Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

samedi 23 février 2019

« Un âge de fer - La Guerre de Trente Ans » par Philippe Bérenger et Henrike Sandner


« Un âge de fer - La Guerre de Trente Ans » (Die Eiserne Zeit - Lieben und Töten im Dreißigjährigen Krieg) est une série documentaire en six volets réalisée par Philippe Bérenger et Henrike Sandner. « Il y a quatre siècles débutait la guerre de Trente Ans. Cette ambitieuse série documentaire-fiction plonge dans trois décennies de chaos, d'intrigues et de terreur, à l'issue desquelles émergera une Europe plus juste et moderne. » Arte diffusera le 23 février 2019 "Un jour à Cologne en 1629" (Ein Tag in Köln 1629), par Sigrun Laste.
    
« Luther, la Réforme et le Pape », par Thomas Furch 
La fabrique des saintes images. Rome-Paris, 1580-1660 
« Un âge de fer - La Guerre de Trente Ans » par Philippe Bérenger et Henrike Sandner 
Le congrès de Vienne ou l’invention d’une nouvelle Europe 

« Ce qui n'était au départ qu’une querelle régionale entre catholiques et protestants va embraser l’Europe ». 

« Car cette guerre de religion se mue en une lutte de pouvoir sans merci entre puissances européennes. Trois décennies de chaos, d'intrigues et de terreur ». 

« Cette succession de conflits, de 1618 à 1648, ensanglantera notre continent, ravagé par les massacres, les pillages et les famines, et causera 8 millions de morts ». 

« Un âge de fer - La Guerre de Trente Ans » restitue avec ampleur ces trois décennies de barbarie grâce à de nombreux éclairages d'historiens, une splendide iconographie, mais aussi aux témoignages poignants de ceux qui ont vécu cette époque : les mémoires inédits du Père Joseph, éminence grise de Richelieu, le journal de Peter Hagendorf, soldat de tous les champs de bataille, la correspondance d’Élisabeth Stuart, la malheureuse "reine d’un hiver", l’autobiographie d’Anna Wrangel, orpheline devenue femme la plus puissante de Suède, les minutes du procès en sorcellerie de Barbara Xeller. Et aussi… les lettres secrètes de Rubens, peintre le plus célèbre d’Europe et maître espion du roi d’Espagne ». 

« Autant de destins d'exception qui permettent de découvrir la vie quotidienne en temps de guerre et rendent limpides les multiples rebondissements et tractations du conflit ».

Cette guerre sur le continent européen marque la lutte entre protestantisme et catholicisme : les États allemands protestants du Saint-Empire, les puissances européennes voisines à majorité protestante, Provinces-Unies et pays scandinaves, ainsi que la France qui, bien que "fille aînée de l'Eglise" et combattant les protestants sur son territoire, voulait réduire la puissance de la maison de Habsbourg, étaient opposés au  camp des Habsbourg d’Espagne et du Saint-Empire, bénéficiant du soutien de la papauté. Ce conflit a opposé la féodalité à l'absolutisme.

24 octobre 1648. La paix de Westphalie met un terme à la Guerre de Trente ans par la victoire de l'absolutisme. Une conférence diplomatique met fin à l’état de belligérance en fixant les conditions d’une coexistence pacifique entre Etats souverains. Est affirmé alors politiquement l’État-nation moderne, entité juridique détenant le monopole de la violence légitime et personne morale dans le cadre du droit international. Sur le plan religieux, s'applique le principe exprimé par la maxime latine "Cujus regio, ejus religio" (« A qui appartient la région, de celui-là la religion ») : la religion du souverain détermine celle de l'Etat et des habitants.

« En 1618, une révolte protestante éclate à Prague, la capitale de la Bohême, qui fait partie du vaste Saint Empire romain germanique ».

« Les rebelles chassent leur roi catholique et se dotent d'un souverain calviniste, Frédéric V, qui épouse Élisabeth Stuart, la fille du roi d’Angleterre. »

« L'empereur catholique Ferdinand II veut éradiquer cette résurgence protestante ».

« Les armées se préparent à entrer en guerre et recrutent des mercenaires ».

« Le jeune Peter Hagendorf s'engage pour sa part dans l'armée du royaume de Bohême, où, dans les églises, les calvinistes détruisent des œuvres d'art, avec l'assentiment du roi ».

« À Anvers, le peintre Pierre Paul Rubens se désole de cette furie iconoclaste ».
  
« Malgré le soutien du Danemark protestant, la Bohême est vaincue ».

« Peter Hagendorf s'engage dans l'armée impériale. Son journal intime nous livre un témoignage rare de la guerre de Trente ans ».

« En France, la tension s’accroît entre la monarchie catholique et les huguenots. Le conflit se cristallise à La Rochelle, soutenue par les Anglais. Un moine capucin, le Père Joseph, conseille le puissant cardinal Richelieu lors de l'interminable siège de la ville, qui finit par capituler ».

« Rubens accepte de rendre service à sa souveraine, Isabelle de Castille, en collectant des informations lors de ses séjours dans les cours européennes ».

« Malgré sa victoire sur les protestants de son pays, Richelieu s'inquiète de l’hégémonie du Saint Empire romain germanique, pourtant catholique ».

« La France va se livrer à un double jeu, en le soutenant officiellement et en finançant officieusement son nouvel adversaire, la Suède ».

« Une stratégie combattue par Marie de Médicis, mère du roi de France et fervente catholique ».

« Mais Louis XIII prend le parti de Richelieu et contraint sa mère à l’exil ».

« À Magdebourg, une bataille entre l’armée impériale et les Suédois tourne au carnage. Le soldat Hagendorf y sera gravement blessé. La jeune orpheline rescapée Anna Margareta von Haugwitz sera recueillie dans un couvent ». 

« Grâce aux progrès de l'imprimerie et au sens de la communication du Père Joseph, la nouvelle du massacre de Magdebourg se répand dans toute l’Europe ».

« Ces atrocités commises contre les protestants suscitent l’effroi jusque dans les pays catholiques ».

« L’empereur Ferdinand II en sort d’autant plus affaibli que les troupes suédoises volent de victoire en victoire ».

« À Biberach, l’aubergiste Barbara Xeller raconte comment catholiques et protestants, qui vivaient en paix et partageaient la même église, sont, avec l’invasion suédoise, désormais sommés de choisir un camp ».

« À la famine et aux pillages incessants s’ajoute un nouveau fléau : la peste ».

« La guerre de religion a fait place à une lutte sans merci pour la suprématie en Europe ».

« Pour remplacer les pertes militaires, des milliers de mercenaires affluent de tout le continent ».

« Hagendorf se bat désormais dans l’armée suédoise et constate la haine féroce qui s’est installée entre les soldats et une population civile affamée et pillée ».

« La jeune Anna Margareta von Haugwitz épouse le chef des armées suédoises, Carl Wrangrel, alors que les troupes catholiques espagnoles, alliées à celles de l’empereur, font reculer ses hommes ».

« La France entre alors officiellement en guerre contre Ferdinand II, tandis que ce dernier réussit à restaurer son autorité dans le Saint Empire en scellant la paix avec les princes protestants allemands ».

« La guerre bascule : les troupes impériales pénètrent en France et s’approchent de Paris. Le Père Joseph organise la résistance au côté de Richelieu, affaibli ».

« La guerre dure depuis vingt-cinq ans ».

« En 1643, un espoir surgit : les grandes puissances ont décidé de négocier en Westphalie. Mais chaque camp tente par les armes d’influer sur les pourparlers ».

« Victoires et défaites se succèdent, précipitant les populations dans des combats et des pillages sans fin ».

« À Biberach, les perspectives d’égalité de droits entre catholiques et protestants inquiètent les autorités en place qui pratiquent alors une chasse aux sorcières, accusant de nombreuses femmes protestantes d’avoir conclu un pacte avec le diable. Barbara Xeller sera l’une d’entre elles ».

« Au bout de cinq années, en 1648, la paix de Westphalie marque la fin d’une guerre sans vainqueur ».

« Une Europe constituée de nations et de religions diverses, capables de coexister, va émerger enfin. À l’"âge de fer" pourra succéder celui des lumières ».

"Un jour à Cologne en 1629"
Arte diffusera le 23 février 2019 "Un jour à Cologne en 1629" (Ein Tag in Köln 1629), par Sigrun Laste. "Cologne en l’an 1629 : voyage dans le temps, dans les pas d'une sage-femme, alors que la Guerre de Trente Ans fait rage à l'extérieur de la ville... Une série de documentaires-fictions historiques très documentés qui fait revivre une époque au travers d'un personnage et de son quotidien."

"En l’an 1629, Cologne est la plus grande ville du Saint Empire romain germanique. Alors qu’à l’extérieur, la guerre de Trente Ans fait rage, un calme trompeur règne sur la cité. L’époque connaît des bouleversements gigantesques : outre les guerres de religion et les catastrophes climatiques, la sorcellerie inquiète également beaucoup la population. Aux côtés de la sage-femme Anna Stein, nous découvrons le quotidien colonais, façonné par la foi, mais aussi la superstition. Son engagement et sa grande connaissance des herbes médicinales ont valu à la "ventrière", comme on dit alors, d’acquérir une réputation incontestée auprès de la population. Mais la moindre erreur pousse celle-ci à suspecter l’œuvre du Diable. Images pieuses à avaler et lettres d’indulgence sont monnaie courante, tandis que, sur les marchés, les imprimés que l'on distribue colportent les "informations" les plus fantaisistes".

Quelques dates clés

« 23 mai 1618
La défenestration de Prague : des protestants rebelles défénestrent les émissaires que leur a envoyé l’empereur du Saint-Empire Romain Germanique. La révolte s’étend à toute la Bohême et marque le début de la guerre de Trente Ans.
8 novembre 1620
La bataille de la Montagne blanche près de Prague est la première bataille importante de la guerre de Trente Ans.
Affrontant l’armée impériale et les insurgés de la Bohême, c’est une terrible défaite pour l’armée bohémienne. À la suite de cette bataille, le roi Frédéric V et la reine Élisabeth Stuart de Bohème s’enfuient.
10 septembre 1627 – 28 octobre 1628
Le siège de la Rochelle, orchestré par le cardinal de Richelieu pour le compte du roi Louis XIII, dure 14 mois et met un terme à l’autorité des huguenots sur la ville.
Dimanche 10 et lundi 11 novembre 1630
La journée des Dupes : le roi de France Louis XIII choisi le camp de Richelieu, dont la politique préconise de soutenir les protestants allemands pour lutter contre l’hégémonie des Habsbourg dont sont issus tous les empereurs du Saint-Empire romain germanique. Par conséquent, il choisit au détriment de son épouse Anne d’Autriche, infante d’Espagne et du Portugal, descendante des Habsbourg, et de sa mère, Marie de Médicis, de mère autrichienne et catholique intransigeante, qu’il contraint à l’exil.
Mai 1631
Le siège de Magdebourg : la ville protestante stratégique est assiégée, pillée et brûlée par les troupes du Saint-Empire romain germanique, commandées par le Général Tilly. L’annonce du ravage de cette ville, largement diffusée par la gazette du Père Joseph, sert les intérêts de Richelieu et marque une rupture dans la position de la France par rapport à l’Empire.
7 septembre 1631
La bataille de Breitenfeld : Soutenue par la France, l’armée suédoise écrase les troupes de l’Empereur à Breitenfeld. Ce moment clé de la guerre marque le début de la marche triomphale de la Suède sur l’Allemagne et l’élève au rang de grande puissance européenne.
16 novembre 1632
La bataille de Lutzen (près de Leipzig) : les armées suédoises du roi Gustave II Adolphe de Suède, qui meurt au combat ainsi qu’un tiers de ces hommes, s’imposent face à des forces de la Ligue catholique dirigées par le généralissime Albrecht von Wallenstein.
1635
À Prague, l’Empereur Ferdinand II conclu un accord de paix avec les princes protestants de son Empire. En même temps la France entre en guerre aux côtés de ses alliés suédois.
1643
Début des négociations de paix à Münster et à Osnabrück en Westphalie. Mais il faut deux années pour réunir les ambassadeurs venus des quatre coins de l’Europe et mettre au point les relations protocolaires. Catholiques et protestants ayant refusé de se rencontrer, les négociations se tiennent à partir de décembre 1644 à Münster pour les premiers et à partir de 1645 à Osnabrück pour les seconds.
24 octobre 1648
La Paix de Westphalie : Après cinq longues années de tractations et d’intrigues diplomatiques, les négociations de paix aboutissent enfin. Dans les hôtels de ville deMünster et d’Osnabrück, une série de traités est signéeentre les différents acteurs de la guerre. C’est la fin d’uneguerre totalement inédite dans l’histoire de l’Humanité :une guerre sans vainqueur.
Trois accords de paix particulièrement importants marquent le début de l’Europe moderne, ses États et son droit des nations. Les différentes confessions jouissent désormais d’une égalité des droits :
Le premier était le traité de paix entre l’Espagne et les Pays-Bas, mettant fin à 80 ans de guerre entre l’Espagne et les Pays-Bas. Il scella l’indépendance des sept provinces septentrionales, qui devinrent alors la République des Pays-Bas, un État souverain autonome en Europe.
Le second traité de paix fut signé entre le Saint-Empire et la Suède. L’élément le plus important pour la Suède fut la somme versée par l’Empire pour que les troupes suédoises abdiquent.
Le troisième accord de paix scellait la paix entre le Saint- Empire, la France et les villes impériales.
Environ 8 millions de personnes sont mortes pendant la guerre de Trente Ans, qu’on appela aussi la Grande Guerre avant celle de 14-18 ».

Les principaux protagonistes

« Élisabeth Stuart
La « Reine d’un hiver »
Née à Falkland en Écosse le 19 août 1596, Élisabeth est la fille ainée de Jacques Stuart, roi d’Angleterre et d’Ecosse. 
Cette femme cultivée maitrise parfaitement le français, la langue diplomatique de l’Europe. Sa beauté et son intelligence lui ont valu d’être courtisée par les plus beaux partis d’Europe. Mais elle a porté son choix sur un jeune prince protestant allemand : Frédéric V du Palatinat, roi de Bohème. Couronnée en 1619, leur règne ne durera qu’un an: Après la défaite de la bataille de la Montagne blanche, les souverains s’enfuient et trouvent exil à la Haye aux Pays-Bas du Nord, la province protestante.

Rubens
Peintre et maître-espion du roi d’Espagne
Pierre Paul Rubens, né le 28 juin 1577 à Siegen en Allemagne, est le peintre le plus célèbre de son temps.
Souverains, aristocrates et hauts dignitaires de l’Eglise se disputent ses oeuvres. L’artiste vit alors en Flandre, à Anvers, une ville dont il est un des citoyens les plus riches et les plus respectés. Pourtant, Rubens est bouleversé par les conflits religieux qui déchirent son époque. Ses parents, qui étaient sans doute protestants, ont été victimes de persécutions. Rubens, lui, est un catholique convaincu dont les oeuvres monumentales ornent de nombreuses églises d’Anvers. Il était marié avec Isabella Brant avec laquelle il a eu trois enfants. Il meurt le 30 mai 1640 à Anvers.

Peter Hagendorf
Soldat mercenaire
Né vers 1602 dans les environs de Magdebourg en Allemagne, il a écrit un journal intime très riche, le seul témoignage du point de vue d’un simple soldat engagé dans cette guerre. Avec son régiment, il sillonne l’Italie, l’Allemagne, la France, des contrées baltes et les côtes de la mer Baltique. Selon l’usage de l’époque, sa femme et ses enfants l’accompagnaient, mais les privations et la maladie leur sont fatales. Recruté par l’armée bavaroise, alliée de l’Empereur, en 1626, il est enrôlé de force par l’armée suédoise en 1634. Il passe d’un camp à l’autre en fonction des victoires et des défaites de chacun. Après la guerre, il devient maire de Görzke en 1650. Il décède le 4 février 1679.

Père Joseph
Éminence grise de Richelieu
François Leclerc du Tremblay, dit le « Père Joseph », né le 4 novembre 1577 à Paris, est-un des personnages les plus fascinants de son époque. Issu de la haute-noblesse, il mène pourtant la simple existence d’un moine-mendiant. 
Humble et discret, le Père Joseph a accès aux cercles les plus fermés du pouvoir. Il se bat pour la foi chrétienne et veut ramener les protestants au catholicisme. Le Cardinal de Richelieu, principal ministre de Louis XIII, a vite compris toute l’utilité d’un homme aussi bien renseigné. Le Père Joseph devient rapidement son plus proche conseiller. Il meurt le 17 décembre 1638 à Rueil.

Barbara Xeller
Aubergiste
Elle tient avec son mari Jacob une taverne à Biberach dans le sud de l’Allemagne. Ici comme dans de nombreuses autres villes de l’Empire, le conseil municipal, et donc le pouvoir, est catholique, tandis que la population est protestante. Cette situation inégalitaire est l’un des points importants des négociations de Paix qui se déroulent en Westphalie, ce qui inquiète les autorités de Biberach. Elles imaginent alors une vaste chasse aux sorcières qui accuse de nombreuses femmes protestantes d’avoir conclu un pacte avec le diable. À l’automne 1647, Barbara Xeller se retrouve ainsi accusée de sorcellerie par d’invraisemblables témoignages. En 1649, elle est innocentée.

Anna Wrangel
Orpheline devenue femme la plus puissante de Suède
Née le 16 janvier 1622 à Calbe en Allemagne, Anna Margareta von Haugwitz est la seule survivante de sa famille lors des massacres commis par les troupes impériales catholiques en 1630. Elle est recueillie dans un couvent catholique, puis par la Comtesse de Löwenstein, qui l’emmène vivre avec elle dans un camp militaire suédois en Allemagne, sous la protection du jeune officier Carl Gustav Wrangel. Carl Gustav et Anna Margaretha se marient le 1er juin 1640 et Anna suit son mari à la guerre.
À seulement 31 ans, Carl Gustaf Wrangel est promu commandant en chef de l’armée suédoise tout entière.
Pendant la guerre, le couple a amassé une énorme fortune. Après la guerre, ils mènent une vie opulente, dans leur château de Skokloster en Suède. Anna meurt le 20 mars 1673 à Stockholm ».


"Un jour à Cologne en 1629" par Sigrun Laste
Allemagne, 2018, 51 min
Sur Arte le 23 février 2019 à 21 h 45

« Un âge de fer - La Guerre de Trente Ans » par Philippe Bérenger et Henrike Sandner
Allemagne, 2018
Sur Arte 
1ère partie : « Chaos 1618 – 1621 » : le 13 octobre 2018 à 20 h 50
Visuels :
Chateau de Prague
© LOOKSfilm – Slot Machine- Bach

Bo Eriksson (Professeur associé Stockholm University)
© LOOKSfilm – Slot Machine- Bach

2e partie : Dieu (1626-1630) ; (Gott 1626 – 1630) : le 13 octobre 2018 à 21 h 40
Visuel :
Sam Louwyck (Peter Paul Rubens)
© LOOKSfilm – Slot Machine- B

3e partie : Pouvoir (1630-1632) ; (Macht 1630 - 1632) : le 13 octobre 2018 à 22 h 35
4e partie : Ravages (1632-1633) ; (Verwüstung 1632 - 1633) : le  20 octobre 2018 à 20 h 50
Visuel :
Champ de bataille
© LOOKSfilm – Slot Machine- B

5e partie : Revirement (1634-1640) ;  (Rache 1634 - 1640) : le 20 octobre 2018 à 21 h 40
6e partie : Paix (1634-1640) ; (Frieden 1646 - 1649) : le 20 octobre 2018 à 22 h 35
           
Visuels :
Gros plan de livre d’époque
© LOOKSfilm – Slot Machine- B

Le journal de Peter Hagendorfs
© LOOKSfilm – Slot Machine- B

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English 
Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 12 octobre 2018.

vendredi 22 février 2019

Visionaries: Creating a Modern Guggenheim


Le Solomon R. Guggenheim Museum à New York a présenté l’exposition Visionaries: Creating a Modern Guggenheim (Visionnaires : Créer un moderne Guggenheim). Il soulignait l’esprit pionnier de six collectionneurs amateurs d’artistes d’avant-garde, dont Peggy Guggenheim. Arte diffusera le 24 février 2019, dans le cadre de la série "La magie des grands musées" (The Art of Museums), "Le musée Guggenheim, New York" ("Das Solomon R. Guggenheim Museum, New York"), documentaire réalisé par Julie Kirchhoff. 

A l’occasion du 80e anniversaire de la Solomon R. Guggenheim Foundation, l’exposition Visionaries: Creating a Modern Guggenheim présente plus de 170 œuvres provenant de la collection permanente du Solomon R. Guggenheim Museum, à New York, et de la Peggy Guggenheim Collection, à Venise.

En réunissant de nombreuses œuvres parmi les plus iconiques de la Fondation et des trésors artistiques moins connus, cette exposition explore les innovations d’avant-garde de la fin du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle, ainsi que les activités révolutionnaires de six maîtres pionniers qui ont projeté dans la lumière certains des artistes les plus importants de leur époque et établi l’identité de la Guggenheim Foundation comme institution avant-gardiste. Parmi les artistes exposés, dont certains émigrés européens ont introduit à la fin des années 1930 des approches artistiques audacieuses : Alexander Calder, Paul Cézanne, Marc Chagall, Joseph Cornell, Edgar Degas, Max Ernst, Paul Gauguin, Alberto Giacometti, Vasily Kandinsky, Paul Klee, Fernand Léger, René Magritte, Édouard Manet, Piet Mondrian, Pablo Picasso, Camille Pissarro, Jackson Pollock, Pierre-Auguste Renoir, Yves Tanguy et Vincent van Gogh.

Alchemy (1947) de Jackson Pollock, considéré parmi ses meilleures peintures et une icône célébrée de l’abstraction d’après-guerre, est présentée aux Etats-Unis pour la première fois depuis cinquante ans.

Accueillie dans la rotonde conçue par Frank Lloyd Wright et la Thannhauser Gallery dans la Tour niveau 2, l’exposition Visionaries: Creating a Modern Guggenheim présente les œuvres exceptionnelles du musée au travers des perspectives de six amoureux de l’avant-garde artistique qui ont rencontré la Guggenheim Foundation dès ses premières décennies d’existence et lui ont donné leur collection personnelle, entièrement ou en partie : Peggy Guggenheim, nièce de Solomon R. Guggenheim, Hilla Rebay, l’artiste peintre Katherine S. Dreier, le marchand d’art juif allemand Justin K. Thannhauser qui avait fui l’Allemagne nazie, le galeriste Karl Nierendorf.

Le premier de ces visionnaires s’avère le fondateur du musée, l’industriel Solomon R. Guggenheim (1861-1949), qui, grâce à sa conseillère, l’artiste Hilla Rebay née en Allemagne, s’est affirmé en grand champion de l’art non objectif – un axe d’abstraction aux objectifs spirituels, illustré par le travail de Vasily Kandinsky. Constitué dans le contexte de la crise économique et de la guerre dans les années 1930 et 1940, la collection moderne unique de Guggenheim a servi de base à sa Fondation, créée en 1937 afin d’encourager l’art, l’éducation artistique, et d’éclairer le public.

La « collection Solomon R. Guggenheim Foundation a été marquée par des acquisitions majeures de contemporains qui partageaient l’esprit pionnier de Guggenheim. Ces acquisitions incluent un ensemble de chefs d’œuvres impressionnistes et des débuts de l’Ecole de Paris de Justin K. Thannhauser, l’inventaire éclectique expressionniste du marchand d’art émigré Karl Nierendorf, les peintures et sculptures abstraites et surréalistes de l’auto-proclamée « art addict » Peggy Guggenheim, et des exemples des donations des artistes Katherine S. Dreier et Hilla Rebay, ayant joué un rôle important dans la promotion de l’art moderne en Amérique ».

L’exposition Visionaries: Creating a Modern Guggenheim a pour commissaire Megan Fontanella, commissaire aux Collections and Provenance, du Solomon R. Guggenheim Museum, avec la collaboration de Ylinka Barotto, commissaire adjoint, du Solomon R. Guggenheim Museum.

Instrumentalisation
Ce qui est gênant est l’instrumentalisation politique de cette exposition sur les œuvres d'art remarquables, généralement d'avant-garde, discernées, achetées, réunies par des collectionneurs avisés, éclairés.

Ainsi, Richard Armstrong, directeur du musée et de la Fondation Guggenheim, a déclaré lors du vernissage de cette exposition : « Ce n’est pas un secret : nous traversons une période au cours de laquelle des principes fondamentaux comme la tolérance et l’esprit critique sont contestés… De nombreux défis similaires ont été affrontés par certains des visionnaires de l’expression créatrice… Nous trouvons l’inspiration dans des individus dont les croyances sont que l’art peut changer le comportement humain ». Une référence claire à la politique du Président Donald Trump en matière d’immigration selon l’AFP. Un message réitéré sur la page Facebook  et sur le site Internet du musée Guggenheim. Comme si les deux époques étaient similaires ! Comme si les émigrés fuyant le IIIe Reich et notamment sa politique antisémite pour rejoindre l’Amérique et y contribuer à façonner l’art américain étaient similaires aux immigrés illégaux venant de pays soutenant le terrorisme ou véhiculant des idées contraires aux valeurs américaines.

Et Armstrong d’ajouter : l’exposition rappelle une époque pendant laquelle « des artistes et des marchands d’art ont fui une guerre précédente… et ont trouvé un refuge, un foyer et la liberté aux Etats-Unis ».

La politique du musée Guggenheim suscite des interrogations. Ainsi, le 27 mai 2016, Abraham Foxman, ancien directeur de l’Anti-Defamation League (ADL), a fustigé l’article Censorship in Israel de Chen Tamir, commissaire d’expositions israélienne, publié sur le site Internet du musée. Chen Tamir stigmatisait la « censure » et « l’occupation » israéliennes, « l’oppression » des Palestiniens, les « organisations paramilitaires qui espionnent les activistes et organisations droitsdel’hommistes, dont le groupe extra-politique Im Tirtzu », le ministres de l’Education Naftali Bennett et la ministre de la Culture et des Sports Miri Regev. Abraham Foxman a souligné combien cet article allait au-delà du débat sur l’art, et était politique : « Si le musée Guggenheim veut faire de son site web un lieu de discussion sur la censure, je peux lui donner une liste de 25 pays par lesquels commencer, et non Israël ».

Emirats Arabes Unis
Le 27 mai 2017, le site Elder of Ziyon a persiflé sur la gêne et l’hypocrisie du musée Guggenheim qui essaie depuis 2006 d’établir un gigantesque musée  à Abu Dhabi, aux Emirats arabes unis (EAU), et prévoyait l’ouverture en 2012. Un Etat qui impose une censure « islamiquement correcte » interdisant la nudité et le blasphème, alors que le gouvernement israélien refuse de financer avec l’argent public des événements délégitimant l’Etat d’Israël. Les Emirats arabes unis sont vraisemblablement réticents à l’égard d’un musée au nom à consonance juive

"Peggy Guggenheim, la collectionneuse"
Dans le cadre de la 18e édition du Mois du Film documentaire, "Peggy Guggenheim, la collectionneuse" (Peggy Guggenheim: Art Addict), documentaire réalisé par Lisa Immordino Vreeland (Dakota group, USA, 2015, 96 minutes, VO), a été projeté le 28 novembre au cinéma Le Clair à Thiviers et le 30 novembre 2017 au cinéma Grand Ecran à Saint-Vincent de Tyrosse.

"Libre et avant-gardiste, Peggy Guggenheim a traversé les bouleversements du XXème siècle aux côtés d’artistes qu’elle a fait connaître mondialement. Elle a notamment révélé le talent de Jackson Pollock, Alexander Calder ou encore Max Ernst. Des entretiens inédits de Peggy Guggenheim elle-même ainsi que des témoignages d’artistes et de critiques d’arts mettent en lumière la vocation et la vie tumultueuse de cette grande collectionneuse et icône de l’art moderne".

"Lisa Immordino Vreeland follows up her acclaimed debut "Diana Vreeland: the eye has to travel" with Peggy Guggenheim: art addict. A colorful character who was not only ahead of her time but helped to define it, peggy guggenheim was an heiress to her family fortune who became a central figure in the modern art movement. As she moved through the cultural upheaval of the 20th century, she collected not only art, but artists. Her colorful personal history included such figures as samuel beckett, max ernst, jackson pollock, alexander calder, marcel duchamp as well as countless others. While fighting through personal tragedy, she maintained her vision to build one of the most important collections of modern art, now enshrined in her venetian palazzo".

"Le musée Guggenheim, New York"
Arte diffusera le 24 février 2019, dans le cadre de la série "La magie des grands musées" (The Art of Museums), "Le musée Guggenheim, New York" ("Das Solomon R. Guggenheim Museum, New York"), documentaire réalisé par Julie Kirchhoff. "Une visite du musée Guggenheim de New York commentée par Norman Foster, Marina Abramovic et Olafur Eliasson. Le célèbre musée à la structure hélicoïdale conçu par Frank Lloyd Wright nous donne à voir son imposante collection constituée, entre autres, d’oeuvres de Vassily Kandinsky, Marcel Duchamp et Jackson Pollock".

"Conçu par l’architecte Frank Lloyd Wright afin d’abriter l’imposante collection d’art moderne de l’industriel Solomon R. Guggenheim, le musée éponyme composé d’une rotonde en spirale et d’une tour a ouvert ses portes au public en 1959. Car après la Seconde Guerre mondiale, le centre de gravité du monde de l’art cesse d’être parisien pour devenir américain. Ce musée d’un genre nouveau ne tarde pas à s’imposer comme le dépositaire de l’esprit avant-gardiste, sous l’influence de nombreux artistes européens en exil qui ont apporté aux États-Unis leurs idées et leurs traditions. Au détour d’une visite commentée par sir Norman Foster, Marina Abramovic et Olafur Eliasson, ainsi que par Julie Mehretu, peintre contemporaine d’origine éthiopienne, le célèbre musée à la structure hélicoïdale excentrique nous donne à voir son imposante collection constituée, entre autres, d’œuvres de Vassily Kandinsky, Marcel Duchamp et Jackson Pollock."


"Le musée Guggenheim, New York" par Julie Kirchhoff
Allemagne, 2018
Sur Arte le 24 février 2019 à 18 h 10
Visuels : © Konrad Waldmann

Du 10 février au 6 septembre 2017
1071 Fifth Avenue. New York, NY 10128-0173
Tel. : 212 423 3500
Du lundi au mercredi, jeudi et dimanche de 10 h à 17 h 45, samedi de 10 h à 19 h 45

Visuels : 
Couverture du catalogue
Piet Mondrian(1872-1944)
Composition No. 1: Lozenge with Four Lines, 1930
Oil on canvas
29 5/8 x 29 5/8 inches (75.2 x 75.2 cm); vertical axis: 41 3/8 inches (105 cm)
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, The Hilla Rebay Collection 
71.1936.R96

Edgar Degas
Dancers in Green and Yellow, ca. 1903
Pastel and charcoal on several pieces of tracing paper, mounted to paperboard, 98.8 x 71.5 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, Gift, Justin K. Thannhauser, 1978

Constantin Brancusi
Little French Girl (The First Step [III]) (La jeune fille française), ca. 1914–18
Oak, 152.4 x 38.7 x 32.4 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Gift, Estate of Katherine S. Dreier, 1953
© 2017 Artists Rights Society (ARS), New York/ADAGP, Paris
Photo: David Heald

Jackson Pollock
Alchemy, 1947
Oil, aluminum, alkyd enamel paint with sand, pebbles, fibers, and broken wooden sticks on canvas, 114.6 x 221.3 cm
The Solomon R. Guggenheim Foundation, Peggy Guggenheim Collection, 1976
© 2017 The Pollock-Krasner Foundation/Artists Rights Society (ARS), New York

Peggy Guggenheim seated on a Correalist Rocker, Surrealist Gallery, Art of This Century, New York, ca. 1942
From left: René Magritte, Voice of Space (La voix des airs, 1931); Leonor Fini, The Shepherdess of the Sphinxes (1941); Leonora Carrington, The Horses of Lord Candlestick (1938); and Joan Mirò, Dutch Interior II (Intérieur hollandaise, summer 1928)
© AP Photos Courtesy Solomon R. Guggenheim Foundation, New York, 2017

Solomon R. Guggenheim at the Plaza Hotel, New York, ca. 1937, with Rudolf Bauer’s Andante (from Tetraptychon: Symphony in Four Movements, 1926–30)
Photo: Underwood and Underwood Studios, New York, courtesy HvRF Archives

Justin K. Thannhauser in his private residence, New York, November 1957, with Pablo Picasso’s Fernande with a Black Mantilla (Fernande à la mantille noire, 1905–06, Solomon R. Guggenheim Museum) Courtesy ZADIK

Vasily Kandinsky
Composition 8 (Komposition 8), July 1923
Oil on canvas, 140 x 201 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Solomon R. Guggenheim Founding Collection, By gift, 1937
© 2017 Artists Rights Society (ARS), New York/ADAGP, Paris

Pablo Picasso
Woman with Yellow Hair (Femme aux cheveux jaunes), Paris, December 1931
Oil on canvas, 100 x 81 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York,
Thannhauser Collection, Gift, Justin K. Thannhauser, 1978
© 2017 Estate of Pablo Picasso/Artists Rights Society (ARS), New York

Installation View: Visionaries: Creating a Modern Guggenheim, Solomon R. Guggenheim Museum, New York, February 10, 2016–September 6, 2017
Photo: David Heald © Solomon R. Guggenheim Foundation, 2017

Articles sur ce blog concernant :
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Shoah (Holocaust)
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Cet article a été publié le 6 septembre 2017, puis le 27 novembre 2017.

Trésors de la Peste noire : Erfurt et Colmar (Schätze des Schwarzen Todes aus Erfurt und Colmar)


Le passionnant catalogue d’une exposition itinérante didactique présente des trésors - bijoux, pièces d’orfèvrerie de table, monnaies, éléments de parure - découverts par hasard, dans d’anciens quartiers juifs, en 1998 à Erfurt (Thuringe) et en 1863 à Colmar (Haut-Rhin). Divers indices suggèrent que ces « trésors ont appartenu à un membre de la communauté juive et qu’ils ont du être cachés lors des persécutions contre les juifs en 1348-1350 quand la Peste noire déferla sur l’Europe et faucha un tiers de la population ». Ces trésors nous renseignent sur la situation, florissante et précaire, des Juifs dans les villes de l’Empire germanique et l'orfèvrerie profane au XIVe siècle. Arte diffusera le 17 février 2019, dans le cadre de "Points de repères" ("Im Lauf der Zeit"), "La peste noire, l’ennemi invisible" (Die Pest, der heimtückische Feindpar Pierre Lergenmüller. 

Pour la première fois ont été exposés ensemble, en 2007 au Musée national du Moyen-Age-Thermes et hôtel de Cluny  (Paris) sous le titre Trésors de la Peste noire : Erfurt et Colmar, en 2009 à la Wallace Collection  (Londres) sous le titre Treasures of the Black Death, puis dans une ancienne synagogue d'Erfurt , plus de 200 pièces - bijoux, pièces d’orfèvrerie de table, monnaies - de « deux trésors enfouis au XIVe siècle », à Colmar et à Erfurt, lors des persécutions contre les Juifs en 1348-1350, quand la Peste noire décima un tiers de la population européenne et déclencha des violences antisémites. 

« Au milieu du XIVe siècle, l’Europe fut frappée par une très grave épidémie qui faucha un tiers de sa population : la « Peste noire » qui déferla en Europe (1347-1352). Accusés d'avoir répandu la peste, les membres des communautés juives subirent des persécutions, qui les incitèrent à enfouir leurs biens. 

Divers indices suggèrent que ces deux trésors, découverts à Colmar (Haut-Rhin, France) en 1863 et à Erfurt (Thuringe, Allemagne) en 1998, « ont appartenu à un membre de la communauté juive et qu’ils ont du être cachés lors des persécutions contre les juifs en 1348-1350 quand la Peste noire déferla sur l’Europe et faucha un tiers de la population ». Parmi ces indices : la date des monnaies les plus récentes, le lieu de découverte et surtout la présence dans chaque trésor d’une bague de mariage juive.

A l’instar « d’autres ensembles de même origine comme ceux de Weissenfels, Lingenfeld, Münster, Środa Ślaska (Pologne) », ces « trésors au double sens de trouvaille archéologique et de collection d'objets précieux », ont été découverts par hasard, lors de travaux dans d’anciens quartiers juifs, à Colmar en 1863 et à Erfurt en 1998. Ils « s'avèrent de précieux témoignages sur les activités et rôles économiques ainsi que la prospérité des communautés juives médiévales dans les villes de l’Empire germanique au XIVe siècle, mais aussi sur leur précarité et leur insécurité croissantes au sein de la chrétienté médiévale. Composés de bijoux, de pièces d'orfèvrerie de table et de monnaies, ces ensembles constituent par ailleurs une source exceptionnelle sur l'orfèvrerie profane de la fin du XIIIe siècle et de la première moitié du XIVe siècle, qui représentait la majeure partie de la production de l'époque », mais dont peu d'exemplaires sont conservés à la différence de l’orfèvrerie religieuse rassemblée dans les trésors d’église ». Ces « objets montrent la vitalité du commerce des objets d’orfèvrerie entre les différentes régions d’Europe, et la circulation de modèles et de styles en provenance de centres de production importants comme Paris, la Rhénanie ou l’Italie ».

Découvert dans le mur d’une maison du quartier juif médiéval de Colmar lors de travaux en 1863, ce trésor constitué de monnaies et bijoux est majoritairement détenu par le musée du Moyen Âge, qui « en a acquis la plus grande partie en 1923 ». Quelques objets et pièces de monnaie, dérobés au moment de la découverte, sont aujourd’hui conservés au musée d’Unterlinden de Colmar et à la Bibliothèque municipale de Colmar. Ce trésor a été présenté intégralement en 1999 lors d'une exposition au musée d’Unterlinden.

En 1998, « environ six cents pièces d'orfèvrerie et trois mille monnaies furent exhumées, lors de travaux dans l'ancien quartier juif d'Erfurt. Cet ensemble est conservé à Weimar dans les services de la conservation du patrimoine de Thuringe (au TLDA, Thürigisches Landesamt für Denkmalpflege und Archäologie) et est exposé depuis 2009 en permanence à dans une ancienne synagogue d’Erfurt. 

Le catalogue insiste « sur les parentés entre ces deux ensembles composés de bijoux, d’éléments de parure, de pièces d’orfèvrerie de table - en or et en argent - enrichies de perles, de pierres précieuses et d’émaux, et de monnaies » et présente ensemble, pour la première fois, et en parallèle, ces deux trésors « enfouis à Colmar et à Erfurt, dans des conditions similaires au XIVe siècle, et découverts à 135 ans d’intervalle ».

Parmi plus de deux cents pièces, certaines sont « rares voire uniques comme un étonnant « nécessaire de toilette », la série de huit gobelets que l'on peut emboîter, une serrure miniature ou un fermail orné d'un arc et d'une flèche ». 

Les propriétaires de ces trésors « leur attribuaient une grande valeur, sans doute à la fois marchande et affective, puisqu’ils décidèrent de les mettre à l’abri. Si cette valeur et la fonction de réserve monétaire, cruciale pour les membres des communautés juives, rapproche ces ensembles d'orfèvrerie et de monnaies du trésor d'église ou du trésor royal, il y manque la dimension du sacré, cet « échange avec l'invisible » dont parle Krzysztof Pomian3. Les pratiques d'accumulation et d'ostentation associées à la notion de trésor et à celle de collection royale, princière ou aristocratique, sont peut-être présentes ici, mais à un moindre degré ».

La peste noire
En septembre 1347, douze bateaux génois en provenance de Constantinople débarquent à Messine, en Sicile, et amènent avec eux la peste, qui, à partir d’un foyer asiatique, avait atteint la Mer Noire.

Dès le mois d’octobre 1347, l’épidémie se répand en Sicile, se diffuse ensuite vite, par vagues successives. Elle atteint Florence, Paris, Séville en 1348, puis l’Angleterre et l’Empire en 1349, la Suède en 1350, la Pologne en 1351 et la Russie en 1352. De la Scandinavie à l’Espagne, toute l’Europe est atteinte. De rares espaces géographiques sont épargnées : Flandres, Franconie, et Pologne méridionale.

« Il y eut une si grande mortalité d’êtres humains des deux sexes, et davantage des jeunes que des vieux, qu’à peine les pouvait-on ensevelir », relate le chroniqueur Jean de Venette. Un tiers environ de la population européenne est fauchée.

L’épidémie induit « la peur, la fuite, des réactions irrationnelles. Elle désorganise les sociétés et met à mal les liens familiaux et communautaires, comme le décrit Boccace dans le prologue du Decameron (1349-1351). Les populations sont d’autant plus désemparées que la peste proprement dite avait disparu d’Europe depuis la « peste de Justinien » (541-544) et ses retours jusqu’au VIIIe siècle ».

On ignore alors les causes de ce fléau et son mode de contagion par la puce du rat noir.

On « invoque un châtiment divin, un « vengeance de Dieu pour les péchés du monde », selon les termes du chroniqueur Jean le Bel. Des cohortes de pénitents se flagellent en public, se déplaçant de ville en ville, ce qui contribue à la diffusion du mal. Pour la Faculté de Médecine de Paris, il faut incriminer une corruption de l’air dont la cause première serait « quelque constellation céleste ».

« L’accusation portée contre les Juifs d’avoir empoisonné les puits et les fontaines fournit un exutoire à la peur et désigne un bouc émissaire. Ce qui génère des massacres, surtout dans l’Empire ». 

La peste resurgit à la fin du Moyen Age et sévit de manière récurrente en Europe jusqu'à la peste de Marseille de 1720. Celle-ci aurait pu être évitée si les règles de prudence avaient alors prévalu.

Divers trésors de la Peste noire
Divers « trésors de la Peste noire » existent, dont beaucoup ont été découverts en terre d’Empire, essentiellement dans la vallée du Rhin. Citons celui de Weissenfels (en Saxe-Anhalt), mis au jour en 1826, est le seul ayant aussi une bague de mariage juive.

« Pour certains trésors, c'est le lieu de l’invention qui, ajouté à des indications chronologiques déduites des monnaies, oriente vers les persécutions contre les Juifs de 1348-1350. Ainsi du trésor de Münster (Westphalie), découvert en 1951 dans une maison située à la limite du quartier juif, près d’une synagogue, ou de la trouvaille du cimetière juif de Bâle (1937) ». 

Le plus souvent, « c’est la seule étude des monnaies et des objets qui conduit à l'hypothèse d’un enfouissement au milieu du XIVe siècle. C’est le cas des trois trouvailles de Cologne, sans doute cachées vers 1348-1349 ; de celle de Valendar (près de Coblence), enfouie après 1340, peut-être en 1349 ; de celle de Jülich (Rhénanie), découverte en 1953, et enterrée vers 1348 ; du trésor de Lingenfeld (Palatinat), trouvé en 1969, et enfoui vers 1348-1349. En revanche, pour certaines trouvailles, comme celle de Treuenbrietzen (Allemagne du Nord) ou de Kelebia (Hongrie), le lien avec les persécutions anti-juives de la Peste noire est moins assuré. Celles de Gransee et de Pritzwalk  (Brandebourg) auraient, pour leur part, été enfouies respectivement vers 1370 et dans le dernier quart du XIVe siècle ».

De nombreux trésors liés à la Peste noire sont, comme celui de Marbach en Alsace découvert en 1862, composés seulement de monnaies. « Quelques ensembles, à l’instar de ceux d’Erfurt et de Colmar, sont mixtes, comportant aussi des objets d’orfèvrerie : la trouvaille de l'hôtel de ville de Cologne (1953), les trésors de Lingenfeld, Weissenfels et Münster. L’ensemble de Lingenfeld comprend, outre ses 2500 monnaies, des pièces d’orfèvrerie de table (dont une double coupe) et quelques bijoux. Le trésor de Münster, à côté de ses 1941 monnaies, se compose surtout de bijoux (dont dix-neuf fermaux), ainsi que celui de Weissenfels, moins important ».

Tous ces trésors luxueux « rassemblent des pièces d’orfèvrerie d’argent et d’argent doré. Le trésor de Środa Ślaska (ouest de Wroclaw, Pologne), découvert en 1988 sur le terrain de la décharge municipale, parmi des matériaux de démolition, et vraisemblablement enfoui vers 1349-1350, occupe une place à part parmi les « trésors de la Peste noire ». Il est en effet composé, en plus de monnaies d'or et d'argent, de bijoux exclusivement en or, dont une couronne enrichie de pierres précieuses. Selon Jerzy Pietrusinski, ces joyaux pourraient provenir du trésor de la maison royale de Luxembourg – ils ont peut-être appartenu à l’empereur Charles IV (1346-1378) -, et avoir été déposés en gage vers 1340 chez un financier juif de Środa Ślaska. La pratique du dépôt de joyaux en gage par des souverains qui avaient recours à des prêteurs juifs est attestée par ailleurs : en 1339, le roi d'Angleterre Edouard III met en dépôt auprès de l'archevêque de Trèves, en garantie de la créance du puissant financier juif strasbourgeois Vivelin le Roux, la grande couronne royale d'Angleterre ».

Les « trésors de la Peste noire » d’Erfurt et de Colmar
Les communautés juives de Colmar et d’Erfurt « comptent parmi les plus grandes d’Alsace et de Thuringe, régions où la présence juive est attestée à partir du XIIe siècle. Petites cellules autonomes et minorités religieuses protégées par le pouvoir en échange d’impôts, les communautés juives jouaient, par leurs activités financières et commerciales, un rôle important dans l’économie urbaine. L’étude des monnaies et des lingots montre que le possesseur du trésor d’Erfurt était sans doute un marchand d’envergure internationale (présence de gros « tournois » et de 14 lingots), tandis que celui du trésor de Colmar devait exercer son activité localement (nombreuses monnaies locales et régionales, notamment bâloises) ».

Les trésors d’Erfurt et de Colmar « contiennent peut-être des objets mis en gage, reflet de l’activité de prêt d’argent, mais peuvent également constituer des possessions personnelles, ayant sans doute appartenu à des familles aisées de commerçants et de banquiers, celles qui par ailleurs administraient les communautés juives ».

Les « monnaies les plus récentes de ces trésors rattachent leur enfouissement aux persécutions liées à la Peste noire, point culminant d’une détérioration de la condition des communautés juives – dans un contexte de tension croissante entre chrétiens et juifs – ponctuée de mesures discriminatoires, d’accusations diverses (usure, meurtre rituel, profanation d’hosties…) et d’explosions de violences (dans l’Empire, les trois grandes vagues de 1287, 1298 et 1336-1338) ».

Ces ensembles ont été retrouvés dans l’ancien quartier juif médiéval d’Erfurt ou de Colmar. Cette localisation ne permet pas à elle seule d’affirmer la judéité de leurs propriétaires. En effet, dans les quartiers qualifiés de « juifs », habitaient souvent juifs et chrétiens. 

Un deuxième élément s’avère plus décisif : chacun de ces trésors comporte une bague de mariage juive. Ce qui atteste leur appartenance à un membre de la communauté juive.

D’autre part, « l’analyse iconographique et stylistique des pièces d’orfèvrerie et l’étude des monnaies conduisent à l’hypothèse d’un enfouissement vers le milieu du XIVe siècle. Si quelques objets ont été fabriqués au XIIIe siècle, la plupart datent de la première moitié, voire du deuxième quart, du XIVe siècle. L’étude des monnaies confirme ces données et apporte des précisions chronologiques. Les monnaies les plus récentes, qui fournissent le terminus post quem de l'enfouissement, le rattachent à la Peste noire. Pour la trouvaille de Colmar, il s’agit du florin d’or frappé par Louis Ier de Hongrie à Buda entre 1342 et 1353. S’y ajoutent les florins rhénans à l’effigie de Louis IV de Bavière décédé en 1347. Enfin, la série des bractéates de Bâle s’arrête sous l’épiscopat de Jean II de Münsingen (1335-1365), avant l’émission des bractéates avec BA, datée de 1340-1344. Pour le trésor d’Erfurt, la monnaie la plus récente est le gros tournois d’Adolphe VIII de Berg (1308-1348), frappé au nom de l’empereur Louis IV (1328-1347) ».

Ces « trésors ont dû être enterrés au moment ou par crainte des massacres perpétrés lors de la Peste noire contre les communautés juives, en janvier 1349 à Colmar et en mars 1349 à Erfurt. Ces événements étaient le signe d'une détérioration de la situation des communautés juives en Occident, dont témoignent la décision du concile de Latran IV (1215) d’imposer le port d'un signe distinctif, et les expulsions temporaires (France, 1306) ou définitives (Angleterre, 1290). La vague de persécutions de 1348-1350 fut la plus importante du Moyen Âge. Elle sévit en Catalogne, en Provence, en Dauphiné, en Savoie, et surtout dans l’Empire ».

« Massacres et bûchers, comme celui de la « Fosse aux Juifs » à Colmar, firent de nombreuses victimes (976 morts à Erfurt le 2 mars 1349). L’invention même des trésors de Colmar et d'Erfurt, au XIXe siècle pour le premier et à la fin du XXe siècle pour le second, témoigne de l’ampleur des violences anti-juives liées à la Peste noire ; leurs propriétaires ont succombé aux massacres (à moins que ce ne soit à l’épidémie) et n’ont jamais pu venir les rechercher ».

« Les trésors d’Erfurt et de Colmar présentent des profils similaires. Certes, le trésor d’Erfurt est numériquement beaucoup plus important que celui de Colmar : 3041 monnaies et 14 lingots contre 3334 et un lingot (en deux fragments), quelque 600 objets contre une cinquantaine. Mais on ne connaît pas l’ampleur initiale du trésor de Colmar, en partie dispersé lors de sa découverte, tandis que celui d’Erfurt est resté complet. D'autres différences concernent le trésor monétaire : monométallique argent et très homogène (uniquement des gros tournois) pour celui d’Erfurt, bimétallique (une monnaie d'or, des pièces d'argent et de billon, un alliage d’argent et de cuivre) et très diversifié pour celui de Colmar.

Ces trésors sont tous deux caractérisés par la diversité de leurs pièces d’orfèvrerie profane : bijoux et éléments de parure - bagues, fermaux, ceintures, agrafes, boutons, appliques –, pièces d’orfèvrerie de table – doubles coupes, et, pour le trésor d’Erfurt, gobelets, aiguière, hanap. En cela, ces ensembles constituent des témoignages exceptionnels sur l'orfèvrerie profane du XIIIe siècle et de la première moitié du XIVe siècle. En effet, peu de pièces d’orfèvrerie profane médiévale sont conservées, à la différence de l’orfèvrerie religieuse, rassemblée dans les trésors d’église ».

Certains « objets semblent également répondre à un usage rituel. Attesté pour les bagues de mariage juives, qui figurent parmi les plus anciens objets rituels juifs d’Europe, il est probable ou plausible pour d’autres pièces, dont l’emploi n’est pas spécifiquement juif. Les doubles coupes, peut-être des cadeaux de mariage que l’on exposait, semblent avoir joué un rôle dans la cérémonie nuptiale. Les bagues et les ceintures aux inscriptions amoureuses et aux mains croisées ont pu être des cadeaux de fiançailles ou de mariage ». Seuls « objets spécifiquement juifs des trésors d’Erfurt, de Colmar et de Weissenfels, les bagues de mariage juives sont des bijoux rituels offerts par le marié à la mariée et portés seulement pendant la cérémonie du mariage. Ces bagues portent les mots hébreux mazel tov signifiant « bon augure ». Les exemplaires médiévaux sont ornés d’un petit édifice qui symbolise à la fois le nouveau toit du couple et le Temple de Jérusalem, et que suggère la scénographie ».

Enfin, « les huit gobelets qui s'emboîtent étaient sans doute utilisés pour le vin de Kidouch, prière de sanctification du Sabbat et des jours de fête ».

Les « mêmes pièces d’orfèvrerie profane, à l’occasion investies d’une fonction rituelle ou cérémonielle, se rencontrent parmi les possessions des juifs et des chrétiens ». Objets rituels spécifiquement juifs, les bagues de mariage juives sont fabriquées dans un style qui ne « diffère pas profondément de celui des pièces d’orfèvrerie chrétienne. Le contexte culturel commun et la situation de minorité des juifs dans la société chrétienne expliquent pour une bonne part ces parentés ». Majoritaire dans la production médiévale, l’orfèvrerie profane « a été très mal conservée en raison de son rôle de réserve monétaire et du renouvellement des modes. Les bijoux de ces trésors, pour la plupart en argent, parfois doré, relèvent des principaux types portés aux XIIIe siècle et dans la première moitié du XIVe siècle : bagues, fermaux et ceintures sont les ornements les plus fréquents du costume féminin et masculin ».

Ces « ensembles offrent une gamme variée de bagues, à chaton métallique ou formé d’une pierre enserrée dans une bâte (à bandeau lisse, à cupule dentelée, à griffes…). Les fermaux, qui servent à fermer le vêtement mais peuvent aussi être de simples ornements, apparaissent dans leur diversité de forme, de taille et de décor. Les « chapels » (cercles de tête) et surtout les ceintures, enrichis de pièces métalliques d’une grande diversité, sont autant d’éléments de parure volontiers ostentatoires. Les règlements somptuaires urbains limitent le nombre et le luxe de ces différents bijoux ».

Le « thème amoureux est présent sur plusieurs bijoux et objets des trésors d’Erfurt et de Colmar : fermail en forme d’arc et de flèche, serrure miniature (clef du cœur ?), petite boîte ornée de scènes courtoises, à laquelle fait écho un fermail du trésor de Weissenfels. Le motif des mains croisées, symbole de fidélité, se rencontre sur plusieurs bagues, fermaux et ceintures. D’autres s’ornent d’inscriptions amoureuses, telles AMOR et ses équivalents germaniques (LIEB, LIB, LIEP, LIP) sur des plaquettes de ceinture. Ces bijoux et petits objets étaient pour beaucoup des dons amoureux. Quant aux ceintures, elles ont pu faire partie des cadeaux de mariage (sivlonot) échangés par les fiancés dans les communautés juives de l’Empire ».

De « petites pièces métalliques pouvaient rehausser les vêtements et leurs accessoires, chapeaux, gants, aumônières. Ces appliques, agrafes, boutons et affiques, généralement cousus sur leur support, servaient aussi bien à agrémenter le costume qu’à le fermer ou à en ajuster certaines partis (col, manches). Parmi leurs formes variées, les motifs de rosettes, de cœurs et de fleurs de lis sont très répandus. Les chaînes et leurs pendentifs répondaient à divers usages, notamment celui d’accessoire de ceinture ou de fermeture de manteau. Le « nécessaire de toilette » du trésor d’Erfurt, composé d’instruments cosmétiques et d’un flacon en forme d’étoile, qui contenait peut-être du parfum, est un objet unique en son genre ».

A « côté des récipients de bois, céramique, verre et métaux ordinaires (étain, cuivre), la vaisselle d’argent et d’argent doré n’était pas rare, bien qu’elle ait aujourd’hui presque entièrement disparu. Cette vaisselle précieuse était régulièrement utilisée, probablement lors des fêtes, ou exposée sur un dressoir, comme signe de la richesse et du rang social de son possesseur ». Le trésor d’Erfurt « contient une aiguière (pot servant à verser l’eau ou le vin), ainsi qu’un exemplaire de chacun des deux principaux types de vases à boire profanes du premier XIVe siècle : un hanap (ou coupe), au fond enrichi d’un décor (comme celui du trésor Rouen-Gaillon, conservé au musée), et l’une des deux seules séries de gobelets emboîtables, avec celle de Nuremberg, qui nous soient parvenues ». Les deux trésors « recèlent chacun une double coupe, récipient répandu en Rhénanie, dont l’hémisphère supérieur sert de couvercle et peut être posé, son bouton de préhension faisant office de pied. Celle d’Erfurt est remarquable par ses émaux translucides, qui figurent des scènes de fables d’Esope. D’usage courant, les doubles coupes n’en étaient pas moins des cadeaux de prix, et peut-être, parce qu’elles symbolisent l’union de deux en un, des cadeaux de mariage ».

Organisée par le musée national du Moyen Âge-Thermes et hôtel de Cluny, avec le concours du Thüringisches Landesamt für Denkmalpflege und Archäologie  et le soutien du ministère de la Culture et de la Communication/Direction des musées de France, de la Réunion des musées nationaux, du Haut Conseil culturel franco-allemand, de L’Oréal Recherche et d’AGF, membre d’Allianz.
  
Histoire diffusa le 21 septembre 2015 La mort noire, documentaire de Peter Nicholson. « Comment les Européens ont-ils vécu la grande peste du XIVe siècle ? L'histoire de l'épidémie donne l'image d'une société médiévale complexe, dont la réaction a souvent été plus inventive qu'on ne l'imagine. La maladie atteint l'Europe vers la fin de l'année 1347, apportée par des marchands de Gênes revenant de Chine ou de Perse, là où l'épidémie a déjà décimé des régions entières. Elle se propage à une vitesse telle que l'on craint quelque temps la disparition de l'humanité entière, avant qu'elle ne commence à refluer, pour s'éteindre en 1349 ».

1347 : la peste noire

Les 14 et 26 avril 2018, Arte diffusa, dans le cadre de "Quand l'histoire fait dates", "1347 : la peste noire", par Pascal Goblot.


« 33, 1492, 1789, 1945... Comment ces dates se sont-elles glissées dans notre mémoire collective ? Qui a décidé lesquelles étaient mémorables ? Comment construit-on un événement, pourquoi, pour qui, et comment finit-il par entrer dans les manuels d’histoire ? »

« L’historien Patrick Boucheron revient sur quelques unes de ces dates pour découvrir en quoi elles nous aident aujourd’hui à saisir le panorama d’une histoire globale. Il revisite l’histoire à travers le prisme des grandes dates ».

« Portée par le récit face caméra, aussi savant que vivant, de Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, cette collection documentaire met l’histoire en mouvement. »

« Des frises chronologiques animées accueillent images, documents et archives, illustrant les dix grandes dates évoquées ».

« En reconstituant, au fil d’une enquête captivante, ces événements inscrits dans les manuels scolaires, et en les replaçant dans plusieurs temporalités (au moyen des différents calendriers), la série rend ainsi sensible la manière dont l’histoire s’écrit, se date et se commémore ».

« Une approche nouvelle du sujet, où se croisent art de la narration, techniques ludiques d’animation et rigueur scientifique ».

Patrick Boucheron a dirigé « L'Histoire mondiale de la France ». Un best-seller controversé, critiqué notamment par Pierre Nora (« Politiquement, l’objectif est de lutter, « par une conception pluraliste de l’histoire, contre l’étrécissement identitaire qui domine aujourd’hui le débat public ») et Eric Zemmour : « En près de 800 pages et 146 dates, on ne déviera pas de la ligne du parti: tout ce qui vient de l’étranger est bon. Les invasions barbares sont des «migrations germaniques» ; la défaite des Gaulois leur permit d’entrer dans la mondialisation romaine ; les conquérants arabes étaient bien plus brillants que les minables défenseurs carolingiens ; les martyrs chrétiens de Lyon venaient d’ailleurs et saint Martin était hongrois. Les théologiens chrétiens doivent tout au grand talmudiste Rachi ; «l’honteux traité de Troyes» de 1420 (qui donnait le royaume de France à la monarchie anglaise) est une heureuse tentative de construire la paix perpétuelle par l’union des couronnes ».

Quant à Alain Finkielkraut, il a estimé : 
« Je découvre, effaré, que ni Rabelais, ni Ronsard, ni La Fontaine, ni Racine, ni Molière, ni Baudelaire, ni Verlaine, ni Proust n’y figurent. Et si Mauriac est cité, ce n’est pas pour son œuvre, c’est pour sa critique honteusement réactionnaire du féminisme. Ainsi s’éclaire le sens de « monde » pour les nouveaux historiens. Mondialiser l’histoire de France, c’est dissoudre ce qu’elle a de spécifique, son identité, son génie propre, dans le grand bain de la mixité, de la diversité, de la mobilité et du métissage. Et c’est répondre au défi islamiste par l’affirmation de notre dette envers l’Islam. De manière générale, l’Histoire mondiale de la France remplace l’identité par l’endettement. Ici doit tout à ailleurs. De la France, patrie littéraire, ce qui surnage, c’est la traduction des Mille et Une Nuits par Antoine Galland et l’audace qui a été la sienne d’ajouter au corpus original des histoires que lui avait racontées un voyageur arabe venu d’Alep.
Instructif aussi est le récit de l’invasion musulmane de 719 à Narbonne, où les cultures se sont mêlées avant que les Francs, hélas, n’arriment par la force cette ville à leur royaume. Ceux qui, en revanche, croient pouvoir mettre au crédit de la France naissante la première traduction latine du Coran par l’abbé de Cluny Pierre le Vénérable en 1143, sont avertis que cette démarche n’était pas inspirée par la curiosité mais par une volonté de dénigrement. Et peu importe le fait que l’Islam de son côté ne pouvait pas même envisager de traduire les Écritures saintes des religions antérieures à son avènement.
Nos éminents universitaires n’ont que l’Autre à la bouche et sous la plume. Ouverture est leur maître mot. Mais ils frappent d’inexistence Cioran, Ionesco, Kundera, Levinas, tous ces étrangers qui ont enrichi notre philosophie et honoré notre littérature. Car c’est à ce «notre» qu’ils veulent faire rendre l’âme...
Le dégoût de l’identité a fait place nette de la culture. Les façonniers de l’Histoire mondiale de la France sont les fossoyeurs du grand héritage français.
« Une histoire libre », dit le journal Libération pour qualifier ce bréviaire de la bien-pensance et de la soumission, cette chronique tout entière asservie aux dogmes du politiquement correct qui ne consacre pas moins de quatorze articles aux intellectuels sans jamais mentionner Raymond Aron, ni Castoriadis, ni Claude Lefort, ni aucun de ceux qui ont médité la catastrophe totalitaire et la bêtise de l’intelligence au XXe siècle…
« Histoire jubilatoire », ajoute Libération. Ce mot – le plus insupportablement bête de la doxa contemporaine – convient particulièrement mal pour une histoire acharnée à priver la France de son rayonnement et à l’amputer de ses merveilles.
Il n’y a pas de civilisation française, la France n’est rien de spécifiquement français: c’est par cette bonne nouvelle que les rédacteurs de ce qui voudrait être le Lavisse du XXIe siècle entendent apaiser la société et contribuer à résoudre la crise du vivre-ensemble.
Quelle misère! »
Sur le djihad à Narbonne, voici le témoignage de Ibn al-Athîr dans ses Annales cité par Bat Ye'or dans Les Chrétientés d'Orient entre jihad et dhimmitude (p. 328) :
"En 177 <17 793="" avril="">, Hichâm, prince d'Espagne, envoya sur le territoire ennemi une nombreuse armée commandée par 'Abd el-Melik ben 'Abd al-Wâh'id ben Moghît et qui poussa jusqu'à Narbonne et Djeranda . Ce général attaqua d'abord Djeranda , où se trouvait une garnison franque d'élite ; il tua les plus braves, détruisit les murs et les tours de la ville et faillit s'en emparer. Il marcha ensuite sur Narbonne, où il renouvela les mêmes exploits, puis, poussant en avant, il foula le sol de la Cerdagne. Pendant plusieurs mois, il parcourut ce pays dans tous les sens, faisant violence aux femmes, tuant les guerriers, détruisant les forts, brûlant et pillant tout, chassant devant lui l'ennemi qui s'enfuyait en désordre. Il rentra chez lui sain et sauf, traînant après lui un butin dont Dieu seul sait l'importance. Cette expédition est l'une des plus célèbres des musulmans d'Espagne [p. 144].
En 2010 <23 825="" avril="">,  'Abd el-Rah'mân ben el-H'akam envoya sur le territoire franc une forte troupe de cavalerie commandée par 'Obeyd Allâh, connu sous le nom d'Ibn el-Balensi. Cet officia dirigea des razzias dans tous les sens, se livra au meurtre et au pillage, et fit des prisonniers. En rebî'I , une rencontre qui eut lieu avec les troupes des infidèles finit par la déroute de ceux-ci qui perdirent beaucoup de monde ; les nôtres remportèrent là un succès important [p. 200]".
« Car il existe de nombreux calendriers différents dans le monde... Pas une histoire unique mais une multitudes d’histoires enchevêtrées ».

« Alors élargissons la focale, renversons notre point de vue, et livrons-nous avec Patrick Boucheron à ce petit exercice de « fabrique de la mémoire ».

"Alors qu’en l’espace de cinq ans la grande peste a décimé un tiers de la population européenne, il reste finalement peu de traces de la pire catastrophe que le Moyen Âge ait connue. Que s’est-il réellement passé entre 1347 et 1352 sur notre continent ? Il apparaît que cette épidémie a été le marqueur d’une première mise en relation massive de l’Eurasie et du monde méditerranéen".

"La peste noire, l’ennemi invisible" par Pierre Lergenmüller

Arte diffusera le 17 février 2019, dans le cadre de "Points de repères" ("Im Lauf der Zeit"), "La peste noire, l’ennemi invisible" (Die Pest, der heimtückische Feindpar Pierre Lergenmüller. 

"Révolutions ou bonds technologiques, les plus grands bouleversements ont souvent été provoqués par des décisions insignifiantes. À partir de la même question préalable – "Et si cet événement n’avait pas eu lieu ?" –, cette série destinée au jeune public revisite la grande histoire sous un angle original et ludique."

"En 1347, la peste noire apparaît. C’est une des plus graves catastrophes démographiques que l’Europe ait connues, fauchant plus d’un quart de sa population en seulement 4 ans."

"En 1347, les Mongols assiègent le comptoir génois de Caffa (actuelle Féodossia), en Crimée. Décimés par une mystérieuse maladie, ils catapultent par-dessus les murailles les corps des soldats infectés. Transportée par les bateaux génois, la peste entre en Europe et se répand de port en port. En quatre ans, elle fait plus de 25 millions de victimes sur le continent, soit le quart de sa population."


"La peste noire, l’ennemi invisible" par Pierre Lergenmüller

France, 2017, 26 min

Sur Arte le 17 février 2019 à 8 h 35

"1347 : la peste noire", par Pascal Goblot
2017
Sur Arte les 14 avril 2018 à 16 h 25 et 26 avril 2018
Visuels :
Alors que, en l’espace de cinq ans, la grande peste décime le tiers de la population, et la moitié des villes, il reste finalement peu de traces du passage de la pire catastrophe naturelle que l’Europe ait connue. Que s’est-il vraiment passé entre 1347 et 1352 en Europe ?
Credit : Les films d'ici

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Les citations et la carte sont extraites du dossier de presse. Cet article a été publié en une version concise dans Osmose, et sur ce blog le  :
- 18 juillet 2014, 3 février et 21 septembre 2015. Histoire a diffusé les 18 et 24 juillet 2014, 3 et 9 février 2015 La mort noire, documentaire de Peter Nicholson ;
- 13 avril 2018.