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vendredi 13 novembre 2020

« L'expulsion des Allemands de Tchécoslovaquie » de Matthias Schmidt et Vit Poláček


Arte diffusera le 17 novembre 2020 « L'expulsion des Allemands de Tchécoslovaquie » (Vertreibung Odsun - Das Sudetenland), série en deux parties de Matthias Schmidt et Vit Poláček. « Retour sur un chapitre douloureux de l’histoire germano-tchèque, qui fait aujourd’hui l’objet d’un travail de mémoire et de réconciliation. »

« Le procès du siècle. Les chroniqueurs célèbres de Nuremberg » de Peter Hartl

En Europe centrale et orientale, ont vécu pendant des siècles des populations germanophones. En Slovaquie, dès le début du XXe siècle, elles étaient appelées « Allemands des Carpates ». Dans l'actuelle Roumanie, elles étaient dénommées "Saxons de Transylvanie" - des Allemands originaires de Saxe ont œuvré pour la chancellerie hongroise, etc. Les plus célèbres sont vraisemblablement les "Allemands des Sudètes" - la « région des Sudètes » est située dans la partie tchèque de l'ex-Tchécoslovaquie, longeant les frontières allemande et autrichienne, en Bohême, Moravie et Silésie - : au nom du "droit des nations", le führer Adolf Hitler a obtenu lors de la conférence de Munich (29 septembre 1938) le rattachement au IIIe Reich des "Sudètes" prétendument "opprimés" par les autorités tchécoslovaques.

L'Histoire avait déterminé leur implantation. L'
Ostsiedlung désigne l'expansion migratoire de populations germanophones, durant le Moyen-âge, vers l'est de l'Europe, au-delà des confins du Saint-Empire Romain Germanique. La zone d'implantation englobe la Slovénie, la Styrie et la Carinthie, les Pays baltes, l'Estonie, la Lettonie et la Transylvanie, ce qui correspond aux modernes Pologne, Bohême, Slovénie, Hongrie et Transylvanie. La zone colonisée correspond à  une partie du territoire de l'antique Germania magna.

Ainsi, dès le XIIe siècle et jusqu'à la fin du XIIIe siècle, le roi Géza II de Hongrie (1141-1162), suzerain des voïvodes transylvains, avait décidé de la colonisation par des populations germanophones de la Transylvanie afin d'assurer la défense de la frontière sud-est du royaume de Hongrie contre les incursions des Tatars, puis des Turcs, mus par le djihad.

L'Histoire a aussi influé sur leur sort durant et après la Deuxième Guerre mondiale : instrumentalisation par les Nazis - accords de Munich par lesquels Hitler obtient en 1938 le rattachement des Sudètes à l'Allemagne nazie ; ce qui génère la fuite notamment de Juifs des Sudètes -, enrôlement dans la Wehrmacht, expulsions - trois millions d'Allemands ont du quitter les Sudètes ; la conférence de Potsdam (2 août 1945) entérine les migrations d'Allemands d'Europe centrale et orientale - et spoliations, persécutions par des régimes communistes, récupération parfois de leurs droits civiques...

Rappelons l'action du Britannique d'origine juive Nicholas Winton, Juste parmi les Nations, qui a sauvé environ 669 enfants juifs tchécoslovaques grâce aux called KindertransportsEn décembre 1938, "Martin Blake, ami de Winton lui a demandé "de renoncer à ses vacances de ski et de lui rendre visite en Tchécoslovaquie, où il s'était rendu en sa qualité de membre du Comité britannique pour les réfugiés de Tchécoslovaquie. Ce comité avait été créé en octobre 1938 pour fournir une aide à ceux devenus réfugiés à la suite de l' annexion allemande de la région des Sudètes aux termes des accords de Munich. Persuadé qu'une guerre européenne était imminente, Nicholas Winton a décidé de se rendre à Prague, où Martin Blake l'a présenté à sa collègue, Doreen Warriner, et s'est arrangé pour que Nicholas Winton visite des camps de réfugiés Juifs et opposants politiques originaires des Sudètes.

Plus de 11 millions d'Allemands ont été expulsés ou ont fui, par crainte de l'Armée rouge, l'Europe centrale et orientale, deux millions sont décédés dans cet exil et 2,6 millions sont demeurés dans ces territoires de peuplement allemand.

En 2001, les éditions Lharmattan ont publié "L'Expulsion des Allemands de Hongrie (1944-1948). Politique internationale et destin méconnu d'une minorité". "En 1944, la Hongrie compte encore une importante minorité germanique. Arrivés pour la plupart au XVIIIe siècle, ces Allemands sont ceux, avec la population juive, qui ont le plus contribué à l'émergence de la bourgeoisie urbaine hongroise. Pourtant, entre 1944 et 1948, la Hongrie perdit plus de la moitié de sa minorité allemande, déportations vers l'URSS, expulsion programmée vers l'Allemagne occupée… Comment la Hongrie, alliée de l'Allemagne pendant la guerre, en est-elle arrivée à prendre cette décision ?"

"Le premier trimestre 2002 a vu resurgir la "question sudète" dans le cadre du débat sur l'élargissement de l'Union européenne. La polémique qui s'est développée entre la République tchèque d'une part et l'Autriche, la Hongrie et l'Allemagne d'autre part était de savoir si la non-abrogation des décrets Beneš organisant le déplacement des populations allemandes et hongroises de Tchécoslovaquie en 1945 constituait un obstacle politico-juridique à l'entrée de la République tchèque dans l'Union européenne".

En ce début de XXIe siècle, les enjeux se résument principalement à quelques  questions : comment leur histoire est-elle intégrée dans l'Histoire de l'Allemagne réunifiée et de leurs pays ? Tous les différends - mémoriels, financiers, diplomatiques, etc. - ont-ils été apurés ? Comment l'identité des ces minorités germanophones perdure-t-elle dans leurs pays ?

« L'expulsion des Allemands de Tchécoslovaquie » (Vertreibung Odsun - Das Sudetenland), série en deux parties de Matthias Schmidt et Vit Poláček s’intéresse à l'histoire des Allemands des Sudètes.

« Pendant des siècles, les Allemands de la région des Sudètes ont cohabité pacifiquement avec leurs voisins tchèques, jusqu’à l’entre-deux-guerres et la création de la Tchécoslovaquie ».

« Mais les atrocités commises par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale conduiront, en réaction, à l’expulsion par les Tchécoslovaques de l’essentiel de cette minorité germanophone, qui vivait là depuis le Moyen Âge ». 

Le Parlement tchécoslovaque étant dissous, les principaux décrets Beneš - Edvard Beneš était alors président du gouvernement tchécoslovaque en exil -, concernent en 1945 « l'administration nationale des biens des Allemands, Hongrois [Magyars, Ndlr] et traîtres » (19 mai), « la punition des criminels nazis et collaborateurs » (juin), « la privation des Allemands et des Hongrois de la citoyenneté tchécoslovaque » (2 août) et « la confiscation des biens ennemis » (25 octobre)".

Aux municipalités (národní výbor) incombent l'identification des citoyens tchécoslovaques de nationalité allemande et hongroise qui sont rassemblés dans des camps, puis expulsés en direction de l'Allemagne de 1945 à 1947 - , de l'Autriche et de la Hongrie. Entre le cinquième et le quart de la population de la Tchécoslovaquie quittent l'Allemagne et l'Autriche. 

« Certains lieux abandonnés, à l’image de Königsmühle dans les monts Métallifères, portent les stigmates de cette histoire douloureuse : ses 53 habitants ont tous été chassés ». 

« Le 31 mai 1945, quelque 27 000 habitants allemands ont été regroupés puis chassés de la ville tchèque de Brno.

« Il est aujourd’hui encore difficile d’évaluer combien d’entre eux ont survécu à ce périple éprouvant de plus de 50 kilomètres, relaté par la romancière tchèque Katerina Tucková dans son roman "L’expulsion de Gerta Schnirch "(2009). 

« Rosemarie Ernst raconte avec émotion cette odyssée de plusieurs mois en direction de l’Allemagne ».

« Leo Zahel se souvient avec exactitude de cette “marche de la mort”. Il rappelle qu’en 2015, la ville de Brno a présenté des excuses publiques aux victimes de ce déplacement de population ». 

« Désormais, les jeunesses tchèque et allemande se sont rapprochées pour préserver Königsmühle et en faire un lieu de célébration commun ».

« Mais peut-on pour autant considérer que l’affaire est close ? »


« L'expulsion des Allemands de Tchécoslovaquie » de Matthias Schmidt et Vit Poláček

Allemagne, 2020, 2 x 45 min

Sur Arte :

1ère partie : le 17 novembre 2020 à 23 h 20

2e partie  : le 18 novembre 2020 à 00 h 05

Disponible du 17/11/2020 au 16/12/2020

Visuels :

© CTK Photobank/Süddeutsche Zeitung Photo

© LOOKSfilm

© ICRC Archives

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Les citations sont d'Arte.

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