dimanche 29 mars 2015

Musique & cinéma : le mariage du siècle ?


La Cité de la musique a présenté l’exposition éponyme. L’histoire de rencontres sensibles et artistiques, l’exploration des fonctions de la musique dans le film, de la conception à la sortie du film, via son tournage et la postproduction. Arte diffusera les 29 mars et 8 avril 2015 Un Américain à Paris, de Vincente Minnelli.


« La bonne musique de film doit autant servir le film que la musique », résume Michel Legrand.

Plus de cent extraits de films projetés dans de petites salles, interviews de Lalo Schifrin, Miklós Rózsa, David Raskin, Georges Delerue, Michel Magne, Claude Bolling, Vladimir Cosma, Pierre Jansen, Philippe Sarde, témoignages de compositeurs et de réalisateurs, extraits sonores, partitions originales, manuscrits de compositeurs, dessins et story-boards, photos, pochettes de disques, instruments, documents de tournage, costume de Ruggero Raimondi dans Don Giovanni, modules interactifs… Tous ces documents révèlent les relations entre cinéma et musique, entre deux arts aux modes d’expression distincts, parfois complémentaires, et à la puissance force d’émotion, de suggestion, d’évocation.

La première musique de film fut écrite en 1912 par Camille Saint-Saëns pour L’Assassinat du duc de Guise. Que serait la magie du septième art, muet et parlant, « sans l’émotion de la musique ?

De cette rencontre sensible entre deux arts » sont nées des œuvres majeures, des sentiments légers ou profonds.

Une rencontre féconde, intime, parfois conflictuelle, popularisant des œuvres de la musique classique et créées pour le cinéma.

Cinéphiles et mélomanes sont invités à « se plonger dans les coulisses de la fabrication des grands films qui ont marqué l’histoire du cinéma, en rendant perceptible le rôle de la musique dans leur élaboration ».

« Partant de thèmes fédérateurs (le rire, l'épopée, l’amour, le suspense...), de duos célèbres de cinéastes-compositeurs (Prokofiev/Eisenstein,

Hitchcock/Hermann, Leone/Morricone), le parcours de l’exposition démontre le rôle que peut jouer la musique à toutes les étapes de la fabrication d’un film, dès sa conception ».

Cette exposition s’articule autour de quatre parties - avant le tournage, le tournage, la post production et après la sortie du film –, quatre étapes dans la vie d’un film durant lesquelles la musique inspire, irrigue, infléchit ou structure le processus créatif cinématographique.

Se lisent et s’entendent dans les œuvres cinématographiques les évolutions musicales ; rag time, jazz - Autour de minuit (1986) de Bertrand Tavernier avec François Cluzet en amateur de jazz, d’après le livre autobiographique de Francis Paudras La Danse des infidèles -, rock, musique pop - Le Sous-Marin jaune (Yellow Submarine) film d'animation de George Dunning (1968) fondé sur la musique des Beatles -, variété - Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar en 2009 -, reggae, etc.

Avant le tournage
« C’était vraiment comme un opéra, entièrement chanté, et cela posait des problèmes a priori insurmontables. Ce qui est étonnant, c’est la magie avec laquelle tout cela s’est fait, puisque le film est entièrement tourné en play-back… La mise en scène était donc établie sur un minutage prévu d’avance, sans savoir dans quel décor et dans quel lieu nous allions tourner à ce moment-là. Toute la musique était enregistrée. Le film existait sur disque avant même d’être tourné. C’était très étrange », se souvient Catherine Deneuve, rendue célèbre par Les Parapluies de Cherbourg, de Jacques Demy sur une musique de Michel Legrand (1964).

La musique de certains films préexiste parfois à la réalisation du film.

Écrite en 1931, mais popularisée par le film Casablanca (1942) de Michael Curtiz dans lequel Arthur "Dooley" Wilson l’interprète, la chanson « As Time Goes by » joue un rôle majeur dans le scénario, et est insérée dans le score original du compositeur Max Steiner, né à Vienne et émigré aux Etats-Unis en 1914. Max Steiner, compositeur d'origine viennoise ayant créé les thèmes musicaux notamment de Casablanca et Gone with the Wind (Autant en emporte le vent), et Dimitri Tiomkin, né en Russie et compositeur oscarisé pour High Noon (“Do Not Forsake Me O My Darling”) , sont nés un 10 mai, respectivement en 1888 et 1899.

Citons aussi Un Américain à Paris (An American in Paris) de Vincente Minelli (1951) sur une musique de George Guershwin et avec Gene Kelly, Leslie Caron, Oscar Levant et Georges Guétary. "Jerry, un ex-G.I., est resté à Paris pour étudier la peinture. À Montmartre, il rencontre un chanteur qui doit épouser Lise, une jeune fille que Jerry a sauvée durant la guerre. Courtisé par une riche héritière, le jeune homme choisit pourtant d'aimer Lise. Pourra-t-il la détourner de ses projets de mariage ? . Vincente Minnelli transforme le poème symphonique de George et Ira Gershwin en une comédie lumineuse et sophistiquée, portée par Gene Kelly. Incarné par l'acteur et danseur virtuose Gene Kelly, Jerry se libère littéralement de la vie par le rêve, dans la plus pure tradition "minnellienne". Sésame qui le fait accéder à un autre monde, la chorégraphie devient l'instrument de ce passage merveilleux : le cinéaste la magnifie par des mouvements de caméra d'une rare sophistication. Car, pour Minnelli, la comédie musicale est un moyen d'accéder à la beauté et à la perfection. Un art complet, mettant tous les sens en éveil. Un Américain à Paris est à ce titre représentatif : pièce maîtresse de l'œuvre du cinéaste, c'est aussi un film rêvé sur l'absence, la recherche impossible de l'être aimé, d'un pays qui n'existe pas. On touche une fois de plus chez Minnelli à la déchirante poursuite d'un bonheur impossible à atteindre, mais que la comédie musicale permet d'effleurer, le temps d'une représentation".

Et Fantasia des studios Disney (1940, Amadeus de Milos Forman (1984)… 

Le tournage
A l’époque du muet, les musiciens interprètent des morceaux pour indiquer aux acteurs l’atmosphère de la scène, tandis que le réalisateur peut tonitruer ses directives.

Une photo montre le réalisateur Victor Fleming observant les acteurs Ernest Torrence, Percy Marmont et Clara Bow ; près de la caméra, le chef opérateur James Wong Howe ; au premier plan, les deux musiciens de plateau, dont un violoniste.

Le passage au parlant en 1929 met un terme à l’activité de ces « musiciens de plateaux ».

A Hollywood, les acteurs/chantent interprètent en play back leurs chansons (Judy Garland dans Une étoile est née de  George Cukor, 1954).

Dans L’homme qui en savait trop (The Man Who Knew Too Much, 1956), d’Hitchcock, un coup de cymbales est le signe musical attendu par l’assassin. Quant à Claude Lelouch, il fait entendre à ses acteurs la musique de Francis Lai lors du tournage de ses films. Autres modalités techniques : le son direct et la post-synchronisation.

« Sergio Leone avait commencé par me raconter le film. J’y ai réfléchi, puis j’ai écrit la musique, que j’ai ensuite fait écouter à Sergio. Comme il a aimé, je l’ai enregistrée avant qu’il donne le premier clap. Je ne sais pas dans quelle mesure ma musique, pour laquelle Sergio avait beaucoup de respect, a influencé l’ensemble mais, d’après ce qu’on m’a dit, Nino Baragli, le monteur, a fait attention à suivre le rythme de mes morceaux », confie Ennio Morricone compositeur de la musique d’Il était une fois en Amérique de Sergio Leone. Arte a diffusé les 7, 14 et 19 septembre 2014 Il était une fois dans l'Ouest, western réalisé par Sergio Leone (1968) et dont la musique a été composée par Ennio Morricone.

Lors de la postproduction, le réalisateur choisit des titres existants ou dialogue avec le compositeur.

Le choix du compositeur incombe longtemps au studio de production hollywoodien, ou/et au réalisateur.

En 1934, à la demande de Max Reinhardt, qui travaillait déjà aux Etats-Unis, Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) s'est rendu à Hollywood pour écrire les arrangements d'une musique de Mendelssohn dans A Midsummer Night's Dream (Le Songe d'une nuit d'été). En 1935, lors de son deuxième séjour en Amérique, Korngold a composé les musiques de films pour deux des principaux studios hollywoodiens, la Paramount et la Warner Bros. Peu après, il a signé un contrat d'exclusivité avec la Warner Bros. Ce qui a fait de lui un des premiers compositeurs mondialement connu à travailler pour l'industrie cinématographie hollywoodienne. Premier film dont il compose la musique originale : Captain Blood, qui a contribué à lancer la carrière d'Errol Flynn en 1935. Il est distingué par l'Oscar de la meilleure musique de film en 1936 pour Anthony Adverse.

Après avoir pressenti Max Steiner, le studio Warner Brothers opère un choix surprenant pour le film d’action Les aventures de Robin des Bois (The Adventures of Robin Hood, 1938) de Michael Curtiz : Erich Wolfgang Korngold. Réticent, ce compositeur autrichien d'opéras et de symphonies décline la proposition.

Mais l’Anschluss – annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie –, le 12 mars 1938, l’incite à s’installer définitivement aux Etats-Unis et à accepter de composer comme exilé la musique de ce film devenu mythique. Il reçoit l'Oscar pour la meilleure musique de film pour The Adventures of Robin Hood (Les aventures de Robin des bois).

 L’avènement du nazisme en Europe contraint nombre de compositeurs Juifs de musique classique – Darius Milhaud, etc. - ou de variétés, à fuir pour se réfugier souvent en Amérique du Nord.

Grâce aux revenus procurés par son activité de compositeur de films hollywoodiens, Erich Wolfgang Korngold aide financièrement des artistes européen exilés en Amérique après avoir fui le nazisme.


Le compositeur, pianiste et chef d'orchestre Marvin Hamlisch est né le 2 juin 1944, à Manhattan, dans une famille de Juifs viennois. Enfant prodige, il est admis à la Julliard School. Il a écrit la musique notamment du spectacle A Chorus Line (1975) pour BroadwayIl a aussi composé la musique de Nutty Professor Musical (2012 TPAC, Nashville, TN) d'après le film de Jerry Lewis.

Il a composé la musique de longs métrages célèbres - The Way We Were de Sidney Pollack (Nos plus belles années, 1973) avec Robert Redford et Barbra Streisand qui en interprète la chanson principaleTake the Money and Run et Bananas de Woody Allen, The Spy Who Loved Me de Lewis Gilbert (1977) dont la chanson du générique Nobody Does It Better, interprétée par Carly Simon, est demeurée n°2 durant trois semaines au Billboard Hot 100 américain -, et a adapté la musique de Scott  Joplin pour The Sting (L'Arnaque, 1973) de George Roy Hill avec Paul Newman et Robert Redford, pour lequel il a reçu son troisième Oscar. Il a aussi dirigé des orchestres symphoniques de Pittsburgh, Dallas, Pasadena, Seattle, San Diego et Washington. Il est l'un des douze artistes à avoir reçu ces quatre célèbres Prix - Emmy, Grammy, Oscar, et Tony Awards (ou EGOT). Marvin Hamlisch a été le directeur musical et l'arrangeur de la tournée de concerts de Barbra Streisand aux Etats-Unis et en Angleterre en 1994 ainsi que de l'émission télévisée spéciale Barbra Streisand: The ConcertMarvin Hamlisch est l'un des dix artistes à avoir gagner trois Oscar et plus en une nuit et le seul dans une catégorie autre que réalisateur ou scénariste. Il est l'un des deux seuls artistes, avec Richard Rogers) à avoir gagné ces quatre Prix et un Pulitzer Prize. Hamlisch a reçu aussi trois Golden Globes. Il est mort le 6 août 2012.

Parmi les tandems cinéastes/compositeurs unis par une complicité, fidélisés au fil des œuvres : René Clair/Georges van Parys, Federico Fellini/Nino Rota, Hitchcock/Bernard Hermann, Blake Edwards/Henry Mancini, Roman Polanski/Krzyztof Komeda, Steven Spielberg/John Williams, Yves Robert/Vladimir Cosma…

La post-production
Discrète, décorative ou entêtante, soudaine, facilitant le passage de séquences, surprenante par son anachronisme – musique rock de Marie-Antoinette -, mêlée de bruits d’ambiances ou empiétant sur les dialogues – centaines de pistes sonores actuellement -, référentielle – La chevauchée des Walkyries -, soulignant ou contrariant l’émotion ou le rythme, calée aux images, la musique est l’objet d’attention au montage et lors du mixage.

La voix du chanteur n’est pas toujours celle de l’acteur d’Hollywood ou de Bollywood, et parfois celles de « doublures » professionnelles dont les noms sont cachées du public.

Une photographie montre la séance d’enregistrement de la musique du film Le Narcisse noir (Black Narcissus, 1947) de Michael Powell et Emeric Pressburger, avec le London Symphony Orchestra dirigé par le compositeur Brian Easdale.

Quant au compositeur François de Roubaix (1939-1975), il travaille dans son “home studio” pour Le Samouraï de Jean-Pierre Melville (1967), Dernier domicile connu de José Giovanni (1970), Le Vieux fusil de Robert Enrico (1975)…

La sortie du film
A la sortie du film, des orchestres dans les salles de cinéma interprétaient des airs afin de créer une ambiance similaire à celle du film muet.

A l’avènement du parlant, et l’essor de l’industrie discographique, la musique de film (score, bande originale) est exploitée pour elle-même, dans des circuits distincts : vente de partitions, diffusion en radios, juke-box, CD ou télévision, sur Internet, etc.

Certaines chansons de films enrichissent le patrimoine de la variété nationale : la Complainte de la butte composée par Georges van Parys sur des paroles de Jean Renoir pour le film French Cancan (1955), et créée par Cora Vaucaire.

L’air entêtant interprété à la cithare par le compositeur autrichien Anton Karas (1906-1985) pour Le Troisième Homme (The Third Man) de Carol Reed (1949) a assuré la célébrité du soliste. Interprété par Joseph Cotten, Alida Valli, Trevor Howard et Orson Wells, ce film britannique reçoit le Grand Prix au festival de Cannes en 1949.

La Salle Pleyel a présenté Fantasia en concert (1er et 2 mars 2014). "De L'Apprenti sorcier (Paul Dukas) à Casse-Noisette (Piotr Ilitch Tchaïkovski), de L'Oiseau de feu (Igor Stravinski) aux Pins de Rome (Ottorino Respighi), tout l'univers de Disney défile dans ce ciné-concert". 


Jusqu’au 18 août 2013
A la Cité de la musique
221, avenue Jean Jaurès. 75019 Paris
Tél. : 01 44 84 44 84
Du mardi au samedi de 12 h à 18 h, le dimanche de 10 h à 18 h.

Visuels :
Affiche. Jerry Goldsmith affublé d’un masque durant la session d’enregistrement de la musique du film La Planète des singes (1968) de Franklin J. Schaffner

Le compositeur James Horner (Le Nom de la rose, Titanic, Avatar) en 2003.

Séance d’enregistrement de Sans frontière de Martin Campbell.
Crédit: © Sally Stevens Photography

Charles Chaplin dirigeant les musiciens pour l'enregistrement de la musique de son film Un Roi à New York le 21 juin 1957 au Palais de la Mutualité à Paris.
Crédit: © Rue des Archives/AGIP

Duke Ellington, compositeur et acteur du film Autopsie d’un meurtre (Anatomy of a Murder, 1959) d’Otto Preminger, avec la comédienne Lee Remick pendant le tournage.
Crédit: © Carlyle Productions © Sony Pictures

Affiche du film Goldfinger de Ian Fleming, 1964
Crédit: © Jean Mascii / SESAM-ADAGP

Photographie du film Gainsbourg, vie héroïque de Joann Sfar, 2009 Crédit: © 2010 ONE WORLD FILMS - STUDIO 37 - UNIVERSAL PICTURES INTERNATIONAL FRANCE - FRANCE 2 CINEMA - LILOU FILMS - XILAM FILMS

Tournage de Aimez-moi ce soir (Love Me Tonight, 1931), réalisé par Rouben Mamoulian, avec Maurice Chevalier dans le numéro « Poor Apache »
Crédit: Collection Joel Finler et Martin Masheter © Paramount Pictures © Universal Pictures

Alfred Hitchcock lors du tournage de la séquence du concert à l’Albert Hall, à Londres, dans L’Homme qui en savait trop (The Man Who Knew Too Much, 1956)
Crédit: Courtesy of Academy of Motion Picture Arts and Science © Paramount Pictures © Universal Pictures

Feuille de timbres édités par la poste américaine en 1999, sur six grands compositeurs hollywoodiens, dans la collection « The Legends of American Music » : Bernard Herrmann, Erich Wolfgang Korngold, Alfred Newman, Max Steiner, Dimitri Tiomkin et Franz Waxman.
Illustrations : Drew Struzan ; design et graphisme : Howard Paine.

Robin des Bois
© Arte

Le cinéaste Steven Spielberg et le compositeur John Williams, et la chanteuse Lisbeth Scott (dont on entend la voix sur la bande-son de Munich, 2005)
Crédit: © Sally Stevens Photography

Séance d’enregistrement de la musique du film Le Narcisse noir (Black Narcissus, 1947) de Michael Powell et Emeric Pressburger, avec le London Symphony Orchestra dirigé par le compositeur Brian Easdale Crédit: Collection Joel Finler
© The Archers © Carlton International Media

A lire sur ce blog :

  Les citations proviennent du dossier de presse. Cet article a été publié le 13 août 2013, puis le :
- 30 octobre 2013 : le Festival des musiques à l'image 2013 a proposé d'écouter les hommages rendus à Steven Spielberg et à John Williams ;
- 10 janvier 2014. A l'occasion de son 10e anniversaire, l'Union des compositeurs de musique de films (UCMF) présente le B.O. Concert. Au cœur de la musique de film française le 10 janvier 2014 à 20 h au Grand Rex ;
- 27 février, 11 mai, 2 juin et 5 septembre 2014 ;
- 20 octobre 2014. Les 24 et 25 octobre 2014, Vladimir Cosma a présenté deux concerts au Grand Rex à Paris. Au programme : des musiques de films, dont Les aventures de Rabbi Jacob, de Gérard Oury et Le Jouet, de Francis Veber, et des inédits ;
- 8 décembre 2014. Les 8, 11, 17 et 22 décembre 2014, Arte a diffusé Robin des bois (1938), réalisé par Michael Curtis, sur une musique signée par Erich Wolfgang Korngold et avec Errol Flynn, Olivia de Havilland et Basil Rathbone.

« L’affaire Klimt » de Jane Chablani et Martin Smith


Arte a diffusé « L’affaire Klimt » (Stealing Klimt) de Jane Chablani et Martin Smith (2006). Un documentaire passionnant sur le combat difficile, long - 50 ans - et victorieux de Maria Altmann, octogénaire Juive américaine d'origine viennoise, pour récupérer des biens familiaux, dont cinq tableaux de Gustav Klimt (1862-1918) - deux portraits de sa tante Adèle Bloch-Bauer et trois paysages (1900-1907) - ayant appartenu à son oncle, Ferdinand Bloch-Bauer, spolié en 1938 par les Nazis. La Pinacothèque de Paris présente l'exposition Au Temps de Klimt. La Sécession à Vienne sur un aspect de l'Art nouveau au début du XXe siècle.



"Je ne suis pas procédurière. Je combats pour obtenir ce qui nous a toujours appartenu", déclare calmement Maria Altmann, nonagénaire. Et parmi ces biens : Le portrait doré de sa tante Adèle Bloch-Bauer (1881-1925) peint par Klimt.

Au travers de son combat, apparaissent les refus de l'Autriche d'affronter les pans sombres de son histoire et le fonctionnement du marché de l'art, ainsi que le rôle des Juifs viennois dans l'essor économique et culturel de l'empire d'Autriche-Hongrie.

La Vienne de la Sécession et du Jugendstil (Style jeune)
La majorité des Juifs autrichiens font partie des classes moyennes.

Maria Hartman est née en 1916 dans une famille Juive de la haute bourgeoisie autrichienne.

Thérèse Bauer, sa mère, et la sœur de celle-ci, Adèle Bauer, toutes deux filles d'un directeur de banque, ont épousé deux frères, Ferdinand Bloch, magnat du sucre, et Gustav, avocat.

Adèle et Ferdinand Bloch-Bauer n'ont pas d'enfant. Cinq enfants, dont Maria la benjamine, naissent de l'union de Thérèse et de Gustav. Passionné de musique classique, Gustav Bloch-Bauer joue en amateur sur son violoncelle, un Stradivarius, lors de concerts de musique de chambre le vendredi, à son domicile viennois.

Parallèlement à l'Art nouveau en France, dans cette Vienne où vivent Freud, Klimt, Wittgenstein et Schnitzler, s'épanouit une effervescence artistique, le Jugendstil (Style jeune) et la Sécession viennoise, fondée en 1897 par Klimt, Schiele et Moser, liée aux arts décoratifs, et voulant rompre avec la peinture traditionnelle. Dans cette cité brillante, échoue Hitler.

Les Bloch-Bauer sont de grands mécènes. Curieuse, élégante, Adèle Bloch-Bauer tient un salon réputé à Vienne fréquenté par des artistes, dont les peintres Kokoschka qui portraiture Ferdinand Bloch-Bauer, et Klimt, déjà cher et célèbre, et le compositeur Richard Strauss.

A la demande de Ferdinand Bloch-Bauer, Klimt débute en 1904 le portrait de son épouse Adèle ; il l'achève en 1907, année de son exposition. Le collier porté par Adèle Bloch-Bauer dans cette œuvre est offert à Maria lors de son mariage, à 21 ans, avec Fritz Altmann, jeune et talentueux chanteur d'opéra, à la synagogue de Turnergasse - sa sœur Louise s'était mariée à la grande synagogue de Vienne.

Amitié amoureuse ou amour entre un peintre séducteur et cultivé et sa modèle ? Fait exceptionnel, Klimt effectue un second portrait d'Adèle Bloch-Bauer, en 1912.

En janvier 1923, Adèle Bloch-Bauer rédige son testament. Elle lègue tous ses biens à son mari Ferdinand, et demande que ses toiles soient confiées au musée national du Belvédère après la mort de son époux. Or, elle n'est pas la propriétaire de ces toiles : c'est son mari qui les a payées et en est propriétaire selon la loi autrichienne qui discrimine les femmes.

En 1925, Adèle Bloch-Bauer meurt d'une méningite à 43 ans. Ses "cendres sont déposées au caveau familial du cimetière communal de Vienne".

Eploré, Ferdinand Bloch-Bauer transforme la chambre de son épouse décédée en autel à sa mémoire en la décorant de ses toiles de Klimt et de fleurs.

Le mythe d'une Autriche victime du nazisme
Janvier 1933. Hitler arrive au pouvoir en Allemagne.

12 mars 1938. Arthur Seyss-Inquart, fondateur du parti national-socialiste autrichien, devient chancelier d'Autriche sous la pression d'Hitler. L'Autriche est annexée au IIIe Reich (Anschluss).

"Les Autrichiens ont prétendu plus tard qu'ils étaient victimes. Ils ont accueilli les nazis avec enthousiasme. Les cloches sonnaient. Les femmes jetaient des fleurs sur les soldats. La liesse avait envahi les rues", se souvient Maria Altmann.

C'est la "fin de la merveilleuse vie des Juifs à Vienne. Ferdinand Bloch-Bauer se réfugie dans son château à Prague (Tchécoslovaquie). L'intensité et la violence de l'antisémitisme des Autrichiens surprennent même les Allemands". Les Juifs autrichiens sont victimes d'agressions, d'humiliations - contraints de nettoyer les rues viennoises à genoux -, d'"aryanisations sauvages" - confiscations spontanées des biens (appartements, boutiques) d'une famille juive -, etc. sans pouvoir obtenir la moindre protection de voisins, de la police ou de la justice. Quand les autorités autrichiennes prennent conscience que ces "aryanisations sauvages" induisent un manque-à-gagner pour elles, elles ordonnent l'"aryanisation systématique" par en expropriant les Juifs de leurs "outils économiques - comptes bancaires, police d'assurances - et personnels : mobilier, maisons, etc.

Fin mars 1938, la Gestapo exige la remise du Stradivarius "attesté par la déclaration de biens par les Rothschild". Le maître d'hôtel des Bloch-Bauer le leur donne. Profondément affecté, Gustav Bloch-Bauer meurt quelques mois plus tard.

Terrifiée, Maria Altmann est contrainte de remettre ses bijoux aux nazis Par peur, elle donne aussi ceux déposés chez son joaillier viennois, Rozet et Fischmeister. Son mari est arrêté peu après, et interné à Dachau. L'usine de cachemire du frère de Fritz, Bernhard Altmann, est saisie. Sous la pression des nazis, Bernhard Altmann, qui se trouve à Paris, signe un pouvoir en faveur des nazis contre la libération de son frère.

Le frère de Maria Altmann est arrêté en 1938. Interrogé, il découvre qu'il avait sauvé la vie en 1934 de son interlocuteur, un neveu de Hitler. Ce nazi lui conseille : "Partez aussi vite que possible".

Adolf Eichmann, "un des artisans de la Solution finale, dirige le Bureau d'émigration des Juifs". Ceux-ci ne peuvent quitter l'Autriche qu'en y laissant tous leurs biens. "Des amis de mes parents s'étaient suicidés car ils ne savaient pas où aller. Notre pédiatre a pris de la morphine, et une amie de ma mère se suicida avec son fils. Les gens qui n'avaient pas d'argent et ne parlaient pas de langue étrangère se trouvaient face à un grand rideau noir. Derrière ce rideau, il n'y avait rien. Que fallait-il faire ?", déplore Maria Altmann.

Après deux vaines tentatives, et avec l'aide de Bernhard Altmann, Fritz et Maria Altmann quittent l'Autriche pour Munich, puis en train pour Aix-la-Chapelle. Direction : Paris, et l'Angleterre.

Ferdinand Bloch-Bauer est accusé de fraude fiscale, et doit payer une amende. Une accusation sans fondement, mais qui prélude l'expropriation de ses biens. En 1938, les nazis saisissent la sucrerie de Ferdinand Bloch-Bauer, sa maison à Elisabethstrasse, sa collection de porcelaines et d'œuvres d'art, dont sept Klimt.

Le 9 novembre 1938, la nuit de Cristal, une nuit d'incendies, de pillages et de meurtres visant les Juifs, renforce leurs craintes et accélère leur départ vers Amsterdam, Paris, Harwich (Grande-Bretagne). En 1939, 120 000 Juifs autrichiens avaient fui leur pays, soit les deux tiers de la communauté juive autrichienne.

En mars 1939, les nazis envahissent la Tchécoslovaquie. Ferdinand Bloch-Bauer se réfugie alors en Suisse. Sa résidence à Prague est occupée par Reinhard Heydrich, un des responsables de la Shoah (Holocaust).

Le pillage des œuvres d'art par les nazis se poursuit, effectué par des commandos de pillards agissant pour des dirigeants nazis - en 1945, Hitler détient 5 000 œuvres d'art de maîtres -, des galeristes et des musées. A Vienne, le Dorotheum devient la "salle des ventes des nazis". La collection des Bloch-Bauer nourrit un "intérêt considérable" : sous le patronage du gouvernement autrichien nazi, est montée l'exposition Klimt en 1943.

De Zurich, Ferdinand Bloch-Bauer écrit à Kokoschka, qui s'est réfugié à Londres : "Je vis comme un mendiant. Je saurai dans les deux semaines à venir si on va me rendre les deux portraits de mon épouse défunte".

Jonathan Petropoulos détruit le mythe d'une Autriche victime des nazis : "Les Autrichiens représentaient 8% de la population du IIIe Reich, mais 14% chez les nazis, et 40% parmi les gardes des camps de concentration et d'extermination". En Autriche, se trouvent aussi des camps de concentration, tel celui de Mauthausen où les Juifs, les opposants politiques y souffrent, "affamés, fouettés à morts et gazés".

Une victoire judiciaire tardive
Les Alliés ont quasi-oublié "les crimes de guerre des Autrichiens, la complicité de l'Autriche dans la Shoah". Probablement pour "ancrer l'Autriche dans le camp occidental lors de la Guerre froide" et par manque de connaissance sur l'action de ce pays pendant et après la Seconde Guerre mondiale.

Après 1945, les Alliés veillent à récupérer les œuvres d'art volées. Ils "donnent carte blanche à l'Autriche". Galeristes, musées, marchands d'art et commissaires priseurs, actifs pour spolier les Juifs avant et pendant la guerre, redeviennent actifs après la fin du conflit.

En octobre 1945, Ferdinand Bloch-Bauer rédige un nouveau testament : il ne veut pas exécuter le souhait de son épouse de donner ses Klimt au musée du Belvédère ; il désire que ses neveux et nièces héritent de ses biens.

Un mois plus tard, il décède. Ses cendres reposent près de celles de son épouse.

Maria et Fritz Altmann qui ont immigré en 1942 aux Etats-Unis. Ils élèvent à Hollywood leurs enfants dans des conditions modestes. En 1948, ils contactent un avocat afin d'obtenir la restitution des tableaux volés, tout en ignorant les termes exacts du testament d'Adèle Bloch-Bauer qui comportait un vœu, et non une clause obligatoire.

L'Autriche s'abrite derrière les lois qui protègent son patrimoine historique et culturel national et l'embargo sur l'exportation des œuvres d'art.

Les héritiers de Ferdinand Bloch-Bauer - Maria, son frère et sa sœur - signent un accord avec l'Autriche au terme duquel ils récupèrent certains biens contre l'abandon de leurs demandes visant les Klimt. Un prix élevé pour les Bloch-Bauer qui revendent ces biens pour améliorer leur niveau de vie grâce au produit de la vente.

Déçus, les Juifs autrichiens qui espéraient récupérer leurs biens dont les Nazis les avaient dépossédés, se retrouvent grugés à la fin des années 1940 et dans les années 1950 malgré leurs requêtes et malgré des lois sur les restitutions de biens.

De plus, dans les années 1970, sont délibérément détruits des documents sur les œuvres d'art volées en Autriche. Aussi l'ampleur des spoliations demeure inconnue.

"Des grands responsables économiques et sociaux, des personnalités du monde économique, appartiennent aux familles ayant tiré profit des expropriations de Juifs", explique une historienne.

Publiée par Art News en décembre 1984, une enquête - A Legacy of Shame Nazi Art Loot in Austria - révèle que des œuvres d'art volées à des Juifs sont entreposées dans un couvent du XIVe siècle à Mauerbach, près de Vienne. Le gouvernement autrichien est embarrassé, mais malgré les pressions internationales rejette des requêtes d'ayant-droits réclamant leurs biens volés. En 1996, la collection d'environ 8 000 œuvres d'art - porcelaines, tapisseries, peintures, livres, mobiliers, monnaies, armures, etc. - cachée dans ce couvent est dispersée lors d'une vente aux enchères qui rapporte 14 millions de dollars essentiellement versés à la communauté juive viennoise.

En 1998, deux tableaux d'Egon Schiele - Portrait de Wally et La ville morte - prêtées au Musée d'art moderne de New York (MOMA) par la galerie Leopold de Vienne sont saisis sur ordre du Procureur général de New York Robert Morgenthau. Ils étaient revendiqués par les descendants d'une galeriste Juive autrichienne, Léa Bondi, spoliée en 1938. Le Portrait de Wally du peintre expressionniste reviendra en août 2010 à cette galerie Léopold, après que la fondation Léopold ait versé 19 millions de dollars.

A l'initiative de la ministre autrichienne de la Culture, Elisabeth Gehrer, l'Autriche adopte fin 1998 une loi obligeant l'Etat à restituer les œuvres cédées de force par des propriétaires Juifs en échange de permis d'exportation.

Hubertus Czernin, journaliste ayant révélé le passé nazi de Kurt Waldheim devenu Secrétaire général des Nations unies, réunit en 1998, au terme d'une enquête d'un an, l'ensemble des archives autrichiennes concernant les spoliations des Juifs.

Grâce à son travail, Maria Altmann voit enfin, en 1998, le testament de sa tante. Auparavant, l'Autriche lui avait affirmé détenir les droits de propriété sur cinq Klimt revendiqués : les deux portraits d'Adèle Bloch-Bauer, Le pommier (1911) La forêt de bouleaux (1903), et Les Maisons d'Unterach sur le lac d'Attersee (1916). Or, dès 1948, le directeur du musée était au courant de l'illégalité de la détention de ces Klimt, de l'absence de tout titre de propriété par le musée. Les deux portraits d'Adèle Bloch-Bauer étaient jusque-là exposés avec un panneau alléguant une fausse date de propriété par le musée : "1936" pour le premier, et "1928" pour le second. Or, ces deux Klimt ornaient alors la chambre-autel de l'appartement des Bloch-Bauer à Elisabethstrasse. Une résidence viennoise occupée à ce jour par les chemins de fer autrichiens (Österreichische Bundesbahnen, öbb). Une spoliation plus que symbolique quand on sait le rôle réseaux ferrés dans la Shoah (Holocaust).

Maria Altmann s'adjoint les conseils d'un jeune avocat, Randol Schoenberg, petit-fils du musicien réfugié Arnold Schoenberg, ami de Fritz Altmann depuis leur jeunesse à Vienne.

En septembre 1998, cet avocat engage une procédure en Autriche pour restitution de toiles de Klimt. Les médias autrichiens expriment leur hostilité à l'égard de Maria Altmann, citoyenne américaine qui revient en Autriche en 1999. Le directeur du musée Gerbert Frodl confie à cette ayant-droit : "Nous avons de nombreux paysages. Prenez les paysages et laissez-nous les portraits".

Le 28 juin 1999, sur avis d'une commission, la ministre de la Culture Elisabeth Gehrer refuse de restituer les Klimt au motif qu'ils n'auraient pas été volés par les Nazis. Sa décision unilatérale a été prise sans débat contradictoire.

Les ayants-droits songent à entamer une procédure judiciaire. Mais il leur faudrait déposer une somme proportionnelle aux Klimt, soit plusieurs millions de dollars. Ils demandent une dispense qui leur est refusée.

En 2000, Maria Altmann décide d'agir devant la juridiction américaine qui, à chaque niveau et jusqu'à la Cour suprême en juin 2004 (six voix contre trois), s'estime compétente dans ce contentieux. La Cour suprême estime également qu'il n'y a aucune prescription. Curieusement, l'administration Bush s'était jointe à ce procès par un amicus curiae en faveur de... l'Autriche. Elle arguait des risques d'incidences de ce procès sur ses alliés.

Forte de sa victoire non prévisible, Maria Altmann va poursuivre la procédure au fond, quand l'Autriche lui propose de résoudre leur contentieux en s'en remettant à la décision d'un tribunal arbitral composé de trois avocats autrichiens. L'Autriche s'engage à restituer les Klimt si ce tribunal arbitre en faveur de Maria Altmann.

En janvier 2006, ce tribunal arbitral reconnaît que le testament d'Adèle Bloch-Bauer n'a pas de valeur juridique, que la famille Bloch-Bauer a été spoliée et ordonne la restitution de cinq Klimt. Un sixième Klimt fait l'objet d'une procédure distincte et un septième Klimt reste en Autriche.

L'Autriche dispose d'un droit de préemption au prix du marché, soit 300 millions de dollars pour cinq Klimt. En février 2006, elle annonce n'avoir pas les moyens financiers pour acquérir ces Klimt. et les expédie aux Etats-Unis.

Ces Klimt sont exposés au musée d'art de Los Angeles (LACMA) en avril 2006.

Le collier que Maria Altmann a enrichi la collection de l'épouse de Goering, mais il n'a jamais été retrouvé.

"C'est notre Mona Lisa" (Ronald S. Lauder)
Lors d'une vente chez Christie's en juin 2006, les cinq Klimt sont achetés à des prix élevés. Ronald S. Lauder, magnat de la cosmétique, ancien ambassadeur des Etats-Unis en Autriche et membre de la World Jewish Restitution Organization, se porte acquéreur du portrait d'Adèle Bloch-Bauer pour sa Neue Gallery à New York, au prix de 135 millions de dollars. Un record.

Maria Altmann est morte à 94 ans le 7 février 2011.

Selon ce documentaire remarquable, mais qui n'explique pas pourquoi le couple Bloch-Bauer a choisi l'incinération, sa victoire judiciaire fait figure d'exception parmi les procédures menées par des survivants de la Shoah pour récupérer leurs œuvres d'art. Environ 65 000 Juifs autrichiens sont morts lors de la Shoah. Depuis 1995, 30 000 Juifs survivants autrichiens ont reçu une indemnité symbolique de 6 000 dollars. Un Fonds de compensation a été crée par l'Autriche et doté de 200 millions de dollars par l'Etat, la ville de Vienne et des industries autrichiennes. Il a traité plus de 200 000 demandes. L'Autriche a restitué 10 000 œuvres volées à des Juifs sous le nazisme. De nombreuses autres ornent les cimaises de musées ou des appartements de particuliers.

Une victoire judiciaire similaire serait-elle possible en France ? On peut en doute après l'issue du procès intenté par la famille Waitzfelder contre L'Oréal. Une histoire relatée par la metteur en scène d'opéras, Monique Waitzfelder, dans son livre "L'Oréal a pris ma maison".

Le 4 novembre 2011, lors de la vente aux enchères Litzlberg am Attersee, tableau de Klimt qui avait été restitué en juillet 2011 à Georges Jorisch, petit-fils d'Amalie Redlich, Juive autrichienne spoliée de cette oeuvre par les Nazis, a été vendu pour 40 millions de dollars. Cette oeuvre a alors rejoint le musée d'art moderne de Salzburg.
« L'affaire Klimt »
Documentaire de Jane Chablani et Martin Smith
Allemagne, 2006
1 h 28 minutes
Diffusions les 16 mai 2011 à 23 h 30 et 30 mai 2011 à 10 h 15

Mystérieusement Klimt
film d'Herbert Eisenschenk
52 minutes
Diffusion sur Arte les 18 juillet à 22 h 20, 30 juillet à 11 h 50 et 1er août 2012 à 3 h 05.

Visuels : © Stardust Filmverleih-Erich Lessing-AKG London et DR
Gustav Klimt :
Le portrait d'Adèle Bloch-Bauer I (1907)
Le portrait d'Adèle Bloch-Bauer II (1912)
La forêt de bouleaux (1903)
Le pommier (1911)
Les Maisons d'Unterach sur le lac d'Attersee (1916)

Maria Altmann et son avocat Randy Schoenberg lors d'une conférence de presse

Articles sur le blog :
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Cet article a été publié une première fois le 16 mai 2011, et republié :
- le 4 novembre 2011 ;
à l'occasion de la diffusion de Mystérieusement Klimt, film d'Herbert Eisenschenk sur Arte les 18 juillet à 22 h 20, 30 juillet à 11 h 50 et 1er août 2012 à 3 h 05 ;
- 21 octobre 2012 à l'approche de la diffusion du numéro de la série La vie privée des chefs d'œuvre intitulé Le Baiser de Klimt, film de Jeremy Bugler sur Histoire les 22 et 28 Octobre, et 10 Novembre 2012 ;
- 6 mars 2014. Complément d'enquête, sur France 2, évoquera à 22 h 20 le sort des œuvres d'art dérobées par les nazis lors de la Seconde Guerre mondiale. Aux Baux-de-Provence, les Carrières de Lumières accueillent Klimt et Vienne. Un siècle d'or et de lumières (7 mars 2014-4 janvier 2015).

vendredi 27 mars 2015

Sassoun, association arménienne d’amitié entre les peuples Juifs et Arméniens


Créée en 1992 par Paul Kieusseian, victimologue, et Loïc Ohanian, podologue, Sassoun, association arménienne d’amitié entre les peuples Juifs et Arméniens, apporte son soutien indéfectible à l’Etat d’Israël. Elle propose un voyage passionnant (6-14 mai 2015, 9 jours et 8 nuits) en Arménie, premier pays à édicter en 301 le christianisme comme religion d’Etat. Au programme du circuit attrayant : rencontre avec des Arméniens juifs et chrétiens, traversées de paysages variés, découverte d’un patrimoine religieux et culturel remarquable, dont la bibliothèque Matenadaran inscrite dans la Mémoire du monde de l’UNESCO  (Organisation des Nations unies pour l’Education, les Sciences et la Culture). 


Dans tous les rassemblements à Paris en solidarité avec l’Etat d’Israël ou contre l’antisémitisme, tous deux sont là. Qui forme ce duo loyal à toute épreuve ? Paul Kieussean, victimologue, et Loïc Ohanian, podologue. Deux enfants français de survivants du génocide commis contre les Arméniens par des Turcs (1915-1916).

"Mes parents sont nés en Turquie près d’Ankara; ma mère a vu son père déporté, tué, et jeté dans une fosse commune avec la plupart des hommes du village. Ils sont arrivés en France en 1920 échappant au génocide des Arméniens, perpétré par l’Empire Ottoman dès 1915. Ils étaient enfants à leur arrivée à Marseille, âgés respectivement de dix et douze ans", avait confié Paul Kieussean à l'agence de presse Guysen International News, le 20 avril 2012.

Enfants d’Arménie et d’ailleurs
 A l’origine de cette proximité avec Israël, peuple et Etat, l’amitié qui les lie, depuis leurs études au début des années 1980, à Israël Feldman, victimilogue franco-israélien et représentant de Sassoun en Israël.

« J’ai rencontré Loïc Ohanian au début des années 1980, alors qu'étudiant, j'occupais un poste d'animateur au Blanc-Mesnil, dans une maison de jeunes. Ce qui m'a frappé, c'est que bien qu'étant un Arménien, Loïc avait pour Israël (le pays) et pour le peuple Juif, un amour sincère et véritable ! Loïc avait un frère jumeau, Jean-Marc (malheureusement décédé depuis), et tous les deux se sont engagés dans le rapprochement entre le peuple arménien et le peuple juif, malgré des oppositions, à cause de la compétition des victimes - les Arméniens reprochent en général aux Juifs de ne pas assez évoquer leur génocide au profit de la Shoah -, et du problème du rapprochement entre la Turquie (leur génocidaire) et l'Etat d'Israël. Ils n'ont jamais failli à leur mission ! En août 1987, Loïc Ohanian a payé un encart dans Le Monde » en soutien à Israël, se souvient Israël Feldman.

Et d’ajouter : « Par la suite, j'ai rencontré Paul Kieusseian, lors de mes études en faculté de médecine avec lui. Paul est devenu médecin à Issy-les-Moulineaux, ville à composante arménienne importante. Dès le début de nos entretiens, Paul a aussi manifesté un grand désir de rapprochement entre les Arméniens et les Juifs. Cela n'a pas été facile pour lui, à cause de l'opposition de certains membres de sa communauté ! Il a également tenu bon. En 1984, j'ai fait mon aliyah, ce qui a été un grand choc pour Paul. Il ne comprenait pas ma décision ! Du coup, il est venu me voir en Israël, pour comprendre ma démarche. Cette visite a été décisive pour lui. Il a décidé de créer à son retour l'Association « Sassoun » avec les frères Ohanian. Depuis, cette association ne cesse de soutenir les Juifs, l'Etat d'Israël. Ils m'ont invité à deux reprises en Arménie, et je les ai invités plusieurs fois en Israël, où ils ont été reçus avec honneur, par les plus grandes autorités du pays ». 

Ils ont créé HEVEL-France, une association d'aide aux peuples victimes de la violence, et réunissant Arméniens, Juifs et Noirs. Affiliée à HEVEL International, membre de la World Society of Victimology, HEVEL-France récuse toute concurrence des souffrances. Elle « rappelle que chaque fois qu’un peuple victime marque un point dans son combat pour la dignité, cela conforte les autres peuples victimes, même si le chemin peut sembler encore plus long à parcourir : toute compétition entre victimes ne profite qu’aux bourreaux. Les peuples victimes ne peuvent vaincre le négationnisme que s’ils s’unissent et s’entraident ; afin de comprendre et d’expliquer les mécanismes et les procédés des négations ; afin de guérir ensemble du traumatisme trans-générationnel ; et afin de prévenir de futurs génocides ». Elle organise des colloques, notamment celui en 2005 intitulé « Arméniens, Juifs, Tutsis : des peuples face au négationnisme ». 

HEVEL-France a aussi poursuivi le quotidien Libération pour avoir diffusé en Une , dans son édition du 30 septembre 2000, la photographie de l’étudiant américain Juif Tuvia Grossman au visage ensanglanté placé devant un policier israélien brandissant un gourdin en le présentant à tort comme un jeune Palestinien blessé par ce policier. Or, Tuvia Grossman venait d'être frappé par une foule palestinienne et était protégé par le policier israélien. Le 3 avril 2002, la XVIIe chambre du Tribunal de Grande instance de Paris a condamné Libération et Associated Press à indemniser Tuvia Grossman pour atteinte à son image, ainsi que pour « erreur flagrante » caractérisée : Associated Press avait « fourni la photographie de Tuvia Grossman à ses correspondants en présentant à tort le jeune homme comme appartenant à la communauté palestinienne » et Libération avait « publié le cliché litigieux en le légendant de la même manière erronée et en lui attribuant ainsi une signification et une portée qu'il ne pouvait avoir ».

En 2005, Paul Kieussean et Loïc Ohanian ont aussi signé, à titre personnel et comme dirigeants de HEVEL-France, l’Appel du Collectif Urgence Darfour.

Sassoun
En 1992, Paul Kieusseian et Loïc Ohanian ont fondé l’association arménienne d’amitié entre les peuples Juif et Arménien, par extension Arménie-Israël, Sassoun qui apporte son soutien indéfectible au peuple Juif et à l’Etat d’Israël.

« David de Sassoun est un héros arménien qui a résisté à l’envahisseur avec une poignée d’hommes et Sassoun, en hébreu, signifie la joie : l’union de nos deux peuples apporte donc résistance d’un petit nombre et joie ! Sassoun est une association arménienne à but humanitaire souhaitant resserrer les liens entre Arméniens et Juifs, à travers une collaboration à tous les niveaux, notamment culturelle, scientifique, intellectuelle et commerciale », avait expliqué Paul Kieussean à Guysen le 20 avril 2012.

Et de poursuivre : « L’existence de l’Etat d’Israël, depuis 1948, est un exemple et un espoir pour le peuple Arménien. Nous sommes convaincus que l’union entre les Arméniens et Israël par les échanges qu’elle suscite ne pourra être que bénéfique. Lors d’une table ronde à Erevan, Israël Feldman avait bien résumé notre similarité : « Si le peuple Juif porte la souffrance du père en tant que premier peuple monothéiste, le peuple Arménien porte la souffrance du fils en tant que première nation chrétienne ». Au delà du rapprochement entre nos deux peuples nous œuvrons pour la défense du peuple Juif et d’Israël dans toutes les circonstances afin de lui rendre justice. Devant le danger de l’antisémitisme, de l’antisionisme (antisémitisme politique), notre association se veut être un allié éclairé afin de pouvoir répondre, par la connaissance, à la haine aveugle, à la désinformation. Sassoun est membre du Conseil constitutionnel des Arméniens de France (CCAF, Conseil de coordination des organisations arméniennes de France) qui regroupe la majorité des associations arméniennes. Nous apportons en son sein une parole d’amitié et d’échange entre nos deux peuples. Nos activités se font par nos écrits que nous diffusons dans les média arméniens et français - par exemple, la lettre publiée dans Le Monde par Loïc Ohanian -, en étant présent aux manifestations pour le peuple Juif et Israël - attentat de Copernic, sortie des Juifs d’URSS, sortie des Juifs de Syrie, libération du soldat Guilad Schalit, attentat de Toulouse, etc. -, mais aussi dans des moment plus festifs, tels la célébration du jour de l’indépendance d’Israël et le congrès des amis d’Israël en France en avril 2012. L'association SASSOUN est animée d’un immense espoir de paix et de justice ».

A ce titre, Paul Kieussean et Loïc Ohanian ont accompagné en Israël, du 22 au 29 avril 2012, le quintette à cordes arménien Naïri, qui s'était produit dans le cadre des amitiés judéo-arméniennes. Trois concerts étaient programmés à Jérusalem et à Tel Aviv.

« L’histoire du peuple Juif constitue un miracle de l’histoire. A savoir que ce peuple, dispersé sur la surface du globe, en butte aux persécutions les plus terribles, et qui retrouve son identité après presque 2000 ans est un fait unique. En tant qu’Améniens, nous avons aussi un passé de souffrances et un histoire quelque peu similaire : persécutions, diaspora, etc. Ceci nous a poussés vers une véritable et profonde réflexion et par voie de conséquence à établir un pont d’amitié entre nos deux peuples », explique Loïc Ohanian.

« Les Arméniens ont eu une histoire quelque peu comparable a celle du peuple Juif : un passé de souffrances et d’errance, une diaspora, un génocide - la Shoah étant cependant un événement unique dans l’histoire de l’humanité -, une période très longue sans pays, et enfin une résurrection avec un Etat, en 1948 pour les Juifs et pour nous en 1991. Donc deux jeunes pays ne pouvant compter que sur eux-même afin d’exister, souvent dans la douleur et les conflits. C’est dans la confrontation amicale avec des amis juifs, tels qu' Israël Feldman, ou bien nos amis de "Hevel" (Association Internationale d'aide aux victimes de la violence) que notre pensée s'est petit à petit construite en faveur d'Israël », surenchérit  Paul Kieussean (entretien publié par Guysen).

Pour leur engagement, Paul Kieusseian et Loïc Ohanian ont reçu le 2 mai 2004 le Prix des droits de l’Homme du B’nai Brith de France, en présence de Roger Cukierman, président du CRIF.

Ils entretiennent des relations « excellentes et sincères » avec les principales organisations françaises Juives, dont le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France). 

Ils ont co-écrit Recettes pour l’anéantissement du peuple Juif (Editions L'Àpart de l'esprit, 2013).

Le 29 janvier 2014, lors du diner annuel du Conseil de Coordination des organisations Arméniennes de France (CCAF), Paul Kieusseian a présenté Sassoun à Charles Aznavour, invité d’honneur de la soirée. L’artiste lui a confié avoir des petits-enfants Juifs américains. Que lui a répondu Paul Kieusseian ? « Je suis pro-israélien ».

« Notre engagement est concret. Ne nous trompons pas de victimes. Israël est isolé sur la scène internationale. Très souvent, trop souvent, nous assistons à une véritable collusion des nations à l’égard de ce pays. C’est injuste », s’indigne Loïc Ohanian.

Au printemps 2015, l’association Sassoun organise un voyage en Arménie. « 2015 est l’année de la commémoration du 100e anniversaire du génocide ayant visé les Arméniens. A cette occasion et dans le cadre de l’amitié judeo-arménienne, l’association Sassoun a voulu organiser ce séjour. Nous avions organisé un voyage similaire il y a quatre ans. Cela avait été couronné de succès et s’était révélé une expérience très positive pour les participants », relève Loïc Ohanian.

Le but de Sassoun ? « Mieux nous connaître et partager nos valeurs d’humanisme. Montrer la grande complémentarité entre nos deux peuples. Rapprocher la culture arménienne et juive car le peuple Juif est le premier peuple monothéiste et le peuple arménien est reconnu comme le premier peuple à avoir accepté le christianisme comme religion d’Etat. Les destinées de nos deux peuples s’entrecroisent et, jusqu’à ce jour, il existe une communauté juive d’Arménie, peu nombreuse certes, mais très dynamique  ».

Les principales étapes et originalités de ce séjour touristique : « L’aspect culturel est bien évidemment illustré par la visite de la capitale; Erevan, et le Maténadaran, institut-musée regroupant les manuscrits les plus riches du monde, et bibliothèque inscrite en 1998 dans la Mémoire du monde de l’UNESCO : « Sa collection d’environ 17.000 manuscrits couvre tous les domaines de la culture et de la science arméniennes de l’Antiquité et du moyen âge : histoire, géographie, grammaire, philosophie, droit, médecine, mathématiques, cosmographie, théorie du calendrier, chronologie, alchimie, chimie, traductions, littérature, miniatures, musique, théâtre. Elle comprend aussi des manuscrits en arabe, en persan, en syriaque, en grec, en latin, en amharique, dans certaines langues de l’Inde, en japonais, etc. De nombreux documents dont la texte original a disparu et qui ne sont connus que par leur traduction arménienne, ont été préservés dans ce centre voué à la conservation du patrimoine culturel. La fondation du Matenadaran remonte à l’invention de l’alphabet arménien, en 405". La collection du Maténadaran "se compose d’environ 17000 manuscrits englobant tous les domaines de la culture et de la science de l’Arménie ancienne et médiévale ainsi que des manuscrits en arabe, en perse, en grec, en éthiopien, en japonais, etc. »

« Nous visiterons le musée d’histoire d’Arménie - il "donne une vision exhaustive des 3000 ans d’histoire du pays à travers plus de 150.000 pièces dont les remarquables objets du royaume d’Ourartou et des pièces provenant du site de Karachamb du IIe millénaire avant J.-C." -, la cathédrale d’Etchmiadzine, saint siège de l’église apostolique arménienne, Garni-temple païen "construit au Ier siècle après Jésus-Christ, sur le canyon triangulaire de la rivière Azad, et qui avait servi de résidence d’été aux rois Arméniens, et unique temple hellénistique conservé sur le territoire de l’Arménie, les autres étant détruits après l’adoption du christianisme". Nous nous rendrons au lac Sevan, réservoir d’eau du pays et dont la dimension est similaire à celle du lac Leman, "Perle Bleue”, lac d’eau fraîche d’origine volcanique, et le seul lac situé actuellement sur le territoire arménien. Nous rencontrerons la communauté juive de Erevan : l’histoire des Juifs d’Arménie remonte à environ 2800 ans. Nous nous recueillerons dans un vieux cimetière juif remontant au XIe siècle ». Last, not least, un conférencier reconnu, Israël Feldman, psychologue, victimologue, apportera des éléments de réflexion quant à nos deux peuples ».

Au programme aussi : le musée d’Histoire d’Arménie et  le musée et le mémorial de Tsitsernakaberd, la Colline aux hirondelles. Un mémorial dédié aux victimes arméniennes du génocide de 1915. Et le monastère de Gherart et la Haute vallée de l’Azat : inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO, le "monastère de Gherart abrite un certain nombre d'églises et de tombes – pour la plupart troglodytes – représentatives de l'apogée de l'architecture médiévale arménienne. Cet ensemble de bâtiments médiévaux situé au milieu des escarpements, à l'entrée de la Vallée de l'Azat, s'intègre à un paysage d'une grande beauté naturelle".


Contacter l’agence SABERATOURS  en mentionnant le voyage de Sassoun
11, rue des Pyramides. 75001 Paris
Tél. : 01 42 96 13 08
Nombre de places limitées. Date limite d’inscription : 3 avril 2015

Visuels :
Maténadaran
© UNESCO

Monastère de Gherart et la Haute vallée de l’Azat
22/06/2011
© Ko Hon Chiu Vincent


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