Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

vendredi 25 novembre 2016

Die Brücke. Aux origines de l'expressionnisme


Le musée des Beaux-arts de Quimper a présenté l’exposition éponyme sur un courant artistique avant-gardiste préfigurant l’expressionnisme. Plus de 120 œuvres Brücke-Museum (Le Pont) de Berlin au noir profond, aux couleurs pures, sensuelles, fortes, violentes d’artistes jugés « dégénérés » par les nazis. Le 27 novembre 2016, Arte diffusera Les grands duels de l'art. Liebermann vs Nolde.

« Animés par la foi dans le progrès, la foi dans une nouvelle génération de créateurs et d’amateurs d’art, nous appelons toute la jeunesse à se regrouper et, en tant que représentants de cette jeunesse porteuse de l’avenir, nous voulons conquérir notre liberté d’action et de vie face aux forces établies du passé. Sont de notre côté tous ceux qui expriment directement et sincèrement leur élan créateur ». (Manifeste du groupe Die Brücke, 1906)

Vingt ans après la dernière exposition consacrée à Die Brücke (Le Pont), le musée de Grenoble se focalise sur ce mouvement artistique d’avant-garde.

Voici quelques mois, la Pinacothèque de Paris a présenté l’exposition « Expressionismus & Expressionismi - Berlin-Munich 1905-1920. Der Blaue Reiter vs Brüche » sur « deux courants fondateurs de l’expressionnisme allemand, Der Blaue Reiter (« Le Cavalier Bleu ») et Brücke (« Pont »), de leurs points de convergence, de leurs oppositions fondamentales – références intellectuelles ou sensibles - et de leurs rapports avec notamment, le fauvisme, la sculpture ou la musique ».


Un art libre et spontané
Dans l’empire allemand de Guillaume II, l’art officiel s’affiche conventionnel, académique. L’impressionnisme français y est introduit en 1898 par l’association Sécession berlinoise qui regroupe 65 artistes.

Die Brücke est fondé à Dresde en juin 1905 par Ernst Ludwig Kirchner et Fritz Bleyl, diplômés d’architecture, ainsi que Karl Schmidt-Rottluff et Erick Heckel.

Le rejoignent notamment Max Pechstein, Emil Nolde, Cuno Amiet et Otto Mueller.

En 1910, près de 70 membres – amis, collectionneurs, directeurs de musées, galeristes, etc. – adhèrent à ce groupe. La dissolution a lieu en 1913.

Contemporain du fauvisme, ce groupe rejette de l'art académique. Est influencé par Van Gogh, Munch et les arts primitifs. Traduit « dans un style aux couleurs éclatantes et au graphisme résolument outré le rythme trépidant de la vie, celui du monde des origines en communion avec la nature comme celui des grandes villes et de leur atmosphère enfiévrée ». Affectionne la gravure sur bois, liée à une tradition nationale médiévale, et les œuvres sur papier. « S'enthousiasment pour les objets africains et océaniens dont les qualités esthétiques et l'évocation d'une vie primitive en harmonie avec la nature les fascinent ». Cherchent à transcrire « l’être humain, son corps, ses relations avec l’environnement, urbain ou naturel ». Parcourent les rives des étangs de Moritzburg, au nord de Dresde, puis s’installent à l’automne 1911 à Berlin.

Die Brücke fonde « un art où l'expression directe des émotions prime sur le métier et l'esthétique. Couleurs pures et formes tourmentées sont au service de sensibilités exacerbées qui vont donner naissance à un style que l'on nommera par la suite l'expressionnisme ».

Choisie pour l’affiche et la couverture du catalogue : L’artiste Marcella (1910) d’Ernst Ludwig Kirchner. Fille d’un employé de la poste, Marcella Sprentzel est « assise sur un canapé, installée dans une attitude empreinte de nonchalance et d'ennui, qui traduit bien l'ambiance de liberté qui régnait dans l'atelier. Un chat blanc placé à ses côtés paraît comme un écho à sa position. L'apparente simplicité du tableau est trompeuse : le cadrage et la vue plongeante sont d'une grande audace. Rigoureusement construite à partir d'un ensemble de rayures et de lignes courbes et obliques qui dynamisent l'espace, l'œuvre acquiert une incroyable présence. L'harmonie de verts intenses, uniquement ponctuée par le rouge vif des pantoufles, le blanc du chat et le bleu d'une porte, domine la composition. L'originalité de cette toile, son audace et sa forte monumentalité en font un véritable chef-d'œuvre ».


Gravure sur bois, Fränzi allongée (1910) d’Erich Heckel aborde le nu en des couleurs pures– blanc, rouge, noir - et en un style mêlant l’art occidental à l’influence des masques primitifs (visage).
De Kirchner, le musée présente aussi A la terrasse du café (1914) inspirées des observations du peintre lors de ses promenades dans le Berlin à la vie nocturne animée. Un tableau opposant les tons beiges et rosés des vêtements élégants et des chairs au fond sombre et au style nerveux.

Nature morte aux fleurs (1908) de Cuno Amiet est offerte à Kisling, homme d’affaire et collectionneur qui, sur ses conseils, a acheté Deux fillettes peinte par Van Gogh en 1890 à Auvers-sur-Oise. Cette toile est le premier Van Gogh montrée en Suisse, pays d’origine d’Amiet. On aperçoit un fragment de ce tableau dans la partie supérieure de cette œuvre d’Amiet qui cerne de noir le bouquet de fleurs à la manière du cloisonnisme de Gauguin.

Maisons frissonnes I (1910) d’Emil Nolde représente sa campagne natale, au nord de l’Allemagne : « paysans dans leur quotidien, maisons pittoresques, écluses, moulins, fermes isolées, jardins rustiques ou encore plaines inondées ». Emil Nolde a peint ce tableau après son départ du groupe. « Collées les unes aux autres sous un ciel lourd, les Maisons frisonnes, brique rouge et toits de chaume, bordent une rue et probablement un canal. La barrière sur la gauche rappelle en effet les ponts de bois blanc qui enjambent les marais, peints à plusieurs reprises par l'artiste la même année. Les accords flamboyants de jaune et de rouge-orangé associés aux quelques notes de vert vif produisent une atmosphère quasi printanière, malgré la présence menaçante des nuages. La touche épaisse couvre toute la toile, posée en gestes dynamiques et vibrants. Par sa densité, elle traduit la rudesse du climat. et exprime les sentiments intimes de l'artiste, profondément attaché à cette région qu'il appelait » sa « patrie ».

Les nazis s’opposent à cet art : en 1934, ils saisissent 16 500 tableaux, sculptures, dessins et gravures dans les musées allemands. « Classés artistes dégénérés par le régime en 1937 », ces artistes sont « pour la plupart frappés d'interdiction de peindre, leurs œuvres confisquées, certaines détruites ».


Du 11 juillet au 8 octobre 2012
40, place Saint-Corentin. 29000 Quimper
Tél. : 02 98 95 45 20
Juillet, août, tous les jours de 10 h à 19 h. Septembre-octobre, ouvert tous les jours sauf le mardi de 9 h 30 à 12 h et de 14 h à 18 h.

Jusqu’au 17 juin 2012
5, place de Lavalette. 38000 Grenoble
Tel : 04 76 63 44 44
Du mercredi au lundi de 10 h à 18 h 30

Visuels :
Ernst Ludwig Kirchner
L’artiste Marcella, 1910
Huile sur toile
101 x 76 cm
Brücke-Museum, Berlin

Emil Nolde
Maisons frisonnes I, 1910
Huile sur toile
64 x 84 cm
Brücke-Museum, Berlin
(Stiftung Seebüll Ada Und Emil Nolde)

Erich Heckel
Fränzi allongée, 1910
Gravure sur bois en noir et rouge
23/20,7 x 40,5 x 41,6 cm
Brücke-Museum, Berlin
(Nachlass Erich Heckel, Hemmenhofen/ADAGP, Paris, 2012.)

Articles sur ce blog concernant :

Les citations sont extraites du dossier de présentation de l’exposition. Cet article a été publié le 16 juin, puis le 5 octobre 2012. 

samedi 19 novembre 2016

Pirates !

En 2002, le Musée de la Maine avait hissé le pavillon noir en évoquant l'âge d'or de la piraterie aux Caraïbes. Naviguant entre le mythe et la réalité, cette exposition a présenté des visions passionnantes, l'une classique et l'autre renouvelée, d'un monde cruel et révolutionnaire. Il y eut des pirates Juifs séfarades aux Antilles... Le 20 novembre 2016, à Deauville, Pierre Cohen, conférencier, et Isaac Bensimhon, chant, guitare, évoqueront "Espions et pirates juifs - La revanche des sépharades" : "Après l'Inquisition en Espagne, un certain nombre de juifs se sont organisés pour faire "la revanche des sépharades". Une page d'histoire juive agrémentée de chansons judéo-espagnoles".




Qui n'a pas rêvé en lisant « L’île au Trésor » de R.L. Stevenson ou en voyant Errol Flynn incarner « L’Aigle des mer » ?

Rien ne manquait à l'exposition Pirates ! au Musée de la Marine pour raviver les souvenirs : de la reconstitution d'une partie d'un navire aux tableaux d’arraisonnements, en passant par les armes, cartes, sabliers et attributs des pirates.

Le « monde à l'envers », de ces marins habiles est dual. Les rebelles hostiles à l'injustice côtoyaient des bandits, des bannis, et des dissidents politiques et religieux, tels les Protestants chassés des Pays-Bas et de France. Leur bateau était à la fois abri et enfermement.

Les couleurs omniprésentes y étaient le noir et le rouge.

Y s’avéraient précieux le charpentier et le chirurgien.

Si la discipline était acceptée à bord, c'est la relâche dans les tavernes d'iles où les nourrissent les boucaniers. Les longues périodes d'attente sont rompues par des moments de grande violence lors des abordages.

Après une vie frôlant la mort, c'est la solitude à terre pour le vieux flibustier, parfois handicapé.

L'univers des « Chiens et Gueux de la mer », c'est enfin une république dont le Code fixe, sur un mode égalitaire, les règles de partages et compensations en cas de blessures.

Les partisans de la liberté des mers ont surtout inspiré les Anglo-Saxons : les Anglais, car les pirates ont défié la puissante Armada, au profit de leur-reine protestante, isolée dans l'Europe catholique.

En quête d'histoire, les Américains se sont retrouvés dans ce monde nouveau.

A la paix d’Utrecht (1713), assurée de leur suprématie, l’Angleterre, la France et la Hollande décident alors de réprimer le brigandage.

Une communauté pirate s'exile à Madagascar pour tenter de créer une société utopique.

La littérature (Daniel Defoe), la peinture (école du Delaware), le cinéma et les bandes dessinées ont popularisé l’image d’un pirate portant foulard ou tricorne, anneau à l’oreille, perroquet à l’épaule, sabres ou revolvers aux mains, jambe de bois, voire crochet au poignet. C'est oublier John Hawkins ou Sir Francis Drake, riches armateurs.

Autre mythe altéré : les abordages sont rares, car les équipages des navires attaqués, contraints de s'engager, ne demandent qu’à éviter un combat.

La rapidité est alors le meilleur atout pour s’assurer la victoire, le galion convoité, et les trésors qu'il recèle.

Francis Drake
Arte a présenté le 22 décembre 2013 la série documentaire sur la représentation des pirates au cinéma.

En 1940, Michael Curtiz réalise L'Aigle des mers (Sea Hawk), avec Errol Flynn, Claude Rains, Brenda Marshall. "En l'an 1585, les côtes britanniques sont protégées par les aigles des mers, marins chevronnés qui écument les mers au service d'Élisabeth. Le roi Philippe II d'Espagne envoie Don Alvarez de Cordoba à Londres en qualité d'ambassadeur. En mer, la Sainte-Eulalie, où se trouvent De Cordoba et sa nièce Maria, est attaquée par l'Albatros, bateau corsaire de "l'aigle des mers" Geoffrey Thorpe. Thorpe ramène lui-même l'équipage à la reine. Mais un espion de Philippe II veille à la cour... Corsaires de la reine contre pirates du roi, combats, trahisons et galères : l'apogée du film d'aventures maritimes et le sommet de la complicité entre Errol Flynn et Michael Curtiz". La musique du film est signée par Erich Wolfgang Korngold.

Arte a diffusé Pirates. Francis Drake - Corsaire de Sa Majesté  (Piraten. Der Pirat und die Königin) et Pirates. Les corsaires barbaresques (Piraten. Die Jagd nach dem weißen Gold), documentaire en deux volets de Robert Schotter, Christoph Weinert.

"Pirates, corsaires et flibustiers n’étaient pas simplement des rebelles assoiffés de trésors : pendant que les premiers n’agissaient que pour leur propre compte, les autres servaient les intérêts des souverains européens. Des scènes reconstituées sont complétées par des éclairages de spécialistes de l’histoire maritime".

Premier voletPirates. Francis Drake - Corsaire de Sa Majesté. XVIe siècle. « Après la découverte de l'Amérique, le monde est dominé par l’empire espagnol du très catholique Philippe II. La jeune souveraine anglicane Élisabeth Ire s'en inquiète et veut que son royaume devienne une grande puissance maritime".

"Pour cela, elle fait appel au fascinant Francis Drake, qui a commencé sa carrière comme simple mousse. Il mène régulièrement des raids contre les possessions espagnoles et parvient, entre 1577 et 1580, à effectuer la deuxième circumnavigation autour du globe, après Magellan", sans information sur l'itinéraire à suivre, en finançant sa traversée grâce à l'argent récolté auprès d'hommes d'affaires confiants en sa réputation et à bord du Golden Hind.  Il remonte la côte Pacifique d'Amérique du sur, surprend les Espagnols, pille des dizaines de navires de l'Invincible Armada. Ce corsaire traitait bien ses prisonniers : aussi, à l'abordage, les marins ennemis avaient-ils intérêt à se rendre sans se battre. Il décide de contourner le continent américain par le nord. Pour chaque livre que la reine Elisabeth 1ère a investi, elle en gagne 47. Elle peut financer la construction de navires petits, très mobiles. Le royaume, qui connait une ère de prospérité économique et culturelle, domine les mers. Anobli par la reine en 1588, Drake "devient vice-amiral de la flotte anglaise et contribue la même année à la retentissante défaite de l'Invincible Armada espagnole ».

US Navy vs Barbaresques
Second voletPlus d'un million d'Européens, marins et passagers, « ont été ainsi enlevés par des pirates musulmans en Méditerranée et dans l'Atlantique » afin d'être vendus dans des marchés d'esclaves d'Alger, de Tunis et de Tripoli. Beaucoup meurent en captivité, comme galériens ou domestiques. Ces pirates musulmans sont appelés Barbaresques apparus après que les Maures aient été chassés d'Espagne. Alger, Tunis, Tripoli créent des régences en Afrique du nord, des Etats barbaresques. Échaudés, les Européens ne sont pas enclins à commercer avec les musulmans. Les corsaires barbaresques capturent les navires européens, pillent. Ils vont jusqu'en Islande pour se procurer des esclaves. Les familles des captifs reçoivent des demandes de rançons, négocient. Les paroisses reçoivent des dons. La traite des Européens s'avère un thème encore peu étudié par les historiens.

« Au XVIIIe siècle, l'Europe est terrorisée par les corsaires barbaresques. Ces derniers partent en quête de « l'or blanc » d'alors, c’est-à-dire des Européens des deux sexes, à la peau claire, qui seront vendus comme esclaves en Afrique du Nord et en Orient. Hark Olufs", marin d'une île de la mer du nord sous domination danoise, "est l'une de ces victimes. Devenu esclave, il parvient, grâce à son intelligence, à passer du rang de serviteur" à la cour du bey de Constantine à celui de trésorier, puis commandant en chef de la cavalerie ! "À force de remporter des victoires, il recouvrera sa liberté » après douze ans de service. En 1736, il rentre "dans sa mère patrie" et dissimule sa conversion à l'islam. Il se marie et fonde une famille. La conversion à l'islam ouvrait des opportunités à l'esclave.

En raison de la perte des navires, le commerce est presque paralysé en mer méditerranéenne.

C'est pour mettre un terme à ces mises en esclavage, à cette piraterie des Barbaresques, à ces confiscations de navires pillés - en 1800, le total des rançons, spoliations, etc. imposées par les pirates musulmans représentaient 20% des revenus annuels du gouvernement fédéral américain -, que les Etats-Unis créent leur Marine de guerre (1794) victorieuse lors des deux guerres barbaresques (1801-1805, 1815) au cours desquelles s'illustre l'officier de marine Stephen Decatur. Les « jeunes États-Unis se défendent contre ces pirates en fondant une redoutable unité de soldats des mers : le United States Marine Corps. Plus de deux siècles après sa création, cette unité d’élite est toujours en activité ». Humiliation : en 1795, le dey d'Alger a exigé la construction d'un navire de guerre au lieu d'un tribut. Ce qu'accepte la jeune nation américaine. En innovant, les Américains fabriquent des navires pouvant circuler sur toutes les mers, et surpassant les navires des Barbaresques. Le USS Constitution est une frégate en chêne de Virginie, variété rare, qui a nécessité l'abattage de 2 000 arbres. Sa coque a trois couches de chêne massif sur 50 cm sur lesquelles le boulet rebondit. En 1801, le pacha de Tripoli exige une fortune pour épargner les navires américains. Silence des Américains. Le pacha leur déclare la guerre. Le président Thomas Jefferson obtient l'accord du Congrès. L'Amérique est divisée entre les partisans du commerce, et les tenants du repli sur le continent. Stephen Decatur étudie le monde islamique, lit les récits des captifs chrétiens, etc. Les Barbaresques capturent le Philadelphia et des centaines de marins américains. Decatur, intrépide, se rend à Tripoli et met le feu à ce navire. Une mission suicidaire pour un commando de volontaires bien entraînés. L'amiral Nelson a salué l'audace et le courage des Américains. Decatur est promu. En 1805, un traité est signé prévoyant le versement d'une rançon par les Américains. Ce traité est respecté... jusqu'en 1812. C'est le début de la "politique de la canonnière", commente un historien. Sans aller à l'affrontement, Decatur dicte ses conditions. Les trois régences s’engagent à libérer sans rançon leurs esclaves et renoncent à capturer les navires américains. Commerce de l'or et des esclaves constituent des fondements des économies barbaresques. Donc, les pirates barbaresques poursuivent clandestinement leurs activités.

La France entreprend une opération militaire couronnée de succès (1827-1830) contre la Régence d'Alger qui offrait un havre aux pirates barbaresques. Elle libérera les derniers captifs à Alger.

Pirates Juifs
Dans Les pirates juifs des Caraïbes - L'incroyable histoire des protégés de Christophe Colomb, Edward Kritzler retrace dans "un style extrêmement vivant, la formidable histoire, haute en couleurs et encore mal connue, de ces Juifs séfarades partis au XVIe siècle à la conquête du Nouveau Monde après l'expulsion d'Espagne. Un récit qui se lit comme un roman d'aventures, qui nous mène d'Espagne à New York et d'Amsterdam au Brésil et à Mexico. L'aventure débute avec Christophe Colomb au XVe siècle, à l'âge des Grandes découvertes. De nombreux Juifs de la péninsule ibérique massacrés, expulsés ou contraints d'abjurer leur foi, ont l'idée de s'embarquer clandestinement avec les explorateurs et de se mêler aux conquistadors. L'accès au Nouveau Monde leur étant globalement interdit du fait de leur religion, ces marranes se feront passés pour des "nouveaux-chrétiens" du Portugal (par opposition aux "vieux-chrétiens" ou chrétiens de souche). Leurs fabuleuses aventures sont relatées avec leur lot d'intrigues, de drames, de rebondissements, de défaites et de victoires sur les Inquisiteurs encapuchonnés de la Sainte Terreur. La narration est également traversée par la rocambolesque entreprise de trois Juifs hollandais et de leurs enfants, tous des pirates notoires ! partis à la recherche du trésor de Christophe Colomb dans les montagnes de Jamaïque. On prétend que leur quête aurait échoué. Mais pour avoir découvert aux archives l'existence de documents inédits, l'auteur, Edward Kritzler, a cependant de bonnes raisons de croire le contraire..."

Edward Kritzler écrit :
"C'est en feuilletant les pages jaunies du journal de bord d'un pirate anglais du XVIIe siècle que je suis tombé sur cette scène stupéfiante. Lors de l'invasion de la Jamaïque en 1643, William Jackson raconte avoir trouvé la capitale de l'île entièrement déserte, à l'exception, écrit-il, de «divers Portugais issus de la nation hébraïque, venus à nous pour solliciter notre protection, en échange de quoi ils promirent de nous montrer où les Espagnols avaient caché leur trésor». J'avais toujours cru jusque-là que les premiers conquistadors espagnols et portugais du Nouveau Monde étaient tous de fervents catholiques. Que faisaient donc des Juifs portugais sur une île espagnole à demander protection à un corsaire anglais et à son équipage ? Je fis cette découverte en 1967, dans la salle de lecture de la Bibliothèque nationale de la Jamaïque où, parti de New York, je menais des recherches sur les premiers boucaniers à avoir accosté sur l'île. Plus qu'intrigué par ce passage du journal de Jackson, je décidai de mener l'enquête.
J'allais ainsi découvrir ce fait étonnant qu'avant la conquête de la Jamaïque par l'Angleterre en 1655, l'île avait en fait appartenu à la famille de Christophe Colomb. Mieux, que celle-ci avait offert asile aux Juifs persécutés par l'Inquisition. Le responsable de la communauté juive de l'île dans les années 1960, Sir Neville Ashenheim, alla même plus loin, m'expliquant que Christophe Colomb était probablement d'origine juive et que l'arbre généalogique des Juifs de Jamaïque remontait en vérité aux tout premiers immigrants. Cette histoire me parut à ce point incroyable que j'allais passer les quatre décennies suivantes sur la trace de ces pionniers méconnus. Oubliées, les tribulations du célèbre marchand de Venise de Shakespeare : ses cousins du Nouveau Monde étaient, eux, de fascinants aventuriers - des Juifs explorateurs, des Juifs conquistadors, des Juifs cow-boys et, oui, des Juifs pirates ! Une certaine communauté d'esprit unissait certes ces Juifs clandestins, dont la plupart continuaient de pratiquer leur religion en secret, aux autres colons. Mais tandis que ces derniers se lançaient à l'assaut des empires aztèque et inca pour y trouver la gloire et la richesse, convertir les païens et s'approprier les femmes indiennes, les Juifs, eux, cherchaient surtout à échapper aux bûchers des Inquisiteurs.
L'aventure débute avec Christophe Colomb au XVe siècle, à l'âge des grandes découvertes. C'est alors que de nombreux Juifs de la péninsule ibérique - massacrés, expulsés ou contraints d'abjurer leur foi -, eurent l'idée de s'embarquer avec les explorateurs et de se mêler aux conquistadors. L'accès au Nouveau Monde leur étant globalement interdit du fait de leur religion, ils se firent donc passer pour de «nouveaux-chrétiens» du Portugal (par opposition aux «vieux-chrétiens» ou chrétiens de souche), le pays n'exigeant pas encore, contrairement à l'Espagne, qu'ils prouvent la «pureté» de leur ascendance catholique. Rappelons en effet qu'en 1497, Manuel Ier, le roi du Portugal, décida que la seule façon de déjudaïser son royaume tout en gardant ses Juifs - lesquels jouaient un rôle trop important dans l'administration et l'économie pour qu'il se résigne à les expulser - était de les convertir en bloc. C'est ainsi que la majorité des Portugais opérant dans l'empire espagnol étaient en fait des nouveaux-chrétiens, des conversos (aussi appelés marranes), autrement dit des Juifs convertis de force au catholicisme, mais qui continuaient souvent à pratiquer, d'une manière ou d'une autre, une forme de cryptojudaïsme (de judaïsme clandestin ou caché)".
Les 1er et 7 mars 2016, Arte diffusa L'Aigle des mers, de Michael Curtiz (1940) : "En l'an 1585, les côtes britanniques sont protégées par les aigles des mers, marins chevronnés qui écument les mers au service d'Élisabeth. Le roi Philippe II d'Espagne envoie Don Alvarez de Cordoba à Londres en qualité d'ambassadeur. En mer, la Sainte-Eulalie, où se trouvent De Cordoba et sa nièce Maria, est attaquée par l'Albatros, bateau corsaire de "l'aigle des mers" Geoffrey Thorpe. Thorpe ramène lui-même l'équipage à la reine. Mais un espion de Philippe II veille à la cour... Corsaires de la reine contre pirates du roi, combats, trahisons et galères : l'apogée du film d'aventures maritimes et le sommet de la complicité entre Errol Flynn et Michael Curtiz".


« Pirates », documentaire en deux volets de Robert Schotter, Christoph Weinert
ZDF, 2015
Sur Arte
Pirates. Francis Drake - Corsaire de Sa Majesté  (Piraten. Der Pirat und die Königin: les 31 octobre à 20 h 50, 1er novembre à 15 h 20 et 3 novembre 2015 à 16 h 25 (53 min)
Pirates. Les corsaires barbaresques (Piraten. Die Jagd nach dem weißen Gold: les 31 octobre à 21 h 40, 1er novembre à 16 h 10 et 4 novembre 2015 à 16 h 25. (50 min).
Visuels ; © Taglicht media/Bastian Barenbrock

Edward Kritzler, Les pirates juifs des Caraïbes - L'incroyable histoire des protégés de Christophe Colomb. Traduction par Alexandra Laignel-Lavastine. André Versaille, 2012.

Visuels 
© Warner Bros

A lire sur ce blog :
Articles in English

Cet article a été publié par Actualité juive et sur ce blog le 22 décembre 2013, puis le 29 octobre 2015.

jeudi 17 novembre 2016

L’arrêt de la Cour d’appel de Paris relaxant Philippe Karsenty tance sévèrement France 2 et Charles Enderlin

Le 21 mai 2008, Philippe Karsenty, directeur de l’agence de notation des médias Media-Ratings (M-R ), a été relaxé par la 11e chambre de la Cour d’appel de Paris. Il avait été condamné en 2006 pour diffamation pour avoir qualifié notamment de « faux reportage », les images controversées de « la mort de Mohamed al-Dura », commentées par Charles Enderlin, correspondant à Jérusalem de France 2, et diffusées au JT de cette chaîne le 30 septembre 2000. L’arrêt de 13 pages de la Cour est un désaveu de pratiques de France 2, Charles Enderlin et Talal Abu Rahma. Il souligne l’importance de la liberté d’expression, voire de vive critique, sur des « sujets d’intérêt général », face au pouvoir des médias. Il insiste sur le droit du public à une « information sérieuse ». Après la relaxe par la Cour d’appel de Paris le 21 mai 2008, Le Nouvel Observateur avait publié le 4 juin 2008 la pétition Pour Charles EnderlinLes journalistes de ITélé avaient lancé un mouvement de grève en invoquant des raisons éditoriales et éthiques, et demandant la mise en retrait de l'antenne de Jean-Marc Morandini, mis en examen pour corruption de mineurs. Peu de journalistes les ont soutenus. Ces journalistes, grévistes et non grévistes, se sont tus dans l'affaire al-Dura ou ont pris position pour Charles Enderlin. Les journalistes d'ITélé ont mis fin à la grève après la conclusion d'un accord avec Canal +.

Quels camouflets cinglants et ironiques !

Et quel rappel ferme à France 2 et à Charles Enderlin des obligations – en particulier vérité, justesse, précision, rigueur, transparence - incombant à ceux qui informent le public et des droits à la critique, à l’analyse et à la libre expression à peine de danger pour la démocratie !

Une chronologie des faits
Présidée par Laurence Trébucq, la 11e chambre de la Cour d’appel de Paris débute son arrêt par une chronologie des faits (p.5 à p.7) .

Le 30 septembre 2000, France 2 diffusait au JT de 20 heures un reportage d’environ 50 secondes de Charles Enderlin déclarant en voix off : « Près de l’implantation de Netzarim (bande de Gaza)… Jamal et son fils Mohamed (12 ans) sont la cible des tirs venus des positions israéliennes. Son père tente de le protéger... Une nouvelle rafale. Mohamed est mort et son père gravement blessé ».

Le 1er octobre, Tsahal regrettait « les pertes en vies humaines » et affirmait : « Il n’est pas possible de déterminer l’origine des tirs ».

Le 2 octobre, France 2 précisait que la scène montrant « l’inacceptable » avait été filmée par son cameraman Talal Abu Rahma, « sûr que les tirs provenaient du côté israélien » .

Le 3 octobre 2000, Talal Abu Rahma déclarait sous serment : « L’enfant a été tué intentionnellement et de sang-froid par l’armée israélienne ».

Le 27 novembre, France 2 rapportait une information de Charles Enderlin selon laquelle l’enquête militaire menée par le général Samia chargé de la sécurité en zone sud a conclu qu’il était « plus probable que l’enfant ait été tué par les Palestiniens que par les Israéliens ».

Le 28 novembre, France 2 et Charles Enderlin faisaient « cependant valoir que « plusieurs éléments de la thèse israélienne sont en contradiction avec les éléments recueillis sur place » ainsi qu’avec le témoignage du médecin ayant examiné le corps ».

Le physicien israélien Nahum Shahaf poursuivait son enquête sur cet incident et doutait de l'authenticité des faits allégués.

L’agence de presse Metula News Agency ou Mena procédait à des recherches qui la conduisaient à la même conclusion que ce physicien.

Courant mars 2002, la chaîne de télévision allemande ARD diffusait le documentaire de Esther Schapira Qui a tué Mohamed al-Dura « qui met l’accent sur le défaut de preuves matérielles permettant notamment de déterminer l’origine des tirs et sur l’absence de véritable autopsie de l’enfant » .

Le 30 septembre 2002, Talal Abu Rahma s'est rétracté.

Le 2 octobre 2002, le film d’Esther Schapira était projeté sur un écran géant devant un millier de personnes réunies devant les locaux de France Télévision et un « prix de la désinformation » symboliquement attribué à France 2 et à Charles Enderlin par les organisateurs de la manifestation .

En novembre 2002, l’agence de presse Metula News Agency ou Mena réalisait « un documentaire de 20 minutes Al-Dura : l’enquête, qui, à partir des déclarations de Nahum Shahaf, physicien ayant participé à l’enquête du général Samia, [mettait] en cause la réalité des scènes filmées par le cameraman de France 2 et [concluait] à une véritable mise en scène jouée par des acteurs ».

En janvier 2003, Gérard Huber, alors le « correspondant permanent de la Mena à Paris », publiait Contre-expertise d’une mise en scène.

Le 22 octobre 2004, France 2 et Arlette Chabot invitaient trois journalistes « ayant tenu des propos critiques, Daniel Lecomte (Arte) et Denis Jeambar (L’Express) et Luc Rosenzweig (ex-Le Monde), à visionner les 27 minutes de rushes du 30 septembre 2000 ».

Le 18 novembre 2004, France 2 organisait une conférence de presse au cours de laquelle étaient « présentés des clichés des blessures de Mohamed al-Dura ». A Radio J, Arlette Chabot affirmait que l'on ignorait l'origine des tirs.


Le 26 novembre 2004, M-R diffusait un communiqué de presse électronique à la teneur similaire à cet article.

France 2 et Charles Enderlin poursuivaient en justice l’auteur de ces imputations qu’ils estimaient diffamatoires, notamment ces mots : « faux reportage », « mise en scène », « supercherie » et « imposture médiatique », « Charles Enderlin, en l’occurrence, se trompe et, du même coup, nous trompe. Pourquoi ? Cherche-t-il à couvrir son imposture ? »

Le 19 octobre 2006, la XVIIe chambre du Tribunal de grande instance (TGI) de Paris présidée par Joël Boyer condamnait pour diffamation Philippe Karsenty à une amende de 1 000 euros, à verser à chaque partie civile - France 2 et Charles Enderlin - un euro de dommages intérêts et à la chaîne publique et à son journaliste ensemble 3 000 euros au titre de l'article 475-1 du Code de procédure pénale (frais de justice) .

Philippe Karsenty interjetait immédiatement appel de ce jugement.

En 2007 et 2008, plusieurs audiences ont été consacrées au visionnage des rushes de France 2 et à la présentation des positions de chaque partie.

Philippe Karsenty demandait « l’infirmation du jugement, la relaxe, serait-ce au bénéfice de sa bonne foi et le débouté des parties civiles de toutes leurs demandes ».

L’avocat général requérait la confirmation du jugement.

Les intimés - France 2 et Charles Enderlin – sollicitaient, outre cette confirmation, 20 000 euros au titre de l’article 475-1 du Code de procédure pénale (frais de justice).

Une loi de la presse exigeante en matière de preuve
Poursuivi pour diffamation (1), le prévenu est relaxé s’il apporte la vérité des faits (exception de vérité) ou démontre sa bonne foi qui, selon la jurisprudence, suppose la réunion de quatre conditions : une enquête préalable sérieuse, un but légitime, la prudence dans l’expression et l’absence d’animosité personnelle.

Le « fait de tromper sciemment le public en diffusant et/ou en faisant diffuser un faux reportage comportant des images qui ne reflètent pas la réalité, en représentant une « fausse mort », même si [Philippe Karsenty] a pris le soin d’accompagner son accusation d’un certain nombre d’explications, porte incontestablement atteinte à l’honneur et à la réputation de professionnels de l’information ».

La « preuve des faits diffamatoires doit être parfaite, complète et corrélative aux imputations diffamatoires dans leur matérialité et toute leur portée ».

La Cour constate que les offres de preuve de Philippe Karsenty ne sont pas juridiquement parfaites. Philippe Karsenty, par ses offres de preuve établissant un « montage douteux [de France 2] largement contesté » en novembre 2004, « ne peut prétendre démontrer le fait d’avoir sciemment diffusé un « faux reportage » » : le « faux montage » est « un diminutif », mais non synonyme, de « faux reportage ».

En moins d’une page (p.7), la Cour rejette donc « l’exception de vérité soulevée par le prévenu ».

La bonne foi retenue par un raisonnement juridique accablant les intimés
Puis, la Cour d’appel de Paris examine la bonne foi à laquelle elle consacre quatre pages (p.9 à p.12) denses, étayées d’arguments puisés dans l’argumentation de Philippe Karsenty.

C’est la partie essentielle dans la motivation de cet arrêt.

La Cour alterne évidences, bon sens et principes juridiques fondamentaux de la démocratie. Le « quatrième pouvoir » n’est pas au-dessus des lois ni de la déontologie régissant les médias. Ceux-ci ne peuvent bouter hors du champ public les critiques de leurs collègues, les analyses de professionnels de diverses disciplines et les questionnements les visant. Ils doivent répondre de l’exercice de leur métier, a fortiori quand le sujet est « d’intérêt général » et sensible, et quand le reportage est diffusé à une heure de « large audience ». Et la Cour de souligner le danger d’un pouvoir sans contrepoids (2) et le droit du public à « une information sérieuse ». Des affirmations énoncées par Sandrine Alimi-Uzan, substitut du Procureur devant la XVIIe chambre du TGI, le 14 septembre 2006.

En outre, la Cour juge « légitime » la démarche de Philippe Karsenty qui a usé, dans les limites légales, de sa liberté d’expression, un principe fondamental garanti par la Convention européenne des droits de l’homme qui s’impose en droit français.

Je vous laisse apprécier la clarté, l’intelligence et la logique de la démonstration qui, paragraphe après paragraphe, progresse vers la relaxe de Philippe Karsenty. Un régal pour les démocrates. Accrochez-vous quand même…

Une enquête et sa transmission au public légitimes
Tout d’abord, la Cour précise que les « critères de la bonne foi doivent s’apprécier différemment selon le genre de l’écrit, la qualité de l’auteur, et notamment avec une plus grande rigueur lorsque celui qui est poursuivi fait profession d’informer ou de procéder à la notation des médias ».

Et de poursuivre : « Il est incontestablement légitime pour une agence de notation des médias, d’enquêter, serait-ce en raison de l’impact qu’ont eu les images critiquées dans le monde entier (3), sur les conditions dans lesquelles le reportage en cause a été tourné et diffusé, et de porter les résultats de l’enquête à la connaissance du public ainsi que de les soumettre à la critique des professionnels ».

D’autant que « Philippe Karsenty aborde des sujets d’intérêt général, telles les méthodes de travail des médias et, précisément, de la chaîne publique, la force des images et la pertinence des commentaires sur le vif, … le droit du public à une information sérieuse, ce qui donne toute sa légitimité à la publication de ses recherches ».

Charles Enderlin « peut d’autant moins se soustraire à la critique qu’elle le vise en tant que professionnel de l’information, correspondant en Israël et dans les territoires palestiniens pour les journaux télévisés de France 2 diffusés aux heures de grande audience, et qu’à ce titre, il s’expose inévitablement et consciemment à un contrôle des plus attentifs de ses faits et gestes de la part de ses concitoyens comme de ses confrères ».

Incohérences des images et réponses contradictoires

Une fois ces principes posés, la Cour retient les documents examinés par le TGI et ceux nouveaux (nos 43 à 73) apportés par Philippe Karsenty et que les parties civiles souhaitaient voir écarter des débats.

Elle va « apprécier la validité de l’enquête » de Philippe Karsenty, non pas afin de démontrer « la vérité des imputations diffamatoires », mais en raison de « la valeur et de la variété des sources utilisées, ainsi que de la pertinence de leur contenu ».

Elle distingue les deux critiques portées contre le reportage : d’une part, « Charles Enderlin a présenté à tort les tirs mortels en provenance des positions israéliennes comme délibérés », d’autre part, « les images de la mort du jeune Mohamed al-Dura, fictives, ne correspondent pas à la réalité commentée ».


Elle liste les arguments de Philippe Karsenty : « l’incohérence inexplicable des images visibles dans la scène principale, l’absence de caractère probatoire des photos des blessures de Jamal al-Dura présentées par France 2, et les réponses contradictoires de Charles Enderlin aux interrogations relatives aux coupures dans son montage et de [Talal Abu Rahma] au sujet de l’enchaînement des scènes filmées et des conditions de tournage ».

Minutieusement, la Cour va scruter les déclarations des principaux protagonistes et démontrer que la source de l’appelant n’est ni « unique » ni univoque, et ne repose pas sur des « affirmations péremptoires ». Elle s’oppose donc ainsi à la motivation du jugement du TGI (p.22).

Charles Enderlin « n’a pas été témoin des faits qu’il a commentés en voix « off », selon un procédé nullement contraire à la déontologie des journalistes, dès lors qu’il est compris des téléspectateurs ».

Or, « France 2 a indiqué le 1er octobre 2000 que la mort de l’enfant avait « été filmée par Talal Abu Rahma, [son correspondant à Gaza] et, le 2 octobre, que le cameraman « filmait « l’inacceptable », ce qui ne permettait pas nécessairement d’en déduire que le commentateur n’était pas sur les lieux ». Ce qui « a conduit Philippe Karsenty… à s’interroger sur la concordance entre les images choisies par le cameraman palestinien (« c’est moi qui décide ce qui est important », l’entend-on dire dans une des interviews) et le commentaire de ces images par Charles Enderlin ».

Certes, les conclusions des films d’Esther Schapira – « enfant mort par une balle perdue palestinienne » - et de la Mena à partir des déclarations de Nahum Shahaf – « mise en scène palestinienne de la mort » - diffèrent. Peu importe qu’elles soient « inconciliables ». Ces deux films ont « conduit [Philippe Karsenty], par étapes successives, à interroger le reportage de France 2 quant à la réalité des faits rapportés par des professionnels de l’information ».

La « thèse dite de la Mena, sujet de l’ouvrage de Gérard Huber », déduit des scènes « de jeunes Palestiniens mettant à profit la présence de caméras pour jouer des scènes de guerre et de blessures le caractère fictif de la mort du jeune Mohamed al-Dura ». « Reprise par Philippe Karsenty », cette thèse s’appuie sur trois éléments : « les réticences de France 2 à laisser visionner les rushes de son cameraman, l’imprudente affirmation, par Charles Enderlin, qu’il aurait coupé au montage les images de l’agonie de l’enfant, et les déclarations [de] plusieurs journalistes ayant visionné les rushes ». Bref, la Cour stigmatise l’opacité des parties civiles. L’expression « imprudente affirmation » est reprise du jugement du TGI (p.19).



Luc Rosenzweig a constaté le 22 octobre 2004 que, « sur les 27 minutes des rushes de Talal Abu Rahma, plus de 23 minutes de scènes filmées n’avaient rien à voir avec les images diffusées par la chaîne, dont celles de la mort du petit Mohamed, et consistaient dans la présentation de fausses scènes de guerre par de jeunes Palestiniens ». Ce témoin de Philippe Karsenty penche pour la « mise en scène [de la mort de l’enfant] ».

Un « témoignage conforté par les opinions, non contraires pour l’essentiel, de Daniel Leconte et Denis Jeambar qui relèvent : « Cette fameuse scène de l’agonie qu’Enderlin affirme avoir coupée au montage n’existe pas » (4).

Toutefois, ces deux journalistes « refusent de prendre à leur compte la thèse de la mise en scène de la mort de l’enfant ». Pourquoi ? Ils « s’appuient sur le film de Talal Abu Rahma présenté par France 2 le 18 novembre 2004 pour démontrer que les blessures du père correspondaient exactement aux pansements qu’il avait le lendemain à l’hôpital de Gaza ».

Avec finesse et ironie, la Cour remarque, ou persifle, que ces deux journalistes n’envisagent pas la « possibilité d’une contradiction entre les photos qui leur ont été présentées et leurs propres constatations que, dans les rushes, ‘le père porte un T-shirt sur lequel on ne voit aucune trace de sang’ ». Notons qu’Arlette Chabot et d’autres accusaient ceux qui énonçaient ce constat de « révisionnistes ».

Selon Richard Landes, autre témoin de Philippe Karsenty, la « probabilité d’une mise en scène de la mort de l’enfant est supérieure à 95% ».

C’est alors que la Cour critique sévèrement la motivation du jugement déféré.

Elle s’étonne : « Aucun des arguments du prévenu – ni les conclusions de l’enquête menée à l’initiative personnelle du général Samya, ni « l’imprudente affirmation » de Charles Enderlin -, n’a paru aux premiers juges à lui seul suffisamment déterminant en regard du reportage contesté ».

La Cour se différencie de ces juges car elle, elle a visionné les « 18 minutes de rushes de Talal Abu Rahma communiquées par France 2 ». Et l’examen de ces rushes « ne permet pas d’écarter les avis des professionnels entendus au cours de la procédure ou ayant versé leurs contributions aux débats ».

Quant aux « attestations produites par les soins du cameraman, elles ne peuvent pas, en revanche, au vu de leur présentation comme de leur contenu, être tenues pour parfaitement crédibles ». Philippe Karsenty avait présenté le rapport d’une graphologue qui concluait que ces témoignages avaient été écrits par… Talal Abu Rahma.

Dans son jugement (pages 13, 14, 18, 20, 22), pour condamner Philippe Karsenty, le TGI avait relevé le fait que les autorités israéliennes n’avaient pas repris à leur compte ou avaient accordé un « faible crédit » à la thèse de la mise en scène exprimée par Nahum Shahaf, le film de la Mena, le livre de Gérard Huber... Or, affirme la Cour, « aucun principe ne permet de refuser sans examen, ni explication tout crédit à un document qui ne bénéficierait pas d’un label officiel ou qui ne recueillerait que peu de crédit de la part des ‘autorités’ ».

De plus, la Cour contextualise l’attitude de ces autorités : « Les premières déclarations des autorités israéliennes, notamment celle du général Eiland, ont été faites au vu des seules images du reportage de France 2 ». Quant à l’armée israélienne, « elle ne répond quasiment jamais sur rien. C’est le choix de communication qu’elle a fait », comme l’ont expliqué ces deux journalistes. Un silence à nuancer (5)

Un reportage doit témoigner de « ce que le journaliste a vu et entendu »
Ensuite, la Cour donne à la fois un camouflet et une leçon de journalisme à Charles Enderlin, présenté par ses avocats comme un parangon de toutes les vertus d’un correspondant, tout en soulignant l’extrême gravité des effets de ces images.

Charles Enderlin a déclaré « que « l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie », alors qu’un reportage [se définit] comme le témoignage de ce que le journaliste a vu et entendu ».

Le correspondant de France 2 à Jérusalem a ainsi « reconnu que le film qui a fait le tour du monde en entraînant des violences sans précédent dans toute la région ne correspondait peut-être pas au commentaire qu’il avait donné, ce qui est également l’avis donné par Daniel Dayan, directeur de recherches au CNRS et spécialiste des médias ».

Une vivacité d’expression autorisée par l’importance de la question débattue

Vient le ferme plaidoyer pour la liberté d’expression consacrée par le droit supranational et pour « le droit du public à une information sérieuse ».

Les « limites de la critique admissible sont d’autant plus grandes que le sujet est d’intérêt public et les accusations étayées sur un faisceau d’éléments d’enquête et d’autant plus larges à l’égard de ceux qui, par leurs fonctions ou leur activité s’exposent au public ». Ce qui est le cas du correspondant de France 2 à Jérusalem.

De prime abord, la répétition des mots incriminés – « faux reportage », « mise en scène », « mascarade », « supercherie » et « imposture » - revêt « un aspect critique, négatif, voire provoquant (« fausse mort ») ».

Mais c’est que Philippe Karsenty « explique avec véhémence, mais sans véritable outrance en quoi la chaîne publique a mérité sa critique au regard des critères de notation de son agence ».

Il qualifie les scènes de guerre de « pure fiction » ? C’est « aussi soutenu par plusieurs des grandes signatures de la presse et de l’information ayant vu les rushes en 2004 ».

 Le responsable de l’agence de notation des médias déduit des « incohérences inexplicables et des contradictions dans les explications sur l’agonie de l’enfant donnée par Charles Enderlin que celui-ci se trompe, ce qui revient à lui imputer une simple erreur, et « du même coup », trompe le public, ce qui apparaît comme une formulation euphémique ».

Par la question finale incriminée – Charles Enderlin « cherche-t-il à couvrir une imposture ? » -, l’appelant « aborde le fond du sujet avec une vivacité de l’expression que l’importance de la question débattue doit pourtant autoriser ».

Pas d’animosité personnelle de Philippe Karsenty contre les intimés

La Cour écarte les allégations d’animosité personnelle de Philippe Karsenty à l’égard de France 2 ou de Charles Enderlin. D’une part, les attestations de René Backmann et François Raiga-Clémenceau sont « postérieures à son enquête ». D’autre part, « le contenu de l’article et du communiqué de presse » poursuivis « ne révèle aucun sentiment personnel hostile à l’égard » des parties civiles.

Enfin, « les éléments de l’enquête constituent une base factuelle suffisante pour admettre que les propos litigieux… aient pu être tenus… pour traiter de sujets d’intérêt aussi général que le danger [du] pouvoir de la presse, en l’absence de contrepoids, et le droit du public à une information sérieuse ».

Ce faisant, Philippe Karsenty « a exercé de bonne foi son droit de libre critique… Il n’a pas dépassé les limites de la liberté d’expression reconnue par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme » . Cette liberté « vaut aussi pour [les informations ou idées] qui heurtent, choquent ou inquiètent ».

Une relaxe relatée
Le 21 mai 2008, la 11e chambre de la Cour d’appel de Paris, relaxe Philippe Karsenty, infirme le jugement de première instance et déboute France 2 et Charles Enderlin de toutes leurs demandes .

Ce qui stupéfie Me Bénédicate Amblard, avocate de France 2 et Charles Enderlin. Ceux-ci se sont pourvus en cassation le jour-même (6).

Relatée par des agence et journaux français, cette relaxe a été accueillie chaleureusement bien sûr par Philippe Karsenty, et saluée par des médias et organisations anglo-saxons et israéliens, dont Shurat HaDin-Centre juridique d’Israël qui, le 12 mai 2008, a demandé à la Cour suprême israélienne de retirer l’accréditation de France 2 et de Charles Enderlin …

Combien sont-ils ceux qui, comme Philippe Karsenty, sont parvenus progressivement, en lisant la presse, notamment sur Internet, ou le livre de Gérard Huber, en voyant le film d’Esther Schapira, en assistant à des conférences sur l’affaire al-Dura, et désormais en lisant l’arrêt de la Cour et ses commentaires, à la conscience d’une « mise en scène » de l’incident al-Dura et seraient relaxés par la justice française s’ils énonçaient cette conviction étayée ? Des centaines ? Vraisemblablement plus d’une dizaine de milliers.

Certes, tous ne dirigent pas une agence de notation des médias. Mais certains sont des hommes et femmes d’influence…

Conspiracy Watch
Le 6 avril 2014, Rudy Reichstadt, directeur du site Conspiracy Watch, Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot, a été interviewé par Jean Corcos, dans l'émission Rencontre sur Judaïques FM, sur Les Juifs, les musulmans et les théories du complot. Il a vu dans l'affaire al-Dura la "structure discursive de théories du complot".  La Cour d'appel de Paris n'a pas classé en 2008 cette affaire parmi les "théories du complot".

ITélé
Après la relaxe par la Cour d’appel de Paris le 21 mai 2008, Le Nouvel Observateur avaii publié le 4 juin 2008 la pétition Pour Charles Enderlin. Les journalistes de ITélé avaient lancé un mouvement de grève en invoquant des raisons éditoriales et éthiques, et demandant la mise en retrait de l'antenne de Jean-Marc Morandini, mis en examen pour corruption de mineurs. Peu de journalistes les ont soutenus. Ces journalistes, grévistes et non grévistes, se sont tus dans l'affaire al-Dura ou ont pris position pour Charles Enderlin. Les journalistes d'ITélé ont mis fin à la grève après la conclusion d'un accord avec Canal +

(1) La diffamation est une « allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne » (article 29 de la loi du 29 juillet 1881)

(2) « Préconisée par Locke à la fin du XVII siècle et par Montesquieu au XVIIIe siècle, la théorie de la séparation des pouvoirs est étroitement liée à la philosophie des Lumières. Elle procède de la distinction de trois fonctions [: législative, exécutive et juridictionnelle... Il s’agit] d’équilibre des pouvoirs. L’objectif est simple et Montesquieu l’a clairement défini : « Pour qu’on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». (Pierre Pactet, Institutions politiques et droit constitutionnel. Masson, 1983). Dans De la démocratie en Amérique (1833), Alexis de Tocqueville insiste sur la nécessité de contre pouvoirs. On désigne par « 4e pouvoir » celui de la presse, puis par extension les médias.
Société Montesquieu : http://montesquieu.ens-lsh.fr/nouvelles.php3
Dictionnaire électronique Montesquieu : http://dictionnaire-montesquieu.ens-lsh.fr/

(3) Diffusée gratuitement dans le monde entier par France 2, l’image de Mohamed al-Dura devient l’emblème de l’Intifada II et le symbole de l’inhumanité des soldats israéliens. Elle est notamment arborée fin 2000 lors d’un défilé à Paris où l’on crie : « Mort aux Juifs » et est incrustée dans la vidéo de l’égorgement par des islamistes du journaliste Juif américain Daniel Pearl (z’’l).
Le Dr Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) : ''Cette affaire nous préoccupe tous énormément. Ces images ont été la cause de vocation de terroristes. Ce ne sont pas que des images parmi d'autres. La vérité doit se faire jour, quelle qu'elle soit''. 21 novembre 2007.
Affaire Al-Dura: il n’est pas trop tard pour savoir, http://crif.org/?page=articles_display/detail&aid=10995&returnto=articles_display/presse_th&artyd=5&tg_id=4

(4) Texte précis de l'interview de Denis Jeambar et Daniel Leconte diffusée sur l'antenne de RCJ le 1er février 2005, http://www.m-r.fr/actualite.php?id=1169
Nouveaux éléments accablants dans la mise en scène de Francetélévisions, 3 février 2005, http://www.m-r.fr/actualite.php?id=1083

(5) L'avis de l’armée dans un courrier du 10 septembre 2007 adressé par le colonel Shlomi Am-Shalom, adjoint du porte-parole de Tsahal, notamment à Charles Enderlin et Patrick de Carolis, président de France Télévision, est dévastateur pour les intimés : « L’analyse de toutes les données sur le terrain, l’emplacement de la position de Tsahal, les angles de tir, l’emplacement du père et de son fils derrière un tonneau leur servant d’abri, la fréquence des tirs, les angles de pénétration des balles dans le mur placé derrière le père et le fils ainsi que le timing de l’évènement, rendaient hautement improblable que les tirs ayant soi-disant atteint le père et son fils aient pu être tirés par les soldats de Tsahal se trouvant dans cette position… Le général Samia m’a précisé que toutes ses tentatives d’obtenir les prises de vue pour compléter l’enquête ont été vouées à l’échec… Nous sommes conscients de tentatives de mises en scène médiatisées et comme un doute s’est insinué à cet égard envers ledit reportage, nous demandons [une copie complète non montée] afin de découvrir la vérité ». http://www.m-r.fr/page1.htm

(6) Le délai légal pour se pourvoir en cassation est de trois jours en droit de la presse.

Articles sur ce blog concernant :
Photos : © DR, V. Chemla ou Richard Landes. De haut en bas :
- la porte d'entrée à la 11e chambre de la Cour d'appel de Paris. © Véronique Chemla ;
- Mohamed al-Dura déclaré mort par Charles Enderlin ;
- logo de la Mena ;
- couverture du DVD du film d'Esther Schapira ;
- couverture du livre de Gérard Huber Contre-expertise d’une mise en scène ;
- photo de Philippe Karsenty ;
- les al-Dura dans la vidéo de Daniel Pearl ;
- Jamal al-Dura téléphone à l’hôpital ;
- carte du carrefour de Netzarim. © DR, Richard Landes et Véronique Chemla ;
- un cycliste passe tranquillement au carrefour de Netzarim ;
- des grilles du jardin du Luxembourg lors de l’exposition Objectif Une : un demi-siècle vu par L’Express (2004). La légende de la photo des « al-Dura  », indiquait en français, anglais et espagnol : « 30 septembre 2000. Jamal al-Dura et son fils Mohamed, âgé de 12 ans, se protègent des balles israéliennes. L’enfant sera tué ». Des passants ont supprimé les mots « israéliennes  » et  « tué ». Des barrières métalliques ont été mises pour protéger le texte. L’autre photo était ainsi légendée : « Un Palestinien montre ses mains trempées dans le sang de deux soldats israéliens lynchés dans un poste de police à Ramallah, en Cisjordanie ». Le 12 octobre 2000, deux réservistes israéliens, Vadim Norzhich et Yosef Avrahami, se sont égarés, ont été arrêtés par des policiers palestiniens, puis atrocement torturés et assassinés par des Palestiniens. Malgré la censure de l'Autorité palestinienne (AP), une équipe italienne est parvenue à transmettre à un média italien les images qu'elle avait filmées de ces faits tragiques et horribles. Ces images atroces ont été diffusées dans de nombreux pays. Al Hayat al Jadida, quotidien de l'AP, a publié la lettre de Riccardo Cristiano, correspondant de la RAI en Israël, dans laquelle ce journaliste affirmait que c'était un média rival qui avait diffusé ces images et qu'il a toujours respecté les règles de travail de l'AP. © V Chemla ;
- Mohamed al-Dura déclaré mort soulève les jambes et le coude et regarde la caméra ;
- logo de France 2.

Cet article a été publié par Guysen et sur ce blog le 27 décembre 2010, puis le 6 avril 2014.

mercredi 16 novembre 2016

« Pour Allah jusqu’à la mort. Enquête sur les convertis à l’islam radical » par Paul Landau



Paul Landau (Pierre Lurçat) présente dans « Pour Allah jusqu’à la mort. Enquête sur les convertis à l’islam radical » de parcours de terroristes convertis à l'islam.  Le 17 novembre 2016 à 19 h 45, au Moadon il donnera la conférence Israël face à la menace intérieure et présentera son dernier livre La trahison des clercs d’Israël (La Maison d’édition) en présence de son éditeur Philippe Karsenty.


Avocat et écrivain, Pierre Lurçat a traduit en français l’autobiographie de Jabotinsky.

Qui sont ces Américains, Européens ou Australiens convertis à l’islam radical ? Quels sont les parcours et motivations de ces djihadistes ?

C’est à ces questions cruciales que répond Paul Landau, nom de plume de Pierre Lurçat, dont on avait remarqué le précédent essai, Le Sabre et le Coran, Tariq Ramadan et les Frères musulmans à la conquête de l’Europe (2005), dans ce livre passionnant sur ces conversions « relationnelles (instrumentales et non instrumentales) ou/et rationnelles (intellectuelles, mystiques et politiques) » (Stefano Allievi).

Une réalité difficile à cerner par l’absence de statistiques et d’études fiables

Dans ce livre passionnant, l’auteur brosse les portraits et décrit les parcours de ces islamistes, en insistant sur ce qui distingue leur engagement de celui dans des mouvements gauchistes et sur le risque qu’ils fassent des émules.

Puis Paul Landau conclut à l’impossibilité de déterminer un profil-type, tout en relevant « l’importance des liens familiaux et sociaux dans le développement des réseaux islamistes, l’absence d’éducation religieuse poussée », et des « éléments catalyseurs » tels « une grande instabilité affective, un goût de l’aventure, une tendance à la révolte contre leur éducation, contre leur environnement et l’Occident en général, le décalage entre l’image sympathique donnée d’eux par leurs proches et avocats, et le visage beaucoup moins innocent qui ressort des enquêtes policières et de leurs propres déclarations ».

L’auteur offre un panorama des convertis qui adoptent une double conversion, à l’islam d’abord, puis à "l’islam radical". Un islam vécu par ces convertis prosélytes comme « une religion morale ».

Ces conversions à l’islam dans des quartiers populaires s’apparentent à une forme d’assimilation à rebours (conversions de « Français de souche »), d’acculturation à un environnement ayant changé. Les procès du gang des Barbares dirigé par Youssef Fofana ont révélé que plusieurs membres de ce gang s’étaient convertis à l’islam.

Un mouvement de conversion « qui a redoublé d’ampleur au lendemain des attentats terroristes  islamistes du 11 septembre 2001 revendiqués par al-Qaïda".

Les lieux de prosélytisme ? La prison, la mosquée et Internet.

Ces convertis sont sélectionnés « pour le djihad ou les tâches de propagande et de logistique » lors de leur séjour dans des camps d’entraînement.

Paul Landau souligne l’importance de ces convertis pour les islamistes - al-Qaïda, le Hezbollah ou le Lashkar e-Taiba - : conseiller en communication (Adam Gadahn), islamikaze telle la Belge Muriel Degauque, taliban comme l’Américain John Walker Lindh ou l’Australien David Hicks, « anciens moudjahidine reconvertis dans l’islamo-gangstérisme » comme le Français Lionel Dumont, « émir aux yeux bleus » comme l’Allemand Christian Ganczarski, prédicateur (da’wa) tel Olivier Corel, « cibles et acteurs des filières de recrutement [assumant] des tâches de logistique et de soutien », etc.

L’auteur déplore enfin les carences de l’Occident, « un des fronts du djihad et base arrière où sont radicalisés, recrutés et parfois entraînés » ces convertis, les lois inadaptées au combat contre le djihad, la collaboration tardive entre pays, les divisions internes occidentales, l’attitude française paradoxale d’« efficacité contre le terrorisme islamiste et laxisme envers l’islamisme politique », etc.

Exemple : la France a accordé un visa au qatari et sunnite  cheikh al-Qaradawi, président du Conseil européen de la fatwa et de la recherche et prédicateur souvent invité par al-Jazeera, au prédicateur égyptien salafiste Mahmoud al-Masri - tous deux exhortent à tuer les Juifs, et al-Qaradawi est favorable à l'exécution des homosexuels -,  et à Cheikh Omar Abdelkafi Chahata pour permettre leur participation au congrès de l'UOIF (Union des organisations islamiques de France) le 6 avril 2012 au Bourget, près de Paris.

Ce Conseil a notamment émis deux fatwas considérant la polygamie comme « un droit  », et exhortant les musulmans du monde entier de fournir « tous les efforts pour résister à l'occupation et libérer Al-Qods », c'est-à-dire Jérusalem (Israël). Le 21 juillet 2007, lors d'une émission pour enfants destinée à la chaine égyptienne al-Nas, Mahmoud al-Masri a déclaré que, si le mensonge est interdit, il est cependant autorisé à un musulman dans trois hypothèses : à une épouse sur des thèmes sentimentaux, à l'ennemi en temps de guerre et pour réconcilier deux rivaux musulmans.

« Je remercie personnellement Monsieur Claude Guéant, ministre de l'Intérieur, d'avoir été attentif à nos différentes demandes et d'avoir arbitré contre les visas accordés par le quai d'Orsay pour Messieurs Yûsuf Al-Qaradâwî  et Mahmoud al-Masri, qui sont des prédicateurs de la haine et n'ont rien à faire en France en ces temps si troublés », a déclaré Dominique Lunel, interface entre le gouvernement et la communauté juive française, le 23 mars 2012, en fin d'après-midi.

Le cheikh al-Qaradawi « a un passeport diplomatique [qatari]. La France n'a [donc] pas délivré de visa pour ce prédicateur. Il n'y a pas eu de défaillance des services consulaires. La France s'opposera s'il maintient sa venue en France. Le gouvernement français ne souhaite pas la venue de prêcheurs extrémistes sur son territoire, prend et prendra toutes les mesures nécessaires pour que ce genre de personnages ne viennent pas diffuser sur le territoire de la république française un message de haine raciste, antisémite  », a déclaré Henri Guaino, conseiller spécial du Président Nicolas Sarkozy, le 25 mars 2012, sur Radio J, radio de la fréquence Juive francilienne, en évoquant une éventuelle mesure d'interdiction du territoire. Il a souligné « les excellentes relations de confiance et d'amitié » entre la France et le Qatar. Selon le site musulman Saphirnews, « les deux cheikhs visés sont en effet venus de nombreuses fois en France sans que rien ne leur soit reproché. Mahmoud El-Masri est d'ailleurs venu sans problèmes lors du Rassemblement annuel des musulmans du Nord en février dernier ».

Ayant indiqué s'être rendu dans la bande de Gaza, Henri Guaino a aussi stigmatisé « l'injustice » caractérisant selon lui la situation des Gazaouis vivant « d'une certaine manière dans une prison à ciel ouvert puisque ces gens ne peuvent pas rentrer, ne peuvent pas sortir, ne peuvent pas se baigner dans la mer... Je ne vois pas en quoi tuer une petite fille et des soldats peut faire avancer la cause palestinienne ».

« Alors même que le Quai d’Orsay ne souhaitait divulguer aucun nom, quatre invités représentant un fort risque à l’ordre public viennent de se voir interdire leur entrée sur le territoire français pour le Congrès de l’UOIF. Il s’agit de Ayed Bin Abdallah al Qarni, Safwat al Hijazi, Egyptien, [Nda : l’ancien grand mufti de la mosquée al-Aqsa à Jérusalem cheikh] Akrima Sabri, et Abdallah Basfar, Saoudien. Le quai d’Orsay, par la voix du ministre Alain Juppé a accepté de communiquer les noms des quatre  personnes interdites de territoire », a indiqué Dominique Lunel le 29 mars 2012. 

Pavel Pechyonkin et Oksana Aslanova, suspects ayant causé les deux attentats terroristes islamistes dans la gare ferroviaire et un  trolleybus à Volgograd, ancienne Stalingrad, les 29 et 30 décembre 2013, s'étaient convertis à l'islam. Trente et une personnes ont été tuées lors de ces attentats islamistes qui ont blessé plus d'une cinquantaine de victimes. 


Paul Landau, Pour Allah jusqu’à la mort, enquête sur les convertis à l’islam radical. Editions du Rocher, 298 pages, 19 euros. ISBN 978 2 268 06640 0

Articles sur ce blog concernant :
Affaire al-Dura/Israël 

Cet article avait été commandé et non publié par L'Arche. Il a été modifié le 30 mars 2012
 Il a été publié les :
- 23 mars, puis 10 octobre 2012 alors que la police française enquête sur l'attentat antisémite et islamiste contre une épicerie cacher de Sarcelles ;
- 23 mai 2013 alors que l'un des deux assassins islamistes de Lee Rigby, jeune soldat britannique massacré au nom d'"Allah Aqbar", est un chrétien converti à l'islam ;
- 2 janvier 2014.