mercredi 3 novembre 2010

L’Académie française au fil des lettres de 1635 à nos jours


Le musée des Lettres et Manuscrits présente l’exposition éponyme réunissant quelques unes des lettres composant la collection unique initiée par la famille de Flers en 1824.

En six générations, ces collectionneurs ont réuni environ 7 000 lettres et documents autographes écrits par 700 Immortels de la célèbre Académie fondée en 1635 sous les auspices du cardinal de Richelieu .

« A l’immortalité »


Sise à Paris sur la rive gauche de la Seine, l’Académie française comprend 40 membres élus par leurs pairs. Le surnom d’immortels donnés aux académiciens est lié à la devise « À l’immortalité », qui figure sur le sceau confié à cette institution par son fondateur.

Les missions de l’Académie ? « Fixer la langue, pour en faire un patrimoine commun à tous les Français » par l'élaboration de son Dictionnaire ; le mécénat (60 prix littéraires décernés chaque année, dont le Grand prix de la Francophonie) ; l’octroi de subventions à des sociétés littéraires ou savantes, œuvres de bienfaisance, etc.

Du XVIIe siècle au XXe siècle – élection de la première femme, Marguerite Yourcenar, en 1980 -, cette exposition présente au grand public des écrits autographes que seuls des happy few avaient eu le privilège de lire.

Elle montre le fonctionnement – élaboration du Dictionnaire, prix décernés - et le protocole, les us et coutumes – lettres de candidature (Marcel Pagnol) au Secrétaire perpétuel, visites pour convaincre les Immortels de voter en sa faveur, discours de réceptions - de cette illustre institution.

Elle révèle aussi les débats et les passions que l’Académie a suscités, les préoccupations – financières, artistiques, affectives, etc. - d’auteurs, les artistes accueillis - Voltaire - et ceux refusés ou n’ayant pas été candidats (« 41e fauteuil ») : Molière, Balzac, Dumas père, Zola, Proust, Jammes, Constant, etc. L'historien et académicien Pierre Nora observe : « Le long et infructueux combat de Balzac pour accéder à la consécration académique [...] inaugure un long malentendu de l'Académie française avec le grand genre romanesque dont sauront profiter d'autres académies littéraires ».

Elle souligne la variété des Immortels - romanciers, poètes, philosophes, scientifiques, historiens, politiciens, hommes d’Eglise, etc. – amoureux de la langue française. Et les rapports entre littérature et pouvoir

Médecin et romancier, Georges Duhamel (1884-1966) a été élu en 1935 au fauteuil 30 à l’Académie française dont il est devenu secrétaire perpétuel en 1943. Une fonction qu’il occupe jusqu’en 1946. En décembre 1943, alors que son œuvre est interdite, il a rédigé son « rapport comme il est d’usage sur les concours littéraires de l’année qui se finit ». Il se plaint que « l’édition souffre de l’occupation ; le papier est rationné ». S’il détaille le volume de papier autorisé, il demeure silencieux sur les auteurs visés par les lois anti-juives du régime de Vichy. Tout comme l’exposition.

En 1944, Georges Duhamel a « fait partie du Comité national des écrivains ». Il en a démissionné « effrayé par les durs de l’épuration ».


Jusqu’au 15 novembre 2010
222, boulevard Saint-Germain 75007 Paris
Tél. : 01 42 22 48 48
Du mardi au dimanche de 10h à 18h, nocturne le jeudi jusqu’à 20h


Visuels de haut en bas :

Affiche
Visuel d’après René-Jacques (1908-2003)
L'Institut et le Pont des Arts

Jean Racine (1639-1699)
Lettre à son beau-frère Antoine Rivière, Paris, 27 octobre [1682]
« Le grand poète dramatique fut élu à l’Académie française en 1672.
Cette touchante lettre familiale a été écrite avant la naissance de sa nièce et filleule Marie-Catherine Rivière. Orphelin très jeune, Racine était très proche de sa soeur à qui il écrit, lorsque leur grand-mère meurt en 1663 :  « Il nous faut nous aimer encore davantage, puisque nous n’avons plus personne ».
Nommé en 1677 historiographe du roi Louis XIV comme Boileau, Racine a renoncé depuis plusieurs années au théâtre".
© Coll. privée/Musée des lettres et manuscrits, Paris

Victor Hugo (1802-1885)
Lettre à « Messieurs les membres de l’Académie Française », écrite de Bruxelles en janvier 1852
« Elu en 1841 à l’Académie française.
Cette lettre écrite à la suite du bannissement de Victor Hugo après le coup d’Etat du 2 décembre et signée « Victor Hugo, représentant du peuple » informe les académiciens de cet éloignement (qui ne prendra fin qu’à la chute de Napoléon III) et s’insurge contre « la force brutale qui règne et contre laquelle [il] renouvelle, du fond de [son] exil, [ses] protestations indignées ».
© Coll. privée/Musée des lettres et manuscrits, Paris

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