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mardi 8 octobre 2019

« Femmes, Totalitarisme et Tyrannie », sous la direction de Marc Crapez


Les Editions du Cerf ont publié « Femmes, Totalitarisme et Tyrannie », actes de deux colloques en 2018 et en 2019 sur le thème « Femmes contre le totalitarisme au XXe siècle ». Les actes de colloques de femmes, issues de milieux et pays divers, et ayant pour point commun l'attachement à la démocratie, à des valeurs opposées à la tyrannie.


Marc Crapez, politologue au Sophiapol de l’université Paris 10, est l’auteur de Défense du bon sens ou La Controverse du sens commun (Editions du Rocher, 2004) et aux Éditions du Cerf d’Antagonismes français (2017) et d’Elles l'ont combattu. Femmes contre le totalitarisme au XXe siècle (2018).

En 2018, puis en 2019, Marc Crapez a approfondi cette dernière thématique dans deux journées d’études de sciences politiques organisées conjointement par le CEVIPOF (Sciences Po) et Sophiapol (Université Paris-Nanterre) ainsi qu’avec le soutien de la Fondation de la France libre. La première édition avait pour titre « Femmes contre le totalitarisme », et la deuxième, dédiée à Jacqueline de Romilly, « Insurgées contre la tyrannie ».

Les débats ont permis de s'interroger sur le parcours de Sophie Scholl (1921-1943) de l'enthousiasme pour le nazisme jusqu'à la résistance active au IIIe Reich, ou sur la notion ambiguë de "féminicide" : elle rompt l'unité de l'être humain exprimée par "homicide", elle évoque fâcheusement le vocable "génocide" qui désigne l'extermination d'un peuple, et ne permet pas d'appréhender la réalité : une femme homosexuelle juive communiste assassinée, l'a-t-elle été pour son appartenance au sexe féminin, pour ses opinions politiques ou sa judéité ? 

Les éditions du Cerf ont publié les actes de ces deux colloques internationaux de haute tenue et placés sous de prestigieux auspices, dont Jean Leca et Blandine Kriegel.

Deux éloges louant des héroïnes célèbres ou anonymes, françaises, mexicaines ou kurdes, juives, chrétiennes, musulmanes ou athées. Toutes se sont élevées contre la tyrannie et le totalitarisme.

« Considérant la tyrannie comme l’éternelle incarnation de l’arbitraire, de la coercition et du pouvoir outrepassant ses justes prérogatives, Femmes, totalitarisme & tyrannie embrasse la généalogie du phénomène totalitaire et entend brosser un panorama de l’apport féminin à l’insurrection de l’esprit contre l’idéologie, la démagogie et la logomachie ».

« Consacrant cet apport éthique et intellectuel à la Résistance anti-tyrannique, trente-cinq auteurs de dix nationalités différentes et de toutes sensibilités apportent des théorisations inédites sur la nature et la teneur des processus totalitaires leurs tenants et aboutissants spécifiques, des témoins illustrant la place des héroïnes et le rôle des anonymes ». 

« Constatant une amnésie séculaire sur l’apport des femmes à la pensée et, spécialement, à cette séquence majeure de l’histoire que fut le totalitarisme, on s’attache ici à réhabiliter leur réflexion stratégique et leur apport à la philosophie politique. Constituant une première, cette histoire au féminin tente d’échapper à l’écueil de tous les dogmatismes, en fournissant matière à comparaison, méditation et réflexion ».

De cet ouvrage foisonnant riche de 36 contributions courtes révélant des parcours inédits et des analyses pertinentes ou stimulantes, on retient d’abord un style clair et la variété des thèmes abordés. Une iconographie en annexes complète cette association de réflexions théoriques et de monographies.

Méconnue, la galeriste alsacienne juive Berthe Weill (1865-1951) est mise à l’honneur par l’exposition sur « le marché de l’art sous l’Occupation (1940-1944) » au Mémorial de la Shoah et par Marianne Le Morvan qui démontre « comment la galeriste Berthe Weill s'est imposée dans un métier alors réservé aux hommes », et durant l'Occupation par les Allemands nazis.

Certains exposés rompent heureusement avec le « politiquement correct », par des critiques fondées sur la "théorie du genre", et constituent autant de bouffées d’air frais bienvenues. C'est tout à l'honneur de Marc Crapez d'avoir accepté que je traite durant le colloque de 2018 de « L’œuvre de Bat Ye’or et sa réception. Jusqu’où la contradiction est-elle possible ? » dont un extrait est intégré dans cet ouvrage. Le texte complet est lisible en cliquant sur le lien.

« Peut-on stopper la tyrannie ? » Maître de conférences en droit public à l’université de Versailles St Quentin et enseignante à Polytechnique, Nathalie Wolff souligne le rôle des juges qui « veillent au respect de mécanismes [institués pour se prémunir de la tyrannie] et à la garantie des libertés ». Mais ces juges, français et européens, ne se sont-ils pas érigés en « pouvoir judiciaire », voire en « gouvernement des juges » à la jurisprudence liberticide ou spoliatrice des droits des auteurs pourtant essentiels à toute démocratie ?

Traductrice, rédactrice au Journal du C.N.R.S., collaboratrice du catalogue de l’exposition « The Map is Not the Territory », Farah Mebark a traité « Le vêtement et la couleur : des femmes en rébellion ». Entre partialité et confusion. Après avoir évoqué les Saoudiennes contraintes de porter un « voile noir comme masque du corps et de l’être, afin de dire une dépendance absolue et annihilante à l’homme qui, lui, a droit de contrôler, abuser, battre, mettre à mort », un « exemple d’un islam extrême au point d’être plus idéologique que spirituel », Farah Mebark s’attarde sur un « phénomène parent dans une ultra-orthodoxie juive où même la chevelure doit disparaître au profit de la perruque dans une déconstruction du corps de la femme qui est reconstruit selon une formule standardisée, manufacturé par l’homme ». Et de citer le rabbin Delphine Horvilleur à l’appui de ses assertions. Comment peut-on dresser un parallèle entre le wahhabisme, non désigné comme tel, d’un régime saoudien dictatorial et l’« ultra-orthodoxie », non définie, de citoyens Juifs de pays démocratiques, entre des Saoudiennes subissant un statut d’inégalités et aux marges réduites de libertés et des citoyennes Juives ultra-orthodoxes immergées dans la vie professionnelle, le sort de la totalité des Saoudiennes et celui d’une infime minorité en Israël ou en diaspora démocratiques ? Rappelons que toute « Juive ultra-orthodoxe » peut librement quitter sa communauté sans craindre pour sa vie. 

Le texte s’achève par un autre parallèle infamant entre l’Iran et l’Etat d’Israël. Le tchador, « vaste pièce d’étoffe noire enveloppant l’intégralité du corps des femmes à l’exception du visage, en Iran, a été imposée par une pensée masculine et religieuse de la féminité pudique dans l’espace public et en présence de regards mâles ». Quelle pusillanimité pour éviter les mots « régime des ayatollahs » ou « dictature des mollahs chiites » ! « Nashim Beshador/Nisâ’ bilsawâd, « Femmes en noir » (Women in Black), est un mouvement né en 1988 à partir de Jérusalem mais aussi à Tel Aviv, Haïfa et Gan Shmuel. Son emblème : une main de Fatma noire. Le principal mode d’action non-violente des groupes consiste en une veille de femmes anonymes vêtues de noir, réunies régulièrement (une fois par semaine ou par mois) en silence pendant au moins une heure en un lieu donné, toujours le même. Appelé désormais Women in Black for Justice, against War, le mouvement a élargi ses préoccupation : protester contre les injustices, les inégalités, l’oppression, la guerre, le militarisme, l’exclusion et toues formes de violences ». Quelle guerre ? Pas celle lancée par les mouvements terroristes islamistes, dont le Fatah qui dirige illégalement, en dictateur, l'Autorité palestinienne, contre les Israéliens. En juin 2001, Women in Black, membre de la pro-BDS Coalition of Women for a Just Peace, a fait appel à des vigiles contre « l’occupation de terres palestiniennes ». Lesquelles ? Pourquoi n’avoir pas évoqué les Women in Green (Femmes en vert) ? Ces dames aux chapeaux verts sont dévouées à la Terre d’Israël.


Marc Crapez (sous la direction de), « Femmes, Totalitarisme et Tyrannie ». Les Editions du Cerf, collection Cerf Patrimoines, 2019. 392 pages. 24,00€. ISBN : 9782204136570

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