mercredi 30 novembre 2016

Un colloque prospectif en 2001 sur l’exode des Juifs des pays arabes


Le 23 juin 2014,  Knesset a choisi le 30 novembre comme Journée commémorant "l'exode oublié" ou plutôt « l'exil et l'expulsion des Juifs des États arabes et de l'Iran »Organisé par les Congrès Juifs mondial (CJM) et européen (CJE), le symposium international L’exode oublié, l’exclusion des Juifs des pays arabes et le contentieux israélo-arabe, s’est tenu à Paris le 16 décembre 2001. Au programme : établissement des faits, récits de mémoires douloureuses refoulées, témoignages bouleversants de vies brisées, définitions distinctes affinées et analyses lucides. Sur un ton incisif, parfois drôle, souvent grave, les intervenants se sont vite accordés sur l’urgence d’actions visant à faire connaître cet exode oublié d’environ un million de Juifs des pays arabes, d’Iran, de Turquie et de la partie de Jérusalem occupée par la (Trans)Jordanie en 1948, ainsi que les droits de ces Juifs exclus, rompre l’isolement d’Israël et rétablir son image. Ce symposium s’est clos sur la présentation d’enjeux éthiques, juridiques et politiques.

« La fin du judaïsme en terres d’islam » sous la direction de Shmuel Trigano
Un colloque prospectif en 2001 sur l’exode des Juifs des pays arabes

En 1945, environ 900 000 Juifs vivaient dans les pays arabes, auxquels il convient d’ajouter ceux d’Iran et de Turquie. En quelques décennies, des années 1940 aux années 1970, la quasi-totalité des Juifs ont dû quitter massivement ces pays, « sous l’effet de la violence organisée par les gouvernements ou de l’absence de choix, abandonnant tous leurs biens et leur patrimoine », malgré des siècles d’une présence souvent antérieure à la conquête arabe, parfois (pluri)millénaire. En 2011, quelques milliers de Juifs demeurent dans cette vaste aire. La quasi-totalité de ces Juifs a suivi les chemins de l’exil : 600 000 Juifs sont allés en Israël, 300 000 en France, en Amérique du Nord, etc.

Un "exode oublié" ?
« Qui connaît leur sort ? », a interrogé Serge Cwajgenbaum, secrétaire général du CJE.


Ce « colloque a pour vocation de faire le point sur un drame unanimement et idéologiquement refoulé, inconnu de nos contemporains, de rendre justice au monde sépharade, de faire œuvre de mémoire et de dignité pour cette population qui a vu son destin brisé et sa continuité ébranlée. Sa voix ne doit plus être ignorée dans le concert international », ont expliqué les organisateurs du symposium.


Et d’ajouter : « Le processus d’Oslo et sa crise ont ravivé les mémoires du contentieux originel qui sépare les deux parties du conflit proche-oriental. On évoque ainsi couramment le « droit au retour » des Palestiniens mais un élément déterminant du tableau historique ainsi dressé manque de façon stridente : le contentieux des Juifs du monde arabe - la majeure partie de la communauté Juive française et de la société israélienne - avec les Etats arabes ».

Lors des négociations à Camp David en 2000, la revendication du « droit au retour » en Israël des réfugiés palestiniens, de leurs enfants et petits-enfants s’insère dans un discours délégitimant et mortifère pour Israël - « existence congénitalement immorale et injuste » -, aboutit à terme à une « domination démographique, à la fin de l’Etat Juif ainsi qu’au risque de rétrogradation au statut de dhimmi ».

Refusant une « morale victimaire indigne et qui innocenterait les pays arabes », le professeur Shmuel Trigano, sociologue, a espéré l’émergence de mémoires occultées par les idéologies tiers-mondistes des années 1970, et par les Juifs aussi qui ont bénéficié d’une « libération politique par le pouvoir colonial ».

Dhimmitude

Le professeur de civilisation juive Haïm Zafrani a dépeint « l’espace culturel, lieu privilégié de rencontres judéo-musulmanes, la création littéraire, d’expression hébraïque ou dialectale, comme source d’histoire dans l’Occident musulman (Espagne et Maghreb » où les influences réciproques sont prégnantes, multiples et fécondes.

Tableau vrai pour une élite et à certaines époques ? Oui, semble-t-il quand Roger Pinto, président de SIONA, a dénoncé le « mythe des Juifs heureux en terre d’islam » et la volonté de « pays, tel l’Irak, d’exclure leurs pays d’enquêtes onusiennes sur l’exode des Juifs et leurs expropriations ».

Impression renforcée quand l’écrivain Bat Ye’or a détaillé « la dhimmitude, une législation imposée pendant plus d’un millénaire, d’Iran au Yémen, aux Infidèles, Juifs et chrétiens, et déterminée par une théologie et une juridiction. L’origine est à rechercher dans le jihâd, guerre théologique, combat dans la voie d’Allah pour conquérir de nouveaux territoires et y imposer la loi d’Allah telle qu’elle a été révélée au messager Mahomet dans le Coran et la Sunna. 

Les dhimmis habitent dans le pays de la Guerre et ont accepté de se soumettre aux règles du jihâd en cédant des territoires. La protection de leurs droits est fixée par un traité de soumission, la dhimma, et exige le paiement d’un tribut collectif, puis de la capitation. Les lois antijuives byzantines étoffent les lois de dhimmitude. En cas d’infraction de leurs droits, la protection est annulée et le djihad réactivé. La vie des dhimmis est rythmée par les pillages, humiliations, exterminations, rançons collectives sous la menace de conversions forcées, l’exploitation fiscale, y compris par les tribus rebelles au pouvoir central, la réduction en esclavage, un rituel d’avilissement, etc. L’annulation générale de ce système a induit une haine aux XIXe et XXe siècles qui empoisonne le XXIe siècle. L’indépendance d’Israël a détruit le système de la dhimmitude qui représente une synthèse de la politique de haine et déshumanisation et qui se fonde sur une interprétation du Coran qu’on peut modifier. Ce système perdure dans les pays appliquant la shari'a. Il est important de connaître l’origine de ces lois et leurs fonctions pour discuter avec des amis musulmans et lutter contre les préjugés pour nouer une relation d’estime et de respect mutuels. Du dialogue avec des musulmans naîtront d’autres commentaires des textes ».

« Les XIXe et XXe siècles ont marqué la prospérité des communautés Juives dans les pays arabes. Expliquer l’exode des Juifs des pays arabes se heurte à des difficultés, dont le manque de recherches historiques sérieuses, le besoin de présenter une explication valable pour tous les pays musulmans, la position délicate d’historien-arbitre. Les violences subies par les Juifs n’expliquent pas toutes leurs migrations. Le conflit du Proche-Orient a servi de catalyseur à celles-ci ».


Autres facteurs explicatifs de l’exode selon le professeur Haïm Sadoun : «la situation interne dans chaque pays, la prise de conscience des Juifs de l’impossibilité de vivre dans les Etats arabes indépendants et leur attachement à Eretz Israël ».

Les mémoires douloureuses refoulées des réfugiés Juifs
« Après la mort du chanteur Raymond Leiris, la communauté juive a du quitter Constantine en quelques semaines », s’est souvenu Raphaël Drai, professeur de science politique.

Ex-conseiller au Ministère de la Justice d’Israël et spécialiste du droit des pays arabes, Yaakov Meron a esquissé une typologie expulsion/dépossession. Sur la base de récits concordants, recueillis dès 1948, des agressions antijuives impunies (Egypte, Algérie, etc.), il apparaît que « des agents du pouvoir ont été impliqués dans certaines atrocités, ce qui engage la responsabilité des Etats » et justifie des actions judiciaires des victimes et de leurs ayants-droit. L’exclusion forcée des Juifs visait à confisquer « leur argent (Yémen) et à empêcher qu’Israël ne se renforce avec cet afflux financier (Arabie Saoudite) ».

Elie Barnavi, ambassadeur d’Israël en France, a réfuté « toute équivalence entre les deux mouvements migratoires. Sont des réfugiés ceux qu’on ne veut pas accueillir, tels les Palestiniens maintenus dans leur état. Les Juifs n’ont pas été des réfugiés sur la terre de leurs ancêtres. Ils avaient le droit de partir dans la dignité et leurs préjudices matériels, financiers, etc. doivent être indemnisés ».

François Zimeray a énuméré les aspects philosophiques, historiques, affectifs et juridiques du droit au retour. Qui va indemniser les Juifs exclus des pays arabes ? Peut-être la juridiction belge grâce à sa « compétence universelle ». Ou des tribunaux nationaux, pour carence de l’Etat des ressortissants Juifs concernés, dont la France, à défendre leurs droits.


« De mai 1948 à mars 1950, Israël a accueilli 400 000 immigrants. Une intensité unique dans le monde. Ben Gourion a alors choisi la politique de la porte ouverte, une aliyah illimitée, doublée de la loi du retour. Les immigrants vivaient dans des maabarot (camps de transit) aux effets néfastes sur leurs vie familiale, santé, situation professionnelle (déclassement, chômage) et sur la vie politique (corruption). Puis ils ont eu des logements permanents, se sont intégrés et devenus des citoyens israéliens. Grâce aux efforts et à la solidarité, l’écart s’est réduit au cours de la deuxième génération et des mentalités ont changé », a déclaré Yehuda Dominitz, ancien directeur du Département d’immigration et de l’absorption de l’Agence juive.


Selon Claude Tapia, professeur de psychologie sociale, « l’attachement culturel des Juifs des pays arabes a prévalu sur leur attachement à la Terre. Les traumatismes nés de spoliations et de transplantations douloureuses ont été accrus par le silence sur ce déni de justice. En France, l’insertion a été en partie facilitée par les institutions juives et le partage de normes avec la société d’accueil. Au Québec, l’intégration est passé par les institutions anglo-saxonnes ».

Pour les écrivains Minou Azoulai, Albert Bensoussan et Naïm Kattan, cet exode d’Egypte, d’Algérie et d’Irak a été la matrice de leurs œuvres artistiques.

Des réfugiés palestiniens instrumentalisés contre Israël
« Les leaders arabes ont instrumentalisé les réfugiés palestiniens maintenus cruellement et cyniquement dans des camps, parfois des bastions militaires avec la complicité de l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) », a estimé Avi Becker, secrétaire général du CJM.

Raphaël Israéli, professeur d’histoire du Moyen-Orient, spécialiste du terrorisme et de l’intégrisme islamique à l’Institut de recherche Harry Truman (Jérusalem), a rappelé les transferts de population pour créer des pays homogènes après les deux guerres mondiales et éviter des problèmes plus graves. « Honteux de ne pas s’en sortir, malgré ou à cause de l’aide internationale, les palestiniens tentent de tuer le contre-exemple : l’Etat Israël, un pays qui a su intégrer des immigrants et développer son économie », a résumé Raphaël Israéli.

« Si la revendication au droit au retour des réfugiés palestiniens était acceptée, ce serait une injustice flagrante pour les Juifs exclus des pays arabes et la fin d’Israël », a déclaré Roger Cukierman, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), qui a poursuivi sur l’asymétrie des parcours : « Alors que les Juifs ont su s’intégrer dans leurs pays d’accueil, les Arabes ont maintenu volontairement les réfugiés dans des camps ».

Constatant le succès d’audience - 800 personnes – de ce symposium, Shmuel Trigano a noté le double refoulement normal et idéologique de cet exode par les Juifs qui l’ont vécu. « Avec l’Intifada II, on peut voir ce dont le monde est capable à l’égard des Juifs. Le refus palestinien à Camp David des propositions israéliennes est une machine infernale pour briser la dignité morale du peuple Juif. Cette stratégie a voulu exclure le peuple Juif des droits de l’homme, et transformer un conflit politique en conflit tribal, un Kosovo bis, en appelant à l’internationalisation du conflit au détriment d’Israël. Ce droit au retour des réfugiés palestiniens en Israël est un facteur de délégitimation d’Israël, une équation d’un simplisme ravageur. Il faut restaurer la légitimité morale d’Israël. De son vacillement, l’antisémitisme risque de se réveiller ». Il a insisté sur une facette occultée : « L’hospitalité arabo-musulmane est un argument de délégitimation d’Israël. Il faut ressusciter pour rendre justice : un monde a été englouti en une génération. Cette culture est-elle morte pour toujours ?». Refusant le « statut victimaire », le sociologue a exhorté le monde arabe à accepter que le « dhimmi est un sujet libre de son histoire et de l’Histoire ».

Eurodéputé français socialiste, François Zimeray s’est réjoui du vote récent d’un « amendement subordonnant l’aide européenne, notamment en matière éducative, à l’Autorité palestinienne au respect des droits de l’homme. La cause palestinienne est instrumentalisée pour présenter les victimes d’hier en bourreaux d’aujourd’hui et alléger la culpabilité occidentale liée à la Shoah ».

Par une parabole drôle, le Dr Avi Becker, Secrétaire Général du Congrès Juif mondial, a montré le problème d’Israël d’image, d’informations et de campagne vers les médias : même en cas de légitime défense patente, Israël ne peut se défendre sans être accusé d’agresser sans provocation. « Malgré les propositions généreuses de Ehud Barak à Camp David, les négociations ont achoppé sur la question des réfugiés palestiniens. Israël dispose d’arguments forts contre le droit au retour réclamé par les Palestiniens. En novembre 2001, à Jérusalem, des résolutions ont été adoptées pour une action internationale ». Et ce dans un contexte hostile de désinformations.

« Pourquoi les gouvernements israéliens ont-ils oublié la question des réfugiés Juifs, même d’un point de vue tactique ? » a interrogé Roni Milo, ministre israélien de la Coopération régionale, citant les accords d’Oslo II et soulignant que les termes « réfugiés » et « droit au retour » sont souvent accolés au vocable « palestinien ». Et d’ajouter : « Le problème des réfugiés palestiniens est utilisé contre Israël par les pays arabes qui ont refusé de le résoudre. La plupart des réfugiés palestiniens ont quitté Israël à la demande des leaders arabes, dans l’espoir à leur retour, après la destruction d’Israël, de prendre les biens Juifs. Cependant, certains Juifs ont forcé les Palestiniens à partir ». La question de l’exode oublié concerne non seulement Israël, mais aussi d’autres pays, dont la France.

Avec ironie, Roni Milo s’est interrogé sur la signification du droit au retour des réfugiés : « Serait-ce celui des Juifs vers les pays arabes ? » La paix étant une nécessité, la solution doit être avantageuse pour les deux parties. Que faire ? Convaincre le monde de la pertinence des arguments israéliens, rappeler les guerres déclenchées contre Israël, contrer les images orientées et manichéennes - tanks israéliens contre enfants palestiniens – de médias, etc.


Parmi les actions prônées par Stanley Urman, directeur exécutif du Centre pour la paix au Moyen-Orient (Etats-Unis) : favoriser les études historiques, sensibiliser l’opinion publique, les médias, des politiciens, des instances nationales, européennes et internationales, les « décideurs », etc. afin de contrer les stratégies arabes et faire valoir les droits des Juifs, notamment à compensations internationales.

Une « équation stratégique menaçante »
Pierre Lellouche a rassuré le maire de Tel-Aviv : « Il est peu probable que les Juifs exclus des pays arabes s’y précipitent ». « La frontière est une condition de paix. Le droit au retour est à géométrie variable. Selon que le pays concerné est fort ou faible, et guidée par des interprétations évolutives de « l’intérêt de la paix », la communauté internationale est pour contre le droit au retour. Si on convainc les gens que l’Etat Juif est né dans une terre qui ne lui appartient pas et que les Palestiniens peuvent y retourner, c’est la fin d’Israël ».

Son inquiétude est triple, relative à Israël, au défi pour la démocratie et à l’antisémitisme en France. C’est en tant que « Juif, Français et républicain » qu’il est inquiet. « Israël risque d’affronter un cocktail redoutable - stratégies arabe d’isolement international de « l’apartheid bis » et de contournement, guérilla interne »I. Un cocktail résultant en une impasse et né paradoxalement des accords d’Oslo : « Mettre les problèmes les plus difficiles - Jérusalem et le droit au retour des réfugiés palestiniens - est une bonne idée si les étapes intermédiaires se passent bien et constituent un socle de confiance. Le terrorisme de masse - attentats suicide, attentats du 11 septembre 2001 - manifeste un refus de la paix. C’est un défi à la démocratie et à l’Armée. Il s’analyse non comme un mode de négociation politique (Corse), mais comme un refus de la paix. Une démocratie ne peut faire face à cela, et l’Armée est conçue pour une guerre interétatique. Cette équation stratégique nouvelle menace la sécurité d’Israël.

Puis ce « brillant réfugié » a dénoncé trois idées fausses : « Le terreau des terroristes a été fabriqué par les échecs systémiques des leaders arabes depuis les indépendances, l’absence d’opposition démocrate et les faillites économiques. La seule alternative pour les musulmans a été la religion. Certains allèguent qu’il faut dissocier islam/islamisme et terrorisme et que le règlement du problème israélo-palestinien aurait permis d’éviter Ben Laden. Or, ses attentats ont commencé après les accords d’Oslo. ».

M. Lellouche a souhaité des « réflexions chez les intellectuels musulmans sur l’islam » et stigmatisé la résurgence d’un antisémitisme émanant du « politiquement correct » de gauche et d’arabo-maghrébins, et actualisant des stéréotypes traditionnels. Il a relevé « le parallélisme antisémitisme/antiaméricanisme/antisionisme et les dangers des dérives sémantiques. Dans une société multiconfessionnelle, héritière de la Révolution de 1789, ce regain d’antisémitisme, s’il n’est pas traité, risque de rendre la vie intolérable. Un devoir de veille s’impose ».

« En vue de l’élargissement de l’Union Européenne serait précieux le savoir-faire israélien : intégration d’immigrants pour en faire des citoyens, démocratie exemplaire, etc. Et pourquoi ne pas envisager de proposer à Israël d’adhérer à l’UE et d’œuvrer à son entrée dans la francophonie ? » Les liens entre l’idée européenne et le sionisme sont multiples : « En vue de l’élargissement de l’Union Européenne, serait précieux l’ingénierie et le savoir-faire israéliens : éducation de haut niveau, intégration de populations migrantes pour en faire des citoyens, maîtrise des nouvelles technologies, démocratie exemplaire, etc. Et pourquoi ne pas envisager de proposer à Israël d’adhérer à l’UE, puisque ces deux entités partagent les mêmes valeurs, et d’œuvrer à son intégration dans la francophonie ? », a déclaré François Zimeray.

Un combat d’idées
Abasourdi par le discours du président du CRIF du dîner annuel de cette organisation, M. Lellouche a stigmatisé la résurgence d’un antisémitisme qui vient du « politiquement correct » de gauche et des arabo-maghrébins et emprunte les mêmes images : Juifs bourreaux et exploiteurs, complot cosmopolite et mondial, etc. Il a souligné le parallélisme antisémitisme/antiaméricanisme/antisionisme et les dangers des dérives sémantiques. Dans une société multiconfessionnelle, ce regain d’antisémitisme s’il n’est pas traité, risque de rendre la vie intolérable. Un devoir de veille s’impose.


D'origine tunisienne, l’écrivain Albert Memmi a rappelé l’ancienneté du « problème arabe », perçu comme social - « si on supprime la pauvreté, on le résoudra » - sans relever son autre dimension, nationale : « Les Arabes acceptent l’aspiration nationale, sauf en Israël ». C’est cet aspect double qui n’est pas perçu par la gauche française, qui « a du retard dans l’analyse ». La solution ne peut être que politique, voire passer par un marchandage : « Tant qu’une majorité d’Arabes refusent cette solution, les Juifs seront les seuls à réclamer la paix ».

Serge Cwajgenbaum, Secrétaire Général du CJE, a conclu sur la campagne future de sensibilisation d’institutions européennes et internationales à ces thèmes après avoir présenté en Israël le résultat des travaux et réflexions menées à Paris sur l’histoire d’un exode celé...

ADDENDUM : En septembre 2012, l'Etat d'Israël a accueilli à Jérusalem une conférence sur cet exil et vient de lancer la campagne mondiale d'informations intitulée I am a refugee (Je suis un réfugié) sur cet exode. Une Déclaration sur la justice pour les réfugiés Juifs des pays arabes a été rendue publique à l'issue de cette conférence.
Le 14 juillet 2013, à l'initiative du parlementaire Shimon Ohayon (Likud Beiténou), le Comité ministériel pour la Législation a choisi le 17 février comme Journée nationale de commémoration des Juifs réfugiés ayant fui leurs pays nataux : Etats arabes, Turquie, Iran et partie de Jérusalem. Ce membre de la Knesset a aussi envoyé une lettre à Nabil el-Araby, secrétaire général de la Ligue arabe, pour l'informer que son organisation devrait "accepter la responsabilité historique pour l'humiliation, les souffrances et les pertes subies par des victimes Juives innocentes quand le monde arabe a déclaré la guerre à l'Etat d'Israël. En droit et en équité, la Ligue arabe doit assumer la pleine responsabilité pour assurer et réparer les droits des Juifs réfugiés, résultat direct des actions complices. C'est un élément important de toute future paix et réconciliation entre Juifs et Arabes au Moyen-Orient". Les organisations Jews from Arab Countries (JJAC) et le Congrès Juif mondial (WJC) ont soutenu la rédaction de ce texte et inciteront les communautés juives dans le monde à observer ce jour de commémoration. Le 17 février 1948, la Ligue Arabe a décidé que ses Etats-membres sanctionnent leurs populations Juives.
Le 14 juillet 2013, à l'initiative du parlementaire Shimon Ohayon (Likud Beiténou), le Comité ministériel pour la Législation au sein de la Kensset a choisi le 17 février - date du plan arabe - comme Journée nationale de commémoration des Juifs réfugiés ayant fui leurs pays natals : Etats arabes, Turquie, Iran et partie de Jérusalem. 
Le 21 novembre 2013, le CJM, la Conférence des Présidents des principales organisations Juives américaines, Justice for Jews from Arab Countries et la mission de l'Etat d'Israël auprès des Nations unies ont organisé à l'ONU, un colloque sur cet exode et, le 14 novembre 2013, un rapport du parlement canadien a exhorté à reconnaitre cet exode ;
La JJAC (Organisation internationale Justice pour les Juifs des pays arabes)  a séjourné en France les 11 et 12 juin 2014. Irwin Cotler, ancien ministre de la Justice et procureur général du Canada, se joindra à la JJAC. Le CRIF "accompagnera l’action de la JJAC pour aborder le sujet de l’exode des Juifs des pays arabes" auprès des responsables politiques français. Une action trop rare du CRIF oublieux de ce fait tragique dans ses conventions et son dialogue avec des personnalités et organisations musulmanes.

"Après 1948, les Juifs du Moyen-Orient, en provenance  notamment d’Egypte, d'Irak, de Syrie et du Liban ont été expulsés de ces pays et déclarés réfugiés par le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations-Unies". La délégation du CRIF et du JJAC visitera "les archives historiques de l'Alliance Israélite Universelle (AIU), dont le réseau d'écoles a été le témoin de cette histoire dramatique et de l’accueil que la France, patrie des droits de l'homme, a pu réserver à une partie des communautés juives exilées". La délégation  rencontrera Sparacino-Thiellay, ambassadrice pour les droits de l'homme, Claude Goasguen, vice-président du groupe d’Amitié France Israël à l'Assemblée nationale "accompagné de plusieurs députés afin de rappeler les droits de tous les réfugiés du Moyen-Orient dans la perspective d'une solution durable aux conflits de la région". Elle s'entretiendra avec Irina Bokova directrice générale de l'UNESCO, " afin de demander la protection des sites historiques Juifs dans les pays arabes. La destruction de la synagogue de Jobar à Damas (Syrie) en mai 2014" témoigne de l'urgence d'une campagne de préservation des sites religieux qui portent la mémoire de la pluralité des fois dans un Orient en pleine recomposition".

Le 24 juin 2014, la Knesset a approuvé la proposition de loi instituant la journée du 30 novembre en Jour marquant l'exil des Juifs des terres arabes et d'Iran (Day Marking the Exit and Deportation of Jews from Arab Lands and Iran), et présentée par les parlementaires Shimon Ohayon (Likud Beiténou) et Nissim Zeev (Shas).

Plusieurs ministres se mobiliseront : celui des personnes âgées dirigera la cérémonie ouvrant la commémoration, celui de l'Education encouragera des activités éducatives liées à ce Jour et celui des Affaires étrangères organisera des événements, dont certains se dérouleront dans les ambassades israéliennes, afin d'augmenter la prise de conscience internationale des Juifs réfugiés ayant quitté les terres arabes et l'Iran et leur droit à indemnisation. La Knesset tiendra une réunion spéciale pour marquer ce Jour.

Cette loi précise : ”Durant ce long exode, les Juifs vivant en terres arabes ont subi de nombreux pogroms. Le monde arabe a répondu gravement au renforcement du mouvement national Juif et au sionisme à la veille" du rétablissement de l'Etat d'Israël. "Cette opposition s'est exprimée par des attaques cruelles à l'égard des Juifs et une augmentation des troubles contre eux. Des ordres et lois officiels émis par les régimes des terres arabes ont empêché les Juifs de bénéficier des droits de l'homme ou de ceux des citoyens ainsi que d'avoir un travail, leurs biens leur ont été confisqués, leur nationalité leur a été retirée. De nombreuses fois, les Juifs sont été victimes de meurtres, d'arrestations arbitraires infondées, d'emprisonnements, de torture et de déportation. De 1947 à 1972, environ 856 000 Juifs des terres arabes ont été déracinés, dépossédés de tout et sont devenus des réfugiés".

On ne peut s'empêcher de dresser un parallèle entre des actes infamants préjudiciables édictés contre ces réfugiés Juifs et ceux visant le Dr Lionel Krief ou Eva Tanger depuis plusieurs années dans la France républicaine du début du XXIe siècle.

Le choix du 30 novembre pour marquer les "droits des réfugiés Juifs des terres arabes s'explique ainsi : "Après la partition (de la Palestine mandataire] décidée par le Conseil de sécurité de l'ONU le 29 novembre", les Etats arabes ont attaqué activement les communautés Juives dans leur pays dans le but d'empêcher" la refondation d'un Etat Juif sur la terre d'Israël.

Il est difficile d''estimer la valeur des biens dont ces réfugiés juifs ont été spoliés lors de cet exode forcé : de quelle date à quelle date ? Quels pays inclut-on ? Additionne-t-on la valeur des biens détenus à titre individuel à ceux de la communauté juive locale - hôpitaux, écoles, synagogues, etc. - ? La World Organization of Jews from Arab Countries (WOJAC) a estimé la valeur de ces biens à environ $100 milliards (valeur de 2006) et d'autres ont avancé $300 milliards (valeur de 2007).


Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié en une version courte par Actualité juive hebdo, et sur ce blog le 14 septembre 2012 et le :
- 4 octobre 2013 alors qu'à l'université de Yale (Etats-Unis) se tenait le colloque Exodus or Exile?: The Departure of Jews from Muslim Countries 1948-1978 ;
- 21 novembre 2013. Le CJM, la Conférence des Présidents des principales organisations Juives américaines, Justice for Jews from Arab Countries et la mission de l'Etat d'Israël auprès des Nations unies organisent ce jour, à l'ONU, un colloque sur cet exode et, le 14 novembre 2013, un rapport du parlement canadien a exhorté à reconnaitre cet exode ;
- 7 mars, 11 juin et 30 novembre 2014, 5 février 2015 à la mémoire de Sir Martin Gilbert (1936-2015), historien célèbre pour ses atlas historiques, ses livres sur l'histoire du peuple Juif, notamment In Ishmael’s House: A History of Jews in Muslim Lands (2010), et biographe officiel de Winston Churchill ;
- 30 novembre 2015.

mardi 29 novembre 2016

Ronit Elkabetz (1964-2016)


Arte diffusera Guet, le procès de Viviane Amsalem (Get - Der Prozess der Viviane Amsalem), par Ronit Elkabetz et Shlomi Elkabetz, puis Il était une fois... « Le procès de Viviane Amsalem » (Es war einmal... « Get - Der Prozess der Viviane Amsalem »), par Yossi Aviram. En Israël, le courageux combat d'une femme en instance de divorce religieux (guet) contre le pouvoir patriarcal et religieux... Il s'agit aussi de l’ultime rôle de la vibrante Ronit Elkabetz, comédienne autodidacte israélienne, au jeu dramatique intense et sobre, disparue en avril 2016.

« Je suis en permanence à la recherche de mes racines. Je suis née de parents immigrés du Maroc. Mes fondements et ma culture sont pluriels, mais mon histoire, c'est Israël », avait déclaré Ronit Elkabetz.

Et d’ajouter : « Je n'ai jamais été attirée par les rôles de belle femme. Je suis attirée par la difficulté, la saleté, ce qui gratte, ce qui saigne… J'ai toujours voulu tenter des rôles extrêmes », a confié  Ronit Elkabetz.

Née dans une famille juive marocaine d’Essaouira, Ronit Elkabetz se destine au stylisme de mode.

Sans formation de comédienne, elle est choisie pour incarner le personnage principal dans Le Prédestiné, de Daniel Wachsmann (1990).

Le début d’une carrière israélienne - Eddie King de Giddi Dar (1992), Milim d'Amos Gitai (1996), Ben Gurion de Gil Levenberg (1997) - couronnée de succès et marquée par sa collaboration comme co-scénariste en 1994 à La Cicatrice de Haim Bouzaglo.

« En 1997, j'ai senti qu'un chapitre de ma vie se terminait. Il fallait que je quitte mon pays pour avancer. C'est comme si des inconnus me poussaient dans le dos », expliquait Ronit Elkabetz.

Elle s’installe en France où elle est recrutée par Ariane Mnouchkine comme… stagiaire/ femme de ménage dans la compagnie Le Théâtre du Soleil. Elle se fait remarquer dans un spectacle sur la chorégraphe Martha Graham – « C'est le rôle le plus difficile que j'aie incarné dans ma vie » - au Festival Off d’Avignon, ainsi que dans Ulysse ou le retour d'Ithaque de Botho Strauss d'après Homère, pièce mise en scène Jean-Louis Martinelli, et alterne tournages en Israël - Origine contrôlée d'Ahmed Bouchaala et Zakia Tahri (2001) - et en France.

Pour Mariage tardif (Hatouna Mehuheret) de Dover Kosashvili, elle est distinguée par le prix de la meilleure actrice au Festival international du film de Thessalonique 2001. Mon Trésor (Or), de Keren Yedaya est primé par la Caméra d’or à Cannes en 2004. La visite de la fanfare (Bikur Hatizmoret) d'Eran Kolirinrencontre un succès public en 2007.

En 2004, Ronit Elkabetz coréalise, avec son frère cadet Shlomi Elkabetz, Prendre femme (Ve'Lakhta Lehe Isha) avec Simon Abkarian et Gilbert Melki. Une version cinématographique de l’histoire de leurs parents. La première œuvre d’une trilogie qui se poursuit par Les Sept jours, sur une famille juive lors de la semaine postérieure à la mort de leur proche. Interprété par Simon Abkarian, Yaël Abecassis et Hanna Laslo, le film est sélectionné pour ouvrir la Semaine de la critique à Cannes en 2008.

En France, Ronit Elkabetz s’insère dans les univers d’André Téchiné pour La Fille du RER (2009), inspiré d’un fait divers, de Fanny Ardent, pour Cendres et sang (2010), et de Pascal Elbé pour Tête de turc (2010).

Guett (divorce religieux)
Après Prendre femme (Ve'Lakhta Lehe Isha, 2004) et Les sept jours (Shiv`ah, 2008), Le procès de Viviane Amsalem (2014) « clôt avec force la trilogie réalisée par Ronit Elkabetz et son frère Shlomi Elkabetz autour de la condition de la femme en Israël », en particulier parmi les Israéliens pieux.

« Viviane, quadragénaire israélienne, veut divorcer d'Elisha, avec qui elle est mariée depuis plus de trois décennies. Elle a quitté le domicile conjugal mais n'est pas libre pour autant. Elisha refuse obstinément le divorce, et en Israël, seul le consentement des deux époux peut permettre à la séparation d'être prononcée. Très déterminée, Viviane doit se battre aussi contre les juges rabbiniques, seuls habilités à marier les Israéliens – et à les séparer. De reports d'audience en défections de son époux, les années passent et Viviane Amsalem ne parvient pas à se faire entendre. Elle est même obligée de réintégrer le foyer conjugal… »

Souvent vêtue de noir, Viviane Amsalem « devient l'archétype de l'épouse contrainte par les règles sociales et religieuses édictées par les hommes. Son désir de liberté mais aussi sa sensualité latente se heurtent inlassablement aux codes d'un pays patriarcal où les lois casher régulent jusqu'à l'intimité des femmes ». Tendue, Ronit Elkabetz alterne la retenue vibrante stupéfaire et l'explosion de colère.

La procédure s'étire sur cinq années. Les juges - tous trois des hommes, des rabbins imbus de leurs pouvoirs et partiaux - ne parviennent pas à comprendre pourquoi, après 20 ans de vie commune, Viviane Amsalem, coiffeuse diplômée, veut divorcer. Ils interrogent : "Est-il un bon mari ?" Devant eux, se succèdent les témoins de l'épouse et du mari Elishaï. Le film montre l'habileté de Shimon, frère du mari et rabbin, pour "retourner" le témoin de l'épouse, le frère de cette dernière. Se dessine progressivement le profil d'un couple attaché à la famille et qui communique rarement, par des cris, le portrait d'un mari ombrageux, indifférent, ne sachant guère exprimer son affection, "jamais content, distillant son venin" selon sa femme qu'il "refuse de voir heureuse". La prison n'infléchit pas le mari qui refuse de donner le guet à sa femme. Devant leur échec, les juges intiment au couple de quitter la salle du tribunal. Indifférents à la prison maritale dans laquelle le mari égoïste enferme son épouse, qu'il dit aimer, jusqu'à l'étouffer de douleur, la détruire. La procédure de divorce tourne au procès de Viviane Amsalem : a-t-elle été fidèle à son mari ? Avec quel homme a-t-elle été vue sur la terrasse d'un café ? Son avocat est-il amoureux de cette belle femme ? Après sa détention, le mari accepte de donner le guet à son épouse. Mais, devant les juges, au moment de prononcer les phrases de répudiation, il ne peut/veut plus accorder le guet. Excédés, les juges intiment l'ordre au couple et à ses avocats de quitter la salle d'audience. Viviane Amsalem explose d'indignation. La volonté de son mari a prévalu sur le tribunal rabbinique. Et, lors d'un tête-à-tête avec son épouse, la condition d'Elishaï Amsalem, non verbalisée, pour lui accorder la liberté, est acceptée par Viviane Amsalem : elle n'appartiendra à aucun autre homme.

« Pour symboliser l'enfermement de leur héroïne, les deux réalisateurs composent, entre les murs de la salle d'audience, un huis-clos hypnotique, dont les personnages, filmés en caméra subjective, ne semblent pouvoir s'échapper ». 

Sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes en 2014, le film « marque la dernière apparition au cinéma de Ronit Elkabetz, disparue en avril dernier. Sa puissante composition d'une Viviane Amsalem en colère face à l'arbitraire des lois restera dans les mémoires ».

« Les textes traditionnels juifs ont beau définir la femme comme une « reine » ou comme une « femme d’excellence », ils ne conçoivent pas pour autant de véritable égalité entre hommes et femmes. La trilogie de nos films parle précisément de cela et explore la question du statut de la femme en général à travers la situation d’une femme en particulier (Viviane Amsalem), dont la famille a immigré depuis un pays arabe vers la société israélienne. Viviane aspire à être occidentale à tous points de vue et veut adopter la culture et le style de vie moderne. Mais pour son mari, il est un peu plus difficile de s’adapter à cette culture et, de là, naissent d’importantes tensions. À travers l’examen de ces tensions, les films analysent la place des femmes dans la société israélienne. Malgré les valeurs patriarcales, religieuses et orientales dans lesquels elle évolue, Viviane veut croire à ce que la société israélienne lui promet. À travers le rêve d’un monde nouveau, plus égalitaire, cette société se définit en effet comme une démocratie libérale au sein de laquelle tous seraient égaux. En fait, nous ne parvenons pas encore à créer cette réalité par des lois qui permettraient une égalité véritable ; alors, pour bien des gens, le conflit est permanent entre des repères anciens et des définitions nouvelles qui restent souvent théoriques. Mais ce que la société israélienne permet incontestablement, c’est le débat. S’y expriment les voix différentes, et certaines aspirent ouvertement à plus de liberté malgré le carcan d’un monde ancien », a déclaré Ronit Elkabetz

Et d'ajouter : [En Israël,] « j’ai reçu énormément de réactions. Les tribunaux rabbiniques sont un lieu fermé et tout s’y passe derrière des portes closes. Personne n’est en général témoin des débats qui s’y déroulent. Le film constitue donc une sorte de pass d’entrée particulier vers un monde méconnu. C’est la première fois dans l’histoire du cinéma qu’on peut y pénétrer et voir comment les choses se passent. Pour de nombreuses personnes, cette découverte fut un choc. Certains voulaient savoir si les choses se passent comme cela partout dans le monde ou seulement en Israël. D’autres avaient tout simplement du mal à croire que de telles choses pouvaient se produire dans un pays démocratique. Mais, en filigrane, le film ne parle pas que de la situation en Israël mais plus largement du statut des femmes à travers le monde, que ce soit dans des régimes patriarcaux et même des pays occidentaux où les femmes vivent encore des discriminations. Dans le monde juif, le refus de donner le gett est un phénomène qui touche beaucoup plus de gens qu’on ne le pense. Pendant de longues années, j’ai reçu des témoignages très semblables à celui de Viviane dans le film. À l’issue d’une projection récente en avant-première en Israël, de nombreuses femmes m’attendaient, toutes venues témoigner et me dire « c’est mon histoire… c’est l’histoire de ma sœur… c’est l’histoire de mon amie… Il est essentiel que, devant le tribunal, une femme ait au moins autant de droits que son conjoint. J’espère que ce film, réalisé avec mon frère Shlomi, va produire un bouleversement de conscience important pour la société israélienne. Et, qui sait… peut-être déboucher sur des changements très concrets ».

Copropriétaire française juive spoliée, Eva Tanger affronte aussi un divorce religieux soumis aux juges israéliens. Et ce, alors qu'elle n'a pas les moyens financiers pour assister aux audiences en Israël, ni s'y faire représenter.

Sous les grands rabbins de France et de Paris successifs, elle n'y a trouvé aucun soutien. Pas même la possibilité d'une vidéo audience via Internet au siège du Consistoire de Paris Ile-de-France.

Il était une fois
Réalisé par Yossi Aviram, le documentaire Il était une fois... « Le procès de Viviane Amsalem » retrace » la genèse et la fabrication du « Procès de Viviane Amsalem », à la fois histoire familiale et radiographie de la société israélienne » au travers du divorce religieux de l'héroïne, isolée.

« Entrouvrir les portes du huis clos, desserrer l'étreinte d'un drame étouffant, révélateur d'une tradition où les femmes, considérées comme une « possession » de leur mari, sont corsetées… Complément idéal du film de Shlomi et Ronit Elkabetz, ce quarantième documentaire de la collection « Un film et son époque » permet de replacer le combat engagé par le personnage de Viviane Amsalem dans le contexte d'une société israélienne tiraillée entre État et religion ». 

Par « leurs témoignages, les protagonistes du film, mais aussi des juristes, des philosophes et des militantes féministes mettent en évidence les archaïsmes et les contradictions d’un système patriarcal opprimant, lequel prive les femmes du droit même de divorcer ». Cependant, l'épouse peut refuser le divorce à son mari, mais les conséquences sont différentes. Les enfants de son époux ne seront pas alors considérés comme des bâtards. 

Mais, « en s'invitant dans les coulisses du film, ce documentaire en révèle aussi la dimension profondément personnelle. Pour écrire Le procès de Viviane Amsalem ainsi que les deux premiers volets de leur trilogie (Prendre femme et Les sept jours), Ronit Elkabetz et son frère Shlomi se sont inspirés de la vie de leur propre mère, séfarade marocaine exilée au Proche-Orient. Une évocation d'autant plus émouvante que Ronit et Shlomi entretiennent visiblement une relation fusionnelle, quasi gémellaire. Le documentaire prend alors la forme du portrait croisé d’un véritable couple de cinéma ».

Décédée en avril 2016 d’un cancer, Ronit Elkabetz, « plus célèbre actrice israélienne, y livre son ultime et bouleversant entretien ». Aucun rabbin orthodoxe n'est interviewé. Le documentaire élude la vraie question : qu'est-ce qu'un Etat juif ?

Prix de la meilleure actrice dans un second rôle à Ophir du cinéma pour Sh'Chur en 1994, Prix de la meilleure actrice au Festival international du cinéma indépendant de Buenos Aires pour Mariage tardif en 2001, Prix de la meilleure actrice au Festival international du film de Thessalonique pour Mariage tardif en 2001, Prix de la meilleure actrice au Mexico City International Contemporary Film Festival pour Mon trésor en 2004, Prix du public 6 pour Prendre femme à la Mostra de Venise en 2004, Golden Starfish Awards du meilleur film pour Guett au Festival international du film des Hamptons 2014… La carrière de Ront Elkabetz correspond à la dimension internationale du cinéma israélien dopé notamment par l’accord franco-israélien de coopération cinématographique signé en 2002.

Evolutions en Israël
En février 2016, la Haute Cour rabbinique a décidé de publier le nom - Oded Guez - et la photographie du mari refusant de donner le guet à son ex-épouse. En outre, le "Beit Din appelle la communauté à exclure Guez de toute vie sociale et surtout de la vie religieuse, de ne pas le faire monter à la Torah, ni même de l’inclure dans un minyan, dans la prière des fidèles de n’importe quelle synagogue en Israël et dans le monde juif. En d’autres termes, shaming de la rabbanout contre un mari récalcitrant". Les réseaux sociaux israéliensont diffusé le nom et la photo de ce mari. 

De plus, le grand rabbin d’Israël, David Lau, a refusé le chantage dans certaines divorces : il "a tranché dans une affaire de divorce qui durait depuis huit ans, imposant la remise du guetavant le règlement des questions financières". 

Le 14 novembre 2016, le ministère israélien de la Justice a annoncé que les maris juifs israéliens "qui refusent d'accorder le divorce religieux à leur femme" et les femmes juives israéliennes refusant d'accepter le guet "pourront désormais être poursuivis par la justice et encourront même des peines de prison ferme".
  
  
Le procès de Viviane Amsalem, par Ronit Elkabetz et Shlomi Elkabetz
Elzévir & Cie, France, Allemagne, Israël, 2014, 110 min
Image : Jeanne Lapoirie
Montage : Joëlle Alexis
Musique : Dikla, Shaul Bezer
Production : Elzévir & Cie, Deux Beaux Garçons Films, Riva Filmproduktion, ARTE France Cinéma
Producteur/-trice : Sandrine Brauer, Denis Carot, Shlomi Elkabetz, Marie Masmonteil
 Scénario : Ronit Elkabetz, Shlomi Elkabetz
Avec Ronit Elkabetz, Simon Abkarian, Menashe Noy, Sasson Gabay, Eli Gornstein, Gabi Amrani 
Sur Arte les 29 novembre à 20 h 55 et 6 décembre 2016 à 13 h 35

Arte, 2016, 52 minutes
Sur Arte le 29 novembre à 22 h 45

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