Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

vendredi 29 juin 2018

Arnold Newman (1918-2006), photographe


La Howard Greenberg Gallery présente l'exposition Arnold Newman: One HundredArnold Newman (1918-2006), père du « portrait environnementiste », était un photographe novateur américain Juif pro-israélien et inquiet par la montée de l’antisémitisme et le terrorisme palestinien. Arnold Newman était un artiste lucide sur le monde où il évoluait. Celui des puissants. Hormis ses premières photos de l’époque du New Deal et de la Seconde Guerre mondiale, ses clichés portraiturent les célébrités du monde politique, des arts, etc. Des photographies essentiellement en noir et blanc, mettant en scène des célébrités - politiciens, industriels et artistes - dans leur univers, révélant leurs métiers et personnalités. Des « images structurées au cordeau » révélant un grand souci graphique et un art consommé de la lumière. 


« Portraiture est un mot que j’ai commencé à détester. C’est une étiquette qui se veut plaisante ou flatteuse. En fait, c’est une expression trop générale. Le portrait a - j’essaie de trouver le mot approprié - une connotation spécifique, ce n’est pas un mot tout-à-fait casher. Ce qui est ridicule, considérant que, tout au long de l’histoire, pas seulement dans la photographie, certains des plus grands artistes ont fait du portrait. Le problème est que beaucoup de photographes, et également des peintres, ont réalisé des portraits dans le but de flatter et de gagner de l’argent », observait Arnold Newman.

Et de poursuivre : « Est-ce que je flatte ? A partir du moment où j’ai travaillé avec Life ou d’autres magazines, je n’ai jamais retouché les hommes, et à de rares occasions, l’ai-je fait légèrement pour les femmes. L’une d’entre elles était Marlene Dietrich, parce que la lumière était peu flatteuse. Mais les présidents, les sénateurs, les chevaliers d’industrie n’ont pas été retouchés. Je n’ai pas eu à les retoucher parce que je crois en la réalité. Mais j’ai de la compassion pour mes sujets. Ces « grands », le public les a acceptés comme tels pour la simple raison qu’ils paraissaient dans Life ou d’autres magazines. Quelle vanité ! »


Un « maitre du portrait »

Arnold Newman est né en 1918 à New York dans une famille juive d’origine alsacienne.

Ses parents, Isador et Freda Newman, travaillent dans la confection.

En 1920, ruinée par la Première Guerre mondiale, la famille Newman déménage à Atlantic City (New Jersey).

Les parents gèrent des hôtels en hiver à Miam Beach.

Vient la crise économique.

En raison de difficultés financières familiales, Arnold Newman arrête ses études universitaires de peinture pour débuter comme photographe dans des studios de portraits à la chaine à Philadelphie, Baltimore et West Palm Beach. Parallèlement, il se consacre à des travaux photographiques abstraites et documentaires.

En 1939, il devient directeur d’un studio en Floride.

Puis il ouvre son studio à Miami Beach. Il est influencé par les photographes documentaristes - Ben Shahn, Dorothea Lange, Walter Evans - du programme de la Farm Security Administration (FSA) qui charge des artistes de témoigner de la crise dans les zones rurales.

Les premières photographies exposées au Patrimoine photographique-Hôtel de Sully (2002) montrent l’écart entre un pauvre enfant noir et le mode de vie vanté par les panneaux publicitaires qui l’entourent (West Palm Beach, Floride, 1940-1941).

Arnold Newman s’établit à New York où il est découvert par l’historien de la photographie Beaumont Newhall, du musée d’Art moderne, et par le rédacteur de Camera Work et galeriste Alfred Stieglitz.

Il expose alors ses œuvres dans la célèbre A.D. Gallery, puis lors de son exposition individuelle Artists Look Like This au Musée d’Art moderne de Philadelphie (1946). Et collabore à Fortune, Life - sa première commande est le portrait du sombre Eugene O’Neill -, Look, Harper’s Bazaar, Esquire, Travel and Leisure, The New Yorker, Life, Holiday, Look, Vanity Fair, Scientific American...

En 1946, il ouvre son studio à New York, puis adhère à l’American Society of Magazine Photographers (ASMP).


Pour le portrait de Igor Stravinsky (1946), la planche-contact montre les clichés successifs et le recadrage de Arnold Newman qui élimine les lignes inutiles pour retenir l’épure : le musicien excentré à gauche, accoudé à un piano à queue omniprésent et dont les courbes s’opposent aux lignes rectilignes, séparant deux espaces en différents gris. D’abord refusée par Alexey Brodovitch, directeur artistique de Harper’s Bazaar, cette photo au concept novateur devient le portrait du compositeur.

En 1949, Arnold Newman épouse Augusta Rubenstein, qui aide la Haganah et qui lui présentera Teddy Kollek.

Il photographie tous les présidents américains depuis un demi-siècle.

En 1954, avec sa femme et leur deux fils, il parcourt l’Europe où il effectue des reportages sur les politiciens et les artistes, guidé par son grand souci du graphisme patent dans ses photos très structurées.

il est nommé en 1965 conseiller au département photographique du Musée d’Israël (Jérusalem)

En 2002, ses collages, dont celui qui accentue la vieillesse de Henry Miller (1976), étaient aussi montrés dans cette exposition parisienne présentée ensuite au Musée d’Art Moderne Louisiana (Danemark).

Honoré de hautes distinctions, Arnold Newman a enseigné et est nommé en 1965 conseiller au département photographique du musée d’Israël (Jérusalem). De nombreux livres et expositions célèbrent son talent.

« Ses images sont très construites, mises en scène. Ce n’est pas un fond blanc, comme chez Richard Avedon ou Penn. On sent l’homme dans son environnement. On voit ce qu’il fait et son décor qui exprime ses préoccupations et son activité », commente un de ses confrères, le photographe humaniste Willy Ronis.

Mais nul pléonasme dans ces photos qui procèdent souvent par analogies, et fonctionnent parfois comme des devinettes. C’est presque une Comédie humaine de célébrités seules, dans leur décor familier : atelier, bureau, domicile, etc. Le fond uni est rare.


Arnold Newman révèle l’essence d’un être humain en le saisissant, seul, dans son environnement. John F. Kennedy agrandi par l’architecture du Sénat (1953). Marilyn Monroe méconnaissable de tristesse (1962). Picasso au regard si intense (1954). Otto Frank pensif dans sa maison à Amsterdam (1960). Marc Chagall intégré dans sa peinture (1942). Debout sur une poutre métallique rouge, sur un fond de gratte-ciels, l’urbaniste Robert Moses, plein d’allant (1959). Ben Gourion, sage dubitatif (1967). Yul Brynner, élégant, fumant cigare, et faisant penser à un mafieux (1968). Leonard Bernstein songeur, baguette posée sur des partitions rappelant les sièges vides de l’orchestre et du public en arrière-plan (1968). L’éditrice de mode, Diana Vreeland, fière et un peu ridicule en caftan rayé, dans un salon assorti et décoré de tortues et escargots (1974). Le peintre Edward Hopper dans son atelier, fixant du regard un espace hors cadre (1941). Paul Auster dans son modeste bureau, éclairé de lampes au plafond et doté d’une machine à écrire (1993). Alors qu’allongé, Woody Allen rédige au stylo sur un bloc notes (1996). Une touche d’humour : l’architecte Louis Kahn assis, en smoking, près d’une statue dans la même position (1964)...


En 1963, Arnold Newman photographie l’ancien collaborateur des nazis, l’industriel Alfried Krupp en « machiavélique maître du monde » (1963). « Pendant le Troisième Reich, Krupp avait traité les ouvriers comme des forçats. Quand ils devenaient trop faibles pour travailler, parce que sous-alimentés, il les renvoyait. Il bénéficiait d’un approvisionnement sans fin en esclaves ». Au début réfractaire, Arnold Newman accepte la commande, affronte l’hostilité des directeurs de l’importante usine Krupp à Essen et portraiture Alfried Krupp en être diabolique. Plus tard, il repère dans l’appartement de Diana Vreeland une photographie de « Krupp, une personne qui a envoyé des milliers et des milliers de personnes à la mort, a abusé des forçats, a été déclaré criminel de guerre. Sur la photo, la dédicace disait : « A ma Diana, à mon amie Diana » ou quelque chose comme cela - « Avec Amour, Alfried ». En d’autres termes, il pouvait avoir été un meurtrier et un criminel de guerre, mais il était célèbre et très riche, et était ainsi accepté dans ce milieu », constatait Arnold Newman.


Le Harry Ransom Center de l'University of Texas at Austin a présenté l'exposition Arnold Newman: Masterclass.

Dans le cadre du Mois de la photo à Paris 2014les Douches La galerie présenta l'exposition collective Autoportraitsavec notamment une photographie d'Arnold Newman (1918-2006).



"En retournant son objectif sur sa personne le photographe bouleverse ses codes, il peut dès lors voir son appareil comme un pistolet et la prise de vue comme un défi. Avec une quarantaine de tirages modernes et contemporains, l'exposition explore la photogénie intense de cet instant de vérité. Berenice Abbott, Val Telberg privilégient une démarche expérimentale du medium photographique. Lucien Hervé, Arnold Newman, Vivian Maier, Sabine Weiss, Erwin Blumenfeld, s’approprient le miroir déjà si présent dans l’autoportrait pictural. À partir de son patronyme familial, Ezra Nahmad compose une autobiographie. Choi, Arno Minkkinen, Wols étudient les possibilités expressives de leurs corps et de leurs visages. Pour Rodolf Hervé, atteint d’une maladie, l’autoportrait est catalyseur de tensions extrêmes. Kourtney Roy, unique héroïne de ses mirages intimes, considère la photographie comme un jeu de rôles. Dan Leung construit un tableau photographique où, isolé au milieu des tours de Hong Kong, il évoque l'identité chinoise et interroge la place de l’homme dans la ville. Brassaï dans une fumerie d’opium en 1931, Louis Faurer à New York en 1947, Raymond Depardon sur son scooter à Paris en 1959 ou encore Jean-Christophe Béchet sur les pas de Robert Franck en 2009, utilisent les ressources de la mise en scène dans des registres divers. Virtuosité, humour, introspection, l'autoportrait est toujours le témoignage d'un état intérieur comme le montrent si bien les images d'Hervé Guibert".


Arnold Newman: Masterclass
Le Boca Museum of Art présenta l'exposition Arnold Newman: Masterclass. "Over the course of nearly seven decades, Arnold Newman (1918–2006) created iconographic portraits of some of the most influential innovators, celebrities, and cultural figures of the twentieth century".

"The first major exhibition of the photographer's work since his death, Arnold Newman: Masterclass, examines the evolution of his singular vision, from the informal portraits, cityscapes, documentary images, and design studies of his early career to the "environmental portraiture" style for which he would become famous. Through more than 200 of his well-known photographs of famous sitters, including JFK, Pablo Picasso, Andy Warhol, Truman Capote, Marc Chagall, Igor Stravinsky, and Marilyn Monroe, along with manuscripts, correspondence, business records, and magazine tear sheets, Masterclass invites the viewers to explore the life, career, and art of this important and prolific master of the photographic image".

Arnold Newman: One Hundred
La Howard Greenberg Gallery présente l'exposition Arnold Newman: One HundredPhotographs by Arnold Newman, one of the most influential portraitists of the 20th century, will be on view at Howard Greenberg Gallery from May 10 through June 30, 2018". 


"Celebrating the centennial of Newman’s birth, the exhibition of 45 works from the 1930s through the 1990s will present the finest, most nuanced prints yet to be seen in one show, including striking portraits of artists Jean Dubuffet, Marcel Duchamp, David Hockney, Isamu Noguchi, and Georgia O'Keeffe. An upcoming book, Arnold Newman: One Hundred, will be published this year by Radius Books. Many of the prints in the exhibition are being shown for the first time. An opening reception will be held on Thursday, May 10, from 6-8 p.m." 

Newman "is generally acknowledged as the pioneer of the environmental portrait. He spent time exploring the essence of his subjects, finding the best environment to express who they were, and integrating them with their work into compositions that referenced the work. He structured his own visual language, setting up photographs with jaunty geometric grace and inventing visual elements where none existed thus adding complexity and depth to his portraits. His sense of tension, rhythm, and balance, guides the eye through his command of composition." 

"The exhibition will also present early work – collages, still lifes, and graphic images – made in the ‘40s and ‘50s, that show the development of the formality of structure that became his signature. He mastered the abstract arrangement of lines and shapes, light and dark, space and volume – all in service of a purely visual moment and culminating in iconic portraits." 

“Arnold Newman conceived a new vocabulary for photographic portraiture,” writes Gregory Heisler, Professor of Photography, Syracuse University, in the introduction to the book Arnold Newman: One Hundred. “It is difficult today to truly appreciate the magnitude of his breakthrough. Before Arnold’s arrival, the photographic portrait was generally a box with somebody in the center. Arnold used what was around him to create visually complex, spatially intriguing portraits that had a psychological dimension. He didn’t just show the environment, he actively employed it for its narrative power.”

"Arnold Newman (1918-2006) was born in New York City. He began his career in photography in 1938 working at chain portrait studios in Philadelphia, Baltimore, and West Palm Beach, and immediately began working in abstract and documentary photography on his own. In June of 1941, Beaumont Newhall of the Museum of Modern Art, New York, and Alfred Stieglitz “discovered” him, and he was given an exhibition with at the A.D. Gallery in September. In 1945 his Philadelphia Museum of Art one-man show, Artists Look Like This, attracted nationwide attention. Newman’s new approach to portraiture began its influence through key publications in America and abroad. Exhibitions and purchases of his work by major museums quickly followed." 

"He authored many books, including Bravo Stravinsky, 1967; One Mind’s Eye: The Portraits and Other Photographs of Arnold Newman, 1974; Faces USA, 1978; Arnold Newman: Five Decades, 1986; Arnold Newman’s Americans, 1992; Arnold Newman, in Japanese and Korean, 1992; Arnold Newman-Selected Photographs, 1999; Arnold Newman, Taschen Publishers, in English, German and French, 2000; Arnold Newman: The Early Work, Steidl publishers, 2008" 

"He has been an important contributor of portraits, still-lives and photographic essays in such publications as Life, Holiday, Look, Vanity Fair, Scientific American, Town and Country, Esquire, Travel and Leisure, Harper’s Bazaar, The New Yorker and others." 

"Celebrating Newman’s 50th year in photography, the exhibition Five Decades originated and was first shown at the Museum of Photographic Arts, San Diego, in 1986, and continued on to the Art Institute of Chicago; the Minneapolis Institute of the Arts; the Massachusetts Institute of Technology Museum, Cambridge, MA; the Norton Gallery and School of Art, West Palm Beach, Fla.; the New York Historical Society, New York, the Modern Art Museum of Fort Worth; and the Cincinnati Art Museum. The European tour opened in Amsterdam, in September 1989, and continued on to the Joan Miro Foundation Museum, Barcelona, Spain; the Frankfurter Kunstverein, Frankfurt, Germany; the Musee de l’Elysee, Lausanne, Switzerland, and the Museum of Modern Art, Oxford, England, culminating in Tokyo and Osaka in 1993". 

"Five major museum retrospectives celebrated Newman’s sixty-year career in photography; the International Center of Photography, New York City, in March 1999; the Minneapolis Institute of Art, 2000; the Corcoran Gallery, Washington, D.C., 2000 (Arnold Newman: Breaking Ground); and Arnold Newman sponsored by the French Ministry of Culture at the L’Hotel de Sully, Paris, France, 2002. His work continues to be exhibited extensively in museums and galleries in the United States and abroad."


Arnold Newman, Un maître du portrait. Textes anglais/français de Pierre Borhan et Lars Schwander. Le Louisiana Museum et Patrimoine photographique, 2002. 48 pages

Arnold Newman et Philip Brookman, Arnold Newman. Taschen, 2000. 252 pages. ISBN : 978-3822871935 

Quelques repères biographiques
(Source : Le Patrimoine photographique)

1918
Naît le 3 mars à New York

1919-1940
Après une enfance à Atlantic City, il passe son baccalauréat à Miami Beach et obtient une bourse pour étudier les arts à l’Université de Miami (Coral Gables, Floride).
En raison de difficultés financières familiales, il commence à travailler dans un studio de portraits à Philadelphie, puis à Baltimore et Allentown.
En décembre 1939, il devient directeur d’un studio à West Palm Beach (Floride)

1941-1945
« Découvert » et encouragé par Beaumont Newhall et Alfred Stieglitz, expose avec Ben Rose à l’A.D. Gallery.
Ouvre son propre studio à Miami Beach

1945-1946
Exposition individuelle : Artists Look Like This (A quoi ressemblent les artistes) au musée d’Art moderne de Philadelphie.
S’établit à New York. Commandes de Harper’s Bazaar, Fortune, Life - sa première couverture date du 25 août 1947 - et autres magazines

1948
Effectue des travaux publicitaires. S’installe au 39 West 67th Street

1949
Le 6 mars, il épouse Augusta Rubenstein.
Ses portraits pour Portfolio marquent le début d’une association de plus d’un demi-siècle avec Frank Zachary, qui continuera plus tard chez Holiday, Travel & Leisure, Town and Country

1950-1953
Naissance de ses fils, Eric Allan (1950) et David Saul (1952).
Pour Life : Qu’achètent les musées américains ? et photographie les candidats à la présidence (1952)
Exposition au Camera Club, New York (1951)
Installe son studio au 33 West 67th Street. Reçoit le prix de la Photokina (Cologne)
Le Sénat américain pour Holiday, reportage qui inclut ses premières photographies de J.F. Kennedy, L.B. Johnson et R. Nixon

1954-1959
Parcourt l’Europe avec sa famille pour Holiday, Life, etc. Reportage sur le Parlement anglais, les clans écossais, les leaders politiques allemands, le British Museum, le général de Gaulle et certains artistes, dont Picasso et Giacometti (1954). Reportage en France pour Holiday. Portraits de Braque, Dubuffet et Picasso (1956)
Reportage American Arts and Skills (Arts et artisanat américains) pour Life. Exposition à la Limelight Gallery (New York)
Reçoit le prix du photojournalisme (Université de Miami) et récompensé pour le « Meilleur rapport annuel, toutes entreprises confondues » de la Ford Motor Company (1957). Reportages en Angleterre, France et au Vatican (1957).
Voyage en Afrique pour Holiday.
Début de sa collaboration avec le magazine Look (1959)

1960-1969
Reportage Cape Cod Artists pour Horizon
Voyages en Italie, Allemagne, Espagne, Suisse, France, Grande-Bretagne, Canada, Mexique, Israël, Japon.
Reçoit le prix Newhouse (Université de Syracuse), ainsi que celui des beaux-arts, musée de Philadelphie (1961)
Chargé de la plus grande partie du livre-anniversaire de la Smithsonian Institution (1965). Nommé conseiller au département photographique du musée d’Israël à Jérusalem
Campagne publicitaire d’iBM (1066). Utilisation grandissante d’appareils 35 mm
Publication de Bravo Stravinsky (1967)
Commence à enseigner à la Cooper Union, New York (1968)

1970-1979
Premiers contrats avec Travel and Leisure
Expérience de découpage
Nombreux voyages en Europe, en Israël et sur le continent américain
Signe avec la Light Gallery, New York. Exposition individuelle Photographs from Three Decades à la George Eastman House
Publication de One Mind’s Eyes (1974) et de Art Dealers Essay (A propos des marchands d’art) en 1975
Participe à des workshops dans le Maine (1976) qu’il poursuivra jusqu'à ce jour
Publication et exposition de The Great British (1979)

1980-1986
Première participation aux Rencontres internationales de la photographie, Arles, renouvelée en 1982 et 1985
Invité en Australie pour des expositions et conférences (1981)
Voyage au Mexique, en Suède, en Norvège, au Danemark, en Egypte, en Israël et en France. Commence une série de rapports annuels pour « The Commonwealth Fund » (1982-1985)
Workshop et exposition en Finlande. Le musée des Arts photographiques de San Diego organise l’exposition et le livre Arnold Newman, Five Decades (1986)

1987-1998
Exposition au musée d’Art moderne de Caracas, Venezuela (1989), en Australie et à Budapest (1990)
Director’s Visitors à l’Institute for Advanced Study de Princeton (1991)
Publication de Arnold Newman’s American (Les Américans d’Arnold Newman) et exposition au National Portrait Museum, Washington D.C. (1992)
Exposition Newman’s Gift (Le don de Newman) à la George Eastman House (1994)
Emission CBS sur Arnold Newman (1996)
Reçoit le Honor Award du ASMP d’Orlando, Floride

1999
Célèbre avec sa famille et ses amis son cinquantième anniversaire de mariage avec Augusta qui coïncide avec le vernissage de l’exposition Newman’s Gift : 60 Years of Photography, à l’International Center of Photography, New York.
Achève son livre Alfred Newman (Ed. Taschen)
Photographie le président Bill Clinton

 2002
Rétrospective au Patrimoine photographique (Paris)

2006
Décède le 6 juin à New York.


Du 10 mai au 30 juin 2018
A lHoward Greenberg Gallery
41 East 57th Street
Suite 1406
New York, NY 10022
T. 212.334.0010
Du mardi au samedi de 10 h à 18 h

Du 21 avril 21 au 3 juillet 2016
Au Boca Raton Museum of Art
501 Plaza Real, Boca Raton, FL 33432
In Mizner Park
T: 561.392.2500
Mardi, mercredi et vendredi de 10 h à 17 h, jeudi de 10 h à 20 h, samedi et dimanche de 12 h à 17 h

Du 7 novembre 2014 au 10 janvier 2015
5, rue Legouvé. 75010 PARIS
Tél. : +33 (0)1 78 94 03 00
Du mercredi au samedi de 14 à 19 heures. Lundi et mardi sur rendez-vous.
Vernissage le 6 novembre 2014, de 18 h à 21 h

Jusqu'au 12 mai 2013
The University of Texas at Austin
300 West 21st Street.  Austin, Texas
Tel. : 512.471.8944

Jusqu’au 13 janvier 2013
Stadhouderslaan 43. 2517 HV Den Haag.
Tél. : 31 (0)70 - 33 811 44
Du mardi au dimanche de 12 h à 18 h.

Jusqu’au 19 janvier 2013
Sheldon Concert Hall, 3648 Washington Boulevard. Saint Louis, MO 63108
Tél. : 314.533.9900
Mardi de 12 h à 17 h. Du mercredi au vendredi de 10 h à 14 h. Samedi de 10 h à 14 h.


Du 12 février au 12 mai 2013
The University of Texas at Austin
300 West 21st Street. Austin, Texas 78712 (USA)
Tél.: 512-471-8944
Mardi, mercredi et vendredi de 10 h à 17 h. Jeudi de 10 h à 19h. Samedi et dimanche de 12 h à 17 h

Visuels :
Arnold Newman
Self Portrait, Season's Greetings, West Palm Beach, FL, 1940
Tirage gélatino-argentique, c.1990, signé
25,4 x 20 cm

Arnold Newman, Igor Stravinsky, composer, conductor, New York City, 1946, gelatin silver print, 16 x 20 inches, Photograph copyright Arnold Newman, courtesy of the Arnold Newman Archive

 Arnold Newman, Pablo Picasso, painter, sculptor, printmaker, Valluris, France, 1954, gelatin silver print, 20x16 inches, Photograph copyright Arnold Newman, courtesy of the Arnold Newman Archive. 

Arnold Newman
Self Portrait, Season's Greetings, West Palm Beach, FL, 1940
Tirage gélatino-argentique, c.1990, signé
25,4 x 20 cm

Arnold Newman, Georgia O'Keeffe, Painter, Ghost Ranch, New Mexico (detail), 1968. Gelatin silver print, 12 ¾ x 8 inches, Acquired 1993. Gift of Mr. and Mrs. Arthur Steinman.

Carton d'invitation
Studio Lights, Florida, 1944
Gelatin silver print; printed c.1944
5 7/8 x 7 3/8 inches

Jean Dubuffet, 1956
Gelatin silver print; printed c.1956
9 5/8 x 7 3/4 inches

Max Ernst, New York, 1942
Gelatin silver print; printed c.1942
9 3/4 x 7 1/2 inches

Railroad Sign, West Palm Beach, FL, 1941
Gelatin silver print; printed c.1941
6 1/4 x 8 3/4 inches

Two Men Against Wall with Ladders, Allentown, 1939
Gelatin silver print; printed later
6 3/4 x 10 inches

Helen Levitt, 1944
Gelatin silver print; printed c.1944
7 5/8 x 9 5/8 inches

Man on Church Porch, West Palm Beach, FL, 1941
Gelatin silver print; printed 1950s
7 3/4 x 8 1/2 inches

Jackson Pollock, 1949
Gelatin silver print; printed c.1954
9 5/8 x 7 5/8 inches

Max Ernst, New York, 1942
Gelatin silver print; printed c.1942
9 3/4 x 7 1/2 inches

Clapboard House, West Palm Beach, FL, 1940
Gelatin silver print; printed c.1940
8 5/8 x 4 3/8 inches

Cet article a été publié par Actualité juive et Guysen. Cet article a été publié sur ce blog le 8 janvier 2013, et republié les 9 mai 2013 et 5 novembre 2014, 7 janvier 2015, 20 avril et 1er juillet 2016. Les citations proviennent des dossiers de presse.

« Sainte-Sophie dévoilée », documentaire de Olivier Julien et Gary Glassman


Arte rediffusera le 30 juin 2018 à 20 h 50, dans la série Monuments éternels, « Sainte-Sophie dévoilée  », documentaire de Olivier Julien et Gary Glassman (2014). Les tentatives de préserver des effets d'un séisme cette magnifique basilique au style architectural byzantin ayant influé sur les styles catholique et arabe, transformée en mosquée, puis désacralisée pour devenir un musée.
Souhaitée par l'empereur Constantin en 330, après sa conversion au christianisme, Sainte-Sophie a été édifiée à Constantinople (devenue Istanbul) sur une colline dominant la mer de Marmara.  

Incendiée en 404, elle est reconstruite en 415 par l'empereur Théodose II selon un plan basilical classique conçu par l'architecte Roufinos. Consacrée le 8 octobre 415, la basilique brûle de nouveau le 13 janvier 532. 

Le 23 février 532, l'empereur Justinien décide de la reconstruire, agrandie. Il fait appel au physicien Isidore de Milet et au mathématicien Anthémius de Tralles. Leur inspiration ? Le Panthéon de Rome et l'art chrétien primitif d'Occident.

Les matériaux ? Prestigieux : récupération des colonnes hellénistiques du temple d'Artémis à Éphèse, choix du porphyre d'Égypte, du marbre vert de Thessalie, des pierres noires de la région du Bosphore, de pierres précieuses jaunes de Syrie. Les décors intérieurs, notamment les mosaïques, sont achevés sous le règne de l'empereur Justin II (565-578). Sol, plafonds... Les mosaïques tapissent l'ensemble des surfaces. Messages de ces mosaïques à l'or omniprésent et représentant la lumière, métaphore de Dieu, représenté par l'empereur Justinien. Un "formidable décor pour la mise en scène de son pouvoir". Un éblouissement pour les habitants de Constantinople. Comme une "entrée au Paradis". Une église "transcendentaale".

Pendant cinq ans, plus de dix mille ouvriers participent à l'édification de cet immense monument chrétien.

Ébranlée par des séismes qui la fissurent (553, 557) ou détruisent son dôme central (558), Sainte-Sophie est restaurée sur ordre de l'empereur qui confie les travaux à Isidore le Jeune, fils d'Isidore de Milet. Sont alors utilisés des matériaux plus légers. Le dôme atteint 55,6 m² de hauteur totale.

Sous la direction du patriarche de Constantinople Eutychius, Sainte-Sophie est reconsacrée le 23 décembre 562. Le poète byzantin Paul le Silentiaire crée un poème épique, l'Ecphrasis.

Construite dans sa structure contemporaine en 537, Sainte-Sophie ou Hagía Sophía (« sainte Sagesse », « Sagesse Divine ») « a été pendant un millénaire la plus grande basilique chrétienne du monde » et le « centre religieux de l’Empire byzantin ». 

Siège du patriarche orthodoxe de Constantinople, Sainte-Sophie accueillait des cérémonies impériales byzantines, tel le couronnement des empereurs.

Lors du sac de Constantinople, en 1204, pendant la Quatrième croisade, l'église est pillée par les Croisés avides de s'emparer des matières précieuses. 

Lors de l'occupation latine de Constantinople (1204–1261), la basilique devient le siège du patriarche latin de Constantinople. Là, Baudouin VI de Hainaut est couronné empereur le 16 mai 1204. Le doge de Venise Enrico Dandolo, un des chefs de la croisade, y est enterré.

En 1261, les Byzantins conquièrent Constantinople.

En 1453, après la victoire des Ottomans, la basilique est transformée, mais garde son nom, Ayasofya. 

Transformée en mosquée lors de la conquête islamique de Byzance, elle représente pendant cinq siècles l’islam victorieux de la chrétienté. Sa « beauté inspirera l'architecture ottomane », telle celle de la Mosquée bleue. 

Sous le règne de Mehmed II, Sainte-Sophie est délabrée. Ce sultan Mehmed II la fait nettoyer et la mue en une mosquée en recouvrant la mosaïque de Marie dans l'abside de Sainte-Sophie, non pas de lait de chaux mais d'un voile, puis de chaux comme les autres églises. Successeur de Mehmed II, le sultan Bajazed II fait construire un nouveau minaret pour remplacer celui de son père.

En 1934, succédant au défunt empire ottoman, la République turque de Mustafa Kemal Atatürk « la désacralise et la transforme en musée ».

Des « travaux de recherche et de restauration permettent alors de redécouvrir sous les décorations ottomanes une partie des trésors qu'elle abritait : les œuvres byzantines exceptionnelles mises au jour ont suscité un élan qui a permis de redonner à l'Empire byzantin sa juste place dans l'histoire ».

Sa « restauration par Fossati mettra à jour des œuvres byzantines exceptionnelles. Mais l’avenir de la gigantesque coupole de Sainte-Sophie et des merveilles qu'elle recèle est incertain : un grand séisme est annoncé dans les vingt prochaines années, et les travaux de restauration sont ralentis par des tensions politico-religieuses ».

Une « équipe internationale d'architectes, de sismologues et d'ingénieurs cherche à percer les secrets de l'exceptionnelle résistance du bâtiment aux séismes. En analysant ce qui fait la force de l'édifice, ils espèrent découvrir ses faiblesses cachées afin de pouvoir le préserver. En suivant leurs travaux in situ, ce documentaire nous plonge dans l’histoire des civilisations, de l'art et des religions, et se double d'une enquête scientifique contemporaine ».

Monument attirant une foule de visiteurs et générant donc une manne financière considérable, Sainte-Sophie redeviendra-t-elle une mosquée ? Le vice-premier ministre turc Bülent Arinç en avait exprimé le désir en novembre 2013. En 2014, l’historien français Sébastien de Courtois confiait à La Croix  que deux « anciennes églises, à Iznik et Trabzon » l’étaient devenues : « Sainte-Sophie d’Istanbul pourrait subir le même sort que le Musée Sainte-Sophie de Trabzon, [haut lieu byzantin de l’antique Trébizonde, sur la mer Noire. Depuis plus de deux ans], pendant la prière, on tire des rideaux devant les fresques qui représentent des visages humains ». Et ce quotidien catholique de poursuivre : « le Musée Sainte-Sophie d’Iznik (l’ancienne Nicée en Anatolie, siège du concile de 325), après quelques travaux de restauration, est désormais totalement mosquée ».

« La seule chose qui puisse protéger Sainte-Sophie d’Istanbul, c’est que ce musée se trouve justement à Istanbul et qu’il est ardemment défendu par le Patriarcat œcuménique et par la diaspora grecque qui se sentent héritiers du patrimoine byzantin de Constantinople », estimait aussi Sébastien de Courtois.

Autre cas cité par La Croix : « monastère du Stoudion, le plus vieil édifice chrétien d’Istanbul. Fondé en 454, puis abandonné par les moines après 1453, il avait été converti en mosquée à l’époque ottomane. Partiellement détruit par des séismes aux XVIIIe et XIXe siècles, il était devenu musée en 1946. Mais en 2012, une décision du conseil des ministres, sous prétexte de restauration, l’a subrepticement retransformé en mosquée ».

Mais Sainte-Sophie pourrait-elle retrouver son statut chrétien ? Inimaginable dans la Turquie dirigée par les islamistes.


« Sainte-Sophie dévoilée  », documentaire de Olivier Julien et Gary Glassman 
2014, 88 min
Sur Arte les 2 mai à 20 h 50, 3 mai à 15 h 20, 12 mai à 15 h 50 et 20 mai 2015 à 15 h 50, 26 juin et 10 juillet 2016, 30 juin 2018 à 20 h 50

Visuels : © ZED/Providence Pictures
La basilique Sainte-Sophie
Irvin Cemil Schick, historien de l'art à l'université Sehir d'Istanbul
La basilique Sainte-Sophie 
L'élément le plus frappant de la basilique Sainte-Sophie est son dôme central monumental.
Dôme de la basilique Sainte-Sophie 

Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent d'Arte. L'article a été publié le 1er mai 2015, puis le 26 juin 2016.

Saul Leiter, photographe



La célèbre Howard Greenberg Gallery (HGG) présente l'exposition Saul Leiter: in my Room, une sélection d’œuvres de Saul Leiter (1923-2013), photographe américain Juif. Trente-cinq photographies en noir et blanc, ainsi que des tableaux colorés des années 1940 et 1950, décennies particulièrement prolifiques, dont beaucoup d'inédites, de ses muses. 


En ce 16 janvier 2008, un matin hivernal de vernissage presse de son exposition à la Fondation Henri Cartier-Bresson (FHCB), Saul Leiter était débonnaire. Pas prétentieux. Curieux. Flegmatique.

Interrogé sur son rapport au judaïsme et à l’Etat d’Israël, ce photographe américain s’approchait. Plantait son regard dans le vôtre. Répondait en approfondissant et élargissant la question. Sans détour. Avec douceur. Avec une profonde humanité. Avec une tendresse simple et touchante.

Saul Leiter se laissait photographier, prenait la pose voulue par les photographes professionnels. Puis, il a sorti de sa poche son appareil photo numérique, et il s’est mis à photographier ses homologues en train de le photographier. A l’instar de son travail en abysse…

Cet octogénaire m’a confié : « Je ne sais pas si je suis un « bon juif », dans la mesure où je ne pratique pas beaucoup. Je ne sais pas s'il y a un lien entre mon œuvre et ma foi. J'espère qu'il y aura la paix entre les Israéliens et les Arabes, mais je ne sais pas si je la verrai... Je songe à donner une partie de mes photos et des œuvres que j'ai acquises à un musée en Israël. Je le ferai en mémoire de ma mère qui était gentille et m'a soutenue quand j'en avais besoin ».

De la théologie à la photographie
Saul Leiter est né en 1923 dans une famille juive de Pittsburg.

« Mon père et mon grand-père étaient des rabbins. J'ai étudié la théologie et quand je revenais de chez mon grand-père, je pouvais répondre à des questions [pointues] », avait ajouté le photographe Saul Leiter ce 16 janvier 2008.

En 1935, sa mère lui offre un appareil photo de marque Detrola.

Saul Leiter est un étudiant brillant en théologie à la Telshe Yeshiva Rabbinical College de Cleveland.

Il lit avec intérêt les livres sur l’art à la bibliothèque de l’université de Pittsburgh. Il vénère la peinture, notamment Pierre Bonnard, peintre postimpressionniste (1867-1947), et Edouard Vuillard (1868-1940), tous deux membres des Nabis (Prophète en hébreu) : « La peinture est glorieuse. J'aime la photographie, mais je ne suis pas certain que la photographie puisse faire ce que la peinture peut », a-t-il confié à Sam Stourdzé.

En 1944, ses peintures sont exposées dans des galeries de Cleveland, Pittsburgh et au grand magasin Gump à San Francisco.

Saul Leiter met un terme à ses études universitaires à l’âge de 23 ans : il s’installe en 1946 à New York, au rythme trépidant, pour devenir peintre. Il y rencontrera Rothko et les expressionnistes abstraits, Faurer et Smith.

Il expose aux côtés de Philip Guston et Willem de Kooning.

Son ami Richard Pousette-Dart, peintre expressionniste abstrait, lui fait prendre conscience du « potentiel créatif de la photographie ». Saul Leiter se lance dans la photographie à la fin des années 1940, à une époque où nait la Street Photography, « photographie de la rue » new-yorkaise. 

 En 1947, Saul Leiter découvre Cartier-Bresson auquel le Museum of Modern Art de New York, le MoMA, consacre une exposition demeurée fameuse. Ce qui déclenche sa volonté de s’exprimer dans cet art. Avec son Leica, ce piéton photographie la vie quotidienne dans la Big Apple, d’abord en noir et blanc, puis dès 1948 en couleurs. Deux supports auxquels il restera fidèle pendant des décennies. A l’exception peut-être d’Helen Levitt (1913-2009), peu de photographes contemporains peuvent réunir un ensemble comparable de photos en couleurs. Pendant toute sa carrière professionnelle et son activité personnelle de photographe de rue, Saul Leiter continue de peindre. Un an après son arrivée à New York, l’Art Institute of Chicago sélectionne une de ses peintures pour l’exposition « Abstract and Surrealist Art ».

Débuts au MoMA 
Coopérative de photographes engagés soucieux de sujets sociaux, la Photo League envisage alors d’exposer les œuvres de Saul Leiter avec celles de Robert Frank. Un projet qui n’aboutit pas car cette association cesse son activité en 1951. Cette année-là, Life publie la série en noir et blanc The Wedding as a Funeral de Saul Leiter.

Robert Frank met ce photographe en contact avec Alexey Brodovitch, directeur artistique de Harper’s Bazaar qui déclare à propos des photos de Saul Leiter : « Ce sont des œuvres pour les musées que vous me montrez là, et pas des pages de magazines… »

En 1953, à l’initiative d’Edward Steichen, conservateur en chef de la photographie au MoMA, cette institution culturelle prestigieuse expose 25 de ses tirages noir et blanc pour l’exposition collective « Always the Young Stranger », avec Roy DeCarava et Leon Levinstein. Le musée d’art moderne de Tokyo présente aussi ses photos dans l’exposition Contemporary Photography. Saul Leiter ouvre alors un studio sur Bleeker Street dédié « au portrait, à la mode et à la publicité ». Photographe de mode jusque dans les années 1980, il collabore aux magazines les plus célèbres dont Esquire, où il est repéré par le directeur artistique Henry Wolf, puis dans Harper’s Bazaar, Elle, Life, Nova, Vogue, Queen...

En 1955, l’Artist Club, espace de rencontre de peintres expressionnistes abstraits, présente sa première exposition de photographies en couleurs.

En 1956, la Tanager Gallery à New York lui assure une exposition individuelle.

De nouveau, en 1957, Steichen intègre une vingtaine de ses clichés couleur pour une conférence au MoMA : « Experimental Photography in Color ».

Alors que le noir et blanc est prisé dans les années 1940 et 1950, Saul Leiter opte très tôt pour les couleurs. De ses flâneries dans la métropole américaine, il saisit en des angles improbables, ces brefs moments, suggère plus qu’il ne montre, filtre la réalité via une vitrine, un reflet ou des miroirs. Ce qui transforme et démultiplie la réalité. Ce qui confère à ses photos une certaine étrangeté, un sens quasi-symbolique et universel. Le mystère surgit de la vie urbaine new-yorkaise.

« Je n'ai pas de philosophie de la photographie. J'aime juste prendre des photos. Il me semble que des choses mystérieuses peuvent prendre place dans des lieux familiers », a écrit Saul Leiter.

Novateur, il compose avec les couleurs comme un peintre en couches épaisses ou en couleurs saturées, tel un rouge pimpant. Il compose soigneusement ses photographies par son cadrage, son regard plein d’humanité et son sens des couleurs auxquelles il confère un relief, et par leur assemblage particulier un rythme.

Il goûte à l’abstraction par son jeu des formes géométriques. Divise la photo en espaces distincts, aux formes et couleurs différentes, alternant le flou onirique et la netteté, semblant suspendre ou étirer le temps par une vue imprécise. Des photographies sont imprégnées d’un flou onirique, poétique, doux, un brin mélancolique. Malgré ce flou, l’allure de la personne anonyme ressort. Saul Leiter est un photographe de l’allusion et de la suggestion, des silhouettes et des ombres, des transparences et des occultations.

Saul Leiter « impose sa maîtrise de la couleur dans des vues citadines non conventionnelles dans lesquelles les reflets, les transparences, la complexité des cadrages, les effets de miroir se marient à une technique très particulière des émulsions pour écrire une forme unique de pastorale urbaine » selon son éditeur Actes Sud.

Une consécration tardive
Bizarrement, malgré des débuts prometteurs au MoMA dès les années 1950, Saul Leiter ne suscite pas d’exposition pendant environ 50 ans, jusqu’à la publication du livre Early Color. « J’ai passé une grande partie de ma vie en étant ignoré. J’en étais très heureux. Etre ignoré est un grand privilège. C’est ainsi que j’ai appris à voir ce que d’autres ne voient pas et à réagir à des situations différemment », résumait ce photographe modeste.

Cet artiste est redécouvert dans les années 1990 grâce à des expositions et livres sur ses photos acquises par des musées américains et des collectionneurs privés.

En 1991, le Victoria & Albert Museum à Londres présente ses images dans l’exposition Appearences: Fashion Photography Since 1945.

En 1992, le livre The New York School: Photographs 1936–1963 de Jane Livingstone inclut ses photos en noir et blanc.


En 1993, la galerie Howard Greenberg (New York), partenaire avec la Maison Européenne de la Photographie de cette exposition parisienne dans le cadre du Mois de la Photographie à Paris, expose ses photos en noir & blanc et le représente depuis. Dans le documentaire de Claude Ventura Saul Leiter, photographe diffusé récemment par Arte, on voit Saul Leiter dialoguer avec le galeriste Howard Greenberg.

En 2005, cette célèbre galerie organise l’exposition Early Color reprise l’année suivante par la galerie anversoise Fifty One Fine Art Photography.

En 2006, Steidl, éditeur réputé, publie le livre éponyme dont l’introduction est signée de Martin Harrison. Celui-ci présente des photographies de Saul Leiter au festival international de la mode 2006 à Hyères. Le Milwaukee Art Museum assure la première exposition individuelle du photographe dans un musée : « In Living Color ».


2008, c’est l’année de la rétrospective de Saul Leiter – photographies en noir et blanc et en couleurs de 1947 à la fin des années 60, peintures et carnets de notes - à la FHCB, à Paris, et la publication de Saul Leiter - Second printing chez Steidl.

La notoriété du peintre Saul Leiter grandit. En 2009, la galerie Knoedler & Company, réputée pour ses expositions de peintres de la « New York School, école de l'expressionnisme abstrait », présente une sélection de ses peintures.

En 2010, la Galerie Camera Obscura a présenté l’exposition Photographies et peintures de Saul Leiter.  Des clichés pris entre 1947 et 1960 souvent inédits des rues de New York ainsi qu'une dizaine de peintures au style proche de l’expressionnisme abstrait.

Ce photographe américain Juif est décédé le 26 novembre 2013 à l'âge de 89 ans

In No Great Hurry: 13 Lessons in Life with Saul Leiter de  Tomas Leach, (2012) a été diffusé les 7, 8 et 9 janvier 2014, lors du 23e festival new-yorkais du film Juif au Film Society of Lincoln Center.

En 2014, la célèbre Howard Greenberg Gallery (HGG) présenta la première exposition individuelle de Saul Leiter. Cette exposition de plus de 40 photographies en noir et blanc des années 1940 et 1950, décennies particulièrement prolifiques, dont beaucoup d'inédites, des rues animées de New York, de portraits d'amis et de sa famille, coïncidera avec la publication de Saul Leiter: Early Black and White, une monographie en deux volumes sur des textes de Max Kozolff et Jane Livingston  (Steidl/Howard Greenberg Library). Saul Lieter “a un enthousiasme pour la couleur, qui provient de son amour pour les maitres de l'art moderne. Mais sa production en noir et blanc est aussi redevable aux leçons qu'il a apprises de ces mêmes maîtres", écrit Max Kozloff dans son introduction à ce livre.

En 2018, la Howard Greenberg Gallery (HGG) présente l'exposition "Saul Leiter: in my Room". Trente-cinq photographies en noir et blanc, ainsi que des tableaux colorés des années 1940 et 1950, décennies particulièrement prolifiques, dont beaucoup d'inédites, de ses muses. "Saul Leiter’s intimate photographs of his muses over three decades will be on view at Howard Greenberg Gallery from May 10 through June 30, 2018. Deeply personal and contemplative, many of the images in Saul Leiter: In My Room share tender moments underscored by the subjects’ trust in the photographer. The exhibition, which includes work from the mid-1940s through the early 1960s, will be the subject of an upcoming book, also titled In My Room, to be published by Steidl/Howard Greenberg Library. Many of the 35 photographs in the exhibition are on public view for the first time.

"Fed by thrilling recent discoveries from Saul Leiter’s archive, the exhibition reveals the world of the artist and the women in his life through his studies of the female figure. Often illuminated by the lush natural light of Leiter’s studio in New York City’s East Village, these black-and-white images uncover the mutual and empathetic collaboration between the artist and his subjects".

"In the 1970s, Leiter planned to make a book of his nudes, but never realized the project in his lifetime. The exhibition and upcoming book offer a first-time look at this body of work, which Leiter began on his arrival in New York in 1946 and continued throughout the next two decades. Leiter, who was also a painter, incorporates abstract elements into these photographs and often shows the influence of his favorite artists, including Bonnard, Vuillard, and Matisse."

"The prolific Leiter, who painted and took pictures fervently up to his death, worked in relative obscurity well into his eighties. Leiter preferred solitude in life, and resisted any type of explanation or analysis of his work. With In My Room, he ushers viewers into his private world while retaining his strong sense of mystery."

"Leiter made an enormous and unique contribution to photography with a highly prolific period in New York City in the 1940s and ’50s. His abstracted forms and radically innovative compositions have a painterly quality that stands out among the work of his New York School contemporaries".

"Saul Leiter (1923-2013) was born in Pittsburgh, the son of a rabbi who was a distinguished Talmudic scholar. In 1946, he moved to New York City to pursue his painting. Shortly after his arrival in New York he met the Abstract Expressionist painter Richard Pousette-Dart, who was experimenting with photography. Leiter’s friendship with Pousette-Dart, and soon after with W. Eugene Smith, and the photography exhibitions he saw in New York, particularly Henri Cartier-Bresson at the Museum of Modern Art in 1947, inspired his growing interest in photography".

"Edward Steichen included Leiter’s black-and-white photographs in the exhibition Always the Young Strangers at the Museum of Modern Art in 1953. In the late 1950s the art director Henry Wolf published Leiter’s color fashion work in Esquire and later in Harper’s Bazaar. Leiter continued to work as a fashion photographer for the next 20 years and was published in Show, Elle, British Vogue, Queen, and Nova."

"In the early 1980s Leiter was faced with financial difficulties that forced the closure of his Fifth Avenue commercial studio. For the next two decades he lived and worked almost in obscurity. In 2006, with the help of writer/curator Martin Harrison and Howard Greenberg Gallery, the groundbreaking monograph Saul Leiter: Early Color was published by Steidl in Germany. The “little” book became an overnight sensation with worldwide distribution and firmly established Leiter as an early pioneer in the history of color photography. In 2006, the Milwaukee Museum of Art held the first U.S. museum show of Leiter’s photographs".

"Leiter’s work has been prominently featured in solo museum and gallery shows in the U.S. and Europe. His work is in the collections of the Museum of Fine Arts, Houston; the Art Institute of Chicago; the Baltimore Museum of Art; the Victoria and Albert Museum; the National Gallery of Australia; the Whitney Museum of American Art; the Milwaukee Art Museum; and the Yale University Art Gallery, among others".

"The Saul Leiter Foundation, founded in 2014, is dedicated to preserving the art and legacy of the American photographer and painter Saul Leiter, and to the appreciation, advancement, and conservation of photographic works worldwide. The foundation maintains an archive of Leiter’s artwork and operates activities to promote the medium of photography through educational programs, exhibitions, books, and licensing. The SLF is working toward completing a catalogue raisonné to be made available for study by students, curators, writers, and art professionals".


In No Great Hurry: 13 Lessons in Life with Saul Leiter
 Tomas Leach, 2012
 UK,| 75 minutes

Du 18 septembre au 25 octobre 2014
A la Howard Greenberg Gallery (HGG)
The Fuller Building
 41 East 57 Street
 Suite 1406
 New York, NY 10022
 Tel.: 212.334.0010
 Du mardi au samedi de 10 h à 18 h. Vernissage le 18 septembre de 18 h à 20 h

Jusqu’au 23 décembre 2010
268, boulevard Raspail. 75014 Paris
Tél. : 01 45 45 67 08
Du mardi au samedi, de 13 h à 19 h, ou sur rendez-vous

Oeuvres de Saul Leiter de haut en bas :
Sea
Années 60.
Gouache et aquarelle
22,5 x 30 cm
Self Portrait
1959
Tirage argentique moderne.© Saul Leiter
Courtesy Howard Greenberg gallery

Réflection, New York
Années 1950
Tirage chromogène moderne

Green pole
années 50
Tirage argentique moderne

Taxi, New York
1957
Tirage argentique moderne

Blue Umbrella
c. 1950
Tirage argentique moderne
© Saul Leiter
Courtesy Howard Greenberg gallery

Kissing (variant), c.1954
Gelatin silver print; printed later
9 7/8 x 9 7/8 inches

Untitled (Barbara), date unknown
Gouache, casein and watercolor on paper
5 x 6 7/8 inches

Untitled (Nude), 1950s
Gelatin silver print; printed 1970s
7 x 5 inches

Untitled, 1950s
Gelatin silver print; printed 1970s
7 x 5 inches

Soames, 1950s
Gelatin silver print; printed 1970s
7 x 5 inches

Soames, c.1960
Gelatin silver print; printed 1970s
9 x 6 inches

A lire sur ce blog :
Cet article a été publié les 22 décembre 2010, 30 novembre 2013 et 7 janvier 2014. Il a été modifié le 18 septembre 2014.