jeudi 5 mai 2016

« Modus operandi : l’Holocauste belge » d’Hugues Lanneau

  
Arte a diffusé « Modus operandi : l’Holocauste belge », documentaire réalisé par Hugues Lanneau et dont la narratrice est Marthe Keller. Ce remarquable film retrace l’histoire, dans le royaume de Belgique, des Juifs lors de la Seconde Guerre mondiale : des persécutions antisémites nazies à leur déportation en 26 convois - 40 % des Juifs de Belgique ont été déportés - et à la Shoah, via leurs diabolisation, exclusions, recensement et spoliations. Il décrit le contexte politique et le rôle de l’administration – police, justice – et des médias dans cette mécanique implacable. Dans le cadre de la commémoration de Yom HaShoah, le Mémorial de la Shoah proposera le 5 mai 2016 à 15 h 30 Photographies des Juifs de Belgique déportés via la France


Modus operandi, l’Holocauste belge « expose comment la machine antisémite nazie s'est mise en mouvement en Belgique à partir de mai 1940, de façon inexorable, menant à la déportation à Auschwitz de près de 25 000 Juifs, soit près de la moitié de la population Juive belge de l'époque, suivant les registres établis par les nazis. A peine 5% en sont revenus ». Parmi ces victimes, le peintre Félix Nussbaum (1904-1944) et son épouse Felka.

Au nom de la « politique du moindre mal »
Mai 1940. L’armée allemande envahit la Belgique lors d’une Blitzkrieg.
Les dirigeants nazis bénéficient de la collaboration de fonctionnaires et d’élus, nationaux et locaux, convaincus que l’obéissance à l’occupant allemand est « le moindre mal ».

Une mécanique répressive antisémite se met en place : interdiction d’exercer certains métiers et de fréquenter certains lieux publics, recensement dans le « Registre des Juifs », port obligatoire de l’étoile jaune dès 1942, vols des « entreprises juives », expropriation de biens mobiliers et immobiliers, « convocations pour la " mise au travail à l'Est " délivrées par l'AJB (Association des Juifs de Belgique, créée par les Allemands), rafles à Bruxelles et Anvers dès août-septembre 1942, arrestations des Juifs de nationalité belge dès septembre 1943 puis déportation vers Auschwitz » de 24 916 adultes et enfants Juifs entre 1942 et 1944 – 1 206 reviendront des camps -, etc.

L’administration belge va non seulement appliquer les directives de l’occupant nazi, mais parfois les devancer.
Les journaux autorisés par l’occupant nazi jouent un rôle majeur dans cette diabolisation des Juifs en titrant « Le venin juif », « Qu'on mette les Juifs dans des camps de concentration ! », « L'Allemagne déjudaïsée est un pays heureux »…
Une résistance belge s’organise avec notamment le Comité de Défense des Juifs.

Le 19 avril 1943, trois jeunes résistants Juifs bruxellois - Youra Livchitz, Jean Franklemon et Robert Maistriau – attaquent à l’aide de « trois pinces, d’une lampe-tempête masquée de papier rouge ainsi que d’un pistolet » le vingtième convoi convoyant 1 631 Juifs du camp de concentration de Dossin - Simon Gronowski relatera son internement dans ce camp dans L'Enfant du 20e convoi (éd. Luc Pire, 2002, rééd. Renaissance du Livre, 2013) -, à Malines, vers le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau (Pologne). Ils parviennent à faire stopper ce train de wagons à bestiaux, premier convoi de ce type, à Boortmeerbeek. Ils ouvrent les portes d’un wagon dont s’extraient 17 personnes. Peuvent fuir 231 personnes, dont 23 sont abattues par la Schutzpolizei, 95 sont arrêtées un peu plus tard et déportées à Auschwitz, 113 échappent à la mort en se cachant. Dénoncé, Youra Livchitz est arrêté et fusillé en février 1944. Ont survécu à ce convoi, 153 personnes.

Des différences cependant sont liées aux spécificités belges. le roi Léopold III demeure en Belgique après la capitulation en mai 1940 - un gouvernement dirigé par Hubert Pierlot prend la route de l’exil vers la Grande-Bretagne – ; les divisions entre Wallons et Flamands ; la police des étrangers a demandé à chaque personne de fournir une photo, un portrait pour constituer son dossier. Ce sont ces photos des Juifs étrangers que montre ce film pour humaniser des statistiques.

A la Libération, nombre de fonctionnaires bénéficient de non-lieux ou de remises de peines.
Ce n’est qu’à l’aube du XXIe siècle, après les travaux de la Commission dite Buysse, que la Belgique accorde des réparations matérielles aux Juifs spoliés, institue un fonds financé par les autorités publiques et des institutions financières. Des voix s'élèvent pour que toute l'histoire soit dite et reconnue officiellement par les autorités belges et que les Juifs déportés perçoivent des indemnisations.

Ce documentaire passionnant alterne images d’archives et des témoignages d’une dizaine de survivants, sur une voix off neutre de la comédienne Marthe Keller. Pour la première fois, ces évènements tragiques de l’histoire de la Belgique étaient traités en 2008 sur grand écran, et dans une sortie importante en salles.
Cette histoire concerne aussi l’histoire de la France : près de 300 Juifs d’Anvers ont été déportés au camp (Judenlager) des Mazures, dans les Ardennes françaises, où ils furent contraints au travail forcé : « 237 sont morts ensuite à Aschwitz-Birkenau, Bergen-Belsen, Buchenwald, Dachau, Flossenbürg, Mauthausen, Natzwiller, Teresienstadt, 27 survécurent aux camps, 2 furent fusillés en Belgique après évasion, 22 réussirent leur évasion ».

Reconnaissance tardive et partielle
Le 2 septembre 2012,  lors d'une cérémonie organisée à l'Hôtel de Ville de Bruxelles par l'Association pour la mémoire de la Shoah, Freddy Thielemans, bourgmestre socialiste de la ville a reconnu la responsabilité de la ville dans la déportation des Juifs de Bruxelles, et a présenté ses excuses à la communauté Juive belge. En 1940,Van De Meulebroeck, bourgmestre de Bruxelles, a fait établir par ses services communaux un registre sur lequel ont été fichés 5 640 Juifs. "Sans ce registre des Juifs, jamais les arrestations progressives, puis la rafle de septembre 1942 n'auraient eu le même impact à Bruxelles", a déclaré Freddy Thielemans. Il "a relevé le refus en 1942 du bourgmestre Coelst de distribuer l'étoile juive et de faire participer la police de la ville aux rafles".

Il a annoncé "qu'il confiait au CEGES la réalisation d'un ouvrage sur le rôle plus particulier de la ville de Bruxelles dans ces déportations. Il demandera à la Conférence des bourgmestres de Bruxelles si elle souhaite s'associer à lui pour faciliter les recherches et élargir cette histoire à la région bruxelloise". A la demande du Sénat, le CEGES (Centre d'études et de documentation Guerre et Sociétés Contemporaines) a effectué des recherches de 2003 à 2007 qui l'ont induit la publication de l'étude La Belgique docile. M. Thielemans a confié au CEGES la réalisation d'une publication ciblant fonctionnaires et écoliers et portant sur "les mécanismes de persécution et les stratégies de sauvetage qui ont eu cours plus particulièrement à Bruxelles. Près de 37% des juifs ont été déportés à Bruxelles, contre environ 66% à Anvers".

Le 9 septembre 2012, lors d’une cérémonie commémorant le 70e anniversaire du début des déportations, le Premier ministre belge Elio Di Ruppo a présenté les excuses de la Belgique concernant la déportation des Juifs en ce pays lors de la Seconde Guerre mondiale. Il a prononcé son discours à la caserne Dossin de Malines (Flandre), agglomération près de Bruxelles, d'où partirent les premiers convois de déportés de Bruxelles le 9 septembre 1942. Environ 25 000 Juifs ont été déportés de Belgique, notamment d'Anvers et de Bruxelles.

« A travers l'implication d'un certain nombre d'autorités, l’Etat belge a adopté une attitude beaucoup trop docile. Il faut le reconnaître officiellement : ces autorités ont mené avec l'occupant allemand dans des domaines cruciaux une collaboration indigne ; indigne d'une démocratie, indigne de nos valeurs fondamentales… En prêtant leur concours à l'entreprise d'extermination mise en place par les nazis, ces autorités et à travers elles l'Etat belge ont manqué à leurs devoirs. Elles se sont rendues complices du crime le plus abominable. Cette faute criminelle restera une tache indélébile dans l'histoire de notre pays. Une tache moralement imprescriptible, une responsabilité ineffaçable. je ferai tout ce que je peux pour que jamais elle ne tombe dans l'oubli », a déclaré Elio Di Ruppo.

Et d’ajouter : « Je veux dès maintenant, sur la base des informations avérées que nous possédons, exprimer les regrets et la honte que cette collaboration nous inspire. En tant que Premier ministre du gouvernement belge, je présente les excuses de la Belgique à la communauté juive, même si les comportements de l'époque sont inexcusables ».

Plus de 25 000 Juifs et 351 tziganes ont été déportés de la caserne Dossin vers les camps de concentration, généralement à Auschwitz (Pologne). Seuls 1 240 survécurent à la guerre. « C'est moins de 5% », a déploré M. Di Rupo

Il a invité le Sénat belge à débattre dès que possible d'une proposition de résolution sur la responsabilité de l'Etat belge.

L'ancien Premier ministre Guy Verhofstadt avait présenté des excuses à la communauté Juive en reconnaissant le rôle d’autorités belges : la première fois le 6 octobre 2002 à la caserne Dossin, et la seconde fois le 16 mars 2005 lors d'une visite au mémorial Yad Vashem à Jerusalem (Israël). Le bourgmestre d'Anvers, Patrick Janssens, a reconnu cette responsabilité en octobre 2007.

Située à 30 km de Bruxelles, la « caserne Dossin » de Malines, équivalent belge du camp de Drancy en région Ile-de-France et camp de transit (1942-1944) pour la déportation vers le camp d’Auschwitz-Birkenau, a été transformée en Kaserne Dossin, mémorial, musée et centre de documentation sur l’Holocauste et les droits de l'homme. Cet espace muséal a été inauguré par le roi des Belges Albert II le 26 novembre 2012.
Plus de 25 500 juifs et 352 Tziganes de Belgique et de la région française du Nord-Pas-de-Calais y ont été amenés après avoir été raflés ou arrêtés individuellement, souvent avec l'aide de la police locale, notamment à Anvers (nord), où vivaient avant le conflit environ 18 000 Juifs.


En décembre 2012, les autorités liégeoises ont inauguré, au Grand Curtius, le mémorial à la mémoire des 733 Juifs liégeois morts par "déportation nazie". Dans la cour Haymes de Bomal du Grand Curtius, ce mémorial nomme les 733 hommes, femmes et enfants de la région liégeoise, tués par les nazis en 1942, avec l'aide d'autorités publiques liégeoises. Il s'accompagne de l'exposition Liège, Cité docile ? "qui montre les visages et raconte l'histoire des disparus, soit un tiers de la population Juive de la région", et qui rend hommage aux Liégeois qui sauvèrent des Juifs sous l'Occupation. La ville de Liège est la première commune belge à construire un tel monument.

Le 10 janvier 2013, le Sénat belge aurait minimisé la responsabilité des autorités belges dans la persécution des Juifs en Belgique. Le Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) a demandé au Sénat belge de revenir au libellé initial d'une résolution reconnaissant la responsabilité des autorités belges, et non d'autorités belges, avec l'occupant allemand nazi dans la déportation des Juifs de Belgique.

Le 23 avril 2014, sont arrivés aux Archives générales du royaume "35 mètres d'archives essentielles pour comprendre comment les nazis ont spolié les biens immobiliers des Juifs de Belgique dès 1940". Ce "fond complète les collections déjà très importantes sur la persécution des Juifs en Belgique pendant l'occupation. Les papiers sont jaunis, les écritures sont soignées calligraphiées des mains mêmes de deux fonctionnaires allemands : Robert Ernest Muller et Nicolas Hae". Ces archives "proviennent d'une institution allemande [qui] traitait des biens fonciers Juifs. Cette institution avait pour but de liquider le plus possible des maisons privées et des biens immobiliers, des entreprises qui appartenaient à des personnes Juives. Bien que l’administration n’ait pas réussi à réaliser énormément de ventes forcées, ils ont réussi à tirer pour Bruxelles environ 10 millions de francs belges provenant de loyer de ventes durant les 4 années d’occupation.", explique l'archiviste Philippe Strubbe. Les familles Juives étaient contraintes de déclarer leurs biens fonciers et ces fonctionnaires ont créé 1 600 dossiers. Cette "administration travaillait minutieusement à l'opération de "désenjuivement" de l'économie belge. Les archives conservent des titres de propriétés, des lettres des descriptions d'appartement des relevés de perception de loyers pour la Belgique" sauf Anvers. Ces "35 mètres d'archives vont être inventoriées pour le grand public : elles demeurent "une source de premier ordre pour des historiens autant que pour des généalogistes ou tout citoyen qui aimerait savoir ce qui s’est passé du temps de leurs parents ou grands-parents", souligne Philippe Strubbe. A ce jour, les archives générales du royaume belge détiennent 21 km d'archives concernant la Seconde Guerre mondiale.

Le Centre communautaire Juif laïc (CCJL) a présenté le 3 juin 2014 "1942-1944. La caserne Dossin à Malines : des témoins racontent...", en présence des réalisatrices Sarah Timperman et Stéphanie Perrin ainsi que de Frédéric Crahay, directeur de l'ASBL Mémoire d'Auschwitz.

Dans le cadre de la commémoration de Yom HaShoah, le Mémorial de la Shoah proposera le 5 mai 2016 à 15 h 30 Photographies des Juifs de Belgique déportés via la France. "Autour des ouvrages Drancy- Auschwitz 1942-1944. Juifs de Belgique, déportés via la France sous la direction de Herman Van Goethem et Patricia Ramet, éd. VUB-Press/Kazerne Dossin, 2015. 

Drancy-Auschwitz 1942-1944 "retrace le sort des 5 700 Juifs de Belgique qui ont été déportés via la France, notamment à travers un travail de recherche qui a permis de regrouper 4 177 photographies. En présence des auteurs Patricia Ramet et Herman Van Goethem, Laurence Schram, Kazerne Dossin – Mémorial, musée et centre de documentation sur l’Holocauste et les Droits de l’Homme, et de Lior Lalieu-Smadja, responsable du service photothèque, Mémorial de la Shoah. Animée par Alexandre Doulut, historien".


« Modus operandi : l’Holocauste belge » d’Hugues Lanneau
Production : Les Films de la Mémoire
Belgique, 2008
98 minutes
- 24 août 2011 à 20 h 40 et 30 août 2011 à 9 h 55 ;
- 8 janvier 2014 à 2 h 20.

 Visuels : © DR
Golda Ajgengold et Liwaia Luisa Furcajg, 7 septembre 1942.
Archives du Royaume de Belgique.

Articles sur ce blog concernant :
France
Cet article a été publié pour la première fois le 24 août 2011 et modifié le 24 avril 2014.
Il a été republié le :
-  4 septembre 2012 alors que l'actuel bourgmestre de Bruxelles a reconnu le 2 septembre 2012 la responsabilité d'un de ses prédécesseurs dans la déportation des Juifs de la ville lors de la Seconde Guerre mondiale ;
- 10 septembre 2012 après les excuses présentées le 9 septembre 2012 par le Premier ministe Elio di Rupo pour la déportation des Juifs de Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale ;
- 26 novembre 2012 car la Kaserne Dossin, mémorial, musée et centre de documentation sur l’Holocauste et les droits de l'homme, espace muséal, a été inaugurée par le roi des Belges Albert II le 26 novembre 2012 ;
- le 11 décembre 2012 car venait d'être inauguré le mémorial à la mémoire des 733 Juifs de Liège morts par déportation nazie ;
- le 16 janvier et 19 avril 2013 en cet anniversaire de l'attaque d'un train de déportés vers Auschwitz par trois jeunes Juifs bruxellois ;
- 7 janvier, 19 avril et 2 juin 2014, 19 avril 2015.

mercredi 4 mai 2016

C’étaient des enfants. Déportation et sauvetage des enfants juifs à Paris


La Mairie de Paris a présenté l’exposition éponyme sur le destin et des itinéraires des enfants Juifs à Paris. Photographies, cartes, lettres, documents familiaux inédits… brossent un tableau sombre de ces années de persécutions antisémites, de solidarités pour sauver ces enfants Juifs stigmatisés, mis au ban de la société française, raflés, déportés. La Mairie du VIIIe arrondissement de Paris propose l'exposition Enfants juifs à Paris 1939-1945. Article republié à l'approche de Yom HaShoah. Organisée par le Mémorial de la Shoah,     avec le Mouvement Juif Libéral de France,     l’association des Fils et Filles des Déportés     Juifs de France et le Consistoire, la cérémonie de lecture des noms de Juifs déportés de France débutera le 4 mai 2016 à 19 h et s'achèvera le 5 mai 2016 à 19h, au Mémorial de la Shoah. Seront lus les "noms des personnes figurant sur les listes 90 et 91, par des enfants et personnalités politiques, diplomatiques, religieuses et associativesCette année, sont lus les noms des Juifs morts en camp d'internement en France, des Juifs exécutés comme résistants, comme otages ou abattus sommairement (listes 90 et 91), puis des personnes déportées par les convois n°1 à n°31. Cette manifestation est placée sous le haut patronage de M. François Hollande, Président de la République, et sous l’égide de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. La lecture des noms sera intégralement filmée et diffusée en direct sur le site du Mémorial de la Shoah".  


« En juillet 1942, près de 14 000 Parisiens ont été arrêtés par la police française et, pour une large part, rassemblés au vélodrome d’Hiver, pour la seule raison qu’ils étaient juifs. Parmi eux, de nombreux enfants. Plus de la moitié des 11 400 enfants juifs déportés depuis la France, entre 1942 et 1944, auront été des petits Parisiens… [Des] milliers d’enfants « cachés » ont survécu à la Shoah, grâce à l’action de réseaux de sauvetage ou à la solidarité de Parisiens qui incarnèrent l’honneur de notre capitale. Cette exposition… poursuit l’œuvre de transmission et de préservation menée par de nombreuses associations qui, dans chaque arrondissement, ont redonné aux enfants déportés un nom, une mémoire, une histoire, une dignité », écrit Bertrand Delanoë, maire de Paris.

Genèse de l’exposition
« Tout a commencé en 1996. D’anciens élèves de l’école élémentaire de la rue Tlemcen, dans le 20e arrondissement, rencontrent Henri Malberg, élu d’arrondissement et Président du Groupe communiste au Conseil de Paris, lui-même enfant juif caché. Ils voulaient que Paris se souvienne de leurs petits camarades, raflés le 16 juillet 1942, et disparus dans les chambres à gaz d’Auschwitz. Une plaque fut alors rédigée, dont le texte suivant fut voté au Conseil de Paris : « À la mémoire des élèves de cette école, déportés parce que nés juifs, victimes innocentes de la barbarie nazie, avec la complicité active du gouvernement de Vichy. Ils furent assassinés dans les camps de la mort ». L’inauguration de cette plaque eut un incroyable retentissement. Des rescapés, des enfants cachés et des enseignants du 20e arrondissement se constituèrent en comité, baptisé « Comité Tlemcen ». Ensemble ils décidèrent de commencer un long travail de recherche afin de retrouver le nom de chaque enfant disparu, aidé notamment du Mémorial de Serge Klarsfeld. À l’aide de ce terrible inventaire, les bonnes volontés s’attelèrent à rechercher dans les registres d’inscription des écoles du quartier les noms des petits élèves déportés. Je faisais partie de ces « chercheurs ». Nous étudiions soigneusement les registres, consultions la longue liste des élèves passés dans sa maternelle et voyions peu à peu revivre tout un quartier. Nous savions que des milliers d’enfants étaient morts dans les camps. Mais ils n’avaient pas de nom, pas d’âge, pas de visage. En épluchant les listes, ils s’incarnaient avec leur famille, dans leurs immeubles, d’autant que, grâce au travail de Serge Klarsfeld, nous possédions leurs photos. À l’issue de ce macabre recensement, le Comité Tlemcen demanda que, dans chaque école, une plaque soit apposée avec les noms des enfants assassinés. En 2001, Bertrand Delanoë donna un essor considérable à ce travail de mémoire : il systématisa la pose des plaques sur toutes les écoles parisiennes concernées, dans les collèges, les lycées, y consacra un budget important et décida de la pose des stèles pour les tout petits enfants non-scolarisés », rappelle Catherine Vieu-Charier, adjointe au Maire, chargée de la mémoire et du monde combattant.

Les enfants Juifs aussi…
Le « sort des enfants juifs est au cœur de la Shoah. Le choix d’identifier, de persécuter, d’arrêter, de déporter et d’exterminer jusqu’aux nourrissons est l’indice ultime de la radicalité de ce que les dirigeants nazis ont qualifié de « Solution finale de la question juive ».

Environ 1,5 million d’enfants Juifs européens ont été assassinés. Parmi eux, 11 400, dont 2 000 étaient âgés de moins de six ans, ont été déportés depuis la France ou ont trouvé la mort dans l’un des camps d’internement dans l’hexagone. L'un d'eux est Charles Gurfinkiel, assassiné à Auschwitz en 1942, à l’âge de neuf ans et auquel son frère cadet Michel Gurfinkiel a rendu hommage dans un livre émouvant, Un devoir de mémoire. La majorité de ces victimes étaient Parisiens. Seulement deux-cents sont revenus vivants des camps.

Près de 80 % des enfants Juifs qui vivaient à Paris en 1939 ont survécu au conflit « grâce à la mobilisation de leurs parents, des réseaux de résistance juive et de la solidarité active de nombreux Parisiens ». Ce sont les « survivants », « enfants cachés », « rescapés ». Ces vocables recouvrent une diversité de parcours, d’expériences individuelles, de manières de survivre. Les enfants comme sujets de cette histoire – selon la formule de Serge Klarsfeld. L’histoire du point de vue des enfants, et dans leurs rapports avec leurs familles, les institutions les accueillant, les protégeant.

On retrouve aussi une grande variété terminologique - « Justes », « sauveteurs », « cacheurs », « famille d’accueil », « convoyeurs », « résistants juifs » - pour désigner ceux qui ont hébergé, secouru, convoyé, ces enfants Juifs.

Mais cette exposition ne montre pas assez la diversité des Français ayant accueilli des enfants Juifs : des Justes ayant sciemment pris des risques à ceux qui les ont accueillis sans connaitre leur judéité, de ceux qui les ont quasi-adopté en les entourant de leur affection à ceux qui ont maltraité ces garçons et filles Juifs hébergés.

Cette exposition présente des documents inédits, provenant de collections particulières tel « ce journal tenu en juillet 1942 par cette adolescente juive parisienne, membre des Éclaireurs israélites, qui parcourt Paris le jour de la rafle du Vel d’Hiv afin de porter secours à des enfants laissés seuls ».

Ces lettres, photographies, dessins et documents officiels couvrent la période de l’Occupation et l’immédiat après-guerre où, pour beaucoup d’enfants juifs, les difficultés perdurent. Cette « lettre écrite par l’oncle d’une petite fille juive, devenue orpheline, à cette famille non-juive qui l’a élevée avec amour pendant plusieurs années donne la mesure du drame : la profonde reconnaissance le dispute à la décision de reprendre l’enfant pour l’élever dans un environnement familial le plus proche de celui qu’elle a connu avant-guerre ».

Une population juive parisienne jeune et diverse en 1940
« À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la population juive de France est estimée à un total de 320 000 membres ». L’exposition gagnerait à préciser qu’il s’agit de la France métropolitaine.

Cette population Juive en France est variée.

Un tiers de ses membres sont nés en France, parfois dans des familles qui s’y trouvent depuis plusieurs générations, voire plusieurs siècles. Les deux tiers sont des immigrés, dont un tiers est devenu Français par naturalisation. Ils ont rejoint la France en quittant leur pays d’origine, situé à l’Est de l’Europe, notamment de Pologne et la Russie, et le pourtour méditerranéen. Leurs motivations : fuir les persécutions antisémites ou/et améliorer leurs conditions de vie. Dès l’arrivée d’Hitler au pouvoir en Allemagne en 1933, de nombreux Juifs du Reich cherchent un asile en France.

Si quelques familles aisées, professions libérales ou cadres émergent de cette population Juive, la majorité de ménages très pauvres travaillent dans l’artisanat ou le commerce.

Laïcs ou religieux, engagés politiquement – le plus souvent à gauche, du communisme au socialisme – ou citoyens en retrait du débat public, sionistes ou non-sionistes, ces personnes Juives partagent un même territoire : la préfecture de la Seine, principalement Paris, alors un des centres de la vie Juive européenne.

À l’entrée des soldats allemands en juin 1940 dans la capitale française, près de 200 000 Juifs y vivent, sans être majoritaires dans un quartier ou arrondissement : « de Belleville où réside une population immigrée yiddishophone à l’ouest parisien, lieu de résidence des « Israélites » aisés, via la rue de la Roquette, Bosphore miniature, où il n’est pas rare d’entendre parler le judéo-espagnol ».

A l’initiative de Jean-Luc Pinol, professeur d’histoire contemporaine à l’ENS de Lyon et spécialiste de l’histoire urbaine, une carte historique a été établie afin d’indiquer, par des points rouges, l’adresse d’arrestation des 6 200 enfants Juifs de Paris déportés entre juillet 1942 et août 1944. Les noms de ces victimes y figurent aussi : « au 62, avenue Simon-Bolivar dans le 19e arrondissement, Rebecca Dzialoszynski, 15 ans, au 64, Samuel Aszer, 14 ans, et sa petite sœur, Berthe, 6 ans »… La majorité des enfants déportés vivaient dans les quartiers populaires de l’Est et du Nord-est parisien. « 23 % des enfants ont été raflés dans les îlots insalubres de l’époque », a expliqué Jean-Luc Pinol. Un travail qui va se poursuivre pour les 11 400 enfants juifs déportés de France.

Cette population Juive parisienne est jeune, encadrée par des mouvements de jeunesse.

À l’été 1941, en se fondant sur le recensement ordonné par les Allemands, « sur les 140 000 Juifs qui résident encore dans le département de la Seine, près de 35 000, soit un quart, ont moins de 15 ans. Pourtant, nombre des enfants juifs parisiens sont déjà partis pour la zone sud. L’histoire des enfants juifs parisiens sous l’Occupation dépasse ainsi largement les limites géographiques de la capitale. Elle se déroule également dans les villages de la Creuse ou des Cévennes, aux frontières suisse ou espagnole ou encore dans les camps français du Sud de la France ».

Stigmatisation, identification, fichage et exclusion
L’armistice du 22 juin 1940 divise la France en deux par la ligne de démarcation : une zone nord ou zone occupée par les forces allemandes nazies, incluant Paris et donc la majorité des Juifs, et une zone sud.

Dès septembre 1940, les autorités occupantes et le gouvernement de collaboration de Vichy « y organisent la stigmatisation des Juifs. Lois françaises et ordonnances allemandes définissent qui sont les Juifs, enfants et adultes, avant de les identifier et de les localiser. Elles les excluent ensuite de la vie économique et culturelle. Elles marquent ainsi une rupture radicale avec le statut protecteur dont les enfants bénéficient en Europe, de manière croissante, depuis le XVIIIe siècle ».

La première ordonnance allemande du 27 septembre 1940 « ordonne aux Juifs de zone occupée de se déclarer auprès des sous-préfectures françaises. Les chefs de famille ont jusqu’au 20 octobre 1940 pour faire état de leur identité, de celle de leur épouse mais aussi de tous leurs enfants, du nouveau-né à l’adolescent. Sur la base de ce recensement et des suivants, la préfecture de police de Paris crée finalement un fichier des enfants juifs ».

Identifiés administrativement, les Juifs sont reconnaissables dans la zone Nord par l’apposition du tampon « Juif » sur leurs papiers d’identité et, « à compter de mai 1942, les enfants âgés de plus de 6 ans doivent porter l’étoile jaune. À cette date, la préfecture de police de Paris évalue à 17 500, dont plus de 15 000 de nationalité française, les enfants concernés dans le département de la Seine, principalement à Paris ».

Par la loi française du 3 octobre 1940 « portant statut des Juifs », les adultes Juifs « sont exclus de nombreuses professions. Les chefs de ménages sont mis au ban de la société. L’ordonnance allemande du 8 juillet 1942 interdit finalement aux Juifs l’accès aux lieux publics ». Quels effets dans la vie quotidienne des enfants Juifs parisiens ? Interdits d’entrée dans les jardins publics, « exclus des jeux en plein air, ils sont privés de divertissements collectifs et de colonies de vacances tandis que leur image est utilisée par la propagande antisémite pour dénoncer le « péril » que représentent les Juifs, dès leur plus jeune âge ».

« La Révolution nationale promue par le gouvernement de Vichy entend s’attaquer à l’école. Il s’agit de protéger la jeunesse française de « l’influence juive », que celle-ci vienne de l’encadrement scolaire ou des camarades de classe. L’accès à l’université est strictement limité pour les étudiants Juifs et les adolescents sont exclus des écoles professionnelles. Les élèves Juifs restent cependant admis dans les écoles élémentaires et les lycées où ils sont soumis au port de l’étoile jaune ce qui entraîne des réactions variées. Lorsqu’en juillet 1942, la police française arrête massivement des enfants Juifs, elle arrête d’abord des écoliers ».


Arrestation, internement et déportation
Plus de 6 100 enfants sont arrêtés à Paris durant la Shoah, « principalement par la police municipale. La plupart d’entre eux ont été déportés au camp d’Auschwitz en Pologne où ils furent exterminés à leur arrivée ».

Les premières rafles parisiennes datent de 1941, et induisent l’arrestation de près de 8 200 personnes, « exclusivement des hommes et presque tous étrangers. L’internement de ces pères de famille plonge leurs familles dans des difficultés matérielles et psychologiques supplémentaires. Il signifie parfois que les enfants sont brutalement laissés seuls ».

L’année 1942 marque un tournant dramatique pour ces enfants Juifs parisiens.

La grande rafle parisienne des 16 et 17 juillet 1942 est « la première à concerner les enfants, de plus de deux ans. Si la plupart sont nés en France et donc Français, ces enfants sont ainsi considérés comme étrangers. Les adultes sans enfants sont envoyés à Drancy et les familles sont internées au vélodrome d’Hiver dans le 15e arrondissement. Au Vel d’Hiv, les conditions d’hygiène et de vie sont très dures. Une triple épidémie de diphtérie, de scarlatine et de rougeole touche 300 enfants dont plusieurs mourront dans les jours qui suivent ».

Dès le 19 juillet 1942, ces jeunes Parisiens Juifs sont progressivement transférés dans les camps du Loiret. À la fin juillet 1942, le camp de Beaune-la-Rolande compte « 300 petits Parisiens de 2 à 5 ans, près de 500 de 6 à 10 ans et de 600 de 10 à 15 ans, 16 ans étant en effet considéré comme la fin de l’enfance et ce, même si la majorité légale se situe alors à 21 ans. Afin de remplir au plus vite les convois de déportation, il est décidé de séparer les familles. Les parents sont déportés sans attendre, aux prix de terribles déchirements. Malgré l’insistance de Pierre Laval, président du Conseil, pour voir les enfants déportés au plus vite, ceux-ci attendent, seuls, de connaître leur sort. À partir du 15 août 1942, les enfants du Vel d’Hiv encore vivants dans les camps du Loiret (Beaune-la-Rolande) sont progressivement transférés au camp de Drancy pour y être déportés en compagnie d’adultes et maintenir ainsi l’illusion que ces déportations visent à organiser des peuplements Juifs à l’est de l’Europe ».

Dès août 1942, des enfants séjournent continument au camp de Drancy. « Pourtant aucun statut particulier n’est prévu pour ces jeunes internés soumis aux dures conditions de vie qui règnent dans ce camp de transit ». Ils créent leurs jeux : la fouille ou la déportation.

Du 14 au 31 août 1942, soit en seulement 15 jours mais huit convois, plus de 3 000 enfants sont déportés pour le camps d’Auschwitz, la plupart y sont exterminés dès leur arrivée. Soixante-dix-sept enfants, fils et filles de prisonniers de guerre Juifs, la plupart parisiens, sont aussi déportés au camp de concentration de Bergen-Belsen, avec leurs mères, de mai à juillet 1944. « Seulement 200 des quelque 11 000 enfants juifs déportés de France sont revenus des camps d’extermination. Plusieurs sont morts lors de leur internement dans l’un des camps français ».


Solidarité et sauvetage
En plus de son ampleur, la rafle du Vel d’Hiv marque un double tournant. « D’une part, elle scelle donc définitivement le sort réservé aux Juifs de moins de 16 ans. D’autre part, par les réactions qu’elle suscite, elle ouvre la voie à des formes d’opposition à ce projet exterminateur radical. Sur leurs paliers, dans leurs immeubles, dans leurs rues, les Parisiens constatent la disparition soudaine – assistent parfois à l’arrestation brutale, par des policiers français – non plus seulement d’hommes mais aussi de femmes et surtout d’enfants. Ces scènes suscitent plusieurs réactions de solidarité au sein d’une population non juive jusque-là indifférente, parfois satisfaite, de la situation faite aux Juifs ». Elles inspirent aussi des spoliations des Juifs contraints d’abandonner leurs domiciles, la satisfaction des jaloux, etc.

Les « œuvres sociales juives – qui, depuis plusieurs mois déjà, prennent en charge des familles dont la situation n’a cessé de se dégrader – peuvent désormais prendre appui sur ces manifestations de sympathie pour poursuivre l’objectif qui s’impose dès lors à tous : sauver les enfants ».

Dès 1941, les rafles de pères de famille à Paris amènent à la prise de conscience des risques courus par les enfants. Les œuvres sociales Juives ajoutent vite, à leurs actions d’assistance, le placement clandestin et le suivi des enfants. Ceux-ci sont « d’abord convoyés dans les départements limitrophes de Paris puis, peu à peu, l’ensemble de la zone nord est prospecté ». Des « pensions sont systématiquement versées aux nourrices pour qui, le plus souvent, ces nouveaux arrivants, dont elles ne connaissent pas toujours l’identité juive, ne sont pas différents de ces « Petits Paris » qu’elles ont l’habitude de prendre en charge. Dans ce double passage de l’assistance au sauvetage et de la légalité à la clandestinité, les œuvres juives reçoivent le concours officieux de nombreuses assistantes sociales, parmi lesquelles plusieurs membres des services sociaux de la Préfecture de la Seine, en rupture avec leur hiérarchie ».

Menacés de rafle, les enfants Juifs de l’orphelinat de la Varenne sont évacués en mars 1943 par le Comité Amelot, puis placés dans des familles non juives, à la campagne.

Ces assistantes sociales non juives renforcent leur engagement dès le 16 juillet 1942. Les réactions à la rafle du Vel d’Hiv sont nombreuses. L’arrestation inédite des enfants est évoquée comme la principale raison de ces protestations. Voisins, amis ou camarades de classe portent secours aux enfants Juifs parisiens.

Dès sa création en 1941 par le régime de Vichy pour réunir et contrôler des institutions juives dissoutes, l’Union générale des Israélites de France (UGIF) gère plusieurs centres d’accueil pour enfants à Paris. Plus de 3 000 enfants séjournent dans l’une de ces maisons entre juillet 1942 et août 1944. Plusieurs rafles y sont conduites jusqu’à la dernière où, durant la nuit du 20 juillet 1944, 125 petits pensionnaires Juifs sont arrêtés à Paris puis déportés à Auschwitz par le dernier convoi à quitter Drancy. Dès 1942, « plusieurs réseaux, interconfessionnels ou laïcs, redoutent cette issue et débutent l’évacuation clandestine et progressive des maisons de l’UGIF. Ils sauvent ainsi plusieurs centaines d’enfants ». 


Survivre et grandir
À Paris comme dans l’ensemble de la France, environ 80 % des enfants juifs ont survécu à la guerre. Environ 10 000 d’entre eux sont restés vivants du fait de leurs prises en charge par des réseaux Juifs de sauvetage, épaulés par des non juifs. Le vécu de ces enfants juifs s’avère varié.

Pendant plusieurs mois ou années, ces enfants de tous âges sont contraints de dissimuler leurs identités – véritables prénom et nom, judéité -, adopter des patronymes successifs, s’adapter à des environnements différents, maintenir leurs liens affectifs avec des parents, frères et sœurs dont ils sont souvent séparés géographiquement, nouer des relations affectives plus ou moins temporaires, demeurer sur le qui-vive, vivre avec la douleur des séparations, accepter d’être baptisés dans une conversion au christianisme souvent non voulues par les familles Juives, apprendre d’autres prières, découvrir la campagne, etc.

Parents – résistants, internés, entrés en clandestinité - et enfants cachés communiquent, quand cela est possible, par lettres, dessins ou cadeaux.

Chacun espère le moment des retrouvailles, qui parfois ne viendra pas : décès de parents ou de frères/sœurs, difficultés à renouer les liens, familles recomposées, etc.

En 1945, on recense 10 000 orphelins Juifs en France. « D’autres retrouvent des parents qui, affaiblis, sans ressource et souvent sans logement – leur appartement vidé par les Allemands et occupé par des non juifs –, ne peuvent prendre immédiatement soin de leurs enfants. Les œuvres Juives ouvrent donc des maisons pour accueillir au moins temporairement et parfois élever jusqu’à l’âge adulte une large part des enfants qu’elles ont contribué à sauver. Outre la prise en charge affective, il s’agit aussi pour elles de poursuivre une éducation emprunte de judaïsme. Au total, toutes obédiences confondues, une soixantaine de foyers voient le jour. La vie en collectivité dans ces maisons marque ainsi une nouvelle épreuve pour les enfants qui ont survécu à la guerre. Elle signifie surtout qu’ils ne reverront jamais leurs parents ».

Dans l’immédiat après-guerre, « le vécu de ces enfants n’a pas sa place : ils ont eu la « chance » de survivre ». Ils sont alors trop jeunes aussi pour que leurs témoignages intéressent les historiens. Ils doivent construire leurs vies, et beaucoup choisissent de refouler dans leurs mémoires ces années éprouvantes, mais déterminantes dans leurs vies. Certains découvrent fortuitement leur passé juif.

À la fin des années 1970, « c’est d’abord comme orphelins que certains prennent publiquement la parole, notamment au travers de l’association des Fils et Filles des Déportés Juifs de France ».

Dans les années 1980, ces individus parlent d’eux, dévoilent leur enfance.

Au cours des années 1990 se multiplient des associations d’« enfants cachés » et d’« anciens » de tel ou tel réseau ou maison.

Devenus adultes, parents et grands-parents, ces enfants survivants de la Shoah expriment leur gratitude en remplissant des dossiers à Yad Vashem afin de faire reconnaître leur sauveur comme « Juste parmi les nations » par l’État d’Israël.

La Mairie du VIIIe arrondissement de Paris propose l'exposition Enfants juifs à Paris 1939-1945. Organisée dans le cadre de la semaine de l'Europe, l’exposition "permet de retracer l’histoire des enfants juifs parisiens durant la Deuxième Guerre mondiale, de leur exclusion à leur sauvetage. Chronologique et thématique, elle permet de prendre conscience des persécutions auxquelles les enfants juifs et leurs familles ont dû faire face et rend un hommage aux Justes qui les ont aidés".



Sarah Gensburger, C’étaient des enfants. Déportation et sauvetage des enfants juifs à Paris. Flammarion, 2012.24,90 €. 128 pages. 195 × 2755 mm. 24,90 euros. ISBN : 9782081283206
 

Enfants juifs à Paris 1939-1945
Du 3 au 19 mai 2016
A la Mairie du VIIIe arrondissement de Paris  
Salle des expositions
3, rue de Lisbonne - 75008 Paris
Du lundi au vendredi de 12 h à 18 h, le jeudi de 12 h à 19 h, le samedi de 9 h à 12 h. 

Jusqu’au 27 octobre 2012
Au Salon d'accueil de la Mairie de Paris
29, rue de Rivoli. 75004 Paris
Tél : 01 42 76 51 53
Tous les jours sauf dimanche et jours fériés de 10 h à 19 h
 Les citations sont extraites du dossier de presse.

Visuels :
Certificat de non-appartenance à la race juive établi par le Commis­sariat général aux questions juives, administration française, pour Nanette Kauffmann, alors âgée de six ans.
© Coll. Nanette Falaize.
Lettre de Clara Garnek écrite lors de son internement au vélodrome d’Hiver en juillet 1942. Elle est déportée à l’âge de 15 ans pour Auschwitz où elle est exterminée.
© Archives CDJC-Mémorial de la Shoah. Coll. Garnek. 

Lit de poupée fabriqué pour Francine Segal par son père alors interné à Beaune-la-Rolande.
© Archives CDJC-Mémorial de la Shoah. Coll. Segretin.


Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié le 19 octobre 2012, puis le ;
- 17 décembre 2013. Toute l'Histoire diffusa le documentaire Le regard des enfants (2009) à 18 h. "Dans le cadre du travail de devoir mené par l'Education Nationale, ce documentaire a pour vocation de dépeindre l'époque sombre de la Déportation à travers le regard des enfants juifs de l'époque. Les caméras se sont particulièrement concentrées sur les réactions des petits écoliers parisiens" ;
- 19 juillet 2015. Article republié en ce 73e anniversaire de la Rafle du Vél d'Hiv