vendredi 19 septembre 2014

Madeleine Testyler, peintre et sculpteur


Artiste autodidacte, Madeleine Testyler est née à Paris dans une famille de fourreurs Juifs originaires de Pologne. Elle grandit dans le quartier du Marais (75003). Enfant victime de la rafle du Vél d’Hiv, elle survit en étant cachée. Orpheline en 1946, elle débute avec son époux Jo Testyler comme styliste dans la fourrure et la peau retournée. Autodidacte, cette artiste Cette coloriste innove et parsème son œuvre de clins d’œil au judaïsme et parfois humoristiques. Son parcours artistique la mène vers des peintures abstraites en acrylique et des sculptures figuratives. De clins d’œil au judaïsme et humoristiques, ses œuvres ont acquis une puissance dramatique. Un de ses tableaux est proposé lors de la vente aux enchères au profit de la WIZO, le 29 septembre 2014, aux Salons Hoche (Paris).


Madeleine Reiman  est née à Paris dans une famille de fourreurs Juifs d’origine polonaise. 

Elle grandit avec sa sœur cadette Arlette dans le quartier du Marais. Premier honneur, c’est son dessin que choisit l’école parisienne de la rue Chapon pour décorer le préau. 

Après s’être rendu le 14 mai 1941 à la convocation « pour examen de situation » par la police française dans le cadre de la « rafle des billets verts » (Juifs de Pologne, Tchécoslovaquie et Autriche), le père de Madeleine Reiman est interné dans le Loiret - son épouse tente vainement d’obtenir sa libération -, puis est déporté en 1942 à Auschwitz  où il est tué.

Arrêtées lors de la rafle du Vel d’Hiv  en juillet 1942, la mère de Madeleine Reiman et ses deux filles parviennent à quitter le camp d’internement de Beaune-la-Rolande. Elles demeurent cachées à Vendôme jusqu’à la Libération.

La mère de Madeleine Reiman meurt en 1946. Madeleine Reiman devient orpheline à l’âge de huit ans. 

Adolescente, elle évolue du classicisme vers l’impressionnisme, puis abordera la fragmentation cubiste. 

Elle épouse Jo Testyler – celui-ci consignera ses souvenirs d’enfant déporté dans des camps de concentration dans Les enfants de Slawkow. Une jeunesse dans les camps nazis  (Albin Michel, Coll. Présence du judaïsme, 1992) - et devient styliste pour la fourrure et la peau retournée.

Cette artiste autodidacte expose depuis 1958. Ses œuvres figurent dans des collections privées en France, en Israël, aux Etats-Unis et au Brésil. Pour des raisons personnelles, elle a refusé d’exposer en Allemagne. 

En 2002, la Mairie du 4e arrondissement de Paris avait présenté l’exposition Cheminement, trois pas en avant (peintures) + un (sculpture) le cheminement artistique depuis le milieu des années 1980 de Madeleine Testyler. Les « trois pas en avant » ? Les trois styles de sa soixantaine de tableaux abstraits. Le quatrième : la sculpture, pratiquée depuis 1997.

Le premier style pictural, c’est celui des « volutes », avec une technique mixte, acrylique et peinture à l’huile, et de grands reliefs de matière qui donnent une force à la composition. Puis vient la période « blanche », avec motifs géométriques et perspectives, enfin le concept original de panneaux aux couleurs chaudes. Les tableaux superposés récents ont un style plus abstrait et fluide : rien n’est cerné, tout se fond.

Depuis 1995, la peintre crée des panneaux de bois de 10 cm de large sur 40 à 90 cm de long, aux couleurs du folklore mexicain. Ces bandes peuvent être disposées en nombre variable, ou comme cadres verticaux de tableaux. Derrière l’apparente profusion de motifs, deux ou trois dessins teintés différemment.

Les attentats du 11 septembre 2001 ont induit chez l’artiste une œuvre dure : par des collages de photos de ses parents et des couleurs violentes, un paravent évoque la Shoah.

Terra cota, soudure à l’arc, bronzes, compressions en exemplaire unique… La sculpture variée, parfois en bronze, lui permet de quitter l’abstraction picturale où un œil averti repère de discrets haï - יח -, shalom, ou une étoile juive. Sujet principal : une femme lovée en position fœtale, ou aux membres inférieurs, dont les pieds, disproportionnés. La sculpture, en plâtre ou en terre, est soit patinée façon bronze en un ton doux, ce qui renforce sa sensualité, soit, nouveauté, sertie de motifs géométriques en relief, dans des oppositions noir/blanc ou noir/doré. Un corps sans tête, coupé, est relié par des clous...

Le judaïsme est présent aussi par les sculptures de ménorah et d’un rabbin sonnant le chofar...

« Le titre qu’on donne aux œuvres les mutile. Chacun voit ce qu’il veut », note cette artiste, impatiente de voir ce qui va apparaître lors du processus créatif...

En 2006, Madeleine Testyler fait mon aliyah. Avec rapidité, elle y crée des œuvres picturales fortes, dramatiques. 

Sur son site Internet, un film la montre créer avec rapidité et précision un tableau dominé par des couleurs vives rompues par des mouvements noirs et gris.
   

Visuels :
Sans titre
Acrylique sur toile
H 147 cm / L 125 cm

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Cet article a été publié par Actualité juive hebdo en une version concise.

« Des « terroristes » à la retraite », de Mosco Boucault


Toute l'Histoire diffusera le 19 septembre 2014 La traque de l'Affiche rouge (52 minutes) : "21 février 1944 : à l'issue d'un procès médiatisé, 23 résistants étrangers sont condamnés à mort ; 22 sont exécutés le jour même au Mont Valérien et une femme sera emmenée en Allemagne pour être décapitée. Une dizaine de jours plus tard, plusieurs se retrouvent sur une affiche placardée pour illustrer l'entreprise du crime, le combat des « terroristes ». C'est l'Affiche rouge qui inspirera Aragon. Qu'en reste-t-il dans la mémoire collective ? L'image de l'Affiche rouge sans doute, image de résistance et de répression sans qu'on sache souvent ce qu'il en était vraiment". Arte a diffusé, dans une version remontée, « Des « terroristes » à la retraite  », documentaire célèbre et bouleversant de Mosco Boucault  (1983). Des « survivants du groupe Manouchian, résistants communistes étrangers, Juifs pour la plupart, racontent l’itinéraire qui les a conduits en France, puis à la résistance et à la lutte armée, jusqu’à l’arrestation du groupe dans des circonstances « amères » et liées au Parti communiste français (PCF). Dans la nuit du 24 au 25 juin 2014, la stèle dédiée à Marseille à "Missak Manouchian et à ses 22 camarades a été profanée du signe de la croix gammée".


Fuyant les persécutions antisémites et politiques de la Pologne, la Roumanie, la Hongrie et l’Arménie, les Juifs ou/et communistes immigrent en France dans les années 1930.

Là, ils travaillent dans de modestes ateliers de tailleurs ou fourreurs, souvent comme confectionneurs à domicile, dans une France en crises politiques et économiques, et sont enthousiasmés par le Front populaire.
Les diverses associations et mouvements Juifs ou arméniens, souvent politisés, dans lesquels ils militent constituent pour eux des espaces de formation intellectuelle, de sociabilité et de solidarité.

En août 1939, les militants communistes sont désorientés et stupéfaits par la signature du pacte de non-agression entre Staline et Hitler. "Un pacte avec le diable", pour nombre d'entre eux.

Ils s’engagent dans une armée française dont ils déplorent la désorganisation, des "déguisements" en guise d'uniformes face à un ennemie bien armé, la rapide déroute, et sont stupéfaits par l’armistice (22 juin 1940).

Sous l’impulsion du maréchal Pétain, le régime de Vichy s’engage dans la collaboration avec l’occupant allemand nazi.

Promulgué à l’automne 1940 par ce régime, le premier statut des Juifs contraint ceux-ci à se faire enregistrer au commissariat. Sans consigne, ces militants communistes se font enregistrés comme Juifs au commissariat de police. Le tampon "Juif" est apposé sur leurs papiers d'identité.

Après la première rafle de Juifs (gymnase Japy dans le XIe arrondissement de Paris), les militants communistes ne reçoivent toujours pas de directive d'action.

Ce n'est qu'après l’invasion de l’Union soviétique par l’Allemagne du IIIe Reich (août 1941) que le Parti communiste français (PCF) mène une guérilla urbaine à Paris contre l’occupant nazi. Un ordre de Staline.

 “Mais les militants français n’ont pas la culture de la clandestinité. Le parti s’adresse alors aux militants de la MOI (Main-d’œuvre immigrée) : le travail souterrain leur est familier et ils n’ont rien à perdre… Ils ont été les principaux acteurs de” cette guérilla urbaine.
Sur ordre de Fabien, un soldat allemand est tué dans une rame de métro.

Le Parti "recrute des jeunes communistes exaltés, prêts à se sacrifier pour cette lutte", précise l'historien Stéphane Courtois. Le PCF ne reçoit guère d'écho parmi les ouvriers, et se tourne alors vers les immigrés n'ayant rien à perdre, souvent des Juifs dont les familles avaient été raflées en particulier après celle du Vel d'Hiv (1942), voire déportées.

Tuer ? "C'était difficile", se souviennent ces résistants, car ils ne sont pas des assassins. Ils attaquent les soldats allemands où qu'ils se trouvent : dans un restaurant, dans la rue... Le but : harceler l'occupant - en moyenne, trois actions par semaine - et éviter que Paris ne se transforme en ville de loisirs pour les Allemands. Au fil des années, les Allemands se retranchent dans certains quartiers. Les résistants se dotent alors d'un service de renseignements.

Le régime de Vichy et l’occupant allemand nazi les combattent, les qualifient de “terroristes”, les arrêtent, les torturent, fusillent, déportent au camp de Struthof (France) où ils sont peints en jaune ou à Auschwitz (Pologne)...

En 1983, Mosco Boucault a recueilli le témoignage de ces résistants dans leurs ateliers, domiciles et les lieux de leurs actions,  reconstitué des scènes avec les protagonistes âgés, et filmé l'un d'eux fabriquant une bombe artisanale.

L'affiche rouge
“Organisés en triangles cloisonnés, les FTP-MOI (Francs-tireurs partisans de la Main-d’œuvre immigrée ; prononcez en séparant chaque lettre de FTP puis “Moï”) fabriquent des bombes, d'abord artisanales, puis de plus en plus élaborées”. Dans ces unités, se trouvait aussi un médecin.

Leurs actions multiples s’avèrent efficaces : à Paris, de mars 1942 à novembre 1943, “92 hôtels allemands sont attaqués à la bombe, 33 à la grenade ; 15 bureaux de recrutement sont incendiés, 125 camions militaires détruits, 11 traîtres abattus, 31 formations militaires attaquées”.

En août 1943, les FTP-MOI “organisent un attentat contre von Schaumburg, général commandant de Paris.
En septembre 1943, ils exécutent Julius Ritter, responsable du STO (Service du travail obligatoire) - réquisition et transfert vers l’Allemagne nazie de centaines de milliers de travailleurs français contre leur gré afin qu’ils contribuent à l’effort de guerre allemand - mis en vigueur dès 1942 en France.

Cependant, en octobre 1943, “un des chefs des FTP-MOI est arrêté. Survivant du génocide commis à l’égard des Arméniens par les Turcs, militant communiste, Missak Manouchian cherche en vain à obtenir de la direction du mouvement l’autorisation de quitter provisoirement Paris”.

En novembre 1943, 200 résistants de la région parisienne sont interpelés par la Gestapo, dont 23 sont fusillés le 21 février 1944 au mont Valérien, près de Paris. « Quelques jours plus tard, leurs portraits sont diffusés par l'"Affiche rouge" : il s'agit de membres du groupe "Manouchian", résistants communistes étrangers, juifs pour la plupart. Sept survivants de ce groupe, cinq Polonais et deux Roumains, tous juifs, racontent l'itinéraire qui les a conduits en France, puis à la résistance et à la lutte armée, reconstituant certaines de leurs actions. Élaborée par le service de la propagande nazie en France, stigmatisant l'origine étrangère, l’idéologie communiste ou la judéité de ces jeunes hommes, indiquant les actions attribuées à chacun d’entre eux – « « Elek – Juif hongrois, 8 déraillements », « Manouchian – Arménien, chef de bande, 56 attentats, 150 morts, 600 blessés », « Witchitz – Juif polonais, 15 attentats », « Fontanot (Fontano) – Communiste italien, 12 attentats » -, cette “affiche rouge” est placardée sur les murs de Paris, Nantes et Lyon. S'inspirant de la dernière lettre de Missak Manouchian à son épouse avant d’être exécuté, Louis Aragon rédige le poème Strophes pour se souvenir (1955) lors de l'inauguration de la rue du Groupe-Manouchian, dans le XXe arrondissement de Paris. Ce poème est mis en musique et interprété par Léo Ferré en 1959, puis par d’autres chanteurs, dont Catherine Sauvage.

Ilex Beller, Jean-Paul Bonnaire, Gilbert Brustlein, Stéphane Courtois, Jacques Farber, Alain Forge, Philippe Granier-Raymond, Louis Gronowski, Boris Holban, Raymond Kojitsky, Jean Lemberger, membre de la MOI (Main d’œuvre immigrée) et frère de Régine Stépha Skurnik, Claude Levy, Raymond Lévy, Mélinée Manouchian, Charles Mitzflicker, Albert Ouzoulias, Hervé Panzéra, Simon Rayman, Abraham Rayski, Bibi Tighouart et Gilbert Weissberg… Résistants, témoins et historiens évoquent cette période tragique. 

S’attachant à sept résistants survivants, ce documentaire remarquable est passionnant, bouleversant sur l’humanité et la modestie, les questionnements moraux, les hésitations à attaquer un soldat allemand et la détermination courageuse de ces résistants, leurs maladresses et leurs manques de moyens, leurs échecs et leur humour, leurs solitudes et leurs familles décimées, leurs retrouvailles pour le nouvel an dans un appartement parisien rue de Paradis.

Ingrate, l’administration française avait refusé à certains d’entre eux la nationalité française qu’ils avaient sollicité, lors même qu’ils avaient combattu courageusement au nom aussi de principes de la république française acquis sous la IIIe République et s’étaient intégré dans la société française.

Polémique
Lors de sa première diffusion en 1983 par Antenne 2, ce documentaire a eu un “retentissement considérable” et a suscité une polémique.

En effet, il montrait “l’extrême humanité des témoins, filmés en situation, sur les lieux de leurs actions rejouées pour la caméra ou dans les ateliers de confection où ils ont continué de travailler”.

Surtout, il “mettait en avant la responsabilité des instances dirigeantes des FTP (Francs tireurs partisans) et du PCF dans l'élimination du groupe "Manouchian", interpellé dans des circonstances obscures. Mélinée Manouchian, veuve de Missak Manouchian, livre sa version des faits. Plusieurs historiens et anciens résistants imputent le démantèlement du groupe à la direction du PCF clandestin qui ensuite les avait ostracisés de l’Histoire officielle de la Résistance au profit de résistants aux noms patronymiques bien français. Les dirigeants du PCF nient toute responsabilité dans l'arrestation et l'abandon de Manouchian. Un policier avait prévenu les résistants que Joseph Davidovitch, commissaire politique des FTP-MOI 1, avait trahi Manouchian. Pourquoi avoir obligé les résistants à rester, alors que certains souhaitaient se cacher ?

Se fondant sur l’étude d’archives ouvertes postérieurement à la diffusion du documentaire, divers historiens soulignent le rôle déterminant de la police française – filatures, recoupements, utilisation de dénonciateurs - dans l’arrestation du groupe Manouchian.

Des « terroristes » à la retraite, de Mosco Boucault (1983)
Commentaire dit par Simone Signoret  et Gérard Desarthe
Zec Production, Top n° 1, La Cécilia, ARTE France, Antenne 2, 71 min
Diffusions les 11 février à 23 h 55 et 28 février 2014 à 9  h 50

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Les citations proviennent du communiqué de presse et du documentaire. Cet article a été publié les 11 février et 26 juin 20142014.

jeudi 18 septembre 2014

« Le monde d’Albert Kahn. Moyen-Orient : la naissance des nations » de David Okuefuna

Toute l'Histoire diffusera le 19 septembre 2014 le huitième numéro de la série sur la Première Guerre mondiale intitulé La guerre à l'Est, la Serbie et la Palestine (1965, 49 minutes) : "Alors que la Serbie est menacée d'une invasion austro-allemande à l'automne 1915, l'Entente fait débarquer préventivement des troupes à Salonique, précipitant l'engagement de la Bulgarie aux côtés des Allemands et l'écrasement de la Serbie. Poursuivant la guerre contre les Turcs depuis leurs bases égyptiennes, les Britanniques attisent le nationalisme arabe pour satisfaire leurs ambitions en Orient". La chaîne Histoire a diffusé l'épisode n° 7 de la série documentaire Le monde d'Albert Kahn consacré au Moyen-Orient (The Wonderful World of Albert Kahn, Middle East). Un montage à partir des « archives de la Planète » constituées essentiellement dans le premier tiers du XXe siècle par Albert Kahn (1860-1940), financier et philanthrope français Juif. Des images souvent inédites, passionnantes, accompagnées par un commentaire parfois biaisé et évoquant la déclaration de Lord Arthur Balfour (2 novembre 1917).



Coproduite par la BBC et le musée Albert-Kahn en 2007, cette série présente par thèmes géographiques des montages d’images, fixes et animées, extraites des « archives de la Planète » constituées par Albert Kahn à la fin du XIXe siècle et lors des trois premières décennies du XXe siècle.

Les « archives de la Planète »
De 1898 à 1931, Abraham, dit Albert, Kahn (1860-1940), Français Juif banquier et philanthrope, œuvre à « l’établissement de la paix universelle » et constitue les « archives de la Planète » afin de conserver les traces visuelles – en autochromes couleurs et en films noir et blanc – des vies quotidiennes des hommes sur tous les continents. Ces autochromes, qui constituent le premier procédé de films photographique en couleurs breveté par les frères Lumière en 1903.

Pour ce faire, il constitue une équipe d’une douzaine d’opérateurs – photographes ou/et cinéastes - qui arpentent des contrées lointaines.

Le krach boursier de 1929 ruine ce sexagénaire et met un terme à cette collection.

Les « archives de la Planète », témoignages visuels exceptionnels, sont déposées au musée Albert-Kahn, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Elles font l’objet d’expositions et sont publiées dans de beaux livres.

Coproduite par la BBC et le musée Albert-Kahn en 2007, la série Le monde d’Albert Kahn a été diffusée par Arte en 2009, et est rediffusée en ce début 2011. L’occasion de (re)découvrir ces images rares de mondes disparus.

Le Liban
Ce numéro 7 évoque trois zones - le Liban et la Syrie, la Palestine mandataire et la Turquie d’Atatürk – de la Première Guerre mondiale aux années 1920, en s’autorisant des digressions vers les années 1940.

Il souligne l’appétit des Français et des Britanniques qui, au sortir de la Première Guerre mondiale « considéraient cette zone comme un gros gâteau qu’ils ont cherché à se partager ».

Un espace qu’ils découpent en Etats-nations, dont le Liban. Ce que « nombre de musulmans vivent comme une trahison ». Les « Français se considèrent comme les protecteurs des chrétiens d’Orient où ils ont des intérêts commerciaux et financiers importants ».

Lord Balfour à Jérusalem
Le 2 novembre 1917, la déclaration de Lord Arthur Balfour, ministre britannique des Affaires étrangères, indique que la Grande-Bretagne
« envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple Juif, et usera de tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif. Il doit être clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civiques et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays ».
La "Déclaration Balfour intervient en pleine Première Guerre mondiale - au départ un simple courrier échangé entre Arthur James Lord Balfour, mandaté au Foreign Office (Ministère des Affaires étrangères britanniques) par la couronne britannique et Lord Rothschild, responsable de la Fédération Sioniste".

Les « musulmans de Palestine considèrent la campagne sioniste comme une menace ».

Le cardinal Dubois, « un des hommes d’église les plus respectés de France », vient « à Jérusalem en mission diplomatique et religieuse » .

Il « est porteur d’une pétition signée par des musulmans Palestine opposés » à la déclaration Balfour :
« Au nom de la justice et de l’égalité, nous vous demandons de ne pas autoriser l’immigration juive en Palestine et de nous protéger du danger sioniste. Nous sommes prêts à nous sacrifier pour empêcher cela ».
Les opérateurs d’Albert Kahn ont saisi des scènes banales dans des rues commerçantes, des scènes de prières de Juifs près du Kotel à Jérusalem et des moments historiques, telle l’inauguration en avril 1925, dans la liesse juive, de l’université hébraïque de Jérusalem… [qui vise] à développer la pratique quotidienne de l’hébreu et à donner au nouveau colon Juif une identité nationale forte », en présence de Lord Balfour et de 20 000 personnes… Depuis la déclaration Balfour, près 100 000 Juifs ont immigré en Palestine ».

Pour les Juifs enthousiastes « ayant vu Lord Balfour gravir le mont Scopus jusqu’à eux », ce politicien britannique est « le messie, le sauveur, l’homme qui a ramené le peuple Juif en exil sur sa terre natale pour la première fois depuis 2000 ans », note Tom Segev.

Lord Balfour « expose sa vision d’un nouvel Etat Juif " :
« C’est une expérience nouvelle que personne n’a encore jamais tentée. A moins que je ne me sois trompé sur le génie du peuple Juif, cette expérience est vouée à une réussite inévitable, dont les Juifs et ceux qui partagent une civilisation mondiale commune auront toutes les raisons de se féliciter ».
Puis, Lord Balfour « visite de nouvelles fermes collectives, des kibboutz fondés sur toute la Palestine sur des terres achetées aux Arabes ». Des drapeaux britanniques et d’autres frappés de l’étoile de David sont suspendus aux fenêtres de maisons. Parmi ceux accueillant Lord Balfour : un grand nombre de Juifs ayant fui les persécutions antisémites en Europe orientale et en Russie.

En signe de protestation à cette venue du politicien britannique, des commerçants musulmans de Jérusalem ferment leur boutique. « Il y a eu une grève générale. Les gens ont revêtu des vêtements de deuil. Ils ont considéré que Balfour avait trahi les Arabes de façon éhontée », dit Dr Ali Qleibo de l’université al-Quds à Jérusalem.

Et Tom Segev ajoute : « La guerre entre Israéliens et Palestiniens était inévitable. Ce n’était pas la faute des Britanniques. Ouvrir la Palestine au rêve sioniste était synonyme de guerre ».

Atatürk « voulait un Etat turc pour les Turcs »
Dans la Turquie de 1922, un des vestiges de l’empire ottoman, les opérateurs fixent les images de villes dévastées par la Grande guerre, d’infrastructures détruites, de la « cérémonie d’intronisation du nouveau calife, chef spirituel de la communauté musulmane », du « trône en or constellé de pierreries »…

Atatürk veut fonder une Turquie « moderne, laïque, démocratique. Une vision incompatible avec la diversité ethnique du pays ».

Et l’historien Michael Lewellyn-Smith précise : « Fondamentalement, Atatürk ne voulait pas un Etat étendu qui aurait inclus d’importantes minorités grecques, arméniennes, arabes et autres. Il voulait un Etat turc pour les Turcs ».

En 1915, les « Ottomans avaient expulsé ou tué au moins un million d’Arméniens qui vivaient dans l’Est de la Turquie, commettant un des pires génocides du XXe siècle. En 1922, les Turcs doivent affronter ce qu’ils considèrent comme une autre présence étrangère sur leur sol : les Grecs ». Ceux-ci « vivent depuis des siècles en Asie mineure, et pour beaucoup ils sont chez eux sur ces terres ».

A « la fin de la Grande guerre, l’armée grecque occupe une partie de la Turquie occidentale autour de Smyrne, deuxième port commercial après Constantinople, peuplé en majorité de Grecs, et progresse vers l’intérieur du pays ».

Une guerre « longue et sanglante » débute et s’achèvera, deux ans après, par la victoire de la Turquie. L’armée grecque, fuyant vers la mer, incendie les villes afin de priver son homologue turque de ressources. Les « soldats turcs se vengent sur les civils ».

A Smyrne, « joyau de civilisation grecque en Orient », affluent les réfugiés.

Smyrne (Izmir) tombe le 9 septembre 1922.

L’armée turque entre dans la ville… Les « pillages commencent dans le quartier arménien ».

L’incendie, à l’origine controversée, progresse vers les quais. La ville brûle en quatre jours sous les objectifs des opérateurs d’Albert Kahn.

Atatürk « poursuit sa mission : la construction d’une nouvelle Turquie. Il chasse les dernières populations grecques et accorde un délai de deux semaines à l’armée ennemie pour se retirer définitivement du pays ».

Les opérateurs d’Albert Kahn filment et photographient ces milliers de civils affligés.

Hemingway, alors journaliste pour le Toronto Star, décrit la « longue procession silencieuse » de Grecs, « titubant et épuisés », contraints à l’exil. Des milliers de personnes meurent de faim et maladies. Leur avenir en Grèce est « incertain ». Des familles sont séparées, de nombreux Grecs resteront un an sur une île grecque.

En « six mois, près d’un 1,5 million de Grecs sont expulsés de Turquie ». En représailles, le gouvernent de Grèce déporte un demi-million de Turcs qui vivaient en Grèce. Un « nettoyage religieux » qui nourrit une nostalgie vivace à ce jour.

En janvier 1923, la SDN (Société des Nations) « entérine l’échange de populations entre la Grèce et la Turquie… L’émigration forcée devient un moyen légitime de résolution de conflits ethniques au XXe siècle ».

Partialité et occultations
Ce documentaire souligne le jeu de diplomaties européennes au Proche-Orient, et l’action d’un officier britannique, T. E. Lawrence, artisan de la révolte arabe en 1916-1918.

Il donne souvent, et quasi-exclusivement, le point de vue arabe.

Le commentaire off fait l’impasse sur le contexte historique institutionnel, tels les accords secrets Sykes-Picot (16 mai 1916) - la France et le Royaume-Uni se partagent le Moyen-Orient - ou la conférence de San Remo qui, en 1920, confie à la France un mandat sur le Liban et la Syrie, et, à la Grande-Bretagne un mandat sur la "Palestine" afin d’y créer un « foyer national pour le peuple Juif » conformément à la déclaration Balfour (1917).

La Grande-Bretagne divise rapidement cette « Palestine » en deux Etats : la « Palestine mandataire » et la Transjordanie (actuelle Jordanie). Ce qu’entérine la SDN en 1922.

Ressassant le mythe de la coexistence pacifique « depuis des siècles entre musulmans, chrétiens et juifs sous domination ottomane », ce documentaire occulte la dhimmitude, le statut cruel, inférieur et déshumanisant, des non-juifs sous domination musulmane. Il échoue donc à expliquer le refus musulman d’un Etat non musulman, le refus islamique qu’un dhimmi devienne acteur de son histoire dans son Etat. Il ne fait pas comprendre pourquoi la guerre était « inévitable » en 1948, non pas entre Israéliens et Palestiniens, mais entre l’Etat juif renaissant et des armées Arabes alliées aux "Arabes de Palestine".

Si ce documentaire fait allusion à la proclamation de l’Etat juif, il occulte les Livres blancs britanniques limitant l’immigration juive en Palestine sous mandat de la Grande-Bretagne et le rôle de Mohammed Amin al-Husseini, nommé en 1921 grand mufti de Jérusalem, fomenteur de révoltes antisémites.

Ce numéro néglige la présence juive pluriséculaire en Eretz Israël et occulte celle majoritaire juive à Jérusalem depuis au moins le milieu du XIXe siècle.

Fait significatif : le commentaire en voix off parle des « Arabes en Palestine » et exceptionnellement des « Palestiniens ».

Curieusement, aucun des visuels pour la presse ne montre de Juifs en Eretz Israël. Et le musée Albert-Kahn n'a pas répondu à nos messages.

On sourit quand le commentaire évoque les pressions des chrétiens Maronites en vue d’un « grand Liban, trois fois plus vaste que le territoire originel », puis montre une carte révélant la superficie faible de « grand Liban » comparée à celle de son voisin syrien.

Est gênante et infondée la comparaison entre d’une part cette Grecque et ses trois enfants à la fenêtre d’un wagon les menant en Grèce et, d’autre part, les Juifs des wagons plombés les transportant vers le camp de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale, vers Auschwitz.

Finalement, ce documentaire amène à s’interroger sur la viabilité des Etats multiethniques : il constate que leur création aboutit à une guerre ou à un transfert de populations à l’initiative des autorités musulmanes.


Royaume-Uni, 2007
Production : BBC, Musée Albert-Kahn
43 minutes
Diffusions sur Arte les 25 janvier 2011 à 16 h 50 et 1er février 2011 à 9 h 15.

Diffusions  sur la chaine Histoire les :
-   9 juin 2012 à 20 h 35 ;  15 juin 2012 à 15 h 20 ;  21 juin 2012 à 15 h 20 ;  27 juin 2012 à 15 h 20 ; 3 juillet 2012 à 15 h 20.
-   9 mars 2013 à 20 h 35 ; 14 mars 2013 à 22 h 30 ; 20 mars 2013 à 2 h 30 ; 27 mars 2013 à 11 h 05 ; 1er à 23 h 30, 8, 14 et 20 avril 2013 à 10 h ;
- 24 janvier à 21 h 35 et 30 janvier 2014 à 14 h 20.

Visuels : 
Bédouin à Jérusalem
Officiers français à Palmyra en Syrie
© Musée Albert-Kahn

Albert Kahn
© musée Albert-Kahn

Déclaration Balfour du 2 novembre 2012.

Drapeaux noirs dans des maisons arabes lors de la visite de Lord Balfour en 1925.
De gauche à droite : Lord Allenby, commandant des forces britanniques en Palestine mandataire en 1917, Lord Balfour, et Sir Herbert Samuel, premier Haut Commissaire britannique du mandat, assistent à l'inauguration de l'université de Jérusalem en 1925.
Lord Balfour sur le podium. A ses côtés, le Haut Commissaire britannique Herbert Samuel, le chancelier de l'université Judah Magnes, et Chaim Weizman.
Lord Balfour parle à la foule à l'université de Jérusalem en 1925. Chaim Weizmann se tient derrière lui, et des rabbins derrière lui sur sa gauche. Dans le fond : le désert de Judée.
Lord Balfour accueilli par la communauté Juive de Rishon LeZion en 1925.
Grève des commerçants arabes en réaction à la visite de Lord Balfour en 1925.
© Library of Congress

Les cartes proviennent du site du ministère israélien des Affaires étrangères.

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Shoah (Holocaust)
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Cet article a été publié le 25 janvier 2011, le 10 juin 2012, puis le 2 novembre 2012 en l'anniversaire de la déclaration Balfour du 2 novembre 1917, le 30 mars et 1er novembre 2013.
Il a été modifié le 2 novembre 2012.

Saul Leiter, photographe



La célèbre Howard Greenberg Gallery (HGG) présentera une exposition d’œuvres de Saul Leiter (1923-2013), photographe américain Juif. Plus de 40 photographies des années 1940 et 1950, en noir et blanc, décennies particulièrement prolifiques, dont beaucoup d'inédites, des rues animées de New York, de portraits d'amis et de sa famille. Vernissage le 18 septembre 2014 de 18 h à 20 h.



En ce 16 janvier 2008, un matin hivernal de vernissage presse de son exposition à la Fondation Henri Cartier-Bresson (FHCB), Saul Leiter était débonnaire. Pas prétentieux. Curieux. Flegmatique.

Interrogé sur son rapport au judaïsme et à l’Etat d’Israël, ce photographe américain s’approchait. Plantait son regard dans le vôtre. Répondait en approfondissant et élargissant la question. Sans détour. Avec douceur. Avec une profonde humanité. Avec une tendresse simple et touchante.

Saul Leiter se laissait photographier, prenait la pose voulue par les photographes professionnels. Puis, il a sorti de sa poche son appareil photo numérique, et il s’est mis à photographier ses homologues en train de le photographier. A l’instar de son travail en abysse…

Cet octogénaire m’a confié : « Je ne sais pas si je suis un « bon juif », dans la mesure où je ne pratique pas beaucoup. Je ne sais pas s'il y a un lien entre mon œuvre et ma foi. J'espère qu'il y aura la paix entre les Israéliens et les Arabes, mais je ne sais pas si je la verrai... Je songe à donner une partie de mes photos et des œuvres que j'ai acquises à un musée en Israël. Je le ferai en mémoire de ma mère qui était gentille et m'a soutenue quand j'en avais besoin ».

De la théologie à la photographie
Saul Leiter est né en 1923 dans une famille juive de Pittsburg.

« Mon père et mon grand-père étaient des rabbins. J'ai étudié la théologie et quand je revenais de chez mon grand-père, je pouvais répondre à des questions [pointues] », avait ajouté le photographe Saul Leiter ce 16 janvier 2008.

En 1935, sa mère lui offre un appareil photo de marque Detrola.

Saul Leiter est un étudiant brillant en théologie à la Telshe Yeshiva Rabbinical College de Cleveland.

Il lit avec intérêt les livres sur l’art à la bibliothèque de l’université de Pittsburgh. Il vénère la peinture, notamment Pierre Bonnard, peintre postimpressionniste (1867-1947), et Edouard Vuillard (1868-1940), tous deux membres des Nabis (Prophète en hébreu) : « La peinture est glorieuse. J'aime la photographie, mais je ne suis pas certain que la photographie puisse faire ce que la peinture peut », a-t-il confié à Sam Stourdzé.

En 1944, ses peintures sont exposées dans des galeries de Cleveland, Pittsburgh et au grand magasin Gump à San Francisco.

Saul Leiter met un terme à ses études universitaires à l’âge de 23 ans : il s’installe en 1946 à New York, au rythme trépidant, pour devenir peintre. Il y rencontrera Rothko et les expressionnistes abstraits, Faurer et Smith.

Il expose aux côtés de Philip Guston et Willem de Kooning.

Son ami Richard Pousette-Dart, peintre expressionniste abstrait, lui fait prendre conscience du « potentiel créatif de la photographie ». Saul Leiter se lance dans la photographie à la fin des années 1940, à une époque où nait la Street Photography, « photographie de la rue » new-yorkaise. 

 En 1947, Saul Leiter découvre Cartier-Bresson auquel le Museum of Modern Art de New York, le MoMA, consacre une exposition demeurée fameuse. Ce qui déclenche sa volonté de s’exprimer dans cet art. Avec son Leica, ce piéton photographie la vie quotidienne dans la Big Apple, d’abord en noir et blanc, puis dès 1948 en couleurs. Deux supports auxquels il restera fidèle pendant des décennies. A l’exception peut-être d’Helen Levitt (1913-2009), peu de photographes contemporains peuvent réunir un ensemble comparable de photos en couleurs. Pendant toute sa carrière professionnelle et son activité personnelle de photographe de rue, Saul Leiter continue de peindre. Un an après son arrivée à New York, l’Art Institute of Chicago sélectionne une de ses peintures pour l’exposition « Abstract and Surrealist Art ».

Débuts au MoMA 
Coopérative de photographes engagés soucieux de sujets sociaux, la Photo League envisage alors d’exposer les œuvres de Saul Leiter avec celles de Robert Frank. Un projet qui n’aboutit pas car cette association cesse son activité en 1951. Cette année-là, Life publie la série en noir et blanc The Wedding as a Funeral de Saul Leiter.

Robert Frank met ce photographe en contact avec Alexey Brodovitch, directeur artistique de Harper’s Bazaar qui déclare à propos des photos de Saul Leiter : « Ce sont des œuvres pour les musées que vous me montrez là, et pas des pages de magazines… »

En 1953, à l’initiative d’Edward Steichen, conservateur en chef de la photographie au MoMA, cette institution culturelle prestigieuse expose 25 de ses tirages noir et blanc pour l’exposition collective « Always the Young Stranger », avec Roy DeCarava et Leon Levinstein. Le musée d’art moderne de Tokyo présente aussi ses photos dans l’exposition Contemporary Photography. Saul Leiter ouvre alors un studio sur Bleeker Street dédié « au portrait, à la mode et à la publicité ». Photographe de mode jusque dans les années 1980, il collabore aux magazines les plus célèbres dont Esquire, où il est repéré par le directeur artistique Henry Wolf, puis dans Harper’s Bazaar, Elle, Life, Nova, Vogue, Queen...

En 1955, l’Artist Club, espace de rencontre de peintres expressionnistes abstraits, présente sa première exposition de photographies en couleurs.

En 1956, la Tanager Gallery à New York lui assure une exposition individuelle.

De nouveau, en 1957, Steichen intègre une vingtaine de ses clichés couleur pour une conférence au MoMA : « Experimental Photography in Color ».

Alors que le noir et blanc est prisé dans les années 1940 et 1950, Saul Leiter opte très tôt pour les couleurs. De ses flâneries dans la métropole américaine, il saisit en des angles improbables, ces brefs moments, suggère plus qu’il ne montre, filtre la réalité via une vitrine, un reflet ou des miroirs. Ce qui transforme et démultiplie la réalité. Ce qui confère à ses photos une certaine étrangeté, un sens quasi-symbolique et universel. Le mystère surgit de la vie urbaine new-yorkaise.

« Je n'ai pas de philosophie de la photographie. J'aime juste prendre des photos. Il me semble que des choses mystérieuses peuvent prendre place dans des lieux familiers », a écrit Saul Leiter.

Novateur, il compose avec les couleurs comme un peintre en couches épaisses ou en couleurs saturées, tel un rouge pimpant. Il compose soigneusement ses photographies par son cadrage, son regard plein d’humanité et son sens des couleurs auxquelles il confère un relief, et par leur assemblage particulier un rythme.

Il goûte à l’abstraction par son jeu des formes géométriques. Divise la photo en espaces distincts, aux formes et couleurs différentes, alternant le flou onirique et la netteté, semblant suspendre ou étirer le temps par une vue imprécise. Des photographies sont imprégnées d’un flou onirique, poétique, doux, un brin mélancolique. Malgré ce flou, l’allure de la personne anonyme ressort. Saul Leiter est un photographe de l’allusion et de la suggestion, des silhouettes et des ombres, des transparences et des occultations.

Saul Leiter « impose sa maîtrise de la couleur dans des vues citadines non conventionnelles dans lesquelles les reflets, les transparences, la complexité des cadrages, les effets de miroir se marient à une technique très particulière des émulsions pour écrire une forme unique de pastorale urbaine » selon son éditeur Actes Sud.

Une consécration tardive
Bizarrement, malgré des débuts prometteurs au MoMA dès les années 1950, Saul Leiter ne suscite pas d’exposition pendant environ 50 ans, jusqu’à la publication du livre Early Color. « J’ai passé une grande partie de ma vie en étant ignoré. J’en étais très heureux. Etre ignoré est un grand privilège. C’est ainsi que j’ai appris à voir ce que d’autres ne voient pas et à réagir à des situations différemment », résumait ce photographe modeste.

Cet artiste est redécouvert dans les années 1990 grâce à des expositions et livres sur ses photos acquises par des musées américains et des collectionneurs privés.

En 1991, le Victoria & Albert Museum à Londres présente ses images dans l’exposition Appearences: Fashion Photography Since 1945.

En 1992, le livre The New York School: Photographs 1936–1963 de Jane Livingstone inclut ses photos en noir et blanc.


En 1993, la galerie Howard Greenberg (New York), partenaire avec la Maison Européenne de la Photographie de cette exposition parisienne dans le cadre du Mois de la Photographie à Paris, expose ses photos en noir & blanc et le représente depuis. Dans le documentaire de Claude Ventura Saul Leiter, photographe diffusé récemment par Arte, on voit Saul Leiter dialoguer avec le galeriste Howard Greenberg.

En 2005, cette célèbre galerie organise l’exposition Early Color reprise l’année suivante par la galerie anversoise Fifty One Fine Art Photography.

En 2006, Steidl, éditeur réputé, publie le livre éponyme dont l’introduction est signée de Martin Harrison. Celui-ci présente des photographies de Saul Leiter au festival international de la mode 2006 à Hyères. Le Milwaukee Art Museum assure la première exposition individuelle du photographe dans un musée : « In Living Color ».


2008, c’est l’année de la rétrospective de Saul Leiter – photographies en noir et blanc et en couleurs de 1947 à la fin des années 60, peintures et carnets de notes - à la FHCB, à Paris, et la publication de Saul Leiter - Second printing chez Steidl.

La notoriété du peintre Saul Leiter grandit. En 2009, la galerie Knoedler & Company, réputée pour ses expositions de peintres de la « New York School, école de l'expressionnisme abstrait », présente une sélection de ses peintures.

En 2010, la Galerie Camera Obscura a présenté l’exposition Photographies et peintures de Saul Leiter.  Des clichés pris entre 1947 et 1960 souvent inédits des rues de New York ainsi qu'une dizaine de peintures au style proche de l’expressionnisme abstrait.

Ce photographe américain Juif est décédé le 26 novembre 2013 à l'âge de 89 ans

In No Great Hurry: 13 Lessons in Life with Saul Leiter de  Tomas Leach, (2012) a été diffusé les 7, 8 et 9 janvier 2014, lors du 23e festival new-yorkais du film Juif au Film Society of Lincoln Center.

La célèbre Howard Greenberg Gallery (HGG) présentera la première exposition individuelle de Saul Leiter. Cette exposition de plus de 40 photographies en noir et blanc des années 1940 et 1950, décennies particulièrement prolifiques, dont beaucoup d'inédites, des rues animées de New York, de portraits d'amis et de sa famille, coïncidera avec la publication de Saul Leiter: Early Black and White, une monographie en deux volumes sur des textes de Max Kozolff et Jane Livingston  (Steidl/Howard Greenberg Library). Saul Lieter “a un enthousiasme pour la couleur, qui provient de son amour pour les maitres de l'art moderne. Mais sa production en noir et blanc est aussi redevable aux leçons qu'il a apprises de ces mêmes maîtres", écrit Max Kozloff dans son introduction à ce livre.


In No Great Hurry: 13 Lessons in Life with Saul Leiter
 Tomas Leach, 2012
 UK,| 75 minutes

Du 18 septembre au 25 octobre 2014
A la Howard Greenberg Gallery (HGG)
The Fuller Building
 41 East 57 Street
 Suite 1406
 New York, NY 10022
 Tel.: 212.334.0010
 Du mardi au samedi de 10 h à 18 h. Vernissage le 18 septembre de 18 h à 20 h

Jusqu’au 23 décembre 2010
268, boulevard Raspail. 75014 Paris
Tél. : 01 45 45 67 08
Du mardi au samedi, de 13 h à 19 h, ou sur rendez-vous

Oeuvres de Saul Leiter de haut en bas :
Sea
Années 60.
Gouache et aquarelle
22,5 x 30 cm
Self Portrait
1959
Tirage argentique moderne.© Saul Leiter
Courtesy Howard Greenberg gallery

Réflection, New York
Années 1950
Tirage chromogène moderne

Green pole
années 50
Tirage argentique moderne

Taxi, New York
1957
Tirage argentique moderne

Blue Umbrella
c. 1950
Tirage argentique moderne
© Saul Leiter
Courtesy Howard Greenberg gallery


A lire sur ce blog :
Cet article a été publié les 22 décembre 2010, 30 novembre 2013 et 7 janvier 2014. Il a été modifié le 18 septembre 2014.

mercredi 17 septembre 2014

Roman Vishniac. De Berlin à New York, 1920-1975



Dans le cadre du mois de la photo 2014, le musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) présente l’exposition éponyme. Une "réévaluation de l'intégralité de la production du photographeRoman Vishniac  (1897-1990), de ses débuts à Berlin jusqu'à l'après-guerre. Juif sioniste, biologiste, collectionneur, professeur d’histoire de l’art, photographe pionnier dans la photomicrographie, Roman Vishniac a été un auteur primé de milliers de photographies sur la vie Juive dans l’Europe orientale de l’entre deux guerres les plus connues et reproduites mondialement. Des tirages souvent inédits. Des témoignages émouvants antérieurs à la Shoah.


« Je n’ai pas pu sauver mon peuple, j’ai seulement sauvé son souvenir. Pourquoi ai-je fait cela ? Un appareil photo caché pour rappeler comment vivait un peuple qui ne souhaitait pas être fixé sur la pellicule peut vous paraître étrange. Était-ce de la folie que de franchir sans cesse des frontières en risquant chaque jour ma vie ? Quelle que soit la question, ma réponse reste la même : il fallait le faire. Je sentais que le monde allait être happé par l’ombre démente du nazisme et qu’il en résulterait l’anéantissement d’un peuple dont aucun porte-parole ne rappellerait le tourment. [...] Je savais qu’il était de mon devoir de faire en sorte que ce monde disparu ne s’efface pas complètement... » (Roman Vishniac)

Un monde disparu
Roman Vishniac  est né en 1897, à Pavlovsk, près de Saint-Pétersbourg, dans une famille Juive russe aisée : son père fabrique des parapluies. Il grandit à Moscou.

Cet enfant est passionné par la photographie et la biologie. Et dès l’âge de sept ans, il conjugue ses deux centres d’intérêt en photographiant au microscope notamment des animaux.

Cet élève brillant et cultivé est distingué par une médaille d’or.

Il étudie la zoologie et la biologie à Moscou et effectue son service militaire dans l’armée tsariste, puis de la Russie bolchévique.

Il collabore avec un biologiste, déplore le pillage de ses recherches, et complète sa formation par trois années en médecine.

Après la révolution russe communiste de 1917, la famille Vishniac fuit l’antisémitisme soviétique en 1918 pour Berlin. Roman Vishniac l’y rejoint en 1920 et épouse Luta Bagg. Le couple à deux enfants.

Pour gagner sa vie, il multiplie les travaux : il effectue des recherches en optique et endocrinologie... Il suit des cours sur l’art d’Extrême-Orient à l’université Humboldt de Berlin.

Avec humour, tendresse et astuce, ce photographe amateur saisit la vie trépidente dans les rues berlinoises de la République de Weimar des années 1920 et 1930, effectue des recherches de cadrage et de composition.

Il offre ainsi une documentation iconographique unique sur la montée au pouvoir des Nazis et de l'Allemagne nazie. Il souligne les signes d’oppression et de catastrophe, et affronte l’antisémitisme du nouveau régime.

De 1935 à 1938, il travaille comme photographe scientifique et biologiste, et est mandaté par le bureau parisien de l’American Jewish Joint Distribution Committee  (AJDC), alors l’organisation juive de secours la plus importante au monde, pour photographier les communautés Juives pauvres, pieuses d’Europe centrale et orientale, dans les petites agglomérations, dans les ghettos des villes, dans les villages. Avec réalisme, il capte en noir et blanc les étudiants des écoles religieuses, les expressions de méfiance, les lourds vêtements, etc. Ses clichés seront exposés dans les bureaux new-yorkais de l’AJDC en 1938.

Après la fin de sa mission, il continue de se rendre en Russie, Pologne, Roumanie, Tchécoslovaquie et Lituanie pour photographier cette vie Juive menacée. Lourdement chargé par ses appareils photographiques Leica, Rolleiflex, ses caméras à trépieds et lampes, il arpente ces pays à pied, en se faisant passer pour un commerçant en tissus itinérant. Il a conscience de saisir une réalité Juive menacée, une humanité fragile, une histoire émouvante. Enfants et adultes, ils demeurent pour l'éternité grâce à l'objectif empathique de Roman Vishniac.

Ainsi, fin 1938, il photographie clandestinement les Juifs polonais internés dans le camp de concentration de Zbaszyn (Pologne) après leur expulsion d’Allemagne. Il présente ses photographies pour alerter les dirigeants politiques occidentaux, notamemnt à la Société des Nations, sur les périls menaçant les Juifs…

« Témoin avant tous, Roman Vishniac s’exprime avec douleur et amour évoquant ce monde juif pittoresque et fascinant qu’il a vu s’engloutir dans les flammes et la nuit. C’est son amour pour les morts qui nous touche si profondément. Il les aime tous : les rabbins et leurs disciples, les marchands et leurs clients, les vagabonds et les chantres, les vieillards mélancoliques et les adolescents souriants. [...] Poète de la mémoire, chantre de l’espoir bafoué, Roman Vishniac se place surtout sous le signe de la fidélité ». (Elie Wiesel, Avant-propos à l’ouvrage Un monde disparu, Paris, Le Seuil, 1984)

Lors de la Nuit de Cristal (9-10 novembre 1938), nuit et journée de pogroms organisée par le chancelier du IIIe Reich Adolf Hitler - incendies et destructions d'environ 200 synagogues, mise à sac de près de 5 000 commerces détenus par des Juifs, assassinats d'environ cent Juifs, violences blessant des centaines de Juifs ou les contraignant au suicide, déportation de 30 000 Juifs en camps de concentration - en Allemagne, Autriche et dans les Sudètes, Vishniac, alerté par un ami, se cache hors de son appartement.

En 1939, pour l’AJDC, il photographie le camp de formation agricole de Werkdorp Wieringen, aux Pays-Bas. Là, de jeunes réfugiés Juifs allemands acquièrent des compétences agraires en vue de leur émigration en Palestine mandataire.

L’épouse de Vishniac et leurs enfants se réfugient en Suède. Roman Vishniac réalise sa dernière mission pour l’AJDC jusqu’à son retour en Europe en 1947 : il réalise un film promotionnel sur une école de l’ORT  (Organisation reconstruction travail) à Marseille.

Il rejoint ses parents à Nice.


A l’été 1940, il est interpelé par la police française, car il détient la nationalité de la Lettonie, pays envahi par l’URSS. Il est interné au camp du Ruchard, en Indre-et-Loire. Grâce aux efforts de sa femme et du Joint, il obtient le visa pour les Etats-Unis. Son père survit clandestinement en France occupée jusqu’à la Libération en 1944, sa mère décède en 1941.

La veille du Nouvel An 1941, il arrive avec sa famille, via Lisbonne, à New York et ouvre rapidement son studio de photographe portraitiste. L’une de ses photos les plus célèbres représente Albert Einstein pensif ou du peintre Marc Chagall.

Sur ses 16 000 clichés pris en Europe orientale, seuls 2 000 ont pu être emportés lors de la fuite vers l’Amérique. Une grande partie est demeurée cachée par la famille Vishniac en France, une autre partie est amenée via Cuba par un ami de Vishniac, Walter Bierer. Louées par Edward Steichen, ces photographies sont souvent exposées dès 1942, en particulier dans des universités, musées – Roman Vishniac, un monde disparu, photographies  au MAHJ (2006-2007) - et locaux d’organisations Juives américains ou européens, illustrent de nombreux livres, dont A Day of Pleasure: Stories of a Boy Growing Up in Warsaw d’Isaac Bashevis Singer, et ont inspiré un roman à Miriam Nerlove.

Par ses photos, Vishniac tente vainement d’attirer l’attention du Président Roosevelt et de son épouse Eleanor sur le sort dramatique des Juifs pauvres dans cette Europe de l’Est qu’il a sillonée.

Parallèlement, il commence à photographier la vie des communautés américaines et des immigrés Juifs.

En 1946, Vishniac divorce, et épouse en 1947 Edith Ernst à Berlin.

Il publie certaines de ses photos de ces communautés Juives décimées par la Shoah sous le titre The Vanished World: Jewish Cities, Jewish People (Le monde disparu : villes Juives, peuple Juif). Des photos présentées par le MAHJ en 2006.

Il s’impose comme pionnier dans la photomicrographie, et ses photographies scientifiques sont publiées notamment par Life Magazine.

En 1947, Vishniac retourne en Europe pour le compte de l’AJDC, l’United Jewish Appeal (UJA) et The Forward  pour photographier les camps de Juifs déplacés et Berlin en ruines. Il témoigne aussi des efforts des survivants de la Shoah pour reconstruire leurs vies, et le travail du JDC et d’autres organisations Juives de secours pour leur fournir aide et assistance pour émigrer.

En 1955, Vishniac est l’un des artistes de l’exposition The Family of Man organisée par Edward Steichen au MoMa (Musée d’art moderne) de New York.

En 1955, il se lie d’amitié avec Cornell Capa, qui fondera l’ICP et présentera en 1971 l’exposition Concerns of Roman Vishniac au musée Juif de New York.

Il poursuit sa carrière scientifique et enseigne la biologie, le russe et l’art oriental à l’université. Et collectionne les œuvres d’art chinoises, japonaises.

Il réalise des documentaires, notamment la série Biologie du vivant grâce au soutien financier de la National Science Foundation.

En 2013, lInternational Center of Photography (ICP) a présenté l’exposition Roman Vishniac Rediscovered  (Roman Vishniac Redécouvert). Une rétrospective, centrée sur les années 1920-1950 de Roman Vishniac. Une « réévaluation exhaustive de toute l’œuvre photographique de Vishniac, de ses débuts à Berlin à la période d’après-guerre, soit sur quatre décennies de travail.

Cette exposition a montré aussi un diaporama des 100 diapositives scientifiques – numérisées pour la première fois – de cet expert en photomicrographie, du début des années 1950 à la fin des années 1970.


Du 17 septembre 2014 au 25 janvier 2015
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Tél. : 01 53 01 86 65
Lundi, mardi, jeudi, vendredi de 11 h à 18 h, mercredi de 11 h à 21 h, dimanche de 10 h à 18 h

Jusqu’au 5 mai 2013
A l’International Center of Photography  (ICP)

1133 Avenue of the Americas at 43rd Street, New York, NY 10036
Tél. : 212.857.0000

Visuels :
Affiche
Roman Vishniac
Hall de gare, Anhalter Bahnhof, près de Potsdamer Platz
Berlin, 1929 – début des années 1930
© Mara Vishniac Kohn, courtesy International Center of Photography

Roman Vishniac, [Boy with kindling in basement dwelling, Krochmalna Street, Warsaw], ca. 1935–38. © Mara Vishniac Kohn. Courtesy International Center of Photography.

Roman Vishniac, [Interior of the Anhalter Bahnhof railway terminus, near Potsdamer Platz, Berlin], late 1920s–early 1930s. © Mara Vishniac Kohn. Courtesy International Center of Photography

Roman Vishniac, [Street scene with swastika flag in background, Berlin], ca. 1935–36. © Mara Vishniac Kohn. Courtesy International Center of Photography

Roman Vishniac, [Jewish schoolchildren, Mukacevo], ca. 1935–38. © Mara Vishniac Kohn. Courtesy International Center of Photography.

Roman Vishniac, [Nazi Storm Troopers marching next to the Arsenal in front of the Berlin Cathedral], ca. 1935. © Mara Vishniac Kohn. Courtesy International Center of Photography

Roman Vishniac, Recalcitrance, Berlin, 1926. © Mara Vishniac Kohn. Courtesy International Center of Photography

Roman Vishniac, [Zionist youth learning construction techniques while building a school and foundry, Werkdorp Wieringen, The Netherlands], 1939. © Mara Vishniac Kohn. Courtesy International Center of Photography

Roman Vishniac, Cross section of a pine needle, date unknown. © Mara Vishniac Kohn. Courtesy
  
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Cet article a été publié le 5 mai 2013.