Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 31 janvier 2018

« L’Insulte » par Ziad Doueiri


« L’Insulte », film franco-libanais bien réalisé par Ziad Doueiri (2017), sort en France le 31 janvier 2018. Un banal différend à Beyrouth entre un garagiste chrétien libanais et un chef de chantier musulman palestinien se mue en affaire d’Etat, et fait resurgir des blessures non cicatrisées, de souvenirs tragiques dans un pays divisé où l'Etat tente de s'imposer. Un film révélateur à maints égards.

« Ode to Joy » de Rabih Mroué

« A Beyrouth, de nos jours, une insulte qui dégénère conduit Toni (chrétien libanais) et Yasser (réfugié palestinien) devant les tribunaux. De blessures secrètes en révélations, l'affrontement des avocats porte le Liban au bord de l'explosion sociale mais oblige ces deux hommes à se regarder en face ».

Habilement construit, réalisé "à l'américaine", ce film souligne les torts partagés des deux "héros" : Toni et Yasser deviennent des "hérauts" de leurs camps.

Les deux protagonistes principaux appartiennent à une classe moyenne qui tente de survivre professionnellement dans un Etat bureaucratique qui s'efforce de mettre en vigueur sa législation sur son territoire. Une réglementation discriminatoire à l'égard des Palestiniens.  

Plus qu'une explosion sociale, c'est une implosion politique qui caractérise ce Liban. Ce film montre les ravages durables, profonds de la guerre au pays du Cèdre. La famille de Toni a été meurtrie par le massacre de civils chrétiens à Damour, bourgade chrétienne au sud de Beyrouth, commis par des terroristes palestiniens musulmans le 20 janvier 1976. Le film insiste plus sur le terrorisme palestinien que sur la guerre civile libanaise (1975-1990). Yasser a vécu Septembre Noir en 1969, mais le film n'indique pas son rôle alors ni que le royaume jordanien en 1969 réagissait contre les terroristes palestiniens qui avaient fomenté un coup d'Etat contre le souverain hachémite.

Le réalisateur Ziad Doueiri dépeint deux hommes de générations différentes, aux parcours opposés et présentant certains traits de caractères communs : Toni, trentenaire, s'avère secret, cultive le souvenir du président chrétien Bachir Gemayel (1947-1982) et avec ses souvenirs traumatisants, tragiques survenus dans son pays natal. Quant à Yasser - comme Yasser Arafat ? -, il est apprécié par son supérieur hiérarchique en raison de ses compétences professionnelles et est mû par la fibre sociale : il obtient une mutuelle pour ses ouvriers dans un pays érodant leurs droits. Tous deux ont épousé des femmes qui tempèrent leurs velléités, et avec lesquelles ils forment un couple soudé. Si l'agressivité de Toni est verbale, exceptionnelle et n'empêche pas un geste d'aide à l'égard de son adversaire, celle de Yasser est orale et physique, difficilement contrôlable et réitérée à des décennies d'intervalles.

Les politiciens : le député de Beyrouth ou l'hôte d'un palais somptueux ? Soucieux de "paix" même temporaire, de leur image sous les ors et les lambris d'une république qui se délite et rechigne à affronter son passé récent.

Issu d'une famille musulmane sunnite bourgeoise composée de nombreux juristes, le quinquagénaire Ziad Doueiri a écrit le film avec Joëlle Touma, née dans une famille chrétienne phalangiste, journaliste, actrice et scénariste. Ils ont le mérite d'aborder, ou de révéler, des faits non "politiquement corrects" : l'accueil réservé au Liban aux "frères palestiniens", l'absence de respect de Palestiniens à l'égard de ceux qui les ont accueillis en Jordanie, au Liban, et leur violence, le "sentiment de culpabilité" de certains jeunes chrétiens libanais à l'égard des Palestiniens.

Le verdict de la Cour de justice libanaise laisse un goût amer de... haine de soi, de dhimmitude. Une victoire judiciaire, politique... précédée d'un licenciement.

« Yaoud » 
Même un pays (quasi-)Judenrein comme le Liban est encore « habité » mentalement par les Juifs. C'est l'évocation d'un juif israélien, Ariel Sharon, qui joue le rôle de catalyseur de la violence jusque-là contenue de Yasser. A souligner que le terme « Yaoud » (Juifs, en arabe) est traduit dans le film par "Israéliens".

« L’Insulte » a été pré-sélectionnée pour l'Oscar du Meilleur film en langue étrangère et présentée au Festival de Venise en Sélection officielle. La Coupe Volpi du Meilleur Acteur de la Mostra de Venise a été remise à Kamel El Basha incarnant Yasser.

Peu après avoir été acclamé à Venise, le réalisateur Ziad Doueiri a été interpellé le 10 septembre 2017 à l'aéroport de Beyrouth, et ses passeports français et libanais ont été confisqués. Il devait comparaître devant un tribunal militaire : son précédent long métrage, "L'Attentat" (2012) d'après le livre de Yasmina Khadra, avait été interdit au Liban en 2013 car certaines scènes avaient été tournées en Israël, avec des acteurs israéliens. Or, le Liban a signé un traité d'armistice en 1949 avec le jeune Etat d'Israël, mais aucun traité de paix.

"Pour les faits qu'ils lui sont reprochés, le délai de prescription de trois ans est passé, puisque le tournage a eu lieu en 2012", a commenté Me Najib Lyan, avocat de Ziad Doueiri. D'après lui, à l'époque du tournage, M. Doueiri avait par ailleurs "adressé une requête aux autorités libanaises expliquant qu'il voulait filmer sur le terrain, pour défendre la cause palestinienne (...) sans jamais recevoir de réponse". De son côté, Ziad Doueiri a déclaré avoir été remis en liberté car il n'y avait "pas d'intention criminelle".


"Ce film s’est bâti ainsi, sur un engrenage. Je commence toujours mes films par une tension, un incident, j’essaye d’en voir les enchaînements. Je pars toujours de mes personnages, qui ils sont au début du film et qui ils deviennent une fois le film terminé. Là, en partant de ce conflit, j’avais deux personnages principaux : Tony et Yasser. Tous deux ont des failles, leur passé respectif présente une série d’obstacles internes. Il y a un climat extérieur chargé, électrique : le personnage de Tony porte en lui un secret, quelque chose qu’il a vécu et dont personne ne veut parler. C’est tabou, et il ressent cela comme une injustice. Yasser lui aussi rencontre des obstacles : il se méfie, par expérience, de la justice".

"La guerre du Liban s’est terminée en 1990 sans vainqueurs ni perdants : tout le monde a été « acquitté ». L’amnistie générale s’est transformée en amnésie générale. On a mis la poussière sous le tapis, comme on dit. Mais sans ce travail de mémoire, on ne cicatrisera pas".

"Le film de procès permet, sur le plan de la dramaturgie, de mettre deux antagonismes dans une même salle. Tu peux filmer leur confrontation, dans un face-à-face. C’est une sorte de western moderne, rejoué dans un huit clos. C’est ce que j’ai eu envie d’essayer, étant donné que le film décrivait une forme de duel entre Tony et Yasser".

"La justice a toujours été très importante pour moi, je viens d’une famille d’avocats, de juges, ma mère est avocate, et elle est devenue la conseillère juridique sur ce film. D’ailleurs, qu’est-ce que nous avons dû batailler au moment de l’écriture du scénario ! Elle est très maligne, ma mère, elle est terrible ! Elle a beaucoup travaillé à faire acquitter le palestinien dans le film (rires). Plus sérieusement, Joelle comme moi connaissons intimement l’histoire de la guerre du Liban, le prix payé par chacune des parties. Elle et moi, c’est intéressant à noter, venons de familles aux convictions politiques et à l’appartenance religieuse différente. Elle comme moi avons été élevés avec certaines idées. Joelle vient d’une famille, chrétienne phalangiste, et moi d’une famille sunnite, qui a défendu la cause palestinienne, de façon là aussi très virulente. Puis nous avons, jeunes adultes, essayé au fur et à mesure des années de comprendre le point de vue de l’autre. On a chacun accompli un pas vers l’autre, mené un chemin solitaire pour trouver un équilibre, une forme de justice, dans cette histoire libanaise qui n’est ni blanche ni noire, dans laquelle il est impossible de dire voici les bons, voici les méchants".

"Si je devais résumer ce film, ce serait la recherche de la dignité. Chacun de ses deux personnages a perdu son honneur et sa dignité, chacun blâme l’autre, le rend responsable de ses problèmes. L’Insulte est un film résolument optimiste et humaniste. Il montre des chemins possibles pour arriver à la paix".

"C’est un film à dimension universelle. Yasser et Tony pourrait être d’une autre nationalité, d’un autre pays. Encore une fois, ce film est résolument optimiste et humaniste. Il montre le chemin d’une alternative aux conflits par la voie de la reconnaissance, de la justice et du pardon".


« L’Insulte » par Ziad Doueiri
Liban/France, 2017
Ecrit par Ziad Doueiri et Joëlle Touma
Chef opérateur : Tommaso Fiorilli
Montage : Dominique Marcombe
Directeur artistique : Hussein Baydoun
Décors : Johan Knudsen
Casting : Abla Khoury
Son : Guihem Donzel, Olivier Walczak, Bruno Mercère
Musique : Eric Neuveux
Producteurs : Antoun Sehnaoui, Jean Bréhat, Rachib Bouchareb, Julie Gayet, Nadia Turincev
Producteur Associés : Frédéric Domont, Muriel Merlin
Co-producteurs : Charles S. Cohen, Geneviève Lemal
Une production Ezekiel Films, Rouge International, Tessalit Productions, en co-production avec Cohen Media Group, Scope Pictures, Douri Films, avec la participation de Cinémas du Monde – Centre National du Cinéma et de l’Image Animée – Ministère des Affaires Etrangères et du Développement International – Institut Français, Canal + Ciné + L’Aide aux Cinémas du Monde –Alpha touch
Avec Adel Karam, Rita Hayek, Kamel El Basha, Christine Choueiri, Camille Salameh, Diamand Abou Abboud

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mardi 30 janvier 2018

« Moshe. Victime et meurtrier », par Natalie Assouline Terebilo


Arte rediffusera le 31 janvier 2018 « Moshe. Victime et meurtrier » (Tödliche Rache. Vom Holocaust-Opfer zum Mörder, Dark Side), par Natalie Assouline Terebilo. « Après la Seconde Guerre mondiale, Moshé Knebel a retrouvé et tué les nazis qui ont assassiné sa famille. En compagnie de ses enfants, il refait le voyage vers la Pologne, plus de soixante ans après, pour renouer avec sa douloureuse histoire. Un questionnement vertigineux sur le sens de la justice ».

« Je ne me souviens pas du premier homme que j’ai tué… Je me rappelle seulement de ses chaussures car elles ont fait mal à mes pieds pendant des mois. Je me souviens que si je ne l’avais pas tué, c’est lui qui m’aurait tué... Depuis ce jour, j’ai su que je devais tuer pour vivre », a confié Moshé Knebel, Juif israélien octogénaire d’origine polonaise - il est né et a grandi à Krasnobród - et survivant de la Shoah. Sa voix off ponctue le film.

« Si à première vue Moshé Knebel, 85 ans, a l’air d’un grand-père comme les autres, le vieil homme israélien d’origine polonaise cache un sombre secret ».

"Pologne gorgée de sang juif"
Âgé de 13 ans, après l'assassinat de son père qui vendait des chevaux, Moshé Knebel erre dans la forêt pendant environ un an et demi. A l’affût de bruits inhabituels. Il mange des baies, des myrtilles et parfois des noisettes.

Dans des buissons, il aperçoit des cadavres de jeunes filles nues.

« A tout moment, des collaborateurs polonais pouvaient surgir et me tirer dessus. J’ai tout fait pour survivre », se souvient tout.

Il apprend que tous les Juifs de Krasnobród, dont sa mère et son petit frère, ont été brûlés dans la boulangerie. Il pleure pendant trois jours. « A 14 ans, j’étais seul, je n’avais plus personne ».

Des partisans russes lui proposent de les rejoindre. Il accepte et reste avec eux. Il apprend à se défendre, le courage de ne pas fuir, de rester et de se battre. Il devient russe. Âgé de 15 ans, il avait « oublié la bénédiction du père lors du chabbat », il « voulait fuir son identité juive ». « Ce qui comptait était que je n’étais plus seul ».

Moshé devient un « vrai soldat russe » : « On tuait tous ceux qui avaient collaboré avec les Allemands. On ne pouvait pas garder de prisonniers. Il fallait les tuer. C’était comme çà, à chaque bataille. Où aurions-nous trouvé de la nourriture ? L’ordre de Moscou était « Pas de prisonnier ». Un jour, l'Armée rouge a projeté un film où des Allemands jettent enfants contre des troncs d'arbres jusqu’à ce qu’il meurent ».

Dans l’Armée rouge, Moshé se porte volontaire pour combattre les Allemands sur le front. C’est à pied qu’il parvient à Berlin au terme d’un trajet de 2000 km, sans suivre de chemin bien tracé.

« Pour la plupart des Juifs polonais, la guerre s’est terminée en 1945. Pour moi, ce n’était qu’un début ». Moshé est fier d’avoir vaincu pour son pays, la Pologne. Il a 18 ans et revient à Krasnobród.

« Tout le monde savait que si quelqu’un rentrait chez lui après guerre, il serait assassiné. J’espérais que quelqu’un de ma famille aurait survécu. Je ne savais pas que j’allais revoir nos voisins portant les robes de ma mère et le manteau qui réchauffait mon père ».

1946, démobilisé, Moshé est content de revoir ses amis d’enfance, mais « la guerre les avait changés, eux aussi ». Après une soirée au bistrot avec trois amis polonais, Moshé part en voiture avec eux. Ces « amis » tentent de le tuer en pleine nuit, l’hiver : ils le frappent à la tête, sur tout le corps. Moshé parvient à fuir et se cache dans un arbre, puis il se réfugie au monastère. Il est aussi nourri et hébergé par la police secrète.

Pour combattre les opposants au communisme, le commandant de la police secrète « cherche des Juifs ayant tout perdu, qui n’ont pas peur de la vengeance ». Le QG de cette police est celui occupé auparavant par la Gestapo. Là, ont lieu les interrogatoires et les tortures des Polonais interpellés et gardés pendant trois mois.

« Ancien partisan, Moshé  a échappé à la déportation ; puis membre de la police secrète polonaise, il a mené à bien, après la Seconde Guerre mondiale et en secret, une terrible vengeance ».

« Officiellement censé débusquer les ennemis du communisme » au sein de l’UB, il « s’est personnellement chargé d'exécuter les anciens nazis responsables de l’assassinat de ses parents et d’une bonne partie de sa famille, mais aussi les collaborateurs polonais qui ont dénoncé les siens ».

Moshé déterre les ossements de son père et de son frère, et les enterre dans le cimetière juif de sa ville.

A partir de 1948, son activité dans la police secrète prend fin. Moshé a alors voulu commencer une nouvelle vie, oublier le passé. Il achète un taxi, emménage dans une lointaine ville. S’y marie, a un fils prénommé Mordechai comme son père.

En 1967, ce Polonais juif immigre en Israël avec sa famille et devient Moshe. Son fils est mobilisé et tombe malade, puis décède. Dans sa douleur, Moshé dit à ses parents décédés que son fils est mort de maladie, et non de balles allemandes.

Longtemps, Moshé a caché à ses enfants qu’il était un survivant de la Shoah, qu’il s’était caché dans les bois avec des partisans polonais.

Ses "enfants l’ont entendu crier quand il faisait ses cauchemars la nuit. Cela a marqué leur vie, même s’il n’en parlait pas au réveil".

« En compagnie de son fils David et de ses filles Hannah et Batya, Mosche refait le voyage vers la Pologne, plus de soixante ans après, pour renouer avec une histoire aussi douloureuse que romanesque ».

« Un plongeon dans un passé dramatique, dont ses enfants n’avaient jamais entendu que des bribes… »

« Comment accepter de voir son père non seulement comme un survivant de l'Holocauste, mais aussi comme un meurtrier ? »

Pour Batya, sa fille : « Nous pouvons essayer de comprendre. Qu’est-ce qui l’a motivé ? Je ne le sais pas. Il n’avait plus rien à perdre ».

Son fils David considère que « le besoin de vengeance vient de l’absence de réponse à la question : Pourquoi ont-ils fait ça ?

« La vengeance ne m’a pas rendu ce qu’elle m’a pris. Elle n’a pas apaisé mes nuits. J’ai eu le sentiment de rendre justice à ma famille », conclut Moshé Knebel qui « a rendu des coups, œil pour œil, dent pour dent ».

Documentariste israélienne, Natalie Assouline Terebilo avait réalisé Shahida – Brides of Allah  (Les épouses d’Allah, 2008, 76 min). Un documentaire sur des djihadistes palestiniennes ayant commis des attentats terroristes en Israël, et leurs motivations : « restaurer l’honneur familial », naïveté ou faiblesse consistant à se laisser instrumentaliser, etc.


Dans « Moshe. Victime et meurtrier », elle mêle de « poignantes scènes animées en noir et blanc » créées par Yoni Goodman (Valse avec Bachir). Elle offre un questionnement vertigineux sur le bien et le mal, le sens de la justice et l’histoire familiale ».

Pourquoi Arte n’utilise-t-elle pas le mot « juif » dans son communiqué !?

Pourquoi Arte va-t-elle diffuser de nouveau ce film émouvant après minuit ?

« Moshe. Victime et meurtrier », par Natalie Assouline Terebilo
Suisse, 2015, 51 min
Sur Arte dans le cadre d’une soirée spéciale consacrée à la libération des camps nazis, le 25 janvier 2017 à 0 h 55, le 31 janvier 2018 à 0 h 10 

Visuels : © First Hand Films/Uri Ackerman
Moshé et sa famille dans la forêt en Pologne où il s’est caché à l’époque des Nazis
Moshe et sa femme Ilana sur la tombe de leurs premiers enfants en Israël
Moshe retourne dans sa ville natale de Krasnobrod en Pologne 
Animation : Moshe raconte comment les partisans russes ont pendu un nazi à un tank
Animation du film : Moshe observe comme un enfant comment des nazis assassinent un homme
Moshe et son fils David dans la forêt en Pologne où il s’est caché à l’époque des Nazis

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Articles in English 
Les citations sont extraite du site d'Arte. L'article a été publié le 24 janvier 2017.

dimanche 28 janvier 2018

Karel Ančerl (1908-1973), chef d’orchestre tchèque


Karel Ančerl (1908-1973) était un célèbre chef d’orchestre  tchécoslovaque de père juif. Il dirige l'orchestre de jazz du Théâtre libéré (1930-1933), puis l'Orchestre symphonique de la radio de Prague (1933-1939) et l'Orchestre philharmonique tchèque de Václav Talich dès 1930. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il est déporté au camp de concentration nazi de Theresienstadt (Terezín). Là, Ančerl est filmé dans le film de propagande nazie "Le Führer offre une ville aux Juifs" dirigeant des artistes instrumentistes ou chanteurs interprétant une oeuvre de Pavel Haas. Amené à Auschwitz en 1944, Karel Ančerl survit et apprend l'assassinat de sa femme et son fils gazés. Il retourne à Prague, et dirige l'Orchestre de la radio, l'Orchestre de l'Opéra jusqu'en 1950, puis l'Orchestre philharmonique tchèque. Lors du printemps de Prague suivi de l'occupation soviétique, il décide de continuer sa collaboration avec l'Orchestre symphonique de Toronto. Le 27 janvier 2018, de 20 h à 21 h 30, le Centre tchèque propose un concert du Forum des Voix Étouffées afin de commémorer la Journée mondiale de l'Holocauste, et à 19 h 30, le Grand amphithéâtre de la Sorbonne accueillera le concert "La musique contre l’oubli", "hommage aux compositeurs juifs tués par les Nazis, avec l’Orchestre de la Garde républicaine, sous la direction de François Boulanger. Au piano : Nathalia Romanenko, présentation : Marek Halter. Un concert sous le haut patronage de M. Emmanuel Macron, Président de la République, à l'invitation de M. Gilles Pécout, Recteur de l'Académie de Paris, et de M. Éric de Rothschild, Président du Mémorial de la Shoah.



Karel Ančerl est né en 1908 dans une famille cultivée de Tučapy, un village de Bohême, dans le sud de l’Empire austro-hongrois.

Après des études de violon, direction et composition au Conservatoire de Prague, il débute auprès de Vaclav Talich et Hermann Scherchen. C’est lui qui crée en Tchécoslovaquie le « Pierrot lunaire » de Schoenberg.

"L’activité d’Ančerl au Théâtre Libéré commence en 1931, et se termine en 1933", rappelle Antoine Servetti, responsable du site dédié à Karel Ančerl.

De 1933 à 1939, il dirige l’Orchestre de la radio de Prague, un orchestre de jazz et à plusieurs reprises la Philharmonie tchèque.

Bien que son père soit Juif, "il a continué son activité jusqu’en 1939, où l’on a pu recenser de nombreuses sessions radio", précise Antoine Servetti.

Arrêté, cet artiste est interné dans des camps de concentration.

Dans le film  "Der Führer schenkt den Juden eine Stadt" ("Le Führer offre une ville aux Juifs") réalisé à Terezin (Theresienstad), camp de concentration édifié à fins de propagande par les Nazis, on peut le voir diriger le 23 juin 1944 l’orchestre du camp interprétant une Etude pour cordes de Pavel Haas. Karel Ančerl est déporté ensuite à Auschwitz. Il survit très affaibli, mais ses parents, son épouse et son fils périssent assassinés dans les camps de la mort.

Lors de la saison 1946-47, Karel Ančerl "dirige l’Orchestre de l’Opéra du 5 Mai (production de 5 opéras)", a observé Antoine Servetti.


En 1947, il dirige l’Orchestre de la radio tchèque, puis devient le chef de l’Orchestre philharmonique tchèque de 1950 à 1968, période où Vaclav Talich dirige la Philharmonie slovaque. Les mélomanes se souviennent de son perfectionnisme, son sens du détail, son éloquence gestuelle et sa sensibilité pour restituer les émotions des œuvres dirigées et du niveau d’excellence atteint par l’Orchestre philharmonique tchèque sous sa direction.

« Chaque chef d'orchestre, chaque artiste-interprète, est un médium. Un médium qui réalise, ou doit réaliser, la vision du compositeur. Pour le faire bien sûr, il lui faut un instrument : un violon ou un piano pour l'instrumentiste, un orchestre pour le chef d'orchestre. Son instrument est beaucoup plus complexe qu'un instrument individuel. L'orchestre est une collectivité. Il est composé de nombreuses individualités. Le premier travail du chef d'orchestre, à mon avis, consiste à souder cette collectivité, de façon à ce que tous ressentent, tous vivent de la même manière l’œuvre qu'ils interprètent… Je veux juste souligner l'importance de la personnalité du chef d'orchestre : elle peut et doit avoir une influence telle qu'elle amène toute cette collectivité à une manière de jouer très précise », a confié Karel Ančerl à Hans Krut dans le film  Qui est Karel Ančerl ? (1969).
La Guerre froide restreint le nombre des pays où il peut se produire. En 1959, il part en tournée en Australie, Chine, Japon, Union soviétique et Inde, puis dans les années 1960, en Amérique du Nord. Il est primé au niveau international.

Le 21 août 1968, sur ordre de l’URSS, les troupes du Pacte de Varsovie envahissent la Tchécoslovaquie. Karel Ančerl se trouve alors à l’étranger. Favorable au Printemps de Prague, il choisit l’exil et subit la répression : ses biens sont mis sous séquestre, ses disques ne sont plus réédités, son nom est enlevé des pochettes de disques, etc.

Au moment de nommer un successeur au directeur musical Charles Munch à la tête de l’Orchestre de Paris, deux noms sont proposés : Karel Ančerl et Herbert Karajan. C’est ce dernier qui est choisi. Karel Ančerl s’installe à la rentrée 1968 à Toronto (Canada) dont il dirige l’Orchestre philharmonique. Il décède le 3 juillet 1973.

A l’occasion de la « Gold Edition Ancerl » de Supraphon, en clôture du festival Culture tchèque des années 1960 et sous le Haut patronage de S.E.M. Pavel Fischer, Ambassadeur de la république tchèque en France, le Centre tchèque  a organisé, en partenariat avec la saison de concerts Prima la Musica !, une soirée en hommage au chef d’orchestre  tchèque Karel Ančerl, le 11 janvier 2006, à 19 h, à l’Auditorium de Cœur de Ville (Vincennes).

Pour rappeler cette figure talentueuse, une soirée  a présenté un extrait d’un film documentaire, puis une table-ronde dirigée par Stéphane Friedrich avec Jana Gonda, Directrice de Supraphon, les musicologues Guy Erismann, Marcel Marnat et Stéphane Friédérich, l’historien Antoine Marès et le journaliste A. J. Liehm.

Puis, l’Ensemble Calliopée placé sous la direction du compositeur Krystof Maratka a interprété des œuvres de Antonin Dvorak, Erwin Schulhoff, Krystof Maratcka, ainsi que le Kol Nidre pour violoncelle solo et ensemble à cordes de Max Bruch.

Alain Fantapié, président de l’Académie Charles Cros, a remis à la maison Supraphon le Prix « Hommage spécial à Karel Ančerl ». Lors du 30e anniversaire da la mort de Karel Ančerl, cette maison  a commencé à rééditer  les enregistrements  de Karel Ančerl réalisés avec l’Orchestre philharmonique tchèque interprétant  des œuvres de Beethoven, Brahms, Dvorak, Janacek, Prokofiev, Stravinsky. Soit 42 disques en sept séries…

Vers 22 h, a été inaugurée l’exposition photographique de Jiri Vsetecka « Prague musicale ».


CITATIONS  SUR/DE KAREL ANCERL

A l’issue de la création d’Etude pour orchestre à cordes de Pavel Haas par l’orchestre du camp dirigé par Karel Ančerl, le 23 juin 1944, au camp de Terezín (Theresienstadt) près de Prague, Viktor Ullmann, co-auteur avec Peter Kien de L'Empereur de l'Atlantide (Der Kaiser von Atlantis) a écrit : « Karel Ančerl est un chef d’envergure, possédant un savoir-faire impressionnant. Je tiens pour preuves de ses qualités et de sa patience surhumaine, le fait qu’il ait accompli un travail héroïque pour réunir et développer cet ensemble Comme chef, il me rappelle Václav Talich ou Hermann Scherchen. Comme ce dernier il a toujours été un pionnier de la musique contemporaine ».
On peut voir des images de ce concert dans Der Führer schenkt der Juden eine Stadt (Le Führer offre une ville aux Juifs), film de propagande nazie. Dans ce camp « considéré comme vorübergehendes Sammellager [camp de rassemblement et de transit] et vitrine exemplaire aux yeux du monde, Ančerl y a aussi "joué second alto dans le sextuor n°2 de Brahms" et dirigé Haendel, Beethoven, Bach et Mozart tout en travaillant dans les cuisines de ce camp. Parmi les artistes internés dans ce camp : Pavel Hass, Viktor Ullmann, Hans Krasá et Gideon Klein. Dès 1944 cet orchestre – formé en 1942 de 16 premiers et 12 seconds violons, huit altos, six violoncelles et une contrebasse – disparaît au fil des déportations vers Auschwitz de la plupart de ses artistes.

Le 16 octobre 1944, Karel Ančerl, son épouse Valy et leur fils Jan né à Terezín, ainsi que Pavel Haas, sont déportés au camp d’Auschwitz.
« Lorsque j’ai connu ces abîmes profonds de ce qu’un homme peut faire à un autre, je n’ai pas perdu la foi en l’Humanité, et plus tard après la guerre, je suis retourné plein d’élan dans la trajectoire que j’avais entamée en 1930  ». (Karel Ančerl)

Extraits de Kdo je Karel Ančerl  ? (Qui est Karel Ančerl ?) réalisé par Hans Krut pour la télévision tchèque (1968) :
« On me demande souvent : « Qu'est-ce que le travail d'un chef d'orchestre ? » On a écrit beaucoup de livre sur ce sujet, beaucoup de littérature. Moi, je me contenterai de dire ceci... Je voudrais dire que chaque chef d'orchestre, chaque artiste-interprète, est un médium. Un médium qui réalise, ou doit réaliser, la vision du compositeur. Pour le faire bien sûr, il lui faut un instrument : un violon ou un piano pour l'instrumentiste, un orchestre pour le chef d'orchestre. Son instrument est beaucoup plus complexe qu'un instrument individuel. L'orchestre est une collectivité. Il est composé de nombreuses individualités.
Le premier travail du chef d'orchestre, à mon avis, consiste à souder cette collectivité, de façon à ce que tous ressentent, tous vivent de la même manière l'œuvre qu'ils interprètent. C'est la première étape de la véritable interprétation. De même que pour l'instrumentiste, la qualité de son instrument importe beaucoup, le travail du chef dépend de la qualité de l'orchestre.
A ce propos, il est utile de se rappeler la différence qui existe entre les orchestres de jadis et ceux d'aujourd'hui. Aujourd'hui dans les orchestres de haut niveau, on exige une perfection technique totale de chaque instrumentiste. Les générations précédentes n'ont pas eu cette chance. Les chefs d'orchestre formaient leurs musiciens.
Je me souviens d'une petite histoire que j'ai vécu avec Talich. Quelques années avant sa mort, il était revenu à la Philharmonie tchèque pour diriger des concerts. Il avait invité notre premier cor, Monsieur Stefek, à jouer un passage d'une manière bien précise. Talich lui a chanté ce passage. Stefek a pris son instrument et l'a joué sur le champ, comme Talich le désirait. Talich abandonna la répétition et vint me voir en larmes. Il me dit : « Je n'ai plus rien à leur expliquer. Ils jouent comme je l'imagine avant même que je dise comment je l'imagine ! »
Je veux dire par là que la technique orchestrale a énormément évolué. De nos jours, le niveau des musiciens de l'orchestre facilite la tâche du chef. Il est sûr que les performances d'un bon orchestre se répercutent sur les exigences du chef. Bien sûr les exigences de chaque chef d'orchestre envers la collectivité de cessent d'augmenter. C'est seulement ainsi que l'on peut atteindre, aujourd'hui, des performances extraordinaires dans un orchestre moyen. Celui-là même qui, jadis, représentait le sommet de l'art de l'interprétation. Bien sûr, la personnalité du chef d'orchestre influence le style et l'interprétation. J'ai parlé avec un membre du célèbre orchestre de Boston. Je l'ai interrogé sur divers chefs d'orchestre comme Koussevitsky, Munch... Il me dit : « Sous Koussevitsky, nous jouions comme un orchestre russe et Munch nous a transformés en un orchestre français. » Je veux juste souligner l'importance de la personnalité du chef d'orchestre : elle peut et doit avoir une influence telle qu'elle amène toute cette collectivité à une manière de jouer très précise. Cela exige une très longue série de répétitions et une longue expérience commune. Si je dirige la Philharmonie tchèque, je n'ai pas besoin de leur expliquer longuement ce que je souhaite obtenir, car nous nous connaissons depuis 18 ans ».

Karel Ančerl  sur le cycle de poèmes symphoniques « Ma patrie » de Bedřich Smetana : « Evidemment, « Ma patrie » est pour notre public l’œuvre fondamentale de la musique tchèque. C’est ainsi que notre public le sent car il y voit une des plus grandes créations de l’esprit national. Je crois que c’est juste, mais je pense aussi que « Ma Patrie » n’a pas qu’une importance locale. Je m’en suis convaincu lors de l’Exposition universelle de Montréal en 1967 où nous l’avons exécutée. J’ai été surpris par le succès immense que l’œuvre a remporté. Mais là, l’aspect national de l’œuvre a été naturellement éliminé et les gens n’écoutaient que la musique ».

Le 27 janvier 2018,
- de 20 h à 21 h 30, le Centre tchèque propose un concert du Forum des Voix Étouffées afin de commémorer la Journée mondiale de l'Holocauste. Programme :
Louis Saguer : 4 chants Séfardis
Ilse Weber : Ich wandere durch Theresienstadt
Simon Laks : 8 chants populaires juifs
Viktor Ullmann : 3 chants yiddish
Erwin Schulhoff : Suite dansante en jazz
 Betsabee Haas, soprano, Thomas Tacquet, piano
- à 19 h 30, le Grand amphithéâtre de la Sorbonne accueillera le concert "La musique contre l’oubli", "hommage aux compositeurs juifs tués par les Nazis, avec l’Orchestre de la Garde républicaine, sous la direction de François Boulanger. Au piano : Nathalia Romanenko, présentation : Marek Halter. Un concert sous le haut patronage de M. Emmanuel Macron, Président de la République, à l'invitation de M. Gilles Pécout, Recteur de l'Académie de Paris, et de M. Éric de Rothschild, Président du Mémorial de la Shoah.

A lire sur ce blog :

Mon article a été publié sous le pseudonyme de Ray Harsheld par Guysen Israël News le 10 janvier 2006, puis les 23 août 2013 et 28 janvier 2018. 

vendredi 26 janvier 2018

« L’Empereur de l’Atlantide », de Viktor Ullmann et Peter Kien


« L’Empereur de l’Atlantide ou La mort vaincue » (Der Kaiser von Atlantis) est une œuvre entre opéra et cabaret dont la musique est signée Viktor Ullmann et le livret Peter Kien, deux artistes d'origine Juive ou Juif. Elle a été écrite en allemand en 1943, dans le camp de concentration de Theresienstadt (Terezin). Elle demeure inachevée : victimes de la Shoah (Holocaust), ses auteurs sont morts au camp d’Auschwitz en 1944. Cet opéra a été joué pour la première fois en 1975 à Amsterdam (Pays-Bas), et rarement réinterprété. Le 27 janvier 2018, à 19 h 30, le Grand amphithéâtre de la Sorbonne accueillera le concert "La musique contre l’oubli", "hommage aux compositeurs juifs tués par les Nazis, avec l’Orchestre de la Garde républicaine, sous la direction de François Boulanger. Au piano : Nathalia Romanenko, présentation : Marek Halter. Un concert sous le haut patronage de M. Emmanuel Macron, Président de la République, à l'invitation de M. Gilles Pécout, Recteur de l'Académie de Paris, et de M. Éric de Rothschild, Président du Mémorial de la Shoah.

Karel Ančerl (1908-1973), chef d’orchestre tchèque
« Plus jamais les camps ! L'autre message de l'opéra Brundibar » (Wiedersehen mit Brundibar) de Douglas Wolfsperger
« Alma Rosé : Ne m’oubliez pas, s’il vous plaît » d’Edward Arckless
« Alice Sommer Herz, un destin d'exception » de Christopher Nupen
« L’Empereur de l’Atlantide », de Viktor Ullmann et Peter Kien
« La force de la musique, la famille Wallfisch » de Mark Kidel
« Le Maestro. Pour que vive la musique des camps » de Alexandre Valenti
« Requiem pour la vie », de Doug Schulz

L’action de l’Orchestre des Pays de Savoie, du Forum des Voix étouffées, de l’association des Amis de la musique juive, du Cercle d'études historiques du Marais et de leurs partenaires vise à faire (re)connaître, par colloques et spectacles, les artistes persécutés, souvent assassinés, par les Nazis, afin que leurs créations ne soient pas ensevelies par l’oubli.

Rendre leur place à ces artistes - décédés lors des persécutions de ces régimes totalitaires, tombés dans un oubli parfois volontairement en refusant que leurs œuvres soient jouées (sentiment de culpabilité des survivants ? Sentiment de n'être plus en phase avec leur époque ?) - c’est "restituer au public un patrimoine essentiel tout en affirmant les victoires de la création sur les dictatures. Redonner vie à leurs œuvres, c’est faire de ces créateurs" - Joseph Beer (1908-1987) de Der Prinz von Schiras (1934) sur un livret de Fritz Loehner-Beda, Aldo Finzi (1897-1945) auteur notamment de La serenata al vento (1937) et Shylok (1942) -  L'Infini d'Aldo Fini a été représenté le 16 juin 2012, à 21 h, à Marseille, par le VIIe Festival des musiques interdites -, Simon Laks (1901-1983) auteur du poème symphonique Farys (1924), Victor Ullmann (1898-1944) auteur avec Peter Kien de L'Empereur de l'Atlantide et de bien d'autres - "voués à l’annihilation les acteurs d’une culture et d’une citoyenneté nouvelles".

Le 16 juin 2012, à 21 h, en partenariat avec le Forum culturel autrichien de Paris et la ville de Marseille, le VIIe festival des musiques interdites investit l'église Saint-Cannat les Prêcheurs pour une interprétation notamment de L'Infini d'Aldo Finzi par l'Orchestre de la Garde Républicaine sous la direction de Sébastien Billard avec pour récitant Charles Berling, la soprano Emilie Pictet et le baryton Mathias Hausmman.

L'argument
L’argument de « L’Empereur de l’Atlantide », opéra en un acte et quatre tableaux : « Arlequin, incarnant le principe de la vie, et la Mort se plaignent de cette époque malheureuse dans laquelle ils n’ont plus de place. Les hommes ne savent plus sourire et ne respectent même plus la mort » ((H.G. Klein, Decca, 1994). L’Empereur édicte un décret imposant la guerre entre ses sujets. Vexée, « la Mort se venge en brisant son épée : les hommes ne pourront plus mourir » (ibid). Abasourdi, l’Empereur constate que les exécutions publiques deviennent inutiles : « Les prisonniers restent en vie. L’empereur s’attribue auprès de ses sujets ce bienfait : l’octroi de la vie éternelle. La guerre générale. Nul ne se bat plus puisque l’on ne peut plus se tuer. Un soldat et une jeune fille se retrouvent comme des êtres humains dans la compassion et l’amour ». L’anarchie s’étend. « Arlequin fait ressurgir les souvenirs d’enfance de l’Empereur, qui devient fou. La Mort promet de délivrer le peuple de toute souffrance si l’Empereur est prêt à mourir le premier. L’Empereur accepte » (ibid).

Le prologue de cet opéra présente les personnages et leurs motifs. Dans son épilogue, « la Mort délivre les hommes de la souffrance ».

Ses auteurs : le librettiste Viktor Ullmann (1898-1944) et l’écrivain-dessinateur Frantisek Peter Kien (1919-1944).

Ullmann est né à Taschen, alors ville autrichienne. A Vienne, en 1918-1919, il suit notamment les cours de composition de Schoenberg. Il débute à l’automne 1920 comme chef de chœur et corépétiteur au Neues Deutsches Theater de Prague. En 1929, il obtient son premier succès international avec une œuvre pour piano les « Schoenberg-Variationen ».

Il découvre l’anthroposophie fondée par Rudolf Steiner (1861-1925). « [L’anthroposophie est] la « conscience de son humanité ", [il s’agit d’] éduquer sa volonté, [de] cultiver la connaissance, vivre le destin de son temps afin de donner à son âme une orientation de conscience, une sophia [Ndlr : sagesse] », déclarait Steiner en 1923.

Ullmann se passionne tant pour ce mouvement qu’il dirige de 1931 à 1933 une librairie à Stuttgart spécialisée dans ce genre d’ouvrages. En 1933, à l’arrivée des Nazis au pouvoir, il se réfugie à Prague.

Là, il travaille comme professeur et critique musical. Son talent de compositeur lui vaut le Prix Emil Hertzka en 1934 et 1936. En 1938 est créé son deuxième quatuor à cordes au festival de Londres.

En mars 1939, les Nazis occupent la République tchèque. Malgré les restrictions et les persécutions, Ullmann poursuit sa création. « Sur la cinquantaine d’œuvres qu’il compose avant sa déportation à Theresienstadt en septembre 1942, seules 18 ont été conservées, dont deux opéras non encore montés à ce jour, le « Dyonysiaque », concerto pour piano opus 25, quatre sonates pour piano et plusieurs cycles de lieder ».

Quant à Frantisek Peter Kien, il est né à Varnsdorf. Il étudie les Beaux-Arts à Prague et devient à 19 ans professeur dans la prestigieuse Ecole des Beaux-Arts de cette ville. Le 4 décembre 1941, il est interné avec sa femme Ilse.

Entre parodie et anthroposophie
« Der Kaiser von Atlantis » ou « La mort vaincue », « légende « tragique et grotesque, est composée au camp de Terezin (nom tchèque) ou Theresienstadt (nom allemand), « camp-modèle » instauré par les Nazis et formé du ghetto et d’une terrible forteresse-prison. Théâtre d'une vie culturelle intense, c’est l'antichambre dès octobre 1941 des camps d’extermination.

En 1942, les occupants de la ville sont évacués. Y demeurent et y affluent les déportés essentiellement Juifs. « Les autorités nazies transfèrent l’administration du ghetto au Conseil des Anciens, organe dirigeant de l’administration Juive dont la marge de manœuvre est infime, pour se consacrer à l’organisation des « transports ». Les internés doivent travailler de 10 à 12 heures par jour dans des conditions de sous-alimentation chronique » et d’absence d’hygiène, ce qui cause le développement des maladies et la mort de dizaines de milliers de déportés. Fin 1943, débutent les travaux d’embellissement destinés à tromper le Comité international de la Croix-Rouge dont une visite est prévue en 1944. Sur environ 140 000 déportés – dont 70 000 vieillards, plus de 10 000 enfants - à Terezin, plus de 80 000 sont transférés vers les camps d’extermination.

Viktor Ullmann, Gideon Klein, Pavel Haas et Hans Krasa forment le quatuor des auteurs les plus prolifiques du ghetto de Terezin, l’art étant conçu comme activité créatrice et forme de résistance au nazisme.

Viktor Ullmann écrit environ 25 œuvres entre 1942 et 1944, crée « un « studio pour la musique nouvelle » destiné à faire jouer des œuvres contemporaines et notamment celles composées dans le ghetto, met en place le « Collegium musicum » axé sur la musique baroque et écrit 26 critiques de concerts ». Son œuvre majeure reste « L’Empereur de l’Atlantide ».

Membre du Bureau de dessin, Frantisek Peter Kien se consacre à la poésie et à l’écriture avec le livre de cet opéra auquel participe Viktor Ullmann. Déporté à Auschwitz le 16 octobre 1944, il y périt. De son activité au ghetto, subsistent environ 350 dessins, généralement des portraits.

Les auteurs de « L’Empereur de l’Atlantide » multiplient les identifications entre l’Empereur et Hitler, par exemple « Ullmann caricature l’hymne nazi « Deutschland über alles » quand le tambour énumère les titres de l’Empereur ». Ils stigmatisent l’oppression nazie, en élargissant leur propos à un message plus universel, humaniste, empreint d’humanisme, inspiré par les idées de Rudolf Steiner.

Le régime nazi apparaît aussi dans la dénonciation de la propagande, la bureaucratie d’un régime totalitaire soumis au pouvoir et tuant les êtres humains de manière planifiée, industrielle.

Cet opéra est emblématique de la création réalisée avant l'anéantissement concentrationnaire. Il offre « une réflexion vertigineuse sur la finitude humaine ».

Le livret « tient à la fois du conte philosophique, du pamphlet surréaliste et du théâtre de tréteaux ». Le style de « Der Kaiser von Atlantis » est composite, à la confluence de Kurt Weill (présence du banjo et du saxophone), Gustav Malher, Bach, Schoenberg, Mendelssohn et Joseph Suk, de la polyphonie et du jazz. Son rythme est soutenu. Sa conception adaptée aux instruments disponibles – Ullmann songe à treize instruments, dont le piano, l’orgue - et des instrumentistes vivant dans ce camp. La formation de l’orchestre calquée sur le modèle de celles de l’Ecole de Vienne.

Sa date ? A la fin de l’air d’adieu de l’Empereur, est mentionnée la date du 13 janvier 1944. Cette partition reste inachevée, comme si Ullmann avait souhaité compléter son travail pendant les répétitions.

Prévues à la maison Sokolovna à l’automne 1944, les répétitions sont partiellement annulées. Décision des autorités du ghetto, allemandes ou juives, prenant conscience du contenu satirique de l’ouvrage ? Déportations en masse vers Auschwitz en octobre 1944 ? Arrêt des répétitions par les artistes craignant de susciter des représailles de SS en colère ?

Un opéra sauvé des camps de concentration
Pressentant son départ imminent, Ullmann confie les manuscrits de ses œuvres à un autre prisonnier, Emil Utitz, le priant, s’il ne revenait pas, de les donner à Hans-Günther Adler, un ami pragois.

C’est donc chez le fils d'Adler que le chef d’orchestre britannique Kerry Woodward trouve en 1972 la partition de cette œuvre « empreinte d’humanisme et de tragédie, qui fait référence à la mort en tant que libération et paradoxalement à la Commedia dell’Arte en tant que désespoir ». Il en réalise la première version exécutable et la dirige pour la première fois à Amsterdam, trois ans plus tard.

Cette oeuvre inachevée d'une heure et huit minutes a été présentée les 10 et 11 janvier 2006 à Chambéry, puis lors d’une tournée de six représentations en région Rhône-Alpes en janvier et février 2006. L’Orchestre des Pays de Savoie, la Compagnie l’Opéra-Théâtre et les Chœurs et Solistes de Lyon-Bernard Tétu ont permis de redécouvrir « Der Kaiser von Atlantis » placé sous la direction musicale de Graziella Contratto et mis en scène par André Fornier. A noter que ceux-ci ont présenté l’œuvre avant des représentations.

Un extrait de « L’Empereur de l’Atlantide » a été interprété lors du concert Entartete Musik I Mélodies exilées à Genève, le 7 novembre 2010, par l’association des Amis de la musique juive dans le cadre de la programmation In memoriam la musique « dégénérée ».

 L'association (Amis de la musique juive) AMJ présente en 2010 et 2011 une série de concerts « pour rendre hommage à tous les musiciens bannis, emprisonnés, déracinés ou assassinés par le régime nazi », et stigmatisés lors de l'exposition Entartete Musik (Musique dégénérée) à Düsseldorf, en mai 1938.

Le 13 avril 2011, cet opéra a été représenté au Mémorial de la Shoah dans le cadre de La musique contre la Barbarie. Il est organisé par le Forum des Voix étouffées et le Cercle d'études historiques du Marais.

Au programme : Lim Chae Wook, baryton, accompagné au piano par Daniel Navia, interprétera des extraits de l'opéra de Viktor Ullmann, L'Empereur d'Atlantide, et des airs de Erich Korngold, Gustav Mahler et Pavel Haas. Les commentaires ont été assurés par le chef d'orchestre et compositeur, Amaury du Closel et Shmuel Lemarteleur.

Dans le cadre du festival Des orchestres pour la mémoire-Musiques interdites (27 janvier-7 février 2012) organisé à l'initiative du Forum des Voix étouffées, il a été représenté, avec l'Ode à Napoléon d'Arnold Schönberg, le 27 janvier 2012 à l’auditorium de la Cité de la musique et de la danse (Strasbourg), et le 29 janvier 2012 à l'auditorium Antonin Artaud (Ivry-sur-Seine).

L'Orchestre national du Capitole de Toulouse a rendu hommage aux musiciens Juifs victimes de la Shoah le 8 mars 2012. Lors de ce concert dirigé par Joseph Swensen à la Halle aux grains de la ville rose, cet orchestre interprètera le Concerto pour piano du compositeur Viktor Ullmann, mort à Auschwitz, une œuvre jouée pour la première fois en France, par la pianiste ukrainienne Nathalia Romanenko. Sera rappelée « l'histoire du camp de concentration de Terezin rebaptisé Theresienstadt par les Allemands, à 60 km de Prague, où les nazisavaient rassemblé les meilleurs compositeurs et musiciens juifs, ainsi que d'autres intellectuels ». Cette soirée s’ouvrira par la projection d’un film de quelques minutes réalisé par les Nazis et montrant Viktor Ullmann diriger une de ses compositions à Terezin : à la fin du concert, le public applaudit debout ; tous les spectateurs portent l’étoile jaune. Au programme aussi le Songe d'une nuit d'été, op. 21, ouverture, de Mendelssohn, et la Symphonie n° 2 en do majeur, op. 61, de Schumann.

En février 2013, l’Opéra de Lyon, la Comédie de Valence, le CDN Drôme-Ardèche, et le Théâtre de la Croix-Rousse ont présenté cette œuvre, et l’exposition Le Masque de la Barbarie qui présentait les fac-similés d’œuvres et de documentés élaborées au ghetto de Terezin. Les sites de l'Opéra et du Théâtre proposent des extraits filmés du spectacle. La représentation du 12 février 2013 a été enregistrée. Elle a été diffusée le 20 avril 2013 à 19 h 08 dans la « Soirée lyrique » présentée par Judith Chaine sur France Musique.

Des œuvres de Viktor Ullmann ont été interprétées dans le cadre du Festival Les Voix étouffées 2013 (12 octobre-19 novembre 2013).

Le Cercil a présenté l'exposition La musique internée dans les camps de Beaune-la-Rolande et Pithiviers, et L'Arcal et le Théâtre de l'Athénée  « L’Empereur de l’Atlantide ou La mort vaincue » (Der Kaiser von Atlantis).

France 3 a diffusé le 15 janvier 2015, à 1 h 10 un concert dirigé par le maestro Joseph Swensen,  chef d'orchestre, et avec la pianiste Nathalia Romanenko, en hommage aux compositeurs du camp de Terezin. "Terezin, ancienne forteresse militaire édifiée à 60 kilomètres de Prague, fut transformée par les nazis en un camp où furent enfermés la plupart des compositeurs et interprètes juifs. Le 8 mars 2012, la pianiste Nathalia Romanenko leur a rendu hommage lors de ce concert. Elle interprétait notamment le « Concerto pour piano », op. 25, de Viktor Ullmann, en création française. L'oeuvre, composée en 1939 ne fut retrouvée qu'en 1992".

Dans le cadre de sa programmation Résistance par les Arts (Quatuor Pavel Haas, Le Golem, Quatuor Bennewitz), les 11, 12, 13 mars 2015, l'opéra de Dijon a présenté Der Kaiser von Atlantis, oder die Todverweigerung (L’Empereur d’Atlantide, ou la Mort abdique), opéra en un acte op. 49 - livret de Petr Kien, musique de Viktor Ullmann -, en allemand surtitré. Mis en scène par Benoît Lambert assisté de Yves Lenoir, le spectacle est interprété par les Jeunes solistes de l’Académie de l’Opéra de Dijon sous la direction musicale de Mihály Menelaos Zeke. La scénographie et les lumières sont signées par Antoine Franchet, les costumes sont conçus par Violaine L. Chartier, les maquillages par Marion  Bidaud. Le chef de chant est Nicolas Chesneau, le coach de lied allemand : Helmut Deutsch. "Du palais où il s’est enfermé, Overall l’Unique, Gloire de la Patrie, Bonheur de l’Humanité, et Empereur d’Atlantide, déclare dans son royaume la Sainte Guerre de Tous contre Tous : chacun, enfant, femme ou homme doit prendre les armes et combattre ! Mais La Mort ne peut plus suivre le rythme effréné du trépas industrialisé et motorisé déversé par les tanks et les flottes aériennes. Elle brise son glaive : désormais, plus personne ne mourra ! L’Empereur a beau multiplier bombes et canons, son royaume se remplit d’êtres entre vie et mort, qui aspirent à rendre enfin le dernier souffle, et son palais est assiégé par les rebelles : tous se retournent contre lui. La Mort lui apparaît alors : elle est là pour délivrer de la souffrance, pas pour en accabler les hommes. Elle reprendra son œuvre éternelle si Overall accepte d’en être la première victime… Opéra bouleversant et radical, Der Kaiser est inséparable du contexte terrible qui l’a vu naître. Composé en 1943 par Viktor Ullmann, alors interné au camp de concentration de Terezín (Theresienstadt) — ghetto-leurre destiné à donner le change à la Croix-Rouge et où les nazis laissent se développer une vie culturelle — la représentation en sera interdite après la générale par les autorités SS. Les déportations massives d’octobre 1944 vers Auschwitz-Birkenau (où seront gazés Ullmann, son librettiste Petr Kien et l’ensemble des participants au projet) mettront un terme définitif à l’entreprise. Mais l’œuvre ne saurait être réduite à ces circonstances macabres. En répondant au besoin impérieux de pensée, d’humour, de profondeur et de poésie de leurs compagnons d’infortune, en leur redonnant, par l’art et la culture, le statut d’êtres humains qui leur était dénié, Kien et Ullmann s’adressent à chacun de nous et à ce qui nous fait hommes : notre rapport à la beauté et à la mort, cette mort qui nous apprend «à honorer en nos frères les joies et les malheurs de la vie.»

Le 12 mai 2016 à 19 h 30, le Mémorial de la Shoah présenta une projection en avant-première mondiale d'extraits de "Le Maestro, à la recherche de la musique des camps" documentaire d’Alexandre Valenticommentés par ceux qui ont vécu la réalisation du documentaire de l’intérieur aux quatre coins du monde. Seront présents à cette rencontre Francesco Lotoro, personnage principal du film qui consacre sa vie depuis 30 ans à retrouver, déchiffrer et jouer la musique composée dans les camps de concentration de la seconde guerre mondiale, Alexandre Valenti, auteur-réalisateur du film, Loïc Bouchet et Michel Welterlin, producteurs du film (production Intuitions Films & Docs / Les Bons Clients en coproduction avec DocLab/Intergea), Thomas Saintourens, co-auteur du film et auteur du livre Le Maestro (Stock, 2012), Emmanuel Julliard, chef monteur du film, et Marc Valenti, Chef opérateur prises de son

 "Depuis plus de 30 ans, Francesco Lotoro, un homme solitaire, s’est lancé un défi unique au monde : retrouver, archiver et jouer toutes les partitions de musique écrites et composées dans les camps de la Seconde Guerre mondiale. Une quête vertigineuse et un film d’histoire, comme un voyage dans le temps contre l’oubli, à la mémoire de ces femmes et de ces hommes qui ont fait de la musique un acte de résistance. Ce film documentaire (France, 90 mn, Intuition Films & Docs, Les Bons Clients, Doc Lab et Intergea, 2016, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah) est actuellement en production, il sera diffusé en avant-première au Mémorial à la fin de l'année 2016. 

Le Festival 2017 "Mémoires d'exil" du Forum Voix Étouffées-CEMUT et le Centre tchèque de Paris ont organisé le 14 novembre 2017, à 20 h, au Centre tchèque de Paris un concert de Moritz Ernst, pianiste et claveciniste allemand. Au programme : Karl Amadeus Hartmann (1905-1963) Toccata, Stefan Wolpe (1902-1972), 2 Tänze : Blues & Tango (1926), George Antheil (1900-1959) Jazz Sonata, et Viktor Ullmann (1898-1944) Sonate n° 6. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, avec la star hollywoodienne Hedy LamarrGeorge Antheil a déposé le premier brevet d'un système de codage des transmissions dénommé "étalement de spectre" (spread spectrum) ou « commutateur de fréquences » afin de radio-guider des torpilles américaines.


Le 27 janvier 2018, à 19 h 30, le Grand amphithéâtre de la Sorbonne accueillera le concert "La musique contre l’oubli", "hommage aux compositeurs juifs tués par les Nazis, avec l’Orchestre de la Garde républicaine, sous la direction de François Boulanger. Au piano : Nathalia Romanenko, présentation : Marek Halter. Un concert sous le haut patronage de M. Emmanuel Macron, Président de la République, à l'invitation de M. Gilles Pécout, Recteur de l'Académie de Paris, et de M. Éric de Rothschild, Président du Mémorial de la Shoah.


Du 24 au 30 janvier 2014
Au Théâtre de l'Athénée-Louis Jouvet
 Square de l'Opéra Louis-Jouvet - 7 rue Boudreau. 75009 Paris
Tél. : 01 53 05 19 19

A Niort (79) le 11 février 2014 à 20 h 30 au Moulin du Roc. Tél. :  05 49 77 32 30
A Poitiers (86) le 13 février 2014 à 20 h 30 au TAP - Scène nationale. Tél. : 05 49 39 50 90
A Massy (91) le 5 avril 2014 à 20 h à l'Opéra. Tél. : 01 60 13 14 14
A Saint Quentin (78) le 9 avril 2014 à 20 h 30 au Théâtre de Saint Quentin. Tél. : 01 30 96 99 00

Le 8 mars 2012
A la Halle aux Grains
Place Dupuy. 31000Toulouse
Tél. : (+33) 5 61 63 13 13 

Le 27 janvier 2012 à 20 h
1, place Dauphine, 67000 Strasbourg
et
le 29 janvier 2012 à 16 h
152, avenue Danielle Casanova, 94200 Ivry-sur-Seine
Renseignements et réservation au Forum des voix étouffées ou au 06 99 82 91 16
Ensemble Voix Etouffées, direction Amaury du Closel
Assaf Levitin, baryton
Silvia Vadimova, soprano
Camille Slosse, soprano
Pierre-Yves Pruvot, baryton
Mourad Amirkhanian, baryton
Sébastien Obrecht, ténor
Vincent Ordonneau, ténor

Le 13 avril 2011 à 16 h
Au Mémorial de la Shoah
17, rue Geoffroy l’Asnier, 75004 Paris
Informations et pré-ventes sur le site de Mémoires Juives
Extrait et analyse de l'oeuvre (1h08) sur le site du Mémorial de la Shoah

Le dimanche 7 novembre 2010 à 17 h
Conférence-concert  Entartete Musik I Mélodies exilées par l’association des Amis de la musique juive dans le cadre de la programmation In memoriam la musique « dégénérée »
A la Salle des Abeilles, 2 rue de l'Athénée - Genève
Richard Cole - musicologue
La Compagnie Joy of Music (Genève)
Paul Hess - piano
projet conçu par Rachel Székely
Airs et mélodies de compositeurs - juifs, communistes, « modernistes », anti-nazis - mis au pilori, interdits et contraints à l’exil par le régime nazi : Ernst Krenek, Paul Hindemith, Arnold Schönberg, Erich Wolfgang Korngold, Hanns Eisler, Kurt Weill…
Programme sur le site des AMJ

Visuels :
disque : © Decca / Bill Brandt - Hulton-Deutsch Collection
Spectacle à Lyon en 2013 : © Jean-Louis Fernandez
© Intuition Films & Docs / Les Bons Clients

A lire sur ce site concernant :
Chrétiens
Culture
France
Il ou elle a dit...
Judaïsme/Juifs
Shoah (Holocaust) 


Mon article a été publié par Guysen sous le pseudonyme de Ray Archeld, puis sur ce site le 5 novembre 2010 et modifié la dernière fois le 14 janvier 2015. Cet article a été republié le :
- 7 mars 2012 à l’occasion de l’hommage de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse aux musiciens Juifs victimes de la Shoah prévu le 8 mars 2012 à la Halle aux Grains de la ville rose ;
- le 26 janvier 2013 à l'approche du concert Hommage aux compositeurs du camp de Terezin, avec Nathalia Romanenko le 27 janvier 2013, à 1 h du matin, sur France 3. Le "8 mars 2012, la pianiste Nathalia Romanenko leur a rendu hommage lors de ce concert. Elle interprétait notamment le Concerto pour piano, op. 25, de Viktor Ullmann, en création française. L'oeuvre, composée en 1939, ne fut retrouvée qu'en 1992" ;
-17 avril 2013 et 17 novembre 2013 ;
- 24 janvier et 8 mars 2014, 14 janvier et 11 mars 2015, 12 mai 2016, 14 novembre 2017.