Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

mardi 23 juillet 2019

Al-Fateh, le webmagazine haineux du Hamas pour la jeunesse


MEMRI révèle que, le 2 mai 2014, la télévision du Hamas a incité les enfants à tuer les Juifs. Al-Fateh’ (Le conquérant), web magazine négationniste et antisémite du mouvement islamiste palestinien Hamas, exhorte les jeunes Palestiniens à devenir shahids (martyrs) et les incite au jihad contre « les ennemis de l’islam », notamment pour détruire l’Etat d’Israël. Ainsi pourrait se résumer un récent rapport d’IMPACT-SE, institut de recherche réputé pour ses études de manuels scolaires du Moyen-Orient. Comme chaque année, le Hamas enrégimente les enfants dans des camps estivaux de formation militaire.

« Juifs et Arabes de France : dépasser la question israélo-palestinienne »

Le titre du web magazine, Al-Fateh’, est repris du surnom donné « au sultan ottoman Mehmet II après sa conquête en 1453 de Constantinople, capitale de l’empire chrétien de Byzance dont il fit la capitale de son empire ». Il est incarné sur le site par « une animation présentant un enfant sur un cheval brandissant un sabre ».

Ce web magazine a été lancé par le Hamas, branche palestinienne des Frères musulmans, en septembre 2002.

Après avoir étudié des manuels scolaires de pays arabes et de l'Iran, IMPACT-SE (Institute for Monitoring Peace and Cultural Tolerance in School Education) a analysé tous les numéros d’Al-Fateh’ jusqu’en avril 2009, soit 145 numéros.

Ce qui permet « une introspection hors pair de l’idéologie de ce mouvement et de son approche éducative ».

IMPACT-SE n’indique cependant pas la part de cette idéologie dans le contenu du site.

« L’instrument éducatif du Hamas » sur Internet

Enregistré primitivement au Liban, son site Internet est basé à Londres depuis sa rénovation en mars-avril 2007. Le « Hamas a nié tout lien avec ce site pour éviter que les pays abritant le serveur ne le ferment ».

Mensuel en septembre 2002, ce webmagazine devient bimensuel en octobre 2003.

Son audience a cru, selon ses administrateurs, « de 34 millions de visiteurs » à « 48 millions » de 2002 à 2006. IMPACT-SE n’a pu vérifier ces statistiques.

Le site s’ouvre sur une page qui présente 30 à 40 liens renvoyant à des rubriques et colonnes, dont certaines sont permanentes : « Contes de l’oncle Izz al-Din », « Testament d’un Shahid », « Images des enfants de Palestine ».

Les talentueux graphistes d’Al-Fateh’ mêlent des messages haineux à des activités anodines, tel le coloriage de dessins.

Ainsi, l’enfant est invité à colorier une illustration sur un Juif, identifiable par sa kippa, pendant la Guerre d’Indépendance (1948). Ce Juif souriant brandit un couteau qui dégouline du sang d’un Arabe qu’il vient de poignarder et qui git près de lui.
Cynisme et haine

L’endoctrinement cynique, omniprésent, exhorte au culte du shahid « afin d’engendrer la génération suivante » d’islamikazes.

Sont préconisés un « engagement total au djihad, un refus de tout compromis ou règlement politique, et le rejet des accords conclus entre Israéliens et Palestiniens ».

Ce web magazine endurcit et désensibilise les enfants par des photos d’une shahida.

Une seule fois, l’Internaute Yasmin Shamalawi a rejeté la « violence comme moyen pour confronter les autres » (n° 129, août 2008).

L’Occident ciblé et méprisé

Perçu comme allié d’Israël, l’Occident est « corrompu, impérialiste et l’ennemi perpétuel de l’islam qui, en guerre contre lui, en triomphera. Responsable d’attaques contre les pays musulmans », il est « dépeint comme inférieur au monde islamique » du point de vue moral et scientifique.

La ville de « Séville en Andalousie implore les lecteurs de prier pour qu’elle revienne aux musulmans comme le reste des villes espagnoles ».

L'Etat d'Israël nié et diffamé

Tout lien du peuple juif avec Eretz Israël est nié. Ne figurant sur aucune carte, l’Etat Israël est dénommé « Etat maudit » et « entité usurpatrice voleuse ».

Les Israéliens sont caricaturés, affublés d’épithètes racistes et antisémites - « libérer la Terre de Palestine de l’impureté des Sionistes, descendants des singes et des porcs » (n° 129, 1er août 2008) -, diabolisés notamment via l’image de « la mort de Mohamed al-Dura ».

Les Juifs et l’Etat d’Israël délégitimé sont diffamés : « ennemis de l’humanité », « assassins des prophètes ».

Leur diabolisation et déshumanisation visent « à préparer les esprits au meurtre des juifs et à justifier les nombreux appels dans ce sens » sur le site.

Substituer « l’établissement d’un Etat islamique sur tout le territoire de la Palestine », désigné comme WAQF (propriété islamique) est une obligation religieuse. Dans l’illustration intitulée « Dieu sauve la Palestine », les murs de Jérusalem forment le mot « Palestine » en arabe. Une main brandit un fusil. C'est en fait « le logo du Hezbollah qui l'a emprunté aux Iraniens qui l'utilisent depuis 1979 comme symbole de la révolution islamique. Toutefois, il y a ici une différence. Sur le bras qui saisit le fusil est tracée une carte de la Palestine, et juste en-dessous, nous voyons le tronc et les racines d'un arbre peint dans la couleur du sang, l'expression graphique d'Al Fateh-Hamas pour exprimer sa façon de libérer la Palestine ». (n° 109, 1er octobre 2007)

Al-Fateh’ loue le Hamas et ses dirigeants, donne comme exemple de « résistance armée » le Hezbollah, milice chiite libanaise soutenue par l’Iran, et encourage les rapts de soldats israéliens.

Dans la courte histoire « Izz al Din à la prison de Nafha », une grand-mère palestinienne et sa petite-fille vont rencontrer l’oncle Izz al Din, détenu dans une prison israélienne. La grand-mère allègue que « les Juifs », accusés de mentir, « ont tué les prophètes et les messagers de paix, et que la seule façon de libérer cet oncle et les autres prisonniers palestiniens est que les combattants du jihad capturent des soldats israéliens en vue d’un échange de prisonniers » (n° 35, 1er septembre 2004).

Lors des guerres d’Israël contre le Hezbollah (2006) et le Hamas (2008-2009), l’endoctrinement haineux redouble d’intensité.

Rares réactions internationales

« Cette doctrine et son support éducatif sont en contravention des résolutions de l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'Éducation, la Science et la Culture) et de la Convention internationale des droits de l’enfant », conclut le rapport d’IMPACT-SE.

Ce rapport (2009) cite en annexes des articles de la Charte du Hamas se rapportant à l'Education et les standards éducatifs internationaux fondés sur les déclarations et résolutions de l'UNESCO.

En 2009, lors d’une tournée européenne, IMPACT-SE avait sensibilisé des politiciens européens sur les dangers de ce web magazine.

Le 20 janvier 2010, Louise Joyce Ellman, membre travailliste de la Chambre des Communes (Londres), avait publiquement demandé à Gordon Brown, alors Premier ministre et d’autres membres du gouvernement britannique de fermer le site du web magazine situé au Royaume-Uni. Le 28 janvier 2010, elle avait aussi cité ce rapport.

Le ministère britannique de l’Intérieur a examiné sa requête.

Articles sur ce blog concernant :
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Cet article a été publié sous une forme plus concise dans le numéro 632 de janvier 2011 de L'Arche, et sur ce blog le 12 janvier 2011, puis le 11 mai 2014.

Proust, du temps perdu au temps retrouvé

Fondé par Gérard Lhéritier, le Musée des Lettres et Manuscrits a consacré l'exposition Proust, du Temps perdu au temps retrouvé consacrée à l’écrivain Marcel Proust (1871-1922). Environ 160 documents - lettres et manuscrits, dessins, photographies ou éditions originales - parfois inédits, de 1894 à la mort de l’auteur de A la recherche du temps perdu dont le premier volume était publié le 14 novembre 1913. Arte diffusera le 22 juillet 2019, dans le cadre d'"Invitation au voyage" (Stadt Land Kunst), "Proust à Versailles / Les Açores / Botswana" (Versailles, in Prousts Welt / Azoren / Botswana) réalisé par Fabrice Michelin.


Proust, du Temps perdu au temps retrouvé
« Paul Auster - Le jeu du hasard » par Sabine Lidl
Colette (1873-1954) 
Edmond Fleg (1874-1963), chantre Juif et sioniste du judaïsme
« Leone Ginzburg, un intellectuel contre le fascisme » par Florence Mauro 
« Le manuscrit sauvé du KGB. Vie et destin de Vassili Grossman » par Priscilla Pizzato
Arthur Miller (1915-2005) 
George Orwell (1903-1950)
« Stefan Zweig, histoire d’un Européen » par Jean-Pierre Devillers et François Busnel
    
Reynaldo Hahn est un jeune compositeur d’avenir quand il rencontre Marcel Proust, alors âgé de vingt-trois ans, et devient son premier amant. Leur relation conservera un caractère amoureux durant deux ans et sera le point de départ d’une intimité qui se prolongera jusqu’à la mort de l’écrivain. Ils échangeront pendant près de trente ans une abondante correspondance, dont deux cents lettres environ nous sont parvenues. Elles sont un document exceptionnel par la liberté de ton qui prévaut entre les deux hommes, par un style à l’inventivité surprenante, enfin par le rôle de confident et de conseiller que tient souvent Hahn auprès de son ami. Elles ouvrent à leur lecteur le laboratoire de Jean Santeuil puis de la Recherche du temps perdu, mais sont également l’occasion de suivre l’évolution des goûts littéraires et musicaux de Proust, de ses inimitiés, de ses affections et de découvrir ou retrouver en lui un observateur amusé de la haute société de son époque, volontiers moqueur et ne dédaignant pas l’autodérision.
L’ouvrage, publié initialement par Gallimard est disponible aux éditions Sillages (2012).

Nicolas Maury, élève du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris en 2001, suit une belle carrière de comédien, tant au théâtre (il a travaillé notamment avec Robert Cantarella, Florence Giorgetti Philippe Minyana, Frédéric Fisbach..) qu’au cinéma (avec Patrice Chéreau, Philippe Garrel, Emmanuelle Bercot, Olivier Assayas, Nicolas Klotz, Noëmie Lvovsky, Riad Sattouf, Rebecca Zlotowski ou Mikael Buch...). Le grand public l’a découvert en 2015 dans la série télévisée Dix pour cent réalisée par Cédric Klapisch.


Le 14 novembre 1913, était publié, à compte d’auteur, avec un tirage de 1750 exemplaires, et chez Bernard Grasset, Du côté de chez Swann, premier volume d’À la recherche du temps perdu. Un livre refusé par Fasquelle, puis Ollendorf et les Éditions de la NRF, futur Gallimard . Lecteur de Du côté de chez Swann à la NRF, Gide écrit à Proust en janvier 1914  : « Le refus de ce livre restera la plus grave erreur de la NRF – et (j’ai honte d’en être pour beaucoup responsable) l’un des regrets, des remords les plus cuisants de ma vie. » Ollendorf répondit à Proust sur les premières pages de Du côté de chez Swann, préambule d’À la recherche du temps perdu : « Cher ami, je suis peut-être bouché à l’émeri, mais je ne puis comprendre qu’un monsieur puisse employer trente pages à décrire comment il se tourne et se retourne dans son lit avant de trouver le sommeil ».

A la recherche du temps perdu
Marcel Proust est le fils d'Adrien Proust, professeur à la faculté de Médecine, et de Jeanne Proust, née Jeanne Weil, fille d'un agent de change Juif d'origine alsacienne et fine lettrée. Proust « attacha une grande importance à cette hérédité religieuse. La Recherche aurait pu s'appeler L'adoration perpétuelle ».

Enfant, il se rend dans la maison de son oncle Weil à Auteil.  Au lycée Condorcet, il a pour condisciples Daniel Halévy, Robert Dreyfus et Georges Bizet.
L’exposition présente des documents provenant de deux collections acquises par Aristophil, une société parmi les maîtres d'œuvres du musée : celle d’André Maurois (biographe de l’écrivain) et de son épouse Simone née de Caillavet (fille d’amis de Proust, qui inspira le personnage de Mademoiselle de Saint-Loup dans La Recherche) et celle de Suzy Mante-Proust, nièce du romancier.
Parmi ces documents, 86 lettres de Proust sur son œuvre, ses amis, ses amours, adressées à une quarantaine de destinataires, dont sa mère, le comte Robert de Montesquiou, Gaston Gallimard, Bernard Grasset, Charles Maurras, Daniel Halévy, la princesse Bibesco, la princesse de Polignac, Reynaldo Hahn, l’état des lieux signé par Proust sur son dernier appartement, cinq manuscrits littéraires dont un poème de Daniel Halévy sévèrement annoté par un Proust lycéen, et cinq dessins de Proust.

Ces documents informent sur la vie mondaine - Proust fréquente les salons littéraires de Léontine de Caillavet, née Lippmann, égérie du romancier Anatole France et de Madame Strauss  -, personnelle (comme locataire), familiale et amicale de l’homme de lettres, son souci de la promotion de ses livres – lettre au directeur du supplément littéraire du Figaro sollicitant la publication d’extraits de son roman Swann (1913)-, la genèse et la structure de son œuvre majeure La Recherche qu’il surnomme « son roman de malédictions », ainsi que son « peu d’affection pour Swann, ou ses réticences à l’égard de A l’Ombre des Jeunes Filles en fleurs, qu’il trouve « trop fade ». Un livre qui lui vaut le Prix Goncourt (1919).

Des lettres renseignent aussi sur ceux ayant inspiré Proust dans sa création de personnages : Gilberte Swann est inspirée par Jeanne Pouquet, mère de Simone de Caillavet, le baron de Charlus par le comte de Montesquiou. Pour Albertine, la source est double : Alfred Agostinelli et Albert Nahmias.

Proust y livre ses réflexions sur la vie, sur l’amitié, sur l’amour, sur le temps (à sa mère : « Dis-toi que cette lettre est l’expression d’une réalité fugitive qui ne sera plus quand tu la liras ») et sur cette « mémoire fatiguée par les stupéfiants »).

D’où un portrait aux multiples facettes d’un Proust « moins vaniteux que sensible », attentif aux autres, malade, cloîtré dans sa chambre parisienne et en relation constante avec le monde extérieur, la vie culturelle, à la recherche de romans et études littéraires, notamment sur Flaubert et les Goncourt, nécessaires à sa grande oeuvre. Un Proust qui séduisait, dans les salons et les dîners chez Weber ou au Ritz,  par ses talents d'imitateurs et ses pastiches.

L'exposition est conçue en espaces thématiques, aux couleurs distinctes et de plus en plus sombres. Elle débute en « une tonalité jaune, sont présentées les pièces ayant trait au Proust lycéen » qui se révèle tôt exigeant en littérature.


Puis, la «  dominante orangée nous entraîne vers l’Ecriture, de ses Pastiches jusqu’à son grand œuvre », La Recherche, via « ses traductions passionnées du critique d’art anglais John Ruskin. A travers ses placards corrigés (Ndlr : Proust indique les corrections sur les épreuves) avec paperoles (Ndlr : morceau de papier), sa correspondance avec ses éditeurs et les volumes de La Recherche avec envois autographes, on observe un écrivain stratège qui traite de tous les aspects concernant la diffusion de ses ouvrages, menant un prodigieux travail de renseignements sur le monde extérieur, de relecture, de corrections, s’interrogeant sur la sélection des passages, leur désignation », écrit Estelle Gaudry, commissaire de l’exposition. Ces placards témoignent des réécritures de Proust. Cet auteur ne « corrigeait pas, il ajoutait, débordait sur les marges ». L'exposition montre ces « sortes de collages sur de grandes feuilles des pages des épreuves, entre lesquelles Proust écrivait ses ajoutages ».

Ensuite, en une nuance de rose, nous observons la « montée irrésistible du jeune mondain au sein des cercles littéraires ».

La couleur aubépine mène vers le Proust « analyste des passions, liant amour et amitié, jamais avare d’un conseil ou d’une lettre de félicitations. Marcel charme ses interlocuteurs, avec tendresse, humour ou par son talent plus méconnu pour le dessin ».

Enfin, sous une « dominante violette, symbolisant la guerre et la mort, rouage important » de Proust et de ses romans.

Le 14 octobre 2013, la Bibliothèque nationale de France  (BNF) a acquis, grâce à des mécènes, un agenda inédit de Marcel Proust. Cet agenda sera conservé au Département des manuscrits de la BNF. « Ayant échappé aux recherches proustiennes jusqu’à ce jour, il apporte une pièce manquante au puzzle de la genèse de À la Recherche du temps perdu en prenant place juste avant les quatre carnets de notes déjà conservés dans le fonds. La densité de ses annotations en fait également une pièce unique car il recèle tout l’univers de « Combray » ( Du côté de chez Swann ) : promenade au bois de Boulogne, jeu de billes, petite phrase de violon... autant d’éléments qui ressurgiront dans le roman. Le carnet contient des listes de termes (d’architecture, de cuisine, de botanique) et de noms, témoins de l’essai par Proust de sa « palette » d’écrivain. Ce carnet comprend aussi une véritable curiosité, peut-être d’ordre autobiographique : les notes, datées 11 - 14 août 1906, d’une filature dans Paris qui reste à élucider. Aucun autre agenda de ce type ayant appartenu à Marcel Proust n’est connu à l’heure actuelle ».

Arte diffusa le 27 août 2014 Marcel Proust, du côté des lecteursdocumentaire de Thierry Thomas (2000). 

Le Musée des Lettres et Manuscrits avait ouvert de nouveau ses portes le 15 avril 2010.

Proust à Versailles
Arte diffusera le 22 juillet 2019, dans le cadre d'"Invitation au voyage" (Stadt Land Kunst), "Proust à Versailles / Les Açores / Botswana" (Versailles, in Prousts Welt / Azoren / Botswana) réalisé par Fabrice Michelin.

 Linda Lorin "nous emmène à la découverte de notre patrimoine artistique, culturel et naturel. Dans ce numéro : à Versailles, du côté de chez Proust - Les Açores, sous le signe des volcans - Au Botswana, l’amour au pouvoir".

"Au début du XXe siècle, après la mort de sa mère, le jeune Marcel Proust trouve refuge à proximité du château de Versailles. Ce cadre majestueux va marquer l'imaginaire du futur auteur d'À la recherche du temps perdu."

Le 20 octobre 2017, à l'Auditorium du château de Versailles, une Journée d’études organisée par le Centre de recherche du château de Versailles et l’Institut universitaire de France a eu pour thème Proust et Versailles. "En 1906, Proust fit à Versailles, séjournant dans l’hôtel des Réservoirs, un séjour reclus avec quelques sorties qui entre dans la genèse d’À la recherche du temps perdu. Mais durant toute sa vie, il fut relié au domaine de Versailles par tout un réseau de société de la Belle Époque. C’est pourquoi cette journée, placée sous l’égide du Centre de recherche du château de Versailles, abordera ces multiples liens dans toutes leurs dimensions : la restitution d’une société littéraire et artistique, les sources de Proust, les fonds d’archives, et la présence filigranée - au total assez insistante - de Versailles dans un cycle romanesque qui s’est lui-même imposé comme un monument au sein du patrimoine français."

Les actes de ce colloque ont été publiés, sousl a direction de Luc Fraisse, sous le titre "Proust et Versailles" (Hermann, 2018). "Les liens de Marcel Proust avec Versailles sont multiples : beaucoup de ses amis, dans le monde des arts et des lettres, y résidaient ; il s’y est souvent rendu ; il connaissait Pierre de Nolhac, conservateur en chef du domaine ; il lisait beaucoup d’œuvres littéraires ou d’ouvrages historiques sur Versailles. L’enquête menée ici, en association avec le domaine de Versailles, réunit conservateurs et universitaires afin de faire revivre cet univers d’amitiés et de culture. Toute une société de la Belle Époque doit ainsi être restituée afin de reconstituer ces liens, à travers des documents rares et pièces d’archives, et de comprendre quel rôle joue la symbolique de Versailles, parfois visible, parfois sous-jacente, dans l’élaboration de la Recherche du temps perdu."


Extraits de lettres de Marcel Proust

Lettre à Georges Goyau du 18 décembre 1904
« Je crois que chacun de nous a charge des âmes qu’il aime particulièrement, charge de les faire connaître et aimer, de leur éviter le froissement des malentendus et la nuit, l’obscurité comme on dit, de l’oubli »

Lettre à Francis Chevassu, directeur du supplément littéraire du Figaro, A propos d’Un amour de Swann, vers le 14 janvier 1913 :
« En aucun cas il ne faudrait l’appeler ‘nouvelle’. Ma préférence serait que vous disiez franchement que c’est extrait (…) d’un livre qui doit paraître ».

Lettre à Rachilde (Madame Vallette) le 10 janvier 1920 :
« C'est la première chose qu'on m'offrait de ma vie, je me suis gardé de le refuser ».



"Versailles, grand nom rouillé et doux, royal cimetière de feuillages, de vastes eaux et de marbres, lieu véritablement aristocratique et démoralisant, où ne nous trouble même pas le remords que la vie de tant d'ouvriers n'y ait servi qu'à affiner et qu'à élargir moins les joies d'un autre temps que les mélancolies du nôtre.

Je ne voudrais pas vous prononcer après tant d'autres, et pourtant que de fois, à la coupe rougie de vos bassins de marbre rose, j'ai été boire jusqu'à la lie et jusqu'à délirer l'enivrante et amère douceur de ces jours d'automne. La terre mêlée de feuilles fanées et de feuilles pourries semblait au loin une jaune et violette mosaïque ternie.

En passant près du Hameau, en relevant le col de mon paletot contre le vent, j'entendis roucouler des colombes. Partout l'odeur du buis, comme au dimanche des Rameaux, enivrait. Comment ai-je pu cueillir encore un mince bouquet de printemps, dans ces jardins saccagés par l'automne ? Sur l'eau, le vent froissait les pétales d'une rose grelottante. Dans ce grand effeuillement de Trianon, seule la voûte légère d'un petit point de géranium blanc soulevait au-dessus de l'eau glacée ses fleurs à peine inclinées par le vent. […]Ô vieillesse argentée des bois encore verts, ô branches éplorées, étangs et pièces d'eau qu'un geste pieux à posés ça et là, comme des urnes offertes à la mélancolie des arbres !"


"Proust à Versailles / Les Açores / Botswana" par Fabrice Michelin
France, 2019, 39 min
Sur Arte le 22 juillet 2019 à 19 h 05
Visuels : À Versailles, du côté de chez Proust, © Elephant Doc

Jusqu’au 29 août 2010
222, boulevard Saint-Germain 75007 Paris
Tél. : 01 42 22 48 48
Du mardi au dimanche de 10h à 18h, nocturne le jeudi jusqu’à 20h

Visuels de haut en bas : © Coll. privée/Musée des Lettres et Manuscrits, Paris.

Affiche reprenant le portrait photographique de Marcel Proust, contretype par Man Ray vers 1922 d’un cliché d’Otto vers 1895-1896. Epreuve en noir et blanc, 114 x 93 mm, avec estampille de Man Ray au dos à son adresse de la rue Campagne-Première.

Lettre-télégramme autographe signée, adressée à Charles Maurras, 27 juillet 1896

Manuscrit autographe, avec annotations autographes de Reynaldo Hahn (15 novembre 1895).
Ce « très rare manuscrit de jeunesse relate la soirée du 14 novembre 1895, un dîner littéraire chez Alphonse Daudet en compagnie de Reynaldo Hahn, de Goncourt et Coppée, donnant lieu à une brillante étude de caractères comprenant un portrait de Daudet, l’un des modèles de Bergotte dans La Recherche. Proust l’a adressé à son ami Reynaldo Hahn (ici appelé « mon gentil ») qui y a porté quelques annotations ».
« Quelqu’un qui ne sent pas la poésie, et qui n’est pas touché par la Vérité, n’a jamais lu Baudelaire ».
A la recherche du temps perdu. Paris, Grasset, 1913, Editions de la N.R.F, 1919-1927.

A l’Ombre des jeunes filles en fleurs. Placard d’épreuves corrigées de 1914, placé par Proust dans un exemplaire de l’édition de luxe de 1920.
«  Mythique placard de Proust, parmi les plus développés connus, de A l’Ombre des jeunes filles en fleurs. Un extraordinaire témoignage du travail de réécriture que Proust mena sur son roman pendant la guerre. Alors que les premières épreuves des Jeunes filles avaient été imprimées en 1914 pour Grasset, la guerre retarda la publication du livre. Proust entreprit alors, de 1914 à 1918, un immense travail de relecture qui l’amena à corriger et à amplifier formidablement son texte. A la demande de Gide, Proust rejoignit finalement la N.R.F en 1916, et l’ouvrage parut chez cet éditeur en 1918. Ces placards comportent encore d’innombrables variantes par rapport au texte définitif ».


Articles sur ce blog concernant :
Affaire al-Dura/Israël
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France
Il ou elle a dit...
Judaïsme/Juifs
Monde arabe/Islam
Shoah (Holocaust)


Citations extraites du dossier de presse et des panneaux de l'exposition
Cet article a été publié le 17 août 2010, puis les 13 novembre 2013 et 26 août 2014. Il a été modifié le 16 juillet 2019.

lundi 22 juillet 2019

« L’histoire oubliée des colonies allemandes » en Eretz Israël


Arte diffusera le 23 juillet 2019, dans le cadre d’« Invitation au voyage » (Stadt Land Kunst), « Jules Vallès en Auvergne/ Israël : L’histoire oubliée des colonies allemandes / Nashville » (Die Auvergne / Israel / Nashville) réalisé par Fabrice Michelin. Fondée au XIXedans le royaume de Wurtemberg, la Société des Templiers implante en 1871 en Terre Sainte, dans un but spirituel, des "colonies" agricoles protestantes prospères.

« Juifs et Arabes de France : dépasser la question israélo-palestinienne » 

Linda Lorin « nous emmène à la découverte de notre patrimoine artistique, culturel et naturel. Dans ce numéro : Jules Vallès, un enfant en Auvergne - Israël : l’histoire oubliée des colonies allemandes - À Nashville, la guerre des roses ».

« Au pied des tours de verre ultramodernes de Tel-Aviv flotte comme un parfum d’Allemagne : d’étonnantes habitations d’inspiration germanique peuplent le quartier bohème de Sarona ».

En 1861, « au milieu du XIXe siècle, des protestants allemands, "les Templiers", s’installent sur cette terre de Judée ».

A Tel-Aviv, Sarona est un quartier, ancienne colonie agricole de cette société protestante - née d'une scission de l'Eglise luthérienne qui condamne leur rejet des sacrements et de la nature divine de Jésus - germanique créée par Christoph Hoffmann (1815-1885), professeur élu député au parlement de Francfort en 1848. En 1871, la Société des Templiers (Tempelgesellschaft) acquiert soixante hectares de terre dans la plaine de Sharon, à proximité du fleuve Yarkon, à un monastère orthodoxe de Jaffa, alors situé dans l’empire ottoman. Elle veut y fonder un « royaume spirituel de Dieu en Terre Sainte » avec le peuple Juif et en vue de la reconstruction du Temple, ce qui précèdera seon elle la deuxième venue du Christ. Sur les 125 pionniers, 28 meurent la première année de la malaria. Les survivants assèchent les marais et plantent 1 300 eucalyptus.


1889. Plusieurs centaines de familles vivent dans une quarantaine de maisons, une maison communautaire. Leur production s’est élargie au raisin pour produire du vin, à divers autres fruits - agrumes - et à des céréales. L’entreprise est prospère, exporte ses oranges de Jaffa et les hommes sont astreints au Frondienst, heures obligatoires mensuelles imposées aux hommes qui construisent des routes, drainent, etc.

En 1908, est fondée la colonie Waldheim, près de Nazareth. « En tout, les Templiers comptent 6 colonies à leur actif au début du 20e siècle : Waldheim, Sarona à Tel-Aviv, Wilhelma près de Yaffo, et les colonies allemandes de Bethléem, Haïfa et Jérusalem (1873). Celle de la capitale est la troisième à s’établir en Palestine, Haïfa étant la toute première ».

Les Templiers « sont des chrétiens qui ont fait scission avec l’Eglise protestante et ont encouragé leurs membres à s’installer en Terre sainte pour préparer l’ère messianique. Leurs bâtisses se distinguent par une architecture empruntée au style allemand, original dans la région : des maisons de campagne d’un ou deux étages, aux toits de tuile en pente et fenêtres à volets. Les murs extérieurs sont en pierre de Jérusalem, et non en briques ou en bois comme en Allemagne ».

Durant la Première Guerre mondiale, la région est conquise en novembre 1917 par les Britanniques qui réquisitionnent des bâtiments, notamment pour implanter un hôpital militaire dans la maison communautaire. En juillet 1918, les 850 résidents allemands de Sarona sont internés à Helouan, près du Caire. Grâce à la Croix-Rouge, aux quakers et aux Unitariens, 270 détenus sont libérés et expulsés à Bad Mergentheim, en Allemagne. La Chambre des Lords finit par autoriser le retour des autres internés dans leur colonie. Celle-ci ayant été ravagée par la guerre, ces Allemands sont indemnisés pour leurs préjudices.

En 1925, le nombre d’habitants s’élève à 225 personnes vivant dans une superficie élargie. L’aliyah des Juifs dans la Palestine mandataire leur offre un débouché commercial à leurs produits, notamment les oranges de Jaffa.

Le nazisme suscite l’enthousiasme dans cette colonie, surtout auprès des jeunes. Selon l’historien Yossi Ben-Artzi, 17% des colons allemands adhèrent au NSDAP dans les années 1930 et accueillent chaleureusement Adolf Eichmann.

Réaction des Juifs ? Ils boycottent les produits des colonies.

La Société fait publier un article dans la presse pour fustiger l’enthousiasme de ses jeunes pour la nazisme.

En 1939, quand éclate la Deuxième Guerre mondiale, des jeunes allemands de la Société s’engagent dans la Wehrmacht, et les Britanniques arrêtent des Templiers, mais ceux-ci au nombre d’un millier parviennent, au terme de négociation, à obtenir de demeurer dans leurs colonies agricoles : Wilhelma, Bethléem de Galilée et Waldheim. Mais en juillet 1941, 198 colons de Sarona sont transférés en Australie avec 400 autres d’autres colonies. Jusqu’en 1947, ils seront internés au camp de Taura.


Après 1945, les troupes britanniques occupent des maisons de Sarona, devenues cibles des groupes luttant pour la re-fondation d’Israël.

En 1948, le gouvernement de l’Etat Juif occupe des bâtiments allemands et britanniques pour y loger son administration, notamment le ministère de la Défense, et rebaptise le lieu HaKirya (le campus).

En 1962, l'Etat d'Israël indemnisa les propriétaires de biens qui avaient été nationalisés.


Avec l’essor de Jaffa dans les années 1970, Ha Kirya s’embourgeoise et attire les promoteurs immobiliers souhaitant détruire ces vestiges. Dix-huit immeubles sont conservés en raison de leur intérêt historique architectural.

La municipalité de Tel Aviv, sur le territoire duquel se trouvent ces bâtiments, réhabilite ce quartier dont la partie méridionale est dénommée Les Jardins de Sarona (Ganei Sarona). Un espace vert, des cafés, des galeries d’art… accueillent les visiteurs.


A Tel-Aviv, le 8 juin 2016, le café Max Brenner, près du marché couvert Sarona, a été la cible d’un attentat terrroriste palestinien qui a tué quatre personnes et blessé 17 autres personnes.

Un musée à Sarona retrace l’histoire méconue de ces Templiers.


« Jules Vallès en Auvergne/ Israël / Nashville  » réalisé par Fabrice Michelin 
France, 2019
Sur Arte le 23 juillet 2019 à 19 h 05
Visuels : © Elephant Doc

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Les citations sont d'Arte.

« Les derniers hommes d’Alep » par Feras Fayyad et Steen Johannessen


« Les derniers hommes d’Alep » (Last Men in Aleppo ; Die letzten Männer von Aleppo) est un film réalisé par Feras Fayyad et Steen Johannessen. « Une immersion au plus près des Casques blancs (Syrie Civil Defence) d’Alep, qui secourent les civils bombardés au péril de leur vie. Primé à Sundance, ce documentaire est une ode déchirante au courage de ces hommes confrontés à l’humanité qui se meurt ». "L'United States Holocaust Memorial Museum a remis son Elie Wiesel Award, sa distinction la plus élevée, à deux récipiendaires, dont les White Helmets, lors de son National Tribute Dinner le 29 avril 2019".

Depuis quelques décennies est apparu un genre cinématographique nouveau, hybride : il s'agit de présenter sous forme « documentaire » une propagande arabe – palestinienne, syrienne, etc. - mise en scène et reçue comme réalité par une opinion publique occidentale naïve ou cynique. L'un des précurseurs ou réalisateurs les plus célèbres de ces "documenteurs" est Hany Abu-Assad, réalisateur du choquant Paradise Now (2005). Certains de ces films sont couronnés lors de festivals. Longtemps, les Palestiniens ont eu la faveur des jurys. Depuis quelques années, l'intérêt pour la Syrie a supplanté celui pour les "pôv" Gazaouis. Ces films sont teintés d'hostilité à l'égard du régime d'Assad et de la Russie, et louent l'opposition au régime de Bachar al-Assad.

Les Casques blancs (Syrie Civil Defence), volontaires syriens, sont les personnages principaux de films et ont suscité de nombreuses interrogations sur la réalité de leurs actions.

Le 27 février 2017, l'Oscar du Meilleur court métrage documentaire a distingué The White Helmets, réalisé par Orlando von Einsiedel. Ces White Helmets se présentent comme des sauveteurs de civils victimes de bombardements en Syrie. Or, leurs liens avec des mouvements terroristes islamistes et leurs mises en scène de "sauvetages" ont été prouvés.

« Les derniers hommes d’Alep » co-réalisé par Feras Fayyad et le Danois Steen Johannessen, relate la vie "de trois secouristes volontaires engagés dans les Casques blancs dans les zones rebelles syriennes, et montre les attaques quotidiennes du régime de Bachar el Assad et de la Russie sur la ville d’Alep. Alors que les autres fuient, Khaled, Mahmoud et Subhi se ruent au contraire vers les zones bombardées, mais ils sont constamment en proie au doute, hésitant entre prendre la fuite avec leur famille et rester sur place pour tenter de sauver des vies".

« Un homme scrute avec appréhension la trajectoire d’un avion à l’horizon. « À cause de ce salaud de Bachar, on regarde en permanence vers le ciel ! On ne regarde même plus devant nous ! » 

Khaled « est membre de la Défense civile syrienne, un groupe de volontaires également appelés « Casques blancs » qui portent secours aux civils assiégés, pris sous le feu des bombes larguées par le régime et son allié russe ». 

« À chaque nouvelle frappe, ces hommes ordinaires, autrefois ouvriers ou étudiants, s’engouffrent dans des fourgonnettes à bout de souffle pour sécuriser les zones ravagées, extirper les corps ensevelis sous les décombres, ramasser les membres disloqués… » 

« Comme Khaled, Mahmoud a choisi de mener, au côté de son jeune frère, ce combat exténuant, récompensé de trop rares victoires contre la mort. Malgré la peur, la rage et le désespoir qui les assaillent, l’un comme l’autre se refusent à abandonner Alep… »

« Témoin des tortures endurées par les travailleurs humanitaires dans les geôles syriennes, où il a été détenu à deux reprises, le jeune réalisateur Feras Fayyad, réfugié au Danemark, a entrepris de capturer, de 2013 à 2016 – d’abord par lui-même, puis à distance, par le biais de ses cameramen restés à Alep –, le quotidien de larmes, de poussière et de sang de Khaled, Mahmoud et leurs compagnons ». 

Les « images, heurtées, au plus près des gestes et des visages, précipitent dans l’urgence des opérations de sauvetage et témoignent, douloureusement mais sans voyeurisme, du supplice des habitants d’Alep-Est. Elles montrent aussi les fragiles instants de répit, d’une partie de football avortée à un passage chez le barbier en passant par l’achat de poissons rouges pour la fontaine reconstruite de la cour du quartier général ». 

« En focalisant cette chronique au long cours sur deux personnages puissamment attachants – Khaled, le père de famille débonnaire, et le sensible Mahmoud –, Feras Fayyad offre un regard intimiste sur l’action des Casques blancs, dévoilant la solidarité qui les unit, leurs rêves brisés, leurs conflits intérieurs, entre tentation de la fuite, pour mettre leurs proches à l’abri, et impossibilité d’abdiquer ».

Le « portrait bouleversant de deux hommes au courage infini, qui ont tout sacrifié pour sauver les dernières bribes d’humanité dans une ville livrée au chaos qui sera leur tombeau ».

Images de ruines et de sauvetages, condamnations d'Assad, absence d'évocation des islamistes et de leur instrumentalisation des civils, affirmations du nombre de blessés et de morts par des sauveteurs, tirs de ballon de football interceptés par le gardien de but improvisé pendant un moment bref de détente, sentiment d'abandon par le monde arabe, omniprésence des hommes... C'est le quotidien filmé. Pas de perspective, pas d'analyse, pas d'explication sur l'enjeu représenté par Alep. Quelle part d'Alep aux rues ou quartiers détruits est filmée ? Aux cris enthousiastes de sauveteurs invoquant Allah, on en déduit qu'ils sont musulmans. Mais où sont les Syriens chrétiens ?

Ce « documentaire » « Les derniers hommes d’Alep » a été lauréat du Prix du jury du Meilleur documentaire dans la section Cinéma du monde de Sundance, et a reçu en mars 2017 le premier Prix du Festival international du film documentaire de Copenhague, dit CPH:DOX. Ce qui a accru sa diffusion dans le monde : Suède, Norvège, Finlance, Japon, Pays-Bas, Balkans, Espagne, etc.

ʺL’immédiateté émotionnelle bouleversante du film  nous a plongés dans une tragédie shakespearienne, car on voit des gens qui luttent pour conserver un semblant d’humanité face à une réalité intolérableʺ, a déclaré le jury, qui comprenait notamment le documentariste Joshua Oppenheimer (L’Acte de tuer)... Radio Kobanï, de Reber Dosky, et City of Ghosts, de Matthew Heineman, deux films qui traitent également de la Syrie, ont respectivement reçu le Prix FACT et le Prix du public. Le premier suit les efforts d’une jeune femme de 21 ans pour diffuser une émission de radio dans la ville de Kobanï, également touchée par la guerre. Le deuxième décrit de quelle façon un groupe de journalistes syriens, ralliés sous la bannière ʺRaqqa se fait massacrer en silenceʺ, rapportent sur l’occupation de Raqqa par l’État islamique".

Sauvetage par Israël
En juillet 2018, selon le Bild, à la demande des Etats-Unis et de pays de l'Union européenne, l'armée israélienne Tsahal a évacué secrètement environ 800 Casques blancs et leurs familles d'une zone de combat située dans le sud de la Syrie pour les convoyer vers la Jordanie. Et ce, alors qu'une partie des hauteurs syriennes du Golan ont été conquises par l'armée du président Assad. Ces Syriens resteront en Jordanie environ trois mois, puis iront vers des pays occidentaux - la France, le Canada, la Grande-Bretagne, l'Allemagne - ; aucun Etat arabe ou/et musulman ne sera leur destination. Selon le quotidien allemand, l'organisation syrienne serait financée par le Royaume-Uni, les Pays-Bas, le Danemark, l'Allemagne, le Japon et les Etats-Unis.

Israël n'entend pas s'immiscer dans ce conflit. "Il s'agit d'un geste humanitaire exceptionnel. Israël maintient sa politique de non-intervention dans le conflit en Syrie et continue à considérer le régime syrien comme responsable de toutes les activités qui ont lieu sur le territoire syrien", selon un communiqué de Tsahal. "Israël fait parvenir de l'aide alimentaire et médicale à des civils réfugiés dans la partie du plateau du Golan contrôlée par la Syrie qui ont fui les combats dans le sud de ce pays."

"Grâce à une forte mobilisation internationale, un groupe de Casques blancs et leurs familles a pu quitter aujourd’hui la Syrie où leur sécurité était gravement menacée. La France s’est activement associée aux démarches conduites avec plusieurs partenaires pour permettre le succès de cette opération. Ce groupe de Casques blancs et leurs proches se trouvent actuellement en Jordanie, où ils sont pris en charge par le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies. Les démarches nécessaires à leur réinstallation dans des pays tiers sont en cours. La France est prête à contribuer à l’accompagnement et à la protection de ces personnes et de leurs familles. La France a apporté un soutien constant à l’organisation des Casques blancs, engagés volontaires au service de la population syrienne dans les pires circonstances. La France rend hommage au courage et au dévouement dont ils ont toujours fait preuve et que beaucoup d’entre eux ont payé de leur vie", a déclaré la porte-parole du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, le 22 juillet 2018. Curieusement, les communiqués officiels des Casques Blancs, de la France, de la Grande-Bretagne et de l'Allemagne ont omis d'évoquer le rôle crucial d'Israël dans ce sauvetage.

Elie Wiesel Award
"L'United States Holocaust Memorial Museum a remis son Elie Wiesel Award, sa distinction la plus élevée, à deux récipiendaires lors de son National Tribute Dinner le 29 avril 2019. Les deux récipiendaires ont avancé notre commune humanité sur des voies exceptionnelles : Serge et Beate Klarsfeld par leurs contributions extraordinaires à la mémoire, l'éducation et la justice concernant la Shoah, et la Syria Civil Defence, communément connue comme The White Helmets, par leur courage remarquable en sauvant des vies à leur risque énorme personnel".

"The largest civil society organization operating in areas outside of government control, the White Helmets is a volunteer organization comprised of people from all backgrounds—bankers, tailors, engineers, pharmacists, painters, carpenters, students, and many more—that operates in parts of Syria and Turkey. They conduct search and rescue operations in response to bombing and gas attacks, medical and other evacuations, and essential service delivery including reconnecting electrical cables, providing safety information to children, securing buildings, and more. At enormous risk to themselves and their families and in the face of horrific attacks by the Syrian government, the Syria Civil Defence have courageously saved lives and delivered critical services to a desperate population. Their motto is “To save one life is to save all of humanity.” To date, 261 members of the White Helmets have been killed while saving more than 115,000 lives."

« Les derniers hommes d’Alep » par Feras Fayyad et Steen Johannessen
Danemark, Larm Film, AMC (Aleppo Media Centre), Kloos & Co Medien, avec le soutien du Nordisk Film & TV Fond, 2017, 89 min
Sur Arte le 6 juin 2017 à 20 h 50

Visuels : © SWR/Kloos & Co. Medien
Mit schwerem Gerät werden Trümmer im Ostteil Aleppos beseitigt
„Dieser Krieg hat einen alten Mann aus mir gemacht“: Weißhelm Mahmoud nach einem Rettungseinsatz
Er war einer der bekanntesten Weißhelme: Protagonist Khaled Omar Harrah
Ein nachdenklicher Blick über die Heimatstadt: Protagonist Khaled (re.) mit einem Kollegen der Weißhelme
Die Ohnmacht gegen die überwältigende Gewalt der Bomben: „Weißhelm“ Mahmoud in einem ausgebombten Viertel
Khaled (re.) und Youssuf (li.) in den Trümmern von Aleppo

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Les citations sur le documentaire sont d'Arte. Cet article a été publié le 6 juin 2017, puis le 29 juillet 2018.