mardi 2 septembre 2014

« Nuremberg le procès des Nazis » de Paul Bradshaw et Nigel Paterson


Toute l'Histoire diffusera les 3 et 7 septembre 2014 les numéros de la série Les complices d'Hitler (1996) consacrés à "Göring, le numéro deux" et "Speer, l'architecte". La chaîne Arte a rediffusé deux parties de « Nuremberg : le procès des Nazis » (Nuremberg: Nazis on Trial), docu-fiction de Paul Bradshaw et Nigel Paterson (2006). Un film associant des scènes jouées par des acteurs, des archives, des témoignages d’historiens et de témoins du procès, par un tribunal international, en 1945-1946, d’une vingtaine de criminels deguerre nazis, dont Hermann Göring et Albert Speer.

Après les suicides du Führer Adolf Hitler le 30 avril 1945, de Joseph Goebbels, ministre de l’Education du peuple et de la Propagande, et de Heinrich Himmler, chef de la SS, en mai 1945, puis celui de Robert Ley, directeur du Deutsche Arbeitsfront (Front allemand du travail qui regroupe les syndicats), dans sa prison à Nuremberg le 25 octobre 1945, les Alliés tiennent particulièrement à ce que la vingtaine de dirigeants nazis de haut rang qu’ils ont arrêtés, interrogés et emprisonnés soient en mesure de comparaître devant le futur tribunal international chargé d’établir les faits et de juger ces détenus. La surveillance de ces prisonniers nazis est donc renforcée.
Gustave M. Gilbert, psychologue Juif américain d’origine autrichienne, et agent de liaison avec les prisonniers, veille à leur santé mentale, rédige régulièrement pour le commandant de la prison, le colonel B.C. Andrus, des rapports sur leur état psychologique et « suggère des angles d’attaque » aux Alliés en vue des audiences judiciaires. Les Alliés préparent soigneusement ce procès afin que les accusés ne l’utilisent pas comme une tribune de propagande nazie.

Si la séance inaugurale de ce procès hors norme a lieu à Berlin le 18 octobre, le procès se déroule du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946 à Nuremberg. Et en présence d’une armada d’interprètes et de journalistes, dont Lucien Bodart, Walter Cronkite, Ilya Ehrenbourg, Joseph Kessel pour France-Soir, Evgueni Khaldei, auteur de la célèbre photo du drapeau rouge flottant sur le Reichstag, Richard Llewellyn, Erika Mann, Alexandre Vialatte, Rebecca West, Markus Wolf, et Tullia Zevi.

Des liturgies nazies au tribunal international
Nuremberg, c’est la ville où se sont déroulées les grandes manifestations publiques annuelles du Parti national-socialiste.

Le choix de cette ville est certes symbolique, mais surtout motivé par des considérations pratiques : après les bombardements, y demeurent intacts le Palais de justice relié par un tunnel à la prison, l’Hôtel de Ville et le Grand Hôtel.

Une ville donc emblématique pour un procès extra-ordinaire : le premier procès militaire international d’une vingtaine de responsables nazis poursuivis pour « plan concerté ou complot », « crimes contre la paix », « crimes de guerre » et un chef d’accusation nouvellement intégré au droit international : les « crimes contre l’humanité ».
Le Tribunal est composé de magistrats et de ministères publics représentant les Alliés - américains, britanniques, soviétiques et français. La Cour est présidée par Geoffrey Lawrence. Pour Ernst Michel, survivant d’Auschwitz, c’est une « satisfaction de voir la justice être rendue ».

Après lecture du long acte d’accusation, est projeté un film d’une heure sur la gravité, l’horreur et l’ampleur des crimes retenus contre eux : les camps de concentration et d’extermination, les modes d’assassinats des Juifs, les expériences « médicales », les vivisections, etc. Un film qui exerce un impact important sur tous les spectateurs, en particulier les accusés.

Parmi les crimes de guerre, le procès écarte le massacre au printemps 1940 de milliers d'officiers polonais dans la forêt de Katyn, près de Smolensk. Pendant le procès de Nuremberg, l’avocat de Göring demande la mise en accusation des Soviétiques pour ce crime de guerre. Le 1er juillet 1946, six témoins, de la défense et de l’accusation, présentent leur version des faits au tribunal. Il apparaît que l'auteur de ce massacre est le NKVD, dont l'URSS. Le verdict du Tribunal occulte ce massacre : celui-ci montre que des Alliés ont commis un crime de guerre, un grief reproché aux accusés.

Des stratégies divergentes
Le titre du film ne retranscrit pas l’ambition limitée, mais originale des auteurs du film.

Ceux-ci n’abordent pas l’aspect juridique. Ils évoquent sommairement les opinions opposées des Alliés à l’égard des dirigeants nazis emprisonnés : pour Churchill et les Soviétiques, leur élimination était préférable ; pour les Américains, le procès est l’occasion de rendre publics tous les faits.

Paul Bradshaw et Nigel Paterson esquissent les portraits de certains criminels nazis –Franz von Papen, vice-chancelier puis ambassadeur, Hjalmar Schacht, ministre jusqu’en 1943, Baldur von Schirach, chef des Jeunesses hitlériennes puis gouverneur de la région de Vienne - jugés à Nuremberg.

Ils concentrent leurs trois volets sur trois accusés aux stratégies divergentes : le successeur désigné d’Hitler, Reichsmarschall – grade le plus élevé – et commandant en chef de la Luftwaffe Hermann Göring (1893-1946), Albert Speer (1905-1981), ministre de l’Armement et architecte des grands travaux de Hitler, et Rudolf Hess (1894-1987), un des rédacteurs des lois antisémites de Nuremberg (1935).
 Arte ne diffuse pas, sans explication, le volet sur Hess : celui-ci s’était rendu, peut-être pour négocier la fin de la guerre, le 10 mai 1941 en Ecosse, où il a été arrêté et emprisonné.

La dramaturgie du film souligne le contraste entre les personnalités et les stratégies judiciaires de deux dirigeants nazis ayant occupé des fonctions importantes jusqu’à la capitulation du IIIe Reich - Hermann Göring et Albert Speer -, et la dimension psychologique du procès. Les « dialogues des scènes de reconstitution s’inspirent des archives de l’époque ».

Göring
Göring se constitue prisonnier le lendemain de la capitulation aux Américains. Il a « créé la Gestapo, préparé les lois contre les Juifs et le réarmement ». Il avait prêté ce serment d’allégeance à Hitler : « Je n’ai aucune conscience. Adolf Hitler est ma conscience ».

Grossier, vaniteux, il demeure un fervent nazi. Sur son acte d’accusation, il écrit : « Les vainqueurs seront toujours les juges, et les vaincus les accusés ».
Malin, il use de son ascendant sur les autres accusés pour constituer et maintenir un front uni sur sa défense : la revendication fière du nazisme et le rejet de toute responsabilité dans les crimes.

Amaigri, désintoxiqué, fanfaronnant, il comparaît en revendiquant sa fidélité à Hitler, son souci du peuple allemand.

Parmi les témoins : Otto Ohlendorf, commandant de l’Einsatzgruppe D, un de ces groupes mobiles ayant exécuté les Juifs près de leurs villages en Europe centrale et de l’Est, pointe la responsabilité de Göring dans ces massacres ; le 15 avril 1946, Rudolf Höss, commandant d’Auschwitz, résume sa rencontre avec Himmler à l’été 1941 : appliquer la « solution finale » à Auschwitz où ont été exterminés plus d’un million de personnes, essentiellement Juives. Un témoignage précis et accablant.

Au procureur américain Robert H. Jackson qui dénonce le caractère secret des préparatifs allemands pour rendre libres l’accès au Rhin, Göring réplique ironiquement n’avoir pas lu « quelque part l’annonce des préparatifs de mobilisation entrepris par les Etats-Unis ». Ce qui fait rire la salle.

Göring perd de sa superbe et est déstabilisé lors de son contre-interrogatoire par le procureur britannique Sir David Maxwell-Fyfe, maîtrisant mieux son dossier, et quand Robert H. Jackson lui reproche son pillage au bénéfice du IIIe Reich et à son profit, d’œuvres d’art européennes appartenant à des collectionneurs privés, généralement Juifs, et à des musées publics.

Speer conseille à Gustave M. Gilbert de séparer Göring des autres accusés lors des repas pour réduire son emprise sur les accusés. Ce que font les Alliés : Göring prend ses repas seul dès la mi-février 1946. Les autres accusés discutent alors librement et s’émancipent de son autorité.

Condamné à mort par pendaison pour les quatre chefs d’inculpation, Göring se suicide en absorbant une dose de cyanure cachée dans sa cellule la nuit de son exécution, le 14 octobre 1946. Dans son Journal de Nuremberg (Nuremberg Diary), Gustave M. Gilbert écrit : « Göring est mort comme il a vécu, en essayant de railler toutes les valeurs humaines et de détourner l’attention de sa culpabilité par un geste spectaculaire ».

Le cadavre de Göring est envoyé dans un crématorium à Munich ; les cendres sont « dispersées dans un cours d’eau pour éviter que soit édifiée une construction à la mémoire de Göring ».
"1946. Le colonel américain Burton C. Andrus s'est vu confier la mission de garder un des plus célèbres inculpés des procès de Nuremberg : Herman Goering. Le numéro 2 du régime nazi, fervent partisan de la déportation des juifs, était un personnage machiavélique qui fit tout pour déstabiliser son geôlier. Une partie serrée qui se terminera par le suicide de Goering. Un drame passionnant raconté à la manière d'une fiction, à partir des mémoires du colonel et enrichi d’images d’archives et de témoignages poignants. Récompensé aux BAFTA Awards (British Academy Film & Television Arts Awards)", réalisé par Ben Bolt, diffusé par HistoireGoering : bras de fer à Nuremberg est un "film captivant qui dévoile le jeu psychologique de Goering lors des procès de Nuremberg et le mystère entourant son suicide".

Albert Speer
Issu de la haute bourgeoisie allemande, cet architecte fait partie du cercle des intimes d’Hitler avec lequel il semble lié par une relation père/fils. Les Alliés estiment que la guerre a duré deux années de trop en raison de l’efficacité de Speer comme ministre de l’Armement et de la production de guerre. Speer se démarque de nombre d’autres accusés : il assume sa part de responsabilité dans celle collective, condamne le nazisme, reconnaît le mal commis.
Il minore son rôle en se présentant comme un administratif soucieux de remplir sa mission, ayant ignoré les conditions d’esclavage de « cinq millions d’étrangers dont 200 000 volontaires » contraints à des travaux obligatoires dans les usines d’armements. Il allègue avoir seulement estimé le nombre de personnes nécessaires à la machine de guerre allemande et rejette toute autre responsabilité sur Fritz Sauckel, responsable du recrutement et de l’exploitation de la main d’œuvre étrangère, et qui sera condamné à mort par le Tribunal.

Il affirme s’être opposé à la politique de la terre brûlée décrétée par Hitler pour freiner la progression des Alliés, et allègue avoir tenté de tuer Hitler par gaz dans son bunker à la fin de la guerre.
Le contre-interrogatoire de Speer par Jackson est moins pugnace que celui de Göring.

Sa stratégie et sa personnalité – intelligence, sociabilité - concourent à expliquer la peinte infligée : Speer est condamné pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité à une peine de 20 ans d’emprisonnement. Après avoir purgé sa peine, il est libéré en 1966 et se consacre à l’écriture de livres.
Les historiens sont partagés sur Speer : « homme torturé » ayant admis sincèrement sa part de responsabilité ? Ou  « machiavel cynique ayant berné le monde entier » et dont l’implication dans les crimes ressort davantage à la lumière de récents travaux d’historiens ?


« Nuremberg, le procès des Nazis »
de Paul Bradshaw et Nigel Paterson
2006, GB (BBC Two et Discovery Channel)
Avec Ben Cross, Nathaniel Parker, Robert Pugh, Adam Godley, Colin Stinton.
1ère partie : 57 minutes ; 2e partie : 59 minutes
Diffusions sur Arte les
- 27 avril à 20 h 40 et 21 h 40 et 28 avril 2011 à 14 h 45 et 15 h 40
- 8 avril 2014 à 23 h 30 

Visuels de haut en bas :
Vue du Tribunal. © BBC-Iana Blajeva
Göring et Gustave M. Gilbert. © BBC-Iana Blajeva
Speer et Gustave M. Gilbert. © BBC-Iana Blajeva


Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié le 26 avril 2011. Il a été republié les :
- 6 juillet 2013  à l'approche de la diffusion sur France 3, à 23 h 40, de J'étais à Nuremberg, d'André Chandelle ;
- 18 mars 2014. Histoire a diffusé les 18 mars à 17 h 04, 20 mars 2014 à 22 h 35 et 27 mars 2014 Goering, bras de fer à Nuremberg, de Ben Bolt ;
- 8 avril et 27 juin 2014. RTL9 a diffusé le 28 juin 2014 Nurembergtéléfilm en deux parties d'Yves Simoneau (2000).

lundi 1 septembre 2014

« Un espion au cœur de la chimie nazie : Zyklon B - Les Américains savaient-ils ? » d’Egmont R. Koch et de Scott Christianson


Arte rediffusera les 3 et 8 septembre 2014 « Un espion au cœur de la chimie nazie : Zyklon B - Les Américains savaient-ils ? » (Der Spion vom Pariser Platz - Wie die Amerikaner von Hitlers Giftgas erfuhren) d’Egmont R. Koch et de Scott Christianson (2010). Un documentaire sur les relations industrielles et commerciales étroites perdurant sous le nazisme entre l’américaine Du Pont de Nemours et l’allemande IG Farben dont l’une des filiales, Deguesh, a fabriqué le gaz Zyklon B utilisé pour tuer les Juifs dans les chambres à gaz des camps d’extermination. Député et conseiller économique d’IG Farben, Erwin Respondek (1894-1971) a informé les Etats-Unis sur des plans d’Hitler, notamment sur l’utilisation de ce gaz.


« Mon père n’était pas un résistant, mais un agent, un espion, extrêmement courageux », estime Henriette Respondek, fille d’Erwin Respondek.

« Les affaires continuent… »
Pendant la Première Guerre mondiale, les armées allemande, française et britannique recourent aux armes chimiques pour la première fois sur les champs de bataille. Ce qui tue des milliers de soldats asphyxiés et induit des lésions graves chez des dizaines de milliers d’autres.

Le 8 février 1924, dans la prison d’Etat de Carson City (Nevada), l’exécution d’un condamné à mort, Gee Jon, est effectuée pour la première fois, non par pendaison ou fusillade, mais par l'acide prussique dans une échoppe transformée en chambre à gaz. Ce gaz de la firme DuPont de Nemours était alors utilisé, sous de larges tentes, contre les parasites dans les orangeraies. Les Etats-Unis effectuaient des tests avec différents gaz en vue de leur utilisation au combat. Comme les cobayes humains étaient interdits dans ce pays, cette exécution est alors suivie avec intérêt par le Service américain de la guerre chimique. Or, lors de l'exécution, le gaz se liquéfie en raison de la température basse ; l'agonie dure 15 minutes. Si le directeur de la prison loue cette « méthode élégante et humaine », les opposants la qualifient de « barbare ».

Dans les années précédant l’inauguration du nouveau siège social d’IG Farben (IG-Farbenindustrie AG) à Francfort en novembre 1930, les grandes entreprises de la chimie d’outre-Rhin – en particulier BASF, Bayer, Agfa, Höchst - se sont associées pour constituer IG Farben, un trust et cartel visant le partage des marchés mondiaux.

Né dans une famille catholique, Erwin Respondek en est un conseiller économique précieux : il a travaillé au ministère allemand des affaires étrangères et a négocié un accord secret à Genève avec le célèbre groupe chimiste américain DuPont de Nemours fondé en 1802. Ces deux entreprises partageraient leurs secrets sur les projets en développement et créeraient ainsi un « monopole partagé sur les nouveaux produits à l’étude » et les futures décisions afin de garantir les bénéfices et de maximiser leurs profits, voire se partager les marchés. A l’origine fabriquant de poudre à canon, DuPont est alors le fournisseur le plus important de munitions et d'explosifs de l’armée américaine pendant la Première guerre mondiale. Après cette guerre, DuPont propose à l’Allemagne ses armes dont la production est interdite à ce pays vaincu.

Erwin Respondek rédige les clauses de ce contrat (1927) entre les deux firmes, notamment celles sur « les colorants et les produits chimiques industriels comme l’acide prussique utilisé dans la métallurgie et la lutte contre les parasites » : rats, puces, cafards et autres animaux nuisibles.

Dans le but de lutter contre la vive concurrence et d’attaquer le marché américain, IG Farben prend une participation dans la société Degesch (Deutsche Gesellschaft für Schädlingsbekämpfung) qui développe depuis quelques années un produit dérivé à base d’acide prussique, le zyklon B. Fixé sur un granulé de sable, contenu dans une boite à conserve étanche, l’acide prussique devient volatile au contact de l’air et se répand sous la forme d’un gaz, comme le montre un film publicitaire Kleinkrieg. C’est un des produits d’IG Farben les plus vendus.

A Berlin, l’ambassade des Etats-Unis se trouve sur la Pariser Platz (place de Paris), près de la porte de Brandebourg et des bureaux d’Erwin Respondek, conseiller économique d’IG Farben et député du Zentrum (parti du Centre) au Reichstag.

Dans les années suivant l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933, Erwin Respondek aide des Juifs allemands souhaitant émigrer à transférer leurs actifs à l’étranger. Il  « met en place un réseau secret contre les Nazis ».

Aux Etats-Unis, les dirigeants de DuPont de Nemours s’enthousiasment pour le chancelier nazi. « Ce qu’il a obtenu jusqu’à présent est remarquable », écrit dont Alfred I. DuPont le 23 novembre 1933, à propos d’Hitler pour lequel il éprouve de la « sympathie ». Quant à Benno Hiebler Du Pont, il écrit le 4 avril 1933 : « Les Juifs riches qui ont volé des millions et des millions doivent maintenant en répondre. La solution de la « question juive » est pour Hitler une affaire épineuse et périlleuse ».

Pierre DuPont « avait avoué avoir des ancêtres Juifs. Pourtant, il continuait à renforcer ses relations avec IG Farben et l’Allemagne nazie ». Prudent, il code « ses télégrammes comme l’aurait fait un service d’espionnage ».

Le Congrès américain lance des enquêtes sur les cartels internationaux. Les trois frères DuPont se voient reprochés le commerce illicite de munitions avec IG Farben, mais sans que rien n’altère leur activité dans des cartels.

Défiant la Maison Blanche, ils soutiennent « une tentative de putsch de la mouvance fasciste contre Roosevelt ». DuPont  « a apporté un soutien financier à des mouvements d’inspiration fasciste », précise l’historien Ray Stokes. Ironie de l’Histoire : le fils Roosevelt épouse une jeune femme issue de la famille DuPont, en présence de la famille de l’époux et en l’absence de celle de la mariée.

Une  héritière de la dynastie américaine, Madeleine DuPont épouse un Allemand et a trois fils. En 1931, elle se remarie. Tandis qu'elle défendera « la pureté de la race allemande », ses trois fils combattront dans l'Armée allemande...

Dans les années 1930, le parti nazi écarte du pouvoir certains dirigeants d’IG Farben, dont Carl Bosch – Prix Nobel de chimie en 1931 - , pour y placer des hommes sûrs, en particulier Hermann Schmitz qui succède en 1940 à Bosch. Hitler prépare ses plans de conquête et son armée. Ce qui bénéficie à IG Farben.

Des préparatifs de guerre dont se doute la firme américaine qui enregistre une croissance de son chiffre d’affaires. « Il faut accepter le réarmement de l’Allemagne et l’accroissement de son armée… et mêmes certains épisodes annexes comme l’émigration (des Juifs) et les camps de concentration », écrit DuPont Berater F. Cyril James le 13 avril 1939.

En 1937, un nouveau modèle de chambre à gaz est breveté aux Etats-Unis. Début 1939, un prisonnier est exécuté avec de l’acide prussique dans une prison de Caňon City (Colorado) : les autorités ont estimé la dose exacte en observant de précédentes exécutions de condamnés. Des études médicales sont publiées sur les réactions chimiques, l’agonie des prisonniers.

Les militaires demeurent sceptiques quant à l’utilisation de gaz sur les champs de bataille. IG Farben teste de nouveaux gaz en prévision de la guerre.

Après l’invasion de la Pologne (1939), l’Allemagne prépare à l’été 1940 celle de l’Union soviétique.

Ayant glané des informations sur cette invasion auprès de sources fiables, haut placées dans l’armée et le parti nazi ainsi que parmi des intimes du Führer, Erwin Respondek hésite : doit-il transmettre ces informations – « abattre politiquement et militairement l’URSS » - à l’ambassade des Etats-Unis à Berlin ? Ce qui est assimilable à une crime de haute trahison, lourd de risques pour sa famille et lui. Finalement, il communique aux diplomates américains ses informations, qui sont transmises au président Roosevelt. Le Département d’Etat les livre à l’ambassadeur de l’URSS à Washington, qui en fait part à Staline. Incrédule, celui-ci les qualifie de « provocations » et ne prépare pas son pays à l'offensive allemande.

Ignorant cela, Erwin Respondek poursuit sa carrière d’espion… Dans une lettre, il informe les Américains de l’utilisation de gaz de combat en cas d’invasion de la Grande-Bretagne et d’autres secrets, telle la production d’acide prussique.

Le camp d'Auschwitz
C’est la devise d’IG Farben – « Arbeit macht frei » (Le travail rend libre) – qui est placée à l’entrée des camps de concentration et d’extermination nazis.

Dans le but de réaliser la « Solution finale », un test sur des êtes humains est réalisé. Le 3 septembre 1941, les SS effectuent une « opération ultra secrète » dans le sous-sol du baraquement n°11 du camp d’Auschwitz. Ils y enferment plusieurs centaines prisonniers de guerre soviétiques et, munis de masques à gaz, ils répandent par les fenêtres des granulés imbibés d’acide prussique. Un gaz asphyxiant se dégage. Quarante huit heures plus tard, tous les prisonniers sont morts. Les nazis connaissent désormais la quantité de gaz nécessaire pour tuer un certain nombre d'êtres humains à une certaine température.

A Auschwitz, IG Farben a installé une usine employant des déportés, travailleurs forcés.

A Auschwitz-Birkenau, la sélection élimine les Juifs considérés comme inaptes au travail forcé dès leur arrivée en wagons à bestiaux. Ces Juifs sont assassinés dans les chambres à gaz, puis leurs cadavres sont incinérés dans des fours disposés à proximité. Environ un million de Juifs sont tués par gaz à Auschwitz-Birkenau.

Via une filiale basée en Suisse et malgré l'entrée en guerre des Etats-Unis en 1941, les deux firmes DuPont de Nemours et IG Farben continuent leurs relations d'affaires. Des informations sur les gaz asphyxiants utilisés lors de la Shoah parviennent à la firme américaine très tôt.

Peu avant la libération du camp, les nazis font sauter les chambres à gaz pour éliminer les traces de leurs crimes.

En 1947, des dirigeants d’IG Farben  sont jugés par le Tribunal de Nuremberg, reconnus coupables de crimes de guerre et condamnés à des peines de prison. Hermann Schmitz, qui a plaidé non coupable, est condamné à une peine d'emprisonnement pour avoir fait travailler des déportés dans des conditions d'esclavage ; il est vite gracié. En 1950, la firme IG Farben est dissoute. Les sociétés la composant retrouvent leur indépendance en 1952... et rapidement leurs dirigeants ex-nazis.

Erwin Respondek espère un travail auprès des Américains. Mais ses courriers au gouvernement militaire américain restent sans réponse. Erwin Respondek épouse une infirmière en 1955 ; le couple a une fille. Sans l'emploi tant espéré, l'amertume et la tristesse gagnent Erwin Respondek, dont la vie devient difficile et la mort passe inaperçue. On peut regretter des lacunes dans ce film à la fois sur la vie et l'action d'Erwin Respondek.

La firme américaine ne rendra jamais aucun compte sur ses relations avec IG Farben pendant la Seconde Guerre mondiale.

Curieusement, aucun des visuels disponibles pour la presse ne montre le camp d'Auschwitz, les vestiges des chambres à gaz, les boites de zyklon B produites par Degesch, etc. 


d’Egmont R. Koch et de Scott Christianson
WDR, Allemagne, 2010, 52 minutes
Diffusions les :

- 2 novembre 2011 à 20 h 40, 5 novembre 2011 à 16 h et 8 novembre 2011 à 10 h
Visuels de haut en bas :
Erwin Respondek
© Privat

Gee Jon
© Staatsarchiv Nevada

© Archiv BASF

© Staatsarchiv Nevada

Articles sur ce blog concernant :
Aviation/Mode/Sports

Cet article a été publié le 2 novembre 2011.

dimanche 31 août 2014

Il était une fois l'Orient-Express


L’Institut du monde arabe (IMA) présente cette « exposition événement » au carrefour de l’histoire ferroviaire, touristique, artistique et diplomatique Une locomotive, trois voitures ainsi qu’un wagon-restaurant installés sur une partie du parvis de l’IMA transformé en quai de gare, affiches, maquettes, plans, cartes, menus, vaisselle, couverts, valises, vitraux, meubles, films documentaires ou de fiction (Alfred Hitchcock, Herbert Ross, Georges Cukor) et bandes d’actualités, livres (Agatha Christie, Ian Flemming)… évoquent l’épopée de l’Orient-Express, « palace roulant » quasi-mythique créé par la Compagnie Internationale des Wagons-Lits (CIWL) en 1883, qui a inspiré des artistes et nourri l’imaginaire et les fantasmes des Occidentaux en « rêves d’Orient ». Seul hic, un diaporama animé sur le contexte historique évoque une « Palestine » en 1952.


Décors théâtraux conçus par les « plus grands maîtres des Années Folles parmi lesquels René Prou », « plafonds en cuir repoussé de Cordoue, bas-reliefs en cristal Lalique, tapisseries des Gobelins, rideaux en velours de Gênes, argenterie, nappes précieuses et verres fins en cristal », quatre malles de Moyant – la malletière « Pauline Moynat fut la première à introduire des innovations destinées aux femmes qui voyageaient en train, comme une malle coffre-fort pour transporter les bijoux et la malle camphrier pour transporter les fourrures » -, gastronomie raffinée offrant les spécialités culinaires des pays traversés, draps des lits ans des compartiments spacieux et confortables changés tous les jours… Ce « train de luxe est un chef d’œuvre » exprimant l’Art Déco .

Signe de l’intérêt perdurant pour l’Orient-Express, cette exposition de l’IMA et de la SNCF a attiré plus de 200 000 visiteurs qui débutent la visite par une promenade dans des voitures de ce train mythique et la poursuivent sur deux niveaux de l’IMA où, « allégories du voyage, les grandes malles-vitrines abordent également les thématiques sociales, culturelles ou techniques liées à l’aventure de l’Orient Express. Elles permettent d’évoquer les escales placées sur son parcours, comme Londres, Paris, Venise, Istanbul, Alep, Damas, Beyrouth, Bagdad, Le Caire, Louxor et Assouan, ou encore l’évolution des relations géopolitiques de l’Europe et du Proche-Orient et le contexte de l’époque. »

Un train de légende
Souverains, Marlene Dietrich, Lawrence d’Arabie ou Mata Hari… Ils ont tous été séduits par ce train qui « incarne la magie de l’art du voyage à la française » permettant d’apprécier une variété de paysages « depuis leur fauteuil, comme au spectacle », et, de rester dans le même train en traversant plusieurs pays. « Seuls changent les locomotives, les mécaniciens et les chauffeurs. « Le Bosphore est devenu une banlieue de la Seine », écrit Edmond About dans Le Figaro, à son retour du voyage inaugural en 1883 ».

Le concepteur de « ce projet fou, né à la fin du XIXe siècle » ? L’homme d’affaires belge Georges Nagelmackers » (1845-1905), ingénieur belge des Mines né dans une famille de banquiers et d’industriels. Lors d’un séjour de dix mois aux Etats-Unis, il voyage en 1867 dans les wagons-lits Pullman qui le fascinent, l’inspirent et l’incitent à imaginer « un train de luxe, palace sur boggies, traversant les frontières et les continents avec ses sleeping cars et son wagon-restaurant ». Il fait aussi la rencontre de rencontre du canadien Samuel Cunard, fondateur de la compagnie maritime britannique Cunard Line célèbre pour ses paquebots transatlantiques.

De « retour en Europe, alors qu’il dirige les hauts fourneaux de sa famille », Georges Nagelmackers édite la brochure « L’installation de wagons-lits sur les chemins de fer du continent ».  Il obtient l’appui du Roi Léopold II, signe un contrat et en novembre 1872 une première voiture-lit circule sur les voies ferrées. Un succès. 

Nagelmackers fonde la « Compagnie internationale de wagons-lits » en 1872.

Le 5 juin 1883, à bord de l’Orient-Express, on servit le jour de son inauguration des rougets de roche, un tournedos béarnaise, une selle d’agneau à la Clamart, et une tisane au champagne ». 

Georges Nagelmackers « rêvait également de relier la métropole à l’Afrique du Nord par l’Espagne et l’Italie. Il avait imaginé un train circulaire qui faisait le tour de la Méditerranée occidentale en onze jours. Mais ses projets seront stoppés par les deux guerres mondiales et leurs conséquences ». 

Pour accueillir les voyageurs de l’Orient-Express dans les villes-étapes, il crée en 1894 la Compagnie internationale des Grands Hôtels à Bruxelles, filiale de la Compagnie des wagons-lits et chaîne d'hôtels de luxe.

Trait-d’union entre les continents
Après son lancement en 1883, l’Express d’Orient  « va vivre au rythme de la géographie et de la géopolitique européennes, du fracas des conflits et des empires qui s’effondrent, de l’évolution des frontières et des rapports entre les pays qu’il traverse ». A un rythme bihebdomadaire, il reliait Paris (gare de l’Est) et Constantinople (actuelle Istanbul) via Strasbourg, Munich, Vienne, Budapest et Bucarest. En 1885, il arrive chaque jour à Vienne. Dès 1889, le train arrive directement à Constantinople.

Rebaptisé en 1891 l’Orient-Express , ce train « a été à sa manière le révélateur des relations entre l’Orient et l’Occident. Témoin de la modernisation du Moyen-Orient et de l’avènement du chemin de fer face à la domination des liaisons maritimes, il est aussi le symbole d’une Europe qui s’est faite avant l’heure. Pendant trois quarts de siècle, entre 1883 et 1956, l’Orient Express enchante l’histoire et parfois la fait. Il fut en effet le théâtre d’évènements politiques majeurs : ses couloirs feutrés comme la salle du wagon restaurant ont été parmi les champs d’action de la diplomatie européenne ».

A Istanbul, qui n’était pas le terminus de l’Orient-Express, « de l’autre côté du Bosphore, la gare d’Haydarpasa sert de tête de ligne vers la Syrie, Bagdad ou Tripoli. L’Orient Express est bien plus qu’un train de luxe, un véritable trait d’union entre l’Europe et l’Afrique, entre l’Europe et l’Asie ».

Ce « train a permis à de nombreux voyageurs de se rendre dans des contrées où seuls quelques explorateurs et diplomates se rendaient jusqu’alors. Au fond, le rêve de Nagelmakers avec ce palace roulant, était de permettre à ses contemporains d’atteindre cet orientalisme diffus qu’ils ne connaissaient que par les illustrations, les peintures ou les témoignages indirects. L’Orient Express est alors synonyme de rêve qui devient possible, avec une certaine lenteur, dans l’esprit des croisières sur les transatlantiques ».

Vers un Orient en mutations
« Jusqu’en 1914, 57 nouveaux trains vont ainsi sillonner ces continents, diluant les frontières et repoussant sans cesse l’horizon, comme le Maroc-Express ou l’express Le Caire-Louxor. 

Car les wagons-lits seront opérés jusqu’en Egypte. Pour ce faire, les ateliers de Saint-Denis où les voitures sont construites, inventent une manière de climatisation. Le Tunis-Oran, aujourd’hui largement oublié, portait lui le nom de « Train Blanc ». Il n’exista que seize mois entre 1902 et 1903 ». 

En 1913, en raison des guerres balkaniques, le train qui se divisait en deux à Budapest a pour terminus Belgrade. 

La Première Guerre mondiale interrompt l’essor de l’Orient-Express dont les voitures sont réquisitionnées par l'Empire allemand.

L’Orient-Express cesse de fonctionner dès la déclaration de guerre.

En 1916, l'Allemagne prend possession de voitures de la CIWL sur son territoire et constitue la société Mitropa, qui lance sa propre de l'Orient-Express, le Balkanzug. La Mitropa symbolise la réalisation de la Mitteleuropa, ensemble géographique - pays d'Europe centrale alliés ou occupés par l'Allemagne -, économique et politique sous la férule du Reich.

C’est dans la voiture n° 2419 qu’en 1918 le maréchal Foch signe l'armistice sollicité par l'Empire allemand.

En 1919, le train de luxe militaire dessert les personnels des forces alliées Paris et Bucarest, via Prague.

"Le 11 avril 1919, un service supplémentaire est ouvert par l'Italie, après le percement en 1906 du tunnel du Simplon : le Simplon-Orient-Express. Cette ligne relie Calais-Maritime (avec une correspondance d'Angleterre) et Paris-gare du Nord, ainsi que Paris-Gare de Lyon par la ligne de Petite Ceinture, à Istanbul et Athènes via Lausanne, Milan, Vérone, Venise, Trieste, Zagreb, Belgrade, Sofia et Salonique. Cet itinéraire sud, qui évitait l'Allemagne, devint rapidement le plus important ». L’intrigue du roman d'Agatha Christie Le Crime de l'Orient-Express, brillamment adapté au cinéma par Sidney Lumet en 1974, se situe dans ce train, dans le sens Istanbul-Calais".

Fait omis par l'exposition : c'est dans un train composé notamment de wagons empruntés à l'Orient-Express que le suédois Raoul Wallenberg, alors diplomate, arrive le 9 juillet 1944 dans la gare de Pest. Il sauvera 20 000 Juifs hongrois. 
La Deuxième Guerre mondiale met un terme à l’âge d’or de l’Orient-Express, « train des rois et roi des trains » malgré l’apparition de concurrents, et la plupart des liaisons disparaissent en 1960.

Le Shah d’Iran Reza Pahlavi permet en 1971 « à l’Orient Express d’offrir une extension vers Téhéran via Istanbul par le Vangolü Express ». Et en 1972, le Taurus Express établit des correspondances pour Alep, Bagdad et Beyrouth. 

« Du temps de sa splendeur, l’Orient Express a ainsi permis de nombreux échanges entre le Moyen-Orient et l’Europe. Son trafic est divisé par deux après la Seconde Guerre mondiale. La plupart des dessertes sont progressivement arrêtées dans les années 1950, et parfois reprises en partie les années 1980.

En 1991, le groupe Accor rachète la Compagnie des wagons-lits.

Les dernières voitures de l’Orient-Express deviennent la propriété de SNCF.

La patrimoine de ce train est vendu, transformé, perdu. Mais le mythe perdure et la marque Orient Express demeure attractive, symbole de « l’art du voyage à la française. Avec le réveil de ce mythe, SNCF entend également retrouver ses racines, le sens du voyage comme l’excellence du service. Car faire renaître cette marque Orient Express est un acte fort pour SNCF, bien au-delà de sa légitimité historique ».

« Ce train, au sens strict, roule de Paris à Istanbul. La compagnie des Wagons-Lits, dans ses affiches publicitaires, offrait à ses hôtes sous le titre d’Orient-Express des voyages en quatre jours et demi vers Tripoli, en huit jours vers Bagdad et même, en sept jours vers Le Caire – trois continents dans un seul voyage. L’exposition avait donc tout son sens pour l’Institut du monde arabe si elle montrait les prolongements du voyage au-delà du Bosphore », déclare Gilles Gauthier, un des conseillers du président de l’Institut du monde arabe et conseiller scientifique de l’exposition « Il était une fois l’Orient-Express.

Et d’ajouter : « Nous avons pensé que l’histoire de l’Orient-Express et du Taurus-Express qui le prolongeait jusqu’à Alep et Bagdad était un merveilleux moyen d’évoquer un siècle d’histoire à la fois exaltante et tragique. Exaltante parce que c’est l’époque de l’apogée de la révolution industrielle dont les chemins de fer sont le symbole et le moteur ; tragique parce que l’Orient ottoman (turc et arabe), conscient de son retard, a été empêché de le rattraper peut-être par ses propres erreurs mais surtout par la volonté d’hégémonie qui découlait presque naturellement de la puissance économique nouvelle de quelques pays d’Europe. Pour cette région du monde, le train était considéré comme un moyen de se moderniser, mais dans la pratique, se révélait également un instrument de la pénétration et de la domination étrangère. Partout où nous sommes passés, notre projet suscitait l’enthousiasme. La Turquie modernise à toute allure son réseau qui n’est plus interrompu par le Bosphore depuis l’ouverture, la fin de l’année dernière, d’un tunnel ferroviaire. Quant au Liban où, depuis la guerre civile, les trains ne roulent plus, nous y avons rencontré des jeunes gens qui militent au sein d’associations actives pour en cultiver le souvenir et pour encourager leur retour. Là comme en Europe, l’Orient-Express ne laisse personne indifférent ».

« Ce train mythique a fêté récemment ses 130 ans. Nous avons trouvé qu’il s’agissait là d’une très belle occasion de lui rendre hommage et de parler des relations entre l’Orient et l’Occident, du XIXe siècle à nos jours. Nous sommes en effet passés grâce à l’Orient Express, des légendes entourant l’orientalisme à la réalité de l’Orient. Cette partie du monde a considérablement changé en plus d’un siècle, avec la disparition de l’empire ottoman, le craquèlement du monde arabe et de son unité politique. Evoquer les rapports entre l’Orient et l’Occident est une manière de raconter l’histoire du Moyen Orient. L’idée a tout de suite beaucoup plu aux équipes de l’IMA. En effet, peu de gens se souviennent qu’au-delà d’Istanbul, par le jeu des correspondances l’Orient Express a permis d’aller jusqu’à Bassorah en Irak, jusqu’à Assouan en Egypte », a expliqué Claude Mollard, commissaire de l’exposition.

Pour retracer ce siècle d’histoire qui « défile sous nos yeux, un siècle d’événements qui transforment la carte du monde, un siècle au cours duquel naît dans la douleur sur les ruines de l’empire ottoman, le monde arabe contemporain », l’IMA propose un « diaporama animé » assorti d’une chronologie de 1830 à 1952 qui évoque ainsi la conférence de San Remo (1920) : « le Moyen-Orient arabe est placé sous mandats britannique et français ». On peut regretter que cette chronologie évoque la « Palestine » au lieu de la « Palestine mandataire » : « 1947 : plan de partage de la Palestine ». Choquant : à base d’une carte du bassin méditerranéen, le diaporama se clôt en 1952 par une carte désignant au-dessous du Liban « Palestine », et au-dessous « Israël ». Aucun membre du comité de pilotage - Jalila Bouhalfaya-Guelmami, chef du département de la bibliothèque, Alexandra Bounajem, auteur du titre de l’exposition, Martine Chantereau, association du patrimoine des Wagons-Lits, Julien Chenivesse, conseiller diplomatique, Mario Choueiry, chargé de l’itinérance de l’exposition, Éric Darmon, producteur et réalisateur audiovisuel, Éric Delpont, chef du département du Musée, Radhia Dziri, chef du service des activités éducatives, Yannis Koïkas, chef du service de la médiation numérique, Renaud Guitteaud, chef du service bâtiment et sécurité, Béatrice Poindrelle, chef du service du développement des publics et de l’accueil, Joël Savary, conseiller Histoire de l’Orient Express et Henri Zuber, directeur des archives de SNCF - n’a relevé cette erreur historique ?

Un peu embêtant pour une exposition itinérante dont la scénographie, signée par l’agence Clémence Farrell, a été conçue pour s’adapter à des lieux aussi divers que Venise, Istanbul, Vienne, Liège, Berlin, Lyon ou Londres.

A ceux qui s’indignaient de l’absence d’Israël dans la carte du monde accueillant les visiteurs, l’IMA répondait que l’Iran n’y était pas non plus mentionnée. Et là ?

Jérusalem ? Une image du Dôme du Rocher montrent son environnement en piteux état au début du XXe siècle : des herbes poussent entre les pierres formant le sol environnant.

Pour la représenter dans le site d'accompagnement de l'exposition, le  Journal de bord d'un conducteur, devinez quel monument la représente ? Non, ce n'est ni le Kotel, ni aucun lieu saint chrétien. C'est la mosquée du mont du Temple. Idem dans le film sur ce site Internet qui évoque son "plus beau joyau : le Dôme du Rocher". Et le conteur y parle de conversion à l'islam pour pouvoir visiter ce lieu...

Et dire que des dirigeants communautaires, tel Eric de Rothschild, encouragent les écoles Juives à se rendre à l’IMA…

Quant aux médias communautaires, il serait temps qu’ils s’intéressent aux événements de l’IMA. 



« 3 050 km - la distance ferroviaire entre Paris et Istanbul.
81 h 30 - la durée du trajet initial.
5 - le nombre de wagons du train inaugural.
2 fois par semaine - la fréquence de la liaison entre Paris et Constantinople en 1883.
100 km/h - la vitesse commerciale des débuts, la vitesse record de l’Orient Express.
120 000 livres sterling - dérobées à bord par des bandits en 1891.
5 jours de retard - en 1929 lorsque L’Orient Express fut bloqué par la neige ».
3180 km     la distance parcourue par l’Orient Express pour relier Paris à Constantinople.
76 h - la durée du trajet entre Constantinople et Paris en Orient Express.
18 - le nombre de voitures composant le convoi, dont 1 mise en réserve, 12 dédiées aux cabines des voyageurs, 3 pour le personnel du train, 3 dévolues aux restaurants gastronomiques, et 1 abritant le bar et son piano.
4 - le nombre de voitures de l’Orient Express classées aux Monuments Historiques (Flèche d’Or, Riviera, Train Bleu et Etoile du Nord).
130 ans - l’âge de L’Orient Express, parti de la gare de Strasbourg (gare de l’Est aujourdhui) un 4 octobre 1883.
125 ans - anniversaire du premier voyage en Orient Express de bout en bout, sans changement, entre Paris et Constantinople, en 1889.


L’Orient Express en dix dates

« 1883 - voyage inaugural du 1er train de luxe express entre Paris et Constantinople.
1889 – L’Orient-Express relie directement Paris à Constantinople.
1891 - Il est officiellement appelé « L’Orient Express ».
1919 - Création du Simplon-Orient-Express.
1934 - Publication de « Meurtre dans L’Orient Express » d’Agatha Christie.
1971 - le Direct-Orient-Express permet de rejoindre Téhéran grâce à une correspondance
à Instanbul av ec le Vangolü Express nouvellement créé.
1974 - Sortie du film « Le Crime de l’Orient Express » par Sydney Lumet.
1977 - Dernière desserte directe Paris-Istanbul.
1er juin 2014 - 125e anniversaire de la desserte directe Paris-Istanbul ».


L’Orient-Express et la littérature

 « Tout autour de nous se trouvent des gens de toutes classes, de toutes nationalités, de tous âges. Pendant trois jours, ces gens, ces étrangers les uns aux autres se retrouvent ensemble.
Ils dorment et prennent leurs repas sous le même toit, ils ne peuvent s’éviter les uns les autres.
A la fin de ces trois jours, ils se séparent, chacun suivant son chemin, et ne se reverront sans doute jamais ».
Le Crime de l’Orient Express, Agatha Christie, 1934.

« Affairés, empressés, les valets en livrée portent des bagages sous l’oeil du conducteur galonné d’or. […] Nous sommes le jeudi 4 octobre 1883. Le long d’un quai de la gare de Strasbourg – qui s’appellera plus tard la gare de l’Est - « il» est là. Derrière la machine et le tender, deux wagons-lits, un wagon-restaurant, et deux fourgons à bagages composent le premier Train Express d’Orient.
[…] Les portières sont refermées. Les voyageurs, des hommes uniquement, découvrent l’univers qu’ils vont partager pendant – en principe- quatre-vingts heures, le temps de rallier Paris à Constantinople…
Les longues voitures – elles mesurent dix-sept mètres et demi – sont en bois de teck, chauffées à la vapeur, brillamment éclairées au gaz, largement aérées et, note un témoin, « aussi confortables qu’un riche appartement de Paris ».
Dans des jets de vapeur, ce train historique part. Sur le quai, parmi ceux qui restent, on trouve quelques sceptiques. « C’est une folie ! Les Balkans ne sont pas sûrs… ».
Pour certains, aller de Paris à Constantinople est aussi insensé que de prétendre aller dans la Lune ».
« Il était une fois l’Orient Express », in Sleeping story, de Jean des Cars, 1976.

« Les femmes dans les couloirs, paraissaient plus belles, les hommes plus audacieux. J’en jouissais comme un enfant comblé pour la première fois dans ses désirs… Le miracle était à l’intérieur dans cette boîte close, vernie et capitonnée.» 
Joseph Kessel, Wagon-lit, 1932

Voitures Orient Express présentées lors de l’exposition

"Voiture Salon Pullman Flèche d’Or n° 4159
Cette voiture a été construite en 1929 par les Ateliers de l’Entreprise Industrielle Charentaise d’Aytré selon des plans réalisés par les bureaux d’étude de la Compagnie des Wagons-Lits.
Il s’agit d’une voiture salon-Pullman composée d’une salle centrale de 20 places avec 10 tables équipées de lampe en bronze poli. Elle est encadrée de deux compartiments-salons de 4 places.
Les 28 fauteuils sont de type Pullman Côte d’Azur. La livrée extérieure de la voiture est de couleur crème au niveau des fenêtres et bleu Wagons-Lits avec au centre le monogramme des Wagons-lits en bronze. 
La luxueuse décoration intérieure de la voiture « Flèche d’or » est réalisée par le grand maître-joailler et verrier, René Lalique.
Elle est composée de panneaux de pâte de verre aux motifs de naïades incrustés dans des parois lambrissées en acajou de Cuba.
La voiture salon Pullman « Flèche d’or » a circulé jusqu’en 1940 sur le train Côte d’Azur Pullman Express entre Paris et Menton, mais aussi sur l’Edelweiss, l’Etoile du Nord et l’Oiseau bleu, puis sur le Sud-Express entre Paris, Bordeaux,
Lisbonne et Madrid jusqu’à sa fin de carrière en 1971.
Sa sauvegarde lui a permis d’entrer dans la composition de trains croisières à travers l’Europe jusqu’en 1986, avant d’être restaurée par les ateliers de la Compagnie des Wagons-Lits à Ostende en 1987.

Voiture Restaurant Anatolie n° 2869
Cette voiture a été construite en 1925 par les Ateliers Smethwick de Birmingham en Grande Bretagne selon des plans réalisés par les bureaux d’étude de la Compagnie des Wagons-Lits.
Il s’agit d’une voiture restaurant composée d’une salle pouvant accueillir 42 personnes avec 14 tables, 38 fauteuils bridge et 4 places sur banquette.
À une extrémité de la voiture se trouvent l’office et la cuisine dont le « piano » fonctionnait au charbon de bois.
La livrée extérieure de la voiture est de couleur bleu Wagons-Lits et filets jaunes avec au centre le monogramme des Wagons-lits en bronze.
La luxueuse décoration intérieure de la voiture « Anatolie » est réalisée d’après les dessins du grand ébéniste britannique Albert Dunn. Elle est composée de parois lambrissées en marqueterie loupe et ronces d’acajou avec guirlandes de fleurs en bois de violette, de rose, de platane, de citronnier et d’ébène de Macassar.
La voiture restaurant « Anatolie » a circulé jusqu’en 1940 sur l’Orient Express, le Simplon Orient Express, l’Arlberg Express ou encore le Riviera Express, puis sur le Rome-Express entre Paris et Rome, puis sur le parcours italien du train de nuit Paris-Rome, le Palatino jusqu’à sa fin de carrière en 1985.
Sa sauvegarde lui a permis d’être restaurée par les ateliers de la Compagnie des Wagons-Lits à Ostende en 1987.

Voiture Bar Pullman Train Bleu n° 4160
Cette voiture a été construite en 1929 par les Ateliers de l’Entreprise Industrielle Charentaise d’Aytré selon des plans réalisés par les bureaux d’étude de la Compagnie des Wagons-Lits.
Il s’agit d’une voiture salon-Pullman qui a été transformée une première fois en voiture bar-restaurant puis est redevenue voiture salon avant une nouvelle transformation en salon-bar.
Elle est équipée d’une salle de restaurant de 8 tables, 22 fauteuils bridge et deux places sur banquette et d’un salon avec tables et petits fauteuils ainsi qu’un bar avec office.
La livrée extérieure de la voiture est de couleur crème au niveau des fenêtres et bleu Wagons-Lits avec au centre le monogramme des Wagons-lits en bronze.
La luxueuse décoration intérieure de la voiture « Train Bleu » est composée de parois lambrissées en platane avec incrustation de bouquets de fleurs en pâte de verre de René Lalique. Le bar est en acajou.
La voiture Bar Pullman « Train Bleu » a circulé sur le train Bleu et le Côte d’Azur Pullman Express entre Paris, Marseille, Nice et Menton.
Sa sauvegarde lui a permis d’être restaurée par les ateliers de la Compagnie des Wagons-Lits à Ostende en 2007. Elle a été présentée sur les ChampsElysées en 2003 à l’occasion de l’exposition « le Train Capitale ».

Voiture Lit - Type Ytb n° 3927
Cette voiture a été construite en 1949 par la S.A. Les Ateliers Métallurgiques de Nivelles en Belgique pour la Compagnie Internationale des Wagons-Lits et des Grands Express Européens (C.I.W.L.).
Il s’agit de l’une des 270 voitures-lits de type Y construite entre 1930 et 1950, issue d’une sous-série de 31 voitures (n° 3901 à 3931) livrées de 1948 à 1950.
Elle est équipée de 11 compartiments : 8 de deux-lits et 3 de trois-lits pouvant accueillir 25 voyageurs. La voiture comporte également un office à disposition du conducteur (boissons et petits déjeuners) et de deux toilettes aux extrémités.
La livrée extérieure de la voiture est de couleur bleu Wagons-Lits et filets jaunes.
La décoration intérieure de la voiture-lit Yt 3927, moins luxueuse que les voitures Pullman et restaurant, est composée de panneaux et de cloisons en boiserie placage d’acajou verni.
Les poignées et ferrures sont en laiton chromé et chaque compartiment possède son lavabo et son armoire de toilette intégrée dans la boiserie.
Les voitures-lits Yt ont circulé dans de nombreux trains comme l‘Orient-Express, le Train Bleu ou d‘autres trains de nuit qui sillonnaient l‘Europe.
Les 11 compartiments ne comportaient à l‘origine que 2 lits. Par la suite elle a été transformée avec la mise en place de 3 lits dans 3 compatiments pour disposer de compartiments « touriste » à 3 lits accessibles avec un billet de seconde classe.
Après avoir terminé sa carrière à la fin des années 1985 elle a été sauvegardée puis intégrée à la collection du Patrimoine-SNCF avant d‘être rénovée par les Ateliers de Construction du Centre à Clermont-Ferrand.

Locomotive à vapeur 230 G 353 Type Ten Wheel - 1922
Cette locomotive à vapeur est construite en 1922 par la Société de Construction des Batignolles pour la Compagnie du P-O, chemin de fer de Paris Orléans P.O. Tout au long de sa carrière, elle est affectée à plusieurs dépôts de cette région ferroviaire : Brive, Limoges, Sain-Sulpice Laurière, Montluçon, Saint-Pierre des Corps et Vierzon. 
Il s’agit de l’une des 170 locomotives 230 G du P-O pouvant assurer tous types de services, c’est-à-dire la traction de train express de voyageurs de 400 tonnes sur des lignes au profil parfois difficile, de trains omnibus de voyageurs avec arrêts fréquents ou encore de train marchandises relativement lourds.
En 1970, à la fin de son service commercial et alors que les autres locomotives sont livrées aux ferrailleurs en fin de leur carrière, SNCF décide de prolonger la sienne en lui confiant la mission d’être la représentante de la traction vapeur aujourd’hui disparue, pour les tournages de films, les trains spéciaux et divers événements.
Locomotive simple et robuste, la 230 G 353 entreprend une carrière de « vedette » de cinéma et de télévision en participant aux tournages de nombreux films et téléfilms. Parmi les plus célèbres, le film « Le Crime de l’Orient Express » sorti en 1974, film britannique réalisé par Sydney Lumet et directement inspiré du roman éponyme d’Agatha Christie avec le célèbre détective belge, Hercule Poirot. Les séquences du train bloqué dans la neige sont tournées sur l’ancienne ligne de Pontarlier à Gilley en Franche-Comté (ligne aujourd’hui disparue), près de la gare de Montbenoît en février 1974.
En 2004, la 230 G 353 intègre la collection des matériels et objets du patrimoine SNCF gérée par l’AMFCF (Association du Musée Français du Chemin de Fer de Mulhouse) qui confie à l’association APPMF, les travaux de remontage et de remise en peinture de cette locomotive de légende. 
Avec l’aide des collaborateurs du Technicentre SNCF d’Epernay et après 2500 heures de travail d’une équipe composée en moyenne de 6 bénévoles, la 230 G 353 est prête pour la poursuite de sa carrière, témoin d’un mode de traction ferroviaire qui a marqué 140 ans d’histoire des chemins de fer français".


Jusqu’au 31 août 2014
1, rue des Fossés Saint-Bernard. Place Mohammed V. 75 236 Paris Cédex 5
Niveaux -1, -2 et parvis
Tel. : + 33 (0)1 40 51 38 38
Du mardi au vendredi, de 10 h à 18 h 30. Nocturne le vendredi jusqu'à 21 h 30. Ouvert les samedis, dimanches et jours féries de 10 h à 19 h.

Visuels :


A lire sur ce blog :

Les  citations sont extraites du dossier de presse.

samedi 30 août 2014

Jacky Kooken, sculpteur


Vandalisée en juillet 2014, la sculpture Janus de  Jacky Kooken a pu être restaurée. La Galerie Metanoia  a présenté l’exposition collective Don’t Worry, Be Happy! avec notamment des sculptures figuratives de Jacky Kooken, ancien dompteur qui pratique la taille directe (« création sans repentir »), et sur commande la mise aux points, sur le marbre, la pierre et le granit pour des œuvres dans lesquelles ce sculpteur imprime une grande douceur, une poésie et une spiritualité. 


Don't Worry, Be Happy (Ne t'inquiète pas, sois heureux) est une des chansons les plus célèbres de Bobby McFerrin. Par cette exposition, la Galerie Métanoïa, qui a « proposé une sélection d'art contemporain dans une perspective pluriculturelle », entend favoriser la détente et le bonheur.

"Cette exposition prend le contre pieds des artistes qui projettent dans leurs œuvres leurs angoisses, leurs craintes, leurs traumatismes ou leurs peurs. Des artistes, tout à fait dans l’air de ce temps désespérant... Il est plus aisé de créer dans la noirceur que dans la lumière. "Don’t warry be happy" est une démarche artistique volontairement optimiste. Nous avons pris le parti de l’art positif, lumineux, dégageant de la joie, celle-là même que nous avons eu à créer. Suivre les élans de son ange gardien dans sa création, c’est aussi rester sourd aux incitations démoniaques de son ange déchu. Créer dans l’élévation et la beauté est une mission divine. Il y a plus d’un médium pour y parvenir (peinture, sculpture, musique, etc.) comme il y a plus d’un chemin", explique Jacky Kooken.

Cirque et sculpture
Jacky Kooken  est issu d’une famille de saltimbanques Juifs du cirque.
D'origine iranienne, son père Pablo Kooken a été un dompteur adepte du dressage en douceur, et un peintre et sculpteur pratiquant l’Art brut.

Né à Paris, Jacky Kooken  a poursuivi dans cette voie artistique en sculptant la pierre, le marbre et le granit pour faire apparaître des œuvres  empreintes d'une grande douceur. Il s’est perfectionné chez le statuaire François (1980-1981).

La taille directe, qui ne tolère aucun repentir et que Jacky Kooken préfère, « exprime au mieux la sensibilité et la chaleur impulsive de l’artiste. A la recherche d’une autre voie que celle empruntée par Rodin, il se tourne vers la tradition des tailleurs de pierre et sculpteurs de nos églises romanes. Il cherche la sobriété, sculpte et simplifie le corps humain, pour n’en retenir que l’âme, l’essentiel » (Mareyk Goyffon).

Têtes en offrande, figures littéraires (Don Quichotte), divinité romaine (Jason), personnage biblique (Samson), rabbin, anges bienveillants aux yeux clos, femmes muses et lettres hébraïques peuplent l’imaginaire de cet artiste adepte du geste épuré, si patent dans une photo de son père guidant Rhinna la tigresse .

En plus de ses sculptures en matériaux compacts, Jacky Kooken a créé des mobiles légers, suspendus, quasi-transparents, en plastique bleu récupéré. Le thème principale : le cirque, et surtout les trapézistes.

« Passionné et mystique, Kooken frappe la pierre comme on cherche le Graal. Il travaille la matière (pierre, marbre ou granit) avec une euphorie juvénile et sauvage qui lui fait oublier toute fatigue. Aujourd’hui, la plupart de ses confrères utilisent des machines, mais lui refuse cette mécanisation : «  Qui pourra dire le plaisir du coup de massette qui sonne dans le marbre comme un battement de cœur ? », s’émerveille-t-il... Il y a une métaphysique de la joie chez Kooken. Doté d’une force physique exceptionnelle, l’artiste transmet ce trop-plein d’énergie vitale et sa chaleur impulsive à ses œuvres qui rayonnent dés lors d’un magnétisme rare… Kooken exprime avec tendresse et ferveur sa judaïté. Prix Neuman pour une « Menorah étoilée » qu’il dédia à son père et qui fait toujours le bonheur de la collection du Musée d’Art juif de Paris, Jacky aime à sculpter des « Aleph », des « Figures d’Anges » ou des « Chandeliers à Sept branches »… Toutes ses sculptures sont une véritable invitation à la caresse. La pierre pour lui est voluptueuse. Le plaisir d’aimer se transcende dans celui de la création plastique… Il se plait à dire que dans sa vie, les anges déchus ont été vaincus et il croit très fort en son Ange Gardien qu’il porte toujours autour du cou… « L’ange bleu, « Icare », « Voie Lactée », « L’envol », « Elévation »…. Toutes ces somptueuses sculptures nous parlent de sacré autant que d’érotisme. « Le coup de massette, c’est le rythme. Le rythme c’est le souffle, et le souffle c’est l’âme non entravée dans sa capacité de jouir… » Telle est la profession de foi de ce sculpteur-poète », résume Monique Ayoun, journaliste et écrivain.

Jacky Kooken a notamment exposé au Salon des Indépendants (De la bible à nos jours, Grand Palais, 1985), à l’Institut de France (concours international P. L. Weller, 1986) et au Musée d’art Juif (1987), ainsi que dans des galeries – galerie Robain, galerie du Vert Galant - et espaces : cloitre des Billettes (Paris, 1999), exposition internationale de sculptures monumentales au Centre culturel de Chantilly (2000-2010). Il a aussi participé au festival international de sculpture Stone in the Galilee  à Ma’alot-Tarshiha (Israël) pour lequel il a créé en 1998 une sculpture de sept tonnes en marbre de Carrare (225 x 166 x 80 cm), à la Biennale internationale de Malte (2001-2003) et est exposé en permanence en particulier au Jardin de sculptures de Tasos (Grèce). Il est conseiller artistique et membre du jury au Centre culturel Christiane Peugeot- Galerie Atelier Z.

Des prix ont jalonné sa carrière : Prix A. Neuman, prix international décerné par le Musée d'art Juif de Paris (1987) - le marbre couronné fait partie de la collection du Musée -, Grand Prix Rubens de l’association Belgo-Hispanica et de la revue artistique Belge Apollo (1987), distinction spéciale à la Biennale internationale d’art à Malte (2001, 2003).
      
Au petit matin du 17 juillet 2014, vers 7 heures du matin, un ou plusieurs "vandales ont tiré sans doute avec une corde ou une ceinture attachée au haut de la sculpture Janus, et l’on faite basculer violemment au sol. Comme cette sculpture n’était pas scellée, ils n’ont pas eu de difficulté à la faire tomber au sol de tout son long... Sculpture de 2 m 12 de haut pour un poids de 400 Kilos environ, Janus, dont le cœur est en béton cellulaire, a été armée de grillage et de ciment blanc de Portland. Cette oeuvre avait été sélectionnée et exposée au Printemps de la sculpture à Chantilly en 2001 pour l’exposition internationale de sculptures monumentales organisée par le Centre culturel de la ville. Elle était pressentie pour orner la cour d’une école, mais ce projet n’a hélas pas abouti, le maire ayant préféré avantager un sculpteur local". Elle "était donc posée sur une palette, dans la cour, devant" l'atelier de l'artiste "depuis le retour de cette exposition. Une restauration au ciment s’imposait avec un soclage en béton avec point d’ancrage au sol garantissant une fixation au sol... Janus monte désormais "la garde devant mon atelier, boulonné au sol, en attendant un éventuel acquéreur institutionnel", écrit Jacky Kooken sur son blog.


Du 18 au 24 avril 2014
A la Galerie Metanoia

56, rue Quincampoix. 75004 Paris
Tél. : +33 (0)1 42 65 23 83
Du lundi au samedi de 13 h 30 à 18 h 45
Concert d'AIYANA, cordes vocales et instrumentales le 23 avril
Vernissage le 18 avril 2014 de 18 h à 21 h. L'artiste a accueilli les visiteurs le lundi de Pâques.

A lire sur ce blog :
Articles in English

Cet article a été publié le 18 avril 2014.