Citations

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« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
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mercredi 24 avril 2019

« Le génocide des Arméniens de l’Empire ottoman. Stigmatiser, détruire, exclure »


L’exposition itinérante « Le génocide des Arméniens de l’Empire ottoman. Stigmatiser, détruire, exclure » est associée à un mini-site. Le génocide commis, d’avril 1915 à décembre 1916, à l’égard d’environ 1 200 000 Arméniens. Une exposition intéressante, mais décevante en raison de faits majeurs omis ou minorés, tels les génocides commis à l'égard des Assyriens et des Grecs pontiques par le Comité Union et Progrès (CUP) dans son but d'édifier un Etat-nation turc et les massacres de Juifs vivant en Eretz Israël, alors dans l'Empire Ottoman.  Article republié en cette Journée nationale de commémoration du génocide arménien.

Arménie 1915. Centenaire du génocide
« Le génocide des Arméniens de l’Empire ottoman. Stigmatiser, détruire, exclure »

À l’occasion du centième anniversaire du génocide des Arméniens, le Mémorial de la Shoah a dédié l’exposition « Le génocide des Arméniens de l’Empire ottoman. Stigmatiser, détruire, exclure » et des manifestationscolloque, projections de documentaires – « à ce meurtre de masse qui préfigure ceux qui se sont produits au cours de ce siècle ». Pourtant ce génocide revêt des spécificités le différenciant par exemple de la Shoah : les Turcs génocidaires ont épargné certains enfants arméniens qui ont été adoptés et islamisés par des familles turques musulmanes.


Cette exposition itinérante a été présentée au Mémorial de la Shoah, le Centre de la mémoire arménienne et la LICRA de Reims, puis à la Maison du Gardien du Parc Jouvet à Valence (3 novembre 2016-16 décembre 2016).



En 1914, la population arménienne de l'Empire ottoman est évaluée entre 1,5 million et 2,5 millions d'âmes. « D’avril 1915 à décembre 1916, environ 1 200 000 Arméniens, citoyens de l’Empire ottoman, sont assassinés sur ordre du Comité Union et Progrès ». L’exposition désigne les Arméniens comme « citoyens » ou « sujets ». Le visiteur peine à distinguer la réalité de la condition des Arméniens qui, comme les Juifs ou les Assyriens, étaient réduits au statut de dhimmis. La « charîa détermine, en fonction des modalités de la conquête, les droits et les devoirs des peuples conquis qui gardent leur religion à condition de payer une capitation mentionnée dans le Coran et donc obligatoire. Le Coran précise que cet impôt dénommé la jizya doit être perçu avec humiliation (Coran, 9, 29). Les éléments caractéristiques de ces infidèles conquis (dhimmis) sont leur infériorité dans tous les domaines par rapport aux musulmans, un statut d’humiliation et d’insécurité obligatoires et leur exploitation économique » (Bat Ye’or). Curieusement, l’exposition ne lie pas la dhimmitude à l’islam, principalement à la charîa et au djihad. Ce qui ne permet pas de comprendre pourquoi « le peuple de l’islam » le rescrit impérial Hatt-i Humayoun (3 février 1856), qui « réaffirme l’égalité de droits », suscite « des « réactions » de la communauté musulmane qui était auparavant la communauté religieuse dominante [et qui] est à présent privée de son droit sacré. Pour le peuple de l’islam, c’est un jour de larmes et de deuil » (Ahmed Djevded Pacha (1822-1895) historien et juriste ottoman).

Ce « génocide fut perpétré pour des raisons à la fois idéologiques et politiques. La Guerre aidant, le projet de turcisation de l’espace anatolien, d’homogénéisation ethnique de l’Asie Mineure, caressé par les chefs du Comité Union et Progrès (CUP), se transforme en entreprise d’extermination des Arméniens. Quels événements ont conduit à la destruction de cette population ? L’exposition propose d’en comprendre les causes et la genèse, fait le récit de son déroulement d’un point de vue tant historique que géographique, et enfin, aborde l’après-génocide ».


Ce génocide a été décrit avec précision et analysé avec pertinence dans Ambassador Morgenthau's Story (1918) de Henry Morgenthau, ambassadeur des Etats-Unis à Constantinople (1913-1916), qui a aussi évoqué celui des Grecs et des Assyriens.

« Accompagnant depuis quelques années la société civile turque quant au processus mémoriel du génocide arménien, le Mémorial de la Shoah met également en exergue à travers cette exposition le déni dont il continue à faire l’objet ».


Quid du génocide commis, au même moment, selon le même modus operandi – déportations, massacres, viols, rapts -, à l’égard des Assyriens vivant dans l’empire Ottoman ? Dénommé Sayfo ou Seyfo (épée), le génocide assyrien ou araméen / chaldéen / syriaque a un lourd bilan : 500 000 à 750 000 Assyriens tués, soit environ 70 % de la population assyrienne en ce début de XXe siècle. La chute du royaume assyrien date de 605 avant l'ère commune. A la fin du XIXe siècle, les Assyriens de l'Empire ottoman sont composés de Nestoriens, Chaldéens, Jacobites et Orthodoxes.


En 1895, Arméniens et Assyriens ont été les cibles de massacres hamidiens - plusieurs centaines de milliers de morts assassinés - organisés par le sultan Abdülhamid II, surnommé "Grand saigneur" ou "Sultan rouge", à fin d'extermination. Ce qui a suscité l'indignation notamment du président américain Cleveland. En Iran, les Assyriens ont été alors victimes de massacres similaires.

Quid du génocide commis à l’égard des Grecs pontiques -  350 000 Grecs originaires du Pont et d’Asie mineure tués - de 1916 à 1923 dans l’Empire ottoman ? Combien de Grecs d'autres régions de cet Empire ont subi les mêmes massacres ?

Quid des exactions - massacres, spoliations, viols - à l'égard des 100 000 Grecs de Phocée, dénommée en turc Eski Foça, et de ses environs, contraints par des Turcs ottomans à l'exil, en juin 1914, avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale ? Des crimes dont Félix Sartiaux (1876-1944), polytechnicien, ingénieur et archéologue français alors en Asie mineure, a livré un témoignage poignant :


« J’observe nos agresseurs. […] Ce ne sont ni des émigrés de Macédoine, ni des bandits de profession : c’est la population, d’ordinaire si calme, si paisible et si honnête, dont la tranquillité et la douceur sont proverbiales […]. Ils n’agissent pas de leur propre mouvement ; eux-mêmes nous le disent : « Nous avons reçu des ordres, nous les exécutons, ce n’est d’ailleurs que justice ». Ils pillent, incendient, tuent froidement, sans haine, en quelque sorte avec méthode. À leur tête sont deux individus bien connus dans le pays comme membres actifs du Comité local Union et Progrès. Ils remplissent un programme, qui leur a été tracé au nom des intérêts supérieurs de l’empire et de la religion. Le pillage, les vengeances individuelles, le viol sont leur salaire ».
« Le facteur essentiel de ce mouvement doit être cherché dans l’esprit profondément nationaliste qui anime le gouvernement turc depuis la Révolution de 1908. Dès le début, son programme a été de gouverner en Turc, pour les Turcs seulement au détriment des autres populations ottomanes. M. Victor Bérard a exposé, dans les derniers chapitres de La mort de Stamboul, l’une des formes qu’a prises cette politique panislamique : la concentration, par voie d’immigration, de l’élément musulman dans les régions où il ne possédait pas la prépondérance. Les amputations de la guerre balkanique n’ont fait qu’exaspérer cet esprit et fortifier cette partie du programme […] le problème de la concentration et de l’hégémonie de la race turque sur les côtes d’Asie Mineure n’a paru pouvoir être résolu que par l’extirpation des Grecs ».
« C’est le 12 juin que les amis de l’Allemagne sont venus montrer aux Phocéens, comment elle a entendu accomplir en Turquie son œuvre de civilisation et leur faire apparaître la Culture allemande sous ses véritables traits. Le but poursuivi par l’Allemagne était de vider l’Empire ottoman de tous les éléments qui pouvaient arrêter son expansion ou contrecarrer ses projets. Elle a trouvé un auxiliaire dans le panislamisme des Jeunes-Turcs . Les moyens mis en œuvre sont ceux que nous connaissons : la terrorisation, la déportation en masse, le brigandage et l’assassinat »
En mars 2015, le parlement arménien a condamné, donc reconnu, ces deux génocides.


Quid du génocide des Yézidis de 1915 à 1918 ? En 1914, plus de 750 000 Yézidis vivaient dans l'Empire ottoman. "Dans le Yezdistan, territoire au nord de l'Iraq, des Turcs ont massacré les Yézidis. Sinjar, Sinoun, Gobal, Dgour, Gali Ali Bage, Dhok, Zorava, Karse and Bare, Siba, Tlizer, Tlzafe, Khrbade Kavala, Grzark, Rmbousi, Sharok, Tlkazar, Tlbanta, Kocho, Khotmi, Mosoul, Rndavan, Amadia... Plus de 200 000 Yézidis y ont été assassinés".

Les Yézidis ont aussi été tués par des soldats turcs dans l'Ouest de l'Arménie : région de Van - 100 000 victimes innocentes -, région de Moush - plus de 60 000 victimes -, région d'Erzroum - 7 500 victimes -, région de Kars - 5 000 victimes -, Sourmalu - 10 000 victimes Yézidis… Cette liste n'est pas exhaustive.


Outre les massacres et les déportations, le gouvernement turc a contraint des Yézidis, dont la religion est liée au Soleil, à se convertir à l'islam. L'historien turc Katib Tchelebi estime qu'entre 1915 et 1918 environ 300 000 Yézidis ont été massacrés dans l'empire ottoman. D'autres sources évaluent à 500 000 le nombre de victimes Yézidies de ce génocide commis par des Turcs et Kurdes.


Environ 250 000 Yézidis ont été déportés et ont trouvé un refuge en :

- Iraq, près de Sinjar Mountain : 100 000 ;
- Turquie, dans les régions de Batman et Diarbeqir : 12 000 ;
- Syrie, dans la localité de El-Kamishli : 15 000 ;
- Arménie : 12 500 ;
- Géorgie : 3000.

Des génocides à l'écho douloureux dans une actualité marquée par les crimes commis par les islamistes, notamment l'Etat islamique (ISIS) dans ce Moyen-Orient.



Quid de l'action des dirigeants Ottomans et allemands à l'égard des Juifs vivant en Eretz Israël, ligne de front en 1917 ? Quid de l'action d'Ahmed Djemal Pacha - Ahmet Cemal Paşa en turc -, (1872-1922), maire d'Istanbul, chef militaire ottoman et  membre du triumvirat militaire ayant dirigé l'Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale. Avec Talaat Pacha et Enver Pacha, il est l'un des « Trois pachas ». Pour les historiens, Djemal est un des organisateurs du génocide des Arméniens, Assyriens et Grecs Pontiques. Ce qui lui valu le surnom de « Djemal Pacha le Boucher » - en arabe « Al Saffâh » - dans le monde arabe. Quid de l'expulsion en avril 1917 de 9 000 Juifs de Jaffa et de Juifs de la jeune cité sioniste Tel-Aviv. Les Juifs de ces villes ont organisé un Comité de migration dirigé par Meir Dizengoff et Rabbi Menachem Itzhak Kelioner ? Ces Juifs trouvèrent refuge à Jérusalem, Petah Tikva, Kfar Saba, et en Basse Galilée : Zichron Yaacov, Tiberias et Safed. Un grand nombre est mort de faim, de maladies contagieuses lors de l'hiver 1917-1918. Les biens, dont les maisons, de ces Juifs de Jaffa et Tel Aviv ont été confisqués par les autorités ottomanes. Quid du réseau Nili co-fondé en 1916 par Sarah Aaronsohn de Zichron Ya’acov, et son frère Aaron, célèbre agronome. Lors de son voyage par train de Turquie en Eretz Israël en novembre 1915, Sarah Aaronsohn avait vu le génocide des Arméniens. Le réseau Nili a fourni des informations aux Alliés. Dans ses Mémoires, Aaron Aaronsohn a écrit : “L'ordre des Turcs de confisquer nos armes était un mauvais signe. Des mesures similaires avaient été prises avant le massacre des Arméniens, et nous craignions que notre peuple ne subisse le même genre de destin”. Quid de l'action du Col. Kress von Kressenstein, chef de la mission militaire allemande, de Schabiner, vice-consul  allemand à Haifa, du général Erich Georg Anton Sebastian von Falkenhayn (1861-1922) et du général Friedrich Kress von Kressenstein (1870-1948) ainsi que d'Eugenio Pacelli (1876-1958) ? Si les Juifs ont pu échapper au sort des Arméniens, ils le doivent notamment à l'action d'organisations juives en Suisse qui ont alerté le pape Benoit XV. Celui-ci s'en est ouvert auprès d'Eugenio Pacelli, sous-secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, futur nonce apostolique à Munich et futur pape Pie XII. Pacelli a organisé une rencontre entre le Pape Benoit XV et Nahum Sokolow, dirigeant sioniste. C'est le Vatican qui a intercédé auprès de l'Allemagne pour éviter les massacres des Juifs en Eretz Israël. Le 27 novembre 1917, le ministère allemand des Affaires étrangères a envoyé un télégramme diplomatique sur les Juifs d'Eretz Israël à son allié turc. Quant aux généraux allemands von Kressenstein et von Falkenhayn, ils se sont opposés aux mesures ottomanes les plus dures malgré leur antisémitisme, et par crainte des conséquences.

Ainsi, l'Etat d'Israël devrait reconnaître non seulement le génocide des Arméniens, mais que ce génocide commis par les Ottomans visait les groupes ethnico-religieux tels que les chrétiens - orthodoxes, assyriens, etc. -, et le Yichouv constitué des Juifs vivant en Eretz Israël. Et évoquer cette entreprise génocidaire dans ses manuels scolaires.


Pendant la Première Guerre mondiale, Mohamed Amin al-Husseini, futur grand mufti de Jérusalem, a servi comme officier d’artillerie dans l’armée de l’Empire ottoman, allié de l’Empire allemand. Il a été assigné à la 47e Brigade stationnée dans et autour de Izmir, ou Smyrne, port situé sur la mer Egée. En novembre 1916, il a obtenu une permission de trois mois et est retourné à Jérusalem. Que savait Mohamed Amin al-Husseini  du génocide des Arméniens ? Quel a été son éventuel rôle ?


Ces imprécisions, minorations et omissions historiques dans l’exposition s’avèrent d’autant plus surprenantes que le Mémorial de la Shoah est « investi depuis une dizaine d’années dans la sensibilisation du public aux génocides du XXe siècle ». Et d’autant plus graves qu’elles entravent la compréhension de l’Histoire, de cette « épuration ethnico-religieuse » et du projet génocidaire global du Comité Union et Progrès visant l’édification d’un Etat-nation turc, ainsi que du sort des majorités ethnico-religieuses devenues, au fil des massacres dont elles ont été victimes, minoritaires sous domination islamique. Des minorités dont le rôle économique et social s'avère déterminant dans le fonctionnement des empires islamiques. Il serait souhaitable que les historiens dressent des parallèles comparatifs entre les génocides, et entre les "épurations ethnico-religieuses" liées à l'avènement/indépendance des Etats-nations islamiques.


On comprend d’autant moins ces fautes historiques que le Commissariat scientifique de l’exposition est assuré par Claire Mouradian, directrice de recherche, CNRS, Raymond Kévorkian, directeur émérite de recherche, Institut français de géopolitique, université Paris 8, et Yves Ternon, docteur en histoire à l’université Paris 4.


Dédié à l’exposition, un mini-site  réunit des images et des repères historiques en ligne.


Les couvertures du catalogue et du communiqué ne reflètent pas la violence barbare de ce génocide.


Stigmatiser

Selon une légende, les Arméniens ont pour ancêtre Haïk, arrière-arrière-petit-fils de Noé par Japhet. Ils constitueraient « une des tribus thraco-phrygiennes qui, arrivées des Balkans en Asie Mineure vers 1200 avant J.-C., ont conquis l’antique royaume d’Ourartou et imposé leur langue indo-européenne. Leur présence est attestée dès le VIesiècle avant J.-C. par les sources perses et grecques ».

« Échangerais histoire grandiose contre meilleur emplacement géographique » : localisé à un carrefour stratégique entre l’Europe et l’Asie, sur les voies de commerce et d’invasions, ce bastion montagneux a vu se succéder « des phases d’indépendance et de soumission, d’unification et de morcellement, d’âges d’or et de pages sombres ».



« L’adoption précoce du christianisme (IVe siècle), une Église nationale et la création d’un alphabet (Ve siècle) ont forgé une identité forte, qui a survécu même en l’absence d’État. Le dernier, le royaume de Cilicie, disparaît en 1375 ». L’Arménie a été dépecée par les empires ottoman et persan.

À l’aube du XIXe siècle, « environ 3 000 000 d’Arméniens de l’Empire ottoman restent encore fortement implantés dans leur territoire ancestral. En tant que non-musulmans, ils sont soumis au statut discriminatoire de dhimmi, « protégés » comme gens du Livre, mais sujets de seconde zone. S’ils bénéficient d’une relative liberté religieuse et culturelle, ils ne peuvent ni porter des armes ni monter à cheval, ils sont soumis à des impôts spécifiques et, entre autres, à des codes vestimentaires distinctifs appliqués de façon plus ou moins stricte selon les époques et les lieux ».


« Face à l’expansion de la puissance rivale russe dans les Balkans et au Caucase et à la pression internationale, l’Empire ottoman tente d’enrayer son déclin par des réformes institutionnelles, fiscales et militaires. Les premières chartes visant à établir l’égalité des droits de tous les sujets, tel le Hatt-i Humayoun, rescrit impérial » mettant un terme « à la guerre qui oppose l’Empire russe à une coalition formée par la France, l’Angleterre et le royaume de Sardaigne et venue au secours de l’Empire ottoman, dont la souveraineté et l’intégrité vont bénéficier désormais d’une garantie internationale -, sont adoptées à la veille du traité de Paris (30 mars 1856) ».


Les « nouveaux règlements des millet, « nations » ethno-confessionnelles, chrétien et juif garantissent leur autonomie culturelle et religieuse ».



Mais « le coût des réformes paupérise la population rurale, tandis que s’accroissent la pression sur la terre et l’insécurité dans les provinces orientales, du fait des tribus kurdes et de l’arrivée massive de réfugiés musulmans chassés par la conquête russe. Le Congrès de Berlin (13 juin-13 juillet 1878),  en posant la nécessité de réformes pour l’amélioration du sort des Arméniens de l’Empire ottoman, que la Russie vient de battre dans les Balkans et au Caucase, internationalise la Question arménienne qui entre sur la scène internationale comme élément de la Question d’Orient. De 1774 à 1923 se déroule le déclin de l’Empire ottoman qui s’achève par son éclatement, en raison de son mode de gouvernance et de son incapacité à se réformer, et du fait de l’intervention – militaire, économique, culturelle, humanitaire – des puissances européennes en rivalité pour le partage des dépouilles ».

« Hanté par le danger révolutionnaire et la montée des séparatismes des Balkans aux provinces arabes, Abdülhamid II, Sultan de l'Empire ottoman et calife des musulmans, de la déposition de son frère Mourad V le 31 août 1876 à sa propre destitution par les Jeunes-Turcs le 27 avril 1909, suspecte une éventuelle tentation indépendantiste des Arméniens qui aurait l’appui de l’ennemi russe et des puissances européennes. Il suspend la constitution de 1876 à peine promulguée, opte pour un régime policier et une politique panislamiste ».



Institués « sur le modèle des Cosaques, les régiments de cavalerie tribaux hamidiye font régner la terreur. Déçus par les promesses de réformes non appliquées, les Arméniens commencent à s’organiser autour de partis politiques qui prônent l’émancipation sociale et nationale ainsi que l’autodéfense ».

Le sultan « réplique par des massacres de masse : plus de 200 000 morts, des milliers d’orphelins, des conversions forcées, l’exode vers le Caucase russe, la Perse ou les États-Unis. L’opinion publique européenne s’indigne et un large mouvement arménophile mobilise des personnalités issues de tous les courants politiques. Le sultan promet à nouveau des réformes, tout en jetant l’opprobre sur les victimes, relayé par une presse achetée et quelques intellectuels « amis ».


« D’autres Ottomans s’insurgent aussi contre la politique du sultan. Des membres du mouvement jeune-turc, apparu en 1889, se rapprochent des partis arméniens dans l'exil. Tandis que l’Empire continue de se déliter, le rétablissement de la Constitution en juillet 1908 par des officiers de l’armée de Macédoine suscite l’enthousiasme. La population fraternise. L’égalité des droits est réaffirmée. Les non-musulmans entrent au Parlement ».

Mais « dès avril 1909, les massacres d’Adana, attribués aux combats d’arrière-garde des partisans d’Abdülhamid II, créent le doute. L’aile nationaliste la plus radicale des Jeunes-Turcs impose bientôt sa dictature par la terreur. La perte des territoires balkaniques et le flot de nouveaux réfugiés musulmans sanctuarisent l’Anatolie comme ultime espace impérial à préserver. Le Comité Union et Progrès (CUP), créé en 1907, opte pour la turquification de l’espace, des hommes et de l’économie, et pour le panturquisme, alliance des peuples turcophones des Balkans à l’Asie centrale ».


« Au printemps 1914 déjà, les persécutions des Grecs des îles de l'Égée orientale et des zones côtières, et leur déportation vers le centre de l'Anatolie sous le couvert de la sécurité, sont de mauvais augure ».


Détruire

La « Première Guerre mondiale a inauguré de nouvelles pratiques de violence visant les populations civiles, des massacres de masse légitimés au nom d’idéaux supérieurs. La guerre s’est affirmée comme un cadre propice. Le cas emblématique des Arméniens, visant les propres sujets d’un État décrétés « ennemis intérieurs » par l'État dont ils sont les citoyens, a inauguré ».

« Parti unique, contrôlant tous les rouages administratifs et militaires, le Comité Union et Progrès (CUP) entrera en guerre en novembre 1914 aux côtés de l’Allemagne avec la claire conscience qu’il se créait ainsi l’opportunité de réaliser son projet de construction d’un État-nation turc, en éradiquant tous les groupes susceptibles de l'entraver ».

« Dès le 3 août 1914, un décret de mobilisation générale, incluant les Arméniens, avait été promulgué. Le Comité central du CUP décide aussi de la formation d’une organisation spéciale (OS), la Teşkilât-ı Mahsusa, un groupe paramilitaire chargé de la lutte contre les « tumeurs internes ». L’entrée en guerre permet également de légitimer les réquisitions militaires, s’apparentant à un pillage, visant entrepreneurs arméniens et grecs ».


La « terminologie des Unionistes, qualifiant les Arméniens de « tumeurs internes », porte l’empreinte de leur idéologie de darwinisme social, doctrine politique inspirée de la théorie de Darwin sur l’évolution des espèces par la sélection naturelle et appliquée à l’homme et aux relations sociales ».

La « guerre aidant, le projet de turcisation de l’espace anatolien se transforme en entreprise d’extermination des Arméniens, étendue à d’autres communautés de chrétiens d’Orient, dont les syriaques. Le CUP parvient à mobiliser autour de lui les notables de province, les chefs tribaux et les cadres de l’administration et de l’armée, presque tous membres du parti ».


Le « désastre militaire de Sarıkamış sur le front du Caucase face aux Russes, les 2 et 3 janvier 1915, a certainement décidé le Comité central jeune-turc à compenser ces revers cinglants par une politique intérieure encore plus radicale à l’égard des Arméniens, avec l’appui de l’OS ».


« L’offensive ottomane sur le front caucasien s’accompagne déjà de massacres localisés, le long de la frontière avec la Russie et la Perse. La population arménienne d’une vingtaine de villages est massacrée, y compris en Azerbaïdjan persan, où des chefs tribaux kurdes se joignent aux contingents de l’armée ottomane ».


Enver Pacha (1881-1922) « est un des chefs du mouvement jeune-turc et de la révolution constitutionnelle de 1908. Acteur de la radicalisation ultra-nationaliste et dictatoriale du régime, il est ministre de la Guerre de l’Empire ottoman pendant le premier conflit mondial, qu’il choisira de mener aux côtés de l’Allemagne. Sur ordre du ministre de la Guerre Enver Pacha, le 28 février 1915, les dizaines de milliers de conscrits arméniens servant dans la IIIe Armée sont désarmés et versés dans des bataillons de travail ou exécutés. À partir de mai, c’est au tour des hommes de 16 à 60 ans ».


« D’abord télégraphiste à Salonique, Talaat Pacha adhère au mouvement jeune-turc et devient, après la révolution de 1908, ministre des Postes, puis ministre de l’Intérieur et Grand Vizir. Il est l’un des architectes principaux du génocide des Arméniens. Le 24 avril, sur ordre du ministre de l’Intérieur, Talaat Pacha (1874-1921), les élites arméniennes de Constantinople sont arrêtées et éliminées quelques semaines plus tard ».



« L’élimination des Arméniens des six vilayet, subdivision administrative équivalente à une province, orientaux, leur territoire historique, apparaît comme une priorité. Les convois de déportés – femmes, enfants, vieillards – sont méthodiquement supprimés en cours de route. Peu d’entre eux arrivent jusqu’aux « lieux de relégation ». En revanche, un plus grand nombre de ceux d’Anatolie occidentale ou de Thrace, expédiés vers la Syrie de juillet à septembre 1915, souvent par train, parviennent au moins jusqu’en Cilicie ».


« L’ultime étape du processus de destruction a pour cadre les vingt-cinq camps de concentration de Syrie et de Haute-Mésopotamie mis en place à partir d’octobre 1915, et qui accueillent environ 800 000 déportés. D’avril à décembre 1916, quelque 500 000 Arméniens qui y survivent encore sont systématiquement massacrés, en particulier sur les sites de Ras ul-Ayn etDeir es-Zor ».

Au « lendemain de l’armistice de Moudros (30 octobre 1918), on recense quelque 300 000 rescapés, principalement des femmes et des enfants, qui pourront retourner dans leurs foyers ou seront recueillis dans des refuges et des orphelinats gérés par des organisations caritatives arméniennes ou étrangères, dont le Near East Relief américain ».


Le bilan :

« Environ 2 millions d’Arméniens dans l’Empire ottoman en 1914.
Victimes
Environ 1,3 million de morts :
120 000 soldats arméniens mobilisés dans la IIIeArmée (couvrant les six vilayet orientaux), tués par petits groupes, entre janvier et février 1915, ou versés dans des bataillons de travail.
Plusieurs centaines de représentants de l’élite arménienne arrêtés le 24 avril 1915, à Constantinople comme dans les villes de province, internés puis assassinés.
Des dizaines de milliers d’hommes, âgés de 40 à 60 ans, massacrés entre avril et août 1915, principalement dans les six vilayet arméniens.
1 040 782 Arméniens, essentiellement des femmes, des enfants et des vieillards, déportés entre avril et le début de l’automne 1915 en 306 convois.
Près de 400 000 morts dans les camps de concentration d’octobre 1915 à juin 1916.
Près de 300 000 autres internés des camps massacrés entre juillet et novembre 1916.
Rescapés
Environ 700 000 Arméniens ottomans :
Plusieurs dizaines de milliers, en dehors des provinces orientales, à ne pas avoir été déportés (80 000 à Constantinople, 10 000 à Smyrne).
Plusieurs dizaines de milliers à avoir fui vers le Caucase russe.
Des milliers d’artisans et leurs familles convertis et maintenus sur place.
Environ 100 000 rescapés des camps ou des lieux de relégation retrouvés en Syrie, en Mésopotamie, en Palestine, en Jordanie, au Sinaï ».

Exclure

Edité à Constantinople en 1916 « alors que s’achève l’extermination des Arméniens de l’Empire ottoman », Vérité sur le mouvement révolutionnaire et les mesures gouvernementales « pose la première pierre de l’édifice négationniste ».

Avec « la création de la République de Turquie en 1923, les preuves du programme d’extermination administrées lors des Procès par des tribunaux turcs, au lendemain de la guerre, des principaux responsables du génocide des Arméniens, et condamnés à mort par contumace (1919-1920).procès de Constantinople sont effacées, et les rescapés revenus dans leurs foyers à nouveau chassés ».


Le « premier recensement de la Turquie républicaine en 1927 ne comptabilise plus que 65 000 Arméniens. Dans l’histoire officielle de la Turquie, rédigée dans les années 1930, l’Arménie n’est pas mentionnée, comme si les Arméniens n’avaient existé que comme rebelles et traîtres à la patrie. Les assassins de la mémoire prennent le relais des tueurs ».


En 1948, l'apparition du vocable « génocide » - forgé par Raphaël Lemkin en 1943 - « comme infraction du droit pénal international », inspire les revendications des Arméniens, en diaspora et en Union soviétique dont l'Arménie est une des "républiques socialistes soviétiques".


Dès 1965, des associations arméniennes réclament la « reconnaissance du génocide perpétré en 1915-1916. La Turquie met alors en place un négationnisme d’État centré sur la récusation de l’intention criminelle, la réduction du nombre des victimes, voire, dans une forme extrême, le retournement de l’accusation : ce sont les Arméniens qui ont perpétré un génocide des Turcs ! »


« À toute reconnaissance du génocide par un État, un parlement, une ville, le gouvernement turc réplique par des mesures diplomatiques, économiques (et juridiques à l’encontre de ses citoyens) ».


« Tandis que la recherche scientifique conduite par historiens et juristes confirme la réalité d’un génocide, l’obstination à nier cette évidence des gouvernements turcs successifs est de plus en plus dénoncée par une société civile turque consciente que le rétablissement de la vérité historique est un gage de démocratie ».



L’exposition offre les regards contemporains de deux photographes : Pascaline Marre avec sa série de photographies réalisées de 2005 à 2012 Fantômes d’Anatolie, regard sur le génocide Arménien, et Bardig Kouyoumdjian avec ses clichés (1998-2002) réunis dans Deir-es-Zor, sur les traces du génocide arménien de 1915 (avec Christine Simeone).

Reconnaissance par l'Allemagne

Le 24 avril 2016, diverses cérémonies ont marqué, principalement en Arménie, en France, aux Etats-Unis et en Israël, le 101e anniversaire du génocide des Arméniens.

Le 2 juin 2016, la quasi-totalité des députés allemands ont adopté à main-levée une résolution sur la « commémoration du génocide des Arméniens et autres minorités chrétiennes dans les années 1915 et 1916 ». Et ce, en l'absence de la chancelière Angela Merkel, du vice-chancelier, président du Parti social-démocrate (SPD), Sigmar Gabriel et du ministre des affaires étrangères allemand Frank-Walter Steinmeier.


"Rédigée par Cem Özdemir, coprésident du groupe écologiste au Bundestag – et lui-même d’origine turque –, cette résolution était non seulement portée par les Verts mais aussi par l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et le SPD. Lors de la réunion de son groupe parlementaire, mardi 31 mai, Angela Merkel a d’ailleurs approuvé le texte. On peut notamment y lire" que le Bundestag « déplore les actes commis par le gouvernement Jeunes-Turcs de l’époque, qui ont conduit à l’extermination quasi totale des Arméniens ». Le texte déplore également « le rôle déplorable du Reich allemand qui, en tant que principal allié militaire de l’Empire ottoman (…) n’a rien entrepris pour arrêter ce crime contre l’humanité ». « L’Empire allemand porte une part de responsabilité dans ces événements. »


Pendant le débat au Bundestag, "plusieurs intervenants ont tenu à rappeler que « le gouvernement turc actuel n’est pas responsable du génocide ». Dans une tribune publiée dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung de jeudi, Volker Kauder, le président du groupe CDU-CSU au Bundestag, explique qu’« aucun reproche » n’est fait au peuple turc, mais que le Bundestag ne fait que « décrire un crime contre l’humanité », reconnu comme tel par les historiens. Il exprime « l’espoir que la Turquie et l’Arménie se réconcilient ». Ce qu’a aussi souhaité Cem Özdemir dans son discours au Bundestag".


« La reconnaissance par l’Allemagne de certaines allégations infondées et déformées constitue une erreur historique », a réagi le porte-parole du gouvernement turc, Numan Kurtulmus, sur son compte Twitter, ajoutant que « pour la Turquie, cette résolution est nulle et non avenue ». La Turquie a rappelé son ambassadeur à Berlin. "Ce vote risque en effet de compliquer encore les relations déjà tendues avec Ankara, notamment sur l’application d’un accord controversé entre l’Union européenne (UE) et la Turquie, porté par Berlin, qui a permis de réduire considérablement l’afflux de migrants en Europe. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, menace de ne pas appliquer ce pacte, faute d’obtenir à ses conditions une exemption de visa Schengen pour ses concitoyens".

L’Arménie a salué « un apport appréciable de l’Allemagne à la reconnaissance et à la condamnation internationale du génocide arménien ».


« La Turquie a réagi (...), et j’espère que nous arriverons dans les jours et les semaines à venir à éviter qu’il y ait des réactions excessives », a déclaré Frank-Walter Steinmeier, en visite en Argentine.


"En juin 1915, l’attaché naval allemand, Hans Humann, écrivait notamment : « En raison de leur complot avec les Russes, les Arméniens sont plus ou moins exterminés. C’est dur mais nécessaire. » Les Arméniens estiment à 1,5 million le nombre de victimes de ce génocide, reconnu par une vingtaine de pays, dont la France. Ce rôle de Berlin dans le génocide – longtemps sous-estimé – explique en partie que l’Allemagne ait tardé à le reconnaître officiellement". Dans une Allemagne où vivent des millions d'habitants turcs ou originaires de Turquie, ces faits sont tabous. "Ainsi, 537 associations turques ont récemment écrit aux députés en leur demandant de ne pas approuver la résolution. Lors de l’ouverture du débat, le président du Bundestag, Norbert Lammert, a fait part de « menaces de mort », « inacceptables », reçues par des députés, notamment issus de l’immigration".


La "troisième raison pour laquelle le texte est sensible est bien sûr la crise des migrants. Depuis octobre 2015, Angela Merkel a mis la Turquie au centre de la stratégie européenne pour tenter d’en limiter l’arrivée dans l’UE. Ces efforts ont abouti à l’accord conclu en mars qui prévoit notamment le renvoi en Turquie des réfugiés se rendant en Grèce. La résolution des Verts aurait initialement dû être débattue en février. C’est sous la pression de la CDU et du SPD que la discussion a été reportée à juin. En contrepartie, la CDU avait assuré aux Verts qu’elle l’approuverait".


Ces "derniers jours, le président Erdogan a téléphoné à Angela Merkel, la mettant en garde contre les conséquences d’un tel vote sur les relations bilatérales. C’est une des raisons pour lesquelles le ministre des affaires étrangères, M. Steinmeier, est très réservé sur le texte".


Cependant, "Berlin semble espérer qu’au-delà de protestations formelles, Ankara ne décidera pas des représailles concrètes contre l’Allemagne. Le pays est trop isolé sur la scène internationale, et son nouveau premier ministre, Binali Yildririm, aurait comme objectif, selon le quotidien turc" Hürriyet, d’avoir « plus d’amis et moins d’ennemis ».


ADDENDUM

Le 2 juin 2016, la quasi-totalité des députés allemandes ont adopté à main-levée une résolution sur la « commémoration du génocide des Arméniens et autres minorités chrétiennes dans les années 1915 et 1916 ». Ce texte reconnait la responsabilité des Jeunes Turcs et de l'Allemagne, alliée de l'Empire allemand dans le génocide des Arméniens en  1915-1916.

L’orchestre symphonique de Dresde "devait se produire à Istanbul (Turquie), le 13 novembre 2016, pour présenter son projet qui prône la réconciliation entre les turcs et les arméniens. Mais la représentation "n’a pas eu lieu.


Le "ministère allemand des Affaires étrangères a annoncé l’annulation d’un concert commémorant le génocide arménien qui devait se tenir en novembre dans son consulat à Istanbul. Le spectacle intitulé Aghet – terme utilisé en arménien pour évoquer le massacre de 1915 – a été créé en 2015 par l’orchestre symphonique de Dresde pour le centenaire du génocide et prône la réconciliation des peuples en mêlant des artistes turcs et arméniens".


"Pour expliquer cette annulation, le ministère des Affaires étrangères allemand a invoqué un problème technique : « Les locaux du consulat général à Istanbul ne sont pas disponibles le 13 novembre ». L’orchestre symphonique de Dresde avait invité le président turc Recep Tayyip Erdogan et le Premier ministre Binali Yıldırım à venir assister à la représentation de ce concert « dédié aux plaies du passé turc et arménien ». Le gouvernement allemand a tenu à se désolidariser de cette démarche en indiquant qu’il n’avait pas participé à l’envoi de ces invitations".


"Dans le passé, la Turquie a fait plusieurs fois part de son opposition à ce projet artistique. Le pays a réclamé que le terme de génocide ne soit pas employé par l’orchestre, et a récemment décidé de se retirer du programme « Europe créative » qui finance ce spectacle".


La "question du génocide est un sujet sensible entre les deux pays. Le 2 juin 2016, l’Allemagne a adopté une résolution reconnaissant le génocide arménien, qui invoquait « le rôle déplorable du Reich allemand qui, en tant que principal allié militaire de l’Empire ottoman (…) n’a rien entrepris pour arrêter ce crime contre l’humanité ». Quelques minutes après ce vote, la Turquie avait qualifiée l’adoption de ce texte « d’erreur historique », et avait décidé de rappeler son ambassadeur à Berlin".


Le 22 avril 2017, The New York Times a révélé que Taner Akcam, historien turc à la Clark University, a découvert parmi des archives détenues par le Patriarche arménien de Jérusalem, un télégramme qui avait été présenté devant des tribunaux militaires ayant condamné des dirigeants turcs responsables de ce génocide, avait été égaré, et qui prouve la préméditation de ce génocide.


Le 24 avril 2017, a été commémoré le 102e anniversaire de ce génocide. Le Président de la République François Hollande a annoncé que les établissements scolaires consacreront chaque année, « une semaine [à] la recherche sur les génocides, les crimes contre l'humanité et les crimes de masse » ; cette semaine débutera symboliquement le 24 avril, date commémorative du génocide arménien. Et ce afin de permettre aux élèves « de réfléchir sur les violences extrêmes, à travers notamment l'exemple du génocide arménien ». The New York Times a révélé que Taner Akcam, historien turc à la Clark University, a découvert parmi des archives détenues par le Patriarche arménien de Jérusalem, un télégramme qui avait été présenté devant des tribunaux militaires ayant condamné des dirigeants turcs responsables de ce génocide, avait été égaré, et qui prouve la préméditation de ce génocide.



"Après la France, l’Italie et la Russie, les députés néerlandais ont voté massivement, le 22 février 2018, en faveur de la reconnaissance du génocide arménien et de l’envoi d’un représentant du gouvernement à Erevan, le 24 avril 2018, pour la commémoration des massacres perpétrés entre 1915 et 1917".

Lors du dîner annuel du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF), le 30 janvier 2018, le Président de la République Emmanuel Macron s’est engagé à faire inscrire au calendrier une « journée pour la commémoration du génocide » arménien. Le "chef de l’Etat, qui se rendra en octobre en Arménie lors du sommet de la francophonie à Erevan, a toutefois refusé de condamner la Turquie". Le Président Emmanuel Macron a défendu "sa politique de dialogue avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, qu’il a reçu début janvier 2018. « Beaucoup doutent du bien-fondé du dialogue avec la Turquie. Mais j’estime que cela condamnerait le message de la France à n’être qu’une injonction dans le vide. » D’autant que, sur le terrorisme ou encore la crise migratoire, « nous avons besoin d’alliés, y compris ceux qui ne partagent pas nos valeurs », a souligné M. Macron. La France « soutient les voix courageuses qui s’élèvent », a-t-il argué, « condamner pour ne pas avoir à discuter, c’est les laisser seules ou obligées de quitter le pays ». Il a ensuite chaleureusement salué Garo Paylan [député turc d'origine arménienne et membre du Parti démocratique des peuples (HDP)] qu’il a promis de soutenir « pour que sa voix puise porter et l’emporter ». « J’assume ce déséquilibre, ce choix plus difficultueux, (…) moins glorieux que de grandes déclarations, mais plus utile. » Le chef de l'Etat "était l’invité d’honneur de ce rendez-vous, animé par André Manoukian et réunissant 500 personnes de la communauté arménienne dans un hôtel parisien".


CHRONOLOGIE 

« 1375 Disparition du dernier royaume arménien.
 XVIe-XVIIIe s. L’Arménie est partagée entre les Ottomans et les Persans. Début de la poussée russe au Caucase.
1774 Traité de Kutchuk-Kainardji. Victorieux, les Russes imposent une clause de protection des chrétiens orthodoxes de l’Empire ottoman. Début de la « Question d’Orient ».
1828-1829 Annexion de l’Arménie orientale par les Russes.
1839 Hatt-i Shariff de Gülhane, première charte sur l’égalité des droits dans l’Empire ottoman.
1856 Traité de Paris et Hatt-i Humayoun, seconde charte.
1878 Congrès de Berlin à l’issue d’une nouvelle guerre russo-turque. Annexion par la Russie de Kars, Ardahan et Batoum au Caucase. La Question arménienne entre sur la scène internationale dans le cadre de la Question d’Orient.
1894-1896 Massacres des Arméniens par le sultan Abdülhamid II (plus de 200000 morts).
28 juillet 1908 Révolution constitutionnelle Jeune-Turque. Enthousiasme puis déception des minorités.
1909 Massacres d’Adana.
Eté 1914 Début de la Première Guerre. L’Empire ottoman entre dans le conflit aux côtés des puissances centrales début novembre et proclame le djihad.
novembre 1914-janvier 1915 L’offensive ottomane au Caucase se termine par le désastre de Sarıkamış.
1915-1916 Génocide des Arménien perpétré par le gouvernement jeune-turc (1,3 à 1,5 million de victimes).
Janvier-février 1916 L’offensive russe aboutit à la prise d’Erzerum.
Avril-juillet 1916 Prise par les Russes de Trébizonde, Bayburt et Erzincan.
Août-septembre 1916 Entrée en action de la IIe Armée ottomane, offensive en direction de Malazgirt et contre-offensive russe.
1917 Révolutions russes. Éclatement de l’empire tsariste russe (janvier et octobre).
Février-octobre 1918 Après l’abandon du front par le pouvoir bolchevik, offensive turque contre les nouvelles Républiques indépendantes du Caucase, dont l’Arménie.
28 mai 1918- 2 décembre 1920 Indépendance au Caucase d’une République d’Arménie.
1919-1921 Foyer national arménien en Cilicie sous protection française. Mouvement kémaliste contre les projets franco-britanniques de démembrement de l’Empire ottoman.
10 août 1920 Traité de Sèvres reconnaissant, entre autres, l’indépendance de la République d’Arménie avec des frontières étendues aux vilayet orientaux, et des sanctions contre les responsables des massacres. Alliance des Kémalistes et des Bolcheviks contre les alliés franco-britanniques.
2 décembre 1920 Soviétisation de l’Arménie par l’Armée rouge. Son territoire ne comprend ni le Haut-Karabagh ni le Nakhitchevan rattachés à l’Azerbaïdjan.
1920-1922 Guerre gréco-turque en Anatolie.
22 septembre 1922 Prise et incendie de Smyrne par les troupes kémalistes. Début de l’arrivée des réfugiés grecs et arméniens à Marseille.
24 juillet 1923 Traité de Lausanne annulant celui de Sèvres et créant une République turque réduite aux frontières de l’Anatolie et de la Thrace en Europe et de Constantinople devenue Istanbul. Les Arméniens sont interdits de retour. Une déclaration d’amnistie assure l’impunité aux massacreurs ».


Du 3 novembre 2016 au 16 décembre 2016
la Maison du Gardien du Parc Jouvet à Valence
26000 Valence
Tél. : 04 75 80 13 03

Du 9 janvier au 30 avril 2016
Au Centre de la mémoire arménienne
32 rue du 24 avril 1915. 69150 Décines
Tél. : 04 72 05 13 13

Du 25 janvier au 9 février 2016
A la Licra de Reims
122 bis rue du Barbâtre. 51100 Reims
Tél. : 03 26 85 25 18

Jusqu’au 3 janvier 2016
Au Mémorial de la Shoah 
17, rue Geoffroy-l'Asnier. 75004 Paris
Tél. : +(0)1 42 77 44 72
Entrée libre. Tous les jours sauf le samedi de 10 h à 18 h, et le jeudi jusqu’à 22 h

Visuels 
Affiche
Les rescapées du génocide rencontrées au Liban, 1998-2001
© Bardig-Kouyoumdjian (Deir-es-Zor, sur les traces du génocide arménien de 1915)

L’Assiette au beurre, France, n° 72, 16 août 1902.
Coll. Claire Mouradian

Déclaration du djihad par le Seykh ul-Islam, en présence des dirigeants Jeunes-Turcs. Photographie Constantinople, Empire ottoman, 13 novembre 1914.
© DR, The World's Work, 1918

Ani, église Surp Pergich
© Pascaline Marre, 2014 [Fantômes d'Anatolie, regards sur le génocide arménien]

Villageois kurdes dans le quartier arménien de Van, 1916.
Photographie Aram Vrouyr
© DR, Coll. Musée d'Histoire d'Arménie.

Chromolithographie publicitaire sur les massacres hamidiens de 1894-1896.
Coll. Claire Mouradian.

Chromolithographie publicitaire sur les massacres hamidiens de 1894-1896.
Coll. Claire Mouradian.

L’Assiette au beurre, France, n° 72, 16 août 1902.
Coll. Claire Mouradian

Wagon du Bagdadbahn transférant les déportés arméniens originaires d'Anatolie occidentale vers la Syrie. Ces wagons à bestiaux comportaient deux niveaux, empêchant les déportés de voyager debout.
© DR Historical Institute of German Bunk, Eastern office record, 1704.

Camp de concentration de Meskene, sur la ligne de l'Euphrate.
Photograpphie Armin Wegner.
© DR Coll. des PP Mekhitaristes de Venise.

Convoi de déportés près de Susehri, près de Zara, sur la route de Sivas.
Photographie Viktor Pietschmann,
© DR, Naturhistorischen Museum, Vienne.

Déportés du camp de Abuharar, situé sur la Ligne de l'Euphrate.
Photographie Armin Wegner
© DR, Coll. des PP Mékhitaristes de Venise

Convoi d'Arméniens extraits du Konak Rouge de Mezre sous escorte pour une destination inconnue.
©  DR, Coll. des PP Mékhitaristes de Venise.

Convoi d'Arméniens fuyant vers le Caucase,
 photographiés à quelques kilomètres de Kizilkilise
© DE, Coll. Bibliothèque Nubar

Malatya, cimetière arménien, quartier Kiltepan
© Pascaline Marre, 2014 [Fantômes d'Anatolie, regards sur le génocide arménien]

A lire sur ce blog :
Les citations sont extraites du communiqué de presse et du mini-site. Il a été publié le 3 janvier, puis les 26 avril et 23 novembre 2016, 26 avril 2017 et 2 mars 2018.

Le Premier génocide du XXe siècle. Herero et Nama dans le Sud-Ouest africain allemand, 1904-1908


Dans l’actuelle Namibie, 80% du peuple Herero et 50% du peuple Nama ont été exterminés par l’Allemagne impériale de Guillaume II de 1904 à 1908, dans le cadre de la  conquête d'un territoire africain par les troupes coloniales allemandes (1884-1911). Un génocide méconnu. Arte diffusera le 24 avril 2019 "La Namibie, histoire d′une colonie allemande" ("Unter Herrenmenschen" - Der deutsche Kolonialismus in Namibia) par Christel Fomm. 

« Hôtel Rwanda » de Terry George
Le Premier génocide du XXe siècle. Herero et Nama dans le Sud-Ouest africain allemand, 1904-1908 
« Bismarck - Le dernier combat » par Wilfried Hauke

Vocable forgé par le juriste, philosophe et linguiste américain Raphaël Lemkin dès 1943, « génocide » désigne la destruction physique, intentionnelle, systématique et planifiée d’un groupe ou d’une partie d’un groupe ethnique, national, religieux ou racial ». Pourquoi le Mémorial de la Shoah ne dit-il pas qu’il était juif ?

Le massacre des Héréro et des Nama s'est produit dans le Sud-Ouest africain allemand (Deutsch-Südwestafrika, actuelle Namibie) dès 1904. Ordonné par le général Lothar von Trotha, ce génocide s’est déroulé sur plusieurs années, dans le cadre de la  conquête d'un territoire africain par les troupes coloniales allemandes (1884-1911). 

En 1904, « en réaction aux règles imposées par l’administration coloniale allemande ainsi qu’aux abus et maltraitances des colons, une révolte éclate dans le Sud-Ouest africain allemand, aujourd’hui la Namibie ». 

Les « forces du Deuxième Reich la répriment avec brutalité et mettent en défaite les Herero ».

Un « ordre d’extermination – émis par le général Lothar von Trotha le 2 octobre 1904 - enjoint les troupes du Kaiser à tuer sans distinction, condamnant ainsi hommes, femmes et enfants ». 

Les « Nama prennent à leur tour les armes contre les Allemands et subissent le même sort que les Herero ». 

Dans « les camps de concentration ouverts en 1905, comme ceux de Windhoek, Swakopmund et Shark Island, les prisonniers Nama et Herero sont éliminés par le travail et succombent à la maladie, aux mauvais traitements et à la malnutrition ». Ces Héréro étaient tatoués « GH » (Gefangener Herero, prisonnier Héréro). Une partie a été victime d’expériences prétendument médicales. Des « crânes de victimes sont alors envoyés en Allemagne à des fins de recherches scientifiques raciales ».  

De 1904 à 1908, « environ 80% du peuple Herero et 50% du peuple Nama vivant sur le territoire de l’actuelle Namibie ont été exterminés, soit environ 65 000 Herero et 10 000 Nama ». 

En voie « d’être reconnu publiquement par la république Fédérale d’Allemagne comme génocide, ce crime de l’histoire coloniale africaine est aujourd’hui considéré comme le premier génocide du XXe siècle ».

En 2017, le Mémorial de la Shoah a présenté l’exposition-dossier inédit(e) Le premier génocide du XXe siècle. Herero et Nama dans le sud ouest africain allemand, 1904-1908. Grâce à des documents d’archives, divers objets, et des photographies, le Mémorial de la Shoah « propose pour la première fois en France d’aborder cet événement encore très largement méconnu du grand public, et devenu un sujet de recherche depuis le milieu des années 1990 ».

Le Commissariat scientifique est assuré par Leonor Faber-Jonker, Université de Leiden, Pays-Bas, le Commissariat général et coordination par Sophie Nagiscarde, responsable des activités culturelles au Mémorial de la Shoah, assistées d’Emilie Jumes, stagiaire.

« Le Mémorial tient l’enseignement de l’histoire de la Shoah et plus généralement celui des autres génocides comme le vecteur le plus puissant de la défense et de la transmission des valeurs démocratiques. Depuis quelques années, il consacre d’ailleurs une partie de sa programmation à l’enseignement, à la prévention et à la comparaison des génocides aussi bien dans ses activités grand public, que pour celles consacrées au monde enseignant et au monde de la recherche, au travers de nombreuses formations, colloques, projections et rencontres. Après avoir consacré deux expositions-dossiers au génocide des Arméniens de l’Empire Ottoman et au génocide des Tutsi au Rwanda, en accord avec notre conseil scientifique, nous désirions parler de cet autre génocide du XXe siècle, peu connu en Europe. Nous l’avions brièvement abordé dans notre exposition Les génocides du XXe siècle et lors de manifestations à l’auditorium, mais le format de cette exposition permet une approche plus complète de la complexité de cet événement », Sophie Nagiscarde, commissaire générale. 

Curieusement, alors que l’exposition sur le génocide commis au Rwanda à l’égard des Tutsis et des Hutus modérés (avril et juillet 1994) rechignait à désigner la responsabilité de la France, en présentant les éléments des controverses, cette exposition sur ce premier génocide du XXe siècle ne se pare pas de ces atermoiements.

On demeure perplexe devant la responsabilité de l’Allemagne impériale de Guillaume II dans les génocides commis contre les Herero et les Nama, puis les Arméniens dans ces deux premières décennies du XXe siècle. D’autant que le IIIe Reich a ensuite commis la Shoah.

En outre, l’exposition évoque trop peu le contexte historique mondial - politique d’expansion coloniale du Deuxième Reich, rôle de Bismarck, partage du continent africain entre les puissances européennes -, qui est en partie évoqué lors du colloque (26-27 février 2017) organisé par le Mémorial de la Shoah et l’Institut historique allemand (IHA) : « Au début des années 2000 et plus encore pour la commémoration du centenaire du génocide des Herero et des Nama, l’Allemagne retrouve la mémoire de cet événement jusque-là largement méconnu. En Namibie, les descendants de victimes Herero et Nama insistent à faire valoir leur demande pour la reconnaissance du génocide et l’obtention de réparations ». 

Un livret et un mini-site accompagnent l’exposition signalée sur Twitter par le hashtag #GenocideHereroNama.

Prémices 
Au milieu du XIXe siècle, les peuples vivant « dans la région qui correspond aujourd’hui au centre de la Namibie sont les Herero, Nama, Basters, Damara, Khoisan et Ovambo ». 

Vers 1840, « alors que les premiers missionnaires rhénans débarquent dans la colonie, la majeure partie du centre de la Namibie est passée sous le contrôle du capitaine Oorlam Jonker Afrikaner et ses vassaux herero, Kahitjene et Tjamuaha. Certains chefs herero s’allient avec les missionnaires afin d’obtenir protection et biens matériels ; les missions deviennent alors d’importants centres d’échanges commerciaux et diplomatiques ». 

« À la disparition d’Afrikaner et de Tjamuaha en 1861, l’hégémonie des Oorlam s’effondre et c’est le fils de Tjamuaha, Kamaharero, qui s’impose alors comme le plus puissant de la génération des chefs herero indépendants ». 

Dans les années 1880, « d’incessantes disputes autour des pâturages dégénèrent en un conflit prolongé avec Hendrik Witbooi, un leader instruit et charismatique qui a réussi à rassembler les clans nama et oorlam dans le Sud ». 

Le protectorat du Sud-Ouest africain allemand « est proclamé le 7 août 1884 ». 

Lors de la décennie suivante, la « colonisation peine à se mettre en place : les gains financiers sont dérisoires et bien que premier gouverneur, le haut-commissaire du Reich, Heinrich Ernst Göring, nommé en 1885, réussisse à entériner un « traité de protection » avec Kamaharero, les Allemands ne peuvent en réalité lui offrir aucune assistance contre Witbooi ». 

Lorsque Göring « commet l’impardonnable erreur de toucher à un ancestral lieu de sépulture herero, Kamaharero, furieux, annule leur accord ». 

En 1888, « inquiet pour sa sécurité, Göring n’a d’autre alternative que de quitter précipitamment le protectorat ». 

Violence et perte de territoire 
Les « premières troupes allemandes débarquent dans la colonie au milieu de l’année 1889, menées par Curt von François ». 

Samuel Maharero, fils de Kamaharero « de plus en plus déçu par l’attitude des Allemands et Hendrik Witbooi, qui comprend l’ampleur de la menace coloniale s’unissent ». 

« Face à ce front unifié, von François lance, dans la nuit du 12 avril 1893, une attaque surprise sur le camp de Witbooi, les troupes allemandes massacrent pas moins de 75 femmes et enfants ». 

« En dépit de ce bain de sang, von François ne parvient pas à soumettre Witbooi ». 

En 1894, il « est remplacé par Theodor Leutwein, qui reprend le contrôle en imposant l’application des ‘traités de protection’.

Samuel Maharero « se rapproche de Leutwein pour étendre son pouvoir ». 

« Défait après une féroce bataille de treize jours, Witbooi doit se résoudre à signer un traité de collaboration avec les Allemands ». 

En 1896, les « deux chefs combattent aux côtés de Leutwein contre les Mbanderu et les Khauas Khoi : c’est la première des nombreuses campagnes conduites contre les « tribus rebelles » dans le double but d’étendre l'influence de Maharero et de libérer des terres, du bétail et de la main d’oeuvre pour les colons allemands ». 

Les « survivants des combats sont systématiquement envoyés aux travaux forcés tandis que les terres et le bétail des Herero passent aux mains des Allemands ». 

Quand « la peste bovine frappe les territoires surpeuplés laissés aux Herero, les conséquences économiques et sociales sont catastrophiques ». 

« À la fin de la décennie, les Herero ont perdu leur indépendance ». 

La fièvre guerrière 
Malgré les « efforts déployés par le chef herero Samuel Maharero pour consolider son alliance avec les Allemands, les abus se multiplient. Les officiers allemands se livrent au viol, aux passages à tabac et au meurtre d’Africains en toute impunité ». 

À Okahandja, le lieutenant Ralph Zürn « n’hésite pas à contrefaire les signatures des chefs herero pour s’approprier des terres et même à exhumer des crânes comme source de revenus supplémentaires ». 

Le 12 janvier 1904, « alors que les troupes allemandes sont occupées à tenter de mater la « rébellion » des Nama Bondelswartz dans le Sud, des Herero d’Okahandja, exaspérés par les injustices commises par Zürn et la perte continue de territoire, s’en prennent aux fermes allemandes, aux commerces et à l’infrastructure coloniale. Ces attaques entraînent une brutale répression de la part des soldats et des colons qui se livrent à des actes de lynchage et de représailles aveugles ». 

En Allemagne, à la suite des « descriptions exagérées de ces agressions, une véritable fièvre guerrière se développe ». 

« Alors que la violence se propage, le soulèvement local se transforme en conflit majeur, forçant Maharero à se ranger du côté des « rebelles ». Au grand dam des politiciens de Berlin, ses hommes réussissent dans un premier temps à résister aux troupes de Leutwein en utilisant des techniques de guérilla. Leutwein est relevé de son commandement et remplacé par l’impitoyable général Lothar von Trotha qui débarque dans la colonie en juin 1904 avec des milliers d’hommes. À l’inverse de son prédécesseur, qui avait espéré mettre un terme au conflit par la diplomatie, von Trotha est déterminé à en finir avec les Herero. Du point de vue de Von Trotha, la guerre avec les Herero est inévitable et permettra l’accomplissement de la domination des blancs dans la colonie ». 

L’ordre de destruction 
Quand le général Lothar von Trotha arrive « dans la colonie, la majorité des Herero, soit près de 50 000 hommes, femmes et enfant accompagnés de leurs troupeaux, se sont rassemblés sous le commandement de Samuel Maharero sur le plateau du Waterberg. Anticipant des négociations, ils ont cessé leurs attaques ». 

Von Trotha « n’a cependant aucune intention de négocier. Ses troupes encerclent le campement du Waterberg et à l’aube du 11 août 1904, elles passent à l’attaque ayant pour ordre de ne pas faire de prisonniers ». 

Cependant, les Herero parviennent « à briser l'encerclement et des dizaines de milliers d'entre eux s'enfuient dans le désert. Von Trotha ordonne qu’on les poursuive, tout en bouclant le territoire et en coupant l’accès aux points d’eau. Pendant des semaines, repoussés de plus en plus loin dans le désert, d’innombrables Herero meurent de déshydratation ». 

Le 3 octobre 1904, le « général émet un ordre de destruction, le Vernichtungsbefehl, qui déclare que tout Herero présent sur le « territoire allemand » sera abattu. Les soldats allemands, épuisés, malades et dont la haine raciale a été alimentée par les rumeurs de la cruauté des Herero, massacrent des civils, y compris des Herero qui n’ont pas pris part à la guerre ». 

Quand « l’ordre est levé suite à l’intervention des missionnaires, le génocide entre dans une nouvelle phase : les survivants Herero sont incarcérés dans des camps de concentration et contraints aux travaux forcés ». 

« Quelques combattants herero parviennent à rejoindre les Nama par le Sud ». 

Hendrik Witbooi « qui a amené des troupes pour venir en renfort des Allemands au Waterberg, finit deux mois plus tard par se retourner contre ses alliés. Conscients du désir qui anime les colons de désarmer et de contrôler tous les Africains, les Witbooi et leurs alliés nama ouvrent les hostilités en s’attaquant aux fermes des Européens ainsi qu’à leurs convois, tuant les hommes et s’emparant de tout ce qui a de la valeur. S’en suit une pénible guérilla qui va durer quatre ans. Les Nama mettent à profit leur connaissance du terrain pour prendre en embuscade les forces allemandes qui continuent à perpétuer leurs atrocités ». 

Le 23 avril 1905, von Trotha « fait une déclaration qui menace les Nama du même sort que les Herero, mais il ne parvient pas à les assujettir avant son départ le 19 novembre 1905 ». 

« Après le décès de Witbooi suite à une blessure reçue sur le champ de bataille près de Vaalgras le 29 octobre 1905, d’autres capitaines, parmi lesquels Cornelius Fredericks de Béthanie, Simon Kopper des Nama Franzmann et Jakob Morenga, un chef charismatique de descendance mixte, herero et nama, poursuivent le combat. Ce dernier est finalement abattu par la police du Cap ». 

« Cernés, Fredericks et ses hommes sont contraints de se rendre en mars 1906. Ils sont tous internés dans le camp de concentration à la sinistre renommée : Shark Island - l’île aux requins ». 

Les camps de concentration 
A la suite de « la brutale campagne du général von Trotha, la colonie est confrontée à un manque sévère de main-d’oeuvre. Les prisonniers herero - hommes, femmes et enfants- sont alors internés dans des camps de concentration (Konzentrationslager), et utilisés comme travailleurs forcés, notamment dans la construction du nouveau chemin de fer ». 

Friedrich von Lindequist, gouverneur de la colonie de novembre 1905 à août 1907, enjoint « tous les Herero à se rendre et à rejoindre les camps de rassemblement d’Omburo ou de Otjihaena, d’où ils sont convoyés vers les centres de travaux ferroviaires, ou dans les camps de concentration tels que ceux de Windhoek, Swakopmund ou Lüderitzbucht ». 

Les « conditions de vie dans ces camps sont terribles. Les prisonniers ne disposent que d’abris improvisés, dépourvus d’installations sanitaires. Les jeunes filles sont régulièrement violées. Ils sont plusieurs milliers à périr de maltraitance, de malnutrition et de maladies. La diminution du nombre de prisonniers apparaît de manière flagrante dans les rapports mensuels tenus par les autorités du district, qui enregistrent soigneusement les prisonniers aptes au travail (arbeitsfähig) et inaptes (unfähig) ». 

La « guerre s’achève officiellement le 31 mars 1907; les camps ne seront pas fermés avant le 27 janvier 1908 ». 

Quand les Nama « déposent les armes, ils sont à leur tour internés dans des camps de concentration. En septembre 1906, von Lindequist décide de transférer 1 700 prisonniers nama dans le camp installé sur l’île de Shark Island, proche de la ville portuaire de Lüderitz, où le taux de mortalité est exceptionnellement élevé. Quelques 2 000 Herero y sont déjà internés, souffrant du froid, du manque de nourriture et de maltraitance. Lorsque les Nama arrivent, déjà affaiblis par le travail forcé auquel ils ont été soumis dans le Nord, leur état de santé se détériore rapidement ». 

Malgré les « protestations des missionnaires, les hommes, les femmes et les enfants les plus âgés sont systématiquement enrôlés dans la construction d’un quai dans le port de Lüderitz jusqu’à ce que mort s’ensuive. Mi-février 1907, l’important taux de mortalité des Nama (70 %), entraine l'abandon des travaux ; parmi ceux qui sont encore en vie, un tiers est si malade qu’il est probable qu’il disparaisse très prochainement ». 

Quand « les camps sont fermés en 1908, les autorités coloniales, redoutant toujours le potentiel guérillero des Nama, décident de pas les relâcher. En 1910, des années après que la fin du conflit, un groupe de 93 Nama Witbooi et de Nama, parmi lesquels des femmes et des enfants, est déporté vers une autre colonie allemande, le Cameroun, où la plupart va disparaître, emportée par les travaux forcés et les maladies tropicales ». 

L’inégalité raciale 
La « majorité des colons qui s’emparent des terres et du bétail des Herero traitent les Africains avec une absence totale de respect. Le viol est fréquent, exacerbé par la pénurie de femmes allemandes. Les craintes de dégénération raciale du peuple allemand (Volk) vont finalement mener à l’interdiction des mariages mixtes le 23 septembre 1905 ». 

Les « notions de différence raciale sont fondées sur l’anthropologie allemande de la fin du XIXe siècle qui établissait une distinction entre les peuples dits « civilisés » et les autres considérés comme « primitifs ». On espérait comprendre le genre humain à travers l’observation objective des peuples dits « primitifs » tels que ceux exhibés dans les zoos humains, très populaires en Europe à l’époque ». 

« L’une des plus spectaculaires de ces manifestations est sans conteste l’Exposition Coloniale qui se déroule à Berlin : plus de cent personnes issues des colonies allemandes y sont exhibées dans le parc de Treptower durant l’été 1896. Samuel Maharero, considérant qu’il s’agit d’une opportunité diplomatique unique, dépêche cinq notables, parmi lesquels figure son propre fils, Friedrich Maharero, afin qu’ils puissent rencontrer le Kaiser Guillaume II et consolider leur alliance avec les Allemands. La recherche de données objectives dans le but d’établir les caractéristiques de chaque type entraîna une véritable frénésie collective qui allait drainer dans son sillage un commerce macabre de restes humains ». 

La collecte des restes humains 
« Jusqu’en 1904, la collecte de crânes humains pour le compte de la recherche anthropologique n'était pas organisée. À Berlin, les scientifiques ont peu de contrôle sur les spécimens qui arrivent dans leurs collections, souvent des « souvenirs » ou des trophées rapportés par les soldats qui reviennent des colonies ». 

La « politique concentrationnaire de Lindequist permet de systématiser la collecte. Les docteurs militaires en service dans les camps reçoivent des requêtes émanant de scientifiques berlinois qui leur demandent de conserver des crânes et des têtes entières de Nama et de Herero. Il est indubitable que le Dr. Bofinger ait participé à de telles activités à Shark Island ». 

Des « scientifiques entreprennent de prouver la différence hiérarchique entre Européens et Africains, parmi lesquels figurent les chercheurs de l’Institut Pathologique de Berlin qui reçoivent entre 1906 et 1907 un nombre indéterminé de têtes nama et herero en provenance de la colonie. La manipulation des résultats confirme les stéréotypes racistes répandus en Allemagne et justifient les lois raciales instaurées dans le Sud-Ouest africain allemand. Parmi les études publiées, celle d’Eugène Fischer, (1913), qui entend démontrer les conséquences négatives de la mixité raciale au sein des Basters de Rehoboth, demeure la plus influente ». 

Une colonie modèle 
« Tandis que les Herero et les Nama sont incarcérés dans les camps de concentration, leurs terres sont confisquées : depuis 1882, le gouvernement allemand s’est approprié près de 46 millions d’hectares ». 

En 1913, la colonie « compte près de 15 000 individus, dont de nombreux sont d’anciens soldats. Elle peut se prévaloir de posséder son propre champ de course et une salle de cinéma ainsi qu’un réseau ferré étendu construit par le travail forcé. Alors que l’économie locale prend de l’essor, surtout après la découverte de mines de diamants près de Lüderitz, l’État répond à la pénurie de main-d’oeuvre en resserrant son système de contrôle racial ». 

Dès 1907, « tous les Africains de plus de sept ans doivent porter des passes numérotés (des jetons de cuivre) qui leurs attribuent une région spécifique de travail tandis que les Herero sont répartis de force comme ouvriers parmi les colons. Le système n’est cependant pas sans faille, le territoire étant trop étendu pour permettre le strict contrôle espéré. Les travailleurs africains sont battus régulièrement et souvent renvoyés ».

La « prospérité précaire de la colonie » s’avère brève : en février 1915, pendant la Première Guerre mondiale, les « forces sud-africaines envahissent le territoire. Le 21 octobre 1915, le Sud-Ouest africain allemand passe sous mandat britannique ».

Le Blue Book 
« Afin de s’assurer que l’ancienne colonie allemande soit définitivement confisquée, le Cabinet de guerre impérial britannique décide de rassembler et de publier les preuves des atrocités commises par les Allemands dans le Sud-Ouest africain ».

Dès septembre 1917, le major Thomas O’Reilly « réalise une compilation comportant des traductions de documents allemands, auxquelles s’ajoutent les déclarations assermentées de témoins (africains) et de survivants, accompagnées de photographies; cette compilation est publiée dans un « Blue Book », c’est-à-dire un rapport du gouvernement britannique ».

« Bien que le document serve clairement les intérêts de la Couronne, il a été réalisé avec précision et demeure à ce jour une source fiable qui comporte des récits inestimables de Herero et de Nama sur le génocide perpétré par les Allemands ». 

Un passé présent à tout jamais 
« Dans le contexte d’une politique de « réserves », les Nama et les Herero récupèrent quelques terres et une certaine autonomie. Entre temps, ils s’emploient à reconstituer leur identité communautaire autour d’évènements commémoratifs ». 

Les « funérailles de Samuel Herero, mort en exil et inhumé à Okahandja le 26 août 1923, constituent un événement spectaculaire. L’événement est depuis lors commémoré chaque année sous le nom de la journée du Drapeau Rouge ou journée des Herero ». 

« Du côté des Nama, l’inauguration dans les années trente de la pierre commémorative dédiée à Hendrik Witbooi marque la première Journée des Witbooi, une commémoration annuelle rythmée de reconstitutions de batailles et de discours politiques ». 

En 1960, le mouvement de libération nationale du peuple du Sud-Ouest africain (SWAPO - Organisation du Peuple du Sud-Ouest africain) nait et « la lutte pour l’indépendance s’intensifie ».

Le 21 mars 1990, la « Namibie devient indépendante et le gouvernement SWAPO, sous la présidence de Sam Nujoma, commence à revoir la politique du souvenir dans le cadre d’une réconciliation nationale. Un nouveau monument national inauguré en 2002, le Heroes Acre, est conçu pour symboliser la naissance d’un Etat moderne, fruit de la lutte armée contre le colonialisme. Toutefois, il faut attendre 2013 pour que le Reiterdenkmal, le plus grand symbole du pouvoir colonial allemand, soit retiré ». 

« Tandis que le gouvernement se concentre sur la construction de la nation, les Nama et les Herero exigent des excuses et demandent réparation au gouvernement allemand pour les atrocités commises et les injustices incessantes : la majorité des fermes rentables est toujours aux mains des fermiers blancs ».

En 2001, des Herero dirigés par le grand chef Kuaima Riruako « déposent une plainte contre le gouvernement allemand » aux Etats-Unis. « Bien que cette plainte ait été rejetée, la demande compensatoire est alimentée par des excuses partielles présentées en 2004 et par le rapatriement des restes des Nama et des Herero victimes du génocide ». 

« Finalement, en juillet 2016, le gouvernement allemand annonce que des excuses officielles sont sur le point d’être présentées – une étape importante dans le long processus d’acceptation du passé douloureux des Nama et des Herero, de la Namibie et de l’Allemagne ». 

Restes Humains 
Les « premiers rapatriements de crânes, squelettes et autres restes humains appartenant à des collections européennes et américaines, constituées dans un contexte de violence coloniale, ont lieu dans les années 1990 ». 

En 2011, « vingt crânes namibiens sont restitués à la Namibie par l’Hôpital universitaire de la Charité à Berlin qui avait hérité de la collection de l’Institut de Pathologie. La résolution de la question de leur provenance est l’un des objectifs du Charité Human Remains Project (2008-2013), un projet de recherche initié par l’Hôpital en réponse aux demandes de rapatriement des gouvernements namibiens et australiens. L’équipe de recherche parvient à démontrer que ces crânes ont tous appartenu à des victimes du génocide (neuf herero et onze nama). Dix-huit de ces crânes provenaient de têtes conservées dans du formol expédiées depuis Shark Island ». 

« Après avoir été remis officiellement à une importante délégation namibienne le 30 septembre 2011, ces restes sont accueillis quelques jours plus tard par une foule énorme à l’aéroport de Windhoek. La Namibie rend un hommage national aux personnes auxquelles ces crânes ont appartenu, toutes ethnies confondues pleurant leurs ancêtres communs, et au cours d’une cérémonie officielle devant le Heroes Acre, leur décerne le titre de « héros de la Nation tombés lors des combats pour la libération du pays ». 

« Depuis lors, de nouveaux rapatriements de restes humains ont eu lieu et d’autres devraient suivre, suite aux efforts déployés par les institutions allemandes et européennes pour faire face à ce sombre chapitre de leur passé ». 

Historiographie
Ce génocide a souvent été occulté, voire ignoré. Ainsi, l’exposition Arménie 1915. Centenaire du génocide présentée à l’Hôtel de Ville de Paris alléguait que ce génocide inaugurait le « siècle des génocides ».

« Le Blue Book, un rapport officiel du gouvernement britannique faisant état des atrocités commises dans le Sud-Ouest africain allemand, réalisé peu de temps après la reconquête de la colonie pendant la Première Guerre mondiale, est banni en 1926 dans l’intérêt de l’unité blanche. Par la suite, la vision allemande faisant du génocide une guerre coloniale héroïque domine le paysage mémoriel au sens propre : l'ancienne colonie est envahie de monuments et de noms de rues commémorant l'effort de guerre allemand. Après 1945, le passé colonial est tout sauf oublié en Allemagne. Dans le Sud-Ouest africain, la suppression du régime d'apartheid étouffa tout débat public sur le génocide. Ce fut aux descendants des victimes qu’il incomba de garder vivante la mémoire du génocide aussi bien dans des commémorations que par la transmission orale », a expliqué Leonor Faber-Jonker, commissaire scientifique de l’exposition.

Et d’ajouter : « Après l’indépendance de la Namibie en 1990, les groupes de victimes purent enfin se manifester auprès des nouvelles autorités et de l'état allemand, bien que dans l'histoire officielle le chapitre sombre du génocide ait été éclipsé par la lutte plus récente pour l'indépendance. Le gouvernement namibien est resté silencieux sur la question jusqu'au rapatriement de 20 crânes de Herero et de Nama en 2011. La couverture médiatique énorme de cet événement a propulsé la question sur la scène internationale, forçant la Namibie et l'Allemagne à se pencher à nouveau sur leur héritage douloureux ». 

La recherche historique a été récemment réactivée. « Le début des négociations entre l'Allemagne et la Namibie pour des excuses officielles marque l’écriture d’un nouveau chapitre tant dans le discours public que pour la recherche sur le génocide. Depuis les années 1990, la recherche historique examine la nature et le contexte du génocide, scrutant la question des camps de concentration, et celle des ordres d'extermination. Durant la dernière décennie, ce génocide a été souvent comparé à d'autres crimes coloniaux et des théories le considérant comme précurseur de la Shoah ont vu le jour. La recherche actuelle examine les conséquences possibles de la reconnaissance officielle du génocide par le gouvernement allemand dans leur rapport à la culture du souvenir en Namibie et en Allemagne, et à la politique post-coloniale de réconciliation. La politique du souvenir et la restitution de restes humains et des artefacts sont particulièrement étudiées. Dans le même temps, la jeune génération d'historiens namibiens critique l'utilisation exclusive d'archives d'origine allemande pour comprendre le génocide : la plupart de la recherche publiée est faite par des historiens non-namibiens se servant de sources de langue allemande. Ceux-ci préféreraient de beaucoup l’utilisation de ressources matérielles et orales provenant directement des communautés touchées. Il reste encore beaucoup à faire et à dire sur le destin de communautés autres que les Herero et Nama, particulièrement les Damara, ayant également subi le génocide », a constaté Leonor Faber-Jonker. 

Anne Poiret a réalisé Namibie : le génocide du IIe Reich (France, documentaire, 52 mn, Bo Travail !, 2012), qui « soulève la question du lien entre la politique raciale de l’Allemagne coloniale des années 1900 et celle de l’Allemagne nazie ». 

Plus récent : « Hygiène raciale, des victimes oubliées du nazisme » de Guillaume Dreyfus (France, Allemagne, documentaire, Senso Films, Geppert Productions, Zed, 58 mn, 2016). « En 1905 est fondée à Berlin la Société pour l’hygiène raciale. La loi du 14 juillet 1933 dite « loi de prévention des maladies héréditaires » va conduire à la stérilisation forcée de 400 000 .personnes. Puis, à partir de 1940, l’élimination des « vies indignes d’être vécues » est mise en oeuvre. Dans le cadre de « l’opération T4 » et de ses multiples prolongements, 300 000 personnes seront assassinées. Le film évoque l'histoire de plusieurs de ces victimes oubliées.

Procès pour réparation et reconnaissance
En janvier 2017, des "associations des deux ethnies ont réclamé réparation et la reconnaissance officielle du génocide dont ils ont été victimes en 1904 et 1905. Deux groupes de population indigène de Namibie ont déposé devant un tribunal de New York un recours collectif contre l’Allemagne pour obtenir réparation du génocide dont ils ont été victimes durant la période coloniale à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Le recours, déposé le 5 janvier 2017 par des associations Herero et Nama, demande également que leurs représentants participent aux négociations à ce sujet menées entre l’Allemagne et la Namibie".

"Les plaignants ont souligné que le recours était déposé « au nom de tous les Herero et Nama dans le monde, à la recherche de réparations et de compensations pour le génocide » subi durant la période coloniale allemande et reconnu par le ministre allemand des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, le 15 juillet 2016."

Ils réclament que cette reconnaissance du génocide soit officialisée par le Parlement allemand et qu’aucun règlement ne soit conclu sans leur assentiment.Premier génocide du XXe siècle. Selon le recours déposé, entre 1885 et 1903, un tiers des terres des Herero et des Nama a été saisi sans compensation par les colons allemands, avec le consentement explicite des autorités allemandes. Le recours dénonce également la « répression des soulèvements populaires par les autorités allemandes en 1904-1905 qui a provoqué la mort de quelque 100 000 membres des peuples herero et nama » et est souvent considérée par les historiens comme le premier génocide du XXe siècle. Parmi les plaignants figurent notamment Vekuii Rukoro, considéré comme le chef du peuple herero, David Frederick, président de l’Association des autorités traditionnelles des Nama, et l’Association aux Etat-Unis du génocide herero".

"Berlin et Windhoek négocient actuellement une déclaration commune dans laquelle l’Allemagne entend s’excuser des massacres dans son ancienne colonie africaine. Mais Berlin considère ne pas avoir à verser de dédommagements, compte tenu de l’aide au développement versée à la Namibie depuis son indépendance de l’Afrique du Sud en 1990.

"A Berlin, le porte-parole du ministère des affaires étrangères Martin Schaefer, a refusé de commenter cette plainte dont il n’a pas pris connaissance, mais a indiqué que les négociations lancées il y a deux ans avec la Namibie visaient à dégager « une voie commune pour le futur. (...) Les discussions avec la partie namibienne se déroulent bien de notre point de vue, a ajouté le porte-parole Martin Schaefer. Les pourparlers ne sont pas faciles, car le sujet est délicat, mais ils se tiennent dans un esprit de confiance et de compréhension mutuelle ».

Photographies de Stephan Gladieu
Pour son dixième anniversaire, la School Gallery a présenté l'exposition Hereros Photographies de Stephan Gladieu. Ce photographe "a écumé le globe pour aller à la rencontre d’histoires singulières et nous rapporter des témoignages exceptionnels, des damnés du sel aux veuves de la Cité de Krishna, des Amérindiens aux tribus Maï Maï… Son humanité et son œil exceptionnels, nourris par sa trajectoire de grand reporter, lui permettent de saisir, comme personne, l’étrangeté de la fête annuelle commémorative du peuple Herero.

"Portraitiste hors norme, Stéphan Gladieu livre cette série consacrée aux descendants des Hereros, ethnie Namibienne au destin aussi tragique que méconnu, et nous invite à découvrir un rassemblement haut en couleurs, aux confins de la peinture de genre et du surréalisme. Chaque portrait est une ode à la couleur, chaque visage un hymne à la vie, chaque décor une féerie naturaliste".

"Ses photographies composent une galerie de portraits, en pied ou photos de groupe, tous vêtus pour la parade. Les hommes portent habits militaires et décorations, enjolivés de grigris, de peaux de bêtes et d’attributs de chasseurs émérites, les femmes arborent des robes arlequins, rouge ou bleu flamboyants ou aux couleurs de l’arc-en-ciel, rehaussées de coiffes de style victorien…L’ensemble compose une féérie multicolore, où le kitch le dispute à l’excentrique, à la manière des sapeurs africains adeptes du «no limit»,quand l’habit devient un art".

"Dans ces portraits de Stéphan Gladieu en Namibie, l’enchantement et la fantaisie absolue bruissent de l’énergie communicative et vibrante de l’Afrique, où tragédie et comédie, apparence et vérité, sujet et décor, coexistent dans chaque image, comme dans des tableaux".

"Il y a du Douanier Rousseau mâtiné de Martin Parr dans les dernières photographies de Gladieu".

"Stéphan Gladieu repousse les limites de la photo documentaire et de reportage pour la faire entrer dans le champ de la fiction et lui conférer une dimension plasticienne quasi picturale".

"Son sens inouï de la dramaturgie de l’image et de la mise en scène lui permet de se réapproprier des décors naturels pour en faire autant de lieux de narration. Ses clichés sur-vitaminés, qui font l’ADN de l’ensemble de ses dernières séries, contrastent avec le côté sombre et inquiétant de certaines de ses productions noir et blanc, réalisées du temps de ses reportages comme photographe de guerre et d’actualité". 

"Au-delà des images, il y a du sens, du respect et une extrême humanité devant ces drames qui se rejouent et se commémorent ... travail de mémoire, travail de témoignage. Gladieu détricote l’histoire pour rendre compte de tragédies humaines plus fortes que la raison, plus romanesques que la fiction, plus puissantes que la réalité".

"Ses portraits ont la puissance du jamais vu et la force de rendre compte avec une infinie justesse, de ces destins oubliés ou méconnus".

Nom de rues 
Berlin a annoncé début 2018 que l'Allemagne "va rebaptiser des rues évoquant la colonisation allemande en Afrique et honorer à la place des militants africains de l’indépendance, une étape dans le travail tardif de l’Allemagne sur son passé colonial. Cette décision s’inscrit dans le processus de réflexion débuté il y a quelques années par l’Allemagne sur son passé colonial".

"Après plus de dix ans de débats, les partis de gauche de l’arrondissement de Mitte (sociaux-démocrates, Verts et gauche radicale) ont adopté, le 11 avril 2018, un texte préconisant de changer les noms de quatre rues du secteur surnommé le « quartier africain. La décision finale devrait intervenir dans un mois », a indiqué à l’AFP une porte-parole de la ville de Berlin, Melita Ersek. Le parti démocrate-chrétien de la chancelière Angela Merkel, les libéraux et le parti d'extrême droite AfD ont voté contre. Une "décision finale devrait intervenir dans un mois", a ajouté Mme Ersek, ce qui devrait être une formalité."

"Le texte préconise notamment de débaptiser les rues portant les noms de plusieurs personnalités liées à l’occupation brutale de la Namibie (1884-1918), où les Allemands ont tué entre 1904 et 1908 plusieurs dizaines de milliers de membres des tribus Herero et Nama. Un massacre que les historiens considèrent comme le premier génocide du XXe siècle".

« Le “quartier africain” glorifie toujours le colonialisme allemand et ses crimes. Ce n’est pas compatible avec notre conception de la démocratie et porte atteinte de façon durable à la réputation de la ville de Berlin », souligne le texte. Situé à Wedding, quartier ouvrier et immigré, le "quartier africain" tire son surnom du projet de l'entrepreneur Carl Hagenbeck qui, à la veille de la Première guerre mondiale, projeta d'y installer un parc abritant des êtres humains et des animaux venus du continent africain. Les rues visées sont la Petersallee, hommage à Carl Peters, le fondateur de l’Afrique allemande de l’Est, l’actuelle Tanzanie ; la place Nachtigal, du nom de Gustav Nachtigal, qui avait notamment annexé en 1884 le Cameroun et le Togo ; et la rue Lüderitz, d’après Adolf Lüderitz, fondateur de l’Afrique allemande du Sud-Ouest, l'actuelle Namibie".

"A leur place, les plaques porteront les noms de combattants contre l’occupation coloniale allemande : Rudolf Manga Bell, héros de l’indépendance camerounaise ; Anna Mungunda, une Herero résistante aux Allemands ; Cornelius Frederiks, chef des Nama ; ou encore Maji-Maji, nom donné au soulèvement de tribus d’Afrique orientale contre les autorités coloniales allemandes (1905-1907)".

Le "décès de Hagenbeck sonna le glas du projet mais plusieurs rues furent baptisées en hommage à l'empire colonial allemand".

"Selon le quotidien berlinois Tagesspiegel, la décision pourrait encore se heurter à la résistance de riverains susceptibles de contester en justice ces modifications. Cette décision des élus berlinois s'inscrit dans le processus de réflexion entamé il y a quelques années par l'Allemagne sur son passé colonial".

"Jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale, l'Empire allemand possédait plusieurs colonies en Afrique : l'Afrique orientale allemande s'étendait sur les territoires actuels du Rwanda, du Burundi et d'une partie de la Tanzanie, le sud-ouest africain recouvrait l'actuelle Namibie et l'ouest avec les actuels Cameroun et Togo".

« Namibie - Les corsets de l'histoire  » par Dorothe Dörholt
Arte diffusera le 15 septembre 2018 « Namibie - Les corsets de l'histoire » (Neue Kleider, dunkle Geschichte. Herero in Namibia) par Dorothe Dörholt.

« De 1904 à 1908, les Allemands installés sur le territoire de l'actuelle Namibie ont exterminé la tribu des Herero. Retour sur ce chapitre sanglant et oublié de la colonisation. »


« Les exactions commises par les colons allemands à l'encontre des Herero ont été reconnues comme le premier génocide du XXe siècle. Les survivants - 20 % de la population - ont dû, notamment, adopter les coutumes vestimentaires de leurs bourreaux ».

« Aujourd'hui, Mc Bright Kavari, 22 ans, créateur de mode d'origine herero, a décidé de dessiner une ligne de vêtements pour lutter contre l'oubli. Pour l'aider, sa mère et les anciens de la tribu décimée racontent leurs douloureux souvenirs et exhument leurs archives personnelles ».

« Ce documentaire suit le parcours du jeune homme sur la route du souvenir, de Windhoek, capitale de la Namibie, au village de sa famille ».

Quant au photographe britannique Jim Naughten, il a silloné, alors qu’il était étudiant à la fin des années 1980, la Namibie et a découvert « des tribus portant des robes de l’ère victorienne, des villes fantômes, l’architecture bavaroise, des reliques de la Première Guerre mondiale ».

Ses photographies ont été montrées dans une exposition à la Klompching Gallery à New York et réunies dans le livre Conflict and Costume: The Herero Tribe of Namibia (Merrell).

"En Namibie, un songe allemand"
Arte diffusera le 16 novembre 2018, dans le cadre d'"Invitation au voyage" (Stadt Land Kunst), "Ken Loach en Irlande / Namibie / Washington" (Mit Ken Loach in Irland / Namibia / Washington) par Fabrice Michelin. Linda Lorin "nous emmène à la découverte de trois lieux de notre patrimoine artistique, culturel et naturel. Dans ce numéro : Avec Ken Loach, un vent de révolte se lève en Irlande - En Namibie, un songe allemand - Le Capitole à Washington, symbole du pouvoir fédéral américain."

"En Namibie, un songe allemand. Sur la côte namibienne, Swakopmund étonne par ses demeures de style Art nouveau".

"Elle rappelle l'histoire d'une colonisation allemande qui se soldera par le premier génocide du XXe siècle."

"La Namibie, histoire d′une colonie allemande"
Arte diffusera le 24 avril 2019 "La Namibie, histoire d′une colonie allemande" ("Unter Herrenmenschen" - Der deutsche Kolonialismus in Namibia) par Christel Fomm. "Retour sur l’histoire coloniale allemande en Namibie, marquée par un massacre que les historiens considèrent comme le premier génocide planifié du XXe siècle : à partir de 1904, 85.000 personnes sont abattues, empoisonnées ou contraintes à mourir de soif."

"L’histoire du colonialisme allemand en Namibie (1884-1915) fut courte mais terrible. Elle a laissé des cicatrices encore profondes, plus de cent ans après le retrait de la puissance coloniale. C’est lors de la conférence de l'Afrique de l'Ouest, en 1884, que l’Allemagne se forge sa "place au soleil", en mettant la main sur le protectorat du Sud-Ouest africain. Loin de leurs volontés évangélisatrices, les colons se montrent sans pitié : violences et abus en tous genres poussent le peuple herero à se révolter, mené par son chef Samuel Maharero. En représailles, les Allemands organisent ce qui sera considéré comme le premier génocide planifié du XXe siècle : à partir de 1904, 85 000 personnes – hommes, femmes et enfants sans distinction – sont abattues, empoisonnées ou contraintes à mourir de soif. Aujourd’hui, nombreux sont les Namibiens à exiger de l’État allemand un véritable travail de mémoire, à la mesure du crime perpétré en son nom."
DOCUMENTS

Dans cette lettre à Hendrik Witbooi, Samuel Maherero l'enjoint à le rejoindre dans le soulèvement.
« Chaque jour les Allemands tirent sans aucune raison sur l'un d'entre nous, ils seront notre fin. Combattons ensemble telle l'Afrique contre les Allemands ». Malheureusement la missive, interceptée par des courriers Basters de Rehoboth et donnée aux Allemands, ne parviendra jamais à son destinataire. 
© Collection J.B. Gewald/Vedder/ Courtesy of National Archive of Namibia. 

« Moi, grand général des troupes allemandes, j’adresse cette lettre au peuple Herero. Les Herero ne sont désormais plus des sujets allemands. Ils ont tué et volé, ils ont coupé les oreilles, les nez et des membres du corps de soldats blessés, et maintenant sans lâcheté aucune, il n’y a plus de désir de combattre. Je dis au peuple : quiconque livre un capitaine recevra 1000 marks, et celui qui livrera Samuel recevra 5000 marks. Le peuple Herero doit toutefois quitter le territoire. Si la populace ne s’exécute pas je les y forcerais en utilisant le Groot Rohr (canon). À l’intérieur des frontières allemandes chaque Herero, sans ou avec une arme, avec ou sans bétail, sera fusillé. Je n’accepterai plus désormais les femmes et les enfants, je les renverrai à leur peuple ou les laisserai être abattus. 
Voici ma déclaration au peuple Herero. 
Le grand général du puissant Kaiser allemand. » 


"La Namibie, histoire d′une colonie allemande" par Christel Fomm
Allemagne, 2018, 53 min
Sur Arte le  24 avril 2019 à 1 h 05
       
"Ken Loach en Irlande / Namibie / Washington"
France, 2018, 39 min
Sur Arte le 16 novembre 2018 à 16 h 30
Visuels :
Sur la côte namibienne se tient l’étonnante Swakopmund, cité aux demeures art nouveau où résonnent des noms de rues aux consonances allemandes. Une singularité dans le Sud-Ouest de l’Afrique due à l’éphémère colonisation de la Namibie par les Allemands à la fin du XIXe siècle. Cette occupation, qui se soldera par un génocide, a marqué à jamais l'identité du pays.
© Elephant Doc

« Namibie - Les corsets de l'histoire » par Dorothe Dörholt
Allemagne, 2016
Sur Arte les 15 septembre 2018 à 17 h 50 et 5 octobre 2018 à 11 h 10
Visuels :
Femmes en robes traditionnelles herero réalisées par MC Brights
Mc Bright écoute les histoires de famille de madame Schimmings
Salutation entre Himba et Herero
Le couturier Mc Bright Kavari et ses modèles
© Stephan Ketelhut

Du 7 mars au 28 avril 2018
A la Galerie Olivier Castaing
Team School Gallery
322 rue Saint Martin  75003 Paris | france
Tel. : +33 (0)142 717 820
Entrée libre mardi > samedi
14h > 19h sauf jours fériés et sur RDV


Du 25 novembre 2016 au 12 mars 2017
17, rue Geoffroy–l’Asnier. 75008 Paris
Tél. : 01 42 77 44 72 
Tous les jours sauf le samedi de 10 h à 18 h et le jeudi jusqu’à 22 h.  Entrée libre

Visuels :
Affiche
Des femmes herero au travail forcé transportant des marchandises. La construction des infrastructures principales de la colonie fut accomplie avec l'emploi de travailleurs forcés.
© Coll. J-B Gewald

Lothar von Trotha et Theodor Leutwein à Windhoek. 1904. © Bundesarchiv Bild 146-2006-0135.

Samuel Maherero et ses conseillers, photographiés peu après le début du soulèvement. © Collection J.B. Gewald/ Courtesy of National Archive of Namibia

De gauche à droite: Theodor Leutwein, Johannes Maharero ou Michael Tjisiseta, Ludwig Kleinschmidt (interprête d’ascendance allemande et Nama), Manasse Tjisiseta, et Samuel Maharero. Omaruru, 1895. Coll. J. B. Gewald / Courtesy of National Archives of Namibia.

Soldats des troupes coloniales du Sud-Ouest africain allemand entourant des chefs herero prisonniers.
Namibie, ca 1904/1905. © Deutsches Historisches Museum, Berlin / I.Desnica.

Soldats de la force de protection posant pour une photo souvenir autour d'une pancarte "guerre contre les Herero et les Hottentots». 1904. © Bridgeman images.

“Femme herero en costume traditionnel” (titre original). Photographies et cartes postales réduisent les individus herero à des catégories génériques et des stéréotypes. Les images de femmes africaines à demi-nues comblent les fantasmes masculins coloniaux. Ca.1906/1914. © Bundesarchiv, Bild 105-DSWA0097.

Herero décharnés retrouvés dans le désert. © Collection J.B. Gewald/ Courtesy of Vereinigte Evangelische Mission Archiv, Wuppertal.DR.

Vernichtungsbefehl [ordre d'extermination], 3 octobre 1904. La seule copie existante de l'ordre d'extermination écrit en Otjiherero, signé de Lothar von Trotha. Le matin du 3 octobre 1904, un groupe d’environ trente prisonniers est forcé d’assister à la pendaison de membres de leurs familles, et se voit ensuite distribuer des exemplaires similaires de cet ordre. Les prisonniers porteurs du message sont ensuite relâchés dans le désert. © Collection J.B. Gewald / Courtesy of Botswana National Archives. DR. « Moi, grand général des troupes allemandes, j’adresse cette lettre au peuple Herero. Les Herero ne sont désormais plus des sujets allemands. Ils ont tué et volé, ils ont coupé les oreilles, les nez et des membres du corps de soldats blessés, et maintenant sans lâcheté aucune, il n’y a plus de désir de combattre. Je dis au peuple : quiconque livre un capitaine recevra 1000 marks, et celui qui livrera Samuel recevra 5000 marks. Le peuple Herero doit toutefois quitter le territoire. Si la populace ne s’exécute pas je les y forcerais en utilisant le Groot Rohr (canon). A l’intérieur des frontières allemandes chaque Herero, sans ou avec une arme, avec ou sans bétail, sera fusillé. Je n’accepterais plus désormais les femmes et les enfants, je les renverrais à leur peuple ou les laisserai être abattus. Voici ma déclaration au peuple Herero. Le grand général du puissant Kaiser allemand. »

Huttes de herero menés par le chef Tjetjo incendiées. 1904. © Collection J.B. Gewald/ Courtesy of National Archive of Namibia

Caricature publiée en 1906 dans le magazine satirique Der Wahre Jacob. Elle évoque la mort de plusieurs milliers de morts dans l'Omaheke fin 1904. DR. légende originale : "Ça n'a pas fait beaucoup de profit bien qu'il n'y ait pas de produits de meilleure qualité sur le marché, mais on peut au moins en faire une usine de broyage d'os."

Le camp de concentration de Windhoek, implanté au centre de la ville. À l’arrière-plan, l’ancien fort établi en 1890 par Curt von François. 1906. © Collection J.B. Gewald/ Courtesy of National Archive of Namibia

Femmes herero faisant la lessive dans le camp de concentration de Swakopmund. Vers 1906. © Collection J.B Gewald/ Courtesy of National Archive of Namibia

Inventaire national des prisonniers indiquant notamment le nombre de décès. 18 août 1906. On notera le nombre de femmes et d'enfants [Kinder] travaillant sur la construction du chemin de fer (Bahnau Lüderitzbucht et Otavibahnbau). © Collection J.B. Gewald/ Courtesy of National Archive of Namibia.

Reproduction d'une carte postale dessinée d'après une photographie de soldats allemands empaquetant des crânes. Ca. 1905. Légende au dos de la carte : "transport de crânes herero à destination des musées et universités allemandes." Cette carte était destinée au marché des soldats des colonies. DR.

En mars 2014 un second rapatriement a lieu, de moindre importance, de restes humains d’origine herero, ovambo, san, nama, et damara. Quatorze crânes provenant de l’Université de Fribourg puis vingt et un crânes et squelettes provenant de l’Hôpital universitaire de la Charité à Berlin. © Dr. Larissa Förster.

Untitled #34 série Hereros, Real Portraitik #1, Namibie, 2017
Photographie ©Stephan GLADIEU courtesy School Gallery / Olivier Castaing

Untitled #49 série Hereros, Real Portraitik #1, Namibie, 2017
Photographie ©Stephan GLADIEU courtesy School Gallery / Olivier Castaing

Untitled #40 série Hereros, Real Portraitik #1, Namibie, 2017
Photographie ©Stephan GLADIEU
courtesy School Gallery / Olivier Castaing

Untitled #47 série Hereros, Real Portraitik #1, Namibie, 2017
Photographie ©Stephan GLADIEU courtesy School Gallery / Olivier Castaing

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Les citations sont extraites des dossiers de presse. Cet article a été publié le 5 mars 2017, puis les 23 avril et 14 septembre 2018.