Cet article est republié alors que le Recueil de Rotschild (The Rothschild Miscellany) vient d'être inscrit sur le Registre Mémoire du Monde de l'UNESCO. Proposé en 2012 par l'Etat d'Israël, ce "manuscrit unique généreusement
enluminé et orné de somptueuses miniatures réalisées en feuilles d’or et
d’argent et avec des pigments précieux. Les illustrations offrent un aperçu
inhabituel des coutumes religieuses, de la vie quotidienne et des modes des
juifs italiens pendant la Renaissance. Ce recueil est un sommet de la peinture
hébraïque sur manuscrits du XVe et un exemple sans équivalent du patrimoine
culturel que les juifs ont laissé derrière eux (très peu d’objets culturels
juifs de cette période sont parvenus jusqu’à nous)". James de Rothschild avait fait don de ce manuscrit fabriqué en Italie au musée d'Israël.
La Bibliothèque de
France (BnF) a proposé en son site Richelieu l’exposition éponyme, assortie d'une magnifique catalogue, et axée sur James de
Rothschild (1792-1868). L’histoire des
Rothschild, dynastie Juive importante, emblématique et éclairée de banquiers, mécènes et philanthropes profondément insérée dans l’histoire politique, économique, sociale, intellectuelle - saint-simonisme - et culturelle de la France et d’autres pays européens sur plusieurs siècles.
En 2004-2005 et
2006-2007, le
musée du Louvre a consacré des expositions à la
collection d’Edmond de Rothschild
(1845-1934), fils du baron James de Rothschild et HaNadiv Hayadoua (Bienfaiteur bien connu) sioniste - dès 1882, achats de terres insalubres et
infestées par la malaria situées en Eretz Israël à des propriétaires arabes
résidant au Liban comme la famille chrétienne Sursock, soutien aux localités
juives, etc. - inhumé avec son épouse en Israël en 1954. Une collection de
plus de 60 000 chefs d’œuvre - Finiguerra, Léonard de Vinci, Raphaël,
Mantegna, Robetta, Bosch, Dürer, van Dyck, Seghers, Rembrandt, David… -, du
dessin et de l’estampe, de manuscrits et livres rares, donnée au musée du Louvre
par les héritiers d’Edmond de Rothschild en 1935. Ce « don exceptionnel
modifia structurellement les collections » de ce musée.
« C’est à la famille que nous devons tout, et la
meilleure fortune dont nous jouissons, avec l’aide de Dieu, est notre
dévouement les uns aux autres et notre unité », a déclaré James de
Rothschild.
« Histoire d’une famille et portrait de la haute
finance éclairée du XIXe siècle », cette exposition est centrée sur « la
personnalité emblématique » de James de Rothschild.
En 1812, James de Rothschild (1792-1868), un des cinq
frères de la famille Rothschild
de Francfort - Mayer Amschel (1744-1812) y fonde la banque -, arrive à Paris pour
y créer une filiale de la maison Rothschild. Agé de 20 ans, il devient
rapidement grâce à son talent dans les affaires un des « acteurs éminents
du monde de la haute banque » éclairée du XIXe siècle. Des banquiers venus
de toute l’Europe comme lui vont transformer Paris en une place majeure de la
finance et participer à la révolution industrielle.
Dans cette dynastie, James de Rothschild en est la figure
centrale, « l’archétype de l’homme d’affaires du XIXe siècle, et d’autres
grands banquiers Juifs, tantôt alliés, tantôt rivaux », les frères Pereire
et les Camondo. Une
profonde divergence oppose les Rothschild et les Pereire sur le recours à
des emprunts populaires.
Ainsi, James de Rothschild « s’investit dans les
chemins de fer, en particulier la ligne Paris-Boulogne, la construction de la
Gare du Nord et de toutes les gares qui ponctuent le trajet. Ce sont aussi des
investissements dans les mines, les fonderies et l’urbanisation de Paris ».
« Accompagnant la révolution industrielle,
James de Rothschild investit dans les chemins de fer (ligne
Paris-Saint-Germain, Compagnie des chemins de fer du Nord, Compagnie des
chemins de fer de l’Est), les mines, le transport de marchandises (or, mercure,
tabac, etc.), lance des emprunts d’État, achète un grand cru bordelais
(Château-Lafite). La réussite de celui qu’on surnomme « le Grand Baron »
résiste à une vertigineuse succession de régimes politiques et le conduit à
côtoyer les plus grands hommes de son temps. Témoins de la vie mondaine des Rothschild,
leurs demeures de la rue Laffitte et de Ferrières sont le cadre de nombreuses
réceptions brillantes où l’on croise les plus grandes figures des arts et des
lettres : Delacroix, Balzac, Heinrich Heine, Berlioz, Rossini ou Chopin ».
Par le destin de la famille Rothschild, cette exposition
dans la galerie Mansart évoque
l’histoire du premier XIXe siècle, « le passage d’une société
aristocratique et rurale à une société bourgeoise et industrielle, du Premier
Empire aux prémices de la République via la Restauration, le règne de Louis
Philippe et le Second Empire », le mode de vie et de représentation de ces
grands banquiers - hôtels particuliers, châteaux, grands crus, collections
d’œuvres d’art - ainsi que leur rôle important de mécènes. Elle montre un monde
brillant et raffiné, une vie mondaine intense et loin d’être superficielle.
Les Rothschild ont contribué à façonner l’Europe économique,
bancaire, industrielle et culturelle du XIXe siècle. « Entrepreneurs, ces
grands banquiers s’engagent dans l’industrie, les matières premières, les
transports. Esthètes, ils animent autour d’eux une vie artistique très riche ».
Philanthropes à une ère sans Etat providence, ils ouvrent un hôpital qui porte
leur nom, soutiennent la recherche médicale, créent la fondation de l’hôpital
Rothschild, ou œuvrent pour la promotion d’un nouvel urbanisme. Grâce à « leurs
liens familiaux et leurs réseaux » - de Francfort à Londres, Vienne,
Naples et Paris -, ils « essaiment leurs affaires dans différents pays ».
« Collectionneurs passionnés d’œuvres d’art, ils ont joué le rôle de
mécènes auprès des institutions françaises : musée du Louvre, Bibliothèque
nationale, musée national de la Renaissance, château d’Écouen, musée des Arts
décoratifs, musée Camondo, etc. »
Témoins de la « vie mondaine des Rothschild, leurs
demeures de la rue Laffitte à Paris et de Ferrières sont le cadre de nombreuses
réceptions brillantes où l’on croise les plus grandes figures des arts et des
lettres : Delacroix, Balzac,
Heinrich Heine, Berlioz, Rossini ou Chopin ».
Balzac (La Maison Nucingen), Zola (L’Argent) ou Stendhal (Lucien
Leuwen) s’inspirent d’illustres membres de la branche parisienne pour créer
des figures romanesques.
Près de deux cents pièces, manuscrits, tableaux,
photographies et documents d’archives… Il n’en faut pas mois pour évoquer le « mode
de vie - châteaux, œuvres d’art et grands crus -, les activités bancaires, les
entreprises industrielles, le rôle de philanthrope et de mécène culturel »
des Rothschild au XIXe siècle.
Près de deux cents pièces, manuscrits, tableaux - La
Laitière de Greuze, première œuvre achetée par James de Rothschild et
conservée au musée du Louvre -, photographies et documents d’archives et de
collections de divers musées… Il n’en faut pas mois pour évoquer le « mode
de vie, les activités bancaires, les entreprises industrielles, le rôle de
philanthrope et de mécène culturel » des Rothschild au XIXe siècle.
Citons des objets d’orfèvrerie - tabatière de la reine
Victoria en orfèvrerie, diamant et émail (musée du Louvre), nautile monté en
hanap avec la représentation de Neptune, en coquillage, orfèvrerie et
vermeil, (musée national de la Renaissance, château d’Écouen) - ou des objets
religieux telle cette plaque ornementale pour la Torah en argent, corail,
perles et pierres semi-précieuses (musée d’art et d’histoire du Judaïsme), des
manuscrits enluminés dont le Chansonnier de Jean de Montchenu du XVe
siècle, le Bréviaire de Martin d’Aragon du XIV-XVe siècle, des
autographes de Pierre Corneille et Madame de Maintenon (département des Manuscrits
de la BnF) ainsi que des ouvrages à reliure précieuse de la bibliothèque de
James-Édouard, le troisième fils de James et Betty et léguées par sa veuve à la
Bibliothèque nationale de France en 1922 (département de la Réserve des Livres
rares).
Ajoutons des photographies, dont une série de cartes de
visites d’Eugène Disderi (1819-1889) représentant James de Rothschild ou l’Album
de vues photographiques, Chemins de fer du Nord, Ligne de Paris à Boulogne, commandé
par James, président de la Compagnie, au célèbre photographe Edouard Baldus
(1813-1889), illustrant gares, rails et viaducs (département des Estampes et de
la photographie de la BnF).
La dynastie
Un immense arbre généalogique de la famille Rothschild sur
huit générations accueille
le visiteur.
A son sommet : Mayer Amschel Rothschild (1744-1812),
fondateur de la dynastie.
Puis ses cinq fils et ses cinq filles. Banquier à
Francfort, Mayer Amschel édifie avec ses fils un « réseau familial
d’affaires et de commerce ». Amschel reste à ses côtés, Nathan va à
Londres, Salomon à Vienne, Carl à Naples et James à Paris.
« Anoblis par l’empereur d’Autriche François Ier en
1822, les cinq frères font figurer dans leur blason un bouclier rouge - « rote
Schild » en allemand - au centre de l’écu et cinq flèches symboles de l’unité
de la famille, tenue par une main ferme, sans doute celle du père ».
Une unité renforcée par les mariages entre cousins des
diverses branches.
À 20 ans, James de Rothschild arrive à
Paris
James de Rothschild, le futur « Grand Baron »,
était le benjamin des fils et le cadet des dix enfants de Mayer Amschel
Rothschild.
James a grandi dans la Judengasse - la rue des Juifs
- à Francfort. Il est élève à l’école juive et a appris à écrire en « jüdisch », version francfortoise du yiddish. La langue de sa correspondance avec
ses frères.
En 1809, James de Rothschild « séjourne en Angleterre
chez son frère Nathan, le premier Rothschild à avoir émigré à l’époque où ce
dernier diversifie son entreprise, délaissant le commerce du textile et
d’autres marchandises pour s’intéresser au monde de la finance et transformer
sa société « NM Rothschild» en « Rothschild Brothers ».
En 1812, James se fixe à Paris. En témoigne un rapport de
la police.
Dès 1814, les frères Rothschild « sont chargés du
financement de l’effort de guerre de la coalition emmenée par la
Grande-Bretagne contre Napoléon Ier. La situation de James en France est pour
le moins délicate et il doit user de tout son talent diplomatique, une fois la
guerre terminée, pour que l’entreprise familiale puisse obtenir des contrats
gouvernementaux face à des concurrents bien établis comme la maison britannique
« Baring Brothers » et la maison parisienne de Jacques Laffitte ».
En 1816, à l’initiative de James, la maison de Paris est
enregistrée au registre du commerce.
En 1817, James choisit comme siège de la société «
Messieurs de Rothschild Frères » le quartier des affaires, à l’hôtel d’Otrante,
situé rue Laffitte, ancienne propriété de Fouché. C’est la troisième entité de
la firme Rothschild après Francfort et Londres.
L’empereur d’Autriche accorde alors aux cinq frères le
droit d’utiliser une particule, puis les anoblit en 1822. Lors d’un voyage en
Angleterre chez Nathan, son frère Salomon confie à James que « de Rothschild
Frères » est un « grand sujet de conversation dans la capitale » : «
il n’a jamais existé à Paris une maison aussi fameuse que la vôtre ».
James et Betty
En 1824, James épouse sa nièce Betty, âgée de 19 ans. Betty
est la fille de son frère Salomon, installé à Vienne, et de Caroline Stern. Le
couple aura cinq enfants : Charlotte, Alphonse, Gustave, Salomon et
Edmond.
Les femmes de la famille Rothschild « sont encouragées
à jouer un rôle dans la société, à être des hôtesses accomplies, à représenter
leur famille dans ses activités philanthropiques, à s’occuper de l’éducation
des enfants et à aider leur époux dans les affaires en rendant une myriade de
services à leurs clients et à leurs amis ».
A l’instar d’autres femmes de la famille, Betty sera
médiatrice entre les générations, notamment entre les pères et les fils. Elle
jouera un rôle éminent dans la création de fondations caritatives.
Banque, industrie et affaires
Après des guerres napoléoniennes, James et ses frères consacrent
plusieurs années au règlement et aux transferts de subsides aux Etats
victorieux.
Enrichi, James s’impose vite dans les milieux financiers de
la haute-banque parisienne.
En 1820, il « accorde un prêt d’un million de francs
au gouvernement de Louis XVIII face aux émeutes de juin survenues après
l’assassinat du duc de Berry ».
Et ainsi, pendant un demi-siècle, James aide « les
différents gouvernements, de la Restauration au Second Empire en passant par la
monarchie de Juillet, au travers de prêts, emprunts, rentes et autres
obligations. Banquier puissant, il a la confiance des souverains dont il gère
les fortunes, celle de Louis-Philippe ou de la famille royale de Belgique, mais
aussi des politiques comme Metternich ou Thiers et des artistes parmi lesquels
Balzac et Vigny ».
En relation avec ses frères, James développe des activités
commerciales : acquisition de coton aux Etats-Unis, de cigares à Cuba, de bois,
de métaux précieux, or, cuivre et mercure. Mais il est surtout un des promoteurs
de la modernisation de la société française et de son essor économique. Il joue
un rôle essentiel dans le développement du réseau de chemin de fer français.
Il s’investit dans la création des Chemins de Fer du Nord, œuvre
de sa vie, et participe au développement des lignes Paris-Orléans,
Paris-Lyon-Méditerranée (PLM) et aux Chemins de fer de l’Est.
James intervient aussi dans l’exploitation des minerais et
des métaux, investissant dans les charbonnages de Belgique ou les mines de
mercure d’Almadén, en Espagne.
Enfin, il s’intéresse aux vignobles : en 1868, il achète
Château Lafitte, grand crû du Médoc, après que son gendre et neveu Nathaniel,
le mari de sa fille Charlotte, a acheté Château-Mouton en 1853.
Résidences
Résidence principale de James et de Betty, l’hôtel
particulier du 19 rue Laffitte à Paris dans le IXe arrondissement de Paris,
ancienne propriété de Fouché, abrite les bureaux de la banque et les
appartements privés luxueux.
« L’hôtel du baron de Rothschild est comme on le sait, un
des splendides hôtels de Paris… Au fond de la vaste cour qui le sépare du
portail donnant sur la rue Laffitte et placées en bas du perron, deux statues
tenant des torches dans lesquelles le gaz ingénieusement transformé brûle d’une
façon toute pittoresque, attirent l’attention du passant et éclairent le
visiteur. Une galerie règne de ce côté dans presque toute la longueur de la
façade » (Édouard Ferdinand Beaumont-Vassy, Les Salons de Paris et la
société parisienne sous Louis-Philippe Ier, 1866).
En 1817, à l’âge de 25 ans, James achète un château près de
Paris, à Boulogne, entouré d’un vaste parc. En 1855, il le fait reconstruire entièrement
dans le style néo-XVIIe siècle inspiré du château de Clagny, édifié par Mansart
en 1680 à côté de Versailles. Le décorateur : le peintre Eugène Lami. Dans
ce château, les Rothschild reçoivent la haute société parisienne, les
personnalités du monde politique et du monde culturel lors de réceptions
brillantes.
En 1838, James acquiert l’hôtel de Saint-Florentin, auparavant
résidence de Talleyrand situé place de la Concorde, près de la rue de Rivoli,
une adresse prestigieuse face au ministère de la Marine.
Entre 1853 et 1860, James fait construire un château à
Ferrières, domaine acheté aux héritiers de Fouché en 1829. Sur les plans de
l’architecte anglais Joseph Paxton, le château est achevé en 1860. Son
aménagement et sa décoration sont de nouveau confiés à Eugène Lami. Ce château
est confortable, luxueux ; sa décoration représentative du « style
Rothschild » allie style Renaissance et Louis XIV, son grand hall et ses vastes
salons sont les écrins de collections exceptionnelles d’œuvres d’art. Ferrières
est le cadre de magnifiques réceptions et de chasses. Napoléon III, qui « l’honore
de sa présence » le 16 décembre 1862, le décrira comme un « château des
Mille et Une Nuits ».
Collections de tableaux
En mai 1821, à 29 ans, James de Rothschild achète sa
première toile, La Laitière de Jean-Baptiste Greuze (1783, Musée du
Louvre, Paris). Il s’impose comme le premier collectionneur de sa famille. « Même
si son père avait mené à Francfort un prospère négoce de monnaies, médailles et
antiques, aucun des Rothschild n’a acquis d’œuvres de maîtres anciens avant
l’arrivée de James à Paris, centre majeur du marché de l’art. A sa mort en
1868, sa collection compte une soixantaine de tableaux ».
Les « écoles hollandaises et flamandes sont les plus
représentées avec une quarantaine de tableaux, notamment le Portrait de
Willem van Heythuysen par Frans Hals et Le Porteur d’étendard de
Rembrandt. Le goût de James l’inscrit dans la lignée des grands collectionneurs
de la seconde moitié du XVIIe siècle. Sa collection se complète de tableaux de
l’école française », Portrait de Mlle Duclos dans le rôle d’Ariane de
Nicolas de Largillière, l’école italienne, La Sainte Famille d’Andrea
del Sarto et l’école espagnole, Portrait de don Luis de Haro, marquis de
Carpio de Vélasquez.
L’achat de deux primitifs flamands, La Vierge à l’Enfant
avec saints et donateur par Jan Van Eyck (vers 1441 -1443) et La Fuite
en Égypte de Hans Memling (avant 1494), conservés actuellement au musée du
Louvre, est symbolique de la collection de James qui se distingue de celles de
ses nombreux parents devenus collectionneurs à sa suite. James a développé un
goût qui lui est propre et qu’il exprime avec audace, sans reculer devant des
prix souvent élevés. La fonction première des tableaux qu’il achète est de
décorer ses demeures ».
Sa fille Charlotte, baronne Nathaniel de Rothschild, fait
don de La Laitière au musée du Louvre en 1899 et « lègue ses
collections à de nombreuses institutions françaises, tout comme le feront ses
frères et ses cousins ». Henri de Rothschild, arrière-petit fils de Jamest et fils de James-Edouard, offre une bibliothèque à la BN.
Depuis plus d’un siècle, cette « tradition de mécénat
est emblématique de la famille Rothschild ».
Parmi les collections d’œuvres d’art : de nombreuses
représentations de la Vierge. C’est la figure de la maternité qui touche les
Rothschild.
Vie sociale et culturelle
James et Betty de Rothschild évoluent dans cette haute
bourgeoisie qui, « comme la noblesse, ouvre ses salons et fait de Paris
une ville de légende par ses soirées enchanteresses et ses mondanités
brillantes ».
Dans « leur hôtel particulier de la rue Laffitte à
Paris, ils invitent pour des concerts, tiennent quatre dîners par semaine
réunissant trente à cinquante invités en habit du soir et donnent un bal tous
les samedis soirs. La table de James et de Betty est la plus célèbre de Paris.
Ils ont à leur service Antonin-Marie Carême (1784 -1833), l’un des plus
talentueux cuisiniers de l’histoire de la gastronomie. Pour eux, il invente,
entre autres, le soufflé, le saumon, et le filet de bœuf « à la Rothschild » .
Banquier, James finance des investissements français, lance
des emprunts et des obligations d’état.
De son arrivée à Paris (1812) à sa mort (1868), il est « en
relation avec les dirigeants politiques des différents régimes qui se succèdent »
: Louis XVIII et la Restauration, Charles X, Louis-Philippe, l’éphémère Seconde
République et le Second Empire. James et Betty sont particulièrement proches de
Louis-Philippe et de sa famille. Grâce aux frères de James et au réseau de la
banque Rothschild, ils nouent des relations amicales avec les familles royales et
impériales d’ Europe.
Les Rothschild fréquentent aussi de nombreux artistes de
leur temps. A leurs réceptions : des peintres, le baron Gros, Eugène
Delacroix, Ary Scheffer et Ingres, ainsi que des écrivains. Client de la
banque, Balzac dédicace son roman Esquisse d’homme d’affaires d’après nature
à James et L’enfant maudit à Betty. Fils d’un banquier allemand, Heinrich
Heine « fait partie du premier cercle des Rothschild et partage la vie de
leur famille ».
Enfin, James de Rothschild voue une admiration sans faille pour
les musiciens : la famille a une loge à l’Opéra, James commande à Hector
Berlioz une cantate pour l’inauguration du tronçon de la ligne Paris-Lille en
1846, Chopin enseigne le piano à sa fille Charlotte et, pour elle il compose la
très célèbre Valse en si mineur Opus 64. Preuve de l’intimité avec Rossini,
les Rothschild le choisissent comme témoin au mariage de Lionel, le neveu de
James, dans la maison familiale de la Judengasse, à Francfort.
Philanthropie
Dans la France des années 1840 et avant l’État-Providence, les
malades, vieillards, orphelins et nécessiteux bénéficiaient d’initiatives de
charité privée, souvent religieuse, pour pourvoir à leurs besoins. Malgré des
bureaux de bienfaisance, et diverses tentatives d’organiser la solidarité parmi
des groupes religieux, des pans entiers sont dépourvus de toute assistance.
Ainsi, les Juifs n’ont pas d’hôpital à Paris.
James et Betty de Rothschild se distinguent par leurs
actions dans de nombreuses entreprises philanthropiques, dont certaines visent la
communauté juive : l’hôpital de la rue Picpus accueille des patients dès 1852,
les dames de la famille Rothschild organisent des loteries au profit du Comité
de Bienfaisance Israélite.
Dans certains cas, ces actions suppléent une carence dans
le dispositif de bienfaisance : tels les dispensaires antituberculeux, les
premiers logements sociaux de Paris et les aides à l’Assistance Publique.
Cette « dynamique philanthropique va se poursuivre au
sein de la famille Rothschild pendant plusieurs générations, suffisamment
longtemps pour voir des initiatives de bienfaisance ou de charité isolées se
muer en philanthropie scientifique et en action sociale coordonnée ».
James de Rothschild, figure romanesque
Arrivé à Paris à 20 ans, James de Rothschild est demeuré
jusqu’à sa mort dans ce pays dont il n’a jamais eu la nationalité. « Au
fil des différents régimes politiques, il a conquis sa légitimité grâce à la
confiance des gouvernants et de ses pairs de la haute banque, mais aussi grâce
à sa vie sociale et aux réceptions de la rue Laffitte, du château de Boulogne
et de Ferrières, qui lui ont permis d’honorer les personnalités de tous
horizons, aussi bien politiques qu’artistiques ».
« Personnalité ancrée dans le monde des affaires et
dans la vie mondaine de la haute bourgeoisie, riche, puissant, il rassemblait
tous les éléments pour que la littérature s’empare de lui comme personnage de
roman. Il devint ainsi un modèle pour trois des maîtres de la littérature du
XIXe siècle, qui lui empruntent sans le camper totalement, des traits de sa vie »
: Balzac dans La Maison Nucingen (1837), Stendhal dans Lucien Leuwen (1836)
et Zola dans L’Argent (1881).
Dans ses mémoires, la comtesse Stéphanie de Tascher de La
Pagerie, cousine par alliance de Joséphine de Beauharnais, écrit à propos de
James lors de son décès le 13 novembre 1868 : « C’était positivement un grand
financier, et il lui restera la gloire d’avoir été l’homme le plus riche de
Paris. Il était le banquier des rois et le roi des banquiers. Son honorabilité
et sa probité étaient au niveau de sa fortune ; il y joignait dit-on, une grande
bienfaisance ».
Grands banquiers du XIXe siècle : les
Pereire et les Camondo
En contrepoint de la partie principale dédiée à James de
Rothschild, l’exposition présente deux grandes familles de banquiers
représentatives de la haute-banque parisienne du XIXe siècle : les Camondo
et les Pereire. Comme James de Rothschild, ce sont de grands financiers Juifs, « promoteurs
de la société industrielle, acteurs de la vie mondaine et artistique, possédant
de magnifiques demeures et des collections d’œuvres d’art léguées à leur mort
aux grandes institutions françaises ».
Nés à Bordeaux, les frères Emile (1800 -1875) et Isaac
(1806 -1880) Pereire se fixent à Paris dans les années 1820 et se lancent dans
l’industrie et la banque. Leurs domaines d’intervention : la construction
et la mise en exploitation des chemins de fer de Paris à Saint-Germain-en-Laye
(1835-1837), de Paris à Versailles Rive-droite (1839). Les frères Pereire
collaborent avec James de Rothschild sur le projet de la ligne Paris-Lyon
(1840) et la création de la ligne Lyon-Méditerranée ; mais une rivalité et des
divergences les opposent et croitront dans la banque et le chemin de fer.
Soutenu par Napoléon III, leur grand projet est la création
en 1852 d’une banque de prêt à long terme pour l’industrie, le Crédit Mobilier,
qui finance les travaux d’Haussmann, la création de la Compagnie générale
transatlantique et la station balnéaire d’hiver d’Arcachon. Après la faillite
du Crédit mobilier en 1867, les frères Pereire ne joueront plus de rôle de
premier plan dans l’économie française bien qu’ils lui aient contribué à son
essor très important.
L’épouse d’Isaac Pereire finance le premier vol d’Adler à
bord de l’appareil L’Éole, qui se
détache du sol pour la première fois, le 9 octobre 1890, dans les jardins du
domaine Pereire du château de Gretz-Armainvilliers, à l’est de Paris.
La génération suivante se passionne pour l’art. Fils
d’Abraham Behor, Isaac est compositeur et soutient la construction du Théâtre
des Champs-Elysées. A sa mort (1911), il donne au musée du Louvre toutes ses
collections : mobilier, œuvres d’art d’Extrême-Orient et peinture
impressionniste.
Passionné par les arts décoratifs français du XVIIIe
siècle, son cousin Moïse rassemble une collection exceptionnelle dans son hôtel
particulier de la rue de Monceau. Son fils unique, Nissim, meurt en combat
aérien en 1917. A
la mémoire de son fils, Moïse de Camondo lègue son hôtel et ses collections à
l’Union centrale des Arts Décoratifs. Le musée Nissim de Camondo est inauguré
en 1936.
Les derniers descendants de cette famille ont été déportés
et assassinés à Auschwitz sous l’Occupation, lors de la Seconde Guerre
mondiale.
Sous la direction de
Claude Collard et Melanie Aspey, Les Rothschild en France au XIXe siècle. Éditions de la
BnF, 2012. 196 pages, 130 illustrations. 36 €. ISBN : 978-2717725230
Jusqu’au 10 février 2013
A la BnF /Richelieu
5, rue Vivienne. 75002 Paris
Tél. : 01 53 79 49 49
Du mardi au samedi 10 h à 19 h. Dimanche de 12 h à 19 h
Visuels :
Baron
James de Rothschild, vers
1820, huile sur toile
Photographie
d’Olympe Aguado, octobre 1856 : La
cour à Compiègne, avec James de Rothschild (à gauche)
Château
Lafite, étiquette
d’une bouteille de vin, 1894
Collection Château Lafite
Eugène
Lami,
Hall
du château de Ferrières,
Visuels :
Jeton
permettant à Lionel de Rothschild de voyager gratuitement sur les chemins de
fer du Nord, dont il était l’administrateur.
The Rothschild Archive, London
Édouard
Baldus, Chemin de fer du Nord, Ligne de Paris à Compiègne par Chantilly,Petites
Vues photographiques, vers 1865
–
Page de garde - Carte illustrée de Paris à Boulogne,
BnF, Estampes et photographie
Album
photographique anonyme,
Locomotives,
vers 1874
Archives
de la Compagnie des Chemins de fer du Nord
ANMT, Roubaix
Bon
de transport pour une caisse de lingots d’or
Fonds
Rothschild, ANMT, Roubaix
Émile
Zola, L’Argent, 1891
Séance
à la Bourse
BnF, département Littérature et art
Émile
Zola, L’Argent, 1891
Séance
à la Bourse
BnF, département Littérature et art
Armoiries
octroyées en 1822
exemplaire
officiel illustré, reliure, 1843,
The Rothschild Archive London
The Rothschild Archive London
Chèque
du 12 février1871 qui a permis le rachat rapide et complet de la dette de la
France à la Prusse après la défaite de Napoléon III,
manuscrit,
manuscrit,
Peter
Schwabach and The Rothschild Archive London
Catherine
et Alexandre Serebriakoff : Vue
de l’hôtel de la rue Laffitte à Paris
Copie.
Aquarelle, vers 1867,
©ADAGP,
2012 Coll. Part. Rothschild Paris
Eugène
Disdéri, James
de Rothschild,
photographie Planche contact avec sept portraits,
photographie Planche contact avec sept portraits,
BnF, Estampes et photographie
BnF, Estampes et photographie
Anonyme,
La Banque du 19 rue Laffitte vers 1880
La Banque du 19 rue Laffitte vers 1880
Coll. Part. Rothschild, Paris
Paul
Castelnau,
hôtel particulier, 2 rue
Saint Florentin, place de la Concorde
Tirage
d’après autochrome
©
Ministère de la culture, Médiathèque
de l’architecture et du patrimoine, RMN
vers
1860, aquarelle.
Collection particulière, France
Eugène
Lami, Sortie de l’Opéra,
huile
sur toile,1835
BnF, Bibliothèque-musée de l’Opéra
Billet
de la Loterie israélite,
fondée en 1843 pour récolter des fonds servant à financer d’autres œuvres
philanthropiques,1
1846, Paris, Archives du CASIP-COJASOR
Hôpital
Nathaniel de Rothschild fondé
en 1871 à Berck-sur-Mer, Pas de Calais
The Rothschild Archive London
Invitation
à la vente de charité au profit de l’hospice des vieux marins et vieilles
matelotes envoyée par la baronne Laura-Thérèse de Rothschild, 1902
The Rothschild Archive, London
Honoré
de Balzac,
La
maison Nucingen, 1853
BnF, Bibliothèque de l’Arsenal
Léon
Bonnat,
Le
comte Abraham-Béhor de Camondo,
1882,
huile sur toile
Les Arts décoratifs, musée Nissim de Camondo
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Cet article a été publié le 8 février 2013.




