Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

mardi 31 octobre 2017

Weegee, 44 tirages d’époque


Dans le cadre de la 6e édition du festival Photo Saint-Germain (3-19 novembre 2017), la Galerie Galerie Meyer Oceanic & Eskimo Art et Daniel Blau présentent l’exposition Weegee, 44 tirages d’époque. Né Ascher Fellig dans une famille juive en Ukraine, Weegge (1899-1968) émigre aux Etats-Unis en 1909. Ce « picture snatcher » devient célèbre dès les années 1930 comme photo-reporter spécialisé dans la vie quotidienne, artistique ou violente d'un New York ou Los Angeles nocturne et révolutionne la manière de relater en photographies des faits divers, des scènes urbaines parfois violentes.

    
« Tout au long d’une intense décennie, de 1935 à 1946, Weegee fut l’une des figures les plus inventives de la photographie américaine. Connu pour sa capacité à arriver avant tout le monde sur les lieux du crime, il domina la scène new-yorkaise. Cigare vissé aux lèvres, il se considérait comme la seule personne capable de raconter l’histoire de cette ville qui ne dort jamais. Des détectives aux délinquants, des piliers de bar aux oiseaux de nuit, des incendies aux accidents de la route – Weegee couvrait tous les événements ».

Pionnier dans ce genre de photoreportage, Weegee a su conjuguer l'art de la composition, l'expertise dans le tirage photographique et une logistique efficace. Il exerce une influence durable sur le cinéma, de Jules Dassin à Martin Scorsese, via Stanley Kubrick - conseiller lumière pour Dr Folamour - et Francis Ford Coppola et Dario Argento, sur l'art - sérigraphies d'Andy Warhol - et, par son attention aux marginaux, sur la photographie américains, notamment sur Diane Arbus.

« Weegee the Famous »
« Né en 1899 sous le nom d’Ascher Fellig à Zloczow, près de Lemberg, aujourd’hui situé en Ukraine, il émigra avec sa famille aux Etats-Unis en 1909 ». A Ellis Island, son prénom est transformé en Arthur. 

Arthur Fellig grandit dans le Lower East Side. Son père est rabbin. Pour aider sa famille pauvre, Arthur Fellig arrête sa scolarité à l'âge de 14 ans et multiplie de petits boulots.

Par hasard, il découvre la photographie, et se met à photographier des enfants vêtus de leurs habits du dimanche.

Il est employé dans le studio de photographies Ducket & Adler (1924-1927).

Ensuite, il est recruté par Acme Newspictures, importante agence de reportages photos de United Press International (UPI) : il débute dans le laboratoire de tirage des photographies, puis il effectue, de manière sporadique, des reportages photos pour ACME Newspictures, et, parallèlement pour divers médias sans être alors crédité comme auteur de ses clichés. 

En 1935, attaché à ses droits d'auteur, il quitte Acme Newspictures pour se lancer comme photoreporter free lance. C'est de cette époque que date son surnom de Weegee. 

« Le premier coup d’éclat de Weegee eut lieu en 1937, lorsque Life Magazine publia un article à propos de ses activités dans la ville de New York ». 

L'année suivante, lassé d'attendre de lire une information sur le télétype, Weegee achète un Chevy Coupe 1938, obtient sa carte de presse et l'autorisation de brancher la radio de sa voiture sur la fréquence de la police. Cette automobile devient son deuxième domicile et son bureau, réunissant costumes, appareils photographiques, ampoules pour flashes, machine à écrire, "chambre-noire", cigares, etc. Ce qui lui assure une rapidité d'action, un travail efficient, et souvent la primeur de news : crimes, incendies, accidents, soirées mondaines, etc. L'Amérique de la crise économique, des gangsters, des pauvres... Une fois ses photographies développées, Weegee se rend au petit matin au siège de quotidiens -  Herald Tribune, The Daily Mirror, New York Daily News, Life, Vogue, Sun - pour leur proposer ses sujets, et leur vendre les photographies qui seront publiées dans la première édition de la journée. Au dos de ses clichés, est tamponné : « Credit Photo by WEEGEE the Famous ».

« Son travail fut de plus en plus reconnu, et il rejoignit le quotidien new-yorkais PM à l’été 1940. Les photographies de Weegee apparurent ainsi régulièrement dans les journaux ».

« À l’époque, New York était le théâtre de crimes passionnels et de meurtres liés aux gangs. La ville était un labyrinthe de drames et de mystères. « C’est excitant. C’est dangereux. C’est drôle. C’est dur. C’est bouleversant. » Weegee était un grand photo-reporter, et il aimait raconter les histoires de sa ville ». 

Par son art du cadrage, sa maîtrise de la composition et son sens des contrastes dramatisant la scène, Weegee élabore des photographies narratives de sinistres scènes de crimes dans la Big Apple, ou de l'effet produit par ces scènes sur des badauds, des proches de victimes. Le lecteur a l'impression d'être de plein pied dans la scène saisie par Weegee. Ces photos en noir et blanc sont devenues des modèles pour les tabloïds, pour la presse à sensation à la recherche de scoops.

« Figure légendaire du photojournalisme, Weegee a marqué l'histoire du reportage des années d'avant-guerre, mais plus encore l'histoire même de la photographie. Il fut l'un des premiers à mesurer la portée du fait divers, traduisant au travers de son objectif la force tragique, mais surtout visuelle, des drames, des incendies ou des accidents. Les prises de vue de Weegee provoquèrent un véritable choc chez les lecteurs par la crudité des scènes observées. Il révéla au grand public une autre Amérique, celle des laissés-pour-compte et des déshérités. Weegee dévoilà par son œuvre l'âme de la grande ville, divulgua ses convulsions et ses rêves. Parmi ses thèmes, il développa notamment celui du repos, surprenant quantité de dormeurs dans des situations les plus inattendues, conférant au sommeil la vérité de la condition humaine et une dimension inquiétante, proche de la mort. Ses sujets de prédilection sont les crimes, les bars, les musiciens, le cirque ou les célébrités. Ils lui sont inspirés par New York, dont il évoque comme personne le climat. Il nous a transmis la singularité d'un regard qui a marqué les mémoires et le destin de la photographie ».

En 1941, la Photo League présente une exposition d’œuvres de Weegee, ce « picture snatcher » : « Murder is my Business ».

En 1943, le Museum of Modern Art (MoMA) de New York  acquiert cinq de ses photographies qui figurent dans l'exposition Action Photography. Weegee est aussi l'un des photographes retenus dans « 50 Photographs by 50 Photographers », organisé par le photographe Edward Steichen.

Le style du film « La cité sans voiles » (The Naked City) de Jules Dassin (1948) est inspiré du photographe (street photographer) et photojournaliste américain Weegee, dont le livre de photographies sur la vie new-yorkaise, Naked City, a été publié en 1945. Weegee est crédité au générique du film.

« Toutes ces photographies ont été découvertes récemment dans des archives américaines, et 22 des images présentées à la Galerie Meyer sont absolument inédites ». 

Favorable à l'égalité des droits civiques, Weegee montre aussi les discriminations visant les Afroaméricains. Et les inégalités sociales dans sa célèbre photographie : « La Critique » (1943)

Il recourt aussi à la technique des déformations de visages pour déformer ceux de stars : Marilyn Monroe, etc.

Il décède d'une tumeur au cerveau, à l'âge de 69 ans, au cours de l’hiver 1968.

Sa veuve Wilma Wilcox a fait don des archives de Weegee - 16 000 photographies et 7 000 négatifs – à l'International Center of Photography (ICP) de New York qui lui consacre en 1997-1998 la rétrospective Weegee's World. Death and the Human Drama.

En 1992, The Public Eye (L'Oeil public), neo-noir film dirigé par Howard Franklin, avec Joe Pesci et Barbara Hershey, s'inspire de la vie de Weegee.



« My name is Weegee. I’m the world’s greatest photographer… »

« I am a perfectionist. When I take a picture…it’s gotta be good. »

« Weegee often said that he was, ‘A natural-born photographer, with hypo in my blood. »

« Sure. I’d like to live regular. Go home to a good looking wife, a hot dinner, and a husky kid. But I guess I got film in my blood. I love this racket. It’s exciting. It’s dangerous. It’s funny. It’s tough. It’s heartbreaking. »

« It’s been a strange [summer]…. I was sent by a magazine to photograph famous photographers…. Of course, I included myself. »

« A good assignment to me is a good picture and a date. When I leave town I put a tablet in front of the girl’s house (as with George Washington): Weegee slept here. »

« For the pictures in this book (Naked City) I was on the scene ; sometimes drawn there by some power I can’t explain, and I caught the New Yorkers with their masks off… not afraid to Laugh, Cry, or make love. What I felt I photographed, laughing and crying with them » .

« I’m no part time dilettante photographer, unlike the bartenders, shoe salesmen, floorwalkers plumbers, barbers, grocery clerks and chiropractors whose great hobby is their camera. All their friends rave about what wonderful pictures they take. If they’re so good, why don’t they take pictures full—time, for a living, and make floor walking, chiropractics, etc., their hobby? But everyone wants to play it safe. They’re afraid to give up their pay checks and their security they might miss a meal. »

« When you find yourself beginning to feel a bond between yourself and the people you photograph, when you laugh and cry with their laughter and tears, you will know you are on the right track ».

« Hollywood is Newark, New Jersey with palm trees ».

« If I had a picture of two handcuffed criminals being booked, I would cut the picture in half and get five bucks for each. »

« To me a photograph is a page from life, and that being the case, it must be real. »

« Many photographers live in a dream world of beautiful backgrounds. It wouldn’t hurt them to get a taste of reality to wake them up. »

« Anyone who looks for life can find it… and they don’t need to photograph ashcans. The average camera fan reminds me of Pollyanna, with a lollypop in one hand and a camera in the other. You can’t be a Nice Nelly and take news pictures. »

« There are photographic fanatics, just as there are religious fanatics. They buy a so-called candid camera… there is no such thing: it’s the photographer who has to be candid, not the camera. »

« I had so many unsold murder pictures lying around my room…I felt as if I were renting out a wing of the City Morgue. »

« I have no chips on my shoulder. I like to be constructive. As I have said, I have inspired many persons to take up photography. As a matter of fact, I inspire myself. (When I take a good picture I give myself a bonus.). »

« So, keep your eyes open. If you see anything, take it. Remember – you’re as good as your last picture. One day you’re hero, the next day you’re a bum… »

« News photography teaches you to think fast. »
« To me, pictures are like blintzes – ya gotta get ‘em while they’re hot. »

« When you find yourself beginning to feel a bond between yourself and the people you photograph, when you laugh and cry with their laughter and tears, you will know you are on the right track. »

« People are so wonderful that a photographer has only to wait for that breathless moment to capture what he wants on film. »

« What I did, anybody can do. »


17 rue des Beaux-Arts 75006
Tél. : 01 43 54 85 74

Maximilianstr. 26
80539 Munich
Tel. : +49 89 297342

Visuels
Weegee, Anyway, It Feels Cool, 1943, © Weegee / International Center of Photography, Courtesy : Daniel Blau, Munich

Weegee, Business as Usual at Grand Central, 1945, © Weegee / International Center of Photography, Courtesy : Daniel Blau, Munich

Weegee, Just Wore-Out, 1945, © Weegee / International Center of Photography, Courtesy : Daniel Blau, Munich

Weegee, Anything Goes on V-J Day!, 1945, © Weegee / International Center of Photography, Courtesy : Daniel Blau, Munich

Weegee, Symbol of France, Free Again, 1944, © Weegee / International Center of Photography, Courtesy : Daniel Blau, Munich

Articles sur ce blog concernant :
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Les citations sur l'exposition sont extraites du communiqué de presse.

« The Immigrant » par James Gray


« The Immigrant » (2013) est un film réalisé par James Gray. Un « mélo déchirant, signé James Gray, qui met en scène l’envers du rêve américain, l’âpreté de l’exil et la force de l’espoir ». Le 3 novembre 2017, à 9 h 45, OCS City diffusera ce film.
  

« New York, 1921. Ewa et sa sœur Magda, qui émigrent de Pologne, débarquent à Ellis Island, la Terre promise au fond des yeux. Mais Magda, tuberculeuse, est aussitôt placée en quarantaine, avant son expulsion programmée, au grand désespoir d’Ewa, qui jure de la sortir de là. Isolée et désemparée, cette dernière est bientôt recueillie par Bruno Weiss, un proxénète, homme tout à la fois providentiel et vénéneux, qui lui propose du travail en échange de la libération de sa sœur. Pour sauver Magda, Ewa, la catholique, consent alors à se prostituer avant qu’Orlando, illusionniste et cousin de Bruno, ne fasse renaître en elle un espoir, sous le regard fou de jalousie du maquereau ».

Mirage américain
« Épopée tragique aux accents dostoïevskiens, The immigrant suit le sacrifice sublime de son héroïne comme un long chemin de croix, jusqu’à la rédemption et la grâce. Car en acceptant la souillure par amour pour sa sœur, Ewa n’en finit plus de s’élever ». 

« Dans le New York corrompu des années 1920 aux allures de XIXe siècle, porte d’un dévorant mirage américain, c’est aussi la rencontre de deux âmes perdues – Ewa, la catholique, que Marion Cotillard incarne avec force, tout en douleur retenue, et Bruno, le maquereau, en proie au désir, incarné par Joaquin Phoenix » [frère de River Phoenix], « touchant d’ambivalence et de fragilité. Des êtres qui se déchirent pour se révéler et peut-être mieux se pardonner ». 

« Liens du sang, conflits intérieurs, âpreté de l’exil et perversion du capitalisme : James Gray met en scène, dans un très religieux clair-obscur, un bouleversant mélo ».

James Gray considère que c'est son film « le plus personnel ». Il « avait évoqué les racines juives russes de sa famille dans son tout premier film, Little Odessa (1994) ». Il « s’est inspiré de photos prises par son grand-père, arrivé de Russie à Ellis Island en 1923, ainsi que des anecdotes de l’un de ses arrière-grands-pères, tenancier de bar dans le Lower East Side à New York, à la même époque ».

« Mes grands-parents sont arrivés aux Etats-Unis de Russie – ou d’Ukraine, selon l’époque dont on parle. Ils venaient d’Ostropol, une ville proche de Kiev. Les parents de ma grand-mère ont été assassinés par l’armée russe blanche pendant la guerre civile, lors d’un pogrom. Et en 1923, mon grand-père et ma grand-mère sont arrivés aux Etats-Unis en passant par Ellis Island. J’ai entendu, bien sûr, d’innombrables anecdotes sur Ellis Island, et le lieu m’a longtemps obsédé. J’y suis allé pour la première fois en 1988, avant la restauration de l’île. Tout était resté intact, comme figé par le temps. C’était une vision troublante, ces formulaires d’immigration à moitié remplis, répandus par terre… Ellis Island m’est apparue comme un endroit hanté par des fantômes, ceux de toute ma famille. J’ai donc conçu le projet d’un film qui viendrait de cette histoire. Et puis j’avais aussi, du côté de ma mère, un arrière-grand-père qui tenait un restaurant dans le Lower East Side et y côtoyait tout un tas de personnages douteux. Je me suis renseigné sur ce monde, et j’ai découvert un souteneur local qui s’appelait Max Hockstim. C’est ainsi qu’est né Bruno, ce personnage qui recrute à Ellis Island les femmes célibataires auxquelles on refuse l’entrée aux Etats-Unis et les enrôle dans son harem. Je trouvais que cette histoire pouvait être passionnante, si on l’alliait à l’expérience de l’immigration que mes grands-parents avaient vécue, ce sentiment déchirant d’avoir été arraché à l’Europe de l’Est. Émigrer pour les Etats-Unis était un processus plein de regrets et d’angoisse, et bien sûr d’impatience », a déclaré James Gray.

En 2013, le film a été présenté au Festival de Cannes dans le cadre de la Sélection officielle. Marion Cotillard a reçu le New York Film Critics Circle Award 2014 et le Toronto Film Critics Association Awards 2014 de la Meilleure actrice.


« The Immigrant » par James Gray
Etats-Unis, 2013, 110 min
Image : Darius Khondji
Montage : John Axelrad, Kayla M. Emter
Musique : Christopher Spelman
Production : Worldview Entertainment, Keep Your Head, Kingsgate Films
Producteur/-trice : James Gray, Anthony Katagas, Greg Shapiro, Christopher Woodrow
Scénario : James Gray, Richard Menello
Avec Marion Cotillard, Joaquin Phoenix, Jeremy Renner, Dagmara Dominczyk, Jicky Schnee, Angela Sarafyan
Sur Arte le 14 décembre 2016 à 20 h 55 

A lire sur ce blog :
Articles in English
Les citations sur le film sont d'Arte et du dossier de presse.
Cet article a été publié le 14 décembre 2016.

Astérix


En 1959, le scénariste René Goscinny (1926-1977) et le dessinateur Albert Uderzo créaient le personne du gaulois Astérix. Un succès mondial et durable : 365 millions d'albums vendus en plus de vingt langues. Aventures, livres, expositions, films et produits dérivés jalonnent l'histoire de ce personnage et de ses deux créateurs talentueux. Le 19 octobre 2017, est sorti Astérix et la Transitalique. Le 30 octobre 2017, à 21 h, M6 diffusera Astérix : le Domaine des dieux, puis à 22 h 25 Astérix et les vikings.



En 1959, le scénariste René Goscinny (1926-1977), né à Paris dans une famille juive d'origine polonaise et ukrainienne, et le dessinateur Albert Uderzo né à Fismes (France), en 1927, dans une famille d'immigrés italiens, devenu également scénariste après la mort de Goscinny, créaient le personnage Astérix.

Un succès phénoménal
La famille Goscinny s’installe en 1928 à Buenos Aires (Argentine). En 1948, René Goscinny travaille à New York pour une agence de publicité. Il fait la connaissance des futurs fondateurs du magazine Mad - Harvey Kurtzman, Jack Davis et Will Elder -, puis de Maurice de Bévère (Morris), avec lequel il crée en 1955 Lucky Luke.

Goscinny et Uderzo se sont rencontrés en 1951. Ils débutent les aventures de l’indien Oumpah-Pah. En 1956, ils créent l’agence de presse Edipresse et l’agence de publicité Edifrance avec Jean-Michel Charlier et Jean Hébrard. En 1958, tous deux collaborent au Journal de Tintin jusqu’en 1962.

En 1959, paraît le numéro 1 de Pilote avec de nouveaux personnages : Astérix, les « chevaliers du ciel » Tanguy et Laverdure (Charlier/Uderzo).

Astérix ? " C'est un petit marrant. Un héros pas bête du tout, qui a beaucoup d'instinct. C'est lui qui mène l'histoire et qui comprend les choses avant Obélix. Son petit côté colérique fait de lui un Gaulois pugnace. Il est à l'image du Français tel que l'image d'Épinal l'a popularisé à l'internationale, et tel que René et moi souhaitions le caricaturer. Astérix a du caractère, et ce caractère, c'est bien le nôtre. Astérix est un brin querelleur. Il ne s'en laisse pas compter. Et c'est très bien comme ça !" C'est ainsi qu'Uderzo définit Astérix en 23015

En 1962, Goscinny et le dessinateur Jean Tabary créent le personnage d’Iznogoud.

En 1968, Uderzo se consacre à Astérix. En 1974, Goscinny et Uderzo fondent les studios Idéfix.

Les deux auteurs révèlent un exceptionnel talent pour croquer des personnages et des situations, rire et faire rire de leur société, atteindre l’universel à partir d’une histoire ancrée dans l’époque gallo-romaine de la France. Quelques chiffres : 33 albums édités, 325 millions d’albums vendus dans le monde, traduction en 107 langues et dialectes. Des centaines d’expressions passées dans le langage courant : le ciel va nous tomber sur la tête, ils sont fous ces romains, Il est tombé dans la marmite quand il était petit… Des dessins à la ligne pure, sachant croquer nos contemporains, et aux couleurs franches.


En 1980, Uderzo signait Astérix et le grand fossé publié par les éditions Albert René, vendues en 2008 à Hachette.

A l’occasion des 50 ans d’Astérix, le musée national du Moyen-âge-Thermes et hôtel de Cluny a présenté l’exposition Astérix au musée de Cluny avec des documents originaux révélateurs du talent du scénariste René Goscinny (1926-1977) et du dessinateur Albert Uderzo.

Dans un lieu remarquablement préservé des thermes gallo-romains : le frigidarium, une salle voûtée restaurée. L’écrin ou le « dialogue insolite entre un bâtiment de la Lutèce antique, et Astérix, témoin d’une antiquité imaginaire ».

Pour la première fois en France, ont été présentés en exclusivité une trentaine de planches originales et des tapuscrits - manuscrits dactylographiés – clairs, précis, concis, sans guère de rature (Astérix le Gaulois, Le Tour de Gaule), des notes manuscrites pour Astérix aux Jeux olympiques, la machine à écrire Keyston Royal de Goscinny (1926-1977), le premier numéro de Pilote, les dictionnaires, livres d’histoire – La vie quotidienne à Rome à l’apogée de l’Empire de Jérôme Carcopino, La Guerre des Gaules de Jules César - et guides, la première liste de villes et noms de Gaulois et de Romains où perce le goût pour les jeux de mots (1959)…

Tous révèlent le processus de création d’albums d’Astérix. Du synopsis au découpage de la planche, des dessins anciens aux plus récents où s'expriment les talents de deux amis créateurs de bandes dessinées.

Autodidacte extrêmement doué formé auprès des dessinateurs Edmond-François Calvo et Raymond Poïvet, soucieux du détail juste, Uderzo « affectionnera les formes rondes et moelleuses, les forêts profondes, et il engendrera un univers que baigne une foncière bonhomie. Au fil du temps, Astérix se redresse, se cambre, son crâne est plus dégagé, les ailes de son casque plus hautes » (Thierry Groensteen).  Uderzo manifeste aussi un art de la composition et du cadrage, ainsi qu’une grande modestie en avouant son « grand trac » avant de dessiner une scène de bagarre.

Une vidéo a présenté des étapes du travail une fois que le dessinateur dispose du scénario détaillé avec les dialogues et les indications sur le décor : le crayonné sur une planche, puis le lettrage – encrage des textes et des onomatopées -, enfin la mise en couleurs effectuées maintenant sur ordinateur conformément aux directives de l’auteur.

A l'angle du boulevard Saint-Michel et du boulevard Saint-Germain, sur les grilles du jardin du musée, étaient accrochés des panneaux, qui mettent en parallèle des dessins d’Astérix et des chefs-d’œuvre de l’art occidental… Parodie ou/et source d’inspiration ?

Sur Internet, étaient proposés aux plus jeunes des coloriages de personnages et de décors.

A la Bibliothèque nationale de France (BnF), l’exposition Astérix à la BNF ! "décortique l’humour désopilant porté par le comique scénaristique, langagier et graphique. Elle met également en exergue la force des valeurs incarnées par cette geste parodique. Le parcours s’achève par une incursion dans l’intimité des auteurs au travail symbolisant l’osmose entre deux génies du neuvième art pour qui, selon le mot de René Goscinny en 1976, « Moi, c’est l’autre ». Embrassant l’œuvre dans sa genèse, son univers, sa dimension phénoménale et son universalité, cette rétrospective propose un voyage aux sources, une immersion dans le monde de ces irréductibles Gaulois et une analyse de la potion qui fait le succès pérenne de leurs aventures". Le dossier de presse ne mentionne pas la judéité de René Goscinny. Pourquoi ?

Histoire diffusa les 3 et 9 février 2015 La potion Astérix, de Pascal Fornieri : "De la potion magique à la composition chimique du succès planétaire d'Asterix, le film raconte la genèse de l’œuvre, la complicité créative d'Uderzo-Goscinny, mais aussi les anecdotes des coulisses. Il analyse les ingrédients d'un humour bien gaulois qui a conquis le monde entier, avec un record de vente de plus de 350 millions d'albums traduits dans 107 langues. Avec Albert Uderzo, Didier Conrad et Jean-Yves Ferri, Anne Goscinny, Alexandre Astier, Philippe Druillet, Klaus Jöken (traducteur allemand), Matthieu Poux (archéologue spécialiste de la Gaule) et Thomas Langmann".

Le 22 octobre 2015, Hachette publia Le Papyrus de César, signé par le scénariste Jean-Yves Ferry et le dessinateur Didier Conrad. "Tiré à deux millions d'exemplaires en France et à 4,2 millions dans le monde dans 20 langues différentes, la 36e aventure du petit Gaulois bat des records". En deux semaines, plus d'un million d'exemplaires ont été vendus. Un succès commercial et critique. "Nous avons eu une belle résonnance, notamment avec le personnage de doublepolémix. Le clin d'oeil à Julian Assange a beaucoup fait rire, partout, que ce soit en Espagne, en France, ou en Allemagne. Nous nous sommes égalment aperçus que certaines répliques étaient déjà devenues culte, comme: «Pas de roseau, pas d'appel!» ou la case référentielle où Panoramix hirsute s'exclame: «C'est du brutal!», en hommage à la fameuse réplique du film Les Tontons flingueurs de Georges Lautner. Les enfants sont plus particulièrement sensibles au personnage d'Archéoptérix qui les fait beaucoup rire. Enfin, nombreux sont les lecteurs qui ont trouvé que l'hommage rendu à la fin de l'album à René Goscinny et Albert Uderzo, les créateurs de la saga, est très beau. Voilà une fin dont tout le monde s'accorde à dire qu'elle est pleine d'émotion...", a déclaré Céleste Surugue, éditrice chez Hachette, au Figaro, le 13 novembre 2015. Publié en 2013, Astérix chez les Pictes a été vendu à 2,4 millions de volumes.

Du 25 avril au 30 novembre 2015, l’exposition Astérix à Alésia "proposa un véritable dialogue entre les aventures d’Astérix, créées par René Goscinny et Albert Uderzo, et la réalité archéologique. À partir des planches de la bande dessinée d’Astérix, et de ses personnages les plus illustres, le MuséoParc Alésia propose de démêler le vrai du faux. Comment ? En étudiant les textes antiques, dont le fameux “Commentaires sur la guerre des Gaules” de Jules César, mais également en se penchant sur le résultat de fouilles archéologiques qui ont permis d’infirmer certaines croyances pourtant bien ancrées.L’exposition rend hommage au petit moustachu querelleur et à ses compagnons de route, ainsi qu’à leurs créateurs. Les textes antiques ont été une source d’inspiration pour René Goscinny et Albert Uderzo pour créer l’univers de leur héros. La vie militaire, la vie au village et la religion sont les thèmes principaux abordés dans l’exposition. Le visiteur peut découvrir si, oui ou non, la fameuse potion magique existait, ou si la moustache était à la mode chez les hommes de l’époque ! "

Le musée de la BD à Bruxelles a proposé l’exposition Astérix chez les Belges (Asterix in Belgium. A playful exhibition about the northern Gauls). "Au sommet de leur art, Goscinny et Uderzo décidèrent un beau jour de raconter les aventures d’Astérix chez les Belges, après lui avoir déjà fait parcourir la moitié de l’Europe dans un grand éclat de rire. Sans jamais être moqueurs, les deux auteurs y prennent un malin plaisir à décortiquer les us et coutumes de ce pays pour lequel ils ont une sincère affection. En effet, c’est en Belgique qu’ils ont débuté leur carrière commune, un quart de siècle plus tôt (1951)".

"Au frontispice de cet album auquel le Musée de la BD consacre une exposition-jeu, la fameuse citation extraite de La Guerre des Gaules de Jules César « De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves… » est l’élément moteur du récit. De quoi énerver les habitants d’un petit village d’Armorique peuplé d’irréductibles Gaulois. Pour saluer la publication de cette œuvre « historique » où se côtoient Nerviens et Ménapiens, la naissance de Bruxelles et celle du courrier rapide, le waterzooï et les pommes frites, le Musée de la BD a conçu une exposition ludique où chacun pourra mesurer son degré de belgitude…"

Le 19 octobre 2017, est sorti Astérix et la Transitalique. C'est le troisième album des nouveaux auteurs de la série, Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, sous le contrôle d'Albert Uderzo. Les "lecteurs assidus ne leur attribuent que deux séjours à Rome : le premier dans Astérix gladiateur (1965), où les deux comparses viennent délivrer le barde Assurancetourix, promis aux lions des jeux du cirque ; le second dans les Lauriers de César (1972), où on les voit chaparder la couronne, à la suite d’un pari d’ivrogne lancé par le chef Abraracourcix... Deux ans après Le Papyrus de César, dans lequel était traité le thème des outils de communication, Astérix et la Transitalique est même davantage qu’un voyage : un road-trip, des Alpes au Vésuve, qu’on lira comme une parodie des films de type Fast and Furious". L'éditeur espère en vendre "5 millions d’exemplaires (2 millions en France, 2 millions en Allemagne, 1 million dans le reste du monde)".

Le 30 octobre 2017, à 21 h, M6 diffusera Astérix : le Domaine des dieux, film d'animation 3D franco-belge réalisé par Alexandre Astier et Louis Clichy (2014) - c'est l'ultime film où Roger Carel interprète la voix d'Astérix -, puis à 22 h 25 Astérix et les vikings, film d'animation franco-danois, réalisé par Stefan Fjeldmark et Jesper Møller (2006).



Du 31 mai au 1er octobre 2017
Au Centre Belge de la Bande Dessinée - Musée Bruxelles
Rue des Sables 20. 1000 Bruxelles
Tél. : + 32 (0)2 219 19 80
Tous les jours de 10 à 18 heures.

Du 16 octobre 2013 au 26 janvier 2014
A La Bibliothèque nationale de France (BnF)
Quai François-Mauriac.  75706 Paris Cedex 13
Tél. : 33(0)1 53 79 59 59
Du mardi au samedi de 10 h à 19 h. Dimanche de 13 h à 19 h. Sauf lundi et jours fériés.

Uderzo : la passion magique
Jusqu'au 27 août 2012
A l'Espace culturel Chapelle Sainte-Anne (La Baule)

Jusqu’au 3 janvier 2010
Au musée national du Moyen-âge-Thermes et hôtel de Cluny

Visuels :
Frigidarium restauré
Musée de Cluny - musée national du Moyen Âge, Paris
© Pierre Olivier Deschamps – Agence Vu

La Serpe d’or
Albert Uderzo
Album n°2, 1962
Vignette extraite de la planche n°1
Collection particulière
© 2009 Les Éditions Albert René / Goscinny-Uderzo

Albert Uderzo et René Goscinny
Photographie
© Archives Anne Goscinny

Crayonné original de la couverture d’Astérix et Latraviata (détail)
Albert Uderzo
2001
40 x 50 cm
Collection particulière
© 2009 Les Éditions Albert René / Goscinny-Uderzo

Articles sur ce blog concernant :
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Cet article a été publié le 25 décembre 2009, puis le 18 août 2012 et le :
- 3 février 2013 à l'occasion de la rétrospective Uderzo, in extenso, couronné en 1999 par le Prix du Millénaire, au 40e Festival d'Angoulême 2013 ;
- 26 juillet 2013 alors qu'Uderzo est passé au grade d'Officier de la Légion d'Honneur ;
- 19 janvier 2014. Arte a diffusé à 17 h 35 La Potion Astérix ;
- 9 février 2014. TF1 a diffusé à 20 h 50 Astérix et Obélix aux Jeux olympiques de Frédéric Forestier (2007) ;
- 2 février et 28 novembre 2015, 6 juillet et 3 septembre 2017.  

lundi 30 octobre 2017

Frank Horvat. Horvatyear – Diptyques


Né en 1928 à Abbazia (ou Opatija) dans une famille juive originaire d’Europe centrale, Frank Horvat est un photographe qui a évolué dans plusieurs domaines : photographies de mode, photojournalisme, portraits, paysage et sculpture. Dans le cadre de la 6e édition du festival Photo Saint-Germain (3-19 novembre 2017), la Galerie Le Minotaure et la Galerie Dina Verny présentent l’exposition Frank Horvat. Horvatyear – Diptyques. Vernissage le  2 novembre 2017 à 18 h.


« L’imagination est une faculté quasi divine qui perçoit tout d’abord, en dehors des méthodes philosophiques, les rapports intimes et secrets des choses, les correspondances et les analogies ». Charles Baudelaire, Notes nouvelles sur Edgar Poe
     
     
Frank Horvat est né dans une famille juive originaire d’Europe centrale – son père Karl, médecin généraliste hongrois, sa mère Adèle psychiatre viennoise -, en 1928 à Opatija ou Abbazia, alors en Italie et actuellement en Croatie.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il vit à Lugano, en Suisse. Adolescent de quatorze ans, il échange  sa collection de timbres contre un Retinamat 35 mm.

De 1947 à 1950, il étudie l’art à l’Academia di Brera, travaille pour une firme de publicité, achète un Rolleicord et collabore comme photographe free lance à des magazines italiens.

En 1950, Frank Horvat se rend à Paris, où il fait la connaissance de Henri Cartier-Bresson et de Robert Capa. Il est influencé par Henri Cartier-Bresson dont il loue la richesse de contenus de ses phtographies et l’art du cadrage et de la construction de l’image. Sur ses conseils, il délaisse son Rollei pour un Leica.

Pendant deux ans, il sillonne l’Asie : Inde, Pakistan… Ses photographies sont publiées par Life, Picture Post, Réalités, Match, Picture Post, Die Woche et Revue. En 1955, l’une d’elles est sélectionnée pour l’exposition célèbre Family of Man, au MoMa, Musée d'art moderne de New York.


En 1955, Frank Horvat s’installe à Paris, tout en travaillant souvent à New York.

Il préfère le léger Reflex 35 mm pour saisir des détails difficiles à capter avec d’autres appareils photographiques.

En 1957, Frank Horvat  débute une collaboration avec des magazines de mode en privilégiant la lumière naturelle : Le Jardin des Modes, Elle avec Hélène Lazareff, « une petite bonne femme très gentille qui terrorisait tout le monde », Vogue, Glamour, Harper’s Bazaar… Il devient célèbre pour son travail de photographe de mode et pour la publicité qu’il exerce jusqu’en 1988. Sa photographie la plus célèbre s’avère Givenchy Chapeau à Longchamp, jardin des Modes publiée en 1958 par Le Jardin des modes. Un cliché en noir et blanc de Bettina Graziani, au visage presque entièrement dissimulé. En 1986, Frank Horvat photographie, pour la première fois, une femme enceinte nue.

De 1958 à 1961, il est photographe associé à Magnum.

Pour Revue, Horvat renoue en 1962-1963 avec le photojournalisme et entame un tour du monde. Il travaille sur deux livres : Strip-tease et Télévision.

Pour contrer la crise des magazines, il s’essaie aussi au cinéma et à la vidéo.

En 1976, Frank Horvat réalise en couleurs son « triptych » : Portraits of Trees (1976–82), Very Similar (1982-86) et New York up and down (1982–87).

Souffrant d’une maladie des yeux, Frank Horvat interviewe ses amis photographes : Edouard Boubat, Robert Doisneau, Mario Giacomelli, Josef Koudelka, Don McCullin, Sarah Moon, Helmut Newton, Marc Riboud, Jeanloup Sieff et Joel-Peter Witkin. Il réunit ces entretiens dans Entre Vues (Nathan, 1988). Horvat loue Helmut Newton pour son affirmation de la transgression.

En 1989, il est l’un des premiers artistes à expérimenter la photographie numérique. Grâce à Photoshop, il assemble des parties de photographies prises à des moments divers, sur des lieux variés. Ce procédé produit des effets curieux, cocasses, bizarres en créant une oeuvre nouvelle polysémique. Frank Horvat recourt à l’informatique pour des travaux sur la peinture et la sculpture romane.

De 1990 à 1998, il travaille sur des projets de livres : “Sculptures By Degas”, “Bestiarium”, “Mythologies”, “Walks Around Boulogne-Billancourt”, “History Of Fashion At Musée Galliera”, “Romanesque Sculptures”.

En 1998, Frank Horvat opte pour un appareil photographique compact, maniable, qu’il transporte dans une poche. Il ouvre son premier site Internet, Horvatland.

En 2003-2004, il publie La Véronique, livre de photographies prises dans les environs de sa maison en Provence.

De nombreux établissements culturels consacrent des rétrospectives à cet « outsider de la photographie » : l’Espace Landowski, la Villa Tamaris, la Fondation Helmut Newton...

En 2011, Horvat publie sur Internet sa première application iPad (Horvatland).

Loin de l'esbroufe et du sensationnalisme, il s’intéresse aux beautés de la vie quotidienne, et travaille actuellement sur la série Nothing Special.

Dans le cadre de la 6e édition du festival Photo Saint-Germain, deux galeristes – Olivier Lorquin (Galerie Dina Vierny) et Benoît Sapiro (Galerie Le Minotaure) – « présentent une exposition commune sur une sélection de vingt diptyques du photographe Frank Horvat ».

« Les diptyques d’Horvat rappellent la métamorphose moderne – causée par la photographie – qui a imposé des relations nouvelles entre les œuvres d’art et les spectateurs, l’espace et d’autres artefacts. Grâce au cadrage, à l’uniformisation des objets et des espaces à un format, aux deux dimensions et à une gamme de couleurs déterminée, grâce aussi à leur extraction du contexte originaire, la photographie les a libérés, leur a donné une autonomie et une possibilité de gagner des sens nouveaux, de signifier quelque chose d’autre ou de plus. Elle a également rendu possible la juxtaposition des objets (et des situations) issus des époques et des cultures différentes qui auparavant ne pouvaient pas se rencontrer. André Malraux a expliqué ce phénomène à travers son concept du Musée imaginaire et l’a mis en pratique dans la trilogie Métamorphose des dieux. Les diptyques sont donc des confrontations d’images métamorphosées ou bien réincarnées, faisant partie de l’imaginaire d’Horvat où elles peuvent infiniment créer de nouveaux liens, raconter de nouvelles histoires, toujours différentes. Elles libèrent et mettent en valeur le hors-champ, ce que l’on ne peut pas apercevoir à la surface de l’image, ce qui dans le texte reste caché entre les lignes. Le hors champ a toujours été important, expliquait Horvat dans un de ses entretiens, il permet d’imaginer ce qui n’est pas représenté. La seule chose qui éveille l’imagination est ce qu’on ne montre pas, ce qui est en dehors du cadre ».

« Un tel procédé défend les images devant la « pétrification » de sens dont elles sont porteuses ; il protège leur existence en ouvrant le cadre à de nouvelles interprétations. Les diptyques, comme le musée imaginaire (par opposition au musée classique), sont un lieu de rencontre, le fruit d’une passion. Cette façon d’assembler les images reflète une manière particulière de regarder et de vivre dans le monde. Elle est comme une mémoire pratique qui lutte avec la dispersion, unit le familier et le commun, selon ses propres (et secrètes) règles.

Frank Horvat a créé 365 diptyques parmi lesquels les deux galeristes en ont choisi vingt qui répondaient le plus à leur propre sensibilité et leurs centres d’intérêts. Une fois arrêté, ce choix semble aller de soi. L’exposition privilégie ainsi les compositions favorisant le regard humain, et non intellectuel, d’Horvat ; sa faculté de saisir les gestes et les regards qui se répondent malgré le temps et l’espace qui les sépare. La plupart de ces diptyques sont en noir et blanc, caractéristique qui les rapproche des techniques des années 1920-30 (spécialité de Benoit Sapiro) mais aussi qui rend le point de rupture entre les deux photographies plus floues, donnant au regardeur l’impression de vertige. Deux se métamorphose en un ».
                 
HorvatYear, par Frank Horvat (mai 2017)

« 2018 sera l’année de mes quatre-vingt-dix ans. Pour le célébrer, j’ai préparé une série de 365 diptyques : autant que les jours de l’année.

Ces diptyques sont des juxtapositions de deux photos, assemblées par une certaine analogie de composition, de couleur et d’ambiance, mais pas nécessairement par leur sujet, temps ou lieu. Récemment, j’ai réalisé que certains diptyques peuvent signifier autre chose (ou quelque chose de plus) que des images simplement placées côte-à-côte. J’ai numérisé quelques milliers de photos, dont certaines, prises à quatorze ans avec mon premier appareil : toutes celles que je n’ai pas détruites ou perdues – volontairement ou par négligence – et auxquelles, à un certain moment, j’ai trouvé une valeur. J’en ai choisi quelques centaines dont j’ai imaginé que quelqu’un voudrait les voir sur ses murs. Cela exclut les situations douloureuses ou choquantes donc inévitablement certaines de mes favorites. L’étape cruciale fut de les combiner. Par un appariement, une photo peut devenir plus forte – ou plus faible, comme dans la vie. Chacune raconte son histoire, sur un fragment de réalité qu’elle représente. Mais dans certains cas, le couplage peut révéler des aspects moins apparents à première vue, tout comme certains objets semblent changer lorsqu’ils sont observés sous différents angles. L’agencement des diptyques m’a donné une leçon, non seulement sur ma photographie, mais aussi sur le mécanisme de mes associations mentales des images, des souvenirs et des émotions. Comme des empreintes de pas, qu’à ce moment de ma vie, je souhaite laisser derrière moi ».


« Une bonne photo, c'est une photo que l'on ne peut pas refaire ».
« Une photo doit être imprévisible, et tout ce qu'il y a dedans doit être nécessaire ».
« La photographie c’est l’art de ne pas appuyer sur le bouton ».


Du 3 au 22 novembre 2017. Vernissage le  2 novembre 2017
la Galerie Le Minotaure 
2, rue des Beaux-arts. 75006 Paris
Tél. : 01 43 54 62 93
Du mardi au samedi  de 11 h à 13 h et de 14 h à 19 h

A la Galerie Dina Verny  
36, Rue Jacob. 75006 Paris
Tél : +33 (0)1 42 60 23 18
Du mardi au samedi de 14 h à 19 h

Visuels 
1959, London, UK, dancing couple in Soho - 1956, Paris, France, flic (french policeman) (b), 2017, 90 x 120 cm

1955, Brighton UK, peeking boys (b) - 1956, Paris, France, Le Sphynx (L), 2017, 90 x 120 cm

1961, New York, USA, little boy on a slide in Central Park - 1961, New York, USA, little girl and doll in Central Park (a), 2017, 90 x 120 cm

1962, Roma, Italy, for HB, italian high fashion with Deborah Dixon on the steps of Piazza di Spagna (i) - 1962, Paris, France, for HB, french high fashion, Carol Lobravico, at Café de Flore (b), 2017, 90 x 120 cm

1955, Paris, France, sandwich man - 1956, Paris, France, broken doll at the Flea Market, 2017, 90 x 120 cm

1955, London, UK, lovely day - 1955, London, UK, ladies in Hyde Park, 2017, 90 x 120 cm

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Articles in English
Les citations sur l'exposition sont extraites du dossier de presse.