Citations

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« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

dimanche 13 octobre 2019

« Le fusillé du mur des cons » par Clément Weill-Raynal


En avril 2013, le site Atlantico publiait une vidéo sur le « mur des cons », constitué de photographies de politiciens, de journalistes et du père d’une victime violée et assassinée, épinglées sur le mur de bureaux du Syndicat de la magistrature. Cette vidéo avait été filmée par Clément Weill-Raynal, chroniqueur judiciaire sur France 3, chaîne de France Télévisions. Dans « Le fusillé du mur des cons » (2013), ce journaliste relate la chronologie du scandale lié au « mur des cons ». Il analyse l’idéologie partiale d’un syndicat inséré dans le fonctionnement du ministère de la Justice. Poursuivie pour injures publiques au titre d’« éditrice » de ce panneau, Françoise Martres, alors présidente de ce Syndicat, a été condamnée en 2019 uniquement à l'égard d'une partie civile. En octobre 2019, le journaliste encourt une sanction pour avoir dit la vérité sur l'auteur de l'attentat terroriste islamiste à la préfecture de police de Paris le 3 octobre 2019.

Les blessures de Jamal al-Dura étudiées par le Tribunal correctionnel de Paris
La Cour d’appel de Paris a évoqué les blessures de Jamal al-Dura
« Le fusillé du mur des cons » par Clément Weill-Raynal

Au printemps 2013, le site Internet Atlantico, pure player, publiait une vidéo filmée dans les locaux du Syndicat de la Magistrature, à Paris. Un film court attestant de la présence du « mur des cons » où étaient épinglés les portraits photographiques de personnalités – politiciens, essentiellement de droite, éditorialistes, intellectuels, etc. – qualifiées avec dédain par cet épithète.

C’est par hasard, en remplaçant au dernier moment un collègue, que Clément Weill-Raynal, chroniqueur judiciaire sur France 3 et romancier, a découvert le 5 avril 20136, inopinément, et filmé avec son téléphone portable ce « mur des cons ». Sans percevoir sur le moment l’importance gravissime de ce mur.

Il en a parlé à des amis et connaissances pour solliciter leur avis.

"Emotion et tollé"
Quand Atlantico a rendu publique cette vidéo, l’indignation a été unanime, sauf au Syndicat de la magistrature qui s’est empressé de faire disparaître ce « mur des cons » - l’huissier de justice mandaté par Me Gilles-William Goldnadel n’a pu que constater cette disparition hâtive - et s’est efforcé de minorer la gravité de cet affichage de personnes n’ayant pas l’heur de pas partager les opinions de ce Syndicat, alors le deuxième syndicat français en termes de résultats aux élections professionnelles. Des magistrats ont allégué une "blague de potache" !

Or, nombre de citoyens demeurent attachés aux principes de neutralité du service public judiciaire et d'égalité des justiciables devant la loi. 

Le livre de Clément Weill-Raynal omet bizarrement d'évoquer le "gouvernement des juges".

La rédaction en chef de France 3 a refusé au début d’évoquer ce film. Puis, devant l’ampleur du scandale, a été amenée à couvrir l’affaire. 

Curieusement, le Syndicat national des journalistes (SNJ) et la CGT, syndicat proche du Parti communiste, n’ont pas soutenu Clément Weill-Raynal, qui a été visé par une procédure disciplinaire.

Lors des élections syndicales suivant le dévoilement de ce mur, le pourcentage de voix recueilli par ce Syndicat, le deuxième parmi les magistrats, a diminué, mais demeure important.

Le "credo" d'Oswald Baudot
Dans son livre écrit peu après le scandale, Clément Weill-Raynal rappelle l'idéologie politique imprégnant le Syndicat de la magistrature et résumée en 1974 par le "credo" d'Oswald Baudot, alors substitut du Procureur de la République à Marseille et membre de ce Syndicat. 

Extrait de cette "harangue" : « Soyez partiaux, écrivait-il. Pour maintenir la balance entre le fort et le faible, le riche et le pauvre, qui ne pèsent pas d'un même poids, il faut que vous la fassiez un peu pencher d'un côté. (…) Ayez un préjugé favorable pour la femme contre le mari, pour l'enfant contre le père, pour le débiteur contre le créancier, pour l'ouvrier contre le patron, pour l'écrasé contre la compagnie d'assurances de l'écraseur, pour le malade contre la sécurité sociale, pour le voleur contre la police, pour le plaideur contre la justice. »

"Oswald Baudot a comparu devant le Conseil supérieur de la magistrature en 1975 ; une réprimande a été suggérée, mais le ministre de la Justice", alors Jean Lecanuet, "ne prononça aucune sanction contre le substitut marseillais, très soutenu par le corps de la magistrature, toutes obédiences syndicales confondues - cette unanimité appartient elle aussi à une autre époque".

Françoise Martres
Après cinq années d’instruction, c’est donc en décembre 2018 que Françoise Martres, alors présidente de ce Syndicat, a comparu devant le Tribunal correctionnel au titre d’« éditrice » de ce panneau pour injures publiques devant le Tribunal.

Le Procureur a requis la relaxe de la prévenue.

Le 31 janvier 2019, le tribunal correctionnel a condamné Françoise Martres pour injure publique dans l'affaire du "Mur des cons" uniquement au préjudice du père d'une victime, le général Philippe Schmitt, dont la fille avait été assassinée par un récidiviste dans un RER. Il a considéré que la prévenue avait "commis une injure publique, et que les faits n'étaient pas prescrits, contrairement à l'appréciation du parquet et de sa défense". Il l'a condamnée à 500 euros d'amende avec sursis, ainsi qu'à verser au général Philippe Schmitt 5 000 euros de dommages et intérêts et 10 000 euros au titre des frais de justice".

Mais le Tribunal correctionnel a relaxé, pour des raisons de forme, Françoise Martres concernant les hommes politiques qui la poursuivaient. "Robert Ménard et le Rassemblement national ont été déboutés car leurs plaintes étaient incomplètes". "Neuf élus ou ex-élus de droite comme Patrick Balkany et Eric Woerth ont pour leur part été déboutés car leurs plaintes visaient des faits d'injure publique "envers un membre de l'Assemblée nationale" quand le tribunal n'a pu déterminer si l'injure était dirigée contre eux en raison de leurs fonctions ou si elle visait leurs personnes privées. Les tardives constitutions de partie civile de Nadine Morano, Dieudonné, Philippe de Villiers et Nicolas Dupont-Aignan ont été déclarées irrecevables". 

L'attentat contre la synagogue rue Copernic
Le 3 octobre 1980, un attentat terroriste antisémite du FPLP-OS (Front populaire de libération de la Palestine-Opérations spéciales) a visé la synagogue parisienne rue Copernic (75016), faisant quatre morts et 46 blessés. Livre, documentairecolloque et articles de presse ont étudié cet attentat. Le 13 décembre 2017, on apprenait que le parquet a requis le renvoi aux assises de Hassan Diab, principal suspect de l’attentat de la rue Copernic. Le 12 janvier 2018, on apprenait que Hassan Diab avait bénéficié d'un non-lieu. Libéré, le prévenu est retourné au Canada en étant accompagné jusqu'à l'avion par un représentant de l'ambassade du Canada en France. Le 26 octobre 2018, la Cour d'appel de Paris devait statuer sur ce non-lieu. Elle a préféré ordonner une nouvelle expertise graphologique.

« Trente-sept ans après le drame, deux juges parisiens, dont un membre du Syndicat de la Magistrature, ont prononcé un non-lieu et remis en liberté le 12 janvier, Hassan Diab, principal suspect dans l'enquête sur l'attentat de la rue Copernic. En dépit du fait que le parquet a fait appel de cette consternante décision, Diab a pu quitter la France par le premier avion et regagner le Canada multiculturel et antiraciste de M. Trudeau où il était reçu comme une vedette. Libanais naturalisé canadien, professeur de sociologie à l'université d'Ottawa, il avait fait l'objet d'une extradition en 2014 et se trouvait depuis incarcéré en France en raison des très lourdes charges pesant à son encontre dans le dossier. Pour motiver leur non-lieu les deux juges indiquent dans l'ordonnance que les charges « se heurtent à trop d'éléments à décharge » et affirment qu'un certain nombre de témoignages « permettent d'estimer que Diab se trouvait vraisemblablement au Liban » le jour de l'attentat », a écrit Me Gilles-William Goldnadel (Actualité juive hebdo, 01/02/2018 ).

Et de poursuivre : « Le 10 novembre 2017, lors d’une audience devant la chambre de l'instruction, l'avocat général a publiquement déclaré être  « effaré» de l'attitude des juges d'instruction et de leur propension à coller aux thèses de la défense. Quelle que soit désormais la position de la chambre de l'instruction saisie par le parquet, il est grandement à craindre que Diab, qui avait déjà multiplié les procédures avant que d'être contraint de se rendre à Paris, ne revoit la capitale française. Un gâchis judiciaire. Un déni pour les victimes. Mais il y a pire : l'indifférence de la communauté française. Et pire encore, l'apathie de la communauté juive organisée qui aurait dû organiser une manifestation à l'endroit même que je foulais il y a 37 ans. Si je ne suis pas pour moi, alors qui le sera ? »

Agnès Herzog
Depuis le déclenchement en 2000 de l'Intifada II par Yasser Arafat, chairman de l'Autorité palestinienne, le nombre d'actes antisémites a augmenté considérablement en France.

Dans son numéro de novembre 2009, L'Observatoire du monde juif, dirigé par le professeur Shmuel Trigano, a publié l'étude "Les Territories perdus de la justice", par Me Gilles-William Goldnadel et par Me Aude Weill-Raynal. Les auteurs y étudiaient plusieurs cas ayant occasionné des poursuites pour antisémitisme, et analysaient la "nouvelle jurisprudence en train de se construire depuis la recrudescence des actes antisémites... Les juges, dont on sait qu'ils se sont affranchi depuis longtemps de la tutelle du pouvoir politique, ont suivi le tropisme sociologique de cette époque troublée".

Ces deux avocats concluaient : "La progression de l'antisémitisme relooké ne pourra être freinée qu'en appelant un antisémite par son nom et en le sanctionnant sans lui trouver d'excuses. Tout simplement, en appliquant la loi".

Le 23 août 2004, France 3 a diffusé un reportage sur une énième agression contre un établissement juif. Vice président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), Joseph Zrihen déplorait : "Il n'y a pas toujours les peines nécessaires, qui sont des peines d'exemplarité quand il s'agit d'actes antisémites. Nous demandons que la justice ne fasse que son travail".

Le reportage indiquait en voix off : "Les syndicats de magistrats rejettent aujourd'hui ces accusations de laxisme". Et d'interviewer Agnès Herzog, alors vice-présidente du Syndicat de la magistrature, qui  déclarait : « La justice doit être égale pour tous et appliquée de la même manière pour tous. Dire que les magistrats n’appliquent pas la loi, c’est inexact ».

En 2012, M. B., copropriétaires français juif, ont été assignés devant un Tribunal d'Instance par un syndicat représenté par Foncia Paris pour un "arriéré de charges".

Ils ont prouvé qu’un cinquième de la somme réclamée, soit environ 1 000 €, voire plus, étaient injustifiés. Agnès Herzog, magistrate au sein du Tribunal d'Instance, n’en a pas tenu compte. Pourquoi ? 

M. B. ont aussi prouvé que la gestion financière du Syndicat et de Foncia Paris était émaillée d’erreurs depuis des années : en 2011-2012, un autre syndicat avait déploré notamment les « incohérences » de charges réclamées par Foncia Rives de Seine sans « réelles pièces comptables », ses régularisations « erronées » et son trop-versé aux URSSAF (9.514 €). Le 6 avril 2012, Foncia Rives de Seine avait reconnu un « oubli » comptable concernant une régularisation d’environ 20 000 €, etc. Agnès Herzog n'en a pas tenu compte.

L’enrichissement de ce Syndicat ? Agnès Herzog s'est désintéressée de ce millier d'euros, et a alloué au Syndicat, 3 000 € pour indemniser ses frais judiciaires de 1 741,38 € (honoraires payés à Me Goldberg). Soit quasiment le double. Généreuse Agnès Herzog. Alors que généralement les juges allouent au mieux 1 500€, voire 2 000 € quand ils accueillent les demandes de justiciables devant le Tribunal. Pourquoi ?

En 2015 et en 2017, le Tribunal puis la Cour d'appel de Paris n'ont pas non plus tenu compte des preuves versées aux débats par M. B. qui contestaient la prétendue "dette" réclamée - le solde de leur compte de copropriétaires était positif. Pourquoi ?

Matthieu Bonduelle
 Matthieu Bonduelle est un ancien secrétaire général du Syndicat de la magistrature. Il est vice-président chargé de l’instruction au Tribunal de Grande instance (TGI) de Paris, après avoir exercé à Mulhouse, Bobigny et Créteil.

En 2012, Matthieu Bonduelle a présenté « Contre l’arbitraire du pouvoir », livre qu’il a co-écrit à la Librairie Résistances. Une présentation annoncée par le site d’EuroPalestine. Cette librairie affirme le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, à la justice et à la solidarité, à la résistance contre toutes les formes d’oppression, notamment celle subie depuis des décennies par le peuple palestinien ».

Dans La Gazette du Palais (30 août 2013), il a déclaré que « prétendre que les juges doivent être neutres, c’est leur dénier le droit de juger ». Dans son article intitulé « Juger est un acte politique » publié par Le Monde diplomatique (septembre 2014), mensuel aux positions anti-israéliennes : « L’acte de juger est nécessairement politique, puisque le juge doit choisir. Les juristes, théoriciens ou praticiens, le savent bien : « appliquer la loi », cela veut tout et rien dire ».

Le 30 janvier 2019, un justiciable français juif sioniste, qui devait comparaître devant ce magistrat, a sollicité du Procureur que celui-ci désigne un juge neutre, non membre du SNM, pour l'interroger sur son dossier. En vain.

Dans Le Figaro (3 juin 2019), Me Gilles-William Goldnadel a écrit :
"On apprenait en effet qu’un policier faisait l’objet d’un renvoi exceptionnel devant la Cour d’Assises. Un manifestant, membre du syndicat Sud, a perdu l’usage d’un œil en raison d’un lancer de grenade du policier alors que, selon l’accusation, la situation ne l’imposait nullement. Renseignements pris, les juges reprochent davantage à la hiérarchie policière leur absence de consignes intelligibles que le désir volontaire du policier incriminé et inexpérimenté d’éborgner définitivement sa victime. Et pourtant, décision unique, contre l’avis du parquet, a été prise de renvoyer le policier devant des Assises qui jugent ordinairement les dangereux criminels et assassins délibérés. Appel a été effectué par le policier.
Il se trouve que l’un des deux juges se nomme Matthieu Bonduelle. Qu’il est un ancien Secrétaire Général du Syndicat de la Magistrature. Qu’en septembre 2014, il commettait un article dans le Monde Diplomatique dont le titre à lui tout seul résume le magistrat: «Juger est un acte politique». Avec une indéniable franchise, ou pour l’écrire négativement sans aucune réserve, M. Bonduelle explique qu’un juge ne doit pas être neutre. Le juge en appelle à Bourdieu mais il aurait pu tout aussi bien invoquer les mânes de Foucault. Le système judiciaire est simplement considéré comme un élément des «appareils idéologiques d’État» d’Althusser. L’indépendance judiciaire n’est pas considérée pour ce qu’elle est un moyen de prendre du recul sur les conflits humains dans le but de les résoudre mais perçue comme un outil de domination, un dispositif fonctionnel par lequel la classe dirigeante est protégée par une justice fictive (voir L’erreur et l’Orgueil de Roger Scruton (L’Artilleur). C’est ce système judiciaire que le juge Bonduelle exècre. Il fait de la politique et il l’écrit.
Dès lors, il me faut écrire à mon tour que le doute sur l’impartialité du juge membre du Syndicat du Mur des cons pour renvoyer le policier devant la Cour d’Assises relève de l’euphémisme. Et que ce dernier pourrait être le bouc émissaire du désir politique de faire le procès d’une police française dont l’une des couvertures d’une brochure du syndicat précité caricaturait les policiers, non en poulets mais en cochons.
Au nom de la conception que je me fais de la justice, cela devait être dit, à tout prix."
Attentat à la Préfecture de police de Paris
Le 3 octobre 2019, alors qu'il couvrait l'attentat à la préfecture de police de Paris survenu quelques heures auparavant, le journaliste Clément Weill-Raynal a évoqué à l'antenne un "attentat" et « l'hypothèse d'un acte motivé par l'islam radical ». Deux points confirmés par l'enquête. Clément Weil-Raynal a été convoqué par sa hiérarchie qui lui reproche ces mots, un "défaut de maîtrise à l'antenne" constitutif selon elle d'une faute. Le journaliste encourt une sanction.

"Pour Force ouvrière, ces « menaces et ces mises en cause sont injustifiables » et le syndicat évoque des « pressions » qui « relèvent de l'intimidation et du procès d'intention ». Il se demande si « la démarche de la direction de l'information à l'encontre de ce journaliste ne traduit pas une incapacité à discerner la réalité de l'information ». Le communiqué conclut qu'après l'écoute « attentive » de l'édition spéciale de Franceinfo, « aucune faute professionnelle ne peut être reprochée » à ce confrère. « J'ai évoqué une hypothèse et, aujourd'hui, on me parle de faute professionnelle, c'est kafkaïen », conclut le journaliste."

"Du côté de la direction de l'information de France télévisions, on explique que le journaliste a reçu un simple « rappel à l'ordre » pour des « consignes pas respectées » concernant notamment le partage des informations. On évoque un problème de cohérence des antennes de France télévisions, un problème de « forme plus que de fond ». Pour la direction de l'information : « Sur des sujets sensibles comme celui-ci, nous devons être très vigilants, il faut qu'on ait une maîtrise de l'antenne. L'information de service public se doit d'être exemplaire. »

L'homme interpellé le 11 octobre 2019 à l'aéroport de Glasgow n'est pas Xavier Dupont de Ligonnès, accusé d'un quintuple assassinat à Nantes en 2011, comme l'ont allégué à tort les médias. Dès le 12 octobre 2019, les médias, dont France Télévisions, ont reconnu leur erreur, et ont rejeté la responsabilité sur leurs sources policières "haut placées". Pas de sanction pour ces journalistes de France Télévisions, France Info, l'AFP, etc. ?


Clément Weill-Raynal, « Le fusillé du mur des cons ». Plon, 2013. 150 pages. ISBN 9782259222334



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Cet article a été publié le 31 janvier 2019.

samedi 12 octobre 2019

Vladimir Horowitz (1903-1989)


Vladimir Horowitz (1903-1989) est « un légendaire pianiste russe » Juif naturalisé américain. Arte diffusera le 13 octobre 2019, dans le cadre des "Grands moments de la musique" (Sternstunden der Musik), "Horowitz, le concert de Moscou" (Vladimir Horowitz: das Moskau-Konzert) réalisé par Philipp Quiring et Holger Preuße. 


En cette année qui marque les 25 ans du décès de Vladimir Horowitz (1903-1989), Arte rendra hommage  à ce « légendaire pianiste russe » romantique, virtuose reconnu pour ses interprétations de Liszt, Chopin, Rachmaninov, Scriabine et Tchaïkovski, encensé par ses pairs, apprécié du publié, pédagogue - Nico Kaufmann, Byron Janis, Ronald Turini, Murray Perahia -, et à la longue carrière internationale (1920-1989).

Vladimir Horowitz a aussi interprété la musique impressionniste – Wagner – et contribua à remettre à l’honneur Scarlatti et Clementi. 

Un jeu romantique 
Vladimir Horowitz est né en 1903 à Berditchev, Ukraine, alors dans l’empire russe, dans une famille Juive aisée, cultivée, qui compte de nombreux musiciens et compositeurs en son sein et de célèbres artistes - Anton Rubinstein, Alexandre Scriabine - parmi ses amis.

Sa mère, Sofia Horowitz, est son premier professeur de piano dont elle enseigne la technique alors que Vladimir Horowitz a cinq ans.

Quatre ans plus ard, il complète sa formation au Conservatoire de Kiev, auprès de Sergueï Tarnovski, Vladimir Puchalsky et Felix Blumenfeld. En 1914, il fait la connaissance d’Alexandre Scriabine.

Dès 1920, Vladimir Horowitz donne son premier récital en solo, à Kharkiv, et l’année suivante, son premier concert à Kiev.

En 1922, il rencontre Nathan Milstein, et débute sa carrière de concertiste dans le cadre du Bureau soviétique de concert.

Berlin, Paris, Londres, New York où il s’installe en 1936… Il est salué par la critique, le public et ses pairs. Il se lie d’amitié avec Sergueï Rachmaninov.

Il enregistre son premier disque : il interprète la sonate pour piano de Liszt.

Dirigé par Arturo Toscanini, il joue Beethoven. Il épouse en 1933 Wanda Toscanini (1907-1998). Le couple a une fille, Sonia (1934-1975).

1939 marque la fin des concerts du virtuose, de santé fragile, jusqu’au 25 février 1953. Le pianiste poursuit pourtant ses enregistrements, à son domicile, pour RCA, avec lequel il est sous contrat depuis 1946, puis pour CBS de 1961 à 1973, avant de renouer avec RCA.

Nouvelle interruption des concerts jusqu’au 9 mai 1965. Après quatre années de récitals aux Etats-Unis, il opère une nouvelle pause jusqu’en 1974. Puis, ses concerts, « le plus souvent donnés à guichet fermé », le mènent en Europe.

En 1985, grâce à la persuasion de Peter Gelb, actuel patron du Metropolitan Opera, « le mythique pianiste Vladimir Horowitz avait accepté de se laisser filmer par les frères Maysles à New York. Dans son anglais au fort accent russe, avec un goût inné pour la mise en scène et un vrai talent d’acteur, il célèbre en paroles et au piano le recueillement d’un choral de Bach, la noblesse d’un prélude de Rachmaninov et l’héroïsme d’une "Polonaise" de Chopin » sous l’œil vigilant et tendre de madame Wanda Toscanini-Horowitz, assise dans un canapé à fleurs. Un voyage émouvant dans l’univers musical et intime du virtuose ».

A son retour en Union soviétique en 1986, « pour la première fois depuis des décennies », Vladimir Horowitz « est l’objet d’une véritable vague d’hystérie dans toute l’Europe. Les billets pour ses récitals », notamment à Moscou, « se négocient alors à prix d’or au marché noir ».

En « mai 1987, le pianiste Vladimir Horowitz donne un concert mémorable au Musikverein de Vienne. Au programme : Scarlatti, Rachmaninov, Scriabine, Liszt, Schumann et Chopin. Ponctuant les morceaux, des extraits d’entretiens avec le virtuose montrent la manière dont il s’est inscrit dans l’histoire de son temps. Des confidences émouvantes, notamment lorsque le pianiste évoque des souvenirs d’enfance avec Scriabine et Rachmaninov ».

Horowitz décède en 1989.

Arte a rendu hommage « au légendaire pianiste russe » Juif naturalisé américain Vladimir Horowitz (1903-1989) « à l’occasion des 25 ans de sa disparition ».

La chaîne franco-allemande diffusa le 14 décembre 2014, à 17 h, « Horowitz - Le dernier romantique » d’Albert Maysles et de David Maysles (1985), puis à 18 h 30 « Horowitz à Vienne », de Brian Large (1987).


Le 1er festival du théâtre français en Israël (22-30 octobre 2017) présenta, les 23 et 29 octobre 2017, à Beit Hachayal à Tel Aviv, Horowitz, le pianiste du siècle, mise en scène par Steve Suissa avec Francis Huster et la pianiste Claire-Marie Le Guay. "Offrez-vous l’expérience d’une soirée exceptionnelle qui vous invite à revivre le destin fantastique, déchirant et incroyable de Vladimir Horowitz. Derrière ces deux virtuoses, une juxtaposition d'écrans nous raconte en images, l'enfance, la vie, l'oeuvre, les endroits parcourus, les concerts et fait revivre, au travers de films et de documents d'époque, la Révolution russe et deux guerres mondiales qui incendièrent la vie déchirante du plus grand pianiste du siècle. Une nouvelle façon de rassembler différentes formes d'arts unique, émouvante, drôle, vraie et accessible".

Le 3 février 2018, à 20 h 30, la Salle Gaveau a accueilli Horowitz, le pianiste du siècle, mise en scène par Steve Suissa avec Francis Huster et la pianiste Claire-Marie Le Guay.   

Ce spectacle Horowitz, le pianiste du siècle, mise en scène par Steve Suissa avec Francis Huster et la pianiste Claire-Marie Le Guay est en tournée du 19 janvier au 21 février 2019 : le 8 février à Itteville, le 10 février à Mantes-la-ville, le 15 février à Taverny, le 20 février à Béziers et le 21 février à Lattes. "Le temps d’un spectacle qui mêle théâtre, concert et projections vidéos, Francis Huster se glisse dans la peau de ce géant du piano et fait revivre son incroyable destin. Il est accompagné par la grande concertiste Claire-Marie Le Guay. Mise en scène: Steve Suissa."

Arte diffusera le 13 octobre 2019, dans le cadre des "Grands moments de la musique" (Sternstunden der Musik), "Horowitz, le concert de Moscou" (Vladimir Horowitz: das Moskau-Konzert) réalisé par Philipp Quiring et Holger Preuße. "Avec son récital moscovite d’anthologie de 1986, le pianiste russe Vladimir Horowitz signait un émouvant événement médiatique annonciateur de la perestroïka".

"Le 20 avril 1986, Vladimir Horowitz, pianiste emblématique du siècle dernier, retourne en Russie après 60 ans d’exil pour donner à Moscou un émouvant concert. Pour de nombreux mélomanes, son apparition moscovite relève du miracle : ils voient là le signe vivant que les frontières entre Est et Ouest ne sont finalement pas infranchissables. Mais ce concert providentiel marque également un tournant dans la vie du pianiste qui, à 80 ans, semble s’être enfin apaisé après de nombreuses crises existentielles assorties d’une dépendance médicamenteuse. Retour sur un concert au programme extrêmement riche et varié qui, ainsi que Martha Argerich ou Daniil Trifonov le racontent, a profondément marqué les esprits".


"Horowitz, le concert de Moscou" par Philipp Quiring et Holger Preuße
Allemagne, 2018
Sur Arte le 13 octobre 2019 à 18 h 30
Visuel : Zur ARTE-Sendung Sternstunden der Musik Vladimir Horowitz - Das Moskau-Konzert (1986) Vladimir Horowitz – Nach mehr als 60 Jahren kehrt er 1986 in seine russische Heimat zurück. © Getty Images Foto: ZDF Honorarfreie Verwendung nur im Zusammenhang mit genannter Sendung und bei folgender Nennung " Bild: Sendeanstalt/Copyright" .

« Horowitz - Le dernier romantique » d’Albert Maysles et de David Maysles
ZDF, Etats-Unis, 1985, 88 min
Diffusion sur Arte le 14 décembre à 17 h

« Horowitz à Vienne » de Brian Large
ZDF, Etats-Unis, 1987, 44 min
Diffusion sur Arte les 14 décembre à 18 h 30, 19 décembre 2014 à 5 h 20 et 22 décembre 2014 à 5 h 15

Visuels :
© Sony Classical

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Les citations proviennent du site d'Arte. Cet article a été publié le 14 décembre 2014, puis les 30 octobre 2017, 4 février 2018 et 9 février 2019.

Michel Legrand (1932-2019)


Compositeur, chanteur, pianiste, arrangeur, chef d'orchestre et réalisateur, ami des plus talentueux, Michel Legrand (1932-2019) a excellé dans un registre allant du jazz au classique via les variétés, tout en révolutionnant la comédie musicale avec Jacques Demy. Fidèle enthousiaste à la mélodie, cet artiste rigoureux, exigeant, généreux et ne craignant pas le lyrisme, a été ostracisé, et interdit de salles de concerts en France par « Pierre Boulez et sa famille ». Grâce à Henry Mancini, il s’est installé à Hollywood et y obtient trois Oscar. C'était un ami d'Israël. Arte diffusera le 13 octobre 2019 « Charmants garçons » (Kavaliere) réalisé par Henri Decoin et dont la musique est signée par Michel Legrand.

« Dans mon métier, je me suis toujours attaché à ne jamais me répéter. J’ai fait 150 000 choses différentes : je joue, je chante, je dirige... J’ai la prétention de pouvoir tout faire parce que, comme disait Cocteau, “le tact dans l’audace c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin », avait confié Michel Legrand au Jerusalem Post.

Michel Legrand (1932-2019) est né dans une famille musicale, en partie d'origine arménienne.

Formé au Conservatoire de musique de Paris par sa « mère en musique », Nadia Boulanger, Michel Legrand découvre émerveillé le jazz.

Il débute comme arrangeur pour son père, le chef d'orchestre Raymond Legrand. Accompagnateur de Maurice Chevalier, il compose des chansons et des musiques de films. Sans préjugé.

« Michel Legrand - Sans demi-mesure »
« Dans un même élan virtuose, il est passé de l'arrangement à la composition, du jazz au classique, de la Nouvelle Vague à Hollywood, où il remportera trois Oscars. Un portrait hommage jubilatoire de Michel Legrand, musicien aux carrières multiples, décédé le 26 janvier 2019 ».

« En quittant le domicile familial, son père, compositeur, laisse un vieux piano. Tout jeune, Michel Legrand apprend la musique seul, en reproduisant à l'oreille des airs qu'il écoute à la radio. Puis il entre au conservatoire, sous la férule d'une grande et austère pédagogue, Nadia Boulanger. Il reviendra sur le tard au classique pour composer de la musique symphonique. Mais happé par sa passion pour le jazz, il préfère d'abord s'émanciper de ce carcan, et saura retranscrire en français le swing américain, réputé insaisissable. Ce pulvérisateur de frontières a joué avec les plus grands jazzmen (Miles Davis, John Coltrane…). Il a aussi été compositeur, arrangeur, pianiste, chanteur et chef d’orchestre. Grâce à lui, la musique de film passe au premier plan. Avec Jacques Demy, c'est l'osmose. Ensemble, des Demoiselles de Rochefort aux Parapluies de Cherbourg, ils inventent le musical à la française. Compositeur de la Nouvelle Vague, Michel Legrand n'en cède pas moins aux sirènes d'Hollywood, où il remportera trois Oscars – L'affaire Thomas Crown, Un été 42, Yentl – et un plébiscite que la critique française lui refuse encore ».

« Michel Legrand - Sans demi-mesure » (Michel Legrand. Drei Oscars für die Filmmusik) est un documentaire réalisé par Gregory Monro. « Monté avec inventivité et sur un rythme alerte, porté par le lyrisme teinté de mélancolie de ses mélodies et de nombreux extraits de films, ce documentaire épouse avec bonheur l'inimitable phrasé, tout en circonvolutions passionnées, de son sujet. De foisonnantes archives dévoilent son sens du show, son énergie débordante, le petit air intello qu'il avait à ses débuts, sa virtuosité et sa précocité. Au cours d'un émouvant entretien, Michel Legrand évoque ses années de jeunesse, sa carrière et même… son mauvais caractère, issu de sa grande exigence, qui lui vaut de piquer des colères à la de Funès. Au fil de ce portrait jubilatoire, de nombreux intervenants, de Bertrand Tavernier à Xavier Beauvois en passant par son biographe Stéphane Lerouge, portent un regard amusé et admiratif sur l'artiste et son œuvre ».

« Charmants garçons »
Arte diffusera le 13 octobre 2019 « Charmants garçons » (Kavaliere) réalisé par Henri Decoin (1957). « Une chanteuse de night-club voit défiler les hommes sans se faire d'illusions... Avec Daniel Gélin, François Périer, Henri Vidal, Gert Fröbe, Jacques Dacqmine, Jacques Berthier et la légendaire Zizi Jeanmaire, une comédie légère d'Henri Decoin (1957), avec des numéros musicaux composés par Michel Legrand ».

« Chanteuse et danseuse de talent, Lulu Natier ne se fait plus d'illusions sur les hommes. Ne vient-elle pas de découvrir que Robert, son dernier amant, n'a jamais eu l'intention de se séparer de son épouse ? Quant au gros Edmond Petersen, il est convaincu que son compte en banque suffira à la séduire. En vérité, Lulu n'est en confiance qu'avec Charles, son imprésario, mais sans doute est-ce parce qu'il ne s'intéresse pas aux femmes. Pourtant, elle a apprécié le charme et la franchise d'Alain Cartier, un cambrioleur de passage. Sous contrat avec le casino de Cannes, elle descend sur la côte, et fait en chemin la rencontre d'un boxeur, Kid Chabanne… »

 « Porté par la musique de Michel Legrand, Charmants garçons célèbre le monde du cabaret avec une certaine nostalgie pour les films d'avant-guerre, légers et fripons, où la morale, élastique, n'a que peu d'importance face au plaisir. La légendaire Zizi Jeanmaire rayonne dans cette savoureuse comédie, pimentée de numéros musicaux taillés pour sa présence scénique ».

« Peau d’âne, le plus beau conte de Jacques Demy »
Arte diffuse sur son site Internet, dans le cadre d’« Invitation au voyage » (Stadt Land Kunst), "Peau d’âne" de Demy / Guatemala / Monaco » par Fabrice Michelin. Linda Lorin « nous emmène à la découverte de notre patrimoine artistique, culturel et naturel. Dans ce numéro : "Peau d’âne" le plus beau conte de Jacques Demy - Au Guatemala, le paradis des Garifunas - À Monaco, le jeu de l’amour et du hasard ».

« Du château du Plessis-Bourré, bordé de larges douves, aux sous-bois de Gambais, en passant par le majestueux domaine de Chambord, Jacques Demy a sillonné l’Ouest de la France pour dénicher les décors naturels de son merveilleux Peau d’âne ».

Dreyfus
En 2014, a été créé à l'Opéra de Nice "Dreyfus", opéra sur une musique de Michel Legrand et un livret de Didier van Cauwelaert d'après l'Affaire Dreyfus. Une création mondiale associant des comédiens de télévision et théâtre (Pierre Cassignard), des chanteurs de comédie musicale (Vincent Heden et Rachel Pignot dans le rôle du couple Dreyfus) et d'opéra, dans une mise en scène de Daniel Benoin qui "jongle non sans angoisse avec 130 effets de lumière et 60 effets vidéo, qui doivent servir une histoire en 53 chansons". Les "généraux, qui ourdissent maladroitement un complot contre Dreyfus au nom de la raison d'Etat, offrent un registre musical lyrique, nécessitant davantage un recours aux sous-titres, tout comme le chœur professionnel de l'Opéra de Nice qui scande "mort aux juifs" ou "non aux juifs dans l'armée".

Michel Legrand a souligné le côté « antimilitaire » de l'oeuvre : « Si j'avais vécu à l'époque de l'affaire, j'aurais été un dreyfusard convaincu ». Didier van Cauwelaert insistait sur « l'extraordinaire cynisme à l'œuvre dans cette conspiration » de l'État-major" et racontait "l'histoire du point de vue inédit du traître cabotin Esterhazy, "voyou que l'armée française va manipuler".

Les auteurs du spectacle ont voulu "une alchimie entre le rire et l'émotion", car sinon le message sur l'antisémitisme ne passe pas, résume Didier van Cauwelaert. "C'est un opéra populaire, avec une musique déchiffrable à la première audition. Je souhaite des émotions directes", explique Michel Legrand. A 82 ans, le compositeur de musiques de films, instrumentiste, jazzman, a réuni une palette d'interprètes aussi éclectiques que sa propre carrière.

"Des décors coulissants, époustouflants de prouesse technique, permettent de suivre l'intrigue simultanément dans neuf univers superposés se présentant comme les cases d'une maison de poupée. S'y ajoute la scène principale de l'Opéra de Nice, baignée dans les atmosphères de projections vidéo, tantôt les vagues de la mer, l'ambiance mouvementée d'un bordel parisien, l'état-major de l'armée... Les spectateurs ne savent plus où donner de la tête devant ce décor de prestidigitateur, sans cesse renouvelé".

Michel Legrand et Didier van Cauwelaert avaient déjà collaboré à la comédie musicale "Le Passe-muraille" d'après Marcel Aymé, joué en 1997 à Paris au Théâtre des Bouffes du Nord, qui a ensuite fait le tour du monde en 300 représentations“.

Israël
« Ma première expérience en rapport avec l’Histoire israélienne remonte à 1982. J’ai mis en musique un biopic américain, Une femme nommée Golda, consacré à Golda Meïr. C’est sur ce film que j’ai pu rencontrer, quatre mois avant sa mort, l’actrice sublime qui tenait le rôle : c’était Ingrid Bergman », avait déclaré Michel Legrand au Jerusalem Post.

Et d'ajouter : « En dehors de ma collaboration, fusionnelle, avec Jacques [Demy], ma plus belle expérience de comédie musicale m’a été offerte par Barbra. Pour la musique de film, il y a différentes possibilités : la résumer à de l’illustration sonore ; ou en faire, carrément, un élément de scénario, lui faire épouser absolument la forme du film. C’est le principe de la comédie musicale. Yentl a été une aventure unique, l’une des partitions les plus riches qu’il m’ait été donné d’écrire ».

Interpréter Yentl en Terre sainte suscite les applaudissements nourris du public : « C’est un passage obligé. Je ne peux pas ne pas jouer ce thème quand je viens. Je suis fier de cette partition, d’avoir ému Israéliens et Juifs de tous les pays sur un sujet qui leur appartient, d’avoir réussi à leur ‘parler’ via ma musique. »

Après sa collaboration en 1984 avec Barbra Streisand sur son film Yentl, adapté de la nouvelle » Yentl, the Yeshiva Boy » d’Isaac Bashevis Singer, Michel Legrand composera en 1995 la musique du film d'animation franco-germano-israélo-hongrois Le monde est un grand Chelm (The Real Schlemiel/Aaron's Magic Village) réalisé par Albert Hanan Kaminski d'après les oeuvres de ce romancier

"Généreux et passionné, tel s’est montré Michel Legrand le soir de son concert hiérosolymitain. « C’est une grande émotion... Chaque fois, je suis très heureux de jouer ici et j’ai eu la chance de pouvoir diriger, ce soir-là, un merveilleux orchestre philharmonique. »

Michel Legrand était sensible à la spécificité d'Israël : « Israël, ce n’est pas seulement un pays de 16 ans mon cadet. C’est le symbole, le regroupement de tout un héritage traditionnel, musical, littéraire, qui a traversé le monde entier. L’odyssée de ce peuple est universelle. Je suis un ‘homme du monde’, je me promène dans le monde entier, mais Israël a ceci de particulier, à mes yeux, que son destin me touche particulièrement. Je trouve que c’est un pays courageux, admirable. Je ne me lasse pas de le visiter. Ce sont des gens formidablement intelligents, cultivés, scientifiques, musiciens... Les orchestres israéliens sont de très belle qualité. Pour moi, c’est du bonheur. »

Ses concerts à Tel-Aviv et à Jérusalem ? « C’était comme une marque de soutien envers l’essor culturel du pays. »

Michel Legrand était un ami de Robert Parienti, directeur de l’Institut Weizmann en Europe, ou Shimon Peres. « Je l’ai rencontré à Paris, au cours d’une soirée organisée par Robert Parienti. Avec Shimon, on a tout de suite sympathisé. Il m’a fait savoir qu’il aimait ma musique. Je tâche de le voir chaque fois que je me rends en Israël. C’est un homme que j’admire beaucoup et que j’aime comme un frère. »

Et cet artiste de déplorer : « Pourquoi la guerre, la mésentente, toujours ? C’est terrible qu’il n’y ait pas plus de compréhension entre les uns et les autres. Car tout le monde a le droit de vivre, tout le monde a droit au bonheur. Tout le monde a droit, en tout cas, à la paix. Il faut impérativement que les Israéliens fassent attention... Ils ont trop souvent changé d’optique quant à un éventuel processus de paix avec les Palestiniens. La paix est indispensable. Ce serait mon souhait pour l’avenir d’Israël. »

« Blow up - Michel Legrand  »
Arte diffuse sur son site Internet « Blow up - Michel Legrand  » (Blow up. Michel Legrand aus der Sicht).

« Se réveiller dans un monde sans Michel Legrand (1932-2019)... Chronique de Thierry Jousse consacrée aux B.O. des films. Où seront évoqués les films de Jacques Demy et de Jean-Luc Godard , mais aussi quelques films américains comme "L’Affaire Thomas Crown" et "Yentl "et même quelques films récents comme "L’Amour dure trois ans" de Frédéric Beigbeder ».

CITATIONS DE MICHEL LEGRAND

"J’ai commencé à vivre le jour où je suis entré au Conservatoire"

"Grâce à Nadia Boulanger, j’ai pu tout faire"

« Un jour où j’étais dans la classe de Nadia Boulanger, je rencontre Igor Stravinski dont elle était amie intime et dont nous déchiffrions régulièrement les partitions manuscrites à trois pianos. Alors que je le questionnais sur l’analyse de ses œuvres, il me dit ‘’J’ai une confidence à te faire, mon petit : quand on est un vrai créateur, on ne sait pas très bien ce qu’on fait ’. À ses mots, je me suis libéré et me me suis enfin dit : la musique va venir à moi dans le silence. » (Michel Legrand au micro de Jean-Baptiste Urbain pour Les Grands Entretiens 2017)

J’ai fait du cinéma car je n’étais pas reconnu par le milieu musical”.

"Jacques Demy et moi, nous étions deux frères".

"J’avais envie de connaître le cinéma américain de son ventre même".

« Pendant quarante ans Boulez et sa famille ont fermé toutes les possibilités pour tous les compositeurs d'être joués. Il a décidé qu'on allait oublier tout le passé de la musique jusqu'à aujourd'hui et qu'on allait repartir à zéro. Il a fermé la porte à tous les autres compositeurs. Les compositeurs comme moi ne pouvaient pas vivre puisqu'on n'avait pas accès à la salle de concerts. [Pierre Boulez] a agi, et c'est très grave, comme un fasciste. Il y a sa musique et rien d'autre ».


« Charmants garçons » par Henri Decoin 
France, 1957, 102 min
Scénario : Charles Spaak
Production : Les Films Sirius, Les Productions Jacques Roitfeld
Producteur/-trice : Lucien Masson, Georges Roitfeld, Jacques Roitfeld, Wladimir Roitfeld
Image : Pierre Montazel
Montage : Claude Durand
Musique : Georges Van Parys
Avec Daniel Gélin, Zizi Jeanmaire, François Périer, Henri Vidal, Gert Fröbe, Jacques Dacqmine, Jacques Berthier
Sur Arte 13 octobre 2019 à 9 h 20

« Blow up - Michel Legrand par Thierry Jousse 
Camera Lucida Productions, Jean-Stephane Michaux
France, 2015, 17 min

« Michel Legrand - Sans demi-mesure  » par Gregory Monro
France, 2017
Sur Arte le 16 février 2019 à 5 h 20

France, 2019

Articles sur ce blog concernant :
Les citations sur le documentaire sont d'Arte. Cet article a été publié le 14 février 2019, puis le 11 octobre 2019.