lundi 22 décembre 2014

Darius Milhaud (1892-1974), compositeur et chef d'orchestre


Concerts, exposition  Darius Milhaud, une vie heureuse et film évoquent Darius Milhaud (1892-1974). De Paris (France) à Jérusalem (Israël), via San Francisco (Etats-Unis) et Rio de Janeiro (Brésil), grâce aux témoignages de sa veuve Madeleine, de son fils Daniel, d’élèves et de musicologues, ainsi que « d’archives rares », Darius Milhaud et sa musique, de la Provence au monde (2009), passionnant documentaire réalisé par Cécile Clairval-Milhaud, brosse le portrait du chef d’orchestre et compositeur Juif français Darius Milhaud, artiste prolifique et original, de renommée internationale, théoricien de l’écriture « polytonale » et membre du « groupe des Six ». Arte diffusera le 23 décembre 2014 Les Enfants de Scaramouche, spectacle "librement inspiré d’un ballet en trois actes de José Carlos Martínez, créé voici dix ans pour les élèves de l'École de danse de l'Opéra national de Paris sur une musique de Darius Milhaud".                                                                                     

La caméra s’attarde sur les paysages arborés de cette Provence ensoleillée, dans ce Comtat Venaissin, un des foyers anciens du judaïsme français et source d’inspiration de Darius Milhaud qui y grandit.

Les Juifs se sont implantés à Marseille dès le VIe siècle avant l’ère commune. Quant au Comtat Venaissin et à ses villes (Avignon, Cavaillon, Carpentras, L'Isle-sur-la-Sorgue), il devient au Moyen-âge le berceau d’une communauté juive surnommée « les juifs du Pape » en raison de la protection dont ils bénéficient du souverain pontife. Mais à Carpentras, la cathédrale possède une « porte aux rats », signifiant « mépris et menace pour les juifs » comtadins.

A cette Provence qu’il chérit tant et qui l’inspire, Darius Milhaud consacre maintes œuvres (La cheminée du roi René).

Entre scandales et succès
Darius Milhaud est né en 1892, à Marseille, dans une famille Juive française active dans le commerce des amandes à Aix-en-Provence et mélomane. Son père joue du piano, sa mère chante.

Darius Milhaud présente des dons précoces encouragés par ses parents : à quatre ans, il joue du piano, à sept ans, il se met au violon et à 12 ans il compose un quatuor.

Cet Aixois se lie d’amitié avec un coreligionaire comtadin et un de ses futurs librettistes, Armand Lunel, et Léo Latil.

Il réussit son Bac philo et monte à Paris pour étudier au Conservatoire de musique.

Agé de 20 ans, il fait une rencontre déterminante avec Paul Claudel, écrivain et diplomate, qui a « ressenti qu’il y avait en [lui], une force qui coïncidait avec la sienne », se souvient Darius Milhaud.

En raison de graves problèmes de santé, Darius Milhaud n’assure pas de service actif dans la Grande guerre. Il est profondément attristé par la mort de son ami, le poète Léo Latil, tué en 1915, aux débuts de la Première Guerre mondiale.

Nommé en 1916 au Brésil, Paul Claudel engage cet étudiant comme secrétaire. Tous deux arrivent à Rio de Janeiro, en plein festival. Un choc pour Darius Milhaud qui découvre une autre culture, des paysages différents.

Pendant deux ans, Darius Milhaud exerce la fonction d’attaché culturel : conférencier pour la Croix-Rouge, organisateur de concerts associant les œuvres de compositeurs français (Massenet) et brésiliens (Glauco Velasquez), et auteur notamment de la musique de L’homme et son désir, poème plastique de Paul Claudel qui « évoque la figure allégorique de l’homme repris par les puissances primitives » et est créé par les ballets suédois à Paris le 6 juin 1921. Darius Milhaud est influencé par les sonorités brésiliennes, explique Manoel Corréado Lago, musicologue. Il écrit au Brésil sa première symphonie de chambre. Il y met « les syncopes à l’intérieur des temps, pas entre les mesures ».
Il alterne succès et scandale. Au théâtre des Champs-Elysées, est créé Le bœuf sur le toit, de Darius Milhaud et Jean Cocteau. Une « étude personnelle de polytonaliste ».

« Lieu mythique ouvert en 1921 à Paris, au 28 rue Boissy d’Anglas », Le Boeuf sur le toit est « un cabaret dans lequel, dès le premier soir et pendant des années, il y avait un concert de jazz donné par le pianiste et compositeur Jean Wiener, rejoint parfois par un autre pianiste de jazz, le Belge Clément Doucet. Tous les soirs, le Tout-Paris, les jeunes intellectuels, les artistes français venaient y écouter et découvrir, pour la plupart d’entre eux, le jazz. Quelques mois auparavant, Darius Milhaud, rentré du Brésil, avait écrit une œuvre intitulée Le Boeuf sur le toit, inspirée par la musique traditionnelle brésilienne sur un synopsis de Jean Cocteau. Quand Cocteau a ouvert ce cabaret, il a demandé l’autorisation à Darius Milhaud de prendre ce titre… Au Boeuf sur le toit, on pouvait très bien retrouver dans la même soirée Maurice Ravel, Eric Satie, Stravinski, de nombreux compositeurs classiques donc mais aussi Mistinguett, Maurice Chevalier, Yvonne Georges et beaucoup d’autres, les Américains Man Ray et Charlie Chaplin, Diaghilev aussi, des écrivains comme Georges Simenon, André Gide. Jean Cocteau », déclare Alexandre Tharaud.

Le groupe des Six ? Cette dénomination émane d’une raillerie d’un critique évoquant « les cinq Russes et les six Français ». Ces six musiciens forment un groupe fondé sur « l’amitié, pas sur l’esthétique » et qui rejette « la musique impressionniste et le wagnérisme » : Georges Auric (1899-1983), Louis Durey (1888-1979), Arthur Honegger (1892-1955), Darius Milhaud (1892-1974), Francis Poulenc (1899-1963) et Germaine Tailleferre (1892-1983). La série télévisée Les Heures chaudes de Montparnasse de Jean-Marie Drot a consacré une émission au Groupe des Six. "Quatre membres du Groupe des Six, Georges Auric, Darius Milhaud, Francis Poulenc et Germaine Tailleferre, parlent de leur amitié, de leur musique, de leurs influences et de la rue Huyghens (XIVe) où ils donnèrent leurs premières représentations dans un atelier".

Jean Cocteau devient l’ami de Darius Milhaud, son collaborateur et son « manager dans le sens le plus noble » de ce vocable. Ainsi naissent Les mariés de la Tour Eiffel.

Invité en 1922 aux Etats-Unis, Darius Milhaud dirige des concerts, réside à la maison française de Columbia University et fréquente le quartier newyorkais Harlem où il écoute le jazz qui l’intrigue depuis « son arrivée en Europe en 1919-1920 », qu’il « étudie d’un point de vue technique ». Comme la musique brésilienne et le folklore français, le jazz influe sur sa composition, en particulier sur La création du monde (co-auteur Blaise Cendrars).

En 1923, il emménage au 10, boulevard de Clichy, dans un quartier parisien populaire et cosmopolite. Son appartement demeure, des décennies durant, le lieu de rencontre bienveillant pour artistes et élèves.

En 1925, Darius Milhaud épouse sa cousine Madeleine (1902-2008), comédienne, mélomane et future librettiste d’œuvres de son époux qui lui dédiera La muse ménagère. Le couple a un fils, Daniel, qui deviendra peintre et sculpteur.

L’opéra Christophe Colomb est créé en 1930 à Berlin - l’opéra de Marseille le crééra 54 ans après -, Médée en 1938…

Compositeur juif et représentant de cet « art décadent » aborrhé par le nazis. Deux raisons pour Darius Milhaud de fuir avec sa famille Paris pour les Etats-Unis.

Là, Darius Milhaud enseigne la composition au Mills College, près de San Francisco (Californie). Parmi ses élèves, citons Elinor Armer, William Bolcom, Dave Brubeck, Janice Giteck, Leland Smith, Morton Subotnick, et Katherine M. Warner qui souligne sa gentillesse.

Au retour en France, Darius Milhaud découvre que son neveu et 20 membres de sa famille, déportés, ont été assassinés dans les camps, lors de la Shoah (Holocaust). En leur mémoire, il compose Kaddish, une prière des morts.

Malgré ses difficultés pour marcher, sans jamais se plaindre, Darius Milhaud partage sa vie entre ses cours au Conservatoire de musique à Paris et ceux au Mills College, la composition et la direction d’orchestres.

Pour le 3000e anniversaire de la fondation de Jérusalem, Darius Milhaud accepte la commande d’un opéra : David créé le 1er juin 1954 lors d’un concert de Radio Israël.

Auteur de 443 œuvres, notamment pour le cinéma, inspirées « par son attachement aux traditions populaires, aux grands mythes grecs, à une spiritualité juive et oecuménique autant que par son ardent combat pour la liberté », Darius Milhaud décède le 22 juin 1974 à l’âge de 82 ans.

Darius Milhaud et sa musique, de la Provence au monde (2009), passionnant documentaire réalisé par Cécile Clairval-Milhaud est distingué par le Diapason d'or Arte.

La VIIe université d'été de l'Institut Maïmonide (5-12 juillet 2012) a pour thème Du Roi David à Darius Milhaud, la longue résonance de la musique juive. Elle s'ouvre par la conférence de Hervé Roten Musique et liturgie juives des psaumes de David au service sacré de Darius Milhaud (5 juillet 2012 à 20 h). Elle s'achève par celle de Michaël Iancu Je suis un Français de Provence et de religion israélite... Darius Milhaud, un compositeur français du XXe siècle (12 juillet 2012 à 18 h 30) et un concert de musiques juives par Sarah Iancu, violoncelliste.

La Cité de la Musique à Paris consacre le 14 octobre 2012 au Temps du Boeuf sur le toit, en proposant des concerts au programme desquels sont inscrites des oeuvres de Darius Milhaud.

A l'occasion du 120e anniversaire de sa naissance, l'association Les Amis de Darius Milhaud en collaboration avec l'Office de Tourisme Aix Pays d'Aix présentent l'exposition Darius Milhaud, une vie heureuse, à Aix-en-Provence. L’exposition présentera des documents inédits provenant des archives familiales et prêtés par Daniel Milhaud, fils du compositeur : tableaux et dessins, photographies, et affiches de certains opéras. D’autres archives locales, dont celles du Fonds Armand Lunel, ainsi que des partitions, seront prêtées par les Archives du Patrimoine et par la Bibliothèque Méjanes d’Aix-en-Provence.   Des conférences, lectures-concerts et projection de ce documentaire accompagnent cet évènement automnal.

Dans la cadre de l'exposition Europe : Terre d'exil et d'immigration au Centre d'animation Reuilly, sont montrées des photographies par Fred Stein de personnalités, dont Darius Milhaud, et diffusées, du 25 au 30 mars 2013, des extraits de ses oeuvres.

Le 6 mai 2013, Arte diffusera un concert dirigé par Jean-Claude Casadesus. La seconde partie "est symphonique, avec Le bœuf sur le toit (1919), sans doute la partition la plus célèbre de Darius Milhaud, inspirée par son séjour au Brésil et plus particulièrement par l'exubérance du carnaval de Rio".

Arte diffusera le 23 décembre 2014, à 18 h 45, Les Enfants de Scaramouche, spectacle réalisé par François Roussillon, "librement inspiré d’un ballet en trois actes de José Carlos Martínez, créé voici dix ans pour les élèves de l'École de danse de l'Opéra national de Paris sur une musique de Darius Milhaud. Les enfants de Scaramouche développe, amplifie et prolonge l'argument du spectacle original". 

Cet "hommage plein de grâce et de drôlerie à la commedia dell’arte devient en effet la matière d'une rêverie dansée, mettant en scène les jeunes élèves et leurs professeurs dans les lieux où ils évoluent ordinairement : les locaux de l'école, à Nanterre, mais aussi le cadre magique du palais Garnier, dont on explore les moindres recoins, de l'escalier d'honneur aux combles. Le fil rouge du récit est un jeune garçon qui se rêve en danseur étoile. À la manière d'un conte initiatique, l'histoire nous plonge dans les songes et les peurs de l'enfance. Réalisée spécialement pour ARTE, cette transposition filmée du ballet a bénéficié de nouvelles chorégraphies. La danse y prend son essor dans les rues de la ville aussi bien que sur les toits de l'opéra, sur la partition de Darius Milhaud, mais aussi sur des musiques de Saint-Saëns, Tchaïkovski, Ludwig Minkus et des rythmes de  flamenco".


Le 23 décembre 2014, à 18 h 45
Les Enfants de Scaramouche
ARTE France, Opéra national de Paris, François Roussillon et Associés
Chorégraphie de José Martinez
Mise en scène et réalisation de François Roussillon
Décors de José Martinez

Elisabeth Platel (Directice de l'École de danse de l'Opéra de Paris),
Agnès Letestu (costumes)
Brigitte Lefèvre (Directrice de la danse de l'Opéra de Paris)
Christophe Duquenne
Ecole de Danse de l'Opéra de Paris
 
Du 6 au 8 décembre 2013
Au  Conservatoire de musique Darius Milhaud
Colloque international  agrémenté de concerts

Le 14 mai 2013 à 20 h
A la Cité de la Musique à Paris
Le 13 mai 2013 à 20 h
A la Cité de la Musique à Paris
Akiko Suwanai, Henri Demarquette, Michel Portal & Michel Dalberto
Eglogue et Madrigal, pour clarinette et piano

Jean-Claude Casadesus dirige Darius Milhaud et Poulenc (2010, 43 minutes)
Diffusions sur Arte les 6 mai 2013 à 1 h 05, 10 mai à 6 h, 16 mai et 22 mai 2013 à 6 h.
par Cécile Clairval-Milhaud
60 minutes
Diffusions les :
19 et 25 juillet 2010 à 5 h 55 ;
- 9 septembre 2012 à 16 h 40 et 21 septembre 2012 à 6 h.

Darius Milhaud et sa musique, de la Provence au monde
par Cécile Clairval-Milhaud
Steinval, 2011. Coffret de 2 DVD avec des bonus documentaires et musicaux. ASIN : B0058PEFEY

Europe : Terre d'exil et d'immigration
Du 14 mars au 13 avril 2013
Musique et philosophie au Centre d'animation Reuilly
19, rue Antoine Julien Hénard. 75012 Paris
Tél : 01 40 02 06 60


Darius Milhaud, une vie heureuse
Du 10 septembre au 21 octobre 2012
Dans le hall de l'Office de Tourisme
Les allées provençales
300, avenue Giuseppe Verdi. 13100 Aix-en-Provence
Tél. : +33 (0)4 42 161 161

 Du lundi au samedi de 8 h 30 à 20 h. Dimanche de 9 h à 13 h et de 14 h à 18 h

Le 14 octobre 2012
A 15 h, Tango des Fratellini (Le Boeuf sur le toit) avec Vincent Le Texier et Jeff Cohen
A 17 h, La création du monde
A 21 h, concert salade

Quartier juif médiéval - 1 rue de la Barralerie. 34000 Montpellier
Tél. : 33 (0)4 67 02 70 11

Photos de haut en bas :
Milhaud en 1930 © Collection Daniel Milhaud

Milhaud retour du Brésil © Collection Daniel Milhaud

Milhaud prof à Mills College © Collection Mills College

Darius Milhaud-portrait © Collection Mills College

La première du ballet « Scaramouche » de José Martinez a eu lieu à l’Opéra National de Paris en 2005. © Francette Levieux/Opéra National de Paris

Le ballet « Scaramouche » est chorégraphié par le danseur espagnol José Martinez. © Francette Levieux/Opéra National de Paris

Articles sur ce blog concernant :

Les citations sont extraites du documentaire, du communiqué de presse et d'Arte.
Cet article a été publié pour la première fois le 24 juillet 2010 et modifié le 14 novembre 2013.
Il a été republié le :
- 3 juillet 2012 à l'approche des concerts et des conférences lors de la VIIe université d'été de l'Institut Maïmonide (5-12 juillet 2012) dont le thème est Du Roi David à Darius Milhaud, la longue résonance de la musique juive.
- 7 septembre 2012 à l'approche de la diffusion par la chaîne franco-allemande Arte les 9 et 21 septembre 2012 de ce documentaire ;
- 11 octobre 2012 ;
- 28 mars et 12 mai 2013 ;
- 3 septembre 2013 à l'approche de la diffusion par Histoire, les 4 et 10 septembre 2013, du numéro des Heures chaudes de Montparnasse de Jean-Marie Drot et intitulé Le Groupe des Six. "Quatre membres du Groupe des Six, Georges Auric, Darius Milhaud, Francis Poulenc et Germaine Tailleferre, parlent de leur amitié, de leur musique, de leurs influences et de la rue Huyghens (XIVe) où ils donnèrent leurs premières représentations dans un atelier" ;
- 6 décembre 2013. Les Amis de Darius Milhaud ont organisé un colloque international  intitulé Darius Milhaud et la voix agrémenté de concerts au  Conservatoire de musique Darius Milhaud (6-8 décembre 2013) ;
- 29 juillet 2014. Histoire a diffusé les 30 juillet et 1er août 2014 le numéro de la série télévisée Les heures chaudes de Montparnasse intitulé Le groupe des six, de Jean-Marie Drot. "Quatre membres du Groupe des Six, Georges Auric, Darius Milhaud, Francis Poulenc et Germaine Tailleferre, parlent de leur amitié, de leur musique, de leurs influences et de la rue Huyghens (XIVe) où ils donnèrent leurs premières représentations dans un atelier". 

dimanche 21 décembre 2014

Les Marx Brothers


Arte diffusera trois des treize films des Marx Brothers, artistes américains Juifs : le 21 décembre 2014 à 23 h 05 « L’explorateur en folie » (Animal Crackers), film de Victor Heerman (1930), le 26 décembre 2014 à 0 h 40 « Monnaie de singe » (Monkey Business) de Norman Z. McLeod (1931), et les 25 décembre 2014 à 23 h 30 et 30 décembre 2014 à 3 h 20 « La soupe au canard » (Duck Soup) de Leo McCarey (1933). Les “Marx Brothers ont marqué le cinéma de leur comique gesticulatoire, de leur sens aigu de l’absurde, de leur anticonformisme et de leurs dialogues burlesques”.


Des Marx Brothers, on se souvient de trois des cinq frères artistes : Groucho (1890-1977) et Chico (1887-1961) pour leur humour verbal, Harpo (1888-1964) pour sa poésie. Faute d’avoir développé des personnages distincts, les benjamins, Zeppo (1901-1979), présent dans les cinq premiers films, et surtout Gummo (1892-1977), n’ont pas laissé la même empreinte dans les mémoires des cinéphiles et des spectateurs de Broadway.

“Quatuor réduit dès 1935 à un trio, les Marx Brothers ont marqué les années 1930 et 1940 de leur comique gesticulatoire, de leur sens aigu de l’absurde, de leur anticonformisme et de leurs dialogues burlesques. Comme Laurel et Hardy, ils ne sont pas simplement les acteurs, mais aussi les auteurs de leurs films, même si ceux-ci sont signés par d’autres. Groucho, le cerveau de la famille, participait activement à la mise en scène et aux dialogues, qu’il teintait de ses bons mots et de sa mégalomanie désormais légendaire. Chico, le pianiste froid et débrouillard au chapeau pointu, ponctuait les gags de ses mimiques fondées sur le comique à la napolitaine. Harpo, harpiste muet et farceur, apportait sa poésie empreinte d’absurde. Quant à Zeppo, fade jeune premier qui servait de "faire-valoir", il quittera rapidement ses frères”.

Broadway
Nés à New York dans une famille Juive d’artistes originaires d’Allemagne et d’Alsace, les certains des Marx Brothers débutent dans le vaudeville, comme chanteurs, dès les premières années du XXe siècle.

Un incident lors d’une tournée en 1912 révèle les talents comiques de Groucho.

A la fin de la Première Guerre mondiale, The Four Marx Brothers créent leurs personnages : Groucho arbore une fausse moustache, Harpo choisit le mutisme, Chico s’exprime avec un accent italien, Zeppo interprète le jeune premier romantique. 

Habile dans les improvisations, leur numéro rencontre le succès public dès les années 1920.

A Broadway, les Marx Brothers créent I'll Say She Is (1924-1925), puis deux comédies musicales, The Cocoanuts (1925-1926) et Animal Crackers (1928-1929).

Leur prénoms d’artistes ? Art Fisher les crée lors d’une partie de poker en s’inspirant d’une bande dessinée.

L’avènement du parlant accroît l’intérêt de Hollywood pour des comédies de Broadway. Paramount, un des principaux studios hollywoodiens, signent un contrat avec les Marx Brothers pour adapter leurs deux succès à l’écran. Les auteurs chargés du scénario de leurs premiers films : George S. Kaufman et Morrie Ryskind.

« Animal Crackers » par Victor Heerman

Adapté d'une de leurs revues, « Animal Crackers » (L'Explorateur en folie1930) est « la deuxième apparition à l'écran des Marx Brothers (si l'on ne compte pas "Humor risk", film perdu) et le véritable déclencheur de leur succès au cinéma. Un savoureux quiproquo autour de faux tableaux... »


A son “retour d'Afrique, le capitaine Jeffrey Spaulding, un célèbre explorateur, est l'invité d'honneur de la richissime madame Rittenhouse. Celle-ci montre à ses convives un tableau célèbre, Après la chasse, prêté par un collectionneur. La toile aiguise les appétits, notamment chez un peintre amateur qui veut faire reconnaître son talent de copiste. L'original disparaît, aussitôt remplacé par un faux...”

Le “film laisse le champ libre à leur sens de l'absurde et à leur inventivité sans frein : leur humour déchaîné, moquant la haute société avec un irrespect qui n'épargne personne, a désormais trouvé son style”. 

Souffre-douleur de Groucho Marx : le personnage incarné par l'actrice Margaret Dumont.

Cinq ans après ce film, Zeppo Marx quittera le quatuor.

« Monnaie de singe » de Norman Z. McLeod 
En 1931, Monkey Business (Monnaie de singe) est le premier film des Marx Brothers n’adaptant pas un de leurs spectacles. Il permet d’entendre la voix de Harpo Marx.

“Quatre passagers clandestins sont signalés sur un paquebot. L’équipage se lance à leur poursuite. Pendant ce temps, Groucho et Chico s’installent dans la cabine du capitaine et mangent son repas. Les choses se gâtent lorsque le gangster Briggs surprend Groucho dans les bras de sa petite amie…”

“Décousu, fertile en digressions et en apartés totalement étrangers à la ligne dramatique, ce premier film hollywoodien des frères Marx est essentiellement axé sur l’exploitation de situations absurdes et l’exposé de raisonnements aberrants signés Groucho. Ainsi, lorsque celui-ci apprend que ses frères ont été engagés, tout comme lui, en qualité de gardes du corps, il fait au truand la réflexion suivante : "Si deux gars vous attaquent et que deux gars vous défendent, ça fait cinquante pour cent de gaspillage. Pourquoi ne pas vous faire attaquer par vos propres gardes du corps ?" Et de conclure à propos de ses propres facultés d’homme d’affaires : "Regardez-moi ! Je suis parti de rien et j’ai atteint un état d’extrême misère !" 

Dans une scène, à l’instar du chanteur Maurice Chevalier, chacun des Marx Brothers “arbore un canotier et s’exprime avec l’accent français – un exercice que Harpo le muet réussit le mieux”.

En 1932, Horse Feathers s’avère un triomphe commercial, qui vaut la couverture de Time aux Marx Brothers.

Tout en poursuivant leur carrière cinématographique, Groucho et Chico Marx débutent la série radiophonique comique Flywheel, Shyster and Flywheel.

« La soupe au canard » de Leo McCarey
« La soupe au canard » (Duck Soup) de Leo McCarey figure parmi les chefs d’œuvre du cinéma, et a généré en 1933 le sixième revenu tiré de l’exploitation en salles.

Tournée en 1933, lors de l’arrivée au pouvoir du chancelier Adolf Hitler, "La Soupe au canard" s’apprécie comme une “délirante satire politique, où Groucho prend les rênes de l'infortunée république de Freedonie. 

Les caisses de l’Etat de Freedonie sont vides. Pour les renflouer, on appelle à la rescousse, la richissime madame Teasdale, qui réussit à imposer son ami, le farfelu Rufus T. Firefly, comme nouveau président du conseil. Mais celui-ci a un ennemi en la personne de Trentino, ambassadeur de Sylvanie, qui rêve de voir son pays envahir la Freedonie…Par son refus du conformisme et son délire verbal, La Soupe au canard, satire politique tournée au moment de l’arrivée de Hitler au pouvoir, est le film le plus célèbre, le plus accompli et le plus représentatif des Marx”.


« Animal Crackers » (L’explorateur en folie), de Victor Heerman
Paramount Pictures (Etats-Unis), 1930, 94 mn
Diffusion sur Arte le 21 décembre 2014 à 23 h 05
Producteur : Sam H. Harris
Scénario : George S. Kaufman, Morrie Ryskind
Musique : Max Reese
Image : George J. Folsey
Avec Groucho Marx, Harpo Marx, Chico Marx, Zeppo Marx, Margaret Dumont, Lillian Roth

« Monnaie de singe », de Norman Z. McLeod 
Paramount Pictures, 1931, 75 mn
Producteur : Herman J. Mankiewicz
Scénario : S.J. Perelman, Will B. Johnstone, Arthur Sheekman
Image : Arthur L. Todd
Musique : John Leipold, Ralph Rainger
Avec : Groucho Marx, Harpo Marx, Chico Marx, Zeppo Marx, Rockcliffe Fellowes, Harry Woods, Thelma Todd, Ruth Hall, Tom Kennedy
Sur Arte le 26 décembre 2014 à 0 h 40

« La soupe au canard », de Leo McCarey
Paramount Pictures, 1933, 66 mn
Producteur : Herman J. Mankiewicz
Scénario : Bert Kalmar, Harry Ruby, Arthur Sheekman, Nat Perrin
Musique : John Leipold
Image : Henry Sharp
Montage : LeRoy Stone
Avec : Groucho Marx, Harpo Marx, Chico Marx, Zeppo Marx, Margaret Dumont, Louis Calhern, Raquel Torres, Edgar Kennedy, Edmund Breese, William Worthington, Edwin Maxwell, Leonid Kinsky, Verna Hillie, George MacQuarrie, Frederick Sullivan, Davison Clark, Charles B. Middleton, Eric Mayne
Les 25 décembre 2014 à 23 h 30 et 30 décembre 2014 à 3 h 20


Visuels
Animal Crackers
De la gauche : Emanuel Ravelli (Chico Marx), Captain Spaulding (Groucho Marx), le professeur (Harpo Marx) et Mrs. Rittenhouse (Margaret Dumont).
© NBCU/George J. Folsey

Monnaie de singe
Chicago (Chico Marx) et Harpo (Harpo Marx) travaillent comme coiffeurs à bord.
© 2001 Universal Studios

Les frères Marx : Harpo, Zeppo, Chico et Groucho (de la gauche).
© 2001 Universal Studios

« La soupe au canard » de Leo McCarey
© Arte

Articles sur ce blog concernant :

Les citations proviennent d'Arte

"I Have a Dream..." de la peintre Micha Tauber


La galerie Art Symbol-Mastey Fine Art présente l'exposition éponyme de la peintre Micha Tauber. Des œuvres récentes colorées, joyeuses.


Le parcours de Micha Tauber est aussi culturellement varié que sa peinture est colorée.

Cette artiste est née aux Pays-Bas. Elle a étudié à l’université des Beaux-arts de Trèves (Allemagne). Puis, elle s’établit en France en 1988.

Diplômée de l’Ecole Nationale des Arts Appliqués et des Métiers d’Arts (Paris) en 1992, elle entre à l’Atelier national d’art textile.

Parallèlement à son métier de styliste pour tissus d’ameublement, cette jeune femme expose ses œuvres figuratives, sur toile ou sur papier, à Amsterdam, Berlin, Barcelone, New York ou Hong Kong.

A Paris, la galerie Art Symbol montre régulièrement les techniques mixtes pleines d’allégresse, d’onirisme, d’allant et d’optimisme de cette peintre.

Tels des échantillons de tissus, des carreaux lumineux - dans des nuances de bleu, rouge et jaune - déambulent, et se muent en maisons quand des triangles les chapeautent.

Signes, mots, roue libre, guitare, arbre, échiquier, bateau, échelle, soleil, étoile, lune, fruit et fleur animent l’ensemble.

Tandis que les marouflages révèlent des fragments de partition musicale ou autres documents vieillis.

En fait, ces carrés sont autant de souvenirs qui affleurent la mémoire ou la conscience et composent une vie ou un rêve (« Les étoiles ne parlent que de toi », « Blue moon, blue mood »).

Micha Tauber croit. En quoi ? « En la vie. En tout... »


Micha Tauber, entre ciel et terre. Ed. Art Symbol, 2003

Du 27 novembre 2014 au 4 janvier 2015
Du 29 novembre 2012 au 6 janvier 2013
« Itinéraires privés »
Jusqu’au 9 janvier 2011
A la galerie Art Symbol
24, place des Vosges, 75003 Paris
Tél. : 01 40 27 05 75
Du lundi au dimanche de 11 h à 20 h

Visuels de haut en bas :
Big Apple
Technique mixte sur toile
73 x 116 cm

Balades, escapades, Cyclades...
Technique mixte sur toile
81 x 100 cm

Soleil à Moscou
Technique mixte sur toile
64 x 64 cm

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié pour la première fois le 29 décembre 2010, puis le 4 janvier 2013.

samedi 20 décembre 2014

Joana chante Aznavour


La chanteuse française Joana Mendil s'est produite le 5 juin 2013, à 20 h 30, au Centre d'Art et de culture de l'Espace Rachi (75005 Paris). Son CD a pour titre Joana chante Aznavour Live au « Sentier des Halles ». Arte diffusera le 21 décembre 2014 Aznavour, documentaire de Marie Drucker et Damien Vercaemer : "Fils d’immigrés arméniens, Charles Aznavour fait ses premiers pas sur scène dans les cabarets d’un Paris bientôt occupé, jouant pour les Allemands, alors que la famille cache dans son minuscule appartement des émigrés juifs. Après des débuts difficiles, le jeune chanteur est repéré par Édith Piaf... Portrait intime d'un artiste de 90 ans".


« Je vous invite sur la planète Aznavour », annonçait Joana Mendil au public du Sentier des Halles, cette scène parisienne au climat intimiste, chaleureux. Une atmosphère bien rendue dans son CD.

C’est un excellent répertoire de variété française, devenu vite classique, que cette artiste découverte par le grand public dans la Nouvelle Star 2006 et Les Dix Commandementsinterprète  en un style « jazzy », accompagnée de Romain Berrodier au piano, Frédéric Perrot à la batterie, Harry Gofin à la contrebasse et Patrick Maarek à la guitare.

Et c’est un enchantement.

Avec grâce, légèreté et aisance, Joana module sa voix douce en interprétant avec respect et sensibilité ces chansons, dont certaines datant du duo Roche-Aznavour. Jubilant sur Formidable. Emouvante dans Trousse chemise. Soulignant le talent de compositeur et de parolier valorisant une musique riche en mélodies et aux paroles disant la vie quotidienne, exprimant les sentiments et contant les souvenirs avec une touchante simplicité.

On peut écouter certaines chansons, visionner des extraits de spectacles et se procurer l’album du concert de 2008 sur http://www.myspace.com/joanamendil.


Le 5 juin 2013, à 20 h 30
Au Centre d'Art et de culture de l'Espace Rachi
39, rue Broca. 75005 Paris

Le dimanche 22 mai 2011 à 15 h 30
A l’auditorium du Conservatoire de Saint-Maur-des-fossés :
25, rue Krüger, 94100 Saint-Maur-des-fossés
Réservation au comité de jumelage de Saint-Maur-des-fossés : 01 48 89 59 10

Le 26 octobre 2009, à 19 h 45
Au Sentier des Halles.

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié dans une version plus concise par L’Arche dans son n° 612 de mai 2009.
Il a été publié sur ce blog le 16 octobre 2009 et le 23 mai 2013 et modifié le 21 mai 2013.

vendredi 19 décembre 2014

A la recherche d'Albert Kahn. Inventaire avant travaux


Le musée Albert-Kahn présente l’exposition éponyme  Abraham, dit Albert, Kahn  (1860-1940), Français Juif banquier, philanthrope et curieux du monde. De 1898 à 1931, Abraham, dit Albert, Kahn œuvre à « l’établissement de la paix universelle » et constitue les « archives de la Planète » afin de conserver les traces visuelles – en autochromes  couleurs et en films noir et blanc – des vies quotidiennes des hommes sur tous les continents. 


« J’ai beaucoup voyagé, nous dit-il, j’ai beaucoup lu et j’ai connu tous les grands hommes de mon époque… Ce que j’ai cherché, c’était le chemin de la vie et les principes de fonctionnement ; or, plus j’ai avancé dans la vie et plus j’ai vu la hardiesse et l’extrême difficulté de cette tâche… Essayer de tâcher d’y arriver, reste le plus noble devoir de l’homme », a écrit Albert Kahn (France Japon, n°32 du 15 Août 1938).

« Structurée en deux grands volets - Portraits d’un homme ; Portraits d’une œuvre -, l’exposition « permet de faire un point sur l’état des connaissances accumulées au fil du temps « sur Abraham, dit Albert, Kahn  (1860-1940) et « de le présenter dans son contexte historique, social et politique ».

Une famille Juive alsacienne
Aîné de quatre enfants, Albert Kahn est né Abraham Kahn le 3 mars 1860 à Marmoutier (Bas-Rhin) dans une famille aisée. Son père Louis est marchand de bestiaux ; sa mère Babette Bloch est femme au foyer et meurt quand Albert est âgé de dix ans.

Après la guerre entre la France et l’empire allemand de 1870, le traité de Francfort (1871) attribue à l’Allemagne victorieuse l’Alsace et une partie de la Lorraine. Comme de nombreux Alsaciens fervents patriotes, une partie de la famille Kahn décide de demeurer, et fuit leur village en 1872, pour se fixer hors des « provinces perdues », à Saint-Mihiel (Meuse).

Abraham Kahn est scolarisé au collège de Saverne (1873-1876).

Banquier à Paris
À Paris, la famille Kahn emménage dans le quartier du Marais. Agé de seize ans, Abraham Kahn prend pour prénom d’usage Albert.

Il est engagé chez un confectionneur de la rue Montmartre, puis à la banque des frères Charles et Edmond Goudchaux. Parallèlement, il reprend ses études en bénéficiant de l’aide d’un jeune et brillant élève puis professeur à l’École normale supérieure, Henri Bergson (1859-1941), qui devient son précepteur et ami ainsi qu’en témoigne leur correspondance.

Albert Kahn obtient ses baccalauréats de lettres (1882) et de sciences (1883) et débute des études de droit. Il a sa licence en 1885.

À la banque Goudchaux, il est repéré dès l’âge de 21 ans par ses talents. De 1889 à 1893, il édifie une fortune en spéculant sur les mines d’or et de diamants d’Afrique du Sud.

Albert Kahn devient associé principal du banquier Edmond Goudchaux.

En 1893, il « loue une maison au 6 quai du 4-Septembre à Boulogne-sur-Seine. Devenu propriétaire de la maison, il débute la constitution de ses jardins, qu’il achète parcelle après parcelle ». Le paysagiste Achille Duchêne y élabore un jardin français. Albert Kahn y ajoute un « verger ornemental », un jardin anglais, un jardin japonais à l’instar de celui du château de son voisin Edmond de Rothschild, et au nord, trois « bois ornementaux ».

Des espaces arpentés par les invités d’Albert Kahn : le philosophe Henri Bergson, Rodin, Colette, Manuel de Falla, Anatole France, Marcel Dassault, André Michelin, Jean Perrin, Anna de Noaïlles…

En 1898, Albert Kahn fonde la « banque Kahn », banque d’affaires sise au 102 de la rue de Richelieu (Paris). La « banque prospère, collabore avec des établissements financiers bien établis et apparaît dans des syndicats de placement au bénéfice de projets industriels ou d’emprunts nationaux et internationaux, japonais notamment. La banque Kahn s’assure aussi des revenus générés par les transactions sur toutes sortes de valeurs spéculatives, cotées ou non en Bourse ». Albert Kahn effectue des investissements fructueux en Extrême-Orient.

« L’aptitude d’Albert Kahn à détecter les hausses de valeur des titres est exceptionnelle. Le patrimoine de la banque et celui de Kahn augmentent considérablement et le financier jouit d’une excellente réputation en France et à l’étranger ».

Pour la « paix universelle »
Dès le 10 février 1887, Albert Kahn écrit à Bergson : « Cela va assez bien en ce qui concerne les affaires mais, vous le savez, ce n’est pas mon idéal ».

« L’homme mûr, le banquier qui a réussi, va donc consacrer sa vie et sa fortune, entre 1898 et 1931, à l’établissement de la paix universelle ».

A cette fin, Albert Kahn « crée de nombreuses institutions destinées à favoriser la compréhension entre les peuples et la coopération internationale : ses « bourses Autour du Monde » offrent à de futurs enseignants l’opportunité de voyager et de découvrir les réalités du monde. Ces boursiers confrontent leur expérience avec des sommités intellectuelles de l’époque au sein de la « Société Autour du Monde ». Un « Comité National d’Études Sociales et Politiques » (C.N.E.S.P.) compare les solutions apportées aux maux de l’humanité dans divers pays, appuyé par deux centres de documentation sociale. Les « Archives de la Planète » recensent en photographies couleur et films noir et blanc les aspects de la vie dans les cultures humaines...

Albert Kahn crée aussi une chaire de géographie humaine à la Sorbonne, le Comité du Secours national pour aider les victimes civiles de la Grande Guerre, un laboratoire de Biologie pour perfectionner la microcinématographie, un centre de médecine préventive destiné aux étudiants.

Des « œuvres qui contribuent à éveiller la conscience et aiguiser le regard des élites de l’époque et qui tenteront d’être pérennisées dans la Centrale de Recoordination ».

Albert Kahn, discret
« Se tenant souvent en retrait, Albert Kahn refuse de parler de lui-même ».

Que sait-on de cet homme discret ? « Selon différents témoignages, il s’exprimait avec un accent alsacien très prononcé ». Il était végétarien. Il aimait la compagnie des chiens.

Ses vêtements ? Simples.

Son « ascétisme se manifestait dans de nombreux aspects de sa vie ». Ses journées débutaient à cinq heures du matin.

« S’il avait choisi de vivre seul, il lui arrivait de recevoir quelques amis comme Bergson ou Rodin, auquel il acheta quatre marbres ».

Pianiste - il consacrait son mercredi à prendre des leçons de piano -, il « assistait régulièrement à des concerts, notamment au festival de Bayreuth ».

Albert Kahn « alterne déplacements d’affaires et voyages d’agrément, mais le plus souvent paraît cumuler les deux. Entre 1886 et 1912, il voyage en Europe, au Venezuela, en Égypte, en Russie, au Japon, effectue un tour du monde entre novembre 1908 et mars 1909 et passe par les États-Unis et Hawaï, mais aussi la Chine, l’Asie du sud-est et l’Inde ». Il se rend également en Uruguay, en Argentine et au Brésil.

Le krach boursier de 1929
Le krach boursier de 1929 « porte un coup fatal à la fortune du banquier âgé alors de 69 ans. A l’instar d’autres banques françaises, la banque Kahn enregistre un premier déficit à la fin de 1930, nettement aggravé à la clôture de l’exercice suivant ».

En 1931, il ne reste que trois opérateurs aux Archives de la Planète ; la société Autour du Monde traverse une période financièrement délicate ; les bourses de voyages prennent fin, ainsi que les débats du CNESP.

Pour « réinjecter de l’argent, Albert Kahn hypothèque entre fin 1930 et 1932, les propriétés de Boulogne et du Cap Martin. Puis les fonds propres ne suffisent plus ; Albert Kahn nantit les titres auprès d’autres établissement financiers ; les valeurs continuent de s’effondrer ; il est acculé. Ces créanciers assignent Albert Kahn en justice. En 1932, la banque d’Albert Kahn est déclarée en faillite. Les biens d’Albert Kahn sont peu à peu saisis et vendus aux enchères en 1933 et 1934 ».

Une « partie de la propriété (comprenant les collections de photographies et de films) est achetée par le département de la Seine. Albert Kahn conserve l’usage de sa maison de Boulogne, bien qu’elle ne lui appartienne plus. En 1937, les jardins sont ouverts au public.

Dans la nuit du 13 au 14 novembre 1940, Albert Kahn meurt dans sa maison de Boulogne, à l’âge de 80 ans ».

« De lui, il nous reste la propriété boulonnaise aux splendides jardins, les Archives de la Planète qui rassemblent la plus importante collection au monde de plaques autochromes- premier procédé de photographie en couleur -, mais aussi un esprit toujours vivace qui anime la Vallée de la Culture des Hauts-de-Seine ».

Les « archives de la Planète »
De 1898 à 1931, Abraham, dit Albert, Kahn œuvre à « l’établissement de la paix universelle » et constitue les « archives de la Planète » afin de conserver les traces visuelles – en autochromes  couleurs et en films noir et blanc – des vies quotidiennes des hommes sur tous les continents. Ces autochromes, qui constituent le premier procédé de films photographique en couleurs breveté par les frères Lumière en 1903.

Pour ce faire, il constitue une équipe d’une douzaine d’opérateurs - photographes ou/et cinéastes - qui arpentent des contrées lointaines.

Parmi ces opérateurs : Auguste Abraham Isaac Léon (1857-1942). Né à Bordeaux, il voyage pour constituer les « Archives de la planète ». Puis, à Boulogne, il gère le laboratoire de ces Archives, conseille les opérateurs et photographie les invités de ce visionnaire.


Constituées par Albert Kahn (1860-1940) à la fin du XIXe siècle et lors des trois premières décennies du XXe siècle, les « archives de la Planète » - 72 000 autochromes, 4 000 photographies, une centaine d’heures de films -, témoignages visuels exceptionnels, sont déposées au musée Albert-Kahn, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Elles font l’objet d’expositions et sont publiées dans de beaux livres.

Le krach boursier de 1929 ruine Albert Kahn, sexagénaire, et met un terme à cette collection.

Coproduite par la BBC et le musée Albert-Kahn en 2007, la série Le monde d’Albert Kahn présente par thèmes géographiques des montages d’images, fixes et animées, extraites des « archives de la Planète ».

Réalisée par David Okuefuna, elle est souvent diffusée par Histoire et par Arte. L’occasion de (re)découvrir ces images rares de mondes disparus.


Le monde d'Albert Kahn consacré au Moyen-Orient (The Wonderful World of Albert Kahn, Middle East) montre des images souvent inédites, passionnantes, accompagnées par un commentaire parfois biaisé et évoquant la déclaration de Lord Arthur Balfour (2 novembre 1917).

La fin d’une époque est centrée sur les Balkans. En 2003, le musée Albert-Kahn avait présenté l’exposition La Macédoine en 1913. Autochromes de la collection du musée Albert-Kahn.


Hommes du monde, premier numéro  de la série télévisée Le monde d’Albert Kahn
BBC, 55 minutes
Sur Histoire  les 10 et 16 janvier 2014 .


Du 18 juin 2013 au 21 décembre 2014
10-14, rue du Port, 92100 Boulogne-Billancourt
Tel : 01 55 19 28 00
Hiver : du mardi au dimanche de 11 h à 18 h (Du 1er octobre au 30 avril)
Eté : du mardi au dimanche de 11 h à 19 h (Du 1er mai au 30 septembre)


Visuels :
Albert Kahn sur le balcon de sa banque, 102 rue de Richelieu, Paris.
Autochrome de Georges Chevalier, 1914, inv. I135
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

La Mercedes Simplex 60 chevaux d’Albert Kahn près du lac de
Guéry en Auvergne. Auguste Léon, 20 juillet 1911, inv. A 6 251.
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine

Autour de la fontaine Sainte-Geneviève, Paris (5e arrondissement).
Stéphane Passet, 25 juillet 1914, inv. A 13 652
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine

Le Pourquoi pas ? IV de Jean-Baptiste Charcot dans l’Antarctique.
opérateur non mentionné, sans lieu ni date.
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine. DR

Le village japonais d'Albert Kahn.
Autochrome d'Auguste Léon, Boulogne, 20 avril 1915, inv. B 541.
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Aristide Briand avec des membres de la délégation française à la
conférence de Locarno. D’après film noir & blanc 35 mm de Camille Sauvageot, 3-17 octobre 1925, inv. AI 95 102.
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine

Enfants jouant aux quilles dans les ruines de Reims (place d’Erlon).
Fernand Cuville, 6 mars 1917, inv. A 6 251.
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine

Le verger-roseraie, dessiné par Achille Duchêne (1896-1900).
Auguste Léon, Boulogne, 6 juillet 1915, inv. B 587.
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine

La villa Kahn au cap Martin.
Camille Sauvageot, janvier-février 1927, inv. C 1 074.
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine

Vasque de la basilique San Zeno à Vérone, Italie.
Fernand Cuville, 16 mai 1918, inv A 71 243 X.
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine

L’opérateur Paul Castelnau à Ismaïlia, Egypte.
Charles Winckelsen, 15 juin 1918, inv. A 15 907
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine

Chef de canton et autorités villageoises devant la maison communale
de Nam-giu, Tonkin, Indochine (auj. Vietnam), Léon Busy, mai 1915, inv. 13 652.
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine

Joueurs de tambours Yorouba à Sakété, Dahomey (aujourd’hui Bénin)
Frédéric Gadmer (mission R. P. Aupiais), 14 janvier 1930, inv. A 63 190 S.
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Sein

Fayz Bey el Azm, un compagnon de l’émir Fayçal, Quweira,
Arabie (aujourd’hui Jordanie). Paul Castelnau, 2 mars 1918, inv. A 15 506.
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine

 A lire sur ce blog :

Les citations proviennent du dossier de presse.
Cet article a été publié le 19 décembre 2014. Les 10, 16 janvier, 22 et 28 janvier 2014, Histoire  a diffusé Hommes du monde, premier numéro  de la série télévisée Le monde d’Albert Kahn.