épouse et du mari Elishaï. Le film montre l'habileté de Shimon, frère du mari et rabbin, pour "retourner" le témoin de l'épouse, le frère de cette dernière. Se dessine progressivement le profil d'un couple attaché à la famille et qui communique rarement, par des cris, le portrait d'un mari ombrageux, indifférent, ne sachant guère exprimer son affection, "jamais content, distillant son venin" selon sa femme qu'il "refuse de voir heureuse". La prison n'infléchit pas le mari qui refuse de donner le guet à sa femme. Devant leur échec, les juges intiment au couple de quitter la salle du tribunal. Indifférents à la prison maritale dans laquelle le mari égoïste enferme son épouse, qu'il dit aimer, jusqu'à l'étouffer de douleur, la détruire. La procédure de divorce tourne au procès de Viviane Amsalem : a-t-elle été fidèle à son mari ? Avec quel homme a-t-elle été vue sur la terrasse d'un café ? Son avocat est-il amoureux de cette belle femme ? Après sa détention, le mari accepte de donner le guet à son épouse. Mais, devant les juges, au moment de prononcer les phrases de répudiation, il ne peut/veut plus accorder le guet. Excédés, les juges intiment l'ordre au couple et à ses avocats de quitter la salle d'audience. Viviane Amsalem explose d'indignation. La volonté de son mari a prévalu sur le tribunal rabbinique. Et, lors d'un tête-à-tête avec son épouse, la condition d'Elishaï Amsalem, non verbalisée, pour lui accorder la liberté, est acceptée par Viviane Amsalem : elle n'appartiendra à aucun autre homme.

« Pour symboliser l'enfermement de leur héroïne, les deux réalisateurs composent, entre les murs de la salle d'audience, un huis-clos hypnotique, dont les personnages, filmés en caméra subjective, ne semblent pouvoir s'échapper ». 

Sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes en 2014, le film « marque la dernière apparition au cinéma de Ronit Elkabetz, disparue en avril dernier. Sa puissante composition d'une Viviane Amsalem en colère face à l'arbitraire des lois restera dans les mémoires ».

« Les textes traditionnels juifs ont beau définir la femme comme une « reine » ou comme une « femme d’excellence », ils ne conçoivent pas pour autant de véritable égalité entre hommes et femmes. La trilogie de nos films parle précisément de cela et explore la question du statut de la femme en général à travers la situation d’une femme en particulier (Viviane Amsalem), dont la famille a immigré depuis un pays arabe vers la société israélienne. Viviane aspire à être occidentale à tous points de vue et veut adopter la culture et le style de vie moderne. Mais pour son mari, il est un peu plus difficile de s’adapter à cette culture et, de là, naissent d’importantes tensions. À travers l’examen de ces tensions, les films analysent la place des femmes dans la société israélienne. Malgré les valeurs patriarcales, religieuses et orientales dans lesquels elle évolue, Viviane veut croire à ce que la société israélienne lui promet. À travers le rêve d’un monde nouveau, plus égalitaire, cette société se définit en effet comme une démocratie libérale au sein de laquelle tous seraient égaux. En fait, nous ne parvenons pas encore à créer cette réalité par des lois qui permettraient une égalité véritable ; alors, pour bien des gens, le conflit est permanent entre des repères anciens et des définitions nouvelles qui restent souvent théoriques. Mais ce que la société israélienne permet incontestablement, c’est le débat. S’y expriment les voix différentes, et certaines aspirent ouvertement à plus de liberté malgré le carcan d’un monde ancien », a déclaré Ronit Elkabetz

Et d'ajouter : [En Israël,] « j’ai reçu énormément de réactions. Les tribunaux rabbiniques sont un lieu fermé et tout s’y passe derrière des portes closes. Personne n’est en général témoin des débats qui s’y déroulent. Le film constitue donc une sorte de pass d’entrée particulier vers un monde méconnu. C’est la première fois dans l’histoire du cinéma qu’on peut y pénétrer et voir comment les choses se passent. Pour de nombreuses personnes, cette découverte fut un choc. Certains voulaient savoir si les choses se passent comme cela partout dans le monde ou seulement en Israël. D’autres avaient tout simplement du mal à croire que de telles choses pouvaient se produire dans un pays démocratique. Mais, en filigrane, le film ne parle pas que de la situation en Israël mais plus largement du statut des femmes à travers le monde, que ce soit dans des régimes patriarcaux et même des pays occidentaux où les femmes vivent encore des discriminations. Dans le monde juif, le refus de donner le gett est un phénomène qui touche beaucoup plus de gens qu’on ne le pense. Pendant de longues années, j’ai reçu des témoignages très semblables à celui de Viviane dans le film. À l’issue d’une projection récente en avant-première en Israël, de nombreuses femmes m’attendaient, toutes venues témoigner et me dire « c’est mon histoire… c’est l’histoire de ma sœur… c’est l’histoire de mon amie… Il est essentiel que, devant le tribunal, une femme ait au moins autant de droits que son conjoint. J’espère que ce film, réalisé avec mon frère Shlomi, va produire un bouleversement de conscience important pour la société israélienne. Et, qui sait… peut-être déboucher sur des changements très concrets ».

Copropriétaire française juive spoliée, Eva Tanger affronte aussi un divorce religieux soumis aux juges israéliens. Et ce, alors qu'elle n'a pas les moyens financiers pour assister aux audiences en Israël, ni s'y faire représenter.

Sous les grands rabbins de France et de Paris successifs, elle n'y a trouvé aucun soutien. Pas même la possibilité d'une vidéo audience via Internet au siège du Consistoire de Paris Ile-de-France.

Il était une fois
Réalisé par Yossi Aviram, le documentaire Il était une fois... « Le procès de Viviane Amsalem » retrace » la genèse et la fabrication du « Procès de Viviane Amsalem », à la fois histoire familiale et radiographie de la société israélienne » au travers du divorce religieux de l'héroïne, isolée.

« Entrouvrir les portes du huis clos, desserrer l'étreinte d'un drame étouffant, révélateur d'une tradition où les femmes, considérées comme une « possession » de leur mari, sont corsetées… Complément idéal du film de Shlomi et Ronit Elkabetz, ce quarantième documentaire de la collection « Un film et son époque » permet de replacer le combat engagé par le personnage de Viviane Amsalem dans le contexte d'une société israélienne tiraillée entre État et religion ». 

Par « leurs témoignages, les protagonistes du film, mais aussi des juristes, des philosophes et des militantes féministes mettent en évidence les archaïsmes et les contradictions d’un système patriarcal opprimant, lequel prive les femmes du droit même de divorcer ». Cependant, l'épouse peut refuser le divorce à son mari, mais les conséquences sont différentes. Les enfants de son époux ne seront pas alors considérés comme des bâtards. 

Mais, « en s'invitant dans les coulisses du film, ce documentaire en révèle aussi la dimension profondément personnelle. Pour écrire Le procès de Viviane Amsalem ainsi que les deux premiers volets de leur trilogie (Prendre femme et Les sept jours), Ronit Elkabetz et son frère Shlomi se sont inspirés de la vie de leur propre mère, séfarade marocaine exilée au Proche-Orient. Une évocation d'autant plus émouvante que Ronit et Shlomi entretiennent visiblement une relation fusionnelle, quasi gémellaire. Le documentaire prend alors la forme du portrait croisé d’un véritable couple de cinéma ».

Décédée en avril 2016 d’un cancer, Ronit Elkabetz, « plus célèbre actrice israélienne, y livre son ultime et bouleversant entretien ». Aucun rabbin orthodoxe n'est interviewé. Le documentaire élude la vraie question : qu'est-ce qu'un Etat juif ?

Prix de la meilleure actrice dans un second rôle à Ophir du cinéma pour Sh'Chur en 1994, Prix de la meilleure actrice au Festival international du cinéma indépendant de Buenos Aires pour Mariage tardif en 2001, Prix de la meilleure actrice au Festival international du film de Thessalonique pour Mariage tardif en 2001, Prix de la meilleure actrice au Mexico City International Contemporary Film Festival pour Mon trésor en 2004, Prix du public 6 pour Prendre femme à la Mostra de Venise en 2004, Golden Starfish Awards du meilleur film pour Guett au Festival international du film des Hamptons 2014… La carrière de Ront Elkabetz correspond à la dimension internationale du cinéma israélien dopé notamment par l’accord franco-israélien de coopération cinématographique signé en 2002.

Evolutions en Israël
En février 2016, la Haute Cour rabbinique a décidé de publier le nom - Oded Guez - et la photographie du mari refusant de donner le guet à son ex-épouse. En outre, le "Beit Din appelle la communauté à exclure Guez de toute vie sociale et surtout de la vie religieuse, de ne pas le faire monter à la Torah, ni même de l’inclure dans un minyan, dans la prière des fidèles de n’importe quelle synagogue en Israël et dans le monde juif. En d’autres termes, shaming de la rabbanout contre un mari récalcitrant". Les réseaux sociaux israéliensont diffusé le nom et la photo de ce mari. 

De plus, le grand rabbin d’Israël, David Lau, a refusé le chantage dans certaines divorces : il "a tranché dans une affaire de divorce qui durait depuis huit ans, imposant la remise du guetavant le règlement des questions financières". 

Le 14 novembre 2016, le ministère israélien de la Justice a annoncé que les maris juifs israéliens "qui refusent d'accorder le divorce religieux à leur femme" et les femmes juives israéliennes refusant d'accepter le guet "pourront désormais être poursuivis par la justice et encourront même des peines de prison ferme".
  
  
Le procès de Viviane Amsalem, par Ronit Elkabetz et Shlomi Elkabetz
Elzévir & Cie, France, Allemagne, Israël, 2014, 110 min
Image : Jeanne Lapoirie
Montage : Joëlle Alexis
Musique : Dikla, Shaul Bezer
Production : Elzévir & Cie, Deux Beaux Garçons Films, Riva Filmproduktion, ARTE France Cinéma
Producteur/-trice : Sandrine Brauer, Denis Carot, Shlomi Elkabetz, Marie Masmonteil
 Scénario : Ronit Elkabetz, Shlomi Elkabetz
Avec Ronit Elkabetz, Simon Abkarian, Menashe Noy, Sasson Gabay, Eli Gornstein, Gabi Amrani 
Sur Arte les 29 novembre à 20 h 55 et 6 décembre 2016 à 13 h 35

Arte, 2016, 52 minutes
Sur Arte le 29 novembre à 22 h 45

Articles sur ce blog concernant :
Les citations sur les films sont d'Arte.

dimanche 27 novembre 2016

Alerte disparition : Shana Tubiana a fugué


Âgée de 14 ans, Shana Tubiana a fait une fugue depuis environ deux mois de la maison d’enfants d’Aulnay-sous-bois où elle avait été placée. Hospitalisée depuis deux semaines, sa mère Stéphanie Zouari l’a appris fortuitement. Elle a alerté diverses autorités, mais elle demeure sans nouvelle de sa fille. 

C’est en téléphonant à la maison d’enfants d’Aulnay-sous-bois que Stéphanie Zouari a appris que sa fille Shana Tubiana « ne faisait plus partie des effectifs » et que la direction de cette maison avait déposé une déclaration de fugue le 31 octobre 2016, cinq jours avant cet appel téléphonique.

Stéphanie Zouari s’est étonnée : « Depuis cinq jours, ma fille avait disparu, et nul ne m’avait prévenue. Ni la maison d’enfants, ni l’ASE (Aide sociale à l’enfance) !? »

La direction de cette maison lui a demandé de venir prendre les affaires de sa fille, car la maison devait quitter Aulnay-sous-bois pour s’installer à Villepinte.

Depuis, Stéphanie Zouari a alerté le commissariat de police d’Aulnay-sous-bois et le Procureur de la République.

« Pourquoi la photo de Shana n’a-t-elle pas été diffusée ? Shana a 14 ans. Elle a été placée dans une maison de l'OSE (Oeuvre de secours aux enfants) à Saint-Maximin. Mais pourquoi n'y a-t-elle pas vu de psychologue ? Le directeur de cette maison m'avait dit : "On a dix psychologues. Mais on ne peut pas forcer un enfant à voir un psychologue". Shana a été renvoyée de cette maison, car elle faisait des bêtises. Depuis, la situation est devenue plus difficile. Où est Shana ? Elle est partie sans son téléphone portable, sans vêtements. Elle est influençable... J’ai alerté la semaine dernière Sammy Ghozlan, mais je n’ai pas de nouvelle », m'a confié Stéphanie Zouari, hospitalisée depuis deux semaines.

« On ne peut pas forcer une adolescente à revenir voir sa mère », « Laissez tomber », « On a tout essayé »... C'est ce qu'ont dit entre autres horreurs des dirigeants d'associations juives françaises sûrs du silence de médias juifs français. Une indifférence pour masquer leur faillite à s'occuper de tous les Juifs, et leur refus de les aider, a fortiori sans porter de jugement ? Le déni d'une vérité qui détonne dans leur tableau idyllique d'une "communauté juive française parfaite" ? Quid des (pédo)psy, éducateurs sociaux, assistantes sociales, etc. que ces organisations mettent en avant pour solliciter des dons ?

Le soir où j'ai publié cet article avait lieu, dans le cadre de l'Appel pour la Tsedaka, le Dîner des donateurs organisé par l'AUJF (Appel unifié juif de France) en présence de dirigeants des principales organisations juives françaises, de people... Tout un symbole.

Ce sont ces adolescents, et plus généralement ces jeunes Juifs qui risquent de mauvaises rencontres avec des prédateurs.

Un groupe humain qui se désintéresse de certains de ses jeunes n'a guère d'avenir.

Quelques jours après la publication de cet article, le compte Facebook de Shana Tubiana a été supprimé. On pouvait voir des photos d'une adolescente joyeuse.

Le 15 décembre 2016, Stéphanie Zouari a publié ce message sur son compte Facebook :
"Ce message et pour shana écoute shana sa suffit. Il faut rentrer maintenant depuis le 31 octobre je suis sans nouvelles de toi que ce passe t il.j espère que tu va bien que tu mange.à ta faim.je suis inquiète pour toi qui t heberge. Je veux s avoir apel moi.shana tous le monde t aime alors reviens tu ne va plus à l école depuis des mois .allez sa suffit shana rentre.maman qui t aime.repond moi..."
Vous pouvez appeler le 17 pour donner des informations sur Shana Tubiana.

Articles sur ce blog concernant :

samedi 26 novembre 2016

« Expressionismus & Expressionismi » - Berlin-Munich 1905-1920. Der Blaue Reiter vs Brüche


La Pinacothèque de Paris a présenté l’exposition éponyme sur « deux courants fondateurs de l’expressionnisme allemand, Der Blaue Reiter (« Le Cavalier Bleu ») et Brücke (« Pont »), de leurs points de convergence, de leurs oppositions fondamentales – références intellectuelles ou sensibles - et de leurs rapports avec notamment, le fauvisme, la sculpture ou la musique ». Environ 300 œuvres - Kirchner, Nolde, Schmitt-Rottluff et de Kandinsky, Franz Marc et Jawlensky -, des biographies et des citations éclairantes sur ces deux mouvements à l’origine de l’abstraction. Le 27 novembre 2016, Arte diffusera Les grands duels de l'art. Liebermann vs Nolde.


Ce titre en forme de néologisme un peu ésotérique se réfère à l’exposition sur le Futurisme au Palazzo Grassi à Venise en 1986 Futurismo & Futurismi.

Il souligne la diversité des origines de l’expressionnisme allemand généralement « perçu comme monolithique ».

L’expressionnisme « s’est principalement structuré autour de deux courants – deux Écoles –, opposés en tout point mais qui ne sont jamais entrés en conflit » : d’une part, Der Blaue Reiter (« Le Cavalier Bleu ») et, d’autre part, Brücke (« Pont »).

Intellectuel/Emotionnel
Der Blaue Reiter, « Le Cavalier Bleu », « était un mouvement intellectuel, composé principalement de penseurs et de philosophes ». Ceux-ci ont développé « une approche extrêmement théorisée de ce que devait être leur œuvre. Héritier de la culture germanique et romantique du Gesamtkunstwerk, « oeuvre d’art totale », – où littérature, musique, poésie et dessin devaient s’harmoniser de manière équilibrée » –, ce mouvement compta parmi ses fondateurs des artistes étrangers, comme Kandinsky, qui « apportèrent une vision non germanique à ce que devait être la création artistique idéale ». Cette « association déboucha rapidement sur l’un des plus importants bouleversements de l’histoire de l’art du XXe siècle : la naissance de l’abstraction », explique Marc Restellini.

« Parallèlement à ce mouvement purement intellectuel », Brücke, « Pont », prit son essor grâce à des artistes qui « privilégièrent une création sensible, sensitive et émotionnelle, où n’avaient pas place les références purement intellectuelles » de Der Blaue Reiter. Ces artistes ont exprimé « de façon instinctive leur rapport à un climat, une époque, un contexte et une période de décadence pangermanique. Les artistes considérés comme « dégénérés » par le régime national-socialiste allaient en être les témoins impuissants et malheureux ».

« Brücke, c’est Dresde, Moritzburg et Berlin ; Der Blaue Reiter, c’est Munich et ses environs bavarois ; l’expressionnisme Rhénan, ce sont Heinrich Nauen, Heinrich Campendonk et August Macke (pour la partie rhénane de sa biographie) ; le Bauhaus, c’est Dessau, Weimar, Stuttgart et Berlin », estime Raimund Stecker qui souligne le « poids du « régional » dans l’histoire de l’art de l’Allemagne ». Et d’ajouter : « La critique d’art – avant tout dans les années soixante-dix et quatre-vingts du XXe  siècle – décerna à cette vision un label national-étatique. L’Expressionnisme, l’expressif, devint pour l’art originaire d’Allemagne un label stylistique national ».

Ces « deux mouvements opposés sont si éloignés dans leur vision qu’ils devraient n’avoir aucun point en commun. Pourtant, ils vont se répondre et s’imbriquer au point, parfois, de fusionner pour ne plus être perçus que comme un seul et unique mouvement, appelé par la suite l’expressionnisme allemand ».

Parmi les grandes convergences : ces deux courants reprennent l’esthétique du « bestiaire », disparue depuis le Moyen Âge… Cela peut être considéré comme une caractéristique de l’expressionnisme, au même titre que leur palette, référence au fauvisme et au primitivisme, qui est omniprésente dans les deux courants esthétiques, quelles que soient leurs oppositions ». Des gammes chromatiques chaudes.

Vers le constructivisme ou vers le lyrisme
« Les travaux des artistes de Brücke, qui tout au cours de l’oeuvre complet de chacun d’eux restent constamment figuratifs, révèlent, au-delà de l’inflation coloriste et de l’appropriation des formes, la problématique classique du rapport formel entre ligne et couleur… Dans le travail de Brücke, reste clairement perceptible, jusque dans les oeuvres tardives de ses membres, un élément narratif, tandis que les artistes de Der Blaue Reiter évoluent d’entrée vers une totale « absence d’histoire », vers la « chosification ». Ainsi se dessinent d’un côté un chemin vers le constructivisme et l’abstraction, de l’autre vers le lyrisme et une sensibilité figuraliste. Cette différence est reconnaissable dès les oeuvres encore purement figuratives de Der Blaue Reiter, celles-ci étant très tôt élaborées, consciemment ou non, selon des principes constructifs de toujours étrangers à Brücke », analyse Ralph Melcher.

Et d’ajouter : « C’est ce que l’on perçoit dès les premières oeuvres, entre 1909 et 1911, à l’époque donc où les peintres de Brücke créaient par exemple leurs nus et leurs paysages sur Fehmarn, sur Hiddensee, sur les étangs de Moritzburg ou à Nidden, si l’on se concentre sur celles des toiles que les artistes eux-mêmes insérèrent à titre d’exemple dans l’Almanach du Blaue Reiter. Ce traitement de la couleur comme amplificateur du mouvement et de la dynamique – et tout d’abord, sous l’aspect de la composition, quasiment comme touches de peinture – dont la référence à la tonalité, c’est-à-dire à la couleur inhérente à tel objet, telle silhouette ou simplement telle forme, non seulement se perd, mais est totalement abandonnée, est une caractéristique de la peinture de ces années-là chez tous les artistes de Der Blaue Reiter et ouvre la voie à l’abstraction sans objet, un pas que Kandinsky et Marc allaient accomplir peu après. Une telle évolution, en dépit de toute composition coloriste, ne vit jamais le jour chez les peintres de Brücke, la tendance n’en étant même pas décernable dans les toiles du tout début du siècle, inspirées de Van Gogh, et dont la touche épaisse rappelle la peinture gestuelle. Les artistes de Der Blaue Reiter s’inspirent ici tout à fait des mouvements artistiques parallèles parisiens, particulièrement du fauvisme, et se retrouvent ainsi proches des sources d’inspiration, entre autres, de Brücke. Leur élan moteur va néanmoins manifestement au-delà du traitement du figuralisme et s’attache directement à la force d’expression de la couleur, non comme outil, mais comme objet de la représentation... Tandis que les artistes de Brücke puisèrent leur inspiration dans les représentations et thèmes artistiques polynésiens ou africains, tout comme si cette iconographie pouvait en quelque sorte témoigner de l’authenticité de mentalités et de modes de vie primitifs, il n’entra pratiquement jamais dans les intentions de Der Blaue Reiter de se rapprocher de la piété véhiculée par l’imagerie populaire de l’Allemagne méridionale. Ce sentiment, réel ou supposé, d’une proximité immédiate avec des forces et énergies que n’étouffaient pas la vie moderne et une culture sophistiquée semble avoir été la motivation principale de ces artistes. Tandis donc que Brücke s’attachait à accéder directement à la vie même, à la saisir intuitivement, Der Blaue Reiter s’intéressait plutôt à la question du sens de la vie et du ressenti en soi ».

Ces deux courants vont générer d’autres mouvements, « tous intégrés dans l’expressionnisme, bien que parfois fondés sur des philosophies très différentes ».

« Entre 1905 et 1914, artistes fauves travaillant en France et peintres expressionnistes allemands propagent dans toute l’Europe une vague de remise en cause et de rénovation du système de représentation et des conventions hérités tout à la fois du symbolisme, de l’impressionnisme et de leurs suite », écrit Jacqueline Munck.

De manière originale, cette exposition présente côte à côte, et non regroupées par artiste, des œuvres de ces deux courants pour en « souligner les convergences et clarifier les différences ». Tous les textes des œuvres sont affectés de l’une des deux couleurs, bleu et jaune-oranger, afin de permettre au visiteur de lier rapidement chaque tableau à l’un des deux courants.


Vassily Kandinsky (Der Blaue Reiter)
Moscou 1866 – Neuilly-sur-Seine 1944
Après la séparation de ses parents, le Russe Vassily Kandinsky est confié à sa tante Elizabeth Ticheeva. A Moscou, dès 1886, il étudie le droit, l’économie nationale et l’ethnologie, il peint et fréquente les expositions d’art. En 1896, il choisit la peinture et s’installe à Munich pour suivre l’enseignement d’Anton Azbé, puis de Franz von Stuck à l’Académie des arts de Munich. Il crée le groupe d’artistes Phalanx en y associant la Schule für Malerei und Aktzeichnen, « école de peinture et de dessin de nu ». Pendant plusieurs années, ses tableaux sont montrés à la Berliner Secession, « Sécession de Berlin ». Dès 1909, il participe au Salon d’Automne à Paris. Il collabore avec des artistes amis tels Marianne von Werefkin et Alexej von Jawlensky, ce qui influe sur son style. Membre, puis président de la Neue Künstlervereinigung München, « nouvelle association des artistes munichois », il évolue vers la peinture abstraite. Cette tendance suscite une opposition croissante parmi le groupe. Kandinsky s’en éloigne pour emprunter d’autres voies. Avec Franz Marc, il écrit l’Almanach du Blaue Reiter, publié en 1912, après une exposition à la galerie munichoise Tannhauser. Parmi les tableaux, est présenté son écrit théorique Du spirituel dans l’art. Ces idées exerceront une influence notable dans l’évolution de la peinture abstraite. Au début de la Première Guerre mondiale, Kandinsky rejoint la Russie. Il se marie une deuxième fois et crée une académie des arts. Sur la proposition en 1922 de Walter Gropius, il occupe une chaire au Bauhaus, en Allemagne, jusqu’à la fermeture de l’école. Il émigre ensuite en France. Il décède le 13 décembre 1944.

Ernst Ludwig Kirchner (Brücke)
Aschaffenburg 1880 – Frauenkirch-Wildboden 1938
Après son baccalauréat (1901), Ernst Ludwig Kirchner étudie l’architecture à l’Université Technique de Dresde. En 1903-1904, il étudie à Munich et suit les cours de l’« Atelier pédagogique et expérimental pour les arts libres et appliqués » de Wilhelm von Debschitz et Hermann Obrist. A Dresde en 1904, il rencontre Erich Heckel. Tous deux créent le 7 juin 1905, avec Karl Schmidt-Rottluff et de Fritz Bleyl, l’union artistique Brücke. En juillet 1905, Kirchner obtient son diplôme de fin d’étude. En novembre 1905, la galerie P.H. Beyer & Sohn de Leipzig présente la première exposition de Brücke. À Dresde, en 1906, Brücke montre ses oeuvres dans le salon d’exposition de la fabrique de luminaires de K. M. Seifert. De 1906 à 1911 est publié l’almanach de Brücke. La première exposition autonome de Kirchner, en collaboration avec Schmidt-Rottluff, se déroule en 1908 au salon artistique de A. Dörbandt à Braunschweig. En 1910, Kirchner devient membre du Deutsches Künstlerbund. Il s’établit en 1911 à Berlin et fonde avec Hermann Max Pechstein le MUIM-Institut (Institut d’enseignement moderne de la peinture). Dix de ses sculptures sur bois sont publiées dans Der Sturm de Herwarth Walden. En 1912, Kirchner participe à l’exposition du Sonderbund à Cologne et fait la connaissance d’Erna Schilling qui devient son modèle et sa compagne jusqu’à la fin de sa vie. En 1913, les artistes de Brücke lui demandent d’écrire une chronique du groupe, ce qui, à la suite d’un conflit, mène à sa dissolution. En 1914, Kirchner s’engage dans l’armée, mais est mis en congé en septembre 1915. Il est exempté en novembre. Malade, il se rend dans des sanatoriums. En 1917, Kirchner s’installe à Davos et participe à des expositions, individuelles ou collectives. Sous le pseudonyme Louis de Marsalle, il rédige des critiques de ses oeuvres. Il entre en 1931 à l’Académie Prussienne des Arts. En 1937, 639 œuvres de Kirchner jugées « dégénérées » sont écartées et Kirchner est contriant de démissioner de l’Académie. Il se suicide le 15 juin 1938.

Ralph Melcher, Andrei Nakov, Jacqueline Munck, Marc Restellini (éd), « Expressionismus & Expressionismi » Berlin-Munich 1905-1920. Der Blaue Reiter vs Brücke. Pinacothèque de Paris, Paris, 2011. Format 24,5 x 28,5 cm. Relié. 376 pages. Reproductions couleur. ISBN 978-2-358670-24-1. 55 €


Jusqu’au 11 mars 2012
A la Pinacothèque deParis
28, place de la Madeleine. 75008 Paris
Tél. : 01 42 68 02 01
Tous les jours de 10 h 30 à 18 h 30. Nocturnes tous les mercredis et vendredis jusqu’à 21h.

Visuels de haut en bas :
Affiche et couverture du catalogue
Erich Heckel
Baigneuses dans la baie (L’Été à la mer Baltique)

c. 1912
Huile sur toile
95 x 119 cm
signé : E H 12
Kunstmuseen, Krefeld
© Adagp, Paris 2011 © photo : Achim Kukulies, Düsseldorf


Franz Marc (il représente Der Blaue Reiter)
Petite Composition III

c. 1913/1914
Huile sur toile
46,5 x 58,5 cm
Osthaus Museum, Hagen
Photo : Archives Nakov, Paris


Karl Schmidt-Rottluff (il représente Brücke)
Bateaux à flot (Bateaux dans le port)
c. 1913
Huile sur toile
77 x 90,5 cm
Osthaus Museum, Hagen
© Adagp, Paris, 2011


Articles sur ce blog concernant :
Chrétiens
Culture
France
Il ou elle a dit...
Judaïsme/Juifs

Les citations proviennent du catalogue et du dossier de presse. Cet article a été publié le 26 février 2012.

vendredi 25 novembre 2016

Imanuel Yerday


Imanuel Yerday est un musicien et chanteur juif israélien d'origine éthiopienne. Ce "citoyen du monde" vit entre Israël, la France et d'autres pays. Après plusieurs aventures musicales dans divers groupes évoluant dans la World Music, il prépare l'album DBlacklion aux sonorités de World Reggae, Roots & Culture. Ce premier double album comprend 26 titres : 13 titres chantés, dont certains en hébreu, et ces 13 titres en "version instrumentale (ou Dub)". Pour compléter le financement de ce projet musical, il fait appel au crowdfunding et propose certains titres sur son site Internet. Un beau cadeau à offrir pour Hanoucca ou le nouvel an civil.


Né à Ashkelon en 1975 dans une famille pionnière d’origine éthiopienne, Imanuel Yerday grandit à Ashdod. 

Citoyen du monde
Il reçoit une éducation dans une yechiva de Bnei Akiva, une communauté dont les fidèles « portent la kippa sruga (Nda : tricotée à la main), et effectuent leur service militaire tout en étudiant à la yeshiva ».

La France ? « Au début, c’était une escapade », pour tenter sa chance artistiquement en apprenant « la langue française, terreau fertile pour [sa] musique qui diffuse des idées positives relevant du judaïsme, de [sa] culture qu’il chérit ». L’une des chansons récentes de cet auteur-compositeur-chanteur exhorte à « lutter pour son droit à la justice ».

Imanuel Yerday prépare l'album DBlacklion dont on peut entendre certains airs sur son site Internet qui propose de le co-financer par le crowdfunding.

Ce "nouveau projet musical apparaît comme une suite logique dans sa carrière".

En effet, "cela fait de nombreuses années qu'il s'est frayé un chemin dans le monde de la musique".

"Chanteur, compositeur et jouant de plusieurs instruments, il écrit et compose depuis son plus jeune âge. Sa quête musicale l'a emmené en Afrique, entre autres en Ethiopie, le pays de ses ancêtres et également en Europe, et aux Etats-Unis".

Imanuel Yerday "a d'abord fondé le groupe Jah Tribes dans lequel il portait la double casquette de chanteur et de compositeur. De 1992 à 1998, il fut le chanteur du groupe Roots Africa pour lequel il composa la musique et les textes de chansons. Ce groupe se produisit sur des scènes internationales et dans des Festivals, notamment le Achziv Reggae Festival.

C'est "en mars 1997 qu'il enregistra l'album de ses débuts Rise Oh Israel, au Sparkside Studios à Londres, Brixton. Des milliers de copies du CD ont été distribuées par NMC Music".

En France, Imanuel Yerday "a dirigé un groupe de musiciens aux origines africaines et françaises, reflétant le milieu cosmopolite et multiculturel particulier dans lequel sa musique évolue depuis près de vingt ans".

Résultat: ses textes sont socialement engagés, sa musique et ses arrangements, au confluent de plusieurs influences reflètent aussi bien le style world, jazz, reggae, soul, rock n'roll que la musique éthiopienne traditionnelle.

Ce premier double album dBlack Lion comprend 26 titres : 13 titres chantés, dont certains en hébreu, et ces 13 titres en "version instrumentale (ou Dub)" sur lesquels l'auditeur pourra chanter.

Imanuel Yerday "a su s'entourer d’une quarantaine des meilleurs musiciens de la scène internationale à Paris. Venant de Paris, de la Nouvelle Orléans et de Brooklin, ils lui ont dit oui et ont participé à ce merveilleux projet: Sam Koné, Abongy “Richacha” Balengola, et Carlos Gbaguidi à la batterie; Raymond Doumbé, David “Ras Jumbo” Jno-Baptiste, Yovo M’Boueke, Philippe Gnangny, et Emanuel Yerday à la basse; Muctaru Wurie au clavier; Fabio Deldongo et Vincent Théard au piano; Nelson Ferreira, Thierry “AEB” Elbaz, Alex Legrand, Florian de Junnemann, and Shahar Mintz à la guitare; Breno Brown saxophone ténor; Boney Fields à la trompette; Pierre Chabrele au trombone; Izia Wallerich Mirabelle Gilis et Léo Dedieu au violon; Olive Perrusson à l'Alto; Julien Roussel au violoncelle; Vincent Bucher à l'harmonica; Romain Maquet à la flute traversière; et Philippe Nalry, Emanuel Yerday, Carlos Gbaguidi, Armando “Rumba” Assouline aux percussions".

"L'ensemble donne aux titres une sonorité exceptionnelle, des accents très éclectiques et en 4 langues. Loin de vivre dans sa tour d'ivoire, Imanuel Yerday a écrit des textes bien ancrés dans notre époque, qu'il s'agisse de Arise, Sitting in Darkness, Darfur, Entaï Coinca, Shlomit, You Cant't sleep forever, Sport International, Citoyen du monde ou Ma seule liberté".

Enfin, une campagne de projet participatif (ou crowfunding) a été lancée afin de finaliser ce double album.

Vous "aimez cette formidable musique du monde? Vous pouvez rejoindre ce projet en likant, en partageant et en invitant vos ami(e)s à liker la page Facebook dBlack Lion". Déjà, la page Facebook a 9115 Like...

Judaïsme
« Le judaïsme constitue la seule religion où l’on peut trouver une éducation par rapport aux altérités. Ce qui contribue à rendre le judaïsme universel. Il faut aimer l’autre comme tu t’aimes », estime Imanuel Yerday qui n’a « jamais apprécié l’arrogance de certains Juifs. Le judaïsme n’est pas un cadeau, mais une mission. Il faut dégager une énergie exemplaire ».

Ce fidèle trouve à la synagogue consistoriale parisienne Montmartre, rue Saint-Isaure (75018) la « chaleur juive, un des points fondamentaux du judaïsme et désormais souvent méconnue en France ».

Imanuel Yerday déplore « l’incompréhension par des Juifs de diaspora des enjeux en Israël ». En effet, il regrette « l’ère actuelle de déclin de l’esprit juif en Israël et que la communauté judéo-éthiopienne soit placée en bas de l’échelle socio-économique en Israël, bien au-dessous des Arabes. Les Judéo-éthiopiens subissent une politique de ségrégation : des écoles, voire des quartiers, sont peuplés uniquement de personnes d’origine éthiopienne de façon à ce que la pauvreté ainsi que l’écart culturel se perpétuent ».

Sur la prétendue « malédiction de Cham », cet artiste présente plusieurs explications : « Nos exégèses avancent que Cham, par souci d'héritage, procéda à la stérilisation de son père, afin d'éviter la naissance d'un quatrième frère. Subséquemment, la malédiction porte sur le 4e fils de Cham, Canaan ». 

Imanuel Yerday précise : « Le mot Kouch signifiait autrefois l’Ethiopie, et plus précisément l’Afrique. Aucune précision n'est fournie par le texte biblique sur sa couleur de peau. Plus loin dans le texte, cette personne se territorialise en Afrique. D'après l'explication historique, Canaan, fils de Cham, a été maudit, et est devenu un peuple en Israël parmi les Jebussin, Hivi, Hittites, etc. Tous ces peuples ont été éliminés par les Hébreux lors de la conquête de la terre de Canaan, Israël. Environ 2000 ans à peu près plus tard, on a fait le lien entre le territoire et la couleur de la peau. Le caractère négatif de la couleur noire n'existe donc pas dans le texte biblique. Au contraire, le texte se réfère à la couleur noire de façon plutôt positive. Ainsi, dans le livre du roi Salomon, Le Cantique des Cantiques, le narrateur dit : « Je suis noire et belle, ô fille de Jérusalem », métaphore mettant en relief la couleur noire comme une sorte de critère de beauté. Dans ce cas, on peut constater la modification apportée par la traduction latine qui nous suggère la traduction suivante : « Je suis noire mais belle... », opposant la couleur noire et la beauté. Or, ces tendances raciales, qui ne feront que s'amplifier au fil des ans, trouvent leur source peu avant l'arrivée du christianisme, à la suite de la substitution des esclaves africains aux esclaves slaves ».

Visuels :
Imanuel Yerday jouant de la guitare
© Noam Chojnowski

Autres photos
© Rob Sitbon

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Cet article avait été commandé par L'Arche, publication du FSJU (Fonds social juif unifié), pour s'insérer dans un dossier sur les Juifs noirs. Mais ce dossier n'a jamais été publié par ce magazine.

Die Brücke. Aux origines de l'expressionnisme


Le musée des Beaux-arts de Quimper a présenté l’exposition éponyme sur un courant artistique avant-gardiste préfigurant l’expressionnisme. Plus de 120 œuvres Brücke-Museum (Le Pont) de Berlin au noir profond, aux couleurs pures, sensuelles, fortes, violentes d’artistes jugés « dégénérés » par les nazis. Le 27 novembre 2016, Arte diffusera Les grands duels de l'art. Liebermann vs Nolde.

« Animés par la foi dans le progrès, la foi dans une nouvelle génération de créateurs et d’amateurs d’art, nous appelons toute la jeunesse à se regrouper et, en tant que représentants de cette jeunesse porteuse de l’avenir, nous voulons conquérir notre liberté d’action et de vie face aux forces établies du passé. Sont de notre côté tous ceux qui expriment directement et sincèrement leur élan créateur ». (Manifeste du groupe Die Brücke, 1906)

Vingt ans après la dernière exposition consacrée à Die Brücke (Le Pont), le musée de Grenoble se focalise sur ce mouvement artistique d’avant-garde.

Voici quelques mois, la Pinacothèque de Paris a présenté l’exposition « Expressionismus & Expressionismi - Berlin-Munich 1905-1920. Der Blaue Reiter vs Brüche » sur « deux courants fondateurs de l’expressionnisme allemand, Der Blaue Reiter (« Le Cavalier Bleu ») et Brücke (« Pont »), de leurs points de convergence, de leurs oppositions fondamentales – références intellectuelles ou sensibles - et de leurs rapports avec notamment, le fauvisme, la sculpture ou la musique ».


Un art libre et spontané
Dans l’empire allemand de Guillaume II, l’art officiel s’affiche conventionnel, académique. L’impressionnisme français y est introduit en 1898 par l’association Sécession berlinoise qui regroupe 65 artistes.

Die Brücke est fondé à Dresde en juin 1905 par Ernst Ludwig Kirchner et Fritz Bleyl, diplômés d’architecture, ainsi que Karl Schmidt-Rottluff et Erick Heckel.

Le rejoignent notamment Max Pechstein, Emil Nolde, Cuno Amiet et Otto Mueller.

En 1910, près de 70 membres – amis, collectionneurs, directeurs de musées, galeristes, etc. – adhèrent à ce groupe. La dissolution a lieu en 1913.

Contemporain du fauvisme, ce groupe rejette de l'art académique. Est influencé par Van Gogh, Munch et les arts primitifs. Traduit « dans un style aux couleurs éclatantes et au graphisme résolument outré le rythme trépidant de la vie, celui du monde des origines en communion avec la nature comme celui des grandes villes et de leur atmosphère enfiévrée ». Affectionne la gravure sur bois, liée à une tradition nationale médiévale, et les œuvres sur papier. « S'enthousiasment pour les objets africains et océaniens dont les qualités esthétiques et l'évocation d'une vie primitive en harmonie avec la nature les fascinent ». Cherchent à transcrire « l’être humain, son corps, ses relations avec l’environnement, urbain ou naturel ». Parcourent les rives des étangs de Moritzburg, au nord de Dresde, puis s’installent à l’automne 1911 à Berlin.

Die Brücke fonde « un art où l'expression directe des émotions prime sur le métier et l'esthétique. Couleurs pures et formes tourmentées sont au service de sensibilités exacerbées qui vont donner naissance à un style que l'on nommera par la suite l'expressionnisme ».

Choisie pour l’affiche et la couverture du catalogue : L’artiste Marcella (1910) d’Ernst Ludwig Kirchner. Fille d’un employé de la poste, Marcella Sprentzel est « assise sur un canapé, installée dans une attitude empreinte de nonchalance et d'ennui, qui traduit bien l'ambiance de liberté qui régnait dans l'atelier. Un chat blanc placé à ses côtés paraît comme un écho à sa position. L'apparente simplicité du tableau est trompeuse : le cadrage et la vue plongeante sont d'une grande audace. Rigoureusement construite à partir d'un ensemble de rayures et de lignes courbes et obliques qui dynamisent l'espace, l'œuvre acquiert une incroyable présence. L'harmonie de verts intenses, uniquement ponctuée par le rouge vif des pantoufles, le blanc du chat et le bleu d'une porte, domine la composition. L'originalité de cette toile, son audace et sa forte monumentalité en font un véritable chef-d'œuvre ».


Gravure sur bois, Fränzi allongée (1910) d’Erich Heckel aborde le nu en des couleurs pures– blanc, rouge, noir - et en un style mêlant l’art occidental à l’influence des masques primitifs (visage).
De Kirchner, le musée présente aussi A la terrasse du café (1914) inspirées des observations du peintre lors de ses promenades dans le Berlin à la vie nocturne animée. Un tableau opposant les tons beiges et rosés des vêtements élégants et des chairs au fond sombre et au style nerveux.

Nature morte aux fleurs (1908) de Cuno Amiet est offerte à Kisling, homme d’affaire et collectionneur qui, sur ses conseils, a acheté Deux fillettes peinte par Van Gogh en 1890 à Auvers-sur-Oise. Cette toile est le premier Van Gogh montrée en Suisse, pays d’origine d’Amiet. On aperçoit un fragment de ce tableau dans la partie supérieure de cette œuvre d’Amiet qui cerne de noir le bouquet de fleurs à la manière du cloisonnisme de Gauguin.

Maisons frissonnes I (1910) d’Emil Nolde représente sa campagne natale, au nord de l’Allemagne : « paysans dans leur quotidien, maisons pittoresques, écluses, moulins, fermes isolées, jardins rustiques ou encore plaines inondées ». Emil Nolde a peint ce tableau après son départ du groupe. « Collées les unes aux autres sous un ciel lourd, les Maisons frisonnes, brique rouge et toits de chaume, bordent une rue et probablement un canal. La barrière sur la gauche rappelle en effet les ponts de bois blanc qui enjambent les marais, peints à plusieurs reprises par l'artiste la même année. Les accords flamboyants de jaune et de rouge-orangé associés aux quelques notes de vert vif produisent une atmosphère quasi printanière, malgré la présence menaçante des nuages. La touche épaisse couvre toute la toile, posée en gestes dynamiques et vibrants. Par sa densité, elle traduit la rudesse du climat. et exprime les sentiments intimes de l'artiste, profondément attaché à cette région qu'il appelait » sa « patrie ».

Les nazis s’opposent à cet art : en 1934, ils saisissent 16 500 tableaux, sculptures, dessins et gravures dans les musées allemands. « Classés artistes dégénérés par le régime en 1937 », ces artistes sont « pour la plupart frappés d'interdiction de peindre, leurs œuvres confisquées, certaines détruites ».


Du 11 juillet au 8 octobre 2012
40, place Saint-Corentin. 29000 Quimper
Tél. : 02 98 95 45 20
Juillet, août, tous les jours de 10 h à 19 h. Septembre-octobre, ouvert tous les jours sauf le mardi de 9 h 30 à 12 h et de 14 h à 18 h.

Jusqu’au 17 juin 2012
5, place de Lavalette. 38000 Grenoble
Tel : 04 76 63 44 44
Du mercredi au lundi de 10 h à 18 h 30

Visuels :
Ernst Ludwig Kirchner
L’artiste Marcella, 1910
Huile sur toile
101 x 76 cm
Brücke-Museum, Berlin

Emil Nolde
Maisons frisonnes I, 1910
Huile sur toile
64 x 84 cm
Brücke-Museum, Berlin
(Stiftung Seebüll Ada Und Emil Nolde)

Erich Heckel
Fränzi allongée, 1910
Gravure sur bois en noir et rouge
23/20,7 x 40,5 x 41,6 cm
Brücke-Museum, Berlin
(Nachlass Erich Heckel, Hemmenhofen/ADAGP, Paris, 2012.)

Articles sur ce blog concernant :

Les citations sont extraites du dossier de présentation de l’exposition. Cet article a été publié le 16 juin, puis le 5 octobre 2012.