Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

vendredi 12 août 2022

Mike Nichols (1931-2014)

Mike Nichols 
(1931-2014) est un comédien, producteur, réalisateur - Qui a peur de Virginia Woolf ? (Who's Afraid of Virginia Woolf?, 1966), Le Lauréat (The Graduate, 1967), Le Jour du dauphin (The Day of the Dolphin, 1973),  Le Mystère Silkwood (Silkwood, 1983), La Brûlure (Heartburn, 1986), Working Girl (1988), Bons baisers d'Hollywood (Postcards from the Edge, 1990) - juif américain né à Berlin. Arte diffusera le 14 août 2022 à 23 h 35 « Ce plaisir qu'on dit charnel » (Die Kunst zu lieben) de Mike Nichols avec Jack Nicholson, Candice Bergen, Arthur Garfunkel, Ann-Margret, Rita Moreno.
  
Fred Astaire (1899-1987)

Igor Mikhail Peschkowsky, dit Mike Nichols (1931-2014), est né à Berlin (Allemagne). Originaire de Sibérie (Russie), sa famille paternelle aisée avait fui la révolution bolchevique. Ses grands-parents maternels étaient Gustav Landauer, un théoricien majeur de l'anarchisme, et Hedwig Lachmann, fille de chantre de synagogue et poétesse. Par sa mère, Mike Nichols était un cousin au troisième degré, deux fois retiré, du scientifique Albert Einstein.

En avril 1939, alors que les Nazis arrêtaient les Juifs à Berlin, Mikhaïl, âgé de sept ans, et son frère cadet Robert, âgé de trois ans, rejoignent, seuls, aux Etats-Unis leur père, qui y était arrivé quelques mois auparavant. Sa mère s'échappe d'Allemagne par l'Italie en 1940. 

Aux Etats-Unis, Pavel Nikolaevich Peschkowsky, médecin, modifie ses prénom et noms en Paul Nichols. Son fils Michael, âgé de sept ans, grandit à New York, et au bout de quelques années la famille habite près de Central Park.

Etudiant à Chicago, il fait la connaissance d'Elaine May. 
A New York, Mike Nichols étudie l'art dramatique auprès de Lee Strasberg. Après avoir débuté au début des années 1950 dans l'improvisation avec la troupe The Compass Players, il forme avec Elaine May en 1957 un duo comique, Nichols et May, qui acquiert la célébrité à Broadway et se sépare en 1961. Leur  deuxième disque, An Evening With Mike Nichols and Elaine May, reçoit en 1962 le Grammy Award for Best Comedy Album.

Mike Nichols s'oriente vers la mise en scène au théâtre à Broadway : Barefoot in the Park de Neil Simon (1963), avec Robert Redford et Elizabeth Ashley, Luv (1964), et The Odd Couple (1965) - Mike Nichols est distingué par des Tony Awards. En 2012, il reçoit son sixième Tony Award for Best Direction of a Play avec la reprise de Death of a Salesman d'Arthur Miller avec Philip Seymour Hoffman. Il dirige ou/et produit plus de 25 pièces de théâtre à Broadway.

Au cinéma, il aborde divers genres - comédie, satire politique, drame, fantastique - et se distingue par sa remarquable direction d'acteurs. 

Dans sa filmographie, citons Qui a peur de Virginia Woolf ? (Who's Afraid of Virginia Woolf?, 1966) avec Elizabeth Taylor et Richard Burton - cinq Oscars sur treize nominations -, Le Lauréat (The Graduate, 1967) avec Dustin Hoffman et Anne Bancroft- Oscar du meilleur réalisateur (1968) -, Ce plaisir qu'on dit charnel (Carnal Knowledge, 1971), Le Jour du dauphin (The Day of the Dolphin, 1973),  Le Mystère Silkwood (Silkwood, 1983), La Brûlure (Heartburn, 1986), Working Girl (1988), Bons baisers d'Hollywood (Postcards from the Edge, 1990), Wolf (1994), Birdcage (1996), adaptation de La Cage aux folles, La Guerre selon Charlie Wilson (Charlie Wilson's War, 2007).

Marié quatre fois, Mike Nichols est père de trois enfants.

En 2010, Mike Nichols est lauréat du Life Achievement Award remis par l'American Film Institute pour l'ensemble de sa carrière.

« Ce plaisir qu'on dit charnel »
Arte diffusera le 14 août 2022 à 23 h 35 « Ce plaisir qu'on dit charnel » (Die Kunst zu lieben ; Carnal Knowledge) de Mike Nichols (1971).

« L'itinéraire psychologique et sexuel de deux copains de fac, depuis l'adolescence jusqu'à l'âge mûr... Une comédie satirique sur la psyché du mâle occidental signée Mike Nichols ("Le lauréat"), avec un Jack Nicholson parfait en salaud misogyne. »

« Jonathan et Sandy deviennent amis à l'université à la fin des années 1950. Jonathan est un beau parleur macho, Sandy, un rêveur timide, mais ils partagent la même obsession : connaître enfin le plaisir charnel. Tous deux perdent leur pucelage avec Susan, que Sandy épousera, tandis que Jonathan poursuivra une vie de coureur misogyne… »

« Attention, film surprenant ! Ce qui commence comme un badinage cru mais léger sur les fantasmes de deux adolescents se mue progressivement, au fil des ellipses qui invitent à suivre l'évolution de la vie sexuelle de Jonathan et Sandy, en une vision acide et désabusée du couple et de la psyché masculine, frappée de pauvreté et d'impuissance ». 

« Mike Nichols ("Le lauréat") adapte ici une pièce de théâtre de Jules Feiffer, auteur avant tout connu pour son travail de dessinateur satiriste ». 

« Ses partis pris de mise en scène font écho au propos sans fard du texte, mettant à distance des personnages peu aimables à travers une succession de tableaux tantôt comiques, tantôt cyniques ».

« Le romantique (mais finalement médiocre) Sandy est incarné par le chanteur Art Garfunkel ». 

« Quant à Jack Nicholson, avec qui Mike Nichols entame ici une riche collaboration, il offre toute une palette de nuances à son personnage de salaud phallocrate et tourmenté. »

Arte diffuse sur son site Internet "Ce plaisir qu’on dit charnel" de Mike Nichols - Un regard, une minute » ("Die Kunst zu lieben" von Mike Nichols - Ein Film, eine Minute). "Ce plaisir qu’on dit charnel" est une exploration du lien entre les hommes et les femmes occidentaux alors qu’ils sont en pleine forme physique. Le cinéaste américain Mike Nichols s’est ainsi toujours très librement intéressé à ce qui pouvait lier les êtres, qu'il pointe sans juger, afin de dresser un portrait sur l’intériorité humaine aussi formidable que poignant. »



« Ce plaisir qu'on dit charnel » de Mike Nichols
Etats-Unis, 1971, 1 h 34mn
Scénario : Jules Feiffer
Production : AVCO Embassy Pictures
Producteur : Mike Nichols
Image : Giuseppe Rotunno
Montage : Sam O'Steen
Musique : Mitchell Parish, Glenn Miller
Avec Jack Nicholson (Jonathan), Candice Bergen (Susan), Arthur Garfunkel (Sandy), Ann-Margret (Bobbie), Rita Moreno (Louise), Cynthia O'Neal (Cindy), Carol Kane (Jennifer)
Sur Arte le 14 août 2022 à 23 h 35
Sur arte.tv du 14/08/2022 au 20/08/2022
Visuels : © 1971 Studiocanal/Icarus Productions

France, 2022, 2 min
Disponible du 30/07/2022 au 31/08/2022

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Les citations sur le film sont d'Arte.

Jean-Marie Lustiger (1926-2007)

Né dans une famille juive d’origine polonaise, 
Aron Jean-Marie Lustiger (1926-2007) s'est converti adolescent sous l’Occupation au catholicisme. Archevêque de Paris (1981-2005), créé cardinal par le pape Jean-Paul II en 1983, il est membre de l’Académie française. Un artisan du rapprochement entre juifs et catholiques. Un homme revendiquant, jusqu’à ses obsèques, deux identités – juive et catholique - exclusives l’une de l’autre. Arte rediffusera les 12 août 2022 à 20 h 55, soir du chabbat, et 15 août 2022 à 13 h 35 « Le métis de Dieu » (Der Jüdische Kardinal), par Ilan Duran Cohen.


« Je suis une provocation vivante », disait de lui Aron Jean-Marie Lustiger (1926-2007).

Double identité revendiquée
Aron Lustiger naît à Paris dans une famille juive d’origine polonaise. Il est circoncis, mais ne reçoit pas d'éducation religieuse, et ne fera pas sa bar-mitzva.

Pour gagner sa vie, son père Charles abandonne son métier de boulanger pour diriger une boutique de bonneterie-mercerie à Paris.

Âgé d’une dizaine d’années, cet élève au lycée Montaigne lit la Bible – le « Nouveau Testament » lui semble la finalité et le parachèvement de la Bible hébraïque - et subit l’antisémitisme.

Lors d’un séjour au sein d’une famille protestante en Allemagne nazie en 1936-1937, il pressent le projet génocidaire nazi, et rencontre des Allemands anti-nazis.

En 1939, après un séjour à l’hôpital maritime de Berck, il se réfugie avec sa sœur Arlette à Orléans lorsqu’éclate la Deuxième Guerre mondiale. Là, tous deux vivent chez Suzanne Combes, professeur de lettres classiques trentenaire. Aaron Lustiger se rend souvent au siège des Œuvres diocésaines.

"Un jour d’avril 1940 (jour du Jeudi Saint – ce qu’il ignore alors), il entre dans la cathédrale Sainte-Croix d’Orléans. Il y retourne même le lendemain. Et là, dira-t-il plus tard : « J’ai eu l’intuition que ce que je pensais de la condition juive trouvait dans la figure du Messie son sens et un certain aboutissement » Cet adolescent veut se convertir. Ses parents s'y opposent et le ramènent à Paris. Ils organisent une réunion avec un rabbin pour qu'il retrouve sa judéité.

Le 25 août 1940, sous l’Occupation, à Orléans, cet adolescent et sa sœur Arlette se convertissent au catholicisme, contre l'avis de leurs parents. Aaron Lustiger ajoute à son prénom hébraïque « Jean » et « Marie ».  Dans sa biographie de Jean-Marie Lustiger, le journaliste Henri Tincq a révélé que les parents Lustiger avaient obtenu le 31 octobre 1940 un « baptême de complaisance », attesté dans les registres de l'évêché d'Orléans. Le 9 juin 1941, l'évêque d'Orléans écrit dans une lettre au commissaire aux affaires juives Xavier Vallat : « M. et Mme Lustiger sont de religion catholique ». Xavier Vallat lui répond qu'ils ne seront pas « inquiétés » bien qu'ils soient « juifs en vertu de loi française du 2 juin 1941 ».

Dénoncée par son employée de maison qui souhaitait obtenir l’appartement de la famille Lustiger situé rue Delambre, arrêtée pour ne pas avoir porté l'étoile jaune, sa mère Gisèle est déportée à Auschwitz où elle est tuée le 13 février 1943.

Bachelier en 1943, Aaron Jean-Marie Lustiger retrouve son père à Decazeville. L’abbé Bezombes et l’Ecole jésuite de Purpan les protègent.

A la Libération, Charles Lustiger s’efforce de convaincre son fils de faire annuler sa conversion. En vain. Il saisit le Consistoire israélite à cette fin. Jean-Marie Lustiger demeure catholique.

Il étudie les lettres dans une université parisienne.

Puis, après une formation au séminaire des Carmes de l’Institut catholique de Paris (1946), il est ordonné prêtre en 1954.

De 1954 à 1969, il est aumônier de la paroisse universitaire de Paris (centre Richelieu), puis des étudiants de la Sorbonne et des Grandes écoles. Il y rencontre le gratin de l’élite française.

En 1969, il devient curé de la paroisse Sainte-Jeanne-de-Chantal (75016) à Paris. Il y a pour vicaire André Vingt-Trois, son assistant pendant 18 ans, qui lui succèdera à l’archevêché de Paris en 2005. Jean-Marie Lustiger marque son passage par l’organisation de l’enseignement paroissial, le renouvellement de la liturgie, le recours à Alfred Kern pour l’orgue, etc. 

En 1979 : retour à Orléans où le pape Jean-Paul II l’a nommé évêque. Ces deux polyglottes - français, yiddish, polonais – nouent une profonde amitié.

Deux ans plus tard, Jean-Marie Lustiger devient archevêque de Paris. Il renforce la formation des prêtres, crée une faculté de théologie indépendante dans l’Ecole cathédrale de Paris, fonde Radio Notre-Dame et la chaine de télévision KTO en 1999.

En 1983, le pape nomme Jean-Marie Lustiger cardinal-prêtre. Et l’Académie française l’admet en son sein en 1995.

Ce conseiller des papes Jean-Paul II et Benoît XVI œuvre au rapprochement entre Juifs et le Vatican. En 1987, il s’efforce de résoudre le problème lié à l’installation de carmélites polonaises dans le camp d’Auschwitz. Un problème qui se réglera par le départ des religieuses en 1994. Il impulse la déclaration de « repentance » de l’épiscopat français en septembre 1997 à Drancy. Contribue au succès de la visite du pape Jean-Paul II à Jérusalem (Israël) en 2000 - visite à Yad Vashem et au mur des Lamentations dans fut un « pèlerinage de la mémoire » -, et à la reconnaissance de la dette chrétienne aux « frères aînés » juifs. 

En 2004, le cardinal Jean-Marie Lustiger et le rabbin Israel Singer, président du Congrès juif mondial (CJM) créent les « Rencontres internationales judéo-catholiques de New York ». Le dialogue régulier d’une trentaine de juifs orthodoxes et des plus hautes autorités de l’Église catholique. En janvier 2005, le cardinal Jean-Marie Lustiger représente le pape Jean-Paul II, lors des cérémonies du 60e anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz . Puis, en mai 2006, il se tient à Birkenau aux côtés du pape Benoît XVI.

Actif dans la sphère publique, le cardinal Lustiger mène la fronde contre le projet du président François Mitterrand de supprimer l’école privée catholique. Un million de manifestants soutenant l’école privée défilent dans toute la France. Ce qui contraint le gouvernement socialo-communiste à retirer le projet de loi Savary. Il s’engage en faveur des chômeurs et des immigrés.

Mgr Lustiger s’affirme sur des sujets de bioéthiques : il défend l’embryon, s’oppose à l’euthanasie et au clonage.

Il manifeste son respect de la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État, lors de la crise causée par le port du voile islamique dans les établissements publics, en particulier scolaires, dès 1989. En 2003, il s’oppose à une loi concernant le port du voile à l’école.

Conformément à l’attitude de l’Église catholique à l'égard de la Révolution française, il ne s’associe pas à l’hommage rendu par la nation française à l’Abbé Grégoire en 1989, lors du transfert des cendres de ce dernier au Panthéon.

A l'âge de 75 ans, suivant le code de droit canon, Mgr Lustiger présente sa renonciation à son office d'archevêque de Paris au pape Jean-Paul II. En février 2005, alors qu’il est âgé de 78,  sa démission est acceptée, et Mgr André Vingt-Trois est désigné archevêque de Paris. Le cardinal Lustiger porte désormais le titre d'archevêque émérite de Paris.

En 2005, il avait confié à Claude Barouch, président de l'Union des patrons et professionnels juifs de France (UPJF) : « En 1962, j'ai été consulté par Mme de Gaulle sur le projet de son mari de faire venir en France des immigrés du Maghreb. J'ai encouragé cette proposition car je croyais que ces gens venaient pour manger à leur faim. J’ai eu tort. Ils venaient pour nous dominer ».

En octobre 2006, il annonce aux prêtres et diacres de Paris qu'il souffre d'« une maladie grave dont le traitement a commencé ». 

Le 31 mai 2007, il fait ses adieux aux « Immortels » à l’Académie française : « Vous ne me reverrez pas ».

Le 5 août 2007, il décède d’un cancer à l'âge de 80 ans, à la Maison Médicale Jeanne Garnier (75015).

Le 10 août 2007, ses obsèques  sont célébrées devant et dans la cathédrale Notre-Dame de Paris. 

Lors de la levée du corps du défunt, avant l'entrée dans la cathédrale et la liturgie catholique, de la terre prélevée en Israël est déposée sur son cercueil. Son cousin Arno Lustiger et son arrière-petit cousin Jonas Moses-Lustiger, demeurés juifs, récitent le Psaume 113 (112) en hébreu, et le Kaddish, prière juive des endeuillés. 

Dans la cathédrale, l’office est mené par l'archevêque Mgr André Vingt-Trois, en présence de nombreuses personnalités, dont le représentant du pape le cardinal Paul Poupard, le président Nicolas Sarkozy, le Premier ministre François Fillon, les ministres Michèle Alliot-Marie, Jean-Louis Borloo, Nathalie Kosciusko-Morizet et Roger Karoutchi, les présidents de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, et du Sénat, Christian Poncelet, le président de la région Île-de-France Jean-Paul Huchon, Mme Bernadette Chirac représentant l'ancien président Jacques Chirac, l'ancien président polonais Lech Wałęsa, plusieurs membres de l'Académie française, dont l’historienne Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuel, et Maurice Druon, secrétaire honoraire, 500 prêtres, 50 évêques, 16 cardinaux et de nombreux prélats, représentants des Églises catholiques d'Orient. Le cardinal Lustiger est inhumé dans la crypte de Notre-Dame de Paris, dans le caveau des archevêques de Paris. A ces obsèques assistent près de 5 000 personnes.

Ainsi était symbolisée son espérance de voir judaïsme et christianisme engagés « du même côté », « dans le combat pour l'homme, enraciné dans la même foi au Dieu unique et la même espérance dans les promesses du Messie ».

Une plaque est apposée dans la cathédrale à la demande du Cardinal Lustiger avec le texte suivant signé de Aron Jean-Marie cardinal Lustiger, Archevêque de Paris : « Je suis né juif. J’ai reçu le nom de mon grand-père paternel, Aron. Devenu chrétien par la foi et le baptême, je suis demeuré juif comme le demeuraient les Apôtres. J’ai pour saints patrons Aron le Grand Prêtre, saint Jean l’Apôtre, sainte Marie pleine de grâce. Nommé 139e archevêque de Paris par Sa Sainteté le pape Jean-Paul II, j’ai été intronisé dans cette cathédrale le 27 février 1981, puis j’y ai exercé tout mon ministère. Passants, priez pour moi. »

Dans divers articles publiés par Le Figaro - le cardinal Jean-Marie Lustiger est assimilé aux « tenants de la théorie de la substitution » (8-9 septembre 2007), Lustiger était un prince de l'Église mais il n'était plus juif (14 octobre 2007) -, Actualité juive hebdo et Information juive (octobre 2007) après le décès de Jean-Marie Lustiger, le rabbin Josy Eisenberg a "démontré :
1) que le cardinal ne pouvait d'aucune manière être considéré comme juif ;
2) qu'il a certes rendu de grands services à l'Eglise, mais qu'il incarnait cependant la doctrine de la substitution selon laquelle le christianisme est la forme la plus accomplie du judaïsme, thèse aussi nocive qu'inadmissible pour la conscience juive ;
3) que, dans cette démarche, il allait à contre-courant d'un désir de plus en plus affirmé dans le monde chrétien - sauf au Vatican - d'abolir ce fantasme qui a empoisonné les relations judéo-chrétiennes pendant deux millénaires".
Et ce rabbin, qui "regarde avec tristesse et appréhension la déchristianisation de la France" d'ajouter : "Le cardinal avait osé utiliser les morts d'Auschwitz pour prouver la véracité de la mort du Christ, thèse scandaleuse que j'avais jadis ouvertement stigmatisée dans "Le Nouvel Observateur".

Et Jacques Duquesne, ancien directeur du Point et écrivain, de préciser dans une lettre à ce rabbin producteur de l'émission dominicale La source de vie sur France 2 : « Le christianisme n’accomplit pas le judaïsme. Il est une révolution. Et si l'on compare avec ce qui se produit en d'autres domaines, une révolution peut garder certains traits du régime précédents, une partie de ses rites et de ses formes, de ses lois et de ses normes, mais fondamentalement, elle s'en distingue. Théologiquement le point fondamental me paraît être l'incarnation. Le Dieu de Jésus n’est pas celui de Moïse. Que l'on respecte enfin, que l'on prie en même temps et côte à côte, très bien. Mais que l'on entretienne la confusion, non. Je suis parfois agacé à la messe, d’entendre lire aux fidèles les textes de ce que les chrétiens appellent l’Ancien Testament, textes sans doute bien choisis mais qui sont quelque peu – et parfois beaucoup – en contradiction avec ce que va lire ensuite et les propos que va tenir le prêtre... J'ai été moi aussi choqué par la confusion que l'on a entretenue, renforcée même, lors des obsèques de Lustiger. Et j'étais étonné que des juifs s'y soient prêtés ». (Information juive, octobre 2007, p.12.)

Dans Actualité juive hebdo, Richard Prasquier, alors président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), a affirmé que l'ancien archevêque de Paris n'était pas « un convertisseur masqué ». La « conviction qu'avait le cardinal d'appartenir au peuple juif s'inscrit dans une ambiguïté sémiologique sur le signifiant « juif » qui demande à être explicitée longuement et peut partiellement être discutée ».

En janvier 2004, l’association Yahad-In Unum – « Yahad » et « In Unum » signifient l’un et l’autre « ensemble » en hébreu et en latin – est créée à l’initiative du cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, du cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon et du cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, du rabbin Israël Singer, président du directoire du Congrès juif mondial (CJM), et Serge Cwajgenbaum, secrétaire général du CJM, afin d’approfondir « la connaissance et la coopération entre catholiques et juifs ».

Le 11 décembre 2007, l’Hôtel de Ville de Paris a accueilli le colloque organisé par le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) Dix ans après la Déclaration des évêques de France à Drancy : quel dialogue pour l’avenir ? L’occasion de mesurer les progrès accomplis. Une rencontre de haut niveau entre responsables d’organisations, juives et catholiques, d’institutions publiques, françaises et étrangères, marquée par un hommage au cardinal Jean-Marie Lustiger. 

Quelques décennies ont suffi pour permettre le passage de « l’enseignement du mépris » (Jules Isaac) à « l’enseignement de l’estime » (grand rabbin Kaplan) grâce à une réflexion « sur ce qui est commun et sur ce qui sépare les deux religions » (cardinal Lustiger), grâce à un dialogue sincère, profond, marqué par la volonté « d’aller à la racine des problèmes et des malentendus pour comprendre ce qui blesse l’autre et en sortir vivifié. Une relation bâtie sur le roc, et non sur le sable », relevait le père Patrick Desbois, directeur du SNRJ, qui a participé à un chabbat de Bné Hakiva, à l’initiative de l’essayiste Michel Gurfinkiel.

Le cardinal Aaron-Jean-Marie Lustiger, juif ou catholique ?

Pour rendre hommage au cardinal Lustiger, des souvenirs personnels ont été égrenés : son rôle discret pour trouver une solution au problème posé par le Carmel à Auschwitz, ses « relations privilégiées fondées sur l’estime réciproque » avec le pape Jean-Paul II, son émotion lors de sa première visite personnelle à Auschwitz (2005) devant la « petite maison blanche » où a commencé l'extermination systématiques de Juifs et où a péri sa mère déportée début 1943, et sa revendication d’une double identité.

Le cardinal Lustiger avait défini sa conversion au catholicisme comme un « accomplissement » de son judaïsme. Un vocable qui « ne voulait pas choquer », mais qui avait suscité des questionnements de fidèles des deux religions et avivé une méfiance dans le monde juif : le judaïsme « s’accomplirait-il » dans le catholicisme ? Ce dialogue interconfessionnel est-il un leurre ?

« La croyance dans le Christ comme Messie et personne de la Trinité n'est, pour les Juifs, pas compatible avec la religion juive… La position de la tradition juive vis-à-vis des convertis est ancienne et en apparence paradoxale : ils restent considérés comme juifs sur le plan civil. En revanche, on porte sur eux un regard hostile : voir un Juif quitter le judaïsme est considéré avec douleur, étant donné le faible nombre de juifs dans le monde. Le cardinal Lustiger ne pouvait se qualifier de juif. Mais la façon dont lui se voyait est un élément fondamental de sa personnalité et ne peut pas être négligée », a précisé le Dr Richard Prasquier, président du CRIF.

« Mon ami, le cardinal Lustiger » définissait [par le terme accomplissement] sa « trajectoire spirituelle personnelle et particulière, le chemin d'un adolescent, puis d'un homme qui ayant eu peu de transmission familiale de la tradition juive a trouvé la plénitude de sa quête spirituelle dans la rencontre avec Jésus. Le cardinal Lustiger a vécu et est mort en chrétien », constatait  le Dr Richard Prasquier.

En 2013, a été inauguré un mémorial paysager dédié à Aron Jean-Marie Lustiger au monastère bénédictin d'Abou Ghosh, près de Jérusalem (Israël).

« Le métis de Dieu  » 
Arte rediffusera 
les 12 août 2022 à 20 h 55, soir du chabbat, et 15 août 2022 à 13 h 35 « Le métis de Dieu » (Der Jüdische Kardinal), par Ilan Duran Cohen (2012) avec 
Laurent Lucas, Aurélien Recoing, Audrey Dana, Henri Guybet, Pascal Greggory

"Incarné par Laurent Lucas, énergique et tourmenté, un portrait à fleur de peau du cardinal Lustiger, acteur majeur de la réconciliation judéo-chrétienne".

"Aron Jean-Marie Lustiger est issu d'une famille juive. À 14 ans, en pleine Occupation, il se convertit au catholicisme contre l’avis de ses parents. Il perd sa mère en déportation et se heurte violemment à son père, qui n’accepte pas son choix. Devenu curé, il se hisse au sommet de la hiérarchie ecclésiastique grâce à Jean-Paul II, avec lequel il se lie d'amitié". 

"Mais en 1985, un couvent de carmélites polonaises s'installe dans les murs d'Auschwitz, là où Gisèle Lustiger a été gazée. L’événement déclenche la plus grave crise entre juifs et chrétiens depuis la Seconde Guerre mondiale. Et c’est à cet homme d’Église pas comme les autres qu'il revient de trouver une issue au conflit, qui le bouleverse intimement."

"Ilan Duran Cohen s'éloigne ici du ton hilarant de son précédent film, Le plaisir de chanter, pour proposer un passionnant portrait, concentrant quinze ans de la vie de Jean-Marie Lustiger. Il ne commet pas l’erreur de vouloir raconter toute l’existence du cardinal disparu en 2007, mais s’attache à peindre la dualité de celui qui se nommait lui-même "le métis de Dieu" : sa double identité juive et chrétienne, à l'origine d'un douloureux conflit personnel qui va devenir le moteur d’une réconciliation collective". 

"En incarnant cet homme d'action avant tout, Laurent Lucas insuffle au récit une énergie qui ne faiblit jamais. On se laisse ainsi conduire à pas pressés dans les coulisses de l’Église, des bureaux fonctionnels de l’archevêché de Paris jusqu’aux luxueux salons du Vatican. Dans ce parcours constamment guidé par l’urgence, la religion s’exerce moins dans les rites que dans le dialogue et la négociation, où les sentiments personnels comme les impératifs politiques ont leur mot à dire." 

« Concentrant quinze ans de la vie de Jean-Marie Lustiger, Ilan Duran Cohen s’attache à peindre la dualité de celui qui se nommait lui-même « le métis de Dieu » : sa double identité juive et chrétienne, à l'origine d'un douloureux conflit personnel qui va devenir le moteur d'une réconciliation collective ».

« En évitant la charge satirique autant que l'hagiographie, le téléfilm captivant se tient à juste distance de ces grands personnages que sont le pape Jean-Paul II et Jean-Marie Lustiger. Il parvient à nous les rendre proches grâce à un humour souvent bienvenu et à la présence de seconds rôles parfaitement composés ».

« Un portrait à fleur de peau du cardinal Jean-Marie Lustiger, acteur majeur de la réconciliation judéo-chrétienne ». Henri Guybet campe avec sensibilité Charles Lustiger, père meurtri par la conversion de son fils avec lequel il maintient sa fonction paternelle. Quant à Aurélien Recoing, il interprète un pape Jean-Paul II habile jusqu’à la rouerie, lucide et courageux dans son rapport de forces avec l’Union soviétique et ses satellites. Quant à Pascal Greggory, il joue un Albert Decourtray, sincère artisan du rapprochement avec les Juifs, et conscient de la spécificité de la Shoah longtemps occultée par le régime communiste polonais.

Meilleure fiction, Luchon 2013.


« Le métis de Dieu  » (
Der Jüdische Kardinal)) par Ilan Duran Cohen
France, 2012, 1 h 36 mn
Joëy Faré, Scarlett Production, Fugitive Productions, ARTE F, Euro Media France, A Plus Image 4, TV5 Monde, 2012, 96 min
Scénario : Chantal de Rudder
Costumes : Jürgen Doering
Décors : Isabelle Filleul de Brohy, Valérie Grall
Image : Christophe Graillot
Montage : Elif Uluengin, Fabrice Rouaud
Musique : Nathaniel Méchaly
Son : Laurent Poirier
Avec Laurent Lucas (Lustiger), Aurélien Recoing (Jean-Paul II), Audrey Dana (Fanny), Henri Guybet (Charles Lustiger), Pascal Greggory (Albert Decourtray)
Sur Arte les 29 mars 2013, 12 août 2022 à 20 h 55, 15 août 2022 à 13 h 35
Sur arte.tv du 05/08/2022 au 09/11/2022
Visuels
© Hassen Brahiti

Laurent Lucas (Lustiger), Nathalie Richard (Mère supérieure), Mirza Halilovic (Macharski) et Alex Skarbek (Kristof)
© Hassen Brahiti

Laurent Lucas (Lustiger)
© Jérémie Bouillon

Aurélien Recoing (Jean-Paul II)
© Jérémie Bouillon

Aurélien Recoing (Jean-Paul II) et Laurent Lucas (Lustiger)
© Jérémie Bouillon

Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié le 12 février 2016.

jeudi 11 août 2022

Tranchées

Le musée de la Grande Guerre présente l’exposition « Tranchées ». L'histoire d'un ouvrage défensif, précédé de fils de fer barbelés, devenu emblématique de la Première Guerre mondiale, inséré dans un réseau, bombardé par l'artillerie ennemie allemande et lieu de vie provisoire, pendant plusieurs jours, de soldats devant se préserver des rats et des poux.

« Artistes, guerre et propagande - Récit de la Grande Guerre » d’Andrea Morgenthaler
« Rosine Cahen. Dessins de la Grande Guerre »

« Le musée de la Grande Guerre propose une exposition consacrée aux tranchées pendant la Première Guerre mondiale. Plus de 300 objets et œuvres, archives et vidéos permettent aux visiteurs de prendre la mesure de cet ouvrage défensif qui, au fur et à mesure de l’avancée du conflit et de l’enlisement des armées, jusqu’au blocage tactique et stratégique, s’est organisé en un véritable système, devenu le symbole tragique de la Grande Guerre. »

« Pour beaucoup, la Grande Guerre est la guerre des tranchées, comme si le mot résumait à lui seul l’ensemble de la Première Guerre mondiale. Pourtant à l’automne 1914, lorsque les hommes bloqués face à face, épuisés, creusent des trous individuels pour se protéger de l’ennemi, personne n’imagine qu’une guerre de position s’installe durablement. Pendant 4 ans, ce qui était un simple moyen de se protéger conditionne tout un conflit, et ce à une échelle sans précédent dans l’histoire. »

« L’exposition « Tranchées » s’attache ainsi à montrer la réalité et la complexité du « système-tranchées », nom donné par l’historien François Cochet à l’incroyable enchevêtrement de tranchées de plus en plus nombreuses, ramifiées, spécialisées et reliées entre elles. Il s’agit aussi d’expliquer les conséquences de cette organisation sur l’immobilisme stratégique et tactique, sur les modes de combats et sur la vie terrible qu’il impose aux combattants. »

« Une approche pluridisciplinaire au travers de collections riches et diversifiées expose ce « système-tranchées » : des collections d’armes, des matériaux présents dans les tranchées (poteau, plaque de blindage...), des collections ethnographiques (objets usuels du soldat de la vie militaire, uniformes), des collections d’arts graphiques et beaux-arts (peintures, dessins, estampes et affiches), et des collections photographiques et documentaires (cartes de canevas de tir, carnets de combattants, tirages photographiques...). »

Ponctuellement, des cartels démontent des idées reçues et rétablissent la vérité historique.

Curieusement, l'aspect spirituel ou religieux manque dans l'exposition.

« L’exposition « Tranchées » est principalement composée des collections du musée de la Grande Guerre conservées en réserve. Elles ont été étudiées, restaurées et numérisées à l’occasion de l’exposition. D’autres institutions et des collectionneurs privés contribuent à l’exposition. Ainsi, le musée de l’Armée-Invalides à Paris, le musée du Génie à Angers, le musée du Temps à Besançon, l’Etablissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD), le musée des Beaux-Arts de Bordeaux, l’association des amis de Vauquois et de sa région, la Contemporaine et le Museum national d’histoire naturelle seront notamment des partenaires par le prêt d’objets, de documents ou d’archives audiovisuelles. »

L’exposition s’articule autour de « trois temps forts » : « De la guerre pensée à l’enlisement », le « système-tranchées » et « Imaginaires et réalités de la tranchée ».

« 1. De la guerre pensée à l’enlisement
Après avoir présenté les pratiques et usages antérieurs des tranchées, cette première partie montre comment est pensée la tranchée appelée « fortification de campagne » et son usage, décrit dans les manuels d’instruction des différentes armées à la veille du conflit. Puis, est abordé le moment de l’enlisement (la tranchée spontanée) : le réflexe naturel de survie consiste à s’enterrer dès le mois d’août 1914 pour se protéger la puissance de feu de l’ennemi. Progressivement reliés entre eux, les trous d’hommes se rejoignent en boyaux étroits et deviennent rapidement des tranchées, enlisant les combattants dans un réseau complexe et inexpugnable qui court sur une ligne de 700 kilomètres reliant la mer du Nord à la Suisse. »

2. Le « système-tranchées »
« Cette partie a pour objectif de faire comprendre aux visiteurs ce qu’est le « système-tranchées » : des réseaux de défense denses et complexes, enterrés dans le sol et constitués de positions, lignes, points d’appuis, etc. »
« Il s’agit de montrer la diversité des tranchées, les géographies et les géologies et en quoi ce système d’interactions complexes implique une nouvelle pratique de la guerre et modifie la vie des combattants pour qui la tranchée est le lieu où ils se combattent, vivent, attendent, meurent. »

3. Imaginaires et réalités de la tranchée
« Après avoir montré la réalité et la complexité du système-tranchées, il s’agit ici d’exposer les différentes représentations de la tranchée depuis le conflit, dans la presse d’époque et jusqu’à aujourd’hui. »

4 questions à François Cochet, professeur émérite de l’université de Lorraine, commissaire de l’exposition 

« Pourquoi les tranchées sont-elles devenues le symbole de la Grande Guerre ? 
Parce qu’elles n’avaient jamais été utilisées aussi largement et pendant aussi longtemps, en tout cas sur le front occidental. Elles symbolisent la Grande Guerre non seulement comme système défensif/offensif, mais également par les modes de survie qu’elles entraînent pour les soldats qui y passent souvent plusieurs jours avant de redescendre dans des villages de repos plus en arrière des lignes de combat. Leur vie est rythmée par les bombardements d’artillerie incessants, l’angoisse constante d’être possiblement écrasés par les obus de l’ennemi, le froid, l’humidité, les odeurs de cadavres qui n’ont pas pu être enterrés, la présence de rats ou de poux. C’est tout un univers mental et matériel qui s’installe dans les tranchées et l’on comprend la joie des soldats quand, au bout de quelques jours, ils peuvent quitter les tranchées pour retrouver les villages de l’arrière-front.

D’où vient le terme « système-tranchées » ? 
Le fait d’accoler les deux termes et de les relier par un tiret montre les liens forts et organisationnels qui unissent les tranchées constituées en un système de plus en plus cohérent, complexe et développé au fur et à mesure que la guerre se prolonge. J’ai créé cette expression en 2005 dans mon ouvrage Survivre au front. 1914-1918, les poilus entre contrainte et consentement. C’est bien un système de pensée en fonction des possibilités offertes par le terrain qui préside à la réalisation de tranchées, nourries les unes des autres, emboitées entre elles et reliées par des boyaux de communication.

Quel objet de l’exposition illustre selon vous ce qu’ont été les tranchées de 14-18 ? 
La tranchée est un lieu défensif. Les éléments les plus aptes à rendre cette dimension sont les fils de fers barbelés qui précèdent les tranchées de son propre camp, afin d’empêcher l’ennemi de s’approcher, mais aussi les mitrailleuses, qui par leurs tirs croisés peuvent briser dans l’œuf toute attaque de l’ennemi. D’autres armes évoquent également le combat de tranchées : canons à tir courbe (Minenwerfer allemand ou « Crapouillot » français, grenades à main ou à fusil). Il faut y ajouter les nombreux objets qui permettent aux soldats de creuser les tranchées (outil individuel, pelles et pioches), mais aussi d’y vivre un temps : lampes, réchauds, pièges à rat...

Quels sont les idées reçues les plus communes sur les tranchées de la Grande Guerre ?
La principale idée reçue est que les soldats y vivraient en permanence. En fait ils n’y font que passer durant plusieurs jours avant de retrouver les secondes lignes, puis les villages de l’arrière-front. La deuxième grande idée reçue est que la tranchée est un lieu de combat. C’est surtout un lieu de veille et de surveillance de l’ennemi. La montée à l’assaut et la défense des tranchées lorsque l’ennemi attaque demeure un événement assez rare, heureusement. Toutefois les tranchées demeurent bombardées presque constamment, ce qui en fait un lieu à risque permanent. »



Du 26 mars au 15 août 2022
Rue Lazare Ponticelli – 77100 Meaux
Tél. : 01 60 32 14 18
Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 9 h 30 à 18 h