mercredi 5 août 2015

Marilyn Monroe (1926-1962)

   
Star glamorous, chanteuse et actrice mythique née Norma Jeane Mortenson, Marilyn Monroe (1926-1962) a brillé dans les comédies et les drames et s'est convertie au judaïsme. Dotée d'une personnalité complexe, cette artiste a dirigé sa carrière en choisissant les réalisateurs les plus talentueux de Hollywood et a suivi les cours de l'Actor's Studio à New York. Elle est décédée le 5 août 1962. 


La mythe Marilyn Monroe, « c'est le grand mythe du demi-siècle écoulé. Trois mythes. Le rêve américain de l'ascension d'une pauvre fille devenue la femme la plus célèbre de son temps. De la femme-enfant ou plutôt de l'enfant-femme incarnant à la fois l'innocence sexuelle et la femme absolue. D'un destin où se nouent sexe et pouvoir. Sa mort jeune, dans des circonstances mystérieuses, ajoute au mythe », déclare Michel Schneider, auteur du roman Marilyn, dernières séances publié par Grasset.

Et d’ajouter : « Ravissante blonde idiote? Ravissante, sans doute, blonde, pas vraiment, et idiote, pas du tout. Aujourd'hui, c'est le paradoxe de la postérité de Marilyn. Les 80 % de ses admirateurs ne sont pas des hommes avides d'un sex-appeal vintage, mais de jeunes femmes qui ne l'ont jamais vue dans un film ». Une blondeur proche de celle d’une star des années 1930, Jean Harlow.

Parmi les hommages à cette actrice-chanteuse-danseuse, Arte a diffusé « Marilyn, dernières séances » par Patrick Jeudy les 4 et 12 août 2012 - « portrait totalement inattendu de la star dans sa relation avec le psychanalyste Ralph Greenson » (1960-1962) -, puis « Bert Stern. Objectif Marilyn » (Bert Stern, The man who shot Marilyn), remarquable documentaire de Shannah Laumeister les 5 et 30 août 2012. Le musée Maillol à Banyuls-sur-Mer a présenté l’exposition Marilyn photographiée par Bert Stern avec « 13 photos incontournables de la dernière séance » photographique de la star glamorous.

De Norma Jeane Mortenson à Marilyn Monroe

Marilyn Monroe est née Norma Jeane Mortenson (ou Baker) en 1926, dans un milieu modeste. Elle souffre de l’absence de son père. Sa mère, qui travaille comme monteuse dans un laboratoire cinématographique Hollywood, souffre d’instabilité mentale.

Placée dans des familles d’accueil et des orphelinats, elle se marie en 1942, à l’âge de 16 ans, avec James « Jim » Dougherty, un voisin âgé de 21 ans.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, son mari sert dans la Marine américaine dans le Pacifique, et elle travaille dans une usine d’assemblage d’avions.

Là, en 1945, elle est repérée par un photographe, David Conover, chargé d’effectuer un reportage sur l’engagement des Américaines dans l’effort de guerre. Le reportage photos avec la jeune ouvrière est publié, et vaut un début de célébrité à la jeune femme.

Elle débute comme mannequin et pin-up.

Elle signe en 1946 un contrat avec le studio, la 20th Century Fox confiante en sa cinégénie. Ce studio la rebaptise Marilyn Monroe, la façonne en blonde platine. L’actrice divorce.


Pour divers studios, elle enchaine les tournages à Hollywood - L’Extravagante Miss Pilgrim (1947), La pêche au trésor des Marx Brothers - sous la direction de réalisateurs prestigieux. Et s’impose dans les rôles de blonde pulpeuse et de sex-symbol.

Agent d’artistes, Johnny Hyde la représente et lui trouve un premier rôle important et complexe dans The Asphalt Jungle (Quand la ville dort, 1950), de John Huston.


Le 15 février 1954, Marilyn Monroe "interrompt son voyage de noces au Japon" avec le célèbre et populaire joueur de base-ball Joe DiMaggio "pour aller chanter en Corée auprès des GI. Cette tournée durera quatre jours. Que racontent les images tournées par les cameramen de l’armée américaine ?" Le  couple di Maggio se rend au Japon en raison du contrat signé par le champion retraité pour effectuer des démonstrations de ce sport et des séances d'entrainement de l'équipe japonaise au pays du Soleil levant. Les relations entre Marilyn Monroe et la Fox, dont elle est l'une des vedettes, sont alors tendues. Le 1er février 1954, le couple est accueilli par les fans du champion et de la star à son arrivée à l'aéroport nippon. En raison de la guerre de Corée, plus de 120 000 GI's sont stationnés dans cet Extrême-Orient. A Tokyo, la star se rend auprès de soldats américains soignés dans des hôpitaux à Tokyo : elle est filmée serrant notamment la main de soldats Noirs, mais ces images ne seront pas diffusées aux Etats-Unis.


En pleine Guerre froide, à la demande de l'Armée américaine, Marilyn Monroe se rend à Séoul, capitale de la Corée du sud, à plus de 1000 km du Japon. But : remonter le moral des plus de 100 000 soldats américains, basés pour la plupart au nord de Séoul, dans des camps le long de la frontière avec la Corée du nord : quelques années après la guerre de Corée, 18 divisions américaines et sudcoréennes sont installées le long de la frontière, sur moins de 300 km, de l'autre côté, sept corps des armées chinoises et deux divisions nordcoréennes. L'actrice Betty Hutton en 1952, Joe di Maggio et son ami joueur de baseball Lefty O'Doul l'y avaient précédée pour des tournées militaires.


Délaissant robe et manteau de fourrure, mais gardant de jolies boucles d'oreilles, la star est vêtue d'un uniforme militaire au col largement ouvert  à son arrivée en Corée. Cette tournée réunit la chanteuse et ses amis, des musiciens militaires, une infirmière aux armées. Des hélicoptères amènent l'équipe dans les camps où sont prévus, le jour-même, deux spectacles, dont l'un pour les Marines

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Pour ces neuf spectacles en quatre jours dans une région montagneuse, elle interprète trois chansons de ses récents films. C'est la première fois, qu'elle chante sur scène. Des hauts-parleurs sont placés pour permettre aux 10 000 Marines d'écouter au mieux les airs hollywoodiniens, dont Diamonds are a Girl's Best Friend. Vêtue d'une robe décolletée à fines bretelles, arborant des créoles aux oreilles, la star enchaine ses succès malgré le froid. L'Armée filme la scène mais leurs caméras n'enregistrent pas les sons, tandis que des soldats prennent des photos. Malgré son inexpérience de la scène, la star enregistre un succès aurpès d'un public composé de plus de 10 000 soldats lors de chaque représentation. Au fil des jours, la fatigue se lit sur le visage de la star, se prêtant toujours souriante aux séances de photos et aux bains de foule, chantant sur une scène non protégée des intempéries (pluie hivernale). Avant son retour à Tokyo, Marilyn Monroe fait une halte à Séoul. Elle souffre d'un début de pneumonie qui nécessitera bientôt son hospitalisation.


Sous le titre Marilyn "Wows 'Em" in Korea!, le reportage filmé en ces quelques jours par Paramount News est diffusé dans les salles de cinéma et dans les télévisions aux Etats-Unis. Joe di Maggio espérait que son épouse abandonnerait le monde du cinéma qu'il déteste. Or, son rêve ne se concrétise pas. Le couple divorce. Marilyn Monroe gagne en respect à Hollywood, asseoit sa popularité et s'inscrit dans la liste des stars américaines ayant soutnu l'effort de guerre : dès 1918, le couple Pickford/Fairbanks et Charlie Chaplin invitaient les Américains à contribuer financièrement à la Première Guerre mondiale.


All About Eve (Ève, 1950) de Joseph L. Mankiewicz avec Anne Baxter et Bette Davis, Monkey Business (Chérie, je me sens rajeunir, 1952), Clash by Night (Le démon s'éveille la nuit, 1952), Niagara (1953), Gentlemen Prefer Blondes (Les Hommes préfèrent les blondes, 1953), How To Marry A Millionaire (Comment épouser un millionnaire, 1953), River Of No Return (Rivière sans retour, 1954), The Seven Year Itch (Sept ans de réflexion, 1955), Arrêt d'autobus (Bus Stop, 1956), The Prince and the Showgirl (Le Prince et la Danseuse, 1957), Some Like It Hot (Certains l'aiment chaud, 1959), Let's Make Love (Le Milliardaire, 1960) - sur le tournage, l'actrice a une aventure avec Yves Montand -, The Misfits (Les Désaxés, 1961), Something's Got to Give (1962)… La liste est longue des comédies ou drames incarnées par la talentueuse actrice et chanteuse.

Manque de confiance en elle, souhait d’améliorer son talent d’actrice, curiosité ? Marilyn Monroe quitte Hollywood pour s’installer pendant quelques années à New York dans les années 1950. Là, elle travaille auprès de Lee Strasberg à The Actor’s Studio.

Après un mariage avec Joe Di Maggio, champion américain de base ball, qui s’achève par un divorce en 1954, Marilyn Monroe se convertit au judaïsme et épouse en 1956 le dramaturge Arthur Miller, alors soupçonné de sympathies communistes, dont elle divorce en 1961.
The Prince and the Showgirl

En 2012-2013, la National Portrait Gallery a présenté l’exposition Marilyn Monroe: A British Love Affair (Marilyn Monroe : Une histoire d’amour britannique). Magazines sur cette star glamorous de 1947 à 1962, "portraits de l’actrice par des photographes britanniques dont Cecil Beaton, photographies lors du tournage, couvertures, extraits de films soulignent les liens entre la star et ce pays où elle arrive le 14 juillet 1956, avec son époux le dramaturge Arthur Miller, pour y tourner dans le film de Laurence Olivier, d’après la pièce de Terence Rattigan, "The Prince and the Showgirl". Un tournage difficile pour ce film Le Prince et la danseuse coproduit par la star.

"Lors de son séjour de quatre mois, Marilyn Monroe est présentée lors d’une soirée à la reine Elisabeth II". Photographe pour Life, Larry Burrows a été un des nombreux photographes ayant couvert la visite de quatre mois de Marilyn Monroe en Grande-Bretagne dont la conférence de presse pour The Prince and The Showgirl au Savoy Hotel.

"Les désaxés"

 Arthur Miller écrit pour son épouse le scénario du film The Misfits (Les Désaxés) réalisés par John Huston, avec Clark Gable, Montgomery Clift et Eli Wallach. Peu après la fin du tournage à Reno (Nevada), Clark Gable meurt d'un infarctus à l'âge de 59 ans.


Dans sa filmographie, Something's Got to Give demeure marqué par les conflits entre la star et le studio qui, irrité par les retards de Marilyn Monroe, envisage de la licencier et de la remplacer par Lee Remick. Mais, Dean Martin, autre star du film, refuse tout remplacement de Marilyn Monroe. Celle-ci organise une campagne médiatique et juridique pour sa réintégration et la revalorisation de son salaire. Et remporte une victoire ! Le film demeure inachevé en raison du décès de Marilyn Monroe. Demeurent quelques scènes filmées, dont celles avec des enfants acteurs et de la star se baignant nue dans la piscine.

Marilyn, dernières séances de Patrick Jeudy brosse "un portrait de Marilyn Monroe totalement inattendu dans sa relation avec le célèbre psychanalyste d’Hollywood, Ralph Greenson. Trente mois durant, de janvier 1960 au 4 août 1962, ils formèrent le couple le plus improbable : la déesse du sexe et le psychanalyste freudien. Elle lui avait donné comme mission de l’aider à se lever, de l’aider à jouer au cinéma, de l’aider à aimer, de l’aider à ne pas mourir. Il s’était donné comme mission de l’entourer d’amour, de famille, de sens, comme un enfant en détresse. Il voulut être comme sa peau, mais pour avoir été la dernière personne à l’avoir vue vivante et la première à l’avoir trouvée morte, on l’accusa d’avoir eu sa peau. Cette rencontre de deux stars nous fait revivre les milieux du cinéma (Cukor, Huston, Wilder), de la littérature (Capote, Miller) et de la politique (les Kennedy, la CIA, le FBI)".

Le corps inanimé de Marilyn Monroe est retrouvé le 5 août 1962 dans sa maison de Brentwood. Le médecin légiste conclut à une mort par overdose de somnifères de la star âgée de 36 ans.

Suicide ? Assassinat ? Depuis cinquante ans, les rumeurs circulent, extrapolant à partir des tentatives de suicides de la star, de ses fréquentations avec des individus liés à la Mafia, de ses relations avec le président John F. Kennedy et son frère ministre de la Justice, Robert F. Kennedy.

Marilyn Monroe a inspiré de nombreux artistes, dont Madonna, Elton John, Andy Warhol, Lady Gaga.

« With Marilyn An Evening 1961 » par Douglas Kirkland

La galerie Basia Embiricos a présenté l’exposition With Marilyn An Evening 1961 consacrée aux photos de Douglas Kirkland.

Né au Canada, Douglas Kirkland débute sa carrière de photographe pour Looket Life Magazine dans les années 1960-1970, « âge d’or » du photojournalisme, au côté d’Irving Penn.

Il a travaillé sur le tournage d’environ 100 films : Butch Cassidy and The Sundance Kid, 2001, A Space Odyssey, Out of Africa, Titanic de James Cameron, Moulin Rouge, “Australia”, etc.



Ses portraits de Marilyn Monroe, Elizabeth Taylor, Angelina Jolie, Kim Basinger et Antonio Banderas sont célèbres.


Ce photographe a été distingué par de nombreux prix.


Pour le numéro de Look célébrant les 25 ans du magazine, Douglas Kirkland, alors âgé de 27 ans, photographiela star en 1961 dans des draps de soie blanche dans un lit défait.


Marilyn Monroe y apparaît spontanée, rieuse, pendant cette séance de séduction réciproque.

En 2002, Douglas Kirkland photographie l’actrice Angelina Jolie lors de son film Life Or Something Like It en blonde posant en Marilyn.


La dernière séance photo

Arte a présenté le portrait de « l'homme qui a immortalisé Marilyn Monroe, six semaines avant sa disparition ».
Né à New York en 1929, Bert Stern débute sa carrière de photographe pendant son service en tant que soldat en Corée.
Il s’oriente ensuite vers la publicité : il lance la campagne "Driest of the dry" pour la vodka Smirnoff. Devenu célèbre dans le monde du cinéma, il photographe les plus belles femmes du monde : Audrey Hepburn, Brigitte Bardot, Liz Taylor lors du tournage de Cléopâtre de Joseph Mankiewicz, etc.
En 1962, Bert Stern propose au célèbre magazine américain Vogue de réaliser des photos, dont peut-être certaines nues, avec Marilyn Monroe. Vogue accepte. Ce serait une première car la star n’a jamais posé nue pour un magazine. Très jeune, elle avait posé nue pour un calendrier.

Lieu des photos : l’hôtel Bel-Air, « l'hôtel le plus secret, le plus protégé, le plus ravissant de Los Angeles » selon Bert Stern.
Jouant avec un voile, Marilyn Monroe se livre totalement à l’objectif de Bert Stern qui prend 2 571 clichés en deux séances.
Vogue s’avère déçue : la star est trop déshabillée, et n’arbore pas assez de vêtements de mode.

A la demande de Bert Stern, Marilyn Monroe accepte de poser en juin 1962, tout de noir vêtue.
Le 5 août 1962, elle décède sans voir la publication de ces photos. Elle avait rayé d’une croix rouge les clichés dont elle refusait la divulgation.
Bert Stern décide de vendre en 1982 sa série Last Sitting (La dernière séance). Léon Constantiner, collectionneur new-yorkais l’acquiert à Sotheby’s.

Cinquante-neuf de ces photos sont présentées en 2006 au musée Maillol à Paris dans l’exposition Marilyn, la dernière séance. Dans la collection de Michaela et Leon Constantiner.
Treize de ces photographies sont montrés dans l’exposition au musée Maillol à Banyuls-sur-Mer sous le titre Marilyn photographiée par Bert Stern.
Curieusement, la collection Marilyn Monroe-Dernière séance n’a pas trouvé preneur lors d’une vente aux enchères à New York le 9 mai 2012. Elle était évaluée entre 18 000 et 25 000 dollars par la maison Bonhams.


Jusqu'au 6 avril 2014
Steinenvorstadt 1 | 4051 Basel 
Tél. :  +41 (0)61 225 95 95
Tous les jours de 10 h à 18 h


1954. Marilyn Monroe en Corée, par Serge Viallet 
numéro de la série Mystères d'archives
Diffusion par Arte, les :
- 13 juillet à 18 h 10 et 19 juillet 2013 à 17 h 35 ;
Du 29 septembre 2012 au 24 mars 2013
St Martin’s Place. Londres WC2H 0HE
Du samedi au mercredi de 10 h à 18 h. Le jeudi et le vendredi de 10 h à 21 h

Jusqu’au 28 octobre 2012
Tél. : 04 68 88 57 11
Ouvert toute l’année sauf le lundi et les jours fériés. Du 1er octobre au 30 avril de 10 h à 12 h et de 14 h à 17h, du 2 mai au 30 septembre de 10 h à 12 h et de 16 h à 19 h

Jusqu’au 13 octobre 2012
14, rue des Jardins Saint-Paul. 75004 Paris
Tél. : 01 48 87 00 63
Du mercredi au samedi de 13 h 30 à 18 h 30. Dimanche sur rendez-vous.

« Marilyn, dernières séances » par Patrick Jeudy
France, 2009, 91 minutes
Les Films d’ici
Diffusions sur Arte les 4 août 2012 à 20 h 45 et 12 août 2012 à 10 h 10 ;

« Bert Stern. Objectif Marilyn » de Shannah Laumeister
Etats-Unis, 2011, 93 minutes
Diffusions sur Arte les 5 août 2012 à 17 h et 30 août 2012 à 10 h 20.
Visuels :
© Photos INA, Bert Stern, puis Douglas Kirkland
Affiche de The Prince and The Showgirl, 1957, courtesy Lloyd Ibert Collection

Articles sur ce blog concernant :











Cet article a été publié le 5 août, puis les 27 septembre et 14 décembre 2012, le 13 mars et le 10 juillet 2013 à l'approche de la diffusion de 1954. Marilyn Monroe en Corée, numéro de la série Mystères d'archives, par Histoire le 14 mars 2013, ;
- 24 juin 2013 en raison de My week with Marilyn de Simon Curtis sur Canal + Family les 24 et 25 juin, 1er et 3 juillet 2013,
- 8 août 2013 alors que vient d'être publié These Few Precious Days: The Final Year of Jack with Jackie, par Christopher Andersen qui évoque Marilyn Monroe ;
- 16 janvier 2014 : France 5 a diffusé à 21 h 38 Le secret de la dernière malle de Marilyn ;
- 5 février et 3 avril 2014 ;
- 5 août 2014. Arte a rediffusé 1954. Marilyn Monroe en Corée, numéro de la série Mystères d'archives réalisé par Serge VialletStar hollywoodienne mythique,  Marilyn Monroe est une jeune mariée quand elle accepte en 1954 d'interrompre son voyage de noces au Japon pour aller chanter pour les soldats américains en Corée ;
- 20 mai 2015. Les 21, 24, 27 et 31 mai, 2, 12 et 18 juin 2015, Histoire diffusa Marilyn, dernières séancesde Patrick Jeudy. "Un portrait de Marilyn Monroe totalement inattendu dans sa relation avec le célèbre psychanalyste d’Hollywood, Ralph Greenson. Trente mois durant, de janvier 1960 au 4 août 1962, ils formèrent le couple le plus improbable : la déesse du sexe et le psychanalyste freudien. Elle lui avait donné comme mission de l’aider à se lever, de l’aider à jouer au cinéma, de l’aider à aimer, de l’aider à ne pas mourir. Il s’était donné comme mission de l’entourer d’amour, de famille, de sens, comme un enfant en détresse. Il voulut être comme sa peau, mais pour avoir été la dernière personne à l’avoir vue vivante et la première à l’avoir trouvée morte, on l’accusa d’avoir eu sa peau. Cette rencontre de deux stars nous fait revivre les milieux du cinéma (Cukor, Huston, Wilder), de la littérature (Capote, Miller) et de la politique (les Kennedy, la CIA, le FBI)".
 Il a été modifié le 15 mai 2015. 

Interview de David G. Littman et de Paul B. Fenton sur « L’exil au Maghreb, la condition juive sous l’islam 1148-1912 »


Le livre « L’exil au Maghreb, la condition juive sous l’islam 1148-1912 » de Paul B. Fenton et David G. Littman a été publié aux Presses de l'université Paris-Sorbonne le 9 novembre 2010. Succès d'édition, cet ouvrage majeur, boycotté par des médias français Juifs, présente une anthologie chronologique de récits de témoins oculaires en Algérie et au Maroc. Puis, par une sélection d’archives du Quai d’Orsay, du Foreign Office, de l’Alliance israélite universelle (AIU) et de son homologue britannique l’Anglo-Jewish Association, il décrit les efforts diplomatiques déployés en faveur des Juifs maltraités au Maghreb. Il démythifie la « tolérance interconfessionnelle égalitaire et harmonieuse sous l’islam incarnée par al-Andalous ».  Le "pogrom au nom du djihad" (Shmuel Trigano) du 5 août 1934, à Constantine (Algérie), sans intervention de l'Armée ou de la police françaises, a causé 27 victimes Juives, enfants et adultes généralement égorgés et 26 Juifs blessés, des incendies, saccages et pillages de magasins et logements de Français Juifs, plus de 3 000 Juifs - un tiers des Juifs constantinois - ayant besoin d'assistance sociale après ce pogrom, etc. Cpogrom avait été précédé le 3 août 1934 de violents incidents dans le Constantinois. Au  coût financier de 150 millions de francs Poincaré de l'époque, il a été suivi pendant des mois par le boycott de magasins Juifs, du non paiement par des musulmans de leurs dettes auprès de leurs prêteurs Juifs, etc.


A shorter version of this article was published in English by JewishRefugees
Une version abrégée de cet article a été publiée en anglais par JewishRefugees


Comment est né ce livre ?
David G. Littman : Je me suis intéressé au destin des Juifs du Maghreb lors d’une mission humanitaire au Maroc en 1961 pour amener des enfants Juifs clandestinement en Israël (« Opération Mural »).

Dès 1969, j’ai effectué des recherches sur leur histoire et celle des Juifs d’Orient, au quai d’Orsay, puis à la bibliothèque de l’Alliance Israélite Universelle (AIU) où ces archives étaient alors peu explorées. J’y ai découvert les fragments d’une mémoire collective faite de persécutions, de brimades et d’humiliations, dont la période coloniale et l’exode dès 1948 avaient presque effacé le souvenir.

J’ai confronté ces témoignages avec les rapports de l’homologue britannique de l’Alliance, l’Anglo-Jewish Association (AJA), et les documents du Foreign Office (FO) à Londres.

Les archives de l’AIU ont constitué une source incontournable : elles éclairent de l’intérieur la condition abjecte de la grande majorité des Juifs du Maghreb, détruisant des mythes.

En 1972, j’ai discuté à Jérusalem avec deux historiens éminents du judaïsme oriental, Shlomo Dov Goitein et Hayyim Zeev Hirschberg. Le premier m’a vivement encouragé à poursuivre mes recherches originelles et le professeur Hirschberg m’a proposé de me concentrer sur le Maroc et de collaborer à l’ouvrage qu’il écrivait sur l’histoire des Juifs du Maghreb.

Afin d’assurer une vision équilibrée, Hirschberg a proposé de compléter la documentation de l’AIU avec des récits de voyageurs non-Juifs du XIXe siècle et des siècles précédents.

Par son intermédiaire, j’ai rencontré en 1975 un doctorant, Paul B. Fenton qui avait visité des communautés juives en voie d’extinction au Maroc et m’a communiqué des sources hébraïques et arabes.

Malheureusement, le professeur Hirschberg est mort en janvier 1976 – six mois après une longue période de travail en commun chez moi – sans avoir achevé l’ouvrage projeté.

J’ai décidé de poursuivre ce thème d’étude que j’ai évoqué dans plusieurs articles et une monographie (1985) sur la mission au Maroc en 1863-1864 de Sir Moses Montefiore

A partir de 1986, mes obligations de représentant d’organisations non gouvernementales (ONG) à la Commission des droits de l’homme aux Nations unies à Genève et ma collaboration à d’autres travaux historiques m’ont éloigné de ce projet.

Beaucoup plus tard, je l’ai repris avec mon ami devenu professeur, Paul B. Fenton.

C’est donc le fruit d’un labeur entamé il y a 40 ans que nous présentons dans notre livre.

Quelles sont les originalités de ce livre ?


L'originalité du livre tient surtout à la richesse de ses sources documentaires. A ce jour, aucun autre livre n’a fourni un corpus aussi considérable et varié de textes juridiques, littéraires et historiques, souvent extraits d'éditions rares ou inédites, car provenant d'archives.

Voyageurs, aventuriers, diplomates, médecins, juristes, chroniqueurs et enseignants - Juifs, chrétiens et musulmans - y sont mis à contribution dans une vaste anthologie qui fournit aux lecteurs et chercheurs les sources premières, et, pour certaines, traduites en français pour la première fois, entre autres, de l'anglais, de l'allemand, de langues scandinaves, de l'arabe, de l'espagnol, de l'hébreu et du hollandais.

Chaque document est présenté et commenté de façon à mettre en évidence la singularité de son témoignage.
Le tout est accompagné d'une riche iconographie de documents historiques, de gravures artistiques et de photographies journalistiques, souvent méconnus.

Comment vous êtes vous répartis entre co-auteurs le travail ?

David G. Littman : J’avais réuni une immense documentation provenant de l’AIU et du Foreign Office, en plus des rapports de voyageurs dont certains étaient en français et d’autres que j’avais fait traduire dans cette langue. Paul B. Fenton a traduit et présenté des textes juridiques musulmans, des chroniques arabes et hébraïques et des textes judéo-arabes.

Nous avons approfondi la recherche des récits de voyageurs, et il a effectué un nouvel examen des dossiers de l’AIU relatifs au Maroc, avec une attention particulière pour les documents en hébreu qui y sont nombreux.

Nous avons ensemble choisi des illustrations.

Pourquoi ce titre qui se réfère à la galût ?

Paul B. Fenton : Les Juifs du Maghreb ont désigné leurs souffrances par ce terme : galût, mot hébreu qui signifie « exil » ou « captivité ».

David G. Littman : J’ai constaté lors de ma mission humanitaire en 1961 que les Juifs du Maroc cherchaient par tous les moyens à quitter leur pays natal pour retourner dans leur terre ancestrale.

Pourquoi avoir centré votre livre sur le Maroc et l’Algérie ? Ces deux pays sont-ils représentatifs de la condition juive au Maghreb ?

David G. Littman : Selon mon projet initial, ce volume publié par les PUPS devait être le premier d’une série comprenant plusieurs parties consacrées à la condition des Juifs dans diverses contrées :
- 1. au Maroc et en Algérie ;
- 2. en Tunisie et en Libye ;
- 3. en Egypte ;
- 4. en Syrie ;
- 5. en « Palestine » ;
- 6. en lraq ;
- 7. au Yémen ;
- 8. en lran ;
- 9. en Turquie.

En vue de cette entreprise ambitieuse, j’avais réuni une immense documentation provenant de l’AIU et du Foreign Office, augmentée des rapports de voyageurs s'étant rendus dans ces régions.

Tous ces documents démontrent la permanence du phénomène de la dhimmitude à toutes les époques étudiées et dans toutes ces contrées régies par l’islam.

Si nous avions ajouté la partie sur la Tunisie à ce volume de 800 pages, ce livre aurait dépassé mille pages. Pour des raisons éditoriales, les PUPS ont préféré publié le premier volume centré sur l'Algérie et le Maroc.

J'espère que notre livre connaîtra un succès qui encouragera l'éditeur à publier toute cette série.

Paul B. Fenton : Depuis l’époque de l’expulsion des Juifs d’Espagne, le Maroc et l’Algérie comptaient la plus grande présence juive en « terre d’islam ». Ces deux pays ont été très tôt des pôles d’intérêt pour les Européens. On y trouve donc le plus grand nombre d’informations de sources juives, européennes et musulmanes, sur la condition des Juifs sous l’islam.

A la différence de l’Egypte et du Liban où il y avait des communautés chrétiennes importantes, les pays du Maghreb constituent un paradigme unique : du fait de la quasi-disparition des chrétiens, ils abritaient dès le XIIe siècle une population composée essentiellement de musulmans et d’une minorité juive.


Combien de Juifs vivaient au Maghreb durant la période étudiée ?

David G. Littman : Ce nombre a varié au fil des siècles, en fonction des vicissitudes subies par les Juifs ; il est difficile à évaluer.

Probablement moins de 50 000 Juifs ont survécu au Maghreb au Moyen-âge, mais à l’aube du XXe siècle ce nombre s’est élevé à plus de 200 000 âmes et en 1948 il a dépassé 400 000 âmes – et plus de 500 000 si l’on y inclut les Juifs de Tunisie.

De nombreux centres d’études rabbiniques se trouvaient au Maghreb. Quelle est la place du Maghreb dans le judaïsme et l’histoire des Juifs ?

Paul B. Fenton : Il faudrait un nouveau livre pour répondre à cette question.

Tahert en Algérie, mais surtout Fès au Maroc, étaient des foyers rayonnants de culture juive dès le Xe siècle lorsque leurs savants entretenaient une correspondance régulière avec les grandes yechivoth (académies talmudiques) de Babylonie.

Salomon b. Juda, Juif de Fès, est même devenu le recteur de l’académie de Jérusalem en Orient.

En Occident, le Maghreb a également fourni à l’Espagne des érudits comme le juriste Isaac al-Fasi (originaire en fait de Constantine) et le poète et grammairien Dunach b. Labrat, qui ont contribué aux débuts de l’essor de la culture judéo-andalouse.

Depuis, une chaîne continue d’éminents rabbins a traversé les siècles, dont la figure de proue fut sans doute au XVIIIe siècle R. Hayyim Ibn Attâr.

De plus, les rabbins de l’Algérie furent les premiers à répondre massivement à l’appel du sionisme spirituel au XIXe siècle et vinrent renforcer la présence juive en Eretz Israël.

Vous présentez 300 documents et 73 illustrations dans votre livre. Comment les avez-vous choisis ?

David G. Littman : Notre critère de choix était le sujet traité : les relations quotidiennes et traditionnelles entre Juifs et musulmans.

Votre première partie est constituée de 135 témoignages oculaires de voyageurs européens. Quelles sont vos sources ?

David G. Littman : Ces très nombreux récits proviennent d’origines diverses : française, anglaise, allemande, hollandaise, italienne et scandinave.

Leurs descriptions des humiliations obligatoirement infligées aux Juifs maghrébins concordent toutes. Elles les présentent dans toute leur rigueur dès le XIIe siècle.

Nous en reproduisons beaucoup d’exemples émanant de voyageurs, de diplomates, de médecins et d’esclaves pris par les corsaires barbaresques.

De nombreux voyageurs partageaient l’antijudaïsme de l’époque. Cependant, sous leur plume, on note un accent de compassion, voire de commisération face aux souffrances des Juifs. Prenons le cas du révérend Lancelot Addison qui résidait comme aumônier à Tanger (acquis par Charles II d’Angleterre) de 1662 à 1669. Il décrit la condition des Juifs comme « une autre forme d’esclavage » (doc. A 45). A la même période au Maroc, Germain Mouette écrit : « Il leur [Nda : les Juifs] est très rarement fait justice dans ce pays ». (doc. A 47)

Les documents qui émanent de témoins oculaires objectifs et de victimes donnent un reflet fidèle de la réalité maghrébine. Ils font entendre les voix du petit peuple.

Que répondriez-vous à ceux alléguant que vous auriez brossé un tableau à charge ? Y a-t-il des récits donnant une image différente de la condition juive au Maghreb et nuançant ce tableau sombre ?

David G. Littman : Nous avons publié des documents montrant que certaines autorités musulmanes pouvaient manifester une compréhension favorable aux Juifs à différentes époques. Sans la protection (« dhimma ») du sultan, le sort des Juifs aurait été encore pire.

La publication de ces centaines de témoignages, à forte charge émotive, ne vise pas un dessein polémique. Nous ne souhaitons pas attiser de vieilles rancunes ou freiner les tentatives de dialogue interreligieux.

Nous sommes persuadés – comme Bat Ye’or l’a affirmé dans ses écrits – que tout dialogue entre Juifs et musulmans qui ne reconnaîtrait pas la réalité historique de la dhimmitude, est condamné à s’enfermer dans des boniments infructueux et obérant un avenir fondé sur l’acceptation de l’altérité dans l’égalité.

Quant à l’allégation que nous aurions brossé « un tableau à charge », ces 720 pages démontrent la vacuité et l’inutilité de ce genre d’allégations polémiques et « politiques ».

Notre livre ne prétend pas être exhaustif, mais nous défions celui ou celle qui voudrait apporter une contradiction de réunir autant de textes qui montreraient que les Juifs ont vécu heureux et égaux aux musulmans au Maghreb durant la période étudiée.

Magna est veritas, et praevalebit / La vérité est puissante, et triomphera.

Au fil des siècles, quelles sont les lignes de continuité et les évolutions ?

Paul B. Fenton : Même si, lors de sa conquête de l’Afrique du Nord et d’autres régions, l’islam a épargné « les gens du Livre » (Juifs, chrétiens), tandis que les autres peuples conquis devaient embrasser la nouvelle religion ou être massacrés, la théologie et la législation musulmanes ont tout mis en œuvre pour contraindre les Juifs et les chrétiens à se convertir.

Les brimades physiques et économiques liées au statut du dhimmi ont fini par éroder les communautés chrétiennes au Maghreb. Des communautés chrétiennes jadis florissantes : le christianisme nord-africain préislamique avait donné un des pères de l’Eglise, St Augustin, mort à Hippone (aujourd’hui Annaba, Algérie).

Les communautés juives ont tenu bon, mais au prix d’immenses sacrifices. Leur histoire est ponctuée par une longue série de massacres, de persécutions et de conversions forcées, dont le paroxysme est marqué par leur extermination à l’époque des Almohades (1147-1269) et par l’activité anti-judaïque du théologien Abd al-Karîm al-Maghîlî (vers 1493) de Tlemçen dont les prédications haineuses peuvent être comparées à l’œuvre de Luther.

Les écrits de ce théologien musulman feront parties des premiers textes imprimés au Maroc au XIXe siècle et il restera une référence jusqu’à la colonisation.

J’ajouterais que les débuts de la colonisation française, tant en Algérie qu’au Maroc, ont correspondu à des périodes de grandes souffrances pour les Juifs, boucs-émissaires traditionnels de la frustration musulmane.

Le décret Crémieux de 1870, qui a octroyé la nationalité française aux Juifs nés en Algérie, les soustrayant ainsi à leur statut dhimmi, a provoqué une recrudescence considérable de l’antisémitisme arabe en Algérie.

Si les Juifs ont pu se maintenir au Maghreb, c’est grâce à « la raison d’Etat » qui reconnaissait dans leur industrie commerciale et leurs habiletés intellectuelles et artistiques une source d’exploitation utile.

C’est cette double prospérité, spirituelle et économique, maintes fois pillée par leurs concitoyens musulmans, qui leur donna la force de survivre.

L’idée dominante, y compris dans des manuels scolaires français d’histoire, est celle d’une coexistence interreligieuse heureuse et égalitaire sous l’islam. Votre livre dépeint une image sombre et bouleversante de la condition juive sous l’islam : celle de la dhimmitude faite de souffrances, d’humiliations, de massacres, de conversions forcées, de viols, de pillages, émaillée d’accusations de crimes rituels, etc. Pourquoi ce contraste ? Y a-t-il eu des périodes de tolérance ou des amitiés entre Juifs et musulmans ?

Paul B. Fenton : D’aucuns veulent nous faire croire que l’expérience juive au Maghreb était d’une sérénité idyllique que seul l’avènement du sionisme au XXe siècle est venu troubler.

Les témoignages rassemblés dans notre livre, émanant de sources juives et non juives, sont accablants : ils révèlent une succession ininterrompue de souffrances à travers les siècles.

Il faut en finir une fois pour toutes avec le mythe de l’« Age d’or ». Il n’y a jamais eu une coexistence interreligieuse heureuse et égalitaire sous l’islam.

Ce n’est que sous les protectorats français et espagnol que le judaïsme maghrébin a connu une ère de répit et de bonheur. « L’invité ne se rappelle que de la dernière nuit », dit le dicton judéo-arabe. Ce sont les souvenirs de cette période prospère qui ont faussé notre vision historique.

Cependant, la mémoire juive collective a manifesté toute sa clairvoyance au lendemain de la décolonisation, sinon on ne comprend pas pourquoi le judaïsme nord-africain a choisi, dans sa quasi-totalité, de quitter sa patrie ancestrale.

Cela n’empêche pas qu’il y eut, sur le plan individuel, des fortes amitiés entre Juifs et musulmans, tant qu’elles n’étaient pas troublées par l’hostilité collective.

Votre seconde partie est constituée des archives de l’AIU et des diplomaties française et britannique. L’AIU a été fondée en 1860 par six juifs français qui ont exprimé dans leur Appel leur pensée conjuguant le judaïsme et des idées de la révolution de 1789 : égalité des droits, liberté, etc. Ces fondateurs ont combattu pour toutes les minorités religieuses persécutées, en particulier pour les Juifs au Maroc, les chrétiens au Liban, les protestants en Espagne. Ils ont accordé un intérêt prioritaire à l’accès à l’éducation et à la culture françaises en vue de l’émancipation et la « régénération » des Juifs, afin que ceux-ci deviennent des citoyens modernes, dans le monde entier. Que révèlent les archives de l’AIU ?

David G. Littman : Les premiers documents remontent aux débuts de la pénétration de l’AIU au Maroc avec la fondation de la première école juive à Tétouan fin 1862.

En 1863, Adolphe Crémieux est devenu président de l’AIU.

Des centaines de lettres confirment indiscutablement les récits de voyageurs européens à l’âge du libéralisme et de l’émancipation.

Dans leur grande majorité, ces documents décrivent la situation avilissante et vulnérable des Juifs dans les pays du Maghreb et les humiliations qu’ils subissaient. La précarité de leur situation s’aggravait dans certaines régions plutôt que d’autres.

Ces textes révèlent le courage extraordinaire des représentants de l’AIU qui s’efforcèrent de protéger les populations locales et, avec abnégation, défendirent des causes humanitaires face aux multiples périls, agressions et injustices dont souffraient quotidiennement leurs coreligionnaires.

Les archives de l’AIU fournissent des documents historiques de première importance relatifs à des événements qui ont été complètement oubliés par des chroniqueurs, tels le massacre des Juifs de Casablanca et de Settat en 1907 – une cinquantaine de Juifs furent tués, des centaines blessés, femmes et filles subirent les pires outrages, des Juifs enlevés ont été ensuite vendus – et le pogrom (tritel) de Fès en 1912 au cours duquel plus de soixante israélites sont morts, une cinquantaine furent blessés, le tiers du mellah a été livré aux flammes, le quartier Juif entièrement mis à sac, une population juive de 10 000 âmes réduite à 8 000 par l’exode et survivant par la charité.

Ce pogrom de Fès a marqué profondément la mémoire collective du judaïsme marocain et constitue l’un des facteurs majeurs de l’exode massif des Juifs marocains au lendemain de l’indépendance de leur pays ancestral en 1948.

Dans ces archives de l’AIU, on relève aussi des récits captivants de portée plus générale, décrivant, entre autres, des événements publics, des coutumes locales, des faits folkloriques, des superstitions.

Grâce à ces documents, on peut dresser un tableau comparatif de la condition juive dans diverses régions du Maghreb de cette époque, ainsi que des réactions des individus et de la collectivité juive.

La documentation de l’AIU relative au Maroc est probablement la plus complète. Elle reflète les multiples aspects de l’existence juive au Maroc dans les domaines sociaux, culturels et éducatifs que d’autres auteurs ont décrits plus en détail.

Les lettres provenant de ces archives, publiées pour la plupart pour la première fois dans notre livre, ont été sélectionnées en fonction de la lumière qu’elles projettent sur les relations judéo-arabes au Maroc. Elles illustrent l’état d’humiliation perpétuelle, d’hostilité latente et, à l’occasion, de violence physique qui fut le lot presque quotidien des masses juives au Maroc jusqu’à l’orée de la Première Guerre mondiale.

Quel est le rôle des Juifs français et britanniques, notamment de Sir Moses Haïm Montefiore (1784-1885), à l’égard de leurs coreligionnaires au Maroc et en Algérie ?

David G. Littman : Je donnerai quelques exemples sur le Maroc, une situation bien différente de celle des Juifs en Algérie après la conquête française (1830).

En cette période de grandeur impériale, certains milieux de la noblesse et du clergé en Angleterre étaient animés par des aspirations messianiques. Mus par l’humanisme de cette époque libérale, les Juifs y étaient reconnus comme héritiers d'un passé glorieux, digne de sympathie et d’intérêt, notamment là où l'Angleterre avait des préoccupations politiques et stratégiques. En 1837, la jeune reine Victoria a anobli Moses Montefiore, apparenté à la famille Rothschild.

A Londres, le Board of Deputies – organisation représentant les Juifs britanniques -, sous la présidence de Sir Moses, avait établi un comité de secours aux Juifs du Maroc pour assister ceux de Tétouan et de Tanger réfugiés à Gibraltar et à Algésiras durant la guerre hispano-marocaine (1860). Il en est résulté la première école de l’AIU à Tétouan fin 1862 avec, à ses débuts, un effectif de plus de 100 élèves sous la protection conjointe des Français et des Anglais.

Grâce à son étroite collaboration avec Lord Palmerston, Premier ministre, et au dynamique Earl Russell, ministre des Affaires étrangères, Sir Moses Montefiore avait rempli des missions à l'étranger en faveur de ses coreligionnaires. L’Angleterre le soutint par une aide diplomatique lorsqu’il décida de partir au Maroc dès que furent connues ce qu’on appelait les « atrocités marocaines » mettant en cause l'Espagne catholique. En fait, « l’affaire de Safi » en 1863 a concerné la mort subite du consul espagnol et l’accusation par le sous-consul que le domestique Juif du consul avait empoissonné ce diplomate avec la complicité d’autres Juifs. Espérant améliorer leur situation misérable et libérer les Juifs injustement incarcérés, Montefiore, octogénaire, a entrepris une mission humanitaire au Maroc où il avait aussi de proches parents.

La plupart des lettres provenant du Maroc se terminent par un appel lancé aux gouvernements britannique et français pour « soulager les Juifs du Maroc de l'oppression des autorités maures ». Des supplications furent offertes dans toutes les synagogues, et le 17 novembre 1863 Sir Moses quitta Douvres.

Ayant rencontré le Premier ministre à Madrid, Montefiore et sa suite furent reçus cérémonieusement par le gouverneur britannique à Gibraltar et par la communauté juive, ainsi que par les Juifs réfugiés du Maroc. Puis ils traversèrent le détroit de Gibraltar sur un navire dépêché par l’Amirauté jusqu’à Mogador.

Le 1er février 1864, Montefiore fut accueilli à Marrakech par le sultan lors d’une cérémonie fastueuse.

Le 5 février 1864, Sir Moses a reçu un dâhir (édit impérial) destiné à « rendre justice aux Juifs », c’est-à-dire la justice islamique selon la sharîa.

A son retour, il en fit part à la reine d’Espagne, à l’empereur Napoléon III et à la reine Victoria quand il les rencontra. Il donna à chacun de ces souverains un exemplaire de ce dâhir qui a été loué chaleureusement par la Chambre des Communes.

L’accumulation des doléances après sa mission au Maroc indique, paradoxalement, que ce dâhir provoqua l'effet contraire de celui recherché. Comme le fit remarquer dans son rapport (AIU, 1876) l'orientaliste français Joseph Halévy, ce dâhir fut rédigé en des termes trop vagues pour qu'il pût avoir une valeur pratique quelconque.

Un autre dâhir (« une mise au point ») l’a suivi selon le chroniqueur de la cour, al Nasiri, annulant le premier qui « présentait simplement un clair énoncé de la loi religieuse, pilier du pacte de protection », c’est-à-dire la dhimma.

En 1950, André Chouraqui écrivait : « Bien que leur situation se soit améliorée progressivement depuis l’établissement du protectorat français [Nda : 1912], les Juifs sont encore politiquement des dhimmis » (La condition juive de l’israélite marocain, préface de René Cassin).

Votre iconographie remarquable de 73 illustrations, dont dix en couleurs - cartes, tableaux (Delacroix, Dehodencq), photos –, revêt plusieurs dimensions : historique, géographique, artistique, sociologique, religieuse… On a l’impression qu’elle a longtemps été méconnue, voire en partie ignorée…


Paul B. Fenton : Les illustrations ont été sélectionnées surtout en fonction de la lumière qu’elles jettent sur les relations judéo-musulmanes. Il serait trop long de détailler chaque illustration.

Un exemple : la gravure de Césare Biseo des Têtes de rebelles marocains suspendues aux portes de la ville de Fès, publiée par Edmondo De Amicis, dans son superbe ouvrage sur Le Maroc.

De Amicis explique que les têtes de rebelles étaient apportées et présentées au sultan.

« Après quoi les soldats impériaux prennent aux cheveux le premier Juif qu’ils rencontrent, le forcent à vider la cervelle et à remplir le crâne d’étoupe et de sel. On suspend ces têtes à une des portes de la ville ».

Cette corvée ignoble, qui faisait partie des mesures vexatoires à l’encontre des Juifs, leur était dévolue depuis des siècles. Il est vraisemblable qu’elle est à l’origine du terme même qui désignait le quartier Juif au Maroc, le mellâh, « lieu de salaison » !

Pour illustrer un aspect des nombreuses humiliations subies par les Juifs en Algérie, Honoré Fisquet montre dans son Histoire de l’Algérie (1842), peu après la conquête française, dans un croquis dessiné sur le vif un gamin qui saute sur le dos d’un vieux rabbin pour jeter son chapeau dans la fange sans que sa victime ose le réprimander pour son impudence.

Comment le Maroc et l’Algérie présentent-ils les Juifs dans leur histoire nationale ?

Paul B. Fenton : L’immense contribution des Juifs à l’économie et à la culture de l’Algérie et du Maroc a été longtemps ignorée, voire effacée par les autorités publiques.

Rappelons que la ministre de la culture Khalida Toumi, dans un entretien à un journal arabophone As-Shourouk, en février 2009, a parlé de « déjudaïser la culture algérienne ». Sait-elle seulement que, grâce à leur importation de blé en Algérie les Juifs ont maintes fois sauvé les populations musulmanes de la famine aux XVIIIe et XIXe siècles ?

Au Maroc aussi, on déjudaïse. Les noms Juifs de ruelles des mellahs, vidées de leurs Juifs, ont été islamisés. Rien ne figure dans les manuels scolaires sur la présence deux fois millénaire de ces Juifs qui étaient là avant l’arrivée des Arabes. De nombreux jeunes ignorent jusqu’à l’existence passée des Juifs dans leur pays.

S’il est vrai que l’on a inauguré en 1997 à Casablanca un musée du judaïsme marocain, le seul musée Juif dans tout l’espace arabo-musulman, ce fut une initiative du Conseil des communautés israélites du Maroc et non d’un organisme arabe.

Cependant, on assiste timidement, surtout au Maroc où l’hébreu est enseigné dans plusieurs universités, à l’éclosion d’un certain intérêt pour l’histoire des Juifs du pays. Quand on commence à gratter les archives commerciales, juridiques et sociales, le fait est inévitable.

Mais beaucoup de ces études sont encore empreintes des clichés et de parti pris anti-Juifs.

Ceux-ci défigurent même les pages d’un grand universitaire marocain qui eut le mérite de susciter l’intérêt pour l’histoire des Juifs du Maroc. Malheureusement, quand on lit de près ce qu’il écrit, on y discerne une tendance « révisionniste » qui passe sous silence les pages ensanglantées et minimalise constamment les souffrances, en suggérant souvent que ce sont les Juifs eux-mêmes qui les ont provoquées !



Paul B. Fenton est professeur de langue et de littérature hébraïques de l’Université Paris-Sorbonne. Il est spécialiste de la civilisation juive en « terre d’islam ».

David G. Littman est licencié en histoire moderne et sciences politiques de Trinity College Dublin. Il a publié de nombreux articles sur les Juifs du Maghreb et de l’Orient. Depuis 1986, il se consacre à la défense des droits de l’homme aux Nations unies.

Paul B. Fenton et David G. Littman,  L’exil au Maghreb, la condition juive sous l’islam 1148-1912 ». Presses de l'université Paris-Sorbonne, 2010, réédition 2012. 800 pages. ISBN :  978-2-84050-725-3. Livre disponible à la librairie des PUPS - 8, rue Danton, 75006 Paris - dès le 9 novembre 2010 et dans les autres librairies le 25 novembre 2010

AGENDA DES AUTEURS

SALON DES ECRIVAINS DU B'NAI B'RITH LE 14 NOVEMBRE 2010
Les deux auteurs seront présents au 15e Salon des écrivains du B'nai B'rith qui aura lieu le 14 novembre 2010, de 14 h à 19 h, à la Mairie du XVIe arrondissement de Paris, avenue Henri Martin, 75116 Paris. Renseignements : 01-55-07-85-45.

CONFERENCE DE PRESSE AU CAPE
LE 17 NOVEMBRE 2010 A 11 H 30
Ils feront une conférence de presse sous les auspices de l'APE (Association de la presse étrangère) au CAPE (Centre d'accueil de la presse étrangère), le mercredi 17 novembre 2010, à 11 h 30, sur le thème La condition juive au Maghreb sous l'Islam : une histoire occultée.
La modératrice est la journaliste Luisa Pace.
Contactez au CAPE : Gaëlle Pério :Tél: 01 53 76 90 79 et gaelle.perio@capefrance.com
Liens vers cette conférence :
- photos ;
- enregistrement audio.

CONFERENCE A L’AIU
LE 17 NOVEMBRE 2010 A 19 H

Le Collège des études juives & la Bibliothèque de l’Alliance israélite universelle organisent, dans le cadre du 150e anniversaire de l’Alliance, et en présence d’Albert Memmi, la conférence, suivie d’une réception, Les Juifs du Maghreb, de l’exil à l’exodele mercredi 17 novembre 2010 de 19 h à 21 h 30 à l’occasion de la parution de L’exil au Maghreb avec les deux auteurs, Paul B. Fenton et David G. Littman, ainsi que Jean-Pierre Kuperminc (directeur de la Bibliothèque de l'AIU) et Shmuel Trigano (université Paris X).
A l’Alliance israélite universelle : 45 rue la Bruyère, 75009 Paris
Entrée libre. Réservation souhaitée au 01 53 32 88 65 – biblio@aiu.org


L'interview des deux auteurs dans l'émission Israël d'hier et d'aujourd'hui, animée notamment par José Gimenez, est audible jusque vers le 10 décembre 2010 sur le site de Radio Chalom Nitsan.

A lire sur le blog :
Sur la dhimmitude
Interview de Bat Ye’or sur la dhimmitude
« L’exil au Maghreb. La condition juive sous l’islam 1148-1912 », de Paul B.Fenton et David G. Littman

Sur le mythe de la coexistence heureuse et égalitaire sous l'islam ou al-Andalus
La conférence islamiquement correcte de lancement du projet Aladin

Sur la fascination des artistes pour l'Orient
Les Orientales


Visuels de haut en bas :
Couverture du livre
Salomon Al-Qâbiz, Ayyelet ahabîm
(« Biche d’amour »),
ms. de Fès, XVIIIe siècle
Bibliothèque de San Lorenzo de El Escorial,
ms. héb. G-III-13

David G. Littman
© DR

Paul B. Fenton
© DR

Carte des communautés juives d’Algérie au XXe siècle
© DR

Carte des communautés juives du Maroc au XXe siècle
© DR

Eugène Delacroix,
Mariée juive à Tanger (Rachel Azencot-Benchimol),
huile sur toile,
1838 [coll. privée]

Andreas Matthaüs Wolfgang,
« Juif d’Alger » (ca 1710), dans Costumes algériens, Augsburg, ca 1710

Eugène Delacroix
Mawlây Abd’al-Rhaman (1789-1859), sultan du Maroc, quittant le palais de Meknès,
mars 1832,
huile sur toile, 1845,
Toulouse, musée des Augustins,
© Giraudon/The Bridgeman Art Library

François Claudius Compte-Calix,
« Marchand Juif d’Alger »,
gravure, ca 1850,
Coll. P. Fenton, Paris

Sanya,
« Synagogue d’Alger »,
(ca 1840),
Paris,
musée d’art et d’histoire du Judaïsme

Eugène Delacroix,
Musiciens Juifs de Mogador,
huile sur toile, 1847,
Paris, musée du Louvre RF 1561
© RMN/Jean-Gilles Berizzi

Alfred Dehodencq,
L’Exécution de la Juive (Solika Hatchuel, martyrisée en 1834),
huile sur toile, 1861,
Paris, musée d’art et d’histoire du Judaïsme
© RMN/Hervé Lewandowski

Logo de l'AIU
Jean-Jules-Antoine Lecomte du Nouÿ,
Le Samedi dans le quartier Juif,
huile sur toile, 1883,
Paris, musée d’art et d’histoire du Judaïsme
© RMN/Hervé Lewandowski
Alfred Dehodencq,
Fête juive à Tétouan
huile sur toile, ca 1858,
Paris, musée d’art et d’histoire du Judaïsme
© RMN/Jean-Gilles Berizzi

« Festin Juif », Algérie, 1835,
dans Émile-Aubert Lessore et William Wyld,
Voyage pittoresque dans la Régence d’Alger,
Paris, Charles Motte, 1835, pl. 39,
Coll. P. Fenton, Paris

Article publié en octobre 2010, modifié le 7 décembre 2010 à 9 h 24, republié le :
- 3 août 2012 et le 5 août 2013 à la mémoire des 27 victimes Juives, enfants et adultes, du "pogrom au nom du djihad" (Shmuel Trigano) le 5 août 1934, à Constantine (Algérie), sans intervention de l'Armée française. Ce pogrom avait été précédé le 3 août 1934 de violents incidents dans le Constantinois ;
- 26 octobre 2013. Sir Moses Haïm Montefiore, protecteur de ses coreligionnaires, est né le 24 octobre 1784 ,
- 5 août 2014. Le "pogrom au nom du djihad" (Shmuel Trigano) du 5 août 1934, à Constantine (Algérie), sans intervention de l'Armée ou de la police françaises, a causé 27 victimes Juives, enfants et adultes généralement égorgés et 26 Juifs blessés, des incendies, saccages et pillages de magasins et logements de Français Juifs, plus de 3 000 Juifs - un tiers des Juifs constantinois - ayant besoin d'assistance sociale après ce pogrom, etc. Au  coût financier de 150 millions de francs Poincaré de l'époque, ce pogrom avait été précédé le 3 août 1934 de violents incidents dans le Constantinois et a été suivi pendant des mois par le boycott de magasins Juifs, du non paiement par des musulmans de leurs dettes auprès de leurs prêteurs Juifs, etc.
- 10 novembre 2014. Paul Fenton, professeur à l'université de Paris IV Sorbonne, spécialiste de la pensée Juive médiévale et de la littérature judéo-arabe, a donné le 13 novembre 2014, à 19 h 30, au musée d'art et d'historie du Judaïsme (MAHJ) la conférence Y-a-t-il eu des marranes en terre musulmane ? Le cas des conversions forcées des juifs à l’islam au Maghreb