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mardi 21 mars 2017

« La trahison des clercs d’Israël » par Pierre Lurçat


Dans « La trahison des clercs d’Israël » (La Maison d’édition, 2016), Pierre Lurçat analyse les raisons pour lesquelles des clercs juifs, diasporiques ou/et israéliens, ont trahi les valeurs du judaïsme et du sionisme, se sont fourvoyés dans leur perception du conflit, et ont refusé toute spécificité juive de l’Etat d’Israël. Des débats fondamentaux remontant aux premiers Congrès sionistes mondiaux et agitant, voire minant, sous diverses formes, les institutions, la démocratie libérale et la société israéliennes, ainsi que la légitimité d’Israël. Le 21 mars 2017, de 20 h à 22 h 30, l’association France-Israël – Alliance Général Koenig organise la conférence de Pierre Lurçat sur son livre à la Maison des associations du 8e arrondissement de Paris.

A l’instar du philosophe Julien Benda en 1927, Pierre Lurçat fustige certains clercs, « intellectuels juifs d’Israël ou de la diaspora ».

Il stigmatise leur cécité à l’égard de la réalité, leur préférence pour des « principes abstraits et éternels au détriment des nécessités vitales de l’heure dont dépendaient l’existence concrète du peuple juif ». Un aveuglement persistant qui les incite à adopter un processus pervers d’inversion du réel : ces membres de l’intelligentsia juive reprochent aux Juifs les vices de leurs ennemis implacables : dirigeants nazis ou arabes.

L’auteur désigne Brith Chalom (Alliance pour la paix) réunissant des intellectuels allemands dont Martin Buber et Gershom Scholem. Prétendant « réconcilier politique et morale », ce groupe a privilégié, dans son analyse du conflit au Proche-Orient, la « question arabe » soluble, selon Brith Chalom, par la coexistence pacifique entre Juifs et Arabes dans un Etat binational. La négation du sionisme politique.

A cet égard, Pierre Lurçat démontre que cette « question arabe » a été dès la fin du XIXe siècle évoquée, et non négligée, par les défenseurs du sionisme politiques et les Congrès sionistes.

Il souligne le paradoxe de Brith Chalom, influencé par une morale chrétienne : une faiblesse numérique inversement proportionnelle à son influence durable, déterminante, depuis près d’un siècle, en politique par le « faux messianisme de la paix » via La Paix Maintenant (Shalom Akhshav), les accords d'Oslo ou Kadima, dans les universités, notamment l’université hébraïque de Jérusalem, dans les médias, via le quotidien Haaretz, dans l’émergence d’une Cour suprême niant la séparation des pouvoir à la suite de la « révolution constitutionnelle » du juge Aharon Barak glosant sur un « Etat juif et démocratique » , dans la société en raison d'ONG - Breaking the silence, B'Tselem - ou d'associations - New Israel Fund - stipendiées notamment par des Etats européens, l'Union européenne (UE) ou des fondations étrangères (Ford Foundation), dans les attaques frontales contre Israël par le boycott. Et ce, bien que cette idéologie hostile au judaïsme, à un Etat juif, soit rejetée par une majorité d’Israéliens.

Figures de proue de cette utopie à la « morale sacrificielle contemporaine et à l'identité du ressentiment » (Shmuel Trigano) : des écrivains - Avraham B. Yehoshua, Amos Oz, David Grossman - ou artistes - Amos Gitai - israéliens pacifistes naïfs, drapés dans une posture morale dédaigneuse.

Dans la mire de cette prétendue élite gauchiste post-sioniste : les Orientaux, puis les Juifs orthodoxes et les habitants des villes ou villages de Judée et de Samarie. 

Ce qui induit un désarmement moral, spirituel - interdiction de toute réflexion sur le droit de la guerre selon la loi juive -, politique et militaire faute pour les gouvernements israéliens d'avoir imposé le narratif israélien, un dévoiement ainsi qu'un délitement de la démocratie en Israël, et fragilise la défense de l’Etat juif par ses forces de défense. Auteur de « Pour Allah jusqu’à la mort. Enquête sur les convertis à l’islam radical », Pierre Lurçat illustre sa thèse en analysant les pressions excessives imposées à Tsahal, notamment lors des opérations Plomb durci ou Bordure protectrice, et réfutées par des experts occidentaux.

Un livre à méditer, précieux aussi en ce qu'il met à la disposition des lecteurs francophones les analyses pertinentes de chercheurs israéliens.

Pierre Lurçat évoque les événements dramatiques : la Shoah et la création de l'Etat d'Israël, en fait sa refondation. Curieusement, il omet un autre fait historique majeur qui invalide la thèse de Brith Chalom : l'exode forcé d’environ un million de Juifs du monde arabe, de Turquie, d’Iran, d’une partie de Jérusalem en quelques décennies, essentiellement des années 1940 aux années 1970. Or cet exil est le contre-argument indispensable à adresser à ces clercs.

Comment expliquer l'attrait chez des intellectuels français juifs pour cette idéologie ? Peut-être parce que la revendication de cette idéologie s'avère un marqueur politique et leur dernier ancrage dans une gauche dominant le monde intellectuo-médiatique malgré ses échecs économiques et ses faillites morales.

A noter que des dirigeants d'associations juives françaises agissent en émules particulièrement zélés de ces idéologues, tels Pierre Besnainou, proche de Shimon Peres et ancien président du FSJU (Fonds social juif unifié) ou Gil Taieb qui a toléré une conférence en 2014 sur les droits des Palestiniens au siège même du FSJU et promeut la "solution à deux Etats".

Une coquille dans une note en bas de page : il s'agit d'Anne Frank, et non d'Anne Franck.


Pierre Lurçat, La trahison des clercs d’Israël. La Maison d’édition, 2016. 180 pages. ISBN : 979-1095770046 

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