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jeudi 25 février 2021

« Les vertus du nationalisme » de Yoram Hazony

Les éditions Jean-Cyrille Godefroy ont publié « Les vertus du nationalisme » de Yoram Hazony. Un essai stimulant qui, puisant dans philosophie politique de la Bible hébraïque, réhabilite l’Etat-nation, et ses attributs dont la souveraineté-indépendance, et éclaire les problématiques liées notamment à la diplomatie proche-orientale de l’Union européenne
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Raymond Aron (1905-1983) 
« ENS : L'école de l’engagement à Paris » par Antoine de Gaudemar et Mathilde Damoisel
Archives de la vie littéraire sous l'Occupation 

C’est une réhabilitation de la nation et de son dérivé, le nationalisme, qu’entreprend Yoram Hazony, philosophe, dans cet essai clair, éclairé par l’expérience politique du peuple Juif relatée dans la Bible, et traduit de « The Virtue of Nationalism » (2018). Un succès critique et commercial aux Etats-Unis où il a suscité un débat.

Né en 1964 en Israël, ancien conseiller de Benjamin Netanyahou, président de l’Institut Herzl  à Jérusalem et de la Fondation Edmund Burke à Washington, Yoram Hazony est un philosophe conservateur qui avait fondé le Shalem Center, et dirigé la revue Azure, pour diffuser une pensée conservatrice susceptible de contrer le post-sionisme et de former des penseurs.

Il a contribué à La Cité biblique. Une lecture politique de la Bible (Pardès, 2006, n°40-41) sous la direction de Shmuel Trigano. Sa contribution : La Bible hébraïque est-elle porteuse d'un enseignement politique ? Il y conclut sur l'ordre politique souhaitable dans la Bible :
"Si l’on souhaite une amélioration politique, il n’est pas d’autre choix que d’instaurer un État qui mènera une course vers « le bien et la droiture. » Pour cela, il faut avoir des dirigeants qui comprennent que la vertu provient de la limitation de l’État : de la limitation des frontières de l’État ; de la limitation de la taille des forces armées et de ce qu’on est disposé à faire au nom des alliances étrangères ; de la limitation des revenus de l’État ; et de la limitation du degré de supériorité que ressent le roi par rapport à son peuple. C’est dans cette matrice de contraintes que le peuple, comme son roi, doivent trouver l’amour de la justice et de Dieu qui caractérisaient les bergers qu’étaient leurs ancêtres.
La Bible hébraïque soutient donc que l’intégrité d’un seul État limité est préférable, à la fois à l’anarchie et à l’État impérial. Cet État national limité, dans lequel le roi sera choisi au sein du peuple et sera l’un d’eux par l’esprit, est en fait l’idéal biblique. Il s’agit cependant d’un idéal situé à mi-chemin entre deux maux rivaux et perpétuellement menacé de pencher vers l’un ou vers l’autre. Selon l’auteur (ou les auteurs) qui assembla le texte biblique à l’ombre de la destruction de l’État juif, il est évident que la mission politique de l’homme consiste à guider l’État entre cette double menace, assurant ainsi le soutien tant de l’homme que de Dieu, et donc la longévité politique du royaume".
Yoram Hazony demeure attaché à la Nation, seule réalité assurant les libertés, publiques et individuelles, et assurant un avenir de paix.

« Il rappelle comment, depuis le XVIe siècle, les protestants anglais, hollandais et américains se sont appuyés sur l’Ancien Testament pour promouvoir l’indépendance nationale". 

Ainsi, dans les Provinces-Unies (Pays-Bas actuels) récemment indépendantes du XVIIe siècle, Peter van der Kun ou Petrus Cunaeus (1586-1638), philologue et jurisconsulte, a considéré dans son livre De Republica Hebraeorum (De la république hébreue, 1617) l’Etat hébreu antique, et non Athènes ou Rome, comme un « archétype de la république idéale », un modèle pour la république des Sept Provinces-Unies des Pays-Bas.

Yoram Hazony "montre comment leur vision a apporté la liberté à nombre de peuples, de la Pologne à l’Inde en passant par Israël. C’est cette tradition que nous devons retrouver, plaide-t-il, si nous voulons limiter les conflits et permettre l’épanouissement de la diversité et de l’innovation ».

Or, Kant dans son Traité de la Paix perpétuelle (1795) a pourfendu l'Etat-nation : "il défend la thèse que la fondation d'un Etat impérial ou international est la seule option dictée par la Raison". Une idée qui s'impose après la Deuxième Guerre mondiale. A tort, "beaucoup s'entêtèrent à voir le nazisme comme l'aboutissement hideux de l'Etat national". Or, le national-socialisme s'avère un empire belliqueux ayant détruit les Etats d'une Europe qu'il a ravagée.

Et ce paradigme kantien guide la construction européenne détruisant les souverainetés nationales pour édifier ce qui ressemble à un empire à la diplomatie aussi indulgent envers les Palestiniens qu'accusatoire à l'égard de l'Etat-nation Israël.

Dommage, des définitions essentielles sont reléguées dans des notes en fin du livre. Et quelques coquilles le parsèment.


Yoram Hazony, « Les vertus du nationalisme ». Traduit de l’américain par Julien Fummaro. Préface de Gilles-William Goldnadel. Editions Jean-Cyrille Godefroy, collection « le Cercle Aristote », 2020. 256 pages. ISBN : 9782865533084

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Les citations sur le documentaire sont extraites du livre.

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