Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

mercredi 31 janvier 2018

« L’Insulte » par Ziad Doueiri


« L’Insulte », film franco-libanais bien réalisé par Ziad Doueiri (2017), sort en France le 31 janvier 2018. Un banal différend à Beyrouth entre un garagiste chrétien libanais et un chef de chantier musulman palestinien se mue en affaire d’Etat, et fait resurgir des blessures non cicatrisées, de souvenirs tragiques dans un pays divisé où l'Etat tente de s'imposer. Un film révélateur à maints égards.


« A Beyrouth, de nos jours, une insulte qui dégénère conduit Toni (chrétien libanais) et Yasser (réfugié palestinien) devant les tribunaux. De blessures secrètes en révélations, l'affrontement des avocats porte le Liban au bord de l'explosion sociale mais oblige ces deux hommes à se regarder en face ».

Habilement construit, réalisé "à l'américaine", ce film souligne les torts partagés des deux "héros" : Toni et Yasser deviennent des "hérauts" de leurs camps.

Les deux protagonistes principaux appartiennent à une classe moyenne qui tente de survivre professionnellement dans un Etat bureaucratique qui s'efforce de mettre en vigueur sa législation sur son territoire. Une réglementation discriminatoire à l'égard des Palestiniens.  

Plus qu'une explosion sociale, c'est une implosion politique qui caractérise ce Liban. Ce film montre les ravages durables, profonds de la guerre au pays du Cèdre. La famille de Toni a été meurtrie par le massacre de civils chrétiens à Damour, bourgade chrétienne au sud de Beyrouth, commis par des terroristes palestiniens musulmans le 20 janvier 1976. Le film insiste plus sur le terrorisme palestinien que sur la guerre civile libanaise (1975-1990). Yasser a vécu Septembre Noir en 1969, mais le film n'indique pas son rôle alors ni que le royaume jordanien en 1969 réagissait contre les terroristes palestiniens qui avaient fomenté un coup d'Etat contre le souverain hachémite.

Le réalisateur Ziad Doueiri dépeint deux hommes de générations différentes, aux parcours opposés et présentant certains traits de caractères communs : Toni, trentenaire, s'avère secret, cultive le souvenir du président chrétien Bachir Gemayel (1947-1982) et avec ses souvenirs traumatisants, tragiques survenus dans son pays natal. Quant à Yasser - comme Yasser Arafat ? -, il est apprécié par son supérieur hiérarchique en raison de ses compétences professionnelles et est mû par la fibre sociale : il obtient une mutuelle pour ses ouvriers dans un pays érodant leurs droits. Tous deux ont épousé des femmes qui tempèrent leurs velléités, et avec lesquelles ils forment un couple soudé. Si l'agressivité de Toni est verbale, exceptionnelle et n'empêche pas un geste d'aide à l'égard de son adversaire, celle de Yasser est orale et physique, difficilement contrôlable et réitérée à des décennies d'intervalles.

Les politiciens : le député de Beyrouth ou l'hôte d'un palais somptueux ? Soucieux de "paix" même temporaire, de leur image sous les ors et les lambris d'une république qui se délite et rechigne à affronter son passé récent.

Issu d'une famille musulmane sunnite bourgeoise composée de nombreux juristes, le quinquagénaire Ziad Doueiri a écrit le film avec Joëlle Touma, née dans une famille chrétienne phalangiste, journaliste, actrice et scénariste. Ils ont le mérite d'aborder, ou de révéler, des faits non "politiquement corrects" : l'accueil réservé au Liban aux "frères palestiniens", l'absence de respect de Palestiniens à l'égard de ceux qui les ont accueillis en Jordanie, au Liban, et leur violence, le "sentiment de culpabilité" de certains jeunes chrétiens libanais à l'égard des Palestiniens.

Le verdict de la Cour de justice libanaise laisse un goût amer de... haine de soi, de dhimmitude. Une victoire judiciaire, politique... précédée d'un licenciement.

« Yaoud » 
Même un pays (quasi-)Judenrein comme le Liban est encore « habité » mentalement par les Juifs. C'est l'évocation d'un juif israélien, Ariel Sharon, qui joue le rôle de catalyseur de la violence jusque-là contenue de Yasser. A souligner que le terme « Yaoud » (Juifs, en arabe) est traduit dans le film par "Israéliens".

« L’Insulte » a été pré-sélectionnée pour l'Oscar du Meilleur film en langue étrangère et présentée au Festival de Venise en Sélection officielle. La Coupe Volpi du Meilleur Acteur de la Mostra de Venise a été remise à Kamel El Basha incarnant Yasser.

Peu après avoir été acclamé à Venise, le réalisateur Ziad Doueiri a été interpellé le 10 septembre 2017 à l'aéroport de Beyrouth, et ses passeports français et libanais ont été confisqués. Il devait comparaître devant un tribunal militaire : son précédent long métrage, "L'Attentat" (2012) d'après le livre de Yasmina Khadra, avait été interdit au Liban en 2013 car certaines scènes avaient été tournées en Israël, avec des acteurs israéliens. Or, le Liban a signé un traité d'armistice en 1949 avec le jeune Etat d'Israël, mais aucun traité de paix.

"Pour les faits qu'ils lui sont reprochés, le délai de prescription de trois ans est passé, puisque le tournage a eu lieu en 2012", a commenté Me Najib Lyan, avocat de Ziad Doueiri. D'après lui, à l'époque du tournage, M. Doueiri avait par ailleurs "adressé une requête aux autorités libanaises expliquant qu'il voulait filmer sur le terrain, pour défendre la cause palestinienne (...) sans jamais recevoir de réponse". De son côté, Ziad Doueiri a déclaré avoir été remis en liberté car il n'y avait "pas d'intention criminelle".


"Ce film s’est bâti ainsi, sur un engrenage. Je commence toujours mes films par une tension, un incident, j’essaye d’en voir les enchaînements. Je pars toujours de mes personnages, qui ils sont au début du film et qui ils deviennent une fois le film terminé. Là, en partant de ce conflit, j’avais deux personnages principaux : Tony et Yasser. Tous deux ont des failles, leur passé respectif présente une série d’obstacles internes. Il y a un climat extérieur chargé, électrique : le personnage de Tony porte en lui un secret, quelque chose qu’il a vécu et dont personne ne veut parler. C’est tabou, et il ressent cela comme une injustice. Yasser lui aussi rencontre des obstacles : il se méfie, par expérience, de la justice".

"La guerre du Liban s’est terminée en 1990 sans vainqueurs ni perdants : tout le monde a été « acquitté ». L’amnistie générale s’est transformée en amnésie générale. On a mis la poussière sous le tapis, comme on dit. Mais sans ce travail de mémoire, on ne cicatrisera pas".

"Le film de procès permet, sur le plan de la dramaturgie, de mettre deux antagonismes dans une même salle. Tu peux filmer leur confrontation, dans un face-à-face. C’est une sorte de western moderne, rejoué dans un huit clos. C’est ce que j’ai eu envie d’essayer, étant donné que le film décrivait une forme de duel entre Tony et Yasser".

"La justice a toujours été très importante pour moi, je viens d’une famille d’avocats, de juges, ma mère est avocate, et elle est devenue la conseillère juridique sur ce film. D’ailleurs, qu’est-ce que nous avons dû batailler au moment de l’écriture du scénario ! Elle est très maligne, ma mère, elle est terrible ! Elle a beaucoup travaillé à faire acquitter le palestinien dans le film (rires). Plus sérieusement, Joelle comme moi connaissons intimement l’histoire de la guerre du Liban, le prix payé par chacune des parties. Elle et moi, c’est intéressant à noter, venons de familles aux convictions politiques et à l’appartenance religieuse différente. Elle comme moi avons été élevés avec certaines idées. Joelle vient d’une famille, chrétienne phalangiste, et moi d’une famille sunnite, qui a défendu la cause palestinienne, de façon là aussi très virulente. Puis nous avons, jeunes adultes, essayé au fur et à mesure des années de comprendre le point de vue de l’autre. On a chacun accompli un pas vers l’autre, mené un chemin solitaire pour trouver un équilibre, une forme de justice, dans cette histoire libanaise qui n’est ni blanche ni noire, dans laquelle il est impossible de dire voici les bons, voici les méchants".

"Si je devais résumer ce film, ce serait la recherche de la dignité. Chacun de ses deux personnages a perdu son honneur et sa dignité, chacun blâme l’autre, le rend responsable de ses problèmes. L’Insulte est un film résolument optimiste et humaniste. Il montre des chemins possibles pour arriver à la paix".

"C’est un film à dimension universelle. Yasser et Tony pourrait être d’une autre nationalité, d’un autre pays. Encore une fois, ce film est résolument optimiste et humaniste. Il montre le chemin d’une alternative aux conflits par la voie de la reconnaissance, de la justice et du pardon".


« L’Insulte » par Ziad Doueiri
Liban/France, 2017
Ecrit par Ziad Doueiri et Joëlle Touma
Chef opérateur : Tommaso Fiorilli
Montage : Dominique Marcombe
Directeur artistique : Hussein Baydoun
Décors : Johan Knudsen
Casting : Abla Khoury
Son : Guihem Donzel, Olivier Walczak, Bruno Mercère
Musique : Eric Neuveux
Producteurs : Antoun Sehnaoui, Jean Bréhat, Rachib Bouchareb, Julie Gayet, Nadia Turincev
Producteur Associés : Frédéric Domont, Muriel Merlin
Co-producteurs : Charles S. Cohen, Geneviève Lemal
Une production Ezekiel Films, Rouge International, Tessalit Productions, en co-production avec Cohen Media Group, Scope Pictures, Douri Films, avec la participation de Cinémas du Monde – Centre National du Cinéma et de l’Image Animée – Ministère des Affaires Etrangères et du Développement International – Institut Français, Canal + Ciné + L’Aide aux Cinémas du Monde –Alpha touch
Avec Adel Karam, Rita Hayek, Kamel El Basha, Christine Choueiri, Camille Salameh, Diamand Abou Abboud

A lire sur ce blog :

Des arbres et des peintres


En 2003, la Galerie Saphir du Marais a présenté l’exposition Des arbres et des peintres. Plus de 60 huiles, aquarelles techniques mixtes et gravures ont confronté les regards de 23 artistes, du XVIIIe siècle à nos jours, sur la Nature. Des paysages dotés d’âmes ou quand l’écologie s’expose… Article republié pour Tou Bichvatfête juive appelée Nouvel an des Arbres.


Promenons-nous aux pays des oliviers, des chênes, des bois de haute futaie et des bocages aux feuillages nuancés…

Allons des « paysages animés » à ceux devenus sujets d’étude en eux-mêmes.
Voyons les aquarelles de Joseph Pressmane (1904-1967) qui, formé en Pologne, voyage en Palestine mandataire en 1925, puis s’installe à Paris en 1927.

Auparavant, Pinot du Petitbois, ami d’enfance de l’écrivain romantique et homme politique français François-René de Chateaubriand (1768-1848), nous transmet en des lavis un souvenir (1830-1840) d’une forêt disparue et chère à l’auteur des « Mémoires d’outre-tombe ».

Attardons-nous devant les « Arbres au bord de la Seine » (1960), une peinture raffinée et légère de Jules Lellouche (1903-1963), originaire de Tunisie, ou ceux d’Arthur Kolnik (1890-1972).

Avec l’israélienne Hanna Doukhan, les arbres sont éblouis de soleil (« Jérusalem Gan Shaker »).

A découvrir : les gravures de Paul-Emile Colin (1867-1949) sur les bûcherons lorrains et les œuvres de Ben Silbert. Américain de l’Ecole de Paris, Ben Silbert (1894-1940) peint des oliviers quasi humanisés, musclés, aux ramures torturées et enchevêtrées et aux troncs noueux. Il retient des tons vert/marrons doux qui contrastent avec l’ire de ces arbres.

La 14e Journée Européenne  de la Culture Juive, qui a eu lieu le 29 septembre 2013,  a eu pour thème La Nature en héritage

Tou Bichvat est le Nouvel an des Arbres.


Tou Bichvat "signifie «15 (du mois) de chévat », il est qualifié de Nouvel An des arbres (Roch Hachana lailanot) qui correspond au moment de la montée de la sève dans l'arbre, avant le printemps".

Le "Talmud (traité Roch Hachana) parle de quatre Roch Hachana dans le calendrier juif. Si le 1er tichri, chaque être humain est jugé au regard des «fruits» de ses actions, le 15 chevat c'est sa nourriture originelle, le fruit de l'arbre, qui l'est. Une manière de souligner que la nature est placée sous le regard du Créateur (béni soit Son Nom)".

Tou Bichvat "rappelle aussi le lien indéfectible de notre communauté avec la terre d'Israël, lieu de notre épanouissement spirituel et terre des promesses divines. A cette occasion nous mangeons toutes sortes de fruits et nous plantons des arbres, en récitant des louanges à l’Eternel".

"Bien que Tou Bichvat soit mentionné dans le Talmud, ce jour n’a pris son véritable caractère festif qu’au XVIe siècle avec les kabbalistes de Safed. Leur réflexion sur la Création du monde, les amenait à penser aux différents niveaux d’existants, et en particulier aux différentes formes de fruits germant sur la terre. Si l’Eternel a créé tant d’espèces, c’est que fondamentalement la bénédiction, qui se traduit par la multitude, est inscrite dans la réalité. Cette prise de conscience d’un monde béni est actualisée, en permanence, par la récitation de diverses bénédictions ou bérakhot. Finalement, les rabbins auraient pu composer une seule bénédiction pour toutes les formes de jouissance – « tout a été créé par Sa Parole, par exemple, mais ils ont préféré composer des bérakhot différentes pour les gâteaux, les fruits de l’arbre, les fruits de la terre, le tonnerre, l’arc-en-ciel, les parfums, etc. afin d’éduquer les fidèles à cette idée que, du D. Un, découle une multiplicité de formes, de goûts et de couleurs, qui participent de l’unité cosmique".


"Comme pour le Roch Hachana de tichri, la coutume s’est répandue d’organiser le 15 chevat un Séder ou « Ordre » de consommation de fruits, accompagné de la récitation de versets bibliques, de passages du Talmud et du Zohar liés à cette circonstance. Le séder le plus connu est celui tiré du livre Péri 'Ets Hadar, imprimé pour la première fois à Salonique en 1753 qui fut diffusé dans le monde entier. Il fut réimprimé à Pise en 1763, à Amsterdam en1859, à Izmir en 1876, à Livourne en 1885 et à Bagdad en 1936, là où se trouvaient de grandes communautés juives".

Lors du Séder, les Juifs consomment un gâteau à base de blé, une olive, une datte, du raisin, une figue, une grenade, un cédrat, une pomme, une noix, un caroube, une poire, tout en récitant des prières.


A lire sur ce blog :
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Cet article a été publié par Actualité juive. Cet article a été publié sur le blog le 28 septembre 2013, puis le 12 février 2017.

mardi 30 janvier 2018

« Hippocrate aux enfers » de Jean-Pierre Devillers


France 2 diffusera le 30 janvier 2018 « Hippocrate aux enfers », documentaire de Jean-Pierre Devillers. L’adaptation filmée du livre éponyme de Michel Cymes décrivant les « expériences » prétendument scientifiques de médecins sur des déportés dans des camps de concentration nazis, les horreurs commises, les douleurs atroces infligées à des êtres humains, notamment juifs. Certains de ces médecins nazis ont été condamnés après la Deuxième Guerre mondiale.


« De 1933 à 1945, la recherche médicale occupe une place privilégiée au sein du IIIe Reich. Pour valider son idéologie, fondée sur la classification des races, le nazisme a besoin de la médecine et de ses praticiens. Plus de 70% des médecins allemands répondront à cet appel. Un engagement qui coûta la vie à plusieurs milliers de déportés utilisés comme cobayes ».

Procès des médecins nazis
Après la victoire militaire des Alliés, dans la zone d'occupation américaine en Allemagne, le procès de Nuremberg a jugé devant le Tribunal militaire international des dirigeants nazis. 

Après la clôture de ce procès, débute le 9 décembre 1946, toujours à Nuremberg, le procès des médecins ("medical case", "doctors' trial") devant le Tribunal militaire américain (TMA). Le président du Tribunal ?  Le brigadier-général Telford Taylor.

Sur les 23 prévenus, vingt sont médecins et trois des fonctionnaires de l’Etat nazi.

Les quatre chefs d’accusation : conspiration, crimes de guerre,  crimes contre l'humanité et appartenance à une organisation criminelle, en l’occurrence la SS. 

Les 23 accusés sont accusés d’avoir participé à l'organisation ou à la réalisation d'expérimentations médicales sur des êtres humains, notamment dans les camps nazis de concentration. Karl Brandt était chargé en particulier du programme Aktion T4, utilisé pour euthanasier les malades mentaux et les handicapés. Karl Gebhardt a comparu pour avoir pratiqué des expériences notamment sur les déportées du camp de Ravensbrück. Viktor Brack, codirige le programme « Aktion T4 » et s’investit directement dans la Shoah en contribuant à créer l’installation de gazage.

Ils plaident non coupables.

Le 19 août 1947, le procès prend fin.

Les 20 et 21 août 1947, le verdict est rendu public. Il comprend une liste de dix critères auxquels ont recouru les juges pour évaluer le caractère licite ou non des expérimentations médicales en cause. Cette liste devient célèbre sous l’expression de Code de Nuremberg.

Seize accusés sont déclarés coupables, sans appel possible, quatre sont condamnés à de longues peines de prison, cinq à la prison à perpétuité, sept à la peine de mort. Le 2 juin 1948, les condamnés à mort sont exécutés dans la prison de Landsberg.

Né à Vienne, le Dr Leo Alexander (1905-1945) reçoit son diplôme de médecine de l’université de Vienne en 1929, et de psychiatrie à l’université de Francfort. En 1933, il émigre aux Etats-Unis où il enseigne notamment la neuropsychiatrie dans des facultés de médecine. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, il est major dans le Corps médical de l’armée américaine et enquêteur médical militaire auprès de Robert P. Patterson, Secrétaire d’Etat à la Guerre. Après guerre, il est nommé chef conseiller médical auprès de Telford Taylor, chef du Conseil pour les crimes de guerre et participe aux procès à Nuremberg en novembre 1946, notamment ceux de médecins nazis. Le Dr Leo Alexander a rédigé un rapport évaluant les « expériences » nazies menées à Dachau sur l’hypothermie, et une partie du Code de Nuremberg qui consigne des principes légaux, moraux et éthiques aux expériences scientifiques sur les êtres humains. Il a aussi contribué à Doctors of Infamy: The Story Of The Nazi Medical Crimes (1946). Il a aussi soigné 40 Polonais devenus handicapés à la suite d’injections d’une bactérie de gangrène gazeuse par le Dr  Josef Mengele dans un camp de concentration.

Bayle, Weiss, Heyd et Toledano
Dès 1950, « Croix gammée contre Caducée. Les expériences humaines en Allemagne pendant la deuxième guerre mondiale »  de François Bayle, médecin militaire français, relatait le procès de 23 médecins nazis.
   
En 2014, Emil Weiss réalisait « Criminal Doctors. Auschwitz », deuxième volet de sa trilogie documentaire « Hourbn » (Destruction). « L’utilisation de la personne humaine à Auschwitz comme support des expérimentations « in vivo » mise en œuvre par des docteurs en médecine, pensée et supervisée par des anthropologues et encadrée par les plus hauts rouages de l’Etat est une des caractéristiques fondamentales de la politique raciale nazie, pourtant, à ce jour ce phénomène n’a jamais été traité à part entière à la télévision comme au cinéma. De plus, à la différence des expérimentations médicales menées dans les autres camps, les médecins d’Auschwitz se livrent à deux types d’expérimentations qui ont pour but la suprématie de la race aryenne :
- d’une part la stérilisation des femmes et des hommes, pour empêcher la croissance des peuples européens dits de race inférieure ;
- d’autre part avec le Dr Mengele et ses expériences sur les jumeaux les nazis tentent de percer les secrets de la génétique, pour multiplier la race aryenne ».

En 2014, était diffusé « Le nom des 86 », documentaire de Emmanuel Heyd et Raphael Toledano. En 1943, « 86 Juifs sélectionnés au camp d'Auschwitz sont déportés à l'été 1943 au camp de Natzweiler-Struthof où une chambre à gaz a été spécialement aménagée pour les tuer. August Hirt, directeur de l'Institut d'anatomie de Strasbourg, souhaite constituer une collection de squelettes Juifs, pour garder trace de cette « race ». Une enquête pour retrouver les identités de ces victimes des Nazis lors de la Shoah.

Michel Cymes
En 2015, les éditions Stock publient « Hippocrate aux enfers » du Dr Michel Cymes, médecin, chroniqueur médical et dont les grands-pères juifs polonais ont été tués au camp d’Auschwitz. Un best-seller : 150 000 exemplaires achetés. 

« Ce livre est une pierre posée sur le fragile édifice de la mémoire de la Shoah. Je connaissais les crimes des médecins Josef Mengele et Carl Clauberg, je pensais qu’il y avait eu deux, trois autres types comme eux, (mais) en enquêtant, je me suis rendu compte de l’ampleur du phénomène », a déclaré Michel Cymes.

Les « médecins ont été parmi les premiers malades atteints de la Peste Brune : à Auschwitz, à Dachau, à Buchenwald ou à Strasbourg, les pires atrocités ont été commises par ceux qui avaient prêté le serment d’Hippocrate. Si le nom de Mengele est encore connu, il ne faut pas oublier les actes et les victimes de Rascher, Clauberg, Heim et Hirt : c’est à cet exercice de mémoire que nous convie Michel Cymes, qui jette son regard de médecin d’aujourd’hui sur une facette moins connue de la barbarie nazie, les expérimentations médicales pratiquées sans consentement sur les détenus. S’appuyant sur de nombreux témoignages ainsi que sur une documentation récente voire inédite, révélant des vérités qui ne sont pas toujours bonnes à entendre, Michel Cymes raconte avec franchise et passion comment Hippocrate est descendu aux enfers ». 

Son but : « Décrire ce que les victimes ressentaient dans leur corps », grâce à son expertise médicale, « pour que le lecteur ressente lui-même ce qu’un cobaye subissait ».

« C'était là. C'est là que tant de cobayes humains ont subi les sévices de ceux qui étaient appelés « docteurs », des docteurs que mes deux grands-pères, disparus dans ce sinistre camp, ont peut-être croisés. Je suis à Auschwitz-Birkenau. Là, devant ce bâtiment, mon cœur de médecin ne comprend pas. Comment peut-on vouloir épouser un métier dont le but ultime est de sauver des vies et donner la mort aussi cruellement ? Ils n'étaient pas tous fous, ces médecins de l'horreur, et pas tous incompétents. Et les résultats de ces expériences qui ont été débattus, discutés par des experts lors du procès de Nuremberg ? Ont-ils servi ? Quand la nécessité est devenue trop pressante, quand j'ai entendu trop de voix dire, de plus en plus fort, que ces expériences avaient peut-être permis des avancées scientifiques, j'ai ressorti toute ma documentation et je me suis mis à écrire », expliquait Michel Cymes.

Il a évoqué des restes, notamment des « coupes anatomiques des 86 victimes » Juives encore gardés par l’Institut de médecine légale de Strasbourg. Il se fondait sur les déclarations du psychiatre Georges Federmann, président du cercle Menachem Taffel, qui milite pour la mémoire des quatre-vingt-six victimes juives déportées à Auschwitz, gazées au camp alsacien du Natzwiller-Struthof, et dont les corps furent transférés à l'Institut d'anatomie. 

Une polémique a surgi.

Le 28 janvier 2015, l'université de Strasbourg « a réfuté ces accusations » : « Les corps ont quitté l'institut en septembre 1945 ». 

Le 18 juillet 2015, la ville de Strasbourg a révélé que, le 9 juillet 2015, l’historien Raphaël Toledano avait découvert de manière fortuite à l’Institut de médecine légale de Strasbourg des restes de victimes de l’anatomiste nazi August Hirt, conservés dans un bocal et des éprouvettes, et dont diverses autorités universitaires niaient l’existence. Grâce à l'aide du  professeur Jean-Sébastien Raul, directeur de l’Institut de médecine légale de Strasbourg, il a pu identifier plusieurs pièces.

Un bocal contenait « des fragments de peau d’une victime de chambre à gaz ». Deux éprouvettes renfermaient « le contenu de l’intestin et de l’estomac d’une victime et un galet matricule utilisé lors de l’incinération des corps » au camp de concentration alsacien de Natzwiller-Struthof. Ces restes appartiennent à plusieurs des 86 victimes d’un projet de « collection de squelettes juifs » conçu par August Hirt. 

Le 6 septembre 2015, dans le cadre de la cérémonie en hommage aux martyrs de la Déportation, ayant lieu le dernier dimanche avant Rosh HaChana (Nouvel An Juif), ont été inhumés au cimetière juif de Cronenbourg les trois récipients contenant les restes de ces trois victimes Juives découverts en juillet 2015. 

Documentaire
En 2017, Jean-Pierre Devillers réalise un documentaire à partir de ce livre, et en collaborant avec Michel Cymes et Claire Feinstein.

« Dans les camps de concentration d’Hitler et au nom de l’idéologie nazis, certains médecins ont » commis « l’horreur : tests sur des humains, méthodes barbares, émasculations… Comment des hommes censés soigner les gens ont-ils pu aller aussi loin ? Quelles sont les responsabilités du corps médical allemand et des laboratoires pharmaceutiques pour ces actes ? Ont-ils réellement autorisés ces expériences, comme cela a pu être dit, dans le but de faire avancer la science ? Et si oui, doit-on tout autoriser au nom de la science ? Comment ces crimes peuvent rester impunis ? » Michel Cymes s’efforce « de répondre à ces questions dans ce documentaire à travers une quête qui l’emmène dans plusieurs pays – Pologne, Allemagne, France - à la rencontre des meilleurs spécialistes, dont Evelyne Shuster, spécialiste d’éthique médicale à l’Université de Pennsylvanie, ou Yves Ternon, chirurgien et historien à l’Université de Montpellier ». 

Selon le documentaire, « 70 % des médecins allemands étaient membres du parti nazi. A partir de 1933, l’éthique médicale « s’était inversée, l’individu n’était rien. Le peuple était tout », est-il rappelé. Les médecins jugés avaient été en poste dans les camps de concentration où des déportés ont servi de cobayes à une multitude d’expériences d’une « cruauté indicible », selon Telford Taylor, procureur général au procès, qui apparaît dans une archive ».

« D’autres avaient participé à « Aktion T4 », un programme amorcé dès 1939 qui consistait à « éliminer les personnalités considérées comme malades héréditaires », raconte l’historien Johann Chapoutot, interrogé dans le documentaire. « Aktion T4 » a fait 70 000 victimes jusqu’en 1941 et 200 000 jusqu’en 1945, précise l’historien de l’Université Paris-Sorbonne ».

Aidé d’images d’archives exceptionnelles, certaines découvertes en Russie, et des interviews, Michel Cymes « dévoile « les atrocités » commises notamment par Karl Gebhardt, médecin personnel du chef SS Heinrich Himmler, et par le docteur Herta Oberheuser, sa collaboratrice.

Le « patron d'« Aktion T4 », Viktor Brack, « avait imaginé la stérilisation des juifs aux rayons x, technique « bon marché » et qui permettait d’être « pratiquée sur plusieurs milliers de sujets en un temps très court » faisait-il valoir dans un courrier à Himmler ».

« Sigmund Rascher, médecin SS, à Dachau, testait pour sa part la résistance des corps au froid et au manque d’oxygène ». 

« August Hirt, médecin anatomiste SS, nommé à la nouvelle université nazie de Strasbourg en 1941, constituait « une collection de squelettes juifs ». Ce dernier a été « une des pires figures du nazisme », estime dans le film, Raphaël Toledano, médecin spécialiste des expérimentations médicales nazies. »

Michel Cymes « retrace le parcours de certains de ces docteurs et cherche à comprendre comment ceux qui ont, comme lui, prêté le serment d'Hippocrate, ont pu commettre de telles atrocités. Il retrace le parcours glaçant de plusieurs médecins allemands ayant collaboré, dans les camps de concentration, à la barbarie nazie ».

« Ce sujet me touche beaucoup personnellement. J’ai voulu porter leurs exactions à la connaissance d’un public plus large… C’est psychologiquement violent mais aussi fascinant et je vais peut-être le fouiller encore, avec des portraits documentaires », confie Michel Cymes .


« Hippocrate aux enfers » de Jean-Pierre Devillers
France Télévisions, CNC, Pulsations & 17 Juin Média, 2017, 52 min
Conseiller historique : Johann Chapoutot
Sur France 2 le 30 janvier 2018 à 23:05

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Les citations sont extraites d'articles et communiqués.

« Claude Lanzmann. Porte-parole de la Shoah », par Adam Benzine


Arte rediffusera le 31 janvier 2018 « Claude Lanzmann. Porte-parole de la Shoah » (Claude Lanzmann - Stimme Der Shoah ; Claude Lanzmann : Spectres of the Shoah), par Adam Benzine. Journaliste et réalisateur né dans une famille juive ashkénaze, Claude Lanzmann campe une figure de l’intellectuel engagé distingué par de nombreux Prix. Cet auteur sioniste a produit une œuvre littéraire et cinématographique d’où émerge le documentaire Shoah (1985). 

« Mon film Shoah n’est pas un film de souvenirs (les souvenirs sont choses du passé) mais par excellence un film de la mémoire au présent. Grâce à Shoah, le savoir historique change de nature, on assiste, pendant neuf heures trente, à une incarnation de la vérité, le contraire de la faculté d’aseptisation de la science, même de la science historique. Rachel Ertel, auteur de l’entrée «Shoah» dans l’Encyclopædia universalis, parle des protagonistes juifs du film, « qui se brisent submergés par la lame de fond d’une mémoire littéralement physique ». A la sortie de Shoah, un nombre non négligeable d’historiens professionnels se sentit menacés par cette lame de fond, qui questionnait leur science même. Ainsi Lucette Valensi écrit-elle, à propos d’un colloque tenu à la Sorbonne en 1992, que, face à « la force des témoins, la vérité et l’autorité de leur témoignage », la « disqualification de l’historien de métier » constitua une menace qu’elle et ses collègues furent « très près d’éprouver ». Elle ajoutait en note : « non seulement [les témoins] vivent et disent leur expérience, mais ils en fournissent des analyses, dont rien n’autorise à dire qu’elles sont inférieures à celles de l’historien. Je voudrais souligner ici non seulement la véracité des témoignages, mais leur valeur heuristique», a écrit Claude Lanzmann dans Libération (5 avril 2011)

Génocide juif/Shoah 
Né en 1925 à Bois-Colombes dans une famille juive aux grands-parents ayant immigré de Biélorussie et Lettonie en France à la fin du XIXe siècle et aux parents antiquaires commerçant avec les studios cinématographiques américains – son père est engagé volontaire lors de la Première Guerre mondiale  -, Claude Lanzmann découvre l’antisémitisme au lycée Condorcet.

A l’initiative de son père pressentant des années de persécution, il développe sa méfiance et entre dans la résistance communiste dès 1943 à Clermont-Ferrand puis dans les maquis d’Auvergne.

A la Libération, cet élève brillant reprend ses études en hypokhâgne et khâgne. Après son échec au concours de l’Ecole Normale supérieure (ENS), il étudie la philosophie à la Sorbonne et noue une solide amitié avec Jean Cau et Michel Tournier. Enseignant à la Freie Universität Berlin en secteur américain, il analyse l’antisémitisme devant ses étudiants et dénonce dans deux articles publiés en 1949 par le Berliner Zeitung l’insuffisante dénazification parmi cette université allemande.

De retour en France, il gagne sa vie comme pigiste dans la presse française alors florissante : France-Dimanche et France Soir, journaux du groupe dirigé par Pierre Lazareff, Elle, Le Monde.

Israël
Marqué par les Réflexions sur la question juive de Sartre (1947), il se rend en Israël en 1952. Année où il entre au comité de rédaction de la célèbre revue politique et culturelle publiée par les éditions Gallimard, Les Temps modernes. Il noue une histoire d’amour avec Simone de Beauvoir qui avait fondé en 1945 avec Jean-Paul Sartre cette revue.

Ce journaliste parcourt le monde, milite contre le colonialisme, la répression en Algérie – signataire du Manifeste des 121 en 1960 – et participe au numéro des Temps modernes intitulé Le conflit israélo-arabe (1967). Ce numéro marque un tournant dans la vision et l'analyse du conflit. Un pavé de 992 pages publié en mai 1967, avant la guerre des Six-jours, donc avant la conquête de la Judée et de la Samarie et la réunification de Jérusalem, et composé de deux parties : l'une sur "les points de vues arabes", l'autre sur les "points de vue israéliens".

Long de 80 pages, l'article de Maxime Rodinson intitulé « Israël, fait colonial ? » se conclut ainsi : « Je crois avoir démontré dans les lignes qui précèdent que la formation de l’Etat d’Israël sur la terre palestinienne est l’aboutissement d’un processus qui s’insère parfaitement dans le grand mouvement d’expansion européo-américain des XIXe et XXe siècles pour peupler ou dominer économiquement et politiquement les autres terres. Il s’agit d’ailleurs d’un diagnostic évident et je n’ai employé tant de mots pour l’énoncer que par la faute des efforts désespérés qu’on a multipliés pour le dissimuler. Il s’agit là de faits. Pour ce qui est des termes, il me semble que celui de processus colonial convient fort bien, étant donné le parallélisme évident avec les phénomènes qu’on s’accorde à nommer ainsi ».

Traduit rapidement en arabe et en anglais, cet article diffame l'Etat Juif en le présentant à tort comme un phénomène colonial, et non dans le sillage du mouvement des nationalités du XIXe siècle comme le mouvement d'émancipation nationale visant la refondation de l'Etat Juif sur sa terre, en Eretz Israël. Rapidement traduit en arabe et en anglais, cet article influera sur des générations, à droite et à gauche, et sera inhérente au "politiquement correct". C'est Maxime Rodinson que la célèbre et réputée Encyclopaedia Universalis choisit pour écrire l’article consacré au sionisme. Il convient de souligner le succès de ce parallèle entre l'Etat Juif et le phénomène de la colonisation. Un parallèle qui délégitime la présence juive dans son berceau historique, biblique, spirituel, et nie le lien entre le peuple juif et Eretz Israël (Terre d'Israël), et notamment Jérusalem, la cité du roi David.

Claude Lanzmann dirige cette revue depuis 1986.

Dans des conditions difficiles, il réalise Pourquoi Israël (1973) et songe à un film sur le génocide Juif pendant la Deuxième Guerre mondiale.

"Shoah"
Frère du romancier et parolier Jacques Lanzmann, le cinéaste Claude Lanzmann raconte la genèse de « Shoah », « œuvre monumentale sur l’extermination des Juifs d’Europe » dans les camps nazis, film de neuf heures et demie diffusé pour la première fois en 1985. Claude Lanzmann impose ainsi le vocable "Shoah" pour désigner le projet génocidaire nazi ayant tué six millions de juifs. Les anglo-saxons privilégient le terme "Holocaust" signifiant un sacrifice religieux. 

« Œuvre de commande, à l’origine, du ministère des Affaires étrangères israélien, Shoah a happé douze ans de la vie de son auteur » : recherche documentaire, des survivants et des bourreaux ainsi que des témoins. A partir de 350 heures de prises de vues réalisées entre 1974 et 1981, le seul montage requiert quatre ans de travail. Grâce à ce matériau unique, Claude Lanzmann brossera les portraits de Maurice Rossel (Un vivant qui passe en 1997), Yehuda Lerner (Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures en 2001), Jan Karski (Le Rapport Karski en 2010) – Claude Lanzmann s’indigne livre Jan Karski de Yannick Haenel (2010) -, Benjamin Murmelstein (Le Dernier des injustes en 2013) et « Les quatre sœurs ».

Dans « un entretien au long cours » accordé à Adam Benzine, Claude Lanzmann « retrace les jalons de cette entreprise éreintante et essentielle, menée dans une alliance « d’urgence totale et d’extrême patience ». Une œuvre sans archive qui impose le terme hébreu « Shoah » pour désigner le génocide juif.

« Pour révéler l’ampleur et les rouages du « crime parfait » commis par les nazis, le cinéaste a arpenté quatorze pays, pistant les témoins à même de raconter la mort dans les chambres à gaz : rescapés des sonderkommandos, habitants des villages limitrophes des camps d’extermination et bourreaux ». 

Claude Lanzmann « explique ainsi comment il a remué ciel et terre pour retrouver, dans un salon de coiffure du Bronx, Abraham Bomba, qui coupait les cheveux des femmes à Treblinka, et comment, en filmant la course de ses ciseaux et en réclamant toujours plus de détails, il a réveillé la mémoire de ce témoin exceptionnel ». Une scène détournée par un réalisateur israélien dans un film diffamant l’Etat d’Israël.

Claude Lanzmann « évoque par ailleurs – non sans résistance – la dangereuse traque des criminels nazis, qu’il a fallu payer, berner et flatter pour qu’ils parlent, filmés à leur insu à l’aide d’une paluche. Mais aussi le casse-tête du montage, cinq années traversées de découragements, et la fierté sans joie ressentie au terme de cette aventure radicale. »

En 1994, Claude Lanzmann réalise Tsahal, documentaire de cinq heures sur l’armée israélienne, ses soldats, ses armements, son éthique.

Il s’indigne des propos de Raymond Barre sur France Culture le 6 mars 2007.

En 2008, pour le soixantième anniversaire de la refondation de l’Etat d’Israël, sort Lights and Shadows de Claude Lanzmann. Une interview d’Ehud Barak, ancien Premier ministre israélien.

En 2011, Claude Lanzmann consacre un numéro des Temps modernes aux Harkis et intitulé « 1962-2012, les mythes et les faits ». L’occasion de se pencher sur ceux qu’il avait dénommés à tort « les chiens de l’humaniste Papon ». Une "repentance".

Montrant des rushs inédits de Shoah, « Claude Lanzmann. Porte-parole de la Shoah », documentaire émouvant d’Adam Benzine « éclaire la création de ce chef-d’œuvre et son influence à la fois historique et cinématographique, saluée notamment par Marcel Ophüls », réalisateur en particulier du Chagrin et la pitié. 

« L’occasion également d’effleurer certains aspects de la vie de son auteur : sa jeunesse résistante, son histoire d’amour avec Simone de Beauvoir de 1952 à 1959, son affection pour Sartre, son rapport à la mort et sa vision de l’avenir ».

A l’occasion de la parution de l’ouvrage d’Éric Marty Sur Shoah de Claude Lanzmann (éd. Manucius, 2016), et de la projection du documentaire d’Adam Benzine Claude Lanzmann : Spectres of the Shoah (58 mn, ZDF/ARTE, 2016), le Mémorial de la Shoah proposa le 20 novembre 2016 à 14 h 30, Shoah 1985 : l’oeuvre de Claude Lanzmann". "Plus de 30 ans après, Shoah reste une « immense leçon de cinéma, qui est aussi une leçon politique, esthétique, philosophique, et peut-être poétique », selon les mots d’Éric Marty. Dans un documentaire nommé aux oscars, Adam Benzine propose un portrait intime de Claude Lanzmann, qui revient sur la genèse de son film. Alliant une interview du réalisateur et des images inédites du montage, il éclaire la création de ce chef d’oeuvre et son influence. Une conférence en présence de Claude Lanzmann, écrivain et réalisateur, et Éric Marty, membre de l’Institut universitaire de France (IUF), écrivain, essayiste, université Paris 7 et animée par Samuel Blumenfeld, journaliste au Monde".
  
ZDF, 2015, 58 min
Sur Arte le 27 janvier 2016 à 22 h 40, puis le 31 janvier 2018 à 1 h

Visuels :
© David Spowart
© Adam Benzine

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Les citations proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 27 janvier 2016, puis le 20 novembre 2016.

« Let’s dance ! Israël et la danse contemporaine » de Gabriel Bibliowicz et Efrat Amit

  
« Let’s dance ! Israël et la danse contemporaine » est un  documentaire de Gabriel Bibliowicz et Efrat Amit (Israël, 2010). Influencée dès les années 1920 par la danse d’expression allemande, nourrie du patriotisme du Yichouv, la danse israélienne évolue dès les années 1960 sous l’influence de Martha Graham et de sa mécène, la baronne Bethsabée de Rothschild, qui crée la Batsheva Dance Company. Elle a acquis une réputation mondiale de qualité. Le 30 janvier 2018, à 20 h 30, le Centre des Bords de Marne au Perreux-sur-Marne propose "We love Arabs", sur une chorégraphie de Hillel Kogan, avec Adi Boutrous et Hillel Kogan. 

« Let’s dance ! Israël et la danse contemporaine » de Gabriel Bibliowicz et Efrat Amit 
« Mr. Gaga. Le chorégraphe Ohad Naharin » par Tomer Heymann
    
« La danse fait partie de notre culture depuis des temps immémoriaux. C’est un principe dans la Bible », rappelle Dani Karavan, artiste plasticien et sculpteur.

Danses folkloriques, danses d’expression, danses d’inspiration hassidique, danses d’avant-garde ouvertes aux thématiques d’une société en guerre…

C’est toute la variété et le dynamisme de la danse israélienne, au répertoire large, que montre ce documentaire israélien intéressant, révélant des archives filmées rares.

Un élément fondamental de la culture israélienne
« Les danses folkloriques sont les expériences collectives et sociales les plus réjouissantes de ma vie », se souvient Yair Vardi, directeur du Suzanne Dellal Dance Center (Tel-Aviv). Créé en 1989 et distingué par le Prix Israël en 2010 pour sa contribution artistique, ce Centre présente plus de 750 spectacles et accueille environ 500 000 visiteurs chaque année. Il est le foyer de la Batsheva Dance Company.

Hommes et femmes du Yichouv (population juive en Eretz Israël) dansaient ensemble, en rondes exaltant enthousiasme et joie.

Les pionniers israéliens (halutzim) « dansaient la hora dans les moments les plus durs, après les combats, après avoir subi des attaques, après avoir escaladé de hautes montagnes », précise Dan Ronen, spécialiste du théâtre. « Le matin, ils travaillaient à construire le pays. Après le travail, autour d’un feu de camp, ils entonnaient des chants dont chaque mot renforçait leur motivation », analyse une jeune chorégraphe israélienne. Exemples : « Qui sommes-nous ? Israël », « Soyons heureux ! » Des pionniers ont inventé des danses folkloriques.

Yonatan Carmon, chorégraphe, évoque cette allégresse : « Nous voulions être ensemble. Nous nous tenions par la main. Cela nous donnait de la force. Nous sentions que nous formions un peuple uni ». Le cercle, symbole de puissants principes : solidarité, unité, égalité – résulte peut-être d’un héritage du hassidisme, mouvement Juif religieux né dans l’Europe de l’Est au XVIIIe siècle… Pour les danseurs hassidiques, « le but est le Ciel. La hora est l’équivalent terrestre ».

Dans l’Eretz Israël des années 1920, les premiers danseurs et chorégraphes de danses folkloriques viennent d’Allemagne.

L’influence la plus notable et durable ? Celle de Rudolf Laban (1879-1958), chorégraphe expressionniste d’origine hongroise, qui crée « un modèle d’un chœur qui parle et pense en même temps et monte des ballets avec des centaines, des milliers de participants. Ces spectacles transposaient en quelque sorte l’idée communiste de solidarité et d’appartenance. Certaines de ces cérémonies ont été utilisées plus tard par le parti nazi en Allemagne ». Les spectacles de Laban « expriment une société fondée sur l’égalité », où danseurs amateurs ou confirmés participent.

En 1948, Judith (Yehudit) Arnon fonde avec des amis le kibboutz Ga’aton dans des collines arides au nord d’Israël. Survivante d’Auschwitz, elle a refusé d’obtempérer à l’ordre d’Allemands de danser dans ce camp. Elle est punie en étant contrainte de passer la nuit pieds nus dans la neige. Elle se promet, si elle survit, de se consacrer à la danse. Ce qu’elle fait en fondant une troupe de danse en Israël, en contrant l’idée alors dominante d’une danse « non productive », qui serait un art élitiste dans l’Etat juif renaissant, socialiste, rejetant le ballet classique associé à l’Europe.

Au kibboutz Ga’aton, la cuisine, le réfectoire, la fabrique d’écrous, le lieu de séchage des feuilles de tabac, presque tous les lieux ont été transformés en studios de danse où l’on voit des danseurs effectuer des mouvements de danse classique ou de barre au sol, etc. C’est le lieu de résidence de la Kibbutz Contemporary Dance Company dont le directeur artistique est Rami Be’er.

La danse israélienne se résume alors au folklore et à la danse d’expression allemande illustrée notamment par Gertrude Kraus (1903-1977), ancienne assistante de Laban notamment pour la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques à Berlin (Allemagne) et réfugiée en 1936 en Palestine mandataire (Eretz Israël). Menue, fougueuse, elle devient célèbre par ses « solos ».

Une excellence internationalement reconnue
1956. L’arrivée de Martha Graham, pionnière de la danse moderne et attentive aux mouvements de chute contrôlée, révolutionne la danse israélienne qui prend alors conscience que la danse d’expression s’est figée, déconnectée des mouvements artistiques mondiaux, et dévalorise, par son culte de l’improvisation, le chorégraphe et le danseur.

En 1964, la baronne Bethsabée de Rothschild (1914-1999), mécène de la chorégraphe américaine, décide alors de créer la Batsheva Dance Company. Celle-ci rapidement s’impose dans le monde entier par la fougue et la puissance de ses danseurs, tel Moshe Efrati, à la morphologie atypique et venant d’horizons divers : kibboutzniks athlétiques, sportifs, etc. La Batsheva Dance Company subjugue le public et les critiques, et présente, fait unique alors, des spectacles de la chorégraphe Martha Graham, et intègre dans son répertoire les créations de Norman Morris, Jérome Robbins…

En 1967, la troupe de cette compagnie se rebelle quand la baronne impose Jeannette Ordman. La baronne Bethsabée de Rothschild fonde alors la Bat-Dor Dance Company qu’elle dote d’une école, d’excellents professeurs, de salles de danse, etc. Dirigée par cette danseuse d’Afrique du Sud, la Bat-Dor Dance Company invite des chorégraphes talentueux, en particulier, Jiri Kylian et Alvin Ayley.

La danse israélienne s’est inspirée de faits tragiques (Shoah ou Holocaust) ainsi que de thèmes de la vie quotidienne, notamment le kibboutz et les relations dans un couple (2 Room Appartment de Liat Dror et Nir Ben Gal).

En 1990, la nomination de Ohad Naharin, directeur artistique et chorégraphe, à la Batsheva Dance Company, marque un tournant décisif vers une appréhension différente des changements de la société israélienne, un traitement de sujets sociaux, politiques par la danse israélienne.

En témoignent ces spectacles récents : Reservist Diary (Journal d’un réserviste) de Rami Be’er (1989) qui évoque son expérience à Gaza et « les conflits intérieurs d’un soldat devant exécuter des ordres » et ayant « des idées et des sentiments », Strawberry Cream and Grasspowder de Yasmeen Godder, qui au début de l’Intifadah II, avait « l’impression de ne pas savoir » les raison des « évènements terrifiants » quotidiens, ou Echad Mi Yode’a (Un, je le sais) d’Ohad Naharin qui reprend un chant du Séder (rituel) de Pessah (Pâque juive).

Dans Echad Mi Yode’a, les danseurs assis sur des chaises en demi-cercle sont secoués de mouvements violents et brefs, comme s’ils étaient agressés, (dés)unis en une gestuelle de vague déferlante, se lèvent soudainement, tandis que résonne ce chant : « Un, qui sait ? Un, je le sais ! Un, notre Dieu. Au ciel comme sur terre. Deux, les Tables de la Loi. Trois, les patriarches. Quatre, les mères. Cinq, les livres de Moïse. Six, les ordres de la Michna. Sept, les jours de la semaine. Huit, le délai de la circoncision… » A la fin du spectacle jouant sur la répétition, les danseurs ôtent leurs vêtements et leurs chaussures qu’ils jettent au centre de la scène. « On dirait qu’ils essaient de s’arracher la peau. Pour ne plus être Israéliens. On ne veut plus chanter Ani Yode’a », commente Gaby Eldor, critique de danse. Curieusement, le documentaire ne présente pas le point de vue du chorégraphe Ohad Naharin.

Le communiqué de presse d’Arte évoque une danse israélienne qui « se lance dans un corps à corps avec les problèmes actuels les plus brûlants : religion, sexualité, patrie, armée, tendances bellicistes ». C’est occulter la guerre menée par des adversaires multiples contre l’Etat Juif qui aspire à la paix.

De plus, ce documentaire omet de mentionner le succès durable, en Israël et en diaspora, des danses israéliennes folkloriques.

En outre, il semble suggérer que le répertoire classique est éludé par la danse israélienne, et que l’inventivité de la danse israélienne se mesure à l’aune de ses interrogations ou critiques de la société israélienne, voire d’un engagement idéologique partial. Comme si la danse n’avait pas aussi pour fonction de se dégager du réel, de procurer une évasion, de s’imbiber de poésie, de nourrir l’imaginaire du spectateur, d'offrir la beauté…

Addendum. 
Créée en 2011 en collaboration avec Ohad Naharin et les danseurs de sa compagnie la Batsheva Dance Company, chorégraphiée par Ohad Naharin, "Sadeh21" a été interprétée à Montpellier Danse les 17 et 18 décembre 2013 à l'Opéra Berlioz/Le Corum (Montpellier). "Batsheva, la pièce présente une succession de solos, de duos et d’ensembles tour à tour délicats, athlétiques, lents, saccadés, comme autant de différentes façons d’être au monde. Dénudés, réduits à leur plus simple expression, décor, sons et lumières sont là pour mettre en avant un langage chorégraphique à l’infinie sensualité, où le moindre geste témoigne d’un choix esthétique".
Emanuel Gat Dance Compagnie a présenté The Goldlanbergs au Théâtre de la Ville, du 25 au 29 mars 2014. "Des danses scintillantes à l'écoute de Gould".

Arte a diffusé une série documentaire sur la danse dès le 5 octobre 2014.

Du 17 au 21  décembre 2014, le Théâtre national de Chaillot a présenté, dans la salle Jean Vilar, Naharin’s Virus (1h10), de la Batsheva Dance Company.

"Le passage de la Batsheva Dance Company en ces murs, en 2012, après de longues années d’absence à Paris, fit l’effet d’une déflagration chorégraphique. Pour le retour attendu de la fameuse troupe israélienne, voici Naharin’s Virus, pièce créée en 2001 et reprise cette année pour le jubilé de la compagnie d’Ohad Naharin.  Quelques jours avant la reprise de Decadance, l’un de ses succès historiques, la Batsheva Dance Company présente une série de représentations de Naharin’s Virus, fruit de la collaboration entre Ohad Naharin, directeur artistique et chorégraphe de la compagnie, et les danseurs. Une façon de lancer les interprètes dans le grand bain de la créativité. On y retrouve, bien sûr, l’énergie qui irradie la danse de cette compagnie, mais aussi la profondeur d’une gestuelle qui, sans être narrative, touche chacun au plus profond de soi. Cette pièce est aussi un dialogue entre le mouvement de la danse et l’écriture de Peter Handke, l’un des plus grands auteurs vivants. En effet, Naharin’s Virus s’inspire de sa pièce Outrage au public. De larges parties du texte constituent une trame idéale tandis que la musique épouse la chorégraphie. Peter Handke dit voir dans son oeuvre « une pièce sans histoire, sans intrigue, sans fil narratif, une pièce qui se raconte elle-même. Pas d’histoire pour nous accrocher comme à un hameçon, pas d’histoire conçue pour s’évader, mais seulement la réalité nue du moment dans l’espace. » Ohad Naharin fait sien cet espace, imaginant une gestuelle débordant d’invention et emmenant ses interprètes toujours plus loin dans l’émotion et la virtuosité", écrit Philippe Noisette. La distribution est la suivante :
Chorégraphie Ohad Naharin en collaboration avec les danseurs
D’après la pièce de Peter Handke, Outrage au public
Musique originale et conseiller musical Karni Postel, Habib Alla Jamal, Shama Khader
Musique Samuel Barber, Carlos D’Alessio, P. Stokes, P. Parson
Musique traditionnelle Habib Alla Jamal
Chant Shama Khader
Répétiteur Luc Jacobs
Assistant Gili Navot Friedman
Costumes Zohar Shoef, Rakefet Levy
Lumières Avi Yona Bueno (Bambi)
Son Frankie Lievaart
Enregistrements Frankie Lievaart, Haim Laroz
Traduction Michael Roloff
Avec William Barry, Omri Drumlevich, Bret Easterling, Iyar Elezra, Rani Lebzelter, Eri Nakamura, Rachael Osborne, Shamel Pitts, Oscar Ramos, Nitzan Ressler, Ian Robinson,Or Meir Schraiber, Maayan Sheinfeld, Bobbi Smith, Zina (Natalya) Zinchenko, Adi Zlatin
Production Batsheva Dance Company, avec le soutien des services culturels de l’ambassade d’Israël en France.

Le 29 avril et 2 mai 2015, Mezzo a diffusé Naharin's Virus, sur une chorégraphie de Ohad Naharin en collaboration avec les danseurs de la célèbre troupe (1 h 02'). Un spectacle réalisé par Tommy Pascal, le 20 décembre 2014 au Théâtre national de Chaillot - Salle Jean Vilar, Paris.

Compagnie invitée pour la première fois à l'Opéra de Paris du 5 au 9 janvier 2016, la Batsheva Dance Company, célèbre compagnie israélienne présentera "sur la scène du Palais Garnier un ballet créé en 2005 : Three (Trois), conçu par Ohad Naharin, son directeur artistique depuis 1990. Installée à Tel-Aviv depuis son origine, la Batsheva Dance Company a été fondée en 1964 par la chorégraphe américaine Martha Graham et la baronne Batsheva de Rothschild, à qui elle doit son nom. Désormais confiée au chef de file de la danse contemporaine israélienne, elle a accueilli de nombreuses personnalités comme Mats Ek, Angelin Preljocaj ou William Forsythe, et se produit régulièrement sur de grandes scènes internationales".

"Son directeur artistique Ohad Naharin y a introduit un ensemble de techniques appelé " Gaga dance ", s'appuyant sur une meilleure compréhension individuelle du corps et de ses limites propres, permettant à chaque interprète de les dépasser. Cette méthode originale invite à libérer les corps autant que les personnalités de chaque danseur de la compagnie".

"Lui-même formé à la Batsheva Dance Company, mais passé par les États-Unis, la compagnie bruxelloise Mudra de Maurice Béjart et le Nederlands Dans Theater de Jiří Kylián, Ohad Naharin a conçu un ballet en trois parties : Bellus, Humus et Secus, où dix-sept danseurs évoluent avec une physicalité presque animale".

Cette compagnie de danse est la cible d'une campagne de BDS, en particulier de boycott culturel aux Etats-Unis, en France et en Grande-Bretagne. CAPJPO-Europalestine a appelé à un rassemblement le 5 janvier 2016 place de l'Opéra (Paris) et a demandé l'annulation de ce spectacles.

Le soir du 5 janvier 2016, alors que la France vit sous l'état d'urgence, commémore les attentats terroristes de janvier 2015, et malgré un dispositif policier, des dizaines d'individus ont listé les noms de terroristes islamistes palestiniens, et ont appelé au boycott d'Israël. Avant la représentation à laquelle assistait l'ambassadrice d'Israël en France Aliza bin Noun, des spectateurs arborant le keffieh ont déployé sur un balcon un drapeau palestinien, tandis que des cris haineux anti-israéliens retentissaient : "Une troupe raciste dans à l'Opéra Garnier", "On ne danse pas avec l'apartheid" et "Israël assassin, la Palestine vaincra", Opéra de Paris accusé de "complicité avec les sionistes colonisateurs".

Le 6 janvier 2016, Roger Cukierman, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) a écrit au Premier ministre Manuel Valls pour lui demander l'interdiction du BDS qui prône le boycott. Une copie de ce courrier a été adressé à Fleur Pellerin, ministre de la Culture, Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, à Michel Cadot, préfet de police de Paris.

AJC (American Jewish Committee) Paris a exprimé "sa plus totale stupéfaction devant l’autorisation accordée par la Préfecture de Police de Paris à la tenue hier d’un rassemblement du collectif BDS devant l’Opéra Garnier":
Alors que la nation commémore cette semaine les 17 victimes des attentats terroristes de janvier dernier et que l’état d’urgence a été proclamé dans tout le pays par le Président de la République suite aux tragiques événements du 13 novembre, il apparaît invraisemblable que les pouvoirs publics aient pu permette l’organisation d’une manifestation appelant entre autres au boycott d’Israël et rendant hommage à travers une liste lue par les intervenants à des membres de l’organisation terroriste Hamas.
Ce rassemblement était d’autant plus choquant qu’il visait une manifestation culturelle d’un groupe de danse mondialement connu, Batsheva dont l’engagement au service de la paix, de l’échange et du dialogue entre les peuples est un combat de tous les instants.
AJC Paris tient à souligner que le Conseil Constitutionnel et la justice française à travers plusieurs de ses récentes décisions ont rappelé que l’appel au boycott était totalement illégal dans notre pays.
L’Opéra de Paris, lieu prestigieux de la culture française au rayonnement international a été le théâtre de la haine de militants se cachant derrière la cause palestinienne pour déverser leur haine de l’Etat d’Israël.
Nous ne comprenons pas comment les membres de l’organisation BDS ont pu passer les cordons policiers avec leurs drapeaux et leurs pancartes et impunément perturber la tenue d’un spectacle prenant ainsi en otage des centaines de spectateurs souhaitant simplement assister à une représentation de danse.
Alors que plusieurs initiatives culturelles, écologistes ou festives n’ont pu se tenir ces dernières semaines à Paris en raison de l’état d’urgence, nous sommes surpris et consternés qu’une manifestation qui veut réduire au silence des artistes simplement parce qu’ils sont israéliens et apporter son soutien à des mouvements terroristes ait pu se tenir librement dans une ville encore meurtrie par les actes de guerre du 13 novembre.
Face à la menace terroriste qui continue à peser sur la France, face à la violence antisémite qui a notamment coûté la vie à 4 personnes lors de l’attentat l’an dernier de l’Hypercacher, face à la dangerosité de ce mouvement d’appel au boycott qui veut réduire au silence des créateurs et des artistes en raison de leur seule origine, AJC Paris demande aux autorités de la République la plus grande fermeté et la plus grande vigilance".
 Le 9 janvier 2016, lors de la cérémonie organisée par des institutions françaises Juives en hommage aux victimes de l'attentat antisémite perpétré par Amédy Coulibaly le 9 janvier 2015 - 28 otages, quatre Français Juifs assassinés -, le Premier ministre Manuel Valls a déclaré :
"Détermination également à lutter contre l’antisémitisme. Il est là, toujours là, virulent, charrié à longueur d’écrits, de déclarations, de ces manifestations – alors qu’au cœur de Paris, capitale de la liberté, il y a quelques mois, on a crié de nouveau : "mort aux Juifs" ! –, de prétendus spectacles par des négationnistes en tous genres. Je les ai combattus, nous les avons combattus, et nous continuerons à le faire : il y va de l’honneur de la République ! Il est là, sur les réseaux sociaux, il est là, dans les paroles et dans les actes et dans cette détestation compulsive de l’État d’Israël. Comment pouvons-nous accepter qu’il y ait des campagnes de boycott ? Comment pouvons-nous accepter que face à l’Opéra de Paris, il y ait des manifestations pour qu’on interdise des ballets d’Israël ? Comment peut-on accepter que dans le pays de la liberté, dans ce pays des valeurs universelles, on cherche à nier la culture, la culture qui est là précisément pour rapprocher les peuples et pour la paix ? Non, cela est inacceptable ! L’antisémitisme, qu’il vienne de l’extrême-droite ou de l’extrême-gauche, qu’il vienne du fond des âges ou aujourd'hui d’une partie de la jeunesse de nos quartiers, doit être combattu avec la même détermination, parce qu’il y va de la République et parce qu’il y va de nos valeurs".
Une déclaration symbolique. Le symbolique s'avère indispensable, mais il doit être suivi d'actes. Or, paradoxalement, c'est le même gouvernement socialiste qui a autorisé ce rassemblement appelant au boycott d'Israël et s'est indigné de ce boycott !?

Mr Gaga
Le 1er juin 2016, est sorti en France Mr Gagadocumentaire de Tomer Haymann (2015) sur Ohad Naharin, chorégraphe et directeur artistique de la Batsheva Dance Company.

"Enter the world of Ohad Naharin, renowned choreographer and artistic director of the Batsheva Dance Company. “Mr. Gaga”, eight years in the making, captures the elusive beauty of contemporary dance and immerses the audience in the creative process behind Batsheva’s unique performances. Using intimate rehearsal footage, extensive unseen archive materials and stunning dance sequences, acclaimed director Tomer Heymann ("Paper Dolls", "I shot my Love") tells the fascinating story of an artistic genius who redefined the language of modern dance".

Brian Eno
En août 2016, le compositeur et producteur britannique Brian Eno, qui soutient le BDS, a écrit une lettre à la Batsheva Dance Company pour indiquer qu'il ne l'a pas autorisée à utiliser une de ses œuvres musicales lors de sa tournée estivale en Italie. L'artiste âgé de 68 ans a évoqué dans son courrier "l'occupation des territoires palestiniens" et a poursuivi : "J'essaie de comprendre les difficultés que doit affronter tout artiste israélien maintenant - et en particulier ceux comme vous qui ont montré de la sympathie pour la cause palestinienne".

Eno est l'un des 1 200 signataires de l'Artists’ Pledge for Palestine, qui refuse tout financement ou tout contact culturel avec le gouvernement israélien.

La compagnie de danse basée à Tel Aviv a répondu : "Nous respectons le souhait de M. Eno et avons remplacé sa musique dans le ballet Humus de "Three" - et ce, avec une grande tristesse - car nous croyons que ce genre d'action est inutile et ne contribue pas à résoudre le conflit, à mettre un terme à l'occupation ou à amener la paix dans notre région. Ohad Naharin est un militant politique depuis des années en Israël, et n'a jamais hésité à s'exprimer sur la situation dans la rive occidentale du Jourdain et les conséquences de l'occupation. Son profond engagement pour la liberté de l'esprit humain est reflété dans ses actions et ses créations artistiques".

Selon La Repubblica, la compagnie israélienne devait utiliser la musique d'Eno lors d'une représentation de "Humus" le 6 septembre 2016, lors du festival TorinoDanza au Teatro Regio à Turin, mais la musique d'Eno, Neroli, a été remplacée  après qu'Eno a eu conscience que ce spectacle avait pour sponsor l'ambassade d'Israël qui "promeut la marque Israël" ("brand Israel").

Des organisations juives françaises organisent le 25 septembre 2016 un rassemblement au Trocadéro (Paris) visant à l'interdiction du boycott visant Israël.

Let's Dance 2016
Le 11 novembre 2016, Arte diffusa les deux premiers volets de la collection documentaire Let’s DanceLet’s Dance "propose une histoire de la danse du XXème siècle à nos jours. Trois films, reliés entre eux par une thématique commune : le corps dans la danse. A poil ! raconte une histoire de la nudité en danse ; C’est le pied ! regarde l’histoire de la danse depuis les pieds des danseurs et Ceci est mon corps examine comment la danse interroge son rapport à la norme et à la perfection et met en scène des corps qui échappent à ces critères. Let’s Dance (Saison 2) offre un voyage d’une danse à l’autre, d’un continent à l’autre, d’une tradition à l’autre, tisse filiations et ressemblances, et tente des rapprochements inattendus".

"Tous en scène / Solo / A deux « Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus… » C’est sur cette citation de Pina Bausch que s’ouvre le second volet de la collection documentaire Let’s Dance. Filmer ceux qui dansent, voilà le pari que fait Let’s Dance depuis 2014. Deux saisons, six films, autant d’invitations à la danse. Cette deuxième trilogie de Let’s Dance regarde la danse à travers trois de ses grandes figures : la danse en groupe, le duo et le solo. Elle offre une immersion inédite dans la pratique même de la danse et cherche à capter au plus près l’effort et la rigueur, la sensualité et l’énergie, la peur et la jubilation, la réflexion et les doutes qu’imposent ces trois formes. Elle en retrace aussi leur généalogie. Le solo a une histoire qui se confond avec la modernité et les grandes luttes du XXème siècle, le duo n’est pas qu’affaire de séduction et d’accord, et un groupe qui danse a servi toutes sortes de gestes artistiques, toutes sortes de causes… Que peuvent bien avoir à se dire un couple de danseurs de tango argentin et de Lindy hop ? Quel ADN commun partagent une soliste classique et une pop star ? L’unisson d’une chorégraphie de Bollywood sonne-t-il pareil que dans un ballet classique ?"

"We love Arabs"
Après le Festival d'Avignon, le Théâtre du Rond Point a accueilli du 12 septembre au 8 octobre 2017 "We love Arabs", avec Hillel Kogan. "Un chorégraphe israélien choisit un danseur arabe pour porter un message de coexistence et de paix. Au fil d’une parodie décapante des clichés chorégraphiques et des stéréotypes ethniques, Hillel Kogan se trouve piégé par les idées fausses qu'il croit combattre".

Le 30 janvier 2018, à 20 h 30, le Centre des Bords de Marne au Perreux-sur-Marne propose "We love Arabs", sur une chorégraphie de Hillel Kogan, avec Adi Boutrous et Hillel Kogan. Traduction française de Talia de Vries. Avec le soutien du Ministère de la Culture israélien, des Services culturels de l’Ambassade d’ Israël à Paris et du Israeli Lottery Arts Council.


La Batsheva Dance Company
Directeur artistique Ohad Naharin
Directrice administrative Dina Aldor
Adjoint du directeur artistique Adi Salant
Manager Yaniv Nagar
Répétiteur Luc Jacobs
Directrice des tournées Iris Bovshover
Productrice des tournées Naomi Friend
Directeur technique Roni Cohen
Lumières Gadi Glik
Son Dudi Bell
Technicien Aliaksei Prezhyn
Costumière Hana Fiala

de Gabriel Bibliowicz et Efrat Amit
Israël, 2010
52 mn
Diffusions les 28 mars 2011 à 23 h 15, 6 avril 2011 à 5 h et 14 avril 2011 à 5 h

Visuels :
© Ofer Dori

Naharin’s Virus 
Crédits : Gadi Dagon

Three
© Cyrus Cornut / Dolce Vita / Picturetank

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié pour la première fois le 27 mars 2011. Il a été republié le :
- 21 avril 2013 à l'approche des représentations (24-28 avril 2013) de la Batsheva Dance Company lors du Festival Sur les frontières. au Théâtre national de Chaillot (Paris) ;
- 16 décembre 2013, 25 mars, 4 octobre et 17 décembre 2014, 29 avril 2015, 5 janvier, 9 juin, 21 septembre et 10 novembre 2016, 12 septembre 2017.