jeudi 23 novembre 2017

« T4, un médecin sous le nazisme » par Catherine Bernstein


France 3 diffusera les 24 et 26 novembre 2017 « T4, un médecin sous le nazisme » par Catherine Bernstein. « À travers l’histoire de la compromission » du Dr Julius Hallervorden, « médecin pendant le nazisme, ce film raconte pour la première fois toutes les étapes de l’extermination des handicapés entre 1939 et 1945 dans l’Allemagne nazie ».

De 1939 à 1945, « au moins 200 000 handicapés physiques et mentaux sont assassinés dans le cadre de « l’Opération T4 ». Neurologue, le Dr Julius Hallervorden (1882-1965) « participe à cet assassinat de masse ordonné par Hitler » et récupère « les cerveaux de 690 victimes et accélérer ainsi ses propres recherches sur les pathologies mentales ».

« Après la guerre, il poursuit une brillante carrière, sans être jamais inquiété ».

Récipiendaire de l’Ordre du Mérite de la République fédérale d’Allemagne (RFA), il décède « couvert d’honneurs ».

Ce documentaire « retrace son histoire et à travers lui, celle du programme « T4 », consistant à éliminer les handicapés physiques et mentaux et les personnes considérées comme inutiles et « asociales » par le régime nazi’.

Ce film a été distingué par le prix du public du Meilleur documentaire du Festival des créations télévisuelles de Luchon -2016.

« T4, un médecin sous le nazisme » par Catherine Bernstein
France, Zadig Production / Les films de l’Aqueduc, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, 2014, 52 min
Sur France 3 les 24 novembre 2017 à 0h45 et 26 novembre 2017 à 03h10

Visuel :
 © Zadig Productions / Les Films de l'Aqueduc
Les citations sont extraites du communiqué de presse.

Vivian Maier (1926-2009). Une photographe révélée


Vivian Maier (1926-2009) était une gouvernante d’enfants, photographe/réalisatrice amateur autodidacte et talentueuse. Son oeuvre a été redécouverte par hasard par John Maloof, en 2007, et est appréciée à l’aune de celle des plus célèbres street photographers (photographes de rues). « Un regard, une poésie et un humanisme hors du commun ».  Des expositions et Finding Vivian Maier (A la recherche de Vivian Maier), documentaire réalisé par John Maloof et Charlie Siskel. Dans le cadre de la 18e édition du Mois du film documentaire organisé par Images en bibliothèques, ce film sera projeté les 25 et 26 novembre 2017 à Rambouillet et à Genouilly.


C’est par hasard que John Maloof, agent immobilier à la recherche de documents sur un quartier de Chicago, découvre en 2007, dans une salle des ventes de cette ville, un lot important d’épreuves, de négatifs et de diapositives, dont une grande partie non développée, ainsi que des films Super-8 d’une inconnue appelée Vivian Maier (New York, 1926-Chicago, 2009).

Il range son acquisition chez lui, et s’en désintéresse. Puis, quelques mois plus tard, il prend conscience de l’originalité de ces œuvres photographiques. Il rachète aux acquéreurs des autres lots de photographies de Vivian Maier vendus lors de cette vente aux enchères. Ce collectionneur les numérise et réunit les informations sur cettte auteur discrète, mais à la forte personnalité, en retrace le parcours biographique et promeut son œuvre singulière. 

Vivian Maier a réalisé plus de 120 000 prises de vue et produit en trente ans une oeuvre majeure inédite, qu’elle n’a quasiment jamais rendue publique.

Avec 120 épreuves argentiques noir et blanc et couleur tirées à partir des diapositives et négatifs originaux ainsi que des extraits de films Super-8 tournés dans les années 1960 et 1970, c’est la plus importante exposition consacrée à Vivian Maier en France.

Autodidacte, Vivian Maier « a cultivé un sens aigu de l’observation et de la composition. Son talent est à rapprocher des figures majeures de la street photography américaine telles que Lisette Model, Helen Levitt  ou encore Diane Arbus  et Garry Winogrand ». 

Une femme discrète
La biographie de Vivian Maier « est à présent partiellement reconstituée grâce aux recherches et aux interviews menées après la mort de la photographe par John Maloof et par Jeffrey Golsdtein, autre collectionneur qui fit l’acquisition d’une part importante de son œuvre ». 

Vivian Maier nait à New York le 1er février 1926. Son père est d’origine austro-hongroise et sa mère des Alpes françaises.

En 1930, son père quitte le domicile conjugal. Vivan Maier et sa mère partagent un appartement avec la photographe réputée Jeanne Bertrand. 

En 1932, elles se fixent à Saint-Bonnet-en-Champsaur, dans les Hautes-Alpes, et reviennent à New York en 1938.

En 1950, Vivian Maier « séjourne à nouveau en France pour percevoir un héritage de sa grand-tante ; cet argent lui permettra par la suite de financer ses voyages. Elle réalise de nombreux paysages et portraits des habitants de la vallée du Champsaur à l’aide d’appareils de type box ou folding ».

C’est à New York en 1951 que Vivian Maier réalise ses premières photographies. Elle séjourne à Cuba, au Canada et en Californie, tout en gagnant sa vie comme gouvernante d’enfants.

Vers 1952, elle achète son premier Rolleiflex. Elle « s’intéresse au quotidien des rues de New York. Elle réalise également des portraits d’enfants dont elle a la garde, mais aussi d’inconnus et de quelques célébrités qu’elle croise... Un appareil autour du cou (d’abord des appareils type box ou folding, puis un Rolleiflex et un Leica), elle consacre ses loisirs et ses moments de repos à arpenter et à photographier les rues de New York puis de Chicago ». 

Après un séjour professionnel à Los Angeles en 1955, Vivian Maier se fixe définitivement en 1956 à Chicago. Elle est employée comme gouvernante d’enfants par la famille Gensburg pendant dix-sept ans. Elle « aménage un laboratoire dans la salle de bains privative qui lui est réservée dans la maison ».

En 1959-1960, elle obtient de la famille Gensburg de cesser momentanément son travail afin d’entamer un voyage autour du monde qui la mène « aux Philippines, en Asie, en Inde, au Yémen, au Proche-Orient, en Europe méditerranéenne » puis en France.

En 1970-1980, elle réalise « des photographies en couleurs avec son Leica et tourne des séquences filmées en 8 mm et 16 mm ».

Vers 1990-2000, elle « dépose son importante collection de livres, de coupures de presse, de films et d’épreuves dans un garde-meuble. L’ensemble est saisi quelques années plus tard pour régler les loyers impayés et vendu en 2007 pour honorer des impayés. Elle est quasiment sans emploi et ses ressources sont faibles. La famille Gensburg loue un appartement pour l’héberger ».

Vivian Maier meurt anonyme le 21 avril 2009 à Chicago.

Les enfants « dont elle s’est occupée la décrivent comme une femme cultivée, ouverte d’esprit, généreuse mais peu chaleureuse ». 

Artiste méconnue
On ignore les circonstances l’ayant conduite à la photographie, puis à la réalisation de films.  

« Plus qu’une passion, la photographie apparaît chez elle comme une nécessité voire une véritable obsession : se sont accumulés dans les cartons qu’elle emportait à chaque changement d’employeur, à chaque déménagement, l’impressionnante quantité de films qu’elle n’a pas développés, faute d’argent, ainsi que des archives composés de livres ou de coupures de presse relatant des faits divers ».

« Ses images, quant à elles, montrent une réelle curiosité aux choses du quotidien et une profonde attention aux passants qui croisèrent son regard : les physionomies, les attitudes, les tenues et les accessoires à la mode pour les plus aisés ou encore les signes de pauvreté pour les plus démunis ». L’oeuvre de Vivian Maier « met en lumière des détails anodins, trouvés au hasard de ses promenades, décrivant l’étrangeté des gestes, la singularité des figures et la distribution graphique des corps dans l’espace. Elle a également exécuté une série d’autoportraits saisissants, reflets d’elle-même mis en scène par l’intermédiaire de miroirs ou de vitrines de magasins ».

Si « certains clichés ont été pris à la sauvette, d’autres rendent compte d’une véritable rencontre avec les individus qu’elle a photographiés frontalement et à faible distance. C’est d’ailleurs avec une évidente empathie qu’elle s’est s’intéressée aux sans-abris et aux marginaux, signant ainsi de troublants portraits dans une Amérique pourtant en plein essor économique ».

Le 2 juillet 2014, est sorti sur les écrans A la recherche de Vivian Maier (Finding Vivian Maier), documentaire de John Maloof et Charlie Siskel.

La galerie Les Douches (3-26 juillet 2014) et la galerie Frédéric Moisan (3 juillet-2 août 2014) ont présenté des œuvres de Vivian Maier.

La FotoFocus Biennial 2014 a présenté l'exposition Vivian Maier: A Quiet Pursuit composée principalement d'auto-portraits.

Dans le cadre du Mois de la photo à Paris 2014les Douches La galerie a montré l'exposition collective Autoportraitsavec notamment des œuvres de Vivian Maier.


"En retournant son objectif sur sa personne le photographe bouleverse ses codes, il peut dès lors voir son appareil comme un pistolet et la prise de vue comme un défi. Avec une quarantaine de tirages modernes et contemporains, l'exposition explore la photogénie intense de cet instant de vérité. Berenice Abbott, Val Telberg privilégient une démarche expérimentale du medium photographique. Lucien HervéArnold Newman, Vivian Maier, Sabine Weiss, Erwin Blumenfeld, s’approprient le miroir déjà si présent dans l’autoportrait pictural. À partir de son patronyme familial, Ezra Nahmad compose une autobiographie. Choi, Arno Minkkinen, Wols étudient les possibilités expressives de leurs corps et de leurs visages. Pour Rodolf Hervé, atteint d’une maladie, l’autoportrait est catalyseur de tensions extrêmes. Kourtney Roy, unique héroïne de ses mirages intimes, considère la photographie comme un jeu de rôles. Dan Leung construit un tableau photographique où, isolé au milieu des tours de Hong Kong, il évoque l'identité chinoise et interroge la place de l’homme dans la ville. Brassaï dans une fumerie d’opium en 1931, Louis Faurer à New York en 1947, Raymond Depardon sur son scooter à Paris en 1959 ou encore Jean-Christophe Béchet sur les pas de Robert Franck en 2009, utilisent les ressources de la mise en scène dans des registres divers. Virtuosité, humour, introspection, l'autoportrait est toujours le témoignage d'un état intérieur comme le montrent si bien les images d'Hervé Guibert".

Dans le cadre de la 4e édition de Photo Saint-Germain (7-22 novembre 2015), la galerie Moisan a présenté l'exposition collective "4,3,2,1 !" avec des œuvres de Vivian Maier, Bernard Guillot, Jerome Liebling, et  Leo Matiz. "Quatre photographes, trois pays, deux couleurs, une vision".

L'ancien Musée de Peinture a proposé l'exposition (Auto)Portrait. Sur les traces de Vivian MaierDans les années 1950, Vivian Maier "revient sur les traces de ses origines lors d’un voyage initiatique. Des clichés « vintage » immortalisent avec humanité les visages des habitants du Champsaur. Ces tirages d’époque d’une valeur inestimable sont présentés à l’Ancien Musée de Peinture dans le cadre d’un partenariat avec l’association « Vivian Maier et le Champsaur ». L’exposition « Sur les traces de Vivian Maier » présente à Grenoble pour la première fois le fonds français Vivian Maier encore à découvrir. Ce projet d’exposition existe grâce à l’accord de John Maloof, "découvreur" de cette photographe".

Les Douches La Galerie a proposé l'exposition Berenice Abbott / Vivian Maier Une fantastique passion (8 octobre-26 novembre 2016). "Qu’est-ce qui rapproche ces deux femmes aux destins si différents ? Berenice Abbott cherchait la lumière, Vivian Maier se confinait dans l’ombre. L’une frappait inlassablement à toutes les portes pour mettre sur pied ses projets, l’autre arpentait le monde en solitaire. Au-delà de ces attitudes, une passion commune pour documenter le réel les unissait. Deux vies sans concession, où rien, ni personne ne pouvait entraver leurs projets Avec en héritage deux œuvres singulières où soufflent un grand vent de liberté".

"L’apparition de Vivian Maier a bouleversé les dogmes du regard. Comme si, tout à coup, Nadar, notre gloire nationale, s’était révélé être une femme et qu’il avait fallu tout repenser avec ce sexe-là. C’est un peu exagéré, mais pas tant que ça. Car, au commencement, Vivian Maier n’avait rien d’original pour entrer dans l’histoire de la photographie, et encore moins pour y rester. Et pourtant, en un temps record, cette Américaine est devenue aussi célèbre que La Joconde. Elle est en haut de l’affiche, pour longtemps, et une foule de spécialistes se penchent sur son passé, espérant y découvrir matière à réflexion", a écrit Brigitte Ollier dans Vivian Maier, une vie rêvée.

Et de poursuivre : "Vivian Maier est née le 1er février 1926 à New York et morte le 21 avril 2009 à Chicago (elle a connu les Hautes-Alpes, sa mère était française, elles sont venues en 1932 dans la vallée du Champsaur). Elle avait une passion dévorante, la photographie, exercée dans la plus grande discrétion. D’abord avec un Rolleiflex, puis un Leica, elle entreprit de photographier les rues de New York et de Chicago, les passants, les pauvres sur les trottoirs, les poupées dans les poubelles, les bigotes à bijoux, les Cendrillons d’après minuit… On lui doit aussi une série d’autoportraits d’une extrême intelligence ; à la limite de la hantise, ses jeux de miroir font parfois peur. Lorsqu’elle voyagea autour du monde, grâce à l’héritage de sa grand-tante, elle continua à photographier, sans pour autant montrer ce qu’elle avait vu. Voici l’un des points mystérieux de cette autodidacte - qui gagnait sa vie comme gouvernante d’enfants, son obstination à rester dans le noir. L’anonyme parfaite. Manque de moyens, de temps, de place ? Désir d’absence au monde ?"


Et de rappeler : "Lors d’une vente aux enchères, en 2007, à Chicago, John Maloof, l’un des principaux acquéreurs, a acheté pour 400 dollars des cartons et des valises ayant appartenu à miss Maier. À l’intérieur : entre 100 000 et 150 000 négatifs, plus de 3000 tirages, des centaines de bobines Ektachrome non développées. La quantité n’a jamais prouvé le talent, mais là, entre les biens acquis par Maloof, plus ceux de Jeffrey Goldstein et de Ron Slattery, il y a de quoi être ébahi".

Et de conclure : "Depuis 2007 jusqu’à aujourd’hui, la machine à inventer Vivian Maier s’est mise en route. Films, livres, expositions, la « Mary Poppins de la pellicule » a dû supporter bien des commentaires (mais pas forcément idiots, un gibier de choix excite l’imagination). L’une des expositions made in France, par le Jeu de Paume (2013), a montré que Vivian Maier - qui adorait le cinéma - réalisait aussi des films super-8, et qu’elle était une intervieweuse du tonnerre. Tout ce flou qui l’entoure n’est pas prêt de se dissiper. Certitude : ceux qui ont acheté des tirages ne pourront le regretter, cette femme d’une bravoure feutrée donne envie d’être à ses côtés. Dans son ombre, justement".


Le Château de Tours a accueilli l’exposition Vivian Maier (1926-2009). Une photographe révélée produite par diChroma photography en collaboration avec le Jeu de Paume et la Ville de Tours, avec l’aide de la galerie Howard Greenberg à New York.

Du 8 octobre au 26 novembre 2016
Aux Douches La Galerie
5 rue Legouvé. 75010 PARIS
Tél. : +33 (0)1 78 94 03 00
Du mercredi au samedi de 14 à 19 heures. Lundi et mardi sur rendez-vous

Du 4 au 28 novembre 2015
A la galerie Moisan 
72, rue Mazarine. 75006 PARIS
Tél. :  01 49 26 95 44
Du mardi au samedi de 11 h à 19 h
Vernissage le 5 novembre de 18 h à 21 h

Du 29 octobre au 22 novembre 2015
l'ancien Musée de Peinture
9, place de Verdun, 38000 Grenoble
Tél : 04 76 40 75 91
Du mercredi au dimanche de 13 h à 19 h

Du 7 novembre 2014 au 10 janvier 2015
5, rue Legouvé. 75010 PARIS
Tél. : +33 (0)1 78 94 03 00
Du mercredi au samedi de 14 à 19 heures. Lundi et mardi sur rendez-vous
Vernissage le 6 novembre 2014, de 18 h à 21 h

Jusqu'au 1er novembre 2014
A la FotoFocus Biennial 2014
212 E. 14th St.  Cincinnati, OH 45202. Etats-Unis
T: (513) 400-4027
De 11 h à 17 h

Jusqu'au 1er juin 2014
25, avenue André Malraux. 37000 Tours
Tél. : 02 47 70 88 46
Du mardi au vendredi de 14 h à 18 h, samedi et dimanche de 14 h 15 à 18 h
Entrée gratuite

Visuels 
Vivian Maier, Florida, 1957, Gelatin silver print. © Vivian Maier / Maloof Collection, courtesy Howard Greenberg Gallery, New York.

Vivian Maier, Self-Portrait, 1954, Gelatin silver print. © Vivian Maier / Maloof Collection, courtesy Howard Greenberg Gallery, New York.

Vivian Maier, Self-portrait, n.d., tirage gélatino-argentique, 2013, 50,8 x 40,6 cm Édition de 15 © Vivian Maier / Maloof Collection, Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York / Les Douches La Galerie

Vivian Maier
Tirage argentique posthume, 30 x 30 cm. Edition de 15.
Crédits photo: Galerie Frédéric Moisan.

©Vivian Maier/Maloof Collection, Courtesy Les Douches la Galerie, Paris & Howard Greenberg Gallery, New York

New York, NY, June 1953
Tirage gélatino-argentique
Édition limitée à 15 exemplaires
Dimensions du tirage : 40,6 x 50,8 cm

New York, NY, 1954
Tirage gélatino-argentique
Édition limitée à 15 exemplaires
Dimensions du tirage : 40,6 x 50,8 cm

Untitled, n.d.
Tirage gélatino-argentique
Édition limitée à 15 exemplaires
Dimensions du tirage : 40,6 x 50,8 cm

A lire sur ce blog :
Cet article a été publié sur ce blog le 1er juin 2014, puis republié les 2 juillet et 1er novembre 2014, 5 janvier et 5 novembre 2015, 24 novembre 2016. Les citations proviennent des dossiers de presse.

Une cérémonie des vœux pour le nouvel an juif 5771 à Paris

Le 6 septembre 2010, s’est déroulée à la grande synagogue des Victoires (Paris) la cérémonie des vœux pour le nouvel an juif 5771 en présence de Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur et des cultes, des dirigeants d’organisations juives, dont le Consistoire, organisateur de l'évènement, de préfets et d'élus du Conseil de Paris. Des discours ont dépeint une image contrastée de la communauté juive française, dynamique malgré l’antisémitisme, et évoqué l’islam. "Pour la première fois en deux cents ans d’histoire de l’institution juive créée par Napoléon en 1808, une manifestation sera organisée devant le Consistoire, 17 rue St Georges à 18 h 30 ce 22 novembre 2017 sur le mot d’ordre suivant : "ELECTIONS BIDON – DEMISSION". La candidature d’Evelyne Gougenheim vient aujourd’hui d’être faussement déclarée invalidée, une irrégularité de plus, de trop. Les conditions de cette campagne électorale ont désormais dépassé le cadre acceptable des campagnes consistoriales". Ce rassemblement sera suivi "par une réunion - débat de la candidate Evelyne Gougenheim dans la synagogue de Fleg, 8 bis rue de l’Eperon Paris VI, lieu emblématique de la vie étudiante juive à Paris, legs de la famille Rothschild et qui aurait, sans la résistance de la Communauté, été vendue par l’équipe en place au Consistoire. La tenue de la réunion est déjà menacée par le Consistoire." Au lieu d'ostraciser cette candidate dans de nombreux médias communautaires, il serait souhaitable que le Consistoire réponde à ses graves accusations graves. Leur portée révèle l'image ternie de cette institution napoléonienne. 

Depuis quelques années, c’est une tradition. Dans la salle Jérusalem de la grande synagogue des Victoires, les présidents des Consistoires et les grands rabbins de France et de Paris reçoivent avec cordialité le ministre de l’Intérieur et des Cultes.

C’est une étrange cérémonie au cours de laquelle, peu avant que ne commencent les fêtes de Tichri (Roch HaChana, Kippour, Soukot), des juifs souhaitent une chana tova (Nda : bonne année) à un non-juif, qui, poliment formule le même souhait à leur égard.

En ce 6 septembre 2010, Joël Mergui, président du Consistoire Central de France et de celui de Paris Ile-de-France, Gilles Bernheim, grand rabbin de France, et David Messas, grand rabbin de Paris, accueillent donc Brice Hortefeux, ministre français de l’Intérieur et chargé des cultes, et Pierre Lellouche, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, du préfet de police et du préfet de région, en présence d’une nombreuse assistance formée d’élus parisiens (Lynda Asmani, Jean-François Lamour, Françoise de Panafieu), et pour la première fois, de l’ambassadeur d’Israël en France, Daniel Shek qui achève sa mission.
Des problèmes et des espoirs
Joël Mergui alterne les bons et les mauvais points.

Certes, il loue « l’étroite concertation » entre les Consistoires et les ministères de l’Intérieur et de l’Enseignement supérieur et se réjouit que l’abattage rituel ait été provisoirement préservé par le Parlement européen. Souligne le dynamisme de la communauté juive française aimant Israël. Espère en la construction d’un Centre européen du judaïsme à Paris.

Mais il stigmatise la « banalisation de l’antisémitisme ». Déplore la difficulté à faire comprendre à certaines collectivités locales la nécessité de respecter les « carrés juifs » (Nda : espaces dans les cimetières où sont enterrés, selon la loi juive ou halakha, les morts juifs dans des carrés qui leur sont spécialement réservés). Est préoccupé par les difficultés pour des élèves pratiquants de concilier leur judaïsme avec leur scolarité, dans des classes préparatoires à de grandes écoles ou à l’université, caractérisée par des cours ou examens pendant le chabbat. S’inquiète de l’état des cimetières juifs en Algérie, d’autant qu’un voyage de juifs français souhaitant s’y recueillir a du être annulé faute d’accord des autorités algériennes.

Jovial, David Messas a surtout souhaité, pour le bien de la « vie en commun », qu’un consensus politique s’établisse sur la question de la sécurité et que le ministre soit compris.

Quant à Gilles Bernheim, il a souligné combien droits et devoirs des citoyens sont intrinsèquement liés, et exhorté tout homme, à l’avant-veille de « Rosh HaChana [Nda : commencement de l’année] qui commémore la création du premier homme » à « se remettre en question et à faire preuve d’exigence à l’égard de soi. Etre juif, c’est être un peu plus responsable à l’égard des autres ».

Curieusement, le grand rabbin de France a allégué que « le judaïsme et de l’islam, au niveau de leurs pratiques religieuses, sont extrêmement proches, peut-être plus proches dans leurs pratiques, que le judaïsme et le christianisme dans la pratique : manger casher, se tourner vers, pour les prières… » Et d’affirmer « notre fraternité avec cette religion, l’islam, indispensable pour le vivre ensemble des Français en France et pour préserver ce que ces deux religions, l’islam et le judaïsme, ont de meilleur ».

On reste pantois devant ces amalgames ou ignorances du grand rabbin de France prononcés notamment devant des rabbins et grands rabbins ! Le judaïsme plus proche de l’islam que du christianisme dans sa pratique !? Et le dire à un chrétien ! Et devant des présidents de communautés juives et des rabbins franciliens ! En une circonstance officielle si importante, le côté improvisé d'une partie du discours du grand rabbin de France sidère.

Le judaïsme prescrit à ses fidèles de manger cacher, l’islam de manger halal. Guidé aussi par la volonté exprimée dans divers textes saints Juifs de respecter l'animal et donc d'en réduire la souffrance, l’abattage rituel juif (shehita) se distingue par ses actes de celui musulman. Tourné vers La Mecque (Arabie saoudite), le musulman tue l’animal au nom d’AllahAllah Ouakbar ! », Allah est le plus grand !). Debout ou assis, les juifs prient l’Eternel en se tournant vers Jérusalem (Israël) ; prosternés en signe de soumission à Allah, les musulmans prient en se tournant vers La Mecque.

L’islam n’est pas qu’une religion. Et, en particulier lors des millénaires précédant la naissance de l'islam, le judaïsme a su «  préserver » ce qu'il y a de meilleur en lui.

La « fraternité » ne peut pas et ne doit pas être à sens unique. Pour maintenir le vivre ensemble, ne serait-il pas indispensable que l’islam supprime notamment ses versets, sourates ou hadiths prônant la haine des juifs, des mécréants, etc. ?

Mises dans la perspective de la tribune du grand rabbin Gilles Bernheim sur la votation en Suisse Minarets : l'Europe doit changer son regard sur l'islam (Le Figaro, 2 décembre 2009), ces remarques révèlent que le grand rabbin de France persiste dans une voie critiquable dans laquelle il engage spirituellement la communauté juive française. Celle de l’incompréhension, de l’ignorance ou de la méconnaissance de la spécificité de l’islam. Celle d'un dialogue judéo-musulman fondé sur des idées peu pertinentes. Celle aussi du risque d’un syncrétisme religieux dans lequel le judaïsme a beaucoup à perdre.

Ces opinions du grand rabbin Gilles Bernheim surprennent d’autant plus à l’heure où Abdennour Bidar, professeur de philosophie en classes préparatoires à Sophia-Antipolis, dénonce La lapidation, "preuve extrême de la logique de violence de l'islam" (Le Monde, 30 août 2010).

Une « communauté impliquée, vivante et dynamique »
Après avoir indiqué le nombre d’agressions antisémites lors du premier trimestre 2010 – « 47 actions et 190 menaces recensées » -, Brice Hortefeux rappelle la fermeté du gouvernement dans la lutte contre l'antisémitisme et, qu’en cinq ans, en vertu de conventions entre son ministère et le Fonds social juif unifié (FSJU), ont été sécurisés 487 bâtiments de la communauté juive, dont « 145 écoles et crèches, 98 associations et centres communautaires et 234 synagogues ».

Autres actions du ministre très applaudies : celles visant à soutenir la future « valorisation du Séminaire israélite de France » et à attirer « l’attention de la garde des sceaux afin que soient engagées des poursuites judiciaires dans plusieurs cas d’appel au boycott de produits cashers ou israéliens ».

Des motifs de se réjouir ? La reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens, la création de la Fondation du patrimoine juif de France au sein de la Fondation du judaïsme et « à l’automne 2009, la publication d’un nouveau règlement européen relatif à l'abattage rituel qui assurait une stabilité pour la shehita ». Sur ce dernier sujet, la vigilance demeure « alors qu’un vote au Parlement européen pourrait remettre ce travail en question en imposant un étiquetage discriminant pour l’abattage rituel ». Eurodéputés et ministère sont déterminés à empêcher que ce projet n’aboutisse. Ce succès récent au Parlement européen résulte aussi du « partenariat avec les représentants du culte musulman », ce qui représente « un signe fort du dialogue des religions rendu possible par notre modèle de laïcité ».

Cadeau de Joël Mergui au ministre Brice Hortefeux pour le nouvel an juif : du miel.

Une douceur dont le ministre a besoin en cette période houleuse : contestations à propos des retours des Roms en situation illégale dans leurs pays d’origine - des actes qui ont induit une instrumentalisation politique de la Shoah par des comparaisons infondées et choquantes entre les Roms actuels et les juifs sous l'Occupation -, prochain débat sur le niqab, etc.

Que retenir de cette cérémonie en dehors des remarques hors sujet et fausses du grand rabbin Gilles Bernheim ? Tout d'abord, les dirigeants communautaires gagneraient à mieux préparer leurs discours et à les écrire. Ceci élèverait le niveau de leurs discours, souvent médiocres. Ensuite, il conviendrait de s'adresser à des représentants de l'Etat sans donner des leçons de morale et en maintenant une certaine distance respectueuse. Enfin, il importe de parler essentiellement du judaïsme et des juifs, et d'éviter les digressions, dérapages ou rapprochements infondés ou qui ne valorisent pas le judaïsme.


Photos de haut en bas :
De gauche à droite, David Messas, Gilles Bernheim, Brice Hortefeux parlant, Joël Mergui, Pierre Lellouche

La façade de la grande synagogue de la rue des Victoires à Paris (75009)

Autres photos des orateurs lors de la cérémonie

 A lire sur ce blog :
Cet article a été publié le 7 septembre 2010.

mercredi 22 novembre 2017

« Carnets de mémoire Enfances cachées 39-45 », par Michèle Rotman


Avec persévérance, Michèle Rotman, alors vice-présidente du Consistoire de Paris et présidente de la Commission culturelle du B’nai B’rith (BB) Paris Ile-de-France, a cherché et rassemblé les souvenirs de plus d’une quarantaine d’anciens enfants juifs cachés devenus membres du BB France. Le 22 novembre 2017, à l' amphithéâtre 3 du Centre Assas - 92 Rue d'Assas, 75006 Paris -, de 18 h à 21 h, à l’occasion de la semaine de l’Enfance, UEJF Assas et UNICEF Assas organisent la conférence Les enfants cachés de la Seconde Guerre mondiale en présence de trois "enfants cachés"

L'enfance de... Boris Cyrulnik

Elle rend aussi hommage aux Justes parmi les Nations, ces personnes non juives qui ont sauvé des êtres jeunes, persécutés, isolés, déracinés de leur milieu familial et envoyés dans une nouvelle famille, vivant dans un environnement inconnu, chrétien, agricole, chaleureux ou indifférent.

Elle donne la parole à ces adultes qui évoquent leurs pérégrinations à la recherche d’un abri, leurs maturités précoces, leurs peurs, leurs attentes, leur douleur née du manque de nouvelles de leurs proches, le retour vers une maison pillée, etc.

L’auteur rappelle également le souvenir des membres des réseaux Juifs qui ont participé au sauvetage de leurs coreligionnaires.

Des chronologies éclairent ce livre illustré de photos des jours heureux.

Le 22 novembre 2017, à l' amphithéâtre 3 du Centre Assas - 92 Rue d'Assas, 75006 Paris -, de 18 h à 21 h, à l’occasion de la semaine de l’Enfance, UEJF Assas et UNICEF Assas organisent la conférence Les enfants cachés de la Seconde Guerre mondiale en présence de trois "enfants cachés"Les “enfants cachés” sont des enfants juifs qui vivaient en zone occupée par l'Allemagne nazie durant la guerre de 1939-45, et qui ont été soustraits aux plans d’extermination mis en place par les nazis. Si dans le reste de l’Europe on estime que 90% des enfants juifs ont été assassinés, la France représente une exception : 11 000 enfants ont été déportés, et entre 60 et 70 000 enfants ont été sauvés de la mort et ont pu échapper à la déportation. Dissimulés dans des familles ou des organismes d’accueil sous une fausse identité, ils seront trois à partager leurs histoires avec vous : Denise Decornoy, Sarah Wojakowski et Georges Wojakowski.

Michèle Rotman, Carnets de mémoire Enfances cachées 1939-1945. Introduction de Michèle Rotman, avant-propos de Ruth Croitoru. Ed. Ramsay, 2005. 296 pages. 21 €. ISBN : 9782841147328

Le Farband-USJF a proposé la conférence de Nathalie Zajde le 24 février 2014 à 19 h 30, sur les enfants cachés et les descendants de survivants de la Shoah.

A lire sur ce blog :
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Judaïsme/Juifs
Monde arabe/Islam
Shoah (Holocaust)
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Cet article a été publié par L'Arche, puis sur ce blog le 24 février 2014

« Le manuscrit sauvé du KGB. Vie et destin de Vassili Grossman » par Priscilla Pizzato


Le Festival du film d'histoire de Pessac diffusera le 24 novembre 2017 « Le manuscrit sauvé du KGB. Vie et destin de Vassili Grossman », documentaire réalisé par Priscilla Pizzato. La « bouleversante histoire d’un écrivain, le Russe Vassili Grossman, et de son roman « Vie et destin », l’une des charges les plus violentes jamais portées contre le régime stalinien ».


« C’est l’histoire d’un manuscrit qui a fait trembler le Kremlin ».

Un « livre « arrêté » en octobre 1961, au petit matin, et enfermé dans les sous-sols de la Loubianka, le siège du KGB ».

« Pourquoi ajouterions-nous votre livre aux bombes que nos ennemis préparent contre nous ? », avait écrit Mikhaïl Souslov, l’éminence grise de Staline, à Vassili Grossman qui plaidait la cause de son livre ».

« Sauvé de la disparition grâce au courage d’un réseau de dissidents, parmi lesquels le physicien Andreï Sakharov et l’écrivain Vladimir Voïnovitch, « Vie et destin » ne paraît en France qu’en 1983 ».

« J’ai été stupéfait comme peu de livres m’ont stupéfait, raconte l’écrivain Olivier Rolin. Pour moi, c’est l’un des monuments du XXe siècle ». « L’essentiel de notre XXè siècle tient dans le face à face des forteresses de la mort, Auschwitz et la Kolyma, et tout ce qui tourne autour, nazisme, communisme, guerre mondiale, révolution… Si l’on veut écrire un livre qui ait une chance de totaliser un peu de l’esprit de ce temps, et pas seulement de témoigner d’une réalité partielle,  il suffit de prendre à bras le corps ce grand débat, grand jeu de miroir en fait. C’est ce qu’a fait Vassili Grossman avec Vie et Destin. Il fallait seulement avoir vécu soi-même au cœur des ténèbres et se sentir la force d’un Titan ». Ces phrases sont d’Olivier Rolin, parues dans Libération au début des années 80, quand Vie et Destin  est enfin devenu disponible dans sa traduction en français ; Olivier Rolin, l’un des intervenants du documentaire Le Manuscrit sauvé du KGB. ‘Vie et destin’ de Vassili Grossman. 35 ans après avoir écrit ces lignes, il revient y dire aujourd’hui le choc que représente la découverte de ce livre monumental qui raconte la bataille de Stalingrad, la découverte des camps nazis et la prise de conscience de l’extermination des Juifs, et cela en engageant une ample réflexion sur le totalitarisme où le nazisme et le stalinisme sont en effet mis l’un en face de l’autre  ».

« Construit sur le modèle de « Guerre et paix » de Tolstoï, « Vie et destin » retrace le destin d’une famille pendant la guerre. De Moscou aux ruines de Stalingrad, des ghettos ukrainiens au goulag, c’est une grande épopée russe écrite à hauteur d’hommes, peuplée de héros ordinaires et de tyrans, de personnages historiques et d’anonymes ».

Grossman, « qui fut longtemps un écrivain zélé au service de la construction de l’homme soviétique, témoigne dans son grand œuvre des heures les plus sombres du stalinisme, marquées par la dékoulakisation ou les grandes purges de 1937 ».

Il « expose les rouages de l’implacable machine totalitaire et dénonce la perversion de l’idéal de 1917. En établissant un parallèle entre nazisme et stalinisme, Grossman va plus loin qu’aucun autre écrivain soviétique avant lui ».

« C’est également le roman d’un homme qui a redécouvert sa judéité après l’assassinat de sa mère par les Einsatzgruppen, et qui livre quelques-unes des pages les plus bouleversantes jamais écrites sur l'Holocauste ».

"Au terme d’une minutieuse enquête, menée en Russie, en Ukraine et en Israël, Myriam Anissimov nous offre le compte rendu détaillé du parcours de l’auteur de Vie et Destin. Vassili Grossman (1905-1964) a acquis progressivement la conscience de la tragédie du stalinisme: victime d’un régime que dans les premiers temps il soutenait, il découvre, à travers les persécutions contre les Juifs, que ce système est profondément destructeur. En retraçant l'extraordinaire destin d'un écrivain (chimiste de profession) d'abord célébré par les autorités, puis de plus en plus critique à mesure qu'il prend conscience de la stratégie totalitaire et sanglante du stalinisme et surtout lorsqu'il devient lui-même victime de l'antisémitisme, Myriam Anissimov raconte toute l'histoire de l'ancienne URSS. Grossman mourra sans avoir assisté à la publication de son ouvrage fondamental, document exceptionnel sur la manipulation et la destruction des individus, au nom d'un hypothétique bien collectif. La maladie aura raison de sa résistance et c'est grâce à la ténacité de ses proches et amis que son chef-d'oeuvre sera publié".


Le Festival du film d'histoire de Pessac diffusera le 24 novembre 2017 « Le manuscrit sauvé du KGB. Vie et destin de Vassili Grossman », documentaire réalisé par Priscilla Pizzato. Projection en présence de la réalisatrice. Film en compétition dans la sélection "Panorama du documentaire"


« Le manuscrit sauvé du KGB. Vie et destin de Vassili Grossman » par Priscilla Pizzato
France, Ex Nihilo / Arte France , 2017, 58 min
Ce film a reçu le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.
Textes lus par Denis Podalydès, de la Comédie-Française
Le 24 novembre 2017, à 17 h au Cinéma Jean Eustache. Place de la Ve République. 33600 Pessac
Sur Arte le 24 janvier 2018 à 22 h 20

Visuels
Confisqué puis restitué plus de cinquante ans après par les services secrets russes, Vie et destin de Vassili Grossman, spectateur horrifié de la guerre, est le récit des ravages du totalitarisme soviétique à l’époque de la bataille de Stalingrad. Une fresque historique dont le souffle épique lui vaut d’être comparée au Guerre et Paix de Tolstoï.
© Ex Nihilo / Arte France

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Les citations sont extraites du communiqué de presse.

Amos Gitai


Créateur d’installations vidéo, auteur de mises en scène de théâtre et de livres, Amos Gitaï, cinéaste prolifique, engagé, critique de la société israélienne, doit beaucoup au soutien public français, notamment de la chaîne franco-allemande Arte. La 18e édition du Mois du film documentaire proposera les 23, 26, 27 et 28 novembre 2017 au Cinéma Majestic de Vesoul, A l'Ouest du Jourdain, réalisé par Amos Gitai (Agav Films, France, Israël, 2017).

Ronit Elkabetz (1964-2016)
Amos Gitai
« Ushpizin » de Gidi Dar
« Mon fils » par Eran Riklis

« Parfois j’aime faire des films architecturaux, avec une intrigue rigoureuse. D’autres sont comme des fouilles archéologiques, où l’on gratte les couches une à une, comme si on creusait pour découvrir des ossements. Pour moi, la préparation d'un film se termine le dernier jour de mixage », a déclaré Amos Gitaï.

Après la Cinémathèque française-Musée du cinéma, le Musée de l’Elysée à Lausanne (Suisse) et la Cinémathèque suisse ont présenté une rétrospective et l'exposition itinérante Amos Gitai, architecte de la mémoire conçues en coproduction par ces deux Cinémathèques, le Musée de l’Elysée et Galeries à Bruxelles (Belgique).

Réunissant documents rares, extraits de films et photographies, ce projet multimédia, combinant expositions, dans une Cinémathèque et dans des galeries, et rétrospective cinématographique; a été accueilli à Galeries  au printemps 2015.

« Le cinéaste israélien Amos Gitai a fait don en 2007 de ses archives à La Cinémathèque française. Classées, ces archives volumineuses retracent avec précision ses quarante années de création. Une de leurs spécificités est la richesse de la documentation mise au service de chaque projet, qu’il soit documentaire ou fiction. Mais aussi la difficulté paradoxale à identifier la place du je : plutôt un autoportrait en creux, déformé, tels les énigmatiques dessins qu’il réalise en convalescence, après le crash d’hélicoptère où il faillit mourir », écrit Matthieu Orléan, commissaire de l’exposition itinérante Amos Gitai Architecte de la mémoire

Conçu en coproduction par ces deux Cinémathèques, le Musée de l’Elysée à Lausanne (Suisse) et Galeries à Bruxelles (Belgique), ce projet multimédia présente l’œuvre variée d’un réalisateur prolifique - filmographie d’environ 80 titres composée de documentaires et films de fictions, courts et longs métrages, téléfilms et œuvres expérimentales, coproduits par des firmes israéliennes, françaises, etc.  - sur près de 40 ans.


L’exposition révèle les thèmes « les frontières, l’architecture, les friches, la langue ou l’histoire, ainsi organisés : « Kippour, naissance d’un cinéaste », « Réalités et frontières », « Mythologies » et « L’exil et le monde ».

Double empreinte
Amos Gitai est né à Haïfa en Israël en 1950 dans une famille de sabras et de Juifs européens ayant fui le nazisme.

Né en 1909 en Silésie (Pologne) d’un métayer de junker prussien, son père Munio Weinraub  a 18 ans quand il rencontre à Berlin et à Dessau Walter Gropius, Kandinsky ainsi que Paul Klee au Bauhaus. A la fermeture par les Nazis du Bauhaus en 1933, Munio, accusé de « trahison envers le peuple allemand », est emprisonné, puis expulsé à Bâle. Cet architecte se fixe en Palestine mandataire où il adapte les règles européennes avant-gardistes au Proche Orient. Divers musées, dont le Centre Pompidou en 1996-1997 et le MoMa (Musée d’art moderne) de New York en 2013-2014 ont rendu hommage à cet architecte décédé en 1970. « La vie de Munio Weinraub  est exemplaire de l'itinéraire, de l'engagement social et de l'implication professionnelle de toute une génération d'architectes nés en Europe Centrale, formés au Bauhaus et qui, à la différence de leurs prestigieux maîtres exilés outre-Atlantique (Walter Gropius, Mies van der Rohe...), iront en Palestine mettre en pratique l'enseignement reçu. Il réalisera la majeure partie de son oeuvre, associé de 1940 à 1959 avec Al Mansfeld. Plus de deux cents projets et réalisations : constructions modestes des débuts, usines de matériaux de construction -infrastructure alors indispensable à une politique de construction-, équipements de quartiers populaires, nombreux kibboutz, monuments aux morts consécutifs à la guerre de 1948, premiers immeubles collectifs et grands ensembles, bâtiments emblématiques de l'Université de Jérusalem ou du Mémorial juif de Yad Vaschem..., Munio Weinraub se range parmi les bâtisseurs. Durant les années soixante, de nouveau seul et désormais avec le patronyme de Gitai, il poursuivra sa carrière d'architecte conjointement à celle d'enseignant au sein de l'institut Technion d'Haïfa », indique l’éditeur Imbernon ayant publié la biographie que lui a consacré Richard Cinqualbre.

Quant à Efratia Gitaï (1909-2004), la mère d’Amos Gitaï, elle est née en Eretz Israël, était experte dans les textes bibliques et est le personnage principal de My Mother at the Sea Shore (1975, 3 minutes), dialoguant avec Ophrah Shemesh. En 2010, Gallimard a publié Efratia Gitaï. Correspondance (1929-1994) dans une traduction de l’hébreu par Katherine Werchowski et Emmanuel Moses. Amos Gitaï présente ainsi ce livre :  « Efratia, comme les femmes de sa génération nées sur la terre d'Israël, n'est pas une femme de la diaspora. Elle n'est pas non plus israélienne. Israël n'existe pas encore. Cette génération va inventer son appartenance. Efratia a écrit des lettres toute sa vie. Très tôt, elle les a conservées, comme pour retenir des moments de son histoire, comme si l'intime incarnait le destin de cette terre. Cette correspondance raconte la vie d'une femme, Efratia, ma mère, ses réflexions intimes et ses hésitations de jeune fille, sa soif d'indépendance, ses débats passionnés avec son père sur le destin de son pays, l'amour, le culte de l'amitié et la maternité, puis les deuils, la vieillesse, les moments de trouble. J'entends encore sa voix, son hébreu archaïque de fille de travaillistes qui voulaient que leur enfant parle un hébreu moderne, de notre temps ».

Amos Gitaï étudie l’architecture au Technion de Haïfa et à l’université de Berkeley en Californie.

Cinéaste engagé
En 1973, la guerre de Kippour marque une date charnière, non seulement dans l’Histoire d’Israël, mais aussi dans la vie du jeune étudiant affecté à une unité médicale de sauveteurs par hélicoptère sur le plateau du Golan. 

Amos Gitaï commence à filmer le front avec sa caméra Super 8 (Images of War).

Une attaque syrienne le blesse gravement.

Convalescent, le civil Amos Gitai dessine et monte ses images filmées.

A cette guerre, il consacrera Kippour, souvenirs de guerre (1997) et Kippour (2000). Dans ce film-ci, « un acteur joue son rôle. Ou plutôt un moi imaginaire qui ne porte plus son nom mais celui de son père (Weinraub). Avec des partis pris de réalisation anti-héroïques, Kippour transgresse les codes du film de guerre. « Fais confiance à ta propre expérience. Ce que tu as vécu sur le front ne peut engendrer que des scènes justes », lui avait soufflé son ami, le cinéaste américain Samuel Fuller, vétéran de la Seconde Guerre mondiale », analyse Matthieu Orléan.

C’est par le documentaire qu’Amos Gitai entre dans le cinéma, et s’y consacre quasi-entièrement à la fin des années 1970. S’il délaisse l’architecture, cet art inspire plusieurs de ses films : Details of Architecture (1972, 13 minutes) et Munio Weinraub Gitai Architect (1909-1970) sur le travail de son père, Architectura (1978, 13 minutes) sur l’urbanisme israélien des années 1960 et 1970 – « Dans chacun des 16 films qui composent la série, Gitai rencontre des architectes, des sociologues, des archéologues, des chercheurs et des écrivains avec qui il s'entretient sur différents aspects de l'architecture, de l'urbanisme, de la conservation et de la planification. Chaque épisode comporte des documents d'archives complémentaires qui enrichissent visuellement les discussions, offrant aux spectateurs une image complète de leur environnement. Qu’il s'agisse d'Ottoman, du mandat britannique, de l'éclectisme, du moderniste ou du Brutalisme – cette série transforme de vagues concepts en données accessibles » - et Lullaby to my Father (2012, 87 minutes), long métrage avec Yaël Abecassis et Théo Ballmer (voix de Jeanne Moreau et Hanna Schygulla).

Amos Gitaï « entreprend une description critique de la société et de l’histoire d’Israël ». Tourné dans un chantier Jérusalem, son documentaire Bayit (House, La maison) illustrant des conflits entre Juifs et Arabes en Israël y est interdit. C’est le premier film du triptyque constitué aussi de Une maison à Jérusalem (1998) et News from Home, News from House (2006).
Après Journal de campagne réalisé avant et lors de la première guerre au Liban (1982), Amos Gitai s’installe en France en 1983. Il y réside dix ans.

La filmographie d’Amos Gitai s’articule autour de séries thématiques de trois films : trois Wadi (1981, 1991, 2001) – dans Wadi Salib Riots (1979, 39), Amos Gitai interviewe « vingt ans après des témoins des émeutes de Juifs israéliens d’origine marocaine qui se rebellèrent contre le Parti travailliste dans le quartier de Wadi Salib à Haïfa en 1959 » -, « trilogie sur les pratiques politico-militaires israéliennes (Journal de campagne, 1982 ; Donnons une chance à la paix, 1994 ; L’Arène du meurtre, 1996), celle sur les procédures du capitalisme mondial (Ananas, 1984 ; Bangkok-Bahreïn/Travail à vendre, 1984 ; Orange, 1998) ou celle sur les résurgences de l’extrême-droite européenne (Dans la vallée de la Wupper, 1993 ; Au nom du Duce/Naples-Rome, 1994 ; Queen Mary ‘87, 1995) ».

Mais « aussi les trilogies de fiction, trilogie de l’exil (Esther, 1985 ; Berlin-Jérusalem, 1989 ; Golem, l’esprit de l’exil, 1991), trilogie des villes (Devarim, 1995 ; Yom Yom, 1998 ; Kadosh, 1999), trilogie des événements historiques décisifs pour Israël (Kippour, 2000 ; Eden, 2001 ; Kedma, 2002), trilogie des frontières (Terre promise, 2004 ; Free Zone, 2005 ; Désengagement, 2007) ».

Certains films s’inscrivent cependant sur deux trilogies.

Dans Théâtre pour la vie (1994, 26 minutes) avec Juliano Mer-Khamis, « un comédien anime un théâtre pour enfants à Jénine. Au soldat qui lui demande s’il est juif ou arabe, il répond : « C’est un peu compliqué ». Sa mère est juive, son père est arabe. De son côté, une comédienne palestinienne, qui vit à Jérusalem-Est, se rend à l’ouest pour travailler avec des comédiennes ».

Amos Gitaï « poursuivra ce travail analytique dans des films de fictions comme, Kippour (2000), Kaddosh, Kedma, Désengagement. Le souffle de l’histoire, la lucidité de l’observateur engagé se mêlent à une approche inspirée des théories de Brecht ».

Amos Gitai est un « cinéaste engagé dont les films interrogent sans cesse l’identité et les paradoxes d’Israël. « Jusqu’à quand durera ce cycle infernal ? De l’oppresseur et de l’opprimé. Jusqu’à quand cette folie ? » chante une voix féminine pendant le générique de Free Zone. Le conflit israélo-palestinien n’est jamais absent de son cinéma, sans en être l’horizon indépassable. Tout n’est pas conflit. Tout n’est pas réconciliation non plus. Israël est palimpseste (House), puzzle (Désengagement), bordel (Terre promise), ou attachante mosaïque (Alila). Le pays n’est jamais filmé comme une entité homogène (État-Nation ou ennemi à abattre), mais plutôt comme un espace de recherche et de contradiction. Un espace stimulant et instable où les utopies sont en danger. Où l’amour n’est pas un socle mais pure énergie sexuelle sur fond de stérilité pathologique (Yom Yom, Devarim, Kadosh), caractéristique d’une société déracinée qui ne parvient pas à se souvenir des paroles simples du cultivateur palestinien de Journal de campagne (1982) : « La sueur de mon père est mêlée à cette terre. Je sens l’odeur de mes origines. »

Outre le talent du réalisateur, c’est par ses visions critiques de la société israélienne ou du judaïsme que l’œuvre d’Amos Gitaï a reçu un accueil international exceptionnel - sept films sélectionnés en compétition officielle au Festival de Cannes et à la Mostra de Venise (1999-2011) -, et a été subventionnée par la manne publique française, notamment par la chaine franco-allemande Arte.

Gitai a conservé de ses études d’architecture « une aptitude à faire d’un territoire l’état des lieux. Il est un topographe du sensible. Ses histoires prennent place dans des sites transitoires et authentiques, que le réalisateur repère lui-même : no man’s lands, bidonvilles, ruines, frontières. Emblématique en ce sens est Free Zone (2005), situé sur la brèche entre Israël et le monde arabe : film-voyage qui mène le spectateur de Jérusalem vers une zone de non-droit et de trafics, dans les limbes territoriaux du Moyen-Orient ». « Amos Gitai, des territoires à venir », web documentaire, révèle l’importance des repérages pour l’auteur de Kadosh, Free Zone ou Terre promise : entretiens inédits avec le cinéaste et certains de ses collaborateurs de création, archives (dessins, photographies, films…) déposées à La Cinémathèque par Gitai lui-même. Les repérages, une façon de préparer un film et, déjà, un enjeu de mémoire ».

Exils
Au milieu des années 1970, puis en 1983, deux périodes décisives de sa vie, Amos Gitai choisit l’exil : en Californie (Etats-Unis), à l’Université de Berkeley (1975-1977), où il étudie l’architecture, puis à Paris (1983-1993), quand la censure israélienne interdit ou stigmatise ses premiers documentaires, tels House et Journal de campagne. Deux exils « inspirants, qui rebattent les cartes de ses convictions et de ses désirs, sans pour autant faire de Gitai un nomade apatride. Car son centre de gravité reste profondément moyen-oriental. Berlin Jérusalem (1989), qui raconte l’immigration de pionniers juifs en Palestine dans les années 30, est fortement imprégné de culture allemande : à la fois ancienne (les références aux peintures de Grosz) et moderne (les créations chorégraphique de Pina Bausch et musicale de Markus Stockhausen qui inspirent Gitai, en quête de rencontres artistiques internationales). En filmant sur tous les continents, Gitai a découvert les failles d’un monde prisonnier, comme Israël, de ses contradictions : la bureaucratie soviétique (Le Jardin pétrifié), l’immigration en France (Golem, l’esprit de l’exil), l’antisémitisme en Allemagne (Dans la vallée de la Wupper), le capitalisme américain (Ananas), la prostitution en Asie du Sud Est (Bangkok Bahrein). Dans ce dernier, la place des femmes est capitale, comme elle l’est d’ailleurs dans toute l’œuvre de Gitai : elle est pour l’homme-cinéaste le plus émouvant des exils intérieurs ».

« Très ancré dans l’histoire contemporaine, le cinéma d’Amos Gitai n’en est pas moins un questionnement sur les mythes fondateurs de la culture israélienne qu’il étaye et subvertit à la fois. Dans ses films, il est courant que les personnages usent pour s’exprimer d’un langage intemporel. Comme plongés dans un état second, presque convulsif, ils se détachent des mots du quotidien pour glisser vers une dimension plus lyrique: leur vie devient destin (Kedma).

La prédilection de Gitai pour la poésie l’amène à adapter à la lettre des textes bibliques, dans un style que tout oppose aux machines spectaculaires d’Hollywood. Pour Esther, son premier long métrage de fiction (1985), Gitai décide de tourner dans la vallée pauvre de Wadi Salib près de Haïfa. Il y met en place un dispositif minimaliste, centré sur des symétries de couleurs et de sons, qui font du film une merveille d’arte povera. Gitai est parti du texte original, même si, in fine, Esther a un sous-texte contemporain, et métaphorise les rapports entre Israéliens et Palestiniens. Récemment, dans Carmel (2009), Gitai a librement adapté La Guerre des Juifs de Flavius Josèphe, récit de la prise de Jérusalem par l'empire romain en l’an 70. Au-delà de l’épopée historique, Gitai remotive des mythes personnels (la guerre de Kippour) et autorise par là même l’entrée dans le champ cinématographique de ses parents, Efratia et Munio. Jamais aucun film de Gitai n’aura à ce point mêlé réalité et fantasme, inventant une mise en scène faite de superpositions d’images qui soulignent les tensions affectives de la mémoire. Comme le disent les vers de l’Ecclésiaste maintes fois cités dans son cinéma : « Un temps pour chercher et un temps pour perdre ; un temps pour garder et un temps pour jeter ; un temps pour déchirer et un temps pour coudre » », observe Matthieu Orléan.

Ce projet culturel souligne le recours au plan séquence par Amos Gitaï : présenté en Compétition officielle à la Biennale de Venise/Mostra d'arte cinematografica 2013, « filmé en un seul plan-séquence de 85 minutes, Ana Arabia est un moment de la vie d'une petite communauté de réprouvés, juifs et arabes, qui cohabitent dans une enclave oubliée à la "frontière" entre Jaffa et Bat Yam, en Israël. Un jour, Yael, une jeune journaliste, leur rend visite. Dans leurs abris délabrés, dans un verger rempli de citronniers et entouré de HLM, elle découvre une galerie de personnages aussi éloignés que possible des clichés habituels sur la région. Yael croit avoir découvert une mine d'or. Elle en oublie son travail. Les visages et les mots de Youssef et Miriam, Sarah et Walid, de leurs voisins et amis, lui parlent également de sa propre vie, de ses rêves, ses espoirs, ses histoires d'amour, ses désirs et désillusions. Leur rapport au temps est différent de celui de la ville qui les entoure. Dans ce lieu bricolé et fragile, la coexistence est possible. Une métaphore universelle ».

Amos Gitaï a aussi créé des installations, dont Traces au Palais de Tokyo (2011), de la présentation vidéo Lullaby for my father, au kibboutz Kfar Masaryk, Israel (2010).

A Lausanne, deux expositions parallèles inédites traitaient des rapports du cinéaste avec la photographie : Army Days, photographies d’Amos Gitaï réalisées dans les années 1960-1970, et sa collaboration avec le photographe italien Gabriele Basilico suivant l’itinéraire de son film Free Zone réalisé en 2004.

Réunissant documents rares, extraits de films et photographies provenant des archives d’Amos Gitaï, ce projet multimédia a été accueilli à Galeries au printemps 2015.

En juin 2014, interrogé par Le monde juif lors de la sortie de son film Ana Arabia, Amos Gitaï a affirmé son attachement à « la coexistence entre Israéliens et Palestiniens, entre Juifs et musulmans  » : « Les Palestiniens sont occupés par les Israéliens. Avant de dénoncer les abus de leurs dirigeants ou de la société palestinienne, ils sont en droit de dénoncer ce poison de l’occupation israélienne ». Et sur les trois lycéens israéliens kidnappés : « Ce sont des colons. Ils vivent là où ils ne devraient pas vivre. Les colons n’ont rien à faire là-bas. Mais ce n’est pas parce que ce sont des colons qu’on doit pour autant les kidnapper ».

Amos Gitaï a alors annoncé son projet de réaliser un film sur l’attentat contre le Centre culturel Juif de Buenos Aires en 1994 : « Cet attentat a couté la vie à 84 personnes et fait des centaines de blessés. Le film va porter sur la manière dont l’attaque a affecté la communauté juive locale. Vingt-ans après les faits, elle attend toujours justice pour ses victimes ».

Le 14 juin 2015, Ciné + Club présenta Gitaï, plans et séquencesdocumentaire de Victor Demayo : "Vic Demayo, ancien assistant réalisateur d'Amos Gitaï, dévoile les méthodes et le savoir-faire du cinéaste israélien, auteur de « Kadosh » et « Kedma ».

Tsili
Le 12 août 2015, est sorit sur les écrans français, Tsili (2014, 88 min)film de Amos  Gitai, avec Sarah Adler, Meshi Olinski, Adam Tsekhman, Lea Koenig, Andrey Kashkar, Yelena Yaralova, Alexey Kochetkov. "Inspiré du roman d’Aharon Appelfeld, le film retrace l’histoire de Tsili, une jeune fille prise dans les affres de la Seconde Guerre mondiale. Après que sa famille a été déportée dans les camps, Tsili se cache dans la forêt à l’abri de la haine et des hommes, jusqu’à l’arrivée de Marek, un inconnu qui s'adresse à elle en yiddish…" 

Rabin, the Last Day
Mostra de Venise 2015. Il a été projeté dans la grande salle de la Philharmonie de Tel-Aviv (Israël), le 4 novembre 2015, "jour de la commémoration de ce meurtre".

Le film suivant d'Amos Gitaï évoqua le meurtre de Yitzhak Rabin. Il a été sélectionné en compétition officielle à la Mostra de Venise en 2015. Son scénario est signé d'Amos Gitaï et de Marie-Jose Sanselme.

Rabin, the Last Day (Le Dernier jour d'Yitzhak Rabin) mêle reconstitutions jouées par des acteurs et des images d’archives. Il est qualifié de "thriller politique". Il est interprété notamment par Tomer Sisley, Yaël Abecassis, Uri Gottlieb, Yitzhak Hizkiya, Pini Mittelman, Michael Warshaviak et Einat Weitzman.

Malgré des critiques louangeuses de la presse de gauche - Le Nouvel observateur, Téléraman, Les Inrockuptibles, Libération -, il a été un échec commercial en France.

Avignon off 2016
Le 13 juillet 2016, à la Chapelle du verbe incarné, le festival d'Avignon off donna carte blanche à Amos Gitaï.

A 17 h, la projection-débat Journal de campagne (1982, 83 min) en présence d'Amos Gitaï : "Un journal tourné dans les territoires occupés avant et pendant l’invasion du Liban. Amos Gitai y arpente méthodiquement le même triangle de terre, filmant au jour le jour ce qu’il voit, le malaise des soldats israéliens devant la caméra, leur refus d’être filmés, l’état d’esprit des colons, les multiples formes du ressentiment des Palestiniens".

A 20 h, Shame : Talkback Theatre (60 min), dans une mise en scène d'Einat Weizman, sera interprété par Einat Weizman et Morad Hassan. "En Israël, une politique haineuse s’est abattue sur le théâtre et les acteurs en payent le prix. Soit à cause de leur identité nationale, soit à cause de leur opinion. Morad Hassan est un jeune acteur palestinien, pris dans l’oeil du cyclone quand le Ministère de la Culture israélien décide de couper toute subvention au théâtre Al-Midan, à cause de la pièce “TEMPS PARALLELE”, qu’il interprétait. Einar Weizman, actrice et militante qui s’est élevée contre le dernier assaut militaire sur Gaza, a été la cible d’un lynchage sur “Facebook” et a subi des menaces de mort et des provocations de toutes sortes. 2 monologues dans l’ombre du théâtre, sur leurs carrières et leurs vies, dans la réalité israélienne".

Financé par le FSJU (Fonds social juif unifié), Akadem, campus numérique juif, a reproduit la présentation biaisée de ces œuvres.

Le 25 mai 2017, Envoyé spécial a présenté des archives personnelles inédites d'Amos Gitai sur l'ancien Premier ministre israélien Yitzhak Rabin. Un "bref moment d'optimisme". Un journal mêlant images officielles, interviews de Palestiniens, etc. Amos Gitail enchaîne les expressions convenues - "négociations de paix" - sans en prouver la pertinence, les images stéréotypées des pauvres Palestiniens. Les marchés regorgent de victuailles. Les tensions entre Hamas, qui conteste Arafat, et Fatah sont déjà perceptibles. Les Palestiniennes sont instrumentalisées pour débiter un discours haineux à l'égard des Israéliens qui "tirent sur tout ce qui bouge. Hier, ils ont embarqué une femme enceinte". Rabin semble naïf, malgré ses réserves. "On fait la paix avec des ennemis, parfois avec des ennemis très durs", explique l'ancien Premier ministre israélien. Mais qui lui dit que l'Autorité palestinienne et Arafat voulaient la paix ?

Une politicienne israélienne exprime des vérités historiques, juridiques : il ne s'agit pas d'un conflit soluble par la cession de territoires par Israël. Israël n'occupe pas sa terre Il est chez lui.

Ron Zaidel garde un souvenir douloureux de son service militaire à Hebron. Gitai donne la parole à Breaking the Silence, un mouvement partial stipendié par des pays étrangers.

Ari Shavit, éditorialiste à Haaretz, quotidien israélien, tient des propos pessimistes, et s'accroche au "processus de paix", en fait la "guerre d'Oslo".

La 18e édition du Mois du film documentaire proposera les 23, 26, 27 et 28 novembre 2017 au Cinéma Majestic de Vesoul, A l'Ouest du Jourdainréalisé par Amos Gitai (Agav Films, France, Israël, 2017). "Amos Gitaï retourne dans les territoires occupés pour la première fois depuis son film documentaire Journal de campagne (1982). Gitaï circule en Cisjordanie, où il est témoin des efforts citoyens israéliens et palestiniens pour tenter de dépasser les conséquences d’une occupation qui dure depuis cinquante ans".


18, avenue de l’Elysée. CH - 1014 Lausanne
Tél. :  + 41 21 316 99 11 
Du mardi au dimanche de 11 h à 18 h

Visuels :
Affiche de l'exposition au Musée de l’Elysée
Ziv Koren
Photographie de plateau de Désengagement de Amos Gitai, 2007 © AGAV Films / Ziv Koren
Avec Juliette Binoche

Amos Gitai
Dessin réalisé sur papier, 1973 © Amos Gitai

Affiche de l’exposition à la Cinémathèque française-Musée du cinéma
Yaël Abecassis et Yoram Hattab photographiés par Ziv Koren sur le tournage de Kadosh
© AGAV Films / Amos Gitai / Graphisme : Roland Lecouteux © Ciné-culture – CF d'après l'affiche de Kadosh © Pierre
Collier, 1999

Dan Bronfeld
Jeanne Moreau et Amos Gitai sur le tournage de Plus tard, tu comprendras de Amos Gitai, 2008 © AGAV Films / Dan Bronfeld

Anonyme
Amos Gitai (à droite) dans son unité de secouristes, pendant la guerre de Kippour. Cette photographie fut publiée en couverture de L’Express, le 15 octobre 1973. © AGAV Films / DR

Amos Gitai
Dessin réalisé sur feuille de journal, 1973 © Amos Gitai

Anonyme
Amos Gitai sur le tournage de Kippour de Amos Gitai, 2000 © AGAV Films/ DR

Anonyme
Photographie d’Amos Gitai sur le tournage de House de Amos Gitai, 1980 © AGAV Films / Amos Gitai © DR

Amos Gitai
Photographie prise à Wadi Rushmia, circa 1975 © Amos Gitai

Thierry Nouel
Photographie de plateau de Berlin Jérusalem de Amos Gitai, 1989 © Thierry Nouel

Ziv Koren
Photographies de plateau de Kippour de Amos Gitai, 2000 © AGAV Films / Ziv Koren

Anonyme
Photographie de plateau de Terre promise de Amos Gitai, 2004 © AGAV Films / DR
Avec Diana Bespechni, Anne Parillaud

Ziv Koren
Photographie de tournage de Kadosh de Amos Gitai, 1999 © AGAV Films / Ziv Koren
Avec Amos Gitai, Yaël Abecassis, Yoram Hattab

Bernard Hébert
Photographies de plateau de Golem, l’esprit de l’exil de Amos Gitai, 1992 © Bernard Hébert
Avec Hanna Schygulla.

Ziv Koren
Photographie de plateau de Kedma de Amos Gitai, 2002 © AGAV Films / Ziv Koren
Avec Veronica Nicole, Menachem Lang

Anonyme
Photographie de tournage de Wadi dix ans après de Amos Gitai, 1991 © AGAV Films / DR

Anonyme
Photographie de plateau de Devarim, 1995
Avec Veronica Gottlieb, Maya Kadishman, Assi Dayan, Amos Gitai © AGAV Films / DR

Anonyme
Photographie de plateau d’Esther de Amos Gitai, 1986 © AGAV Films / DR
Avec Simone Benyamini

 A lire sur ce blog :

Les citations proviennent des dossiers de presse. Cet article a été publié les 4 janvier, 13 juin et 12 août 2015, 10 juillet 2016, 25 mai 2017.