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samedi 21 décembre 2019

« Le procès du siècle. Les chroniqueurs célèbres de Nuremberg » de Peter Hartl


« Le procès du siècle. Les chroniqueurs célèbres de Nuremberg » (Der Jahrhundertprozess. Das Nürnberger Tribunal aus prominenter Sicht) est un documentaire réalisé par Peter Hartl. La comparution devant une juridiction internationale en vue de leur jugement de hauts dirigeants nazis, civils et militaires, vus par des chroniqueurs journalistes, écrivains et photographes de diverses nationalités. Le 23 décembre 2019, Histoire diffusera "Nuremberg, les Nazis face à leurs crimes" par Christian Delage.
Le "procès de Nuremberg, soixante-dix ans après le verdict, raconté à partir des témoignages de membres éminents du public, de Willy Brandt à Dos Passos, d'Elsa Triolet à Ilya Ehrenbourg". Des témoins aux parcours différents, aux attentes diverses, mais conscients de la nouveauté de ce tribunal, de la monstruosité des crimes commis.

Le "1er octobre 1946, au terme de près d'un an d'audiences, le procès des principaux dirigeants nazis s'achevait à Nuremberg", "bastion nazi" ayant accueilli les congrès du IIIe Reich, dans une ville en partie détruite par les bombardements des Alliés. Le Palais de justice y avait été réhabilité à la hâte pour ce procès long. Les habitants de la ville sont plus préoccupés par la recherche de nourriture et les problèmes de logements. Un témoin déplore qu'aucun d'eux n'ait exprimé le moindre regret. La journaliste Nora Waln, qui avait vécu quatre ans en Allemagne, découvre un pays inconnu.


La presse est logée dans un château et le Grand Hôtel. "De très nombreux journalistes, caricaturistes, écrivains déjà reconnus ou en devenir et futurs décideurs politiques y ont assisté. Entre autres, les Allemands Erich Kästner, Erika Mann "seule femme correspondante de guerre -, Alfred Döblin, Willy Brandt, Markus Wolf - le futur chef de la Stasi" disposant d'un passeport soviétique ; les Américains John Dos Passos, qui sillonnait l'Europe pour Life, et William L. Shirer ; les romanciers britanniques Rebecca West et Richard Llewellyn ; les Russes Ilya Ehrenbourg, Evgueni Khaldei, célèbre photographe de l'agence Tass, et Boris Efimov, caricaturiste. Parmi les Français, ont en particulier couvert le procès les écrivains Joseph Kessel, Elsa Triolet, épouse de Louis Aragon, et Alexandre Vialatte.


"Envoyé spécial au procès de Nuremberg, Joseph Kessel (1898-1979) capte le fou rire qui, en ce 1er décembre 1945, secoue les nazis Goering et Ribbentrop. L’ex-commandant en chef de la Luftwaffe et l’ancien ministre des affaires étrangères du Reich ont entendu l’enregistrement d’une de leurs conversations téléphoniques interceptées par Londres le 16 mars 1938. A l’époque, les deux hommes se savent sur écoute. Au lendemain de l’Anschluss, qu’ils ont minutieusement orchestré, ils jouent pour la galerie une saynète de propagande. Ils protestent de leur bonne foi. L’ultimatum dont ils ont menacé le gouvernement autrichien n’est qu’un « mensonge immonde ». Ils n’ont fait qu’honorer l’invitation de Seyss-Inquart (leur homme de paille), qui vient d’être porté au pouvoir par l’assentiment populaire, prétendent-ils. Goering conclut que les oiseaux chantent, que le ciel est bleu et le « temps merveilleux » à Berlin. « C’est merveilleux », s’extasie Ribbentrop à son tour. « A ce moment-là, il se passa une chose incroyable. Sur son banc d’accusé, Goering releva la tête et se mit à rire. D’un rire plein, entier, débridé, impossible à contenir. Et par-dessus l’épaule de Hess, il regarda Ribbentrop. Et celui-ci, dont les lèvres ravinées et serrées étaient nouées comme par un cordon, regarda Goering, détendit sa bouche et se mit à rire, à son tour, franchement, largement. Six années avaient passé, et quelles années ! Plus rien ne restait à ces hommes que leur vie menacée. Mais les deux compères tragiques riaient encore de la façon dont ils avaient berné le monde et triché au jeu des peuples et du sang. »

Juif, Ernest Michel est le seul correspondant à être un survivant d'Auschwitz. Il est empli d'interrogations : "Pourquoi ? Pourquoi ?" A la fin du procès, il se rend, grâce à un policier militaire, dans la cellule de Goering.

La stratégie de la défense s'articule autour de l'affirmation :"Les ordres sont les ordres, et nous en Allemagne avons l'habitude d'obéir". "Nous, écrivains, essayons de comprendre comment certains ont pu donner de tels ordres criminels et comment d'autres leur ont obéi", résume Ilya Ehrenbourg.

Les prévenus ? Ils n'assument rien et rejettent la faute sur les autres. Albert Speer donne l'impression de culpabiliser à propos de sa relation avec Hitler et "réussit l'exploit de faire croire qu'il avait les mains propres".

"Après la projection à l'audience du documentaire le plus cru et le plus complet qu soit sur les atrocités commises par les Allemands, on apprend aujourd'hui que les accusés n'étaient que des suiveurs insignifiants. Comme tous leurs compatriotes, ils n'ont rien fait, rien vu, et d'ailleurs ils n'étaient au courant de rien. Ils sont tous prêts à s'offusquer, à dire :"C'est horrible". Et ils prétendent que les vrais coupables ne sont pas dans la salle", constate Erika Mann, qui couvre le procès pour l'Evening Standard, journal londonien.

Justice internationale
Ce "documentaire recourt à "la riche diversité de leurs écrits pour évoquer avec des extraits de films, des photos d'archives, des dessins de justice et des séquences d'animation l'atmosphère qui régnait alors à Nuremberg, dans la salle d'audience et en marge du procès".

Le réalisateur Peter Hartl a "également retrouvé certains des témoins des audiences, en Allemagne, en France et aux États-Unis, dont il croise les souvenirs avec les commentaires d'historiens pour évoquer ce premier exemple d'une justice internationale rendue au nom de l'humanité". Une nouvelle jurisprudence porteuse d'espoirs selon certains chroniqueurs.

"Nuremberg, les Nazis face à leurs crimes"
"Nuremberg, les Nazis face à leurs crimes" est un documentaire réalisé par Christian Delage. "C'est l'un des plus grands procès du XXème siècle, celui qui a ouvert la voie à la création d'une justice internationale et le premier procès filmé dans l'Histoire. Pourtant, peu connaissent les images originales du procès, près de 25 heures en tout. Pour la première fois, un documentaire propulse le spectateur à l'intérieur du prétoire et dévoile les images originales tournées par l'équipe de John Ford, entièrement restaurées et inédites pour la plupart. Dans un face à face saisissant avec les criminels nazis, le spectateur découvrira les moments forts en les enjeux du procès, mis en perspective avec les témoignages des principaux témoins encore en vie aujourd'hui."


"Nuremberg, les Nazis face à leurs crimes" par Christian Delage
France, Compagnie des Phares et Balises, 2006
Auteur : Christian Delage
Sur Histoire, les 1er décembre 2019 à 01 h 05, 11 décembre 2019 à 01 h 35, 23 décembre 2019 à 00 h 50

« Le procès du siècle. Les chroniqueurs célèbres de Nuremberg » de Peter Hartl
ZDF, 2016, 52 min
Sur Arte les 27 septembre à 22 h 45, 6 octobre à 10 h 55 et 17 octobre 2016 à 9 h 25

Visuels :
© Stadtarchiv Nürnberg/Ray d'Addario
© National Archives Washington
© ZDF/Anthony R. Miller

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Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 26 septembre 2016.

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