mardi 30 juin 2015

« Un espion au cœur de la chimie nazie : Zyklon B - Les Américains savaient-ils ? » d’Egmont R. Koch et de Scott Christianson


Histoire diffusera les 28 juin, 3, 9, 15 et 21 juillet 2015 « Un espion au cœur de la chimie nazie : Zyklon B - Les Américains savaient-ils ? » (Der Spion vom Pariser Platz - Wie die Amerikaner von Hitlers Giftgas erfuhren) d’Egmont R. Koch et de Scott Christianson (2010). Un documentaire sur les relations industrielles et commerciales étroites perdurant sous le nazisme entre l’américaine Du Pont de Nemours et l’allemande IG Farben dont l’une des filiales, Deguesh, a fabriqué le gaz Zyklon B utilisé pour tuer les Juifs dans les chambres à gaz des camps d’extermination. Député et conseiller économique d’IG Farben, Erwin Respondek (1894-1971) a informé les Etats-Unis sur des plans d’Hitler, notamment sur l’utilisation de ce gaz.



« Mon père n’était pas un résistant, mais un agent, un espion, extrêmement courageux », estime Henriette Respondek, fille d’Erwin Respondek.

"Le procédé pour fabriquer le gaz Zyklon B à base d'acide prussique était détenu par le trust allemand IG Farben, regroupant les plus grandes entreprises chimiques d’outre-Rhin. De son côté, la firme américaine Dupont de Nemours, qui avait passé dès 1927 des accords avec IG Farben en matière de recherche et de développement, travaillait aussi sur l’acide prussique et avait déjà testé son produit en 1924 sur un condamné à mort. Le 3 septembre 1941, les SS font une expérience de gazage sur des prisonniers de guerre soviétiques internés à Auschwitz. Parallèlement, Erwin Respondek, un économiste au service d'IG Farben qui désapprouvait la politique des nazis, commence à faire passer des informations sur les gaz asphyxiants allemands via l’ambassade américaine située tout près de son bureau berlinois. Mais le gouvernement américain ne semble guère s’en préoccuper..."

« Les affaires continuent… »

Pendant la Première Guerre mondiale, les armées allemande, française et britannique recourent aux armes chimiques pour la première fois sur les champs de bataille. Ce qui tue des milliers de soldats asphyxiés et induit des lésions graves chez des dizaines de milliers d’autres.

Le 8 février 1924, dans la prison d’Etat de Carson City (Nevada), l’exécution d’un condamné à mort, Gee Jon, est effectuée pour la première fois, non par pendaison ou fusillade, mais par l'acide prussique dans une échoppe transformée en chambre à gaz. Ce gaz de la firme DuPont de Nemours était alors utilisé, sous de larges tentes, contre les parasites dans les orangeraies. Les Etats-Unis effectuaient des tests avec différents gaz en vue de leur utilisation au combat. Comme les cobayes humains étaient interdits dans ce pays, cette exécution est alors suivie avec intérêt par le Service américain de la guerre chimique. Or, lors de l'exécution, le gaz se liquéfie en raison de la température basse ; l'agonie dure 15 minutes. Si le directeur de la prison loue cette « méthode élégante et humaine », les opposants la qualifient de « barbare ».

Dans les années précédant l’inauguration du nouveau siège social d’IG Farben (IG-Farbenindustrie AG) à Francfort en novembre 1930, les grandes entreprises de la chimie d’outre-Rhin – en particulier BASF, Bayer, Agfa, Höchst - se sont associées pour constituer IG Farben, un trust et cartel visant le partage des marchés mondiaux.

Né dans une famille catholique, Erwin Respondek en est un conseiller économique précieux : il a travaillé au ministère allemand des affaires étrangères et a négocié un accord secret à Genève avec le célèbre groupe chimiste américain DuPont de Nemours fondé en 1802. Ces deux entreprises partageraient leurs secrets sur les projets en développement et créeraient ainsi un « monopole partagé sur les nouveaux produits à l’étude » et les futures décisions afin de garantir les bénéfices et de maximiser leurs profits, voire se partager les marchés. A l’origine fabriquant de poudre à canon, DuPont est alors le fournisseur le plus important de munitions et d'explosifs de l’armée américaine pendant la Première guerre mondiale. Après cette guerre, DuPont propose à l’Allemagne ses armes dont la production est interdite à ce pays vaincu.

Erwin Respondek rédige les clauses de ce contrat (1927) entre les deux firmes, notamment celles sur « les colorants et les produits chimiques industriels comme l’acide prussique utilisé dans la métallurgie et la lutte contre les parasites » : rats, puces, cafards et autres animaux nuisibles.

Dans le but de lutter contre la vive concurrence et d’attaquer le marché américain, IG Farben prend une participation dans la société Degesch (Deutsche Gesellschaft für Schädlingsbekämpfung) qui développe depuis quelques années un produit dérivé à base d’acide prussique, le zyklon B. Fixé sur un granulé de sable, contenu dans une boite à conserve étanche, l’acide prussique devient volatile au contact de l’air et se répand sous la forme d’un gaz, comme le montre un film publicitaire Kleinkrieg. C’est un des produits d’IG Farben les plus vendus.

A Berlin, l’ambassade des Etats-Unis se trouve sur la Pariser Platz (place de Paris), près de la porte de Brandebourg et des bureaux d’Erwin Respondek, conseiller économique d’IG Farben et député du Zentrum (parti du Centre) au Reichstag.

Dans les années suivant l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933, Erwin Respondek aide des Juifs allemands souhaitant émigrer à transférer leurs actifs à l’étranger. Il  « met en place un réseau secret contre les Nazis ».

Aux Etats-Unis, les dirigeants de DuPont de Nemours s’enthousiasment pour le chancelier nazi. « Ce qu’il a obtenu jusqu’à présent est remarquable », écrit dont Alfred I. DuPont le 23 novembre 1933, à propos d’Hitler pour lequel il éprouve de la « sympathie ». Quant à Benno Hiebler Du Pont, il écrit le 4 avril 1933 : « Les Juifs riches qui ont volé des millions et des millions doivent maintenant en répondre. La solution de la « question juive » est pour Hitler une affaire épineuse et périlleuse ».

Pierre DuPont « avait avoué avoir des ancêtres Juifs. Pourtant, il continuait à renforcer ses relations avec IG Farben et l’Allemagne nazie ». Prudent, il code « ses télégrammes comme l’aurait fait un service d’espionnage ».

Le Congrès américain lance des enquêtes sur les cartels internationaux. Les trois frères DuPont se voient reprochés le commerce illicite de munitions avec IG Farben, mais sans que rien n’altère leur activité dans des cartels.

Défiant la Maison Blanche, ils soutiennent « une tentative de putsch de la mouvance fasciste contre Roosevelt ». DuPont  « a apporté un soutien financier à des mouvements d’inspiration fasciste », précise l’historien Ray Stokes. Ironie de l’Histoire : le fils Roosevelt épouse une jeune femme issue de la famille DuPont, en présence de la famille de l’époux et en l’absence de celle de la mariée.

Une  héritière de la dynastie américaine, Madeleine DuPont épouse un Allemand et a trois fils. En 1931, elle se remarie. Tandis qu'elle défendera « la pureté de la race allemande », ses trois fils combattront dans l'Armée allemande...

Dans les années 1930, le parti nazi écarte du pouvoir certains dirigeants d’IG Farben, dont Carl Bosch – Prix Nobel de chimie en 1931 - , pour y placer des hommes sûrs, en particulier Hermann Schmitz qui succède en 1940 à Bosch. Hitler prépare ses plans de conquête et son armée. Ce qui bénéficie à IG Farben.

Des préparatifs de guerre dont se doute la firme américaine qui enregistre une croissance de son chiffre d’affaires. « Il faut accepter le réarmement de l’Allemagne et l’accroissement de son armée… et mêmes certains épisodes annexes comme l’émigration (des Juifs) et les camps de concentration », écrit DuPont Berater F. Cyril James le 13 avril 1939.

En 1937, un nouveau modèle de chambre à gaz est breveté aux Etats-Unis. Début 1939, un prisonnier est exécuté avec de l’acide prussique dans une prison de Caňon City (Colorado) : les autorités ont estimé la dose exacte en observant de précédentes exécutions de condamnés. Des études médicales sont publiées sur les réactions chimiques, l’agonie des prisonniers.

Les militaires demeurent sceptiques quant à l’utilisation de gaz sur les champs de bataille. IG Farben teste de nouveaux gaz en prévision de la guerre.

Après l’invasion de la Pologne (1939), l’Allemagne prépare à l’été 1940 celle de l’Union soviétique.

Ayant glané des informations sur cette invasion auprès de sources fiables, haut placées dans l’armée et le parti nazi ainsi que parmi des intimes du Führer, Erwin Respondek hésite : doit-il transmettre ces informations – « abattre politiquement et militairement l’URSS » - à l’ambassade des Etats-Unis à Berlin ? Ce qui est assimilable à une crime de haute trahison, lourd de risques pour sa famille et lui. Finalement, il communique aux diplomates américains ses informations, qui sont transmises au président Roosevelt. Le Département d’Etat les livre à l’ambassadeur de l’URSS à Washington, qui en fait part à Staline. Incrédule, celui-ci les qualifie de « provocations » et ne prépare pas son pays à l'offensive allemande.

Ignorant cela, Erwin Respondek poursuit sa carrière d’espion… Dans une lettre, il informe les Américains de l’utilisation de gaz de combat en cas d’invasion de la Grande-Bretagne et d’autres secrets, telle la production d’acide prussique.

Le camp d'Auschwitz
C’est la devise d’IG Farben – « Arbeit macht frei » (Le travail rend libre) – qui est placée à l’entrée des camps de concentration et d’extermination nazis.

Dans le but de réaliser la « Solution finale », un test sur des êtes humains est réalisé. Le 3 septembre 1941, les SS effectuent une « opération ultra secrète » dans le sous-sol du baraquement n°11 du camp d’Auschwitz. Ils y enferment plusieurs centaines prisonniers de guerre soviétiques et, munis de masques à gaz, ils répandent par les fenêtres des granulés imbibés d’acide prussique. Un gaz asphyxiant se dégage. Quarante huit heures plus tard, tous les prisonniers sont morts. Les nazis connaissent désormais la quantité de gaz nécessaire pour tuer un certain nombre d'êtres humains à une certaine température.

A Auschwitz, IG Farben a installé une usine employant des déportés, travailleurs forcés.

A Auschwitz-Birkenau, la sélection élimine les Juifs considérés comme inaptes au travail forcé dès leur arrivée en wagons à bestiaux. Ces Juifs sont assassinés dans les chambres à gaz, puis leurs cadavres sont incinérés dans des fours disposés à proximité. Environ un million de Juifs sont tués par gaz à Auschwitz-Birkenau.

Via une filiale basée en Suisse et malgré l'entrée en guerre des Etats-Unis en 1941, les deux firmes DuPont de Nemours et IG Farben continuent leurs relations d'affaires. Des informations sur les gaz asphyxiants utilisés lors de la Shoah parviennent à la firme américaine très tôt.

Peu avant la libération du camp, les nazis font sauter les chambres à gaz pour éliminer les traces de leurs crimes.

En 1947, des dirigeants d’IG Farben  sont jugés par le Tribunal de Nuremberg, reconnus coupables de crimes de guerre et condamnés à des peines de prison. Hermann Schmitz, qui a plaidé non coupable, est condamné à une peine d'emprisonnement pour avoir fait travailler des déportés dans des conditions d'esclavage ; il est vite gracié. En 1950, la firme IG Farben est dissoute. Les sociétés la composant retrouvent leur indépendance en 1952... et rapidement leurs dirigeants ex-nazis.

Erwin Respondek espère un travail auprès des Américains. Mais ses courriers au gouvernement militaire américain restent sans réponse. Erwin Respondek épouse une infirmière en 1955 ; le couple a une fille. Sans l'emploi tant espéré, l'amertume et la tristesse gagnent Erwin Respondek, dont la vie devient difficile et la mort passe inaperçue. On peut regretter des lacunes dans ce film à la fois sur la vie et l'action d'Erwin Respondek.

La firme américaine ne rendra jamais aucun compte sur ses relations avec IG Farben pendant la Seconde Guerre mondiale.

Curieusement, aucun des visuels disponibles pour la presse ne montre le camp d'Auschwitz, les vestiges des chambres à gaz, les boites de zyklon B produites par Degesch, etc. 



d’Egmont R. Koch et de Scott Christianson
WDR, Allemagne, 2010, 52 minutes
Diffusions les :

- 2 novembre 2011 à 20 h 40, 5 novembre 2011 à 16 h et 8 novembre 2011 à 10 h
Visuels de haut en bas :
Erwin Respondek
© Privat

Gee Jon
© Staatsarchiv Nevada

© Archiv BASF

© Staatsarchiv Nevada

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Cet article a été publié les 2 novembre 2011 et 1er septembre 2014.

lundi 29 juin 2015

Approfondir le dialogue judéo-catholique en France


Le 11 décembre 2007, l’Hôtel de Ville de Paris a accueilli le colloque organisé par le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) Dix ans après la Déclaration des évêques de France à Drancy : quel dialogue pour l’avenir ? L’occasion de mesurer les progrès accomplis. Une rencontre de haut niveau entre responsables d’organisations, juives et catholiques, d’institutions publiques, françaises et étrangères, marquée par un hommage au cardinal Jean-Marie Lustiger.  L'International Council of Christians and Jews (ICCJ) et Amizia Ebraico-Cristiana di Roma organisent la conférence internationale "The 50th Anniversary of Nostra Aetate: The Past, Present, and Future of the Christian-Jewish Relationship" (50° anniversario della Dichiarazione conciliare Nostra Aetate: passato, presente e futuro delle relazioni ebraico-cristiane), à Rome (Italie), sur le 50e anniversaire de Nostra Aetate (28 juin-1er juillet 2015).


Par ces rencontres, similaires à celles organisées par le Congrès juif européen (CJE) en 2002, 2003 et 2005, le CRIF manifeste son souci de renforcer ses relations avec le monde catholique.


Ce rapprochement entre juifs et catholiques s’esquisse dès « la première moitié du XXe siècle. Des chrétiens interviennent en faveur du peuple d’Israël », souligne Michel Gurfinkiel, membre du comité éditorial de Valeurs actuelles, devant les 300 spectateurs de ce colloque organisé en association avec le CRIF et le Service national des évêques de France pour les relations avec le judaïsme (SNRJ). Et cet éditorialiste loue « l’effort intellectuel remarquable de l’Eglise de France… La renaissance religieuse du judaïsme français depuis 40 ans a redonné une certaine vitalité au monde chrétien ».

Emergent de ce dialogue des figures exceptionnelles : Jules Isaac, « historien agnostique dont l’épouse et la fille périssent à Auschwitz et qui est taraudé par la question « Y a-t-il un antisémitisme dans les Evangiles ?  ». Le grand rabbin Jacob Kaplan qui coopère à Lyon avec le cardinal Gerlier, primat des Gaules, pour sauver des juifs persécutés sous l’Occupation. Et le père Dujardin, le cardinal Albert Decourtray, Mgr Jean-Marie Lustiger, Me Théo Klein, ancien président du CRIF…

La déclaration de repentance de l’Eglise
Cette histoire est jalonnée d’actes décisifs, notamment Vatican II et Nostra Aetate, la déclaration [de repentance] des évêques de France (1997) signée à Drancy par les évêques faisant partie de diocèses où il y a eu des camps d’internement sous le régime de Vichy…


Cette déclaration a « permis de prendre conscience du drame vécu », a expliqué Jean-Pierre Ricard, cardinal archevêque de Bordeaux, vice-président de la Conférence des évêques européens. C’est un « engagement à ne jamais revenir sur ce passage décisif, mais au contraire à le prolonger », a renchéri Mgr André Vingt-Trois, cardinal archevêque de Paris et président de la Conférence des évêques de France (CEF).

Pour Gilles Bernheim, grand rabbin de la synagogue de la Victoire, cette « déclaration a marqué la continuité des générations, leur solidarité qui manque tant dans les nations et les corps constitués. L’individualisme actuel nous fait perdre le sentiment de la solidarité avec ce qui s’est passé. Chaque génération se sent étanche [et revendique] son droit d’inventaire. C’est contre cet esprit que s’est affirmée cette déclaration qui implore le pardon de Dieu et ne nomme pas les juifs pour ne pas les acculer à une réponse impossible. C’est l’esprit saint : ne rien attendre en retour ».


Un dialogue sincère qui interpelle

Ce « courage de l’église de France » est salué par le grand rabbin de France Joseph-Haïm Sitruk, qui n’a pas pu rester jusqu’à la clôture du colloque.

Quelques décennies ont suffi pour permettre le passage de « l’enseignement du mépris » (Jules Isaac) à « l’enseignement de l’estime » (grand rabbin Kaplan) grâce à une réflexion « sur ce qui est commun et sur ce qui sépare les deux religions » (cardinal Lustiger), grâce à un dialogue sincère, profond, marqué par la volonté « d’aller à la racine des problèmes et des malentendus pour comprendre ce qui blesse l’autre et en sortir vivifié. Une relation bâtie sur le roc, et non sur le sable », relève le père Patrick Desbois, directeur du SNRJ, qui a participé à un chabbat de Bné Hakiva, à l’initiative de Michel Gurfinkiel.


Les fruits de ce dialogue ? Yahad-In Unum, une association qui recherche les traces de la Shoah par balles en Ukraine et a favorisé à New York le dialogue dans une yeshiva (institut formant les rabbins) entre cardinaux et évêques, européens et sud-américains, et représentants du judaïsme orthodoxe américain dialoguant sur les règles halachiques et l’éthique catholique.

Autres exemples récents : la solidarité de l’église catholique lors de l’assassinat antisémite d’Ilan Halimi, la dénonciation par Roger Cukierman, alors président du CRIF, d’une caricature du pape Benoît XVI en avril 2005 sur Canal + (3), ou le pèlerinage en Terre Sainte d’une délégation de 600 évêques, prêtres et paroissiens menée par Mgr André Vingt-Trois (février 2007).

Les dignitaires de l’église catholique s’impliquent résolument dans ce dialogue auquel ils initient leurs futurs prêtres. Le père Norbert Hoffman, responsable du conseil pontifical chargé des relations avec le judaïsme, se souvient avoir découvert ce dialogue pendant ses études de séminariste.

En attestent aussi la profondeur de la réflexion des discours lors du colloque et les mots choisis par le pape.

« Le pape Jean-Paul II a [ainsi désigné les juifs] à Rome : « Nos frères préférés, et d’une certaine manière, nos frères aînés », rappelle René-Samuel Sirat, grand rabbin du Consistoire, qui prône un « long travail de pédagogie et de témoignage à mettre en place ».

Le grand rabbin Gilles Bernheim exhorte à « apprendre à connaître le judaïsme, à s’abreuver à ses sources. Pour l’Eglise, cela implique une profonde remise en cause de son identité, une capacité de ré-envisager les modalités de filiation avec le peuple juif. L’antijudaïsme chrétien ne sera dépassé que lorsque les chrétiens seront parvenus à percevoir pourquoi les juifs ont dit non à Jésus, dans un sens positif (1) ».

Et Gilles Bernheim de rappeler combien était nécessaire « une capacité à se remettre en question face aux questionnements de l’autre ». Il a invité ses coreligionnaires à se demander s’ils ont pris « assez conscience des remises en question des églises et se sont impliqués dans ce dialogue ».

Le cardinal Aaron-Jean-Marie Lustiger, juif ou catholique ?
Pour rendre hommage au cardinal Lustiger, des souvenirs personnels sont égrenés : son rôle discret pour trouver une solution au problème posé par le Carmel à Auschwitz, ses « relations privilégiées fondées sur l’estime réciproque » avec le pape Jean-Paul II, son émotion lors de sa première visite personnelle à Auschwitz (2005) devant la « petite maison blanche » où a commencé l'extermination systématiques de Juifs et où a péri sa mère déportée début 1943, et sa revendication d’une double identité.

Le cardinal Lustiger a défini sa conversion au catholicisme comme un « accomplissement » de son judaïsme. Un vocable qui « ne voulait pas choquer », mais qui a suscité des questionnements de fidèles des deux religions et avivé une méfiance dans le monde juif : le judaïsme « s’accomplirait-il » dans le catholicisme ? Ce dialogue interconfessionnel est-il un leurre ?

« La croyance dans le Christ comme Messie et personne de la Trinité n'est, pour les juifs, pas compatible avec la religion juive… La position de la tradition juive vis-à-vis des convertis est ancienne et en apparence paradoxale : ils restent considérés comme juifs sur le plan civil. En revanche, on porte sur eux un regard hostile : voir un juif quitter le judaïsme est considéré avec douleur, étant donné le faible nombre de juifs dans le monde. Le cardinal Lustiger ne pouvait se qualifier de juif. Mais la façon dont lui se voyait est un élément fondamental de sa personnalité et ne peut pas être négligée », précise le Dr Richard Prasquier, président du CRIF.

« Mon ami, le cardinal Lustiger » définissait [par le terme accomplissement] sa « trajectoire spirituelle personnelle et particulière, le chemin d'un adolescent, puis d'un homme qui ayant eu peu de transmission familiale de la tradition juive a trouvé la plénitude de sa quête spirituelle dans la rencontre avec Jésus. Le cardinal Lustiger a vécu et est mort en chrétien », constate le Dr Richard Prasquier.


« Irrésistiblement et irrémédiablement entraînés par trois voyages »
Ouvrant cette rencontre, Anne Hidalgo, Première adjointe au Maire de Paris, envisageait la mutation de ce dialogue en un trilogue incluant l’islam.

Comme en réponse, Michel Gurfinkiel désigne le livre commun aux juifs et chrétiens, la Bible hébraïque, et mentionne les difficultés du dialogue, certes indispensable, avec l’islam : « le développement au sein de l’islam d’un courant radical et la croyance de l’islam que les livres des juifs et des chrétiens seraient falsifiés, la vérité pour les musulmans étant inscrite dans le Coran ».

Ce chemin parcouru entre juifs et catholiques français pourrait devenir « un modèle pour l’Espagne », estime Henar Corbi Murgui, responsable de la direction des affaires religieuses du ministère espagnol de la Justice qui assure la tutelle sur les cultes. Evoquant les persécutions anti-juives dirigées par l’Inquisition, elle espère une repentance de l’Eglise. Elle exprime également « l’orgueil d’un pays qui a su avoir son heure de gloire »… dans al-Andalous. Un mythe de la tolérance qui cèle la réalité de la dhimmitude.

Mgr André Vingt-Trois conclut en invitant l’assistance, très attentive et nombreuse à « cette heure tardive », à « effectuer trois voyages - deux à la surface de la terre, et un en profondeur en chacun de nous - et à y entraîner les jeunes ».

Le premier consiste à se rendre à Auschwitz-Birkenau : « L’identité juive a été conditionnée par ce qui s’y est passé. La Shoah est un élément fondamental du changement dans nos relations avec les juifs. On ne peut pas expliquer conceptuellement ce qui est impensable. On ne peut le faire découvrir que par une expérience sensible ».

Le deuxième réside dans le séjour en Terre sainte « pour montrer que Jésus était juif et comprendre le rapport du christianisme au judaïsme... par les traces historiques, archéologiques, du passage [du Christ] et par l’expérience du pays où il a vécu. Ce voyage contribue aussi à faire découvrir concrètement quelque chose de la confrontation et du dialogue des religions : judaïsme, christianisme à travers les chrétiens d’Orient, l’islam ».

Le troisième voyage, « en profondeur, [vise à] acquérir le minimum d’équipement nécessaire pour mettre des mots sur les deux voyages précédents. Avoir des mots pour dire et pour comprendre, pour interpréter et pour partager ce qu’on a vécu ».

Quelques regrets de spectatrice cependant : l’absence d’un dialogue entre orateurs, le manque d’une voix un peu discordante (2) et d’informations sur les actions entreprises par les Consistoires vers le milieu éducatif, juif et catholique : visites de synagogues, etc. 


(1) Les évêques de France, le CRIF et le CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) avaient protesté après la diffusion d’un sketch des Guignols de l’info surnommant Adolf II le nouveau pape Benoît XVI. Le CRIF a estimé : « Il est plus que vraisemblable que si les auteurs de cette émission avaient eu le même âge et étaient nés dans le même pays que le pape, ils auraient été membres de cette organisation. Le pape a largement montré son refus de l'antisémitisme ». La direction de Canal + a « exprimé ses regrets ». Le producteur de cette émission déclarait : « La caricature concernant la jeunesse de Benoît XVI était un raccourci malheureux ». La Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) a exprimé sa solidarité avec les auteurs de ce sketch.


(2) Jacques Duquesne, ancien directeur du Point et écrivain, note : « Le christianisme n’accomplit pas le judaïsme. Il est une révolution… Le Dieu de Jésus n’est pas celui de Moïse… Je suis parfois agacé à la messe, d’entendre lire aux fidèles les textes de ce que les chrétiens appellent l’Ancien Testament, textes sans doute bien choisis mais qui sont quelque peu – et parfois beaucoup – en contradiction avec ce que va lire ensuite et les propos que va tenir le prêtre ». Information juive, octobre 2007, p.12.
 
CHRONOLOGIE

30 juillet-5 août 1947 : La conférence de Seelisberg (Suisse) examine les causes de l’antisémitisme chrétiens et publie une déclaration en 10 points pour éliminer les préjugés antijuifs : « Jésus est né d’une Vierge juive. Les premiers apôtres étaient juifs. Eviter d’user le mot « juifs » au sens exclusif de « ennemis de Jésus. Eviter d’accréditer l’opinion impie que le peuple juif est réservé pour une destinée de souffrances ».
Juillet 1958 : Mort du pape Pie XII. Election du pape Jean XXIII.
13 juin 1960 : Le pape Jean XXIII reçoit Jules Isaac, historien et président de l'association Amitié hébraïque-chrétienne. Il lui promet la préparation d’un texte concernant les juifs.
18 septembre 1960 : Le pape Jean XXIII charge le cardinal Agostino Bea des relations avec les juifs.
1962-1965 : Vatican II, IIe concile œcuménique du Vatican.
28 octobre 1965 : Le pape Paul VI promulgue la déclaration de Vatican II Nostra Aetate sur l'attitude de l’église à l’égard des religions non-chrétiennes adoptée, par 2 221 voix pour et 88 voix contre. « Que tous aient soin de ne rien enseigner dans la catéchèse ou la prédication de la parole de Dieu qui puise faire naître dans le cœur des fidèles la haine ou le mépris envers les juifs ; que jamais le peuple juif ne soit présenté comme une race réprouvée ou maudite ou coupable de déicide. Ce qui a été fait dans la passion du Christ ne peut nullement être imputé à tout le peuple alors existant et encore moins au peuple d’aujourd’hui ».
Octobre 1968 : Fondation du SIDIC (Service international de documentation judéo-chrétienne).
16 avril 1973 : La conférence épiscopale française publie Les orientations pastorales du Comité épiscopal pour les relations avec le judaïsme.
Mai 1985 : La Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme du Vatican publie Notes pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme dans la prédication et la catéchèse de l’église catholique.
Avril 1986 : Première visite d’un pape dans une synagogue : le souverain pontife Jean-Paul II se rend à la grande synagogue de Rome. Il y qualifie les juifs de « frères aînés des chrétiens ».
30 décembre 1993 : Le Saint-Siège et l’Etat d’Israël signent un accord fondamental. Les relations diplomatiques entre le Saint-Siège et Israël débutent le 15 juin 1994.
30 septembre 1997 : Déclaration de repentance des évêques français au Mémorial de Drancy.
16 mars 1998 : Le Vatican publie Souvenons-nous : une réflexion sur la Shoah.
Mars 2000 : Le pape Jean-Paul II se rend en Israël. A Jérusalem, il visite Yad Vashem et se recueille au Kotel (mur occidental du Temple).
Janvier 2004 : l’association Yahad-In Unum – « Yahad » et « In Unum » signifient l’un et l’autre « ensemble » en hébreu et en latin – est créée à l’initiative du cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, du cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon et du cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, du rabbin Israël Singer, rrésident du directoire du Congrès juif mondial (CJM), et Serge Cwajgenbaum, secrétaire général du CJM, afin d’approfondir « la connaissance et la coopération entre catholiques et juifs ».
Août 2005 : Le pape Benoît XVI se rend à la synagogue de Cologne, ville qui abrite la communauté juive la plus ancienne d’Allemagne.

Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié par Guysen, puis sur ce blog le :
- 23 décembre 2012 pour le 50e anniversaire de "la convocation de Vatican II",
- 15 mars 2013 alors que, le 13 mars 2013, l'archevêque argentin Bergoglio a été élu pape, et qu'il a pris le nom de pape François. Le jour de son élection, le pape François a écrit à Riccardo Di Segni, rabbin de Rome : « J'espère vivement pouvoir contribuer au progrès que les relations entre juifs et catholiques ont connu à partir du Concile Vatican II, dans une esprit de collaboration rénovée » ;
- 25 mars 2013 à  l'approche de la diffusion du Métis de Dieu, film d'Ilan Duran Cohen sur Arte, le 29 mars 2013 à 20 h 50. Un portrait du cardinal Jean-Marie Lustiger ;
- 27 avril 2014 ;
- 28 février 2015. Le 19 février 2015, à 17 h, la librairie Kléber à Strasbourg a organisé la rencontre avec Dan Jaffé, maître de conférences en histoire des religions à l’université Bar-Ilan (Israël), et Janine Elkouby (Amitié Judéo-Chrétienne) sur la partition entre Juifs et chrétiens.

Jacky Kooken, sculpteur


La Galerie 89 Viaduc des Arts présentera une exposition collective, du 1er au 13 juillet 2015, avec des sculptures figuratives de Jacky Kooken, ancien dompteur qui pratique la taille directe (« création sans repentir »), et sur commande la mise aux points, sur le marbre, la pierre et le granit pour des œuvres dans lesquelles ce sculpteur imprime une grande douceur, une poésie et une spiritualité. Vernissage le 1er juillet 2015 de 18 h à 21 h. 


"Un thème très baudelairien qui mêle spiritualité et sensualité.  Marbres, granits, pierres, bronze doré à la feuille d'or, vous découvrirez un best of de mes plus belles sculptures. A cette occasion ma Muse Monique Ayoun dédicacera ses ouvrages "Viens", "Histoire de mes seins" avec les illustrations de Wolinski, "Musulmanes et laïques en révolte", a écrit Jacky Kooken qui sera présent jusqu'au 27 novembre 2014 de 13 h 30 à 18 h 45 tous les jours de l'exposition.

Cirque et sculpture
Jacky Kooken  est issu d’une famille de saltimbanques Juifs du cirque.

D'origine iranienne, son père Pablo Kooken a été un dompteur adepte du dressage en douceur, et un peintre et sculpteur pratiquant l’Art brut.

Né à Paris, Jacky Kooken  a poursuivi dans cette voie artistique en sculptant la pierre, le marbre et le granit pour faire apparaître des œuvres  empreintes d'une grande douceur. Il s’est perfectionné chez le statuaire François (1980-1981).

La taille directe, qui ne tolère aucun repentir et que Jacky Kooken préfère, « exprime au mieux la sensibilité et la chaleur impulsive de l’artiste. A la recherche d’une autre voie que celle empruntée par Rodin, il se tourne vers la tradition des tailleurs de pierre et sculpteurs de nos églises romanes. Il cherche la sobriété, sculpte et simplifie le corps humain, pour n’en retenir que l’âme, l’essentiel » (Mareyk Goyffon).

Têtes en offrande, figures littéraires (Don Quichotte), divinité romaine (Jason), personnage biblique (Samson), rabbin, anges bienveillants aux yeux clos, femmes muses et lettres hébraïques peuplent l’imaginaire de cet artiste adepte du geste épuré, si patent dans une photo de son père guidant Rhinna la tigresse .

En plus de ses sculptures en matériaux compacts, Jacky Kooken a créé des mobiles légers, suspendus, quasi-transparents, en plastique bleu récupéré. Le thème principale : le cirque, et surtout les trapézistes.

« Passionné et mystique, Kooken frappe la pierre comme on cherche le Graal. Il travaille la matière (pierre, marbre ou granit) avec une euphorie juvénile et sauvage qui lui fait oublier toute fatigue. Aujourd’hui, la plupart de ses confrères utilisent des machines, mais lui refuse cette mécanisation : «  Qui pourra dire le plaisir du coup de massette qui sonne dans le marbre comme un battement de cœur ? », s’émerveille-t-il... Il y a une métaphysique de la joie chez Kooken. Doté d’une force physique exceptionnelle, l’artiste transmet ce trop-plein d’énergie vitale et sa chaleur impulsive à ses œuvres qui rayonnent dés lors d’un magnétisme rare… Kooken exprime avec tendresse et ferveur sa judaïté. Prix Neuman pour une « Menorah étoilée » qu’il dédia à son père et qui fait toujours le bonheur de la collection du Musée d’Art juif de Paris, Jacky aime à sculpter des « Aleph », des « Figures d’Anges » ou des « Chandeliers à Sept branches »… Toutes ses sculptures sont une véritable invitation à la caresse. La pierre pour lui est voluptueuse. Le plaisir d’aimer se transcende dans celui de la création plastique… Il se plait à dire que dans sa vie, les anges déchus ont été vaincus et il croit très fort en son Ange Gardien qu’il porte toujours autour du cou… « L’ange bleu, « Icare », « Voie Lactée », « L’envol », « Elévation »…. Toutes ces somptueuses sculptures nous parlent de sacré autant que d’érotisme. « Le coup de massette, c’est le rythme. Le rythme c’est le souffle, et le souffle c’est l’âme non entravée dans sa capacité de jouir… » Telle est la profession de foi de ce sculpteur-poète », résume Monique Ayoun, journaliste et écrivain.

Jacky Kooken a notamment exposé au Salon des Indépendants (De la bible à nos jours, Grand Palais, 1985), à l’Institut de France (concours international P. L. Weller, 1986) et au Musée d’art Juif (1987), ainsi que dans des galeries – galerie Robain, galerie du Vert Galant - et espaces : cloitre des Billettes (Paris, 1999), exposition internationale de sculptures monumentales au Centre culturel de Chantilly (2000-2010). Il a aussi participé au festival international de sculpture Stone in the Galilee  à Ma’alot-Tarshiha (Israël) pour lequel il a créé en 1998 une sculpture de sept tonnes en marbre de Carrare (225 x 166 x 80 cm), à la Biennale internationale de Malte (2001-2003) et est exposé en permanence en particulier au Jardin de sculptures de Tasos (Grèce). Il est conseiller artistique et membre du jury au Centre culturel Christiane Peugeot- Galerie Atelier Z.

Des prix ont jalonné sa carrière : Prix A. Neuman, prix international décerné par le Musée d'art Juif de Paris (1987) - le marbre couronné fait partie de la collection du Musée -, Grand Prix Rubens de l’association Belgo-Hispanica et de la revue artistique Belge Apollo (1987), distinction spéciale à la Biennale internationale d’art à Malte (2001, 2003).

En avril 2014, la Galerie Metanoia  a présenté l’exposition collective Don’t Worry, Be Happy! avec notamment des sculptures figuratives de Jacky Kooken.  Don't Worry, Be Happy (Ne t'inquiète pas, sois heureux) est une des chansons les plus célèbres de Bobby McFerrin. Par cette exposition, la Galerie Métanoïa, qui a « proposé une sélection d'art contemporain dans une perspective pluriculturelle », a entendu favoriser la détente et le bonheur.

"Cette exposition prend le contre pieds des artistes qui projettent dans leurs œuvres leurs angoisses, leurs craintes, leurs traumatismes ou leurs peurs. Des artistes, tout à fait dans l’air de ce temps désespérant... Il est plus aisé de créer dans la noirceur que dans la lumière. "Don’t warry be happy" est une démarche artistique volontairement optimiste. Nous avons pris le parti de l’art positif, lumineux, dégageant de la joie, celle-là même que nous avons eu à créer. Suivre les élans de son ange gardien dans sa création, c’est aussi rester sourd aux incitations démoniaques de son ange déchu. Créer dans l’élévation et la beauté est une mission divine. Il y a plus d’un médium pour y parvenir (peinture, sculpture, musique, etc.) comme il y a plus d’un chemin", expliquait Jacky Kooken.

Au petit matin du 17 juillet 2014, vers 7 heures du matin, un ou plusieurs "vandales ont tiré sans doute avec une corde ou une ceinture attachée au haut de la sculpture Janus, et l’on faite basculer violemment au sol. Comme cette sculpture n’était pas scellée, ils n’ont pas eu de difficulté à la faire tomber au sol de tout son long... Sculpture de 2 m 12 de haut pour un poids de 400 Kilos environ, Janus, dont le cœur est en béton cellulaire, a été armée de grillage et de ciment blanc de Portland. Cette oeuvre avait été sélectionnée et exposée au Printemps de la sculpture à Chantilly en 2001 pour l’exposition internationale de sculptures monumentales organisée par le Centre culturel de la ville. Elle était pressentie pour orner la cour d’une école, mais ce projet n’a hélas pas abouti, le maire ayant préféré avantager un sculpteur local". Elle "était donc posée sur une palette, dans la cour, devant" l'atelier de l'artiste "depuis le retour de cette exposition. Une restauration au ciment s’imposait avec un soclage en béton avec point d’ancrage au sol garantissant une fixation au sol... Janus monte désormais "la garde devant mon atelier, boulonné au sol, en attendant un éventuel acquéreur institutionnel", écrit Jacky Kooken sur son blog.

La Galerie Metanoia a présenté l’exposition Le Ciel et l'Enfer avec des sculptures figuratives de Jacky Kooken.


Le 31 décembre 2014, le prix international ´Monte Dei Fiori' (160 artistes de 27 pays) de la galerie Métanoïa a été décerné à Jacky Kooken pour Ecce Homo. "Passionné et mystique, Kooken frappe la pierre comme on cherche le Graal. Il travaille la matière ( pierre, marbre ou granit) avec une euphorie juvénile et sauvage qui lui fait oublier toute fatigue. Aujourd’hui, la plupart de ses confrères utilisent des machines, mais lui refuse cette mécanisation : « Qui pourra dire le plaisir du coup de massette qui sonne dans le marbre comme un battement de cœur ? », s’émerveille-t-il... Il y a une métaphysique de la joie chez Kooken. Doté d’une force physique exceptionnelle, l’artiste transmet ce trop-plein d’énergie vitale et sa chaleur impulsive à ses œuvres qui rayonnent dés lors d’un magnétisme rare..."

En janvier 2015, la Galerie Metanoia a présenté l’exposition Le Ciel et l'Enfer avec des sculptures figuratives de Jacky Kooken,

La Galerie Metanoia a présenté l’exposition collective L'âge d'or (13-19 mars 2015) avec des sculptures figuratives de Jacky Kooken. "Si certains l'imaginent enfoui dans un lointain passé tandis que d'autres le situent dans un avenir plus ou moins proche, l'Âge d'Or n'a jamais cessé de fasciner l'humanité comme le symbole éternel d'une communauté humaine enfin apaisée et heureuse. Les artistes dont le travail figure dans cette exposition feront leur affaire de nous en donner une vision convaincante". Les commissaires de l'exposition sont Jacky Kooken et Mona Ayoun.

La Galerie 89 Viaduc des Arts présentera une exposition collective, du 1er au 13 juillet 2015, avec des sculptures figuratives de Jacky Kooken.

Du 1er au 13 juillet 2015
A la galerie 89 Viaduc des Arts
89 avenue Daumesnil. 75012 Paris
Vernissage le 1er juillet 2015 de 18 h à 21 h

Du 21 au 27 novembre 2014. Vernissage le 21 novembre 2014 à partir de 18 h.
Du 18 au 24 avril 2014
A la Galerie Metanoia
56, rue Quincampoix. 75004 Paris
Tél. : +33 (0)1 42 65 23 83
Du lundi au samedi de 13 h 30 à 18 h 45
Concert d'AIYANA, cordes vocales et instrumentales le 23 avril 2014
Vernissage le 18 avril 2014 de 18 h à 21 h. L'artiste a accueilli les visiteurs le lundi de Pâques.

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Cet article a été publié le 18 avril 2014. Il a été republié les 30 août et 21 novembre 2014, 16 janvier  et 13 mars 2015.

dimanche 28 juin 2015

Poussin et Dieu


Le musée du Louvre présente l’exposition éponyme. Pour le 350e anniversaire de la mort de Nicolas Poussin (1594-1665), « le plus grand peintre français du XVIIe siècle », le Louvre rend hommage à cet artiste en présentant ses tableaux religieux, notamment ceux inspirés de la Bible, mais au travers d'une grille d'analyse chrétienne.


Qualifié dès son vivant de « Raphaël de la France », Nicolas Poussin (1594-1665) s’impose comme « le plus grand peintre français du XVIIe siècle », voire « le plus grand peintre français ». Pourtant, la célébrité de Watteau, Delacroix, Monet ou Cézanne dépasse celle de Poussin.

« Génie classique, singulier par le style et par la signification de ses œuvres, Poussin est réputé difficile d’accès. Présenté depuis très longtemps comme un « peintre savant », modèle du peintre philosophe, il apparaît, à tort, comme un artiste que seuls les « gens d’esprit » sont capables d’apprécier à sa juste valeur ».

Le musée du Louvre rend hommage au peintre dont il détient l’ensemble de tableaux le plus riche au monde : 40 peintures, la plupart achetées par Louis XIV dans les années 1660 à 1680. Seuls trois achats ont été réalisés depuis la Révolution française : celui de l’Apollon et Daphné en 1869, celui de l’Inspiration du poète en 1911 et celui de la Vision de Sainte Françoise romaine en 1998.

Tableaux religieux
En ce 350e anniversaire de la mort de Poussin, l’exposition Poussin et Dieu vise à accroître la renommée de l’artiste « en présentant et en expliquant un aspect méconnu de son art, sans doute le plus émouvant : ses tableaux religieux. Si Poussin a peint les nymphes, Pyrrhus ou Eurydice, beaucoup de ses plus grands chefs-d’œuvre sont inspirés de la Bible ».

Les tableaux sacrés de Poussin ont été généralement peu étudiés. Depuis le XIXe siècle, les historiens de l’art se sont attachés davantage aux tableaux profanes et les experts sont divisés sur la question de la « religion de Poussin ».

Réunissant « 99 des plus belles compositions sacrées de Poussin (63 peintures, 34 dessins et 2 estampes) », l’exposition vise à susciter de « nouvelles perspectives » et à préciser les lectures chrétiennes des œuvres de Poussin dont « l’une des grandes singularités consista à unir le sacré antique et le sacré chrétien », notamment par la relation entre « la Fortune, dans la tradition antique, et la Providence chrétienne ». Poussin « décline en image l’économie providentielle de l’histoire sainte : Moïse abandonné sur les eaux, David triomphateur de Goliath ou Saphire frappée de mort dans l’instant de son mensonge.

Ainsi, lorsqu’il peint Éliezer et Rebecca, Poussin n’omet pas de représenter une sphère de pierre que porte un pilier aux formes massives, symbole de la providence divine, rappelant par ce motif que Rebecca n’est autre que l’ « élue » de Dieu ». "Abraham, désireux de marier son fils Isaac, envoie son serviteur Éliézer en Chaldée afin qu’il y cherche une épouse, l’assurant que l’Éternel l’assistera dans sa mission. Éliézer, qui vient de reconnaître celle que Dieu destine à Isaac, remet des présents à Rébecca en gage de l’union future".

« S’il est vrai que les références néo-stoïciennes sont une constante dans l’art de Poussin, la dimension chrétienne de sa peinture a été trop souvent occultée, voire même contestée ». Or, des « études récentes ont mis en évidence de manière convaincante l’entourage immédiat de Poussin – bien moins libertin qu’on ne l’admettait – mais surtout l’originalité de sa peinture sacrée, source d’une méditation personnelle sur Dieu ». Poussin s’avère « le seul artiste du XVIIe siècle qui ait à ce point réussi à concilier avec poésie les traditions sacrée et profane, insérant des symboles et des allégories antiques dans ses sujets bibliques, enrichissant ses compositions profanes d’une consonance chrétienne. Son art représente à cet égard une synthèse d’une originalité et d’une puissance d’inspiration exceptionnelles ».

L’exposition souligne la « singularité de Poussin dans la Rome baroque d’après le concile de Trente. Poussin peint seul, à Rome, sans collaborateurs et sans élèves, pour des commanditaires très majoritairement français. Singulier par le style, il l’est aussi par la forme et la signification ».

La « place de Poussin dans le vaste mouvement de réforme catholique des arts qui a accompagné et suivi le concile de Trente reste une question très peu étudiée. L’art était alors au service de la reconquête des âmes face aux protestants, qui condamnaient peintures et sculptures religieuses accusées de susciter l’idolâtrie. Les artistes proposèrent des images nouvelles et fortes capables d’émouvoir les fidèles, de leur faire ressentir la présence du divin ». En témoignent les différents tableaux représentant la Pietà, mater dolorosa, qui marque l'inconscient occidental.

Nicolas Poussin contribua à ce vaste courant. Mais « il se tenait néanmoins à l’écart des artistes officiels de la Rome papale, suivant une ligne de plus en plus singulière, aussi bien par le choix de ses sujets que par la manière de les traiter. Son art évolua vers un style plus abstrait, plus distancié, où le divin est le plus souvent seulement suggéré ».

Débutant par l’Autoportrait de l’artiste dit de Chantelou (musée du Louvre), cette exposition articulée en sept sections, chronologico-thématiques, éclaire les tableaux religieux de Nicolas Poussin par « trois grandes problématiques : 1) la manière dont l’artiste s’inscrit dans le contexte de la tradition catholique issue de la Contre-Réforme ; 2) l’originalité de son approche consistant à mêler la tradition sacrée et la tradition profane ; 3) l’importance de la figure du Christ, souvent dissimulée derrière des sujets et des personnages de l’Ancien Testament ».

Poussin et Moïse
Après la Villa Médicis (Rome) et la Galerie des Beaux-arts de Bordeaux, la Galerie des Gobelins a présenté l’exposition Poussin et Moïse, histoires tissées accompagnée d’un superbe catalogue. Résultant d’une commande royale en 1683, la tenture complète restaurée est composée de dix tapisseries sur Moïse, tissées et inspirées de neuf tableaux de Nicolas Poussin (1594-1665) et de deux peintures de Charles Le Brun (1619-1690). Elles évoquent des scènes majeures de la vie de Moïse, prophète du peuple hébreu, de son enfance jusqu’à la manne et le veau d’or dans le désert, via le passage de la mer Rouge par les Hébreux fuyant l’Egypte de Pharaon. Des épisodes de la Bible forts en symboles : liberté, iconoclasme, respect par les Juifs des commandements divins, etc.

En 2015, le Louvre aborde cette thématique dans les tableaux religieux exposés.

Des historiens d’arts ont analysé « l’obsession de la figure de Moïse dont témoigne l’œuvre de Poussin : par exemple Moïse exposé sur les eaux (Ashmolean Museum d’Oxford) ou l’extraordinaire Moïse foulant aux pieds la couronne de Pharaon (collection particulière) ».

Dans La Manne ou Les Israélites recueillant la manne dans le désert, Poussin place Moïse au centre du tableau, « sur un fond de vaste paysage rocailleux – le désert de Sinaï » – Moïse, au centre de la composition. Moïse est « accompagné de son frère Aaron, pointe du doigt le ciel miséricordieux. Autour des deux prophètes, le peuple juif épuisé, affamé, désespéré et prêt un temps à se révolter contre son libérateur, recueille une mystérieuse nourriture – la manne – miraculeusement tombée du ciel. À la lueur de l’aube, certains se prosternent devant Moïse et Aaron en signe de dévotion tandis que d’autres se laissent emporter par leur instinct de survie : récolter plus que les autres. De fortes taches de couleur – de jaune, de rouge et de bleu – équilibrent le fourmillement des motifs tandis que des gestes marqués – index pointés –, ceux de la femme au premier plan ou d’un homme au second, conduisent notre regard à travers cette multitude de figures. L’épisode illustré par Poussin est tiré du Livre de l’Exode : « Et le matin, il tomba une rosée tout autour du camp, et la surface de la terre en étant couverte on vit paraître quelque chose de menu et comme pilé au mortier, qui ressemblait à ces petits grains blancs qui pendant l’hiver tombent sur la terre. Ce que les enfants d’Israël ayant vu, ils se dirent l’un à l’autre : « Manhu ? C’est-à- dire : Qu’est-ce que cela ? » Car ils ne savaient pas ce que c’était. Moïse leur dit : c’est le pain que le Seigneur vous donne à manger » (Ex, XVI, 13-15) » (Mickaël Szanto, maître de conférence, Université Paris-Sorbonne).

Moïse exposé sur les eaux est « le dernier chef-d'oeuvre de l’artiste sur le thème de Moïse, qui lui était si cher. Poussin s’inspire ici du texte de l’Exode, II, 3-4, mais également de Flavius Josèphe, qui précise les noms des protagonistes, auxquels il donne ainsi plus de réalité. Poussin a sans doute aussi utilisé Philon d’Alexandrie, qui décrit en détail les émotions éprouvées par les parents de Moïse. Le peintre a disposé les personnages avec le plus grand soin pour exprimer toute l’intensité du drame en train de se jouer : la mère de Moïse, Jocabed, vient de pousser sur le Nil le panier de jonc où repose son enfant. D’un regard chargé d’angoisse, elle interroge son époux, Amram, qui se détourne, drapé dans sa douleur, mais inflexible. Il ne prête pas attention au petit Aaron, le frère aîné de Moïse, qui, derrière lui, regarde sa mère sans comprendre. L’espoir vient de l’attitude de la soeur aînée de Moïse, Myriam, laquelle incite à la discrétion en désignant du doigt la suite de la fille de Pharaon, Thermutis, qui s’approche au loin. Elle annonce ainsi le dénouement heureux de la scène. Poussin donne une forte dimension humaine à l’épisode, ce qui lui permet d’insister sur la réalité de l’histoire, donc sur le sens littéral du texte biblique ». (Nicolas Milovanovic, conservateur en chef au département des Peintures, musée du Louvre)

Deux raisons expliquent l’intérêt spécifique pour Moïse au XVIIe siècle. « D’une part, dans le cadre de l’exégèse, il constituait la principale préfigure du Christ, presque tous les épisodes de sa vie étant interprétés comme des types de la vie du Christ ; d’autre part, le législateur hébreu était décrit comme le dépositaire d’un savoir divin. D’après les Actes des apôtres : « Moïse fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens, et devint puissant en paroles et en œuvres » (Act, 7, 22) ».

Moïse « était placé à la source de la transmission occulte du monothéisme en Grèce à travers une lignée de sages : Hermès Trismégiste, Orphée, Aglaophème, Pythagore, Philolaos et enfin Platon. L’immense autorité de saint Augustin apparentait en effet Moïse à Hermès Trismégiste, qui était considéré à la Renaissance comme l’auteur de la prisca theologia, cette sagesse ancienne conciliant paganisme et christianisme. Poussin a été particulièrement sensible à ces deux aspects principaux du rayonnement de Moïse. Il n’hésita pas à associer Moïse aux dieux égyptiens dans ses compositions. Il évoqua toujours le Christ par l’entremise de la figure de Moïse ».

Les Quatre Saisons
Un an avant son décès, Poussin termine le cycle des Quatre Saisons, souvent analysé « comme le testament artistique et spirituel de l’artiste ».

Poussin innove par son traitement du thème des saisons, dont chacune est liée à un épisode de la Bible hébraïque ». Le Louvre appose une grille d’analyse chrétienne : « Chaque scène comprend l’une des principales préfigures du Christ dans la tradition exégétique des Pères de l’Église… La lecture chrétienne de l’histoire, linéaire, ayant toujours le Christ comme point d’aboutissement, se superpose ainsi à la vision cyclique du monde, héritée de l’Antiquité. Mais il faut surtout relever la maîtrise absolue des moyens d’expression d’un peintre parvenu au sommet de son art ».

Paysages sacrés
Si la peinture de paysage n’a jamais cessé d’intéresser Nicolas Poussin, c’est à compter de la fin des années 1640 et jusqu’à sa mort, survenue en 1665, que l’artiste a multiplié les vastes compositions où la nature se fait l’écrin sublime des actions humaines, miroir de l’ordre du monde, depuis le Paysage avec Orphée et Eurydice jusqu’au Déluge. De tous ces paysages, le Paysage de tempête avec Pyrame et Thisbé est son chef-d’oeuvre.

Aucun peintre avant lui n’a su restituer avec autant d’intensité dramatique la puissance des forces de la nature et la fragilité du genre humain ; aucun n’a su associer si étroitement la beauté supérieure de l’art – source de cette delectatio qui était pour Poussin la fin de la peinture – et le sujet tragique et violent qu’elle inspire. Au récit ovidien, Poussin adjoint un vaste paysage de chaos, où règne un lac à la tranquillité impénétrable.

L’origine ? Peut-être saint Augustin, qui invita un ami poète à chanter la mort de Pyrame et Thisbé en poète philosophe pour dénoncer le danger des passions et élever l’âme au royaume de la sagesse.

Jusqu’au 29 juin 2015
Au Louvre 
Hall Napoléon
Tous les jours, sauf le mardi, de 9 h à 17 h 30, les mercredis et vendredis jusqu’à 21 h 30

Visuels
Affiche
Le Printemps ou Le Paradis terrestre. 1660-1664.
Huile sur toile. H. 118; l. 160 cm. Paris, musée du Louvre.
INV. 7303 © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

Eliezer et Rébecca. 1648. Huile sur toile. H. 118;
l. 199 cm. Paris, musée du Louvre. INV. 7270
© Musée du Louvre, dist. RMN/ Angèle Dequier

La Lamentation sur le Christ mort. 1657-1658 ?
Huile sur toile. H. 94; l. 130 cm.
Dublin, National Gallery of Ireland. Inv. 214 © National Gallery of Ireland

La Manne ou Les Israélites recueillant la manne dans le désert. 1638.
Huile sur toile. H. 149; l. 200 cm.
Paris, musée du Louvre. INV. 7275 © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Mathieu Rabeau

Moïse exposé sur les eaux. 1654. Huile sur toile.
H. 149,5; l. 204,5 cm. Oxford, Ashmolean Museum.
A 791 © Ashmolean Museum, University of Oxford

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