jeudi 22 juin 2017

Assassinat antisémite de Sarah Halimi


Dans la nuit du 3 au 4 avril 2017, dans le quartier parisien de Belleville, Sarah Halimi (appelée aussi Lucie Attal) - Halimi est le nom de son ancien mari -, ancienne directrice d'école, sexagénaire juive orthodoxe, a été rouée de coups dans son domicile au 3e étage et défenestrée par Kobili Traoré, voisin musulman d’origine malienne et âgé de 27 ans. La justice refuse à ce jour de retenir la circonstance aggravante d'antisémitisme pour qualifier ce meurtre. La famille a porté plainte contre la police pour non assistance à personne en danger.

Antisémitismes de France
Interview de Maitre Axel Metzker, avocat de la famille Selam

Française juive orthodoxe, Sarah Halimi avait écarté une carrière médicale lucrative pour diriger une école privée juive dans le Marais. Divorcée, elle avait élevé ses enfants. Les parents d'élèves de cette école gardent un souvenir empli de gratitude à l'égard de cette dame. Retraitée, cette sexagénaire s'occupait d'élaborer des projets d'aides sociales pour les plus démunis. Elle était la seule Juive habitant dans cet immeuble.

Dans la nuit du 3 au 4 avril 2017, dans le quartier parisien de Belleville, Sarah Halimi a été rouée de coups dans son domicile au 3e étage et défenestrée par Kobili Traoré, voisin musulman d’origine malienne et âgé de 27 ans, qu'elle redoutait.

L’assassin a crié à plusieurs reprises « Allah Aqbar », récité des sourates et désigné sa victime sous le nom de « sheitan » (démon, en arabe).

Pendant plus d’une heure, la police, présente dans l’immeuble, n’est pas intervenue pour mettre fin à ces violences, semble avoir cru à un acte terroriste et attendu du renfort de la BAC. Kobili Traoré a été interné en hôpital psychiatrique.

Pourtant, après les attentats terroristes du 13 novembre 2016, les autorités politiques françaises avaient décidé que les forces de l'ordre sur place devaient intervenir sans attendre des forces spéciales. Et le 20 avril 2017, Karim Cheurfi, armé d'une Kalachnikov, a tiré sur un fourgon de police, tué le conducteur, Xavier Jugelé, et blessé deux autres policiers. Les policiers ont immédiatement réagi, et ont fait feu sur l’assaillant, sans attendre du renfort, sans s’interroger sur la nature éventuellement terroriste du meurtrier. Pourquoi n’ont-ils pas agi avec cette promptitude à l’égard de Sarah Halimi ?

Médias
Pendant plusieurs jours, les dirigeants des principales organisations juives françaises ont répété sur les ondes de la fréquence juive francilienne et sur les réseaux sociaux un discours exprimant leur émotion, invitant à la prudence, soulignant que « rien ne permet de retenir le caractère antisémite et rien ne permet de l’exclure. L’enquête se poursuit et toutes les pistes sont ouvertes » et affirmant la confiance dans la justice. Ce qui a creusé le fossé entre ces dirigeants et leurs coreligionnaires lambda convaincus qu’il s’agissait d’un assassinat antisémite et outrés par la "psychiatrisation" de criminels responsables de leurs actes.

Les médias juifs, français et étrangers, ont immédiatement informé sur cet assassinat, notamment sur les agressions, verbales et physiques, antisémites ayant visé Sarah Halimi et sa famille pieuse, de la part de Kobili Traoré et de ses proches.

Quelques journaux ont évoqué cette tragédie, mais sans mentionner la judéité de la victime et le fait que l’assassin est musulman. Ainsi, le 4 avril 2017, BFM a titré « Paris: mort d'une femme après une chute d'un balcon, un homme interpellé », Le Parisien a annoncé « Une femme meurt défenestrée à Paris, un voisin interpellé », 20 minutes a écrit, dans un article émaillé d'incohérences, "Paris: Un homme soupçonné d'avoir tué une femme en la poussant du balcon", et Ouest France a indiqué le 5 avril 2017 « Paris. Placé en psychiatrie pour avoir défenestré sa voisine ». Quant à France-Soir, a surtitré "Transféré en psychiatrie... Paris: Un homme soupçonné d'avoir tué sa voisine en la poussant du troisième étage". Ces journaux indiquaient pourtant le nom du bailleur social Paris Habitat, l'adresse de la victime - numéro 26 de la rue Vaucouleurs (75011) -, ou les actes de « petite délinquance » commis par le meurtrier. Pourquoi ce consensus médiatique dans le "politiquement correct" classant ce crime parmi les "faits divers" ? Pour que les lecteurs n'établissent pas le rapport avec l'assassinat antisémite en 2006 d'un homonyme, Ilan Halimi ? Pour ne pas faire de vague entre les deux tours de l'élection présidentielle ? "Pour-ne-pas-faire-le-jeu-du-Front-national" ? Pour ne pas susciter de questionnements sur le "vivre ensemble" si vanté par journalistes et politiciens ?

Le 6 avril 2017, le Centre Simon Wiesenthal (SWC) a interpellé les onze candidats à la présidentielle du 23 avril sur la question de l’antisémitisme et d’Israël. « Depuis Ilan Halimi jusqu’à Sara Halimi, vos réponses peuvent fournir un élément d’espoir. Votre silence sera considéré, au mieux, comme de l’indifférence. »

« Dans une lettre adressée à chacun des onze candidats au premier tour de l’élection présidentielle, le 23 avril prochain, le directeur des Relations internationales du Centre Simon Wiesenthal, Shimon Samuels, protestait contre « l’horrible acte survenu hier dans le 11e arrondissement de Paris – l’assassinat de Sara Halimi, une femme de confession juive âgée de 60 ans, par un homme signalé comme islamiste qui l’a défenestrée de son appartement sous les cris de ‘‘Allah akbar’’ ».

Shimon Samuels continuait sa lettre en ces termes : « Ce qui a commencé en 2006 par la prise d’otage et le meurtre d’Ilan Halimi s’est poursuivi par les massacres de l’école juive de Toulouse et du magasin Hyper Cacher, ainsi que d’innombrables autres attaques. Ces tragédies ont fait de la France le pays le plus dangereux pour la population juive. « L’état d’urgence contre le terrorisme sera levé après les élections présidentielles. Déjà, la sécurité militaire a été supprimée des cibles juives sensibles. »

Le Centre interpellait chaque candidat :
« 1. Est-ce que vous, en tant que président/présidente, entendez rétablir une présence militaire totale dans les institutions juives ?
Comptez-vous en finir avec la culture de l’apologie qui considère les auteurs de crimes islamistes comme des cas psychiatriques plutôt que comme des terroristes qui ont commis des crimes haineux ?

« 2. Malgré les avertissements de la municipalité de Paris, la police a autorisé, la semaine dernière, une manifestation ‘‘BDS’’ (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), sous le mot d’ordre : ‘‘Séparez le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) de l’État’’ – un euphémisme pour ‘‘Expulsez les Juifs de France’’.

« Monsieur le Candidat, Madame la Candidate, est-ce que votre présidence prendra des mesures pour pénaliser la diabolisation et la délégitimation d’Israël en tant que poison qui incite à la violence antisémite contre la communauté juive de France ?

« 3. Monsieur le Candidat, Madame la Candidate, est-ce que votre présidence optera pour un changement de politique étrangère sur le vote disproportionné contre Israël dans les organisations internationales – et tout particulièrement en ce qui concerne les résolutions de l’Unesco qui contestent le patrimoine juif et chrétien et les attaques constantes dirigées contre Israël au Conseil des droits de l’homme des Nations unies ? Ces points contribuent eux aussi à inciter à l’antisémitisme et ils ont été reconnus comme tels dans la définition de The International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA, Alliance internationale pour le souvenir de l’Holocauste), dont la France est membre. »

Le 7 avril, le procureur de Paris François Molins a reçu des dirigeants d’organisations juives françaises pour faire part de sa prudence à l'égard de la qualification d'antisémitisme. Un message répercuté par ces organisations auprès de leurs coreligionnaires.

Le 7 avril, le journaliste Claude Askolovitch signait sur Slate.fr l'article "Cette vieille dame assassinée qui panique la communauté juive et dont on parle peu".

Le 9 avril 2017, à l’appel du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), une marche blanche a réuni un milliers de personnes près du domicile de la victime, dans le quartier de Belleville, à Paris. De jeunes Maghrébins ont crié « Sales juifs » et jeté des bouteilles en direction de cette foule. La police est intervenue. Vice-président du CRIF, Gil Taïeb a déclaré au Parisien : « Sarah a été assassinée par un cocktail de délinquance, de folie et une dose de haine antisémite qu’on ne peut pas ignorer ». Qu'est-ce qui lui permet d'affirmer la présence de folie alors que le rapport de l'expert psychiatre n'a pas encore été remis à la justice ? Une allégation qui risque d'abonder dans le sens d'une possible irresponsabilité pénale vers laquelle semble s'acheminer l'institution judiciaire.


Meyer Habib s'est prononcé rapidement sur cet assassinat. Le 10 avril 2017, Marine Le Pen, candidate du Front national à l'élection présidentielle, a été la première candidate à cette élection, et pendant des semaines, la seule à évoquer cet assassinat. Candidat ou Président, Emmanuel Macron ne s'est pas exprimé publiquement sur ce crime. Et ce, malgré la présence dans son premier cercle de Français juifs, et de candidats aux élections législatives qui prétendent "avoir l'oreille" du Président Emmanuel Macron.

Le 14 avril 2017, le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire pour homicide volontaire et séquestration, sans retenir la circonstance aggravante d'antisémitisme.

Le 22 mai 2017, lors de la conférence de presse organisée par les avocats de la famille de Sarah Halimi, les avocats, dont Me Alexandre Buchinger, ont indiqué que la veille de l’assassinat, Kobili Traoré avait passé sa journée à la mosquée de la rue Jean-Pierre Timbaud (XIe arrondissement de Paris), célèbre pour être fréquentée notamment par des islamistes. En pleine nuit, Kobili Traoré est entré sciemment dans l’appartement contigu à celui de Sarah Halimi. Là, y vivait une famille d’origine malienne qu’il connaissait. Cette famille a eu si peur de lui qu’elle s’est enfermée dans une pièce, a jeté à la police dans la cour les clés de l’appartement. En fait, Kobili Traoré avait besoin d’entrer dans cet appartement, pour passer dans l’immeuble contigu et pénétrer via la fenêtre dans l’appartement de Sarah Halimi. Persuadés que le meurtre a été prémédité, les avocats réclament que la circonstance aggravante d’antisémitisme par le juge soit retenue. J'ai interrogé Joël Mergui, président du Consistoire de Paris Ile-de-France et du Consistoire de France, pour savoir s'il avait évoqué, si d'autres dirigeants communautaires, avaient évoqué cet assassinat antisémite auprès d'Emmanuel Macron, avant ou après sa visite au Mémorial de la Shoah entre les deux tours de l'élection présidentielle. Joël Mergui m'a répondu ne pas l'avoir évoqué et ne pas savoir si ses homologues l'avaient évoqué. Ce crime ne méritait-il pas une réunion des dirigeants des principales organisations juives françaises pour adopter une stratégie commune plus efficace ? Ne méritait-il pas une requête ferme et précise auprès du candidat Macron dont l’élection était si prévisible ? Pourquoi ce silence de ces dirigeants avant/après cette visite avec Emmanuel Macron, alors qu'ils sont diserts envers leurs coreligionnaires ? 

Le 25 mai 2017, sur RMC-BFM TV, Joëlle Dago-Serry, chargée de clientèle dans le logement social pour les salariés, a déclaré « Dans les logements sociaux, on ne mélange plus les juifs et les musulmans » par peur de « confrontations communautaires ».

Le 6 juin 2017, dix-sept intellectuels français, dont Alain Finkielkraut, Michel Onfray, Jacques Julliard, Elisabeth Badinter, Marcel Gauchet et Sonia Mabrouk, lancent un appel exhortant à ce que la vérité soit établie sur cet assassinat. « Tout laisse penser, dans ce crime, que le déni du réel a encore frappé ».

« On ne peut pas à la fois reconnaître que l'Etat s'est engagé pleinement à travers le plan national de lutte contre le racisme et l'antisémitisme et suspecter les uns ou les autres de ne pas vouloir reconnaître un acte antisémite », a confié à l'AFP le grand rabbin de France, Haïm Korsia, le 16 juin 2017. On peut douter de l'engagement de l'Etat contre l'antisémitisme et constater un refus de reconnaître un acte antisémite. Mais c'est peut-être gênant pour un grand rabbin ayant appelé à voter pour Emmanuel Macron de le dire. La dyarchie du Consistoire de France induit une contradiction entre la position des deux dirigeants de cet organisme. Une faille que les autorités politiques et les médias risquent d'instrumentaliser.

Artistes
Le 17 juin 2017, Yvan Attal, acteur, scénariste et réalisateur, a déclaré à i24News : "En tant que citoyen, lutter contre le terrorisme c'est déjà rester citoyen et ne pas avoir peur. Ensuite il y a un engagement politique: à chaque fois qu'on peut dénoncer un certain nombre de choses, il ne faut pas hésiter à les dénoncer. Par exemple je veux parler du cas de cette dame Sarah Halimi qui, il y a quelques mois, a été victime de terrorisme et personne n'en parle... En tant que citoyen j'ai envie d'en parler aujourd'hui. J'espère que le gouvernement prendra la mesure des faits. Cette dame a été poignardée, torturée, d'après ce qu'on sait. Elle a été défenestrée par un type qui a criée "Allah akbar". Cela ressemble aux attentats terroristes qui se déroulent sur la voie publique... Si on veut lutter contre le terrorisme, il ne faut pas avoir peur de dire les choses. Il faut nommer les choses".

Le 17 juin 2017, Michel Boujenah, acteur, scénariste et réalisateur, a été interrogé par la journaliste Vanessa Burggraf lors de l'émission On n'est pas couché sur France 2, sur l'assassinat de Sarah Halimi. Il a déclaré : "Sur cette affaire, c'est sûr [qu'il y a un déni d'antisémitisme en France]. Ils ont dit que c'était un déséquilibré. Mais c'est un déséquilibré qui a choisi sa victime, qui l'a torturée, qui la insultée de tous les mots antisémites et qui l'a défenestrée. Alors, c'est un fou, mais c'est un fou antisémite. Le plus terrible, c'est le silence incroyable autour de cette affaire. Moi, cela me bouleverse. ..Je ne comprends pas ce qui se passe avec l'antisémitisme".

Alexandre Devecchio, journaliste dans la rubrique Débats/Opinions du Figaro, a tweeté : "L'affaire Sarah Halimi enfin évoqué sur la télévision publique dans l'émission #ONPC par #Boujenah et Burgraff", puis "Dommage qu'on s'éloigne assez vite du sujet pour divaguer sur un antisémitisme vague et indifférencié".

Certes, mais Vanessa Burggraf a interrogé un artiste juif français sur cette affaire. Pourquoi n'a-t-elle pas interrogé des invités non-juifs sur ce "sujet d'actualité" ? Et elle a justifié sa question en invoquant un article qu'il avait twitté.

Plainte contre la police
Le 20 juin 2017, Sammy Ghozlan, président du Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA), a déclaré sur Judaïques FM, radio de la fréquence juive francilienne : "Les policiers de la BAC sont venus trois minutes après avoir été appelés. Ils étaient au nombre de quatre arrivés un peu avant 4 h 30. Des riverains, des voisins qui ont entendu les cris de Sarah Halimi et les cris Allah Aqbar et sourates émis par son assassin, ont appelé de nouveau la police. D'autres équipages de la BAC sont alors arrivés : ils sont quatre arrivés vers 4 h 40. A 4 h 48, une colonne d'intervention, d'assaut, composés de 18 à une vingtaine de policiers équipés, armés, préparés pour l'intervention sont arrivés. Il ne s'est rien passé pendant une heure et dix minutes. Sarah Halimi a été torturée. Il lui a cassé la figure. A 5 h 30, Sarah Halimi a été défenestrée".

Et de préciser : "J'ai demandé au ministre de l'Intérieur et au préfet de police de Paris l'ouverture d'une enquête administrative, qui peut devenir pénale, pour savoir ce qui s'est passé. Au cabinet du préfet de police de Paris, il y a une permanence avec un préfet de permanence au courant des déplacements, un commissaire de police responsable de tout Paris et un substitut de permanence au Parquet informé de tout ce qui se passe. Tous sont informés de ce qui se passe. Ont-ils donné des instructions ? De mon expérience, je n'ai jamais vu un équipage appelé au secours et qui n'intervient pas. Il y avait l'état de nécessité qui permet de ne pas respecter les heures légales - de 21 h à 6 h du matin - pour entrer dans un appartement : il y avait les cris de la femme, la violence. Il y avait cette situation de légitime défense : quelqu'un était en danger et il fallait la sauver de ce danger. Ils pouvaient tout faire, y compris utiliser leurs armes pour abattre l'agresseur. Il y avait l'état d'urgence : les policiers sont protégés pénalement pour faire des actes non autorisés hors état d'urgence. Lorsque les policiers sont présents, leur rôle c'est d'intervenir... La famille de la victime pourrait déposer plainte contre X pour non assistance à personne en danger : des voisins auraient pu intervenir, casser la porte, rentrer, la sauver. Mme Halimi n'aurait pas du mourir".

Le 20 juin 2017, au nom de membres de la famille de la victime, Me Gilles-William Goldnadel a porté plainte contre la police pour non assistance à personne en danger. Sur Radio J, il a insisté sur le fait que Sarah Halimi était encore vivante quand son assassin l'a défenestrée.

« Mais notre combat, c’est que la justice reconnaisse qu’il s’agisse d’un assassinat islamiste et antisémite [alors que l’information judiciaire confiée à des juges a été ouverte pour « homicide volontaire », sans retenir la préméditation ni le caractère antisémite]... « Ma sœur craignait terriblement cet homme, il l’avait traitée de "sale juive". Mais elle avait peur que porter plainte soit dangereux pour elle (…) et elle avait déposé une demande (pour déménager, ndlr) à l’office HLM de Créteil », a déclaré William Abitbol, qui le 19 juin 2017 a témoigné devant la police.

Le 30 juin 2017, JForum a publié le texte de Me Jean Alexandre Buchinger, avocat des trois enfants de Sarah Halimi, Hanna, Elisheva et Yonathan, depuis le 4 avril 2017, expliquant les raisons pour lesquelles il a refusé de poursuivre les policiers :
"Ma première mission conjointement avec Mr Joël Mergui, Président du Consistoire, a été de faire en sorte que le permis d’inhumer puisse être délivré le plus rapidement possible pour des raisons religieuses, auxquelles les enfants de Sarah Halimi sont particulièrement attachés.
De façon tout à fait exceptionnelle, ce permis a pu être délivré dans les 24h et l’inhumation de Sarah Halimi a pu avoir lieu le surlendemain de son décès à Jérusalem.
J’ai pu prendre connaissance du dossier d’instruction le 19 avril 2017, le jour même de l’ouverture de l’information par le Procureur de la République et de la désignation d’un juge d’instruction.
Au vu des procès-verbaux d’audition d’un grand nombre de témoins, chose tout à fait inhabituelle en matière criminelle, j’ai immédiatement acquis la certitude qu’il s’agissait d’un assassinat à caractère terroriste, islamiste et antisémite.
Je me suis étonné de ce que l’information avait été ouverte d’une part pour « homicide volontaire » comme s’il s’agissait d’un meurtre ordinaire, et non pour assassinat avec la circonstance aggravante d’antisémitisme, et d’autre part pour « séquestration », mais non pas de celle de Sarah Halimi.
En fait, la séquestration visait la famille malienne, amie du meurtrier, dans l’appartement de laquelle il était entré en pleine nuit, avec pour objectif de passer par leur balcon à celui contigu de Sarah Halimi pour la surprendre dans son sommeil. Je n’ai pas compris que la séquestration ait été retenue pour cette famille, présentée comme victime, mais qu’il n’ait aucunement été fait mention de séquestration concernant Sarah Halimi , celle-ci avérée, et pas davantage d’actes de torture et de barbarie.
Lorsque le jour-même de l’assassinat, je me suis entretenu avec la substitut du Procureur de la République qui était venue sur place au petit matin, sa première réaction a été de me dire que « cette femme avait beaucoup souffert ».
Les témoins oculaires et auditifs qui n’ont assisté qu’au dernier moment du calvaire enduré par la victime, ont décrit avec précision les derniers actes de torture et de barbarie, qui avaient débuté bien avant qu’il ne traîne Sarah Halimi aux abords du balcon pour tenter de simuler son suicide avant de la défenestrer.
Ils ont tous témoigné de la sauvagerie du meurtrier qui alternait coups de poing d’une violence extrême et récitation de sourates du coran ponctuées de « Allah Akhbar », « J’ai tué le sheitan » (satan en arabe), « Dieu m’en est témoin ».
Le premier geste des fonctionnaires de police lorsqu’ils ont pénétré dans l’appartement de la mère de Kobili Traoré situé au 30 rue Vaucouleurs, a été de rechercher un drapeau de DAECH.
C’est dire que le caractère terroriste islamiste ne pouvait laisser la place au doute, ni pour les témoins des faits, ni davantage pour les policiers présents sur les lieux.
Les enfants de Sarah Halimi  se sont constitués partie civile dans les jours qui ont suivi la désignation du juge d’instruction.
L’un de mes premiers étonnements en découvrant le dossier a été que ni le Parquet antiterroriste et par voie de conséquence ni un Juge d’instruction de la section anti-terroriste n’avaient été saisis de ce dossier qui a été confié à un juge d’instruction en charge notamment des dossiers criminels « classiques ».
Trois jours après cet horrible assassinat, les dirigeants des institutions communautaires ont rencontré Monsieur François Molins, Procureur de la République de Paris, qui leur a déclaré qu’aucun mobile ne serait écarté.
Le dimanche 9 avril 2017, une marche blanche était organisée à l’initiative du CRIF, du Consistoire et du FSJU depuis le Métro Belleville jusqu’au 30 rue Vaucouleurs où demeurait Sarah Halimi .
Malgré les interventions répétées de Joël Mergui, Président du Consistoire, de Francis Khalifa, Président du CRIF et d’Ariel Goldman, Président du FSJU, tant auprès du Procureur de la République, du Ministre de l’intérieur, du Ministre de la Justice et du Préfet de Police, le dossier d’instruction n’a guère progressé.
La raison invoquée était l’impossibilité d’auditionner le meurtrier durant sa garde à vue, suite à un acte de rébellion au commissariat.
Son transfert le jour-même à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris puis son hospitalisation en établissement psychiatrique ont amené la juge d’instruction à ordonner le 22 avril une mesure d’expertise psychiatrique confiée à l’un des experts psychiatres près la Cour d’Appel de Paris.
Cet expert s’est vu fixé un délai de 4 mois, soit jusqu’au 22 août 2017 pour déposer son rapport d’expertise psychiatrique.
Trois mois après cet assassinat, non-seulement le rapport d’expertise psychiatrique n’a toujours pas été déposé mais les avocats des parties civiles ne sont même pas en mesure de savoir si cette expertise aurait déjà eu lieu.
Il est tout à fait inhabituel dans le cas d’une affaire aussi sensible que l’expert psychiatre n’ait pas déposé son rapport après un laps de temps aussi long.
Si la Justice ne paraît aucunement pressée de faire avancer ce dossier criminel, il est tout aussi étonnant que les médias dans leur ensemble aient attendu près de deux mois pour évoquer l’assassinat de Sarah Halimi.
A la demande de ses trois enfants qui ne comprenaient pas ce mutisme généralisé, j’ai pris la décision d’organiser un point de presse à mon cabinet le Lundi 22 Mai.
Il s’en est suivi de nombreux articles, des reportages télévisés, l’évocation de « l’affaire Sarah Halimi » à l’émission « On N’est Pas Couché ». Le Journal de 20 h de TF1 a fini par en faire l’un de ses sujets le jeudi 28 juin 2017 malgré la relative ancienneté de l’information à l’échelle du temps des médias.
Depuis plusieurs semaines j’ai fait l’objet de diverses pressions me demandant de m’associer au dépôt d’une plainte pour non-assistance à personne en danger visant des fonctionnaires de Police appelés à intervenir au 30 rue Vaucouleurs.
Si les forces de police étaient immédiatement intervenues dans les instants qui ont suivi leur arrivée, Sarah Halimi serait toujours vivante.
Il y a eu de façon indiscutable un dysfonctionnement policier qui a conduit à l’inertie totale des forces de police durant l’interminable supplice de Madame Sarah Halimi.
Fallait-il pour autant déposer une plainte pour non-assistance à personne en danger visant des fonctionnaires de Police ?
Je suis convaincu que non.
Il s’agit selon moi d’un simple effet d’annonce tout à fait contre-productif.
Plutôt que déposer une plainte pour non-assistance à personne en danger j’ai estimé bien plus opportun de former une demande d’actes circonstanciée auprès du juge d’instruction.
Depuis plusieurs semaines j’ai fait l’objet de diverses pressions me demandant de m’associer au dépôt d’une plainte pour non-assistance à personne en danger visant des fonctionnaires de Police appelés à intervenir au 30 rue Vaucouleurs.
Je m’y suis catégoriquement refusé.
Ils avaient été appelés par une famille d’origine malienne très liée au meurtrier qui faisait état de sa venue chez eux en pleine nuit dans un état de grande excitation.
Avec une particulière rapidité, 3 fonctionnaires de police de la BAC du 11e arrondissement de Paris ont pénétré dans l’immeuble et se sont postés devant la porte d’entrée de l’appartement de cette famille d’origine malienne, qui s’était réfugiée dans l’une des pièces de leur appartement tandis que Kobili Traoré récitait à très haute voix des sourates du coran dans leur salon.
Plutôt que d’investir les lieux, ces policiers ont appelé du renfort arrivé 10 minutes plus tard, sans que ces autres fonctionnaires de police n’interviennent davantage. Il aura fallu attendre 1 h 10 pour qu’une colonne d’assaut de la BAC enfonce la porte et appréhende l’assassin qui n’a alors opposé aucune résistance.
Pendant ce temps, le criminel aura eu la possibilité de commettre l’irréparable. Si les forces de police étaient immédiatement intervenues dans les instants qui ont suivi leur arrivée, Sarah Halimi serait toujours vivante.
Il y a eu de façon indiscutable un dysfonctionnement policier qui a conduit à l’inertie totale des forces de police durant l’interminable supplice de Madame Sarah Halimi.
En tant qu’avocat des enfants de Sarah Halimi mon objectif est en tout premier lieu de faire reconnaître le caractère terroriste islamiste antisémite indiscutable de cet horrible assassinat précédé de torture et d’actes de barbarie.
En ce qui concerne les fautes indiscutables commises par les policiers dans leur appréciation de la situation, plutôt que déposer une plainte pour non-assistance à personne en danger j’ai estimé bien plus opportun de former une demande d’actes circonstanciée auprès du juge d’instruction.
L’article 82-1 du Code de procédure pénale dispose que les parties civiles peuvent formuler des « demandes d’actes d’instruction » au magistrat instructeur chargé de l’enquête.
En quelques sortes, c’est un droit de lui demander d’effectuer des recherches ou de procéder des auditions qu’il n’aurait pas encore diligentées de sa propre initiative.
J’ai formulé une demande d’acte auprès du juge d’instruction afin que tous les fonctionnaires de police qui ont été amenés à intervenir dans le cadre de cette affaire soient auditionnés et que 14 questions précises leur soient posées.
J’ai également sollicité l’audition de tous les témoins oculaires et auditifs qui ont déjà été entendus préalablement afin qu’ils apportent leur éclairage quant à l’attitude des policiers et au contexte de l’intervention.
Il ne s’agit donc aucunement de chercher à occulter ce dysfonctionnement policier et ses conséquences, bien au contraire.
Plutôt que procéder par voie de plainte, la démarche consistant à former des demandes d’actes s’inscrit dans une logique de confiance en la Justice. Je trouve particulièrement malvenues les attaques totalement injustifiées consistant à critiquer les responsables de nos grandes institutions communautaires.
Tout comme les avocats en charge de cette affaire, ils sont contraints d’attendre les conclusions du rapport d’expertise psychiatrique qui tarde à venir.
Ils n’ont pas manqué de dénoncer le caractère terroriste islamiste et antisémite de ce terrible assassinat.
Les enfants de Sarah Halimi, dont j’assure la défense des intérêts, refusent catégoriquement d’être instrumentalisés de quelque façon que ce soit à des fins polémiques ou politiques".
CRIF
Le 26 juin 2017, Le Figaro a publié la tribune de Francis Kalifat, président du CRIF, intitulée "Pour Sarah Halimi, je ne me tairai pas". Francis Kalifat exhortait "à ce que ce crime soit reconnu pour ce qu'il est : un meurtre antisémite" :
"Il a fallu attendre de nombreuses années pour qu’enfin l’on reconnaisse que les actes et violences que subissent les français juifs ne sont pas de la violence ordinaire mais bien l'expression violente d'un antisémitisme nouveau.
De délinquants ordinaires en loups solitaires ou malades psychiatriques tout a été tenté pour ne pas reconnaître qu’à nouveau en France des juifs étaient agressés et même tués uniquement parce qu’ils étaient juifs.
Tout a été fait pour refuser de voir cette nouvelle réalité de la société française : Les préjugés antisémites et l’antisémitisme sont devenus un marqueur "d’une partie croissante des Français musulmans qui, encore plus inquiétant, réunit 50% des 15 à 25 ans." (Institut Montaigne septembre 2016).
Notre société peine à affronter cette nouvelle réalité et à reconnaître l’évidence de nommer le mal lorsqu’il s’agit d’une victime juive.
Le 4 avril à 4 heures 41 du matin le corps sans vie d’une femme de 66 ans gît dans la cour intérieure de l’immeuble qu’elle habite au 26 rue Vaucouleurs dans le onzième arrondissement de Paris.
Torturée au rythme de sourates du Coran, Sarah Attal-Halimi, vient d’être défenestrée vivante par le balcon de son propre appartement aux cris de Allah ou Akhbar par un jeune Français de 27 ans d'origine malienne, délinquant multirécidiviste, récemment radicalisé probablement lors d'un séjour en prison et fréquentant une mosquée salafiste.
Alors que plus qu’une évidence il s’agit là d’un cas d’école pour décrire un meurtre antisémite sur lequel pèse une  véritable omerta et ce crime ignoble n’est toujours pas reconnu comme tel.
Nous demandons depuis le premier jour, que toute la vérité soit publiquement révélée  sur cet assassinat sordide.
Sarah Attal-Halimi n’a pas été assassinée parce qu’elle se trouvait par hasard sur le chemin du tueur ni parce qu’elle habitait cet immeuble ni parce qu’elle était directrice de crèche, ou parce qu’elle aurait eu de l’argent. Non Sarah Attal-Halimi a été massacrée parce qu’elle était juive et pour cette seule et unique raison.
Nous ne comprenons pas ces atermoiements qui consistent à vouloir nous présenter ce tueur comme un dément alors qu’il est un terroriste dont la démence présumée ne saurait pour autant occulter l’antisémitisme haineux.
Quelle serait cette étrangeté que l’on ne pourrait que minorer ou déqualifier un meurtre antisémite? Et d’où vient cette logique qui voudrait qu’un crime raciste soit qualifié comme tel sans difficulté et pas un crime antisémite ? Le profil du meurtrier aurait-il un rapport avec la qualification de l’acte ?
Ce n’est pas une simple question que je pose, c’est un constat et une évidence. Et l’évidence exige de qualifier le crime, de dire les choses et de permettre à la famille de faire son deuil.
L’évidence est de ne pas chercher de fausses justifications et de vouloir se rassurer en pensant qu’un islamiste, sauf à être fou, ne pourrait pas assassiner une femme juive.
La mise en scène et la personnalité de l’assassin nous indique que Sarah Attal-Halimi est une nouvelle victime du terrorisme islamiste et que ce crime est antisémite car seule juive de son immeuble elle a été choisie comme victime expiatoire.
Sarah restera une victime de plus de cette nouvelle haine des juifs qui se développe  dans notre pays depuis le début des années 2000.
Ce que nous demandons qui découle de l’évidence, nous ne le demandons non par vengeance mais par justice et pour que justice soit faite il faut que sans plus tarder ce crime antisémite soit reconnu comme tel. Alors seulement Sarah pourra reposer en paix et sa famille pourra commencer son deuil
D'ici là pour Sarah Attal-Halimi je ne me tairai pas". 
TF1
Le 28 juin 2017, le journal de TF1 de 20 h a diffusé un reportage sur ce crime. Un reportage diffusé aussi sur le site de LCI.

Le frère de Sarah Halimi a évoqué les trente fractures causées par les coups de l'assassin qui a dit "Dieu m'en est témoin quand il l'a massacrée. On ne peut pas penser à autre chose qu'à un acte terroriste islamique".

Le journaliste a évoqué et montré la mosquée de la rue Jean-Pierre Timbaud.

Me Buchinger a affirmé : "J'ai le sentiment que, quelque part, la volonté du parquet et du juge d'instruction est de banaliser cette affaire, d'éviter de lui donner cette connotation terroriste antisémite". La juge d'instruction est Anne Iuhelou.

"J'ai dénoncé dès le départ cette fâcheuse habitude quand il s'agit d'assassinats islamistes d'aller vers la phase de la psychiatrisation. Il s'agit d'un exalté... Quand on attaque aussi un policier avec un marteau, on n'est pas aussi un modèle d'équilibre", a conclu Me Gilles-William Goldnadel.

Run 4 Sarah Halimi
Jonathan Behar a organisé un défilé moto Run 4 Sarah Halimi (z''l), le 29 juin 2017. Un événement signalé sur Facebook ainsi :
"Sarah Halimi Z'al a été torturée et défenestrée par un Terroriste parce qu'elle était juive ne l'oublions jamais ! Le meurtre de Sarah n’a pas eu l’impact qu’il devrait avoir. Nous ne pouvons pas rester là à attendre que ça se passe. Nous allons donc défiler et faire du bruit pour Sarah en défilant à sa mémoire et pour que le silence soit rompu.
Nous défilerons également à la mémoire du prêtre égorgé, des victimes du bataclan, de Nice, de Charlie, de l’Hyper Cacher, de Toulouse... de nos policiers et militaires... Mohamed, Abel, Loïc, Xavier, Ilan, Jacques Hamel, Xavier... Abattus par des terroristes.
Nous ouvrons donc ce Run à tout motard !!! 2 roues et runners Tu as une moto ? Un 2 roues ? Des jambes ? Viens, nous allons défiler à la mémoire de Sarah et a toutes les victimes !
Nous avons décidé avec un groupe d’ami Biker les root's 26 de dédier quelques un de nos run a des causes qui nous sont chères :
- enfants malades
- écoles en difficultés
- distributions de colis aux nécessiteux
- etc….
Nous demandons à participant de mettre un brassard blanc, nous vous donnerons égalent un sticker à apposer (si vous le souhaitez)sur votre casque.
Les seuls sigles accéptés seront les drapeaux RUN 4 SARAH HALIMI et les gilets de vos asso / clubs respectifs
Never Again !
Medias et journalistes ont étés prévenus, des caméras sont prevues pour réaliser un clip qui sera diffusé sur un maximum de media social !".
Le rendez-vous est fixé à 19 h à la place du marché de Neuilly-sur-Seine. Le run s'achèvera vers 20 h 45.

Le Collectif Haverim a diffusé en direct le Run sur sa page Facebook.

Sébastien Selam
Ce crime présente des points communs avec celui de Sébastien Selam en 2003 : assassinat antisémite par un voisin musulman, présentation du criminel comme « déséquilibré », fréquentation de la même mosquée, attitude calme de l'assassin lors de son arrestation, occultation par de nombreux médias de la difficile vie de Français juifs dans certains environnements non pas seulement en banlieue, mais aussi dans Paris intra muros, etc. 

Ces assassinats révèlent la vulnérabilité de Français juifs vivant dans des contextes où l’antisémitisme prégnant n’est ni signalé à la police ou aux organisations chargées de la lutte contre l’antisémitisme, ni recensé par ces dernières. Leur isolement. Leur condition dhimmitisée. Leur absence d'organisation pour les représenter. Le discrédit d'organisations censées être leur porte-paroles.

Faute d’avoir lutté pour que soit établie toute la vérité dans l’affaire Selam, faute de désigner l’antisémitisme et l’antijudaïsme islamiques et de les combattre, la communauté juive française institutionnalisée ne finit pas de constater le prix tragique de son inaction durable dans cette affaire cruciale et l'effondrement continu de la condition juive en France.

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