Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

mercredi 17 octobre 2018

« 1648 - La paix de Westphalie » par Holger Preuße


Arte diffusera le 21 octobre 2018 « 1648 - La paix de Westphalie » (1648 - Der lange Weg zum Frieden. Wie der Dreißigjährige Krieg beendet wurde) par Holger Preuße. « Entre 1618 et 1648, une grande partie de l'Europe est dévastée par une guerre opposant catholiques et protestants, mais qui implique également les grandes puissances du continent, qui toutes cherchent à protéger leurs territoires. Voici les derniers jours des négociations qui ont mis fin à la guerre de Trente Ans, racontés à la manière d'un film d'action. »

« Luther, la Réforme et le Pape », par Thomas Furch 
La fabrique des saintes images. Rome-Paris, 1580-1660 


La guerre de Trente Ans sur le continent européen marque la lutte entre protestantisme et catholicisme : les États allemands protestants du Saint-Empire, les puissances européennes voisines à majorité protestante, Provinces-Unies et pays scandinaves, ainsi que la France qui, bien que "fille aînée de l'Eglise" et combattant les protestants sur son territoire, voulait réduire la puissance de la maison de Habsbourg, étaient opposés au  camp des Habsbourg d’Espagne et du Saint-Empire, bénéficiant du soutien de la papauté. Ce conflit a opposé la féodalité à l'absolutisme.

24 octobre 1648. La paix de Westphalie met un terme à la Guerre de Trente ans par la victoire de l'absolutisme. Une conférence diplomatique met fin à l’état de belligérance en fixant les conditions d’une coexistence pacifique entre Etats souverains. Est affirmé alors politiquement l’État-nation moderne, entité juridique détenant le monopole de la violence légitime et personne morale dans le cadre du droit international. Sur le plan religieux, s'applique le principe exprimé par la maxime latine "Cujus regio, ejus religio" (« A qui appartient la région, de celui-là la religion ») : la religion du souverain détermine celle de l'Etat et des habitants. Un nouvel ordre qui passe par l'équilibre des puissances, sans supprimer la guerre. Une longue ère, coupée de parenthèses guerrières, qui disparaît avec la Première Guerre mondiale.
  
« Pour la première fois dans l'histoire, l'issue de ce long conflit va se jouer à la table des diplomates ». 

« Concentrée sur les derniers jours des négociations qui se sont déroulées à Münster et Osnabrück, ce documentaire-fiction met en scène les tractations d'une paix qui, en scellant la fin de la guerre de Trente Ans, a posé les bases d'un nouvel équilibre entre les puissances européennes ».

« Nous vivons aujourd’hui une crise profonde de l’ordre international libéral westphalien que nous avons connu. D’abord, car il a échoué pour partie à se réguler lui-même. Ses dérives économiques, financières, environnementales et climatiques n’ont pas trouvé de réponse encore à la hauteur à ce jour. Ensuite, parce que notre capacité collective à apporter une réponse aux crises est encore trop souvent entravée par les divisions du Conseil de sécurité », a déclaré le Président de la République Emmanuel Macron le 25 septembre 2018 à la 73e Assemblée générale des Nations unies.



« 1648 - La paix de Westphalie » par Holger Preuße
Allemagne, 2018
Sur Arte les 21 octobre 2018 à 16 h et 7 novembre 2018 à 9 h 25
Visuel : © Heidefilm

Les citations sont d'Arte.

Regards sur la littérature israélienne


Romans, poésie, bandes dessinées (BD), littérature jeunesse… Dans toute sa variété, exprimée en diverses langues – hébreu, arabe -, parfois politisée en étant souvent ancrée à gauche, représentée par des figures célèbres, la littérature israélienne a conquis un public croissant en France, au-delà des rangs de la communauté juive française. Dans le cadre de la Saison croisée France Israël, la 3e édition du festival "Lettres d'Israël 2018" se déroule du 2 au 18 octobre 2018.  Elle évoquera les 15, 16 et 17 octobre 2018 la poésie et la BD.


La littérature israélienne présente des spécificités : elle a précédé la refondation de l’Etat d’Israël et s’exprime essentiellement en hébreu, langue liturgique, « langue sacrée » dont la résurrection à la charnière des XIXe et XXe siècles, en langue parlée, moderne, vernaculaire a résulté de l’initiative du lexicographe, philologue et journaliste, Eliézer Ben Yehoudah (1858-1922).

Colloque
Le 7 avril 2002, la littérature israélienne était présentée lors d’un colloque important organisé au Sénat par le B'naï B'rith de Paris-Ile-de-France. Sous le haut patronage de l’ambassadeur d’Israël, alors S.E. Elie Barnavi, ce colloque avait abordé deux sujets : la traduction et la littérature, miroir de la société. Des lectures avaient ponctué cette journée aux intervenants prestigieux et close par le Grand Rabbin René-Samuel Sirat, professeur à l’INALCO.

« La littérature israélienne présente une double spécificité. D’une part, elle s’enracine dans une société sioniste et nouvelle, principalement composée d’immigrés. D’autre part, elle s’exprime dans une langue qui a connu une véritable renaissance à la fin du XIXe siècle, après avoir été pendant près de deux millénaires seulement une langue de prière », annonce Michèle Rotman, présidente de la Commission culture du B’nai B’rith francilien.

Écrite dans une langue ancienne et récente, la littérature israélienne reflète une société complexe née d’un projet politique et religieux : et qui reflète ses mutations : de l’héroïsme des pionniers au réalisme des anti-héros les plus contemporains.

C’est à ses traductrices, médiateurs indispensables pour le grand public, que ce colloque a consacré sa première table-ronde. La présidence en était confiée à Mireille Hadas-Lebel, professeur émérite à la Sorbonne. Etaient invitées : Sylvie Cohen, introductrice de l’œuvre d’Amoz Oz, et Laurence Sendrowicz, traductrice de Hanokh Levin, « figure majeure du théâtre israélien contemporain ». Arlette Pierrot évoqua « Shulamit Hareven, une Levantine ». Madeleine Neige présenta l’œuvre de David Shahar. C’est au double titre de traductrice et de responsable de la collection Lettres hébraïques (Actes Sud) qu’était intervenue Rosie Pinhas-Delpuech : « Une écriture de la subversion entre classiques (Yaacov Shabtaï, Yehoshua Kenaz) et modernes (Alona Kimhi, Etgar Keret) ».

Cette littérature est diverse par les générations, tempéraments, genres et styles.

D’une société israélienne dépeinte dans ses mutations, émergeait une triple thématique : « la guerre, le kibboutz et la souffrance millénaire du peuple juif. Au fil des œuvres, on ressent qu’Israël est un lieu de confrontation permanente ». Apparaît aussi une société marquée de clivages : « jeunes/vieux, immigrants/Sabras et Juifs/Arabes ». Ses tensions semblaient d’autant plus aiguës que tout évolue très vite : les composantes démographiques, les phases économiques, les alternances politiques, l’essor urbain, les modes de vie, etc.

C’est Lily Permuter, maître de conférences à l’INALCO, qui anima les débats de l’après-midi. Ariane Bendavid, maître de conférences à la Sorbonne, traita du passage « de la littérature hébraïque à la littérature israélienne : déclin d’un idéal », Myriam Feldhendler, chargée de cours à l’INALCO, de « l’évolution de la mentalité israélienne » et Ephraïm Riveline, professeur des Universités, de « l’évolution du thème de l’exil et de la rédemption ». Michèle Tauber, agrégée d’hébreu, centra son intervention sur « Aharon Appelfeld ou les langues juives à travers le siècle ».

La poésie n’était pas oubliée. Poète et traductrice de poésie, Dory Manor décrivit « la poésie hébraïque des années 90 », et Masha Itzhaki, maître de conférences à l’INALCO, « le dialogue avec la Bible ».

Pour mieux rendre sensible cette littérature, la comédienne Mady Mantelin-Chouraqui a lu des passages d’œuvres de deux grandes figures : A.B. Yehoshua et David Grossman.

« La littérature israélienne est moins traduite en France que dans d’autres pays européens. Mon but est d’en donner le goût et de la faire mieux connaître. Puisse ce colloque donner aux libraires l’envie de commander plus de livres dans leurs maigres rayons sur Israël, aux éditeurs de continuer à faire traduire et connaître de jeunes écrivains et à nous d’en apprécier la profondeur et la beauté », espérait Michèle Rotman, présidente de la Commission culture dudit B'naï B'rith.

Vœu en partie réalisé : le colloque était déjà complet avant son ouverture.

Un secteur éditorial dynamique
Selon des statistiques extérieures de la Centrale de l’Édition et du Syndicat national de l’édition (SNE), « pour les échanges de droits avec Israël (en prenant en compte exclusivement l’hébreu comme langue de publication) en 2004, 2005 et 2006 au total 157 titres ont été cédés par une trentaine d’éditeurs français et 20 titres achetés par 8 éditeurs français. Dans la répartition par domaine de ces échanges, la littérature est la plus représentée (81 titres), suivie des sciences humaines et sociales (46 titres), puis des domaines jeunesse/BD (32 titres), actualités, documents, biographies (13 titres), érudition, religion (5 titres) ».

Environ « 35 millions de livres sont vendus chaque année en Israël. Le chiffre d’affaires de l’édition israélienne s’élevait à deux milliards de shekels en 2006 (soit environ 360 millions d’euros). Cependant, avec 6 866 titres publiés en 2006 – dont 5 900 en hébreu, 528 en anglais, 196 en russe et 133 en arabe –, le secteur souffre de surproduction pour un petit pays qui ne compte que 6,8 millions d’habitants. Les tirages moyens s’en ressentent, qui ne dépassent guère les 2 000 exemplaires pour une nouveauté en fiction, dont la durée de vie sur l’étagère d’une librairie est de courte durée. Un seuil de 5 000 ventes en fiction est suffisant pour apparaître dans les listes des meilleures ventes, quand ce chiffre était d’au moins 20 000 il y a quelques années  ».

« Spécificité de l’édition israélienne, 24% des livres produits sont des textes religieux (livres de prières, etc.), qui ne sont pas forcément commercialisés ou distribués par les canaux de vente habituels. La moitié des livres produits en Israël est éditée par des structures qui ne sont pas des maisons d’édition et 18% le sont par des associations, des instituts, des musées. 17% des livres sont publiés à compte d’auteur, 9% par des institutions gouvernementales et 5% par des institutions éducatives ».

« Le secteur éditorial traditionnel se caractérise par sa concentration : trois groupes éditoriaux se partagent plus de la moitié de la production. Deux d’entre eux se sont récemment associés aux deux plus grandes chaînes de librairies du pays, qui elles-mêmes détiennent près de 60% de parts de marché. Ce phénomène de concentration se retrouve également dans les partenariats entre grands éditeurs généralistes et petites maisons d’édition, qui permettent à ces dernières de réduire leurs coûts de fabrication, de distribution et de promotion. On recense 1 452 maisons d’édition en Israël (dont un tiers d’éditeurs religieux). Pour 996 d’entre elles, l’édition est l’activité principale ; et, pour les autres, c’est une activité secondaire… »

« Les trois grands pôles éditoriaux généralistes israéliens sont : le groupe Kinneret Zmora-Bitan Dvir, associé à la chaîne de librairies Tzomet Sefarim ; la maison d’édition Keter Sefarim, associée à la chaîne de librairies Steimatzky ; et la maison d’édition Yédiot Sefarim, qui appartient au grand quotidien, Yédiot Aharonot… effet, le livre est un produit cher en Israël : son prix moyen en littérature est d’environ 80 shekels (14,4 euros), et de 50 shekels (9 euros) pour un livre de jeunesse. Pourtant, et c’est là tout le paradoxe de la situation israélienne actuelle, l’immense majorité des livres (y compris, et même surtout, les nouveautés) est vendue en promotion… Le marché des traductions en Israël est dynamique, mais le nombre de publications d’ouvrages traduits du français reste bien en deçà de celui des ouvrages traduits de l’anglais ».

Salon du Livre 2008
En 2008, année des 60 ans de la refondation de l’Etat d’Israël, celui-ci était pays invité d’honneur du Salon du Livre (14-19 mars), désormais rebaptisé Livre Paris, et de la Foire du Livre de Turin.

Président de l'Union des écrivains palestiniens, Taha al-Moutawakel s’est indigné de ce choix à Paris. Une opposition partagée par l'Union des écrivains égyptiens, l’Organisation islamique de l'éducation, des sciences et de la culture (ISESCO) à Rabat, Yasmina Khadra, romancier et directeur du Centre culturel algérien à Paris, et Tariq Ramadan. Ce qui s’est traduit par quatre stands de la Tunisie, de l’Algérie, du Maroc et du Liban demeurés vides. Mais des professionnels du livre du monde arabe étaient venus, ainsi que les écrivains algériens Boualem Sansal ou Maïssa Bey.

Des Israéliens, tels Ilan Pappe et Benny Ziffer, se sont joints à ces appels au boycott.

Ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner a jugé « extrêmement regrettable » la décision du Liban de boycotter cet événement culturel.

Malgré les appels au boycott, plus de 25 000 livres israéliens avaient été achetés et quarante auteurs de fiction étaient présents au stand israélien.

Mais, le Salon avait du être évacué un dimanche après-midi en raison d’une alerte à la bombe.

En 2011, le Prix Médicis Etranger a été remis à « Une femme fuyant l’annonce » (Seuil) de David Grossman. L’écrivain israélien » y dresse le portrait d’une femme qui évite son propre foyer, de peur qu’on lui annonce la mort de son fils, parti à la guerre. L’auteur de « Voir ci-dessous amour » y transfigure la perte du sien, tué pendant la campagne libanaise de 2006 ».

Le 6 février 2017, à 19 h, à l’initiative du Département Aliyah et Intégration de la Mairie de Tel Aviv, la littérature israélienne a été évoquée à Tel Aviv, dans le cadre de « 68 ans de melting pot culturel », par Gaby Levin, directrice de la Fondation Recanati, critique littéraire, et La bohème, troupe de théâtre qui interprétera des textes israéliens traduits en français : « la visite de la maison de Bialik, la conférence de Gaby Levin et l'incontournable lecture et interprétation de textes israéliens traduits en français par les acteurs de la troupe La Bohème ».

"Créé en 2016, le festival Lettres d’Israël est proposé par le service culturel de l’ambassade d’Israël en France". Du 8 au 18 septembre 2017, "le meilleur de la littérature israélienne" s'est dévoilé à Paris ! Après le succès de sa première édition, le festival Lettres d’Israël prend de l’ampleur, avec une programmation enrichie : rencontres, conversations, lectures, théâtre, auteurs majeurs et découvertes…La soirée d’inauguration a eu lieu le 11 septembre 2017 à la Société des Gens De Lettres, autour des écrivaines Zeruya Shalev et Orly Castel-Bloom".

"David Grossman, récompensé en juin par le prestigieux Man Booker International Prize, David Grossman était l’invité du théâtre national de La Colline lors de trois soirées exceptionnelles. Zeruya Shalev, lauréate du Prix Femina étranger en 2014, présenta son dernier roman Douleur (Gallimard) à la Maison de la Poésie, et évoqua la condition d’écrivaine avec Orly Castel-Bloom".

"La Maison de la Poésie a accueilli également les écrivains Raphaël Jerusalmy, auteur du superbe Evacuation (Actes Sud, 2017), Ayelet Gundar-Goshen, de retour à Paris pour son second roman Réveiller les lions (Presses de la Cité, 2017), salué par le Guardian et le New York Times, et Meir Shalev, l’un des auteurs israéliens les plus importants de sa génération, dont le dernier roman Un fusil, une vache, un arbre et une femme (Gallimard) paraît à la rentrée".

"L’auteure Iris Argaman et l’illustrateur Avi Ofer présentèrent au Mémorial de la Shoah L’ourson de Fred, ouvrage pour la jeunesse dont le Théâtre des Mathurins proposa une lecture théâtrale".

"Enfin, le Centre national du livre a accueilli la romancière Dorit Rabinyan, dont le troisième roman Sous la même étoile (Les escales, 2017) est devenu un best-seller en Israël".

Ronit Matalon
La romancière Ronit Matalon (1959-2017), figure importante de la littérature israélienne contemporaine, est décédée le 28 décembre 2017 à l'âge de 58 ans des suites d'un cancer. Elle était née en 1959 en Israël dans une famille originaire d'Égypte. Journaliste, elle avait couvert Gaza, la Judée et la Samarie de 1986 à 1993 pour le quotidien Haaretz.

Elle "dénonçait dans les médias l'occupation des territoires" disputés. « Féministe », elle avait été la cible de critiques en Israël quand, en janvier 2016, elle avait affirmé vivre « sous un régime d'apartheid » dans un entretien au Monde. « Le pire attentat à la mémoire de la Shoah qu'on puisse commettre, c'est de l'utiliser pour justifier les actes les plus immoraux, comme les bombardements de Beyrouth ou de Gaza, où l'on a tué des femmes, des enfants», avait-elle également expliqué".

Ronit Matalon avait débuté sa carrière littéraire en écrivant pour la jeunesse. Elle avait été distinguée notamment par "le prix Bernstein en 2009 pour son septième roman, Le Bruit de nos pas, l'histoire très largement inspirée par sa vie d'une famille de juifs égyptiens qui s'installe dans une banlieue pauvre de Tel-Aviv dans les années 1960. Elle-même expliquait être «une Séfarade qui s'en est sortie». Le Bruit de nos pas a été traduit en français en 2012 (Stock) et fut récompensé du prix Alberto-Benveniste".

"Son dernier livre, paru en 2016, And the Bride Closed the Door (inédit en français) raconte comment, dans l’Israël de nos jours, une jeune femme se trouve à refuser de quitter sa chambre le jour de son mariage. L'occasion pour l'auteur de dépeindre toute une galerie de personnages, du fiancé et aux parents de l'héroïne, sur le ton de la farce. Son œuvre est notamment traduite en anglais et en français et est enseignée depuis 2014 dans le cadre du baccalauréat israélien de lettres. Le chef de l'État israélien Reuven Rivlin a déploré dans un communiqué la disparition d'une «auteure merveilleuse dont la voix originale et déterminée a contribué à la culture israélienne».

Aharon Appelfeld
Aharon Appelfeld (1932-2018) était un romancier et poète israélien majeur. Ce survivant de la Shoah écrivait en hébreu. Il était né à Jadova, près de Czernowitz (alors en Roumanie). Dans tous ses livres, (une quarantaine, dont Histoire d'une vie, L'Héritage nu, La Chambre de Marianna), il raconte sa vie et celle de son peuple, une histoire d'amour et de ténèbres, d'exode et de sagesse.

"Avec des milliers d'autres réfugiés, Aharon Appelfeld "a débarqué sur les plages de Tel-Aviv, en 1946. Il avait quatorze ans et, derrière lui, un passé chargé de ténèbres. Né en Bucovine (province rattachée alors à la Roumanie), dans une famille juive assimilée, le jeune garçon fut envoyé dans un ghetto, puis déporté dans un camp de concentration de Transnistrie d'où il s'évada en 1942".

Il "avait dix ans et se retrouvait seul au monde. Il se réfugia dans les forêts ukrainiennes où, trois ans durant, jusqu'à l'arrivée de l'Armée rouge, il survécut comme il put, en compagnie d'autres gamins, de marginaux et de prostituées. «J'étais blond et je pouvais facilement passer pour un petit Ukrainien. Je me taisais. Je n'avais plus de langue», écrira-t-il avec cette sobriété qui caractérise une œuvre écrite en hébreu et aujourd'hui riche d'une trentaine de titres traduits dans le monde entier.

Dans L'Héritage nu (L'Olivier, 2006), série de conférences sur une «enfance prise dans la Shoah», il reviendra sur ces mois décisifs: «Ainsi, sans nos parents, sur les terres de l'ennemi, isolés de l'humanité, nous grandîmes comme des animaux: dans la peur qui nous soumettait et nous opprimait. L'instinct de vie fut notre guide et nous lui obéîmes. Là, dans les bois et dans les villages, nous sentîmes le secret de notre judaïté.»

"Écrivain du silence et de l'indicible, écrivain «écartelé, déplacé, dépossédé, déraciné» - pour reprendre les mots de son ami Philip Roth - Aharon Appelfeld raconta une première fois, en 1983, dans Tsili (Seuil, 2004 et «Points»), cet épisode de sa vie. Mais c'est une jeune fille qu'il choisira alors de mettre en scène, comme si la distance avec son expérience lui permettait de mieux capturer les images du passé, de restituer la peur d'alors, la cruauté de son sort l'incompréhension".

"Quelques années plus tard, dans Histoire d'une vie, en 1999 (L'Olivier, 2004, prix Médicis étranger la même année), «fragments de mémoire et de contemplation» plutôt qu'autobiographie, terme que l'écrivain récuse, Aharon Appelfeld reviendra sur sa rencontre avec Maria, femme de mauvaise vie qui accepta de l'héberger et de le nourrir en échange de son travail. Même si le comportement de cette jeune femme était pour le moins déroutant - elle passait, en un instant, du rire aux larmes, de la douceur d'une mère aux insultes les pires - le romancier, cinquante ans plus tard, n'aura rien oublié de leur histoire commune".

"En 2008, avec La Chambre de Mariana (paru en Israël deux ans plus tôt), il reprend cette histoire mais en donne une autre version, à la fois plus sombre - Hugo, l'enfant rescapé, passe les trois quarts du livre, enfermé dans un réduit, pour échapper à la traque des nazis et de leurs alliés - et plus sensuelle, dans la mesure où Mariana, autre prostituée, lui apprend, peu à peu, à découvrir le monde fascinant des femmes. Comme dans les précédentes versions de son histoire, Appelfeld décrit la peur de l'enfant, non plus livré à lui-même, mais ici à la merci des autres, enfermé qu'il est dans un réduit glacial. Une prison dans laquelle épier les bruits devient, pour lui, aussi essentiel que la nourriture et l'eau que Mariana lui apporte une fois son «travail» terminé".

"Dans ces périodes où la maison close résonne des cris des filles, des insultes des clients, des disputes et des bagarres, des gémissements de plaisir et de douleur, Hugo laisse parfois son attention filer. Comme les gens enfermés trop longtemps, il perd la notion du temps et s'échappe en lui-même. Et c'est à ce moment que les êtres qui lui sont chers choisissent d'apparaître. Et entre son père, sa mère, ses amis et lui, un dialogue, apaisé ou agressif, s'instaure. Hugo interroge ces fantômes sur ce qu'ils deviennent, sur leur avenir commun. Il essaie de trouver sur leurs visages une lueur d'espoir".

"Au-dehors, les alliés des nazis chassent le Juif pour toucher la récompense promise. Au-dedans, Mariana exaspère de plus en plus les autres pensionnaires et la «patronne» par son comportement rebelle et pas assez docile avec les clients. Elle n'en a cure, trouvant en Hugo, qu'elle appelle son «chéri», son «joli», son «petit chien préféré», sa seule source de réconfort. Et de véritable amour. Un amour qui, au départ, s'apparente à celui d'une mère pour son fils, et puis, au fil du temps, ressemble à celui que partagent une initiatrice et un jeune garçon innocent, fasciné par ses charmes et sa sensualité".

"Comme dans l'histoire d'amour de Tsili et Marek dans Tsili, celle d'Hugo et de Mariana ne pourra survivre au rouleau compresseur de l'histoire, au goût des hommes pour la violence, la vengeance, le carnage. À l'heure de la libération, les fantômes de ses parents et amis disparaîtront de la vie d'Hugo. «Tu ne dois plus les attendre», dit une réfugiée au garçon qui l'interroge. «Ceux qui ne sont pas rentrés ne rentreront pas.» Ne restera plus qu'à grandir, à avancer sans avoir le droit de poser des questions. «L'incapacité de traduire notre expérience et le sentiment de culpabilité s'associèrent pour créer le silence», écrira Appelfeld dans L'Héritage nu".

"De ce silence, lui et d'autres, de la même génération, comme le Roumain Norman Manea ou le Hongrois Imre Kertész (dont Actes Sud vient de publier Le Dossier K., passionnante autobiographie), tireront des œuvres majeures".

Aharon Appelfeld  a été distingué par des prix littéraires, dont le prix Israël en 1983 et le prix Médicis étranger en 2004. Il est mort le 4 janvier 2018 à Petah Tikva en Israël.

Le 13 février 2018, de 19 h 30 à 21 h, le musée d'art et d'histoire du Judaïsme (mahJ) et Les éditions de l’Olivier rendront hommage dans son auditorium à Aharon Appelfeld. Avec la participation de Valérie Zenatti, sa traductrice, Michèle Tauber, maître de conférence en littérature et en langue hébraïque à Paris 3 – Sorbonne Nouvelle et Olivier Cohen, son éditeur. Rencontre modérée par Nicolas Weill, journaliste au « Monde des livres ». Lectures par Eric Génovèse, de la Comédie française, avec Sonia Wieder-Atherton au violoncelle. « Je m’appelle Aharon Appelfeld, je suis né en 1932 à Czernowitz ( Bucovine). Aujourd’hui, je vis à Menasseret Zion, à côté de Jérusalem. Je n’écris pas un livre. J’écris une saga du peuple juif. J’écris sur cent ans de solitude juive. » Quand la guerre éclate, sa famille est envoyée dans un ghetto. En 1940, sa mère est tuée, son père et lui sont déportés et séparés. À l'automne 1942, Aharon Appelfeld s'évade du camp. Il a dix ans. Il erre dans la forêt ukrainienne pendant trois ans, « seul, recueilli par les marginaux, les voleurs et les prostituées », se faisant passer pour un enfant Ukrainien et se taisant pour ne pas se trahir. « Je n'avais plus de langue » dira-t-il. À la fin de la guerre, il émigre en Palestine. Auteur de plus d’une quarantaine de romans et nouvelles, Aharon Appelfeld est aujourd’hui traduit dans le monde entier. Depuis la publication de Histoire d’une vie (prix Medicis étranger, 2004) jusqu’à sa mort, en janvier 2018, sa renommée en France n’a cessé de croître. Des jours d’une stupéfiante clarté (éditions de l’Olivier, janvier 2018), est le dernier roman d'Aharon Appelfeld, traduit en français par Valérie Zenatti".

Haïm Gouri
Haïm Gouri (1923-2018), écrivain, poète et cinéaste israélien est décédé à l'âge de 94 ans le 31 janvier 2018. "L'auteur de La Cage de verre, le journal du procès Eichmann, était considéré comme une figure historique de l'État hébreu. Francophile, il a traduit Baudelaire, Rimbaud ou Apollinaire et a reçu l'insigne de chevalier de l'ordre des Arts et des lettres en 2011".

Il était célèbre aussi pour ses œuvres sur la Shoah. Le président israélien Reuven Rivlin a déploré la mort «du poète national, un homme qui était à la fois un combattant et un intellectuel»."Figure historique d'Israël, Haïm Gouri avait couvert pour le quotidien du parti travailliste, Lamerhav, le procès du criminel nazi Adolf Eichmann, jugé en Israël et condamné à mort en 1961. Il en avait tiré un livre, La Cage de verre, traduit dans plusieurs langues et qui avait contribué à sa notoriété à l'étranger. Cinéaste documentariste, il avait aussi tourné plusieurs films consacrés à la Shoah".

Haïm Gouri "est né à Tel-Aviv dans une famille politisée. Son père Israël Gouri était l'un des fondateurs du Mapaï, le parti du premier ministre israélien David Ben Gourion, et député de 1948 à 1965. Après la Shoah, il est envoyé en Europe pour aider les réfugiés juifs à immigrer en Palestine mandataire. Il sera combattant lors de la première guerre israélo-arabe de 1948 puis en 1967 comme officier de réserve pendant la guerre des Six jours".

"Ayant publié plus de vingt livres, dont plusieurs recueils de poèmes, il était connu dans son pays comme le poète de la création de l'État d'Israël. Il était aussi l'auteur de chansons populaires, devenues des classiques apprises dans les écoles. Lauréat de nombreuses récompenses dont le prestigieux Prix d'Israël en 1988, Haïm Gouri, qui était proche de l'ancien premier ministre israélien Yitzhak Rabin assassiné en 1995, plaidait pour la paix avec les Palestiniens. Le premier ministre Benjamin Netanyahu a estimé que ses poèmes étaient «une partie du patrimoine de l'État d'Israël».

"Francophile, Haïm Gouri avait vécu un temps en France et étudié à la Sorbonne. Il avait traduit en hébreu les grands poètes français, notamment Baudelaire, Rimbaud et Apollinaire mais aussi des romans de Pagnol et Claudel. Le ministère de la Culture l'avait nommé, en 2011, chevalier de l'ordre des Arts et des lettres, le qualifiant «d'homme de paix, âme vivante de l'histoire d'Israël et amoureux de la langue française».

David Grossman
David Grossman est né en 1954 à Jérusalem. Après des études de philosophies, il travaille comme journaliste. Il est l'auteur de romans, d'essais, de livres pour la jeunesse. Son fils Uri est mort à l'été 2006 lors de la guerre d'Israël contre le mouvement terroriste Hezbollah au Liban.

David Grossman fustige régulièrement la politique du gouvernement israélien en alléguant une "occupation" des territoires disputés. En juin 2017, David Grossman a été lauréat du prestigieux Man Booker International Prize pour son livre Un cheval entre dans un bar.

David Grossman a été distingué par le Prix Israël de Littérature 2018.

"Des mots pour le dire - Israël vu par ses écrivains
Dans le cadre du Festival du cinéma israélien, "Des mots pour le dire - Israël vu par ses écrivains" (52 minutes), documentaire de Blanche Finger et William Karel, a été projeté le 15 mars 2018 au Majestic Passy. "70 ans après la création de l’état hébreu, 10 écrivains israéliens emblématiques dressent un état des lieux de leur pays : ses valeurs, ses craintes, ses contradictions. Ces hommes et ces femmes de lettres puisent leur inspiration dans le climat de tension permanente dans lequel ils vivent. Leurs oeuvres se font l’écho de toutes les problématiques rencontrées par leur pays : le poids du passé, le projet sioniste, les Palestiniens, la religion, l’armée, les tensions sociales, les fractures territoriales…. Un portrait original et subjectif d’Israël, où la littérature permet de comprendre la géopolitique. La projections sera suivie d’une séance de questions-réponses avec les réalisateurs".

Lettres d'Israël 2018
Dans le cadre de la Saison croisée France Israël, la 3e édition du festival "Lettres d'Israël 2018" se déroule du 2 au 18 octobre 2018. C'est "une manifestation annuelle proposant le meilleur de la littérature israélienne à Paris, Strasbourg, Lille et Aix-en-Provence." Le festival Lettres d’Israël est proposé par le service culturel de l’ambassade d’Israël en France.

Le 15 octobre 2018, à 19 h 30, à l'hôtel de Massa, la Société des gens de lettres (SDGDL) accueillera la conférence "Israël en vers et en prose - Rachel". "Une évocaton de la poétesse Rachel avec Martine Gozlan et Bernard Grasset, suivie d'un échange avec les poètes Shimon Adaf et Eliaz Cohen. Rencontre animée par Dory Manor, poète. Variations musicales de Michèle Tauber."

Le 16 octobre 2018, à 20 h, le Centre communautaire de Paris-Espace culture et universitaire juif d'Europe (ECUJE) accueillera une soirée intitulée "Poésie israélienne : l’héritage de Bialik". Une "rencontre avec Shimon Adaf (recueil de poésie, Editions Caractères), Dory Manor, Eliaz Cohen et Ariane Bendavid en dialogue avec Esther Leneman. Père de la poésie hébraïque contemporaine, Haim Nahman Bialik a modelé la littérature israélienne. Quel est son impact sur la jeune poésie israélienne ? Pour y répondre, la journaliste Esther Leneman recevra les poètes israéliens Dory Manor, Shimon Adaf, Eliaz Cohen et Ariane Bendavid, auteure de « Haim Nahman Bialik, la prière égarée ». Séance dédicace et cocktail en fin de soirée.

Le 17 octobre 2018, à 19 h, la Maison de la poésie accueillera la rencontre "Les avant-gardes de la BD : Rutu Modan, Yirmi Pinkus & Florent Ruppert". "Rencontre animée par Didier Pasamonik. "Au tournant des années 2000, le collectif Actus Tragicus développe en Israël une bande dessinée innovante, hors des sentiers battus de l’édition commerciale. Quelques années plus tôt en France, la maison d’édition L’Association était créée autour de J.C. Menu, Lewis Trondheim et David B., devenant rapidement la figure de proue de la bande dessinée alternative française. Rencontre entre les bédéistes israéliens Rutu Modan et Yirmi Pinkus, fondateurs d’Actus Tragicus et l’auteur de l’Association Florent Ruppert, qui forme avec son complice Jérôme Mulot un duo phare de la jeune garde de la bande dessinée française contemporaine. En savoir plus – À lire – Rutu Modan, Exit wounds et La propriété, trad. par Rosie Pinhas-Delpuech, Actes Sud, 2014 – Yirmi Pinkus, Le grand cabaret du professeur Fabrikant, trad. par Laurence Sendrowicz, Grasset, 2013 – Florent Ruppert & Jérôme Mulot, Soirée d’un faune, L’Association, 2018.

Puis à 21 h, la Maison de la poésie accueillera "B.D. : Israël rêvé / Israël réel - Asaf Hanuka, Camille de Toledo & Denis Charbit". Rencontre animée par Didier Pasamonik. "Dans son roman graphique Herzl, illustré par Alexander Pavlenko, l’écrivain français Camille de Toledo mène son héros sur les traces de Theodor Herzl, le père du mouvement sioniste, dont le projet d’un État juif donnera naissance à Israël en 1948. 70 ans plus tard, l’auteur de bande dessinée israélien Asaf Hanuka croque son quotidien de père de famille angoissé dans la série KO à Tel-Aviv, mêlant humour grinçant et réalisme aigu. Regards croisés sur l’Israël d’hier et d’aujourd’hui, en compagnie de l’historien et politologue israélien Denis Charbit. À  lire – Asaf Hanuka, KO à Tel-Aviv 3, trad. par Dominique Rotermund, Steinkis, 2016 – Camille de Toledo et Alexander Pavlenko, Herzl, Denoël, 2018.


Cet article a été publié en une version concise par Actualité juive, et sur ce blog le 6 février 2017, puis les 18 septembre 2017 et 11 février 2018.

mardi 16 octobre 2018

George Gershwin (1898-1937)


Compositeur juif américain, George Gershwin (1898-1937) a écrit ces chansons et spectacles musicaux marquants du XXe siècle. Arte diffusera le 21 octobre 2018 "Gershwin, le classique américain" (Gershwin, der amerikanische Klassiker), documentaire de Jean-Frédéric Thibault. Compositeur juif américain, George Gershwin (1898-1937). Au travers de quatre de ses plus grandes oeuvres, "Rhapsody in Blue", "Concerto in F", "Un Américain à Paris" et "Porgy and Bess", portrait de George Gershwin, un autodidacte timide mais sûr de son génie, disparu en 1937 à l'âge de 38 ans."

Le siècle du jazz
George Gershwin (1898-1937) 

"True music must repeat the thought and aspirations of the people and the time. My people are Americans and my time is today" (« La musique doit refléter les idées et les aspirations des gens et de leur temps. Pour moi, les gens, ce sont les Américains et le temps, c’est aujourd’hui »), a déclaré George Gershwin.

George Gershwin est né Jacob Gershowitz en 1898, à Brooklyn, New York (États-Unis), dans une famille juive nombreuse – quatre enfants -, ouvrière, d’origine russe. Il américanisera son nom en Gershwin.

Enfant prodige, il se passionne pour la musique, et étudie le piano avec des professeurs qui remarquent son génie : Charles Hambitzer, Edward Kilenyi.

Il se familiarise avec la musique Klezmer – influence notable dans « S Wonderful », « Funny Face » -, les musiques afro-américaines, dont le jazz, et développe un goût pour la musique moderne française ainsi qu’un intérêt pour la gamme pentatonique.

En 1914, il débute comme interprète, pianiste, et vendeur de chansons chez Jerome H. Remick and Co., entreprise qui fabrique des partitions musicales.

En 1916, la Harry von Tilzer Company publie sa première chanson (When you want 'em, you can't get 'em, when you've got 'em, you don't want 'em), et en 1917 il édite sa première pièce pour piano, Rialto Ripples.

George Gershwin quitte Remick’s et accompagne les spectacles de vaudeville de Fox’s City Theater. Là, il crée ses œuvres, et fait la connaissance de Jerome Kern et Victor Herbert.

1919 marque un premier tournant dans la carrière de George Gershwin. Il est employé par l’éditeur T. B. Harms Co comme compositeur. Son premier succès : I Was So Young, You Were So Beautiful (1919).

La même année, Gershwin compose tous les morceaux du musical La, La, Lucille. Pour Demi-Tasse, il compose en dix minutes, avec le parolier Irving Caesar, vingtenaire comme lui, la chanson Swanee. Al Jolson l’entend lors d’une soirée, et l’intègre dans Sinbad, spectacle à succès au Winter Garden Theatre, et l’enregistre pour Columbia Records en janvier 1920. Gershwin disait : « Swanee a pénétré les quatre coins de la Terre ». La chanson est n°1 en 1920 pendant 18 semaines dans les Charts américains. George Gershwin en vend un million de copies, et environ deux millions de disques. C’est le premier standard et la chanson best-seller de sa carrière. Ce qui lui donne la liberté de se concentrer sur son œuvre : composer pour les salles de spectacles et les films, donner des concerts pour populariser ses œuvres. Le titre « Swanee » a aussi été immortalisé par Judy Garland dans A Star Is Born (Une Etoile est née).

Avec son frère parolier Israel Gershwin (1896-1983), dit Ira Gershwin, George Gershwin compose des chansons popularisées par Fred Astaire ou le producteur de spectacles Florenz Ziegfeld - Rhapsody in Blue (1924), Concerto pour piano en fa (1925), Un Américain à Paris (1928) -, crée le jazz symphonique et conçoit des comédies musicales qui rencontrent un succès commercial et critique.

George Gershwin fait la connaissance de célèbres compositeurs européens : Maurice Ravel à New York en 1928, Alban Berg à Vienne, Arnold Schönberg… Malgré sa réussite professionnelle et ses concerts, il continue d’étudier auprès de professeurs et de compositeurs. Et peint des aquarelles.

A Hollywood, George Gershwin s’installe pour composer des chansons populaires rendues célèbres notamment par Ella FitzgeraldLouis Armstrong ou Herbie Hancock, ainsi que des partitions pour des films.

Ami des stars, il se lie avec les actrices Paulette Goddard, Simone Simon…

Signe de son succès et de sa popularité : en 1934, il anime l’émission radiophonique bi-hebdomadaire Music by Gershwin.

Le Summertime de Gershwin à Charleston

Dans le cadre d’Invitation au voyage (Stadt Land Kunst) par Fabrice Michelin sur Arte, « Linda Lorin nous emmène à la découverte de trois lieux qui appartiennent à notre patrimoine artistique, culturel et naturel. Dans ce numéro : « Le Summertime de Gershwin à Charleston »  (Gershwin und Charleston), en Caroline du Sud - Hérode le Grand, bâtisseur de Judée - L’incontournable : à Versailles, le Petit Trianon ».

« Jusqu'à la fin du XIXe siècle, Charleston, en Caroline du Sud, était du fait de l'esclavage l'une des villes les plus riches des États-Unis. George Gershwin (1898-1937), qui la découvre en 1933, y compose Porgy and Bess, le premier opéra noir et son emblématique chanson, « Summertime ». Une révolution dans l’Amérique pratiquant la ségrégation raciale. Le livret est signé Ira Gershwin et DuBose Heyward. L’œuvre est adaptée de la pièce de théâtre Porgy de Dorothy et DuBose Heyward, créée à Broadway en 1927 et adaptée du roman Porgy de DuBose Heyward (1925).

Ces trois œuvres évoquent la vie d’Afro-Américains dans un quartier imaginé, Catfish Row, à Charleston (Caroline du Sud) au début des années 1930 : Porgy, mendiant handicapé, s’efforce de protéger Bess, mariée à un voyou, Crown, et que Sportin’ Life veut rendre dépendante de la cocaïne et prostituer. En 1935, a lieu la première de l’opéra de près de quatre heures, mêlant en trois actes jazz, musique populaire et style européen, Porgy and Bess à Boston et New York. Un classique de la culture outre-atlantique.

Summertime (1934) est la chanson la plus célèbre de l’opéra. Cette berceuse chantée par Clara à son enfant, puis par Bess, a été enregistrée pour la première fois en 1935 par Abbie Mitchell accompagnée au piano par George Gershwin qui dirige l’orchestre.

George Gershwin décède d’une tumeur au cerveau le 11 juillet 1937 (à 38 ans) à Los Angeles, Californie.

Son frère Ira Gershwin (1896-1983), parolier, en sera profondément affecté et et s'est consacré notamment à faire perdurer le patrimoine artistique de son cadet.

En 1959, Otto Preminger réalise une adaptation cinématographique de l’opéra, avec Sidney Poitier, Dorothy Dandridge et Sammy Davis Jr.

"Gershwin, le classique américain
Arte diffusera le 21 octobre 2018 "Gershwin, le classique américain" (Gershwin, der amerikanische Klassiker), documentaire de Jean-Frédéric Thibault. Compositeur juif américain, George Gershwin (1898-1937). Au travers de quatre de ses plus grandes oeuvres, "Rhapsody in Blue", "Concerto in F", "Un Américain à Paris" et "Porgy and Bess", portrait de George Gershwin, un autodidacte timide mais sûr de son génie, disparu en 1937 à l'âge de 38 ans."

Depuis 80 ans, Rapsodyin Blue, le Concerto pour piano et l’Ouverture Cubaine ne quittent le répertoire des plus grands orchestres du monde. Depuis 80 ans, Porgy and Bess fait partie de la programmation des salles d’opéra dans le monde et Summertime reste l’un des airs les plus célèbres jamais composés. Depuis 2015, la comédie musicale tirée de An American in Paris est jouée par quatre troupes en alternance, sur les plus grandes scènes de music-hall mondiales. Plus que jamais, George Gershwin est à l’honneur dans le monde musical. Devenu « classique », il est aussi l’un des créateurs des plus célèbres comédies musicales américaines. Symbole absolu de la réussite « made in US », il su créer pour le continent américain une musique sur mesure, empreinte d’influences multiples, dans laquelle chaque américain peut retrouver une partie de ses propres racines et chaque européen son histoire personnelle. Notre histoire de George Gershwin est l’histoire de « l’invention » d’une certaine culture américaine, séduisante, désinhibée, résolument moderne et toujours innovante."

"En juillet 1925, le Time Magazine consacre sa couverture à celui qu’il présente comme le plus grand compositeur national : George Gershwin. De par ses origines modestes et la popularité de sa musique, irriguée par le swing et le jazz, cet autodidacte de 26 ans, fils d'immigrants juifs ayant fui la Russie des pogroms, incarne une nouvelle et séduisante version du rêve américain".

 "Avec son frère aîné et parolier Ira, ils sont les auteurs de dizaines de chansons fredonnées d'un bout à l'autre du pays, et peaufinées parfois avec le jeune danseur Fred Astaire. Mais c'est sa Rhapsody in Blue, subtile combinaison de jazz et de classique, écrite en cinq semaines en 1924, qui a consacré ce jeune homme timide et bravache à la fois, aussi sûr de son génie qu'assoiffé de reconnaissance. Avec cette œuvre orchestrale novatrice, il a été le premier compositeur de Broadway à tenter une incursion dans l’univers fermé de la grande musique…"

"À l'aide d'émouvantes archives, commentées par des spécialistes, Jean-Frédéric Thibault retrace chronologiquement la vie brève de George Gershwin, qui sera emporté prématurément par une tumeur au cerveau, en 1937. Ce portrait swingant s'articule autour de quatre de ses compositions les plus importantes : Rhapsody in Blue, donc, mais aussi Concerto in F, Un Américain à Paris et Porgy and Bess. Chacune a bousculé les codes de son temps et suscité la polémique, mais aussi récolté un succès public immédiat. Ce fut le cas de Porgy and Bess, qui a déstabilisé le cénacle de l'opéra avec son casting exclusivement noir – une déclaration de guerre délibérée de George Gershwin à la ségrégation – et sa tonalité jazzy. Une musique follement inventive, aussi paradoxale, inclassable et séduisante que son auteur."


"Gershwin, le classique américain" de Jean-Frédéric Thibault
France, Illégitime Défense, 2018, 53 min
Sur Arte le 21 octobre 2018 à 23 h 05
Visuels :
Le pianiste et compositeur américain George Gershwin, [1898-1937]
George Gershwin et son frère Ira Gershwin, aux Etats-Unis.
George Gershwin (au milieu), Fred Astaire (au 1er plan) et Ira Gershwin(au dernier plan) à Hollywood en 1937.
George Gershwin et son frère Ira, en compagnie de Guy Bolton (au dernier plan).
© DPA / Photononstop

Le pianiste et compositeur américain George Gershwin, à gauche [1898-1937]
© Mary Evans Picture Library / P

France, 2018, 39 min
Sur Arte le 31 mai 2018 à 16 h 30

Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 30 mai 2018.

Turner (1775-1851)


Joseph Mallord William Turner (1775-1851) est un peintre, aquarelliste et graveur britannique majeur. Formé à la Royal Academy où il exposera, il a été surnommé le "peintre de la lumière". Affectionnant un style initialement romantique, peintre de paysages et marines, parfois de thèmes engagés - l'esclavage -, ce peintre voyageur londonien est considéré comme un précurseur de l'impressionnisme. Le 15 octobre 2015 à 20 h 55, Arte diffusera Mr Turner (Mr. Turner - Meister des Lichts), de Mike Leigh.


« Étudiez donc les œuvres des grands maîtres pour toujours. Étudiez-les d'aussi près que vous le pouvez, à la manière et selon les principes qui les ont eux-mêmes guidés. Étudiez la nature attentivement, mais toujours en compagnie de ces grands maîtres. Considérez-les à la fois comme des modèles à imiter et comme des rivaux à combattre »
Sir Joshua Reynolds (1723-1702), Discours, VI, 1774.

A la satisfaction du public, de nombreux musées ont récemment consacré des expositions aux liens et influences entre deux artistes célèbres : Picasso/Cézanne, Matisse/Picasso ou Manet-Velázquez.

En 2010, dans l'exposition Turner et ses peintres, le Grand Palais (Galeries nationales) a évoqué la carrière de Joseph Mallord William Turner (1775-1851), aux nombreuses rencontres, « fortuites ou provoquées, mais toujours opportunes et fécondes », dans l'exposition Turner et ses peintres. Environ 100 tableaux et œuvres graphiques (aquarelles, gravures) révèlent comment Turner explore les genres : « aquarelles topographiques, marines, paysages classiques, scènes fantastiques, voire scènes de genre ou peintures d’histoire ». Turner est considéré comme « le plus grand peintre de paysage britannique du XIXe siècle, le rénovateur du genre notamment dans ses œuvres ultimes où s’opère un dépassement de la tradition par la dilution des formes dans la lumière et l’inspirateur de l’impressionnisme (voire de la peinture abstraite) ». A une époque où se développe la « scène artistique à Londres avec la création des premiers musées, l’essor des expositions publiques et du marché de l’art ».

Ce musée s’est intéressé au dialogue « souvent inquiet, appliqué, volontiers compétitif mais toujours fécond » entre le peintre britannique paysagiste Turner et ses contemporains - Thomas Girtin (1775-1802) – ainsi que ses maîtres anciens, classiques ou néo-classiques - Claude Gellée dit le Lorrain (1600-1682), Jean-Antoine Watteau (1684-1721), Nicolas Poussin (1594-1665) - voire éloignés de la tradition académique.

Ce dialogue, Turner le poursuit, avec hardiesse, toute sa vie. Sa gamme chromatique y gagne en sophistication, son art de la composition en complexité, son style en liberté.

Une quête artistique
Né en 1774 dans une famille londonienne modeste, Turner entre en 1789 à l’école de la Royal Academy of Arts créée en 1768. Cette prestigieuse école fonde son enseignement sur « la copie d’après les « maîtres », à savoir un petit nombre de peintres de la Renaissance ou du XVIIe siècle, considérés comme la quintessence du « Grand Style ».

Après des voyages d’études en Angleterre et en Ecosse (1792), Turner montre sa première peinture à l’huile à la Royal Academy, dont il devient un exposant régulier, un membre associé élu en 1799, puis le président intérimaire en 1845-1846.

A la fin du XVIIIe siècle, les paysagistes britanniques se sont spécialisés dans l’aquarelle. Intéressé par l’architecture, Turner débute comme aquarelliste topographe. Dans la collection de Sir Richard Colt Hoare (1758-1838), « un de ses premiers mécènes, il découvre les sombres et inquiétantes gravures d’architecture de l’italien Giambattista Piranesi (1720-1778) et les aquarelles du Suisse Ducros (1748-1810) qui vont inspirer ses premières vues aquarellées d’architectures gothiques ».

Dès 1795, Turner excelle dans l’aquarelle, et ambitionne de maîtriser une autre technique : la peinture à l’huile.

La peinture de paysage devient très prisée en Angleterre grâce au gallois Richard Wilson (1714-1782), influencé par le paysage classique italien. A la fin des années 1790, Turner se lance dans ce genre, sous l’influence et en hommage à cet artiste.

A la fin du XVIIIe siècle, les peintures flamandes et hollandaises du XVIIe siècle étaient très recherchées par les collectionneurs anglais, ce qui incitait des artistes britanniques à aborder le goût « nordique ». Les « écoles du Nord » étaient « surtout réputées dans les genres jugés inférieurs : les représentations de la vie quotidienne (« la peinture de genre ») et le paysage. Elles étaient en outre peu estimées des théoriciens, en raison d’un certain caractère réaliste dans la représentation », mais les amateurs percevaient la virtuosité des artistes du Nord. Prévaut alors une hiérarchie des genres artistiques : de la plus modeste à la plus prestigieuse, la nature morte, le paysage, le portrait, la peinture d’histoire.

Outre « ses pastiches et variations inspirées des marines hollandaises du XVIIe siècle » et au succès constant, Turner décline avec succès la veine humble et réaliste des paysages campagnards inspirés de Jacob van Ruisdael (1628/29-1682), voire de Rubens (1577-1640).

Dès les années 1790, Turner découvre l’art de Rembrandt (1606-1669) qui l’impressionne. Il est « fasciné par la puissance des clairs-obscurs de ses paysages, capables, comme dans Le Moulin, de transcender les sites les plus triviaux. A l’opposé des lumières vaporeuses de Claude Lorrain, le maître hollandais semble apprendre à Turner la valeur dramatique des forts contrastes lumineux ». Vers 1830, dans les peintures bibliques de Turner, « la pénombre, opposée au jaune pur, ne lui sert plus à distinguer les masses comme naguère mais à les fondre de façon quasi surnaturelle ».

En 1802, profitant de la paix d’Amiens, Turner visite pour la première fois la France et l’Italie. Ses voyages en Europe – Allemagne, Danemark, Italie (Rome, Venise), etc. - seront récurrents dès 1817.

Au musée du Louvre, Turner copie et annote dans son carnet des chefs d’œuvres : paysages, « peintures d’histoire », religieuses ou mythologiques. Turner visite le « Salon », exposition publique d’œuvres d’artistes vivants. A Paris, centre artistique brillant et dynamique, la peinture de paysage est prisée. Le « paysage historique » est issu de la « tradition classique des paysages idéaux de Nicolas Poussin et Claude Lorrain avec le souci d’intégrer la représentation d’actions humaines exaltant les valeurs morales ». De l’art harmonieux de Claude le Lorrain, le Grand Palais montre le Paysage avec Moïse sauvé des eaux (1639), et Paysage avec Jacob, Laban et ses filles (1654), que Turner admire à Petworth et dont il réalise deux pendants en 1814 et en 1828. Grâce au Lorrain « poète de la lumière », Turner apprend « l’art d’agencer des paysages harmonieux, où tout est équilibre dans une nature idéale digne des dieux antiques ».

Bien que Turner reproche à l’école française son affectation, il peint pendant une dizaine d’années des paysages historiques « à l’antique » ordonnés. Les Deux Cousines (1716) - une « jeune élégante détournée à la lisière d’un parc pour offrir le spectacle de sa nuque et dissimuler celui de ses émotions » - de Watteau lui inspire une scène intime d’une délicate poésie, What you will ! (Ce que vous voudrez !), inspirée d’une comédie éponyme (autre titre : La nuit des rois) de Shakespeare de 1601-02.

Inspirées de Titien (vers 1490-1576), dont Turner apprécie « le chaud coloris », les premières peintures d’histoire de Turner ne rencontrent pas le succès.

En 1804, Turner ouvre une galerie sans fenêtre, avec un « éclairage zénithal filtré » et des murs tendus de rouge. Contigüe à son domicile, cette galerie est réaménagée en 1822. Evoquée par le Grand Palais, elle est reconstituée virtuellement par La Tate.

De 1807 à 1828, Turner enseigne la perspective à la Royal Académie. Célèbre, il y expose des tableaux mettant en scène de grands peintres : Watteau représenté en 1831 dans un atelier désordonné qui ressemble au sien (Une étude de Watteau d’après les principes de Dufresnoy, 1831) et Antonio Canaletto (1697-1768) peint en 1833 au travail. Avec Port Ruysdael (1827), Turner peint un motif familier de Jacob van Ruisdael (1628/29-1682) : une embouchure maritime sous la tempête.

En 1847, grâce au legs de Robert Vernon, une peinture de Turner entre pour la première fois à la National Gallery.

Depuis le traité A Philosophical Enquiry into the Origin of Our Ideas of the Sublime and Beautiful (1757) du philosophe irlandais Edmund Burke (1729-1797), le « Sublime » est une « puissante source d’inspiration des artistes britanniques. Cette notion s’oppose au beau harmonieux prôné par la doctrine académique et porte sur le frisson particulier causé par la crainte, l’horreur de l’homme confronté à ce qui le dépasse et l’anéantit ». Au début du XIXe siècle, avec sa représentation du Déluge inspirée par Poussin, Turner introduit cette notion dans sa peinture. L’inspiration fantastique est une autre veine du « sublime ».

Les relations entre Turner, artiste réputé, et les artistes britanniques contemporains trouvent pour cadres les expositions publiques en plein essor au début du XIXe siècle : présentations annuelles de la Royal Academy, expositions publiques à partir de 1805 de la British Institution, association d’amateurs privés où les créateurs vivants entrent en compétition entre eux et avec les maîtres du passé. L’exposition publique est un lieu désiré, redouté, de rivalité où chaque peintre se mesure à ses contemporains. Comment attire-t-il l’attention ? Par le choix de « sujets spectaculaires ou de couleurs franches ». C’est dans ce contexte qu’est ouvert, en 1824, la National Gallery, premier musée national de Beaux-arts à Londres.

Dans les années 1830, Clarkson Stanfield (1793-1867) s’impose comme peintre anglais de Venise (Le Canal de la Giudecca et l’Église des Gesuati, à Venise, 1836). Giudecca, en référence à la communauté juive vénitienne ? Profitant de cette vogue, Turner peint ses toiles vénitiennes.

Lors de ses deux dernières décennies d’activité, Turner s’inspire du classicisme Claudien et des marines hollandaises, qu’il va raffiner dans « ses œuvres les plus radicales de facture et de composition, aux confins de la vision et de l’impression, comme dans le Regulus (1828-1837). La touche de Turner se fait soit plus voyante et tourmentée, insolemment, comme dans le magistral Tempête de neige au large d’un port (1842) soit au contraire à peine visible et estompée comme dans la série des paysages d’inspiration Claudienne vers 1845, inachevés ».

Turner décède en 1851. Il lègue à la nation britannique les œuvres restant dans son atelier et qui rejoignent la Tate et la National Gallery.

La Tate Gallery a présenté l'exposition Late Turner - Painting Set Free (10 septembre 2014-25 janvier 2015).

Turner et la couleur
L'Hôtel de Caumont Centre d’Art à Aix-en-Provence a mis à l’honneur l’oeuvre de Joseph Mallord William Turner (1775-1851), figure majeure de la peinture anglaise du XIXe siècle, dans l'exposition Turner et la couleur. Elle réunissait plus de 120 aquarelles, gouaches et huiles sur toile provenant de prestigieux musées, et s'intéressait à l'évolution de la palette du peintre.

"Plaçant au cœur de son parcours la couleur, essence même de la création de Turner, cette exposition invite à redécouvrir la vie et l’oeuvre de ce grand artiste sous un angle nouveau, jusqu’à présent inexploré dans les rétrospectives qui lui ont été dédiées. Dans un parcours à la fois chronologique, thématique et géographique, le public est invité à suivre les évolutions de la palette de Turner".

Les "premières toiles et aquarelles montrent comment le jeune peintre autodidacte s’est confronté aux grands coloristes du passé, de Rembrandt à Poussin, de Titien à Claude Lorrain, avant de perfectionner une technique très personnelle grâce à l’observation aiguë des phénomènes naturels et de leurs variations chromatiques inépuisables, saisies sur le vif, en plein air".

Une "salle de l’exposition, recréant l’atmosphère de l’atelier de l’artiste, permet de comprendre sa manière de travailler à travers ses palettes, ses pigments, ses outils. L’intérêt de Turner pour les théories scientifiques et philosophiques sur la couleur, de Newton à Goethe, est largement illustré dans cette salle, ainsi que son emploi tout à fait avant-gardiste de pigments et techniques inédites. Ses expérimentations audacieuses ont valu à l’artiste les critiques les plus féroces de ses contemporains, mais aussi toute l’admiration des plus fins connaisseurs de l’époque".

Une "importante section du parcours, consacrée aux voyages du peintre à travers l’Europe, permet d’admirer la variété et le lyrisme de ses couchers de soleil dorés, de ses marines bleutées et des paysages éblouissants si typiques de son oeuvre. Si Venise offre un sujet incontournable, grâce aux reflets lumineux dans l’eau de la lagune, la Provence n’est pas moins fascinante aux yeux de Turner. Séduit par la lumière chaude et les ciels bleus de cette région, il immortalise ses paysages dans un ensemble d’aquarelles et esquisses qui trouve à juste titre une place de choix dans cette exposition aixoise".

Des "tons délicats qui teintent ses croquis de voyage aux tonalités puissantes qui envahissent les plus célèbres toiles de la maturité, la couleur de Turner nous dévoile ainsi, salle après salle, le visage public et privé d’un artiste controversé, d’un homme mystérieux et d’un aventurier amant de tous les défis. Le public retiendra surtout les qualités de ce coloriste prodigieux et subtil connaisseur des effets optiques et émotifs de la couleur, dont Claude Monet aurait dit qu’il savait « peindre les yeux ouverts ». L’impact de son oeuvre est en effet incontestable sur les générations d’artistes qui ont donné vie, quelques décennies plus tard, à l’impressionnisme".

"En plus des multiples voyages du peintre, une partie de l’exposition est consacrée aux œuvres qu’il réalise à Margate, sur la côte du Kent, en Angleterre. Vers la fin de sa vie, Turner a passé beaucoup de temps dans ce petit village côtier, attiré par sa lumière toute particulière. C’est à Margate, où Turner a réalisé quelques-unes de ses plus belles expérimentations picturales, que cette même exposition sera présentée du 8 octobre 2016 au 8 janvier 2017, au Turner Contemporary".

"Mr Turner"
Le 15 octobre 2015 à 20 h 55, Arte diffusera Mr Turner (Mr. Turner - Meister des Lichts), de Mike Leigh (Grande-Bretagne, 2014, 2 h 24) avec Timothy Spall (J. M. W. Turner), Paul Jesson (William Turner), Dorothy Atkinson (Hannah Danby), Marion Bailey (Sophia Booth), Karl Johnson (M. Booth).

"Au travers des dernières années du peintre britannique J. M. W. Turner, génie et ogre interprété par un Timothy Spall habité, Mike Leigh sonde le mystère de la création, dans un film crépusculaire inspiré. Un hommage élégant et esthétique au peintre de la lumière, l'un des artistes majeurs du 19ème siècle".

"C’est un bon fils et un homme exécrable, un génie et un monstre. En cette première moitié du XIXe siècle, J. M. W. Turner, géant de la peinture, ne vit que pour son art, rustre sans âge qui dessine compulsivement dans des carnets, négligeant ses proches, sa dévouée et aimante servante comme son ancienne maîtresse, mère ulcérée de ses filles. Seule la profonde complicité avec son assistant de père, dont le vieux cœur se gonfle d’orgueil devant le talent fou de son rejeton, laisse entrevoir l’humanité de l’infréquentable artiste. Lequel, solitaire, nourrit son obsession de la lumière par de longues déambulations-contemplations, scrutant infiniment l’horizon maritime, voire tentant d’éprouver la tempête, en se faisant ligoter à un mât."

"Dans une Angleterre humide nimbée de brumes, entre un Londres inhospitalier et un puissant bord de mer, Mike Leigh restitue les vingt-cinq dernières années du peintre en croquant son quotidien par petites touches impressionnistes. Sans le ménager - il ne cache rien ni de ses grognements, son langage de prédilection, ni de ses tendances lubriques -, le cinéaste s’attache d’abord, à travers son ogre de héros, à sonder le mystère de la création, quête infinie dépassant tout à la fois Turner et le cinéaste lui-même, qui s’en empare pour mieux s’en étonner".

"Il s’imprègne des ciels crépusculaires, traque l’inspiration et ses voies impénétrables, entre les errances de l’artiste inadapté et ses fulgurances raffinées, qui bousculent la Royal Academy de l’époque romantique, à la veille de l’émergence de la photographie. À ce titre, Mr. Turner, qu’incarne sans concession un Timothy Spall habité (prix d’interprétation à Cannes) pour le rendre plus sensible qu’attachant, diffère du biopic classique – une manière d’hommage à la transcendance.'

Arte diffusa le 10 juillet 2018 "Tableaux de voyage. L’Angleterre du Nord et Turner" ("Sehnsuchtsorte - Nordengland und Turner"), documentaire réalisé par Ina Kessebohm.

"Une déambulation européenne à la découverte des plus beaux paysages qui ont influencé la peinture. Des collines ondoyantes du Yorkshire à la côte est accidentée en passant par la région des lacs située à l’ouest, le nord de l’Angleterre recèle des trésors de panoramas qui ont marqué le peintre William Turner. La côte de Northumberland se caractérise toujours par une forte activité halieutique, comme en témoigne le vieux fumoir du village de Craster. Les nombreux châteaux qui s’égrènent jusqu’à la frontière écossaise représentent, quant à eux, une véritable aubaine pour les archéologues, auxquels ils livrent des secrets datant du IXe siècle."


"Mr Turner", de Mike Leigh
Royaume-Uni, France, Allemagne, 2014
Image : Dick Pope
Montage : Jon Gregory avec Gary Yershon
Production : Film4, Focus Features International (FFI), France 3 Cinéma, Lipsync Productions, Thin Man Films, Untitled 13, Xofa Productions
Producteur/-trice : Georgina Lowe
Réalisation : Mike Leigh
Scénario : Mike Leigh
Avec Timothy Spall, Paul Jesson, Dorothy Atkinson, Marion Bailey, Karl Johnson, Ruth Sheen, Joshua McGuire
Sur Arte le  15 octobre 2018 à 20 h 55
Sur  OCS City le 10 janvier 2018
Visuels :
Timothy Spall
Dorothy Atkinson et Timothy Spall
Timothy Spall
© Channel Four Television/The British Film Institute/Diaphana/France 3 Cinéma/Untitled 13

"Tableaux de voyage. L’Angleterre du Nord et Turner" par Ina Kessebohm 
Allemagne, 2017, 44 min
Sur Arte le 10 juillet 2018 à 8 h 40
Visuel :
L'Angleterre du nord et Turner
© Jens Saathoff

Du 4 mai au 18 septembre 2016
A l'Hôtel de Caumont Centre d’Art
3, rue Joseph Cabassol. 13100 Aix-en-Provence
Tél. : 04 42 20 70 01
Tous les jours de 10 h à 19 h

Du 8 octobre 2016 au 8 janvier 2017
Au Turner Contemporary

Jusqu’au 24 mai 2010
Aux Galeries nationales, Grand Palais
3 avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris (entrée Square Jean-Perrin)
Du vendredi au lundi de 9h à 22h, le mardi de 9h à 14h, le mercredi de 10h à 22h et le jeudi de 10h à 20h
Parcours virtuel de l'exposition

Après avoir été présentée à la Tate, Londres du 23 septembre 2009 au 31 janvier 2010. Elle sera présentée au musée du Prado, Madrid du 22 juin au 19 septembre 2010.

Visuels de haut en bas :
Affiches
La Plage de Calais, à marée basse, des poissardes récoltant des appâts
Joseph Mallord William Turner
Bury Art Gallery and Museum
© Bury Art Gallery, Museum & Archives, Lancashire / Photo © Tate Photography
huile sur toile, 1830
73 x 107 cm

Paysage avec Jacob, Laban et ses filles
Claude Gellée dit Claude Lorrain
The National Trust, Petworth
© NTPL/Derrick E. Witty
Huile sur toile, 1654
143,5 x 251,5 cm

Les Deux Cousines
Jean- Antoine Watteau
Musée du Louvre, Paris
© Rmn/ Hervé Lewandowski
Huile sur toie, vers 1716
31 x 36 cm

Ce que vous voudrez !
Joseph Mallord William Turner
Williamstown, Massachusetts, États-Unis, Sterling and Francine Clark Institute, Manton collection
© 2009 Sterling & Francine Clark Art institute, all rights reserved
Huile sur toile, 1822
48,2 x 52 cm

Une étude de Watteau d’après les principes de Dufresnoy
Joseph Mallord William Turner
Londres, Tate Britain Britain
© Tate Photography
Huile sur panneau de chêne, 1831
40 x 69,2 cm

L’hiver ou le Déluge
Nicolas Poussin
Musée du Louvre, Paris
© Rmn/ DR
Huile sur toile, 1660-1664
118 x 160 cm

Le Déluge
Joseph Mallord William Turner
Londres, Tate Britain Britain
Photo © Tate
Huile sur toile, 1805
142,9 x 235,6 cm

Tempête de neige
Joseph Mallord William Turner
Londres, Tate Britain
© Tate Photography
Huile sur toile, 1842
91,4 x 121,9 cm

TURNER William (1775 - 1851) Le Château de Kilgarren sur la Twyvey, lever de soleil brumeux avant une journée chaude et lourde
Exposé à la Royal Academy en 1799 - Huile sur toile - 89 x 119,7 cm - The National Trust, Cragside. Légué par lady Mildred Murray, lady Fitzgerald (1878-1969) © National Trust Images

TURNER William (1775 - 1851) Le Canal de Chichester, vers 1827-1828 - Huile sur toile - 65,4 x 134,6 cm - Tate. Accepté par la nation dans le cadre du legs Turner en 1856 © Tate, Londres 2015

TURNER William (1775 - 1851) Lumière et couleur (théorie de Goethe) – le matin après le Déluge, Moïse écrivant le Livre de la Genèse
Exposé en 1843 - Huile sur toile - 78,7 x 78,7 cm - Tate. Accepté par la nation dans le cadre du legs Turner en 1856 © Tate, Londres 2015

TURNER William (1775 - 1851) Les Tours vermillon : étude à Marseille, vers 1838 - Aquarelle et gouache sur papier gris - 14,4 x 18,8 cm - Tate. Accepté par la nation dans le cadre du legs Turner en 1856 © Tate, Londres 2015

TURNER William (1775 - 1851) Grange : intérieur du réfectoire en ruine du prieuré de Saint-Martin, Douvres, vers 1793 - Aquarelle avec mine de plomb sur papier - 24,8 x 17,2 cm - Victoria and Albert Museum, Londres. Don d’Edith, lady Powell, 1934 © Victoria and Albert Museum, Londres

TURNER William (1775 - 1851) Navire approchant du port de Margate par grosse mer (anciennement connu sous le titre Plage de Yarmouth), 1840 - Mine de plomb, aquarelle et grattage - 24,8 x 36,5 cm - Yale Center for British Art, Paul Mellon Collection, New Haven
© Yale Center for British Art, Paul Mellon Collection

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Les citations proviennent des panneaux de l’exposition.
Cet article a été publié le 15 mai 2010, puis les 10 septembre 2014, 22 janvier 2015 et 22 août 2016, 8 janvier, 9 juillet et 15 octobre 2018.