Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

samedi 23 mars 2019

« Nuremberg le procès des Nazis » de Paul Bradshaw et Nigel Paterson


« Nuremberg : le procès des Nazis » (Nuremberg: Nazis on Trial), est un docu-fiction en trois parties de Paul Bradshaw et Nigel Paterson (2006). Un film associant des scènes jouées par des acteurs, des archives, des témoignages d’historiens et de témoins du procès, par un tribunal international, en 1945-1946, d’une vingtaine de criminels deguerre nazis, dont Hermann Göring, Albert Speer et Rudolf Hess. Arte diffusera le 26 mars 2019 à 23 h 45 "Nuremberg, le procès des nazis" (Nürnberg - Die Prozesse), "Albert Speer" (Albert Speer - Karriere ohne Gewissen). 



Après les suicides du Führer Adolf Hitler le 30 avril 1945, de Joseph Goebbels, ministre de l’Education du peuple et de la Propagande, et de Heinrich Himmler, chef de la SS, en mai 1945, puis celui de Robert Ley, directeur du Deutsche Arbeitsfront (Front allemand du travail qui regroupe les syndicats), dans sa prison à Nuremberg le 25 octobre 1945, les Alliés tiennent particulièrement à ce que la vingtaine de dirigeants nazis de haut rang qu’ils ont arrêtés, interrogés et emprisonnés soient en mesure de comparaître devant le futur tribunal international chargé d’établir les faits et de juger ces détenus. La surveillance de ces prisonniers nazis est donc renforcée.

Gustave M. Gilbert, psychologue Juif américain d’origine autrichienne, et agent de liaison avec les prisonniers, veille à leur santé mentale, rédige régulièrement pour le commandant de la prison, le colonel B.C. Andrus, des rapports sur leur état psychologique et « suggère des angles d’attaque » aux Alliés en vue des audiences judiciaires. Les Alliés préparent soigneusement ce procès afin que les accusés ne l’utilisent pas comme une tribune de propagande nazie.

Si la séance inaugurale de ce procès hors norme a lieu à Berlin le 18 octobre, le procès se déroule du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946 à Nuremberg. Et en présence d’une armada d’interprètes et de journalistes, dont Lucien Bodart, Walter Cronkite, Ilya Ehrenbourg, Joseph Kessel pour France-Soir, Evgueni Khaldei, auteur de la célèbre photo du drapeau rouge flottant sur le Reichstag, Richard Llewellyn, Erika Mann, Alexandre Vialatte, Rebecca West, Markus Wolf, et Tullia Zevi.

Des liturgies nazies au tribunal international
Nuremberg, c’est la ville où se sont déroulées les grandes manifestations publiques annuelles du Parti national-socialiste.

Le choix de cette ville est certes symbolique, mais surtout motivé par des considérations pratiques : après les bombardements, y demeurent intacts le Palais de justice relié par un tunnel à la prison, l’Hôtel de Ville et le Grand Hôtel.

Une ville donc emblématique pour un procès extra-ordinaire : le premier procès militaire international d’une vingtaine de responsables nazis poursuivis pour « plan concerté ou complot », « crimes contre la paix », « crimes de guerre » et un chef d’accusation nouvellement intégré au droit international : les « crimes contre l’humanité ».

Le Tribunal est composé de magistrats et de ministères publics représentant les Alliés - américains, britanniques, soviétiques et français. La Cour est présidée par Geoffrey Lawrence. Pour Ernst Michel, survivant d’Auschwitz, c’est une « satisfaction de voir la justice être rendue ».

Après lecture du long acte d’accusation, est projeté un film d’une heure sur la gravité, l’horreur et l’ampleur des crimes retenus contre eux : les camps de concentration et d’extermination, les modes d’assassinats des Juifs, les expériences « médicales », les vivisections, etc. Un film qui exerce un impact important sur tous les spectateurs, en particulier les accusés.

Parmi les crimes de guerre, le procès écarte le massacre au printemps 1940 de milliers d'officiers polonais dans la forêt de Katyn, près de Smolensk. Pendant le procès de Nuremberg, l’avocat de Göring demande la mise en accusation des Soviétiques pour ce crime de guerre. Le 1er juillet 1946, six témoins, de la défense et de l’accusation, présentent leur version des faits au tribunal. Il apparaît que l'auteur de ce massacre est le NKVD, dont l'URSS. Le verdict du Tribunal occulte ce massacre : celui-ci montre que des Alliés ont commis un crime de guerre, un grief reproché aux accusés.

Des stratégies divergentes
"À travers archives et reconstitutions, ce documentaire restitue les moments clés du procès exceptionnel qui vit comparaître à Nuremberg, de novembre 1945 à octobre 1946, vingt-et-un dignitaires nazis. Parmi eux, Albert Speer, ministre de l'Armement et architecte des grands travaux d'Hitler, le seul prévenu prêt à plaider coupable".

"Du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946, un tribunal militaire international juge vingt-et-un responsables nazis. Les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’URSS ont envoyé un procureur général et un juge flanqué d’un suppléant. Les chefs d’accusation sont "le plan concerté ou complot", qui induit les "crimes contre la paix" et les "crimes de guerre", ainsi que les "crimes contre l’humanité", nouvelle catégorie au regard du droit international."

"Les réalisateurs anglais ont compulsé des centaines d’ouvrages et des montagnes d’archives allemandes, anglaises et américaines sur ce procès hors du commun qui eut lieu à huis clos. Le documentaire fait alterner des scènes reconstituées – dont les dialogues correspondent exactement aux phrases prononcées par les protagonistes –, des séquences d’archives et les interviews d’environ quatre-vingts historiens, journalistes et témoins, dont certains jouèrent un rôle de premier plan lors du procès".

Le titre du film ne retranscrit pas l’ambition limitée, mais originale des auteurs du filmCeux-ci n’abordent pas l’aspect juridique. Ils évoquent sommairement les opinions opposées des Alliés à l’égard des dirigeants nazis emprisonnés : pour Churchill et les Soviétiques, leur élimination était préférable ; pour les Américains, le procès est l’occasion de rendre publics tous les faits.

Paul Bradshaw et Nigel Paterson esquissent les portraits de certains criminels nazis - Franz von Papen, vice-chancelier puis ambassadeur, Hjalmar Schacht, ministre jusqu’en 1943, Baldur von Schirach, chef des Jeunesses hitlériennes puis gouverneur de la région de Vienne - jugés à Nuremberg.

Ils concentrent leurs trois volets sur trois accusés aux stratégies divergentes : le successeur désigné d’Hitler, Reichsmarschall – grade le plus élevé – et commandant en chef de la Luftwaffe Hermann Göring (1893-1946), Albert Speer (1905-1981), ministre de l’Armement et architecte des grands travaux de Hitler, et Rudolf Hess (1894-1987), un des rédacteurs des lois antisémites de Nuremberg (1935).

Arte n'a pas diffusé, sans explication, le volet sur Hess : celui-ci s’était rendu, peut-être pour négocier la fin de la guerre, le 10 mai 1941 en Ecosse, où il avait été arrêté et emprisonné.

La dramaturgie du film souligne le contraste entre les personnalités et les stratégies judiciaires de deux dirigeants nazis ayant occupé des fonctions importantes jusqu’à la capitulation du IIIe Reich - Hermann Göring et Albert Speer -, et la dimension psychologique du procès. Les « dialogues des scènes de reconstitution s’inspirent des archives de l’époque ».

Göring
Göring se constitue prisonnier le lendemain de la capitulation aux Américains. Il a « créé la Gestapo, préparé les lois contre les Juifs et le réarmement ». Il avait prêté ce serment d’allégeance à Hitler : « Je n’ai aucune conscience. Adolf Hitler est ma conscience ».

Grossier, vaniteux, il demeure un fervent nazi. Sur son acte d’accusation, il écrit : « Les vainqueurs seront toujours les juges, et les vaincus les accusés ».

Malin, il use de son ascendant sur les autres accusés pour constituer et maintenir un front uni sur sa défense : la revendication fière du nazisme et le rejet de toute responsabilité dans les crimes.

Amaigri, désintoxiqué, fanfaronnant, il comparaît en revendiquant sa fidélité à Hitler, son souci du peuple allemand.

Parmi les témoins : Otto Ohlendorf, commandant de l’Einsatzgruppe D, un de ces groupes mobiles ayant exécuté les Juifs près de leurs villages en Europe centrale et de l’Est, pointe la responsabilité de Göring dans ces massacres ; le 15 avril 1946, Rudolf Höss, commandant d’Auschwitz, résume sa rencontre avec Himmler à l’été 1941 : appliquer la « solution finale » à Auschwitz où ont été exterminés plus d’un million de personnes, essentiellement Juives. Un témoignage précis et accablant.

Au procureur américain Robert H. Jackson qui dénonce le caractère secret des préparatifs allemands pour rendre libres l’accès au Rhin, Göring réplique ironiquement n’avoir pas lu « quelque part l’annonce des préparatifs de mobilisation entrepris par les Etats-Unis ». Ce qui fait rire la salle.

Göring perd de sa superbe et est déstabilisé lors de son contre-interrogatoire par le procureur britannique Sir David Maxwell-Fyfe, maîtrisant mieux son dossier, et quand Robert H. Jackson lui reproche son pillage au bénéfice du IIIe Reich et à son profit, d’œuvres d’art européennes appartenant à des collectionneurs privés, généralement Juifs, et à des musées publics.

Speer conseille à Gustave M. Gilbert de séparer Göring des autres accusés lors des repas pour réduire son emprise sur les accusés. Ce que font les Alliés : Göring prend ses repas seul dès la mi-février 1946. Les autres accusés discutent alors librement et s’émancipent de son autorité.

Condamné à mort par pendaison pour les quatre chefs d’inculpation, Göring se suicide en absorbant une dose de cyanure cachée dans sa cellule la nuit de son exécution, le 14 octobre 1946. Dans son Journal de Nuremberg (Nuremberg Diary), Gustave M. Gilbert écrit : « Göring est mort comme il a vécu, en essayant de railler toutes les valeurs humaines et de détourner l’attention de sa culpabilité par un geste spectaculaire ».

Le cadavre de Göring est envoyé dans un crématorium à Munich ; les cendres sont « dispersées dans un cours d’eau pour éviter que soit édifiée une construction à la mémoire de Göring ».

"1946. Le colonel américain Burton C. Andrus s'est vu confier la mission de garder un des plus célèbres inculpés des procès de Nuremberg : Herman Goering. Le numéro 2 du régime nazi, fervent partisan de la déportation des juifs, était un personnage machiavélique qui fit tout pour déstabiliser son geôlier. Une partie serrée qui se terminera par le suicide de Goering. Un drame passionnant raconté à la manière d'une fiction, à partir des mémoires du colonel et enrichi d’images d’archives et de témoignages poignants. Récompensé aux BAFTA Awards (British Academy Film & Television Arts Awards)", réalisé par Ben Bolt, diffusé par HistoireGoering : bras de fer à Nuremberg est un "film captivant qui dévoile le jeu psychologique de Goering lors des procès de Nuremberg et le mystère entourant son suicide".

Albert Speer
Arte diffusera le 26 mars 2019 à 23 h 45 "Nuremberg, le procès des nazis" (Nürnberg - Die Prozesse), "Albert Speer" (Albert Speer - Karriere ohne Gewissen). "Ministre de l’Armement et architecte des grands travaux d’Hitler, Albert Speer est arrêté par les Américains. C’est le seul prévenu prêt à plaider coupable, au grand dam de Goering. Il dit regretter ses forfaits, notamment le recours aux travailleurs forcés. Il fait aussi valoir qu’il s’est opposé à la politique de la terre brûlée du Führer et qu’il a même tenté de l’éliminer. Il échappera ainsi à la peine capitale et purgera vingt ans de détention."

Issu de la haute bourgeoisie allemande, cet architecte fait partie du cercle des intimes d’Hitler avec lequel il semble lié par une relation père/fils. Les Alliés estiment que la guerre a duré deux années de trop en raison de l’efficacité de Speer comme ministre de l’Armement et de la production de guerre. Speer se démarque de nombre d’autres accusés : il assume sa part de responsabilité dans celle collective, condamne le nazisme, reconnaît le mal commis.

Albert Speer minore son rôle en se présentant comme un administratif soucieux de remplir sa mission, ayant ignoré les conditions d’esclavage de « cinq millions d’étrangers dont 200 000 volontaires » contraints à des travaux obligatoires dans les usines d’armements. Il allègue avoir seulement estimé le nombre de personnes nécessaires à la machine de guerre allemande et rejette toute autre responsabilité sur Fritz Sauckel, responsable du recrutement et de l’exploitation de la main d’œuvre étrangère, et qui sera condamné à mort par le Tribunal.

Il affirme s’être opposé à la politique de la terre brûlée décrétée par Hitler pour freiner la progression des Alliés, et allègue avoir tenté de tuer Hitler par gaz dans son bunker à la fin de la guerre.

Le contre-interrogatoire de Speer par Jackson est moins pugnace que celui de Göring.

La stratégie et la personnalité – intelligence, sociabilité - de Speer concourent à expliquer la peine infligée : Speer est condamné pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité à une peine de 20 ans d’emprisonnement. Après avoir purgé sa peine, il est libéré en 1966 et se consacre à l’écriture de livres.

Les historiens sont partagés sur Speer : « homme torturé » ayant admis sincèrement sa part de responsabilité ? Ou  « machiavel cynique ayant berné le monde entier » et dont l’implication dans les crimes ressort davantage à la lumière de récents travaux d’historiens ?

Dans la série Nazi Hunters, histoire diffusa les 14, 17, 22 et 28 février, 5 et 11 mars 2016 le numéro consacré à Albert Speer, documentaire de Martin Jo Hughes. "Albert Speer a été l'un des plus proches conseillers d'Hitler et l'un de ses meilleurs amis. Technocrate, architecte visionnaire et ministre de l'armement et de la production de guerre, il était l'un de ceux qui faisaient fonctionner le système meurtrier mis en place par le Führer. Son plus grand crime : l'exploitation inhumaine de millions de travailleurs forcés dans les usines. Après la guerre, les Alliés ont tout fait pour le retrouver. Deux groupes différents le cherchaient : l'un pour le traîner devant la justice, l'autre pour obtenir son aide et qu'il collabore avec les Américains". 

Rudolf Hess
"Dès les débuts politiques d'Hitler, Rudolf Hess était comme son ombre. Il l'a aidé lors de l'écriture de " Mein Kampf " et des lois de Nuremberg, sera adjoint du Fürher et représentant officiel du parti nazi. Alors pourquoi a-t-il décidé un beau matin, à la veille de l'invasion de l'URSS, de s'emparer d'un avion de chasse pour s'envoler seul jusqu'en Ecosse, négocier un accord de paix auprès du Royaume-Uni ? A la suite de cet événement, Hitler le déclarera fou et le condamnera a passé le reste de la guerre en captivité en Colombie. Découvrez cette personnalité complexe lors de son procès... "


« Nuremberg, le procès des Nazis » de Paul Bradshaw et Nigel Paterson
Royaume-Uni (BBC Two et Discovery Channel), 2006
Avec Ben Cross, Nathaniel Parker, Robert Pugh, Adam Godley, Colin Stinton.
1ère partie : 57 minutes ; 2e partie : 59 minutes
Sur Arte les 
- 27 avril à 20 h 40 et 21 h 40 et 28 avril 2011 à 14 h 45 et 15 h 40
- 8 avril 2014 à 23 h 30dans la nuit du 7 au 8 avril, les 22 et 28 avril 2015 
26 mars 2019 à 23 h 45, 4 avril 2019 à 10 h 55
Sur RMC Découverte le  3 juillet 2015

Visuels de haut en bas :
Vue du Tribunal. © BBC-Iana Blajeva
Göring et Gustave M. Gilbert. © BBC-Iana Blajeva
Speer et Gustave M. Gilbert. © BBC-Iana Blajeva
Rudolph Hess. © BBC

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié le 26 avril 2011. Il a été republié les :
- 6 juillet 2013  à l'approche de la diffusion sur France 3, à 23 h 40, de J'étais à Nuremberg, d'André Chandelle ;
- 18 mars 2014. Histoire a diffusé les 18 mars à 17 h 04, 20 mars 2014 à 22 h 35 et 27 mars 2014 Goering, bras de fer à Nuremberg, de Ben Bolt ;
- 8 avril et 27 juin 2014. RTL9 a diffusé le 28 juin 2014 Nurembergtéléfilm en deux parties d'Yves Simoneau (2000) ;
- 2 septembre 2014. Toute l'Histoire a diffusé les 3 et 7 septembre 2014 les numéros de la série Les complices d'Hitler (1996) consacrés à "Göring, le numéro deux" et "Speer, l'architecte" ;
- 19 novembre 2014. Toute l'Histoire a diffusé le 20 novembre 2014 à partir de 20 h 45 une série et un documentaire sur le tribunal de Nuremberg ;
- 7 avril et 3 juillet 2015, 16 février 2016.

Erwin Blumenfeld (1897-1969)


Après avoir participé au mouvement Dada sous le pseudonyme de Jan Bloomfield, le photographe allemand naturalisé américain, Erwin Blumenfeld (1897-1969) acquiert la célébrité par ses photographies de mode - Vogue et Harper's Bazaar – et de publicité, développe une œuvre de portraitiste et multiplie les expérimentations artistiques. Les 25 mars 2019 à 1 h 05, 31 mars 2019 à 3 h 05, 6 avril 2019 à 1 h 25, Histoire diffusa Les Femmes d'Erwin Blumenfelddocumentaire réalisé par Nick Watson et produit par Remy Blumenfeld (Grande-Bretagne, 2013). 


« C’est par la découverte du pouvoir magique de la chimie, des jeux de l’ombre et de la lumière et de l’opposition à double tranchant entre positif et négatif qu’a vraiment commencé ma vie. J’ai débuté avec un bon oeil de photographe. Pour mettre immédiatement à l’épreuve ce petit appareil et m’assurer qu’il était véritablement capable d’enregistrer tout ce qu’on plaçait devant sa lentille, j’avais composé une nature morte des plus compliquées : le Moïse de Michel-Ange, sur les genoux une pomme de terre à moitié épluchée, une brosse à dents fichée dedans, le tout posé sur un exemplaire ouvert de la Bible illustrée par Gustave Doré. Mon frère Heinz, accoutré du pince-nez de maman et du fixe-moustache de papa, appuyait sa tête sur un pot de chambre retourné, brandissant dans son poing serré le corset de maman. Il n’y avait qu’un pas de cette expérimentation aux photos publicitaires que l’industrie américaine m’achèterait quarante ans plus tard deux mille cinq cents dollars par cliché. J’avais aussitôt développé cette toute première oeuvre dans les toilettes familiales à la lueur rougeoyante d’une bougie. [...] Tremblant, j’avais plongé la plaque de verre dans une assiette à soupe remplie de pyrogallol, le révélateur, et l’y agitai doucement. La lunette blanche toute neuve des toilettes s’en trouva à jamais maculée de brun, et la punition fut à la hauteur du forfait. Mais le négatif était parfait. La lumière du soleil me permit de tirer un positif sur du papier enduit de celluloïdine avec un fixateur doré : j’étais photographe" (Erwin Blumenfeld).


A l’instar des expositions dédiées à Lee Friedlander, Richard Avedon, Lee Miller et André Kertész, le Jeu de Paume a présenté en 2013-2014 Erwin Blumenfeld (1897-1969). Photographies, dessins et photomontagesla rétrospective de l’un des plus importants photographes de cette génération, Erwin Blumenfeld (1897-1969), dont « l’œuvre a contribué à la diffusion de la photographie moderne. La vie et l’œuvre d’Erwin Blumenfeld épousent de façon étonnante le contexte sociopolitique de l’évolution artistique de l’entre-deux-guerres, tout en mettant en lumière les conséquences individuelles de l’émigration ».

C’est presque une redécouverte. L’œuvre de Blumenfeld n’avait plus été présentée depuis l’accrochage du Centre Pompidou axé sur la photographie de mode (1981), à la Maison Européenne de la Photographie (1998), et plus récemment, l’exposition « Blumenfeld Studio, Couleur, New York, 1941-1960 » (Musée Nicéphore Niépce à  Châlon-sur-Saône, Essen, Londres).

Photographies en noir et blanc expérimentales, devenues désormais des classiques, mais aussi une série d’autoportraits et d’études de modèles, célèbres ou anonymes… Au Jeu de Paume, plus de 300 œuvres et documents, dont beaucoup inédits, de la fin des années 1910 aux années 1960, révèlent les « multiples facettes de l’œuvre d’Erwin Blumenfeld, les différents arts visuels pratiqués par l’artiste tout au long de sa vie : dessins, photographies, montages et collages ».

Ce « parcours présente les premiers dessins de l’artiste, ses collages et ses photomontages, exécutés pour l’essentiel au début des années 1920, ses premiers portraits artistiques, effectués à l’époque où il vivait aux Pays-Bas, les premières photographies de mode en noir et blanc de ses années parisiennes, les magistrales photographies en couleur créées à New York et les vues urbaines prises à la fin de sa vie ».

La rétrospective donne à voir des dessins, dont beaucoup inédits, ainsi que des collages et photomontages de jeunesse qui éclairent sur l’évolution de son travail photographique, « révélant pour la première fois toute l’ampleur de son génie créatif ».

Les « motifs, aujourd’hui devenus classiques, de ses photographies expérimentales en noir et blanc, y côtoient ses multiples autoportraits et portraits de personnalités connues ou inconnues, ainsi que la photographie de mode et publicitaire ».

« Dans les premières années de son travail photographique, Erwin Blumenfeld travaille en noir et blanc, mais dès que les conditions techniques le permettent, il utilise la couleur avec enthousiasme. Erwin Blumenfeld transpose à la couleur ses expériences avec la photographie en noir et blanc ; les appliquant au domaine de la photographie de mode, il y développe un répertoire de formes particulièrement original ».

Erwin Blumenfeld s’intéresse particulièrement au corps féminin. « Qu’il se consacre d’abord au portrait, puis au nu lorsqu’il vit à Paris ou, plus tard, dans son œuvre de photographe de mode à New York, Erwin Blumenfeld cherche à faire apparaître la nature inconnue et cachée de ses sujets ; l’objet de sa quête n’est pas le réalisme, mais le mystère de la réalité ».

L’exposition s’articule autour de sept thèmes : « Dessins, montages et collages », « Autoportraits », « Portraits », « Nus », « Le dictateur », « Architecture », « Mode ». La plupart des tirages sont des vintages, provenant de l’Estate d’Erwin Blumenfeld, de collections publiques et privées.

Une « grande partie de l’exposition porte sur la période où il fut un photographe recherché dans la mode et la publicité, à Paris puis à New York.

Ces photos, souvent en couleur, montrent l’intérêt constant de Blumenfeld pour les expérimentations photographiques après 1945 et révèlent en quoi son travail antérieur en noir et blanc lui a été utile pour son activité publicitaire. À travers des œuvres tirées des magazines, le visiteur peut également mesurer combien son travail a été façonné par les contraintes éditoriales et, grâce à plusieurs archives sonores, découvrir la radicalité de son langage imagé. Une série d’images en petit format, datant de ses dernières années, prises dans les villes de Berlin, Paris et New York, et peu connues à ce jour, est projetée sous forme de diaporamas ».

Erwin Blumenfeld a été un des artistes de l'exposition Confrontation à la galerie Le Minotaure.

Après le Jeu de Paume, le Multimedia art museum (Moscou) a présenté l’exposition Erwin Blumenfeld (1897-1969). Photographies, dessins et photomontages.

Dans le cadre du Mois de la photo à Paris 2014les Douches La galerie présenta l'exposition collective Autoportraitsavec notamment une photographie d'Erwin Blumenfeld. "En retournant son objectif sur sa personne le photographe bouleverse ses codes, il peut dès lors voir son appareil comme un pistolet et la prise de vue comme un défi. Avec une quarantaine de tirages modernes et contemporains, l'exposition explore la photogénie intense de cet instant de vérité. Berenice Abbott, Val Telberg privilégient une démarche expérimentale du medium photographique. Lucien Hervé, Arnold Newman, Vivian Maier, Sabine Weiss, Erwin Blumenfeld, s’approprient le miroir déjà si présent dans l’autoportrait pictural. À partir de son patronyme familial, Ezra Nahmad compose une autobiographie. Choi, Arno Minkkinen, Wols étudient les possibilités expressives de leurs corps et de leurs visages. Pour Rodolf Hervé, atteint d’une maladie, l’autoportrait est catalyseur de tensions extrêmes. Kourtney Roy, unique héroïne de ses mirages intimes, considère la photographie comme un jeu de rôles. Dan Leung construit un tableau photographique où, isolé au milieu des tours de Hong Kong, il évoque l'identité chinoise et interroge la place de l’homme dans la ville. Brassaï dans une fumerie d’opium en 1931, Louis Faurer à New York en 1947, Raymond Depardon sur son scooter à Paris en 1959 ou encore Jean-Christophe Béchet sur les pas de Robert Franck en 2009, utilisent les ressources de la mise en scène dans des registres divers. Virtuosité, humour, introspection, l'autoportrait est toujours le témoignage d'un état intérieur comme le montrent si bien les images d'Hervé Guibert".

Les Douches La galerie proposal'exposition Portfolios #4 Multiples et éditions, avec notamment des œuvres d'Erwin Blumenfeld (7 décembre 2016-14 janvier 2017).

 Studio Blumenfeld New York, 1941-1960
Les Docks - Cité de la Mode et du Design présente l'exposition Studio Blumenfeld New York, 1941-1960.

Dans le cadre du Mois de la Photo du Grand Paris, la Cité proposa, du 3 mars au 4 juin 2017, de partir à la découverte du cheminement artistique du photographe de mode Erwin Blumenfeld, de sa constante soif d’exploration et de sa recherche d’une identité par la photographie couleur qui, dans les années 40 et 50, va influencer l’Amérique".

"Issues de plus de six cents archives, 170 images - dont une trentaine d’œuvres inédites - sont présentées. L’exposition rassemble les photographies de mode en couleurs réalisées par l‘artiste et propose une immersion dans l’univers du studio, chambre d’expérimentation de ce génie photographique".

« Studio Blumenfeld New-York 1941-1960 » donne à voir le fonctionnement du studio dans les années de guerre et d’après-guerre, en partant de plus de 640 plan-films qu’Erwin Blumenfeld avait conservés comme mémoire de ses séances new-yorkaises. Des archives personnelles qui explicitent aussi bien sa relation avec la presse de mode et de beauté, que sa relation avec la publicité".

"Hors cadre et hors échelle, la mise en scène de l’architecte et scénographe Vasken Yéghiayan rythme un parcours intérieur et extérieur et fait dialoguer, la modernité d’Erwin Blumenfeld avec l’architecture post-industrielle et ultra contemporaine de la Cité".

Documentaires
Les 25 mars 2019 à 1 h 05, 31 mars 2019 à 3 h 05, 6 avril 2019 à 1 h 25, Histoire diffusera Les Femmes d'Erwin Blumenfeld, documentaire réalisé par Nick Watson et produit par Remy Blumenfeld (Grande-Bretagne, 2013). "En survivant à deux guerres mondiales, Erwin Blumenfeld est devenu l'un des photographes de mode les mieux payés, et une source d'influence majeure dans le développement de la photo comme un art à part entière. Dans le tout premier film mettant en lumière sa vie et son travail, la vie passionnante de Blumenfeld se dévoile à travers des photos stupéfiantes, des films de mode, des archives personnelles et des autoportraits. Tous ces documents révèlent un homme obnubilé par sa quête de femmes magnifiques, mais aussi par les possibilités infinies de la photographie en elle-même. Grace à un accès exclusif aux nombreuses archives de Blumenfeld - de ses premiers travaux novateurs à ses couvertures iconiques de Vogue - et aux contributions de photographes de renom tels que Rankin, Nick Night et Solve Sundsbo et de la top model Carmen Dell'Orefice, découvrez l'histoire riche et complexe d'uns des photographes les plus originaux du 20e siècle".


Les Femmes d'Erwin Blumenfeldpar Nick Watson
Grande-Bretagne, Remy Blumenfeld, 2013
Sur Histoire les 5 février 2018 à 07 h 35, 9 février 2018 à 13 h 45, 15 février 2018 à 14 h 05 et 21 février 2018 à 13 h 55, 17 mars 2019 à 6 h 55, 25 mars 2019 à 1 h 05, 31 mars 2019 à 3 h 05, 6 avril 2019 à 1 h 25

Du 3 mars au 4 juin 2017
A Les Docks - Cité de la Mode et du Design
34, quai d'Austerlitz. 75013 Paris
Tél. : 01 76 77 25 30
Tous les jours de 11h à 19h, fermé le mardi

Erwin Blumenfeld, Photographies, dessins et photomontages. Textes d’Ute Eskildsen, Helen Adkins, Janos Frecot, Wolfgang Brückle, Esther Ruelfs, François Cheval et Nadia Blumenfeld Charbit. Jeu de Paume / Hazan, 2013. 264 pages, 200 ill. n. & b. et coul. Broché, 21,5 x 27,5 cm. Catalogue français et anglais. 35 €. ISBN : 978-2754107174

Du 7 décembre 2016 au 14 janvier 2017
Du 7 novembre 2014 au 10 janvier 2015
5, rue Legouvé. 75010 Paris
Tél. : +33 (0)1 78 94 03 00
Du mercredi au samedi de 14 à 19 heures. Lundi et mardi sur rendez-vous
Vernissage le 6 novembre 2014, de 18 h à 21 h

Du 19 février au 11 mai 2014
Au Multimedia art museum
Ostozhenka, 16, Центральный АО, Moscow, Russie, 119034
Tél. : 7 (495) 637-11-00. +7 495 637-11-22
Du mardi au dimanche de 12 h à 21 h


Du 31 janvier au 29 mars 2014
A la galerie Le Minotaure
2, rue des Beaux-Arts. 75006 Paris
Tél. : 01 43 54 62 93
Ouvert du mardi au samedi de 11 h à 13 h et de 14 h à 19 h


Jusqu’au 26 janvier 2014
Au Jeu de Paume
1, place de la Concorde. 75008 Paris
Tél. : 01 47 03 12 50
Mardi de 11 h à 21 h. Du mercredi au dimanche de 11 h à 19 h
Les citations sont extraites du catalogue de l’exposition et du dossier de presse.

Visuels :
Erwin Blumenfeld
Autoportrait en photographe du dimanche
Zandvoort, Hollande, 1928
épreuve gélatino-argentique
tirage d’époque
New York, Collection Yvette Blumenfeld Georges Deeton /
Art+Commerce, Berlin, Gallery Kicken Berlin
© The Estate of Erwin Blumenfeld

Affiche Jeu de Paume
Do your part for the Red Cross  [Soutenez la Croix-Rouge],
Variante de la photographie de couverture de Vogue US, 15 mars 1945
Erwin Blumenfeld
Impression jet d’encre sur papier Canson baryta, tirage posthume (2012).
 Collection Henry Blumenfeld.
© The Estate of Erwin Blumenfeld

Audrey Hepburn
New York, années 1950
Erwin Blumenfeld
Épreuve gélatino-argentique, tirage d’époque.
 Collection particulière, Suisse.
© The Estate of Erwin Blumenfeld

Marguerite von Sivers sur le toit du studio 9, rue Delambre
Paris, 1937
Erwin Blumenfeld
Épreuve gélatino-argentique, tirage d’époque.
 Collection Yvette Blumenfeld Georges Deeton / Art+Commerce, New York, Gallery Kicken Berlin, Berlin
© The Estate of Erwin Blumenfeld

Mode-Montage
vers 1950
Erwin Blumenfeld
Épreuve gélatino-argentique, tirage d’époque.
 Collection Helaine et Yorick Blumenfeld.
 Courtesy of Modernism Inc., San Francisco.
© The Estate of Erwin Blumenfeld

Minotaur / Dictator [Minotaure / Dictateur]
Paris, vers 1937
Erwin Blumenfeld
Épreuve gélatino-argentique, tirage d’époque.
 Collection Yvette Blumenfeld Georges Deeton / Art+Commerce, New York, Gallery Kicken Berlin, Berlin.
© The Estate of Erwin Blumenfeld

Trois profils. Variante de la photographie parue dans l’article "Color and lighting" [Couleur et éclairage], de Photograph Annual 1952
1952
Erwin Blumenfeld
Impression jet d’encre sur papier Canson baryta, tirage posthume (2012).
Collection Henry Blumenfeld.
© The Estate of Erwin Blumenfeld

Couverture du catalogue
Homme agenouillé avec tour
1920
Erwin Blumenfeld
Encre de Chine, encre, aquarelle et collage sur papier.
 Collection Henry Blumenfeld.
© The Estate of Erwin Blumenfeld

Erwin Blumenfeld, Robe verte, 1946. Impression jet d’encre sur papier Canson baryta, tirage posthume (2012). Collection Henry Blumenfeld © The Estate of Erwin Blumenfeld

Erwin Blumenfeld
Self portrait, New York, 1952-53
Tirage gélatino-argentique réalisé par
l’artiste, vintage.
26 x 33 cm

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Cet article a été publié les 26 janvier, 29 mars, 11 mai et 7 novembre 2014, 8 janvier 2015, 9 décembre 2016, 11 janvier et 9 avril 2017, 9 février 2018. Les citations sont extraites de dossiers de presse.

vendredi 22 mars 2019

Joséphine Baker (1906-1975)


Meneuse de revue, « chanteuse, danseuse et actrice, Joséphine Baker (1906-1975) « avait tous les talents. Adulée en Europe, elle se heurte au racisme de l'Amérique ségrégationniste, son pays natal » et résiste au nazisme. Arte diffusera le 24 mars 2019 « Joséphine Baker - Première icône noire » (Josephine Baker, Ikone der Befreiung) par Ilana Navaro. « Serti de superbes archives, le récit du destin hors du commun de la première star noire et de ses combats ».
 
« Enfant pauvre du Missouri, Joséphine fuit, à 13 ans, la famille de Blancs qui la traite en esclave pour suivre une troupe de théâtre ».

« Après une incursion dans le music-hall à New York, elle saisit au vol la proposition d'un producteur qui monte un spectacle à Paris ».

En 1925, Josephine Baker est programmée en première partie dans la "Revue nègre" au Théâtre des Champs-Élysées. Elle est vêtue d'un pagne de fausses bananes et danse sur un air de charleston — rythme inconnu en Europe — lors du tableau "La Danse sauvage". Le public est partagé entre l'enthousiasme et la stupéfaction devant ce qui semble scandaleux. Il adore vite celle qui devient synonyme de jazz, de liberté, de naturel, d'inventivité. Josephine Baker devient la muse des cubistes qui apprécient son style et ses formes. Elle recrute Georges Simenon comme secrétaire.

« Avec son animation et sa plus grande tolérance, la Ville lumière la conquiert ».

« Ses habitants, et bientôt toute l'Europe, s'entichent de cette tornade scénique, dont l'ébouriffante danse et les multiples talents (chant, danse, comédie) collent à la frénésie des Années folles. » Parmi les revues dont elle assure le succès : Un vent de folie (1927).

L’une de ses chansons les plus célèbres ? J'ai deux amours composée par Vincent Scotto sur des paroles de paroles de Géo Koger (1931). Citons aussi sa reprise en 1930 de La Petite Tonkinoise (Henri Christiné/Vincent Scotto) créée en 1906 par Polin.

« À une époque où l'on exhibe les "indigènes" comme des bêtes de foire, Joséphine devient l'objet d'une sincère adulation mais aussi de fantasmes coloniaux peu reluisants. Ses tournées américaines ravivent en outre les traumatismes de l'enfance : elle se fait refouler des hôtels et la critique la prend de haut. Quant à la communauté noire, elle l'accuse de n'avoir rien fait pour les siens. Désemparée, la star comprend qu'elle trouvera sa voie dans l'engagement politique ».

« La guerre de 1940 lui en donne l'opportunité. Avec courage, Joséphine Baker entre dans la Résistance en qualité d'espionne ».

En 1947, Joséphine Baker épouse Jo Bouillon, compositeur, chef d'orchestre et violoniste français (1908-1984). C’est son quatrième mariage.

Le couple acquiert le château des Milandes, dans le Périgord Noir (Dordogne) qu'elle loue depuis 1937. Joséphine Baker y résidera jusqu'en 1969. Elle y élève onze enfants de toutes origines et religions - juif, chrétien, musulman, etc. -, adoptés et surnommés sa « tribu arc-en-ciel ». Elle consacre à ce domaine des sommes importantes provenant de récitals dans le monde.

Le couple se sépare en 1957 et divorce en 1961.

En 1951, lors d'une tournée en Floride, Joséphine Baker « exige l'ouverture des salles de concert au public noir, et dénonce le racisme ambiant au point de s'attirer les représailles du FBI. »

La « marche pour les droits civiques, à Washington, demeure « le plus beau jour de [sa] vie ». En ce 28 août 1963, vêtue de l'uniforme de la France libre, Joséphine Baker est la seule femme à s'exprimer, aux côtés de Martin Luther King, devant une foule mêlant Blancs et Noirs. Ce discours est l'aboutissement d'une vie de succès mais aussi de brimades et de luttes ».

En 1960, Joséphine Baker est initiée dans la loge maçonnique « La Nouvelle Jérusalem » de la Grande Loge féminine de France.

En 1964, endettée notamment envers le fisc, Joséphine Baker sollicite l’aide du public. Parmi ceux qui l’aident : la star Brigitte Bardot.

Le château est cependant vendu pour un dixième de sa valeur en 1968. Joséphine Baker le quitte le 15 mars 1969.

Grâce à Jean-Claude Brialy, elle se produit dans son cabaret La Goulue, à Paris, et effectue des tournées.

La princesse Grace de Monaco, qui avait été témoin du racisme ayant visé Joséphine Baker aux Etats-Unis, lui permet de se loger à Roquebrune et la programme à Monaco pour des soirées de gala sur le Rocher.

En 1968, après les manifestations estudiantines ayant fait vaciller le pouvoir du Président Charles de Gaulle, elle se tient au premier rang du défilé en soutien au Président sur l'avenue des Champs-Élysées, à Paris.

Le 24 mars 1975, pour ses cinquante ans de carrière, elle débute la rétrospective Joséphine à Bobino. Dans la salle : le Prince Rainier III et la Princesse Grace de Monaco, Alain de Boissieu, gendre de Charles de Gaulle, Sophia Loren, Mick Jagger, Mireille Darc, Alain Delon, Jeanne Moreau, Tino Rossi, Pierre Balmain... Un succès critique et public.

Le 10 avril, Joséphine Baker, victime d'une attaque cérébrale, est transportée dans un coma à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Elle y décède deux jours plus tard, âgée de 68 ans.

« Nourri d'extraits parfois poignants de ses mémoires, d'entretiens et d'un riche fonds d'archives, où la star apparaît débordante d'énergie et toujours souriante – elle aimait donner le change – mais plus sereine à mesure qu'elle trouve sa voie, ce film brosse l'émouvant portrait de la première icône noire ».


France, 2017, 53 min
Sur Arte le 24 mars 2019 à 17 h 35
Visuels :
Josephine Baker dans une de ses fameuses tenues de scène.
Credit : © Walery / Photo Collection Bry

Josephine posant en robe de soirée pour le phographe Murray Korman, vers 1934.
Credit : © Murray Korman/Photo

Josephine Baker posant au cours d'une séance photo.
Credit : © Photo Collection Narodowe Arch

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