Citations

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dimanche 2 février 2020

Conférence terne de Charles Enderlin à Paris


A l’occasion de la publication de son dernier livre « Les Juifs de France entre la République et le sionisme », l’’Institut de relations internationales et stratégiques  (IRIS) a organisé le 22 janvier 2020 une conférence-débat avec René Backmann, journaliste à Médiapart, et Charles Enderlin, journaliste, ancien correspondant de France 2 à Jérusalem et animé par Didier Billion, géopolitologue français et directeur adjoint de ce think tank. Ennuyant et suranné.


C'est Pascal Boniface, directeur de l'IRIS, qui devait animer cette conférence-débat. Pour une raison inconnue, Didier Billion, géopolitologue français et directeur adjoint de ce think tank, l'a remplacé.

« Cadeau-surprise » d'un spectateur anonyme, et qui a tenu à garder l’anonymat, aux organisateurs, à ses invités et aux spectateurs ? Une boule puante qui a empli toute la salle d’une odeur plus que désagréable pendant près d’un quart d’heure. « Quelqu’un voudrait-il interdire le débat ? », s’interroge un spectateur. « On ne va pas se laisser impressionner par une boule puante », poursuit un autre. 

Avec une quinzaine de minutes de retard, est arrivé Charles Enderlin qui a confié s’être perdu dans le quartier où est implanté l’IRIS : près du métro Voltaire.

L'amphithéâtre Stéphane Hessel était plein. Un public composé essentiellement de quinquagénaires et de retraités.

Charles Enderlin a résumé son livre ainsi présenté par son éditeur, les éditions du Seuil
« La Révolution française les avait émancipés : elle leur avait accordé les mêmes droits civils et politiques qu’aux autres nationaux à condition qu’ils acceptent de reléguer la pratique religieuse dans la sphère privée. Les Juifs de France jouèrent le jeu et se dévouèrent sans compter à la République, apportant leur contribution au développement de la démocratie et de la laïcité. C’est la grande époque du franco-judaïsme.
Malgré les persécutions antisémites dont ils sont l’objet sous Vichy, les Juifs de France continuent, après la Libération, d’être animés par l’esprit d’intégration républicaine, en dépit de la création de l’État d’Israël (1948). C’est la vague des rapatriés d’Afrique du Nord, après les indépendances, qui donne la première inflexion : les nouveaux venus n’ont pas la même culture de l’intégration que les Juifs issus de l’est européen. La guerre de Six Jours (1967) marque le tournant : Israël attend des Juifs du monde entier un soutien sans faille. S’amorce alors la formation du franco-sionisme : fidélité au pays d’appartenance, bien sûr, mais aussi à Israël et à sa politique, quelle qu’elle soit.
C’est ainsi qu’aujourd’hui les institutions dominantes du judaïsme français s’efforcent de convaincre les Juifs que leur destin est lié non plus au principe d’une République juste et exigeante, mais à un « État nation du peuple juif » à tendance messianique et qui discrimine les minorités non juives.
Du franco-judaïsme dominant sous la IIIe République au virage franco-sioniste d’aujourd’hui, l’histoire des Juifs de France a connu bien des vicissitudes. La voici racontée par l’un de leur fils, sur la base d’une documentation exceptionnelle et à travers un récit riche et coloré. »
On ne comprend pas pourquoi d'une part Charles Enderlin désigne les "Juifs de France" tout en louant leur patriotisme et en reconnaissant leur nationalité française, et d'autre part qu'il critique le soutien des Français juifs à Israël depuis une dizaine d'années - donc essentiellement sous des gouvernements dirigés par le Premier ministre Benjamin Netanyahu - alors qu'il s'abstenait de contester cet appui quand Israël était dirigé par un gouvernement travailliste.

Comme tout bon conteur, Charles Enderlin a émaillé d’anecdotes son discours débité de sa voix éraillée et lasse. Et comme dans les diners en ville, a pratiqué le name dropping, citant le Dr Gaston Nora, chirurgien militaire israélite français qui durant la Première Guerre mondiale sauva la vie sur un champ de bataille à un blessé dénommé Xavier Vallat, et témoigna en 1947, devant la Haute Cour de justice, en faveur de son ancien patient devenu sous l’Occupation Commissaire général aux questions juives du gouvernement de Vichy et qui l’avait informé de rafles de Juifs. « C’est pas vrai ! », s’exclame alors Vallat qui avait nié avoir eu connaissance de rafles. « Verdict : dix ans de prison », a asséné Charles Enderlin. 

A tort, Charles Enderlin a lié le renouveau du sionisme politique par Theodor Herzl mais a omis l’influence de Judah Ben Shlomo Hai Alkalai, rabbin séfarade de la communauté juive de Zemun (ou Semlin, en allemand), ville située près de Belgrade, alors dans l'empire austro-hongrois.

Et a caché, parmi les conférences de l’après-Grande guerre, la conférence de San Remo qui en 1920 confie un mandat à la Grande-Bretagne pour mettre en vigueur, dans un territoire de l'ex-empire ottoman et dénommé Palestine, sous mandat lié à la Société des Nations, le « foyer national juif » promis par la Déclaration Balfour (1917).

Charles Enderlin a sapé une partie de la légitimité d'Israël en évoquant la "solution ougandaise" sans rappeler qu'elle ne visait pas à se substituer à la Terre d'Israël et constituait une hypothèse temporaire, et en sous-entendant que des Français et organisations israélites auraient été de manière permanente hostiles au sionisme.

Charles Enderlin a surtout éludé tout le contexte historique de la France depuis plus de deux siècles et l'abandon des Juifs dès 2000 depuis le déclenchement de l'Intifada II par Arafat : intégration croissante dès les années 1980 de la France dans l'Union européenne se fondant dans Eurabia, antisémitisme islamique létal, déclins d'un Etat-nation ravagé par les repentances infondées, trahison des élites politico-médiatico-judiciaires, éducation au "politiquement correct", effondrement de la condition Juive, exil intérieur de Français Juifs pour fuir un environnement hostile, immigration de masse sans assimilation ni intégration, etc..

Chaleureusement applaudi, Charles Enderlin a répondu aux questions d'un public admiratif. A fustigé la « loi Etat-nation du peuple Juif ». Déploré les problèmes économiques et sociaux des olim français. Considéré l'initiative de Genève comme « un plan de paix valable »... Sans aborder l'affaire a(l)-Dura ni le désintérêt de la plupart des chaines de télévision pour les reportages tels que ceux confectionnés pendant des décennies par Charles Enderlin.

En cette soirée hivernale parisienne, on se rendait compte d'une part que ce célèbre journaliste-écrivain n'attirait guère les étudiants de l'IRIS SUP', et d'autre part du caractère suranné du discours tenu et approuvé par les organisateurs, leur invité et le public. Their time is over (Leur temps est révolu, Nda)...

Après plus de trois ans du (premier) mandat du Président Donald Trump, à près d'une semaine de la révélation de son "deal du siècle" ou "deal of the century" (Vision for Peace, Prosperity, and a Brighter Future for Israel and the Palestinian People), qui n'est pas vraiment un accord de paix, ce monde s'agrippait à l'IRIS, de manière irréaliste, à des narratifs dépassés, faux et vains, sans comprendre comment le locataire républicain de la Maison Blanche avait rebattu les cartes au Moyen-Orient depuis janvier 2017 en s''affranchissant de la doxa et en repositionnant le problème avec lucidité et pragmatisme, sur des paramètres fondés sur la réalité, l'Histoire, le droit international. Et plutôt au bénéfice de l'Etat d'Israël.


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