dimanche 12 novembre 2017

« Heinrich Himmler. The Decent One » par Vanessa Lapa


Arte diffusera le 14 novembre 2017 « Heinrich Himmler. The Decent One » (Der Anständige. Heinrich Himmler) par Vanessa Lapa. « Tissant un dialogue saisissant entre des images d’archives en partie inédites et la correspondance privée » de Himmler, acquise par ses parents et publiée en partie par le quotidien allemand Die Welt, Vanessa Lapa « sonde la trajectoire et les croyances de l’architecte de la « solution finale ».

« Hitler et ses rançonneurs - Quand les nazis échangeaient leurs Juifs » de Caroline Schmidt, Stefan Aust et Thomas Ammann 
« Nuremberg le procès des Nazis » de Paul Bradshaw et Nigel Paterson 
« La croix gammée et le turban, la tentation nazie du grand mufti » de Heinrich Billstein 
« Descendants de nazis. L’héritage infernal » de Marie-Pierre Rambault et Michael Grynszpan 


Reichsführer-SS, dirigeant de la SS, Chef der Deutschen Polizei (chef de toutes les polices allemandes, dont la Gestapo), Heinrich Himmler (1900-1945) est dès 1943, ministre de l'Intérieur du Reich et Chef der Heeresrüstung und Befehlshaber des Ersatzheers (responsable de l'équipement militaire de l'Armée de terre et commandant en chef de l'Armée de terre de réserve). 

Les camps de concentration et les camps d'extermination sont placés sous son autorité.

Himmler a mis en oeuvre la Solution finale visant à l'extermination des juifs, et pas seulement en Europe continentale. 

Arrêté par les Britanniques, ce criminel de guerre se suicide le 23 mai 1945. Il échappe ainsi à toute comparution devant un tribunal.

Lettres
« Le 6 mai 1945, des soldats de la 88e division de l’armée américaine pénètrent dans la vaste demeure de Heinrich Himmler et sa famille à Gmund, en Bavière ». 

« Bravant l'obligation de remettre les documents saisis aux autorités militaires, ils conservent les centaines de lettres, journaux intimes et photographies collectés sur place ». 

Ils divisent ces documents en deux groupes : ceux relatifs à la jeunesse sont vendus à la Hoover Institution, mais les plus contemporains ont un destin ignoré jusqu’à leur acquisition par Chaïm Rosenthal, artiste et diplomate israélien. En 1982, Chaïm Rosenthal a annoncé qu’il avait acheté les lettres à un adjudant. Ces documents suscitent un faible intérêt en raison des « Carnets d'Adolf Hitler » (Hitler-Tagebücher), prétendu journal intime d’Adolf Hitler, mais en réalité rédigé par le faussaire Konrad Kujau de 1978 à 1983. Finalement, les Archives fédérales allemandes authentifient les lettres d’Himmler.

En 2006, les parents de Vanessa Lapa ont acheté les lettres de la dernière partie de la vie de Himmler afin que cette documentariste réalise un film sur ces documents historiques.

Ces « fragments de mémoire, retrouvés à Tel-Aviv il y a une dizaine d’années seulement, constituent la base de ce portrait intime du chef de la SS et de la police, ministre de l'Intérieur du Reich, en charge de la mise en œuvre de la « solution finale », le programme d’extermination nazi ». 

« Lues en voix off par des comédiens, les lettres échangées par Himmler avec ses parents, son épouse Margarete, sa fille Gudrun ou sa secrétaire et maîtresse Hedwig Potthast sont illustrées par des images d'archives rares couvrant un demi-siècle d’histoire allemande ».

« L’entrechoquement entre les images des horreurs commises et la banalité des tracas quotidiens de Himmler, de ses dérangements gastriques à ses tourments conjugaux, n’en apparaît que plus effroyable ».

Le jeune Himmler déplore que son âge ne lui permette pas de combattre lors de la Première Guerre mondiale. Il compare les soldats russes à de la "vermine". Adolescent, il exprime son antisémitisme et se plaint de n’être pas aimé. Etudiant en agronomie, il "étudie car c'est son devoir" et se bat en duel au sabre. Il fustige une "jeunesse indisciplinée" et s'inquiète d'un "espace limité" : "On doit se battre à l'Est pour s'y établir". Il exulte devant la silhouette germanique, "race royale entre les hommes". Himmler "croit à la révolution" qui mène à "une lutte acharnée".

En 1924, il raconte sa visite dans un château et son intérêt pour la salle de torture.

Himmler et son épouse Margarete (1893-1967) partagent une haine viscérale des juifs. Himmler fulmine contre la "déviance des homosexuels". Il n'hésite pas à ordonner qu'on mène dans un camp de concentration des homosexuels et qu'on les y assassine.

"Se déplaçant dans son train" personnel « Heinrich », Himmler "surveille les Einsatzgruppen à l’est, qui progressent en même temps que la Wehrmacht et sont chargées d’exécuter les juifs, il visite les camps de concentration qui parsèment le Reich, il déjeune avec Hitler, dont il est très proche, et il écrit des lettres à sa femme Marga : « Au cours des prochains jours, je serai à Lublin, Zamosch, Auschwitz, et Lemberg. Je suis très curieux de voir comment fonctionnera le téléphone dans le nouveau quartier général car je serai bien à 2000 km de Gmund. »

Après Stalingrad, Gudrun, fille des Himmler, songe à une éventuelle défaite du IIIe Reich, mais se reprend immédiatement : "C'est impensable".

"Quand j'ai quelque chose à faire, je l'exécute sans faire le moindre compromis", écrit Himmler. Glaçant.

« Derrière le prosaïsme de certaines missives perce pourtant, par endroits, la conviction messianique inébranlable de ce fidèle de la première heure du Führer, petit bourgeois catholique à la trajectoire ascensionnelle, guidé par un patriotisme fanatique, une obsession de l'ordre – il numérote les courriers envoyés à sa femme – et de la « pureté raciale ». Des lettres évoquent sa relation avec sa secrétaire, Hedwig Potthast, qui lui donnera deux enfants : Helge en 1942 et Nanette Dorothea en 1944. Cette antisémite est décédée en 1994.

"Aussi bien avec Marga qu’avec Hedwig, Himmler est soutenu dans ses convictions profondes. Ses deux femmes se montrent aussi pathologiquement antisémites que lui-même et vont parfois même plus loin. Ainsi le fils de Martin Bormann a raconté que, ayant rendu visite à Hedwig chez elle après guerre, il avait été frappé par deux meubles très particuliers dans son intérieur : une chaise et une table fabriquées avec des ossements de prisonniers des camps. Marga mourra en 1994. Elle avait déclaré en 1945 qu’elle ignorait tout des activités de son mari" (Paris-Match, 31 janvier 2014).

« Une immersion glaçante dans la vie privée et la pensée d’un des plus grands criminels du XXe siècle ».

Berlinale
Le titre de ce documentaire provient de Himmler, persuadé que les SS étaient des « decent men », des « hommes décents », « convenables ».

Ce film a été présenté en première mondiale au Festival du film de Berlin, ou Berlinale, en présence de la documentariste Vanessa Lapa, de ses parents et grands-parents.

Petite-nièce de Himmler, née en 1967, Katrin Himmler, politologue qui a épousé un Israélien, a aussi évoqué Himmler. Elle a écrit 2007, Die Brüder Himmler: Eine deutsche Familiengeschichte (« Les frères Himmler, une histoire familiale allemande »).

Le quotidien Die Welt a aussi publié plusieurs de ces lettres.


« Heinrich Himmler. The Decent One » par Vanessa Lapa
Allemagne, Autriche, Israël, 2014, 93 min
Sur Arte le 14 novembre 2017 à 20 h 50

Visuels :
Visite d'un camp de prisonniers vers 1942.
Marga et Gudrun, femme et fille d'Himmler en 1939.
Himmler
Himmler en 1941
Himmler, sa femme et sa fille au centre de la photo en 1939
Heinrich Himmler à Kiev en 1936
Heinrich Himmler et sa fille Gudrun vers 1941 à Gmund
Journal de naissance de Gudrun, la fille d'Himmler
Adolf Hitler et la fille d'Himmler: Gudrun
© Medienwerkstatt Wien

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Les citations sont d'Arte.

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