Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 30 août 2017

« L’institutrice » par Nadav Lapid


Arte diffusera « L’institutrice » (Ich habe ein Gedicht) par Nadav Lapid. « Centré sur l'obsession d'une institutrice pour un petit garçon surdoué pour la poésie, un film d'une séduction rare qui interroge l'aveuglement d'un monde avant tout tourné vers le matérialisme ». Un film manichéen sur le mystère de la création poétique et la grâce de certains enfants.

  
« En Israël, Nira, une institutrice, réalise peu à peu que Yoav, un de ses élèves de 5 ans, possède un don bluffant pour la poésie. Nira écrit elle-même des poèmes, comme une sorte de jardin secret qui lui permet d’échapper à la banalité de sa vie conjugale. Mais le talent hors norme du garçonnet commence très vite à l'obséder, d'autant plus qu'elle ne peut en percer l'opacité. Yoav reste pour elle un enfant mystérieux, qu'il faut protéger et encourager. Envers et contre tous, elle décide de s'accaparer Yoav, quitte à franchir les limites de la loi et de la raison… »

« Semi-autobiographique (le réalisateur fut lui aussi un enfant surdoué écrivant de la poésie), « L'institutrice » s'avère moins directement politique que « Le policier », le premier film de Nadav Lapid qui auscultait une société israélienne au bord de l'implosion ».

Né en 1975, Nadav Lapid a étudié le cinéma à l'école « Sam Spiegel » à Jérusalem, la philosophie et l'histoire à l'Université de Tel-Aviv et la littérature à l'Université de Paris VIII. Il a collaboré comme chef-opérateur à plusieurs documentaires en Israël et publié un recueil de quatre nouvelles, Danse Encore (Éditions Actes Sud, 2010) et été journaliste sportif à Ha'ir.

« S'il s'attache avant tout à décrire cette étrange relation entre une femme et un enfant, son questionnement sociétal garde au final la même acuité. Quelle place réserve-t-on à la poésie, à l'art, et donc à la pensée alternative, dans un monde matérialiste, voire vulgaire, tourné avant tout vers le profit et la possession ? » 

« Tout en grâce et en nuances, Nadav Lapid fait montre de la même maestria formelle que dans son œuvre précédente (cadrages au cordeau, lumières travaillées…). Un style singulier qui le met à l'abri de tout didactisme et se révèle des plus stimulants ».

Un film trop long, manichéen.

Comment une institutrice peut-elle laisser cet enfant, en sueur, sans chapeau pour le protéger du soleil sur la plage ?

Le film a reçu The Israeli Film Critics Forum Prize au Festival international du film de Jérusalem 2014.

Propos recueillis du réalisateur publiés dans le dossier de presse

« L’Institutrice parle, entre autres, de la place des choses qui n’ont aucune utilité dans un monde où tout est question de gain, de perte ou de profit. La poésie ne fonctionne pas selon une logique économique. À l’opposé d'un roman, épais et lourd, elle n’est pas le fruit de mois de labeur, elle est capricieuse, s'écrit instantanément, se lit immédiatement et reste parfois indéchiffrable. Il est souvent difficile d’expliquer ce qu’est un poème, à quoi il sert et pourquoi il est si important qu'il existe. Souvent la poésie se trouve dans cette zone grise entre la vérité la plus profonde et l’imposture ».

« Le mystère des poèmes de l’enfant et leur provenance s’opposent à la tentative de l’institutrice de trouver un ordre, une logique, de comprendre d’où viennent ses mots. La poésie, dont l’écriture est rapide et instantanée – on tourne la tête et les mots sont là – correspond donc à la conscience partielle d’un enfant, à sa vision naïve de son propre acte de poésie. L’enfant se perçoit-il comme un poète ? Est-ce qu’il comprend que les mots qu’il clame sont des poèmes ? »

« Le film parle de la société israélienne, de l’armée par exemple, qui gomme les dernières traces de sensibilité chez ses jeunes recrues, comme le fils de l’institutrice, en les envoyant accomplir leur devoir « de soldats et d’hommes ». Ou la division de la société israélienne entre Ashkénazes et Séfarades, conflit interne avec lequel l’institutrice s’identifie (bien que chaque société ait ses propres Ashkénazes et Séfarades). Il me semble aussi que le film reflète la transformation radicale de la société israélienne en une société hyper matérialiste et vulgaire. En Israël, pays jeune, sans tradition, cette transformation est très rapide, plus brutale et peut-être plus visible qu’ailleurs. En Israël, tout est plus transparent, exposé, à nu. En revanche, ce qui est universel ce sont les relations entre la poésie et le monde d’aujourd’hui… »


« L’institutrice » par Nadav Lapid
Pie Films, ARTE France Cinéma, Haut et Court Productions, 2014, 114 minutes
Image : Shai Goldman
Montage : Era Lapid
Musique : Michael Emet
Producteur/-trice : Osnat Handelsman-Keren, Talia Kleinhendler, Carole Scotta
Scénario : Nadav Lapid
Avec Sarit Larry, Avi Shnaidman, Lior Raz, Ester Rada, Yehezkel Lazarov, Dan Toren, Jil Ben David 
Sur Arte le 30 août 2017 à 20 h 55

Visuel :
Affiche du film de Nadav Lapid
Sarit Larry et Avi Shnaidman
© Itiel Zion

A lire sur ce blog :
Les  citations sur le film sont extraites du site d'Arte.

mardi 29 août 2017

Lemmy Constantine


Lemmy Constantine est un chanteur, acteur et guitariste qui affectionne le style "jazz manouche". Fils d'Eddie Constantine, après s'être produit en France et à l'étranger - notamment en Brésil et en Hongrie - avec un quatuor, il interprète en s'accompagnant à la guitare des standards et se livre par des anecdotes souvent personnelles. Lemmy Constantine chantera, avec le Grand ensemble de cuivres et percussions de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, à la salle du Conservatoire de Musique et de Danse de la Nouvelle-Calédonie à Nouméa. Il sera accompagné par Marc Berthoumieux, accordéon pour interpréter Bach, Haendel, des musiques de film, et des chansons françaises.

« Aznavour en concert. Paris 2015 », par Marc di Domenico
Brigitte Bardot
Georges Brassens (1921-1981)
Jacques Canetti. 50 ans de chansons. 50 ans de passion
Lemmy Constantine
« Je suis venu vous dire… Gainsbourg by Ginzburg » par Pierre-Henry Salfati
Le compositeur Norbert Glanzberg (1910-2001)
Joana chante Aznavour
« L’histoire d’Irène » par Damian Pettigrew
Luc Lazza, chanteur et comédien
Edith Piaf (1915-1963)
Paris en chansons
« Les chansons du Front populaire », par Yves Riou et Philippe Pouchain
« Chantons la Libération » par Philippe Pouchain et Yves Riou

Les cinéphiles ont remarqué sa silhouette nonchalante dans Généalogies d'un crime de Raoul Ruiz (1998), L'Américain de Patrick Timsit (2004),  Big City de Djamel Bensalah (2007), dans Babylon AD de Mathieu Kassovitz (2008) ou Le Capital de Costa-Gavras (2012).  La voix de velours de cet artiste bilingue français-américain lui vaut aussi des propositions dans la publicité pour de célèbres marques.

 "Un enfant de la balle"
Dans In Difference (2009), CD alliant qualités d’interprétations et d’arrangements, Lemmy Constantine met son talent de crooner au service de standards américains, tel Old Man River d'Oscar Hammerstein II et de Jerome Kern (1927), et reprend le merveilleux L’Homme et l’enfant, titre créé par son père Eddie Constantine et sa sœur Tania : Lemmy Constantine insuffle une grande douceur, tandis que Chloe Stefani exprime une rare délicatesse et innocence.
Après son CD Manouche Land (2004) et avant In Difference (2009), fidèle à son style alliant un rythme jazzy, des airs manouche et de la variété française, Lemmy Constantine reprend dans Meeting Sinatra & Django, ou plutôt recrée des standards : My Funny Valentine, Moon River, Night and Day, Nuages

La voix douce swingue souvent sur un air de bal musette. Lemmy Constantine instille parfois la vivacité de l’accordéon guilleret de Jean-Claude Laudat dans une mélodie habillée habituellement en tonalité triste (My Way). Un entrain ironique qui sert à merveille The Lady Is a Tramp. Des titres que l’on peut écouter sur le site de Lemmy Constantine.

Cet hommage empreint de respect témoigne de l’habile et heureuse alliance du jazz et du bal musette, de la virtuosité des musiciens et des qualités du crooner de cet « enfant de la balle », fils d'Eddie Constantine, acteur-chanteur qui devint célèbre en interprétant l'agent secret Lemmy Caution, et d’une prima ballerina tchèque. Un artiste bilingue, ancien petit rat de l’Opéra de Paris et « bohémien dans l’âme ».

Dans ce CD Meeting Sinatra & Django (2007) au graphisme élégant édité par Nocturne, Lemmy Constantine s’est entouré de cinq artistes talentueux, dont les guitaristes rythmiques Doudou Cuillerier et Ramon Galan le violoniste Costel Nitescu, le contrebassiste Gilles Naturel.

Distingué Talent Jazz Adami (Société civile pour l’administration des droits des artistes et musiciens interprètes), il a été accueilli dans des festivals à Vienne, Nice, Paris, Sziget, Hongrie…

"Après s'être produit en France et à l'étranger - notamment en Brésil - avec un quatuor, il interprète en s'accompagnant à la guitare des standards et se livre par des anecdotes souvent personnelles, dans un spectacle d'une heure et dix minutes mis en scène par Caroline Loeb, tous les mardis à 19 h jusqu'en avril 2016 au Théâtre du Marais. "Django Reinhardt Frank Sinatra Lemmy Constantine, Un voyage qui vibre à l’évocation des grandes icônes du cinéma: Ava Gardner, Yves Montand, et un certain … Eddie Constantine. De sa voix chaude de Crooner, séducteur, Lemmy nous livre une interprétation rare de ces standards qui reflète les racines, la culture et les amours d’un enfant de la balle, bohémien dans l’âme. De Night and Day à The lady is a Tramp en passant par Old Man River ou Come Fly with Me, accompagné de sa guitare un peu manouche, ce gentleman des temps modernes nous fait voyager à travers les plus belles chansons du patrimoine américain".

Les 30 et 31 août , 1er septembre 2017, Lemmy Constantine chantera, avec le Grand ensemble de cuivres et percussions de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, à la salle du Conservatoire de Musique et de Danse de la Nouvelle-Calédonie à Nouméa. Il sera accompagné par Marc Berthoumieux, accordéon pour interpréter Bach, Haendel, des musiques de film, et des chansons françaises. "L’évènement de la saison 2017 !!! Le Monaco Brass, c’est 15 musiciens sur scène, qui forment le Grand ensemble de cuivres et percussions de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo. Trois concerts exceptionnels à Nouméa, avec en première partie un voyage musical qui nous entraîne de la renaissance à Piazzolla, en se terminant avec les grands thèmes du cinéma. En deuxième partie, le chanteur crooner Lemmy Constantine et l’accordéoniste Marc Berthoumieux, grandes figures du show-biz parisien, se joignent au Monaco Brass pour une histoire de la chansons française. Avec des arrangements écrits de main de maître, spécialement pour cette tournée à Nouméa, par Samuel Tupin, nul doute que ces soirées resteront gravées dans la mémoire des spectateurs de l’auditorium du Conservatoire !"

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Cet article a été publié en une version plus concise par L’ArcheIl a été publié sur ce blog le 24 décembre 2009, puis les 1er janvier 2013 et 22 juillet 2015, 3 février 2016.

vendredi 25 août 2017

« Stitching History from the Holocaust »


L’exposition itinérante et virturelle « Stitching History from the Holocaust », actuellement à l'Holocaust Memorial Center,  et la pièce de théâtre « A Stitch in Time » de Susan Westfall évoquent la couturière pragoise Hedwig Strnad qui a tenté vainement de fuir la Tchécoslovaquie occupée par les Nazis, et a été assassinée lors de la Shoah.
C’est une exposition itinérante inédite, au musée et sur Internet, et bouleversante. Un hommage à une couturière juive pragoise assassinée lors de la Shoah

En 1997, alors qu’il vidait la cave de la maison de sa mère à Milwaukee dans le Wisconsin, Burton Strnad, avocat, a découvert une enveloppe portant le sceau nazi « Inspecté par le IIIe Reich ». A l’intérieur, se trouvait une lettre datant du 11 décembre 1939 écrite par Paul Strnad, Juif pragois. Celui-ci demandait à son cousin Alvin, père de Burton, de l’aider à se procurer un affidavit (« déclaration sous serment ») pour son épouse Hedwig, ou Hedy, et lui afin de fuir la Tchécoslovaquie occupée par les Nazis. Paul expliquait qu’Hedy était couturière – une photographie envoyée montre le couple - et a joint dans un paquet ses dessins en couleurs d’habits en preuve de son talent et de leur indépendance financière. Ces dessins représentaient une robe du soir, deux manteaux, deux costumes et plusieurs robes. Paul et Hedy Strnad espéraient que quelqu’un à Milwaukee offrirait un travail à cette styliste. Ils avaient perdu leur travail en Tchécoslovaquie.

Malgré les efforts d’Alvin pour aider son cousin et son épouse et obtenir des visas, le couple Strnad a été assassiné lors de la Shoah.

Burton Strnad a donné ces documents à Kathie Bernstein, archiviste de photographies et d’artefacts de la communauté juive de Milwaukee, et à l’association d’histoire juive de Milwaukee. Kathie Bernstein l’a assuré de les utiliser un jour. Mais beaucoup de questions demeuraient sans réponse sur le parcours de ce couple pragois juif.

En 2008, lors de l’ouverture du musée juif de Milwaukee dirigé par Kathie Bernstein, cette lettre a intégré sa collection permanente. Un visiteur a souhaité que le JMM créé les robes dessinées par Hedy.

En 2014, le musée a travaillé avec l’atelier de costumes du théâtre de répertoire de Milwaukee, notamment Jessica Hartman Jaeger, pour donner vie aux dessins de Hedy Strnad, tout en effectuant des recherches sur la famille Strnad.

Six universitaires ont fourni des explications sur les documents selon des perspectives différentes, dont l’histoire de la mode, celle de l’immigration et de la Shoah.

En est résultée l’exposition itinérante Stitching History from the Holocaust, inaugurée par ce musée, avant d’être accueillie à la Ruth Davis Design Gallery à Madison et au Museum of Jewish Heritage à New York en 2016, au Jewish Museum of Florida - FIU et à l’Holocaust Memorial Center Zekelman Family Campus à Farmington Hills en 2017. Huit robes et accessoires ont été fabriqués selon les dessins d’Hedwig Strnad, les techniques et styles de l’époque : boutons recouverts, fermetures Eclair vintage… En outre, l’exposition présente des vêtements dessinés par des étudiants en stylisme de l’Université du Wisconsin inspirés par les vêtements de Strnad et le style des années 1930.

De plus, une exposition digitale informe sur la vie d’Hedy.

Elle provient d’un partenariat fructueux université/communauté, auquel ont collaboré les UW-Milwaukee Libraries, le UW-Milwaukee Digital Humanities Lab, et le Jewish Museum Milwaukee. La structure du site permet de décrire chaque objet et d’ajouter de nouvelles informations. Chacun peut explorer le site et l’abonder en données.

Parmi ces objets : une lettre du mari d’Hedwig Strnad remerciant Alvin Strnad d’avoir initié la procédure afin d’obtenir l’affidavit de nécessité pour Hewig Strnad, et demandant des magazines de mode de Paris.

Autre document émouvant : la fiche biographique remplie dans les années 1990 par Brigitte Neumann Rohaczek sur sa tante Hedviga Strnad et destinée à Yad Vashem. Cette nièce est citée, en note de bas de page, dans un livre sur les Kindertransport, convois ayant sauvé des enfants juifs d’Europe continentale en les amenant en Grande-Bretagne. Grâce à un étudiant américain, Tyler Grasee, Ellie Gettinger, directrice de l’Education au musée juif de Milwaukee, a contacté en 2013 Brigitte Neumann Rohaczek. Cette octogénaire vivait à Nuremberg et lui a donné des informations sur Hedvika Strnad. Elle l’a décrite comme une « Lady tailor », une femme de caractère, indépendante, rousse, pleinte de joie de vivre, qui aimait fumer. Hedvika Strnad était propriétaire d’un magasin et d’un atelier de vêtements où travaillait une équipe importante de couturiers de haute couture très qualifiés. Ses clients fidèles admiraient son goût fin et son écriture élégante.

Hedy et Paul formaient un couple qui semblait toujours heureux. Ils dirigeaient un théâtre de marionnettes, et quand l’atelier de fabrication n’était pas occupé, les couturières cousaient des robes à la mode pour les marionnettes et pour les poupées de sa nièce Brigitte.

Brigitte Neumann Rohaczek savait aussi que Hedwig était toujours vivante en 1944 : « A la fin de 1944, elle était encore à Theresienstadt et Auschwitz a été libéré en 1945. Aussi, c’était juste une question de quelques mois. Et cela a été… trop tard ».

Après Theresienstadt, le couple Strnad semble avoir été amené dans le ghetto de Varsovie. Il y est mort ou est décédé à Treblinka.

Elle a donné au musée une lettre de Paul à son père, avec une note manuscrite d’Hedviga.

Karen Strnad, fille de Burton, a donné au musée une lettre trouvée chez sa grand-mère. C’est une lettre de Paul à son cousin Avin, datée d’octobre 1938, juste après les accords de Munich. Paul y écrivait : « Quelle catastrophe s’est abattue sur notre pays ! Une catastrophe qui a bouleversé toute notre vie… Tu peux imaginer notre grand intérêt à quitter l’Europe aussi vite que possible parce qu’il n’y a pas de possibilité d’obtenir un poste dans ce pays. Par une autre lettre, je t’ai envoyé des dessins de robes conçus par ma femme. J’espère que les fabricants de robes que tu as mentionnés dans ta lettre les apprécieront ».

Karen Strnad et Brigitte Neumann Rohaczek ont visité le village où naquit Paul Strnad.

« Il y a ce mot hébreu « Hineni » qui signifie « Je suis ici », et j’y pense beaucoup. Maintenant, je peux dire « Hineni » et regarder un membre de la famille que je n’ai jamais connu. Je peux dire « Hineni » à propos des créations d’Hedy. Ces robes sont des artefacts de l’histoire de ma famille. Ils les gardent spirituellement vivants », a déclaré  Karen Strnad.

L’histoire tragique du couple Strnad a inspiré la dramaturge Susan Westfall qui a écrit la pièce de théâtre « A Stitch in Time », dont la première représentation publique, dans une mise en scène de Michael Yawney, professeur associé de théâtre à la Florida International University, a été donnée le 29 janvier 2017 au musée juif de Floride. Fruit d’une commande du musée, cette pièce de théâtre en un acte est interprétée par Ricky J. Martinez et Irene Adjan.
                           
          
Du 22 juin au 29 décembre 2017
Zekelman Family Campus 
28123 Orchard Lake Road
Farmington Hills, Michigan 48334
Tel.: 248.553.2400
Lundi de 9 h 30 à 20 h 30, du mardi au jeudi et le dimanche de 9 h 30 à 17 h, et le vendredi de 9 h 30 à 15 h
Fermé le samedi, les jours fériés et les fêtes juives.

Visuels
A letter from Hedwig Strnad's husband to Alvin Strnad, thanking him for starting the process to obtain an Affidavit of Necessity for Hedwig Strnad, and requesting Fashion magazines from Paris
Paul Strnad, “Correspondence from Paul Strnad to Alvin Strnad II,” Stitching History from the Holocaust, accessed August 1, 2017, http://liblamp.uwm.edu/omeka/stitchinghistory/items/show/43.

Photograph of Hedy and Paul Strnad outside
“Hedy and Paul Strnad,” Stitching History from the Holocaust, accessed August 1, 2017, http://liblamp.uwm.edu/omeka/stitchinghistory/items/show/25.

Biographical details of Hedwig Strnad, Holocaust victim, submitted to Yad Vashem by her niece, Brigitte Rohaczek
Brigitte Rohsczek, “Page of Testimony for Hedvika (Hedwig) Strnad,” Stitching History from the Holocaust, accessed August 1, 2017, http://liblamp.uwm.edu/omeka/stitchinghistory/items/show/15.

Flower Dress, Drawn and Designed by Hedwig Strnad
Hedwig Strnad, “Flower Dress, Drawn and Designed by Hedwig Strnad,” Stitching History from the Holocaust, accessed August 1, 2017, http://liblamp.uwm.edu/omeka/stitchinghistory/items/show/20.

Three maps illustrating Central Europe between 1815 and 1835
“Maps of Central Europe, 1815-1935,” Stitching History from the Holocaust, accessed August 1, 2017, http://liblamp.uwm.edu/omeka/stitchinghistory/items/show/24.

“Correspondence from Paul Strnad to Alvin Strnad I,” Stitching History from the Holocaust, accessed August 1, 2017, http://liblamp.uwm.edu/omeka/stitchinghistory/items/show/44.

Grey Dress, Drawn and Designed by Hedwig Strnad
Hedwig Strnad, “Grey Dress, Drawn and Designed by Hedwig Strnad,” Stitching History from the Holocaust, accessed August 1, 2017, http://liblamp.uwm.edu/omeka/stitchinghistory/items/show/19.

Black and White Dress, Drawn and Designed by Hedwig Strnad
Hedwig Strnad, “Black and White Dress, Drawn and Designed by Hedwig Strnad,” Stitching History from the Holocaust, accessed August 1, 2017, http://liblamp.uwm.edu/omeka/stitchinghistory/items/show/21

Les citations proviennent du site de l'exposition.

Billy Joel, "The PIano Man"



Chanteur pianiste talentueux, populaire, Juif américain,  Billy Joel est née dans une famille dont la branche paternelle allemande a été spoliée par les Nazis. Il a été distingué par de nombreux prix. « Billy Joel, une rock star au pays des soviets » (Billy Joel: A Matter Of Trust - The Bridge To Russia), documentaire de Jim Brown (2013), montre la tournée triomphale de Billy Joel, "The Piano man", à l’été 1987, en Union soviétique. Le 21 août 2017, lors de son concert à New York, Billy Joel a arboré l'étoile de David jaune sur sa veste.

Plus de 150 millions de disques vendus dans le monde, 46 spectacles au Madison Square Garden depuis son premier concert en 1978, le Grammy Legend Award en 1990, présence au Songwriters Hall of Fame en 1992, le Johnny Mercer Award en 2001, le 36th Annual Kennedy Center Honor en 2013, le Library of Congress Gershwin Prize for Popular Song – hommage présenté par Tony Bennett - et l’ASCAP Centennial Award en 2014, seul artiste non classique figurant dans la collection picturale Steinway Hall qui inclut Sergei Rachmaninoff, Franz Liszt, Arthur Rubinstein, Ignacy Paderewski, docteur honoris causa de nombreuses universités américaines, « master classes » dans les campus universitaires depuis vingt ans, philanthrope… Billy Joel demeure un artiste célèbre, même si son activité créatrice s’est fortement ralentie depuis plus de deux décennies marquées par des accidents, cures de désintoxication, mariages et divorces.

Spoliation
Billy Joel est né en 1949 à New York dans une famille Juive américaine, deux ans après sa sœur Judy. Né en Allemagne en 1923, son père, Howard, né Helmuth, Julius Joel, est un pianiste classique et ingénieur à la General Electric. Le père de Howard Joel, Karl Amson Joel (1889-1982), était un industriel allemand avec sa sociéé Joel Macht Fabrik. Rosalind Hyman, mère de Billy Joel, est issue d’une famille Juive britannique.

En 1957, le couple Joel divorce. Howard Joel s’établit à Vienne (Autriche). Il se remarie et a en 1971 un fils, Alexander Joel, chef d’orchestre britannique qui dirige les orchestres des plus célèbre opéras européens, et directeur musical du Staatstheater de Braunschweig (2001-2014).

Dans les années 1970, Billy Joel recherche son père qu’il connait peu. Il renoue des contacts avec lui.

Mais c’est par The Joel Files: A Story of Two Families (2000), documentaire de Beate Thalberg qu’il va mieux connaître sa branche paternelle allemande et découvrir un secret familial douloureux.

A Nuremberg (Bavière), constatant le succès de la vente par correspondance (VPC) par catalogues aux Etats-Unis, Karl Amson Joel a fondé en 1928 une entreprise de VPC de tissus et vêtements. L’année suivante, il a créé une usine textile. Marié à Meta, élevé dans une famille de tailleurs, il a un fils unique, Helmuth Julius Joel né en 1923.

Rapidement, sa société de ventes par correspondance florissante figure parmi les quatre plus importantes en Allemagne. 

En 1933, à l’avènement du nazisme, Karl Amson Joel subit les lois antisémites, est discriminé par les dirigeants nazis, notamment par l’éditeur et député Julius Streicher. 

En 1934, il déménage sa société à Berlin, où il a installé de nouvelles machines. Mais le département de couture est resté à Nuremberg. 

Les discriminations se font plus pesantes : cet homme d’affaires doit marquer la façade de son entreprise d’un « J » pour Juden (Juif, en allemand), des firmes Juives sont aryanisées.

En 1938, Karl Amson Joel est contraint de vendre son affaire à un prix dérisoire à Josef Neckermann. Le prix originel de la vente (2,3 millions de marks) a ensuite été réduit par Neckermann à 1,1 million de marks. L’argent a été transféré à un compte à la banque Hardy & Co à Berlin. En 1935, Neckermann avait acheté, pour un montant inférieur à celui de récents travaux d’aménagement, le grand magasin à Wurtzbourg, en Bavière, d’un self-made man aisé Juif, Siegmund Ruschkewitz, qu’il avait physiquement éjecté de son magasin. Il s’enrichit en fabriquant des uniformes pour l’armée du IIIe Reich. Dans les années 1960, il est médaillé olympique comme cavalier, et a fondé une dynastie de cavaliers.

Karl Amson Joel doit aussi quitter sa villa dans le quartier huppé Charlottenburg, à Berlin. Membre du parti nazi, Neckermann y élit son domicile.

Muni de faux passeports, Howard Joel a émigré en Suisse en 1938 où son fils unique Helmuth suit sa scolarité en internat. Mais l’accès à son compte bancaire à Berlin lui est désormais interdit, à moins qu’il ne retourne à Berlin.

Via la France et la Grande-Bretagne, la famille Joel est arrivée à Cuba où elle demeura trois ans, et enfin aux Etats-Unis. 

Là, Karl Amson Joel a créé son entreprise fabriquant des rubans pour cheveux en 1942.

Là, Helmuth, devenu Howard, s’est engagé dans l’armée américaine en 1943. Il se trouvait au sein des troupes américaines ayant libéré le camp de concentration de Dachau en avril 1945. Il a découvert l’usine de son père à Nuremberg en ruines. En 1946, à son retour aux Etats-Unis, il s’est marié, mais il est demeuré marqué par sa guerre.

Dans son autobiographie où il minimise son engagement nazi, Neckermann écrit avoir rencontré Karl Amson Joe  après guerre, à Munich. 

Karl Amson Joel a lancé une procédure judiciaire afin d’obtenir d’être indemnisé en lien avec sa spoliation par Neckerman qui dirigeait alors la société de ventes par correspondances la plus importante à l’époque. Il n’obtient satisfaction qu’en 1959. Avec son épouse Meta, il est retourné vivre à Nuremberg en 1964. Tous deux y sont décédés, et sont enterrés au cimetière Juif de Nuremberg.

Quelques 70 ans plus tard, Billy Joel et Alex Joel rencontrent trois des petits-enfants de Neckermann, à Vienne (Autriche), lors du tournage du documentaire The Joel Files: A Story of Two Families (2000). Si ces trois petits-enfants de Neckermann semblaient contents, Billy Joel demeurait silencieux, distant. « Ni Billy ni moi n’étions en colère contre eux. Ils n’ont rien fait. Mais j’aurais aimé qu’ils disent que ce qui s’est passé n’était pas bien », a confié Alex Joel.

« Piano Man »
« À l’été 1987, alors que la guerre froide se poursuit malgré la détente, Billy Joel  entame sa tournée européenne, « The bridge », qui lui fait franchir le rideau de fer. Le pianiste-chanteur devient ainsi la première star américaine à jouer en Union soviétique depuis la construction du mur de Berlin. Ses performances conquièrent les foules de Moscou, Leningrad ou Tbilissi ». 

Le documentaire « Billy Joel, une rock star au pays des soviets » par Jim Brown « revient sur un grand moment d’histoire de la pop culture, avec des images d’archives qui renversent bien des clichés sur la jeunesse soviétique de l’époque. Revivez ce moment historique ! »

C’est le début de la "Glasnost" (publicité, en russe, et transparence) et la "Perestroika" (reconstruction en russe) de Gorbatchev. En 1985, un accord culturel a été signé entre les Etats-Unis et l’Union soviétique lors du sommet de Genève (Suisse). 

Accompagné de son épouse, la top model Christie Brinkley, (Uptown girl)  et de leur fille Alexa Ray, Billy Joel donne six concerts à Moscou et Leningrad, pendant trois semaines fin juillet et début août 1987. Il y promeut son disque The Bridge.

Billy Joel se lie avec un clown d’un cirque, Victor, qui lui inspirera la chanson « Leningrad » dans l’album Storm Front (1989). 

« Vous n’êtes pas tout à fait le même une fois que vous y êtes allé », a résumé Billy Joel à son retour aux Etats-Unis.

De cette tournée, seize enregistrements sont réunis dans Kohuept (Concert, en russe), album live (1987). 

Et, en 2014, sont sortis A Matter Of Trust: The Bridge To Russia: The Music, coffret de deux CD, et le DVD A Matter Of Trust: The Bridge To Russia: The Concert sur ces concerts historiques. Le son a été remastérisé, douze enregistrements inédits, dont une répétition de She Loves You, des Beatles.

Etoile de David jaune
Le 21 août 2017, lors de son concert au Madison Square Garden de New York, Billy Joel a arboré l'étoile de David jaune sur sa veste. En fin de concert, il a interprété "Goodbye to You" alors que défilaient sur l'écran vidéo immense sur la scène du concert, les photographies de conseillers du Président Donald Trump, dont Steve Bannon. Sans explication. Le 22 août 2017, Billy Joel a publié un communiqué citant le politicien irlandais Edmund Burke : "Pour triompher, le mal n’a besoin que de l’inaction des gens de bien.”

Ce concert a eu lieu après les violences à Charlottesville, le 12 août 2017 où se sont opposés frontalement, en raison de carences de la police, des manifestants opposés au déboulonnement de statues de militaires sudistes - manifestation autorisée et hétéroclite (militants non violents, suprématistes blancs, néo nazis) - et des "militants des droits de l'homme", plus nombreux, parfois vulgaires (doigts d'honneurs), pratiquant l'invective, brandissant un poing en direction d'un manifestant opposé au déboulonnement de ces statues.

Conduisant une automobile, James Alex Fields Jr a foncé dans le groupe des contre-manifestants et tué une jeune Américaine, Heather D. Heyer.

Dans divers discours, le Président Donald Trump a dénoncé l'Alt-Right (Droite alternative) et l'Alt-Left (première occurrence de ce vocable), les violences des deux côtés.

"For his four-song encore, Billy Joel wore a bright yellow Star of David on the front and back of his black suit. Cheers went up in the crowd when a close-up of Joel wearing the symbol was shown on the main video screen. He made no comment onstage about why he was wearing the symbol for Jewish identity. On Tuesday, Joel issued a statement quoting Irish statesman Edmund Burke, saying, “The only thing necessary for the triumph of evil is for good men to do nothing.” Through a representative, Joel declined to further comment… The subject is close to Joel’s heart, considering many of his relatives died in the Holocaust and his paternal grandfather, Karl Joel, had to flee Nazi Germany in 1938, eventually settling in America after living in Switzerland and Cuba". (Newsday)

"Singer Patty Smyth dropped in at Billy Joel’s Madison Square Garden concert in New York City Monday night to perform one of her biggest hits, “Goodbye to You” — as an image of former White House chief strategist Steve Bannon flashed on the screen above her. The former Scandal singer belted out her 1984 hit as a montage of former White House staffers, including Bannon, former press secretary Sean Spicer, and former communications director Anthony Scaramucci played on the background screen". – Breitbart

"Rabbi Abraham Cooper, associate dean at the Simon Wiesenthal Center told The Jerusalem Post on Tuesday, “Billy Joel’s father was [a soldier in the U.S. Third Army and was present at the liberation of Dachau in 1945]. If anyone has the right to use the Yellow Star as a gesture of solidarity to victims of the Nazis and in defiance of latter-day Nazis in Charlottesville and elsewhere around the world, it would be Billy Joel. Kol hakavod [‘Good going’], Billy!” – The Jerusalem Post. Certes, mais il me semble indécent de garder la veste arborant l'étoile jaune infamante alors que défilent les images du Président Donald Trump et de ses conseillers. Les Etats-Unis sont régis par un régime présidentiel démocratique. Le Président Donald Trump et ses conseillers ne sont pas nazis, et le parallèle entre le IIIe Reich persécutant les Juifs et les Etats-Unis en 2017 est infondé. Il eût été judicieux de dénoncer l'antisémitisme à gauche, notamment à l'extrême-gauche américaine, ceux islamique ou anti-israélien, les harcèlements d'étudiants juifs sur les campus américains, etc.

N'y avait-il pas d'autres moyens pour cet artiste d'exprimer ses pensées que d'arborer l'étoile jaune ? Pourquoi avoir instrumentalisé “Goodbye to You” ? Pourquoi avoir politisé la fin de son concert ? D'une certaine manière, Billy Joel a utilisé l'amour de ses spectateurs à des fins partisanes peu glorieuses et non pertinentes.

Biographie
En mars 2019, Le Camion Blanc a publié la biographie de l'artiste signée par Dominique Grandfils et intitulée "Billy Joel. L’histoire du Piano Man".

"Enfant du baby-boom, Billy Joel a débuté sa carrière de musicien au milieu des années 60 après avoir eu une révélation en regardant le passage des Beatles au Ed Sullivan Show. Le pianiste s'est essayé au psychédélisme et même au hard rock avant de s'orienter vers la pop. Le succès ne fut pas immédiatement au rendez-vous et Billy Joel douta de ses capacités au point de tenter de mettre un terme à sa propre vie. Son indéniable talent fut reconnu et le petit musicien de Long Island devint une star internationale qui raconta sa vie à travers ses chansons. Après son divorce, en 1994, Billy Joel décida qu'il ne se livrerait plus à travers ses textes et prit l'incroyable décision d'arrêter de publier de nouvel album pop. Homme de parole, il n'a jamais trahi ce serment, sauf pour deux titres. Il se contente de retrouver son public sur scène et de puiser dans son immense répertoire. Depuis janvier 2014, il se produit, une fois par mois, au Madison Square Garden de New York devant ses fans venus des quatre coins de la planète. Ces concerts mensuels affichent complets dès la mise en vente des billets et permettent à l'artiste de poursuivre cette franchise exceptionnelle signée avec le music-hall new-yorkais. Dans cet ouvrage, vous retrouverez le parcours musical d'un musicien hors norme avec ses moments de gloire et des périodes plus sombres. Vous croiserez également quelques amis de Billy Joel : Paul McCartney, Elton John, Bruce Springsteen, Ray Charles, Paul Simon et bien d'autres".


Arte, 2013, 74 min
Sur Arte les 15 août à 23 h 50 et 22 août 2015 à 1 h 25

Visuels : © dcdrights.com

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Les citations sur le film proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 14 août 2015, puis le 25 août 2017.

mardi 22 août 2017

« Israël : le long de la ligne verte »


Arte rediffusera le 23 août 2017 dans le cadre d’Arte Reportage « Israël : le long de la ligne verte » (Israel: Entlang der Grünen Linie) signé par Stéphane Amar, Y. Weitzman, B. Rabinovitch et D. Jakubovitch et présenté par William Irigoyen. Le « rendez-vous du grand reportage » partial, et si représentatif de la ligne éditoriale biaisée de la chaîne publique franco-allemande.


« Dédié à l’actualité européenne et internationale, ARTE Reportage témoigne des soubresauts du monde. Des documents exceptionnels et souvent exclusifs, présentés en alternance par Andrea Fies et William Irigoyen, tous les samedis ».

Le 3 mai 2017, durant chabbat, Arte diffusa deux « documents » : l’un sur Israël, l’autre sur le Soudan du Sud.

Israël : le long de la ligne verte
Une « frontière longue de 350 kilomètres sépare Israël et la Cisjordanie ». Ce n’est pas une frontière, mais une ligne d’armistice, de cessez-le-feu comme l'indique, incidemment, le reportage.

Une « ligne tracée sur une carte d’État-major en 1949, qui court de la Galilée, au nord, jusqu'au désert de Judée, au sud, en traversant Jérusalem ». Donc, des territoires bibliques.

« Censée définir les contours d’un futur État palestinien » - non, le plan de partage de la Palestine mandataire de l’ONU prévoyait un Etat Juif, un Etat arabe et un corridor autour de Jérusalem -, cette « ligne verte » est « en fait une frontière introuvable ». Donc, n’est pas une frontière.

« Depuis leur victoire lors de la guerre des Six Jours en 1967, les Israéliens ne cessent de l’effacer ». On ne peut pas effacer ce qui n’existe pas. Ces territoires n'ont pas été "conquis", mais libérés de l'occupation jordanienne non reconnue par l'ONU. A quand un reportage sur les territoires non autonomes par la France - Polynésie française, Nouvelle Calédonie - selon l'ONU ?

De Jénine à Jérusalem, « l’équipe d’ARTE Reportage l'a longée pour mesurer les bouleversements qui, depuis un demi-siècle, rendent quasi impossible le partage du territoire entre Israéliens et Palestiniens ». Pourquoi le partager avec des Arabes palestiniens qui refusent tout partage ? « Ce barrage est fait pour humilier le peuple palestinien… Tout cela est notre pays. C'est une seule terre, la Palestine. C’est l'opinion du peuple palestinien, pas mon opinion personnelle », déclare un Arabe palestinien qui ne distingue pas entre les deux côtés de la Ligne verte. Quid de la bande de Gaza ?

Jérusalem, « c’est notre ville sainte, le roi David y a été couronné, son fils y a construit le Temple, Toute notre histoire est ici. Jérusalem fait partie du peuple juif », rappelle une Israélienne.

Quel est l'intérêt de ce énième reportage qui omet des vérités historiques ? Par exemple, pourquoi les Juifs ont-ils été empêchés de se rendre au Kotel lors de l'occupation illégale de la vieille ville de Jérusalem par la Jordanie, qui en 1948 y avait détruit une  cinquantaine de synagogues et profané des cimetières juifs ? La marche des drapeaux ne marque pas "la conquête" de Jérusalem, mais sa libération, prélude à sa réunification.

Et ce sont Véronique Cayla, présidente, Alain Le Diberder, directeur des programmes, et les responsables de secteurs d’Arte France qui ont refusé de diffuser Un peuple élu et mis à part : l’antisémitisme en Europe, documentaire écrit et réalisé par Joachim Schroeder et Sophie Hafner. « Motif : on y met trop en lumière la haine antijuive qui progresse dans la sphère arabo-musulmane et dans une certaine gauche obsédée par l’antisionisme ». Un « documentaire de quatre-vingt-dix minutes, produit et financé par Arte. Ce projet était porté par le pôle allemand d’Arte, et plus précisément par la chaîne publique Westdeutscher Rundfunk (WDR), membre de l’ARD, la première chaîne allemande. Il avait été validé en avril 2015 par la conférence des programmes. Pour Arte France, « la dénonciation de l’antisémitisme se limite à l’exploration répétitive de « ce ventre fécond dont est sorti la bête immonde », le nazisme archéo et néo, l’extrême droite dans toutes ses déclinaisons régionales, du FN français au Jobbik hongrois en passant par les néerlandais de Geert Wilders », a résumé Luc Rosenzweig, journaliste. Finalement, Arte a diffusé ce documentaire une seule fois, sans l'annoncer sur les réseaux sociaux ni dans son programme le 21 juin 2017, à 23 h.

Le site Internet d'Arte reportage révèle que sur les neuf documentaires visibles en page d'accueil, deux concernent Gaza : Gaza, la grande évasion, et Gaza, la mer ne veut plus de moi. Un pourcentage disproportionné.

Rien par exemple sur le Yémen ravagé par une épidémie de choléra et sur les victimes civiles des bombardements notamment de l'Arabie saoudite luttant contre la rébellion houthiste soutenue par l'Iran. "C’est un pays aux portes de l’enfer que le patron des opérations humanitaires, Stephen O’Brien, a décrit, vendredi 18 août, au Conseil de sécurité de l’ONU... Sur les 27 millions d’habitants que compte le Yémen, deux tiers sont en état de malnutrition avancé, 7 millions sont menacés par la famine et 16 millions n’ont pas accès à l’eau potable. Et, comme si ces malédictions ne suffisaient pas, une épidémie de choléra a tué, depuis avril dernier, près de 2 000 personnes et 180 000 nouveaux cas se sont déclarés depuis juillet... La coalition militaire dirigée par Riyad est accusée d’entraver l’aide humanitaire et de crime de guerre contre les enfants". (Le Monde, 19 août 2017)

Soudan du sud : la guerre, la faim, les rebelles
Les Nuer « sont en guerre. Ce peuple de la haute vallée du Nil, qui a survécu à l'Empire Ottoman, aux colons Anglais et à la domination arabe au temps du Soudan uni, est aujourd'hui partie prenante du conflit qui déchire le Soudan du Sud ». 

« Assiégés par les troupes gouvernementales, encadrés par une armée rebelle qui les protège tout en les entraînant vers les plus grands dangers, les Nuer sont à nouveau menacés ». 

Des « dizaines de milliers de personnes sont déplacées ou réfugiées en Éthiopie. Mais les hommes n'ont d'autre choix que de se battre pour défendre la terre de leurs ancêtres ».
Pas un mot sur l’islamisme.
          

2016, 52 min
Sur Arte les 3 juin 2017 à 18 h 50, 23 août 2017 à 6 h 20

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Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 2 juin 2017.