Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

dimanche 18 novembre 2018

« Les religions » par Sylvie Deraime


Les éditions Fleurus publient « Les religions » par Sylvie Deraime. Illustré de cartes, photos et tableaux, ce livre pour enfants pêche par ses carences informatives et son discours « islamiquement correct ». Le 18 novembre 2018, de 11 h à 18 h, se tiendront la 29e édition de la Journée de la culture, du livre Juifs et du chalom organisée par la MJLF (Mouvement juif libéral de France) en son siège parisien et, au Forum 104 (Paris), « Il était plusieurs foi(s) ? » : deuxième salon du livre Jeunesse et Spiritualités" avec l’association Écritures et Spiritualités.  

Dieu(x), Modes d’emploi 
« Les religions » par Sylvie Deraime
Il était plusieurs fois… et Kuehn Malvezzi House of One au 104 
Lieux saints partagés. Coexistences en Europe et en Méditerranée  
Poussin et Dieu
« La Bible » par John Huston
Chagall et la Bible
Interview de Laurence Sigal, directrice du MAHJ, sur l'exposition « Chagall et la Bible »
« Histoire du judaïsme » par Sonia Fellous 
« Histoire de la Bible de Moïse Arragel - Quand un rabbin interprète la Bible pour les chrétiens (Tolède 1422-1433) » de Sonia Fellous 
« En plusieurs foi(s). Judaïsme  » par Cécile Déroudille 
« En plusieurs foi(s). Christianisme » par Cécile Déroudille 
« -33 - Crucifixion de Jésus » par Denis van Waerebeke 
Enluminures du Moyen Âge et de la Renaissance. La peinture mise en page
Rembrandt et la figure du Christ
Le Vatican 
Approfondir le dialogue judéo-catholique en France 
Le métis de Dieu » par Ilan Duran Cohen
Jésus et l’islam » de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur 
« Luther, la Réforme et le Pape », par Thomas Furch
La fabrique des saintes images. Rome-Paris, 1580-1660 
« En plusieurs foi(s). Islam » par Cécile Déroudille
« 24 septembre 622 : l'an 1 de l'islam » par Denis van Waerebeke

Les éditions Fleurus publient des ouvrages pour la jeunesse, sur la vie pratique et le religieux.

Cet éditeur français propose Les religions, signé par Sylvie Deraime. Un livre clair, mais « islamiquement correct ».

Ambitions et confusions
« Une grande imagerie pour faire connaitre aux enfants les trois grandes religions monothéistes : le judaïsme, le christianisme et l’islam. Une première double présente brièvement les principales religions du monde : animisme, hindouisme, bouddhisme… Une double rappelle l’héritage commun aux trois grandes religions monothéistes et leur ancêtre originel : Abraham. Puis, chaque religion est développée sur trois doubles chacune : une double relatant l’origine de la religion, une double traitant de la foi et des fondamentaux de la religion, enfin une double présentant les différents rites et fêtes ».

Et pour emporter la conviction du journaliste, le communiqué de presse ajoute : « Un livre indispensable pour comprendre un sujet d’actualité. Tous les textes ont été relus et validés par Frédéric Lenoir ». Conseiller scientifique du livre, Frédéric Lenoir est philosophe, sociologue et historien des religions, docteur et chercheur associé de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). Depuis septembre 2009, il produit et anime une émission hebdomadaire consacrée à la spiritualité sur France Culture : Les Racines du ciel. De 2004 à 2013, il a dirigé le magazine Le Monde des religions, bimestriel édité par Malesherbes Publications, filiale du groupe La Vie-Le Monde.

L’éditeur remercie aussi Malek Chebel, anthropologue, philosophe et spécialiste de l’islam.

Que d’erreurs !

Jérusalem n’est pas une ville sainte pour l’islam. Combien d’occurrences de Jérusalem dans le Coran ?

Sylvie Deraime favorise les confusions en évoquant les « religions d’Abraham ».

En effet, les mots n’ont pas le même sens d’une part dans le judaïsme et le christianisme, et d’autre part en islam, et les personnages, bien que souvent quasi-homophones, leurs identité et rôles, s’avèrent profondément distincts. Ainsi, l’« Ibrâhim » du Coran est un prophète d’Allah alors que l’Abraham biblique est un patriarche, l’« Îsâ » du Coran, livre incréé, n’est pas le « Jésus » ou Yehoshua (Yahvé sauve, en hébreu), de la Bible, etc.

« Le Coran présente Abraham comme un prophète musulman. D’autres personnages de la Bible sont aussi islamisés et ressemblent peu aux originaux, d’où les conflits de Mahomet avec les Juifs de Médine qui étaient des lettrés connaissant bien la Bible. Conflits qui se terminèrent par l’expropriation, l’esclavage, les massacres et finalement l’expulsion des Juifs d’Arabie. Ces personnages aux noms bibliques sont respectés uniquement dans leur version coranique qui diverge de celle de la Bible. Celle-ci, considérée comme une falsification de la vérité coranique, n’est nullement respectée », a déclaré l’essayiste Bat Ye’or.

« Les chrétiens qui se réjouissent un peu vite de retrouver Jésus et Marie dans la religion islamique devraient y regarder à deux fois. Car cette Myriam, même si elle est vierge, est la sœur de Moïse qui a vécu 1350 ans auparavant ! Et ce Jésus appelé Issa n’est pas celui de la foi néo-testamentaire issue de la Bible : Issa ibn Myriam est un bon musulman, un prophète de l’islam dont les hadiths nous disent qu’il viendra à la fin des temps pour « briser les croix, tuer les porcs et instaurer la seule vraie religion, celle d’Allah » (Abou Dawoud). Il éliminera les Juifs et les chrétiens – ainsi que toutes les autres catégories d’infidèles – pour purifier le monde de tout obstacle impur au règne d’Allah », a écrit l’abbé Alain Arbez.

Pourquoi ce livre ne l’indique-t-il pas ?

Judaïsme
Le judaïsme n’est pas qu’une religion. Cette réduction cèle sa dimension civilisationnelle, philosophique, et la dimension du peuple juif.

Les Dix commandements ne constituent pas seulement un « fondement de la culture chrétienne », mais ont inspiré le droit civil et pénal de nombreux pays.

Pourquoi ne pas indiquer que la terre de Canaan est Eretz Israël ?

Pourquoi ne pas désigner le Mur des Lamentations par le Kotel ?

L’auteur prend soin d’ajouter le détail gore dans son descriptif partial des « prescriptions alimentaires » juives – « l’animal doit avoir été tué et préparé de manière rituelle et, en particulier, complètement vidé de son sang ». Elle omet d’indiquer que la carcasse est vérifiée pour détecter d’éventuelles lésions.

La cacherout est partiellement présentée : rien sur le shohet, rien sur l’interdiction de consommer les parties arrières d’un ruminant, etc.

Quant à Pessah, c’est une fête symbolique et didactique, c’est la libération du peuple Hébreu esclave en terre de Pharaon, et non le « grand ménage de printemps » ou l’ancien pèlerinage au Tempe de Jérusalem.

De manière surprenante, le drapeau israélien est placé au-dessous d’un encadré sur les fêtes juives.

Christianisme
Jésus n’a pas pu prêcher en Palestine, car la « Palestine » n’est apparue dans l’Histoire qu’un siècle environ après sa mort.

Après la révolte du patriote Juif Bar Kokhba vaincu par l'empereur romain Hadrien en 135, les Romains ont rasé Jérusalem.

Ils voulaient détruire en Judée tout souvenir d’histoire juive, y compris les noms de Judée et de Jérusalem.

Ils nommèrent Jérusalem Ælia Capitolina, et, pour désigner ce territoire juif, ils ont forgé le terme « Palestine » à partir du mot Philistins, anciens ennemis des Hébreux et disparus (préhistoire).

La Judée a disparu dans la région de « Syria Palæstina » (Syrie Palestine). L'accès à Jérusalem a été « interdit aux Juifs, et aux chrétiens d'origine juive ».

Islam
Interdite la représentation du prophète de l’islam ? « Impensables dans le domaine strict des sciences religieuses, des représentations de Muhammad [Nda : Mahomet] et des prophètes bibliques figurent dans des chroniques historiques ou dans des ouvrages à caractère mystique. Jamais produites dans le monde arabe, ces images furent exclusivement l’apanage des aires culturelles persanes et turques ».

L’attitude de Mahomet à l’égard des tribus juives, notamment les Banu Qaynuqa, est omis.

Mythe de la « coexistence pacifique » sous le joug islamique, édulcoration de la dhimmitude dont le mot est absent, louanges de l’islam qui, « pendant des siècles, va favoriser le savoir et l’art, ainsi que les échanges entre les savants musulmans, juifs et chrétiens »… Ce livre est « islamiquement correct » aussi dans l’omission de la règle de l’abrogation - quand deux versets se contredisent, le verset le plus récent (médinois) abroge le plus ancien (mecquois) -, des occultations sur le vrai sens de prières, fondements et pratiques islamiques, ainsi que de la théologie islamique. Celle-ci « voit dans la Bible une version falsifiée du Coran : pour l'islam, les prophètes bibliques sont des prophètes musulmans » a déclaré Bat Ye’or. Et d’ajouter : « Comme le Coran déclare que toute l’humanité depuis Adam qui était musulman, est musulmane, il s’ensuit que toute l’histoire biblique est une histoire musulmane, et que l’histoire occidentale des juifs et des chrétiens précédant l’islam est une falsification ».

La fatiha, sourate ouvrant le Coran et prononcée cinq fois par jour ? Elle exhorte Allah à guider les musulmans « dans le droit chemin. Le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés ». Ceux qui ont encouru la colère d’Allah sont les Juifs, quant aux égarés, ce sont les chrétiens.

Le Ramadan est présenté essentiellement comme un mois de jeûne. Or, « [dans l’histoire de] la civilisation islamique, le Ramadan n’a pas été seulement un mois de dévotion religieuse et de proximité croissante d’Allah Le Tout-Puissant, mais aussi un mois d’actions et de djihad afin d’assurer l’expansion de cette grande religion », a écrit Ali Gum, ancien grand mufti d’Egypte, dans Al-Ahram en juillet 2012.

C’est à tort que l’auteur évoque « l’aumône » islamique par un parallèle avec l’aumône chrétienne - quid de la tsedaka (justice) ? - : « l’islam exige des croyants qu’ils donnent une part de leurs revenus et de leurs biens à ceux qui sont dans le besoin. Cette part peut aller à la mosquée ou à des œuvres caritatives, comme le Croissant-Rouge, l’équivalent de la Croix-Rouge ». Et pas du Maguen David Adom ?

Foin d’ironie. La zakât n’est destinée qu’à huit catégories d’individus : « Les aumônes ne sont destinées qu’aux pauvres et aux indigents, à la rétribution des percepteurs, au ralliement des bonnes volontés, à affranchir des nuques (esclaves), à libérer des insolvables, à aider dans la voie de Dieu et à secourir le fils du chemin ». Le « ralliement des bonnes volontés », un euphémisme pour le prosélytisme. La « voie de Dieu » : « toute action faite pour mériter la grâce de Dieu, y compris le soutien de l’effort de guerre ».

Aucun détail sur l’égorgement de l’animal tué selon le rite musulman ni sur le sacrifice du mouton lors de l’Aïd el-Fitr. Oubli ? Volonté de ne pas heurtes les âmes sensibles des jeunes lecteurs ?

C’est finalement la version islamique de l’Histoire qui est présentée : le djihad apparaît comme une réponse aux Croisades, « quand l’Eglise chrétienne prêchait la guerre sainte contre les musulmans ». Or, c’est l’inverse : en 1078, les Turcs Seldjoukides s’emparent de Jérusalem, massacre la quasi-totalité de sa population, briment les survivants, et refusent de laisser les pèlerins chrétiens entrer dans Jérusalem. La Première Croisade  (1096-1099) a été lancée à l’appel du pape Urbain II au concile de Clermont (27 novembre 1095) pour aider l’empereur byzantin Alexis Ier Comnène, les chrétiens d’Orient et libérer la Terre Sainte.

Editions Nathan
Le 20 avril 2017, le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA) a demandé "aux Editions Nathan de faire preuve de rigueur, de rétablir la vérité et de corriger les graves erreurs,choquantes et dangereuses, commises sur le judaïsme dans leur livre Questions réponses Les religions destiné au enfants".

Le BNVCA "proteste contre les inepties graves constatées. - page 27, à l'item "Casher, c'est quoi ?", il est indiqué que "les juifs pratiquants ne mangent pas d'animal qui rumine et qui a le sabot fendu" alors que la vérité c'est précisément le contraire qui est observé et pratiqué. Aussi grave, page 15, à l'item "Pourquoi y a-t-il une croix", il est écrit que "les prêtres juifs et les Romains ont condamné Jésus à mort". Le BNVCA souligne que c'est bien cette vieille et fausse accusation de peuple juif déicide qui est à la source de l'antisémitisme chrétien le plus meurtrier depuis des siècles. Il est inadmissible qu'une édition aussi célèbre que Nathan confie l'écriture de ses ouvrages à des auteurs aussi incompétents, qui ignorent même la déclaration "Nostra Aetate" adoptée le 15 octobre 1965, promulguée le 28 par le Pape Paul VI, et qui récuse toute responsabilité du peuple juif en tant que tel dans la mort du Christ".

"Inquiet du fait que de tels écrits sont de nature à inciter les jeunes lecteurs à la haine du juif, le BNVCA avait déjà le 15/12/16, rappelé à l'ordre les mêmes éditions au sujet d'un livre d'histoire destiné aux classes de 6e, Dans la page "Leçon, Naissance du monothéisme juif 1 millénaire avant J-C", les auteurs écrivaient "le pays de Canaan actuelle Palestine" obérant totalement L'Etat Juif Israël. De plus, le dessin d'une étoile à 5 branches présentée comme l'Etoile juive est un faux flagrant qui démontre de façon évidente l'inculture des rédacteurs, La direction s'était alors engagée à faire procéder au corrections. Le BNVCA demande aux Editions Nathan une fois de plus de faire rectifier les erreurs grossières signalées, et lui recommande de faire preuve de plus de rigueur, de plus de sérieux, et veiller à confier les sujets traités sur le judaïsme à des rédacteurs mieux informés, et au besoin de faire appel à l'érudition d'une personnalité de la communauté juive qualifiée".

Journée de la culture, du livre Juifs et du shalom
Le 18 novembre 2018, de 11 h à 18 h, se tiendra la 29e édition de la Journée de la culture, du livre Juifs et du shalom organisée par la MJLF (Mouvement juif libéral de France) en son siège parisien de Beaugrenelle. En partenariat avec la librairie Lamartine Paris.

"Une journée au cours de laquelle une trentaine d’auteurs (historiens, philosophes, rabbins, poètes, psychanalystes, hommes politiques, journalistes, médecins, enseignants, …) viendront dédicacer le roman ou l’essai qu'ils ont publié dans l'année. Les livres sélectionnés font écho aux questions que nous nous posons en tant que juifs et citoyens.
A 15h30 : remise du Prix MJLF du 1er roman 2018.
De 16h à 17h : Jean-Paul et Raphaël Enthoven évoqueront le rapport que Marcel Proust, né de mère juive et de père catholique, a entretenu avec le judaïsme."

"Un atelier enfants sera à votre disposition pour que vous puissiez profiter pleinement de cette journée. Il sera situé :
- dans la salle du Gan au 1er étage : de 9h45 à 12h45
- dans la salle face à la cuisine au 4e étage : de 14h à 18h
Il sera animé par Betty et Maria sur le thème : Les aventures d'Itamar de David Grossman."

2e Salon du Livre Jeunesse et spiritualités
Le 18 novembre 2018, de 11 h à 18 h, se tiendra au Forum 104 (Paris), « Il était plusieurs foi(s) ? » : deuxième salon du livre Jeunesse et Spiritualités" avec l’association Écritures et Spiritualités. "Un salon du livre jeunesse tourné vers la connaissance des  grandes traditions spirituelles, le dialogue et la fraternité. Que donnons-nous à lire et à méditer aux plus petits ? Comment parler de spiritualité avec des adolescents ? Comment transmettre ces trésors d’histoires, de récits qui nous font vivre ? La deuxième édition de ce salon du livre réunira au Forum104 trente auteurs et illustrateurs jeunesse ouverts à l’altérité et une belle sélection de livres essentiels. Des ateliers destinés aux enfants, aux ados, aux parents et aux éducateurs favoriseront les rencontres tout au long de la journée. Un moment unique à partager entre générations et entre frères et sœurs de toutes traditions spirituelles. Toute la journée, des ateliers pour les enfants et les adolescents, des contes… Concert de clôture avec Mitchelée, chants du monde. Entrée libre. "


"Il est où Dieu ? C’est Qui Dieu ? Pourquoi n’est-ce pas le même pour tous ? Pourquoi se dispute-t-on à son sujet ? Que croient mes amis chrétiens, juifs, musulmans, athées ? Une trentaine d’auteurs ou illustrateurs dédicaceront leurs livres, la librairie proposera une riche sélection d’albums, BD, romans, issus des grandes traditions spirituelles ou tournés vers la connaissance spirituelle et religieuse de l’autre, et de la fraternité. Des ateliers seront ouverts pour une participation active des enfants et des adolescents. Une journée entière de lecture, d’ateliers, de questions mutuelles. De formidables outils pour ceux qui souhaitent transmettre nos sources spirituelles."

30 auteurs et illustrateurs présents : Nora Aceval, Amine Adjina, Paule Amblard, Radia Bakkouch, Loïc Barrière, Ghaleb Bencheikh, Karima Berger, Pauline Bebe, Brunor, Agnès Charlemagne, Cecilia Dutter, Christine d’Erceville, Nathalie Fréour, Nadia Hathroubi Saf Saf, Beatrice Jeancourt, Frank Lalou, Colette Nys-Mazure, Christine Ray, Emmanuelle Rémond-Dalyac, Robin, Virginie Roussel, Khaled Roumo, Nathalie Sarthou-Lajus, Florence Soulam, Sadia Tabti, Jean-Michel Touche…

"Né un an après les attentats du 13 novembre 2015, le premier salon « il était plusieurs foi(s) du 6 novembre 2016 était une réponse des écrivains au sentiment de peur et d’ignorance. Ils ont choisi de s’adresser à l’enfance et la jeunesse par le livre pour contribuer à faire mieux comprendre la diversité de notre société contemporaine. Accomplir ainsi un travail de culture, donc de paix. Le succès de cette première édition auprès des familles de toutes cultures et traditions religieuses, et l’enthousiasme des auteurs nous a conduits à renouveler l’expérience."

"Le salon sera ouvert par Jean-Louis Bianco, président de l’Office national de la Laïcité. Une table ronde animée par Fanny Cheyrou, rédactrice en chef de Panorama et Patrice Obert, vice-président d’Ecritures & spiritualités abordera ces questions centrales : Nos héritages spirituels, comment les transmettre ? Comment parler aux jeunes des autres traditions ?" Le rabbin Pauline Bebe, Ghaleb Bencheikh, animateur notamment de Cultures d’islam sur France Culture, Radia Bakkouch, présidente de Co-exister, Agnès Charlemagne, animatrice d’ateliers interreligieux auprès de collégiens et lycéens, Sophie Chergui, parent, de l’association des foyers islamo-chrétiens... Impliqués dans la formation spirituelle, la transmission, la culture, nos invités apporteront des lumières très concrètes sur les enjeux de la transmission de la foi et de la culture religieuse dans un monde sécularisé et plein d’inquiétude. Ils s’interrogeront sur la possibilité du dialogue entre les religions et sa traduction auprès des plus jeunes."


 Sylvie Deraime, « Les religions ». Fleurus éditions, La Grande Imagerie, 2016. 32 pages. ISBN : 978-2-215-144-052

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Cet article a été publié le 28 avril 2016, puis le 24 avril 2017.

Anne Gorouben, peintre


Anne Gorouben - peintre, écrivain - développe une œuvre inspirée par l'enfance, la littérature (Kafka), la poésie (Paul Celan), la difficulté à communiquer et la Shoah. Elle expose notamment en Europe et en Afrique. Tous les lundis, de 17 h à 20 h, à des tarifs abordables, Anne Gorouben donne des cours de dessin dans son atelier parisien. Le 18 novembre 2018, de 11 h 30 à 13 h 30 et de 15 h 30 à 17 h 30, elle animera l'atelier de peinture Le Colporteur est un passeur au Mémorial de la Shoah. En novembre 2018, Les Editions du Chemin de Fer ont publié "Des routespar Carole Zalberg & Anne Gorouben. 


Formée à l’Ecole nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris, Anne Gorouben est une artiste primée qui a bénéficié de résidences à Dresde (1991), Berlin, Prague, Odessa (1997-1998) et New-York (1999).

« Je fais partie de la 3e génération », confie Anne Gorouben, dont l’histoire « familiale est douloureuse : un grand-père maternel tailleur survivant à Auschwitz, un père ancien enfant caché, auteur d’une autobiographie » qu’elle a illustrée. Cela a été longtemps une « mémoire sans récit, faite de silences et de non-dits ».

Un histoire douloureuse qu’Anne Gorouben a retracée dans son livre 100, boulevard du Montparnasse (Ed. Buchet-Chastel, Les Cahiers dessinés).

Un "art d'empathie"
A l’été 2000, au foyer Emmaüs de l’hôpital Sainte-Anne, Anne Gorouben a dessiné ceux qu’elle nomme « les habitants du crépuscule ».

En 2003-2004, dans le cadre de l’opération « Diffractions » célébrant les 20 ans du Fonds régional d’art contemporain (FRAC) francilien, le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme (MAHJ) a présenté un pastel sec et fusain, aux tons gris-bleus sourds, sur carton (1995), acquis par ce FRAC, de l’artiste inspirée par le poème « Todesfuge » (« Fugue de mort ») écrit en 1945 par Paul Celan (1920-1970). Il l’a exposé avec l’enregistrement sonore du célèbre poème lu par l’auteur. Né en Roumanie, Paul Celan est élève à l’école hébraïque Safah Ivriah pendant trois ans, puis débute des études de médecine à Paris en 1938, et apprend la philologie dans sa ville natale, Cernauti. En 1942, ses parents sont déportés, et meurent. Paul Celan est envoyé dans des camps de travail en Valachie. En 1948, il s’installe à Paris, où il devient un traducteur réputé et poète d’expression allemande.

Ecrit en 1945, « Todesfuge » (« Fugue de mort ») évoque la Shoah et contient notamment ce vers : « La mort est un maître venu d'Allemagne ». Pour Anne Gorouben, la rencontre avec ce poème « fut brutale, une lecture que me fit un ami. Le poème de Paul Celan dénoua dans l’intensité de sa présence la douleur accumulée ». Elle ne l’a pas illustré, mais a établi des correspondances picturales : marquée par des douleurs familiales, elle a dessiné des bâtiments abandonnés, des gens et des dogues allemands et écrit « le texte du poème à la sanguine ». Elle a aussi animé un atelier pédagogique pour les classes de la 4e à la Terminale.


En 2004, La Belle Hortense (Paris) montrait pour la première fois son grand tableau et ses dessins préparatoires pour le film de Robert Bober et Pierre Dumayet « Correspondances Kafka » (2002). Elle a peint le couple impossible formé de l’écrivain tchèque germanophone et de Milena Jensenska.


Anne Gorouben "dessine les humbles. Assise dans la salle de télé, elle discute avec les pensionnaires du SAMU social de Paris. A leurs cotés Le petit jaunais imprime pour un livre" en 2006. Intitulé Ce corps difficile, "ce livre regroupe ses portraits sensibles, quelques mots autographes signent leur présence et les miroirs révèlent ou cachent leurs maux à notre regard".


En 2009, à l’Apostrophe, l’exposition d’Anne Gorouben était intitulée « Parler se fait rare », titre d’un poème de Luc Decaunes, et sous-titrée « Les êtres gyrovagues - l’échelle de Jacob – (café) – Enfermée dehors… »

Elle comprenait des œuvres de formats divers, souvent petits, regroupés comme les Chutes, en diptyques ou triptyques (le pastel Hommage à Maurice Quentin Delatour) : 15 formats en noir et blanc sur chutes de bois, 15 dessins de ses carnets, huit aquarelles, l’installation dans une boîte L’échelle de Jacob, et la série d’huiles sur toile, Les êtres gyrovagues (ce terme désignait des moines mendiants et errants).


Au foyer Emmaüs de l’hôpital Sainte-Anne, Anne Gorouben a dessiné ceux qu’elle nommait « les habitants du crépuscule » et dont « la souffrance psychique, et surtout la douleur des corps » la touchent.

Les thèmes récurrents inspirant Anne Gorouben ? C’est « la difficulté à communiquer, à s’exprimer, et la joie de pouvoir se rencontrer, de parler. Ce sont les gens, leur attitude, le visage humain qui m’intéressent. C’est le travail des corps dans l’ombre, dans la lumière. Ce qu’on cache, ce qu’on révèle. Ce qui se détache dans la pénombre, laisse deviner la personne. La peinture est un art d’empathie avec l’autre... Douceur et douleur cheminent ensemble dans mon travail », explique l’artiste.

Parallèlement, au Mémorial de la Shoah (2008-2009), elle a créé et anime l’atelier d’arts plastiques pour adultes Le Colporteur est un passeur.

Elle y « aborde la vie juive avant la Shoah et s’inspire de musiques chantées ou instrumentales, de littérature et de poésie ». Son nom vient d’un mot russe signifiant « colporteur ». Celui-ci « est un passeur, un lien. C’est un élément important de la vie des familles ». 

"Grâce aux techniques de collage, peinture, pastel ou dessin, vous composez un tableau qui réunit, harmonise ou met en contraste le passé, le présent et l’avenir. Cet atelier d’arts plastiques est un moment ludique d’échange et de partage. Il s’adresse à tout public adulte, tous niveaux, débutants bienvenus".


Un travail pictural à partir d'un objet "qui parle" au participant à cet atelier. « L’histoire d’une famille dont le récit a été impossible à transmettre, apparaît parfois à travers un objet, une photographie, un texte ou une image, qui semble condenser cette histoire. Chacun des participants est invité à venir avec un objet qui « lui parle » et à s’en inspirer pour réaliser un travail pictural ». Ainsi, sont nés Les rencontres du colporteur, publiées par Le Petit Jaunais : "Quatre natures mortes en médaillon gris perle parcourues d'un feston de textes savoureux empruntés à Kafka et à la littérature populaire". Les 14 et 17 novembre 2013, Anne Gorouben a animé l'atelier Le Colporteur est un passeur au Mémorial de la ShoahLe 31 mai 2015 à 11 h 30, au Mémorial de la Shoah (2008-2009), Anne Gorouben a animé l’atelier d’arts plastiques pour adultes Le Colporteur est un passeurLes 21 mai 2017 et 27 mai 2018, de 11 h 30 à 13 h 30 et de 15 h 30 à 17 h 30, Anne Gorouben anima au Mémorial de la Shoah l'atelier d'arts plastiques, pour adultes de tous niveaux - débutants acceptés - Le colporteur est un passeur"Chacun est invité à venir avec des images et/ou des objets de sa vie présente ou passée. Les réalisations faites à partir de différentes techniques (collages, pastels, crayons…) révéleront les liens établis entre ces différents éléments". 

Dans l’attente du site Internet d’Anne Gorouben, on peut lire son livre, la voir au 30e Marché de la Poésie (14-17 juin 2012) à Paris sur le stand de Siranouche éditions, et découvrir son installation « Autoportraits dans la valise » au Colloque « CultureS et autofictionS » organisé par Isabelle Grell et Arnaud Genon à Cerisy-la-Salle (16-23 juillet 2012).


En mars 2012, lors du Salon du livre, elle a présenté son livre et avait ouvert les portes de son atelier au public - puis de nouveau du 7 décembre au 9 décembre 2012 inclus -. Dans son atelier, elle a montré des "fragments d'existences peintes "sur le motif". "Pendant le long temps de préparation de ce livre dessiné entièrement à la mine de plomb, j'ai retrouvé et retravaillé une série nombreuse d'aquarelles que j'avais laissées de côté. La couleur cohabitait avec le noir et blanc dense et lumineux que je recherchais dans les dessins. Je présente ces fragments d'existences peintes "sur le motif", moment partagé avec des gens dont à part pour quelques autoportraits, je ne connais rien qu'un temps et un lieu partagé, ce qui n'est pas rien". 


Du 19 juin au 13 juillet 2013, la Galerie La Ralentie a présenté  l'exposition « Les Anges (dit-on) » de la peintre Anne Gorouben. "Inachevée, la femme est debout, vue de dos, solide dans son devenir. L'homme de profil attend, roide et inactif. Ces mots laisseraient présager le pire, si l'œuvre ne se tenait au-delà du commentaire social mû par des considérations d'une actualité étrangère à l'art, et rédigé par un homme. Anne Gorouben travaille dans l'espace ambigu du pastel, entre dessin et peinture. Les figures assument une situation comparable, murées par le vide où s'offre, se perd la conversation. Sans elles, la lumière est plus forte, moins diffuse. La fumée des cafés révèle l'espace qu'elle voudrait réduire, et les pastels en traduisent l'insignifiance. Pourtant qu'un visage sorte du halo : c'est un mot, une bribe de phrase vraiment dite, juste et pleine et qui rencontre une autre liberté qui s'ignorait. Les tableaux se tiennent à l'écart des sentiments identifiables qui nommeraient leur présence, un peu comme « l'Invalide » de Seurat dont on ne sait s'il fait face ou s'il tourne le dos vers le fleuve; ils pratiquent une attirance paradoxale qui arrête le regard pour lui communiquer des états de l'errance. Anne Gorouben est attentive à ce qui n'a pas lieu, pendant ces minutes sans projet qui sont les plus nombreuses, entre deux situations, peut-être entre deux corps, celui qu'en désir on n'habite plus et celui que l' on cherche. Il se peut qu'il n'y ait pas d'endroit plus difficile à peindre", écrit Bernard Goy dans le catalogue de l'exposition Le sens figuré. Collections du FRAC Ile-de-France à Montréal.


Du 27 septembre au 29 décembre 2013, un "ensemble d'œuvres, dessins, pastels, peintures et lithographies d'Anne Gorouben ont été accrochées en dialogue dans le parcours des collections du Musée de l'Hospice Saint-Roch à Issoudun, Indre".

Le philosophe Jérôme Lèbre "accompagnera de sa réflexion la rencontre des œuvres d'Anne Gorouben avec le Musée ses collections et son histoire". Le documentaire "Anne Gorouben" réalisé par Jean-Pierre Rosseuw (2000), avec des textes de l'artiste, pour le Centre d'Art Contemporain d'Istres a été projeté lors d'une rencontre le samedi 30 novembre 2013.

Le livre lithographié Les pleurants, les gisants, les vivants sera édité par Le Petit Jaunais. Les tirages seront présentés dans la salle des Pleurants de l'église de Pruniers.

Du 6 au 8 décembre 2013, Anne Gorouben a présenté dans son atelier la série de lithographies réalisées avec l'éditeur Le Petit jaunais depuis 1996. Jusqu'au 29 décembre 2013,  dans le cadre de l'exposition « Corps sublimes, Corps difficile » d'Anne Gorouben, un "ensemble d'œuvres, dessins, pastels, peintures et lithographies d'Anne Gorouben ont été accrochées, en dialogue dans le parcours des collections du Musée de l'Hospice Saint-Roch à Issoudun, Indre".

Une rencontre avec Esther Orner et Anne Gorouben a été organisée par Béatrice Courraud le 11 mars 2014, à la librairie La Lucarne des Ècrivains, 119 rue de l'Ourcq, 75019 Paris (métro Crimée). 

Anne Gorouben a présenté l'exposition "Nora-le-chat et autres histoires de bêtes" dans son atelier (13-15 juin 2014). "Après la mort du chat j'ai repris mes aquarelles, j'ai sorti mes jouets, petits animaux en résine qui servent à mes installations, et je les ai fait poser", a expliqué Anne Gorouben qui a présenté ses animaux familiers dans son atelier. 

Une exposition déclinée à la Galerie UNIVER/Colette Colla ("Histoires de bêtes"24 septembre-4 octobre 2014). C'est à la mort de sa chatte Nora en juillet 2013 qu'Anne Gorouben la peint. "Auparavant, les chiens occupaient mes peintures et mes carnets. Pourquoi les chiens ? Je les ai dessinés dans toutes les rues et les cafés de toutes les villes. Ils sont pour moi comme un soulignement du corps humain, ils en accentuent la solitude ou l'errance, la dépendance, le besoin éperdu d'amour. Le chat appartient à l'intime, tout contre l'homme, il est aussi "celui qui s'en va tout seul", il partage sa vie sur la pointe de ses pattes", a confié Anne Gorouben.


Et du 20 septembre au 30 novembre 2014, dans l'exposition Les bêtes (18 septembre-30 novembre 2014), le Musée Singer-Polignac a exposé un choix d’œuvres de la Collection d'Art Brut de l'hôpital Sainte-Anne, et de quelques artistes contemporains dont Anne Gorouben qui a déclaré : "Je suis très heureuse de me trouver parmi eux, plus que cela, impressionnée, ému. Cette Collection, cela représente un tel combat dans la psychiatrie pour la reconnaissance de l'expression des malades comme des êtres humains... Dans ces moments de régression où nous avons le sentiment de ne voir partout que barbarie, il faut tenir ce qui a été gagné sur l'aveuglement".

Dans son atelier, du 6 au 8 mars 2015, elle a vendu ses dessins réalisés dans les années 1980 et 1990. A des petits prix : de 100 € à 300 € le dessin ou le pastel  non encadré de ses séries :
- "Autoportraits des années 80,  (une série présentée au Colloque "CultureS et AutofictionS", organisé par Isabelle Grell et Arnaud Genon à Cerisy-la-Salle, 2012) ;
 - "Les fantômes du passé", aquarelles ;
 - "Un monde disparu", cafés ;
- Natures mortes, salade, poireaux, drapés..."
-"Pas de jour sans un visage" 1999, dessins et pastels secs sur papier ou carton
 Une occasion de venir visiter son atelier et de se retrouver autour d'un verre...

Du 21 janvier au 14 août 2015, "Le bonheur familial", sa série de dix-sept pastels, est exposé, aux côtés d’œuvres de Marcel KatuchevskiRoland Topor et Saul Steinberg, dans la grande exposition anniversaire Les Cahiers dessinés, dont le commissaire est Frédéric Pajak, à la Halle Saint-Pierre (Paris).


Les 19, 20, 21 juin 2015 de 15 h à 20 h, Anne Gorouben a exposé dans son atelier ses peintures ua pastel, à l'huile ou à l'eau

 Solo show... de peintures 1995-2015. "Peut-être la dernière fois que je présente mon travail dans cet atelier que j'occupe depuis 23 ans... En me voyant toujours dessiner, on en oublie que je suis peintre... Peintre au pastel souvent, mais aussi à l'huile ou à l'eau. Alors j'ai décidé de mettre au mur différents moments de ma peinture depuis l'été 1995 où j'ai repris mes huiles et mené parallèlement toutes sortes de techniques.  Donc, peintures, en avant !


En 2015, Anne Gorouben a signé l'Appel des 800 (Libération, 20 octobre 2015) : "Cinéastes, écrivains, philosophes, chercheurs, intellectuels… Tous se mobilisent pour alerter l’opinion publique sur le sort réservé aux migrants et réfugiés de la jungle de Calais. Depuis décembre 2015, Anne Gorouben "dessine dans la "Jungle" de Calais, "dans ces Lieux de vie que sont les cafés-cantines, le Théâtre, le Legal Center, le Women Center, les abris, avec les réfugiés. Avec l'Appel de Calais, je suis venue au plus vite par trois séjours consécutifs, rendre visible la dignité et le courage de ces hommes et femmes". Sur son blog, elle a publié certains de ses dessins.


En novembre 2015, est paru Mon Kafka, d'Anne Gorouben (Editions Encre marine/Les Belles lettres). "Une lecture dessinée du Journal de Franz Kafka en 73 dessins à la mine de plomb sur papier, par Anne Gorouben, texte de Kafka dans la traduction de Marthe Robert",
« Ce dimanche 19 juillet 1910,
j'ai dormi, je me suis réveillé, dormi, réveillé,
misérable vie. »
Franz Kafka, Journal.
« J'y songe souvent et, chaque fois, » je me demande quand dans ma vie est apparu le Journal. Impossible de dater cette apparition, mais il me semble tout de même que ce fut très tôt, dès mes premières années d’étude, presque à l’âge où Kafka a commencé à l’écrire. Il ne m’a plus quitté. Ce grand livre souffrant, tragique et drôle, n’est pas de ceux qui détruisent, mais de ceux qui sauvent, qui donnent de la force. On y revient, sans cesse. Parcouru par la douleur de l’existence, il est traversé par la lumière. D’une beauté déchirante, il est transpercé par l’échec, par l’angoisse lancinante de l’échec, par le désir de solitude et par le désir de la rencontre, par la nécessité menacée d’écrire et la douleur du corps, du « désespoir que me causent mon corps et l’avenir de ce corps » (1910).
« Je suis une fois de plus tiraillé à travers cette fente longue, étroite, terrible, dont, à vrai dire, je ne puis triompher qu’en rêve. À l’état de veille et par la seule force de ma volonté, je n’y parviendrais jamais » (5 décembre 1919).
Aujourd’hui je parcours à nouveau le Journal par le biais de cette quête particulière de l’écriture de ses rêves, de ses visions d’avant le sommeil (« mais je n’ai pas dormi du tout ») et de l’immédiat après réveil.
Franz Kafka écrit comme on dessine – c’est l’écriture la plus proche du dessin que je connaisse. Quelque chose que je n’ai jamais vu ailleurs. Et, dans le Journal, le travail incessant de cette écriture se frayant un chemin par approches successives, cet effort pour aller vers cette vérité dépouillée est incomparable – Kafka dessine.
« L’insatisfaction dont une rue offre l’image, chacun lève les pieds pour quitter la place où il se trouve » (21 août 1912).
« Tout oublier. Ouvrir la fenêtre. Vider la chambre. Elle est traversée par le vent. On ne voit que le vide, on cherche dans tous les coins et l’on ne se trouve pas » (19 juin 1916).
« Vague espoir, vague confiance » (2 novembre 1921).
« Cet après-midi, rêve d’une tumeur sur ma joue. Cette frontière oscillant perpétuellement entre la vie ordinaire et une terreur en apparence plus réelle » (22 mars 1922).
« Mon travail se clôt, comme peut se fermer une plaie qui n’est pas guérie » (8 mai 1922).
La plaie n’est pas et ne peut se guérir, chaque page ouverte du journal l’est sur une douleur et sur un récit mêlé de désespoir et de lumière. Pour moi, les images, ce que j’appelle cette évocation si violente qu’elle s’apparente donc au dessin, se reçoivent de façon viscérale, intense ; elles se ressentent physiquement : ce sont des mots qui agissent sur le corps, qui pénètrent avec toute la force que nécessita leur expulsion.
« Mon Kafka », il est celui de tous et celui singulier de chacun. Marina Tsetaïeva écrivit « Mon Pouchkine » en 1937. Mon titre lui est un évident hommage". (Anne Gorouben, Paris, juin 2015)

Le 20 février 2016, à 15 h 30, au Centre Medem, 52, rue René Boulanger 75010 Paris, Anne Gorouben proposa Mon Kafka"une lecture à quatre voix d'extraits du Journal de Kafka avec projection des œuvres originales du superbe ouvrage d'Anne Gorouben et de magnifiques interludes musicaux chantés par Janet Pape (soprano et flûte à bec) accompagnée par Christine Massetti (violon). Et pour notre plus grand plaisir, afin d'accompagner lé tey et lé cafey, vos eplshtrudel, keys kikhn, leker, souvganiot, umen tachn, gâteaux aux noix ou au pavot seront très appréciés !"



La Ville A des Arts présenta une exposition collective réunissant des pastels d'Anne Gorouben, des dessins d'Igor Minaev et des photographies d'Igor Bitman-Glick. Deux concerts se déroulèrent pendant l'exposition.


La Galerie Treize-dix a présenté l'exposition collective de dessins contemporains "Autre Je" (9 mars-1er mai 2017). L'occasion de découvrir les œuvres de Taku Bannai, Anne Gorouben, Yuki Kitazumi, Moonassi, Sarah Beth Schneider et Lisa Zordan sous le commissariat d'Axelle Viannay. Le 11 mars 2017 dès 16 h, aura lieu la séance de dédicace des livres "100 boulevard du Montparnasse" et "mon Kafka" Anne Gorouben et du roman graphique "Pieds nus dans les ronces" de Lisa Zordan. 

"Dans "Autre Je", six artistes explorent un moi fragile, parfois serein et familier, parfois trouble et inquiétant, souvent introspectif, dont chaque composition et technique picturale fait écho à un sentiment intime. Avec des papiers découpés, Les noirs de l'encre fluide de Moonassi et de la mine de plomb presque seuratienne d'Anne Gorouben livrent le regardeur à une introspection métaphysique ou psychanalytique. "Je se dédouble, se perd autant qu'il se découvre, se cherche en l'autre à la découverte d'une altérité qui est un autre soi", a écrit Axelle Viannay.


Du 16 au 18 juin 2017, Anne Gorouben organisa dans son atelier - 230 rue Saint-Charles, 75015 Paris - Tendre est notre nuit. "Ouvrir à nouveau l'atelier... Notre immeuble a été rénové, les travaux ont duré longtemps, plus d'un an. En rangeant l'atelier je retrouve des séries d’œuvres. Des dessins, monotypes, peintures, dont ce monotype du Terminus Balard en 1995. Dans ce café, grand "rade" échoué au bord du boulevard extérieur, j'ai dessiné des heures des jours des années. Dessiné le chien Hector, les habitués, avec une fascination chaque fois renouvelée par les mouvements de la lumière, pour ce lieu et ces gens qui m'était devenu depuis longtemps si familiers. Des pans de mon travail que je vous invite à découvrir ou retrouver vous aussi, dans le calme retrouvé de notre immeuble/cité d'artistes". Le vendredi 16 juin à partir de 18 heures, les samedi 17 et dimanche 18 juin de 14 h heures à 20 heures.

"Des Routes"
En novembre 2018, Les Editions du Chemin de Fer ont publié "Des routes" par Carole Zalberg & Anne Gorouben. 

"Je ne pars pas parce que je rêve d’un ailleurs. J’aime mon pays, ma ville, mon quartier, jusqu’à leur arrivée. J’étudie. Je veux bâtir ou soigner. Je rêve, oui, mais de devenir, chez moi, quelqu’un dont le métier change quelque chose au monde. C’est un rêve romantique et ambitieux d’enfant, mais il s’est forgé dans la tendresse des miens et la certitude d’y avoir droit. Il m’appartient. Je ne veux rien fuir".

"Tout commence par une pierre qu’une enfant trouve, oubliée dans un tiroir. Pourquoi un caillou anodin a-t-il pris place parmi les bijoux de sa mère ? La mère alors lui raconte le souvenir d’Azria, une réfugiée débarquée un été sur une plage au beau milieu des touristes en villégiature".


"Carole Zalberg sait trouver les mots pour évoquer, avec grâce et simplicité, l’un des sujets les plus brûlants de l’Europe d’aujourd’hui. Alternant le dialogue mère-fille et le monologue d’Azria, Des routes met en évidence la difficulté d’expliquer et de justifier notre indifférence face à ceux qui ont tout quitté pour tenter d’échapper à la terreur ou à la misère.

"Les dessins d’Anne Gorouben qui, de 2015 à 2016, a longuement rencontré les vies et les routes des exilés de la “Jungle” de Calais, témoignent de la volonté de ne pas les laisser sombrer dans l’anonymat, de leur restituer cette humanité qu’on leur nie".




Anne Gorouben, 100, boulevard du Montparnasse. Préface de Geneviève Brisac. Ed. Buchet-Chastel, coll. Les cahiers dessinés, 2011. 128 pages. 18 €. ISBN : 978-2-283-02526-0

Anne Gorouben, Les pleurants, les gisants, les vivants. Le Petit Jaunais, 2013


"Et vous faites aussi de la peinture ? "
Vernissage le 18 juin 2015 de 18 h à 21 h. Ouvert les 19, 20, 21 juin de 15 h à 20 h
Vente de dessins
Du 6 au 8 mars 2015.  Vernissage le vendredi 6 mars 2015 à partir de 17 heures
Les 16, 17, 18 janvier 2015, de 15 h à 20 h
Cours de dessin tous les lundis de 17 h à 20 h
A son atelier  230, rue Saint-Charles, 75015 Paris. Code d'accès : téléphoner au 06 12 44 50 67
 puis interphone Gorouben, bâtiment B, atelier 25, puis flèches rouges
Les 7 décembre et 8 décembre 2013 de 14 h à 20 h. Vernissage le 6 décembre 2013, à partir de 18 h
Le 7 décembre 2012 à partir de 18 h. Les 8 et 9 décembre 2012 de 14 h à 20 h
Du 13 juin au 15 juin 2014. Vernissage le 13 juin à partir de 18 h.
Vendredi 13 juin à partir de 18 heures, samedi 14 et dimanche 15 juin de 15 heures à 20 heures


Du 9 mars au 1er mai 2017. Vernissage le 8 mars 2017 à partir de 19 h
A la Galerie Treize-dix
13, rue Taylor. 75010 Paris
Tél. : 0787800041
Du mardi au jeudi de 14 h 30 à 19 h 30 et du vendredi au samedi de 14 h 30 à 20 h

Du 5 au 11 décembre 2016. Vernissage le 5 décembre 2016 de 18 h à 22 h.


15 rue Hégésippe Moreau. 75018 Paris

Du 24 septembre au 4 octobre 2014
A la Galerie UNIVER/Colette Colla
 6 cité de l'ameublement. 75011 Paris (angle 31 rue de Montreuil)
Tél. : 01 43 67 00 67
Du mercredi au samedi de 14 h à 19 h. Vernissage le 24 septembre à 18 h 20 en présence de l'artiste

Du 20 septembre au 30 novembre 2014
Au Musée Singer-Polignac
Centre hospitalier Sainte-Anne
1, rue Cabanis - 75014 Paris
Vernissage en présence de l'artiste le 18 septembre 2014 de 18 h à 21 h

Atelier "Le colporteur est un passeur"
Les 16 novembre 2014, 20 novembre 2016 et 21 mai 2017 de 11 h 30 à 13 h 30 et de 15 h 30 à 17 h 30
Les 14 novembre de 19 h 30 à 21 h 30 et 17 novembre 2013 de 15 h 30 à 18 h 30
Les 6 juin 2013 de 19 h à 21h 30 et 9 juin 2013 de 15 h à 17 h 30,  14 octobre 2012 de 15 h à 18 h
Au Mémorial de la Shoah
17, rue Geoffroy-l'Asnier. 75004 Paris
Atelier tous niveaux, 12 participants maximum
Réservation par tél. : 01 53 01 17 25 ou par e-mail : marini.bambi@memorialdelashoah.org

Lithographie. Une aventure d'Anne Gorouben avec le Petit jaunais
Du 27 septembre au 29 décembre 2013
« Corps sublimes, Corps difficile » d'Anne Gorouben
Au Musée de l'Hospice Saint-Roch à Issoudun, Indre
Salle des Pleurants, des Mendiants, des Hommes, et Salle des Femmes
Rue de l’Hospice Saint-Roch. 36100 Issoudun
Tél. : 02 54 21 01 76
Du mercredi au vendredi de 14 h à 18 h, samedi et dimanche de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h.
Vernissage le 27 septembre 2013 à 18 h.

Du 19 juin au 13 juillet 2013
22-24, rue de la Fontaine au Roi. 75011 Paris
Tél. : +33 (0)1 58 30 68 71
Du mardi au samedi, de 14 h à 19 h. Entrée libre
Vernissage le mardi 18 juin 2013, à partir de 18 h.
Du 16 au 23 juillet 2012
Au Colloque « CultureS et autofictionS »
Au Château
50210 Cerisy-la-Salle
Tél : 02 33 46 91 66


Du 14 au 17 juin 2012
Place Saint-Sulpice, 75006 Paris
Jeudi 14 juin de 14 h 00 à 22 h 30, vendredi 15 juin de 11h 30 à 22 h 30, samedi 16 juin de 11 h 30 à 22 h 30 dimanche 17 juin 2012 de 11 h 30 à 20 h

Visuel d'Anne Gorouben :
Merci de ne pas réveiller le chat qui dort
 Aquarelle sur papier, 2014

« Todesfuge »

Les Anges (dit-on), (publiés chez Siranouche édition)
pastel sec sur papier, 21 x 29,7 cm, 2012-2013

Les lieux de l'enfance,
150 x 90 cm,
Montparnasse 1994-1997

Le colporteur est un passeur
© Mémorial de la Shoah

Vivre ensemble, seul, Calais, 2015
Le Bonheur familial, 2015
Infini, La Rochelle, 1995

Articles sur ce blog concernant :
Cet article avait été publié en une version plus concise par L'Arche. Il a été publié sur ce blog les 14 juin, 7 octobre et 5 décembre 2012, 18 juin, 9 novembre et 4 décembre 2013, 16 février, 10 mars, 12 juin, 16 septembre et 15 novembre 2014, 5 mars et 28 mai 2015, 17 février, 13 mai et 18 novembre 2016, 7 mars, 13 mai et 6 juin 2017, 23 mai 2018. Il a été modifié le 8 novembre 2018.