Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mardi 31 octobre 2017

Weegee, 44 tirages d’époque


Dans le cadre de la 6e édition du festival Photo Saint-Germain (3-19 novembre 2017), la Galerie Galerie Meyer Oceanic & Eskimo Art et Daniel Blau présentent l’exposition Weegee, 44 tirages d’époque. Né Ascher Fellig dans une famille juive en Ukraine, Weegge (1899-1968) émigre aux Etats-Unis en 1909. Ce « picture snatcher » devient célèbre dès les années 1930 comme photo-reporter spécialisé dans la vie quotidienne, artistique ou violente d'un New York ou Los Angeles nocturne et révolutionne la manière de relater en photographies des faits divers, des scènes urbaines parfois violentes.

    
« Tout au long d’une intense décennie, de 1935 à 1946, Weegee fut l’une des figures les plus inventives de la photographie américaine. Connu pour sa capacité à arriver avant tout le monde sur les lieux du crime, il domina la scène new-yorkaise. Cigare vissé aux lèvres, il se considérait comme la seule personne capable de raconter l’histoire de cette ville qui ne dort jamais. Des détectives aux délinquants, des piliers de bar aux oiseaux de nuit, des incendies aux accidents de la route – Weegee couvrait tous les événements ».

Pionnier dans ce genre de photoreportage, Weegee a su conjuguer l'art de la composition, l'expertise dans le tirage photographique et une logistique efficace. Il exerce une influence durable sur le cinéma, de Jules Dassin à Martin Scorsese, via Stanley Kubrick - conseiller lumière pour Dr Folamour - et Francis Ford Coppola et Dario Argento, sur l'art - sérigraphies d'Andy Warhol - et, par son attention aux marginaux, sur la photographie américains, notamment sur Diane Arbus.

« Weegee the Famous »
« Né en 1899 sous le nom d’Ascher Fellig à Zloczow, près de Lemberg, aujourd’hui situé en Ukraine, il émigra avec sa famille aux Etats-Unis en 1909 ». A Ellis Island, son prénom est transformé en Arthur. 

Arthur Fellig grandit dans le Lower East Side. Son père est rabbin. Pour aider sa famille pauvre, Arthur Fellig arrête sa scolarité à l'âge de 14 ans et multiplie de petits boulots.

Par hasard, il découvre la photographie, et se met à photographier des enfants vêtus de leurs habits du dimanche.

Il est employé dans le studio de photographies Ducket & Adler (1924-1927).

Ensuite, il est recruté par Acme Newspictures, importante agence de reportages photos de United Press International (UPI) : il débute dans le laboratoire de tirage des photographies, puis il effectue, de manière sporadique, des reportages photos pour ACME Newspictures, et, parallèlement pour divers médias sans être alors crédité comme auteur de ses clichés. 

En 1935, attaché à ses droits d'auteur, il quitte Acme Newspictures pour se lancer comme photoreporter free lance. C'est de cette époque que date son surnom de Weegee. 

« Le premier coup d’éclat de Weegee eut lieu en 1937, lorsque Life Magazine publia un article à propos de ses activités dans la ville de New York ». 

L'année suivante, lassé d'attendre de lire une information sur le télétype, Weegee achète un Chevy Coupe 1938, obtient sa carte de presse et l'autorisation de brancher la radio de sa voiture sur la fréquence de la police. Cette automobile devient son deuxième domicile et son bureau, réunissant costumes, appareils photographiques, ampoules pour flashes, machine à écrire, "chambre-noire", cigares, etc. Ce qui lui assure une rapidité d'action, un travail efficient, et souvent la primeur de news : crimes, incendies, accidents, soirées mondaines, etc. L'Amérique de la crise économique, des gangsters, des pauvres... Une fois ses photographies développées, Weegee se rend au petit matin au siège de quotidiens -  Herald Tribune, The Daily Mirror, New York Daily News, Life, Vogue, Sun - pour leur proposer ses sujets, et leur vendre les photographies qui seront publiées dans la première édition de la journée. Au dos de ses clichés, est tamponné : « Credit Photo by WEEGEE the Famous ».

« Son travail fut de plus en plus reconnu, et il rejoignit le quotidien new-yorkais PM à l’été 1940. Les photographies de Weegee apparurent ainsi régulièrement dans les journaux ».

« À l’époque, New York était le théâtre de crimes passionnels et de meurtres liés aux gangs. La ville était un labyrinthe de drames et de mystères. « C’est excitant. C’est dangereux. C’est drôle. C’est dur. C’est bouleversant. » Weegee était un grand photo-reporter, et il aimait raconter les histoires de sa ville ». 

Par son art du cadrage, sa maîtrise de la composition et son sens des contrastes dramatisant la scène, Weegee élabore des photographies narratives de sinistres scènes de crimes dans la Big Apple, ou de l'effet produit par ces scènes sur des badauds, des proches de victimes. Le lecteur a l'impression d'être de plein pied dans la scène saisie par Weegee. Ces photos en noir et blanc sont devenues des modèles pour les tabloïds, pour la presse à sensation à la recherche de scoops.

« Figure légendaire du photojournalisme, Weegee a marqué l'histoire du reportage des années d'avant-guerre, mais plus encore l'histoire même de la photographie. Il fut l'un des premiers à mesurer la portée du fait divers, traduisant au travers de son objectif la force tragique, mais surtout visuelle, des drames, des incendies ou des accidents. Les prises de vue de Weegee provoquèrent un véritable choc chez les lecteurs par la crudité des scènes observées. Il révéla au grand public une autre Amérique, celle des laissés-pour-compte et des déshérités. Weegee dévoilà par son œuvre l'âme de la grande ville, divulgua ses convulsions et ses rêves. Parmi ses thèmes, il développa notamment celui du repos, surprenant quantité de dormeurs dans des situations les plus inattendues, conférant au sommeil la vérité de la condition humaine et une dimension inquiétante, proche de la mort. Ses sujets de prédilection sont les crimes, les bars, les musiciens, le cirque ou les célébrités. Ils lui sont inspirés par New York, dont il évoque comme personne le climat. Il nous a transmis la singularité d'un regard qui a marqué les mémoires et le destin de la photographie ».

En 1941, la Photo League présente une exposition d’œuvres de Weegee, ce « picture snatcher » : « Murder is my Business ».

En 1943, le Museum of Modern Art (MoMA) de New York  acquiert cinq de ses photographies qui figurent dans l'exposition Action Photography. Weegee est aussi l'un des photographes retenus dans « 50 Photographs by 50 Photographers », organisé par le photographe Edward Steichen.

Le style du film « La cité sans voiles » (The Naked City) de Jules Dassin (1948) est inspiré du photographe (street photographer) et photojournaliste américain Weegee, dont le livre de photographies sur la vie new-yorkaise, Naked City, a été publié en 1945. Weegee est crédité au générique du film.

« Toutes ces photographies ont été découvertes récemment dans des archives américaines, et 22 des images présentées à la Galerie Meyer sont absolument inédites ». 

Favorable à l'égalité des droits civiques, Weegee montre aussi les discriminations visant les Afroaméricains. Et les inégalités sociales dans sa célèbre photographie : « La Critique » (1943)

Il recourt aussi à la technique des déformations de visages pour déformer ceux de stars : Marilyn Monroe, etc.

Il décède d'une tumeur au cerveau, à l'âge de 69 ans, au cours de l’hiver 1968.

Sa veuve Wilma Wilcox a fait don des archives de Weegee - 16 000 photographies et 7 000 négatifs – à l'International Center of Photography (ICP) de New York qui lui consacre en 1997-1998 la rétrospective Weegee's World. Death and the Human Drama.

En 1992, The Public Eye (L'Oeil public), neo-noir film dirigé par Howard Franklin, avec Joe Pesci et Barbara Hershey, s'inspire de la vie de Weegee.



« My name is Weegee. I’m the world’s greatest photographer… »

« I am a perfectionist. When I take a picture…it’s gotta be good. »

« Weegee often said that he was, ‘A natural-born photographer, with hypo in my blood. »

« Sure. I’d like to live regular. Go home to a good looking wife, a hot dinner, and a husky kid. But I guess I got film in my blood. I love this racket. It’s exciting. It’s dangerous. It’s funny. It’s tough. It’s heartbreaking. »

« It’s been a strange [summer]…. I was sent by a magazine to photograph famous photographers…. Of course, I included myself. »

« A good assignment to me is a good picture and a date. When I leave town I put a tablet in front of the girl’s house (as with George Washington): Weegee slept here. »

« For the pictures in this book (Naked City) I was on the scene ; sometimes drawn there by some power I can’t explain, and I caught the New Yorkers with their masks off… not afraid to Laugh, Cry, or make love. What I felt I photographed, laughing and crying with them » .

« I’m no part time dilettante photographer, unlike the bartenders, shoe salesmen, floorwalkers plumbers, barbers, grocery clerks and chiropractors whose great hobby is their camera. All their friends rave about what wonderful pictures they take. If they’re so good, why don’t they take pictures full—time, for a living, and make floor walking, chiropractics, etc., their hobby? But everyone wants to play it safe. They’re afraid to give up their pay checks and their security they might miss a meal. »

« When you find yourself beginning to feel a bond between yourself and the people you photograph, when you laugh and cry with their laughter and tears, you will know you are on the right track ».

« Hollywood is Newark, New Jersey with palm trees ».

« If I had a picture of two handcuffed criminals being booked, I would cut the picture in half and get five bucks for each. »

« To me a photograph is a page from life, and that being the case, it must be real. »

« Many photographers live in a dream world of beautiful backgrounds. It wouldn’t hurt them to get a taste of reality to wake them up. »

« Anyone who looks for life can find it… and they don’t need to photograph ashcans. The average camera fan reminds me of Pollyanna, with a lollypop in one hand and a camera in the other. You can’t be a Nice Nelly and take news pictures. »

« There are photographic fanatics, just as there are religious fanatics. They buy a so-called candid camera… there is no such thing: it’s the photographer who has to be candid, not the camera. »

« I had so many unsold murder pictures lying around my room…I felt as if I were renting out a wing of the City Morgue. »

« I have no chips on my shoulder. I like to be constructive. As I have said, I have inspired many persons to take up photography. As a matter of fact, I inspire myself. (When I take a good picture I give myself a bonus.). »

« So, keep your eyes open. If you see anything, take it. Remember – you’re as good as your last picture. One day you’re hero, the next day you’re a bum… »

« News photography teaches you to think fast. »
« To me, pictures are like blintzes – ya gotta get ‘em while they’re hot. »

« When you find yourself beginning to feel a bond between yourself and the people you photograph, when you laugh and cry with their laughter and tears, you will know you are on the right track. »

« People are so wonderful that a photographer has only to wait for that breathless moment to capture what he wants on film. »

« What I did, anybody can do. »


17 rue des Beaux-Arts 75006
Tél. : 01 43 54 85 74

Maximilianstr. 26
80539 Munich
Tel. : +49 89 297342

Visuels
Weegee, Anyway, It Feels Cool, 1943, © Weegee / International Center of Photography, Courtesy : Daniel Blau, Munich

Weegee, Business as Usual at Grand Central, 1945, © Weegee / International Center of Photography, Courtesy : Daniel Blau, Munich

Weegee, Just Wore-Out, 1945, © Weegee / International Center of Photography, Courtesy : Daniel Blau, Munich

Weegee, Anything Goes on V-J Day!, 1945, © Weegee / International Center of Photography, Courtesy : Daniel Blau, Munich

Weegee, Symbol of France, Free Again, 1944, © Weegee / International Center of Photography, Courtesy : Daniel Blau, Munich

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English 
Les citations sur l'exposition sont extraites du communiqué de presse.

lundi 30 octobre 2017

Frank Horvat. Horvatyear – Diptyques


Né en 1928 à Abbazia (ou Opatija) dans une famille juive originaire d’Europe centrale, Frank Horvat est un photographe qui a évolué dans plusieurs domaines : photographies de mode, photojournalisme, portraits, paysage et sculpture. Dans le cadre de la 6e édition du festival Photo Saint-Germain (3-19 novembre 2017), la Galerie Le Minotaure et la Galerie Dina Verny présentent l’exposition Frank Horvat. Horvatyear – Diptyques. Vernissage le  2 novembre 2017 à 18 h.


« L’imagination est une faculté quasi divine qui perçoit tout d’abord, en dehors des méthodes philosophiques, les rapports intimes et secrets des choses, les correspondances et les analogies ». Charles Baudelaire, Notes nouvelles sur Edgar Poe
     
     
Frank Horvat est né dans une famille juive originaire d’Europe centrale – son père Karl, médecin généraliste hongrois, sa mère Adèle psychiatre viennoise -, en 1928 à Opatija ou Abbazia, alors en Italie et actuellement en Croatie.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il vit à Lugano, en Suisse. Adolescent de quatorze ans, il échange  sa collection de timbres contre un Retinamat 35 mm.

De 1947 à 1950, il étudie l’art à l’Academia di Brera, travaille pour une firme de publicité, achète un Rolleicord et collabore comme photographe free lance à des magazines italiens.

En 1950, Frank Horvat se rend à Paris, où il fait la connaissance de Henri Cartier-Bresson et de Robert Capa. Il est influencé par Henri Cartier-Bresson dont il loue la richesse de contenus de ses phtographies et l’art du cadrage et de la construction de l’image. Sur ses conseils, il délaisse son Rollei pour un Leica.

Pendant deux ans, il sillonne l’Asie : Inde, Pakistan… Ses photographies sont publiées par Life, Picture Post, Réalités, Match, Picture Post, Die Woche et Revue. En 1955, l’une d’elles est sélectionnée pour l’exposition célèbre Family of Man, au MoMa, Musée d'art moderne de New York.


En 1955, Frank Horvat s’installe à Paris, tout en travaillant souvent à New York.

Il préfère le léger Reflex 35 mm pour saisir des détails difficiles à capter avec d’autres appareils photographiques.

En 1957, Frank Horvat  débute une collaboration avec des magazines de mode en privilégiant la lumière naturelle : Le Jardin des Modes, Elle avec Hélène Lazareff, « une petite bonne femme très gentille qui terrorisait tout le monde », Vogue, Glamour, Harper’s Bazaar… Il devient célèbre pour son travail de photographe de mode et pour la publicité qu’il exerce jusqu’en 1988. Sa photographie la plus célèbre s’avère Givenchy Chapeau à Longchamp, jardin des Modes publiée en 1958 par Le Jardin des modes. Un cliché en noir et blanc de Bettina Graziani, au visage presque entièrement dissimulé. En 1986, Frank Horvat photographie, pour la première fois, une femme enceinte nue.

De 1958 à 1961, il est photographe associé à Magnum.

Pour Revue, Horvat renoue en 1962-1963 avec le photojournalisme et entame un tour du monde. Il travaille sur deux livres : Strip-tease et Télévision.

Pour contrer la crise des magazines, il s’essaie aussi au cinéma et à la vidéo.

En 1976, Frank Horvat réalise en couleurs son « triptych » : Portraits of Trees (1976–82), Very Similar (1982-86) et New York up and down (1982–87).

Souffrant d’une maladie des yeux, Frank Horvat interviewe ses amis photographes : Edouard Boubat, Robert Doisneau, Mario Giacomelli, Josef Koudelka, Don McCullin, Sarah Moon, Helmut Newton, Marc Riboud, Jeanloup Sieff et Joel-Peter Witkin. Il réunit ces entretiens dans Entre Vues (Nathan, 1988). Horvat loue Helmut Newton pour son affirmation de la transgression.

En 1989, il est l’un des premiers artistes à expérimenter la photographie numérique. Grâce à Photoshop, il assemble des parties de photographies prises à des moments divers, sur des lieux variés. Ce procédé produit des effets curieux, cocasses, bizarres en créant une oeuvre nouvelle polysémique. Frank Horvat recourt à l’informatique pour des travaux sur la peinture et la sculpture romane.

De 1990 à 1998, il travaille sur des projets de livres : “Sculptures By Degas”, “Bestiarium”, “Mythologies”, “Walks Around Boulogne-Billancourt”, “History Of Fashion At Musée Galliera”, “Romanesque Sculptures”.

En 1998, Frank Horvat opte pour un appareil photographique compact, maniable, qu’il transporte dans une poche. Il ouvre son premier site Internet, Horvatland.

En 2003-2004, il publie La Véronique, livre de photographies prises dans les environs de sa maison en Provence.

De nombreux établissements culturels consacrent des rétrospectives à cet « outsider de la photographie » : l’Espace Landowski, la Villa Tamaris, la Fondation Helmut Newton...

En 2011, Horvat publie sur Internet sa première application iPad (Horvatland).

Loin de l'esbroufe et du sensationnalisme, il s’intéresse aux beautés de la vie quotidienne, et travaille actuellement sur la série Nothing Special.

Dans le cadre de la 6e édition du festival Photo Saint-Germain, deux galeristes – Olivier Lorquin (Galerie Dina Vierny) et Benoît Sapiro (Galerie Le Minotaure) – « présentent une exposition commune sur une sélection de vingt diptyques du photographe Frank Horvat ».

« Les diptyques d’Horvat rappellent la métamorphose moderne – causée par la photographie – qui a imposé des relations nouvelles entre les œuvres d’art et les spectateurs, l’espace et d’autres artefacts. Grâce au cadrage, à l’uniformisation des objets et des espaces à un format, aux deux dimensions et à une gamme de couleurs déterminée, grâce aussi à leur extraction du contexte originaire, la photographie les a libérés, leur a donné une autonomie et une possibilité de gagner des sens nouveaux, de signifier quelque chose d’autre ou de plus. Elle a également rendu possible la juxtaposition des objets (et des situations) issus des époques et des cultures différentes qui auparavant ne pouvaient pas se rencontrer. André Malraux a expliqué ce phénomène à travers son concept du Musée imaginaire et l’a mis en pratique dans la trilogie Métamorphose des dieux. Les diptyques sont donc des confrontations d’images métamorphosées ou bien réincarnées, faisant partie de l’imaginaire d’Horvat où elles peuvent infiniment créer de nouveaux liens, raconter de nouvelles histoires, toujours différentes. Elles libèrent et mettent en valeur le hors-champ, ce que l’on ne peut pas apercevoir à la surface de l’image, ce qui dans le texte reste caché entre les lignes. Le hors champ a toujours été important, expliquait Horvat dans un de ses entretiens, il permet d’imaginer ce qui n’est pas représenté. La seule chose qui éveille l’imagination est ce qu’on ne montre pas, ce qui est en dehors du cadre ».

« Un tel procédé défend les images devant la « pétrification » de sens dont elles sont porteuses ; il protège leur existence en ouvrant le cadre à de nouvelles interprétations. Les diptyques, comme le musée imaginaire (par opposition au musée classique), sont un lieu de rencontre, le fruit d’une passion. Cette façon d’assembler les images reflète une manière particulière de regarder et de vivre dans le monde. Elle est comme une mémoire pratique qui lutte avec la dispersion, unit le familier et le commun, selon ses propres (et secrètes) règles.

Frank Horvat a créé 365 diptyques parmi lesquels les deux galeristes en ont choisi vingt qui répondaient le plus à leur propre sensibilité et leurs centres d’intérêts. Une fois arrêté, ce choix semble aller de soi. L’exposition privilégie ainsi les compositions favorisant le regard humain, et non intellectuel, d’Horvat ; sa faculté de saisir les gestes et les regards qui se répondent malgré le temps et l’espace qui les sépare. La plupart de ces diptyques sont en noir et blanc, caractéristique qui les rapproche des techniques des années 1920-30 (spécialité de Benoit Sapiro) mais aussi qui rend le point de rupture entre les deux photographies plus floues, donnant au regardeur l’impression de vertige. Deux se métamorphose en un ».
                 
HorvatYear, par Frank Horvat (mai 2017)

« 2018 sera l’année de mes quatre-vingt-dix ans. Pour le célébrer, j’ai préparé une série de 365 diptyques : autant que les jours de l’année.

Ces diptyques sont des juxtapositions de deux photos, assemblées par une certaine analogie de composition, de couleur et d’ambiance, mais pas nécessairement par leur sujet, temps ou lieu. Récemment, j’ai réalisé que certains diptyques peuvent signifier autre chose (ou quelque chose de plus) que des images simplement placées côte-à-côte. J’ai numérisé quelques milliers de photos, dont certaines, prises à quatorze ans avec mon premier appareil : toutes celles que je n’ai pas détruites ou perdues – volontairement ou par négligence – et auxquelles, à un certain moment, j’ai trouvé une valeur. J’en ai choisi quelques centaines dont j’ai imaginé que quelqu’un voudrait les voir sur ses murs. Cela exclut les situations douloureuses ou choquantes donc inévitablement certaines de mes favorites. L’étape cruciale fut de les combiner. Par un appariement, une photo peut devenir plus forte – ou plus faible, comme dans la vie. Chacune raconte son histoire, sur un fragment de réalité qu’elle représente. Mais dans certains cas, le couplage peut révéler des aspects moins apparents à première vue, tout comme certains objets semblent changer lorsqu’ils sont observés sous différents angles. L’agencement des diptyques m’a donné une leçon, non seulement sur ma photographie, mais aussi sur le mécanisme de mes associations mentales des images, des souvenirs et des émotions. Comme des empreintes de pas, qu’à ce moment de ma vie, je souhaite laisser derrière moi ».


« Une bonne photo, c'est une photo que l'on ne peut pas refaire ».
« Une photo doit être imprévisible, et tout ce qu'il y a dedans doit être nécessaire ».
« La photographie c’est l’art de ne pas appuyer sur le bouton ».


Du 3 au 22 novembre 2017. Vernissage le  2 novembre 2017
la Galerie Le Minotaure 
2, rue des Beaux-arts. 75006 Paris
Tél. : 01 43 54 62 93
Du mardi au samedi  de 11 h à 13 h et de 14 h à 19 h

A la Galerie Dina Verny  
36, Rue Jacob. 75006 Paris
Tél : +33 (0)1 42 60 23 18
Du mardi au samedi de 14 h à 19 h

Visuels 
1959, London, UK, dancing couple in Soho - 1956, Paris, France, flic (french policeman) (b), 2017, 90 x 120 cm

1955, Brighton UK, peeking boys (b) - 1956, Paris, France, Le Sphynx (L), 2017, 90 x 120 cm

1961, New York, USA, little boy on a slide in Central Park - 1961, New York, USA, little girl and doll in Central Park (a), 2017, 90 x 120 cm

1962, Roma, Italy, for HB, italian high fashion with Deborah Dixon on the steps of Piazza di Spagna (i) - 1962, Paris, France, for HB, french high fashion, Carol Lobravico, at Café de Flore (b), 2017, 90 x 120 cm

1955, Paris, France, sandwich man - 1956, Paris, France, broken doll at the Flea Market, 2017, 90 x 120 cm

1955, London, UK, lovely day - 1955, London, UK, ladies in Hyde Park, 2017, 90 x 120 cm

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Les citations sur l'exposition sont extraites du dossier de presse.

samedi 28 octobre 2017

Alexander von Zemlinsky (1871-1942)


Alexander von Zemlinsky (1871-1942) est un compositeur post-romantique, pédagogue admiré et chef d’orchestre prestigieux né à Vienne, élevé dans le judaïsme, puis converti au protestantisme. Célèbre dans les années 1900-1930, il semble avoir manqué de confiance en lui, mais a su diriger des œuvres de Schönberg ou Berg, loin de son lyrisme. Fuyant l’antisémitisme nazi, il se réfugie aux Etats-Unis où il demeure méconnu. Depuis les années 1970, cet artiste au langage tonal, à la musique souvent sensuelle, est « redécouvert » et apprécié du public. Le 29 octobre 2017, à 15 h, dans le cadre de son Festival Mémoires d'Exil, le Forum des Voix Étouffées-CEMUT organise au Centre européen du résistant déporté Camp du Struthof - Natzwiller, un concert dont l'entrée est libre. Au programmeAlexander Zemlinsky - Trois pièces. Humoreske, Lied, Tarentell -, Alexandre Tansman - Cinq pièces. Toccata, Chanson et boîte à musique, Mouvement perpétuel, Aria, Basse ostinato -, Erich Wolfgang Korngold - Trio op. 1 -, interprétés par Beata Halska, violon, Laurence Disse, piano, et Bertrand Malmasson, violoncelle. Entrée libre. 

« Alexander von Zemlinsky est celui à qui je dois presque toutes mes connaissances de la technique et des problèmes compositionnels. J’ai toujours cru fermement qu’il était un grand compositeur, et je le crois toujours aussi fermement. Son temps viendra peut-être plus tôt qu’on ne le pense. Pour moi, une chose, cependant, ne fait pas de doute : je ne connais aucun compositeur post-wagnérien qui a pu satisfaire avec autant de noblesse aux exigences du théâtre. Ses idées, sa forme, sa sonorité ainsi que chaque tournure viennent directement de l’action, de la scène et de la voix du chanteur, avec une netteté et une précision de la plus haute qualité », estimait Schoenberg en 1949.

Mitteleuropa
Alexander Zemlinsky nait à Vienne, alors dans l’empire austro-hongrois : son grand-père Anton Semlinski, originaire de Žilina, actuellement en Slovaquie, a épousé une Autrichienne – tous deux étaient catholiques. Le père d’Alexander, Adolf, a été élevé dans la religion catholique. La mère d’Alexander est née à Sarajevo : son père était juif et sa mère musulmane bosniaque. Toute la famille d’Alexander se convertit au judaïsme, et Alexander est élevé dans le judaïsme. Bien que non noble, son père Adolf ajoute le titre « von » à son patronyme, et a commencé à utiliser le nom de « Zemlinsky ».

Enfant, Alexander Zemlinsky étudie le piano, et joue à l’orgue dans la synagogue lors des fêtes.

En 1884, il entre au Conservatoire de Vienne où il a pour professeur de piano Anton Door.

Il gagne le prix de piano du Conservatoire en 1890.

Il bénéficie aussi de l’enseignement de Robert Fuchs sur la théorie, de Johann Nepomuk Fuchs et Anton Bruckner sur la composition, de Franz Krenn sur le contrepoint.

Vers 1892, Alexander Zemlinsky commence à composer.

Il reçoit le soutien de Johannes Brahms qui, ayant entendu une symphonie et des quartets de Zemlinsky, le recommande auprès de l’éditeur N. Simrock qui publie son Trio avec piano opus 3 en 1897.

En 1895-1896, Alexander Zemlinsky dirige le Polyhymnia, et il noue une amitié avec Arnold Schönberg qui assure la partie de violoncelle. Tous deux composent ensemble. Arnold Schönberg  lui dédie ses Lieder opus 1 et épouse sa sœur Mathilde en 1901. Zemlinsky lui enseigne aussi le contrepoint, une écriture musicale superposant des lignes mélodiques distinctes (polyphonie).

En 1896, il est distingué par le Prix Luitpold à Munich pour son premier opéra, Sarema auquel a collaboré Schönberg.

En 1897, la symphonie n° 2 de Alexander Zemlinsky est créée à Vienne, et remporte un vif succès.

En 1899, Alexander Zemlinsky obtient le poste de Kapellmeister au Carltheater de Vienne. Volonté de contrer l’antisémitisme viennois ? Il se convertit au protestantisme, et insère dans certaines œuvres des références chrétiennes.

La consécration vient en 1900 : Gustav Mahler dirige la première de son opéra Es war einmal (Il était une fois) à l’Hofoper.

En 1900, Zemlinsky tombe amoureux de Alma Schindler, une de ses étudiantes en composition. Bien que partageant ses sentiments, mais en raison de l’influence de sa famille et d’amis et de sa rencontre avec Gustav Mahler, la jeune femme finit par rompre et épouse en 1902 Gustav Mahler. Une rupture qui blesse profondément Zemlinsky, persuadé que sa laideur a motivé le refus d’Alma Schindler. Celle-ci le décrit cruellement ainsi : « Un affreux gnome, un nabot sans menton et sans dents, les yeux protubérants ».

Dès 1903, Alexander Zemlinsky enseigne l’orchestration au lycé privé Schwartzwald, à Vienne, dont la directrice, Eugenie Schwarzwald, prône l’émancipation féminine et des méthodes pédagogiques innovantes. Parmi ses élèves : Alban Berg, Karl Horwitz, Heinrich Jalowetz, Erwin Stein et Anton Webern. Wolfgang Korngold devient son élève, hors cadre institutionnel.

Avec Schönberg et le soutien de Mahler, Alexander Zemlinsky crée en 1904 la Vereinigung Schaffender Tonkünstler (Association de compositeurs créatifs) afin de « soutenir des ouvrages des compositeurs contemporains, dans la perspective d'un libre épanouissement de la personnalité artistique ».

En 1906, Alexander Zemlinsky est nommé premier Kapellmeister du nouveau Volksoper (Opéra populaire) viennois au répertoire varié – Mozart, Wagner, Strauss -, puis en 1907-1908 au Hofoper. Au Volksoper, il crée en 1908 Barbe Bleu de Paul Dukas, et son propre opéra Kleider machen Leute (L'Habit fait le moine) en 1910.

Alexander Zemlinsky épouse Ida Guttmann en 1907. Un mariage malheureux.

De 1911 à 1927, il dirige l’orchestre du Deutsches Landestheater à Prague, et crée Erwartung  de Schoenberg en 1924.

En 1913, un concert d’œuvres de Alexander Zemlinsky, Schönberg, Berg, Webern et Mahler suscite un scandale.

Dès 1920, recteur de l’Académie allemande de musique et des beaux-arts, il est assisté par Erich Kleiber en 1911–1912, Anton Webern, en 1917–1918), George Szell, en 1919–1920, et de 1921 à 1927, Viktor Ullmann est son chef de chœurs.

En 1923, Mathilde Schönberg décède. Un an plus tard, Alexander Zemlinsky crée Erwartung de Schönberg à Prague. Des divergences personnelles et artistiques, sur la technique sérielle, les éloignent.

Dans le sillage de Gustav Mahler et de Richard Strauss, Alexander Zemlinsky influe par son activité d’enseignant ses élèves : Erich Wolfgang Korngold, d’Arnold Schönberg et de Viktor Ullmann.

Il se rend à Berlin où il exerce son activité de pédagogue et travaille sous l’autorité d’Otto Klemperer comme chef d’orchestre au Kroll Opéra.

Veuf en 1929, il épouse Luise Sachsel en 1930, sa cadette de 29 ans à laquelle il donnait des leçons de chant depuis 1914.

L’ascension du parti nazi vers le pouvoir contraint Alexander Zemlinsky à fuir à Vienne en 1933. Sans poste officiel, il partage son temps entre la composition musicale et la direction d’orchestres.

Alexander Zemlinsky illustre musicalement des poèmes de Christian Morgenstern, Maurice Maeterlinck ou Rabindranath Tagore. Son œuvre la plus célèbre est la Symphonie lyrique (1923), illustration musicale du poète bengali Rabindranath Tagore.

Des contes de Oscar Wilde lui inspirent des opéras : Eine florentinische Tragödie (Une tragédie florentine), en un acte, op. 16, livret d'Oscar Wilde et Max Meyerfeld (1915/16, première à Stuttgart en 1917), Der Zwerg (Le nain), en un acte, op. 17, livret de Georg C. Klaren d'après L’anniversaire de l’Infante de Oscar Wilde (1919–21, création à Cologne en 1922 sous la direction d’Otto Klemperer. Sur des contes de Hans Christian Andersen, Alexander Zemlinsky conçoit une œuvre orchestrale, la fantaisie Die Seejungfrau créée en 1902-1903 à Vienne.

En 1938, après l’Anschluss (annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie), Alexander Zemlinsky se réfugie avec sa famille aux Etats-Unis, et se fixe à New York. Le Metropolitan de la Big Apple refuse de créer Der König Kandaules qu’il considère immoral.

Alors que Schoenberg est acclamé dans les années 1930 et 1940 à Los Angeles, Alexander Zemlinsky  survit péniblement. Malade, affaibli par un accident cérébro-vasculaire en 1939, il décède, pauvre, oublié, en 1942.
   
Redécouverte 
Après des décennies de quasi-oubli, l’œuvre de Alexander von Zemlinsky, qualifié de « romantique tardif », est réévaluée par les musicologues dans les années 1970, et appréciée du public.

L’orchestration de Der König Kandaules (Le roi Candaule), en trois actes, op. 26, livret du compositeur d'après André Gide (1935/36) a été complétée par Antony Beaumont en 1992–96. L’œuvre a été créée à Hambourg en 1996.

Créé en 1990 à l’université de Cincinnati, le Alexander Zemlinsky Prize for Composition perpétue la mémoire de l’artiste, promeut de jeunes compositeurs et des nouvelles compositions originales pour orchestres symphoniques.

Exposition
La Mairie du VIIIe arr. de Paris a accueilli l’exposition Alexander von Zemlinsky, l’étranger. Un musicien à la croisée des mondes (1871-1942).

« Paul Bernard-Nouraud, Thomas Vernet de la Fondation Royaumont et Alena Parthonnaud de la Médiathèque musicale Mahler, les curateurs de l’exposition ont rassemblé un grand nombre d’images, de photographies, de copies d’oeuvres et de partitions, de correspondance également qui permettront aux mélomanes, aux amateurs et aux curieux de découvrir les multiples facettes de la vie et de l’oeuvre de Zemlinsky ».

« Grâce à l’appui d’un comité scientifique de spécialistes reconnus de l’œuvre du musicien et de la période historique concernée, l’exposition «Alexander Zemlinsky, l’étranger» sera organisée autour des différents « mondes » qu’il a traversés au cours de sa carrière, de la Vienne de Mahler à l’expérience de Prague, de son aventure berlinoise à la Krolloper de Klemperer et de Moholy-Nagy, de son retour à Vienne à son exil new-yorkais. »

Festival Mémoires d'Exil
Le 29 octobre 2017, à 15 h, dans le cadre de son Festival Mémoires d'Exil, le Forum des Voix Étouffées-CEMUT organise au Centre européen du résistant déporté Camp du Struthof - Natzwiller, un concert dont l'entrée est libre. Au programme : Alexander Zemlinsky - Trois pièces. Humoreske, Lied, Tarentell -, Alexandre Tansman - Cinq pièces. Toccata, Chanson et boîte à musique, Mouvement perpétuel, Aria, Basse ostinato -, Erich Wolfgang Korngold - Trio op. 1 -, interprétés par Beata Halska, violon, Laurence Disse, piano, et Bertrand Malmasson, violoncelle. Entrée libre.
       
    
Du 11 au 16 septembre 2017
A la Mairie du VIIIe arrondissement de Paris
3, rue de Lisbonne, 75008 Paris
Tél. : 01 44 90 75 08
Du lundi au vendredi de 12 h à 18 h, le jeudi de 12 h à 19 h et le samedi de 9 h à 12 h

A lire sur ce blog :
Cet article a été publié le 11 septembre 2017.

mercredi 25 octobre 2017

« L’histoire d’Oscar, victime de l’antisémitisme »


Arte diffusera le 26 octobre 2017 « L’histoire d’Oscar, victime de l’antisémitisme ». Ce «reportage se penche sur le cas d’un jeune de 14 ans vivant à Berlin. Pendant des mois, il a été insulté, harcelé et battu dans son école. Son tort : être juif... »

           
« Pour la première fois depuis deux ans, le nombre de délits antisémites a augmenté en Allemagne ». Selon « le ministère allemand de l’Intérieur, de janvier à août 2017, 681 incidents ont été recensés en Allemagne ; 92% ont été commis par des extrémistes d’extrême-droite. Dans 23 cas, des motivations politiques tel le conflit israélo-Arabe était impliqué ». Le député Vert Volker Beck a considéré que le problème vient de toute la société, et il craint que le nombre d’agressions antisémites non déclarées soit beaucoup plus élevé.

Josef Schuster, président du Conseil central des Juifs d’Allemagne, a déclaré au Bild am Sonntag : « Dans certains quartiers de villes importantes, je conseille aux gens de ne pas s’identifier comme juifs. L’expérience a montré que porter une kippa ou un collier avec l’Etoile de David suffit à attirer des menaces verbales ou physiques ». Il a accusé le gouvernement de ne pas prendre les mesures nécessaires, notamment de ne pas désigner un Représentant pour recenser les agressions et servir de contact aux victimes d’agressions. L’Union européenne a invité les Etats membres à nommer un tel Commissaire. Josef Schuster a aussi estimé que « toute la société doit traiter de l’antisémitisme islamique ».

Le 24 avril 2017, une étude gouvernementale allemande a révélé qu’environ 33 millions d’Allemands, soit 40% des 82 millions d’habitants de l’Allemagne, « éprouvent l’antisémitisme contemporain – la haine de l’Etat Juif » et approuvent cette phrase : “En me fondant sur des politiques israéliennes, je peux comprendre que des gens aient quelque chose contre les Juifs ». Ce rapport a cité le psychanalyste israélien Zvi Rex, qui, dans les années 1980, a affirmé : “Les Allemands ne pardonneront jamais Auschwitz aux Juifs ».

En juillet 2017, l’American Jewish Committee (AJC) a publié une étude sur 27 professeurs de 21 écoles de Berlin. Ces enseignants ont observé une recrudescence d’antisémitisme chez les élèves ayant une origine Arabe ou turque et une interprétation stricte de l’islam. Le mot « Juif » est utilisé de manière insultante, notamment à l’égard des homosexuels, des filles, des musulmans laïcs. Directrice de l’AJC à Berlin, Deidre Berger a souligné combien l'antisémitisme fait partie de l’idéologie salafiste, et la nécessité du dialogue sur le Moyen-Orient. Et d’ajouter que des enseignants rechignaient à évoquer ce sujet.

Si l’Allemagne a adopté le 20 septembre 2017 la définition de l’antisémitisme de l’International Alliance for Holocaust Remembrance (IAHR) qui regroupe 31 Etats, elle émet des signaux inquiétants : en septembre 2017, la police d’Ulm, ville natale d’Albert Einstein, a déclaré n’avoir aucune indication que l’individu ayant endommagé une synagogue à plusieurs reprises en août 2017 ait été motivé par l’antisémitisme, le gouvernement de la chancelière Angela Merkel a soutenu la directive de l’Union européenne en 2015 visant à étiqueter les articles produits en Judée ainsi qu'en Samarie et a autorisé à l'été 2015 l'entrée de plus d'un million d'immigrés illégaux venant essentiellement de pays inculquant des préjugés antijuifs, le ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriela a dit au Hamburger Abendblatt en avril 2017 que « le gouvernement actuel n’est pas Israël » et en 2014 avait qualifié la présence israélienne à Hebron de « régime d’apartheid », l’Université HAWK de Sciences et d’Art appliqués a allégué pendant des années que le gouvernement israélien « d’apartheid » « faisait du trafic d’organes palestiniens et commettait des atrocités génocidaires », l’association catholique Pax Christi prône le boycott des produits israéliens, etc.

« L’entrée récente au Parlement de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne), qui compte dans ses rangs des extrémistes de droite et des nazis, n’arrangera probablement pas les choses ». Chi lo sa ? L’AfD, qui a recueilli 12,6% des voix aux élections législatives, est un "parti nationaliste conservateur" plutôt pro-israélien.

« Quelles sont les conséquences sur les 250 000 juifs d’outre-Rhin ? » Soit environ 0,25% de la population allemande.

Ce « reportage se penche sur le cas d’un jeune de 14 ans vivant à Berlin. Pendant des mois, il a été insulté, harcelé et battu dans son école. Son tort : être juif. Les brimades ont commencé pendant le cours d’éthique, lorsqu’Oscar a expliqué qu’il est juif ». Comme en 2003, au lycée Montaigne, établissement prestigieux parisien.

« Puis, son ami turc n'a plus voulu lui parler car « les juifs sont égoïstes et tuent les meurtriers et les Arabes ». Une allusion à l’affaire al-Dura ?

« À la fin, Oscar s'est fait menacer par un faux pistolet ressemblant à s’y méprendre à un vrai et a eu peur de mourir ». « Un simulacre d’exécution », résume le père, Wenzel Michalski.

Gemma et Wenzel Michalski, parents d’Oscar, « en ont tiré les conséquences et l'ont retiré de l’école... » Comme en France.
      

2017, 31 min
Sur Arte le 26 octobre 2017 à 13 h

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Les citations sont d'Arte.