Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

lundi 25 juin 2018

Albert Lewin (1894-1968)


Albert Lewin (1894-1968) est un scénariste, réalisateur et producteur juif américain. Sa courte filmographie - six longs métrages - révèle un auteur cultivé et raffiné, peaufinant des scénarios, parfois adaptés d’œuvres littéraires, à la structure complexe. Collectionneur d’art, il se lie d’amitié avec des peintres surréalistes. Arte diffusera le 25 juin 2018 à 20 h 50 « Pandora » (Pandora und der Fliegende Holländer) par Albert Lewin. « Des pêcheurs remontent dans leurs filets deux corps sans vie, dont celui de Pandora, une chanteuse envoûtante... Inspiré de mythes, nourri de corridas et de flamenco, ce film inclassable est à lui seul un condensé de toute la magie du cinéma. Avec l'exquis James Mason et la sublime Ava Gardner dans le rôle-titre ».

    
Albert Lewin (1894-1968) naît dans une famille juive à New York.

Diplômé de Harvard, il enseigne l’anglais à l’université de Missouri.

Lors de la Première Guerre mondiale, il sert dans l’infanterie de l’Armée américaine en Europe.

Il occupe le poste de directeur national adjoint de l’American Jewish Relief Committee.

Il se tourne vers le journalisme et assure la critique de spectacles et films pour le Jewish Tribune jusqu’au début des années 1920.

Albert Lewin se rend à Hollywood où il est lecteur pour Samuel Goldwyn. Il gravit les échelons au sein du studio hollywoodien : script-assistant pour King Vidor (La sagesse des trois vieux fous, 1923) et Victor Sjöström (Le glaive et la loi ), scénariste à la Metro-Goldwyn-Mayer (MGM) en 1924, responsable du département scénario du studio, puis à la fin des années 1920 assistant d'Irving Thalberg (1899-1936), The Wonder Boy de Hollywood et producteur génial.

Dans les années 1930, Albert Lewin est producteur associé de films majeurs pour le plus important studio hollywoodien : The Kiss (1929), dernier film muet de Greta Garbo, The Guardsman (1931), Red-Headed Woman (1932), un film qui a contribué à consacrer Jean Harlow, « la blonde platine », comme star, Mutiny on the Bounty (1935) – Oscar du meilleur film en 1936 - et The Good Earth (1937).

En 1937, il est recruté comme producteur par la Paramount : La Folle Confession (True Confession) (1937), Les Gars du large (Spawn of the North) (1938), Zaza (1939) et So Ends Our Night (1941).

Fait rare à Hollywood, Albert Lewin a cumulé trois fonctions : scénariste, réalisateur et producteur de ses six films en seize ans.

En 1942, Albert Lewin réalise le premier de ses films : The Moon and Sixpence (1942) adapté du roman de W. Somerset Maugham (1919) et librement inspiré par la vie du peintre Paul Gauguin.

Suivent Le Portrait de Dorian Gray (The Picture of Dorian Gray, 1945) d’après le roman d’Oscar Wilde et avec Hurd Hatfield, George Sanders et Angela Lansbury, The Private Affairs of Bel Ami (1947) adapté du roman Bel-Ami de Maupassant, Pandora (Pandora and the Flying Dutchman, 1951), Saadia (1953) avec Mel Ferrer, Cornel Wilde et Rita Gam, puis The Living Idol (1957) interprété par James Robertson Justice dans le rôle d’un archéologue croyant qu’une jeune Mexicaine (Liliane Montevecchi) est la réincarnation d’une Aztèque qui avait été sacrifiée à des jaguars.

Albert Lewin aime associer une histoire d’amour romantique et le genre fantastique tout en montrant sa finesse psychologique, en particulier dans la facette perverse de certains personnages.

Lors d’un bref retour à la MGM, Albert Lewin débute la réalisation de Madame Curie (1943), mais il est licencié et Mervyn LeRoy terminera le tournage du film.

Cet esthète raffiné et collectionneur d’art a organisé un concours de peinture sur le thème de la tentation de saint Antoine. Parmi les artistes ayant participé : Salvador Dalí et Eugene Berman, Abraham Rattner. La scène montrant The Temptation of St. Anthony de Max Ernst (1945) est filmée en couleurs – seule insertion colorée dans un film en noir et blanc, The Private Affairs of Bel Ami, dont la musique est composée par Darius Milhaud.

Après une crise cardiaque à la fin des années 1950, Albert Lewin se retire de l’industrie cinématographique et écrit le roman The Unaltered Cat (1966).

Pandora
« En 1930, en Espagne, au large d’Esperanza, des pêcheurs remontent dans leurs filets deux corps sans vie. Geoffrey Fielding, un archéologue britannique, découvre que l’une des victimes est son amie Pandora Reynolds. Il se remémore le pouvoir d’envoûtement de cette belle chanteuse, notamment auprès de l'un de ses prétendants, Reggie Demarest, qui s’est suicidé par amour pour elle peu de temps auparavant, laissant ainsi le champ libre au séduisant coureur automobile Stephen Cameron. Fielding se souvient aussi qu'un jour, alors qu'elle se promenait avec le pilote, Pandora aperçut un yacht au large. Intriguée, elle le rejoignit à la nage et rencontra à son bord le mystérieux Hendrik Van der Zee, occupé à peindre le portrait de la mythique Pandore, dont le visage ressemblait trait pour trait au sien… »

« Exécutée en réalité par Man Ray, cette toile constituait un hommage au peintre surréaliste Giorgio De Chirico ».

« Empreints de cette picturalité, le cadre et la photo du film singularisent cet ovni cinématographique signé Albert Lewin, un des grands méconnus d’Hollywood, car jugé trop esthète par les studios ».

« Dans Pandora, le cinéaste mélange l’histoire de Pandore, la première humaine de la mythologie grecque, et la légende du Hollandais volant, condamné à errer éternellement sur les mers jusqu’à ce qu’une femme accepte de sacrifier sa vie par amour pour son capitaine ».

« Il y ajoute la ferveur des corridas et du sport automobile, ainsi qu’un soupçon de flamenco et de jazz, pour éblouir avec un film inclassable, entre documentaire, romance et fantastique. Ava Gardner n’a jamais autant resplendide. Quant à James Mason, il endosse avec brio le rôle du Hollandais maudit ».

« La fameuse scène de course sur la plage peuplée de statues grecques, notamment, a fait couler beaucoup d'encre. Lewin signe là un chef-d'oeuvre de surréalisme cinématographique. On oublie d'ailleurs l'histoire, subjugué par certaines scènes : celles de la plage ou de la corrida, les plans évoquant simultanément des tableaux de Chirico, de Dalí ou de Delvaux. Les ambitions du réalisateur  sont essentiellement esthétiques. Il reste très soucieux de créer une atmosphère envoûtante, tout en cherchant à restituer la réalité avec autant de fidélité que possible »

Le 25 juin 2018  à 22 h 50, Arte diffusera "Ava Gardner. La Gitane d'Hollywood", documentaire de Sergio G. Mondelo (2016). "Elle tourna avec les plus grands, de John Ford dans "Mogambo" à Joseph L. Mankiewicz dans "La comtesse aux pieds nus", en passant par John Huston dans "La nuit de l’iguane". Derrière la beauté de l’actrice se cachaient les fragilités d’une femme tourmentée, que révélèrent ses années d’exil en Espagne sous la dictature de Franco."

"Était-ce pour fuir son mariage houleux avec Frank Sinatra ou la surmédiatisation qui l’étouffait, était-ce parce qu’elle était tombée amoureuse d'un autre homme, comme elle l’écrivit dans ses mémoires ? Il y a sans doute un peu de tout cela dans le départ d'Ava Gardner, qui, au sommet de sa gloire, quitte Hollywood pour s’installer en Espagne en 1955, à 32 ans, en pleine dictature franquiste. "Ava Gardner devient libre dans un pays totalitaire. C’est complètement paradoxal", analyse Frédéric Martinez, l’un des biographes de la star, dans ce passionnant documentaire de Sergio G. Mondelo déjà auteur de Pedro Almodóvar – Tout sur ses femmes, diffusé par ARTE. Il brosse ici un saisissant portrait d’une des plus belles femmes du monde, qui succomba aux accents du flamenco, à la puissance des corridas et au sex-appeal d’un acteur-matador sur le tournage de Pandora, à Tossa de Mar en 1951."

"Quatre ans après cette expérience européenne, elle décide de s’exiler à Madrid. S’ensuivent quinze années de fêtes et de passions amoureuses (toujours les matadors) qui se terminent par une chute de cheval qui la laisse brisée, au sens propre comme au figuré. À tel point que sa carrière cinématographique en pâtit, elle qui tourna avec les plus grands, de John Ford dans Mogambo à Joseph L. Mankiewicz dans La comtesse aux pieds nus, en passant par John Huston dans La nuit de l’iguane. Tissé d’images d’archives, d’extraits de films et de ses mémoires, d’interventions de biographes et de critiques, le film explore avant tout les fragilités de la femme derrière l’actrice. Car Ava, qui sombra peu à peu dans l’alcool, ne parvint jamais à se départir d’un manque d’estime de soi sans doute dû à une enfance pauvre et à la mort prématurée d’un père aimant."

  
« Pandora » par Albert Lewin
Royaume-Uni, 1951
Image : Jack Cardiff
Montage : Ralph Kemplen
Musique : Alan Rawsthorne
Production : Dorkay Productions, Romulus Films
Producteur/-trice : Albert Lewin, Joseph Kaufman
Scénario : Albert Lewin
Acteurs : Ava Gardner
Nigel Patrick, James Mason, Sheila Sim, Harold Warrender, Marius Goring, Mario Cabré
Sur Arte le 25 juin 2018 à 20 h 50
Visuels : © Cohen Film Collection LLC/Jack Cardiff

Ava Gardner, 1941 (photo prise par Larry Tarr à New York)
© Photofest

Ava Gardner dans “Les Tueurs” (1946)
AVA GARDNER en 1952-1953
© DILTZ/Bridgeman Images

Musique & cinéma : le mariage du siècle ?


La Cité de la musique a présenté l’exposition éponyme. L’histoire de rencontres sensibles et artistiques, l’exploration des fonctions de la musique dans le film, de la conception à la sortie du film, via son tournage et la postproduction. Le 25 juin 2018 à 20 h 30, le Cercle Bernard Lazare proposera le concert-conférence "Nous avons tant aimé, ces Ciné-Chansons qui nous ont enchantés !", avec Daniel Chocron, narrateur, Isaac Bensimhon, chansons, et Patrick Langlade, piano.


« La bonne musique de film doit autant servir le film que la musique », résume Michel Legrand.

Plus de cent extraits de films projetés dans de petites salles, interviews de Lalo Schifrin, Miklós Rózsa, David Raskin, Georges Delerue, Michel Magne, Claude Bolling, Vladimir Cosma, Pierre Jansen, Philippe Sarde, témoignages de compositeurs et de réalisateurs, extraits sonores, partitions originales, manuscrits de compositeurs, dessins et story-boards, photos, pochettes de disques, instruments, documents de tournage, costume de Ruggero Raimondi dans Don Giovanni, modules interactifs… Tous ces documents révèlent les relations entre cinéma et musique, entre deux arts aux modes d’expression distincts, parfois complémentaires, et à la puissance force d’émotion, de suggestion, d’évocation.

La première musique de film fut écrite en 1912 par Camille Saint-Saëns pour L’Assassinat du duc de Guise. Que serait la magie du septième art, muet et parlant, « sans l’émotion de la musique ?

De cette rencontre sensible entre deux arts » sont nées des œuvres majeures, des sentiments légers ou profonds.

Une rencontre féconde, intime, parfois conflictuelle, popularisant des œuvres de la musique classique et créées pour le cinéma.

Cinéphiles et mélomanes sont invités à « se plonger dans les coulisses de la fabrication des grands films qui ont marqué l’histoire du cinéma, en rendant perceptible le rôle de la musique dans leur élaboration ».

Duos célèbres
« Partant de thèmes fédérateurs (le rire, l'épopée, l’amour, le suspense...), de duos célèbres de cinéastes-compositeurs (Prokofiev/Eisenstein,

Hitchcock/Hermann, Leone/Morricone), le parcours de l’exposition démontre le rôle que peut jouer la musique à toutes les étapes de la fabrication d’un film, dès sa conception ».

Cette exposition s’articule autour de quatre parties - avant le tournage, le tournage, la post production et après la sortie du film –, quatre étapes dans la vie d’un film durant lesquelles la musique inspire, irrigue, infléchit ou structure le processus créatif cinématographique.

Se lisent et s’entendent dans les œuvres cinématographiques les évolutions musicales ; rag time, jazz - Autour de minuit (1986) de Bertrand Tavernier avec François Cluzet en amateur de jazz, d’après le livre autobiographique de Francis Paudras La Danse des infidèles -, rock, musique pop - Le Sous-Marin jaune (Yellow Submarine) film d'animation de George Dunning (1968) fondé sur la musique des Beatles -, variété - Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar en 2009 -, reggae, etc.

Avant le tournage
« C’était vraiment comme un opéra, entièrement chanté, et cela posait des problèmes a priori insurmontables. Ce qui est étonnant, c’est la magie avec laquelle tout cela s’est fait, puisque le film est entièrement tourné en play-back… La mise en scène était donc établie sur un minutage prévu d’avance, sans savoir dans quel décor et dans quel lieu nous allions tourner à ce moment-là. Toute la musique était enregistrée. Le film existait sur disque avant même d’être tourné. C’était très étrange », se souvient Catherine Deneuve, rendue célèbre par Les Parapluies de Cherbourg, de Jacques Demy sur une musique de Michel Legrand (1964).

La musique de certains films préexiste parfois à la réalisation du film.

Écrite en 1931, mais popularisée par le film Casablanca (1942) de Michael Curtiz, avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman, dans lequel Arthur "Dooley" Wilson l’interprète, la chanson « As Time Goes by » joue un rôle majeur dans le scénario, et est insérée dans le score original du compositeur Max Steiner, né à Vienne et émigré aux Etats-Unis en 1914. Max Steiner, compositeur d'origine viennoise ayant créé les thèmes musicaux notamment de Casablanca et Gone with the Wind (Autant en emporte le vent), et Dimitri Tiomkin, né en Russie et compositeur oscarisé pour High Noon (“Do Not Forsake Me O My Darling”) , sont nés un 10 mai, respectivement en 1888 et 1899.

Citons aussi Un Américain à Paris (An American in Paris) de Vincente Minelli (1951) sur une musique de George Guershwin et avec Gene Kelly, Leslie Caron, Oscar Levant et Georges Guétary. "Jerry, un ex-G.I., est resté à Paris pour étudier la peinture. À Montmartre, il rencontre un chanteur qui doit épouser Lise, une jeune fille que Jerry a sauvée durant la guerre. Courtisé par une riche héritière, le jeune homme choisit pourtant d'aimer Lise. Pourra-t-il la détourner de ses projets de mariage ? . Vincente Minnelli transforme le poème symphonique de George et Ira Gershwin en une comédie lumineuse et sophistiquée, portée par Gene Kelly. Incarné par l'acteur et danseur virtuose Gene Kelly, Jerry se libère littéralement de la vie par le rêve, dans la plus pure tradition "minnellienne". Sésame qui le fait accéder à un autre monde, la chorégraphie devient l'instrument de ce passage merveilleux : le cinéaste la magnifie par des mouvements de caméra d'une rare sophistication. Car, pour Minnelli, la comédie musicale est un moyen d'accéder à la beauté et à la perfection. Un art complet, mettant tous les sens en éveil. Un Américain à Paris est à ce titre représentatif : pièce maîtresse de l'œuvre du cinéaste, c'est aussi un film rêvé sur l'absence, la recherche impossible de l'être aimé, d'un pays qui n'existe pas. On touche une fois de plus chez Minnelli à la déchirante poursuite d'un bonheur impossible à atteindre, mais que la comédie musicale permet d'effleurer, le temps d'une représentation".

Et Fantasia des studios Disney (1940, Amadeus de Milos Forman (1984)… 

Le tournage
A l’époque du muet, les musiciens interprètent des morceaux pour indiquer aux acteurs l’atmosphère de la scène, tandis que le réalisateur peut tonitruer ses directives.

Une photo montre le réalisateur Victor Fleming observant les acteurs Ernest Torrence, Percy Marmont et Clara Bow ; près de la caméra, le chef opérateur James Wong Howe ; au premier plan, les deux musiciens de plateau, dont un violoniste.

Le passage au parlant en 1929 met un terme à l’activité de ces « musiciens de plateaux ».

A Hollywood, les acteurs/chantent interprètent en play back leurs chansons (Judy Garland dans Une étoile est née de  George Cukor, 1954).

Dans L’homme qui en savait trop (The Man Who Knew Too Much, 1956), d’Hitchcock, un coup de cymbales est le signe musical attendu par l’assassin. Quant à Claude Lelouch, il fait entendre à ses acteurs la musique de Francis Lai lors du tournage de ses films. Autres modalités techniques : le son direct et la post-synchronisation.

« Sergio Leone avait commencé par me raconter le film. J’y ai réfléchi, puis j’ai écrit la musique, que j’ai ensuite fait écouter à Sergio. Comme il a aimé, je l’ai enregistrée avant qu’il donne le premier clap. Je ne sais pas dans quelle mesure ma musique, pour laquelle Sergio avait beaucoup de respect, a influencé l’ensemble mais, d’après ce qu’on m’a dit, Nino Baragli, le monteur, a fait attention à suivre le rythme de mes morceaux », confie Ennio Morricone compositeur de la musique d’Il était une fois en Amérique de Sergio Leone. Arte a diffusé les 7, 14 et 19 septembre 2014 Il était une fois dans l'Ouest, western réalisé par Sergio Leone (1968) et dont la musique a été composée par Ennio Morricone.

Lors de la postproduction, le réalisateur choisit des titres existants ou dialogue avec le compositeur.

Le choix du compositeur incombe longtemps au studio de production hollywoodien, ou/et au réalisateur.

En 1934, à la demande de Max Reinhardt, qui travaillait déjà aux Etats-Unis, Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) s'est rendu à Hollywood pour écrire les arrangements d'une musique de Mendelssohn dans A Midsummer Night's Dream (Le Songe d'une nuit d'été). En 1935, lors de son deuxième séjour en Amérique, Korngold a composé les musiques de films pour deux des principaux studios hollywoodiens, la Paramount et la Warner Bros. Peu après, il a signé un contrat d'exclusivité avec la Warner Bros. Ce qui a fait de lui un des premiers compositeurs mondialement connu à travailler pour l'industrie cinématographie hollywoodienne. Premier film dont il compose la musique originale : Captain Blood, qui a contribué à lancer la carrière d'Errol Flynn en 1935. Il est distingué par l'Oscar de la meilleure musique de film en 1936 pour Anthony Adverse.

Après avoir pressenti Max Steiner, le studio Warner Brothers opère un choix surprenant pour le film d’action Les aventures de Robin des Bois (The Adventures of Robin Hood, 1938) de Michael Curtiz : Erich Wolfgang Korngold. Réticent, ce compositeur autrichien d'opéras et de symphonies décline la proposition.

Mais l’Anschluss – annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie –, le 12 mars 1938, l’incite à s’installer définitivement aux Etats-Unis et à accepter de composer comme exilé la musique de ce film devenu mythique. Il reçoit l'Oscar pour la meilleure musique de film pour The Adventures of Robin Hood (Les aventures de Robin des bois).

 L’avènement du nazisme en Europe contraint nombre de compositeurs Juifs de musique classique – Darius Milhaud, etc. - ou de variétés, à fuir pour se réfugier souvent en Amérique du Nord.

Grâce aux revenus procurés par son activité de compositeur de films hollywoodiens, Erich Wolfgang Korngold aide financièrement des artistes européen exilés en Amérique après avoir fui le nazisme.

En mai 2015, lors du spectacle musical “Before the Night: Jewish Classical Masterpieces of Pre-1933 Europe,” l'ARC Ensemble a interprété au Kennedy Center de Washington la musique, composée entre 1928 et 1931 de trois compositeurs de la “wandering race”: Jerzy Fitelberg (1903-1951), Mario Castelnuovo-Tedesco (1895-1968), et Erich Wolfgang Korngold (1897-1957). Trois pionniers de la musique de film symphonique.

Le compositeur, pianiste et chef d'orchestre Marvin Hamlisch est né le 2 juin 1944, à Manhattan, dans une famille de Juifs viennois. Enfant prodige, il est admis à la Julliard School. Il a écrit la musique notamment du spectacle A Chorus Line (1975) pour BroadwayIl a aussi composé la musique de Nutty Professor Musical (2012 TPAC, Nashville, TN) d'après le film de Jerry Lewis.

Il a composé la musique de longs métrages célèbres - The Way We Were de Sidney Pollack (Nos plus belles années, 1973) avec Robert Redford et Barbra Streisand qui en interprète la chanson principaleTake the Money and Run et Bananas de Woody Allen, The Spy Who Loved Me de Lewis Gilbert (1977) dont la chanson du générique Nobody Does It Better, interprétée par Carly Simon, est demeurée n°2 durant trois semaines au Billboard Hot 100 américain -, et a adapté la musique de Scott  Joplin pour The Sting (L'Arnaque, 1973) de George Roy Hill avec Paul Newman et Robert Redford, pour lequel il a reçu son troisième Oscar. Il a aussi dirigé des orchestres symphoniques de Pittsburgh, Dallas, Pasadena, Seattle, San Diego et Washington. Il est l'un des douze artistes à avoir reçu ces quatre célèbres Prix - Emmy, Grammy, Oscar, et Tony Awards (ou EGOT). Marvin Hamlisch a été le directeur musical et l'arrangeur de la tournée de concerts de Barbra Streisand aux Etats-Unis et en Angleterre en 1994 ainsi que de l'émission télévisée spéciale Barbra Streisand: The ConcertMarvin Hamlisch est l'un des dix artistes à avoir gagner trois Oscar et plus en une nuit et le seul dans une catégorie autre que réalisateur ou scénariste. Il est l'un des deux seuls artistes, avec Richard Rogers) à avoir gagné ces quatre Prix et un Pulitzer Prize. Hamlisch a reçu aussi trois Golden Globes. Il est mort le 6 août 2012.

Parmi les tandems cinéastes/compositeurs unis par une complicité, fidélisés au fil des œuvres : René Clair/Georges van Parys, Federico Fellini/Nino Rota, Hitchcock/Bernard Hermann, Blake Edwards/Henry Mancini, Roman Polanski/Krzyztof Komeda, Steven Spielberg/John Williams, Yves Robert/Vladimir Cosma…

Arte a diffusé le 24 mai 2015 à 17 h 35 John Williams Across the Stars (100 min) : "À 83 ans, John Williams, compte parmi les grands compositeurs de musique de film de l'histoire du cinéma. Un répertoire unique comprenant les thèmes de la plupart des chefs-d'oeuvre de Steven Spielberg. Au cours de sa longue carrière, il a réalisé les bandes originales de plus de quatre-vingts longs métrages, notamment les thèmes des sagas La guerre des étoiles, Indiana Jones ou Harry Potter. En septembre 2014, le Los Angeles Philharmonic Orchestra, dirigé par Gustavo Dudamel, célébrait son œuvre dans un exceptionnel concert de gala au  Walt Disney Concert Hall de Los Angeles. Avec, notamment, les musiques originales de La liste de Schindler, Un violon sur le toit, Les aventures de Tintin, Arrête-moi si tu peux, La guerre des étoiles, Amistad, Les dents de la mer, L'empire contre-attaque…" 

La post-production
Discrète, décorative ou entêtante, soudaine, facilitant le passage de séquences, surprenante par son anachronisme – musique rock de Marie-Antoinette -, mêlée de bruits d’ambiances ou empiétant sur les dialogues – centaines de pistes sonores actuellement -, référentielle – La chevauchée des Walkyries -, soulignant ou contrariant l’émotion ou le rythme, calée aux images, la musique est l’objet d’attention au montage et lors du mixage.

La voix du chanteur n’est pas toujours celle de l’acteur d’Hollywood ou de Bollywood, et parfois celles de « doublures » professionnelles dont les noms sont cachées du public.

Une photographie montre la séance d’enregistrement de la musique du film Le Narcisse noir (Black Narcissus, 1947) de Michael Powell et Emeric Pressburger, avec le London Symphony Orchestra dirigé par le compositeur Brian Easdale.

Quant au compositeur François de Roubaix (1939-1975), il travaille dans son “home studio” pour Les Aventuriers de Robert Enrico et Le Samouraï de Jean-Pierre Melville (1967), Dernier domicile connu de José Giovanni (1970), Le Vieux fusil de Robert Enrico (1975)… Ce musicien autodidacte s'était affirmé en mélodiste remarquable.

La sortie du film
A la sortie du film, des orchestres dans les salles de cinéma interprétaient des airs afin de créer une ambiance similaire à celle du film muet.

A l’avènement du parlant, et l’essor de l’industrie discographique, la musique de film (score, bande originale) est exploitée pour elle-même, dans des circuits distincts : vente de partitions, diffusion en radios, juke-box, CD ou télévision, sur Internet, etc.

Certaines chansons de films enrichissent le patrimoine de la variété nationale : la Complainte de la butte composée par Georges van Parys sur des paroles de Jean Renoir pour le film French Cancan (1955), et créée par Cora Vaucaire.

L’air entêtant interprété à la cithare par le compositeur autrichien Anton Karas (1906-1985) pour Le Troisième Homme (The Third Man) de Carol Reed (1949) a assuré la célébrité du soliste. Interprété par Joseph Cotten, Alida Valli, Trevor Howard et Orson Wells, ce film britannique reçoit le Grand Prix au festival de Cannes en 1949.

La Salle Pleyel a présenté Fantasia en concert (1er et 2 mars 2014). "De L'Apprenti sorcier (Paul Dukas) à Casse-Noisette (Piotr Ilitch Tchaïkovski), de L'Oiseau de feu (Igor Stravinski) aux Pins de Rome (Ottorino Respighi), tout l'univers de Disney défile dans ce ciné-concert".

Le 17 janvier 2016 à 11 h 30, le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) proposa, dans le cadre de Leçon de musique en famille par Stefan Cassar, La musique à l’âge d’or de Hollywood. Bernard Herrmann, Leonard Bernstein, Irving Berlin, Max Steiner. "Quelle filiation existe-t-il entre les compositeurs de musiques de films ou de comédies musicales et les musiciens classiques qui les ont inspirés, et qu’ils ont parfois connus ou fréquentés ? Voyage en musique à travers les œuvres de ces héritiers de Debussy, Brahms, Bartók et Rachmaninov, mais aussi de la musique dite « de la rue »...(Irving Berlin, avant de devenir, selon Gershwin, « the best songwriter ever », était chanteur de rue)".

Vladimir Cosma
Le 9 octobre 2016, Vladimir Cosma donna un concert au Palais des Congrès. Prélude à sa tournée en France. Il "revient en 2016 sur scène et sera pour la première fois en tournée dans toute la France. A la direction d’orchestre, il partagera avec le public les grands moments de sa carrière et ses musiques de films les plus emblématiques, telles que Rabbi Jacob, La Boum, Diva, Le Grand blond avec une chaussure noire, La Gloire de mon père, Le Dîner de cons... "Les concerts me permettent de développer et donner une nouvelle vie à des morceaux inscrits dans les mémoires grâce au cinéma. Cette première tournée en France est une expérience formidable qui m'offre l'occasion d'aller à la rencontre de mon public en dirigeant moi-même un grand orchestre symphonique, des chœurs, des solistes et chanteurs aux talents exceptionnels."

"Ces cinquante ans correspondent à ma carrière en France. J’ai commencé la musique bien plus tôt, en Roumanie, que j’ai quittée à 22 ans... À l’âge de 13 ou 14 ans, j’écrivais de la musique pour l’orchestre de mon père en Roumanie. Le cinéma était très local ou soviétique de propagande. Je ne connaissais pas l’importance de la musique de film en Occident. Je n’aurais donc pas pu rêver de cela avant. Je voulais simplement composer et faire de la musique. Puis le cinéma est venu comme une sorte de récompense. D’abord comme arrangeur puis comme compositeur... Il y a quarante ou cinquante ans, je ne faisais pas de rock, ni de musique dodécaphonique. J’ai plutôt visé la cohérence. Je crois qu’un compositeur exprime ce qu’il est et ce qu’il devient. On me dit parfois : « Dès que j’entends une musique, je sais que c’est vous. » Or, rien ne rapproche la musique de Rabbi Jacob de celle de Diva car je change les couleurs en permanence pour ne pas me répéter. Si le public ressent une constante, cela tient sûrement à ma personnalité", a déclaré Vladimir Cosma au Monde (7 octobre 2016).

Et d'expliquer : "Il n’existe pas de traité « Comment composer un opéra » ou « Comment composer une musique de film ». Cela relève des choix du compositeur. Le mien a été de ne pas faire une musique trop descriptive. Je veux souligner la couleur du film mais pas surligner ce que l’on voit à l’image. Mon premier grand succès par exemple est Le grand blond avec une chaussure noire. Les deux instruments forts sont la flûte de pan et le cymbalum. Pour accompagner l’arrivée de Pierre Richard à l’aéroport, le metteur en scène voulait un pastiche de James Bond. Je n’aime pas les parodies ou les pastiches. Alors je me suis dit qu’un espion n’était pas forcément anglo-saxon, qu’il pouvait venir du froid, de Russie ou de Roumanie par exemple. Je suis certain que personne n’y a pensé en l’écoutant mais moi, c’était ma démarche. La musique est un caméléon. Elle prend la couleur de l’image, plus que le contraire. Si vous mettez un andante d’un concerto de Mozart sur une scène d’amour, cette musique devient une musique romantique, alors que sur un film d’Hitchcock, avec un assassin qui vient tuer le personnage, cette musique très douce et lente devient vicieuse".

Comment Vladimir Cosma travaille-t-il ? "Il arrive que j’intervienne très en amont quand je connais le metteur en scène comme c’était le cas avec Gérard Oury ou Yves Robert qui me parlaient de leur projet avant même l’écriture du scénario. Et parfois, je suis appelé comme un artisan, une fois le film terminé. Je vois le film, on détermine les endroits où il faudra de la musique et j’écris. Il est même arrivé que je fasse la musique une fois le film complètement terminé, musique comprise. Ce fut le cas avec le film d’Ettore Scola, le Bal. Il avait travaillé avec son compositeur habituel Armando Trovajoli. Or, ce film est particulier car c’est un film musical, sans parole. Bref, une fois le film fini, le distributeur et les producteurs n’ont pas aimé la musique. Il a donc fallu la remplacer. Dans ce cas exceptionnel, j’ai dû refaire la musique avec des gens qui dansent sur une autre musique ! Parfois les acteurs dansaient une valse et j’ai écrit un rock ! Il a donc fallu synchroniser, ce n’était pas simple... J’aime aussi choisir des solistes particuliers ou des chanteurs différents comme dans La Boum où je voulais un inconnu dont la voix était comme un instrument. Un chanteur qui n’interprète pas trop. Ce choix a pris sept mois et des centaines d’auditions... Le tempo est très important. Au départ, je l’imagine au piano en me projetant sur l’orchestre de 80 musiciens. Or, ce que l’on fait au piano n’a rien à voir avec ce qui sera enregistré par l’orchestre. En général, l’orchestre ralentit et supporte un tempo beaucoup plus lent. C’est toute une cuisine. Dans le temps, on avait toujours l’image. Il y avait beaucoup plus de moyens pour la musique. On passait deux à trois semaines à enregistrer avec les musiciens, le monteur, le réalisateur. Maintenant, on fait tout en deux heures, trois maximum !... [Les producteurs et le réalisateur] font des achats de droits. Personnellement ça ne me gêne pas car ils achètent mes musiques et je suis payé grassement (rires). Mais s’ils mettaient cet argent-là pour développer des musiques originales ça serait formidable ! Du coup on a des génériques qui durent 8 minutes avec des listes interminables de musiques additionnelles… (rires) Les contraintes de temps sont consubstantielles au métier de compositeur. N’oubliez pas qu’avant on était tenus par l’exigence de la lumière et la longueur des bougies au théâtre. Ces contraintes sont bénéfiques. Si l’on me donnait un temps infini pour écrire, je pourrais travailler sur la même minute de musique toute ma vie. Alors que si je sais que j’enregistre à la fin de la semaine, je dois la finir impérativement. Ça me stimule et ça m’angoisse. Je me dis : « Et si cette fois je ne trouvais pas d’idées… » Récemment je déjeunais avec Guillaume Connesson. Il est le plus grand compositeur français de musique symphonique. Il me dit : « J’ai profité du mois d’août pour travailler sur une nouvelle pièce. » « Tu as été productif, lui demandais-je. Combien de temps as-tu écrit ? » Il me répond : « Une minute trente, mais pas encore orchestrée. » Et moi : « En un mois ? Mais ta pièce va durer combien de temps ? » « 8 ou 9 minutes, je pense. » Autrement dit, il va travailler un an sur cette pièce (rires). Il fait un chef-d’œuvre.

Le 25 juin 2018 à 20 h 30, le Cercle Bernard Lazare proposera le concert-conférence "Nous avons tant aimé, ces Ciné-Chansons qui nous ont enchantés !", avec Daniel Chocron, narrateur, Isaac Bensimhon, chansons, et Patrick Langlade, piano.


Jusqu’au 18 août 2013
A la Cité de la musique
221, avenue Jean Jaurès. 75019 Paris
Tél. : 01 44 84 44 84
Du mardi au samedi de 12 h à 18 h, le dimanche de 10 h à 18 h.

Visuels :
Affiche. Jerry Goldsmith affublé d’un masque durant la session d’enregistrement de la musique du film La Planète des singes (1968) de Franklin J. Schaffner

Le compositeur James Horner (Le Nom de la rose, Titanic, Avatar) en 2003.

Séance d’enregistrement de Sans frontière de Martin Campbell.
Crédit: © Sally Stevens Photography

Charles Chaplin dirigeant les musiciens pour l'enregistrement de la musique de son film Un Roi à New York le 21 juin 1957 au Palais de la Mutualité à Paris.
Crédit: © Rue des Archives/AGIP

Duke Ellington, compositeur et acteur du film Autopsie d’un meurtre (Anatomy of a Murder, 1959) d’Otto Preminger, avec la comédienne Lee Remick pendant le tournage.
Crédit: © Carlyle Productions © Sony Pictures

Affiche du film Goldfinger de Ian Fleming, 1964
Crédit: © Jean Mascii / SESAM-ADAGP

Photographie du film Gainsbourg, vie héroïque de Joann Sfar, 2009 Crédit: © 2010 ONE WORLD FILMS - STUDIO 37 - UNIVERSAL PICTURES INTERNATIONAL FRANCE - FRANCE 2 CINEMA - LILOU FILMS - XILAM FILMS

Tournage de Aimez-moi ce soir (Love Me Tonight, 1931), réalisé par Rouben Mamoulian, avec Maurice Chevalier dans le numéro « Poor Apache »
Crédit: Collection Joel Finler et Martin Masheter © Paramount Pictures © Universal Pictures

Alfred Hitchcock lors du tournage de la séquence du concert à l’Albert Hall, à Londres, dans L’Homme qui en savait trop (The Man Who Knew Too Much, 1956)
Crédit: Courtesy of Academy of Motion Picture Arts and Science © Paramount Pictures © Universal Pictures

Feuille de timbres édités par la poste américaine en 1999, sur six grands compositeurs hollywoodiens, dans la collection « The Legends of American Music » : Bernard Herrmann, Erich Wolfgang Korngold, Alfred Newman, Max Steiner, Dimitri Tiomkin et Franz Waxman.
Illustrations : Drew Struzan ; design et graphisme : Howard Paine.

Robin des Bois
© Arte

Le cinéaste Steven Spielberg et le compositeur John Williams, et la chanteuse Lisbeth Scott (dont on entend la voix sur la bande-son de Munich, 2005)
Crédit: © Sally Stevens Photography

John Williams
© Craig T. Mathew/Mathew Imaging

Séance d’enregistrement de la musique du film Le Narcisse noir (Black Narcissus, 1947) de Michael Powell et Emeric Pressburger, avec le London Symphony Orchestra dirigé par le compositeur Brian Easdale Crédit: Collection Joel Finler
© The Archers © Carlton International Media

A lire sur ce blog :

  Les citations proviennent du dossier de presse. Cet article a été publié le 13 août 2013, puis le :
- 30 octobre 2013 : le Festival des musiques à l'image 2013 a proposé d'écouter les hommages rendus à Steven Spielberg et à John Williams ;
- 10 janvier 2014. A l'occasion de son 10e anniversaire, l'Union des compositeurs de musique de films (UCMF) présente le B.O. Concert. Au cœur de la musique de film française le 10 janvier 2014 à 20 h au Grand Rex ;
- 27 février, 11 mai, 2 juin et 5 septembre 2014 ;
- 20 octobre 2014. Les 24 et 25 octobre 2014, Vladimir Cosma a présenté deux concerts au Grand Rex à Paris. Au programme : des musiques de films, dont Les aventures de Rabbi Jacob, de Gérard Oury et Le Jouet, de Francis Veber, et des inédits ;
- 8 décembre 2014. Les 8, 11, 17 et 22 décembre 2014, Arte a diffusé Robin des bois (1938), réalisé par Michael Curtis, sur une musique signée par Erich Wolfgang Korngold et avec Errol Flynn, Olivia de Havilland et Basil Rathbone ;
- 29 mars 2015. Arte a diffusé les 29 mars et 8 avril 2015 Un Américain à Parisde Vincente Minnelli ;
- 21 mai 2015, 15 janvier et 10 octobre 2016.

dimanche 24 juin 2018

« Bismarck - Le dernier combat » par Wilfried Hauke


Arte diffusera le 25 juin 2018 « Bismarck - Le dernier combat » (Bismarck - Härte und Empfindsamkeit) par Wilfried Hauke. « Allemagne, mars 1890. Otto von Bismarck fête ses 75 ans dans quelques jours. Depuis des décennies, l'homme politique préside aux destinées du pays : cela fait près de vingt ans qu'il est le premier chancelier du nouvel Empire allemand, dont il a activement favorisé l'unification. Malgré tout, le "Chancelier de fer" est la cible de critiques de plus en plus nombreuses... »
      

Politicien pragmatique, Bismarck (1815-1898) est un homme d’Etat prussien, chancelier impérial d’Allemagne sous les empereurs Guillaume Ier, Frédéric III et Guillaume II. Il est l’artisan majeur de l’unification allemande par la solution petite-allemande - unité nationale de l’Allemagne autour de et dominée par la Prusse des Hohenzollern, sans l’empire d’Autriche -, et achevée en 1871 - le 18 janvier 1871, dans la galerie des Glaces du château de Versailles, le chancelier Bismarck proclame la création du IIe Reich -, année où il lance le Kulturkampf pour réduire l’influence politique de l’Eglise catholique. 

Il est ministre-président du royaume de Prusse (1862-1890), chancelier de la confédération de l'Allemagne du Nord (1867-1871), puis  premier chancelier du nouvel Empire allemand (1871-1890), État fédéral constitué de 25 États fédérés. 

Sa diplomatie est fondée sur un système d’alliances européennes, et place l’Allemagne en pays hôte du congrès de Berlin (1878) – après la guerre russo-turque (1877-1878), les empires britanniques et austro-hongrois imposent au vainqueur russe de réduire ses avantages acquis par le traité de San Stefano, introduisent une résolution pour que l'Empire ottoman octroie aux juifs les droits civils et religieux en Eretz Israël (la Grande-Bretagne s’érige protectrice de ces Juifs) - et de la conférence de Berlin (1884-1885) sur le partage de l’Afrique entre des puissances européennes : l'empire allemand comprend l’Afrique allemande du sud-ouest (Deutsch-Südwestafrika, actuelle Namibie), le Togo (Togoland), le Cameroun allemand ou Kamerun (1884), puis l’Afrique orientale (Deutsch-Ostafrika, ancien Tanganyika et actuelle Tanzanie) en 1885, et dans le Pacifique la Nouvelle-Guinée allemande. 
    
La politique économique et sociale de Bismarck privilégie dès les années 1870 le protectionnisme, et assure le développement d’une industrie allemande performante et pouvant rivaliser avec celle britannique. Anti-socialiste, il instaure un système de sécurité sociale :  lois sur l’assurance-accident du travail (1883), sur l’assurance-maladie (1884)  et sur l’assurance-vieillesse (1889).

« Après les victoires éclatantes qu’il a offertes à sa patrie, la politique de Bismarck est désormais qualifiée de passéiste et de trop « timide ». Pire : il est maintenant en conflit ouvert avec le nouvel empereur Guillaume II, qu’il juge immature, vaniteux et peu intelligent ». 

« L'heure pour le chancelier d’une retraite bien méritée ? Absolument pas ! Bismarck a peur pour l'avenir de la paix en Europe et s'accroche au pouvoir. Pourtant, le 15 mars, le jeune Guillaume II le contraint à démissionner ».

« Dès le lendemain de sa mise au placard, Otto von Bismarck entreprend de rédiger ses mémoires. Le vieux briscard veut laisser à la postérité le souvenir des réussites glorieuses qu’il s’attribue tout en passant sous silence ses échecs et ses erreurs ». 

« Le documentaire, très instructif, relate les dernières années du chancelier, mort en 1898, et revient également sur une enfance où pointait déjà son esprit rebelle. En s'attardant sur cette partie de la vie de Bismarck, Wilfried Hauke nous permet de mieux appréhender une personnalité marquée par l’appétit du pouvoir, la fulgurance des idées mais aussi une extrême sensibilité ».

Juifs
Vers 1810-1820, des jeunes Juifs berlinois élaborent la Wissenschaft des Judentums, ou Science du Judaïsme, et publient en 1822 un Manifeste.

Alors que des voix s’élèvent en faveur de l’égalité des droits pour les Juifs, parait en 1843 La Question juive de Karl Marx.

En 1843, le royaume de Prusse instaure l’égalité pour la conscription militaire.

En 1847, les juifs sont autorisés à occuper des emplois publics, sauf en position hiérarchique à l’égard de chrétiens.

Les révolutions de 1848 proclament l’égalité des Juifs. L’échec du Printemps des peuples induit une régression pour les Juifs dans de nombreux Etats. Mais des Juifs s’activent dans la vie politique dans une proximité avec les partis libéraux.

Vers 1852, environ 62 000 Juifs vivent en Prusse. Ils sont interdits dans des villes et régions allemandes.

La Confédération d’Allemagne du Nord accorde l’émancipation aux Juifs. En 1869, une loi assure l’égalité entre juifs et chrétiens.

Unie à l’émancipation, la croissance démographique juive, surtout dans les grands centres urbains, dépasse celle des non-juifs. Les Juifs s’installent dans des villes commerçantes : Hambourg, Cologne, Leigzig. Ils abandonnent le yiddish au profit de l’allemand.

L’intégration économique et sociale s’accompagne de leur embourgeoisement, et le choix d'activités professionnelles privilégiant le commerce, l’industrie, les professions libérales et intellectuelles.

En 1866, la plus grande synagogue d’Allemagne, la Neue Synagoge, est inaugurée à Berlin, en la présence d’Otto von Bismarck. En 1875, les Juifs berlinois sont au nombre d’environ 65 000.

Crise économique mondiale, la Grande Dépression (1873-1896) alimente l’antisémitisme nationaliste (Berliner Bewegung).

En 1879, le journalisme Wilhelm Marr publie à Berlin son essai antijuif « Der Sieg des Judenthums über das Germanenthum » (« La victoire de la judéité sur la germanité »). Il forge le vocable « antisémitisme ».

Le 25 avril 1881, la pétition antisémite revêtue de 250 000 signatures demande à Bismarck, chancelier de l'Empire allemand, le retrait des actes ayant émancipé des Juifs et que toute immigration nouvelle soit prohibée. 

Autre antisémite notoire, Adolf Stöcker, pasteur prédicateur à la cour impériale, a créé en 1878 le Parti chrétien social des travailleurs. Il fustige la prétendue "domination des juifs sur la presse et le monde de la finance". Il impute aux Juifs la responsabilité des problèmes accablant l'Allemagne.

En réaction, la Centralverein deutscher Staatsbürger jüdischen Glaubens, association des citoyens allemands juifs, est fondée à Berlin en 1893 afin de défendre les intérêts des Juifs allemands. Le Parti socialiste SPD est le seul à compter parmi ses élus des députés Juifs, ce qui suscite la haine des antisémites.

En Allemagne, affluent des Juifs fuyant les pogroms et la misère en Russie, Pologne ou Ukraine.

Sous Bismarck et Guillaume II, aucun poste influent en diplomatie, dans l’armée et l’administration prussiennes n’est occupé par des Juifs.

Selon l’historien Jonathan Steinberg, l’antisémitisme est profondément enraciné dans l’aristocratie prussienne dont est issu Bismarck, et celui-ci l’a instrumentalisé pour servir sa politique. Abandonnant ses alliés libéraux, il va les détruire en écrasant leurs dirigeants juifs. Il a autorisé une vague d’antisémitisme à se répandre et a observé le « débat juif » en 1880 au Parlement prussien – pour la première fois, l’Allemagne unifiée a déclaré que les Juifs n’étaient pas de réels Allemands. 

Gerson Bleichröder (1822-1893) a été le Juif le plus riche et le plus influent, de l’Allemagne impériale. Il a été le premier juif prussien à obtenir la particule anoblissante « von » sans avoir à se convertir au christianisme. Il a été le banquier de Bismarck pendant plus de trente ans. Il a été la cible de la vague d’antisémitisme des années 1880. Dans ses mémoires, Bismarck ne le mentionne pas en le traitant comme un Hausjude (Juif « de service »).
    
En 1910, la population juive dans le Reich est estimée à 610 000 âmes.


« Bismarck - Le dernier combat » par Wilfried Hauke
Allemagne, 2014, 55 min
Sur Arte le 25 juin 2018 à 3 h 15

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