lundi 26 septembre 2016

« Six millions et un » de David Fisher


Arte diffusera le 27 septembre 2016 « Six millions et un » (6 Millionen Und Einer), documentaire primé de David Fisher. Le parcours en Autriche des quatre enfants israéliens - deuxième génération - d’un ancien déporté juif, né dans l'actuelle Roumanie et alors en Hongrie, ayant survécu à la Shoah et ayant fait son aliyah après la Deuxième Guerre mondiale.


Ecrit et réalisé par David Fisher, ancien directeur général du New Fund for Cinema and Television (NFCT) de 1999 à 2008, « Six millions et un » est le dernier volet d'une trilogie familiale débutée par Love Inventory (2000) et Mostar Round-Trip (2011).

« Déporté à l'âge de 16 ans, Joseph Fischer survit à son internement dans cinq camps de concentration successifs », dont ceux de Gusen II et Gunskirchen libéré par la 71e Infantry Division.

Après la fin de la Deuxième guerre mondiale, Joseph Fischer « s'installe en Israël, fonde une famille et... se tait ». 

« Seul témoignage de son calvaire : un journal intime, retrouvé » douze ans « après sa mort par son fils David, dans lequel il raconte dans une langue sèche et factuelle l'horreur et l'indélébile traumatisme ». 

« Ses quatre enfants reconstituent son itinéraire. Avec ses deux frères et sa sœur, le réalisateur David Fischer part alors pour l'Autriche visiter les camps où leur père a été déporté ». 

Ils explorent les tunnels de Gusen II transformés en usines sous-terraines produisant pour l'aviation du IIIe Reich en exploitant cruellement des déportés forcés à travailler dans des conditions inhumaines. Ils rencontrent deux vétérans américains ayant libéré le camp et racontant que les déportés, mourant de faim, avaient mangé les cigarettes que les soldats alliés leur avaient offertes. Quant aux déportés ayant mangé les rations alimentaires, ils sont morts deux heures après les avoir ingérées car leur estomac ne supportait plus cette soudaine alimentation normale, riche. Bouleversé, un des deux vétérans se souvient : « Je n'ai jamais vu un film d'horreur qui s'approche de ce que nous avions vu, de ce que nous avions entendu, de l'odeur que nous avions sentie". 

Ce « voyage, scandé par la lecture du journal, libère la parole au sein de la fratrie. Esti, Gideon, Ronel et David évoquent leurs souvenirs d'enfance et leurs visions, souvent contradictoires, de l'histoire familiale ». 

« Après des décennies de non-dits, ils s'interrogent sur la signification du trop long silence paternel et ses conséquences sur ses proches ». 

« Je ne savais pas trop quoi faire, et j'ai serré les dents pour tenir », écrit Joseph Fischer au soir de sa vie ». 

« À l'heure où les derniers déportés disparaissent, ce témoignage d'une simplicité bouleversante fait entendre la voix des victimes indirectes de la Shoah ».

Pourquoi ce communiqué d'Arte ne contient-il pas les mots « Juif » et « nazi » ? 

Quelle était la nationalité de Joseph Fischer ?

Pourquoi une diffusion en pleine nuit ?

« Six millions et un », écrit et réalisé par David Fisher
Fisher Features Ltd, YesDocu, Arte, ZDF, NFCT, Claims Conference, 2011, 92 min
Sur Arte le 27 septembre à 2 h 40

Visuels : © Irit Shimrat

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« Le procès du siècle. Les chroniqueurs célèbres de Nuremberg » de Peter Hartl


Arte diffusera les 27 septembre, 6 octobre et 17 octobre 2016 « Le procès du siècle. Les chroniqueurs célèbres de Nuremberg » (Der Jahrhundertprozess. Das Nürnberger Tribunal aus prominenter Sicht), de Peter Hartl.

Le "procès de Nuremberg, soixante-dix ans après le verdict, raconté à partir des témoignages de membres éminents du public, de Willy Brandt à Dos Passos, d'Elsa Triolet à Ilya Ehrenbourg".

Le "1er octobre 1946, au terme de près d'un an d'audiences, le procès des principaux dirigeants nazis s'achevait à Nuremberg".

De très nombreux journalistes, caricaturistes, écrivains déjà reconnus ou en devenir et futurs décideurs politiques y ont assisté. Entre autres, les Allemands Erich Kästner, Erika Mann "seule femme correspondante de guerre -, Alfred Döblin, Willy Brandt, Markus Wolf - le futur chef de la Stasi ; les Américains John Dos Passos et William L. Shirer ; les écrivains britanniques Rebecca West et Richard Llewellyn ; les Russes Ilya Ehrenbourg, Evgueni Khaldei, célèbre photographe de l'agence Tass, et Boris Efimov, caricaturiste. Côté français, ont notamment suivi le procès les écrivains Joseph Kessel, Elsa Triolet et Alexandre Vialatte".

"Après la projection à l'audience du documentaire le plus cru et le plus complet qu soit sur les atrocités commises par les Allemands, on apprend aujourd'hui que les accusés n'étaient que des suiveurs insignifiants. Comme tous leurs compatriotes, ils n'ont rien fait, rien vu, et d'ailleurs ils n'étaient au courant de rien. Ils sont tous prêts à s'offusquer et à dire :"C'est horrible". Et ils prétendent que les vrais coupables ne sont pas dans la salle", constate Erika Mann, qui couvre le procès pour l'Evening Standard.

Justice internationale
Ce documentaire recourt à "la riche diversité de leurs écrits pour évoquer avec des extraits de films, des photos d'archives, des dessins de justice et des séquences d'animation l'atmosphère qui régnait alors à Nuremberg, dans la salle d'audience et en marge du procès.

Le réalisateur a également retrouvé certains des témoins des audiences, en Allemagne, en France et aux États-Unis, dont il croise les souvenirs avec les commentaires d'historiens pour évoquer ce premier exemple d'une justice internationale rendue au nom de l'humanité".


« Le procès du siècle. Les chroniqueurs célèbres de Nuremberg » de Peter Hartl
ZDF, 2016, 52 min
Sur Arte les 27 septembre à 22 h 45, 6 octobre à 10 h 55 et 17 octobre 2016 à 9 h 25

Visuels :
© Stadtarchiv Nürnberg/Ray d'Addario
© National Archives Washington
© ZDF/Anthony R. Miller

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« Après Obama, Trump ? » par Guy Millière


La Maison d’Edition a publié « Après Obama, Trump ? » par Guy Millière. La meilleure synthèse sur les deux mandats du président démocrate Barack Hussein Obama, et l’analyse la plus pertinente des enjeux de la prochaine élection présidentielle aux Etats-Unis. Un essai agrémenté de nombreuses références. Livre en librairie dès le 3 octobre 2016 et disponible immédiatement par commande sur le site de La Maison d'EditionLe 26 septembre 2016 aura lieu le premier des trois débats télévisés entre les deux candidats à la présidence américaine : la démocrate Hillary Clinton et le républicain Donald Trump.


Depuis une quinzaine d’années, l’universitaire Guy Millière s’est distingué en essayiste expert en résumés clairs, didactiques et honnête d’analyses pertinentes sur la politique américaine.

Proche de milieux néo-conservateurs, Guy Millière s’est installé aux Etats-Unis où il est Senior Fellow de l’American Freedom Alliance et contribue au Gatestone Institute ainsi qu’à la Metula News Agency.

"Transformations fondamentales"
Auteur prolifique, il offre dans son troisième livre consacré au président (POTUS) Barack Hussein Obama un tableau sombre d’une Amérique "asphyxiée" économiquement, affaiblie diplomatiquement, délabrée socialement, et ancrée culturellement à (l'extrême)-gauche.

A bien des égards, le président Obama a opéré des révolutions décisives : économie "assistée", déficits budgétaires considérables, "endettement public vertigineux", "collusions entre grandes entreprises et gouvernement", contournement du Congrès et empiétements sur le domaine législatif - executive orders ou décrets, signature du Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA) ou accord sur le programme nucléaire américain -, nomination politisée de trois membres (justices) "progressistes" à la Cour suprême (SCOTUS), déclarations partisanes "présupposant l'existence de racisme au sein de la police", soutien à des organisations extrémistes noires comme Black Lives Matter, non application de lois fédérales dans les "villes sanctuaires" dirigées par des maires démocrates protégeant des immigrés illégaux "d'intervention d'une agence fédérale", volonté de transformer le pays en gun free zone, refus de qualifier le terrorisme d'islamique ou d'évoquer l'islam radical commettant des attentats sur le sol national, refus d'assumer la Destinée manifeste (Manifest Destiny) déclinée en "exceptionnalisme américain", ce qui a induit un chaos dans le monde arabe et une profusion de conflits dans le monde, diplomatie ayant favorisé le retour de la Russie comme acteur incontournable au Moyen-Orient...

Inspirés du Weather Underground, ces bouleversements fondamentaux sont opposés aux valeurs américaines de libertés et de séparation des pouvoirs.

De très nombreux Américains en ont conscience et leur inquiétude à l'égard de leur avenir, alliée à leur rejet du "politiquement correct" et à leur défiance concernant des politiciens de Washington, expliquent le succès du candidat du parti républicain, Donald Trump.

Ajoutons les actions néfastes du président Obama visant à fragiliser et décrédibiliser le lobby pro-israélien AIPAC et diviser des organisations juives américaines : soutien à JStreet, etc.

L’alternative pour les électeurs américains à l’automne 2016 ? La poursuite de la politique de Barack Hussein Obama et donc du déclin de la première puissance mondiale si Hillary Clinton, la corrompue arriviste, la menteuse cupide à la santé fragile, est élue, ou bien « Make America Great Again » si Donald Trump, qui a imposé les sujets de la campagne au sein des républicains, remporte l’élection présidentielle malgré l'opposition de l'establishment républicain, et applique un programme fondé sur l'allègement fiscal, le démantèlement de l'Affordable Care Act, le contrôle accru aux frontières, la recomposition du parti républicain, la reconstruction de la crédibilité de son pays et l'instauration de l'ordre public ainsi que de la puissance américaine.

Une élection-clé
Les mutations démographiques en cours accentuent l’importance de cette élection essentielle aussi pour le devenir du monde, notamment de la France et d’Israël.

Le 23 juin 2016, les électeurs britanniques s’étaient majoritairement prononcés en faveur de la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne (UE). Une heureuse décision qui ébranle une UE peu démocratique, divisée sur les "migrants" et à la diplomatie néfaste. Nul doute que l'issue des élections du 8 novembre 2016 contribuera à éclaircir ou assombrir notre avenir.


Guy Millière, « Après Obama, Trump ? » La Maison d’Edition, 2016. 102 pages. ISBN : 979-1095770039. 12 €. Livre en librairie dès le 3 octobre 2016 et disponible immédiatement par commande sur le site de La Maison d'Edition

dimanche 25 septembre 2016

Des dirigeants communautaires français et l'homosexualité


Le 3 juin 2016, l'ancien grand rabbin de France Haïm Sitruk a déploré l'homosexualité et la Gay Pride à Tel Aviv, lors de sa chronique hebdomadaire matinale sur Radio J. Une polémique s'en est suivie, mêlant postures "politiquement correctes", hypocrisie,  crainte de s'aliéner un lobby particulièrement actif dans les milieux politiques et médiatiques, électoralisme - "vote homosexuel" dans certains arrondissements parisiens -, réactions liberticides, propos comminatoires, ignorance du judaïsme, silence rabbinique, mépris pour l'altérité, la norme et l'autorité spirituelle ou morale, clientélisme, etc. Né en 1944 à Tunis, l'ancien grand rabbin de France Haïm Sitruk (z"l) est mort le 25 septembre 2016, à 71 ans. J'adresse mes condoléances à sa famille.


Sur ce sujet très large, je n'aborderai que la polémique actuelle, tant elle révèle les travers de dirigeants associatifs.

Radio J
Né en 1944 à Tunis, l'ancien grand rabbin de France, Joseph Haïm Sitruk, est un chroniqueur régulier de Radio J, une des quatre radios de la fréquence juive en Ile-de-France, le vendredi matin, vers 7 h 50,

Le 3 juin 2016, il a déploré l'homosexualité et la Gay Pride à Tel Aviv, lors de sa chronique hebdomadaire radiophonique qui dure quelques minutes.

Cette chronique  a suscité l'hostilité générale, d'abord dans la blogosphère juive, puis légèrement au-delà. Et en plus, Joseph Haïm Sitruk a osé viser une niche touristique israélienne. Donc aucun renfort à espérer d'outre-Méditerranée. Quant aux rares sites Internet ayant défendu Haïm Sitruk tout an avançant la maladresse dans l'expression, tels JSS News et Dreuz, malheur à eux : ce fut un hallali.

Le 5 juin 2016, Serge Hajdenberg, directeur de Radio J, a expliqué sur cette radio qu'il laissait toute liberté à l'ex-grand rabbin de France Haïm Sitruk, puis s'est désolidarisé des propos tenus le 3 juin 2016 et qu'il a condamnés. Le propre du journalisme, c'est d'autoriser des opinions différentes dans le cadre de la loi. Et l'ancien grand rabbin de France Joseph Haïm Sitruk a le droit de ne pas être "politiquement correct", et de rappeler la position du judaïsme orthodoxe.

En enlevant cette chronique du site de la radio - pour éviter un procès ? -, Serge Hajdenberg a rendu difficile l'étude du contenu de la chronique. Tout un chacun a réagi sur les réseaux sociaux à partir d'un mot ou d'une phrase sortis de leur contexte. Sauf s'il est parvenu à trouver le podcast sur un autre site Internet.

Guy Rozanowicz, secrétaire général de la radio, a aussi évoqué des "propos dangereux" de l'ancien grand rabbin de France Haïm Sitruk,

Quelle est l'audience de la chronique hebdomadaire de l'ancien grand rabbin de France Haïm Sitruk ? Alain Granat pense-t-il sincèrement qu'un Internaute attentif et influençable se rendrait immédiatement à Tel Aviv pour ne serait-ce qu'exprimer son opposition morale à la Gay Pride ? Un acte violent a-t-il été commis lors de cette manifestation sous surveillance policière accrue ?

Jewpop
Dès le 4 juin 2016, sur Jewpop, le "site qui voit des Juifs partout", Alain Granat a fustigé cette chronique du 3 juin 2016, sur Radio J, de Haïm Sitruk, ancien grand rabbin de France, hostile à la Gay Pride. Cette chronique est absente du site de la radio de la fréquence juive francilienne.

Alain Granat a écrit :
"Le 3 juin, jour de la Gay Pride de Tel-Aviv, c’est un torrent d’homophobie qu’il a déversé en toute impunité à l’antenne de la fréquence juive, Radio J se métamorphosant alors en Radio CourtoiJ.
Une bonne chronique radio, tout comme le sermon d’un rabbin, se doit de démarrer par une accroche forte. Joseph Sitruk, malgré sa santé fragile après plusieurs AVC et la maladie qui le frappe, a conservé ses réflexes en la matière. Avec une introduction ne laissant nul doute sur la teneur à venir de ses propos, toute en empathie et compréhension pour les juifs homosexuels. L’esprit apaisant du shabbat s’annonce sur les ondes de la radio juive : « La Torah considère l’homosexualité comme une abomination et un échec de l’Humanité ». Vous nous rétorquerez que de telles paroles provenant de Joseph Sitruk n’ont rien de surprenantes. Tenant, durant ses mandats successifs de Grand rabbin de France (de 1987 à 2008), d’une ultra-orthodoxie tranchant avec l’esprit d’ouverture de ses prédécesseurs les Grands rabbins Kaplan et Sirat, le contraire eût étonné.
La suite de son intervention est à l’avenant, axée sur la Gay Pride de Tel-Aviv, qui « rabaisse au rang le plus vil » Israël,  « initiative de tentative d’extermination morale » de son peuple. Et concluant en beauté sur le mode djihad : « J’espère que les auditeurs écouteront mon appel au secours et réagiront de façon radicale à une telle abomination ». On se souvient de l’assassinat l’année dernière d’une adolescente de 16 ans, Shira Banki, lors de la Gay Pride de Jérusalem, par un intégriste juif. Radical.

On se pose aussi légitimement la question de la responsabilité de la direction de l’antenne de Radio J, diffusant en direct sur ses ondes des propos d’une telle violence et les cautionnant de facto par son absence de réaction. Alain Beit, nouveau président de l’association juive LGBT Beit Haverim, s’en est indigné, soulignant à juste titre que si Joseph Sitruk est dans son droit d’exprimer son désaccord avec la Gay pride de Tel-Aviv, sa chronique déborde largement de ce cadre en incitant à la haine des homosexuels.
On passera sur la « mise en onde » surréaliste de cette chronique, offrant en spectacle aux auditeurs la voix d’un homme affaibli par la maladie, entre extrait sonore d’un épisode de Star Wars et parodie d’un discours de Bouteflika. Vous êtes bien sur une radio juive. On en sourirait presque si ces propos et leur diffusion irresponsable n’étaient aussi lamentables". 
A chaque élection au Grand rabbinat de France, on nous fait le même coup : le candidat "ouvert" contre le tenant de l'orthodoxie. Orthodoxie ? Je connais le sens de ce mot. Mais que signifie "ultra-orthodoxe" ? Existe-t-il des critères pour évaluer l'orthodoxie ? Si oui, lesquels ?

Pourquoi évoquer le djihad, spécifique à l'islam ? L'interprétation par Alain Granat du mot "radical" ne repose sur aucun mot. Aucun appel à l'assassinat dans cette formulation maladroite du grand rabbin Haïm Sitruk. Par un raccourci honteux, Alain Granat enchaîne sur l'assassinat de l'adolescente israélienne Shira Banki, en 2015, par un fanatique. Que signifie "radical" ? Il existe un Parti radical de gauche. Pourquoi dénigrer ce vocable "radical" ?

Avec Jewpop, aucune voix divergente ne doit s'exprimer, même maladroitement, même d'une voix quasi-inaudible, même émanant d'une personne atteinte de maladies graves ? Alain Granat aurait-il réagi ainsi si cette chronique avait été diffusée lors des mandats (1987-2008) de cet ancien grand rabbin Joseph Haïm Sitruk ? S'est-il indigné que celui-ci ait continué d'exercer sa fonction éminente malgré sa grave maladie ? Faut-il être "politiquement correct", donc de gauche, pour être publié sur Jewpop ?

Alain Granat qui évoque "RadioCourtoiJ", un jeu de mot évoquant Radio Courtoisie, média souvent classé à droite ou à l'extrême-droite.

Où est l'appel à la haine ? Il y a un appel à l'action, mais sans aucune précision sur celle à mener. Par contre, le texte d'Alain Granat est d'une rare agressivité. "On ne tire pas sur une ambulance", avait pourtant écrit la journaliste Françoise Giroud.

Et, dans un autre domaine, Alain Granat s'est-il indigné du discours de l'actuel grand rabbin de France Haïm Korsia, le 6 septembre 2015, lors de la cérémonie en mémoire aux martyrs de la Déportation, invitant à un "sursaut civique et humain", à "des gestes forts" en faveur de l'accueil des "migrants" ? En quoi était-il "civique" d'accueillir des immigrés en situation irrégulière, originaires d'Etats inculquant dès le plus jeune âge l'antisémitisme à leurs habitants ? Des "gestes forts", c'est moins grave qu'une "réaction radicale" ?

Gabriel Farhi
Gabriel Farhi a fondé l'AJTM (Alliance pour un judaïsme traditionnel et moderne) représenté par la synagogue parisienne Beth Yaacov. Il est le fils du rabbin Daniel Farhi qui dirigea le MJLF (Mouvement juif libéral de France).

Le 5 juin 2016, sur Judaïques FM, Gabriel Farhi, rabbin de la communauté Beth Yaacov et aumônier israélite des hôpitaux, a exprimé son dégoût face aux propos de l'ancien grand rabbin de France et "une certaine clémence considérant l’état de santé de l’ancien Grand Rabbin de France en lui reconnaissant une certaine constance sur le sujet". Dans l'article L'Homophobie n'est pas une opinion sur son blog :
Vous souvenez-vous de Shira Banki ? C’était cette jeune fille de tout juste 16 ans qui défilait le 30 juillet dernier lors de la Gay Pride à Jérusalem. Un homme, prétendument religieux, s’est jeté sur elle et l’a poignardée à mort. Elle a succombé à ses blessures trois jours plus tard. La veille de son passage à l’acte le meurtrier faisait part de sa haine à l’encontre des homosexuels sur les ondes d’une radio israélienne. Pourquoi ce rappel alors que nous n’avons pas encore atteint la date anniversaire ? Parce que d’autres propos, similaires, ont été entendus cette fois-ci sur les ondes françaises de nos voisins d’antenne Radio J. Le Grand Rabbin Sitruk, ancien Grand Rabbin de France, a exprimé avec « violence » je reprends ses propos toute sa désapprobation de la tenue le jour même de la Gay Pride à Tel Aviv vendredi dernier. Joseph Sitruk « crie son indignation dans des termes radicaux et violents ». L’homosexualité est une « abomination » et une « catastrophe ». C’est même une « tentative d’extermination morale du peuple d’Israël ». Face à un tel péril, Joseph Sitruk en appelle aux auditeurs de Radio J en leur demandant de « réagir de façon radicale à une telle abomination »...
Comment un ancien Grand Rabbin de France pour lequel il nous est demandé de prononcer régulièrement des Psaumes face à son état de santé critique peut-il dans un sursaut, d’une voix chancelante, tenir de tels propos ? ... On ne peut faire le reproche à Joseph Sitruk de son ultra-orthodoxie et de sa lecture littérale de la Torah. Mais a t-il vu le monde évoluer ? A t-il entendu parler de Shira Banki ? Sait-il qu’en tant que maître il a des disciples qui entendront cet appel à une réaction « radicale » comme un appel au meurtre des homosexuels. Sait-il enfin qu’en France les propos homophobes sont pénalement punis par la justice ?
Curieusement, Gabriel Farhi fuit le dialogue sur la position du judaïsme sur l'homosexualité pour se réfugier dans l'émotion vertueuse, voire dans la menace procédurière.

Delphine Horvilleur
Sur son compte Facebook, Delphine Horvilleur, femme rabbin du MJLF, a invité le 5 juin 2016 à relire le numéro de Tenoua sur l'homosexualité, tout en rappelant la mémoire de Shira.

Antoine Strobel-Dahan, rédacteur-en-chef de Tenouaa publié sur le site de la revue du (MJLF), un texte intitulé Homophobie condamnant la chronique objet de la controverse. Il consacre environ la moitié du texte à l'assassinat de Shira Banki en 2015 et de Rabin. Il oriente les lecteurs vers le numéro 60 de la revue consacré à la position du judaïsme sur l'homosexualité. Il publie l'enregistrement audio des interventions du grand rabbin, de Serge Hajdenberg et de Guy Rozanowicz, secrétaire général de la radio évoquant des "propos dangereux", sur Radio J.

Caroline Fourest
Dans sa chronique du 6 juin 2016 sur France Culture intitulée L'appel à haine du rabbin Sitruk, Caroline Fourest, journaliste qui ne cache pas son homosexualité, a fustigé le grand rabbin Sitruk qualifié d'"intégriste". A tort, elle a allégué que l'homosexualité serait une "obsession" du chroniqueur, et l'homosexuel un "nouveau bouc émissaire". Combien de textes sur ce thème par ce chroniqueur de Radio J ? 5, 10 sur des centaines ? Plus ? Moins ? Et Caroline Fourest de conclure sur l'impératif de condamner l'ancien grand rabbin. Les mêmes qui "sont Charlie" refusent la liberté d'expression à ceux ayant un avis distinct du leur ?! Ce "politiquement correct" conduit à la censure, à une société totalitaire.

« Le rejet de l’homosexualité est un classique des religieux conservateurs mais si on ne s’en n’émeut plus, on le légitime, et à force de le légitimer, il ne faut pas s’étonner que des fous de Dieu, (…) finissent pas exécuter ce qu’ils pensent être un ordre divin », a poursuivi la journaliste. N'importe quoi. Plus de huit millions d'habitants, dont 6,1 millions de Juifs, vivent en Israël, et aucun homosexuel n'y a été assassiné. C'est tellement plus facile, et prudent, de condamner un grand rabbin de France malade que la persécution des homosexuels par l'Autorité palestinienne, ou par divers pays musulmans.

« Ce sont les propos de Joseph Sitruk, qu’il faut abréger », a conclu Caroline Forest. Comment ? Par une réaction "radicale" ?

En 2014, Caroline Fourest avait déjà consacré une tribune au guet, divorce juif, mais en prenant une certaine liberté par rapport aux faits. En 2008, elle avait aussi publié dans Charlie hebdo un article à charge contre le grand rabbin Joseph Sitruk, sans lui donner la parole. En 2012, elle a allégué à tort que la France aurait exterminé "six millions de Juifs" (sic) lors de la Deuxième Guerre mondiale, et déplorait l'insuffisante culture générale en France. . Elle souhaite limiter la liberté sur Internet, et précisait : « La haine raciste est la seule limitation à la liberté d’expression ». Apparemment, l'ex grand rabbin de France Joseph Haïm Sitruk ferait partie, selon elle, de ces "haineux" qu'il serait bon d'assigner en justice à fin de condamnation pénale. Et dire qu'elle enseigne à Sciences Po "Faire ou défaire société : différents modèles face aux contestations de la démocratie" !

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Jean-Daniel Flaysakier, journaliste-médecin, l'AJC (American Jewish Committee) Paris représentée par Simone Rodan-Benzaquen, Raphaël Glucksmann, Yael Mellul, avocate, Frédéric Haziza, journaliste... La condamnation est unanime : "propos homophobes", "extrémiste", "inacceptables appels à la violence". Combien ont entendu la chronique ayant suscité le controverse ? On ignorait l'audience si exceptionnelle de la  chronique hebdomadaire sur Radio J, vers 7 h 50, de l'ex-grand rabbin de France.

Frédéric Haziza anime une des rares émissions de radios françaises Juives à avoir atteint une dimension nationale : le Forum dominical de Radio J. Il collabore aussi au Canard enchaîné et à La Chaîne parlementaire. En mars 2011, il avait invité Marine Le Pen, présidente du Front national (FN). Ce qui avait suscité l’indignation de responsables communautaires et la division au sein de la direction de la radio. Radio J avait rapidement décidé de ne pas l'accueillir dans son Forum. Pour Frédéric Haziza, liberté devrait être donnée à Marine Le Pen, mais pas à l'ancien grand rabbin de France Haïm Sitruk.


Le 4 juin, Frédéric Haziza a twitté : "Propos du GR Sitruk inacceptables. L'homophobie est un délit, une forme de racisme". On ignorait que les homosexuels constituaient "une forme de race". Une phrase qui n'a pas choqué les "belles âmes".

C'est curieux : les mêmes qui exhortent à accepter la différence, l'autre, sont les premiers à condamner celui qui affirme le même impératif, et au premier lieu de l 'altérité, la différence sexuelle.

« En qualifiant la Gay Pride de Tel Aviv de « tentative d’extermination morale du peuple d’Israël », et en appelant à réagir « de façon radicale à une telle abomination », l’ancien grand rabbin de France Haïm Sitruck a-t-il réalisé la gravité des paroles qu’il a tenues hier sur Radio J ? » s'est indigné Sacha Reingewirtz, président de l’UEJF, a dénoncé les propos de l’ancien Grand rabbin de France. C'est le même qui a refusé de rencontrer Naftali Bennett, alors ministre d'un gouvernement issu d'élections démocratiques en Israël.

"Je préfère cette photo aux propos haineux prononcés par Sitruck. Elle rassemble alors les propos peuvent tuer" a twitté Gil Taieb le 4 juin  2016. Ce membre du Conseil du Consistoire israélite de Paris Ile-de-France a refusé d'aider le Dr Lionel Krief, médecin nucléaire juif français qui lutte contre sa mort socio-professionnelle. Tout comme l'AJC France. La solidarité avec les homosexuels prévaut sur celle avec les Juifs ? Gil Taieb entamera-t-il des démarches au sein du Consistoire contre Haïm Sitruk ?

Beit Haverim
« C’est bien l’unité de la communauté dans son ensemble que vous avez compromise » a déclaré Alain Beit, président de l’association juive LGBT, Beit Haverim, à Haïm Sitruk. Depuis quand "la communauté juive" est-elle unie ? Même pas pour défiler contre l'antisémitisme en 2002. Récemment, Serge Klarsfeld a manifesté son opposition à la conférence à laquelle participait l'essayiste Eric Zemmour car elle se tenait à la grande synagogue de la rue des Victoires. Jusqu'où ces dirigeants associatifs iront-ils dans des atteintes à nos libertés fondamentales ? La chronique du grand rabbin Joseph Haïm Sitruk a-t-elle été instrumentalisée dans une offensive  impitoyable contre le judaïsme orthodoxe, consistorial ?

Alain Beit a l'intention d'assigner en justice Haïm Sitruk pour "incitation à la haine". Alain Beit va-t-il assigner aussi Tenoua qui diffuse le podcast de la chronique litigieuse ou Frédéric Haziza pour son tweet ? Vraisemblablement non, en raison notamment de la proximité avec le MJLF, Et Alain Beit poursuivrait quels propos ? Un mot traduit en français ? Une opposition à la Gay Pride ? Vous imaginez une audience avec un septuagénaire respectable se déplaçant difficilement, arborant au revers de sa veste l'insigne de Commandeur de la Légion d'Honneur, et peinant à répondre aux questions de magistrats ou d'avocats ? Et un juge de ces "territoires perdus de la justice", si réjoui de voir des Juifs se disputer, oserait condamner la Bible, le judaïsme, ou la traduction d'un mot hébreu en "abomination" - vocable utilisé aussi pour désigner l'adultère -, voire le terme "radical" ? Est-ce ce que visent des homosexuels revendiqués et leurs soutiens ? Cette audience judiciaire risquerait de se tourner à leur désavantage dont il donnerait une image inquiétante. Leur vrai visage ? Entre deux identités - juif et homosexuel - laquelle prévaut au sein du Beit Haverim ?

Le ridicule tue aussi.

Le 18 décembre 2015, présidée par Alain Bourla, la XVIIe chambre correctionnelle du Tribunal de Grande instance de Paris a condamné Christine Boutin, ancienne ministre et ex-présidente du Parti chrétien démocrate, à 5 000 euros d’amende pour « incitation et provocation à la haine et à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes en raison de leur orientation sexuelle », en l'occurrence envers les homosexuels. Le "tribunal correctionnel a été au-delà des réquisitions du procureur, qui avait réclamé à l’audience fin octobre une amende de 3 000 euros à son encontre. Christine Boutin a également été condamnée à verser 2 000 euros de dommages et intérêts à chacune des deux associations, Mousse et Le Refuge, qui s’étaient constituées parties civiles". Dans un entretien au magazine Charles (2 avril 2014) et intitulé « Je suis une pécheresse », Christine Boutin avait déclaré : « L’homosexualité est une abomination. Mais pas la personne. Le péché n’est jamais acceptable, mais le pécheur est toujours pardonné ». « Ce que l’on entend dans vos propos, c’est que les homosexuels sont une abomination », avait résumé le procureur, indiquant que le parquet avait reçu 500 plaintes de particuliers outrés après sa déclaration". Qui on ? Est-on condamnable en fonction de la perception, variable selon les individus, de ses propos ? L'avocat de Christine Boutin "avait plaidé la relaxe, estimant que sa cliente était jugée pour « une opinion ». Il lançait alors : « Votre décision aura des conséquences énormes sur la liberté d’expression. Si vous suivez les réquisitions du procureur, alors il faut saisir la Bible ! » « Mon opinion s’inscrit dans la tradition chrétienne. Mais je suis une femme directe, j’essaye d’être en accord avec mes convictions profondes mais cela ne veut pas dire que je condamne les personnes homosexuelles. Je ne pensais pas blesser avec ce mot. Depuis, je ne l’ai pas redit », avait déclaré l’ancienne députée des Yvelines, en faisant part de ses regrets. Le procureur avait déclaré en audience devant un public essentiellement composé de soutiens des parties civiles : « Nous ne sommes pas dans la simple expression d’une opinion, c’est une stigmatisation publique. » En rappelant que la loi condamnant l’incitation à la haine en raison de l’orientation sexuelle avait été votée en 2004, il a ajouté : « Il n’y a pratiquement pas de jurisprudence, c’est la raison pour laquelle votre décision est attendue ». Un jugement inquiétant pour la liberté d'opinion et de culte.

Beit Haverim va-t-il ajouter une jurisprudence à ce jugement lourd ?

Haïm Korsia
Le 8 juin 2016, interrogé par Laetitia Enriquez pour Actualité juive hebdo, le grand rabbin de France Haïm Korsia a dit « comprendre que les propos du grand rabbin Sitruk aient pu choquer, plus particulièrement dans le contexte de l’horrible assassinat perpétré l’an dernier dans un même défilé qui se déroulait à Jérusalem... Mais je connais bien le grand rabbin Sitruk, et je peux vous assurer que ses propos ont largement dépassé sa pensée, et qu’ils ne correspondent pas à ce que le grand rabbin Sitruk a construit d’humanité tout au long de sa carrière ».

Et de poursuivre : « Il faut être autant rigoureux avec soi-même qu’il faut être généreux et bienveillant envers les autres. C’est là la grandeur du judaïsme et c’est ce que le grand rabbin Sitruk m’a lui-même appris tout au long de ces années que j’ai passées à ses côtés. Si le mot abomination est bien la traduction du mot qu’emploie la Torah au sujet de l’homosexualité, pour autant, la Torah ne parle pas de condamnation humaine. Chacun doit au contraire accueillir l’autre dans le respect de son intimité et, de façon plus générale, en œuvrant en faveur de la lutte contre les discriminations, y compris contre l'homophobie. Or, en matière de lutte contre les discriminations, le grand rabbin Sitruk a toujours été à l’avant-garde de tous les combats menés par la société française au cours de ces trente dernières années ». Le grand rabbin Korsia "assure en outre que son prédécesseur n'avait pas mesuré le risque d'interprétation d'appel à la violence de ses mots sur d'éventuelles actions radicales de qui que ce soit", car « le grand rabbin Sitruk a toujours affirmé que celui qui commet un crime au nom de l'Éternel, commet un crime contre l'Éternel ».

D'un grand rabbin de France, de l'auteur d'un essai sur le judaïsme et la sexualité, on attendait une réaction d'une autre nature.  Le long silence de Haïm Korsia sur la polémique née des propos du grand rabbin dont il a été le conseiller spécial, intrigue et s'avère éloquent. Une piste explicative peut être trouvée dans un Droit de réponse de Me Alex Buchinger publié par Actualité juive (n° 1394, 9 juin 2016). Cet avocat avait été pris à partie par le rabbin Gabriel Farhi dans cet hebdomadaire (1er juin 2016) dans un texte intitulé Le grand rabbin de France n'est pas libéral. Me Alex Buchinger écrit : "En tant que secrétaire rapporteur de l'ACIP" (Association Consistoriale Israélite de Paris), "je suis l'interlocuteur de ses salariés. Plusieurs rabbins consistoriaux m'avaient fait part de leurs préoccupations du fait de la place prise de plus en plus grande, par les dirigeants du mouvement libéral aux côtés du grand rabbin de France, et ce, au détriment de l'institution consistoriale". Cet avocat affirmait sa conviction que le grand rabbin Korsia n'était pas libéral.

Même silence de la part du grand rabbin de Paris Michel Gugenheim.

Aucun rabbin, consistorial ou libéral, n'a indiqué, dans un communiqué de presse ou un post, la position du judaïsme sur l'homosexualité afin d'éclairer, d'informer, Juifs et non-Juifs. Aucun n'a fait ce travail indispensable de pédagogie. Ce qui aurait pu aussi mettre un terme à la polémique. Seul le rabbin Raphaël Savin, Roch Kollel du Kollel Elicha dans le quartier de Bayit Vegan, à Jérusalem (Israël), a soutenu vers le 22 juin 2016, sur EspaceTorah.com, le grand rabbin Sitruk, et présenté de manière didactique la position du judaïsme sur l'homosexualité.

Rappeler la position du judaïsme sur l'homosexualité aurait également risqué de s'aliéner ce mouvement juif libéral et d'écorner l'image du grand rabbin de France Korsia.

L'affaire Bernheim a aussi marqué les rabbins français et les a incités à la prudence à l'égard de l'homosexualité. La position de Gilles Bernheim, alors grand rabbin de France, contre le mariage entre homosexuels, promu alors par le Président François Hollande et le gouvernement socialiste, s'avère à l'origine de la découverte publique de sa fausse agrégation et de ses plagiats, ainsi que de la fin de sa fonction éminente. Nul Juif ne peut seul s'opposer au pouvoir politique en France. Une leçon bien comprise.

Pauline Bebe
Sur le Huffington Post, Pauline Bebe, première femme rabbin de France; a publié le 9 juin 2016, une lettre ouverte au Grand rabbin Joseph Sitruk intitulée "J'ai été scandalisée lorsque j'ai pris connaissance des propos que vous avez tenus sur les ondes de la communauté à la veille de shabbath dernier" ;
"Vous qui êtes rabbin, vous ne pouvez pas ignorer le pouvoir des mots, cette phrase des Proverbes (18, 21): "La vie et la mort sont entre les mains de la langue" et son interprétation talmudique (TJ Péah 1, 1) "Dites au médisant: il parle ici et il tue à Rome, il parle à Rome et il tue en Syrie".
Ne croyez-vous pas que le fanatisme et les appels à la haine ont fait couler assez de sang sur la surface de la terre?
Dois-je je vous rappeler ce que dit la tradition juive sur la responsabilité des dirigeants dont les propos ont une influence plus grande sur ceux qui les écoutent? "Avtalion disait: Sages, mesurez vos paroles" (M. Avoth 1, 11).
Vous citez la Torah, mais cette même Torah ne dit-elle pas dans la même parasha kedoshim "Ne reste pas indifférent au danger de ton prochain" (Lev.19, 16)?
Alors je ne peux me taire en entendant vos propos qui incitent à la haine, et si Shira Blanki (de mémoire bénie) a été assassinée, vos propos sont aussi assassins!
Monsieur le grand rabbin, en proférant ces paroles monstrueuses contre la communauté homosexuelle, vous semblez vous prévaloir de la Torah, pourtant faudrait-il établir une hiérarchie dans le domaine de l'éthique? Il semblerait que vous effectuez un choix dans cette Torah. Continuez-vous à mettre en pratique la lapidation par exemple du "fils rebelle et insoumis (Deut. 21, 18-21) pour lequel les sages rabbins de la Tossefta (Tos. Sanh. 11) ont dit "un fils rebelle et insoumis n'a jamais existé"?
Continuez-vous à pratiquer la polygamie qui a été interdite par une takana, un décret de Rabbenu Guershom au XIIIème siècle, refusez-vous d'établir une ketouba, un acte de mariage sous prétexte qu'il aurait été inventé par Shimon ben Shétah au premier siècle pour protéger les droits de la femme et n'existait pas dans la "Torah"? Continuez-vous d'appliquer la peine de mort alors qu'elle a été quasi-abrogée par les rabbins du Talmud (M. Makkoth 1, 10)? Lorsque les rabbins ont trouvé une loi injuste, ils ont eu le courage de la faire évoluer parce qu'il fallait s'assurer que la halakha, la loi juive, reste éthique.
Ainsi aucun juif aujourd'hui ne peut se targuer d'observer la Torah à la lettre et heureusement! Et le Deutéronome (17, 9) ne nous dit-il pas qu'il faut consulter les juges de notre temps? Lorsque cela correspond à vos propres préjugés homophobes, il faudrait écouter un verset qui est marqué par son temps et ne correspond plus à notre sens de l'éthique aujourd'hui?
Comme les rabbins ont fait évoluer la loi sur "le fils rebelle et insoumis", nous devons faire évoluer les esprits sur ce sujet.
Monsieur le grand rabbin, l'humiliation de la communauté homosexuelle est une 'avera, une transgression du principe fondamental d'éthique de la Torah "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" (Lev.18, 19) ainsi qu'une incitation à la haine. Rashi sur Berakhot (20a) disait: "dans de nombreux cas les sages ont permis de déraciner les paroles de la Torah lorsqu'il s'agit de kevod habrioth, de l'honneur dû à toute personne créée par Dieu".
Pensez-vous que la communauté homosexuelle n'a pas droit à ce kevod habrioth, à cet honneur, qui est dû à tout être humain quelles que soient ses origines, sa naissance, son orientation sexuelle? Feriez-vous des différences entre les créatures de Dieu?
Alors pour donner un autre visage au judaïsme, je veux vous dire que je suis fière de faire partie du mouvement religieux juif majoritaire dans le monde aujourd'hui, réunissant près de deux millions de juifs dans 50 pays du monde qui affirme la totale égalité de leurs fidèles et qui donne aux juifs homosexuels la même place qu'aux hétérosexuels.
Je suis fière que l'Etat d'Israël organise cette marche de fierté (gay pride) alors que d'autres pays continuent de persécuter, prôner l'exclusion et la violence envers cette communauté. Je suis fière de voir des drapeaux multicolores flotter dans le ciel d'Israël aux côtés des drapeaux bleus et blancs. Je suis fière de compter de nombreuses personnes gays dans ma communauté et qu'elles puissent accéder comme tous les autres juifs à tous les rites, transmettre le judaïsme et le vivre au quotidien en portant haut l'étendard de la kedousha, de la sainteté.
Comme tous les êtres humains, ils portent en eux l'étincelle divine car quelle que soit notre orientation sexuelle, nous avons tous "été créés à l'image de Dieu, betselem elohim" (Gen.1, 27)!
La Shekhina (Présence Divine) pleure dès qu'un être humain en humilie un autre et pire lorsqu'il incite à la violence. Monsieur le grand rabbin, vous faites pleurer la Shekhina.
Mais je sais que chaque fois qu'un être humain reconnaîtra la dignité d'un autre, différent de lui, en le regardant droit dans les yeux et qu'il ne niera pas son héritage de la Torah et sa place légitime, entière et juste dans la tradition juive, la Shekhina séchera ses larmes".
Ce texte riche en citations, et au ton violent, révèle la mission que s'est assignée Pauline Bebe : "faire évoluer les esprits sur ce sujet" et "faire évoluer une loi injuste". Quel programme !

Épilogue
Le 10 juin 2016, dans sa chronique matinale sur Radio J, l'ancien grand rabbin de France Joseph Haïm Sitruk est revenu sur sa précédente chronique. Il a affirmé ne pas vouloir exclure. Puis, il a souhaité aux auditeurs de "vivre un Chavouot dans la sérénité".

Le 16 juin 2016, sur Radio J, le grand rabbin Haïm Korsia a défendu son prédécesseur - "il a toujours défendu les libertés individuels et ceux en situation de faiblesse, et contre les discriminations" - en se plaçant uniquement sur le terrain des libertés et de la lutte contre l'homophobie : "On est dans la protection des droits de chacun. L’honneur du judaïsme est qu'à coté de Martin Luther King, des Juifs ont porté son combat... L’horrible tuerie d'Orlando [attentat terroriste contre un club homosexuel en Floride et revendiqué par un terroriste au nom de l'Etat islamique, Nda] est motivée par la haine. On doit combattre cette haine d'où qu'elle vienne".

Radio J a diffusé une annonce publicitaire sur un prochain événement du Beit Haverim. Le 19 juin 2016, Guy Rozanowicz a interviewé en direct le responsable de l'association fondée en 1975 qui a regretté le silence du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) sur la chronique controversée.

Cette polémique inutile a terni l'image du judaïsme, présenté comme rétrograde et dangereux, et de ses principaux protagonistes. A lire les réactions et gloses, souvent outrancières, des représentants du mouvement juif libéral, on s'interroge sur leur respect des textes juifs.

Débat communautaire
Le Grand rabbin de France Haïm Korsia a répondu favorablement à l'invitation du Beit Haverim et participa au débat Judaïsme contre toutes les discriminations, le 29 juin 2016, à 18 h 30, au Centre communautaire de Paris. Ce débat a été animé par Eva Soto et Pierre Gandus, journalistes respectivement sur Judaïques FM et Radio Shalom, et Jean-François Strouf, responsable de la communication et des projets au Centre et à l'ECUJE (Espace culturel et université juif d'Europe) et membre d'Avenir du judaïsme.

Organisée par le Centre communautaire de Paris et le Beit Haverim, le 29 juin 2016, cette réunion est ainsi présentée : "Dans la plus récente actualité comme dans les grandes tendances de la société, les questions de discrimination sont hélas à l’ordre du jour. On a parfois du mal à mettre des mots sur des actes. Après l’attentat d’Orlando, il aura fallu attendre plusieurs heures avant que soit prononcée l’expression «  crime homophobe » - quid de l'absence du mot "islamiste" ? -, "aussi longtemps que pour l’expression « attentat antisémite » après l’attaque contre l’HyperCacher. Quel regard le Judaïsme, comme doctrine, et ses dirigeants portent-ils sur ces discriminations ? A l’intérieur même de la Communauté juive, les femmes sont-elles  considérées avec équité par nos institutions ? Les homosexuels sont-ils réellement les bienvenus dans nos synagogues ?  Dans quelle mesure l’orthodoxie juive  dialogue-t-elle avec les autres courants du Judaïsme ? "

Selon le rabbin Farhi, ce débat avec Alain Beit, président de Beit Haverim, sera l'occasion de "réfléchir sur les discriminations, de présenter le regard du judaïsme  sur les discriminations, de faire un tour d'horizon sur la place des femmes, les différents courants - Loubavitch, conservateur, libéral, Masorti - du judaïsme". Une manière de noyer la question de l'homosexualité parmi des thématiques diverses. Le statut des femmes est-il comparable à celui des homosexuels ? Dans aucune synagogue on interroge les fidèles sur leur sexualité, et l'entrée à la synagogue n'est pas subordonnée à l'hétérosexualité.

L'AFP (Agence France Presse) publiait une dépêche intitulée La place des homosexuels dans le judaïsme français en débat. "C'est la première fois qu'un grand rabbin de France en exercice accepte notre invitation, qui sera aussi l'occasion de parler de plusieurs sujets qui fâchent", a expliqué à l'AFP Alain Beit, président de l'association de juifs homosexuels. Le grand rabbinat a tenu à "élargir le propos à d'autres discriminations, comme le sexisme", ainsi qu'aux relations entre le judaïsme incarné par le Consistoire israélite, traditionaliste et orthodoxe, et les courants progressistes (libéral ou massorti), confirme-t-on dans l'entourage du chef religieux de la première communauté juive d'Europe".

L'AFP citait Jean-François Strouf qui considérait la déclaration de l'ancien grand rabbin de France Haïm Sitruk "en contravention avec la loi: en France, l'homophobie n'est pas une opinion, c'est un délit... Ma lecture, qui est celle de la très grande majorité des Juifs pratiquants, est que ce que dit la Torah n'est jamais au service de la stigmatisation. Si quelqu'un ne veut pas respecter le shabbat, par exemple, personne ne peut le stigmatiser. Cela doit s'appliquer à tous les sujets".

L'AFP évoquait aussi le guet, divorce juif, la "candidature d'une femme à la présidence du Consistoire central qui a été contestée par des dayanim, les juges rabbiniques". Sur l'homosexualité, "sujet pas vraiment abordé par le Consistoire" déplore Alain Beit, "les tabous demeurent. Est-ce que les juifs homosexuels sont des parias? Ou bien sont-ils les bienvenus dans les synagogues, traités sur un pied d'égalité au niveau des rites, avec une possibilité de "monter à la Torah" par exemple?" D'où l'idée d'un premier débat, dont le mouvement homosexuel espère qu'il ne sera "pas un rendez-vous unique".

Le 29 juin 2016 à 18 h 24, la page Facebook de cet événement indiquait : 17 Internautes intéressés dont moi, 15 participants et quatre invités. Parmi les participants : le rabbin Gabriel Farhi, deux journalistes d'Actualité juive hebdo - Sandrine Szwarc et Pierre Regini - et Yaël Hirschhorn, conseillère en Communication du grand rabbin de France. Bigre ! L'événement passionne...

La rare photographie publiée sur Twitter révèle une faible assistance. Lors du débat, aucun post n'a été publié sur cette page Facebook. Sur Twitter, Mikael Zenouda, président d'Act Up-Paris, a twitté quelques citations des orateurs.

Exemples : "Les discriminations contre les femmes ne tuent pas en France et dans le monde occidental, ailleurs oui envers les jeunes filles" (Haïm Korsia) - or, le "4 octobre 2002, Sohane Benziane, 17 ans, était brûlée vive dans une cave de la cité Balzac, à Vitry-sur-Seine" -, "Réprobation collective contre les maris qui ne remettent pas le guet à son ex femme, symbole d'asservissement de la femme" et "Place des femmes : aucune limitat° à l'accès à l'étude, mais pr rabbinat : posit° libérale non partagée par le judaïsme orthodoxe" (Korsia), "Il y a déjà un placard dans une synagogue, n'en rajoutons pas un 2eme" (Beit Haverim). Quoi de neuf ? Rien.

Ultime tweet de Mikael Zenouda à 20 h 54 à la fin du débat : "Rencontre korsia / beit : questions du public, aucune femme n'a eu la parole. @labarbelabarbe se frotterait les mains". Puis, Mikael Zenouda s'est ravisé et a interpellé Haïm Korsia sur ce fait. A 23 h 54, il a interrogé : "Je n'ai tjrs pas compris votre conception différente de l'homophobie, condamnable et d'être contre l'homosexualité, acceptable".

Par ce débat entre personnes partageant peu ou prou les mêmes idées, le grand rabbin Haïm Korsia a poli son image en "rabbin-prônant-l'ouverture-et-la-tolérance" par un discours convenu. Fiasco ?

Curieusement, Actualité juive hebdo (n° 1398, 7 juillet 2016) a publié un article d'une demi-page présentant de manière louangeuse ce débat. " Sans précédent également étaient à la fois la teneur et la fermeté des propos tenus car, avec audace, si ce n'est courage, la plus haute autorité religieuses du judaïsme français a martelé que l'homophobie est d'abord un délit pénalement condamnable et que "L'homophobie n'a absolument pas sa place dans le judaïsme, ni à la synagogue, ni à l'école juive", a écrit Sandrine Szwarc. Cette "plus haute autorité religieuse du judaïsme français" a-t-elle défini l'homophobie ? Où est son courage ? Le Code pénal définit-il l'homophobie ? Cet article illustre l'écart abyssal entre un média communautaire et un regard extérieur critique.

Ce "débat" est révélateur d'un manque ou d'un refus de lucidité de dirigeants communautaires sur l'urgence de défendre les Juifs spoliés sous un "gouvernement des juges", telle la sexagénaire, Eva Tanger, qui affronte aussi des problèmes liés à son divorce religieux (guet), et sur laquelle pèse une menace d'expulsion alors que le fond du dossier est en cours d'examen. Au lieu d'affronter le pouvoir politique, le grand rabbin Korsia, qui n'a pas aidé le Dr Lionel Krief victime de spoliations et d'antisémitisme, a tenu des propos creux similaires à ceux énoncés lors de sa campagne électorale en 2014 et depuis son élection. Au mieux, aucun intérêt. Au pire : lamentable.

Décès
Né en 1944 à Tunis, l'ancien grand rabbin de France Haïm Sitruk (z"l) est mort le 25 septembre 2016, à 71 ans. J'adresse mes condoléances à sa famille.

En 1990, quelques jours après la profanation du cimetière juif de Carpentras, Joseph Sitruk, alors grand rabbin de France, s'était rendu dans un réunion qu'il avait conclue par ces mots : "Je perçois votre émotion. Je la comprends. J'y suis sensible. Permettez-moi de vous raconter une histoire que m'a relatée un de mes étudiants. Celui-ci a vu ces trois inscriptions sur un mur de l'université hébraïque de Jérusalem : "Dieu est mort", signé Nietzsche". Au-dessous, quelqu'un avait écrit : "Nietzsche est mort", signé Dieu". Et au-dessus de cette inscription, une troisième personne avait conclu : "Le peuple juif est vivant !"

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Cet article a été publié le 8 juin 2016.