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lundi 27 mai 2019

« Sciences nazies - La race, le sol et le sang » de David Korn-Brzoza


Arte diffusera le 28 mai 2019 « Sciences nazies - La race, le sol et le sang » ("Blut und Boden". Nazi-Wissenschaft), documentaire excellent, mais éprouvant, de David Korn-Brzoza et au commentaire lu par Vincent Lindon. « Comment la science allemande s'est massivement ralliée au nazisme, légitimant ses crimes et y participant. Une page en partie méconnue de l'histoire du IIIe Reich ».


Dans les années 1970, des travaux pionniers avaient étudié l'archéologie sous le IIIe Reich.

Depuis quelques décennies, des historiens ont approfondi ces recherches en leur accordant une place importante dans le cadre des "sciences nazies" incluant aussi, selon certains, la linguistique, la sociologie et le droit.

Articles et livres
En 2003, Vingtième Siècle. Revue d'histoire a publié l'article d'Alain Schnapp "L'autodestruction de l'archéologie allemande sous le régime nazi". "Le nazisme n’est pas passé sur l’archéologie comme une bourrasque dans l’histoire : il a failli emporter avec lui, en 1945, une science de l’homme prise en défaut et qui s’était largement vouée depuis 1933 à gratter le sol pour le vainqueur. Ralliement passif à l’État nazifié, mise en perspective propagandiste, ralliements individuels au nazisme de savants prestigieux n’expliquent pas tout. L’article souhaite éclairer « un phénomène sans précédent dans l’histoire humaine » : l’archéologie « politico-raciale » a longtemps perverti l’archéologie allemande tout entière."

En 2004, La Revue du Nord a publié l'article de Pierre Leman intitulé « Les fouilles archéologiques à Bavay de 1940 à 1944 (Vichy, les Allemands et les archéologues) » et celui de Roger Hanoune ayant pour titre "L'archéologie à Bavay pendant la deuxième guerre mondiale : les archives allemandes".

"Suite aux bombardements de mai 1940, un vaste champ de fouilles archéologiques s’est révélé accessible au centre de Bavay. Les Allemands ont demandé la conduite de recherches mais durent abandonner ce projet en 1942. La résistance du conservateur, l’abbé Biévelet, bénéficia de la présence d’un directeur régional des Antiquités très actif, de la mise en place d’une nouvelle législation sur les fouilles et monuments historiques et, sur le plan local, de la fusion Louvignies-Bavay. Les conséquences furent capitales pour la connaissance du forum de l’ancienne capitale des Nerviens et pour l’avenir de ses collections archéologiques", souligne Pierre Leman.

"Dans le cadre de l’annexion du Nord-Pas-de-Calais et de la Belgique à partir de la défaite, se met en place un projet culturel nazi pour cette région. Le dépouillement des archives allemandes illustre à partir de 1941 une intention, finalement avortée, de fouilles archéologiques à Bavay par W. Unverzagt, et la réalisation d’une couverture de photos aériennes en Belgique", analyse Roger Hanoune.

En 2007, "L’archéologie nazie en Europe de l’Ouest (Infolio) rassemble les "diverses contributions de la table ronde internationale intitulée Blut und Boden réunie à Lyon les 8 et 9 septembre 2004 à l’occasion du 10e congrès de la European Association of Archeologists".
"Une vingtaine de spécialistes français et étrangers, sous la direction de Jean-Pierre Legendre, Laurent Olivier et Bernadette Schnitzler, présentent une synthèse de leurs recherches sur les travaux et les projets archéologiques mis en place par les autorités nationales-socialistes dans les pays occupés à l'ouest du Reich. Ce tour d'horizon révèle l'étendue de l'entreprise d'instrumentalisation de la discipline archéologique réalisée au profit de l'idéologie nazie".
"De 1933 à 1945 peu de disciplines scientifiques se sont autant investies dans l'idéologie folle nazie, que l'archéologie. Ainsi, plus de 80 % des archéologues adhérent au parti et aux théories de Gustav Kossinna, maître à penser de cette archéologie et pour lequel cette discipline devait être « une science de combat ». Deux organismes, l'héritage des ancêtres dirigé par Himmler et intégré à la SS, l'AMT Rosenberg de Hans Reinerth, à la recherche de « l'Homme archaïque, pour construire l'Homme nouveau », pillèrent de nombreuses collections publiques ou privées européennes, mais entreprirent aussi des fouilles en France (Alsace, Lorraine), Belgique, dans le haut Danube et les pays scandinaves..."
Philippe Foro en livre un compte-rendu intéressant :
"Le livre est organisé en quatre parties. La première est consacrée à l’archéologie allemande sous le IIIe Reich, les trois suivantes sont organisées géographiquement avec des études sur la France, le Luxembourg et l’Autriche, puis la Belgique et les Pays-Bas, enfin la Scandinavie.
L’ouvrage permet tout d’abord de connaître les responsables de l’archéologie allemande qui se divisent pour l’essentiel entre affidés d’Alfred Rosenberg, idéologue du nazisme et auteur en 1930 du Mythe du xxe siècle et fidèles du Reichsführer SS Heinrich Himmler. Parmi les premiers, Hans Reinerth titulaire d’une chaire d’archéologie à l’université de Berlin mais exclu en mars 1945 par Martin Bormann entre autres « pour sympathie juive », ce qui ne le préserve pas d’une exclusion de l’université l’amenant à diriger un musée archéologique sur les bords du lac de Constance. Parmi les seconds, les préhistoriens de la SS Ahnenerbe (héritage des ancêtres) parmi lesquels Theodor Wiegand, Alexander Langsdorf, et dont le directeur Wolfram Sievers est pendu en 1948 pour crimes de guerre. D’autres, tel Hermann Wirth, travaillent à la découverte des origines d’une religion « indo-européenne » dans les peintures rupestres de Scandinavie. Quelques personnalités sont plus difficilement classables à l’image de Jean-Pierre Thomasset, devenu Johannes Thomasset, préhistorien français dévoyé surnommé le « poète-paysan de l’âme de la Bourgogne germanique ».
Ensuite, ce recueil de contributions analyse des institutions et des études de l’archéologie allemande en les replaçant dans leur contexte idéologique. Ainsi, le bureau « Préhistoire et archéologie » créé en 1940 auprès du commandement militaire allemand en France occupée, au service d’une « entreprise de légitimation des futures frontières occidentales du Reich ». Par ailleurs, les travaux archéologiques à Trêves, de la nécropole mérovingienne d’Emmery en Moselle, du Mont-Sainte-Odile en Alsace se concentrent sur les périodes dites « germaniques » à savoir la préhistoire et le haut Moyen Âge, en négligeant la période romaine qui a pourtant laisse un riche patrimoine dans la ville (par contre, à Reims, des fouilles minutieuses se déroulent autour de la porte de Mars). Cette pratique se retrouve ailleurs comme à Befort au Luxembourg où le SS Gustav Riek (qui retrouve son poste d’enseignant à l’université de Tübingen en 1955) fouille un site fortifié de l’Âge du Fer tout comme sont fouillés des sites de la Gaule du Nord afin d’en montrer l’héritage germanique à un moment où est envisagé un partage de ces régions dans le cadre d’un Reich victorieux. Mais cette archéologie politique ne vise pas uniquement à une éventuelle géopolitique du Reich millénaire. Elle participe également à la conception raciale du nazisme. Ainsi avec la revue So Ward das Reich (Ainsi s’est formé le Reich) qui établit des comparaisons raciales entre un buste de l’empereur Auguste, parfait aryen, et un portrait funéraire d’une momie égyptienne, type du sémite censé avoir participé à la chute du monde romain.
Agrémenté de photographies, de graphiques, de plans et d’annexes composées d’un lexique, de biographies d’archéologues, de résumés, d’un tableau des principales cellules de recherches SS, d’un tableau de correspondances entre les grades de la SS, de la Wehrmacht et de l’armée française, cet ouvrage est une publication importante pour la connaissance de « l’autodestruction de l’archéologie allemande sous le régime nazi » pour reprendre le titre d’un article d’Alain Schnapp (Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 78, avril-juin 2003, p. 101-109)."
Le 19 mars 2013, l’Université des Aînés organisa au Malmundarium la conférence « Les nazis et l’archéologie ».

« Le nom des 86 » est un documentaire de Emmanuel Heyd et Raphael Toledano (2014). En 1943, « 86 Juifs sélectionnés au camp d'Auschwitz sont déportés à l'été 1943 au camp de Natzweiler-Struthof où une chambre à gaz a été spécialement aménagée pour les tuer. August Hirt, directeur de l'Institut d'anatomie de Strasbourg, souhaite constituer une collection de squelettes Juifs, pour garder trace de cette « race » qui «incarne une sous-humanité repoussante, mais caractéristique». Comment ce sinistre projet a-t-il vu le jour? Que sont devenus les 86 Juifs gazés pour cette collection anatomique ?"

"Sur les lieux du crime, experts, témoins et acteurs de la mémoire font le récit d'un des plus tragiques épisodes de la Seconde Guerre mondiale, emblématique de la Shoah et des dérives de la science sous le nazisme, tout en questionnant la difficile mémoire du crime et ses implications éthiques. Mais cette histoire, c'est aussi et surtout le combat d'un journaliste allemand pour redonner une identité à ces hommes et femmes réduits à une liste de matricules. L'inlassable quête pour retrouver le nom des 86."

En 2015, les éditions Tallandier ont réédité "Nos ancêtres les Germains. Les archéologues au service du nazisme" de Laurent Olivier, conservateur en chef du Patrimoine, en charge des collections celtiques et gauloises au Musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, et avec une préface de Jérôme Prieur.

Dans sa préface, Laurent Olivier écrivait :
"Ce livre est né d'un coup de fil d'un vieux professeur de l'université Humbolt de Berlin, que j'ai reçu en 2000. « Mon nom est Achim Leube, m'a-t-il dit, et j'ai consacré ma vie à rechercher, ici à Berlin-Est, les archives officielles du IIIe Reich qui témoignent de l'engagement des archéologues allemands au service du nazisme. Mais les choses ont bien changé depuis la Réunification. Nous préparons un grand ouvrage sur la politique de l'archéologie nazie à l'est du Reich et nous avons pensé à vous pour nous parler des opérations menées à l'Ouest. Pourriez-vous nous écrire un chapitre sur les actions réalisées en France, et sur les relations entretenues par les chercheurs allemands avec les archéologues de votre pays ? »
Je ne savais pas grand-chose du travail accompli par les archéologues allemands sous l'Occupation. J'avais lu que les nazis avaient exploité les données de la Préhistoire, pour accumuler les prétendues preuves scientifiques selon lesquelles le peuplement de l'Europe aurait été dominé par une race supérieure, dite «aryenne». En France, la «Nouvelle Droite» des années 1970 et 1980 avait récupéré une partie de ces thèses, qui infiltraient jusqu'au Front national de Jean-Marie Le Pen. L'embrigadement de l'archéologie au service du nazisme n'était donc pas un «point de détail» de l'histoire des sciences humaines ; c'était, au contraire, une question d'actualité, qui concernait autant l'Allemagne que la France.
Leube m'avait dit : « Nous avons pensé à vous parce que vous êtes l'un des rares, dans la profession, à vous intéresser à cette question, et aussi parce que vous êtes français. Vous avez, sur le nazisme et l'Occupation allemande, un regard différent du nôtre. » Sans le savoir, Achim Leube frappait à la bonne porte. J'attendais depuis plusieurs années cette proposition pour m'y consacrer. Le cadre général était connu : deux grands organismes du IIIe Reich s'étaient disputé la possession de l'archéologie européenne. Alfred Rosenberg, l'un des premiers idéologues du national-socialisme, avait créé sa propre structure de recherche, sous le nom d'Amt Rosenberg. Le grand maître de la SS, Heinrich Himmler, avait fondé de son côté un institut scientifique tentaculaire, connu sous le nom de SS-Ahnenerbe (ou «héritage ancestral»). L'obstacle majeur était cependant l'accès aux sources. Si, grâce aux travaux des historiens, on connaissait assez bien l'organisation générale de ces institutions, on savait au contraire peu de chose de l'archéologie allemande elle-même, de ses objectifs de recherche en France occupée, de ses interventions sur le terrain et surtout de sa contribution effective à la politique idéologique nationale-socialiste.
Après la Chute du Mur de Berlin, les chercheurs allemands avaient lancé un travail sans précédent de désenfouissement de leur propre discipline, en explorant les fonds d'archives laissés par le régime national-socialiste. Ces recherches méticuleuses avaient révélé l'ampleur du « pacte faustien » qu'avait passé la plus grande part des archéologues allemands avec le nazisme. Au début des années 2000, ce travail de dépouillement des archives de l'archéologie nazie avait permis le surgissement d'une masse de travaux nouveaux. En Allemagne, une nouvelle génération de jeunes chercheurs entreprenait désormais des thèses sur ce sujet, resté tabou pendant si longtemps, de la mobilisation de l'archéologie allemande au service du nazisme. Ce pan obscur de l'histoire de la discipline accédait enfin au statut d'objet d'histoire."
"C'est un secret bien gardé. Près de 90 % des archéologues allemands ont été membres du parti nazi. Mise au service du nazisme, l'archéologie fournit alors une légitimité scientifique à l'entreprise d'« épuration raciale » et de germanisation forcée menée par le IIIe Reich dans toute l'Europe occupée. Archives à l'appui, Laurent Olivier lève le voile sur l'embrigadement de l'archéologie allemande et met en évidence son obsession à prouver la présence germanique en Europe, et en particulier en France. « Avec Nos ancêtres les Germains, Laurent Olivier signe un ouvrage qui fera réagir bien au-delà du cercle de ses confrères. Exhumant des archives allemandes et françaises, l'auteur y révèle en effet l'ampleur des influences nazies sur la recherche archéologique. Son but : briser une véritable omerta. » Thomas Rabino, Marianne « Disons-le tout net, ce livre provoque la sidération. » Jérôme Prieur « Laurent Olivier raconte dans ce livre dense l'histoire effrayante et passionnante de l'archéologie nazie. » David Fontaine, Le Canard enchaîné.

Laurent Olivier a déploré l'accueil universitaire modéré de son livre en avançant ces raisons : il y nommait les archéologues français liés à l'archéologie « nazie », signalait la persistance de son héritage dans les méthodes et problématiques d'archéologues qui ont perduré ainsi que l'absence de rupture après à la Libération dans les carrières des archéologues impliqués dans ces "sciences nazies".

En 2016, Fonthill Media a édité "Digging for Hitler: The Nazi Archaeologists Search for an Aryan Past" par David Barrowclough, historien et archéologue à l'Université de Cambridge. "He has a special interest in the role that archaeology played in supporting Nazi ideology in 1930s Germany, a topic that he has researched extensively. Also, he is the author of a number of academic and popular books on archaeology and history and has acted as an archaeological consultant for the BBC".
L'éditeur présente ainsi ce livre :
  • "A band of Nazi archaeologists led by Himmler on a secret mission to Tibet as well as searching for Atlantis, the ‘home of the Nordic race’
  • Fully illustrated and a previously untold story behind the Indiana Jones films
  • Sacred Sanskrit texts as keys to Nordic roots and ancient Indian civilisation
  • Excavations in Czechoslovakia to find ‘Germanic culture’
In the build-up to the Second World War, the Nazis established a band of specialists, the SS-Ahnenerbe, under the command of Heinrich Himmler and Hermann Wirth. Their aim was to prove the superiority of the Aryan race and with it the right of the Germans to rule Europe. The occult figured as a key feature in many of these increasingly desperate research efforts.
Expeditions were sent to Iceland, Tibet, Kafiristan, North Africa, Russia, the Far East, Egypt, South America and the Arctic. The chief administrator was Dr Wolfram Sievers who conducted medical experiments on prisoners in concentration camps and was responsible for the looting of historic artefacts considered ‘Germanic’ for ‘return’ to Germany. He rewarded those academics that took part with high military office while those academics that criticised the SS-Anenerbe were carted off to concentration camps where they faced certain death.
Digging for Hitler: The Nazi Archaeologists Search for an Aryan Past tells the true history of the real life villains behind the Indiana Jones films. Sometimes truth really is stranger than fiction!"

En mars 2019, les éditions Flammarion ont publié "Les enfants d'Asperger. Le dossier noir des origines de l'autisme" d'Edith Sheffer, avec une préface de Josef Schovanec et dans une traduction par Tilman Chazal du livre original "Asperger's Children: The Origins of Autism in Nazi Vienna" (W.W. Norton & Cy, 2018). "Qui fut vraiment le Pr Hans Asperger dont le nom passé dans le langage courant qualifie aujourd’hui un syndrome autistique ? L’historienne américaine Edith Scheffer a découvert la véritable histoire du psychiatre après la naissance de son enfant autiste. Et ce qu’elle apprend la glace d’effroi. Le « gentil docteur » dépeint comme une sorte de Schindler des autistes a menti, et c’est un tableau bien différent qu’en dressent les archives".

"Les preuves ne manquent pas, elles sont accablantes. En 1938, professeur à l’hôpital pédiatrique de Vienne, Asperger compte parmi les psychiatres appelés à façonner le nouvel Allemand selon des critères eugéniques : sélectionner les parents d’après leur hérédité, leurs défauts biologiques mais aussi leurs tendances politiques, leur religion. Les conséquences sont réelles : on refuse des crédits aux « mal mariés », on stérilise les « mauvais » géniteurs... Et parmi les enfants autistes dont il est un spécialiste reconnu, Asperger identifie les « négatifs » et les « positifs » à l’intelligence détonante qui auront alors une chance d’échapper au tri macabre. Aux États-Unis, l’enquête d’Edith Sheffer a bouleversé et conduit à débaptiser le syndrome autistique. En France, cette histoire dramatique, encore méconnue, risque bien de susciter autant d’émotions."

Documentaire
« Si la médecine nazie et ses expérimentations monstrueuses ont été partiellement jugées à Nuremberg (la plupart des coupables étaient en fuite), le rôle assigné dès 1933 par Heinrich Himmler, le maître de la SS, à l'ensemble de la communauté scientifique allemande est moins connu ». 

« Obsédé par le désir de prouver la supériorité de la race germanique, le futur maître d'œuvre de la "solution finale" crée en 1935 l'Ahnenerbe (littéralement "héritage ancestral"), institut scientifique doté de moyens colossaux pour effectuer chantiers de fouilles et expéditions à travers le monde ». Et ce, afin de prouver l'existence dès l'Antiquité du peuple allemand, et d'imposer dans les territoires européens conquis par l'Allemagne nazie, en remplacement des autochtones slaves et juifs spoliés et tués, des colons allemands.

« Si l'archéologie – dont 80 % des représentants adhèrent au parti national-socialiste – et l'anthropologie sont en première ligne, toutes les disciplines vont travailler avec ardeur à la tâche qui leur est assignée : légitimer l’entreprise d’épuration raciale, de germanisation des territoires et de domination idéologique du régime ». 

« Beaucoup de chercheurs, membres de la SS, vont aussi participer directement aux crimes de masse du nazisme, soit au sein des commandos d'extermination sur le front de l'Est, soit en se livrant à des expériences barbares sur des humains, ou encore en organisant le pillage à grande échelle des territoires conquis ». Des acteurs "intellectuels" de la Shoah.

« L'histoire de cette "science de combat", et la manière dont elle s'organise pour se plier aux objectifs délirants fixés par Himmler puis, après la guerre, pour échapper largement à la dénazification superficielle menée par les Alliés, est retracée par David Korn-Brzoza à partir d'archives en partie inédites et de témoignages de nombre d'historiens ayant contribué à mettre ces faits dans la lumière ». 

« Son film revient ainsi sur les élucubrations de Himmler, persuadé qu'en cherchant bien la science pourrait montrer que les Germains ont inventé tous les acquis de la civilisation. Il rappelle aussi comment, au camp de concentration Natzweiler-Struthof, choisi pour sa proximité avec la Reichuniversität de Strasbourg, l'anatomiste August Hirt a fait exécuter 86 déportés sélectionnés à Auschwitz pour constituer une collection de "squelettes juifs".

« Un épisode atroce et méconnu dans la longue liste des horreurs commises jusqu'aux dernières heures de la guerre au nom de la "science" nazie ».

On peut regretter que ce remarquable documentaire ait omis d'indiquer, dès ses débuts, la révocation des universitaires juifs des universités allemandes. Ce qui explique aussi le taux si élevé d'adhésion au nazisme.

Il aurait été intéressant d'évoquer l'influence de ces "chercheurs" allemands dans les pays occupés par le IIIe Reich, notamment en France, et dans leur enseignement auprès des étudiants, car nombre de ces universitaires ont été condamnés à de faibles peines à la Libération ou ont échappé à tout procès et ont donc poursuivi leur carrière. Reconstruction de l'Allemagne vaincue oblige.

Les sciences ne doivent être soumises ni à une idéologie, nazie ou soviétique, ni à une religion, ni par une "démocrature".

"La sagesse ne peut pas entrer dans un esprit méchant, et science sans conscience n'est que ruine de l'âme" (Rabelais, Pantagruel).

SOURCES 

Schnapp, Alain. « L'autodestruction de l'archéologie allemande sous le régime nazi », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, vol. no 78, no. 2, 2003, pp. 101-109.

Leman, Pierre. « Les fouilles archéologiques à Bavay de 1940 à 1944 (Vichy, les Allemands et les archéologues) », Revue du Nord, vol. 358, no. 5, 2004, pp. 191-199

Hanoune, Roger. « L'archéologie à Bavay pendant la deuxième guerre mondiale : les archives allemandes », Revue du Nord, vol. 358, no. 5, 2004, pp. 201-204

Philippe Foro, « Jean-Pierre Legendre, Laurent Olivier et Bernadette Schnitzler (dir.), L’archéologie nazie en Europe de l’Ouest », Anabases [En ligne], 8 | 2008, mis en ligne le 01 juillet 2011, consulté le 27 mai 2019. URL : http://journals.openedition.org/anabases/281)

France, 2017, 98 min
Commentaire lu par Vincent Lindon
Sur Arte les 28 mai 2019 à 20 h 50 et 7 juin 2019 à 9 h 25 
Visuels :
Bruno Beger en train d'effectuer des mesures anthropométriques à Lachen, au Sikkim.
Credit : © Bundesarchiv
Lors de ses fouilles archéologiques au Luxembourg, Gustav Riek, archéologue ser servait fréquemment de sa casquette d'officier SS comme mire photographique
Credit : © Upside Television
L'anthropologue Bruno Beger en compagnie du Régent du Tibet, le Réting Rinpoché, à Lhassa, capitale du Tibet, en 1939
Credit : © Bundesarchiv
Expérimentations médicales réalisées sur des prisonniers dans les camps de concentration
Credit : © Upside Television

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Les citations sur le film sont d'Arte.

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