mardi 3 mars 2015

Les engagés volontaires Juifs étrangers dans les armées françaises durant les deux guerres mondiales


Dans le cadre du centenaire de la Première Guerre mondiale et du 70e anniversaire de la Libération de la France et de la victoire sur le nazisme, le Mémorial de la Shoah « célèbre l’histoire et la mémoire des engagés volontaires juifs étrangers, en restituant l'ampleur de leur contribution à l'histoire de la France et de l’Europe ». Une exposition-dossier très ashkénaze qui ignore les résistants Juifs en Grande-Bretagne ou en Afrique du Nord.


« Mon cher enfant, ton père va à la mort pour une grande idée (…) Dans une heure, nous marcherons pour la France, pour les Juifs. Vive la République, vive la libre, noble et démocratique France », écrit Léon Lévi-Litvack, cité dans « Le volontaire Juif », n° 5, mai 1931.

Costumes, photographies, fanions, affiches, journaux, dessins, cartes… Tous ces documents témoignent d’engagements courageux et de sentiments patriotiques lors des deux conflits mondiaux.

« Prise en étau entre les représentations de la débâcle de 1940 et le drame de la Shoah, la mémoire héroïque de l’engagement volontaire doit demeurer comme l’une des pages les plus belles de l’histoire de France et l’incarnation des valeurs de la République… Cette exposition se veut un hommage à tous les combattants morts pour la libération de la France, sans distinguer parmi les origines ou les confessions ». Pourquoi cette exposition a-t-elle largement occulté les Juifs d’Afrique du Nord ou engagés dans les Forces françaises libres ?

Pour la France
« En cette année du centenaire de la Grande Guerre et du 70e anniversaire de la libération de la France, le Mémorial de la Shoah est fier de contribuer avec le ministère de la Défense à cet hommage nécessaire envers ces dizaines de milliers de combattants juifs étrangers qui laissèrent derrière eux famille et travail pour aller défendre, en 1914 comme en 1939, leur patrie d'adoption », écrit Eric de Rothschild, président du Mémorial de la Shoah.

Et de poursuivre : « Ils luttèrent pour la France, ils luttèrent contre l'antisémitisme, ils luttèrent aussi au nom de leur attachement viscéral aux valeurs républicaines, symbolisées par cette devise "Liberté, Egalité, Fraternité" née de la Révolution française dont le souvenir résonnait avec tant de force dans leur cœur et leur conscience. Des milliers devaient en payer le prix du sang. Cette page trop souvent méconnue de notre histoire vient une fois de plus battre en brèche le lieu malheureusement commun d'une prétendue passivité des Juifs. Non, les Juifs dans leur diversité furent de tous les combats. Carency en 1915 ou Marchélepot en 1940 figurent parmi les hauts faits d'armes des régiments étrangers. Le parcours des survivants ne s'arrête pas avec la défaite de 1940. Pris dans la tourmente de la Shoah qui ne les épargna pas, beaucoup poursuivirent une lutte acharnée contre le nazisme dans la Résistance ou les armées alliées. Le Mémorial de la Shoah fait de l'évocation et de l'hommage aux engagés volontaires une partie intégrante de ses missions. Les liens étroits que nous entretenons avec l'Union des engagés volontaires anciens combattants juifs  - leurs enfants et leurs amis (1939-1945) vont pleinement dans ce sens pour que demain, l'attachement à la France, le courage et le sacrifice de ces homes ne soient jamais oubliés ».

Durant les deux conflits mondiaux, les Juifs de France rejoignent massivement les armées françaises. En 2005, le MAHJ (Musée d'art et d'histoire du Judaïsme) avait présenté l'exposition passionnante Les Juifs dans la Grande Guerre, 1914-1918 (5675-5679).

Sur les 40 000 Juifs étrangers vivant en France, 8 500 s’engagent lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914. Plus du tiers est tué lors des combats. Morts pour la France.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, « un million et demi de soldats Juifs ont participé aux combats, dont 500 000 dans l’armée américaine et 500 000 dans l'Armée rouge, deux cent cinquante mille y ont perdu la vie, 36000 ont reçu des distinctions militaires de l’armée américaine, 160 000 ont été décorés dans l’Armée russe et 150 ont eu droit au prestigieux titre de Héros de l'Union soviétique  ». Ces statistiques sur « la participation des Juifs à l’effort de guerre, dans toutes les armées des forces alliées, tous les corps d’armées à tous les niveaux de la hiérarchie militaire », et sur tous les fronts, ont été communiquées lors d’un colloque international à l’université de Tel-Aviv en 2014.

En 1939, sur les 160 000 Juifs étrangers vivant en France, 25 000 s’engagent pour lutter contre le IIIe Reich. Des associations Juives jouent un rôle important dans cette mobilisation. Ces dizaines de milliers d'engagés volontaires Juifs étrangers sont « majoritairement affectés au sein de la Légion étrangère. Avec leurs camarades », ils défendent « leur patrie d’adoption, en métropole et sur l’ensemble des fronts », et contribuent « à lui rendre sa liberté, motivés par la préservation de l’idéal républicain et de ses valeurs ». Les « deux-tiers participent aux combats héroïques de Narvik, de la Somme, de l’Aisne ou encore des Ardennes ». Des milliers sont tués lors des combats.

L’exposition-dossier retrace le parcours de certains de ces engagés Juifs : Ilex Beller (1914-2005) né en Pologne, ancien des Brigades internationales, ouvrier fourreur et retraité peintre des shtetls, Léo Cohn (1913-1944), professeur d’hébreu né à Lubeck (Allemagne) qui meurt au camp d’Auschwitz, Samuel Danowski (1904-1982), né à Brest-Litovsk, médecin, soldat au 23 RMVE, puis résistant docteur dans des maquis de Corrèze (1943-1944), Joseph Epstein (1911-1944), communiste combattant auprès des républicains espagnols, engagé dans la Légion étrangère, fait prisonnier, évadé, responsable des Francs-tireurs et partisans français de la région parisienne, fusillé au Mont Valérien, Fred Samuel (1908-2006), né à Buenos Aires (Argentine), joaillier, sergent-chef fait prisonnier, évadé, résistant au sein des FFI puis soldat au sein de la 7e armée américaine, Haïm Albert Saul (1910-1979), né à Smyrne (Turquie). Quid des Juifs d'Afrique du Nord ?

Lors de la Seconde Guerre mondiale, ces engagés volontaires Juifs « sont internés en Allemagne pour les uns – sur 1,6 million de prisonniers de guerre en Allemagne, 10 000 à 15 000 d’entre eux seraient Juifs, français ou étrangers ; leurs familles ne sont pas épargnées par les rafles et déportations -, démobilisés et persécutés en France pour les autres par le régime de Vichy. Leur sort n’est alors guère distinct de celui des Juifs de France pris dans la tourmente de la Shoah ».

Environ 2 000 engagés Juifs démobilisés sont affectés dans la trentaine de camps de travaux forcés pour construire, dans des conditions très difficiles, une ligne de chemin de fer parcourant le Sahara à l’initiative du gouvernement de Vichy en 1941, au Maroc et en Algérie. Ils sont progressivement libérés en 1943, après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord en novembre 1942. Ils poursuivent le combat dans les rangs des armées française ou alliée.

L’exposition-dossier  bénéficie du soutien de la direction de la mémoire, du patrimoine et des archives du ministère de la Défense, avec la participation du Musée de la Légion étrangère, du Service historique de la Défense, de l’Union des engagés volontaires, anciens combattants juifs étrangers (1939-1945), leurs enfants et amis, de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre, du Centre d’étude et de recherche sur les camps d’internement dans le Loiret – Musée-Mémorial des enfants du Vel’ d’Hiv’.

  
Du 5 novembre 2014 au 8 mars 2015
Niveau crypte, entresol et salle de lecture
17, rue Geoffroy–l’Asnier. 75004 Paris 
Tél. : 01 42 77 44 72 
Tous les jours sauf le samedi, de 10 h à 18 h, et le jeudi jusqu’à 22 h

Visuel :
Groupe d’engagés volontaires du 21e RMVE dans une baraque du camp d’instruction militaire du Barcarès (Pyrénées-orientales). France, 1939-1940. 
© Mémorial de la Shoah / UEVACJ-EA.

Les citations proviennent du communiqué de presse et de l'exposition.

lundi 2 mars 2015

« Les faussaires de l'histoire » par Michaël Prazan


Dans le cadre du Mois du film documentaire, le Mémorial de la Shoah a diffusé le 23 octobre 2014 à 19 h 30 « Les faussaires de l'histoire », documentaire de Michaël Prazan, en présence des réalisateurs et de Henry Rousso, directeur de recherche, IHTP-CNRS (sous réserve). Un film intéressant et clair, mais lacunaire, « arabiquement », « palestiniennement » et « islamiquement correct ». France 3 diffusera à 20 h 45 Une division SS en France, Das Reich, documentaire de Michaël Prazan, produit par Nilaya Productions, avec la participation de France 3, Arte France, CNC, DMPA, Procirep-Angoa. Quand le service public audiovisuel diffusera-t-il un documentaire sur la Légion nord-africaine (LNA), dénommée aussi Brigade nord-africaine (BNA) et Phalange nord-africaine ? Cette Légion a été fondée janvier 1944 par Henri Chamberlin dit Henri Lafont (1902-1944), un chef de la Gestapo française de la rue Lauriston (75016), et par Mohamed el-Maadi (1902-1954 ou 1957), dont le père était le Caïd Mahfuz al-Ma'adi, Bachagha, commandeur de la Légion d'honneur, et la mère française, ex-officier français et militant pour l'indépendance algérienne : en janvier 1943, il fonde le bimensuel « Er Rachid » grâce à l'argent de l'Abwehr et au tirage, remarquable en période de pénurie, de 80 000 exemplaires. Cette Légion nord-africaine a pour supérieur hiérarchique le colonel SS Helmut Knochen. Elle sert l’armée allemande occupante. Elle compte dans ses rangs des musulmans originaires d'Afrique du Nord et habitant en Ile-de-France. Non seulement elle lutte contre la résistance intérieure française, dans les maquis de Corrèze, en Dordogne et en Franche-Comté, mais en plus elle commet des massacres à Brantôme (26 mars 1944), Sainte-Marie-de-Chignac (27 mars 1944), Saint-Martin-de-Fressengeas, Mussidan (52 fusillés), Saint-Germain-du-Salembre et des Piles à Cornille. Après sa dissolution en août 1944, une partie de ses membres accompagnent en Allemagne Mohamed el-Maadi. Celui-ci y est accueilli par le Grand Mufti de Jérusalem Amin al-Husseini, puis s'installe au Caire. Citons d'autres musulmans alliés des Nazis : Saïd Mohammedi, dont le nom de guerre était Si Nacer (1912- 1994), kabyle aspirant de l'armée française, s'engage dans la Waffen-SS et la LVF (Légion des volontaires français contre le bolchevisme), lutte sur le front russe, séjourne à Berlin, est décoré par la croix de fer, en mission de renseignement et sabotage en Algérie à la demande de l'Abwehr, fin 1944, avec 5 compagnons d'armes, arrêté, condamné aux travaux forcés et à l'emprisonnement à perpétuité, libéré après des remises de peine en 1952, il lutte pour l'indépendance de l'Algérie en portant son Stahlhelm casque allemand et sa mitraillette de cette période de collaboration, colonel de l'Armée de libération nationale (ALN) en Wilaya III, député (1962), ministre des Anciens combattants et victimes de la guerre (moudjahidines), et finit sympathisant du FIS, etc. 


 Lors de la projection en avant-première  de ce documentaire au Grand Action le 17 septembre 2014, Michaël Prazan, auteur de documentaires très intéressants tels "Frères Musulmans : Enquête sur la dernière idéologie totalitaire" - ce film courageux est assorti d'un livre - et de « Ellis Island, une histoire du rêve américain”, ainsi que sa co-auteur Valérie Igounet ne cessaient de remercier France 5 : « Une commande de France 5, cela ne se refuse pas », déclarait le réalisateur.

Bien accueilli par le public lors de cette séance, son documentaire laisse pourtant perplexe.

Les occultations historiques graves, en particulier sur le négationnisme et le révisionnisme dans le monde arabe, émanent-elles de France 5 ou des deux auteurs ? Pourquoi réaliser un nouveau documentaire sur ces « faussaires de l’histoire », sans mentionner ces révisionnistes et négationnistes de la Shoah, tel l’Arabe « palestinien » Mahmoud Abbas. (Abou Mazen), auteur d'une thèse révisionniste en 1982.

Le 27 avril 2014, Mahmoud Abbas (Abou Mazen) a déclaré, en anglais et en arabe, et peu après la signature d'un accord avec le Hamas, mouvement terroriste islamiste, et peu avant Yom HaShoah : "Ce qui est arrivé aux juifs durant l’Holocauste est le crime le plus odieux qui soit survenu contre l’humanité pendant l’ère moderne". Certains estiment à tort que cette déclaration serait nouvelle et romprait avec les propos précédents du dirigeant de l'Autorité palestinienne. Or, celui-ci n'a pas nié la Shoah dans sa thèse soutenue en Union soviétique (1982) et dans son livre (1984), il a allégué de manière infondée que les Juifs sionistes auraient été complices des Nazis dans la commission de la Shoah, dont il doute du nombre de victimes Juives. C'est ce révisionniste, cet ennemi d'Israël, que de nombreux dirigeants communautaires français, dont le président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) alors Richard Prasquier, le président du Mémorial de la Shoah Eric de Rothschild, la présidente de l’Union des Etudiants Juifs de France Arielle Schwab, l’ancienne secrétaire d’Etat de Chirac Nicole Guedj, l’ancien Grand Rabbin de France, le Rabbin René Sirat, et des personnalités Juives françaises - les journalistes Jean-Pierre Elkabach et Ruth Elkrief, Valérie Hoffenberg et Simone Rodan-Benzaquen, deux déléguées successives de l’American Jewish Commitee (AJC) à Paris, le professeur de l’Ecole Polytechnique Alain Finkielkraut - ont rencontré lors de sa visite en France en septembre 2010. Sans apparemment évoqué cette thèse révisionniste. Et l'Autorité palestinienne persiste à diffuser des émissions négationnistes, à nier dans ses manuels scolaires la Shoah et à refuser d'évoquer l'alliance et la complicité entre le grand mufti de Jérusalem al-Husseini et Hitler dans la Solution finale. En 2000, Autopsie d’un mensonge, documentaire de Jacques Tarnero évoquait ce révisionnisme de l’Autorité palestinienne.

Bien sûr, le documentaire « Les faussaires de l'histoire » insiste sur le négationnisme revendiqué et patent de dirigeants iraniens, dont l'ancien président Mahmoud Ahmadinejad, organisateurs de "colloque" révisionniste. Alors pourquoi occulter celui de leurs homologues arabes ou turcs ?

Histoire du négationnisme en Occident
Alternant des archives “méconnues et souvent inédites” et des interviews d’historiens – Henry Rousso, Annette Wieviorka -, du journaliste Yvan Levaï, de Robert Badinter, de la réalisatrice Juive française et ancienne déportée Marceline Loridan, et de l’expert Jean-Yves Camus, le documentaire “Les Faussaires de l’Histoire” retrace “l’histoire du discours négationniste en France et de sa diffusion”.

Sur cette “escroquerie intellectuelle et antisémite”, Michaël Prazan en souligne “l’apparition dans l’immédiat après-guerre chez les nostalgiques du nazisme et de la collaboration”. L’extrême-droite recourt au révisionnisme pour pouvoir diffuser un discours antisémite et nationaliste.

“Dans les années 70, sous l’influence d’une extrême-gauche « antisioniste », le négationnisme subit une certaine réorientation, qui s’étend ensuite jusqu’à la fin des années 90 vers le monde arabo-musulman, portée par la star déchue du parti communiste Roger Garaudy” converti à l’islam.

En 1987, l’historien Henry Rousso forge le terme « négationnisme » car il trouve le vocable « révisionniste » connoté positivement et à l’application trop large.

Le documentaire didactique “décortique pour mieux le comprendre et le conjurer le discours de haine qui se dissimule derrière les masques de l’historicité et du militantisme politique”.

Il recèle des perles. L’aveu du journaliste Ivan Levaï qui interviewant dans les années 1970 Robert Faurisson pour prouver l’absence de fondement de ses allégations négationnistes, reconnait avoir échoué : le révisionniste lui a volé son émission. L’extrait du procès filmé au cours duquel Robert Badinter, ténor du barreau, stigmatise avec émotion et fermeté ces “faussaires de l’histoire”. L’historien Pierre Vidal-Naquet expliquant à Bernard Pivot son refus catégorique de dialoguer avec les révisionnistes : « Leur donner la parole, c’est leur donner la seule chose qu’ils réclament » et c’est aussi légitimer leur discours. La publication en 1978 d’un article négationniste de Faurisson, maître de conférences à l'université de Lyon-II édité par Jean-Jacques Pauvert et Gallimard, admirateur de Céline et Lautréamont, par Le Monde  et Le Matin de Paris. La scène au cours de laquelle Dieudonné fait remettre au Zénith  de Paris le Prix de l’infréquentabilité et de l'insolence à Faurisson par un régisseur vêtu d’un pyjama en tissu Vichy  arborant l'étoile jaune.

« Discours de haine »
Ce documentaire révèle le dédain et l’incompétence d’historiens à l’égard des aspects techniques de la Shoah. Il élude certains thèmes - pourquoi les universités Lyon II et Lyon III ont-elles été des foyers de révisionnisme ? - et certaines contradictions.

Robert Badinter estime, avec raison, que le révisionnisme ou le négationnisme sont des formes d’antisémitisme, mais il s’oppose à la loi Gayssot  (1990) qualifiée à tort de loi mémorielle. Or, Jean-Claude Gayssot, député communiste, avait élaboré sa proposition de loi afin de sanctionner l’antisémitisme sous ses habits négationnistes et révisionnistes, et il ne considère pas sa loi comme une loi mémorielle.

Directeur du musée d’Auschwitz, Piotr Cywinski directeur du Musée d'Auschwitz, rappelle que les preuves des chambres à gaz abondent dans les camps nazis, dont Sobibor. Mais il a tort : le négationnisme n’a pas quitté l’Europe. Les révisionnistes sont parmi nous.Ce sont ces élèves négationnistes souvent issus de l’immigration musulmane en France (Rapport ObinLes territoires perdus de la République) ou en Grande-Bretagne.

C'est cette « rue musulmane » et ses alliés qui déclinent le révisionnisme en slogans, banderoles et pancartes en arpentant les artères des villes occidentales pour assimiler à tort Gaza à Auschwitz. En outre, il est inutile de se culpabiliser : le révisionnisme n’a pas besoin de terreau dans le monde arabe, turc ou iranien. Il est largement représenté dans les stands des Salons du livre de ces sphères.

Des questions demeurent notamment sur le rôle de l’Union soviétique : Abbas y a soutenu sa thèse. Le révisionnisme et le négationnisme servent-ils à miner la légitimité d’Israël?

Sont-ils des instruments visant à dissimuler l’alliance avec les nazis de dirigeants du monde musulman, dont al-Husseini, grand mufti de Jérusalem et mentor d’Arafat, et à disculper ces dirigeants de leur rôle meurtrier dans la Shoah ?

Et qui finance ces revues, livres et librairie révisionnistes ?


« Les faussaires de l'histoire » par Michaël Prazan
Co-écrit avec Valérie Igounet
Montage : Yvan Gaillard
Musique originale : Stephan Haeri
Production : Vincent Gazaigne. Talweg / CNRS Images, avec la participation de France Télévisions, TV5 Monde et avec le soutien de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, de la PROCIREP – Société des Producteurs, de l'ANGOA et du Centre national du cinéma et de l’image animée
2014
Ce film existe en deux versions : 62’ et 52’
Sur France 5 le 28 septembre 2014 à 22 h 25

Le 23 octobre 2014 à 19 h 30 
Au Memorial de la Shoah
17, rue Geoffroy-l’Asnier. 75004 Paris
En présence des réalisateurs et de Henry Rousso, directeur de recherche, IHTP-CNRS (sous réserve).

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Cet article a été publié le 28 septembre et 22 octobre 2014.

Alfred Nakache, le nageur d'Auschwitz

Une exposition itinérante du Mémorial de la Shoah et de la Ville de Sète présentée à l'Hôtel de Ville d'Épinay-sur-Seine (7-28 avril 2014), un livre de Denis Baud et un documentaire émouvant de Christian Meunier éponymes rendent hommage au champion français de natation Alfred Nakache (1915-1983). Né dans une famille Juive de Constantine (Algérie), Alfred Nakache multiplie les records et les titres dès son adolescence. Victime des persécutions antisémites du régime de Vichy, ce champion Juif français est déporté de Toulouse à Auschwitz avec sa femme et leur fille. Seul survivant, il parvient après guerre à renouer avec une brillante carrière de champion de natation, tout en gardant ses qualités morales. La synagogue parisienne Adath Shalom accueillera ce 2 mars 2015 à 14 h 30 une conférence sur Alfred Nakache. 


Alfred Nakache naît en 1915 dans une famille Juive de Constantine (petite Kabylie, Algérie). La famille Nakache est arrivée d’Irak au XIXe siècle dans ce site exceptionnel : dominant un cours d’eau, le Rhummel, la cité est désenclavée par des ponts modernes. La France dote alors Constantine d’établissements publics (Hôtel de Ville, palais de justice, bureau de poste) et culturels (théâtre).

Le grand-père d’Alfred Nakache, est commerçant dans le ghetto de Constantine. Son père, David, directeur du Mont-de-Piété, devient veuf à la mort de la mère d’Alfred. Attaché aux valeurs républicaines – ordre, mérite - et au judaïsme, il se remarie avec sa belle-sœur Rose et a dix enfants de ses deux mariages. Alfred Nakache est le premier garçon de la fratrie d’une famille unie et sportive.

La natation, une vocation
Vers l’âge de dix ans, cet élève discret parvient à surmonter sa peur de l’eau. Mieux, il prend « le goût de l’eau », se souvint-il. Repéré pour ses aptitudes physiques, il est entraîné dans la piscine olympique par deux Français effectuant leur service militaire à Constantine. Après leur départ, Alfred Nakache poursuit seul sa formation. Cet amateurisme marque longtemps son style : « tout en puissance, peu orthodoxe ».

Alfred Nakache intègre l’Union nautique de Constantine, puis la Jeunesse nautique de Constantine dont il apprécie « l’esprit de camaraderie, de solidarité ».

La gloire des années 1930
Septembre 1931. Cet adolescent participe aux championnats d’Afrique du Nord. Première compétition. Première déconvenue : il est disqualifié pour n’avoir pas respecté son couloir !

Peu après, il remporte la Coupe de Noël de Constantine, une course de 400 mètres en mer, à Philippeville. Cette première victoire rassure le père d’Alfred Nakache qui espérait une carrière plus sûre.

Le jeune Alfred vibre au rythme des compétitions auxquelles participent des nageurs adulés, ses modèles : Jean Taris, Jacques Cartonnet…

En 1933, interne au prestigieux lycée parisien Janson de Sailly, il obtient la 2e partie de son Bac.

Membre du Racing Club de France et du Club nautique de Paris, il concourt dans les championnats de France. En 1935, il devient champion de France (100 m). Un titre qu’il conserve en 1936.

Motivé par l’enseignement, il entre à l’Ecole Normale Supérieure d’Education Physique (ENSEP).

L’antisémitisme ? Il est vivace en Algérie, exprimé notamment par les maires d’Alger (Edouard Drumont, auteur de La France juive), de Constantine, d’Oran… C’est à Constantine, la « petite Jérusalem » au sionisme fervent, que se déroule le 5 août 1934 un pogrom commis par des Algériens musulmans. Les autorités françaises réagissent avec retard. On dénombre 25 morts juifs.

En 1935, Alfred Nakache est l’un des mille sportifs juifs aux 2e Maccabiades, à Tel-Aviv. Il y gagne la médaille d’argent du 100 m nage libre (« crawl »).

Le Front populaire adopte des mesures visant à développer le sport. Alfred Nakache apprend la natation aux jeunes Parisiens.

En 1936, après avoir hésité, le Front populaire décide d’envoyer une délégation aux Jeux olympiques à Berlin, dans l’Allemagne nazie. L’équipe du relais 4x200m nage libre – Talli, Cavallero, Taris, Nakache - se classe 4e, devant l’Allemagne.

En 1937, Alfred Nakache effectue son service militaire dans un bataillon groupant des sportifs de haut niveau. Surnommé Artem, populaire, souriant, gentil, il collectionne les titres : champion de France aux 100 m et 200 nage libre, 200 m brasse, etc.

Les médias se font l’écho de la rivalité entre deux nageurs aux tempéraments opposés Nakache et Cartonnet, le sérieux de la préparation contre le désinvolte, la puissance de la nage contre un l’esthétique du style.

Alfred Nakache épouse une amie d’enfance sportive elle aussi, Paule Elbaz.

En 1939, comme ses frères Roger et Prosper, ce professeur d’éducation physique est mobilisé.

Démobilisé en juin 1940, il retrouve son épouse à Paris. Roger Nakache est mort pour la France.

« Nager pour résister » (Denis Baud)
Sous le régime de Vichy, les statuts des juifs le privent de sa nationalité française, lui interdisent l’exercice de son métier, etc.

Fuyant Paris, il se réfugie en janvier 1941 en zone libre, à Toulouse, où il rejoint le club prestigieux des Dauphins du TOEC, leur entraîneur, Alban Minville, et leur maître nageur, Jules Jany, qui deviendront ses amis. Il retrouve Jacques Cartonnet… journaliste sportif au Grand écho du Midi et qui exprime son antisémitisme.

Dans la « ville rose », Alfred Nakache se laisse convaincre par Minville qu’il progressera davantage en perfectionnant sa brasse papillon. Tous deux innovent dans la préparation sportive : analyse des photos pour mieux découvrir les points faibles des nageurs rivaux, dissociation du mouvement des bras et de celui des jambes afin de gagner en vitesse par un effort moins intense, travail sur le souffle.

Alfred et Paule Nakache gagnent leur vie en dirigeant un gymnase rue Paul-Féral.

Alfred Nakache participe aux actions de promotion de la natation organisées par le ministère des Sports dirigé par Jean Borotra, ancien joueur de tennis.

Toujours en 1941, il bat les records de France, puis d’Europe, et enfin du monde du 200 m brasse papillon en 2’36’’.

C’est dans sa ville natale que naît sa fille Annie.

Les persécutions antisémites se multiplient. Le 26 août 1942, 900 juifs sont raflés à Toulouse. Mgr Jules-Géraud Saliège proteste. Des Français s’émeuvent.

Tandis qu’une partie de la presse salue les records battus par Alfred Nakache, des journaux appellent à son exclusion de toute compétition nationale en raison de sa judéité. A Alger, devant les injures de spectateurs, Alfred Nakache ne peut concourir.

Après l’invasion de la zone sud, les menaces croissent. Mais Alfred Nakache croit en l’avenir, bénéficie de soutiens parmi les dirigeants sportifs et ses collègues. Il se rapproche aussi de l’Armée juive, organisation sioniste dont les membres sont entraînés par lui dans son club sportif de 1941 à 1943. Nombre d’entre eux rejoindront le maquis, tandis que Jacques Cartonnet exhorte les Toulousains à entrer dans la milice.

Sous pression allemande, la Fédération française de natation (FFN) interdit en 1943 à Alfred Nakache de participer aux championnats de France. A la demande du TOEC, la FFN tente d’infléchir les Allemands. En vain. Par solidarité avec Alfred Nakache, les Dauphins du TOEC déclarent forfaits. Tout comme certains de ses rivaux, dont le Lyonnais Lucien Zins. Après des championnats qui n’ont pas attiré beaucoup de spectateur, la FFN adresse un blâme au Club toulousain et nomme un nouveau président.

Selon son frère Robert, Alfred Nakache aurait tenté de se réfugier en Espagne avec sa femme et leur fille. Mais les pleurs d’Annie auraient incité le couple à retourner à Toulouse de crainte de mettre en danger le groupe auquel ils s’étaient joints dans ce périple.

Le 20 décembre 1943, le couple Nakache est interpelé à son domicile ; leur appartement pillé. Confiée à une institution municipale, la petite Annie est arrêtée par la Gestapo.

Dénonciation ? Arrestation à titre de représailles ? Alfred Nakache penche pour la dénonciation d’un milicien, un « homme abject qui se prétendait être notre ami ».

De la prison, tous trois sont transférés à Drancy, puis de là, le 20 janvier 1944, par le convoi 66 à Auschwitz. Paule et Annie y sont gazées. Alfred Nakache est amené au camp de travail d’Auschwitz III, puis à l’hôpital du camp. Il fait « preuve de courage et de solidarité » et se lie d’amitié avec « Young » Perez, son aîné né en Tunisie en 1911, et Noah Klieger. Juif déporté de France, « Young » Perez est le plus jeune champion du monde dans sa catégorie poids mouches en 1931.

Pour l’humilier, les nazis l’obligent à retrouver des objets qu’ils lancent dans un espace de rétention d’eau sale.

A l’approche des Alliés, il est contraint « aux marches de la mort » consécutives à l’évacuation par les Nazis de déportés d’Auschwitz. « Young » Perez est assassiné par un Nazi lors de ces marches.

Alfred Nakache atteint Buchenwald. Ce camp est libéré le 11 avril 1945.

Alfred Nakache ne se précipite pas pour rentrer en France : il dirige l’hôpital pour aider encore et toujours les plus faibles.

Après Auschwitz

A Toulouse, la piscine municipale porte désormais son nom, alors que nul ne sait s’il est toujours vivant.

L’épuration épargne nombre d’individus. Ainsi, E.G. Drigny, qui avait soutenu les sanctions contre les TOEC en 1943, demeure président de la FFN.

Alfred Nakache arrive à Paris le 28 avril 1945.

Brisé par la nouvelle de l’assassinat de son épouse et de sa fille, aidé par ses amis et son entraîneur Alban Minville, Alfred Nakache reprend progressivement son entraînement et enseigne l’éducation physique.

Exploit : il remporte les championnats de France de l’épreuve du 4 x 200 m et du 3 x 100 m 3 nages dans les épreuves de relais.

Diffamé par l’accusation de « complicité d’homicide involontaire », Alfred Nakache défend victorieusement son honneur.

Contacté par Abraham Polonski, ancien responsable de l’Armée juive, il cache dans son gymnase des armes destinées au futur Etat d’Israël.

Il renoue avec la compétition au plus haut niveau. Juillet 1946 : champion de France du 200 m brasse. Recordman du monde du relai 3 x 100 m trois nages avec Alex Jany et Georges Vallerey. Participation aux Jeux olympiques à Londres (1948).

Alfred Nakache épouse une jeune Sétoise, Marie. Il arrête sa carrière sportive dans les années 1950. Il se consacre à sa salle de sports, à son métier d’enseignant auprès d’étudiants à Toulouse puis à La Réunion : il est décoré des Palmes académiques.

Il participe aussi à l’entraînement d’un talentueux nageur, Jean Boiteux.

Il accueille à Toulouse sa famille ayant du quitter l'Algérie : l'assassinat en 1961 du réputé musicien juif Raymond Leyris, dit Cheikh Raymond, induit le départ de la communauté juive de Constantine. Les parents âgés d'Alfred Nakache ne supportent pas ce déracinement et meurent peu après leur installation à Toulouse.

Alfred Nakache décède à Sète d’un arrêt cardiaque le 4 août 1983.

Le 7 juillet 1993, son nom est inscrit au tableau de l’International Jewish Sports Hall of Fame (IJSHOF) de l’Institut Wingate à Netanya (Israël). Au côté notamment de « Young » Perez.

Dans le sillage du discours du Président Jacques Chirac reconnaissant en 1995 la responsabilité de la France dans l’accomplissement de « l’irréparable », une commission enquête sur le sport sous le régime de Vichy.

Soutenu par le ministère des Sports et des collectivités locales, un documentaire est réalisé par Christian Meunier sur Alfred Nakache. Des espaces sportifs municipaux à Paris et Nancy portent le nom de ce champion qui « demeure une des gloires de la natation française : le successeur de Jean Taris, le modèle et l’aîné d’Alex Jany et de Jean Boiteux, ses amis toulousains » (Didier Foucault).


Denis Baud, Alfred Nakache, le nageur d’Auschwitz. Ed. Loubatières, 2009. 128 pages. ISBN 978-2-86266-5


Du 7 au 27 avril 2014
A l'Hôtel de Ville d'Épinay-sur-Seine
1-3 rue Quetigny.  93800 Épinay-sur-Seine
Tél. : 01 49 71 98 27
Lundi, mercredi, jeudi et vendredi de 8 h 30 à 12 h et de 13 h 15 à 17 h 30
Mardi de 9 h 15 à 12 h et de 13 h 15 à 17 h 30. Samedi de 9 h à 12 h
 

Du 1er juillet au 31 août 2012
A la Médiathèque José-Cabanis
1, allée Jacques-Chaban-Delmas. 31500 Toulouse
Tél. : 05 62 27 40 00


Jusqu’au 4 juin 2010
A l’Hôtel de Ville de Sète

Interviews de Caroline François, responsable des expositions itinérantes au Mémorial de la Shoah, et d’Hubert Strouk, coordinateur régional, par le journaliste Vincent Lemerre (Mémoires vives, RCJ, 23 mai 2010)

Christian Meunier, Alfred Nakache, le nageur d'Auschwitz. 2001, France. 52 minutes

Visuels de haut en bas :
Alfred Nakache et Jean Taris, France, années 1930.
© D.R.

Alfred Nakache lors d’une compétition en 1939.
© D.R.

Les trois frères Nakache, Roger, Prosper et Alfred sont mobilisés en 1939.
© Coll. Nakache

Alfred Nakache, dans sa nage emblématique, le papillon, au championnat de France en 1941.
© Mémorial de la Shoah/CDJC. 

Partie du Mur des noms au Mémorial de la Shoah à Paris où sont gravés notamment les noms de la famille Nakache déportée de France en 1944 « dans le cadre du plan nazi de la destruction des Juifs d'Europe, avec la collaboration du gouvernement de Vichy »
© Véronique Chemla

Alfred Nakache et ses coéquipiers du TOEC, Toulouse, 1946.
© D.R.

Cet article a été publié la première fois le 30 mai 2010 et republié actualisé les :
- 18 janvier 2012 à l'occasion de l'exposition Des JO de Berlin aux JO de Londres (1936-1948) au Mémorial de la Shoah (Paris) et le 28 juin 2012 ;
- 26 avril 2014.

dimanche 1 mars 2015

Laurent-David Samama, ancien rédacteur en chef de L’Arche (9/9)


Laurent-David Samama a été brièvement rédacteur en chef de L’Arche, magazine du FSJU (Fonds social Juif unifié), lors de sa reparution à l’automne 2011 de mensuel à trimestriel. Son article French Jews, Escaping to Israel Is Not the Answer  (Juifs français, fuir en Israël n'est pas la réponse) publié par le vénérable magazine Juif américain Forward (8 septembre 2014) a évoqué la ligne rédactionnelle de L'Arche, sans s’interroger sur une thématique soulevée par Marshall Weiss, président de l’Association de la presse américaine Juive (AJPS), et Alan Abbey du Shalom Hartman Institute dans leur article Toward Real Journalism in America’s Jewish Communities sur EJewishPhilanthropy (24 février 2015) : l’influence négative – censure sur les sujets à couvrir, etc. - de fédérations Juives sur les journalistes de médias communautaires qu’elles soutiennent financièrement.


2e partie : La réaction de Philippe Meyer, directeur d'Information Juive
4e partie : La réaction de Virginie Guedj-Bellaïche, journaliste à Actualité juive hebdo et Osmose
5e partie : La réaction d'Alain Granat, directeur de Jewpop 


Le 8 septembre 2014, le vénérable magazine Juif américain Forward a publié l'article French Jews, Escaping to Israel Is Not the Answer  (Juifs français, fuir en Israël n'est pas la réponse) de Laurent-David Samama qui épingle la nouvelle orientation de L'Arche

Il s’interroge sur les motivations des Français Juifs songeant à l’aliyah : pic d’actes antisémitisme ? Banalisation de ces actes ? Il évoque le parcours de sa famille ayant quitté la Tunisie à la fin des années 1950, sans en indiquer la raison - l'exode oublié -, pour la France, l’Espagne et la Suède.

Emblème de l’évolution des Français Juifs : L’Arche dont Laurent-David Samama, alors âgé de 24 ans et membre du comité de la rédaction de La règle du jeu, a été le rédacteur en chef en 2011 en assurant le passage d’une formule mensuelle à une périodicité trimestrielle.

Selon l’auteur de l’article, L’Arche se serait éloignée de son « identité socialiste » pour « se focaliser de plus en plus sur Israël ». Pourquoi L'Arche devrait-il avoir une « identité socialiste » ? Il est financé par le FSJU, une des trois principales organisations Juives françaises, qui doit respecter un principe de neutralité. A se positionner à gauche sur l'échiquier politique français, il s'éloigne d’une partie non négligeable des Français Juifs.

Nommé à la rédaction en chef du magazine, Laurent-David Samama avait décidé de « revenir aux basiques en réunissant une équipe de penseurs populaires et de nouveaux rédacteurs prometteurs, et en disant aux lecteurs combien il était intéressant d’être un Juif en France, au lieu de toujours regarder vers Israël ».

Quelques années après la fin de son mandat, il a déploré l’échec de sa ligne éditoriale. « Nos lecteurs ne pouvaient absolument pas accepter le changement. Ils étaient - et malheureusement sont toujours - plein d'informations biaisées venant de blogs et de sites Internet non professionnels ».

Bref, ce n'est pas de la faute de Laurent-David Samama, mais celle des lecteurs et de la direction du FSJU qui a mis un terme prématuré à cette orientation. N'y avait-il pas d'autres raisons ? Insuffisance du budget alloué ? Succession de trois directeurs de publications en deux ans ? Incompétence de responsables de cette organisation communautaire française incontournable ? Renouvellement de la quasi-totalité de l’équipe ?

Quel dommage que Laurent-David Samama ne nomme pas ces « penseurs établis populaires » et ces « nouveaux écrivains prometteurs » !

Pourquoi cet homme de gauche n'informe-t-il pas ses lecteurs que s'il a manifesté de l'intérêt pour mon dossier sur les Juifs Noirs, il ne l'a pas publié dans L'Arche ? Niet de la hiérarchie du FSJU ?

Et Laurent-David Samama de déplorer que ses concitoyens Juifs s’informent auprès de sites Internet, et aient peur, l’esprit marqué par les assassinats d’Ilan Halimi et à l’école Ozar HaTorah de Toulouse.
Quant aux « informations biaisées » et « sites non professionnels », deux liens Internet renvoient vers Dreuz et vers JSSNews qui tous deux ont vertement répondu à Laurent-David Samama. Celui-ci croit-il qu'il soit si facile de créer un blog ou site Internet, de l'alimenter en informations, de le faire monter en puissance, et de tromper les Internautes par un contenu erroné ? 

Laurent-David Samama écrit aussi : « En France, une diversité d'opinions peut encore être exprimée en politique et dans les médias… Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann et Alain Finkielkraut sont maintenant rejoints par une poignée de jeunes penseurs qui ajoutent une perspective 2.0 au travail de leurs ainés ». Mais non, le « politiquement et islamiquement correcte » caractérise la classe politique et les médias français, notamment communautaires Ce qui explique le fossé croissant entre eux et les Français lambda. Quelle est la relève de ces trois intellectuels ?

Louant l’action du Premier ministre Manuel Valls ayant « toujours protégé les Juifs de l’antisémitisme », Laurent-David Samama a aussi fondé beaucoup d’espoir en Haim Korsia, grand rabbin de France, « personnalité publique jeune et progressiste, très bon en relations publiques. Sa nomination est cruciale, car il continue d’insister sur l’avenir des Juifs en France ». Un rabbin "progressiste" au Consistoire, institution napoléonienne garante de la halakha (loi juive), d'un judaïsme orthodoxe ?! La situation des femmes en quête de leur guêt (divorce religieux) s'est-elle améliorée ? En outre, le grand rabbin de France Haim Korsia invoque les mânes d’une Marianne défunte depuis des décennies, et persiste à éviter tout lien entre antisémitisme et islam. Ce faisant, non seulement, il se démarque de dirigeants communautaires dont Joël Mergui, président du Consistoire israélite de France, - « C'est une question de transparence de dire que quand des actes [antisémites] sont commis en disant « Allah Akbar » ils sont commis au nom de l'islam » -, mais il affaiblit son discours et en marginalise la portée parmi ses coreligionnaires en quête d’un langage de vérité. Et, plus il se distanciera de ses coreligionnaires, plus il sera inaudible pour eux, plus les autorités politiques se désintéresseront du grand rabbin de France. Quant à ses talents de communiquant, ils ne peuvent suppléer son discours daté et inadapté. A cet égard, sa prestation aux côtés du père Alain de La Morandais et de Malek Chebel, dans l’émission Salut les Terriens !, présentée par Thierry Ardisson, sur Canal +, le 28 février 2015, comme d'autres, s'avère affligeante : Haim Korsia n'a pas défendu le judaïsme présenté à tort comme religion violente, n'a pas distingué la violence dans la Bible de celle du Coran ; il n'a pas rappelé que le judaïsme a contextualisé la violence, a précisé les limites de sa justification, et surtout inscrit "Tu ne tueras point" parmi les premiers commandements ; il a occulté l'antijudaïsme et l'antisémitisme islamiques, etc. Ce discours "islamiquement correct" correspond à une attente médiatique et politique dangereuse pour les Juifs, mais satisfaisante pour la "religion-de-paix" : l'image d'une concorde interconfessionnelle mythique, car l'islam assimile la Bible, hébraïque et chrétienne, "à des racontars dépourvus de toute sacralité et falsifiant la vérité islamique" (Bat Ye'or). Les Français Juifs ont besoin d'un Jacob Kaplan, acteur décisif dans des dossiers majeurs : dialogue avec les instances chrétiennes, affaire Finaly, déclaration choquante du Président Charles de Gaulle sur Israël après la guerre des Six-jours, etc. Haim Korsia n'a ni son aura, ni l'acuité de son regard sur la France, le judaïsme et d'autres religions, ni l'autorité et l'audience de sa parole.

Et de conclure : « La fuite est-elle vraiment la solution ? L'aliyah résout-elle tous les problèmes des Juifs français (sécurité, jobs, éducation) ? Tous les Juifs qui se précipitent en Israël croient-ils vraiment qu'il est plus facile d'être une part d'un pays constamment en guerre, une terre jamais apaisée, un Etat sous la constante menace d'attaques terroristes et de la montée possible d'une nouvelle Intifada ? La France souffre probablement de problèmes sociaux profonds, d'une incapacité à intégrer ses récents immigrants et d'une organisation politique désespérément datée, mais elle demeure un des pays les plus paisibles et beaux au monde. Aussi longtemps que cela ne change pas, il y aura toujours un avenir pour les Juifs en France ». 

Cette description de l'Etat d'Israël, dénuée de toute spiritualité, est étonnante et affligeante. 

La France ne vit-elle pas au rythme des Intifadas : émeutes urbaines récurrentes, manifestations violentes de la « rue musulmane », d'un niveau élevé du nombre d'agressions antisémites, etc. Pourquoi ne pas nommer des immigrants musulmans comme Roger Cukierman, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) , l’a fait peu avant le dîner du CRIF du 23 février 2015 ? Dans ce beau pays de France, Laurent-David Samama arborerait-il une étoile de David ou une kippa, par exemple à Barbès ou en Seine-Saint-Denis ? 

Pour les Juifs espagnols au XVe siècle, pour les Juifs russes ou polonais dans les premières décennies du XXe siècles pour les Juifs allemands des années 1930, pour les Juifs marocains ou tunisiens dans les années 1960, la fuite a été la solution. Et l’affaire du Dr Krief, spolié, prouve que nous n'en sommes pas si loin.

Pourquoi avoir exhorté ses compatriotes et coreligionnaires à demeurer en France dans un article en anglais publié par un magazine américain ? Un tel article en français n'aurait-il pas eu plus d'audience chez le public visé ? Est-ce impossible en France de critiquer le FSJU ?

A moins que l'auteur ait voulu assurer aux Américains Juifs que tout allait bien en France, que le gouvernement Valls lutte avec efficacité contre l'antisémitisme et que les Français Juifs ont tort de songer au départ, etc. 

A lire les commentaires des Internautes, Laurent-David Samama n'a pas convaincu ces derniers. 

Il y a oublié de citer l'assassinat de Sébastien Selam en 2003, l'extrême-gauche antisioniste, etc. Pourquoi ? 

Surtout, pourquoi Laurent-David Samama évite-t-il cette thématique  soulevée par mon article sur les médias français Juifs ainsi que par Marshall Weiss, président de l’Association de la presse américaine Juive (AJPS), et Alan Abbey, directeur des relations avec les médias au sein du Shalom Hartman Institute, dans leur article Toward Real Journalism in America’s Jewish Communities sur EJewishPhilanthropy (24 février 2015) : soucieuses d’éviter l’ire de donateurs, les North American Jewish Federations, fédérations Juives nord-américaines, évitent que les journaux Juifs bénéficiant de leur soutien financier, couvrent des sujets perçus négativement. Ce qui induit une fuite des journalistes talentueux et une crise de crédibilité dans ces journaux.
          

samedi 28 février 2015

Mars-août 1943 : Salonique, épicentre de la destruction des Juifs de Grèce


Le Mémorial de la Shoah  a présenté l’exposition éponyme  qui, soixante-dix ans après, se focalise « sur les quelques mois durant lesquels Salonique devint, après plus de 450 ans de vie séfarade, Judenrein (sans Juif) ». Documents d’archives, photographies, objets inédits ainsi que la projection d'« En présence de mes voisins » (In the presence of my neighbours), documentaire de George Gedeon suivie suivie d’une table-ronde le 20 mars 2014  ont informé sur une facette méconnue de l’histoire de la Shoah aux implications actuelles. Lors de Limoud 2015, le 1er mars 2015, Isaac Revah fera une conférence intitulée Salonique 1943 : L'action d'un Juste.


Implantée dès l’Antiquité, la communauté Juive de Salonique, ville située au nord de la Grèce, a représenté, des siècles durant, la majorité des habitants de cette cité.

Subissant la cruelle domination musulmane, la communauté Juive salonicienne a vu ses rangs s’étoffer par l’afflux de leurs coreligionnaires sépharades expulsés d’Espagne en 1492 – ils garderont des siècles durant la pratique du judéo-espagnol (judesmo) -, puis du Portugal (1540-1560) et d’Italie, ainsi que des ashkénazes d’Autriche, de Transylvanie et de Hongrie au XVIe siècle.

Dhimmis, ces Juifs saloniciens ont introduit l’imprimerie, se sont distingués comme médecins et traducteurs, et ont contribué activement à l’essor de la Sublime Porte grâce à leur activité commerciale : pêche, filature de la laine, fabrication de draps, couvertures et tapis, etc.

La « Jérusalem des Balkans » connaît une apogée au XVIe siècle. Ses yechivot attirent les étudiants Juifs de l’Empire ottoman et bien au-delà.

Au milieu du XVIIe siècle, la communauté salonicienne est divisée sur la personne du rabbin Sabbataï Tsevi, qui se présente comme le messie : certains suivent sa voie en se convertissant à l’islam, d’autres demeurent Juifs ou reviennent à une pratique accrue du judaïsme.
Elle entame un déclin jusque vers 1850 en raison de la rivalité économique de chrétiens, grecs orthodoxes et Arméniens, d’épidémies (peste, choléra) et des pogroms.

L’arrivée des Frankos, Juifs émigrés de pays chrétiens, favorise la renaissance de Salonique qui connaît un essor industriel - briqueteries, entreprises textiles, minoteries, etc. – et est touchée par la Haskala, mouvement Juif inspiré par les penseurs des Lumières. Des écoles de l’Alliance israélite universelle (AIU) contribuent à introduire la culture française et à former les élèves aux métiers requis par les industries. Des Juifs saloniciens militent au sein du mouvement Jeune turc, et dans des organisations afin d’améliorer leurs conditions de travail.

Après la Première Guerre balkanique (octobre 1912-mai 1913), Salonique passe sous domination grecque.
Les pionniers du sionisme – Jabotinsky, Ben Gourion, Ben Zvi – se rendent dans une Salonique qu’ils idéalisent.

En 1917, un incendie ravage en particulier la partie basse de Salonique où vivait la grande partie de la communauté Juive, détruit près de la moitié des synagogues…

La ville s’hellénise au détriment des Juifs, victimes de l’antisémitisme véhiculés notamment par le journal Makedonia et par le mouvement nationaliste Ethniki Enosis Ellas (EEE, Union nationale de Grèce), proches du parti libéral dirigeant la Grèce, et qui se déchaine lors du pogrom de camp Campbell (1931) : incendie volontaire d’un quartier Juif, assassinat d’un Juif, profanation du cimetière juif salonicien.

De nombreux Juifs saloniciens s’exilent en France, Espagne, aux Etats-Unis, et en Palestine mandataire où la famille Recanati crée une banque dont le nom actuel est la Israel Discount Bank.

L’EEE est interdite par Ioánnis Metaxás, dictateur arrivé au pouvoir en 1936, qui jugule les vecteurs d’antisémitisme tels certains journaux et établit des relations satisfaisantes avec Zvi Koretz (1894-1945), grand rabbin de Salonique et érudit polyglotte et germanophone.

Les Juifs représentent environ 40% des Saloniciens.

Déportations
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Salonique abrite 56 000 Juifs sur environ 93 000 Saloniciens, soit 70% de la communauté Juive de Grèce.

Les Juifs grecs s’engagent pour combattre les forces de l’Axe, l’Italie fasciste qui a envahi la Grèce le 28 octobre 1940 et l’Allemagne nazie.

Après la défaite de la Grèce, l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste et la Bulgarie démembrent la Grèce en découpant leurs zones d’occupation.

Le 9 avril 1941, les Allemands pénètrent à Salonique et mettent en vigueur des mesures antisémites qui se renforcent à partir de juillet 1942 avec les persécutions – interdiction de médias Juifs, réquisitions d’immeubles Juifs, dont l’hôpital financé par le baron Hirsch, etc. - et les humiliations collectives.

Interpelé le 17 mai 1941 par la Gestapo, Zvi Koretz, grand rabbin de Salonique, est déporté dans un camp de concentration à proximité de Vienne (Autriche). A son retour à Salonique fin janvier 1942, il assume de nouveau sa fonction – chef spirituel et président de la communauté, dirigeant du Judenrat - d’une manière qui suscite une polémique.

En juin 1941, les Allemands spolient la communauté de leurs archives.

En juillet 1942, lors d’un chabbat, menacés par les armes, 9 000 Juifs saloniciens grecs âgés de 18 ans à 45 ans sont battus, humiliés sur la place de la Liberté (Plateia Eleftheria). Sur les 4 000 Juifs saloniciens obligés de travailler pour l’entreprise allemande Müller pour construire des routes et voies ferrées dans des zones infectées par le paludisme, 12% meurent en deux mois et demi de faim, de fatigue extrême, de maladies.

Ils sont rapatriés grâce au paiement d’une rançon de 3,5 milliards de drachmes exigée par les Allemands et financée par les communautés Juives salonicienne et athénienne, et car les dirigeants communautaires saloniciens acceptent de transférer les tombes de leur cimetière confessionnel – 300 000-500 000 tombes – afin de satisfaire les visées urbanistiques municipales. En fait, les ouvriers grecs détruisent les tombes ; Grecs et Allemands pillent les pierres tombales Juives pour les utiliser comme matériaux de construction. Ce site de l’ancien cimetière Juif salonicien correspond actuellement en particulier à l’université Aristote.

De 3 000 à 5 000 Juifs saloniciens se réfugient en zone italienne. Environ 800 rejoignent les rangs de la résistance grecque, essentiellement celle communiste de l’ELAS (Armée populaire de libération nationale).

En février 1943, les Juifs sont réunis dans trois ghettos, et le 15 mars 1943 le premier convoi  part vers le complexe concentrationnaire Auschwitz-Birkenau  (Pologne).

« La première chose que nous avons vue était le ciel rouge de Birkenau à cause des flammes sortant des cheminées des fours crématoires. Des flocons de cendre flottaient dans l'air. Les SS nous attendaient avec des chiens et hurlaient. Ils nous tapaient dessus et ne comprenaient pas pourquoi personne n'obéissait », a confié Heinz Kounio, Juif salonicien déporté adolescent, à l'AFP. Germanophone, il est désigné par les Nazis pour traduire en grec les ordres des SS sur le quai où arrivent les convois de déportation.

De mars à août 1943, « la déportation de la quasi-totalité de la communauté juive de Salonique  est organisée par les nazis Dieter Wisliceny et Aloïs Brunner » - tous deux arrivés le 6 février 1943 - avec la collaboration de Max Merten, officier en charge des Affaires civiles. Ces nazis sont aidés par un Juif salonicien, Vital Hasson et ses sbires.

Chaque convoi de déportation contient 1 000-4 000 Juifs saloniciens. Le dernier convoi part le 7 août 1943 avec à son bord Zvi Koretz, son épouse Gita et leurs deux enfants Léo et Lili, vers le camp de Bergen-Belsen. Les Juifs porteurs de visas ou de nationalité de pays neutres ne sont pas déportés.

Dans ces camps de concentration ou/et d’extermination, les femmes, les enfants et les personnes âgées saloniciens sont immédiatement tués. Les autres Saloniciens sont astreints à des travaux exténuant, amenés dans le ghetto de Varsovie (Pologne) pour le déblayer en août 1943 et y construire un camp – une partie d’entre eux parvient à rejoindre la résistance polonaise -, affectés aux Sonderkommandos – certains participent à la révolte du 7 octobre 1944 en détruisant le crématoire III et éliminant des gardes, et avant d’être tués ils entonnent l’hymne national grec et le chant des partisans grecs.

Des 46 091 Juifs déportés de Salonique vers les camps nazis d'extermination, 1 950 ont survécu en 1945. Moins de 1 500 Juifs vivent actuellement à Salonique.

Le 2 juillet 1946, s’ouvre en Grèce le procès des « collaborateurs qui avaient trahi leurs frères de Salonique », dont Zvi Koretz, Jacques Albala et Vital Hasson.

Une mémoire grecque fragmentée
La crise du logement, la faiblesse des rares Juifs survivants et la Guerre froide ont freiné la restitution des biens dont les Saloniciens Juifs avaient été spoliés sous le joug allemand, ainsi que la reconnaissance des tragédies infligées à ces Juifs lors de l’Occupation allemande.

En 1997, la municipalité de Thessalonique – nouveau nom de Salonique – a fait édifier dans une banlieue éloignée du centre-ville, un mémorial à la mémoire des Juifs saloniciens déportés. Après sa visite à la synagogue de Madrid (1992), le roi Juan Carlos 1er a rendu hommage aux Juifs sépharades à Salonique.
Les dirigeants de l’université Aristote ont refusé de rappeler par un monument la profanation du cimetière Juif salonicien.

En juin 2011, ce mémorial a été recouvert par le mot « mensonge » et d’un graffiti associant la croix gammée à l’étoile de David. C’était la seconde profanation de ce monument.

Le 26 décembre 2012, 668 pierres tombales en marbre de Juifs de Salonique, détruites par les Nazis, ont été découvertes à Thessalonique (Grèce).

Le 16 mars 2013, Ronald S. Lauder, président du Congrès juif mondial, Arye Mekel, ambassadeur d'Israël en Grèce, Yiannis Boutaris, maire de Salonique, Ivry Gitlis, violoniste israélien et ambassadeur de bonne volonté de l'Unesco  (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture), et un millier de personnes ont marché en silence  à Thessalonique en souvenir du 70e anniversaire des premières déportations des Juifs saloniciens. Puis, ils ont déposé des fleurs sur les rails du chemin de fer. Les dirigeants communautaires ont exprimé leur inquiétude suscitée par l’entrée au Parlement grec en juin 2012 de 18 membres du parti nationaliste, d’extrême-droite, Aube dorée (Chryssi Avghi, en grec), mouvement dirigé par Nikos Mihaloliakos, et dont les chefs ont tenu des propos négationnistes.

Après un service à la synagogue de Monastiriotes à la mémoire des Juifs saloniciens déportés, Antonis Samaras, Premier ministre grec, a annoncé qu’un projet de loi interdira les partis niant les crimes contre l’humanité, comme la Shoah.

Heinz Kounio, alors jeune Juif déporté dans le premier train de déportés juifs quittant le 15 mars 1943 Salonique, dans le nord de la Grèce, pour le camp d'Auschwitz-Birkenau, est l'un des derniers survivants Juifs grecs de la Shoah. Agé de 85 ans, M. Kounio a témoigné en mars 2013 devant des dirigeants communautaires de divers pays, à Thessalonique, "inquiets de l'émergence de partis néonazis en Grèce et dans le reste d'une Europe affaiblie et divisée par la crise économique et financière à Thessalonique (Grèce)".
En décembre 2013, la municipalité de Thessalonique a annoncé qu’elle allait édifier  d’ici à 2020 un musée de la Shoah  sur le site de l’ancienne gare (un hectare) d’où sont partis les convois de déportation des Juifs saloniciens.

Le 24 février 2014, les Juifs de Thessalonique  ont annoncé  poursuivre l’Allemagne devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) afin d’être indemnisés  pour leurs préjudices matériel - rançon de 2,5 millions de drachmes versée en 1943 au commandant du IIIe Reich de la région, soit 45 millions d'euros en 2014, pour libérer les milliers de leurs coreligionnaires contraints au travail forcé et qui ensuite ont été déportés essentiellement à Auschwitz - et moral causés par les Nazis.

En 2013, la cour suprême grecque avait rejeté « une réclamation similaire pour des raisons de compétence, mettant fin à une saga judiciaire entamée en 1997 dans le pays ».

Pour l’Allemagne, la question des réparations de guerre a été réglée dans le cadre d'accords entre Etats lors de la Conférence de Paris (novembre 1945). Le 26 février 2014, Martin Schäfer, porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères, a déclaré : « Le gouvernement allemand a toujours souligné que nous étions totalement conscients de la responsabilité historique de l’Allemagne pour les crimes de la Deuxième Guerre mondiale ». Il a suggéré de collaborer avec la communauté Juive salonicienne sur des projets communs, sans préciser lesquels.

Le 4 mars 2014, le Congrès Juif mondial  (CJM) a exhorté  l’Allemagne à indemniser les Juifs saloniciens.
L’histoire de la Shoah est réduite à quelques lignes dans les manuels scolaires grecs.

En 2010, Michèle Kahn a évoqué dans un livre le rôle controversé du Grand Rabbin de Salonique  auquel de nombreux Juifs reprochent sa stratégie d’obéissance aux ordres des Nazis et son long aveuglement, et silence, quant à leur dessein.

Le 20 mars 2014 à 19 h, le Mémorial de la Shoah a projeté « En présence de mes voisins » (In the presence of my neighbours) de George Gedeon. « L’auteur et réalisateur est un Chrétien orthodoxe éduqué à Rhodes, ignorant tout du désastre qui a touché la communauté juive de Grèce pendant la guerre, qui à un moment de sa vie, en comprend l’ampleur et fait tout pour le faire savoir aux Grecs, aux gouvernement grec, et à tous ceux qui veulent bien l’écouter dans le monde. C’est un homme exceptionnel qui a consacré 9 ans de sa vie à ce film. Le film a été suivi d’une table-ronde composée de Paul Hagouel, ingénieur et militant de la Mémoire qui vit à Thessalonique, Georges Prevelakis, professeur à l'Université Paris 1 et Joël Kotek, professeur à l’Université Libre de Bruxelles, spécialiste de l’antisémitisme en Europe. La table-ronde a ététanimée par Michel Azaria, vice-Président de JEAA, Judéo-Espagnol A Auschwitz ».
                        
Le 9 novembre 2014 a été inauguré un monument commémorant la destruction de l’ancien cimetière Juif de Thessalonique (Salonique), en Grèce.

Conçu par des artistes israéliens, il est situé sur une des collines de l'université Aristote de Thessalonique. Il est composé notamment de cinq stèles sur lequel figure un texte identique en grec, anglais, judéo-espagnol, français et hébreu et soulignant l’action destructrice des « nazis et leurs collaborateurs ». A ses côtés : une ménorah brisée.

Fondée en 1925, l’Université Aristote de Thessalonique a été construite sur une grande part de l’ancien cimetière Juif de Salonique « qui datait de l’Empire romain et qui conservait encore des tombes d’avant 1492, mais également des premiers Juifs décédés en exil après leur expulsion d’Espagne ». Ce cimetière « couvrait plus de 350 000 m² et comprenait plus de 300 000 tombes ». Sous l’occupation nazie, « le 6 décembre 1942, 500 ouvriers, payés par la municipalité, procédèrent à une destruction systématique et à une récupération des pierres tombales comme matériaux de construction encore visibles aujourd’hui à Thessalonique. Peu de temps après ce fut la communauté Juive qui fut exterminée dans sa quasi-totalité à Auschwitz ». En mars 1943, les Nazis ont commencé à déporter les Juifs saloniciens par trains vers le camp d’Auschwitz-Birkenau. En août, 49 000 des 55 000 Juifs  de cette ville avaient été déportés. Moins de deux mille ont survécu. En mai 2014, des vandales ont détruit des vases et ornements de plaques du cimetière Juif de Thessalonique.

Parmi les personnalités ayant assisté à cette cérémonie d’inauguration le 9 novembre 2014   : Georgios Orfano, ministre de la Macédoine et de la Thrace, Yiannis Boutaris, maire de Thessalonique, des représentants de l’Eglise grecque orthodoxe, David Saltiel, président de la communauté Juive de Thesalonique, Victor Isaac Eliezer, représentant le président du Bureau central des communautés Juives de Grèce affiliées au CJE (Congrès Juif européen), Irit Ben Abba, ambassadrice d’Israël, Christophe Le Rigoleur, consul général de France, les consuls d’Allemagne, de Bulgarie, des Etats Unis, de Finlande et de Roumanie, le professeur Périclès Mitkas, recteur de l’université Aristote de Thessalonique, et son prédécesseur Ioannis Milopoulos, Michel Azaria, vice-Président de JEAA (Judéo-espagnol à Auschwitz, représentant le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France).

Gratitude a été exprimée à ces deux recteurs de l’Université Aristote à l’origine de cet événement ainsi qu’à l’action persévérante de David Saltiel.

Le « discours le plus remarqué, le seul interrompu par des applaudissements, a été celui de Yannis Boutaris, maire de Thessalonique, portant kippa, qui comme à son habitude n’a pas mâché ses mots. Il a notamment déclaré, soixante-dix ans après, au nom de la ville, « avoir honte de ce silence injuste et coupable, honte pour ces collaborateurs Thessaloniciens qui ont collaboré avec les envahisseurs, pour les voisins qui ont détourné des fortunes, honte pour les autorités de la ville, le maire et le gouverneur général qui ont accepté sans protestation la destruction d’une mémoire de 500 ans et la conversion du plus grand Juif cimetière Juif d’Europe en un simple souvenir ». Il a ensuite assumé l’histoire de la municipalité et exprimé sa « honte de ces recteurs qui, après la guerre ont construit un campus à côté et au-dessus des tombes endommagées sans ériger une plaque commémorative ». Il a conclu en rappelant, comme il le fait chaque fois qu’il en a l’occasion, que la perte de la quasi-totalité de la communauté Juive est une perte pour tous les Thessaloniciens chrétiens, juifs, musulmans, athées et agnostiques de cette époque et d’aujourd’hui », a résumé Michel Azaria dans son article publié par le CRIF.

« Ce monument n’efface pas un fait historique, ne donne pas l’absolution… La société de cette ville et la communauté universitarie doit faire un pas de plus, et doit rechercher, documenter et présenter clairement au public les instigateurs et les exécuteurs de cette destruction », a déclaré David Saltiel.

Quant à Victor Isaac Eliezer, il a souligné : « Même après un délai de sept décennies, ce monument ne rappelle pas seulement que cette université a été construite sur le cimetière Juif de la ville, il rappelle le vandalisme dont ont souffert la culture et l’humanité de cette cité, et doit constituer un symbole de reconnaissance concernant la responsabilité portée par tous ces individus qui ont participé à cette brutalité ».

Recteur de l’université, Périclès Mitkas a condamné la destruction du cimetière, mais a ajouté que peut-être on pouvait trouver une forme de consolation dans le fait que sur « ces terrains sacrés a été érigée une université qui est le lieu quotidien de rencontre de nombreuses cultures, de promotion de la liberté et de la tolérance de toutes les religions, races et politiques et est dédié à la lutte contre les discriminations ».
       

Le 20 mars 2014 à 19 h
Au Mémorial de la Shoah
Diffusion d’« En présence de mes voisins » (In the presence of my neighbours) de George Gedeon

Canada, 2013. 48 minutes
Table-ronde animée par Michel Azaria, vice-Président de JEAA  (Judéo-Espagnol à Auschwitz), avec Paul Hagouel, ingénieur et militant de la Mémoire vivant à Thessalonique, Georges Prevelakis, professeur à l'Université Paris 1, et Joël Kotek, professeur à l’Université Libre de Bruxelles, spécialiste de l’antisémitisme en Europe.


Jusqu’au 16 mars 2014
Au Mémorial de la Shoah

17, rue Geoffroy-l'Asnier. 75004 Paris
Tél. : +(0)1 42 77 44 72
Tous les jours, sauf le samedi, de 10h à 18h, et le jeudi jusqu'à 22h

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Cet article a été publié les 15 mars et :
- 31 mai 2014. Le  Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) a présenté le 1er juin 2014 à 11 h Itinéraire mémoriel de Salonique à Paris, avec Janine Gerson-Père ;
- 2 janvier 2015.