mercredi 22 octobre 2014

Au royaume d’Alexandre le Grand. La Macédoine antique



Le musée du Louvre a présenté l’exposition éponyme magnifique et dense. Environ 500 œuvres mises à jour depuis les 30 dernières années lors de fouilles archéologiques, parfois inédites, retracent « l’histoire de la Macédoine antique depuis le XVe siècle avant notre ère jusqu’à la Rome impériale », de l’époque mycénienne à la fin de l’Antiquité. La découverte de la richesse du patrimoine artistique de la Grèce du Nord, encore méconnu du grand public. Arte diffusera "Alexandre le Grand. De l’histoire au mythe", de Christian Twente et Martin Carazo Mendez (92 min), les 25 octobre à 20 h 45 et 11 novembre 2014 à 15 h 45 : "Derrière le mythe d’Alexandre le Grand, romancé par des siècles d’histoire, la réalité du personnage tend à s’effacer. Relecture du parcours d’un conquérant aux multiples facettes. Deuxième fils du roi de Macédoine Philippe II, Alexandre va devenir, au IVe siècle avant notre ère, le plus illustre conquérant de l’Antiquité. Dès sa naissance, sa vie est bercée par les mythes. Alors qu’on le dit descendant de Zeus, il ambitionne d’inscrire son règne dans la continuité héroïque d’Hercule ou d’Achille. Dans un monde pétri de culture hellénistique, il reçoit une éducation grecque auprès d’Aristote, son illustre précepteur. Meneur d’armée dès l’adolescence et couronné à seulement 20 ans, l’histoire garde de lui l’image d’un fin stratège et d'un monarque ambitieux qui parvint, en un peu plus d’une décennie, à rassembler un empire immense allant de la Grèce à l’Inde. Son image oscille également entre celle du libérateur des cités tombées aux mains des Perses et celle d’un souverain tyrannique, voire impulsif, peu soucieux d’épargner les vies humaines. Difficile de retracer le véritable parcours du personnage, tant les légendes et la réalité historique se mélangent allègrement. Somptueuses reconstitutions à l’appui, ce documentaire revient sur la biographie contrastée de ce "grand homme", des campagnes militaires contre le puissant roi Darius jusqu’aux belles cités qu’il a laissées à la postérité". 



« Portée par l’intelligence politique de ses souverains, dont le plus célèbre reste Alexandre le Grand, la Macédoine antique a pu s’imposer en tant que royaume et s’opposer ainsi à la Grèce des cités. C’est l’histoire de ce royaume au passé glorieux, à l’apogée impressionnante, que dévoile l’exposition. C’est également une mise en lumière de ce qu’étaient en leur temps les tombes de la Grèce du Nord ». Ces trésors constituent un témoignage « unique de la virtuosité des artistes de l’époque » : objets d’orfèvrerie « d’une virtuosité technique impressionnante, peintures témoignant très tôt d’une grande maîtrise (fusion optique des couleurs, clair-obscur, perspective »).


De la fin de l’âge du bronze jusqu’à la domination romaine, 500 chefs d’œuvre – bijoux, statues, mosaïques, sarcophage, etc. - découverts depuis 1977, année où ont été mises au jour trois tombes royales par l’archéologue grec Manolis Andronikos dont la tombe de Philippe II, inviolée, invitent à redécouvrir l’histoire de la Macédoine. Une région de la Grèce qui a longtemps inspiré l’indifférence à l’Europe cultivée attirée par les vestiges de l’Attique, du Péloponnèse, de l’Asie Mineure (Turquie actuelle), de la Sicile et de l’Italie méridionale, et restituer l’importance du patrimoine archéologique de la Grèce du Nord.


« Les textes antiques… offraient deux visions contraires des Macédoniens : au regard hostile de Démosthène s’opposait l’approche positive d’Isocrate et d’Eschine. On en venait à oublier que les plus grands artistes – Pindare, Euripide, Zeuxis, Lysippe, Apelle – avaient répondu à l’invitation des rois de Macédoine, et qu’Aristote avait été le précepteur du jeune Alexandre. Les découvertes en Grèce du Nord confèrent au royaume de Macédoine un statut archéologique désormais comparable à ceux de l’Attique et du Péloponnèse. Elles renouvellent la connaissance de la civilisation grecque antique par la virtuosité et l’état de préservation exceptionnel des œuvres mises au jour… Si le jeune conquérant grec [Alexandre le Grand] a marqué les esprits par la fulgurance de son destin, par son charisme et par des qualités de stratège qui lui ont permis de bouleverser en l’espace de onze années l’équilibre géopolitique du monde antique, la Macédoine, berceau de la dynastie royale des Téménides, qu’il a quittée à vingt-deux ans pour n’y plus revenir, a longtemps été oubliée et minorée. Des textes antiques hostiles à Philippe II, son père, et des vestiges architecturaux peu lisibles sur le terrain détournaient en effet les érudits de la Macédoine. Pourtant, sans son éducation de prince macédonien, à la personnalité forgée à la fois par l’enseignement d’Aristote et par un entraînement physique intense qui s’exprimait au cours de chasses royales mais qui l’autorisa très tôt à tenir son rang sur les champs de bataille, Alexandre n’aurait pu mener à bien la mission que Philippe II, brutalement assassiné, s’était assignée : venger, à la tête des puissances grecques réunies, l’affront perse des guerres médiques », écrit Henri Loyrette, président-directeur du musée du Louvre.


Les récentes découvertes archéologiques ont révélé des aspects inconnus de la Macédoine : puissance militaire, Etat à l’organisation politique originale et centre de création de culture grecque très actif.


Cette exposition s’articule autour de sections thématiques principales : l’architecture et la ville, les objets de la vie terrestre, les objets funéraires.


La découverte de la Macédoine antique
Longtemps, la Grèce du Nord n’a guère suscité l’intérêt des érudits, car ses vestiges y étaient le plus souvent ensevelis.

À la fin du XVIIIe siècle et dans la première moitié du XIXe siècle, les découvertes archéologiques en Macédoine s’avèrent fortuites. Citons le sarcophage de marbre fabriqué en Attique complètement préservé datant de la fin du IIe siècle après J.-C (Sarcophage attique, musée du Louvre). Ce sarcophage « monumental représente un lit funéraire sur lequel on peut voir les défunts. Le combat légendaire des Grecs contre les Amazones illustre la façade de la cuve, le revers est orné de guirlandes et de griffons ».

Les fouilles grecques du XXe siècle, notamment celles de Vergina, nom actuel du site de Palatitza, identifié en 1968 comme étant celui d’Aigai, la première capitale de la Macédoine antique, révèlent l’extraordinaire importance de cette région.

Alerté par des experts ayant voyagé en Macédoine avant la Première Guerre mondiale, le général Maurice Sarrail crée, en décembre 1915, le Service archéologique de l’armée d’Orient, institué officiellement le 20 mai 1916. Parmi ses collaborateurs : des archéologues, anciens membres de l’École française d’Athènes, des historiens, des architectes et des peintres ayant endossé l’uniforme militaire. Les œuvres que ce Service a exhumées ont été réparties entre le musée du Louvre et le musée archéologique de Thessalonique.

La Macédoine, des légendes fondatrices à l’émergence du royaume des Téménides
Les premiers Macédoniens étaient des bergers transhumants.

Le roi mythique Karanos avait fondé Aigai, première capitale. « L’ancêtre de la dynastie des Téménides était Héraklès, dont l’un des fils se prénommait Téménos. Selon Hérodote, trois frères de la descendance de Téménos s’étaient enfuis d’Argos pour le pays des Illyriens puis pour la haute Macédoine où ils servaient chez un roi, l’un gardant les chevaux, l’autre les bœufs, le troisième, Perdiccas, le menu bétail ».

Si « l’économie macédonienne demeura fondée sur l’élevage et l’agriculture », la région bénéficiait de terres fertiles, d’abondantes ressources en eau (sources, lacs, fleuves, rivières) et en bois, d’un fleuve aurifère, l’Echédoros (actuel Gallikos) et de mines d’or et d’argent.

A la différence du reste de la Grèce, les Macédoniens n’ont pas participé au mouvement de colonisation antique. Sur leurs côtes, s’implantèrent des colonies fondées par différentes cités, en particulier eubéennes.

Ce n’est qu’à la fin du VIe siècle avant J.-C., où sous le règne d’Amyntas Ier, la menace perse contraignit la Macédoine à sortir de son isolement.

A « la fin de l’âge du bronze et durant l’âge du fer, les mouvements de population ont conduit à l’émergence de dynasties royales, parmi lesquelles celle des Téménides. La Macédoine était particulièrement riche, comme en témoignent les nécropoles de Sindos, près de Thessalonique, et d’Archontiko, près de Pella, qui renferment des trésors incomparables. Les défunts étaient inhumés avec leurs armes, leurs ustensiles, leurs bijoux d’or et d’argent décorés selon des techniques très maîtrisées du filigrane et de la granulation ».

Montée en puissance du royaume des Téménides
Le premier noyau du royaume de Macédoine se trouvait au sud de l’Haliakmon, fleuve pérenne, dans la plaine fertile de Piérie. Une importante population y avait fait souche à Aigai dès la première phase de l’âge du fer (XIe-VIIIe siècle avant J.-C.) ; une aristocratie guerrière y avait émergé.

Puis, le royaume s’est étendu à l’est vers le fleuve Axios franchi au VIe siècle avant J.-C.

Sont apparues aussi d’autres dynasties royales qui reconnaîtront la suzeraineté des Téménides.

Les élites étaient extrêmement riches.


Le royaume des Téménides aux Ve et IVe siècles avant J.-C., d’Alexandre Ier à Philippe II
Aux Ve et IVe siècle avant l’ère vulgaire, des cités grecques fondèrent des colonies sur les côtes de la Macédoine. Les échanges commerciaux s’intensifièrent. En témoignent les vases attiques, chiotes, corinthiens, ou d’Asie Mineure retrouvés dans des nécropoles et cités de Macédoine.

L’histoire de la Macédoine ? Une succession de périodes de puissance et de fragilité.

Alexandre Ier (498-454 av. J.C.) a traversé « le conflit des guerres médiques, donnant aux Perses des gages de son allégeance tout en aidant Athènes ».

À « la fin du Ve siècle, Archélaos (413-399), roi bâtisseur, invita à sa cour les plus grands artistes, parmi lesquels le peintre Zeuxis, qui décora son palais dans la nouvelle capitale de Pella, et Euripide qui composa les Bacchantes et une tragédie perdue, Archélaos ».

La « première moitié du IVe siècle fut une période troublée par des conflits dynastiques, des velléités d’indépendance des royaumes de haute Macédoine, des menaces d’invasions barbares, les visées expansionnistes d’Athènes, l’opposition de la ligue chalcidienne et les ambitions hégémoniques de Thèbes : Philippe, le troisième fils d’Amyntas III (394-369) fut, adolescent, otage en Béotie ».

En 359, au décès « sur le champ de bataille de son frère Perdiccas III, Philippe II (-382 - -336) héritait à 22 ans d’un royaume fragile ».

Roi réformateur, Philippe II créa, sur le modèle béotien qu’il avait observé jeune otage à Thèbes, « la phalange macédonienne, un corps de fantassins dont la principale arme offensive était la sarisse, une lance de plus de 4,50 m de long ».

En un an, il « restaura l’armée macédonienne, sécurisa les frontières, domina les royaumes de haute Macédoine. La prise d’Amphipolis lui assura la mainmise sur les mines du mont Pangée ».

En 348, « la destruction d’Olynthe sanctionnant la fin de l’opposition des cités chalcidiennes, Philippe put se tourner vers la Grèce méridionale ». En 337, toutes les cités grecques, sauf Sparte, « le reconnaissaient comme leur commandant suprême, celui qui allait leur permettre de venger l’affront de l’invasion perse ».

Les vestiges du palais d’Aigai sont découverts en 1855 lors de fouilles menées par Léon Heuzey (1831-1922) aidé en 1861 par l’architecte Honoré Daumet (1826-1911) sous l’égide de l’empereur Napoléon III. Ce grand édifice couvrant environ 12 500 m² est considéré comme le palais construit par Philippe II après le milieu du IVe siècle avant l’ère commune. Edifié sur un plateau surplombant la cité, il « se distingue par une vaste cour péristyle, accessible à l’est par un propylon monumental encadré de portiques. Cette cour était conçue comme un lieu dans lequel le roi pouvait rencontrer son peuple. Trois mille cinq cents personnes y tenaient assises. Le péristyle était bordé d’une quinzaine de salles de banquet, équipées de lits pour accueillir près de cinq cents symposiastes. Parmi ses innovations architecturales, le pilier à deux demi-colonnes ioniques adossées apparaît ici pour la première fois et connaîtra une grande postérité. Il convenait parfaitement aux baies des salles, dont il monumentalisait l’accès ».

Philippe II accueillit à la cour de Macédoine de célèbres artistes. « Après Euripide ou Zeuxis, à la fin du Ve siècle av. J.-C., Apelle ou Lysippe de Sicyone répondront à l’appel de Philippe et d’Alexandre : ils seront les portraitistes officiels d’Alexandre, comme en témoigne l’Alexandre à la lance évoqué dans l’exposition par une statuette ».

Philippe II fut assassiné en 336 avant l’ère vulgaire.

Agé de 20 ans, Alexandre III (-356 - -323) reprit à son compte la mission de son père Philippe II, roi de Macédoine.

L’expédition d’Alexandre le Grand
Alexandre est né en juillet 356 av. J.-C. à la cour royale de Pella.

Aristote a prodigué à cet adolescent de 13 ans « l’enseignement sur les conceptions politiques et les sociétés humaines, sur les caractéristiques essentielles du souverain idéal, sur les contrées lointaines et les différents peuples ».

A Miéza, Alexandre suivit avec les fils des hétairoi royaux, ses compagnons d’enfance qui deviendront ses généraux célèbres, l’enseignement de philosophes : Ptolémée, Héphaistion...

Selon les auteurs antiques, Alexandre aimait passionnément la musique. En Macédoine et « jusque dans ses campagnes les plus lointaines, il appela auprès de lui la fine fleur des musiciens, chanteurs, aulètes, citharistes et compositeurs ». Des papyrus musicaux grecs témoignent des œuvres de compositeurs appréciés de Philippe de Macédoine, puis d’Alexandre et de ses successeurs.

L’assassinat de son père Philippe, en 336 av. J.-C., « lui ouvrit le chemin du trône de Macédoine, sur lequel il monta grâce au soutien actif de l’armée ».

Avec le royaume, Alexandre « héritait de son père le commandement d’une expédition panhellénique » décidée au Conseil de Corinthe. Son but : « neutraliser complètement le danger perse qui menaçait constamment la Grèce depuis plus de 150 ans ».

Pour « un jeune souverain ambitieux, qu’enchantaient les héros de la guerre de Troie tandis qu’il lisait avec passion les poèmes épiques d’Homère, l’expédition d’Asie offrait l’occasion unique de devenir un nouvel Achille ».

Agé de 22 ans, Alexandre III part à la conquête de l’Orient. Malgré une armée moins nombreuse, Alexandre fut le premier à renverser l’empire des Perses. Alexandre le Grand fit rayonner la culture hellénique de façon durable, de l’Egypte à l’Inde, et forgea l’ascension de la Macédoine en « puissance hégémonique du monde grec grâce à un instrument militaire incomparable forgé par ses rois ». Ces conquêtes d’Alexandre ont induit un afflux « considérable de richesses en Macédoine, sensible notamment dans les sépultures du dernier quart du IVe siècle et du début du IIIe siècle » avant l’ère commune.

Son expédition « bouleversa l’équilibre géopolitique du monde antique. Menée jusqu’aux confins de l’Indus, elle avait pour but non seulement la conquête de l’Orient mais également l’exploration scientifique des contrées traversées : le jeune roi s’était entouré de spécialistes qui devaient consigner les coutumes des populations rencontrées, observer la faune et la flore. Les Arpenteurs (Bématistes) avaient la charge de mesurer avec leur pas (béma) les distances parcourues. L’expédition d’Alexandre s’inscrivait dans les limites alors connues de la terre habitée, celles que lui avaient enseignées Aristote : « La zone habitée est beaucoup plus longue que large. En effet, la ligne qui va des Colonnes d’Héraklès [détroit de Gibraltar] à l’Inde est plus longue dans le rapport de cinq à trois que celle qui s’étend de l’Éthiopie au Palus Méotide [mer d’Azov] et aux régions extrêmes de la Scythie […] Quant aux zones au-delà de l’Inde et en dehors des Colonnes d’Héraklès, elles ne semblent pas, à cause de la mer, se rejoindre de façon à former, par une suite continue, un ensemble de terres habitées. » (Météorologiques, II, 5.) »

Des jeux furent organisés en l’honneur d’Alexandre au IIIe siècle après J.-C. (Médaillon d’or des jeux de Béroia, en l’honneur d’Alexandre et de sa famille, Musée archéologique de Thessalonique).


Genèse antique de la légende d’Alexandre
Après sa mort, ses compagnons et héritiers comprirent l’intérêt à entretenir les histoires qui embellissaient les aventures qu’ils avaient vécues avec lui au long de son périple conquérant. Un mythe cultivé au fil des siècles… « Héros pour les uns, mégalomane pour les autres et ce dès l'Antiquité, le plus connu des rois macédoniens a tant servi de référence au cours des siècles que son histoire s’est effacée devant la légende ».

La renommée d’Alexandre l’éleva de son vivant au rang de héros, de dieu. En témoignent les portraits d’Alexandre par les plus grands artistes, comme Lysippe. Alexandre y est représenté en conquérant, la main gauche entourant une lance et la main droite serrant alors une épée, aujourd’hui perdue.

Le « charisme du jeune roi de Macédoine », à qui succède Cassandre (358 - 297 av. J.-C.), explique les légendes nées de son vivant ».

Alexandre III « descendait doublement de Zeus, par son père Philippe, et par sa mère Olympias. Il fut vénéré en Égypte avant la fin du IVe siècle av. J.-C. comme le héros fondateur de la ville – Alexandre Ktistès – mais aussi comme un dieu à part entière près de son tombeau, le Sèma. À l’époque romaine impériale, le culte du conquérant et de sa famille demeurait très présent en Macédoine, particulièrement à Thessalonique : une inscription du IIe siècle après J.-C. atteste qu’il était qualifié de « Grand ».

Dans les premières décennies du IIIe siècle, les empereurs Caracalla et Alexandre Sévère prirent Alexandre comme modèle, induisant la rédaction de nombreux poèmes épiques.

Toute « une littérature fabuleuse, déjà rassemblée à la fin du IIe siècle avant J.-C., prit une ampleur nouvelle sous la forme d’un texte composite à la fin du IIIe ou au IVe siècle » de l’ère vulgaire. « Attribué au Pseudo-Callisthène, c’est le Roman d’Alexandre qui, traduit et adapté, fut largement diffusé auprès de différents peuples et dans de nombreux pays ».

Comme tous les personnages morts jeunes, Alexandre, qui contrôlait son image, fut l’objet de biographies teintées de légende.

« Cinq biographies sont parvenues jusqu’à nous : trois en grec, de Diodore de Sicile, de Plutarque et d’Arrien ; deux en latin, de Quinte-Curce et de Justin. Ces auteurs s’inspiraient de textes plus anciens, dont ne sont conservées que des bribes. Nombreux furent en effet les récits de l’expédition en Orient : parmi les premiers historiens d’Alexandre, certains appartenaient au clan aristocratique des Compagnons, les Hétairoi éduqués avec lui, tels Néarque de Crète, navarque de sa flotte, et Ptolémée, l’un de ses généraux les plus brillants, devenu par la suite le premier pharaon grec d’Égypte. L’historiographe officiel d’Alexandre était Callisthène d’Olynthe, neveu d’Aristote. Il fut exécuté en 327 avant J.-C. pour avoir été impliqué dans un complot contre le roi ».


La société macédonienne
L’éducation de l’esprit était très importante chez les Macédoniens (Ecritoire en bronze, (Musée archéologique de Thessalonique).

Alors qu’aux « époques archaïque et classique la femme macédonienne a vécu cloîtrée dans le gynécée, les conquêtes d’Alexandre, qui favorisent l’avènement d’un monde nouveau, lui permettent de paraître plus souvent dans les lieux publics et de s’impliquer davantage dans l’organisation des cultes et des rituels funéraires. Vêtue d’une longue tunique (chiton) de laine ou de lin ceinturée haut sous la poitrine et d’un manteau (himation) dans lequel elle s’enveloppe parfois étroitement, elle se pare de bijoux d’or, d’argent, parfois mêlés de pierres semi-précieuses, se maquille et se parfume. Mais l’univers féminin demeure distinct dans les pratiques quotidiennes de celui des hommes. La femme continue à vivre dans la partie privée de la maison, pourvoit à l’éducation des filles jusqu’à leur mariage et à celle des garçons jusqu’à l’âge de sept ans ».

La vie sociale importante de l’homme « justifie la présence dans sa demeure d’une ou de plusieurs pièces de réception. L’andron est le lieu du banquet (symposion), rituel social qui mêle consommation de vin, repas et divertissement. Les convives sont le plus souvent à demi-couchés sur des lits (klinés) disposés le long des murs. Le décor d’or, d’ivoire et de verre transparent des modèles les plus riches de la seconde moitié du Ive siècle avant J.-C. cèdent bientôt le pas à des appliques de bronze qui garnissent pieds, traverses horizontales et chevets inclinés. Le service de banquet comprend des vases à boire – calices, canthares –, une louche et une passoire en bronze ou en argent doré ».

La production artistique aux époques classique et hellénistique
Selon des sources textuelles antiques, les rois de Macédoine ont attiré à leur cour les plus célèbres artistes de leur époque.

À « la fin du Ve siècle avant J.-C., le roi Archélaos invite le peintre Zeuxis pour décorer son palais dans la nouvelle capitale de Pella. Euripide compose en Macédoine Les Bacchantes, Iphigénie à Aulis et une tragédie perdue Archélaos, dont le protagoniste était un ancêtre mythique du roi. Le peintre Apelle et le sculpteur Lysippe sont, dans le troisième quart du IVe siècle avant J.-C., portraitistes officiels d’Alexandre le Grand ».

Dans « tous les domaines artistiques – du bronze, de l’orfèvrerie, de la terre cuite, du verre, de la peinture, de la mosaïque –, les œuvres élaborées pour des rois et pour l’élite de la cour sont des créations virtuoses : elles représentent le plus haut degré de la commande. Le verre incolore transparent inventé à l’époque de Philippe II est présent non seulement dans la vaisselle de table mais également dans le décor des lits de banquet chryséléphantins (d’or et d’ivoire). Préservées durant des siècles par les terres qui recouvraient les sépultures, ces œuvres ont conservé souvent intacte leur apparence originelle, notamment leur polychromie. Ailleurs en Grèce, offertes aux dieux dans les sanctuaires, elles ont disparu ».

Ce haut degré de virtuosité de l’art grec est attesté par la tradition funéraire macédonienne aux époques classique et hellénistique (Ve-Ier siècle avant J.-C.).

La religion et la mort
La religion occupait une place très importante dans la société macédonienne.

Les « textes antiques, les inscriptions, les vestiges des sanctuaires et les offrandes votives ou funéraires témoignent de la multiplicité des cultes » en Macédoine.

Des sépultures récemment découvertes ont permis de comprendre l’organisation spatiale des tombes. Celles-ci « ressemblent à des temples fermés, aux façades ornées de chapiteaux, de demi-colonnes doriques ou ioniques, de frises et de corniches dont certaines présentent un décor polychrome qui a conservé toute sa palette chromatique. Elles donnent une idée de la décoration des monuments de la Grèce des cités, comme ceux de l’Acropole d’Athènes qui étaient peints. L’intérieur de la tombe est constitué parfois d’un vestibule et d’une chambre ».

On « retrouve les grands Olympiens, souvent vénérés avec une épiclèse (épithète) qui ajoute une spécificité locale à leur culte. À Pella, Aphrodite joue un rôle particulièrement important comme protectrice des défunts ; Athéna porte sur son casque des cornes bovines. Des dieux étrangers égyptiens et orientaux – Sérapis, Isis, Attis – ont été progressivement accueillis. On honore également des divinités secondaires – Eukléia à Aigai, Darron à Pella – et des héros. Héraklès occupe une place privilégiée comme ancêtre de la dynastie des Téménides ».

Les « Macédoniens sont souvent initiés aux cultes à mystères dans l’espoir d’une renaissance après la mort. Au IVe siècle avant J.-C., l’élite adopte la crémation, modèle des funérailles homériques : les ossements du défunt, recueillis sur le bûcher, sont déposés dans un coffret (larnax) de bois, d’argent ou d’or, parfois également dans une hydrie ». Des couronnes, données lors des banquets ou en récompense peuvent également accompagner le défunt.

Les « offrandes funéraires sont nombreuses. Elles sont parfois accrochées à des clous ou imitées en trompe-l’œil sur les parois des sépultures. Elles peuvent être liées à un rituel pratiqué au moment des funérailles (phiales volontairement écrasées après la libation ; têtes de terre cuite qui évoquent les divinités chtoniennes du monde des Enfers) ».

Les sépultures « les plus riches sont appareillées : elles sont à ciste (en forme de coffre) ou à chambre voûtée et façade aux portes de marbre (tombes « macédoniennes ») ».

L’élite macédonienne aspire à se garantir le passage vers l’au-delà, en se faisant « initier » à un dieu ou une déesse (comme Perséphone) afin d’apprendre les secrets du passage vers la mort. Les « divinités sont souvent présentées dans les tombes sous forme de figurines (Buste de divinité féminine en terre cuite polychrome, Musée archéologique d’Amphipolis).

Les objets de la vie du défunt l’accompagnent dans la mort. Le défunt est enterré avec une splendide vaisselle en argent : gobelets dont le décor intérieur est rehaussé d’or, passoire, louche.

Curieusement, l’exposition ne mentionne pas les relations entre Alexandre le Grand et le judaïsme ni le rapport des Juifs de son empire avec l’hellénisation ni la déclinaison du mythe d'Alexandre le Grand dans le monde Juif. Or, le Talmud et la Haggadah mentionnent Alexandre le Grand qui, dans ses rêves précédant les batailles, voyait une figure de Grand prêtre du Temple de Jérusalem. A Jérusalem, Alexandre le Grand reconnait dans le Grand prêtre du Temple Simon le Juste la figure de son rêve et s'incline devant lui. Une rencontre à Jérusalem entre Alexandre le Grand et Simon le Juste qui a suscité de nombreux écrits au Moyen-âge.


L’Incantada
« L’Incantada » ou « Las Incantadas » (Les Enchantées). Ainsi est dénommée « une colonnade antique décorée de piliers sculptés, dont une partie subsistait au cœur du quartier Juif de Thessalonique.

« Les enchantées » se réfèrent à « une ancienne légende locale : les piliers montreraient le roi de Thrace, son épouse et ses suivantes pétrifiés par un sortilège, que le roi avait initialement destiné à Alexandre le Grand ».

Le monument est généralement mis en rapport avec l’agora romaine de Thessalonique. « Plutôt que d’un portique, il devait en fait s’agir d’une colonnade à claire-voie, visible des deux côtés. Elle fournissait peut-être un passage monumental entre différents édifices ».

Des thèmes variés, issus de la mythologie grecque, caractérisent les deux faces des piliers de la colonnade de Thessalonique. Le « cortège bachique est bien représenté : Dionysos est entouré d’Ariane et d’une ménade jouant de la double flûte. Sur les deux faces du même pilier, les amours de Zeus sont illustrées par l’épisode de Léda et le cygne et par celui de l’enlèvement de Ganymède ».

Il semble que prime la « volonté de mettre en œuvre un système décoratif » sur « celle d’organiser un programme allégorique cohérent ». Comme n’est conservé qu’un seul segment de la colonnade, la prudence est conseillée quant à l’interprétation de l’ensemble.

Les reliefs des piliers sont caractéristiques des « productions des ateliers de Grèce et d’Asie Mineure actifs à l’époque impériale, toujours très empreints de tradition hellénique... La stylisation des drapés comme des plumages et le matériau, du marbre de Thasos, suggèreraient une production locale du premier tiers du IIIe siècle après J.-C… Certaines comparaisons avec les monuments du forum de Philippes permettent d’envisager une datation plus ancienne, au troisième quart du IIe siècle après J.-C ».


La Macédoine antique sous domination romaine
Le dernier roi, Persée, est vaincu en 168 avant J.-C. à Pydna. La Macédoine devient une province romaine.

Les Romains construisent la Via Egnatia, qui traverse le nord de la Grèce d’ouest en est, afin de faciliter les échanges commerciaux et les déplacements de troupes.

De nouveaux dieux sont désormais vénérés en Macédoine, les déesses Rome, Sérapis et Isis. Un important sanctuaire de Sérapis et Isis a été retrouvé à Thessalonique. La ville devient le siège influent de la province romaine de Macédoine.


Jusqu’au 16 janvier 2012
Au musée du Louvre
Hall Napoléon
Tous les jours, sauf le mardi, de 9 h à 17 h45, les mercredi et vendredi jusqu’à 21 h 45.
Tél. : 01 40 20 53 17

 Visuels de haut en bas :
Affiche
Cat. 96.1 – Section 2
Casque de type illyrien en bronze et masque en or
Vers 520 av. J.-C.
Sindos, tombe 115
Bronze et or
H. 22 cm
Thessalonique, musée archéologique
© Hellenic Ministry of Culture and Tourism / Archaeological Receipts Fund



Cat. 1 - Introduction
Mosaïque de la chasse au lion
325 av. J.-C.
Pella, Maison de Dionysos
(original)
Galets enduits
H. 1,845 m, L.3,39 m
Pella, musée archéologique
© Hellenic Ministry of Culture and Tourism /
Archaeological Receipts Fund


Cat. 158.2 – Section 3
OEnochoé d’argent
Vers 350-336 av. J.-C.
Vergina, Tombe de Philippe II
Argent
H. 24,4 cm, D. max. 15,4 cm
Vergina, musée du Grand Tumulus
© Hellenic Ministry of Culture and Tourism / Archaeological Receipts Fund



Cat. 113 – Section 2
Calice chiote : sphinx affrontés
575-550 av. J.-C.
Agia Paraskevi, nécropole, tombe 83
Terre cuite
H. 18,6 cm, D. base 9,2 cm, D. embouchure 19, 5 cm
Thessalonique, musée archéologique
© Hellenic Ministry of Culture and Tourism / Archaeological Receipts Fund

Cat.14.1 - Section 1
Sarcophage attique
Thessalonique, sarcophage contenant deux urnes et des bijoux
Dernier quart du IIe s. ap. J.-C. (vers 180 ap. J.-C.)
Marbre
H. 2,30 m ; L. 2,81m ; l. 1,12 m
Paris, musée du Louvre
© RMN / René-Gabriel Ojéda

Cat. 410 – Section 9
Statuette en bronze : Alexandre à la lance
Hellénistique
Egypte (Basse Egypte)
Bronze
H. 16,5 cm
Paris, musée du Louvre
© RMN / Stéphane Maréchalle

Cat. 149 – Section 3
Portrait d'Alexandre IIIe siècle av. J.-C.
Pella (aux environs de)
Marbre
H. 30 cm, l. 27 cm, ép. 27 cm
Pella, musée archéologique
© Hellenic Ministry of Culture and Tourism / Archaeological Receipts Fund

Cat.415 – Section 9

Médaillon d’or des jeux de Véroia, en l’honneur d’Alexandre et de sa famille
225-250 ap. J.-C.
Egypte, Aboukir
Or
D. 5,8 cm
Thessalonique, musée archéologique
© Hellenic Ministry of Culture and Tourism / Archaeological Receipts Fund

Cat. 145 – Section 3
Statère d'or d'Alexandre III
IVe s. av. J.-C.
Apollonia
Or
D. 1,65 cm
Thessalonique, musée archéologique
© Hellenic Ministry of Culture and Tourism / Archaeological Receipts Fund

Cat. 234 – Section 5
Figurine féminine en terre cuite
Fin du IVe s. av. J.-C.
Néa Potidaia (Potidée), lieu-dit Pétriotika, sarcophage D
Terre cuite
H. 21,9 cm, l. 7,2 cm, ép. 6,8 cm
Thessalonique, musée archéologique
© Hellenic Ministry of Culture and Tourism / Archaeological Receipts Fund

Cat.411 – Section 9
Portrait d’Alexandre dit Hermès Azara, réplique romaine de l’Alexandre à la lance de Lysippe
Tivoli, Villa des Pisons
Epoque romaine impériale (IIe siècle ap. J.-C.)
Marbre
H. max 68 cm ; H. tête 25 cm
Paris, musée du Louvre
© RMN / Hervé Lewandowski

Cat. 2 – Section 1
Couronne de feuilles de chêne en or
Deuxième moitié du IVe s. avant J.-C.
Vergina (Aiga), sanctuaire d’Eukleia
Or
D. 18,5 et 16,5 cm
Thessalonique, musée archéologique
© Fouilles Université Aristote, Thessalonique

Cat. 37.1-4 – Section 1

Ensemble funéraire de la tombe masculine III (C) de
Karabournaki : casque de type illyrien, anneau et cratère à colonnettes
Karabournaki, Tombe III (C)
Premier quart du Ve s. av. J.-C.
Bronze, or et terre cuite
Casque : H. 22 cm, anneau : D. 2,6 cm ; cratère : H. 24 cm, D. 20,8 cm
Paris, musée du Louvre
© RMN / Hervé Lewandowsk

 Cat. 364.1 – Section 8
Portique des Incantadas, pilier sculpté (Face A : Dionysos, Face B : Brise)
Thessalonique, Portique des Incantadas
Deuxième quart du IIIe s. ap. J.-C.
Marbre
H.2,06 m ; L ; 75 cm ; l. 75 cm
Paris, musée du Louvre
© RMN / Hervé Lewandowski


Cat. 364.4 – Section 8

Portique des Incantadas, pilier sculpté
(Face A : Léda et le cygne, Face B : Enlèvement de Ganymède)
Thessalonique, Portique des Incantadas
Deuxième quart du IIIe s. ap. J.-C.
Marbre
H. 2,06 m ; L. 75 cm ; l. 75cm
Paris, musée du Louvre
© RMN / Hervé Lewandowski

Cat. 364.2 – Section 8
Portique des Incantadas, pilier sculpté
(Face A : Ariane, Face B : Dioscure)
Thessalonique, Portique des Incantadas
Deuxième quart du IIIe s. ap. J.-C.
Marbre
H.2,06m ; L ; 75 cm ; l. 75 cm
Paris, musée du Louvre
© RMN / Hervé Lewandowski

Cat. 294 – Section 6
Bracelet à têtes de bouquetin
Première moitié du IIIe s. av. J.-C.
Evropos, Kilkis
Or
D. 8 cm
Kilkis, musée archéologique
© Hellenic Ministry of Culture and Tourism / Archaeological Receipts Fund

Cat. 269 – Section 6
Décor de char : médaillon avec buste d’Athéna coiffée de la tête de Méduse
Fin du IIe - début du Ier s. av. J.-C.
Thessalonique, Place Dioikitiriou
Bronze
D. 27 cm
Thessalonique, musée archéologique
© Hellenic Ministry of Culture and Tourism / Archaeological Receipts Fund

Les citations sont extraites du dossier de presse.

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Judaïsme/Juifs

Cet article a été publié le 12 janvier 2012, puis le :
- 18 décembre 2013. Histoire a diffusé la  série Le monde perdu d'Alexandre ;
- 9 mai 2014. Le  premier volet de la série De l'orient à l'Occident réalisée par John Fothergill, diffusé par Arte le 10 mai 2014, a évoqué Alexandre le Grand ;
- 22 octobre 2014. Arte diffusera "Alexandre le Grand. De l’histoire au mythe", de Christian Twente et Martin Carazo Mendez (92 min), les 25 octobre à 20 h 45 et 11 novembre 2014 à 15 h 45 : "Derrière le mythe d’Alexandre le Grand, romancé par des siècles d’histoire, la réalité du personnage tend à s’effacer. Relecture du parcours d’un conquérant aux multiples facettes. Deuxième fils du roi de Macédoine Philippe II, Alexandre va devenir, au IVe siècle avant notre ère, le plus illustre conquérant de l’Antiquité. Dès sa naissance, sa vie est bercée par les mythes. Alors qu’on le dit descendant de Zeus, il ambitionne d’inscrire son règne dans la continuité héroïque d’Hercule ou d’Achille. Dans un monde pétri de culture hellénistique, il reçoit une éducation grecque auprès d’Aristote, son illustre précepteur. Meneur d’armée dès l’adolescence et couronné à seulement 20 ans, l’histoire garde de lui l’image d’un fin stratège et d'un monarque ambitieux qui parvint, en un peu plus d’une décennie, à rassembler un empire immense allant de la Grèce à l’Inde. Son image oscille également entre celle du libérateur des cités tombées aux mains des Perses et celle d’un souverain tyrannique, voire impulsif, peu soucieux d’épargner les vies humaines. Difficile de retracer le véritable parcours du personnage, tant les légendes et la réalité historique se mélangent allègrement. Somptueuses reconstitutions à l’appui, ce documentaire revient sur la biographie contrastée de ce "grand homme", des campagnes militaires contre le puissant roi Darius jusqu’aux belles cités qu’il a laissées à la postérité"

« Les faussaires de l'histoire » par Michaël Prazan


Dans le cadre du Mois du film documentaire, le Mémorial de la Shoah diffusera le 23 octobre 2014 à 19 h 30 « Les faussaires de l'histoire », documentaire de Michaël Prazan, en présence des réalisateurs et de Henry Rousso, directeur de recherche, IHTP-CNRS (sous réserve). Un film intéressant et clair, mais lacunaire, « arabiquement », « palestiniennement » et « islamiquement correct ».


 Lors de la projection en avant-première  de ce documentaire au Grand Action le 17 septembre 2014, Michaël Prazan, auteur de documentaires très intéressants tels "Frères Musulmans : Enquête sur la dernière idéologie totalitaire" - ce film courageux est assorti d'un livre - et de « Ellis Island, une histoire du rêve américain”, ainsi que sa co-auteur Valérie Igounet ne cessaient de remercier France 5 : « Une commande de France 5, cela ne se refuse pas », déclarait le réalisateur.

Bien accueilli par le public lors de cette séance, son documentaire laisse pourtant perplexe : les occultations historiques graves, en particulier sur le négationnisme et le révisionnisme dans le monde arabe, émanent-elles de France 5 ou des deux auteurs ? Pourquoi réaliser un nouveau documentaire sur ces « faussaires de l’histoire », sans mentionner ces révisionnistes et négationnistes de la Shoah, tel l’Arabe « palestinien » Mahmoud Abbas. (Abou Mazen), auteur d'une thèse révisionniste en 1982. Le 27 avril 2014, Mahmoud Abbas (Abou Mazen) a déclaré, en anglais et en arabe, et peu après la signature d'un accord avec le Hamas, mouvement terroriste islamiste, et peu avant Yom HaShoah : "Ce qui est arrivé aux juifs durant l’Holocauste est le crime le plus odieux qui soit survenu contre l’humanité pendant l’ère moderne". Certains estiment à tort que cette déclaration serait nouvelle et romprait avec les propos précédents du dirigeant de l'Autorité palestinienne. Or, celui-ci n'a pas nié la Shoah dans sa thèse soutenue en Union soviétique (1982) et dans son livre (1984), il a allégué de manière infondée que les Juifs sionistes auraient été complices des Nazis dans la commission de la Shoah, dont il doute du nombre de victimes Juives. C'est ce révisionniste, cet ennemi d'Israël, que de nombreux dirigeants communautaires français, dont le président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) alors Richard Prasquier, le président du Mémorial de la Shoah Eric de Rothschild, la présidente de l’Union des Etudiants Juifs de France Arielle Schwab, l’ancienne secrétaire d’Etat de Chirac Nicole Guedj, l’ancien Grand Rabbin de France, le Rabbin René Sirat, et des personnalités Juives françaises - les journalistes Jean-Pierre Elkabach et Ruth Elkrief, Valérie Hoffenberg et Simone Rodan-Benzaquen, deux déléguées successives de l’American Jewish Commitee à Paris, le professeur de l’Ecole Polytechnique Alain Finkielkraut - ont rencontré lors de sa visite en France en septembre 2010. Et l'Autorité palestinienne persiste à diffuser des émissions négationnistes, à nier dans ses manuels scolaires la Shoah et à refuser d'évoquer l'alliance et la complicité entre le grand mufti de Jérusalem al-Husseini et Hitler dans la Solution finale. En 2000, Autopsie d’un mensonge, documentaire de Jacques Tarnero évoquait ce révisionnisme de l’Autorité palestinienne.

Bien sûr, le documentaire « Les faussaires de l'histoire » insiste sur le négationnisme revendiqué et patent de dirigeants iraniens, dont l'ancien président Mahmoud Ahmadinejad, organisateurs de "colloque" révisionniste. Alors pourquoi occulter celui de leurs homologues arabes ou turcs ?

Histoire du négationnisme en Occident
Alternant des archives “méconnues et souvent inédites” et des interviews d’historiens – Henry Rousso, Annette Wieviorka -, du journaliste Yvan Levaï, de Robert Badinter, de la réalisatrice Juive française et ancienne déportée Marceline Loridan, et de l’expert Jean-Yves Camus, le documentaire “Les Faussaires de l’Histoire” retrace “l’histoire du discours négationniste en France et de sa diffusion”.

Sur cette “escroquerie intellectuelle et antisémite”, Michaël Prazan en souligne “l’apparition dans l’immédiat après-guerre chez les nostalgiques du nazisme et de la collaboration”. L’extrême-droite recourt au révisionnisme pour pouvoir diffuser un discours antisémite et nationaliste.

“Dans les années 70, sous l’influence d’une extrême-gauche « antisioniste », le négationnisme subit une certaine réorientation, qui s’étend ensuite jusqu’à la fin des années 90 vers le monde arabo-musulman, portée par la star déchue du parti communiste Roger Garaudy” converti à l’islam.

En 1987, l’historien Henry Rousso forge le terme « négationnisme » car il trouve le vocable « négationniste » connoté positivement et à l’application trop large.

Le documentaire didactique “décortique pour mieux le comprendre et le conjurer le discours de haine qui se dissimule derrière les masques de l’historicité et du militantisme politique”.

Il recèle des perles. L’aveu du journaliste Ivan Levaï qui interviewant dans les années 1970 Robert Faurisson pour prouver l’absence de fondement de ses allégations négationnistes, reconnait avoir échoué : le révisionniste lui a volé son émission. L’extrait du procès filmé au cours duquel Robert Badinter, ténor du barreau, stigmatise avec émotion et fermeté ces “faussaires de l’histoire”. L’historien Pierre Vidal-Naquet expliquant à Bernard Pivot son refus catégorique de dialoguer avec les révisionnistes : « Leur donner la parole, c’est leur donner la seule chose qu’ils réclament » et c’est aussi légitimer leur discours. La publication en 1978 d’un article négationniste de Faurisson, maître de conférences à l'université de Lyon-II édité par Jean-Jacques Pauvert et Gallimard, admirateur de Céline et Lautréamont, par Le Monde  et Le Matin de Paris. La scène au cours de laquelle Dieudonné fait remettre au Zénith  de Paris le Prix de l’infréquentabilité et de l'insolence à Faurisson par un régisseur vêtu d’un pyjama en tissu Vichy  arborant l'étoile jaune.

« Discours de haine »
Ce documentaire révèle le dédain et l’incompétence d’historiens à l’égard des aspects techniques de la Shoah. Il élude certains thèmes - pourquoi les universités Lyon II et Lyon III ont-elles été des foyers de révisionnisme ? - et certaines contradictions.

Robert Badinter estime, avec raison, que le révisionnisme ou le négationnisme sont des formes d’antisémitisme, mais il s’oppose à la loi Gayssot  (1990) qualifiée à tort de loi mémorielle. Or, Jean-Claude Gayssot, député communiste, avait élaboré sa proposition de loi afin de sanctionner l’antisémitisme sous ses habits négationnistes et révisionnistes, et il ne considère pas sa loi comme une loi mémorielle.

Directeur du musée d’Auschwitz, Piotr Cywinski directeur du Musée d'Auschwitz, rappelle que les preuves des chambres à gaz abondent dans les camps nazis, dont Sobibor. Mais il a tort : le négationnisme n’a pas quitté l’Europe. Les révisionnistes sont parmi nous.Ce sont ces élèves négationnistes souvent issus de l’immigration musulmane en France (Rapport Obin, Les territoires perdus de la République) ou en Grande-Bretagne. C'est cette « rue musulmane » et ses alliés qui déclinent le révisionnisme en slogans, banderoles et pancartes en arpentant les artères des villes occidentales pour assimiler à tort Gaza à Auschwitz. En outre, il est inutile de se culpabiliser : le révisionnisme n’a pas besoin de terreau dans le monde arabe, turc ou iranien. Il est largement représenté dans les stands des Salons du livre de ces sphères.

Des questions demeurent notamment sur le rôle de l’Union soviétique : Abbas y a soutenu sa thèse. Le révisionnisme et le négationnisme servent-ils à miner la légitimité d’Israël?

Sont-ils des instruments visant à dissimuler l’alliance avec les nazis de dirigeants du monde musulman, dont al-Husseini, grand mufti de Jérusalem et mentor d’Arafat, et à disculper ces dirigeants de leur rôle meurtrier dans la Shoah ?

Et qui finance ces revues, livres et librairie révisionnistes ?


« Les faussaires de l'histoire » par Michaël Prazan
Co-écrit avec Valérie Igounet
Montage : Yvan Gaillard
Musique originale : Stephan Haeri
Production : Vincent Gazaigne. Talweg / CNRS Images, avec la participation de France Télévisions, TV5 Monde et avec le soutien de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, de la PROCIREP – Société des Producteurs, de l'ANGOA et du Centre national du cinéma et de l’image animée
2014
Ce film existe en deux versions : 62’ et 52’
Sur France 5 le 28 septembre 2014 à 22 h 25

Le 23 octobre 2014 à 19 h 30 
Au Memorial de la Shoah
17, rue Geoffroy-l’Asnier. 75004 Paris
En présence des réalisateurs et de Henry Rousso, directeur de recherche, IHTP-CNRS (sous réserve).

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Cet article a été publié le 28 septembre 2014.

mardi 21 octobre 2014

La Mer Morte


Le 22 octobre 2014, Arte diffusera à 0 h 25 « Que vive la mer Morte !  », documentaire biaisé de German Gutierrez« Comment la mer Morte agonise, victime de la féroce compétition pour l’eau au Proche-Orient, et comment la coopération régionale pourrait la faire renaître » -, et, dans le cadre de la série Voyage au bout du monde, France 2 diffusera à 04 h 05 un autre documentaire partial sur la mer Morte, vue essentiellement du point de vue jordanien. Comme si cette mer ne jouxtait pas aussi l’Etat d’Israël et n’était pas liée à l’histoire du peuple Juif…


À 422 mètres au-dessous du niveau de la mer, la mer Morte  - dénommée par la Torah « Mer de sel » ou « mer de la plaine » - est l’une des merveilles du monde, et attire des touristes aimant s’y faire photographier y flottant.

Différent du lac d’eau douce de Tibériade - « lac de Kinneret », mer de Galilée ou lac de Genézareth - au nord d’Israël et à plus de 200 mètres au-dessous du niveau de la mer, la Mer Morte est un lac de 810 km² et sept à dix fois plus salé que l’eau d’océans (2-4%). 

Avec une salinité moyenne de 22 à 25%, les eaux de la mer Morte, en Israël, n'abritent aucun poisson, et seuls y vivent quelques organismes microscopiques (plancton, bactéries). En 2011, des scientifiques de l’université Ben-Gourion du Néguev ont découvert  des sources d’eau douce emplies de micro-organismes, dans les profondeurs de cette mer.

Mais les vertus médicinales et minérales de ses eaux sont connues – soins en cas de psoriasis, rhumatismes, maladies pulmonaires -, et utilisées pour des soins de balnéothérapie ou de dermatologie. L’une des plus célèbres marques de produits de beauté à base de sels et boues de la Mer Morte et en vantant les bienfaits est AHAVA, cible de campagnes BDS (Boycott, Désinvestissement Sanctions).

Problème : le niveau de la mer Morte décroit d’un mètre de profondeur par an. « Depuis les années 1960, le plan d'eau le plus salé au monde a perdu un tiers de sa surface  ». La « mer Morte agonise, victime de la féroce compétition pour l'eau au Proche-Orient ». 

« D’ici à trente ans, si rien n’est fait, il ne restera plus qu’un étang. Car au Proche-Orient, le manque d’eau est une source supplémentaire de conflit, et c’est la loi du plus fort qui triomphe ». Poncif éculé… Quid des tensions entre l’Egypte, le Soudan et l’Ethiopie autour du Nil  ou entre la Turquie, la Syrie et l’Irak à propos du Tigre et de l’Euphrate? 

Cette « mort annoncée de la mer Morte a des causes bien humaines : les usines chimiques jordaniennes et israéliennes qui retraitent ses sels minéraux accélèrent son exploitation, tandis que le Jourdain, qui la nourrissait en eau douce, n’est plus qu’un ruisseau nauséabond. Son cours est diverti par tous les pays voisins pour les besoins de l’agriculture ».

Un projet pharaonique controversé
Pourtant « des solutions existent, mais il faudrait que » les Jordaniens, les Israéliens et les Arabes palestiniens, « s’accordent pour les mettre en œuvre. La construction d’un canal », pompeusement appelé « canal de la paix », s’étirant sur 180 km, « relié à la mer Rouge, permettrait ainsi d’alimenter des usines électriques assez puissantes pour dessaler l’eau de mer, fournir toute la région en eau potable et redonner vie à la mer Morte. Elle redeviendrait alors source de bienfaits pour toute la région ». Le coût de ce projet  pharaonique ? Trois à quatre milliards de dollars. Un accord a été signé le 9 décembre 2013 entre l’Etat d’Israëk, la Jordanie et l’Autorité palestinienne pour « sauver » la Mer Morte par un canal et une usine de dessalement, pour un coût de 250-400 millions de dollars.

A noter que Theodor Herzl avait songé en 1902 à un tel canal, mais qui relierait la Mer Morte à la Méditerranée.

D’une part, ce projet de « canal de la paix » ambitieux s’inscrit dans la vision du « Marché commun proche-oriental » de Shimon Peres convaincu, à tort, que l’avènement de la paix est conditionné à un tissu dense de relations économiques denses relie ce monde à cet Etat. Or, le monde musulman refuse l’Etat Juif pour des raisons religieuses. 

D’autre part, « l’ONG Friends of the Earth Middle East (FoEME) et d'autres associations écologistes ont appelé  les trois gouvernements à rejeter ce projet, soulignant ses risques pour l'environnement. Selon elles, le fait d'y déverser une trop grande quantité d'eau de la mer Rouge pourrait radicalement modifier la composition chimique unique de la mer Morte, formant des cristaux de gypse et introduisant des éclosions d'algues rouges. De plus, les nappes phréatiques de la vallée de l’Arava, dans le sud-est d'Israël, pourraient être contaminées en cas de fuite des conduites transportant l'eau salée ».

Enfin, cette période d’assèchement n’est pas la première dans l’histoire de la Mer Morte, déjà asséchée voici 120 000 ans, et s’inscrirait dans une histoire cyclique. 

Partialité
On regrette la partialité de ces deux documentaires. « Que vive la mer Morte !  », documentaire de German Gutierrez, filme complaisamment un Arabe palestinien se plaindre du "refus" d'Israël de lui donner de l'eau, stigmatiser l'"occupation israélienne", voler de l'eau, etc. Or, l'Autorité palestinienne est responsable des problèmes d'eau de sa population : gabegies, détournements des fonds, absence d'entretien des installations, non-respect de leurs engagements, etc.

Curieusement, le numéro de la série Voyage au bout du monde consacrée à la mer Morte présente d’emblée celle-ci en la localisant par rapport à Amman. Et le reste est à l’avenant, mais avec de belles images. Pourtant les liens de ce lac salé avec l’histoire du peuple Juif sont nombreux : manuscrits (rouleaux de cuir en hébreu) découverts en 1947, peu avant la recréation de l’Etat d’Israël, par deux Bédouins dans une grotte de Qumrân, près de la mer Morte, Massada, cité antique surplombant la mer Morte et ayant abrité les Sicaires qui, assiégés par les légions romaines au 1er siècle, décidèrent en 73 de se donner la mort, etc.   
            
   
 « Que vive la mer Morte !  », documentaire de German Gutierrez
ARTE France, Alegria Productions, Intuitive Pictures, Radio-Canada, 2011, 77 minutes
Diffusion sur Arte le 22 octobre 2014 à 0 h 25

25 minutes
Diffusion sur France 2 le 22 octobre 2014 à 04:05

Visuels : © Alegria-Intuitive

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Les citations sur les émissions sont extraites de communiqués des diffuseurs.

Lucien Hervé : Les vacances de Monsieur Le Corbusier



 Dans le cadre du « Mois de la Photo à Paris 2014 », la Fondation Le Corbusier, Paris, présente l'exposition éponyme (21 octobre 2014-30 janvier 2015)Plus qu’un illustrateur, Lucien Hervé (1910-2007) a compris et représenté le travail des architectes, dont Le Corbusier, en des photographies en noir et blanc, aux contrastes accentués et empreintes de rigueur. La Galerie Vieille du Temple présente l’exposition « Less is more » (photographies). "dialogue inédit entre Lucien Hervé (1910–2007) et Illés Sarkantyu. Nés en Hongrie, ces deux photographes, que plus de 60 ans d’âge séparent, trouvent dans cette exposition un espace d’échange. Illés Sarkantyu propose une relecture du travail de son ainé à travers le prisme de sa propre sensibilité artistique".



Longtemps, le travail des photographes d’architectures a été minoré : ils étaient considérés comme de simples illustrateurs mettant leur technique au service d’un art majeur. Puis, leurs qualités ont été reconnues. Lucien Hervé est l’un des maîtres de la photographie d’architectures.

La photographie, par hasard
László Elkán - Lucien Hervé est son nom de résistant - est né en 1910, à Hódmezővásárhely (au Sud de l’actuelle Hongrie), dans une famille juive bourgeoise hongroise. Croyant, son père Lajos, négociant en cuir, conseiller municipal, lui enseigne le respect de l’autre et meurt en 1920.

Le jeune László bénéficie d’une formation musicale - piano - et sportive - lutte gréco-romaine – poussée : il remporte le titre de vice-champion de lutte gréco-romaine. Dans la lutte, comme dans la photographie, c’est « ce millième de seconde qui décide de tout... », me confiait-il en 2002, alors que le Patrimoine photographique et la Galerie Camera Obscura rendaient à Paris un bel hommage à cet « architecte de l’image » guidé par le titre de l'exposition dans cette galerie : « Less is more », de l’épure à l’abstraction ».

László Elkán songe à devenir dessinateur, mais se heurte au numerus clausus dans les universités hongroises. C’est à Vienne qu’il étudie en 1928 l’économie politique, et le dessin à l’Académie des Beaux-arts.

Puis il rejoint en 1929 son frère à Paris où il complète sa formation en fréquentant les musées, est recruté par une banque, et vend ses modèles à de grands couturiers : Patou, Lelong, Chanel, Rochas et Schiaparelli, Worth.

En 1934, il joue au sein de l’équipe de France de volley-ball, victorieuse de l’Allemagne en compétition officielle.

Il milite à la CGT et entre au Parti communiste français (PCF), qui l’exclut en 1938, et s’active pendant les grèves dans la haute-couture.

Il gagne aussi sa vie comme journaliste, puis comme photographe par hasard en 1938 pour Marianne – il collabore avec Nicolas Müller, photographe hongrois, comme rédacteur des textes des reportages, puis, assure textes et photos après le départ de Müller de France en raison des accords de Munich - et Vu – reportages complets (textes et photos) - dans un style proche de la photographie humaniste. Son autoportrait en noir et blanc (1938) révèle les appréhensions d’un néophyte, une surprise un peu effrayée.

Naturalisé français en 1937, László Elkán est mobilisé : il est photographe de l’armée sous l’autorité du colonel de Lattre de Tassigny. Fait prisonnier sur la plage de Dunkerque le 4 juin 1940, il est détenu dans un camp - il devient le porte-parole de la résistance - à Hohenstein (Prusse orientale) et condamné en conseil de guerre.

Il s’évade en septembre 1940 et retourne en France occupée par l’Allemagne nazie. Il rejoint le maquis du Vercors, réintègre le PCF et participe à la Libération de Paris.

En 1947, exclu du PCF, cet admirateur de Rembrandt et Picasso expose ses peintures, devient affichiste de cinéma, puis reprend, par nécessité, son Rolleiflex maniable, qui lui permet de saisir les détails. Il collabore pour des magazines - France Illustration, Regards et Point de vue - et débute une série récurrente PSQF (Paris Sans Quitter ma Fenêtre).

« Architecte de l’image »
C’est en 1949 que Lucien Hervé naît comme photographe d’architectures, saisissant l’esprit d’une création architecturale, par sa rencontre décisive avec Le Corbusier (1887-1965).

Voyant ses photos du chantier de l’Unité d’habitation (Marseille, 1949) de Le Corbusier, celui-ci écrivait à Lucien Hervé : « Vous avez l’âme d’un architecte ». Ce qui rassure et encourage ce jeune photographe autodidacte.

Lucien Hervé devient le photographe attitré de Le Corbusier : à Chandigarh et Ahmedabad (Inde), au couvent de la Tourette ou à la chapelle de Ronchamp.


D’autres architectes recherchent ce photographe à la maîtrise avérée : Alvar Aalto, Marcel Breuer, Pier Luigi Nervi, Richard Neutra, Oscar Niemeyer, Jean Prouvé, Kenzo Tange, Bernard Zerfuss (siège de l’UNESCO)… Il cherche à saisir l’esprit d’une création architecturale, ayant décidé de la forme, exprime son goût pour l’abstraction par des jeux de formes géométriques et de perspectives, des compositions épurées. Ainsi, il sublime l’élan vers la spiritualité de la cathédrale de Brasilia imaginée par Oscar Niemeyer, ou la pyramide du Louvre.

En 1962, pour la direction de l’Institut français d’archéologie au Moyen-Orient, Lucien Hervé photographie les sites archéologiques en Syrie, au Liban et en Iran.

Atteint par une sclérose en plaques en 1965, Lucien Hervé pratique le photomontage expérimental à partir de ses tirages - il les découpe, recadre et assemble, renouvelant ainsi son œuvre - et photographie son environnement. Il initie aussi sa série en couleurs « Abstractions » sur les superpositions d’affiches déchirées et de vieux murs.

Ses clichés épurés, au (re)cadrage rigoureux, aux contrastes accentués, caractérisent le style de Lucien Hervé. Les visages de face sont rares. Soit ils apparaissent un peu déformés dans une flaque d’eau, soit ils restent dans l’obscurité ou la pénombre, voire surgissent au-dessus d'un paysage empli de formes géométriques.

Son but : exprimer le maximum avec le minimum de moyens (« Less is more »). Pourquoi cette large part des motifs géométriques ? Il sourit et répond en citant Platon : « Qui n’est pas géomètre n’entre pas ». C’est au tirage qu’il accentue ou non les ombres, dissimule ou non les détails ; ce qui laisse l’imagination interpréter une étrangeté, un reflet ou un mystère. Lucien Hervé déteste l’anecdote : il cherche l’universel et l’intemporel : « L’accusateur » (Delhi, 1955) ou la silhouette de l’ouvrier courbé par la fatigue ou par la chaleur sur le chantier de l’Unité d’habitation, la Cité Radieuse, confiée à Le Corbusier à Marseille (1949).

Cet homme cultivé détestait l’anecdote. Même les photos les plus « anodines » - gare -, laissent percer la malice ou la tendresse du regard du photographe qui, jusqu’en 1965, tire la plupart de ses photographies.

Doté d’un caractère rebelle, farouchement attaché à son indépendance, Lucien Hervé était également un moraliste, aimait les philosophes et déclarait : « En principe, je suis prêt à admirer tous ceux qui luttent pour la vie ». Dans la conversation, perçaient son humanité et sa pudeur.

Lucien Hervé a été distingué par de nombreux prix, et dont les œuvres sont montrées dans des galeries et musées dans le monde.

Il est « l’un des rares photographes français à allier philosophie humaniste, dans cette école où se sont illustrés Robert Doisneau et Willy Ronis, et pensée architecturale. Ses cadrages en plongée, ses vues en oblique, un certain dépouillement et une volonté d'abstraction caractérisent un style photographique très différent de celui de ses contemporains », une œuvre originale, rigoureuse et cohérente.


Dans la collection moderne du Centre Pompidou sont accrochés en 2011 une quarantaine des 63 tirages d’époque de Lucien Hervé donnés en 2009 par Judith Hervé, veuve de cet artiste. « Vivants », titre de l’exposition à la Maison de la photographie Robert Doisneau, est emprunté à Lucien Hervé qui « classait certaines boîtes de photographies » sous ce vocable.

En 2012, la Galerie Camera Obscura a présenté l'exposition Contacts. « Pour classer et présenter son travail, Hervé rassemble, par thème, sur des fiches cartonnées, les images qui l’intéressent. Ce sont des contacts ou parfois des tirages de petit format.

Ce système de visualisation intéresse Le Corbusier, qui demande à Hervé de lui en fournir systématiquement un double : il peut ainsi avoir vue sur tout le travail du photographe et lui indiquer la référence des images dont il a besoin. La Fondation Le Corbusier a conservé environ douze cent de ces planches en parfait état.

Pour Hervé, par contre, ces planches sont devenues au fil du temps un réservoir d'images, et il a souvent utilisé ses ciseaux (son outil de travail favori après l'appareil photographique) pour en extraire celles dont il avait besoin. Rares sont donc les planches intactes dans ses archives », écrit Didier Brousse, directeur de la Galerie Camera Obscura.

Et d’ajouter que cette galerie a choisi des « contacts, individuels ou en planches, associés à des tirages, vintages ou modernes. La confrontation de matériaux de travail (planches composées, contacts seuls), et de tirages aboutis, est très riche d’enseignements sur le travail du photographe. Ces planches nous montrent le choix initial qu’Hervé réalise peu après la de prise de vues : étape déterminante pour la construction de son œuvre. D’autre part, ces planches ont leur beauté intrinsèque : peintre, dessinateur, adepte du collage, Hervé leur a transmis un peu de sa fantaisie et de son talent graphique  .


La galerie présente, au sous sol, « des images de la série Paris Sans Quitter ma Fenêtre, de personnages et de scènes que Lucien Hervé a photographiés à Paris ou durant ses voyages. Il nous parait en effet important de montrer qu'Hervé, en humaniste socialement engagé, se passionnait tout autant pour vie des hommes que pour l’architecture ».

En 2013, la Galerie Camera Obscura    a rendu hommage à "quatre grands photographes du siècle" dont Willy Ronis et Lucien Hervé (1910-2007).

Dans le cadre du « Mois de la Photo à Paris 2014 » et en partenariat avec l'Association des Amis de Lucien et Rodolf Hervé, la Fondation Le Corbusier, Paris, présentera l'exposition éponyme (21 octobre 2014-30 janvier 2015). "Le Corbusier travaille. Il est en vacances au Cap-Martin où il a construit son Cabanon (3,66 x 3,36 x 2,26) au bord de l’eau. Le Corbusier dessine, écrit, déjeune avec Yvonne, son épouse, plaisante avec Thomas Rebutato, son voisin, propriétaire de la guinguette l’Étoile de mer. La mer à quelques mètres. Elle l’attend pour son bain quotidien, cette Méditerranée qu’il a toujours admirée, aimée et qui l’accompagnera dans son dernier voyage. Hervé travaille. Il réalise quelques clichés de Corbu dans l’intimité. Il fixe ces rares moments où le crayon s’arrête, où l’esprit se repose, où le plaisir de l’eau l’emporte.

Une trentaine de photographies réalisées par Lucien Hervé au cours des années cinquante sont présentées dans la Maison La Roche, siège de la Fondation Le Corbusier à Paris ; quelques dessins originaux de Le Corbusier représentant le site du Cabanon de Roquebrune-Cap-Martin complètent cette évocation de sa résidence d'été.

Le révérend père Couturier, directeur de la revue l’Art sacré, fut à l’origine de la rencontre entre Lucien Hervé et Le Corbusier. Après avoir recommandé Lucien Hervé auprès de Matisse, puis auprès de Fernand Léger, il encouragea le photographe à se rendre à Marseille pour y photographier le chantier de l’Unité d’habitation. À la fin du mois de novembre 1949, Lucien Hervé réalisera en une seule journée plus de six cent clichés de l’œuvre monumentale avec son Rolleiflex.

Le Corbusier à qui il avait fait parvenir son reportage est enthousiasmé par son travail. Il décide alors de l'engager pour photographier ses œuvres, aussi bien architecturales que plastiques. Hervé travaillera pour Le Corbusier de 1950 à 1965 et réalisera plus de 20 000 clichés constituant ainsi une documentation de première main sur l’œuvre architecturale – livrée au commanditaire sous forme de contacts recadrés et collés sur des planches de classeurs – représentant aussi bien des reportages sur des chantiers en cours (Chapelle Notre-Dame du Haut de Ronchamp, Unité d'habitation de Rezé-les-Nantes, Usine Claude et Duval à Saint-Dié, Secrétariat,Assemblée et Palais de Justice de Chandigarh (Penjab, Inde), Palais de Filateurs à Ahmedabad (Gujarat, Inde), etc., y compris des clichés des maquettes des œuvres in situ…) que des réalisations antérieures pour lesquelles Le Corbusier souhaitait mettre à jour l’iconographie (Villa Savoye à Poissy, Cité de Refuge de l'Armée du Salut à Paris).

Hervé se verra ensuite confier la couverture photographique de l'œuvre plastique de Le Corbusier : peintures et sculptures, carnets de dessins, gravures, etc. Il réalisera également des portraits dans l’immeuble de la rue Nungesser et Coli : l’artiste au travail dans son atelier, images de Le Corbusier et d’Yvonne dans l’intimité de l’appartement. Un séjour dans le cadre exceptionnel du Cap-Martin sera également l’occasion de produire une série de clichés de vacances qui demeurent l’un des rares témoignages de la vie chaque été au Cabanon. Ces portraits témoignent de la grande proximité entre les deux hommes et de cette relation exceptionnelle entre les deux artistes qui dura plus de quinze ans.

Chacun viendra puiser chez l'autre les éléments qui viendront enrichir son travail. Ils sont tous les deux habitués à transgresser les contraintes exercées parleurs pratiques respectives. L'architecte doit faire avec le terrain, le programme, le client, l'économie… Le photographe sait s'adapter à la demande,au climat, aux moyens, à la technique. Ils partagent une même approche formelle de la photographie – Le Corbusier l'a pratiquée en plusieurs occasions et il en a nourri ses créations – l'image originale est un matériau transformable, le document devient vite méconnaissable au bénéfice d'un pur objet plastique. L'usage qu'ils lui assignent sera cependant divergent, pour l'architecte, il s'agit de mettre en œuvre un outil de communication efficace tandis que le photographe cherche à approfondir sa pratique plasticienne. Il construit des images dont le cadre et la composition s'inspirent des formes épurées,rigoureuses et lyriques des bâtiments qu'il capte, les réinterprétant ensuite jusqu'à l'abstraction.

Le travail d’Hervé contribua largement à la diffusion et à la connaissance de l’œuvre de Le Corbusier, celui-ci puisant abondamment dans ces ressources pour illustrer les volumes de son Œuvre complète pour réaliser le livre culte sur Ronchamp ou encore le testament intellectuel de L'Atelier de la recherche patiente. Il les confiera aussi très souvent aux revues et aux magazines qui le sollicitent pour des articles".


La Galerie Vieille du Temple présente l’exposition « Less is more » (photographies), titre emprunté au fameux adage de l’architecte Mies Van der Rohe. Un "dialogue inédit entre Lucien Hervé (1910 – 2007) et Illés Sarkantyu. Ces deux photographes nés en Hongrie, que plus de 60 ans d’âge séparent, trouvent dans cette exposition un espace d’échange. Illés Sarkantyu propose une relecture du travail de son ainé à travers le prisme de sa propre sensibilité artistique".

"Né en 1977 à Budapest, Illés Sarkantyu étudie à l’Université d’art applique Moholy-Nagy, ou il enseigne ensuite pendant deux ans, avant de venir s’installer a Paris en 2002. Il se lance alors dans la réalisation d’une série de portraits d’artistes et intellectuels hongrois vivants en France. C’est dans ce contexte qu’il rencontre le photographe Lucien Hervé en 2003.

Peu après la mort d’Hervé en 2007, Illés Sarkantyu est appelé par Judith Hervé pour l’aider a continuer l’exploitation de l’œuvre de son mari et de leur fils décédé, Rodolf, également photographe.
Sarkantyu photographie, classe et numérise, les chemises de rangement et les planches contacts se trouvant dans le studio, dans un but purement utilitaire.


En 2010 à l’occasion d‘une commande d’un film d’entretiens sur Hervé, Sarkantyu se trouve face a une question difficile : comment évoquer l’homme alors qu’il n’est plus ? Il redécouvre alors ses photographies des chemises de classement d’Hervé, émouvantes avec leurs annotations, perforations, pastilles colorées et bouts de scotch qui retracent les étapes de travail de Hervé mais aussi sa créativité quotidienne. Il retourne dans l’atelier de Hervé et découvre aussi intercalaires, objets poétiques, énigmatiques et toutes ces petites inventions intimes qui retracent en filigrane, l’histoire et la sensibilité de Lucien Hervé en contraste avec l’image très construite que l’on peut avoir de l’œuvre du photographe.

Sarkantyu, tour à tour enquêteur, historien ou témoin avisé, exhume les objets du studio d’Hervé qu’il revisite à travers ses propres photographies. Il n’a rencontré que très brièvement Lucien Hervé, mais en travaillant sur son œuvre il a su approcher au plus prés, sa pensée et ses intentions artistiques.

Cette exposition "met en regard les photographies de Sarkantyu et celle de Lucien Hervé avec l’ambition de créer un dialogue inédit". Cet « espace pour penser » ouvre ici le territoire inexploré de l’intime. Elle "révèle à la fois la méthode de travail de Lucien Hervé, sa découpe au ciseau du superflu : « Less is more », mais aussi son œil intraitable, qui de manière presque inconsciente, fait du moindre objet une composition abstraite".

Ce "jeu de mise en regard dévoile aussi le travail d’un jeune artiste hongrois : Illes Sarkantyu, dans sa pratique artistique, se réapproprie des images et, avec un « effort de mémoire », réécrit une nouvelle histoire aussi personnelle qu’universelle. Ici, tout en dévoilant l’ampleur de la créativité de Lucien Hervé, il évoque aussi sa situation propre en marge des limites du champ photographique".

Ce "tête à tête entre deux artistes, trouve son accomplissement dans la mise en regard de leurs deux œuvres qui se répondent et s’exaltent mutuellement, et qui finissent par ne plus avoir besoin de prétexte pour dialoguer. On est en face d’un véritable échange entre deux grands artistes".

Du 16 octobre - 22 novembre
A la Galerie Vieille du Temple
23, rue Vieille du temple. 75 004 Paris
Tél. : 01 40 29 97 52
Du mardi au samedi de 13 h à 19 h et sur rdv

Du 21 octobre au 30 janvier 2015
A la Fondation Le Corbusier, Paris
10, square du Docteur Blanche. 75016 Paris
Tél. : 01.42.88.41.53
Lundi : 13h30 - 18h. Mardi au Samedi : 10h - 18h. Fermeture : dimanche, lundi matin et jours fériés

Du 22 mars au 11 mai 2013
A la Galerie Camera Obscura
268, boulevard Raspai, 75006 Paris
Tél. : + 33 1 45 45 67 08
Du mardi au vendredi de 12 h à 19 h et le samedi de 11 h à 19 h. Vernissage le 21 mars à 18 h.

Du 9 novembre au 23 décembre 2012
Exposition collective Fidélité, découvertes, enthousiasme !
A la Galerie du jour/Agnès B.
44, rue Quincampoix, 75004 Paris
Tél. : 01 44 54 55 90
Du mardi au samedi de 12 h à 19 h

Du 13 janvier au 25 février 2012
Lucien Hervé/Contacts
A la Galerie Camera Obscura
268, boulevard Raspai, 75006 Paris
Tél. : + 33 1 45 45 67 08
Du mardi au samedi de 13 h à 19 h et sur rendez-vous

Jusqu’au 30 avril 2011
1, rue de la division du Général Leclerc, 94250 Gentilly
Tél. : 01 55 01 04 86
Du mercredi au vendredi de 12 h à 19 h, samedi et dimanche de 14 h à 19 h.

Salle 40
Piazza, place Georges Pompidou, 75191 Paris cedex 04
Tél. : 01 44 78 12 33
Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 11 h à 21 h.

Visuels de haut en bas :
Lucien Hervé : Les vacances de Monsieur Le Corbusier
Photo : Lucien Hervé, Le Corbusier devant le cabanon, Cap Martin - Roquebrune 1951
© FLC-ADAGP / Lucien Hervé / J. Paul Getty Trust

© Lucien Hervé
Toscane, 1949

© Lucien Hervé
L’unité d’habitation (Le Corbusier), Marseille, 1949
Courtesy galerie Camera Obscura

© Lucien Hervé
La tour Eiffel, 1944
Courtesy galerie Camera Obscura

© Lucien Hervé
PSQF (série Paris sans quitter ma fenêtre),
Boulevard d’Amiens, 1949

Courtesy galerie Camera Obscura
© Lucien Hervé
Sur le toit de l’Unité d’habitation, Marseille, 1953
Courtesy galerie Camera Obscura

© Lucien Hervé
Marcel Breuer, 1954
Courtesy galerie Camera Obscura

© Lucien Hervé
Visiteurs anglais, gare du Nord, 1949
Courtesy galerie Camera Obscura

© Lucien Hervé
Chantier de Chandigarh, Inde, 195
Courtesy galerie Camera Obscura

© Lucien Hervé
La haute-cour de Chandigarh, 1955.
Planche composée par Lucien Hervé

Chapelle de Ronchamp, 1954.
Planche composée par Lucien Hervé
Courtesy galerie Camera Obscura

Pavillon Philips (Le Corbusier), Bruxelles, 1958
Tirage d’époque par contact
Courtesy galerie Camera Obscura

Série PSQF, vers 1949
Tirage argentique postérieur
Courtesy galerie Camera Obscura

Lucien Hervé : Les vacances de Monsieur Le Corbusier
Photo : Lucien Hervé, Le Corbusier devant le cabanon, Cap Martin - Roquebrune 1951
© FLC-ADAGP / Lucien Hervé / J. Paul Getty Trust

Lucien Hervé : Les vacances de Monsieur Le Corbusier
Photo : Lucien Hervé, L'intérieur de Cabanon de Le Corbusier, Cap Martin - Roquebrune 1951
© FLC-ADAGP / Lucien Hervé / J. Paul Getty Trust

Lucien Hervé : Les vacances de Monsieur Le Corbusier
Photo : Lucien Hervé, Le Corbusier devant le cabanon, Cap Martin - Roquebrune 1951
© FLC-ADAGP / Lucien Hervé / J. Paul Getty Trust

Lucien Hervé : Les vacances de Monsieur Le Corbusier
Photo : Lucien Hervé, La main de Le Corbusier avec un galet, Cap Martin - Roquebrune 1951
© FLC-ADAGP / Lucien Hervé / J. Paul Getty Trust

Carton d'invitation
Lucien Hervé (à gauche)
Flic, 1947, vintage signé,
9,2 x 7,6 cm
Illés Sarkantyu
Flic 1947 LH, 2014, tirage pigmentaire signé,
9,2 x 7,6 cm, édition 1/5

Lucien Hervé (en haut)
Echafaudages métalliques du CNIT, Bernard Zehrfuss architecte, 1956-57, vintage signé,
16 x 19 cm
Illés Sarkantyu
Kerguéhennec, 2013, tirage pigmentaire signé,
50 x7 5 cm, édition 1/5

Lucien Hervé (à gauche)
Abstraction, 1963, tirage moderne non signé, tamponné,
30x24 cm
Illés Sarkantyu
Noir, Prouvé, 2014, tirage pigmentaire signé,
50x40 cm, edition 1/5


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Les citations proviennent des dossiers de presse.

Cet article a été publié en une version plus concise dans le n°634 de mars 2011 de L’Arche, sur ce blog en 2011, le 12 février et le 20 décembre 2012, le 21 mars 2013. Il a été mis à jour le 20 octobre 2014.