dimanche 25 février 2018

Jean-Pierre Melville (1917-1973)


Jean-Pierre Melville (1917-1973) est né Jean-Pierre Grumbach dans une famille juive alsacienne. Réalisateur, producteur, propriétaire de ses studios de cinéma rue Jenner (XIIIe arrondissement de Paris), pionnier de la Nouvelle Vague, membre de la Commission de contrôle des films, il s’est distingué par sa maîtrise technique et dans la direction d’acteurs, en excellant dans le film noir, et son goût pour l’épure. Quatorze œuvres classiques (1947-1972) liés par la thématique du destin et sous le signe de l’ambiguïté. Des chefs d’œuvre. Arte diffusera le 26 février 2018 "Bob le flambeur", de Jean-Pierre Melville.

« Alors, vous voulez que je vous parle de Jean-Pierre Melville ? », a demandé Paul Meurisse au journaliste Denis Jeambar  venu l’interviewer dans sa loge, trente minutes avant d’entrer en scène pour jouer Un Sale égoïste, de Françoise Dorin, en septembre 1970. Après avoir été très liés, le comédien et le réalisateur s’étaient brouillés.

« Je ne vous dirai qu’une seule chose : Jean-Pierre Melville est un très grand metteur en scène… »

Paul Meurisse « affecta un silence marqué puis il conclut : « D’ailleurs, il le dit lui-même ». (Denis Jeambar, Portraits crachés)

Un réalisateur qui a construit son personnage - Stetson, lunettes Ray-Ban aux verres dissimulant le regard, imperméable - entouré de deux chats siamois...

« Passéiste »
Jean-Pierre Grumbach nait en 1917, dans une famille juive athée, alsacienne, socialiste. Son pseudonyme Melville reflète son admiration pour le romancier américain Herman Melville.

Ses parents– son père est négociant en tissus - lui donnent une caméra Pathé-Baby quand Jean-Pierre Grumbach a six ans, en 1923. Ce benjamin d’une fratrie filme sa famille, notamment sa sœur Janine, son frère Jacques (1902-1942), son cousin Michel Drach (1930-1990), futur réalisateur des Violons du Bal.

En 1932, le père de Jean-Pierre Grumbach meurt d’une crise cardiaque.

C’est la vision en 1933 du film Cavalcade, de Frank Lloyd qui fait naitre la vocation de réalisateur et sa passion pour le cinéma américain chez cet élève peu intéressé par les études au lycée. Cet adolescent exerce divers métiers, puis en 1938 effectue son service militaire.

Jean-Pierre Grumbach est stupéfait par la signature du pacte germano-soviétique en août 1939. « « Imaginez le choc pour tous les Français, et pas seulement pour les jeunes comme moi qui étaient communistes, de découvrir qu’une section de la gauche, à savoir le parti communiste, était d’accord avec l’Allemagne nazie. J’avais vingt et un ans lorsque ces événements se sont produits et, pour la première et unique fois de ma vie, j’ai pensé au suicide. Le monde s’écroulait et avec lui une certaine notion de la moralité. Je ne m’étais pas encore rendu compte que, en matière de politique, la moralité n’existe pas. La découverte de la duplicité en politique fut un des drames de ma vie. »

Jean-Pierre Grumbach retrouve son régiment. La Bataille de France débute.

Démobilisé en août 1940, dégoûté par l’armistice, il entre dans la résistance et y rejoint à Marseille son frère Jacques Grumbach. Au début des années 2000, Rémy Grumbach, fils de Jacques Grumbach, se voit remettre par le ministère des Affaires étrangères, alors dirigé par Dominique de Villepin, un dossier dont s'étaient emparés durant la Guerre les Nazis, puis les Soviétiques, et récupéré par la France. Dans ce dossier : des lettres adressées à Jacques Grumbach, conseiller général du canton de Romilly-sur-Seine (Aube), par des habitants lui demandant de les aider à faire venir rapidement en France des membres de leur famille vivant en Pologne... "Avant la guerre, mon père avait créé un réseau pour exfiltrer des personnes d'Allemagne, de Pologne... Quel homme !", a confié Rémy Grumbach.

« C'était un homme paradoxal. D'une certaine façon, il n'a jamais cessé de porter un masque, y compris dans le cercle privé. Mais je crois que ce qu'on soupçonnait le moins, c'est que Jean-Pierre était un homme qui tenait profondément à la famille. Il avait pour son frère Jacques, mon père, une réelle admiration et a été très influencé par lui. Mon père était, avant la seconde guerre mondiale, journaliste, militant socialiste, proche collaborateur de Léon Blum. Pour se distinguer de lui, sans doute, Jean-Pierre était, déjà à cette époque, engagé à droite. Mais ils sont tous les deux entrés dans la Résistance, et mon père a été tué en traversant clandestinement les Pyrénées, par un passeur espagnol qui l'a dépouillé de l'argent qu'il amenait à Londres. A la Libération, Jean-Pierre aimait à réunir la famille, et pour le petit garçon que j'étais, il a joué un rôle de modèle. C'était aussi, objectivement, un héros », se souvenait Rémy Grumbach, réalisateur notamment pour Dim, Dam, Dom. (Le Monde, 26 janvier 2010)

Son souvenir le plus marquant ? Il « renvoie à l'anniversaire du centenaire de Léon Blum. Jean-Pierre m'a dit alors que mon père m'aurait sûrement emmené sur sa tombe pour lui rendre hommage, et c'est pourquoi, lui qui n'avait jamais été un homme de gauche, m'y a emmené à sa place ».

Et de conclure : « Il a toujours été adorable avec moi. Malgré le fait qu'il n'avait rien fait pour m'encourager à cette carrière, il m'a pris comme assistant sur Le Deuxième Souffle, à l'époque où j'avais abandonné mes études et où je vivais d'expédients. Ça a duré trois semaines et j'ai trouvé une place à la télévision. Ça m'a quand même permis d'assister à des scènes homériques, parce que la réalisation du film était complètement enlisée à cause de son premier producteur, Fernand Lumbroso, qui ne payait pas. J'ai vu mon oncle l'inviter chez lui, le complimenter courtoisement pour sa tenue vestimentaire, puis lui dire que sa tête en revanche ne lui revenait pas et l'assommer d'un coup de poing dans la tempe. Melville était un homme d'une intelligence, d'une tenue et d'une séduction exceptionnelles, mais il était aussi très costaud et ne reculait jamais devant l'affrontement ».

Jean-Pierre Grumbach prend le nom de Melville dans la Résistance. Au sein des Forces françaises Libres, il participe au débarquement en Provence, à la bataille du Mont Cassin, en Italie. C'est pendant la guerre qu'il décide, après avoir essuyé un refus concernant un projet cinématographique, de devenir propriétaire de studios de production cinématographique.

Après un court métrage (Vingt-quatre heures de la vie d'un clown, 1946), Jean-Pierre Melville signe l’adaptation cinématographique du chef d’œuvre de Vercors publié clandestinement pendant l’Occupation par Les Editions de Minuit, Le Silence de la mer (1947), et des Enfants terribles de Jean Cocteau (1950). Puis, il tourne Bob le Flambeur (1955), un polar avec Roger Duchesne.

En 1955, Jean-Pierre Melville fonde ses studios, les studios Jenner, dans le XIIIe arrondissement de Paris. Lieu de travail jour et nuit, et domicile. En 1967, un incendie les détruit.

La Résistance s’avère une matrice de la vie de Jean-Pierre Melville qui l’évoquera dans L’Armée des Ombres (1969), d’après le roman de Joseph Kessel.

Profondément affecté par le semi-échec d’Un Flic (1972), Jean-Pierre Melville décède en 1973 d’un accident vasculaire cérébral dans un restaurant parisien.

« Melville a d'ailleurs été le pionnier et le parrain de la Nouvelle Vague. C'est lui qui, le premier, bien avant Truffaut, Godard et Chabrol, intronise le tournage en caméra portée et en décors naturels. Il tourne aussi en équipe légère, avec très peu de moyens, afin de ne pas dépendre d'un producteur. Il a toujours été à l'écart du système. C'était un franc-tireur qui a toujours refusé les compromis. Il finançait d'ailleurs ses propres films, alors que la plupart des cinéastes de la Nouvelle Vague travaillaient pour Georges de Beauregard. Il est à l'origine de ce mouvement ! C'était un homme très cultivé, qui lisait beaucoup… Ce qui intéresse Jean-Pierre, ce sont les histoires de mensonges et de trahisons, de courage et de lâcheté. Dans ses films noirs, ce sont des flics et des gangsters qui s'affrontent. Dans L'Armée des ombres, ce sont des résistants et des nazis. Mais au fond, son regard reste le même », a confié Philippe Labro sur son ami et mentor (Le Point, 23 octobre 2017).

Et d’ajouter : il « voulait imposer sa force. Il était autoritaire, parfois dictatorial. Il aimait créer un climat de tension sur le plateau, quasi conflictuel, qui lui permettait d'obtenir de certains acteurs des choses qu'il n'aurait jamais obtenues en copinant avec eux. Je n'ai jamais assisté à l'un de ses tournages. Mais tous les témoignages concordent : il était odieux, insupportable. Ses assistants – qui sont devenus depuis de grands metteurs en scène, comme Yves Boisset, Bertrand Tavernier ou Volker Schlöndorff – ont confirmé son comportement exécrable. Jean-Paul (Belmondo) avait observé une grande distance vis-à-vis de Jean-Pierre. Il ne l'aimait pas, il s'était mal comporté avec lui et Charles Vanel sur L'Aîné des Ferchaux (1963). Encore une fois, je crois qu'il ne faut jamais s'arrêter à l'anecdote. Ses rapports humains difficiles avec ses acteurs et ses techniciens ont, paradoxalement, donné des films forts, puissants. Et, avec le recul, seul compte le résultat… C'était un homme d'une sensibilité inouïe. Il dissimulait souvent sa vraie nature, anxieuse. Le stress énorme dont il était l'objet a eu raison de lui. Ce fut une tragédie pour moi. J'ai perdu un mentor, un père spirituel, un ami ».

Et d’analyser : « Si on le célèbre encore, c'est qu'il y a une raison. Ses films n'ont pas vieilli. Ils possèdent un style minimaliste d'une grande modernité. Son cinéma est maniériste, épuré et hypnotique. Prenez le tueur mutique à la démarche hiératique du Samouraï (1967) : Alain Delon ne prononce pas un seul mot avant douze minutes de film ! Dans un même ordre d'idée, le fameux casse de la bijouterie de la place Vendôme dans Le Cercle rouge (1969) est une séquence entièrement muette de vingt-cinq minutes ! La dilatation du temps est essentielle chez Melville. C'est un grand technicien, un maniaque du détail, un fétichiste. De Tarantino à Michael Mann, en passant par John Woo, c'est forcément une leçon pour la nouvelle génération de cinéastes qui vient après lui. Aujourd'hui, on dit « melvillien ˮ » comme on dit « fellinienˮ » ou « hitchcockien »ˮ. Quand un auteur devient un adjectif, cela veut dire qu'il est entré dans la catégorie supérieure ».

Arte lui a rendu hommage en diffusant Le Cercle rouge  (Vier im roten Kreis), Le Deuxième souffle (Der zweite Atem), et Léon Morin, prêtre (Eva und der Priester).

"Bob le flambeur"
Arte diffusera le 26 février 2018 "Bob le flambeur", de Jean-Pierre Melville. "A travers le récit d'un casse manqué, Jean-Pierre Melville tisse une ode nostalgique et pleine de gouaille au Paris d'avant-guerre où se croisaient jolies filles et truands pittoresques".

"Robert Montagne, surnommé "Bob le flambeur", aime arpenter les rues de Pigalle jusqu'à la fin de la nuit. Il règne sur le milieu des truands, des petites frappes, et son protégé, Paulo, lui voue une admiration sans bornes. Il a beau avoir vieilli, sa passion du jeu reste intacte. Après avoir tout perdu aux cartes, Bob souhaite se refaire avec un "gros coup" et accepte de cambrioler le coffre-fort du casino de Deauville. Mais les obstacles se multiplient…"

"Vieux beau assagi par des années de prison, "Bob" règne sur un monde de petites frappes et de tenanciers de bistrots. Il dispense ses conseils à la "nouvelle vague" des malfrats en se voulant garant d'une certaine morale faite de roublardise et d'esprit chevaleresque. Le premier scénario original de Jean-Pierre Melville n'est curieusement pas un pur polar, mais une brillante comédie de mœurs dans le Pigalle d'avant-guerre".


"Avec talent, Melville recrée et capte les instants insolites ou poétiques d'une époque révolue avec l'Occupation. Ode nostalgique à un Paris qui n'est plus, Bob le flambeur, avec ses truands pittoresques et ses jolies filles, le ressuscite par une foule d'images emblématiques, des enseignes lumineuses de Montmartre à la place Blanche, déserte aux premières lueurs de l'aube".

Léon Morin, prêtre 
Léon Morin, prêtre est tourné après Deux hommes dans Manhattan (1959).

« Une petite ville française sous l'Occupation. Barny, qui élève seule sa fille, est correctrice dans une école par correspondance. Attirée par la jolie secrétaire, cette communiste convaincue décide un jour, par dérision, de provoquer un prêtre qui officie dans la bourgade. Jeune, intelligent, progressiste, le père Léon Morin la trouble par sa foi inébranlable et par son charme. Prise à son propre piège, Barny l'accepte comme directeur de conscience... »

Emmanuelle Riva, qui interprète la veuve d’un communiste juif, et Jean-Paul Belmondo « s'affrontent sur le terrain de la séduction et de la foi dans un film fascinant signé Melville » adaptant le roman de Béatrix Beck, Prix Goncourt 1954.

« Avec, en toile de fond, une province étriquée, partagée entre résistance passive et collaboration, la fascination éprouvée par Barny pour l'homme autant que pour sa foi constitue le fil conducteur du film ».

« Placé sous le signe de la transgression, le désir de la jeune femme passe de sa collègue à la personne du prêtre ».

« Mais le lien intellectuel passionné qu'elle noue avec Léon Morin, l'attirance ambiguë consciemment suscitée par ce jeune homme pour attirer les femmes qui l'entourent du côté du « bien » et la force morale qui le porte contribuent à donner à ce film une beauté et une liberté étonnantes – renforcées par le jeu incandescent de deux acteurs eux aussi en état de grâce ».

Pour convaincre le jeune acteur qu’il pouvait incarner un prêtre, Melville était arrivé inopinément sur le plateau où tournait Jean-Paul Belmondo et lui avait demandé de porter la soutane. Le comédien avait obtempéré et avait commencé à croire en la possibilité de jouer ce personnage.

Le Deuxième souffle 
« Un truand en cavale, accusé d’avoir donné ses complices, se bat pour laver son honneur... Pour son dernier film en noir et blanc, Jean-Pierre Melville récuse l'idée de réalisme, se débarrasse d'un certain folklore et annonce l'épure stylistique de ses films suivants. Avec Lino Ventura, Paul Meurisse et Michel Constantin ».

« Gustave Minda, dit « Gu », s’évade de la prison où il purgeait une peine à perpétuité et débarque à Paris chez Manouche, son ancienne petite amie, qui le cache. Grand expert du milieu, le commissaire Blot enquête sur l’affaire et reconnaît un peu plus tard la patte de Gu dans le meurtre de deux malfrats qui tentaient de faire chanter Manouche. Celle-ci part pour Marseille où elle parvient à organiser le départ du fugitif. Mais Gu veut se refaire avant de gagner l’étranger et décide d’accepter une proposition dangereuse : attaquer, avec trois complices, un convoi de fonds et liquider ceux qui l’accompagnent… »

Adapté du roman de José Giovanni, « le dernier film en noir et blanc de Jean-Pierre Melville procède à une synthèse parfaite des éléments contenus dans ses polars précédents, et annonce l'épure stylistique de la trilogie à venir avec Alain Delon ».

Réalisé après Le Doulos (1962) et L’Aîné des Ferchaux (1963), ce « film récuse l'idée de réalisme (c'est le premier pas vers l'abstraction glacée du « Samouraï ») tout en se débarrassant d'un certain folklore. Gu (Lino Ventura, admirable) est dénué du charme romantique des bandits. Il est essentiellement mû par son instinct de survie et son code de l'honneur, et ne connaît que le règne de la violence et de la fuite ».

Melville « ne se livre à aucune apologie du gangstérisme, mais il s'identifie à des hommes qui vivent hors du monde et de toute contingence sociale ».

Paul Meurisse « interprète le plus beau personnage de flic de toute l'œuvre de Melville. La scène où il reconstitue en présence de témoins l'échange de coups de feu survenu dans un bar, tournée en un seul plan, constitue un morceau d'anthologie, tout à fait représentatif de la maîtrise technique et narrative du cinéaste ».

Le Cercle rouge 
« Melville, Delon, Bourvil, Montand : des figures emblématiques réunis dans un chef-d'œuvre du polar français, à la fois austère et stylisé » précédé par Le Samouraï (1967).

« Çakya Muni le solitaire dit Sidarta Gautama le sage dit le Bouddah se saisit d’un morceau de craie rouge, traça un cercle et dit : - Quand les hommes, même s’ils s’ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d’entre eux, et ils peuvent suivre des chemins divergents ; au jour dit, inexorablement, ils seront réunis dans le cercle rouge. » C’est sur cette citation apocryphe de Râmakrishna que s’ouvre le film.

« Escorté par le commissaire Mattei dans un train de nuit, un malfrat du nom de Vogel parvient à fuir en sautant du wagon. Une importante battue policière est alors organisée, à laquelle il réussit à échapper. Le même jour, Corey est libéré après cinq ans de détention. Le hasard va réunir les deux voyous... »

Un « polar crépusculaire hanté par des figures hiératiques aux prises avec un monde en perte d'humanité : avant-dernier film de Melville, dernière apparition d'un Bourvil déjà très malade, « Le cercle rouge » est une des œuvres les plus stylisées de la tradition des policiers à la française ».

« Rythmé par d'étonnantes séquences silencieuses, où des personnages archétypaux jusqu'à l'abstraction semblent ferrés par leur solitude et l'inéluctabilité de leur destin, le film vise à l'épure de la tragédie classique ».

Pour persuader André Bourvil  – c’est ainsi qu’il est identifié dans le générique du film - de sa crédibilité de commissaire de police, Jean-Pierre Melville l’avait conduit chez Goulard, un chapelier du boulevard de Sébastopol à Paris. Tous deux avaient choisi un chapeau et Bourvil s’était promené en arborant son feutre. Sans se ridiculiser.

Melville demande à ses acteurs de retourner la scène finale. André Bourvil s’avance vers la caméra, suivi de son adjoint incarné par Marcel Bozzuffi. Il lui dit : « Vous savez comment j'ai fait pour arriver à la solution de cette affaire ? Eh bien, c'est tout simplement en appliquant... » et taquin, Bourvil chante a capella La Tactique du gendarme. Marcel Bozzuffi demeure impavide. Ce qui fait rire Bourvil qui continue de chanter sa célèbre chanson comique. Finalement, Marcel Bozzuffi comprend qu’il peut sourire… 

"Bob le flambeur" de Jean-Pierre Melville
France, 1956, 99 min.
Image : Henri Decaë
Montage : Monique Bonnot
Musique : Eddie Barclay, Jo Boyer
Production : Organisation Générale Cinématographique, Productions Cyme, Play Art, Studios Jenner
Producteur/-trice : Jean-Pierre Melville, Serge Silberman, Roger Vidal
Scénario : Jean-Pierre Melville, Auguste Le Breton
Acteurs : Isabelle Corey, Daniel Cauchy, Roger Duchesne, Guy Decomble, André Garet, Gérard Buhr
Sur Arte le 26 février 2018 à  22 h 20
Visuels :
Affiche du film
Roger Duchesne et André Garet
Isabelle Corey et Gerard Buhr
André Garet et Daniel Cauchy (au centre)
Credit : © Studiocanal

Léon Morin, prêtre, par Jean-Pierre Melville
France, Italie, 1961, 124 min
Image : Henri Decaë
Montage : Jacqueline Meppiel, Nadine Marquand, Marie-Josèphe Yoyotte
Musique : Martial Solal
Production : Rome Paris Films, Concordia Compagnia Cinematografica
Producteur/-trice : Georges de Beauregard, Carlo Ponti
Scénario : Jean-Pierre Melville
Acteurs : Jean-Paul Belmondo, Emmanuele Riva, Irène Tunc, Nicole Mirel, Gisèle Grimm
Auteur : Béatrix Beck
Sur Arte le 27 novembre 2017 à 23 h 15
Visuels :
Affiche du film
Jean-Paul Belmondo
Emmanuelle Riva
Jean-Paul Belmondo et Emmanuelle Riva
Credit : © Studiocanal

France, 1966, 150 min
Image : Marcel Combes
Montage : Michèle Boëhm, Monique Bonnot
Musique : Bernard Gérard
Production : Les Productions Montaigne
Producteur/-trice : André Labay, Charles Lumbroso
Scénario : José Giovanni, Jean-Pierre Melville
Acteurs : Lino Ventura, Paul Meurisse, Raymond Pellegrin, Christine Fabréga, Marcel Bozzuffi, Michel Constantin
Auteur : José Giovanni
Sur Arte le 27 novembre 2017 à 20 h 50
Visuels :
Lino Ventura
Paul Meurisse (à droite)
© D.R.

Le Cercle rouge, par Jean-Pierre Melville
France, Italie, 1970, 116 min
Image : Henri Decaë
Montage : Marie-Sophie Dubus
Musique : Eric de Marsan
Production : Euro International Film, Les Films Corona, Selenia Cinematografica
Producteur/-trice : Robert Dorfmann
Scénario : Jean-Pierre Melville
Acteurs : Alain Delon, André Bourvil, Yves Montand, Gian Maria Volonté, François Périer, André Ekyan
Sur Arte le 26 novembre 2017 à 20 h 50
Visuels :
Affiche
Bourvil
Bourvil (au centre)
Alain Delon
Alain Delon et Yves Montand
Yves Montand
© Studiocanal

Alain Delon
Yves Montand
© Studiocanal/Andre Perlstein

A lire sur ce blog :
Les citations sont extraites d'Arte. Cet article a été publié le 26 novembre 2017.

« Nos années de plomb - Du Caire au Bataclan : Autopsie d'un désastre » par Philippe Cohen-Grillet


« Nos années de plomb - Du Caire au Bataclan : Autopsie d'un désastre » est une enquête minutieuse de Philippe Cohen-Grillet sur l’attentat du 22 février 2009 au Caire (Egypte) qui a causé la mort de Cécile Vannier, lycéenne de 17 ans et blessé 24 autres personnes. Accablant pour des autorités politiques, des magistrats et des médias français.

« Les banlieues de la ligne 148 » par Grit Lederer et Alexander Smoltczyk
« Nos années de plomb - Du Caire au Bataclan : Autopsie d'un désastre » par Philippe Cohen-Grillet

Le 22 février 2009 : Un attentat à l'explosif sous un banc de la place Al-Hussein, près d'un café à Khan el-Khalili, un quartier touristique du Caire, cause la mort de Cécile Vannier, lycéenne française de 17 ans en séjour touristique, et blesse 24 autres personnes. Un autre engin a été découvert, mais il n'a pas explosé. La police égyptienne a arrêté trois hommes suspectés d'être impliqués dans l'attentat.

Après les attentats terroristes islamistes du 13 novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis, Philippe Cohen-Grillet, journaliste, révélait dans Le Canard enchaîné que, « malgré le déni et les mensonges du gouvernement, la justice française était au courant de menaces contre le Bataclan depuis 2009, et que rien n'avait été fait ». Ni information des propriétaires de la salle de concerts, ni protection policière du lieu, ni recherche des plans du bâtiment. Pourquoi ?

« Fondé sur des centaines de documents inédits et des années de rencontres avec les principaux protagonistes », Nos années de plomb est une « chronique glaçante de la guerre en cours, qui ne s'interdit ni la satire de ceux qui sont censés nous protéger, et en ont été incapables, ni la compassion pour les victimes ».

Ce livre « nous fait entrer dans les secrets d'une enquête d'une ampleur exceptionnelle sur la faiblesse de la France face à ses ennemis ».

Le « récit cinglant d'un incroyable désastre policier, judiciaire et politique » sous les présidences de Nicolas Sarkozy et de François Hollande.

Occultations d'informations et mensonges à la famille de Cécile Vannier, indifférence de médias à l'égard de cet attentat, diplomatie française peu claire... Philippe Cohen-Grillet brosse un tableau effrayant d'une France cible du terrorisme islamiste, ainsi que de magistrats et agents du renseignement irresponsables.

Comme en atteste, dans une autre affaire, l'arrêt de la Cour administrative d'appel de Marseille concluant à l'absence de « faute lourde » engageant l'Etat dans la plainte concernant le soldat Abel Chennouf, tué à Montauban le 15 mars 2012 par le terroriste Mohamed Merah.

Le 13 novembre 2017, lors de l'émission Les Grandes Gueules sur RMC, Alain Marsaud, ancien chef du service central de lutte antiterroriste au parquet de Paris, a déclaré : "Nous avons un enregistrement complet de ce qui s'est passé au Bataclan... Les terroristes du Bataclan disaient, avant d'assassiner, de tirer au coup par coup : "Tiens espèce de sale juif’ !" Chez ces gens venus de Molenbeek ou passés par le circuit Grèce... On a un antisémitisme latent aussi dans l'affaire du Bataclan. Il n'y a pas que l'Hypercacher".

Cérémonie 2018
"Chaque année, Cathy et Jean-Luc Vannier, qui ont perdu leur fille unique, organisent ce jeudi une cérémonie qui s’achève toujours au parc de la Planchette, où un buste en bronze de Cécile a été posé en 2011. Des bougies, des chansons et un rassemblement de ses amis. Tous ceux qui sont revenus du Caire, blessés physiquement pour certains, mais tous meurtris par l’explosion", indique Le Parisien.

Et de rappeler : "Cette commémoration, année après année, est également le témoignage de la pugnacité des parents de Cécile qui cherchent encore et toujours à savoir qui sont les auteurs de l’attentat. Pour la famille, les avocats et les spécialistes des questions de terrorisme, les liens entre l’attentat du Caire, puis l’affaire Merah et, enfin, le 13 novembre et le Bataclan, sont évidents. «Ce sont les mêmes noms qui reviennent dans les enquêtes, c’est la même nébuleuse», répète Cathy Vannier, qui a obtenu en novembre dernier qu’une plaque en la mémoire de sa fille soit posée aux Invalides, reconnaissant ainsi Cécile comme victime du terrorisme. «C’était également très important pour tous les jeunes d’avoir cette reconnaissance de l’Etat», souligne Cathy alors qu’un quatrième juge d’instruction vient d’être désigné pour reprendre le dossier".


Philippe Cohen-Grillet, Nos années de plomb - Du Caire au Bataclan : Autopsie d'un désastre. Editions Plein jour, 2016. 240 pages. 19 euros. ISBN : 978-2-37067-022-9

Articles sur ce blog concernant :
Les citations sont extraites du communiqué de presse. Cet article a été publié le 25 avril 2017, puis le 13 novembre 2017.

vendredi 23 février 2018

« Elser, un héros ordinaire », par Oliver Hirschbiegel


Arte diffusera le 26 février 2018 « Elser, un héros ordinaire » (Elser - Er hätte die Welt verändert ; 13 minutes), par Oliver Hirschbiegel. « En novembre 1939, un jeune menuisier allemand tente d'assassiner Adolf Hitler... Dix ans après « La chute », Oliver Hirschbiegel brosse le portrait d'une Allemagne gangrenée par le nazisme à travers le geste héroïque d'un anonyme ».
   

« Le 8 novembre 1939, comme chaque année depuis qu'il est chancelier, le Führer s'apprête à prononcer un discours dans la brasserie de Münich où il lança, en 1923, son putsch manqué. Résolu à mettre un coup d'arrêt au nazisme en tuant Hitler, un jeune ouvrier aux sympathies communistes, Georg Elser, cache une bombe à retardement de sa fabrication dans le conduit de cheminée de l'établissement. Mais alors qu'il s'apprête à passer la frontière suisse, il est interpellé par deux douaniers… »

Georg Elser (1903-1945) a été un artisan menuisier et horloger excellent, et est demeuré dans l’Histoire comme un résistant au nazisme, un Allemand attaché à la liberté et proche des idées communistes. Sa motivation réside aussi dans sa volonté d’arrêter la guerre en tuant les dirigeants nazis - Hitler, Goebbels, Frank, Ribbentrop, Bouhler - réunis dans cette brasserie. La bombe tue huit personnes et en blesse 63 autres. 

Présenté par la propagande nazie comme un espion au service des Britanniques, Georg Elser n’est pas jugé. Il est détenu à Berlin jusqu’en 1941, puis à la prison du camp d’internement d’Oranienburg avec des politiciens français Edouard Herriot et Paul Reynaud. En 1944, il est transféré à Dachau où il isolé, étroitement surveillé. Le 9 avril 1945, il est exécuté « sur ordre supérieur » réclamant que son exécution soit maquillée en « accident mortel » lors d’un bombardement.

Ce n’est que dans les années 1990 que Königsbronn, ville natale de Georg Elser, appose une plaque à la mémoire de celui qui « voulait empêcher que plus de sang encore ne soit versé ». Le 11 avril 2010, une statue est inaugurée 

« Cet attentat contre Hitler aurait pu changer le cours de l'histoire ». 

« Exécuté à Dachau en 1944 et tombé après-guerre dans l'oubli, son auteur, Georg Elser (superbe Christian Friedel), retrouve le chemin de la mémoire collective dans un film à la mécanique implacable ». 

« Dix ans après La chute, où il retraçait les dernières heures d'Hitler dans son bunker, Oliver Hirschbiegel se penche de nouveau sur les heures sombres du nazisme. Au-delà des minutieux préparatifs de l'attentat et des terribles interrogatoires, le cinéaste plonge en flashback dans les ressorts qui ont déterminé Elser à passer à l'action ».

« De la difficulté croissante à trouver un emploi à l'embrigadement des plus jeunes, des opposants transformés en esclaves par le travail forcé aux rues pavoisées de croix gammées, il montre l'insidieuse montée en puissance de l'idéologie nazie et sa gangrène sur le quotidien de la petite ville de Koenigsbronn, où vivait Elser ». 

« Cri de liberté d'un anonyme contre l'oppression totalitaire, ce film met en pleine lumière l'inexorable dévoiement d'une société tout entière ».

Le titre anglais (13 minutes) évoque le fait que la bombe d’Elser a éclaté dans un lieu que Hitler venait de quitter treize minutes auparavant.

Construit en flash-back, ce biopic a été présenté hors compétition à la 65e Berlinale. Avec Labyrinth of Lies de Giulio Ricciarelli, il a été l’un des films sélectionnés par l’Allemagne dans la catégorie Meilleur film en langue étrangère à la 88e cérémonie des Oscar.


« Elser, un héros ordinaire », par Oliver Hirschbiegel
Allemagne, 2014, 114 min
Montage : Alexander Dittner
Musique : David Holmes
Production : Lucky Bird Pictures, ARTE, SWR, BR, WDR, Delphi Medien, Philipp Filmproduction, ARD Degeto
Producteur/-trice : Oliver Schündler, Boris Ausserer, Fred Breinersdorfer
Scénario : Fred Breinersdorfer, Léonie-Claire Breinersdorfer
Acteurs : Christian Friedel, Katharina Schüttler, Burghart Klaußner, David Zimmerschied, Felix Eitner, Johann von Bülow, Rüdiger Klink, Cornelia Köndgen, Martin Maria Abram, Thomas Gräßle, Simon Licht, Lissy Pernthaler, Udo Schenk, Michael Kranz, Gerti Drassl
Sur Arte le 26 février 2018 à 20 h 50

Visuels :
David Zimmerschied, à gauche et Christian Friedel, à droite
Burkhart Klaußner, Johann von Bülow, et Christian Friedel. (de gauche à droite).
Christian Friedel et Katharina Schüttler.
Christian Friedel (entouré de ses amis)
Christian Friedel
Burghart Klaußner, Christian Friedel et Johann von Bülow (de gauche à droite)
© SWR/Lucky Bird Pictures/Bernd Schuller

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Les citations sont d'Arte.

« Sylvin Rubinstein, le danseur qui tuait les nazis » par Lorenz Findensen


Arte rediffusera le 24 février 2018 à 16 h 30 dans la série « Les oubliés de l'Histoire » de Jacques Malaterre, « Sylvin Rubinstein, le danseur qui tuait les nazis » (Vergissmeinnicht. Sylvin Rubinstein, Tänzer des Lebens), documentaire par Lorenz Findensen. Sylvin Rubinstein, « chef de file du flamenco dans l’Europe des années 1930, effectua ses missions, au sein de la résistance, travesti en femme... » Un danseur résistant juif.


La série documentaire « Les oubliés de l'Histoire » propose « une traversée haletante de l’histoire européenne du XXe siècle à travers les destins extraordinaires d’hommes et de femmes étonnamment peu connus du grand public ».

Sylvin Rubinstein (1914-2011) et sa sœur jumelle Maria sont nés à Moscou, alors dans l’empire tsariste. Ils sont les enfants illégitimes d’une danseuse juive polonaise et de Nikolai Pjetr Dodorow, prince russe et officier du tsar Nicolas II.

Lors de la Révolution russe, les bolcheviques tuent son père, aristocrate.

La famille Rubinstein fuit pour se réfugier à Riga (Lettonie) en 1924. Les enfants suivent des cours de danse classique auprès d’une danseuse étoile, puis apprennent le flamenco.

A Brody (maintenant en Ukraine), les jumeaux dansent sur les places de marché pour survivre.

Adolescents, ils dansent en couple, et avec succès, le flamenco sous le nom de Imperio y Dolores. Ils sont réclamés non seulement en Europe, mais aussi en Australie et aux Etats-Unis.

Danser sa vie
Lors de l’invasion de la Pologne par le IIIe Reich le 1er septembre 1939, Sylvin et Maria Rubinstein se produisent à l’Adria Théâtre de Varsovie.

Juifs, ils sont contraints de rejoindre le ghetto de la ville.

Selon Sylvin Rubinstein, il parvient à s’échapper du ghetto en s’emparant de l’arme d’un garde et en tuant plusieurs officiers de la Gestapo.

Sylvin Rubinstein et sa jumelle Maria « devinrent les chefs de file du flamenco dans l’Europe des années 1930, sous le nom de « Dolorès et Imperio ».

« Entré dans la résistance après l’invasion de la Pologne, par le biais de Kurt Werner, un major allemand » anti-nazi et admirateur du couple d’artistes, Sylvin obtient par Werner de faux papiers pour sa sœur et lui. Werner les exhorte à trouver un abri en Suisse. Mais Maria Rubinstein essaie de retrouver sa mère, qui était retournée à Brody.

Maria et sa mère sont tuées à Treblinka.

En 1943, Sylvin Rubinstein est caché notamment au monastère de Saint-Michel l’Archange de Miejsce Piastowe.

Sous le nom de Silwan Turski, Sylvin Rubinstein retourne à Berlin. Il « effectua ses missions travesti en femme après la mort de sa sœur, victime des nazis… »

Son travail dans la résistance polonaise est retracé dans « Dolores & Imperio: Die drei Leben des Sylvin Rubinstein » (Dolores & Imperio. Les trois vies de Sylvin Rubinstein). Sylvin Rubinstein effectue des missions de sabotage et de meurtres en se faisant passer pour une femme.

Après la Deuxième Guerre mondiale, Sylvin Rubinstein reprend son métier de danseur. Il incarne sur scène sa sœur Dolorès.

Il témoigne aussi, en Allemagne occupée par les Alliés, en faveur du Major Werner devant les Américains. Il obtient la libération de cet officier allemand avec lequel il reste en relation jusqu’à sa mort à l’âge de 93 ans.

Il poursuit sa carrière dans les années 1950 dans des music-halls – en 1951, le compositeur Michael Jary lui a dédié la chanson Die Beine von Dolores -, puis dans des clubs de Hambourg.

Sylvin Rubinstein prend sa retraite vers 1970.

En 2003, Er tanzte das Leben (Dancing His Life), documentaire de Marian Czura et Kuno Kruse évoque son parcours. Lors des projections du film, Sylvin Rubinstein apparaissait aux yeux des spectateurs médusés en danseuse de flamenco, à la silhouette élancée, et avec une maîtrise de cette danse aux castagnettes non altérée par l’âge.

Sylvin Rubinstein décède à Hambourg en 2011. Il est enterré au cimetière juif d'Ohlsdorf à Hambourg-Ohlsdorf.


ARTE France, Les Films du Tambour de soie, Sara M, France, 2014, 27 min 
Sur Arte le 14 janvier 2017 à 17 h 40, le 24 février 2018 à 16 h 30

Visuel : © Les Films du Tambour de la soie

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Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 11 janvier 2017.

jeudi 22 février 2018

« Français, juifs, les enfants de Marianne » par Coralie Miller


Toute l'Histoire rediffusera les 26 février à 21 h 40, 28 février à 17 h 38,  3 mars à 23 h 08, 4 mars à 5 h 18 « Français, juifs, les enfants de Marianne », documentaire biaisé par Coralie Miller. Un film biaisé révélateur des contradictions, des ignorances, partis pris, cliché (le "vivre ensemble") et amalgames infondés de la réalisatrice et de personnalités interviewées, souvent de gauche.

Demain les Juifs de France
Un sondage français biaisé sur l’évolution de la relation à l’autre
Rassemblement crépusculaire à l’appel d’organisations Juives françaises
Spoliations de Français juifs : l’affaire Krief (version longue)

Petite-fille d’Eve et de Jean Miller, Juifs polonais seuls survivants de la Shoah dans leurs familles respectives, Coralie Miller a étudié la sociologique politique.

Journaliste et dramaturge trentenaire, elle a réalisé « Français, juifs, les enfants de Marianne ».

"J'ai eu l'idée du film il y a deux ans, après les épisodes de 2015. Netanyahu a dit qu'Israël était le foyer de tous les Juifs. J'ai alors écrit une tribune [La France est mon foyer (et je compte bien y rester)] pour Libération. J'ai eu des échanges, des engueulades. Certains m'ont dit merci. Je me suis rendue compte que ceci n'était pas si simple. Cette présence d’Israël méritait d’être creusée. J'avais besoin, envie de personnes ayant pour dénominateurs communs le fait d'être français et juifs, et très liés à la France. C'est mon parti pris", a déclaré Coralie Miller, sur Judaïques FM, le 13 février 2017.

Pour elle, concilier son identité juive et son attachement à la République française a été une « évidence jusqu’au retour de l’antisémitisme, jusqu’à l’obsession identitaire, jusqu’à ces débats parfois violents sur la prétendue menace que feraient peser les migrants ou leurs enfants. Tous ces discours qui remettent en questions les fondements d’une France aux cultures mélangées ».

Le 20 janvier 2015, après les attentats de début 2015, elle a écrit la tribune "La France est mon foyer (et je compte bien y rester)" dans Libération :
"Non, Israël n’est pas le foyer de tous les juifs. Ce n’est pas ancré dans nos gênes. C’est un choix personnel, moral, politique et pour beaucoup religieux. Ce n’est pas mon choix. Juive de famille et de cœur, je suis laïque, républicaine et Française jusqu’au fond de mes tripes. Je refuse l’ostracisme dans lequel notre supposé lien à Israël nous entraîne. Et je me sens presque insultée lorsque j’entends dire que là est mon foyer. Comme si je n’étais finalement qu’une étrangère dans mon propre pays. Comme si cette France que je chéris ne m’était pas totalement acquise, bien que ma famille y ait déposé ses bagages voilà près de 80 ans. Comme si planait toujours sur moi la menace d’en être un jour expulsée.
Si nous, juifs de France, considérons qu’Israël est notre vrai foyer, alors comment empêcher ceux qui nous haïssent de nous renvoyer à notre statut d’étrangers de l’intérieur? De nous envisager comme des traîtres potentiels? Nous portons, nous aussi, la responsabilité du vivre ensemble. Ce n’est pas parce qu’une part infime de la population française ressent à notre encontre une abjecte détestation, que nous devons remettre en cause notre appartenance à la communauté nationale. Ce n’est pas la France qui est antisémite, ce sont certains de ses membres, certes bruyants, certes violents, mais minoritaires.
Ne les laissons pas gagner. Nous sommes plus forts que ça. Je suis plus forte que ça. Je suis Française, que cela leur plaise ou non. Je suis Française et je ne tolérerai jamais que quiconque puisse remettre cette évidence en question. Je suis Française avant d’être juive, résolument, fondamentalement, envers et contre tout. Je suis fille des Lumières et de la Révolution, je suis l’héritière de Voltaire et de Victor Hugo, je suis l’enfant de Mai-68 et de la Libération, je suis le produit de mes écoles et de tous mes professeurs, et chaque jour par mon métier je célèbre la langue et la culture qui m’ont été inculquées… Ma terre est celle qui a accueilli mon grand-père venu de sa Pologne natale pour devenir le médecin qu’il n’avait pas le droit d’être dans son pays. Celle pour qui il a combattu, membre de la Résistance, et qui a déposé sur son cercueil un drapeau bleu-blanc-rouge, symbole de la patrie reconnaissante. Celle qui a aidé ma famille à se construire, celle qui m’a vue naître et grandir, et qui désormais couve mon fils de sa main chaleureuse. Mon fils qui, du haut de ses 4 ans, n’a eu de cesse ces derniers jours de me dire que les méchants avaient attaqué son pays, et qu’il fallait le protéger – allant jusqu’à organiser un plan de bataille avec ses jouets, protégeant une Tour Eiffel par des bonshommes Transformers…
N’oublions que, de Charlie Hebdo à Hyper-Cacher, en passant par Montrouge, c’est la France sous toutes ses couleurs que l’on a voulu réduire au silence. La France dans son intégralité, avec ses grandes gueules blasphématoires, ses policiers, ses blacks, ses blancs, ses beurs et ses juifs. Alors, si hier nous nous sommes parfois sentis abandonnés face aux antisémites de tous bords, levons-nous aujourd’hui avec nos compatriotes pour que cela ne se reproduise plus. Marchons ensemble vers notre idéal. C’est assez de fuir, assez de se cacher et de se laisser exclure. L’heure est venue de se redresser et de dire à ceux qui en douteraient encore : «Je suis Français et fier de l’être. Dans mon pays, je suis, je reste".

Mais « qui sont-ils, ces Français juifs qui se pensent en effet comme les filles et fils de la République ? »

Juifs français
Coralie Miller a rencontré « des hommes et des femmes qui sont juifs, produits d’une mixité aux multiples contours, et Français, absolument Français. Des hommes et des femmes qui ont la même certitude, la même espérance du moins : d’être tous, sans exception, des enfants de Marianne ».

Ce « documentaire c'est aussi une réflexion où se mêlent narrations individuelles et interrogations collectives sur l’identité, sur la nation et la citoyenneté. Sur leur transmission, d’hier et de demain. Avec toujours, pour fil rouge, la question du vivre-ensemble sous le drapeau tricolore ». « Vivre-ensemble » ? Une expression mille fois utilisée par le « politiquement correct » et jamais définie.

Des « lumières aux ténèbres, les relations entre les juifs et la France sont faites d’enchevêtrements complexes où se mêlent le cœur, la chair et la conscience, l’amour et la détestation, la solidarité et l’exclusion, la laïcité et la religion, le patriotisme et la tentation de l’ailleurs. Faits citoyens français en 1791 par la République balbutiante, dans la droite ligne de sa Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, c’est peu dire que les juifs de France sont enfants de la République, héritiers de la Révolution, filles et fils de Marianne ». Si la France n'est pas uniquement la fille de la Révolution, mais celle aussi de siècles de monarchie royale, alors les Juifs français, dont la présence en France remonte à plus de deux mille ans, sont aussi héritiers de cette histoire très ancienne. L'historien français juif résistant Marc Bloch avait écrit : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération ». En outre, ce texte sur le film  multiplie les imprécisions : cette haine n'a-t-elle pas été asymétrique, et subie par les Juifs ? Pourquoi évoquer les « juifs de France » quand le titre du documentaire souligne leur nationalité française ?

« Pourtant, plus de 200 ans plus tard, nous voilà en proie au doute cruel quant à notre place en ce si beau pays ».

« Français, juifs, les enfants de Marianne » dresse « le portrait de cette diversité et mène un outil de réflexion sur l’identité, la culture, la transmission, sur la nation et ses valeurs, avec toujours, pour fil rouge, la question du vivre-ensemble sous le drapeau tricolore. Parce que nous sommes tous des enfants de Marianne ».

Quels Français juifs sont interviewés par Coralie Miller ? Yvan Attal, acteur et réalisateur de « Ils sont partout »; Elie Wajeman, réalisateur, Delphine Horvilleur, rabbin du Mouvement Juif Libéral de France (MJLF), Dimitri Bodianski, ancien saxophoniste et claviériste du groupe Indochine, fondateur et président directeur général de la société de production KBP (Knockin'Boots Productions), de 1994 à 2013, puis fondateur en 2014 d’une société de production de films et programmes pour la télévision, Spoon & Partners, Pierre Kalfon, Noémie Madar, secrétaire nationale de l’UEJF (Union des étudiants juifs de France), Sacha Reingewirtz, précédent président de l’UEJF, Gabrielle Rosner, journaliste, Mireille Rosner, médecin, et Dominique Schnapper.

Bref, un choix de dix personnalités, où les Juifs ashkénazes sont largement majoritaires – les Français juifs lambda ou Sépharades/Orientaux ne sauraient pas s’exprimer ? -, et les représentants de « Gôche » thuriféraires de « la-solution-à-deux-Etats » sur-représentés.

"On peut être spécifique, lié à une religion, à une culture, et on peut être pleinement français. C'est notre propos. Ne gommons pas nos différences qui enrichissent la France. J'ai tourné mon documentaire quand j'étais enceinte de ma fille en 2016, après les élections régionales [et le score du Front national] et après les attentats du 13 novembre. Quel que soit le message qui nous est adressé, nous sommes français. Arrêtez de nous poser la question !" J'ai voulu rappeler l'histoire des relations très anciennes, et la position éthique de chacun. La famille de Pierre Kalfon est d’Algérie. Ils sont Berbères. Un jour, ils deviennent français. Comme ils sont Français, ils ont du quitter l'Algérie en 1962. A la base, ils étaient Arabes. J'ai voulu rappeler des similitudes formidables", a expliqué Coralie Miller, sur Judaïques FM, le 13 février 2017. Coralie Miller revendique la mixité des cultures et le "vivre-ensemble", mais ne laisse s'exprimer que ceux partageant ses idées. Elle ignore que les identités "Arabes" et "Berbères" sont inconciliables : les Berbères ou Amazighs, autochtones en Algérie, ont combattu l'invasion des Arabes musulmans, et à ce jour, luttent pour faire reconnaître leur culture, distincte de celle Arabe.

Et cette documentariste d'expliquer ses choix. Delphine Heurwilleur ? "Elle est rabbin. Je ne suis pas religieuse. Je l'ai choisie en raison de son discours religieux, de sa pratique et de son immersion dans la cité, la république, la laïcité". La rabbine Delphine Heurwilleur est membre d'un courant du judaïsme minoritaire en France.

Dimitri Bodianski ? Un jour, une de ses secrétaires lui a confié aimer ce que sont les Juifs, "soudés". Dimitri Bodianski s'est alors senti isolé des Français. Rassurons-le, le lâchage, l'indifférences de dirigeants d'associations juives françaises majeures à l'égard des Français juifs spoliés soulignent que cette "soudure" ne fonctionne pas à l'égard de certains coreligionnaires.

Quant à Yvan Attal : en tant que sépharade, il se sent "mieux avec des Arabes musulmans qu'avec des juifs ashkénazes". Il se définit ainsi : "Je suis d’Algérie. Je suis Arabe. Je me sens autant juif que français, qu'arabe". En quoi serait-il Arabe et comment pourrait-il l'être ? On ne peut que l'inviter à lire l'anthologie remarquable de David Littman et Robert Fenton pour comprendre qu'il ne peut pas être arabe. N'est-ce pas une posture de la part d'Yvan Attal de proférer une telle assertion ? Il a sciemment refusé d'évoquer l'antisémitisme arabe ou/et islamique dans son film « Ils sont partout ».

Journaliste, Gabrielle Rosner avait déclaré à Libération (26 septembre 2014) à propos de la soirée du 13 juillet 2014 : « Ce soir-là, j’ai eu un choc, oui, quand les premières images de la rue de la Roquette ont commencé à circuler. Beaucoup d’entre nous se souviendront toujours de l’endroit où ils étaient et de ce qu’ils faisaient ce soir-là, un peu comme le 11 Septembre. Même s’il y a eu des provocations de la LDJ [la Ligue de défense juive], s’attaquer à une synagogue, c’est un réflexe qui vient du fond des âges. De mon point de vue, cela a refermé la parenthèse de l’histoire d’après la Shoah ». Quelles provocations de la LDJ ? Sans la protection de la synagogue par des membres de la LDJ, un pogrom aurait été commis par des manifestants ayant défilé contre l'Etat d'Israël. Cette parenthèse n’aurait-elle pas été fermée plus tôt, par exemple à l’automne 2000 avec la brutale recrudescence d’actes antisémites consécutive au déclenchement de l’Intifada II par l’Autorité palestinienne dirigée alors par Yasser Arafat ?

Quant à l’UEJF, elle est ancrée depuis plus d’une vingtaine d’années à gauche. Ce qui lui fait perdre un nombre croissant d’étudiants et d’associations membres soucieux de pluralité.

Caution intello ? Dominique Schnapper, s’avère problématique. Fille de Raymond Aron, ancienne membre du Conseil constitutionnel (2001-2010), Dominique Schnapper est une sociologue éminente (co-)auteur de nombreux livres sur les Français juifs et signataire de l’appel JCall, injonction partiale à exercer des pressions sur les seuls Israéliens.

Le 17 janvier 2017, à l’issue de la présentation par l’Observatoire de la Fondation du judaïsme français (FJF) et IPSOS de « la vague 2 » de leur « baromètre » sur « l’évolution de la relation à l’autre au sein de la société française », je lui avais demandé d’intervenir auprès de Francis Kalifat, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), en faveur des Français juifs spoliés, tels le Dr Lionel KriefEva Tanger. En vain.

Destins communs
« La France sans les juifs de France, n’est pas la France », a asséné Manuel Valls, alors Premier ministre, en particulier après l'attentat contre l'hypercacher de la Porte de Vincennes du 9 janvier 2015.

Et pourtant, la France a expulsé ses Juifs et est demeurée la France. Certes, les Juifs sont vécu dans des territoires constituant aujourd’hui la France français, tels le Comtat Venaissin et en Avignon, cédés respectivement en 1274 et 1348 au Saint-Siège qui les a administrés jusqu'à la Révolution française en 1791, ainsi que l’Alsace.

"L'expression "Juifs de France" m'a posé beaucoup de questions. J'ai compris ce n'est pas si mal que ça. Valls a prononcé sa phrase en réaction, car les Juifs étaient isolés par actes dirigés à leur encontre, et il voulait répondre à cela", a expliqué Coralie Miller, sur Judaïques FM, le 13 février 2017.

Mais l’antienne de Manuel Valls a été entonnée en 2015 par Theresa May, alors ministre britannique de l’Intérieur (Home Secretary), et en 2016 par Antonio Tajani, premier vice-président (EPP, IT) du Parlement de l’Union européenne (UE), et Jean-Claude Juncker, président de la Commission de l’UE.

« S’il n’y a pas d’avenir pour les Juifs en Europe, il n’y a pas d’avenir pour l’Europe », a renchéri Frans Timmermans, premier vice président de la Commission de l’UE.

Beaucoup de mots. Peu d’actions efficaces pour endiguer l’antisémitisme. Sans parles des actes diplomatiques ou médiatiques alimentant cet antisémitisme et indiquant un antisémitisme d'Etat en France, et un antisémitisme de l'Union européenne.


« Français, juifs, les enfants de Marianne » par Coralie Miller
Deux cafés l’addition, France Télévisions, France 3 Paris Ile-de-France et Toute l’Histoire, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah , 2016, 55 min
Sur France 3 en Île-de-Francedans le cadre de Qui sommes-nous ?,  le 13 février à 23 h 20
Sur Toute l’Histoire les 17 février 2017 à 20 h 45, 26 février à 21 h 40, 28 février à 17 h 38,  3 mars à 23 h 08, 4 mars 2018 à 5 h 18 
Sur France 3 Centre-Val de Loire, Haute-Normandie et Basse-Normandie le 20 février 2017 à 23 h 40

Visuels : © Deux cafés l’addition

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Les citations proviennent du communiqué de presse du film. Cet article a été publié le 13 février 2017.