vendredi 28 avril 2017

« M le maudit » de Fritz Lang


Arte diffusera le 1er mai 2017 Fritz Lang - Le démon en nous (Fritz Lang - Der Andere in uns), de Gordian Maugg et Alexander Häusser. « M le maudit » (M - Eine Stadt Sucht Einen Mörder) de Fritz Lang demeure un chef d’œuvre du cinéma allemand réalisé dans une république de Weimar marquée par la crise économique et la montée du nazisme.

« Dès le premier instant de ma carrière cinématographique, j'ai toujours tenu le cinéma pour l'art de notre temps et dans ce sens il est logique que le cinéma doive refléter son temps. Lorsqu'en 1922, j'ai tourné le premier « Mabuse », je l'ai appelé « Un tableau de notre temps »... et je crois que chacun de mes films est, d'une certaine manière, un tableau de son temps », a expliqué Fritz Lang.

Et ce réalisateur d’ajouter  : « Je suis profondément fasciné par la cruauté, la peur, l’horreur et la mort. Mes films montrent ma préoccupation à l’égard de la violence, la pathologie de la violence ».

M le maudit
Fritz Lang (1890-1976) naît dans une famille de la haute bourgeoisie viennoise catholique. Sa mère est d’origine Juive. Doué pour le dessin et la peintre, Fritz Lang s’intéresse enfant aux récits d’aventure, à la littérature fantastique, aux intrigues policières… Il entame en 1908 un tour du monde qui s’achève en 1913. Puis, après un séjour en Belgique où il découvre le cinéma, il débute une carrière difficile d’artiste peintre à Paris. 

Pendant la Première Guerre mondiale, il combat pour l’empire austro-hongrois, est blessé – il perd son œil droit -, distingué par des décorations militaires, et écrit des histoires. Dès 1917, il rédige des scénarios. 

Deux ans plus tard, il intègre la société de production cinématographique allemande (Deutsche Eclair) comme scénariste, puis comme réalisateur de films à succès. Il rencontre Théa von Harbou, scénariste qu’il épouse. Il s’affirme comme un des plus talentueux réalisateurs allemands dans les années 1920 - Les Trois Lumières (Der müde Tod, 1921), Docteur Mabuse le joueur (Dr Mabuse, der Spieler, 1922), Les Nibelungen (Die Nibelungen, 1924), Metropolis (1926), La Femme sur la Lune (Die Frau im Mond, 1929) – en contribuant à forger le style expressionniste.

Réalisé en 1931 sur un scénario de Thea von Harbou, et sous la république de Weimar affaiblie par la crise économique de 1929, M le maudit  est le premier film parlant de Fritz Lang. C’est aussi son film préféré. Fritz Lang a déclaré qu’il l’avait réalisé pour « alerter les mères des risques de négliger leurs enfants ». Dans ce thriller, il recourt à l’ellipse, à l'humour par un montage astucieux.

En 1931, « dans une grande ville de l'Allemagne en crise », vraisemblablement Berlin, un « tueur assassine les petites filles. Il vient de faire une nouvelle victime... Toute la presse ne parle que de ça. Deux policiers écument les bas-fonds, essayant en vain de le démasquer. Gêné dans ses affaires par l'enquête en cours, le syndicat du crime s’organise afin de mettre fin aux agissements du meurtrier maniaque... »

« L’une des œuvres maîtresses de Lang et l'un des plus grands films de l’histoire du cinéma. Prémonitoire, d'une modernité absolue, il décrit le malaise d'une société à travers la traque d'un tueur en série ». Il associe aussi un thème musical, In the Hall of the Mountain King d’Edvard Grieg, au personnage du meurtrier. Et c’est Fritz Lang qui siffle cet air. Un réalisateur qui expliquait la haine qu’il suscitait à Hollywood par son perfectionnisme.

Initialement intitulé Mörder unter uns (Les assassins sont parmi nous), suggérant la violence contre les enfants sans la montrer, M le maudit est « aussi sans doute le premier film policier moderne : Lang s'inspire des faits divers de l'époque, se renseigne sur les méthodes de la police criminelle, interroge des psychiatres sur les tueurs en série ». 

« Thème majeur du film, l'alliance objective de la police et de la pègre montre des personnages aux pulsions ambiguës, souvent sadiques, les rouages d'une machine oppressive qui opère dans toutes les couches de la société. M est le grain de sable qui enraye cette mécanique infernale. Flics et truands sont forcés à une union sacrée contre son anormalité et sa folie, sa différence ».

Lorsque « la normalité tout entière se précipite dans le lynchage, on discerne au sein de cette foule hurlante les ferments d'un nazisme encore larvé, la silhouette vêtue de cuir d'un accusateur, comme si Lang, dans un accès de fièvre prémonitoire, avait pointé la tragédie à venir. Contrairement aux vices sociaux de la pègre, la folie de M n'a ni responsable ni remède. Le mal absolu est encore à venir : il ressemblera à ces justiciers ».

En 2010, M le maudit a figuré au 33e rang de la liste des cent meilleurs films au monde du magazine Empire.

Fritz Lang, le démon en nous
Arte diffusera le 1er mai 2017 Fritz Lang - Le démon en nous (Fritz Lang - Der Andere in uns), de Gordian Maugg et Alexander Häusser. "Comment Fritz Lang s’est immergé dans l’affaire du célèbre tueur en série Peter Kürten, avant de s’en inspirer pour "M le maudit", son premier long métrage parlant. Un film qui explore la part d’ombre du génial cinéaste.

"Düsseldorf, 1929. Un tueur en série massacre au marteau et aux ciseaux hommes, femmes et enfants, plongeant la cité rhénane dans la terreur. Traqué par la police, "le vampire de Düsseldorf" ne tarde pas à obséder Fritz Lang, maître du cinéma muet, en proie à une crise artistique à la veille de son passage au parlant. Avec la complicité du commissaire Ernst Gennat, l’auteur de Metropolis, fasciné par le mal, s’immerge alors pendant près d’un an dans l’enquête, n’hésitant pas à se rendre lui-même à la morgue pour découvrir l’état des victimes, jusqu’à l’arrestation de l’assassin, le désormais célèbre Peter Kürten. Une expérience qui nourrira le chef-d’œuvre à venir et premier film parlant du cinéaste, M le maudit".

"Dans un noir et blanc hommage au cinéma expressionniste de Fritz Lang, le film reconstitue le trouble compagnonnage entre le meurtrier insaisissable et le cinéaste au monocle, lequel suit les traces macabres de l’autre, non sans une certaine volupté".

"À travers le fait divers, il explore aussi le processus de création à l’œuvre. Car Fritz Lang, radiologue implacable des passions du corps et de l’âme, flaire le monstre pour mieux capter le "démon en chacun de nous", quand l’Allemagne de l’entre-deux-guerres sombre dans la tentation nazie, à laquelle la compagne et scénariste du réalisateur, Thea von Harbou, bientôt succombera. Un portrait sans concession du génial cinéaste, incarné par l’acteur Heino Ferch avec une formidable ambiguïté".

    
Fritz Lang - Le démon en nousde Gordian Maugg et Alexander Häusser
NFP, Allemagne, 2012
Avec :Heino Frech, Thomas Thieme, Samuel Finzi, Johanna Gastdorf, Lisa Friederich, Michael Mendl, Jens Kipper, Philippe Baltus
Sur Arte le 1er mai 2017 à 22 h 35

« M le maudit  » par Fritz Lang
Nero-Film AG , 108 min
Auteur ! Egon Jacobson
Image : Fritz Arno Wagner
Montage : Paul Falkenberg
Musique : Edvard Grieg
Scénario:  Thea von Harbou, Fritz Lang
Producteur : Seymour Nebenzal
Avec Peter Lorre, Ellen Widmann, Inge Landgut, Otto Wernicke, Gustaf GründgensTheo Lingen, Theodor Loos, Georg John, Ernst Stahl-Nachbaur, Paul Kemp, Friedrich Gnaß, 
Fritz Odemar, Franz Stein, Rudolf Blümner, Karl Platen, Rosa Valetti
Sur Arte les 2 décembre à 20 h 55 et 4 décembre 2015 à 1 h 20

Visuels
© ARD/Degeto


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Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 1er décembre 2015.

« 50 ans de relations germano-israéliennes »


Arte a diffusé un Yourope spécial « 50 ans de relations germano-israéliennes ». Un titre ambitieux, pour un reportage sur… le « côté israélien de Berlin » et les Allemands qui s’occupent de survivants de la Shoah. Avec des oublis sur la diplomatie de l’Allemagne signataire le 14 juillet 2015 de l’accord controversé sur le programme nucléaire militaire iranien. Sigmar Gabriel, ministre allemand des Affaires étrangères, a créé un incident diplomatique lors de sa visite en Israël : il a voulu rencontrer des représentants d'ONG anti-israéliennes, largement financées par des Etats européens, l'Union européenne, etc. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a annulé la rencontre prévue le 25 avril 2017 avec Sigmar Gabriel.


« En 1948, pour le Congrès juif mondial, il ne faisait aucun doute que plus jamais un Juif ne choisirait de s’installer sur la terre allemande gorgée de sang. Etre juif en Allemagne… Après la Shoah, voilà qui semblait inconcevable ». Car la responsabilité de l'Allemagne, nation pourtant cultivée, dans la Shoah s'avère fondamentale.

« L’ouverture des relations diplomatiques entre l’Etat d’Israël et la RFA ne date que de 1965".

Né à Vienne (Autriche), Asher Ben-Natan (1921-2014) est le premier ambassadeur d'Israël en République fédérale allemande (RFA), de 1965 à 1970. En 1959, il a été un artisan majeur dans la négociation d'un accord secret de fourniture d'armes par la RFA à l'Etat d'Israël. Il a aussi dirigé les recherches visant le criminel nazi Adolf Eichmann.

"En juin 1969, à l'université de Francfort, il a été hué par des membres du groupe gauchiste estudiantin SDS, des Palestiniens et des Israéliens gauchistes du mouvement Matzpen. Deux jours plus tard, Ben Nathan a été incapable de finir sa conférence à l'université de Hambourg en raison des nombreuses interruptions. Quand l'ambassadeur a voulu s'exprimer en septembre 1969 à Berlin, on lui a dit que l'atmosphère dans les universités libre et technique était tel qu'il ne devrait pas le faire. Il a alors parlé lors d'une rencontre organisée par les jeunes Démocrates chrétiens. Avant ce meeting, une publication gauchiste a attaqué Ben Nathan d'une manière que Kraushaar interprète comme une invitation à effectuer une tentative sur la vie de l'ambassadeur israélien. En décembre 1969, la conférence de Ben Nathan à l'université de Munich a été si fortement perturbé. Sur une affiche dans l'auditorium, étaient inscrits ces mots : "Il n'y aura la paix que lorsque des bombes exploseront dans 50 supermarchés en Israël", a écrit Manfred Gerstenfeld dans sa critique de Die Bombe im Jüdischen Gemeindehaus, de Wolfgang Kraushaar, Hamburger Edition HIS Verlagsges, 300 pp., 2005).

"L’année 2015 marque les 50 ans de ce rapprochement historique ».

« Au-delà des enjeux diplomatiques, la volonté de renouer le lien entre les deux nations semble primordiale de part et d’autre. Un exercice délicat qui nécessite d'envisager l’avenir tout en conservant la mémoire d'une des plus terribles pages de l’Histoire ».

« L’occasion pour Yourope de s’interroger sur l’actuelle relation entre les deux pays. Berlin est une destination tout indiquée. La capitale allemande est devenue un lieu prisé par de nombreux jeunes Israéliens ».

Présentée par le Berlinois Andreas Korn, Yourope « s’intéresse à la complexe relation germano-israélienne qui célèbre cette année son cinquantième anniversaire ».

On comptait environ 160 000 Juifs à Berlin au début des années 1930. Leur persécution par les Nazis, est représentée par l'oeuvre “Der verlassene Raum” (la pièce désertée) - une table entourée de deux chaises dont l'une renversée - en bronze, de Karl Biedermann. Inaugurée en 1996, scellée au sol de la Koppenplatz de Berlin, elle symbolise l'irruption violente de Nazis,lors de la Nuit de cristal (9-10 novembre 1938), dans le foyer d'une famille Juive contrainte de quitter précipitamment son domicile.

« Rencontre avec des Israéliens installés à Berlin, une métropole dans laquelle ils se sentent bien, même s’ils n’arrivent pas toujours à se défaire du passé. Certains d’ailleurs ne cherchent pas à l’occulter, au contraire. Un peu comme ces jeunes Allemands qui s’occupent de survivants du génocide en Israël ».

Selon l’ambassade d’Israël en Allemagne, le nombre d’Israéliens vivant à Berlin varierait de 10 000 à 15 000. Un Internaute israélien a relevé que le coût de la vie à Tel Aviv est inférieur à celui de Berlin où la gastronomie israélienne - mujaddara, salade de lentilles, et le humous - ravit les papilles notamment des Israéliens expatriés, la troisième génération de Juifs survivants de la Shoah, qui vivent souvent dans l'entre-soi dans la diaspora de cette ville cosmopolite.

Le documentaire distingue trois catégories d'expatriés. Les nouveaux arrivants qui ne sont pas à la recherche de leurs racines, veulent profiter de la vie, prendre un nouveau départ. Ainsi, Alix, diplômée en biologie marine, apprécie le "bouillonnement de la ville" et s'apprête à y vivre une nouvelle aventure... Deuxième groupe : les Israéliens venus vivre le "rêve berlinois" dans un environnement branché, parmi les cafés et les galeries. Établis depuis plus de cinq ans, Guy James Cohen et Gadi Baruch créent à Berlin de la musique avec des sculptures. Quant à Ariel Nil Levy, il voulait vivre dans un pays plus paisible :  Ma mère qui est de gauche et travaille dans le théâtre trouve a très bien accepté l'idée que je vive ici depuis 15 ans. A l’époque, toute la bande d’amis m’a dit : « Vas-y. Pars. On n'a construit que de la merde. Pars !  » (sic) Sa compagne, Hila Golan, met en scène La minute de silence, une pièce de théâtre sur la Shoah et ce qu’elle représente pour les Allemands s’interroge sur la culture dans laquelle baignera leur fille : allemande ? Israélienne ?

Environ 9 000 jeunes Israéliens et Allemands bénéficient de programmes d’échanges entre leurs deux pays. Un grand nombre d'entre eux se lient d'amitié. Yoav Sapir, historien et traducteur israélien né à Haïfa et installé à Berlin depuis neuf ans, a épousé Natalie, jeune Allemande dont la mère n'était pas emballée au début par le mariage avec un Juif. Leur photo de mariage montre le jeune couple entre les stèles du Mémorial de la Shoah, Un geste déplacé ? Provocateur ? Pour Natalie Sapir, c'est un geste symbolique pour montrer que les Nazis n’ont pas gagné.

Depuis le 12 mai 1945, les relations entre l'Allemagne et l'Etat d'Israël se sont renforcées. En 2014, 265 000 Allemands ont visité Israël, et environ 80 vols hebdomadaires relient les 2 pays. L'Allemagne est le principal  partenaire commercial dans l'Union européenne de l'Etat Juif, et le 3e dans le monde après les Etats-Unis et la Chine. Le ministre israélien du Tourisme a placé l’Allemagne au quatrième rang en nombre de touristes en Israël (194 141 en 2014), après les Etats-Unis (622 103), la Russie (555 878), et la France (298 601).

Cependant, l'opinion publique allemande n'est guère favorable à Israël. Un tiers des Allemands exprime des préjugés sur les Juifs et une majorité des Allemands a une perception négative de l'Etat d'Israël. Trois jeunes Allemands révèlent ce parti pris. Julia stigmatise la "politique d'occupation,  la manière forte d'Israël", Hendryk la "politique limite" de cet Etat "en tort, comme les Palestiniens. Dire cela, c’est être antisémite". Jan Ole abonde en ce sens : "En tant qu’Allemands, on peut se permettre de critiquer l’Etat d’Israël, des gens de ma génération, on n'est pas responsable des erreurs commises il y 50 ans. C’est le passé. On doit regarder de nouveau devant soi".

Près de 80% des Allemands veulent tirer un trait sur le passé. Directrice adjointe du musée Juif, Cilly Kugelmann, Juive allemande ayant étudié en Israël, déclare  : "On vit avec le passé, sans tirer un trait. Beaucoup des gens ne savent pas ce qu’est l'antisémitisme. L'antisémitisme ne vise pas forcément à détruire les Juifs, mais c'est une posture, une forme de paranoïa. L’opposition à l’État hébreu est de l'antisémitisme quand on dit qu'Israël est responsable de tous les maux de la Terre. Israël, c’est qui ? Le gouvernement ? La population ? On ne fait pas de distinction. Beaucoup veulent prendre position, sans réfléchir".

Lors du Jour de la Shoah, résonne pendant deux minutes la sirène. Tout le monde ne Israël s'immobilise à la mémoire des Juifs tués. Jürgen Koch dirige un groupe de volontaires allemands quadragénaires et quinquagénaires en Israël. L'association Un coup de main pour la vie de Saxe amène des volontaires allemands passer deux semaines de congés à aider des survivants de la Shoah. Depuis 2004, elle accompagne une fois par mois un groupe d'Allemands grâce aux dons prenant en charge les billets d'avions, le logement et le matériel pour les travaux. Un tiers de ces survivants vivent au-dessous du seuil de pauvreté, avec 650 €/mois. 

Survivants de la Shoah, David et Dora Katz sont heureux et émus de recevoir des volontaires allemands artisans venus repeindre leur appartement pendant deux jours. Des travaux exécutés avec soin. Pendant les travaux, on "démonte les plinthes, les interrupteurs pour les nettoyer. On aime les choses bien faites", explique Wilfried Schwotzer. Dora Katz félicite et remercie en allemand les quatre bénévoles de l'heureux résultat. Et elle partage ses souvenirs de fuites, de faim pendant la guerre. Karsten Viertel "a du mal à reprendre le travail". « La notion de réparation n’a guère de sens. Je peux juste être reconnaissant d’être d’une autre génération, et faire le contraire de ce qu’a fait la génération précédente  ». Une prière en hébreu clôt ces rencontres enrichissantes pour tous.

« Dans ce numéro spécial, Yourope se penche sur une relation anormale et pourtant presque normale. Et l’amitié dans tout ça ? »

Et la cohérence, dans tout ça ? Le 14 juillet 2015, à Vienne (Autriche), l’Allemagne, un des Etats du « P5 + 1 » (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) a signé l’accord (Joint Comprehensive Plan of Action, JCPOA) controversé avec l’Iran : levée des sanctions, visites de surveillances difficiles à mettre en œuvre, pans du programme nucléaire militaire iranien hors du champs du JCPOA, etc. Le 31 août 2015, la chancelière allemande Angela Merkel a qualifié de « non acceptable la manière dont l’Iran continue de parler d’Israël ». Le président iranien Hassan Rouhani venait d’alléguer que le régime israélien « a commencé son travail sur la base de l’intimidation, de la terreur et de l’occupation ».

Et la pertinence, dans tout ça ? Peu après l’enterrement d’Ariel Sharon, Frank-Walter Steinmeier, ministre allemand des Relations étrangères a déclaré à des journalistes qu’Israêl portait atteinte au processus de paix en construisant des foyers pour les Juifs en Judée et Samarie.

Après les attentats terroristes islamistes à Paris et à Saint-Denis du 13 novembre 2015, l'Etat d'Israël a informé l'Allemagne de l'imminence d'un attentat au stade de football de Hanovre. Le match qui devait y avoir lieu a été annulé. La police a découvert trois bombes devant exploser lors de cette rencontre sportive.

Selon une édition d'avril 2016 Der Spiegel, le service allemand de renseignements (BND) a espionné le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, les ministres de l'Intérieur de l'Autriche et de la Belgique, le Secrétariat d'Etat des Etats-Unis, des départements de la NASA et de l'US Air Force, le ministère de la Défense britannique.

Historie diffusa les 3 et 12 septembre 2016 Un appartement à Berlin, documentaire de Alice Agneskirchner : "Eyal, Yael et Yohav sont trois jeunes Israéliens installés à Berlin où près de 20 000 Juifs résident désormais. Pour quelles raisons ces jeunes Israéliens de la 3e génération ont-ils été attirés par l'Allemagne ? Leur histoire a t-elle un point commun avec celle des Juifs venus s'installer à Berlin il y a 100 ans ? Les trois jeunes hommes ont choisi de remonter le temps en s'installant dans un appartement ayant appartenu à une famille juive déportée pendant la guerre, dans le but de le remeubler le plus fidèlement possible. Une expérience poignante qui leur a permis de raconter leur histoire et d'expliquer les raisons qui les ont poussés à aller vivre à Berlin". Des scènes choquantes.


« 50 ans de relations germano-israéliennes  »
ZDF, 2015, 26 min
Sur Arte les 12 septembre à 14 h, 15 septembre à 7 h 10 et 16 septembre 2015 à 3 h 25

Historie diffusera les 4, 7, 12, 16, 21 et 24 février, 3 et 12 septembre 2016 Un appartement à Berlin, documentaire de Alice Agneskirchner.

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Les citations non sourcées proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 10 septembre 2015, puis les 3 février et 12 septembre 2016.

jeudi 27 avril 2017

Josef Koudelka. La fabrique d’exils


Le Centre Pompidou présente, dans le cadre du Mois de la Photo du Grand Paris 2017, l’exposition Josef Koudelka. La fabrique d’exils. Quatre-vingt photographies invitent « à comprendre comment a été conçu le projet Exils, éclairant ainsi pour la première fois la « fabrique » de » cette série.

« Être un exilé oblige de repartir de zéro. C’est une chance qui m’était donnée », a déclaré le photographe Josef Koudelka, qui a quitté sa Tchécoslovaquie natale en 1970.

Exils
Josef Koudelka est né en Moravie, alors en Tchécoslovaquie, en 1938. 

Ingénieur aéronautique, il s’oriente vers la photographie à la fin des années 1960. Une activité qui lui prend tout son temps.

« 22 août 1968 : un bras s’avance dans l’image. La montre à son poignet indique l’heure. La veille, les chars de l’Armée rouge sont entrés dans Prague. Un rendez-vous a été fixé pour une manifestation de contestation. Mais il s’agit là d’un piège fomenté par Moscou. Le peuple de Prague est heureusement averti à temps. À l’heure dite la place est vide. À ce moment là commence pour Koudelka un lent compte à rebours qui l’amènera bientôt à quitter son pays natal ».

En 1968, Koudelka « photographie l’invasion soviétique de la Tchécoslovaquie. Il publie ses clichés sous le pseudonyme P.P. (Prague Photographer) et se voit décerner anonymement le prix Robert Capa pour ses images ».

En 1970, Josef Koudelka fuit la Tchécoslovaquie communiste. 

Les « mois d’hiver, il habite à Londres puis à Paris. Le reste du temps, il est sur les routes d’Europe  à traquer les hasards ». 

Au cours des années 1970 et 1980, il crée « ses images les plus enchantées qui composeront le livre Exils publié par Robert Delpire en 1988 ». 

Les « mois d’hiver, il habite à Londres puis à Paris. Le reste du temps, il est sur les routes d’Europe à traquer les hasards ». 

Apatride, il obtient l’asile politique en Grande-Bretagne.

Josef Koudelka rejoint Magnum Photos.

En 1975 est édité son livre Gitans.

Au cours des années 1970 et 1980, Josef Koudelka crée « ses images les plus enchantées » de sa série Exils. Ses clichés seront montrées à Paris en 1988, puis rassemblées dans un livre devenu « référence de la bibliophilie photographique ».

Lors d’une exposition dans les locaux du Centre au Palais de Tokyo, le Centre national de la photographie édite la première édition d’Exils en 1988. 

« Quarante ans après avoir quitté son pays natal, un nombre important de ses photographies, accompagnées de textes de référence, est publié sous le titre Invasion Prague 68 ». 

Puis Koudelka publie dix recueils de photographies panoramiques sur la relation entre l’homme contemporain et le paysage, notamment Black Triangle (1994), Chaos (1999), Lime (2012) et Wall (2013). 

C'est à l'invitation du photographe Frédéric Brenner que Josef Koudelka se rend, en tenant à payer ses frais professionnels, en Israël et dans les territoires disputés afin de photographier la barrière de sécurité anti-terroristes. Et ce, dans le cadre du projet My Place. De 2008 à 2012, il séjourne à huit reprises dans cette région proche-orientale. Josef Koudelka y rencontre Gilad Baram. Il ne semble pas avoir compris la situation au Proche-Orient sur laquelle il a plaqué une grille d'analyse non pertinente, et en niant toute efficacité à cette barrière qui a contribué à réduire considérablement le nombre d'attentats terroristes commis par les islamikazes lors de l'Intifada II.

Le MOMA et le Centre international de la photographie à New York, la Hayward Gallery de Londres, le Stedelijk Museum d’Amsterdam ou le Palais de Tokyo à Paris ont exposé les photographies de Josef Koudelka. 

Cet artiste a été distingué par le prix Nadar (1978), le Grand Prix national de la photographie (1989), le Grand Prix Cartier-Bresson (1991), le Prix international de la photographie de la fondation Hasselblad (1992) et la médaille du Mérite de la République tchèque (2002). 

En 2012, il a été nommé commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres par le ministère de la Culture et de la communication. 

Il partage sa vie entre Paris et Prague.

En 2016, Josef Koudelka a donné au Centre Pompidou toutes les photographies de sa série Exils, soit 75 photographies. 

La Galerie de photographies réunit « trente-cinq images parmi les plus emblématiques de cette série, accompagnées de nombreux inédits tirés pour l’occasion », des œuvres jamais montrées et tirées « pour l’occasion et les planches sur lesquelles le photographe a organisé ses tirages par forme ou par thème afin de les sélectionner. Elle est complétée d’une extraordinaire série » d’autoportraits inédits réalisés par Koudelka lors de ses voyages. 

L’exposition « présente également pour la première fois les planches sur lesquelles le photographe collait ses images, selon une organisation formelle ou thématique ». 

On « avait d’Exils une idée lacunaire et parcellaire, par images isolées. La présente exposition donne de la série une vision beaucoup plus complexe. Elle permet de mieux comprendre l’élaboration du projet, c’est-à-dire la fabrique d’Exils ». 

« Dans les années 1970 et 1980, durant le printemps et l’été, Josef Koudelka parcourt les chemins d’Europe. L’hiver, il s’arrête à Londres, puis à Paris pour développer, tirer et éditer ses photographies ». 

Il « n’a pas de domicile fixe, ne possède rien et ne s’attache pas. Toujours accompagné de son sac de couchage qu’il porte en bandoulière comme ses appareils photographiques, il dort ici et là, chez des amis, à l’agence Magnum ou à la belle étoile ». 

« À force de photographier les gitans, il en est lui-même devenu un ». 

« Ces années d’Exils correspondent pour lui à l’appropriation progressive d’une forme d’expérience du monde qui est celle des gens du voyage. Le nomadisme permanent n’est plus seulement un sujet pour lui, il est devenu son mode de vie ». 

« Cette évolution le conduit à être de plus en plus présent dans ses images. Il n’hésite pas à introduire régulièrement dans son cadre : son ombre, sa main ou ses pieds ». 

Il « poussera même l’expérience plus loin en se photographiant le soir au coucher ou le matin au réveil en tenant l’appareil à bout de bras ou en le posant à terre ». 

Ces « images avaient été tenues secrètes jusqu’à présent. » 

« Sélectionnées par le commissaire de l’exposition, ces épreuves de travail qui n’ont jamais fait l’objet d’un tirage d’exposition sont présentées ici pour la première fois ».


CITATIONS DE L’ARTISTE


« Être un exilé oblige de repartir de zéro. C’est une chance qui m’était donnée. » 

« C’est en quittant la Tchécoslovaquie que j’ai découvert le monde. Ce que je voulais surtout c’était voyager pour pouvoir photographier. Je ne voulais pas avoir ce que les gens appellent un “ chez soi ”. 
Je ne voulais pas avoir à revenir quelque part. J’avais besoin de savoir que rien ne m’attendait nulle part, je devais être là où j’étais, et si je ne trouvais plus rien à photographier, il était temps de partir ailleurs. » 

« Je savais que je n’avais pas besoin de grand chose pour vivre et photographier - juste de quoi manger et une bonne nuit de sommeil. J’ai appris à dormir partout, dans n’importe quelles circonstances. 
Ma règle était : “ Ne t’inquiète pas de savoir où tu vas dormir ; jusqu’à présent, tu as toujours dormi quelque part et tu dormiras à nouveau ce soir ”» 

« On ne revient jamais d’exil. »

EXTRAITS DU CATALOGUE

LA BELLE ÉTOILE, PAR CLÉMENT CHÉROUX 
« Prague, place Venceslas, 22 août 1968 : un bras s’avance dans l’image. La montre à son poignet indique l’heure. L’avant-bras ne se dresse pas verticalement comme dans les habituelles représentations révolutionnaires teintées de rouge. Il est tendu à l’horizontale parallèlement au bord bas de l’image. 
Le poing est cependant fermé, comme s’il s’agissait de protester avec l’arme du temps. Dans les jours qui ont précédé, les chars des armées du pacte de Varsovie sont entrés dans la ville au son stridulant des chenilles sur le pavé. La rumeur d’une manifestation de contestation s’est rapidement répandue. 
Un rendez-vous a été fixé sur la place, sous la statue équestre du saint patron de la République tchèque, en contrebas du Musée national. Mais il s’agissait là d’un piège fomenté par quelques agents provocateurs à la solde de Moscou afin de déclencher un incident qui permettrait de justifier l’invasion. Heureusement, le peuple de Prague a été averti à temps. À l’heure dite, la place est à peu près déserte, comme en témoigne l’image. Cette photographie de Josef Koudelka fait chronologiquement partie de sa série Invasion 68 dans laquelle il montre la ferveur résistante de ses compatriotes face à la détermination de l’Armée rouge à mater dans le sang l’élan démocratique du Printemps de Prague. Mais c’est aussi la première image de son livre Exils, publié vingt ans plus tard, en 1988, par Robert Delpire. De cette image devenue icône, Koudelka dit d’ailleurs que « c’est la photographie symbolique d’Exils ». Comme si ce jour d’août 1968, peut-être à cet instant précis, avait commencé un lent compte à rebours qui allait conduire le photographe à quitter son pays natal. En 1970, à la faveur d’un voyage à l’étranger, Koudelka décide en effet de ne pas retourner en Tchécoslovaquie. Commencent alors pour lui des années d’exil passées sur les chemins du monde à traquer les hasards 
[...] 
L’état latent d’inquiétante étrangeté qui innerve chacune des images d’Exils donne sa très grande homogénéité à la série. Durant les phases préparatoires à l’édition du livre, Koudelka a cherché à comprendre cette cohérence. Sur des feuilles cartonnées, il a commencé à associer les photographies selon leur composition ou leur thématique, puis les a ensuite réunies dans ce qu’il appelle un « katalog », comme s’il s’agissait là d’un répertoire méticuleusement ordonnancé. Celui-ci rassemble en effet des assortiments de matières, des bouquets de silhouettes, et quelques habitudes de composition. 
Il rend visible une manière singulière de couper les corps ou de les organiser dans le cadre. Par ces rapprochements, Koudelka crée des sortes de polyptyques qui forment des continuités. À l’horizontale ou à la verticale, ces images mises bout à bout annoncent explicitement les formats panoramiques des décennies suivantes. Publié en 1988, puis réédité en 1997 et en 2014, Exils ne conservera cependant rien de ces associations d’idées et de formes. Dans le livre, les images sont publiées une à une, isolées en page de droite avec un large espace blanc en vis-à-vis. Ce choix, qui estompe les possibles mises en relation, s’explique de diverses manières. L’époque est à la picture story : une séquence d’images qui raconte une histoire. La plupart des photographes de Magnum la pratiquent. Koudelka a rejoint l’agence en 1971, mais se distingue de la plupart de ses membres en ne réalisant aucune commande, c’est-à-dire en travaillant exclusivement pour lui-même. Par ailleurs, la date à laquelle Exils est publié correspond à un moment où la photographie cherche sa légitimité au sein de l’art. Il importe alors de se distinguer du reportage et d’une forme de sérialité inhérente à la photographie. Le modèle imposé par le monde de l’art est celui du chef-d’oeuvre, c’est-à-dire d’une image isolée, sans légende, abstraite de toute contingence utilitaire et même documentaire. Ces arguments contextuels expliquent pour partie l’autonomisation des photographies d’Exils. À travers les trois éditions successives du livre, on a finalment d’Exils une perception largement atomisée et parcellaire. La série apparaît en effet comme une succession d’images indépendantes. Réalisés à l’occasion de la donation par Josef Koudelka des soixante-quinze photographies d’Exils aux collections du Centre Pompidou, le présent ouvrage et l’exposition qu’il accompagne ont pour ambition de donner de cette série une vision plus complète et complexe. Grâce au minutieux travail d’enquête réalisé par Michel Frizot, il est désormais possible de mieux comprendre la genèse de la série ainsi que ses conditions de production. En publiant et en exposant quelques-unes des planches du katalog, en reconstituant certaines associations d’images et en y associant des inédits, l’enjeu est bien ici de mettre en évidence des récurrences de formes et de sujets, c’est-à-dire des manières de faire image. Il ne s’agit évidemment pas de raconter des histoires comme dans les picture stories des repoters, mais bien plutôt de cerner plus explicitement ce qui constitue le style du photographe. Le présent projet montre en somme qu’il existe une véritable cosmologie Koudelka avec des planètes, quelques satellites et des pluies d’étoiles. Certaines images gravitent autour d’autres, entrent dans leur champ d’attraction, ou se trouvent irradiées par leur lumière stellaire. La lucidité nous pousse à accepter de ne connaître qu’une part infime de notre univers. Il en va au fond exactement de même pour l’oeuvre de Koudelka. 
Les corpus les plus connus ont certes été publiés puis réédités. Mais une part importante de l’archive du photographe reste méconnue. De cet univers-là, on ne soupçonne encore que les premiers confins. 
Le voyage d’exploration commence à peine ».


Du 22 février au 22 mai 2017
Galerie de photographies, Forum -1
75191 Paris Cedex 04 
Tél. : 00 33 (0)1 44 78 12 33 
Tous les jours, sauf le mardi de 11h à 21h 

Visuels 
JOSEF KOUDELKA
Invasion, Prague, 1968
Épreuve gélatino-argentique
50 x 60 cm
Collection Centre Pompidou, Paris
Don de l’artiste en 2016
© Josef Koudelka / Magnum Photos
© Centre Pompidou / Dist. RMN-GP

JOSEF KOUDELKA
France, 1980
Épreuve gélatino-argentique
50 x 60 cm
Collection Centre Pompidou, Paris
Don de l’artiste 2016
© Josef Koudelka / Magnum Photos
© Centre Pompidou / Dist. RMN-GP

JOSEF KOUDELKA
Irlande, 1972
Épreuve gélatino-argentique
50 x 60 cm
Collection Centre Pompidou, Paris
Don de l’artiste 2016
© Josef Koudelka / Magnum Photos
© Centre Pompidou / Dist. RMN-GP

JOSEF KOUDELKA
Irlande, 1976
Épreuve gélatino-argentique
50 x 60 cm
Collection Centre Pompidou, Paris
Don de l’artiste en 2016
© Josef Koudelka / Magnum Photos
© Centre Pompidou / Dist. RMN-GP

Articles sur ce blog concernant :
Les citations sont extraites du communiqué de presse.

Barbie


La Fundación Canal présente l'exposition itinérante Barbie. Más allá de la muñeca (Barbie. The Icon)Une histoire de Barbie®, poupée américaine créée par Ruth Handler en 1959, diffusée par Mattel, et mondialement célèbre. Une analyse sociologique de ce que ce jouet représente : American way of life, modèle de femme active et modeuse, mais critiquée par des féministes pour ses dimensions idéalisées. Une success story américaine et juive.


La silhouette élancée, les jambes fuselées, la taille fine, 29 cm de hauteur… Créée en 1959 par Ruth Handler (1916-2002) et commercialisée par Mattel, la poupée Barbie cinquantenaire est immédiatement reconnaissable, a nourri les rêves de petites filles dans le monde entier et a peu changé.

Le musée des Arts décoratifs a présenté l’exposition Barbie. Une histoire de Barbie ®, poupée américaine créée par Ruth Handler en 1959, diffusée par Mattel, et mondialement célèbre. Une analyse sociologique de ce que ce jouet représente : American way of life, modèle de femme active et modeuse, mais critiquée par des féministes pour ses dimensions idéalisées. Une success story.

De Bild Lilli à Barbie
Une poupée mannequin, articulée, représentant une jeune femme dotée d’un trousseau, à l’instar de son modèle allemand apparu en 1952 comme Lilli, personnage de bande dessinée dans les pages de Bild Zeitung, un quotidien populaire de Hambourg, sous le crayon de Reinhold Beuthin. Même blondeur, même silhouette adulte, même taille marquée, même jambes finement galbées, même poitrine généreuse, même nez en trompette, même garde-robe élégante, même attitude assurée.

Le succès immédiat de la Bild Lilli  est tel que son dessinateur songe à produire une poupée Lilli. En 1955, il en convaint Rolf Hausser, dirigeant de O&M Hausser, entreprise fabriquant des jouets, des modèles réduits de trains et soldats. Le 12 août 1955, est mise en vente la poupée articulée Lilli, qui se distingue des poupées-bébés ou poupées-enfants aux mouvements rigides.

Lilli rencontre un grand succès dans des pays d’Europe de l’est, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, auprès d’une clientèle enfantine et masculine adulte. « Lilli reflétait son époque. Elle était sexy jeune, fraîche et innocente », ajoute Rolf Hausser. Les vêtements de Lilli ? Ils sont fabriqués par Martha Maar, belle-mère de Rolf, qui produisait des vêtements de poupées MMM.

En 1956, Elliot et Ruth Handler séjournent à Lucerne avec leurs enfants, Barbara, adolescente, et Ken. Elliot Handler dirige alors Mattel, une société américaine créée en 1945 et produisant des jouets. Barbara Handler remarque en vitrine de magasin suisse une poupée Lilli en tenue de ski. Sa mère en achète trois exemplaires, et, de retour aux Etats-Unis, approfondit sa réflexion sur le lancement d’une poupée-mannequin.

En 1959, à la Foire internationale des Jouets de New-York, est présentée pour la première fois la poupée Barbie, diminutif du prénom de la fille de Ruth Handler , née en 1916 dans une famille juive d’origine polonaise. Vêtue d’un maillot de bain zébré, Barbie est alors juchée sur des talons aiguille.

Un succès mondial durable : pour le cinquantenaire de Barbie, Mattel recensait plus d’un milliard de poupées Barbie vendues dans 150 pays. De nombreuses expositions, documentaires et sites Internet lui sont dédiées.

En 1978, à la suite d’un scandale financier, Ruth Handler quitte ses fonctions chez Mattel.

La révolution Barbie
« Toutes les petites filles ont eu besoin d’une poupée dans laquelle elles se projetaient en rêves de leur avenir. Si elles allaient jouer à ce à quoi elles ressembleraient quand elles auraient 16 ou 17 ans, il était un peu stupide de jouer avec une poupée à la poitrine plate. Aussi, j’ai donné à Barbie une belle poitrine », a déclaré Ruth Handler en 1977 au New York Times.

Une objection clé des féministes, dont la National Organization for Women, était que le personnage de Barbie créait des attentes irréalistes pour des petites files qui pouvaient mener à réduire l’estime de soi. Des gens ont souvent plaisanté sur le fait que les mensurations de Barbie étaient humainement impossibles. Il a été calculé que si la poupée de 11 ½ inch mesurait 1,67 mètre, ses mensurations serient 39-21-33. Un universitaire a évalué la chance pour une femme d’avoir le visage de Barbie : moins de 1 pour 100 000.

Dans son autobiographie Dream Doll: The Ruth Handler Story (1994), Ruth Handler a écrit : « Ma philosophie sur Barbie était que, au travers de la poupée, la petite fille pourrait être tout ce qu’elle voulait devenir. Barbie a toujours représenté le fait qu’une femme a le choix ».

Réputé « pour ses collections de design et de mode, de jouets et de publicité », le musée des Arts décoratifs « est le lieu idéal pour mettre à l’honneur cette poupée iconique dont l’histoire se nourrit de sources multiples, en l’inscrivant pleinement dans une histoire culturelle et sociale du jouet aux XXe et XXIe siècles. 700 Poupées Barbie sont ainsi déployées sur 1500 m², en regard d’œuvres issues des collections du musée (poupées anciennes, robes), mais aussi d’œuvres d’artistes contemporains, de documents, journaux, photos, vidéo, qui contextualisent les « vies de Barbie ».

« Puisant également dans les archives inédites de la maison Mattel®, mettant en valeur un patrimoine historique encore méconnu, l’exposition s’efforce d’offrir deux lectures possibles, pour les enfants en évoquant la pure jubilation d’un jouet universellement connu, pour les adultes en replaçant cette figure phare depuis 1959 dans une perspective historique et sociologique ».

« Ses origines, son style de vie, ses amis, ses goûts, ses loisirs, sa carrière professionnelle, sa garde-robe, ses amis artistes… Chaque vitrine fait l’objet d’une véritable installation pour conter son histoire. Placée sur un ruban rose qui sinue sur les 2 étages, la Barbie guide le visiteur dans le parcours muséal. Un ensemble de petits théâtres animés au sein d’un univers vivant coloré… Les dispositifs animés renforcent l’idée d’une Barbie toujours active et inventive».

Au-delà du jouet, Barbie reflète la culture américaine et son évolution. « Des années 1960 à nos jours, Barbie et ses accessoires témoignent de l’évolution du goût pour les objets de la maison. En atelier chacun fabrique le mobilier cartonné de sa maison de poupée ».

Barbie a d’abord été « associée à l’American way of life avant d’incarner une dimension plus universelle, reflétant les changements sociaux, politiques, culturels. Elle évolue dans le confort moderne tout en épousant de nouvelles causes, questionnant les stéréotypes, haïe pour ce qu’elle représenterait d’une femme idéalisée, et pourtant autonome et indépendante, adoptant toutes ambitions de l’époque contemporaine ».

Pendant « Camelot » (les années Kennedy, Ndr), Barbie était coiffée comme Jacqueline Kennedy. Lors du mouvement pour les droits civils, Mattel a créé la première amie noire de Barbie, « Colored Francie ». Mais c’est dans les années 1970, en raison de critiques de féministes, que Barbie intègre parmi ses choix de carrière professionnelle et ses vêtements : médecins, astronaute et vétérinaire entre autres.

Dès 1959, Barbie « et sa longue silhouette galbée sont une révolution dans un monde de poupons et autres baigneurs. C’est en regardant sa fille Barbara jouer avec des poupées de papier, lointaines descendantes des gravures de mode de la fin du XVIIIème siècle et des premières poupées en papier pour adultes du XIXème siècle, que Ruth Handler, l’une des fondatrices de Mattel, se met à rêver d’une poupée de mode en trois dimensions, d’une poupée mannequin. Dans leurs jeux, Barbara et ses amies ne sont pas du tout intéressées par les poupées représentant des enfants mais uniquement par celles représentant des femmes. Elles s’imaginent plus dans leur vie future de jeunes femmes, que dans celle de mères ou de femmes au foyer ».

La « détermination de Ruth a fini par convaincre les équipes de Mattel, alors exclusivement composées d’hommes, de fabriquer une telle poupée. Inspirée de la poupée publicitaire allemande Lilli, Barbie est lancée, accompagnée d’une mythologie : originaire du Wisconsin, Barbara Millicient Roberts a une famille et des amis clairement identifiés. Son âge reste volontairement flou afin de pouvoir incarner aussi bien une adolescente qu’une jeune femme. Elle est tout à la fois lycéenne, étudiante, nurse ou jeune hôtesse de l’air avant d’embrasser plus de 150 métiers, des plus classiques aux plus avant-gardistes ».

Barbie « a été vétérinaire à plusieurs reprises, mais aussi paléontologue, et informaticienne, pilote de course, professeur, médecin, danseuse étoile, officier de police… et on l’oublie peut-être mais Barbie a été candidate à la présidence quatre fois, comme elle a été astronaute en 1965 alors que Neil Armstrong a attendu 1969. A ses côtés, son petit ami Ken, apparu en 1961, est tout aussi célèbre ».

Ses « silhouettes, ses coiffures, ses costumes, sont le fruit de quelques secrets de fabrication dont certains sont révélés pour l’occasion à travers maquettes ou témoignages de ceux qui font le succès de Barbie. Un succès qui tient à la capacité de la poupée à suivre l’évolution de son époque pour se renouveler tout en restant la même ».

Un « succès qui imprègne la culture populaire depuis sa création jusqu’à nos jours, mais qui inspire aussi les artistes. Certains, comme Andy Warhol, en ont fait le portrait quand d’autres l’ont largement détourné ».

« Nombreux sont les créateurs qui ont croisé son chemin de passionnée de mode, pour laquelle chacun a déjà imaginé les tenues les plus extravagantes ou les plus élégantes. Quelques-unes de ses robes de collections sont ainsi signées par des couturiers, parmi lesquels Thierry Mugler, Christian Lacroix, Jean Paul Gaultier, Agnès b, Cacharel ou encore Christian Louboutin. Sa garde-robe déployée pour l’occasion sur plusieurs mètres de cimaises n’est autre que le reflet de la mode dont le musée sortira en contrepoint quelques-unes des pièces les plus parlantes ».

Concours « Habille Barbie »
Le musée des Arts décoratifs et Mattel ont lancé un concours adressé aux « élèves majeurs de lycées, écoles d’art, écoles d’arts appliqués, universités ». À eux d’imaginer une tenue pour Barbie ». Le jury, composé d’Olivier Gabet, directeur des musées des Arts décoratifs, Anne Monier, commissaire de l’exposition Barbie et conservatrice du département des jouets, Besma Baghdadli, Mattel, Nathalie Crinière et Hélène Lecarpentier, scénographes de l’exposition Barbie et de Monique Mehrez, Self image a retenu 12 poupées parmi les 199 propositions reçues. 27 écoles, lycées et universités ont participé au concours. Les dossiers provenant de 6 pays contenant les planches dessinées et les prises de vue des Barbie étaient accompagnés de textes, notes, anecdotes, souvenirs, offrant un panorama de la créativité transmise dans les écoles des plus remarquables. « Ne pas manquer le talent de demain » était un des voeux de ces jurés réunis, avec également le souhait d’accompagner les projets les plus séduisants, de récompenser les plus audacieux, de valoriser l’accompagnement des enseignants ».

« Puisant dans les archives inédites de la maison Mattel, mettant en valeur un patrimoine historique méconnu », le catalogue de l’exposition « très illustré, à la fois sérieux et léger, instructif et décalé, éclaire la poupée star sous des angles inattendus. N’évitant pas les clichés mais essayant plutôt de les mettre en perspective, il étudie la place de Barbie dans l’histoire du jouet et l’inscrit plus largement dans une histoire culturelle et sociale des XXe et XXIe siècles. Il évoque également la famille de Barbie et sa vie amoureuse, son goût pour la mode – qui à son tour a inspiré des créateurs comme Christian Louboutin ou Jeremy Scott –, mais aussi les coulisses de sa fabrication ou ce rose qui ne la quitte pas. Ce livre contient même une interview exclusive de Barbie par Frédéric Beigbeder ! Ce sont tous les paradoxes de Barbie, ses ambiguïtés et son éclectisme qui font de ce jouet unique le siège de nos enthousiasmes ou de nos réticences ».

Déclinaisons de Barbie
En 2009, triste nouveauté, la vente de poupées Barbie de Mattelconçues par la designer Eliana Lorena et revêtues du niqab, du tchador, de la burka… chez Sotheby’s au profit de l’association Save The Children !

En octobre 2013, China Labor Watch a alerté sur 18 violations du droit du travail constatées dans six usines fabriquant en Chine des jouets pour Mattel : « Jusqu'à 13 heures de travail par jour, sept jours sur sept, des dortoirs surpeuplés, des produits toxiques manipulés sans protection, des papiers confisqués lors de l’embauche… »

En cet hiver 2013-2014, Peuples Solidaires et China Labor Watch ont lancé une campagne  dénonçant les « conditions indignes de travail  » de milliers d’ouvriers chinois travaillant « sur les chaines de fabrication de jouets Mattel » en Chine. Ces deux ONG arpentent  les boulevards où sont installés de grands magasins de Paris et d’autres grandes villes une Barbie ouvrière à taille humaine, bâillonnée, empaquetée. « Mattel est le premier fabricant mondial de jouet. Il peut influencer le secteur », a déclaré Fanny Gallois, responsable de campagne de Peuples solidaires.

Ces ONG mobilisent les réseaux sociaux dans leur campagne de communication, et invitent à signer la pétition Libérons Barbie ouvrière  qui a déjà revêtu 62 599 signatures.

Le 18 décembre 2013, le site Plus-size-modeling.com a vanté les modèles en léger ou en fort surpoids. Sur son compte Facebook, il a présenté la photo d’une poupée Barbie à la silhouette étoffée par un double menton et des rondeurs accentuées. Ce qui a suscité une controverse.

Né dans une famille russe Juive, Nickolay Lamm quitte à Saint-Petersbourg en 1995 pour s’installer à Pittsbourg. Cet artiste et chercheur âgé de 26 ans a conçu Lammily, une poupée jeune femme anti-Barbie : elle a des mensurations corporelles humaines.

Le 28 janvier 2016, Mattel a annoncé une mutation majeure : le fabriquant de poupée Barbie élargira son offre  en proposant "sept couleurs de peau, 22 couleurs pour les yeux, et de nombreuses coupes de cheveux pour ses poupées" fashionistas. En outre, il déclinera Barbie en "ronde", "petite", "grande".



Nigériane de 24 ans, Haneefah Adams a lancé sur Instagram "Hijarbie", une Barbie revêtue de vêtements moches dissimulant sa chevelure et sa silhouette.


Barbie, The Icon
La Fundación Canal présente l'exposition itinérante Barbie. Más allá de la muñeca (Barbie. The Icon). C'est la première rétrospective dédiée à la célèbre poupée en Espagne.

Más allá de la muñeca "hace un interesante recorrido por la historia de la famosa muñeca, a través de 438 piezas de colección, que, además, descubre multitud de facetas desconocidas y sorprendentes de la primera muñeca creada con aspecto de mujer.

"A través de las 8 secciones temáticas en las que se articula esta exposición, observamos la sorprendente evolución de la muñeca, desde su nacimiento en 1959 hasta hoy, y cómo ha incorporado, e incluso, abanderado algunas de las transformaciones más importantes de la sociedad la segunda mitad del S.XX."

"Además de explicar por qué es un icono de moda, faceta bien conocida por todos, descubriremos aspectos de Barbie que no conocíamos hasta ahora. Ha rendido homenaje a diferentes disciplinas como el arte, la historia, el cine, la música y la arquitectura; ha adoptado diferentes morfologías, razas, costumbres y estilos; la hemos visto ejercer profesiones tradicionalmente asignadas a los hombres (astronauta, policía, médico, bombero…). Y es que, más allá de la muñeca, Barbie ha inspirado, durante casi 60 años, valores como la igualdad de género, la auto superación, la integración racial, cultural y física, el respeto y la admiración por la diversidad, la apreciación por la cultura, la importancia de la familia y de la amistad. Valores que están también presentes en esta exposición".

"Un recorrido por la historia de este icono, a través de 438 piezas de colección, que descubre facetas desconocidas y sorprendentes de la primera muñeca con aspecto de mujer. Barbie nace en 1959 y, por primera vez, las niñas ya no jugarían sólo a ser madres. El leitmotiv de Barbie “I can be” les inspiró a imaginarse a sí mismas haciendo lo que deseasen, para ocupar papeles a menudo inalcanzables en la sociedad e inculcándoles que sus límites serían los que ellas mismas se marcasen.  Durante décadas Barbie ha transmitido valores de igualdad de género, de integración racial, de respeto por la diversidad, familiares, de fomento de la cultura, de amistad… Y todo ello sin dejar de lado su condición de muñeca, de referente de la moda y de baluarte de la feminidad".


EXTRAITS DU CATALOGUE

« Une histoire des poupées de mode »
Denis Bruna
(…)
« Ces trois exemples montrent qu’au XVIIIiiie siècle le mot « poupée » désigne trois objets apparemment distincts : le jouet des fillettes, la poupée de mode à proprement parler – qui porte en miniature le modèle réduit d’un costume destiné à être réalisé à taille humaine – et le mannequin de boutique. Toutefois, il est difficile de discerner la poupée jouet de la poupée de mode, voire même du mannequin, d’autant plus que les trois objets sont simplement nommés « poupée » dans les documents de cette époque. 
Quand on sait que les mêmes bimbelotiers fabriquaient aussi bien des poupées-jouets que des poupées de mode, il n’est pas étonnant que leurs usages aient pu être indistincts. Au xviiie siècle, un jouet, tout autant qu’un de ces mannequins articulés utilisés par les artistes, peuvent être investis d’une mission au service de la mode. Quoi qu’il en soit, la poupée n’est qu’un support ; ce qui importe alors, ce sont les habits qu’elle porte.
Dans sa précieuse description de « la poupée de la rue Saint-Honoré », Louis-Sébastien Mercier précise le rôle essentiel de l’objet qu’il appelle aussi mannequin : « [Il] passe de Paris à Londres tous les mois, et va de là répandre ses grâces dans toute l’Europe, il va au Nord et au Midi ; il pénètre à Constantinople et à Pétersbourg ; et le pli qu’a donné une main française se répète chez toutes les nations, humbles observatrices du goût de la rue Saint-Honoré. » Telle est la réelle mission de la poupée habillée : être expédiée par monts et par vaux, pour diffuser les modes.
(…)
« Pour apprendre la mode de la cour de France »
Dans la France du XVIIIe siècle, et plus encore dans la seconde moitié du siècle, la mode est une industrie, un acteur privilégié de l’économie et joue un rôle essentiel dans la pensée des Lumières.
Jacques Savary des Bruslons, dans son Dictionnaire universel de commerce, paru en 1723-1730, évoque ces « belles poupées qu’on envoie toutes coëffées, et richement habillées, dans les Cours étrangères, pour y porter les modes françoises des habits » ; plus loin, il cite encore ces « figures proprement habillées et coîfées, soit d’homme, soit de femme, qu’on envoye dans les Païs étrangers pour y apprendre les modes de la Cour de France ». Notons aussi qu’elles permettent aux habilleuses de comprendre l’ordre des vêtements à enfiler, les laçages, etc. À la fin du siècle, Louis-Sébastien Mercier dit à son tour que c’est de Paris que les marchandes de modes « donnent des lois à l’univers ».
De Versailles, Marie-Antoinette envoie elle aussi des poupées habillées à ses soeurs Marie-Christine, restée à Vienne, et Marie-Caroline, reine de Naples. Dans une lettre datée du 7 janvier 1771, la reine dit à la première : « J’ai sur le champ ordonné à une de mes femmes  […] de faire exécuter votre double commande. Vous aurez une poupée avec les étoffes de Lyon. » Dans une autre lettre du 17 avril 1786, la reine dit à nouveau à Marie-Christine : « Je vous envoye les étoffes les plus nouvelles de Lyon ; que je voudrais vous voir parée de tout cela ! Je viens d’envoyer à notre soeur de Naples une cargaison de poupées coiffées et habillées, c’était superbe. »
À Venise, Carlo Goldoni clame dans « Quelques observations sur les modes » de ses Mémoires, écrits entre 1784 et 1787 : « L a mode a toujours été le mobile des François, et ce sont eux qui donnent le ton à l’Europe entière, […] en habillemens, […] en coêffure, en toute espèce d’agrémens ; ce sont les François que l’on cherche par-tout à imiter. » 
Et peu après, l’homme de théâtre dit précisément que le ton français est donné par celle que l’on appelle à Venise la piavola di Franza (la poupée de France), qu’il décrit en ces termes : « À l’entrée de chaque saison, on voit à Venise, dans la rue de la Mercerie, une figure habillée [un manichino abbigliato], qu’on appelle la Poupée de France ; c’est le prototype auquel les femmes doivent se conformer. »
En 1788, à Vienne, le baron Risbeck, dans son Voyage en Allemagne, écrit : 
« On suit généralement ici les usages françois. On fait venir des poupées de Paris, afin que les dames puissent en imiter le costume. »
En 1791, on retrouve même une poupée de Paris en Amérique. Dans un texte attribué à William Livingstone, premier gouverneur du New Jersey, l’auteur s’interroge sur les modes, regrette les vêtements confortables qu’il portait dans le comté de Bergen et se plaint de « la rage inextinguible pour les parures étrangères ». Il évoque alors « la poupée complètement accoutrée pour montrer la nouvelle mode », envoyée de Paris à Londres, puis de Londres en Amérique, comme étant responsable de ces bouleversements vestimentaires.
(…)
Barbie s’inscrit ainsi dans une longue histoire. Toutefois, si elle a porté des toilettes, parfois remarquables, c’est dans le but de renouveler sans cesse le succès de la poupée. Telle est la véritable différence entre la figurine américaine et la poupée de mode du xviiie siècle, bien que toutes deux soient ancrées dans une volonté de marketing : chez Barbie habillée, c’est la poupée qui joue le rôle majeur ; aux siècles précédents, c’est l’inverse : les habits somptueux doivent être vus, admirés et achetés ; la poupée n’est qu’un support ».

« Barbie et l’histoire du jouet » 
Anne Monier
Une petite histoire de la poupée
(…)
« La poupée de Marguerite, que décrit la comtesse de Ségur dans Les Petites Filles modèles en 1857, si belle et richement parée, est une poupée de mode typique du xixe siècle, rêve de toutes les petites filles, mais piètre compagne de jeu. Trop précieuse, trop fragile, trop sophistiquée et trop éloignée du monde de l’enfance, la poupée de mode vit sa popularité décliner à la fin du xixe siècle, après un très long règne sur le marché de la poupée.
Perchée sur une étagère ou rangée dans une armoire, « objet d’admiration muette », comme l’écrit Charles Baudelaire dans Morale du joujou, la poupée de mode était rarement confiée aux mains des enfants – à la différence de Barbie, habillée, déshabillée et manipulée, à la merci de l’imagination des plus petits. Le lien entre Barbie et ses ancêtres du xixe siècle réside dans leur relation avec la mode, fil conducteur de l’histoire de la poupée. Barbie, poupée mannequin par excellence, s’inscrit en effet dans une longue tradition de la poupée de mode. Héritières des poupées destinées, au cours du XVIIIe siècle, à présenter la mode féminine parisienne à travers l’Europe, les rares poupées pour enfants du XVIIIe siècle, ainsi que celles du début du XIXe siècle, représentaient des femmes très richement parées.
À cette époque, la mode pour enfant n’existait pas et les enfants portaient, comme leurs poupées, des vêtements d’adulte en miniature. Les corps des poupées n’étaient pas réalistes, mais s’adaptaient à la forme des vêtements à la mode dont la poupée était habillée. 
Les poupées dont il est question ici, et dont l’évolution sera étudiée, sont des poupées manufacturées et vendues. Au xixe siècle, elles étaient peu nombreuses et réservées aux familles aisées. Les enfants des classes plus populaires jouaient avec des poupards ou des poupées de chiffon fabriquées à la maison, par eux-mêmes ou par leurs parents, dont la réalisation était très éloignée des considérations sur la mode de l’époque.
Si les poupées servant à promouvoir les créations des marchands de mode cédèrent majoritairement leur place, à la fin du xviiie siècle, aux gravures de mode, plus faciles à diffuser, certaines ont subsisté. Ainsi, au début du xixe siècle, la frontière était fine entre la poupée mannequin, la poupée jouet très bien habillée et la poupée de mode destinée aux femmes adultes. Ces distinctions s’avéraient poreuses, une poupée mannequin passée de mode pouvant être donnée comme jouet à un enfant.
La métamorphose des poupées, qui à partir du milieu du XIXe siècle prirent progressivement des visages d’enfants, répond à deux évolutions. Tout d’abord, la disparition des poupées chez les couturiers, liée à l’invention de la haute couture par Charles Worth, qui ouvrit sa maison à Paris en 1858. Le couturier, devenu créateur et non plus simple exécutant de la volonté de ses clientes, faisait porter ses robes à sa femme, pour leur donner plus de vie et de dynamisme. Le succès des toilettes ainsi mises en valeur marqua la naissance du mannequin en chair et en os.
Parallèlement, les parents commencèrent à manifester leur mécontentement face aux frivoles poupées parisiennes, autre nom de ces précieux jouets accusés d’encourager les fillettes à devenir des femmes superficielles. Si le Second Empire représente l’âge d’or des poupées de mode, dont les luxueuses garde-robes aux innombrables accessoires n’avaient rien à envier aux élégantes de l’époque, les années 1870 et 1880 virent l’apparition de poupées à la morphologie et aux visages plus juvéniles, habillées comme des enfants, suivant la mode enfantine plus pratique et moins contraignante qui se développe durant ces décennies.
Les poupées et leurs toilettes ne perdirent pas pour autant leur caractère luxueux.
Des maisons comme Jumeau, Bru ou Huret commercialisaient ces précieux articles aux têtes de porcelaine, qui s’exportaient comme témoignages du raffinement et du savoir-faire français.
La révolution Barbie
(…)
Ruth et Eliott Handler avaient créé Mattel avec Harold Matson en 1945. La marque, qui fabriquait de petits jouets en plastique, boîtes à musique, pistolets factices, etc., connaissait un certain succès. Ruth n’arrivait cependant pas à convaincre le reste de l’équipe de réaliser son idée de poupée mannequin en trois dimensions, alors même que Mattel cherchait un créneau novateur et original pour entrer sur le marché de la poupée. La raison invoquée officiellement était celle du coût de réalisation d’une telle poupée, qui aurait nécessité de la faire produire en Asie, ce à quoi Mattel n’était pas prêt. Les réticences d’une équipe exclusivement masculine à réaliser une poupée ressemblant à une adulte et dotée de seins constituent néanmoins certainement la vraie raison expliquant les difficultés rencontrées avant la naissance de Barbie. Il ne faut pas oublier que, dans les années 1950, être une femme d’affaires signifiait être une pionnière, et que Ruth Handler était la seule femme dans un milieu masculin.
(…) Barbie, nommée d’après Barbara Handler, fit ses premiers pas à la Foire du jouet de New York le 9 mars 1959.
La réception de Barbie
À cette foire, Barbie ne connut pas le succès escompté, les professionnels du marché du jouet semblant, tout comme les cadres de Mattel, gênés par les seins de la poupée, et penser que les petites filles se contenteraient des poupées à materner déjà disponibles. 
Une fois Barbie en magasin, le succès fut en revanche immédiat, sans même l’appui de la campagne publicitaire qui avait été prévue. L’optimiste Ruth Handler, qui avait prévu de faire fabriquer 20 000 poupées par semaine, dut tripler sa production, sans pouvoir pour autant réussir à satisfaire la demande avant 1962. Barbie était par ailleurs le premier jouet à se vendre aussi bien, voire mieux, après Noël qu’avant.
Rapidement, Mattel dut mettre en place un secrétariat pour Barbie, afin de répondre à ses nombreux admirateurs, Barbie recevant autant de courrier qu’une star hollywoodienne. La création du fan club suivit. Ce succès vint en partie de la mythologie créée autour du personnage de Barbie, présentée avec son histoire racontée dans des petits romans publiés dès les années 1960, sa famille, ses amis, son petit ami (dont les jeunes filles ont réclamé la création auprès de Mattel quelques années après l’apparition de Barbie), ses activités, etc. Sa personnalité n’est pas assez forte pour empêcher l’enfant de projeter sur Barbie tout ce qu’il souhaite, mais cette histoire fait de Barbie plus qu’un simple jouet et explique qu’aucune de ses rivales n’a réussi à la détrôner. Car Barbie a fait de nombreuses émules : Sindy, son alternative britannique sortie dans les années 1960, Petra, vendue en Allemagne au même moment à un prix moins élevé que celui de Barbie, Perle, concurrente française des années 1980, etc.
Barbie s’est également imposée par la publicité et la télévision. Dès 1956, Mattel fut sponsor de l’émission américaine pour enfants The Mickey Mouse Club ; la marque peut ainsi s’adresser directement aux enfants, devenus prescripteurs et consommateurs, alors que les jouets étaient auparavant choisis par les parents, sur les conseils de vendeurs. 
Cette stratégie permet également de doper les ventes de jouets et de résoudre le problème de la saisonnalité des ventes autour de Noël. Les publicités rythment la vie de Barbie, en mettant en avant chaque nouveau personnage de son entourage, ou chaque nouvelle activité. 
Si la diffusion de Barbie fut rapide aux États-Unis, son succès international fut plus lent ».

« Barbie, Miroir de son temps »
Anne Monier
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L’évolution générale de Barbie
Barbie, en tant que symbole de la société de consommation, a dû essuyer de nombreuses critiques, les principales portant sur l’essence même du jeu avec Barbie, c’est-à-dire l’identification et la projection. Barbie étant le support grâce auquel la fillette imagine, par le jeu, sa future vie d’adulte, certains adultes ont pu s’émouvoir de voir des enfants s’identifier à une poupée aux mensurations irréalistes (rappelons que le corps de Barbie n’a pas été pensé pour être réaliste, mais pour pouvoir être facilement habillé, tout comme celui des poupées de mode du XIXe siècle), oubliant que la puissance imaginative des enfants leur permet d’animer dans leurs jeux de nombreux objets, sans pour autant croire que ces objets sont réels ou vivants. Souvent attaquée, Barbie a beaucoup évolué pour répondre à ces critiques, et présente une évolution générale semblable à celle de notre société.
En 1959, Barbie détone dans le paysage des poupées, qui proposent à la petite fille un rôle de maman. Ruth Handler souhaite faire de Barbie un modèle de jeune femme glamour et refuse donc que Barbie soit mariée ou mère de famille. 
Barbie s’inscrit ainsi en marge des rôles offerts aux femmes à cette époque, et certains craignent que la poupée ne remette en cause l’importance du rôle maternel pour les femmes. Barbie peut même incarner, à sa naissance, une alternative à l’image omniprésente de la femme esclave des corvées ménagères.
Barbie change parallèlement à l’évolution du rôle de la femme. Dès le début des années 1960, elle a des carrières (infirmière, hôtesse de l’air, employée de bureau), qui se diversifient au cours de la décennie (astronaute, professeur).
En choisissant leur poupée Barbie, les petites filles ont donc la liberté de choisir qui elles souhaitent être.
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Barbie est le témoin de l’évolution du rôle de la femme, mais également celui de la place que prennent progressivement les loisirs dans la société. Après la Seconde Guerre mondiale, la logique de l’articulation entre temps libre et travail s’inverse. La seconde moitié du XXe siècle voit triompher les loisirs, désormais considérés comme du temps gagné sur le travail, du temps à chérir et à mettre à profit. Le fait que la première Barbie soit en maillot de bain et que le thème de la plage ait autant d’importance dans son univers va de pair avec la démocratisation des vacances d’été à la fin des années 1950 dans les pays occidentaux. Au cours des décennies, Barbie est ainsi commercialisée occupée à toutes sortes d’activités : tennis, camping, bateau, ski, etc. 
Progressivement, Barbie se met également à célébrer la diversité. Dès 1967, une version afro-américaine de Francie, la cousine de Barbie, est commercialisée.
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Barbie et le Zeitgeist
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Barbie vit un nouveau changement majeur en 1977, avec un nouveau corps, un visage souriant et amical, qui vont perdurer pendant une vingtaine d’années. Il s’agit de Barbie Superstar, qui annonce les supermodels des années 1980 et 1990, et représente le moment où le monde de la mode et celui du divertissement se mélangent définitivement. Barbie Superstar possède un corps conquérant, lié à une image de féminité puissante qui domine dans les médias à cette époque. C’est également le moment où s’impose le fameux rose Barbie, répertorié par Pantone sous la nuance 219C. L’influence de Barbie Superstar est telle qu’elle finit par incarner l’image même de Barbie dans l’imaginaire populaire, gommant ainsi les nombreux autres aspects de la poupée.
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En l’an 2000, Barbie connaît un rajeunissement pour mieux coller à l’air du temps. Alors qu’en 1959 la Teenage Fashion Model de Mattel jouait à être une femme plus âgée, comme le rêvait alors les jeunes filles, au tournant de l’an 2000 c’est la société entière qui rêve d’être adolescente. Le nouveau corps de Barbie, plus mince et juvénile, la rapproche des stars de l’époque, comme Britney Spears, qui n’a pas encore vingt ans. La jeunesse devient une obsession.

Parallèlement, de nombreuses poupées Barbie font référence à des films mettant Barbie en scène, très souvent dans des rôles de princesse. Cette multiplication des Barbie princesses fait également écho à la tendance du monde du spectacle et de la mode à se tourner vers le fantastique et le merveilleux, afin de contrer la morosité de l’époque, dominée par la crise économique. Les stars se déguisent, les super-héros reviennent sur le devant de la scène, et la fantasy envahit le cinéma et la télévision.
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Barbie source d’inspiration
En tant qu’icône, Barbie est très souvent représentée, voire détournée dans la culture populaire. De la même façon, Barbie fait de nombreux clins d’oeil à la culture populaire, avec des éditions limitées comme Barbie & Ken Star Trek en 1996, Barbie Marilyn Monroe dans 7 ans de réflexion en 1997, Barbie & Ken X Files en 1998, Barbie Sandy de Grease en 2004, la série de poupées sur le thème du Magicien d’Oz en 2009, etc.

Il est impossible de recenser toutes les apparitions de Barbie dans les médias, tant elle est omniprésente. Quelques exemples soulignent qu’il s’agit d’un aller-retour permanent entre Barbie et la culture populaire. Lorsque le groupe Aqua sort en 1997 son titre Barbie Girl, succès planétaire, Mattel attaque la maison de disque en justice pour son utilisation de Barbie. En 2009 cependant, le titre est repris, avec des paroles modifiées, dans des publicités pour Barbie, signe que Barbie est capable d’une autodérision typique de l’époque.
De même, en 2009, pour fêter les cinquante ans de Barbie, le designer Jonathan Adler réalise du mobilier inspiré de son univers pour une poupée en édition limitée, des objets à taille humaine prenant Barbie comme source d’inspiration, ainsi qu’une suite au Palms à Las Vegas offrant l’illusion d’une nuit dans la maison de Barbie. 
Enfin, Barbie est présente à plusieurs reprises dans la série américaine Mad Men, où elle apparaît comme un cadeau important à faire à un enfant. En parallèle, une série limitée de Barbie inspirée par Mad Men est commercialisée en 2010. 
Barbie est également un moyen d’exprimer des problématiques autour des enfants. En tant que jouet incontournable, souffrant parfois des préjugés liés à son image de poupée mannequin, elle peut être utilisée pour traiter de sujets se rapportant au genre ou à l’éducation, comme dans Niels, Barbie et le problème du pistolet de Kari Tinnen (2011). Pour son anniversaire, Niels peut choisir le jouet qu’il veut dans le magasin. Il désire une Barbie, mais son père préférerait qu’il choisisse un pistolet… Pourquoi les petits garçons ne pourraient-ils pas, aussi, jouer avec Barbie ? Dans un épisode de la bande dessinée Phoebe and the Pigeon People de Jay Lynch et Gary Whitney (1980), des parents progressistes expliquent qu’au lieu de la Barbie que leur fille désirait, ils lui ont offert une boîte à outils, afin de lui permettre de dépasser les stéréotypes liés au genre. La petite fille ne se sent pas concernée par les préoccupations de ses parents, et rejoue avec ses outils une scène classique de séduction entre Barbie, en clé à molette, et Ken, en marteau.
L’icône Barbie est ainsi une source d’inspiration, au premier comme au second degré. L’importance qu’elle a dans la culture populaire explique également qu’elle soit tournée en dérision. Des multiples interprétations de Barbie sans maquillage aux poupées victimes de violences conjugales de Sam Humphrey, en passant par les poupées arrangées par Marianela Perelli et Emiliano Paolini pour leur série Plastic Religion (2014), chaque nouveau détournement de Barbie défraie la chronique et fait le tour d’Internet. La photographe Mariel Clayton, par exemple, met Barbie en scène dans des situations bien éloignées de l’univers habituel de la poupée (suicide, meurtres, scènes de sexe avec ou sans accessoires), mais qui ne sont pas non plus sans rappeler les tortures que les enfants peuvent parfois faire subir à Barbie pendant leurs jeux. De même, dans sa série In the dollhouse (2012), Dina Goldstein raconte la longue descente aux enfers de Barbie, de ses premiers doutes quant à l’homosexualité de Ken jusqu’à la confirmation de ses soupçons et sa fin tragique. Jocelyne Grivaud, quant à elle, traite Barbie avec affection dans Barbie, ma muse (2013), en réinterprétant d’importantes œuvres de l’histoire de l’art, avec notre icône comme sujet principal.
Barbie inspire également de nombreux artistes, comme en témoigne son portrait par Andy Warhol en 1986. C’est de façon détournée que Barbie aurait intégré le cercle des icônes américaines déjà représentées par le pape du pop art, telles Marilyn Monroe, Elizabeth Taylor ou la bouteille de Coca-Cola.
Alors qu’Andy Warhol voulait faire le portrait de son ami le styliste et grand collectionneur de Barbie BillyBoy, celui-ci lui aurait répondu : « Si tu veux faire mon portrait, fais celui de Barbie, car Barbie, c’est moi ». BillyBoy qualifie le portrait de Barbie de motif warholien ultime : un objet de grande consommation à visage humain. Cette oeuvre, l’une des dernières de l’artiste, fait de Barbie une icône absolue ».

Les coulisses de Barbie
Aurore Bayle-Loudet
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Robert Best, directeur en chef du design de Barbie
— « Comment s’organise votre travail sur Barbie ?
Je suis directeur de la conception de Barbie (Barbie design), mon équipe conçoit les différentes lignes de la collection
Barbie, de celles pour enfants aux éditions limitées pour collectionneurs.
Pour les poupées de collection, nous collaborons régulièrement avec des licences et des marques extérieures, sur proposition de la franchise en question, ou bien après une demande de notre part. Dans chacun des cas, il s’agit d’un travail collaboratif, tant au sein de l’équipe chez Mattel qu’avec la marque qui accepte de travailler pour Barbie.
De manière générale, pour décider ce que Barbie portera, nous effectuons un travail de veille et de repérage en amont : nous constituons des panneaux d’inspiration avec des images puisées dans l’actualité culturelle, les dernières tendances, etc. C’est un travail qui se rapproche vraiment de ce qui se fait dans la mode ; cette première étape constitue une base à partir de laquelle nous réalisons des croquis qui contiennent des idées brutes de ce que la poupée portera, la manière dont elle sera coiffée et maquillée. Nous nous inspirons de tendances globales – un motif, une couleur, une coupe –, mais sans jamais imiter exactement les modèles que nous avons sélectionnés.
Nous devons sentir l’air du temps, non le dupliquer. Les propositions évoluent, puis vient l’étape de la mise en volume : nous collaborons avec des fabricants de tissus, enfin nous créons des échantillons miniatures des vêtements de la poupée.
Ce premier modèle peut être plus ou moins abouti ; il n’est accepté qu’une fois validé par tous les maillons de la chaîne, aux États-Unis comme dans les usines à l’étranger. C’est vraiment une responsabilité partagée. Barbie doit être représentative de son époque mais surtout nous devons garder à l’esprit qu’il s’agit avant tout d’un jouet pour enfants.
— Vous maîtrisez parfaitement les rouages du monde de la mode : cela vous aide-t-il dans votre travail pour Barbie ?
Je travaille chez Mattel depuis vingt ans et auparavant j’étais assistant de conception dans une maison de mode à New York. Je voulais changer et j’ai intégré Mattel. Je pensais n’y rester qu’une année puis faire autre chose.
Dès mon arrivée, mon expérience dans la mode m’a donné envie de ramener Barbie à la réalité. J’aimais son univers rose et un peu excessif mais elle semblait avoir glissé dans un univers plus fantastique. Ces évolutions se justifiaient par ce que cherchaient les petites filles, mais il me paraissait intéressant de trouver un plus juste équilibre entre réalité et rêve. C’est ce qui est passionnant dans mon parcours chez Mattel : mon travail a évolué au cours des années, et aujourd’hui j’ai la chance d’avoir une vue d’ensemble sur le processus de conception de Barbie.
À travers ses tenues, nous dessinons ses carrières, les étapes de sa vie, et plus largement toute l’histoire de Barbie. Par exemple, c’est quelque chose que nous mettons aujourd’hui en oeuvre sur Instagram (@Barbiestyle). 
C’est un défi passionnant car, après tout, ce n’est qu’une poupée, elle a des limites physiques que nous essayons de masquer le plus possible, et c’est cela qui rend le projet amusant.
— Vous sentez-vous responsable de l’impact de Barbie ? 
Les personnes qui travaillent chez Mattel sont toujours surprises du pouvoir de cette petite poupée. Barbie est un symbole très fort et c’est la raison pour laquelle je ne prends pas cette responsabilité à la légère. À mes yeux, elle fait partie des rares icônes très américaines : à l’image d’une marque mythique comme Coca-Cola, elle est immédiatement reconnaissable, presque légendaire. Sa seule évocation ravive immédiatement un souvenir ou une émotion. D’un bout à l’autre de la planète, les gens ont des histoires à partager sur Barbie, généralement positives. C’est pourquoi nous avons une responsabilité si importante : les enfants gardent ce souvenir de Barbie toute leur vie. Même s’il ne s’agit que de leur apporter un peu de joie sur une courte période de temps, je suis fier de pouvoir le leur offrir ».

Jusqu’au 18 septembre 2016
Au musée des arts décoratifs 
107, rue de Rivoli – 75001 Paris
Tél. : +33 01 44 55 57 50
Du mardi au dimanche de 11 h à 18 h. Nocturne le jeudi jusqu’à 21 h

Visuels :
Ruth et Eliott Handler, années 1960
Photo des archives Mattel
© Mattel

Barbie, 1959
© Mattel

Ruth Handler entourée de poupées Barbie et Ken, années 1960
Photo des archives Mattel
© Mattel

Barbie Aérobic,1984
© Mattel

Barbie Instagram @Barbiestyle, Palais de Tokyo, 2015
© Mattel

Barbie femme d’affaires, 1963
© Mattel

Barbie chirurgien, 1973
© Mattel

Barbie hôtesse de l’air, 1961
© Mattel

Barbie candidate à la présidentielle, 2000
© Mattel

Barbie day to night, 1985
© Mattel

Barbie Sonia Rykiel, 2009
© Mattel

William Hoare, « Christopher Anstey avec sa fille », vers 1775
© The National Portrait Gallery, Londres

Barbie Dior, pour les 50 ans du Tailleur Bar, 1997
© Mattel

Barbie Instagram @Barbiestyle, Passage des panoramas, 2015
© Mattel

Barbie Diane Von Furstenberg, 2006
© Mattel

Barbie astronaute, 1965
© Mattel

Barbie Moschino, 2015
© Mattel

Chloé Ruchon, « Barbiefoot », 2009
Collections du musée des Arts décoratifs
© Les Arts Décoratifs / photo : Jean Tholance

Barbie Oscar De la Renta, 1985
© Matte

Barbie « Grease », 1996
© Mattel

Barbie et Ken « Star Trek », 1996
© Mattel

Barbie Mad Men, 2010
© Mattel

Andy Warhol, « Barbie », 1985
© Mattel

Making of, Mattel
© Mattel

Photo du compte instagram de Barbie @barbiestyle, 2015
© Mattel

Barbie Instagram @Barbiestyle, Paris, 2015
© Mattel

© Mattel inc. et © Fundación Canal

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Les citations non sourcées proviennent du dossier de presse. Cet article a été publié le 18 septembre 2016.